L'impact macroéconomique d'un consortium d'exploitation pétrolière : le cas de l'unité de production de Doba au Tchad( Télécharger le fichier original )par Siniki BOPABE Université Catholique d'Afrique Centrale - Maitrise 2007 |
II. Les portees de l'exportation du pétrole sur la structure GENErale des exportations du TchadLe développement des champs pétroliers de Doba, qui a démarré en 2001, est en train de modifier profondément la structure de l'économie tchadienne qui, jusqu'en 2000, était dominée par l'activité agropastorale et le secteur des services. A. L'INFLUENCE SECTORIELLE DES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES SUR LA STRUCTURE DES EXPORTATIONS DU TCHAD AVANT LA PRODUCTION DU PETROLE Les secteurs dits « traditionnels » d'exportation au Tchad concernent les produits d'agriculture, d'élevage, de pêche, etc. Cette économie agricole (hors secteur de rente) n'entretient que très peu de relation avec le RDM. Comme souligné plus haut, on estime que 70% de la production vivrière est autoconsommée. Le secteur primaire (agriculture et élevage) occupe environ 2,9 millions de personnes dans la population active mais ne contribue qu'à hauteur d'à peine 40% du PIB (estimé à 1000 milliards aux prix du marché 2000). Graphique 9 : Ventilation sectorielle des branches d'activités en 2000 Source : INSEED Le rapprochement de ces données laisse transparaître une productivité apparente du travail dans le secteur primaire extrêmement faible (la valeur ajoutée annuelle d'un actif ne dépassant pas les 160 euros, soit quarante centimes euros par jour seulement)37(*). L'agriculture est la première activité primaire (50% du total). Les cultures vivrières dominent (80 à 85% du sous secteur). Le coton et la gomme arabique constituent pour l'essentiel les cultures industrielles qui sont totalement exportées. Premier pôle de l'économie tchadienne, l'agriculture (et l'élevage) est un secteur peu dynamique. D'une part, sa croissance est demeurée faible (+1,5% par an en termes réels entre 1994 et 2000), inférieure à la pression de la demande urbaine et à la croissance probable du nombre d'actifs agricoles (ce qui laisserait supposer une tendance à la baisse de la productivité apparente du secteur)38(*). D'autre part, les activités agricoles sont tributaires des aléas climatiques. Or, la filière Coton est déterminante dans cette tendance. La filière de la gomme arabique, qui compte localement moins d'une dizaine de sociétés exportatrices, toucherait environ 200 000 emplois directs et indirects ; la cueillette se fait par ailleurs de façon artisanale39(*). Les exportations sont passées à 17 100 tonnes en 2004, contre 16 000 tonnes en 2003. Toutefois, la production locale serait restée stable, à 12 000 tonnes entre 2003 et 200440(*), ce qui laisse penser qu'une partie de la gomme arabique vendue à partir du Tchad y est préalablement importée. La production sucrière a progressé à la suite des investissements importants effectués par la CST (Compagnie sucrière du Tchad) pour améliorer sa productivité. En juin 2004, la CST a estimé sa production sur l'année à 33,8 milliers de tonnes contre 31,7 milliers de tonnes en 2003, soit une progression de 6,4%, après une quasi-stagnation en 200341(*). L'élevage contribue à environ 30% des exportations. Ce secteur se comporte encore mieux car il ne connaît pas les problèmes récurrents du secteur agricole. L'élevage de type transhumant, qui s'effectue dans la partie nord du pays, est notamment très difficile à formaliser. Malgré tout, son PIB n'a cessé de s'accroître. En réalité, l'État ne tire pratiquement aucune recette de ce secteur et l'essentiel du bénéfice du secteur s'effectue via les exportations du bétail sur pied et, de façon plus marginale, de celles de viande fraîche (le pays compte trois abattoirs dont un qui ne serait plus en fonctionnement). Les exportations de bétail sont essentiellement destinées au Nigeria mais les quantités restent difficilement contrôlables, malgré le renforcement des effectifs aux frontières et des points de contrôle. En 2004, les exportations de bétail sur pied ont augmenté et atteint 314 800 têtes, contre 307 100 en 200342(*). Dans cette dynamique, les exportations occupent de 1994 jusqu'en 2002 moins de 20% en moyenne par an de l'ensemble du PIB. A partir de 2003, elles occupent 52,8% du PIB. En 2004, la production initiale représente 36 points de pourcentage du taux de croissance du PIB total, amenant ce dernier à croître de 42,4%43(*). Cette tendance haussière est sans doute le fruit des exportations pétrolières. B. L'IMPORTANCE DU SECTEUR PÉTROLIER DANS LE NOUVEL ENVIRONNEMENT DES EXPORTATIONS DU TCHAD Les exportations du pétrole ont augmenté en termes de volume et monétaire les exportations globales au Tchad. Au-delà du fait qu'elles assurent une bonne couverture en volume, elles ont des effets sur toute l'économie. 1. LA PRODUCTION PÉTROLIERE AU TCHAD A partir de 2003, le Tchad a commencé à bénéficier des recettes pétrolières. Il faut signaler que toutes les quantités produites par les champs pétroliers sont mises sur le marché international. Tableau 10 : Quantité et redevance pétrolières
Source : Ministère du pétrole44(*) A en croire les chiffres, le Tchad a déjà bénéficié des royalties déjà à environ 307 millions de dollars américains depuis le début de l'exploitation. Cependant les projections estiment à 5 100 milliards de FCFA le revenu total du pétrole jusqu'à la fin de la période d'exploitation45(*). On totalise 4,26 milliards de dollars. Les recettes du Tchad d'octobre 2003 à fin décembre 2005 Or, le Tchad perçoit 12,5 % des revenus totaux, sous forme de royalties, soit environ 399 millions de dollars, dont 307 millions ont été réellement transférés au pays. Ils sont répartis comme suit : Ø Fonds pour les générations futures : 36,2 millions de dollars, soldés et récupérés par le gouvernement tchadien début janvier 2006. Ø Compte des secteurs prioritaires : 245,6 millions de dollars. Ø Compte des régions productrices : 15,3 millions de dollars. Ø Budget général : 46 millions de dollars46(*).
