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Guerres et circulation des élites politiques en province orientale de la République Démocratique du Congo

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par Edocin Ponea Tekpibele Masudi
Université de Kisangani - Diplôme d'Etudes Supérieures (DES) 2009
  

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I.1.3. 1997-2003 : La Province Orientale à l'ère des guerres dans la guerre

L'ère des rébellions est sans doute l'une des phases remarquable de la violence politique dans l'histoire politique de la République Démocratique du Congo en général et de la Province Orientale en particulier. Une situation à dimension multiple où plusieurs acteurs entrent en jeu. Elle est caractérisée par la prolifération des rébellions nées du RCD ou contre ce dernier, comme le Mouvement de Libération du Congo (MLC). Aussi, elle est marquée par des affrontements armés entre les forces alliées aux mouvements rebelles entre elles et contre le gouvernement de Kinshasa; c'est ainsi que nous parlons de guerres dans la guerre.

Nous pouvons, de manière chronologique présenter quelques batailles qui survinrent du fait des tensions entre les armées alliées au RCD et entre ses différentes factions de la manière ci-après :

- Le 22 mai 1999 à Kisangani;

- Le 7 juin 1999 à Kisangani;

- Du 17au 19 août 1999, guerre dite de trois jours à Kisangani;

- Le 5 mai 2000, guerre dite d'un jour et à Kisangani;

- Du 5 au 10 juin 2000, guerre dite de six jours à Kisangani ;

- Janvier 2002, à Isiro (des hommes de Mbusa attaquent ceux de Lumbala) ; - Octobre 2002, Mambasa et Epulu (Coalition MLC/RCD-N vs RCD-K/ML) ;

- Fin 2000 - début 2001, plusieurs affrontements à Bafwasende entre d'une part

les hommes de Mbusa, ceux de Lumbala et entre d'autre part ceux-ci et des

hommes du RCD-Goma ;

- L'enlisement de la situation militaire en Ituri est aussi à mettre à l'actif de ce jeu macabre de positionnement et de crise de leadership entre les alliés rwandais et ougandais et entre les acteurs locaux congolais.

A cela, il faut ajouter les expéditions punitives organisées à travers quartiers, avenues et villages environnant les grands centres et cités de la Province Orientale ainsi que la ville de Kisangani. Pendant ce temps, l'étranger est maître de terrain et soutenu dans sa besogne par les élites locales.

Mais, les trois derniers affrontements de Kisangani marquent la phase scissipare du RCD en plusieurs autres souches parentes avec le concours et la complicité de mêmes alliés rwandais ou ougandais selon le cas. Ainsi s'élargit l'arbre généalogique des mouvements rebelles ayant un même ancêtre interne, l'AFDL, et les mêmes parrains, le Rwanda et l'Ouganda. Et au lieu de parler simplement du RCD, nous allons dorénavant ajouter une épithète à ce mouvement pour le distinguer des autres qui portent la même dénomination que lui comme pour confirmer leur filiation et fratrie.

En effet, suite à un malentendu bien manigancé et instrumentalisé par les alliés ougandais sur l'éviction du Professeur Ernest Wamba dia Wamba de la tête du mouvement au début de 1999. Ce dernier est exfiltré de Goma par des troupes ougandaises au mois de mai de la même année puis transporté à Kisangani où il crée avec Antipas Mbusa Nyamwisi le RCD-Kisangani (RCD-K).

Wamba dia Wamba manipule la lassitude de la population de Kisangani et son aversion à l'égard des troupes rwandaises en annonçant son rapprochement avec Kinshasa et sa volonté à vouloir négocier. Ce qui lui vaut un ralliement massif de nombreuses personnalités et le soutien exprimé lors de ces différentes tentatives de meetings de la population boyomaise nostalgique du pouvoir de Kinshasa. Il installe une administration parallèle au camp des contingents ougandais de la Sotexki où sont recrutés et formés cadres universitaires et jeunes désoeuvrés pour une éventuelle armée du RCD-K. Son Gouverneur, le Professeur Walle Sombo Bolene alias Gouverneur Magnifique, un Topoke, rivalise d'ardeur et de provocation avec le Gouverneur du RCD, Théo Baruti Ikumaiyete, un Lokele103.

