Paragraphe II : L'émigré
sénégalais en Italie : un investisseur potentiel
La nouvelle migration internationale sénégalaise
met en évidence un profil de l'émigré comme acteur
susceptible de se lancer dans des activités d'investissement. Les
émigrés figurent parmi les premiers investisseurs dans le
marché foncier et immobilier (A) mais aussi d'autres secteurs rentables
sont exploités(B).
A : Dans le domaine de l'habitat
Pour tout émigré sénégalais, avoir
un toit constitue un indicateur de réussite ; c'est l'avis des
principaux spécialistes du secteur de l'habitat, qui estiment que
près de 80% des sénégalais de l'extérieur sont dans
cette logique. En effet le premier objectif du sénégalais de
l'extérieur est d'investir dans l'habitat et l'acquisition d'un toit est
un gage de réussite et de succès ; elle aide et facilite le
retour au pays.
La destination de l'investissement la plus populaire où
se concentrent les envois provenant de la migration est l'immobilier. Les
investissements sont destinés à l'acquisition des terrains, de
maison pour loger sa famille, préparer son retour, et/ou
40 Beude Dieng, Ndiaye Thioro, Ndiaye Gassama, Ndiaye
Niangué, Ndiaye Boumy, Mbédiène Watefe, Ndogal, diokul,
kelle, Beude Forage, Gaty Ngaraf et Loyenne.

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effectuer un placement (notamment à Dakar compte tenu de
la forte rentabilité du secteur de l'immobilier depuis quelques
années).
Selon une étude récente, 20% des transferts de
fonds seraient destinés à l'investissement immobilier soit
environ 108,8 milliards de FCFA41.
D'une manière générale, le
sénégalais de l'extérieur souhaite toujours retourner au
pays, même après de longues années passées à
l'étranger. Cependant, selon les différentes
générations d'émigrés sénégalais, il
a été constaté que l'auto construction est la
méthode d'acquisition de logement la plus pratiquée.
Le choix du migrant pour l'investissement immobilier est
lié à des enjeux divers :
-Le rôle symbolique et pratique d'être
propriétaire d'une maison, de se loger et de loger sa famille,
-La sécurité des investissements et les
possibilités de rentabilisation locative, -Les facilités de
gestion des investissements immobiliers.
L'accumulation financière issue des investissements
immobiliers leur permet de taquiner d'autres secteurs d'investissements.
L'argent envoyé sert d'abords à l'entretien de la famille. Mais
le secteur de prédilection de l'investissement du migrant demeure
l'immobilier.
Mais il existe un autre moyen d'acquisition de parcelles
à travers les coopératives d'habitat. Les premières
coopératives d'habitat des sénégalais de
l'extérieur ont apparues vers les années 90, à
l'initiative des Ministères chargés des émigrés et
de l'habitat42. Ce furent les émigrés
sénégalais d'Italie (Coopération d'Habitat des
Emigrés Sénégalais d'Italie) « CHESI » qui ont
été les premiers à bénéficier des parcelles
par le biais de la ZAC DE MBAO.
D'autres secteurs dits productifs attirent aussi les
investissements des migrants.
41 Source OIM 2007 a.
42 Depuis 2003, un ministère spécifique
est de nouveau consacré aux émigrés : ministère des
Sénégalais de l'extérieur.

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B : Les autres secteurs
Outre l'immobilier conçu comme un moyen de
spéculation financière, l'argent des émigrés est
investi dans le transport (cars, taxis), le commerce (importation de
véhicules et pièces détachées d'occasion notamment)
et, dans une moindre mesure, l'agriculture (financement de projets
d'élevage et de maraîchage en particulier). Le système
fonctionne généralement sous forme d'assistance de
l'émigré pour sortir un parent ou un ami du chômage et,
dans certains cas, aider la famille à subvenir à ses besoins en
diminuant la charge financière pour l'émigré.
Dans une optique d'investissement, les émigrés
envois des fonds expressément pour acquérir des actifs
réels en milieu rural (terres, des matériels agricoles ou des
semences), ce qui constitue une forme d'épargne de précaution. Il
faut dire que ce type de comportement est le plus souvent le rôle d'un
émigré de certains âges ayant un niveau d'instruction
élevé.
La part des transferts de fonds des émigrés
destinés à l'investissement productif représenterait moins
de 5% seulement (OIM, 2007a).

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