2.7.2. La théorie des barrières à
l'accès
La théorie des barrières à l'accès
a été développée par plusieurs auteurs qui ont
procédé à des études comparatives sur le niveau de
pénétration des services bancaires et financiers dans
différents pays. Certaines de ces études (Caskey et al. (2004);
Chamberlain et Walker (2005); Honohan (2004); Ketley, Davis et Truen (2005);
Peachey et Roe (2004)) se sont limitées à une analyse statistique
simple tandis que d'autres (Beck, Demirguc-Kunt et Peria (2005 et 2006); Beck
et al. (2004)) ont procédé à une analyse
économétrique des phénomènes observés et en
ont déduit les facteurs explicatifs principaux.
2.7.2.1. Définition
La notion de barrière à l'accès fait
référence à un ensemble d'obstacles susceptibles de
gêner, voire bloquer le processus de démocratisation des services
bancaires et financiers au sein des populations. Il existe plusieurs sortes de
barrières. Honohan (2004) en identifie trois à savoir

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la barrière de prix, la barrière de
l'information et la barrière du produit et du service. Ketley, Davis et
Truen(2005)37 identifient des barrières
pécuniaires et d'autres non-pécuniaires. Beck, Demirguc-Kunt et
Peria (2006)38 mettent en exergue des
barrières liées à l'accessibilité (physique et
financière) et à l'éligibilité. Ces
différentes distinctions permettent de ressortir les facteurs
explicatifs principaux de la non-utilisation des services bancaires et
financiers.
2.7.2.2. Détermination des
barrières
Les différents auteurs ont mis en exergue plusieurs
types de barrières dont quelques unes sont décrites
ci-après.
2.7.2.2.1. La barrière physique à
l'accès
Elle mesure la distance parcourue par le client pour
accéder au guichet d'un établissement teneur de compte (ETC).
Beck, Demirguc-Kunt et Peria (2005) ont construit un indicateur composite
constitué de quatre informations à savoir la
pénétration géographique des agences (nombre d'agences
bancaires sur 1.000 km2), la pénétration
démographique des agences (nombre d'agences bancaires pour 100.000
habitants), la pénétration géographique des distributeurs
automatiques de billets ou DAB (nombre de DAB sur 1.000 km2) et la
pénétration démographique des DAB (nombre de DAB pour
100.000 habitants). Beck, Demirguc-Kunt et Peria (2006) ont construit un
indicateur qui mesure cette barrière. Il vaut 1 si le compte ne peut
être ouvert qu'au siège de l'établissement, 2 si le compte
peut être ouvert au siège ou dans une agence et 3 si le compte
peut être ouvert au siège, dans une agence ou à un point de
service. Chamberlain et Walker (2005) mesurent cette barrière par le
coût du transport nécessaire pour joindre l'agence bancaire la
plus proche.
2.7.2.2.2. La barrière financière
à l'accès
Elle traduit les conditions d'ouverture et de maintien d'un
compte de dépôt. Elle est évaluée sur la base du
montant minimal d'ouverture et des frais de tenue d'un compte chèque.
Beck, Demirguc-Kunt et Peria (2006) mesurent cette barrière par un
indicateur qui représente la part du PIB/habitant nécessaire
à l'ouverture d'un compte et à son entretien. Chamberlain et
37Beck T., Demirguc-Kunt A. et
Peria M., (2005) ont travaillé sur les informations bancaires de 99 pays
entre 2003 et 2004.
38 Beck T., Demirguc-Kunt A. et Peria M. (2006) ont
travaillé sur les informations de 193 banques réparties dans 58
pays dans le monde.

