Annexe 5 : Retranscription - Auix
Présentation
J'ai une formation d'ingénieur en informatique, et
d'analyste financier en école de commerce. J'ai passé une grande
partie de mon enfance en Afrique (de 6 à 12 ans), je suis parti ensuite
dans les Antilles jusqu'à mes 15 ans. Et je suis ensuite allé
à Paris et resté jusqu'à aujourd'hui. Je suis au
chômage aujourd'hui, je ne travaille plus, parce que les derniers
métiers que j'ai faits manquaient de sens dans une société
qui est en train de
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partir dans une croissance infinie sur un monde aux ressources
limitées. Je ne voyais pas le sens dans le travail que je donnais tous
les jours dans ma précédente boite (Amadeus, système de
réservations pour les compagnies aériennes, les hôtels,
tout ce qui a trait au tourisme). Ça me rendait profondément
malheureux, et j'ai préféré, même si j'étais
très bien payé, arrêter mon contrat. Donc je suis au
chômage et j'essaie de donner un peu plus de sens à mon
quotidien.
Gravité des crises
Il y a 2-3 ans, quand j'étais encore dans mon
métier, j'étais en dépression, j'ai fait un burnout,
j'avais pas envie de me lever pour aller bosser parce que je ne voyais pas de
sens à mon job compte tenu des crises qu'on traverse. Je voulais et je
veux donner un sens à mon existence et contribuer à faire en
sorte que le monde change tel que j'aimerais le voir changer, et non pas
travailler pour des personnes qui voient simplement leur intérêt
et leur enrichissement matériel.
Je suis entré dans l'écologie par la porte de
l'effondrement. Dans le rapport Meadows, l'élément
déclencheur de l'effondrement parmi d'autres était le manque de
ressources en énergie. Une société qui consomme de plus en
plus de pétrole, d'énergie, une croissance économique
fortement corrélée à cette consommation, sachant
qu'aujourd'hui on a passé le pic pétrolier, on est dans une
économie qui se contracte, et on découvre très peu
d'énergie par rapport à ce qu'on consomme.
Ça m'a fait vraiment prendre conscience, j'ai eu un
profond malaise de se dire on va dans le mur. C'est comme si on conduisait une
voiture les yeux bandés. Quand tu enlèves le bandeau et que tu te
rends compte qu'il y a un mur devant nous et qu'on n'a pas de frein,
c'est...
Malgré tout, je ne le vois pas d'un côté
noir. J'ai grandi avec l'image du 11 septembre, des twin towers, et je projette
un peu l'effondrement là-dessus, comme un château de cartes qui
s'effondre et il reste un tas de cendre en bas. Mais ce n'est pas le sentiment
que j'ai vis-à-vis de ça. J'ai le sentiment que notre
société telle qu'on la connait est en train de s'effriter. Mais
ce n'est pas forcément synonyme de chaos. Pour moi, c'est plus synonyme
de renaissance. Et j'aimerais que cette renaissance-là se fasse sur des
bases qui soient humanistes, tournées vers l'humain, vers le fait que
l'on consomme de manière éthique et pas plus que ce que notre
terre puisse nous offrir.
Leviers d'actions généraux
L'éducation. C'est le seul levier d'action qui vaille
de mon point de vue, c'est pour ça que j'ai rejoint Avenir Climatique.
Quand j'entends éducation c'est de la sensibilisation aux enjeux, au
fait de comprendre les phénomènes qui sont en train de se passer
et pourquoi on est en train de vivre tout ça. En ayant un certain recul,
c'est-à-dire ne pas être forcément critique mais
comprendre. Je ne pense pas que l'humain soit foncièrement mauvais, je
pense qu'il y a des idiots, et quand je dis idiots c'est simplement des
personnes qui ne se rendent pas compte de leurs actes. Et en faisant prendre
conscience que chaque acte a des effets, on pourrait arriver à aboutir
à un monde qui nous rende plus heureux. Oui, l'éducation.
Engagement au quotidien
Au départ j'allais travailler en prenant ma voiture car
je ne mettais que 30 minutes pour arriver sur mon lieu de travail et environ 1h
en bus. Mais au final j'ai rapidement préféré laisser ma
voiture au parking et prendre le bus, même pas par question
écologique, mais aussi par question économique et même de
confort. Je ne le voyais pas comme une contrainte, mais comme du temps que je
m'accordais : je n'avais plus besoin d'être focalisé sur ma
conduite, je pouvais me concentrer à d'autres choses. Donc prendre les
transports en commun, au final, ça m'a libéré du temps.