103 Le choix par les différents mouvements de ces deux personnalités natives de la Province Orientale et tous deux ressortissants du Territoire d'Isangi appartenant aux deux ethnies rivales est stratégique. Il exploite à la fois la position « dominante » ou les ressentiments existants (lire Bolinda wa Bolinda, De l'impact du conflit TopokeLokele sur le développement du territoire d'Isangi. Recherche d'antidotes sociologiques,Thèse en Sociologie (inédite), FSSAP, UNIKIS, 2000 et pour le même auteur, De la compétition identitaire des Topoke et Lokele face aux exigences du développement du Territoire d'Isangi, Mémoire de DES en Sociologie (inédit), FSSAP, UNIKIS, 2000 pour mieux cerner la nature des rapport entre Lokele et Topoke), l'importance numérique (les ressortissants de ces deux ethnies étant vraisemblablement les plus présents en politiques que ceux des autres ethnies de la Province dans la ville de Kisangani), l'histoire, l'activisme des jeunes de ces deux ethnies (les associations Bana

Même la suite de choix des autorités du RCD-Goma n'a suivi que cette logique de recherche d'assise populaire.

Nous assistons à des pugilats verbaux et l'instrumentalisation des ressentiments ethniques anciens orchestrés par les élites politiques en compétition. Le domaine de la Sotexki s'est mué en un Etat contigu dans un sous Etat (l'«Etat/RCD») au sein de la RDC sous la surveillance des ougandais. Le summum de ce jeu de ping pong entre alliés s'observe quand, le 17 août 1999, les troupes rwandaises secondées de leurs alliés congolais du RCD-Goma lance l'assaut sur le QG avancé en ville du RCD-K.

Le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), ayant entamé l'occupation de la Province Orientale le 11 août 1998 par la prise de Bunia est parvenu à prendre Kisangani le 23 septembre 1998. Il est antérieur à toutes les factions rebelles qui ont fulminé entre 1998 et 2001 en RDC. Un mouvement rhizomique du fait des discordes observées dans la gestion des intérêts rwandais et ougandais.

Guerre débutée avec les allures d'une insurrection/mutinerie non organisée et sans structure politique le 2 août 1998. Car, pendant près de trois semaines, après la défaite militaire lors de son raid sur Kitona au Bas Congo, la première apparition médiatique des porte-parole militaires du groupe armé n'intervint que le 20 août 1998, après l'échec de l'opération aéroportée au Bas-Congo aux portes de Kinshasa. Colette Braeckman a aussi écrit sur ce sujet104.

Nkoko Lipambala pensait de ces mutisme et absence des cadres politiques dans les premiers jours de l'existence du mouvement politico-militaire RCD qu'en réalité cette guerre n'était pas conçue pour une rébellion mais plutôt pour un coup de force. Car, les porte-parole du mouvement n'ont été présentés à la population que trois semaines après le déclenchement de la guerre. Cependant, les textes qui régissent le

Etats-Unis, Katamoto, Chine Populaire, Les Bourgeois, etc. ont pour membres, majoritairement des jeunes natifs Lokele, Topoke et leurs autres alliés d'Isangi).

104 C., Braeckman, Op. Cit., 354

RCD attestent que sa création est antérieure au déclenchement des hostilités, c'est-àdire le 1er août 1998105.

Il a été déploré sous la gestion de certaines entités de la Province Orientale par le RCD: brimades, viols, vols, pillages, raquettes, prédation des ressources naturelles, violations des droits humains, musellement des libertés publiques, manipulation et instrumentalisation des ressentiments ethniques, etc.

Les rapports des alliés (rwandais et ougandais) aux différents mouvements sont révélateurs de la nature même de l'Etat congolais. Un « res nullius » à la portée de tout conquérant qui sait allié argent et pouvoir politique. Les alliés s'opposant chaque fois que l'intérêt des élites politiques congolaises était en jeu et vice versa. Les alliances se font et se défont au gré des humeurs et des circonstances. Par conséquent, la Province a subi le choc de ces rapports tendus et instables. Les guerres civiles, les confrontations armées entre troupes étrangères en terre congolaises de la Province Orientale, des répressions de tous genres et des exécutions sommaires extrajudiciaires témoignent de cet état de chose. Ceci a débouché, en Province Orientale, sur une escalade sans précédent dans l'histoire de l'Afrique106. Les guerres dites de un, trois et six jours de Kisangani sont à l'actif de ces pays et des mouvements rebelles respectifs qu'ils appuyaient. Aussi, les désaccords entre différents groupes ont débouché sur des guerres dans la guerre.