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Walker (2005) estiment à 2%, la part maximale de revenu
qu'une personne peut consacrer aux frais bancaires. Au delà, se
crée un obstacle. Ketley, Davis et Truen (2005) insistent
particulièrement sur la barrière financière en
détaillant davantage son contenu. Ils y incluent notamment les charges
liées au retrait à un distributeur automatique (DAB) ou dans une
agence, et les charges liées aux opérations de transfert
électronique, aux paiements par carte, etc.
2.7.2.2.3. La barrière de
l'éligibilité
Elle indique les conditions particulières d'ouverture
imposées par les établissements de crédit.
Pour Beck, Demirguc-Kunt et Peria (2006), il s'agit de
déterminer le nombre de documents nécessaires à
l'ouverture d'un compte de dépôt. Parmi ces documents, on peut
citer la carte d'identité nationale, la fiche de paie et la lettre de
recommandation (dans certains cas). Plus le nombre de documents demandé
est important, plus la barrière est élevée. Chamberlain et
Walker (2005) mesurent cette barrière par le pourcentage d'agences
bancaires n'imposant aucune de ces conditions.
2.7.2.2.4 La barrière de la
réglementation
Elle permet d'apprécier les obstacles spécifiques
auxquels peuvent être confrontés certains
groupes sociaux indépendamment des
établissements de crédit. Chamberlain et Walker (2005)
évoquent par exemple le cas de certains pays où la femme ne peut
ouvrir un compte sans le consentement de son mari.
2.7.2.2.5. La barrière des services
disponibles et de leurs caractéristiques
Elle pose le problème de l'offre de services bancaires et
financiers. Cette barrière a été
identifiée par Chamberlain et Walker (2005). Est ce que
tous les besoins potentiels des clients sont couverts par la gamme et la
qualité des services proposés ? Si tel n'est pas le cas, il y a
une possibilité d'existence d'obstacle à l'accès.
2.7.2.2.6. La barrière de
l'information
Honohan (2004) identifie cette barrière en évoquant
le problème de l'asymétrie d'information
notamment dans la distribution des crédits. Mais compte
tenu des imbrications entre instruments de paiement et instruments de
crédit (carte bancaire), cette barrière est valable pour les
problèmes de création de compte et des services de paiement
associés. En plus de l'asymétrie, il nous faut citer
l'illettrisme (financier) qui met les informations hors de portée de
certaines personnes.

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Le problème de l'illettrisme financier est profond. Il
se pose avec acuité dans les pays en voie de développement et ne
doit pas être confondu avec celui de l'analphabétisme. Il existe
des personnes alphabétisées qui demeurent financièrement
illettrées.
2.7.2.3. Les cause des
barrières
Les différentes barrières ci-dessus
énumérées ne sont pas exclusives. Certaines d'entre elles
sont liées. Ainsi pour Chamberlain et Walker (2005), la barrière
de l'éligibilité est déterminée par la
barrière financière (dépôt minimal) et la
barrière physique à l'accès (coût du transport vers
l'agence la plus proche). Il existe donc une corrélation entre ces
barrières.
Chacun des auteurs, restant dans la limite des
barrières identifiées et des informations traitées, met en
évidence des relations plus ou moins fortes entre plusieurs
variables.
Beck, Demirguc-Kunt et Peria (2006), qui ont travaillé
sur trois barrières (barrière financière, d'accès
physique et d'éligibilité) montrent une corrélation
négative entre ces barrières et le niveau de développement
économique et financier. En utilisant ensuite un modèle de
régression F (i, k) = âo + â1Bi + â2Ck + ëi,k
où F représente l'indicateur de barrière pour une banque i
dans un pays k, B la matrice des variables de banque et C la matrice des
variables de pays), ils démontrent les causalités suivantes:
· La nécessité d'un montant minimal
d'ouverture et les frais de tenue de comptes chèques constituent un
facteur limitatif de l'accès;
· L'exigence stricte de documents est un facteur
limitatif de l'accès;
· Les obstacles spécifiques imposés par
les banques dépendent de leur taille, de la qualité des
infrastructures telles que le réseau électrique, le réseau
de communication, le cadre juridique, l'actionnariat
(étatique/privé, national/étranger), le niveau de
compétitivité, de transparence et d'ouverture économiques.
Ils constituent des facteurs limitatifs de l'accès.
Ces explications confirment celles données par Beck et
al. (2004)39 qui ont utilisé le même modèle
économétrique appliqué à des données
différentes. Ces derniers insistent néanmoins sur le
développement institutionnel global comme principal facteur discriminant
entre les pays.
39 Beck T. et al. (2004) ont travaillé sur les
données du World Business Environnent Survey (WBES) relatives à
une vaste enquête concernant 80 pays développés ou non sur
la période 1999-2000 menée par la Banque Mondiale.

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bancarisation au Sénégal : cas du mobile banking
Après avoir parcouru des notions théoriques
à notre objet d'étude dans ce chapitre et, exploré et
traité les concepts touchant ce travail, nous voici maintenant
arrivé au chapitre où nous effectuerons l'analyse de la
bancarisation et l'interprétation des résultats.

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