II.2.3. Le frein à
l'innovation technologique
En matière de l'innovation, il y a toujours une
personne qui est à la tête c'est-à-dire il y a
nécessairement quelqu'un qui donne l'impulsion et cette personne
s'appelle innovateur (une personne qui amène une idée nouvelles),
elle met cette idée nouvelle à la disposition des autres, la
plupart c'est l'innovation technologique.
L'innovateur est généralement naïf. Il a eu
une bonne, une excellente idée. Son premier réflexe est surtout
de ne pas l'ébruiter de crainte que d'autres s'en emparent. Une fois
qu'il a pris soin de limiter ce risque, il la présente à qui de
droit. Il s'attend alors à voir l'admiration se peindre sur les traits
de ses interlocuteurs, le tapis rouge se dérouler devant ses pieds et
les trompettes de la renommée résonner à ses oreilles.
Beau tableau de genre. L'innovateur est toujours déçu. En
réponse à son génie, il n'obtient que des
« ça ne marchera jamais » ; ou des
« ça ne sert à rien » ; ou des
« personne n'en voudra » ; ou des « c'est
compliqué », « c'est
infaisable », « c'est trop cher »,
« ça ne rapportera jamais d'argent ». Bien heureux
s'il ne doit pas se contenter d'un définitif « c'est
complètement idiot ! »
L'innovateur a commis une grave erreur de jugement. Il pense
que, comme lui, chacun est ardemment en attente de la nouveauté. Il a
oublié que nouveauté signifie changement, que tout changement
dérange et que l'innovation est génératrice d'un maximum
de changement. Elle remet en cause les habitudes, les pratiques, les
compétences, les savoirs, les savoir-faire. Autant de
caractéristiques qui en font toujours une menace pour l'ordre
établi (sans parler des susceptibilités froissées, des
jalousies, des protections de prés-carrés, des
prérogatives hiérarchiques et autres agréments de la vie
quotidienne en entreprise).
Plus l'innovation est forte, plus la menace est grande. Au
point qu'on pourrait presque juger de l'importance d'une innovation à
l'année de l'intensité de son rejet ou, inversement, constater
que plus l'idée nouvelle suscite d'adhésion, plus elle est
insignifiante.
Le fossé entre le discours et la pratique n'est pas
nécessairement le symptôme d'un désintérêt
pour l'innovation. Mais il est difficile à combler pour une très
simple raison. La logique actuelle du management de l'entreprise s'est
construite progressivement, depuis une centaine d'années, dans le but de
résoudre un problème très spécifique : comment
faire des objets avec une répétabilité parfaite, à
une échelle toujours croissante et avec une efficacité qui
s'améliore constamment. Les résultats ont dépassé
les espérances. Mais ce problème est l'exact opposé de
celui que pose l'innovation. (Franck BARNU, 2010, pp.109-110)
Lorsque nous avons desserré les deux freins que
constituent l'implication de la direction et le rejet des idées
nouvelles- le second étant en bonne partie la conséquence du
premier - l'ambiance commence à se détendre. La machine
innovation peut s'ébranler. Il lui reste certes un long chemin à
parcourir avant de produire un flux ininterrompu de nouveaux produits ou
services à succès : il faut définir une politique
d'innovation, l'insérer dans la stratégie de l'entreprise,
trouver les moyens financiers, mettre en place l'organisation adéquate,
convaincre les troupes et créer la fameuse « culture
d'innovation » qui fait tant rêver. Les casse-tête ne
manquent pas. Mais le voyage débute sous de bonnes auspices (Franck
BARNU, 2010, p.113).
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