Nous assistons ainsi, du fait de ces discordes, à l'émergence du Mouvement de Libération du Congo (MLC), du Rassemblement Congolais pour la Démocratie - Kisangani/Mouvement de Libération qui devint au début de 2006, Rassemblement des Congolais pour la Démocratie du Congo-Kinshasa/ Mouvement de Libération mais

105 Nkoko Lipambala, La problématique de la nature des rapports entre les différents mouvements de rébellion et leurs alliés. Expérience de la ville de Kisangani de 1996 à 2000, Mémoire de Licence (inédit), SPA, FSSAP, UNIKIS, 1999-2000, p.33.

106 Pour la première fois, les Etats africains ont utilisé le territoire d'un autre Etat indépendant et souverain pour se faire la guerre en prenant des centaines de milliers des populations civiles en otage et détruisant des structures sociétales et des vies humaines. C'est à raison que cette guerre fut qualifiée par plusieurs commentateurs de la première guerre du monde d'Afrique.

garda le même sigle (RCD-K/ML), RCD-National (RCD-N) et les différents groupes armés de l'Ituri.

Jean Pierre Bemba Gombo, le chef du MLC, arrive à Kisangani au mois de septembre 1998. D'abord annoncé comme membre du RCD, ce dernier, prend des contacts avec quelques cadres de la ville et l'idée de créer son propre mouvement voit le jour avec le soutien des Ougandais comme il le dit lui-même dans l'ouvrage autobiographique de sa guerre107.

Le Mouvement de Libération du Congo est créé à Kisangani au mois de septembre 1998. Il inaugure vraisemblablement l'ère des dures épreuves pour la Province Orientale et ses populations civiles ; car les alliés multiplient des coups bas et intrigues au point que le front rebelle devient un marché concurrentiel rentable où les élites se dévoilent et rivalisent d'ardeur dans les aller-retour à travers les capitales rwandaise et ougandaise à la recherche «d'emploi». Nous avons en annexe une photo de Mbusa Nyamwisi saluant tout respectueusement, le «faiseur des roitelets congolais», Paul Kagame à l'occasion de l'un de ses multiples périples à Kigali.

Ce mouvement rebelle fait ses débuts politiques à Kisangani où il recrute ses premiers cadres et hommes de troupes sous la supervision ougandaise108. Cette situation a entraîné des arrestations de nombreuses personnalités ayant été en contact avec Jean Pierre Bemba Gombo, en l'occurrence Monsieur Pierre-Hubert Moliso Nendolo Bolita alors Procureur de la République à Kisangani en 1999, par les services du RCD et détenu secrètement au Camp Ketele. Cette situation a provoqué des remous dans la ville et le mouvement a plié sous la pression pacifique des élites politiques et de la société civile boyomaises.

69 Bemba Gombo, Op. Cit., pp. 18-47, 95-150. 108 Ibidem, pp. 18-19.

Le MLC et les Ougandais contrôlent, en reprenant des positions aux rwandais et au RCD, tout le district du Bas-Uélé, une grande partie du Territoire de Banalia109, le Haut Uélé et progressent en Equateur.

En même temps, tandis que Jean Pierre Bemba Gombo et Antipas Mbusa Nyamwisi se disputaient l'or du Haut-Uélé, Roger Lumbala s'emparait du diamant de Bafwasende.

Un rappel important mérite d'être fait à ce niveau sur le comportement des troupes rwandaises. Pendant leur première intervention en RDC, ces troupes se sont plusieurs fois livrées aux brimades et pillages. Se considérant comme maîtres110 sur un territoire conquis, les militaires rwandais n'ont pas hésité à piller véhicules, immeubles, biens meubles, argents et équipements industriels qu'ils rapatriaient directement au Rwanda. Tous ces comportements ont attisé l'aversion de la population congolaise de la Province Orientale contre les Rwandais et ont, par conséquent, alimenté le ressentiment des habitants de la Province Orientale contre le RCD.

