IMPACT HISTORIQUE DU COMMERCE COLONIAL
Le commerce colonial causa également des
conséquences historiques au Soudan Français. Ces
conséquences sont très variées et marquent de nos jours
encore, les sociétés s'y trouvant là. Leur physionomie
et leur mode de vie en résultent des changements que le commerce
colonial en a introduits. Ces sociétés prirent désormais
une nouvelle classification et une nouvelle mentalité. Elles
révisèrent de facto leur considération avec l'Occident
et tentent de définir le genre de relation qu'elles doivent traiter avec
ce dernier.
Comme conséquences, nous évoquerons d'abord les
mouvements de population que le commerce colonial a provoqués. Les
autorités coloniales avaient ciblé des zones de production pour
chaque culture commerciale. Les populations furent soit stimulées soit
forcées de se déplacer au gré de cette politique.
L'arachide, qui était l'une des cultures d'exportation, était la
spécialité du Sénégal, Kayes et ses environs, ainsi
qu'une partie de la troisième région du Mali actuel. Des
populations effectuèrent des migrations pour les différentes
zones de production. L'ouest du Soudan Français, particulièrement
le Bélédugu, fut un réservoir de main d'oeuvre pour la
culture de l'arachide à Kayes et à Sénégal. Les
populations immigrées au Sénégal, de nos jours n'ont pas
encore fini leur intégration, car conservent encore des survivances
ethniques de leurs localités d'origine. Ainsi, nous retrouvons des noms
de famille allogènes dans les régions de production
arachidière. Pour cette même culture, mais cette fois ci pour la
troisième région de l'actuel Mali, une mobilité de
population fut provoquée. La classification de certains villages
aujourd'hui dans zone résulte de cette mobilité.
Le coton aussi connaît ce phénomène.
Associé au riz, il devrait être une des raisons de l'Office du
Niger dans la conception de l'ingénieur Emile Bélime. Des
Voltaïques ont été déplacés pour la
réalisation du barrage de Markala (1934-1947) et plus tard
l'exploitation de l'espace ainsi aménagé. Dans les
prévisions ces travaux devraient déplacer 1.500.000
Voltaïques, mais l'administration coloniale n'a pu atteindre que 13.000
vers les années 40. L'installation des colons s'effectua sous deux
principales formes, à savoir : le recrutement forcé
intérieur et extérieur et la migration volontaire. Le recrutement
extérieur concerna les peuples Mossé et Samo de la Haute-Volta
(vers Ouahigouya). Le recrutement intérieur concerna le pays Minianka
des cercles de Koutiala et de San. Quant à la migration volontaire,
elle concerne la quasi-totalité des régions du Mali actuel,
principalement les Dogons entre 1930 et 1970. Ces populations, celles issues de
la migration intérieure et extérieure, ainsi que celles de la
migration volontaire, se considèrent aujourd'hui comme des Bamananw. Il
n'est pas étonnant de voir des villages entiers qui n'ont pas d'histoire
au-delà du début du XX ème siècle. Le terme de
`'Kolon'' désignant la zone inondée pour la culture du riz, est
l'appellation commune donnée au cours du temps à la zone
habitée par les colons voltaïques et de l'intérieur du Mali
actuel. Les colons ont donné leur nom à cette localité.
Les populations s'y sont installées ex nihilo comme à la
`'soviétique''. Le fond de peuplement de la zone couverte en grande
partie par l `Office du Niger, est constitué par un substratum
voltaïque. Avec le cas de l'Office du Niger, on peut parler d'une
intégration totale.
En dehors de la production agricole, les grands ouvrages
aussi provoquèrent les déplacements de population. Nous avons
principalement le rail, les ponts, les routes, les barrages.
