3.2.3.2. Les facteurs aggravants de la
précarité énergétique à Niamey
D'après les études de HALIDOU K. (2010), la
ville de Niamey et sa périphérie représentent 60 % du
chiffre d'affaire de la NIGELEC. Le Nigeria fournit plus de 80 % de
l'électricité au Niger. Pour lui, la ville de Niamey est
largement dépendante de l'électricité provenant du Nigeria
voisin. En effet, le réseau HT (Haute Tension) qui alimente le
réseau de distribution de la ville et ses alentours (Niamey et
Tillabéry) est issu de la ligne 132 kV (Kilo Voltampère) en
provenance de Birnin-Kebbi au Nigéria. Donc Niamey et ses environs font
partie de la zone Ouest interconnectée ou zone fleuve.

Figure 7 : Répartition de
l'électricité par source d'approvisionnement au Niger
Importations
production propre achats SONICHAR groupe AGGREKO
Source : NIGELEC, 2016
Il ressort de la figure qu'une grande partie de
l'électricité consommée dans le pays provient des
importations du Nigeria avec 80 % % du total de l'énergie
électrique commercialisée par la NIGELEC. La production locale se
chiffre à 20 %, dont la production propre de la NIGELEC
représentant 11 %, les achats au niveau de la SONICHAR à hauteur
de 5 % et l'utilisation des groupes AGGREKO à 4 % pour l'année
2012.
Actuellement Niamey est alimenté par 20 départs
à moyenne tension (20 kV) issus des postes de répartition de
Niamey 3, Niamey nord et Goudel.
Figure 8 : Structure arborescente d'un départ
aérien

Interrupteur Aérien HTA
Disjoncteur Têtede départ
Interrupteur
de
Bouclage avec un
autre départ