Soulignons que l'aversion caractéristique et explosive que connut la Province Orientale contre les Rwandais entre fin 1996 et fin 1998 à l'occasion des guerres de l'AFDL et du RCD est la résultante d'une instrumentalisation bien orchestrée par les élites locales mobutistes. Sans les nommer, les élites appellent à la vigilance contre les «R ou Roméo ou encore zolo mulayi/puwa murefu111». Les délations et les chasse-àl'homme dont ont été victimes certains sujets Rwandais ou non112. Même pendant la

109 Seule une partie du Secteur Bamanga, de PK 18 au PK 52 sur la route Banalia, qui est sous contrôle du RCDGoma et des rwandais.

110 Les rwandais qualifiaient avec une facilité déconcertante tous les congolais, civils ou militaires, de «Wajinga» ce qui signifie «villageois», «ignorants», «dupes» et plus fort encore, «imbéciles». Aussi, ils ont été plus considérés comme prédateurs que leurs homologues ougandais. Nous estimons que c'est en réaction à ces multiples brimades que la population de Kisangani a semblé adhérer aux tentatives de déstabilisation du pouvoir du RCDGoma par le RCD-K.

111 Pour signifier Rwandais ou long nez.

112 En janvier, février, mars 1996 quand l'AFDL menaçait de prendre la ville de Kisangani, les étudiants instrumentalisés et voire les voyous de Mangobo, Tshopo et Kabondo se sont attaqué à tout celui qui avait des traits phénotypiques Tutsi et ont même confondu dans leur besogne certaines personnes, Bantoues de surcroît, aux Rwandais. Le fils du Professeur Obotela Rachidi (Topoke de la Province Orientale de son état), Mme Brigitte Akamba (Soko de Basoko en Province Orientale), Mbuyi Tshibwabwa (Luba du Kasaï occidental), pour ne citer

poussée militaire du RCD, la chasse aux Rwandais a été systématique sous l'AFDL. Pire, il ne s'agit plus ici des bandes des jeunes voyous et des étudiants endoctrinés instrumentalisés ; il s'agit de la Police, de l'ANR et du renseignement militaire qui opèrent pour traquer les «R» à Kisangani et dans plusieurs autres cités de la Province Orientale dont Buta, Isiro, Bunia, Banalia, Bafwasende, etc.113.

Par ailleurs, de la part de la population de la Province Orientale, la tendance xénophobe contre les ressortissants Rwandais est tributaire du comportement des militaires Rwandais.

Précisons tout de même que l'entrée du RCD à Kisangani n'a pas été du tout aisé comme cela fut le cas de celle de l'AFDL. Tout a commencé par la résistance de certains jeunes de la Tshopo à la tentative de vol par des militaires rwandais alliés au RCD d'une mini Jeep de marque Suzuki Vitara des Prêtres du Sacré Coeur de Jésus de la paroisse Saint Joseph Artisan de la 10ème avenue Tshopo le 26 août 1998. Les coups de balles de sommation de ces assaillants ont été l'élément déclencheur des soulèvements en cascade des populations à travers toutes les communes de Kisangani qui ont du coup refusé de coopérer avec le RCD pendant plus de deux semaines. Il a fallu faire intervenir des élites de la place pour une acceptation du mouvement. Les nominations des autorités municipales et provinciales répondaient surtout à une volonté de légitimation114.

Bien avant cela, il faut signaler la résistance opposée par des éléments de la Police d'Intervention Rapide (PIR) et quelques éléments ex-FAZ (entendez ici les anciens des Forces Armées Zaïroises) stationnés à l'aéroport de Bangboka en attente de leur évacuation vers d'autres localités. Cette résistance a aussi connu l'appui des

que ceux-là, n'ont eu la vie sauve que grâce à l'intervention musclée des voisins ou amis de bonne foi. Plusieurs personnes demeurent jusqu'à ces jours portée-disparue.

113 Faits vécus par nous et confirmés par nos entretiens avec trois anciens Bourgmestres des communes de la ville de Kisangani en mars 2007, juillet 2008 et juillet 2009.

114 Un « commandant » rwandais nous déclarait en 1999 à Kisangani que la résistance de la Population boyomaise avait déjoué tous leurs calculs et les avait décidé à opérer, alors qu'il ne fut planifié ainsi, le recrutement des élites locales pour diriger les institutions provinciales, urbaines, communales, etc. Ce dernier regrettait le fait que plusieurs recrues « occasionnelles » du RCD n'avaient intériorisé son idéologie.

