3/ REVUE DE LA LITTERATURE
La reprise d'année a pour but de favoriser chez
l'élève, l'apprentissage des notions non acquises dans le
programme de sa classe, de lui permettre de vivre des succès en
respectant son rythme d'apprentissage et d'acquérir plus de
maturité. Mais cette pratique ne semble pas, selon les recherches, avoir
toujours les effets escomptés. Le redoublement a fait l'objet de
plusieurs études. Beaucoup de chercheurs se sont interrogés sur
les conséquences de cette mesure, étudiant plus
particulièrement ses effets sur le développement personnel de
l'élève. Bien que ces études ne permettent pas de mettre
fin à cette mesure, elles mettent en lumière l'incidence
négative du redoublement sur les plans scolaire, personnel et social,
tant pour l'enfant que pour sa famille. Les résultats de ces
études montrent que le redoublement engendre peu d'amélioration
du rendement scolaire, pas vraiment d'effet sur la maturation, une moins bonne
adaptation sociale et plus de difficulté à se faire des amis.
Bien que la reprise d'année puisse être bénéfique
dans certains cas isolés, elle ne l'est pas pour la majorité des
élèves.
3-1/
L'efficacité ou l'inefficacité du redoublement
L'efficacité ou l'inefficacité du redoublement
se mesure par les avantages et les inconvénients qu'il comporte comme
impacts sur les élèves, les parents, les enseignants et leur
relation avec les élèves, et sur le système
éducatif du pays en général. D'abord les partisans du
redoublement suggèrent que le redoublement comporte des impacts positifs
sur la connaissance et la discipline de l'enfant qui redouble. L'origine d'un
redoublement est souvent le constat d'un niveau insuffisant pour la classe
supérieure. La répétition de l'enseignement permet alors
une meilleure compréhension et acquisition des connaissances non
maîtrisées au cours de l'année dernière. Ils
estiment que le redoublement évite aux redoublants d'accumuler un retard
trop important pour les niveaux supérieurs. Le redoublement permet aussi
de corriger les différences de maturité au sein d'une cohorte.
Telle est la perception de Nduzi Tambu (2001-2002) dans son
étude sur les opinions des parents et des enseignants sur le
redoublement de classe. Dans cette recherche les parents et les enseignants ont
des points de vue divergents sur le redoublement de classe. En
effet les parents adoptent plusieurs solutions pour contourner le redoublement,
entre autres : envoyé son fils ou sa fille dans une autre
école, l'encadrer par un enseignant de plus ou un précepteur qui
suit son processus, le blâmer ou le punir pendant un temps pour se
corriger et se prendre en charge c'est- à- dire commencer à
étudier. Pour la plupart des enseignants le
redoublement de classe est plus au profit des élèves et il est
efficace parce qu'il permet aux redoublants d'améliorer leurs
performances et connaître le succès. Les enseignants remarquent
que la décision de redoublement a été toujours
contournée par les parents pour des raisons financières. Ils
viennent les corrompre pour que l'enfant passe en classe supérieure. Une
fois que l'enseignant refuse, les parents du redoublant font changer
d'école à leur fils ou fille. Il est difficile pour les parents
de payer deux fois la même classe pour un enfant. Il
conclut son étude en ces termes : « les
opinions des parents ont été divergentes de la perception des
enseignants ». Les enseignants trouvent
nécessaire et capital de faire redoubler un élève faible
en matière principale pour renforcer ses acquis et le rendre
responsable, conscient de son cursus scolaire. Et pour la plupart des parents
le redoublement de classe est souvent inacceptable en raison de son coût
et des revenus mensuels insuffisants pour ceux qui travaillent.
L'année perdue par le redoublant ne sera pas
susceptible d'être rattrapée. Elle constitue un important
coût irrécupérable tant pour la famille que pour le pays.
Cette conséquence est peu traitée par les pédagogues mais
constitue un point très important pour les économistes. Par
contre l'impact psychologique et social est systématiquement
souligné par les pédagogues et les sociologues. Pour ceux qui
ont mis plus l'accent sur les effets du redoublement, ils ont soulignés
les effets cognitifs de redoublement pour certains élèves comme
manque de motivation, d'attention, des matériels nécessaires, et
le manque d'intelligence moyen et de maturité. Pour ce qui est des
effets socio - affectifs, la plupart des redoublants ont des difficultés
d'intégration sociale. Le redoublant développe une image
négative de soi (comme bête, fainéant, irresponsable,
négligent). Le redoublement porte donc préjudice aux
élèves faibles, il entrave leur progression dans les
apprentissages, attribuant leur échec à un manque de
capacité. Les élèves reçoivent un sentiment
d'incapacité acquis. Il introduit les élèves qui en sont
l'objet dans une dynamique sociale bien peu favorable à leur
épanouissement.