Postes de
Transforma
tion
HTA/BT
Source : NIGELEC, 2016
66
Cette figure ci-haut présente le caractère
physique d'un départ aérien. Elle est d'abord constituée
d'un disjoncteur dont son rôle est d'interrompre le courant
électrique en cas de surcharge ou d'anomalie sur le circuit
électrique ; puis des interrupteurs qui permettent d'interrompre le
courant électrique à des échelles réduites ; en
suite des postes de transformation qui servent de lien entre la moyenne tension
et la basse tension afin de permettre le raccordement des consommateurs ; et
enfin un interrupteur de bouclage avec un autre départ. Ce dernier
permet de secourir en fonction de ses disponibilités en cas de
défaut au niveau du disjoncteur placé à la tête du
départ.
La puissance de pointe appelée par Niamey et ses
environs était de 76,2 MW affirme HALIDOU K. en 2010 et 140 MW en 2016,
dépassant largement les prévisions de 125 MW de la NIGELEC
d'après nos investigations au niveau de la NIGELEC. Le transit de cette
puissance à travers les différents départs 20 kV est
très délicat. En effet la plupart des départs 20 kV sont
saturés, c'est-à-dire que leurs capacités maximales de
transit sont atteintes voire dépassées dans certains cas. Ce qui
explique bien souvent la défaillance du service à couvrir les
besoins des citadins. Cette situation trouve son origine dans le
développement accéléré de la demande en
énergie électrique au niveau de la ville de Niamey. La hausse de
la demande est engendrée pour ce chercheur, par la forte croissance qu'a
connue la ville ces dernières années ainsi qu'à une
relance des activités socio-économiques. Il faut noter que les
contraintes auxquelles est soumis le réseau de distribution de la ville
de Niamey résultent non seulement de sa structure mais aussi de
l'insuffisance de la capacité de ses sources d'alimentation. Ces sources
sont composées de transformateurs HT/MT installés au niveau des
postes de répartition 132 kV/20kV de Niamey 2, 66 kV/20kV de Niamey nord
et de Goudel. A cela
67
s'ajoute le retard de la société à mettre
en place un schéma directeur du réseau de distribution
d'énergie électrique concernant la ville de Niamey. C'est une des
raisons essentielles qui explique les insuffisances présentées
par le réseau de distribution de la ville. Les différentes
extensions qui ont vu le jour sur ce réseau de distribution
électrique ont été réalisées au fil des
besoins. On remarque que la gestion de ce réseau n'a pas
bénéficié des avantages que procure le schéma
directeur dont le principal avantage est la planification des investissements
pour le court, moyen et long terme afin d'assurer un service de qualité
à un coût optimal. Ce qui se matérialise par une offre
inferieure à la demande affirment MOUSTAPA K. (2014) et MINISTERE DE
L'ENERGIE ET DU PETROLE et NIGELEC (2015). Cette situation conduit selon
MOUSTAPHA, à la précarité énergétique du
service à satisfaire les besoins de sa clientèle. Cette
précarité qui était au paravent conjoncturelle tend
aujourd'hui à être structurelle car le phénomène est
observé douze mois sur douze.
La Direction Nationale de la Météorologie
relevant du ministère du Transport et du Tourisme dispose de
données climatiques qui vont servir à définir les
périodes de l'année pendant lesquelles la demande en
énergie électrique reste très forte. Aussi les
températures minimales, moyennes et maximales des périodes les
plus froides ainsi que les plus chaudes de l'année 2015 sont
relevées en ce qui concerne la ville de Niamey pour montrer combien de
fois la température influence la distribution de l'énergie
électrique de la ville.
Tableau 5 : Températures et consommation de
l'électricité à Niamey en fonction des mois
Mois
|
Température en °C
|
Consommation d'énergie en KWh pour l'année 2015
|
T. maximale
|
T. moyenne
|
minimale
|
Janvier
|
36,8
|
31,3
|
26,6
|
26 770 426
|
Février
|
41,3
|
37,4
|
32,0
|
33 279 800
|
Mars
|
42,0
|
38,6
|
34,5
|
42 384 229
|
Avril
|
43,5
|
41,1
|
38,0
|
47 149 506
|
Mai
|
45,0
|
42,6
|
36,5
|
47 038 530
|
Juin
|
42,9
|
39,4
|
28,0
|
50 928 989
|
Juillet
|
40,0
|
35,3
|
29,5
|
45 408 073
|
Aout
|
37,2
|
33,0
|
28,2
|
45 061 948
|
Septembre
|
38,5
|
34,9
|
28,8
|
42 421 804
|
Octobre
|
41,0
|
38,5
|
34,0
|
45 000 040
|
Novembre
|
39,0
|
36,7
|
34,8
|
41 355 262
|
Décembre
|
34,5
|
30,2
|
27,5
|
31 945 518
|
Source : NIGELEC et Direction de la Météorologie
(2016)
68
A travers le tableau n°5, on remarque une hausse de la
température maximale enregistrée au cours du mois de Mars
à juin. Nous constatons également que, c'est durant cette
même période que la consommation énergétique de
ville a atteint son pic. Cette forte consommation périodique est due
à la hausse de la température qui influence l'appel en puissance
pour l'alimentation des appareils destinés au conditionnement de l'air
au niveau des bâtiments afin de maintenir la température interne
à une valeur constante. Cette situation s'observe au niveau de plusieurs
pays africains où on assiste à des coupures
d'électricité durant les périodes de pointes et cela
surtout pendant les canicules soulignent GERAUD M. (2007) et PATRICK G. (2014).
Pour ces auteurs, la température influence beaucoup l'appel en puissance
de l'électricité. La tendance à la hausse des
températures est reflétée par la figure 9.
Figure 9 : Hausse de la
température
50,0 45,0 40,0 35,0 30,0 25,0 20,0 15,0 10,0 5,0 0,0
|
|
|
|
Source : Direction de la Météorologie (2016)
On voit que l'allure de l'histogramme ci-dessus est en dent de
scie. Cependant, nous remarquons que l'histogramme présente son pic
entre le mois d'Avril, Mai et Juin qui correspondent à la période
de forte consommation comme nous montre le tableau n°5. D'où on
peut affirmer qu'il y a une corrélation entre les variations de
températures et la demande en énergie électrique de la
ville de Niamey. En définitive, le climat au niveau de la zone de Niamey
dans son ensemble est caractérisé par :
? Une température moyenne très
élevée,
? Des saisons bien tranchées, une brève saison
des pluies ou hivernage de juin à septembre, une longue saison
sèche d'Octobre à Mai caractérisée par une
période de moindre chaleur (de décembre à février)
et une période de forte chaleur (de mars à mai) ou saison
sèche chaude.
69
Il convient en somme de noter que les facteurs de la
précarité de l'énergie électrique sont multiples.
Mais les plus important sont : l'urbanisation à travers l'augmentation
croissante de la demande imprévisionelle de l'énergie, la
dépendance énergétique vis-à-vis de
l'extérieur, le manque de planification dans le secteur et la hausse des
températures durant certaines périodes qui demandent l'appel en
puissance pour le conditionnement de l'air au niveau des bâtiments.
|
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