6. Conservation des fourrages
La croissance des plantes prairiales s'arrête pendant
les saisons sèches, qui durent de deux mois par an dans les zones les
plus favorables (pays tropicaux humides) à presque dix mois dans les
régions subdésertiques chaudes ou froides. Durant ces
périodes où l'herbe ne pousse pas, les éleveurs sont
confrontés aux difficultés d'alimentation de leur cheptel. En
Tunisie, l'herbe sèche, le feuillage des arbres fourragers et les
résidus de culture sont généralement les seuls aliments
utilisés pendant la saison sèche, mais les pertes de poids des
animaux peuvent être importantes. En Europe et dans tous les pays
à hiver marqué, la conservation des fourrages s'est
développée et cela d'autant plus que l'élevage devenait
plus intensif et nécessitait le développement de fourrages
cultivés spécialement pour être stockés (ensilage de
maïs par exemple), afin d'assurer la couverture permanente des besoins des
animaux.
La conservation des fourrages se pratique de deux façons
:
- La voie sèche, le plus souvent par
fenaison, qui consiste à amener le fourrage à une teneur en
matière sèche supérieure ou égale à 85 %. A
ce niveau de teneur en matière sèche, la plante est
déjà morte, ses enzymes sont devenus inactifs et le
développement des moisissures devient impossible, car elles ne disposent
plus de suffisamment d'eau pour rester actives et se multiplier; et
- La voie humide, c'est-à-dire
l'ensilage, où la stabilisation du fourrage n'est obtenue que s'il y a
anaérobiose (l'absence d'oxygène supprime les bactéries et
les moisissures aérobies putréfiantes) et une acidité
suffisante pour empêcher la fermentation butyrique, elle-même
putréfiante, mais anaérobie aussi (Suttie, 2004).
Dans les deux cas, ces pratiques nécessitent
généralement les mêmes opérations initiales de
coupe, de fanage et d'andainage. Selon les itinéraires de
récolte, le temps disponible, les conditions climatiques et la
disponibilité des équipements, la coupe, le fanage
mécanique et l'andainage peuvent être réalisés en
opérations séparées ou en opérations
combinées avec des faucheuses-conditionneuses-andaineuses. L'action de
ces machines conduit à accélérer la dessiccation
(conditionnement) et à former un andain aéré:
- pour le fourrage destiné à
l'ensilage en coupe fine ou par autochargeuse, cet andain est directement
repris par les récolteuses-hacheuses;
- pour le fourrage destiné à
l'enrubannage, l'obtention d'une teneur suffisante et homogène en
matière sèche peut nécessiter de retourner les andains
(1/2 tour) avec un andaineur, voire d'effectuer un fanage préalable;
et
- pour la récolte par la voie
sèche, on réalise un ou plusieurs fanages mécaniques
intermédiaires et un andainage final avant d'effectuer le ramassage. Si
les conditions climatiques le permettent, on peut se contenter de retourner les
andains réalisés avec une faucheuse-conditionneuse-andaineuse
(Sansoucy et Soltane, 1979).
La figure 3 montre les deux opérations les plus couramment
adoptées pour la récolte des fourrages:

Figure 3. Opérations initiales les plus
couramment pratiquées pour la récolte des fourrages
6.1. Principe de la fenaison
C'est la pratique la plus ancienne qui conduit à
stabiliser le fourrage en le séchant sous l'action combinée de
l'air et du soleil. Suivant la teneur en matière sèche de
départ du fourrage vert à conserver, il faut évaporer 2
à 5 kg d'eau par kg de matière sèche.
En situation climatique favorable, la dessiccation s'effectue en
deux phases :
- une phase de dessiccation rapide, au départ, car
l'eau est perdue par les stomates et parce qu'une partie (les 2/3 environ) de
l'eau des tiges migre vers les feuilles qui se dessèchent plus vite que
les tiges; et
- une phase de dessiccation lente, pour l'eau restante (1/3
environ) qui doit être évacuée à travers la cuticule
dont la partie externe cireuse est très imperméable (Sansoucy et
Soltane, 1979 et Suttie, 2004).
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