1.3.2. L'entretien
semi-directif
L'opportunité du recours à l'enquête par
entretien répond à la logique de la démarche
méthodologique du type ethnographique. L'entretien est une communication
verbale entre le chercheur et l'acteur participant en vue de récolter
les données. Dans le cas d'espèce, il permet de rendre compte du
sens et de représentation des pratiques policières
échappés à l'observation directe par la participation
observation.
L'enquête par entretien permet de recueillir les
discours non provoqués ni fabriqués par la question, mais bien
construits par le processus interlocutoire, le prolongement d'une
expérience concrète ou imaginaire. Il révèle la
logique d'une action, son principe de fonctionnement. Il déroule le
cours de chose, propose les éléments contenus dans les
phénomènes étudiés, leurs composants et non leur
contenant, ni leur enveloppe, les rationalités propres aux acteurs,
celles à partir desquelles ils se meuvent dans un espace social, et non
pas ce qui les détermine à se mouvoir dans cet espace social.
Quant aux résultats visés, il ne prend pas en charge le pourquoi,
mais fait apparaître le processus et le « comment ».
(BLANCHET A. et GOTMAN A., 1992 : 40 - 41)
Ainsi, l'entretien peut aussi consister en la méthode
centrale d'une recherche criminologique dans la mesure où l'objet
même de la recherche est constitué par les représentations
sociales du champ pénal. (KAMINSKI D., 2005 : 64) Il se prête
particulièrement à l'analyse du fonctionnement de la police. Il
permet de dégager les contradictions fonctionnelles de la police comme
organisation.
L'entretien peut être administré à un
individu. Il est dans ce cas individuel. Il peut être aussi
administré directement à un groupe d'acteurs participants bien
sélectionnés. C'est l'entretien collectif.
Par ailleurs, l'entretien peut être directif, non
directif ou semi - directif. L'entretien est dit « directif
lorsque le participant de la recherche réagit d'une manière
dirigée. Il est limité dans un cadre bien déterminé
qui l'oriente. Ce type d'entretien restreint la marque de liberté de
l'acteur et son point de vue. Il réagit au questionnement du chercheur
selon un cadre bien tracé. Il implique une grille des questions bien
établies. A l'antipode de cette limite, il a l'avantage de produire les
données précises et voulues. Dans les entrevues, l'acteur est
guidé. Il est « non directif » lorsque le chercheur
laisse une grande marge de liberté aux acteurs de produire un discours
au regard du questionnement. Le chercheur peut poser une seule question qui
concerne l'objet de recherche pour que le participant y réagisse. A
titre, illustratif, l'on demandera au participant d'expliquer la pratique d'OPJ
debout. L'auteur n'est limité que par l'objet de recherche. Il peut
même aller au-delà pour livrer des connaissances pertinentes
auxquelles le chercheur ne s'attendait pas. L'avantage c'est la
découverte. La non directivité ne signifie pas le dialogue
à sens unique. Le chercheur intervient toujours, mais le moins possible,
pour raison de précision et d'éclaircissement. Selon notre avis,
nous pensons qu'il est convenant à la recherche qui approche l'objet par
la grille de l'acteur social.
L'entretien est semi-directif lorsqu'elle est une juste
moyenne entre les deux précédents. Il est directif puisqu'il
impose une grille d'entretien qui fixe le cadre. Mais, il présente comme
avantage la construction des stéréotypes d'ancrage qui se
dégagent dans le corpus du travail. C'est la grille thématique
d'entretien façonnée par le chercheur qui préside à
la construction du corpus. L'avantage est dans le chef du chercheur de viser
les données bien cadrées et bien précises. Sous cet angle,
cette grille limite la marge de liberté et y enferme les acteurs. Il est
aussi non directif puisque les acteurs ont cette marge de liberté de
réagir à travers la grille. Il ne s'agit pas de questions
fermées, mais ouvertes pour solliciter les points de vue, les avis et
les opinions sur leurs pratiques.
La prédilection de cette recherche a comme inclinaison,
l'entretien semi directif que nous trouvons le mieux indiqué au regard
de l'objet sous-étude. Non seulement ce type d'entretien nous fournit
des données bien cadrées, mais aussi, il fixe les limites de
l'acteur et les contourne. A ce sujet, le chercheur demande à l'acteur
à la fin de l'entretien s'il y a les points qui restent obscurs ou qui
n'ont pas été développés.
Sur terrain, il nous est arrivé que certains acteurs
nous fixaient eux-mêmes un rendez-vous pour approfondir l'entretien. Dans
ce cas, ils ont la grande manoeuvre de liberté et d'expression.
L'entretien suivant est un atout pour enrichir le précédent.
D'autres acteurs par contre, s'estimaient satisfaits du contenu de l'entretien
puisque l'objet était censé bien épuiser.
La pertinence de cette technique est qu'elle se veut une
enquête de terrain qui vient en complément à l'observation
directe. Il enrichit les données de l'observation et ouvre au chercheur
une piste de découverte de nouvelles connaissances. Il permet de
dénicher et de décortiquer certains faits ayant
échappé à l'observation directe ou
« pure » ou encore « in situ ».
Cette observation est limitée au champ visuel du
chercheur qui ne peut être que partiel. C'est pourquoi, la construction
scientifique est partielle. Elle est limitée à la vision du
chercheur.
Il est important de rappeler que cette limite, de
l'observation directe est corrigée par l'entretien qui l'enrichit.
L'observation implique deux stratégies. Elle peut être
utilisée par un chercheur de l'extérieur tout comme de
l'intérieur. De l'extérieur, le chercheur est un
« outsider ». Il vise l'observation et la
participation devient une stratégie et un moyen d'acquisition de
connaissance. C'est l'observation participante. L'inverse se produit lorsqu'on
est chercheur acteur professionnel. Il analyse sa communauté de
l'intérieur. C'est la participation observation. Il est participant,
l'observation est suscitée par l'intérêt de recherche. Il
entre sur le terrain par le camouflage qui offre une position privilégie
pour récolter les données.
Le participant -observant est un dilemme. Comment prendre la
distance entre la participation et l'observation ? Cette question sera
analysée dans la phase portant l'éthique de cette recherche.
Néanmoins, le recours à l'observation
« indirecte » est une manière de prendre
distance.
Il sied de retenir que les deux observations se soutiennent.
L'observation directe est la voie directe d'entrée de connaissance
tandis que celle dite indirecte la précise, l'enrichit et lui donne le
sens. L'observation « pure » ou
« directe » complétée par l'entretien
semi-directif et la documentation qui sont les observations indirectes. Ainsi,
parait-il évident que la recherche sous-étude a mobilisé
l'observation « directe » et
« indirecte » sous leurs formes particulières
à savoir : la participation observation, l'entretien semi-directif
et la documentation. Comment avons-nous exploité cette dernière
technique ?
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