Le commerce colonial instaura une culture de la
révolte organisée, comme celle contre l'autorité
centrale établie. En 1925 au cours des mouvements des cheminots, trois
meneurs de la grève furent arrêtés. La crise
s'intensifia en donnant naissance à d'autres grèves, au cours
desquelles des troupes bambara refusèrent de tirer sur les meneurs, et
exercèrent une pression sur l'administration qui finit par
libérer les détenus. Ces manifestations firent écho, et
des grèves s'ensuivirent. Les raisons de ces révoltes
étaient nombreuses. Elles vont de la baisse des prix des produits de
l'indigène aux travaux forcés pour la construction des
infrastructures. La France, pour enrayer le mouvement syndicaliste naissant
conditionna le droit de syndiquer à la maîtrise parfaite du
français (écrire et parler correctement). Les instruits à
cette époque étaient très rares au Soudan
Français. Nonobstant ces mesures, les premières révoltes
étaient teintées de syndicalisme. Les mécontentements des
producteurs étaient généralement provoqués par les
maisons de commerce.
Le commerce colonial provoque une spéculation. La
spéculation concerne les cultures principalement. Les terres subissent
une répétition étalée sur plusieurs années
d'une même culture sans observer les mesures d'accompagnement. A partir
de là, on observe un épuisement des sols. L'épuisement
des terres peut marquer sur le long terme l'agriculture d'une région
et d'une nation, ce qui par la suite peut même affecter son
économie. Probablement, l'usage massif des engrais chimiques par les
paysans actuels résulte des solutions à apporter à cet
épuisement des terres.
La France dans sa politique commerciale coloniale n'a
pas causé que des conséquences négatives, elle a
positivé cette colonisation commerciale d'autres parts. L'exportation
massive des produits vivriers africains en France, surtout pendant les deux
Guerres Mondiales, suscita des réflexions en France. Cette exportation
causa des famines en Afrique, particulièrement dans les
sociétés du Soudan Français. Par objectivité
scientifique, des consciences de la nouvelle éthique médicale,
vont se lancer dans un volontariat pour enrayer les effets des famines. Ainsi
l'Institut Pasteur voit le jour à Dakar en 1910, l'Institut de la
Lèpre est créé à Bamako en 1934 et l'Institut Muraz
est créé 1934 à Ouagadougou. L'A.M.I. (Assistance
Médicale Indigène) qui auparavant était
créé depuis 1905, facilita l'accès au traitement. Les
soins étaient gratuits. Nous pouvons évoquer cette
expérience comme conséquences positives du commerce colonial. De
nos jours encore, ces infrastructures médicales continuent à
servir. Et il faut reconnaître qu'elles ont connu une revitalisation
périodique. Les raisons de la création de ces infrastructures
furent les réponses que voulaient apporter certains scientifiques
dotés de manière désintéressée, et le plus
souvent ces infrastructures fonctionnent par un personnel majoritairement
constitué de missionnaires chrétiens particulièrement les
soeurs. A côté de ces centres de soins, existaient des centres de
recherche. Et il n `est pas étonnant non plus de voir un centre de
soin jumelé au centre de recherche. Cette entreprise posa les jalons de
la recherche médicale dans les pays du Soudan Occidental sur les
maladies tropicales. Ainsi des épidémies étaient
affrontées. Vu les moyens dont, ils disposent et le niveau du personnel,
les efforts consentis ne donnaient pas les mêmes résultats que nos
campagnes de lutte contre les épidémies.
La France a apporté une contribution et provoqué
certains phénomènes qui furent par la suite
bénéfiques pour ses colonies après l'indépendance.
Parmi ceux ci, nous pouvons citer le développement de certaines
cultures pouvant soutenir les exportations d'un pays. L'arachide est
aujourd'hui l'une des richesses d'exportation du Sénégal et une
des matières premières pour l'industrie embryonnaire du Mali.
Cette culture fut par les soins du commerce colonial développée.
Avec leur développement, les régions les pratiquant, en partie,
y accumulèrent une grande expérience, pour leur transformation
et pour leur commercialisation. Elles sont au centre des travaux des centres de
recherche agronomiques installés dans les différents pays
concernés.