Essayer de manger, et de m'habiller de manière
éthique aussi. Je suis fana du lin, parce que c'est local, et parce que
j'apprécie de manière générale de connaître
l'histoire, l'environnement de chaque aliment ou vêtement que je
consomme.
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Au niveau de l'alimentation, j'essaie de limiter un max ce qui
est emballé sous plastique, tout ce qui me parait inutile. Quand je peux
aller faire mes courses au marché, je le fais. Je fais le tri. Mais je
suis assez critique là-dessus. La bouteille de vin en verre, on va la
jeter, elle va être cassée, refondue, et effectivement ce
verra-là aura une nouvelle vie. Mais on va dépenser de
l'énergie entre temps qui a déjà été
dépensée pour la construire en 1er lieu. On pourrait
très bien la réutiliser telle quelle et diviser par 5, par 10 la
consommation d'énergie.
Engagement dans le métier
Je suis un peu partagé. J'ai une formation en
informatique, liée à la technologie. J'aime beaucoup me servir de
mes mains, je suis très manuel. J'ai beaucoup entendu la technologie ne
va pas nous sauver ou la technologie va nous sauver. Aujourd'hui elle est
là, et il faut voir les bienfaits qu'elle pourrait apporter. Cette
question n'a à mes yeux pas beaucoup de sens car je ne pense pas qu'il
soit possible ou même souhaitable de retourner à un état
sans. Je pense qu'elle peut et doit servir à nous accompagner face aux
défis qui se présenteront à nous et que nous devons
arrêter d'essayer de suivre son rythme et essayer de nous adapter
à elle.
Mais j'ai quitté mon boulot il y a quelques mois,
aujourd'hui je suis en train de travailler sur un projet d'entre-prise pour
créer une marque de vêtements éthiques. Et quand je dis
éthique, je vais plus loin que l'écologie. Ce sera du lin,
ça pousse en France, ça ne demande pas d'eau, c'est
sourcé, local, ça contribue à créer du lien, du
tissu social.
Ces questions doivent être en 1ère
ligne dans mon métier.
Engagement collectif
J'ai découvert l'association Transparancy International
il y a peu. Ils se battent contre la corruption, font du lobbying. La
transparence est quelque chose de primordial pour nos sociétés.
Pouvoir être transparent avec ce que je fais, avec ce que je pense, avec
ce que je dis, c'est très important.
Les marches je n'y vois pas d'intérêt.
La désobéissance civile, je n'en ai jamais fait.
Je pense que c'est très important. Je pense que les changements de
société viendront de nos actes civils. Je trouve ça
très dangereux de respecter des règles quoiqu'il arrive.
Certaines règles de sont pas bonnes à suivre et il faut savoir en
bafouer certaines pour faire changer les choses.
Difficultés
J'ai grandi dans une société de consommation,
donc il y a des choses qui restent. Je continue à utiliser Amazon par
exemple. Je ne suis pas critique, mais je suis conscient qu'il y a des
améliorations à beaucoup d'égard qui pourraient être
faites. Je suis en train de travailler là-dessus.
Le problème aussi est qu'on trouve toujours des
justifications. Parfois, je ne suis pas cohérent, mais j'arrive à
aller justifier mon comportement. Mais je reste à l'écoute et
ça c'est important.
Cheminement
Je pense que c'est très lié au fait que j'ai
vécu à l'étranger : en Côte d'Ivoire pendant trois
ans, au Cameroun pendant 3 ans, en Guadeloupe pendant 3 ans, et ensuite
à Paris. Et la vie que j'ai à Paris par rapport à la vie
là-bas, c'est complètement différent à tous les
niveaux. Je pense que le 1er déclic s'est fait à ce
moment-là, en me rendant compte qu'on vit vraiment différemment.
