I. Intrants de l'éducation
Le besoin de valeur de référence s'impose de soi
pour peu qu'on s'interroge sur la pertinence des options de politiques qu'on
doit adopter. Quelques « benchmarks » sur des indicateurs d'intrants
clés ont assurés une certaine réputation dans les milieux
de discussions de politiques éducatives (voir tableau 1). C'est
ainsi qu'on peut considérer qu'un temps hebdomadaire d'enseignement
de 28 heures en moyenne dans le primaire ne sacrifie pas trop la
qualité. Un ratio élève-maître de 40
élèves permettrait aux instituteurs de convenablement faire
le travail de suivi individuel. Un minimum de 8 grades scolaires pour
chaque enseignant du primaire est souhaité pour garantir un certain
seuil de connaissance à ce dernier en rapport avec la tâche qui
lui est confiée. Des dépenses pédagogiques
évaluées à 50% des dépenses totales
d'inputs permettraient de s'assurer qu'on aurait mis les moyens justes au
service direct des résultats les plus prioritaires. Des
dépenses publiques en pourcentage du revenu de l'Etat de 20
permettraient d'être plus convaincu de la volonté politique
à oeuvrer dans le domaine de l'éducation. Ces valeurs sont
utilisées le plus souvent dans les exercices de chiffrage des
coûts des réformes éducatives. Elles ne sont pas des
références absolues mais permettent d'avoir une idée plus
claire des attentes et des moyens à mettre en oeuvre. Des simulations
permettent souvent de se donner d'autres scénarios possibles.
Tableau 1.1 : Quelques benchmarks dans les intrants de
l'éducation primaire, valeur cible : 6
années
Type Temps Ratio élève- Niveau des
Dépenses Dep. Pub
hebdomadaire maitre enseignants pédagogiques en %
du
Revenu de l'Etat
Benchmark 28 heures 40 élèves/maitre 8 grades au
50% de 20%
moins l'ensemble des
inputs
Source: The World Bank, 2003, "Réaliser la
scolarisation primaire universelle en 2015: Une chance pour tous les enfants du
monde"
Ces benchmarks sont-ils reflétés dans les intrants
de l'éducation dans le sahel ? Cette question est d'autant plus
légitime que les pays ont signés des engagements pour le
respect de ces valeurs d'orientations. Malgré la
difficulté de l'accès aux données de certains pays, le
Niger et le Burkina Faso affichaient en 2006 les plus bas pourcentages de
dépenses publiques attribuées à l'éducation avec
des valeurs inférieures ou égales à la moyenne de
l'Afrique subsaharienne qui est de 4,2%. Le Mali dépassait cette
tendance centrale de 0,3 point de pourcentage, le Burundi se situait à
5,1% et le Djibouti se démarquait remarquablement avec 8,3%. Quand on
compare ces chiffres à ceux de deux pays anglo-saxons, le Ghana et le
Kenya, on se rend compte de la légère avancée relative sur
les pays francophones à l'exception du Djibouti. Les dépenses
publiques d'éducation en pourcentage des dépenses publiques
générales est l'indicateur le plus indiqué pour
témoigner de la volonté politique car il affiche directement le
niveau de priorisation de l'éducation sur l'échiquier de
l'ensemble des dépenses régaliennes de l'Etat. Un certain
parallèle est cependant observable par rapport aux dépenses
relatives au PIB. Le Burkina Faso, le Niger et le Mali s'éloignent
très expressément de leur compère Kenyan (17,9%). Le
Djibouti détient également ici le mérite de devancer de
pratiquement 5 points ce dernier. Plus que des intrants purs, le pourcentage
d'enseignants du primaire formés et le ratio
élève/enseignant sont des résultats d'activités ou
de situation liés aux investissements dans la formation des enseignants,
à la disponibilité et à la construction de salles de
classes et d'écoles. Quasiment tous les pays représentés
dans ce panel enregistrent un pourcentage d'enseignants du primaire
formés très élevé tournant autour de 87%, le Niger
lui affiche un pourcentage de 92%. Si on tend vers l'exhaustivité au
Kenya, le Ghana est à la traîne sur ce plan et semble avoir fait
le choix du rétrécissement de la taille des salles de classe. Il
a un ratio élèves-maître au primaire de l'ordre de 32. Le
Mali et le Burundi ont les effectifs les plus pléthoriques qui
dépassent la cinquantaine et se situent au dessus de la moyenne des pays
de l'ASS qui est de 47. Proche de cette moyenne, se retrouve la Côte
d'Ivoire et le Burkina Faso avec en moyenne 46 élèves par salle
de classe chacun.
Tableau 1.2 : Situation générale de
quelques intrants dans quelques pays en 2006
|
|
|
%
|
|
Pays
|
Dep. pub. d'edu en
|
Dep. pub. d'edu en %
|
d'enseig. formes
|
Ratio eleve/
|
|
% du PIE
|
des dep. Pub.
|
du prim.
|
enseign.
|
BURKINA FASO
|
4,2
|
15,4
|
86,9
|
46
|
BURUNDI
|
5,1
|
17,7
|
87,5
|
54
|
COTE D'IVOIRE
|
///
|
///
|
///
|
46
|
MALI
|
4,5
|
16,8
|
///
|
56
|
NIGER
|
3,6
|
15,0
|
91,9
|
40
|
RDC
|
///
|
///
|
///
|
///
|
Djibouti
|
8,3
|
22,4
|
///
|
///
|
Ghana
|
5,4
|
///
|
53
|
32
|
Kenya
|
6,9
|
17,9
|
98.8
|
40
|
Afrique sub-saharienne
|
4,2
|
///
|
///
|
47
|
Pays a faible revenu
|
|
|
|
41
|
Sources: WDI 2008&UNESCO
Les valeurs des intrants et leur compilation (arbitrage) en
amont déterminent la valeur des extrants que l'on obtient en aval. Des
estimations assez fiables des résultats des options de politiques,
c'est-à-dire de compilation des intrants peuvent être faites et
permettre d'envisager ce que l'on obtiendrait par exemple en terme de taux brut
de scolarisation ou de taux d'achèvement dans le pays. Ces estimations
grossières demandent cependant souvent d'être affinées pour
intégrer les différences de coût marginales au sein d'un
même pays, le coût de scolarisation d'un enfant du primaire en zone
rural pouvant être très différent de celui d'un enfant du
milieu urbain.
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