éléments restés au « Camp de rééducation », si non de réduction ou de concentration, de BASE115 (sous la conduite du Gouverneur Jean Yagi Sitolo à la première tentative de ralliement à la rébellion du RCD par certains officiers rwandais ou d'expression rwandophones présents à Kisangani avec l'appui du bataillon PM et la complicité de certains officiers congolais le 4 août 1998.

Selon une certaine discrétion d'un cadre du RCD-Goma, les massacres survenus le 14 mai 2002 avaient eu aussi comme leitmotiv, le règlement de comptes à ces policiers qui s'opposèrent au basculement de camp de la ville de Kisangani en 1998. Car, de nombreuses victimes de ces événements étaient des policiers et des jeunes de Mangobo et Tshopo, deux communes qui s'étaient farouchement opposées au RCD à ses débuts. La commune de Kabondo avait aussi vaillamment résisté, notamment en bloquant l'accès à l'aéroport et, pendant longtemps, de nombreux quartiers n'étaient pas accessibles aux forces de l'ordre. Les autres faits n'étant que des épiphénomènes d'une rancoeur bien enracinée116.

Ces différents événements politiques de l'histoire politique violente de la Province Orientale ont essentiellement marqué les habitants de la Province Orientale au point d'avoir façonné les hommes politiques et influencé leurs agir politiques.

I.2. Les zones de turbulence en Province Orientale

La Province Orientale, comme la plupart des provinces de l'Est de la RDC, a été le théâtre des affrontements militaires de la part des divers groupes armés. C'est ainsi qu'on y trouve plusieurs foyers de turbulence. Mais en raison de leur intensité,

115 Un centre d'entraînement militaire connu sous cette appellation installé sur le PK 10 de la route Ituri

116 Nous devons ces propos d'un cadre du RCD-Goma interrogé par nous dans le cadre de l'enquête que nous avons menée sur ces événements au mois de mai 2002 en qualité d'acteur de la société civile. Propos recueillis à Bukavu, en avril 2003. On peut également lire utilement, à propos de nombreuses tueries survenues à Kisangani sous le RCD, les rapports des ONGDH suivantes parues entre 2000 et 2002 : Lotus, Groupe Justice et Libération, Amis de Nelson Mandela, Groupe Kisangani pour la Paix, Paix Sur Terre...

nous avons pu retenir les foyers du district de l'Ituri et celui du territoire de Bafwasende dans le district de la Tshopo117.

Nous voulons plancher sur les zones chaudes en termes de violence politique en Province Orientale pendant la période en observation. En effet, nous tentons de répondre au questionnement suivant : quels conflits et crises majeurs situés localement ? Quels en sont les causes et enjeux ? Qui en sont les acteurs principaux locaux et alliés nationaux/étrangers (individuels ou organisationnels) ? Voici quelques questions qui guident cette sous section.

I.2.1. Ituri

Le plus peuplé de quatre districts que comprend la Province Orientale, l'Ituri demeure jusqu'à ces jours le théâtre quotidien des affrontements des seigneurs de guerre qui y font leurs lois. Dans cette section, il est question de la présentation du District de l'Ituri, consistant à dresser un bref historique de conflits interethniques qui l'ont secoué entre 1999 et 2003 ainsi qu'à identifier les différents groupes et acteurs impliqués dans ces conflits.

I.2.1.1. Brève historique du conflit

Dans cette sous-section, il ne s'agit nullement de nous étendre sur le conflit en Ituri, mais d'en dégager les grandes lignes, d'une part, et de comprendre l'ampleur de ce conflit interethnique dans la mobilité des élites politiques de cette partie de la Province Orientale, d'autre part.

L'Ituri a pendant longtemps été une zone de conflit entre les deux principaux groupes ethniques habitant les Territoires de Djugu et d'Irumu à savoir, les Lendu et les Hema, tant il est vrai que quand des peuples de traditions et cultures différentes

117 Signalons tout de même que le Territoire d'Ubundu avec ses maï maï a aussi connu la violence. Nous ne le classons pas dans cette étude ; car la «résistance» populaire ou le phénomène maï maï n'ont pas eu les mêmes effets que dans les entités retenues. Les districts du Bas-Uélé et du Haut-Uélé avec des groupes étrangers qui sévissent n'ont pas vécu l'organisation des populations en forces d'autodéfense locales.

entrent en contact par la conquête, la colonisation et le jeu des missionnaires ou des agents commerciaux, un affrontement entre ces deux manières d'être peut engendrer les effets les plus divers118. Les premiers étaient des agriculteurs et les seconds des éleveurs.

