C. Le SO2 dans les vins et les moûts, analyse du
risque a. Appréciation du risque SO2 dans les vins
Les sulfites (SO2, dioxyde de soufre), sont des
éléments chimiques dont l'utilisation lors de
l'élaboration du vin est indispensable. Ils agissent comme antiseptiques
et antioxydants et permettent ainsi le contrôle de la fermentation et la
conservation du vin.
Les sulfites sont également produits de façon
naturelle par les levures au cours de la fermentation, à des doses
variables, pouvant atteindre 70 mg/L. Ainsi, même un vin où l'on
n'aurait pas ajouté de SO2 en contient souvent un peu.
Données physico--chimiques:
Lors de la mise en solution des sulfites dans le vin, les
équilibres suivants s'établissent :
SO2 + H2O => HSO3--+ H+
HSO3-- 2--
=> SO3+ H+
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D'après l'IFV41, pour les valeurs de pH moyenne
des vins (généralement compris entre 3,2 et 3,8) la seconde
réaction n'a quasiment pas lieu. Ce sont surtout les ions bisulfites
(HSO3--) qui sont présents, ainsi que le dioxyde de soufre
(SO2), à qui l'on attribue les propriétés
oenologiques. La proportion de SO2 (libre et moléculaire)
diminue pour une augmentation du pH ce qui conduit à sulfiter d'avantage
les moûts et vins de pH élevés.
Les ions bisulfites se fixent sur les molécules du vin
possédant un groupe carbonylé, une partie des sulfites
apportés lors de la vinification va ainsi se combiner avec certains des
constituants du vin. Seule la partie qui reste libre aura un effet protecteur
dans le vin.
39 CSHPF : Conseil Supérieur de
l'Hygiène Publique de France
40 OIV : Organisation Internationale de la Vigne et du
Vin. Validé par la Commission Européenne le 26/01/2005
41 IFV : Institut Français de la Vigne et du
Vin
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Les effets du vin sur la santé
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Risques toxicologiques:
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Utilisé en tant que conservateur alimentaire, le
SO2 n'est pas considéré comme toxique et est
classé par l'OMS dans la catégorie A142.
Chez l'homme, les études font ressortir l'apparition de
symptômes d'intoxication tels que des nausées, des vomissements et
des irritations gastriques pour des doses absorbées importantes (4 g de
sulfites en une seule dose). Aucun effet secondaire n'a été
relevé avec 400 mg de dioxyde de soufre, pendant 25 jours. La
toxicité est attribuée à la destruction bien connue de la
thiamine par les sulfites: le « mal de tête ».
Plus récemment, des réactions
d'hypersensibilité aux sulfites comme l'allergie par exemple ont
été mises en évidence pour des doses
ingérées très faibles. Elles concernent principalement les
sujets asthmatiques, qui représentent 4 à 10 % de la population,
et auxquels on peut recommander d'éviter la consommation du vin. Dans la
plupart des observations, les symptômes apparaissent quelques minutes
après l'ingestion de SO2.
La Dose Journalière Admissible a été
fixée par l'OMS à 0,7 mg/kg de poids corporel. La dose acceptable
pour l'homme est entre 42 et 56 mg par jour, pour un poids entre 60 et 80kg. La
consommation d'une demi-bouteille de vin par jour peut donc apporter une
quantité de SO2 supérieure.
Compte-tenu des doses contenues dans le vin, le vin est la
première source alimentaire de sulfites. Certains viticulteurs
attribuent les céphalées après consommation de vin
à la présence élevée de sulfites dans des vins
blancs et les vins rouges jeunes.
b. Gestion du risque SO2 dans les vins
Réglementation:
Le règlement43 du Conseil précise les
limites autorisées d'anhydride sulfureux dans les vins. Ces limites sont
les suivantes :
Figure 13 : Limites anhydride sulfureux dans le
vin
42 A : preuve scientifique établie
B : présomption scientifique
C : faible niveau de preuve
Il existe 4 niveaux de preuve qui sont indiqués en indice
du grade.
43 Article de lois du 1483/1999/CE tiré du
conseil européen
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Les effets du vin sur la santé
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Une autre réglementation s'est appliquée aux
sulfites. L'Union Européenne44 a rendu obligatoire
l'étiquetage de certains ingrédients dès lors qu'ils sont
connus pour déclencher des réactions allergiques ou
d'hypersensibilité. Un étiquetage spécifique sur les
bouteilles de vin, indiquant la présence de sulfites pour un taux
supérieur à 10 mg/kg de SO2 total.
c. Moyens de réduction du SO2 dans les vins
La thiamine (où vitamine B1), l'acide ascorbique
(où vitamine C) et l'acide sorbique sont des additifs alternatifs mais
ne dispensent pas complètement d'un apport de sulfites. Il existe des
méthodes brevetées. L'une consiste à utiliser des
bactéries capables de dégrader le SO2, sur les jus de raisin. La
transposition de cette méthode au vin n'a pas été encore
faite...
D'autres méthodes, celles de Brown Sand, de Reinhold
Keller et de Wucherpfennig, reposent sur le même principe : faire passer
le vin à travers un dispositif échangeur d'ions capable de
retenir les sulfites. Ces méthodes faisant intervenir des migrations
selon les charges sont souvent considérées comme performantes
pour éliminer les sulfites des vins standards. Cependant, elles risquent
de retenir d'autres constituants ionisés ou ionisables, comme les acides
organiques, les sucres, les anthocyanes et les acides aminés. Des
variations importantes de pH peuvent aussi intervenir, ce qui peut être
à l'origine d'une altération du vin.
A l'issu de cette partie sur les effets néfastes de la
physico--chimie du vin chez l'homme, nous pouvons conclure que dans le domaine
de la sécurité sanitaire du vin, l'analyse du risque s'applique
pour tous les contaminants des aliments et du vin en particulier. Cette
méthode permet de limiter les risques pour le consommateur et
découle d'un travail de collaboration entre les chercheurs, les
autorités réglementaires et les fabricants. Les contaminants,
exogène (SO2) ou endogène (OTA ou ochratoxine A) sont des
éléments à risque à contrôler. Les
méthodes de réduction des risques toxiques des molécules
OTA et SO2 sont également exposées et
réglementées.
44 Directive numéro 203/89/CE du Parlement
Européen
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