C'était pas vraiment une prise de conscience parce que j'en ai
profité dans le sens où à Paris j'avais les transports en
communs, internet illimité, chose que je n'avais jamais connu...
j'étais comme un fou. C'était nouveau pour moi. En fait je ne
l'ai pas ressenti tout de suite en arrivant à Paris, mais quelques
années plus tard où je me rendais compte que ça n'avait
pas de sens tout ça. Je me suis rendu compte que j'étais beaucoup
plus connecté à la réalité avant, alors qu'à
Paris j'étais sur une pente descendante vers la virtualité,
l'apparence... Je me suis rendu compte que c'était fou d'avoir tout
à portée aussi. Et me rendre compte que mes camarades parisiens,
qui étaient toujours à Paris, avaient souvent un regard
complètement biaisé sur le reste du monde, et même sur le
reste de la France. Et c'est là où tu te dis que le voyage est
important pour ouvrir l'esprit. Je ne dis pas voyage en pensant au Club Med
où tu restes
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dans ton microcosme, mais passer du temps en dehors de chez
soi pour apprendre à découvrir l'autre. C'est les autres qui
t'ouvrent l'esprit, qui te font découvrir leur manière de vivre,
leur quotidien.
En Afrique c'était assez triste de voir que
c'était sale, pollué, de voir des bouteilles plastique par terre
partout. Donc j'étais sensibilisé à ça parce que
quand tu vois ce genre de paysage, des déchetteries à ciel
ouvert... Déjà ça m'a sensibilisé. En fait pas
forcément écologie, mais juste faire attention à ses
gestes quotidiens et à sa responsabilité.
Pendant mon école d'ingénieur j'ai fait un
voyage en Malaisie, et pendant mon école de commerce un voyage à
Hong Kong. C'est à Hong Kong où j'ai eu une vraie prise de
conscience. On a eu un cours sur l'efficience énergétique. HK est
la ville la plus densément peuplée au monde, c'est très
bien organisé au niveau des transports en commun notamment. On avait un
cours sur cette organisation par rapport aux villes américaines qui sont
plus sur l'étalement. HK, c'est des gratte-ciels immenses, mais tu sors
à 15min de voiture et tu te retrouves en pleine nature.
J'ai eu un déclic de me dire, il y a des axes
d'améliorations, on peut s'inspirer d'une ville comme ça sur
certains aspects.
J'ai fait mon école d'ingénieur informatique.
J'étais encore en stage, je faisais le même boulot qu'un gars qui
avait plus de 50 ans. Et déjà je me suis dit que je ne voulais
pas faire ça de ma vie. Ensuite je suis allé en école de
commerce dans l'optique de créer mon entreprise. Je l'ai fait en
alternance. Ma dernière année d'alter-nance était chez
Arkema, un groupe industriel chimique. Je bossais en tant qu'analyste
financier, j'établissais des business plans pour ouvrir des usines aux
Etats-Unis, en Malaisie. Ça m'a frappé d'une part de me rendre
compte à quel point c'était un métier bullshit. Le
principe d'un business plan c'était : on a envie d'ouvrir une usine
à un endroit, on va mettre en place un business plan avec certaines
variables, et si ça ne fonctionne pas, on va les modifier pour le rendre
fonctionnel. Je bossais sur un projet où on ouvrait l'usine, on faisait
bosser des gars, les voyants étaient rouges. Et pour que ça passe
au vert, il a fallu les faire bosser au 3/8 (bosser de 6h à 14h, ensuite
une équipe de 14 à 22H, et une autre équipe de 22 à
6h, tu bosses 3 semaines sur un horaire, 3 semaines sur un autre... 3x8h).
C'est complètement dingue. Ce truc-là ça a
été un vrai déclic. Je suis dans mon bureau à
Paris, et je suis en train de décider de la vie des gens en Malaisie.
J'y étais allé en immersion, je les avais côtoyés,
je savais ce qu'était la réalité là-bas. Et je suis
dans mon petit bureau à Paris, à prendre des décisions
aussi impactantes... Ça m'a complètement dégouté,
et j'ai commencé à déprimer à ce moment-là,
à me sentir en décalage avec la finance, avec les marchés
financiers... Il y a des gens, derrière leurs ordinateurs qui font leurs
trucs mais qui ne se rendent pas compte de l'impact que ça a sur le
terrain. Et en ayant cette conscience de me dire, ce que je fais a un impact,
je ne peux pas mettre des oeillères là-dessus, ça m'a
profondément déprimé. J'étais encore à paris
à ce moment-là, je me suis dit, il faut que je change d'air, j'ai
eu un appel pour aller bosser à Nice à Amadeus. Je me suis dit,
c'est de la technologie, c'est de l'informatique, ce sera mieux que la finance.
Mais pareil, ça n'avait pas de sens. Je voyais des collègues qui
avaient abandonné l'idée de faire un travail qui leur plaisait,
c'était un travail qui les nourrissait. « Je ne suis pas heureux au
boulot, mais c'est ok de faire 8h par jour voire plus avec les transports
».