Selon plusieurs sources dont Dominic Johnson119, « les groupes ethniques Lendu et Hema se sont pendant longtemps opposés dans cette région de 3,5 millions d'habitants, se disputant les terres et le pouvoir politique.» Déjà en 1911, les Lendubindi (Ngiti) tuèrent le Grand chef Hema, Bomera et plusieurs des siens à Gety en réaction aux exactions de ces derniers dans cette région qu'il venait récemment de conquérir120.

Comme l'explique alors un rapport de l'International Crisis Group121 (ICG), « les Lendu et les Hema occupent les terres les plus fertiles et les plus riches en ressources minières d'Ituri».

Cette rivalité entre les deux tribus est historique. En effet122 , «comme au Rwanda et au Burundi, les nilotiques et plus principalement les pasteurs Hema avaient eu la priorité à l'éducation de la part des missionnaires catholiques et ensuite étaient employés pour diriger l'administration locale et superviser les ouvriers agriculteurs Lendu dans les plantations ainsi que dans les mines. Après l'indépendance, les Hema n'étaient pas seulement les mieux placés pour récupérer les plantations laissées par les colons belges, mais aussi avaient les ressources intellectuelles, politiques et financières afin de manipuler le régime de Mobutu à leur avantage et accroître leur domination économique sur les deux territoires.» C'est ainsi par exemple que «les conflits locaux fonciers importants ont périodiquement éclaté (1966, 1973, 1990, 1997)

118 S.C., Versele & D., Van DE Velde-Graff, «Marginalité ou marginalisation ? Accident ou fonction?», in Revue de l'Institut de Sociologie, n° 1-2, Bruxelles, Editions de l'ULB, 1976, p. 41.

119 J., Dominic, «shifting sands: Oil exploitation in the rift valley and the Congo conflict», in Pole Institute Report, 2003, p.19. Ce rapport a été traduit de l'anglais par nous.

120 Remo Lo-Lozube Poru Anda, Op. Cit., p. 48.

121 International Crisis Group « Congo crisis: Military intervention in Ituri» in ICG Africa Report, n° 64, du 13 Juin 2003, p. 2.

* Traduction du document assurée par nous à l'aide du traducteur en ligne de TV5-Monde.

122 Ibidem, pp.2-3.

entre les propriétaires terriens Hema et les communautés Lendu qui se sont sentis désavantagées et marginalisées123

Depuis longtemps, ces deux tribus rivales ont cohabité dans un climat de violence mutuelle et les petits moments de trêve furent des occasions pour les deux d'affûter leurs armes respectives et reprendre avec la violence dès que l'opportunité se présente. Les conflits y surgissent de manière intermittente. La plupart du temps, les affrontements ont lieu lorsque l'autorité centrale de l'Etat était affaiblie.

C'est dans ce contexte que se présente l'épisode des violences en Ituri. Depuis 1999, les conflits se sont progressivement étendus à tous les territoires du district et virtuellement à toutes ses communautés. Dominic Johnson rapporte124 : «Selon un rapport de l'Association Africaine des Droits de l'Homme (ASADHO), le conflit direct a commencé en Avril 1999 quand un propriétaire terrien Hema, Singa Kodjo, appuyé par les forces ougandaises, expulse les squatters* Lendu de sa propriété près de Kpandroma.

Le 19 Juin 1999, les troupes ougandaises arrêtent les participants Lendu qui prenaient part à une rencontre de réconciliation à Kpandroma. De là suivit une escalade des tueries avec 200 morts en l'espace de deux jours, principalement des Hema. Le 22 Juin 1999, une politicienne Hema, Adèle Lotsove, était nommée Gouverneur de la province de Kibali-Ituri, nouvellement créée par un décret signé par le commandant de l'armée ougandaise (Ugandan People's Defence Forces, UPDF) en poste en RDC, James Kazini. Ainsi éclata une guerre généralisée contre les miliciens Lendu. En Octobre 1999, une mission des Nations Unies a dénombré 5000 à 7000 morts et plus de 100.000 déplacés. Adèle Lotsove a été démise de ses fonctions de Gouverneur par l'Ouganda en décembre 1999.»