Crahay (1996) a fait une synthèse de plusieurs
recherches pour établir
« l'évolution des
compétences avant et après l'année redoublée, et a
comparé parmi l'ensemble des
élèves faibles d'une classe, les progrès
réalisés respectivement par
les élèves promus dans la classe supérieure et
des élèves redoublants ».
Le but poursuivi par cette étude porte sur les
résultats avant et après l'année
répétée afin de se rendre compte s'ils avancent ou
régressent. La comparaison des scores des redoublants à un
certain nombre de tests (tests de compétences scolaires et d'adaptation
socio affective) avant et après l'année redoublée montre
que les élèves améliorent leurs performances suite au
redoublement. Sur 73 études portant sur les compétences des
élèves, 69 (soit 95 %) concluent qu'il y a une
amélioration significative due aux compétences des
élèves au cours de l'année redoublée. Ces
recherches aboutissent à un résultat du même ordre pour
l'adaptation socio affective. Ces données confortent la position
professorale selon laquelle le redoublement bénéficie aux
élèves qui en font l'objet.
Une telle analyse est néanmoins très
incomplète. La question essentielle n'est pas, en effet, de savoir si
les élèves redoublants progressent mais de savoir quels auraient
été leurs progrès scolaires s'ils étaient
passés dans la classe supérieure malgré la faiblesse de
leurs résultats. Pour répondre à cette question, les
auteurs des études répertoriées par M. Crahay ont
comparé les progrès réalisés par les
élèves en difficulté, qu'ils soient promus ou redoublants.
Le principe de ces études est de comparer, à partir de tests
standardisés de compétences, les progrès des deux groupes
d'élèves de niveau initial faible.
Dans le premier groupe, les élèves redoublent et
dans le second, ils passent dans la classe supérieure. Les 37 % des
études (sur 60 retenues) concluent qu'il y a un progrès plus
sensible chez des élèves n'ayant pas redoublé. Seulement 2
% aboutissent à un progrès supérieur chez les
élèves qui ont redoublé. Les autres études (61 %)
aboutissent à des comparaisons non significatives entre les
compétences scolaires des deux populations d'élèves
étudiées. On obtient des résultats du même type
à partir d'un test d'adaptation socio-affective. Celle-ci est
significativement moins bonne pour des élèves redoublants dans 26
% des études alors que l'adaptation est meilleure pour les redoublants
dans seulement 3 études (et dans la majorité des études
l'adaptation socio-affective n'est pas modifiée de façon
significative). Les résultats de la méta-analyse Crahay sont tout
à fait édifiants : la très grande majorité des
élèves redoublants ont finalement perdu une
année de scolarité.
De plus, dans le même ouvrage, une
étude menée en 1990 par Holmes C.T. et Matthews K.M., auteurs
américains, révèle que le redoublement n'améliore
pas les performances des élèves en difficulté. Ils portent
l'attention sur : « les effets du redoublement ». Ils
ont examiné plusieurs recherches portant sur les effets de redoublement,
et ont retenu 44. Au terme de leur analyse, ils ont remarqué que le
redoublement présente plus d'inconvénients que d'avantages. Au
plan pédagogique, on voit la dispersion d'âge au sein des classes
qui handicapent l'apprentissage des élèves. Les enfants sont
traumatisés d'être séparés de leurs camarades de
classe. Le redoublement entrave leur progression dans les apprentissages en
attribuant leur échec à un manque de capacité. Le
redoublement introduit les élèves qui en font l'objet dans la
dynamique sociale bien peu favorable à leur épanouissement. Les
redoublants apparaissent comme ceux qui n'écoutent pas, ne sont pas
attentifs, ne sont pas sages, ne travaillent pas, ne participent pas au cours.
Le redoublement est principalement conçu comme problème
lié à l'effort et à l'implication dans les tâches
scolaires. Il est préjudiciable aux élèves qui en sont
victimes. Tous les effets du redoublement sont négatifs. C'est un
constat qu'ils ont fait à partir de cette étude. Les
élèves qui redoublent ont, après l'année
répétée, des performances moins bonnes que les
élèves qui, au départ, ont le même niveau de
compétences, mais qui ont été promus. Ils concluent que
ces résultats négatifs se retrouvent quelle que soit
l'année redoublée entre la première, la sixième
année du primaire.
Par ailleurs une étude sur
« les effets indésirables de redoublement »
de Grisay (1992) permet d'affirmer que le redoublement engendre, souvent, un
sentiment passager d'échec et inflige à beaucoup, sinon
à tous, une blessure profonde, une perte de confiance en soi, un
sentiment de dévalorisation ou d'impuissance. Cet effet va à
l'encontre même des capacités d'apprentissage et conduit l'enfant
ou l'adolescent à restreindre ses ambitions et à
intérioriser durablement le sentiment de ses limites. Aux yeux de ses
victimes, le redoublement n'apparaît donc ni efficace, ni
équitable, ni humain, alors qu'il coûte cher, puisqu'il multiplie
les années de scolarité.
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