A cette même période, il y a eu la campagne
présidentielle qui a aussi contribué à ma prise de
conscience. Pendant la campagne, tu confrontes la vision de différents
partis politiques. Je me suis dit : on est en train de parler de travailler
plus pour gagner plus, des perspectives de croissance... Je me suis dit mais
vers où on va en fait. J'ai eu une grosse remise en question sur le sens
de la vie et le sens de ma vie. Et de cette question-là a
découlé : comment fonctionne l'univers, comment fonctionne la
planète etc. Et là tu comprends vraiment qu'on vit sur une
planète sur laquelle les ressources sont limitées. J'ai
découvert le rapport Meadows où c'était
modélisé. Je ne sais pas si c'est la campagne
présidentielle. C'est possible que ça ait été la
campagne présidentielle. Ça a été un
élément déclencheur dans le sens où il y avait
beaucoup de personnes qui postaient des trucs sur fb. De fil en aiguille je
suis tombé sur des groupes (transition 2030), sur la notion
d'effondrement...
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C'est comme si t'avais une pelote de noeuds, et que tu
trouvais le petit truc sur lequel tirer et tout devient limpide. Ça a
permis de mettre un mot sur l'intuition qu'il y a quelque chose qui fonctionne
pas, il y a un truc qui cloche. C'est pas la perspective d'effondrement, mais
finalement plus la compréhension, le modèle qui amène
à ce fait là. Le fait que tout est lié. De comprendre par
quoi c'est lié, par quoi ça a un impact. Là, ça a
été... waouh. Ça a été ah ouais, ok,
là je réalise, je comprends l'ampleur du truc et... Ah
c'était complètement dingue, c'était complètement
dingue. Après, il s'en est suivi du coup que je n'étais pas
forcément plus heureux de comprendre ça (rires). Mais au moins je
pouvais mettre un mot là-dessus. Il y a d'abord eu du soulagement de me
dire, je ne suis pas fou. Parce que dans mon quotidien où j'essayais
d'en parler autour de moi c'était difficile. Donc du soulagement
d'abord. Ensuite de la tristesse de se dire, on est peut-être foutus. Et
puis un sentiment de renaissance, de renouveau de me dire : ok, maintenant que
j'ai compris ce qui me gênait dans mon mode de vie, voilà, je sais
comment je peux agir là-dessus et essayer de vivre mieux. Je me suis
aussi beaucoup penché sur la philosophie à ce moment-là.
J'ai rencontré des personnes aussi avec qui j'ai pu échanger.
J'ai appris à comprendre comment ne pas vivre ça avec
colère, avec tristesse, avec dépression, comment faire en sorte
de bien vivre.
La philosophie m'a vraiment aidé. Spinoza et Nietzche,
c'est deux philosophes pour qui le déterminisme est central. Quand je
parle de déterminisme on peut l'illustrer avec les propos d'Einstein qui
dit « dieu ne joue pas aux dés ». Il avait aussi dit « je
ne crois pas en dieu, mais si je devais y croire ce serait dans le dieu de
Spinoza ». Ce n'est pas un être hors de nous, c'est un être en
nous, on est en Dieu. Dieu ne joue pas aux dés. La pomme tombe parce
qu'il y a la loi de la gravité. Tout est cause et effet. Il y a toujours
une forme de dualité entre pensée d'un côté et
physique de l'autre. Mais l'un ne va pas sans l'autre. Nos
sécrétions de sérotonine, de dopamine ont un fort impact
sur la façon de penser, de vivre. Et on ne connait pas les lois qui
régissent ces choses, mais Einstein suppute qu'il y a aussi des lois en
jeu derrière.
Quelque chose qui m'a frappé pendant mes études
d'informatique. On devait faire un petit logiciel qui devait faire appel
à une fonction aléatoire qui générait un chiffre
entre 1 et 10. Et en fait, on est incapable de faire du hasard en informatique.