123 J., Dominic, Op. Cit., pp 2-3 (cet auteur traite longuement et de manière détaillée l'histoire de la violence ethnique en Ituri)

124 J., Dominic, Op. Cit., p.20

* Mot Anglais employé par Dominic Johnson, désignant une personne sans abri qui occupe illégalement un logement vacant ou destiné à la destruction. Mais qui, dans le cadre précis de l'Ituri ou d'ailleurs de la RDC signifie tout vraisemblablement une personne habitant un immeuble ou un domaine d'autrui sans son autorisation et cela avec une intention revendicative.

L'Ouganda est resté maître de l'Ituri pendant cette période, plaçant à chaque occasion des hommes à sa solde et obéissant à ses ordres et préservant ses intérêts (entendez ici à la fois les intérêts de l'Etat ougandais et de ses hauts officiers en mission de «conquête»).

Il se pose ainsi avec beaucoup plus d'acuité, la question des alliances qu'entretinrent les élites congolaises avec leurs alliés ou protecteurs pendant les périodes des guerres. Ces élites en quête du pouvoir et des ressources que ce dernier procure, profitent de l'état de guerre pour se positionner et tirer chacune, en se ralliant ses frères d'ethnies, l'épingle du jeu. Ainsi, sont alimentées, barbarie, division, lutte pour le leadership, bref la violence.

Les élites congolaises sont inféodées et manipulées par leurs alliés étrangers qui usent méthodiquement de la tactique de «diviser pour mieux régner».

C'est alors que : « Pendant plus de quatre ans passés, un trait constant a favorisé la recrudescence de la violence. En ce moment, chaque rebelle125 congolais en charge de l'Ituri a été intronisé par l'Ouganda, ensuite remplacé par un autre

125 Citons par exemple : Ernest Wamba dia Wamba, Antipas Mbusa Nyamwisi, John Tibasima Mbongemu, Jean Pierre Bemba Gombo, Mohamed Bule Ngbangolo, Thomas Lubanga, Yves Kahwa Panga Mandro.

- Wamba dia Wamba arrive à Bunia, le 18 septembre 1999. Il préside le RCD-K rebaptisé en RCD-K/ML jusqu'à la reconnaissance par l'Ouganda en mi 2001 de Mbusa Nyamwisi comme leader du RCD-ML ;

- Mbusa Nyamwisi (quand le RCD-K arrive à Bunia après sa défaite militaire et politique de Kisangani, il est nommé par Wamba dia Wamba Administrateur de la Province du Nord Kivu.

- John Tibasima Mbongemu Atenyi est avant tout nommé Administrateur de la Province Orientale par Wamba dia Wamba. Il devint deuxième vice président de ce mouvement avant de constituer sa propre milice ethnique.

- Jean Pierre Bemba Gombo, il est président du MLC. Il est rappelé par l'allié ougandais pour présider la structure dont il vient de décider la création en vue de contourner la division interne de ses pions en fusionnant le RCD-ML et le Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, le Front de Libération du Congo (FLC).

- Mohamed Bule Ngbangolo, nommé par le président du FLC, exerce les fonctions de Gouverneur de la Province de l'Ituri de 2001 à 2002.

- Thomas Lubanga Dylo, est président de l'UPC à sa création le 15 septembre 2000. C'est lui qui détourne au profit de l'Armée du Peuple Congolais (APC) quelques combattants du RCD-K/ML de l'ethnie Hema. Il a été nommé Commissaire à la Défense par Mbusa Nyamwisi contre qui il s'oppose et dont il chasse le Gouverneur Jean Pierre Molondo Lopondo.

- Yves Kahwa Panga Mandro, Chef de la chefferie des Bahema Banywagi. C'est lui qui prit en otage Monsieur Ntumba Lwaba, Ministre des droits humains du gouvernement de Kinshasa le 20 août 2002 pour réclamer la libération de Thomas Lubanga ainsi que ses neuf partisans emprisonnés à Kinshasa. En février 2003, le chef Yves Kahwa Panga Mandro, fonda son Parti pour l'Unité et la Sauvegarde de l'Intégrité du Congo (PUSIC) ).,

répondant à ses critères et satisfaisant ses intérêts particuliers; tous ceux-ci ayant brièvement dirigé l'Ituri126

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