IV.NOTION D'ORDRE TEMPOREL
Un récit quel qu'il soit recèle en
général plusieurs types de relations temporelles que l'on peut
répertorier sous trois parangons majeurs qui sont respectivement :
relation d'ordre, relations de durée et relation de fréquence.
Chacune de ces trois relations pèse fort sur l'univers romanesque et
permet ainsi à l'histoire de rythmer son cours. Pour donner un sens
beaucoup plus hermétique à son récit, l'auteur se permet
de jouer sur ce facteur qui lui permet en retour d'en dresser une assise la
plus solide qui soit à son récit.
Étudier l'ordre temporel d'un récit,
résume Genette (1972 : 78), c'est confronter l'ordre de disposition
des événements ou segments dans le discours narratif à
l'ordre de succession de ces mêmes événements ou segments
temporels dans l'histoire, en tant qu'il est explicitement indiqué par
le récit lui-même, ou qu'on peut l'inférer de tel ou tel
indice indirect. On pourrait penser que la tendance spontanée des
conteurs et romanciers est de faire coïncider l'ordre des
événements racontés et l'ordre de leur présentation
narrative (récit synchrone, ou ab ovo). Or, c'est le
contraire qui est vrai: la majorité des récits ne respectent pas
l'ordre chronologique: ils sont anachroniques, soit qu'ils racontent
avant (dans R) ce qui s'est passé après (dans H) - anticipation,
ou prolepse; soit qu'ils racontent après (dans R) ce qui s'est
passé avant (dans H) - rétrospection, ou analepse.
L'étude de l'ordre implique donc une confrontation de
l'ordre de l'histoire (chronologique et irréversible) avec l'ordre
adopté par le narrateur pour raconter cette même histoire. En
d'autres termes, il s'agit de comparer la disposition des
événements dans l'histoire référentielle et la
disposition de ces mêmes évènements dans la narration.
On peut postuler que les événements
narrés (histoire) suivent, à la manière du temps
référentiel, un ordre impératif, un ordre chronologique.
Le récit lui n'est pas soumis à la règle impérative
de l'ordre du temps. Il peut commencer n'importe où et aller n'importe
où.
1- Le récit peut être parfaitement
chronologique, c'est-à-dire qu'il peut respecter l'ordre de l'histoire.
Cas très rares (contes, mythes, etc.)
2- Le récit peut s'ouvrir sur la mort du personnage ou
son adolescence ou son âge mûr avant de raconter, à la
suite, sa naissance, sa vieillesse.
Les évènements peuvent coïncider. Il y a
donc isochronie narrative. Lorsque le récit ne suit
pas, à la manière de l'histoire référentielle, un
ordre chronologique, on parle d'anachronies narratives queG.
Genette (1972 :90) propose de définir de la manière
suivante :
« Toute anachronie constitue par rapport au
récit dans lequel elle s'insère - sur lequel
elle se greffe - un récit temporellement second,
subordonné aupremier. »
Elles sont de 2 sortes: l'anachronie rétrospective ou
analepse (le retour en arrière ou flash-back) et l'anachronie
prospective ou prolepse (l'anticipation):
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