II. L'immigration comme expression d'une citoyenneté
universelle
Nous sommes de plus en plus dans un contexte où
il est clairement établi qu'aucun peuple ne peut s'en sortir sans
l'autre, que la rupture des frontières constitue un
élément fondamental pour la construction d'un vivre-ensemble
sincère et durable. Miano et Mbue partagent ce point de vue. De leurs
romans, une des autres visions qui en sort est celle du monde tel un village
planétaire. Il n'est pas convenable qu'au XXIe siècle, le
renforcement des frontières soit de mise. Pour ces auteures, voyager
participe à l'expression d'une citoyenneté universelle dans la
mesure où chacun devrait pouvoir se sentir chez-soi partout. Elles
s'inscrivent d'une part en marge de l'immigration clandestine qu'elles
dénoncent et déconseillent parce que participant à
rabaisser l'homme et en marge du repli identitaire, d'autre part. Il faut
savoir s'ouvrir aux autres, les comprendre, recevoir ce qu'ils ont de positif
à nous offrir et leur donner en retour ce que nous
possédons.
II.1 Non à l'insidieuse clandestine: être
chez-soi partout
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Imbolo Mbue et Léonora Miano, à travers
leurs oeuvres, déconseillent l'immigration clandestine. Si le but est de
faire du monde un village planétaire de telle sorte que tout le monde se
sente chez-soi partout où il va, alors il faut éradiquer le virus
de la clandestinité car il place l'homme dans une posture de faiblesse
et renforce les préjugés à son endroit.
II.1.1 Nature du départ ..../réaction face au
retour
Pour mieux comprendre en quoi l'immigration
clandestine constitue un handicap à l'expression d'une
citoyenneté universelle, il est intéressant de voir la
manière dont les départs des immigrés sont
envisagés. Ces départs portent en eux les germes d'un conflit
profond. Blaise Tsoualla nous renseigne que
Si la migration des étudiants africains en
Occident pendant la période coloniale et dans les années
d'indépendance est un mince filet fait des boursiers
bénéficiant de l'attention des gouvernements respectifs, cette
même migration est aujourd'hui une vague déferlante sans ressource
et en quête de pitance (Tsoualla Op.cit., 266)
C'est justement à ce niveau que se pose le
problème. Les départs sont devenus aujourd'hui des refuges pour
des personnes aux abois à la recherche d'une énergie salvatrice.
Dans ces conditions, il est évident que leur séjour ne se passe
pas tel qu'ils le prévoient car ils sont dans
l'illégalité. Le problème est que bon nombre de ces
personnes arrivent de manière régulière (touristes ou
étudiants) et se retrouvent dans la clandestinité une fois que
leur visa a expiré. Jende arrive en Amérique en tant que touriste
grâce à son cousin qui, lui, a déjà la
nationalité américaine. Sauf que Jende savait en avance qu'il ne
s'y rendait pas pour faire du tourisme. Il envisage de déposer une
demande d'asile afin d'obtenir cette nationalité qui s'avère un
impératif. Se trouvant dans l'impossibilité de l'obtenir, il ne
peut que se retrouver dans la clandestinité qui sourit dans un premier
temps.
Maxime, quant à lui, a rejoint l'Hexagone avec
de nobles objectifs : mener des études. Seulement, il s'est fait
berné car « on lui a vendu une fausse carte de séjour dans
les murs de l'ambassade ». Maxime se retrouve donc dans une situation de
clandestinité forcée. Tout porte à croire que jamais il ne
l'avait envisagé. On peut donc émettre des réserves sur
son cas. Ceux que Miano incrimine peuvent être qualifiés «
d'ultra », des clandestins affirmés et assurés. On peut
admettre que par l'entremise de certains facteurs le projet de départ
ait été plombé ou mal assuré d'une part et, d'autre
part, que ces immigrés ont été victimes d'une arnaque
quelconque. Ce qu'il est difficile de comprendre et qui s'avère
problématique, c'est que une fois sur le terrain, bien après
avoir constaté que la réalité était très
différente des représentations nourries en terre natale à
propos de cet "eldorado», ils s'obstinent à demeurer dans ces lieux
en
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choisissant de devenir clandestins pour toujours. Le
narrateur nous décrit la vie sur le continent africain, montrant en quoi
la volonté de ses habitants d'aller en Occident et de vouloir y demeurer
à tous les prix relève de la mauvaise foi (CAC : 52)
:
C'était cela la vie sur le continent: pas
clinquante, mais pas humiliante non plus. Il n'avait manqué de rien sur
le plan matériel et, s'il avait fallu renoncer à travailler au
Nord, il n'aurait pas fait tout ce cinéma. Comme s'il n'y avait plus
rien à attendre, rien à espérer des espaces
subsahariens.
Miano dénonce cette manière des migrants
de faire comme si en dehors du paradis perdu dans lequel ils vivent, il n'y
avait plus un autre lieu propice à la vie. Cette attitude fait d'eux des
personnes auxquelles on ne voue aucun respect, on ne saurait accorder la
moindre considération.
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