Dans le scénario actuel, à partir de 2004, la production doit fléchir entre 2005 et 2009 avant de chuter sensiblement de 14% chaque année par la suite. En effet, d'après ESSO, la production totale pour toute la période d'exploitation est de 1 milliard de barils avec une production de pointe estimée à 225 000 barils par jour. 2. LA NOUVELLE CONFIGURATION DES EXPORTATIONS DU TCHAD INFLUENCEE PAR L'EXPOITATION PÉTROLIÈRE Les exportations sont restées autour de la moyenne de 250 milliards FCFA jusqu'en 2002. C'est à partir de 2003, et notamment avec la production pétrolière que le niveau des exportations a doublé la moyenne de 1995 et 2001 et triplé en 200447(*). Tableau 11 : Exportations des biens et services et du pétrole entre 1995 et 2005
Source : INSEED Le solde de la balance commerciale passe d'un déficit de 800 milliards de FCFA (1 379,7 millions de dollars) à un excédent de 260,4 milliards de FCFA (492 millions de dollars). Le pétrole devient le premier poste d'exportation, comptant désormais pour près de 90% des recettes d'exportation. Les exportations pétrolières sont ainsi passées de 8,6 millions de barils en 2003 à 61,3 millions de barils en 2004, correspondant à un bond exceptionnel des ventes, qui décollent de 115 milliards FCFA (224,2 millions de dollars) en 2003 à 588, 5 milliards FCFA en 200548(*). Le niveau des exportations est vite relevé par l'introduction des exportations pétrolières dans le schéma traditionnel du circuit économique. Graphique 10 : Evolutions des exportations totales et des exportations pétrolières Source : INSEED On comprend ainsi l'importance de la faiblesse des exportations tchadiennes influencées par le secteur agro-pastorale avant le pétrole et l'importance des exportations pétrolières dans la nouvelle structuration. Le pétrole a donc permis une augmentation considérable du niveau des exportations du Tchad. Les années 2004 et 2005 sont celles qui ont changé véritablement le comportement des exportations atteignant 1690 milliards FCFA en 200549(*). C'est pourquoi, les exportations occupent une place très importante dans la structure économique du Tchad même si elles ne lui permettent pas de sortir de l'auberge de la pauvreté. L'injection de la rente pétrolière a provoqué une très forte croissance du PIB. Graphique 11 : Evolutions du PIB global et du PIB pétrolier Source : INSEED Selon les projections réalisées par le Ministère du Plan dans le cadre de la SNRP, le PIB doit doubler (en termes réels) au cours des années 2002 et 2007 (+14% de croissance moyenne par an). Et l'importance du pétrole est très déterminante dans cette nouvelle perspective. En bref, le démarrage des exportations pétrolières a fait bondir la croissance du PIB. Par ailleurs, d'après ESSO, les données relatives à la branche pétrolière pour l'emploi direct sont les suivantes : les emplois dans la construction sont de 7 000 et les emplois opérationnels sont de 500. On note par ailleurs que 80% des emplois sont occupés par les Tchadiens et les Camerounais pendant les phases de construction et d'opération. En outre, en économie ouverte, les importations sont l'une des différentes manières d'utiliser le revenu global. Nous sommes tentés en effet d'étudier la structure des importations au Tchad surtout avec la production du pétrole sur le sol tchadien. Elles comprennent l'ensemble des biens et services fournis par les non résidents à des résidents. Les importations de biens et services regroupent la valeur de l'ensemble de biens et services destinés à l'étranger. Cette donnée inclut la valeur des marchandises, du fret, des assurances, transports, etc. En effet, la division internationale du travail implique qu'une partie des biens de consommation finale et d'équipement fasse l'objet d'importations et d'exportations. Et il en va naturellement de même pour les consommations intermédiaires. Dès lors, l'accroissement du produit et du revenu total se traduit en général par une croissance des importations. Au Tchad, avec l'implantation des sociétés pétrolières et sous traitantes, une attention mérite bien d'être prêtée aux exportations. Cependant, une place sera d'abord accordée à la théorie. * 37 Source: INSEED. * 38 Idem. * 39 Source: BEAC. * 40 Idem. * 41 Source: INSEED. * 42 Source: BEAC. * 43 Source : INSEED. * 44 Cité par le CCSRP. * 45 Source : Ministère du Pétrole cité par le CCSRP. * 46 Source : CCSRP. * 47 Source: INSEED. * 48 Idem. * 49 Source: INSEED. |
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