Ecriture dramatique camerounaise contemporaine : visages, palmares, caracteristiques et outils de valorisationpar Marcelle Sandrine BENGONO Université Yaoundé I - Master II 2019 |
II-2) -Le temps du désenchantement des années 1970Au Cameroun cette décennie est marquée par la multiplicité des thèmes mais aussi par l'entrée en scène du théâtre politique. Conscient de son environnement, le dramaturge de cette époque écrit sur son quotidien, et pense au peuple. On observe une évolution significative dans la production et dans les thématiques. Un retour à l'oralité est enregistré. Nous ne nous attarderons pas sur ces pièces car ce théâtre populaire d'alors n'a pas de textes écrits. « On distingue deux grands groupes d'oeuvres : le théâtre populaire sans texte écrit et les pièces écrites. »(2011 : 28) Le théâtre politique, qui entrait déjà en scène dans les années 60, s'impose ; Cannibalisme d'Alexandre Kum'a Ndumbe III, Africapolis de René Philombe, Politicos de Jean Mba Evina. Les auteurs sont de plus en plus engagés dans le traitement des fléaux sociaux. C'est le cas dans Vice-versa de Hubert Mono Ndjana. Jean Baptiste Obama remporte en 1970, le Grand prix du Concours théâtral interafricain avec sa pièce Assimilados. Les autrices féminines ne sont pas en reste. Ce sont Rabiatou Njoya et Werewere Liking. S'appuyant sur les propos de Zimmer, Fofié (2011 : 76) conclura en disant : « ...ce sont les années 70 qui sont les années fastes de la production théâtrale féminine camerounaise. Elles correspondent aussi à celle du théâtre camerounais dans l'ensemble comme le laissent sous-entendre les propos de Wolfgang Zimmer. » PourSylvie Chalaye : « sur le plan thématique, ce théâtre ne cesse d'affirmer la nécessité de s'émanciper des modèles philosophiques, administratifs et politiques hérités du colonisateur. Mais au plan formel des dramaturgies des années 70 restent encore très fidèles aux formes dramatiques classiques. »32(*) II-3) -Les années 1980 ou la recherche d'une esthétique plus africaineLes années 1980 sont décisives pour les écritures francophones car c'est également durant cette décennie que vont voir le jour le festival des francophonies du Limousin et le théâtre international de langue française. Ces structures vont permettre à la pratique théâtrale du Sud de trouver une plus grande plate-forme pour son rayonnement.33(*) Sur le continent, les auteurs dramatiques se tournent vers une esthétique qui rompt avec le modèle occidental. Les dramaturges comprennent qu'indépendance rime avec liberté. Pour affirmer leur nouveau statut, ils vont à la recherche d'une dramaturgie qui assume une rupture avec celle imposée jusqu'ici par le modèle colonial. A l'image d'autres dramaturgies d'Afrique Francophone, l'écriture camerounaise des années 80 revendique une identité en devenir. C'est la première démarche vers la réhabilitation de la dignité africaine perdue. D'après Clément Mbom cité par Fofié : «C'est la période du renouveau dans la création dramatique au Cameroun où la qualité prime la quantité. On a affaire à un théâtre non seulement éclaté, mais aussi ouvert, (...) Tradition africaine et technique occidentale se joignent... » (2011 : 36). C'est la période de l'éclatement du théâtre camerounais. De nombreuses oeuvres sont produites et de nouvelles esthétiques voient le jour. C'est ainsi que le théâtre rituel de Werewere Liking trouve sa place grâce à son authenticité. Son écriture tire son essence de différents rituels africains et particulièrement ceux du peuple bassa. Parmi les oeuvres les plus importantes de cette décade nous citerons : Le caméléon et les épouses stériles de Patrice Ndedi Penda, Une nouvelle terre et Du sommeil d'injuste de Werewre Liking. « Ce retour identitaire des théâtres du Sud rencontre alors les attentes d'un public occidental en mal d'exotisme et d'authenticité, un public qui découvre bientôt, à Limoges où à Paris la force de créativité de l'Afrique, mais reste attaché à un mythe idéaliste de l'oralité, la musique et le pittoresque du village et des rituels fabriquent une image d'Epinal qui fige le continent dans son passé ».34(*) Ce constat de Chalaye, nous permet de percevoir le revers de la crise identitaire sur l'écriture théâtrale. Cette dernière au lieu de faire avancer les choses a plutôt entrainé un retour en arrière du théâtre. Ellea figé la société dans un cliché archaïque, tandis qu'elle évoluait. Les dramaturges s'attèlent et se libèrent de cette représentation, c'est la fin des années 1980. * 32 Ibid. * 33 Voir « Afrique noire : écritures contemporaines », in Théâtre/Public, n°158, Gennevilliers, 2001. * 34ibid |
|