CHAPITRE I. LA TUBERCULOSE
Il s'agit d'une maladie à évolution et
dissémination lentes dans les sociétés humaines. Elle se
distingue des autres maladies contagieuses (grippe ou rougeole, par exemple)
par divers aspects. Sa période d'incubation est de durée
variable, parfois de plusieurs années. Elle est également
silencieuse sur le plan clinique. Bien que sa période de
contagiosité soit plus longue (quelques semaines à quelques mois,
voire plusieurs années), elle est peu contagieuse. Contrairement
à la rougeole ou autrefois à la variole, par exemple, qui
infectent une population entière lors d'une première exposition
à leur virus, on estime qu'un individu porteur d'une tuberculose
pulmonaire peut infecter dix personnes par an dans des conditions naturelles,
c'est-à-dire en l'absence de traitement (Styblo,
1980).
La tuberculose est une maladie infecto-contagieuse due
à une mycobactérie (le bacille de Koch) qui se transmet par voie
aérienne d'une personne malade à un individu sain. En parlant,
chantant, éternuant ou toussant, le malade projette dans l'air de fines
gouttelettes de salive infectées. Le risque de transmission est
lié à la densité de bacilles dans l'air inspiré
mais aussi à la fréquence, à la durée et à
l'intensité des contacts avec un individu contagieux [Sudre, 1993] La
tuberculose est une maladie infectieuse causée par la bactérie
Mycobacterium tuberculosis, contagieuse, avec des signes cliniques variables.
Elle arrive en tête des causes de mortalité d'origine infectieuse
à l'échelle mondiale, devant le sida. L'Organisation mondiale de
la santé rapporte à travers son dernier rapport annuel
consacré à la tuberculose et sorti en 2015 que 1,5 million de
personnes sont mortes de la tuberculose l'année précédente
(OMS, 2016)
I.1 HISTOIRE DE LA TUBERCULOSE
Maladie au long cours aux manifestations très diverses
et affectant aussi bien humains et animaux, la tuberculose est une maladie
très ancienne, mais dont l'unité nosologique et
l'étiologie ne furent établies qu'au XIXe siècle.
Une ancienne théorie du XXe siècle postulait que la tuberculose
humaine à M. tuberculosis dérivait de la tuberculose bovine
à M. bovis, en étant une conséquence de la domestication
animale. Les études génomiques indiquent que M. tuberculosis et
bovis ont évolué à partir d'un ancêtre commun
présent chez les mammifères et qui aurait infecté les
hominidés d'Afrique de l'est, il y a trois millions d'années. Cet
ancêtre commun aurait Co-évolué avec ses hôtes pour
aboutir aux mycobactéries humaines et animales actuelles. Les souches
modernes pathogènes M. tuberculosis seraient issues d'un clone apparu il
y a 15 000 à 20 000 ans, ou 11 000 ans, à partir d'une souche
ancestrale de M. tuberculosis. (Ousamma, 2015)
Dès l'Antiquité gréco-romaine, plusieurs auteurs ont
décrit une maladie amaigrissante au long cours, dénommée
suivant les uns « phtisie » (pour dépérissement),
suivant les autres « tabès ». Hippocrate (Vè -?IVe
siècle av. J.-C.) puis Galien (IIe siècle apr. J.-C.) et Caelius
Aurelianus (Vè siècle) en ont dressé les symptômes,
notamment pulmonaires. Arrêtée de Cappadoce (fin du IIe
siècle) en a cependant dressé la description la plus
détaillée. Ces descriptions initiales n'ont guère subi de
modifications notables jusqu'au début du XIXe siècle. L'origine
de la maladie a été débattue durant l'Antiquité,
entre héréditaire ou contagieuse, plus tard, Avicenne
décrira la tuberculose comme uniquement contagieuse. (Berche,
2007) C'est en 1733 que Pierre Desault, chirurgien à
Bordeaux, fait paraître un Essai sur la phtisie où il affirme
notamment que la lésion fondamentale de la phtisie est le tubercule, et
est encore un des premiers à signaler la parenté entre la phtisie
pulmonaire et les formes ganglionnaires. L'invention du stéthoscope par
René Laennec en 1817 facilite le diagnostic de la maladie. En
1839, le médecin allemand Johann Lukas Schönlein rassemble en une
description unifiée les manifestations cliniques disparates de la
maladie. Jusqu'alors, « phtisie » et « tuberculose »
étaient souvent considérées comme deux entités,
voisines mais distinctes. Si Schönlein forge en 1834 le terme de
tuberculose, composé d'un nom latin et d'une terminaison grecque, la
littérature médicale, tout comme le langage commun, continuera
d'utiliser indistinctement, jusqu'au début du XXe siècle, les
termes de « phtisie », « consomption » et «
tuberculose ». (Codell, 2010)
De 1865 à 1868, le médecin Jean-Antoine Villemin
reproduit chez les animaux (lapins, cobayes) les lésions de la
tuberculose humaine, par inoculation de tissu altéré humain. Il
peut ainsi affirmer que cette maladie, de nature jusqu'alors inconnue, est due
à un microbe invisible par les moyens techniques de l'époque. Il
démontra en 1869 que la transmission se fait par voie aérienne.
Ses conclusions se heurtent à une forte opposition, en France notamment.
Elles inspirent cependant des travaux comme ceux d'Edwin Klebs, Julius
Cohnheim, Carl Salomonsen et Tappeiner qui aboutissent à établir
de façon indubitable la contagiosité de la maladie
(Regan, Morisky, 2010).
En 1882 enfin, à la suite des travaux de Louis Pasteur,
Robert Koch met en évidence le bacille tuberculeux à partir de
lésions humaines : le 24 mars 1882, il communique d'abord à la
Société de Physiologie de Berlin une note sur la recherche et la
culture du bacille de la tuberculose ; le 10 avril, il publie dans le Berliner
klinische Wochenschrift un mémoire sur l'étiologie de la
tuberculose qu'il rapporte à un bacille décelé dans les
crachats et les lésions tuberculeuses humaines.(Svetlana,
2020)
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