Le coton aussi, dont la culture fut développée
par le commerce colonial, connut également un essor. Il fut la
richesse des sociétés rurales qui pratiquent leurs cultures. Et
pour le cas du Soudan Français, après l'indépendance, la
filière coton se développa et est un des piliers de
l'exportation du Mali. Avec la compagnie qui s'occupe de son exploitation
(C.M.D.T), le coton, avec la polémique qui l'entoure, contribue à
la réduction du chômage au Mali et une source de revenu pour les
paysans. Cette compagnie s'est assignée d'autres missions, à
savoir : la réalisation des infrastructures rurales qui contribuent
à desservir certaines parties importantes du pays. Le
développement de la culture du coton a permis également de
commettre les moniteurs d'agriculture dans une mission les amenant même
à former les paysans sur la culture d'autres plantes vivrières
(soja, manioc).
Avec le commerce colonial, le karité devient une
plante très prisée pour ses amandes pouvant donner de la
matière grasse intéressante pour les industries. Le commerce
colonial permit d'intensifier la cueillette et le ramassage du karité.
Avec le fruit des recherches récentes, il est apparu que le
karité peut remplacer le cacao dans l'industrie alimentaire. Ses
recherches furent surtout occasionnées par l'importance que le commerce
colonial donna au karité.
Nous avons évoqué ainsi ces cultures
parmi tant d'autres qui étaient exploitées par le commerce
colonial. Parmi celles ci nous pouvons citer le kapok, la gomme arabique, le
riz, etc. Beaucoup de ces cultures connurent le même essor qu'en ont
connu le cacao et le café en Côte d'Ivoire. En 1938, les 2/3 des
planteurs ivoiriens étaient des noirs. Ce qui permit à cette
classe de constituer un capital important permettant de créer des
unités de transformation de bases des matières premières
locales et de facto la naissance d'une classe ouvrière.
Les infrastructures issues de la demande du commerce
colonial, constituent aujourd'hui, l'essentiel des infrastructures dont
disposent les Etats africains concernés. Elles ont été au
temps de leurs réalisations des progrès, même si il faut
mentionner leur déficit à cette époque ou elles ont
été réalisées. Après les
indépendances, de nos jours certaines d'entre elles n'ont pas connu de
réhabilitation. Et continuent à être utilisées.
Pour réaliser ces infrastructures, il a fallu
baliser le terrain avec des travaux géographiques. Cela permit de
préciser les connaissances et de rendre consistant les démarches
désormais à suivre. Plusieurs repères géographiques
des pays du Soudan Occidental datent de cette période. Ces travaux
constituent les bases pour les nouvelles générations de
scientifiques. En dehors des connaissances scientifiques qu'a
engendrées la réalisation des infrastructures, les
héritages matériels mêmes constituent un acquis dont
ont bénéficié les pays colonisés. Le Mali souffre
aujourd'hui du déficit d'infrastructures routières, car il
n'en a pas réalisé jusqu'à hauteur des besoins. N'eut
été les travaux des colonisateurs, le manque allait
évoluer croissant, même si certains grands chantiers sont
ouverts. Nous pouvons qualifier de positive la colonisation dans ce sens.
D'autres aspects peuvent nous permettre de positiver
encore la colonisation. Il s'agit de la connaissance de l'économie de
marché et l'avènement d'un éveil économique. La
naissance de l'esprit de créativité, la mise en place et
l'activité des institutions financières, la stabilisation des
prix (Mercuriales), ainsi que l'organisation de la production et de sa vente
en sont la résultante. L'esprit de créativité permit aux
hommes de penser, d'agir et transformer le milieu naturel dans lequel ils
vivent. C'est la condition sine qanun pour tout développement
à long terme. Après même l'indépendance, les
anciennes métropoles vont appuyer (tardivement) les structures de
soutien de cet esprit de créativité : P.A.I.B. (Programme
d'Aide aux Initiatives de Base), les foires d'innovation et d'inventions de la
Banque Mondiales et de l'Agence Internationale de la Propriété
Intellectuelle. Ce concept particulier constitue un potentiel idéel
pour la naissance d'une économie puissante.