La fonction random n'existe pas. Alors oui ça peut paraître
incroyable mais il est vraiment impossible de générer un nombre
de manière aléatoire. Il existe quelques astuces en revanche qui
nous permettent de faire du « faux hasard », comme par exemple afin
d'obtenir un chiffre entre 0 et 9 : on prend la 15ème
décimale du temps qui s'écoule, et au moment où on a
besoin de sortir un chiffre au hasard, on prend cette 15ème
décimale de l'heure qu'il est. On prend un élément qui n'a
aucun lien avec ce qu'on cherche à obtenir, et on estime que c'est du
hasard, parce qu'aucun lien de causalité ne semble exister entre les
deux. Dans la vie de tous les jours on le fait aussi. Par exemple, on peut dire
qu'on s'est rencontrés par hasard, mais non.
C'est la même chose pour un dé que tu jettes, on
appelle ça du hasard, mais en fait ça dépend de la
façon dont tu le lances.
Savoir que tout est déterminé, c'est assez
libérateur dans le sens où ça libère d'un poids. Si
on est en train de vivre ça, c'est qu'il y a eu les causes et les effets
qui sont arrivés à la situation actuelle. Donc je ne peux pas
avoir de regard critique. Mais je veux essayer de faire en sorte qu'on change
cette façon de fonctionner et de faire. Ça m'a permis d'accepter
tout ça beaucoup plus facilement, c'est profondément
libérateur, parce que si tu es la personne que tu es aujourd'hui, c'est
qu'il y avait des causes et des raisons sous-jacentes. On est un peu spectateur
de sa propre vie. Beaucoup voient ça comme une sorte de fatalisme, mais
ce n'est pas le cas. Ça permet aussi de se dire que tout ce qu'on fait
aujourd'hui détermine les choses de demain. Et donc qu'on a un pouvoir
d'action.
Changer ma philosophie de vie m'a vraiment aidé. Le
déterminisme est en opposition au libre arbitre qui dit qu'on est
capable de faire des choix en toute liberté sans qu'on ait
été guidés par quoi que ce soit.
Changement personnel :
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Complètement. Complètement. Ça a
complètement changé ma façon d'aborder les choses,
d'aborder l'autre. Ça a été un revirement total. Par
exemple sur le don de soi. Dans mon optique de créer une entreprise, je
ne le fais plus parce que j'ai envie de créer une entreprise, mais parce
que j'ai envie que le changement soit incarné par des valeurs
éthiques. Je ne le fais pas dans une optique de m'enrichir mais de
pouvoir proposer des alternatives utiles.
Emotions négatives
Je suis très désabusé par les crises en
cours. Je pense que c'est principalement de la tristesse. Il n'y a pas de
colère, parfois si mais dans le côté humain. Je suis
effaré, sidéré en voyant le virage que prennent nos
démocraties. Beaucoup d'incompréhension, et un peu de
colère.
Emotions positives
En voyant qu'il y a des voix qui s'élèvent, des
organisations qui prennent forme, des mouvements de désobéissance
civile... je me dis que c'est notre dernier espoir. Mais ce qu'on est en train
de vivre aujourd'hui, si ça advient c'est que les causes étaient
là, on en vit les effets. Donc aujourd'hui, si j'ai envie de voir un
changement, il faut que je l'incarne. Il faut que les causes qui
amèneront les effets que j'ai envie de voir soient mises en place.
Ça me rend heureux de pouvoir me dire que je contribue
à mon échelle de construire la société telle que
j'aimerais qu'elle soit. C'est pour ça que je n'ai plus de tristesse.
Aujourd'hui je me sens complètement en accord, et c'est source de
satisfaction.
Ça m'attriste toujours de voir qu'on est dans la
démesure, mais j'essaie de le comprendre. Ce qui m'attristait,
c'était plus ma situation personnelle et de me dire que je suis un pion
du système et que je ne sers à rien. Maintenant je sens mon
rôle et mon utilité. On agit tous sur notre environnement au
quotidien.
Optimiste ou pessimiste
Ni l'un ni l'autre. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste.
Bon il faudrait s'accorder sur les définitions, mais je suis
plutôt optimiste en fait. J'ai envie d'être optimiste et me dire
qu'on arrivera à créer une société
profondément humaniste. Je suis heureux et curieux de voir comment les
choses vont tourner, voir quels impacts chaque chose aura sur le monde.
J'essaie de ne pas porter un regard critique sur ce qui
advient. Même le plus gros des connards, je ne peux pas être en
colère car si c'est le plus gros des connards c'est que des choses l'ont
déterminé à être le plus gros des connards. Donc
j'essaie de comprendre les raisons qui font que c'est la pire ordure. Et je
peux peut-être faire en sorte de devenir une cause déterminante
dans son existence pour qu'il devienne une meilleure personne.
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