Quant aux progrès dans le domaine de
l'entreprenariat, ils permirent surtout aux uns et autres de se mettre
à l'abri de la demande permanente de moyen de subsistance. Avec ces
progrès, désormais, une dynamique entreprenariale naît.
Les institutions financières constituent, dans leur
conception, des structures facilitant la promotion et le développement
des différentes opérations économiques, à
savoir : les épargnes et les prêts de divers types. Avec la
révolution que le domaine a connu (prêt pour l'habitat, pour le
commerce, pour les investissements, pour l'action sociale, etc.), il constitua
un des facteurs de la croissance économique.
La stabilisation des prix est un phénomène qui
est capital pour tout commerce. Il fait partie du cadre organisationnel du
commerce. Le commerce ne pouvant prospérer dans une anarchie due
à la non uniformisation des prix, les Mercuriales s'imposaient comme
une solution à cette anarchie. Il faudra reconnaitre que
l'uniformisation systématique des prix n'était pas un
phénomène très présent dans les cultures
africaines. Elle est un des concepts introduits avec l'arrivée des
Européens qui ont effectué le commerce colonial.
Un autre phénomène ayant favorisé
la croissance, est l'organisation de la production et sa vente comme
précédemment évoqué. Avec le commerce colonial,
cette idée est introduite. La révolution fut surtout le concept
à la grande échelle : de la production de subsistance
à la production de masse. C'est la condition pour un accroissement
de marge bénéficiaire de toute entreprise. Selon les
théories libéralistes du capitalisme, une société
qui dispose d'une forte logistique ainsi qu'une grande capacité de
production et d'une grande capacité de vente est une
société qui ne peut que s'affirmer sur la scène locale et
internationale.
Pour évoquer toujours le cadre organisationnel, nous
devrons faire allusion aux organisations commerçantes et autres corps
à savoir : les chambres de commerce, les organisations des
professions libérales. Ces dernières aussi sont des
introductions du commerce colonial. Elles permirent la fluidité et la
promotion du commerce. L'organisation aussi du cadre législatif
s'inscrit dans cette dynamique. Nous constatons aujourd'hui avec les
activités des organisations sous-régionales (UEMOA, BCEAO,
CEDEAO), qu'il y a eu une uniformisation des législations dans les
différents espaces concernés, pour la circulation des biens, des
services et des personnes, ainsi que la liberté de création
d'entreprise. Ces organisations sous-régionales s'inspirent des
expériences des structures coloniales.
Toutes ces données ne peuvent que favoriser
l'économie de marché, qui est un état d'évolution
spontané. Avec la mise en place des structures économiques et le
développement de certains concepts, nous assistons à
l'avènement de cette économie de marché. Le facteur
principal de cette forme d'économie est la présence de la
propriété privée. Elle est inhérente à
l'économie de marché. Selon les libéralistes, la
propriété privée est la motivation principale pour la
production. La liberté de produire et de vendre étant permise,
l `homme doit sa survie et son épanouissement dans la possession
à lui et à lui seul, des propriétés inaccessibles
par les autres sans une préalable autorisation de la dite personne et
protéger par des sanctions dont disposent des forces de contrainte,
à savoir : la justice, les forces de l'ordre et de
sécurité. Ces concepts ont trouvé libre cours avec le
commerce colonial. Il serait aberrant de dire que la propriété
privée était inexistante au le Soudan Français pendant la
période précoloniale, mais elle n'y existait pas à
l'état ou les théories capitalistes la conçoivent. La
philosophie africaine basée sur la sagesse populaire dont les
principaux tenants sont : N'Nkrumah, Towa, Cheick Anta Diop, admettent la
présence d'une propriété privée négligeable
dans leurs théories ou ils mentionnent la connaissance d'un socialisme
africain. Ceux ci croient que le socialisme exista d'abord en Afrique, mais ce
fut un socialisme primitif qui manqua de théories et des écrits
élaborés aux exigences de la science.
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