CHAPITRE 1 :
PROBLEMATIQUE
1.1 POSITION DU PROBLEME
De nos jours on ne cesse de clamer partout la
dévalorisation ou l'inefficacité du système
d'enseignement. Cette défaillance résulte de diverses tendances
lourdes traduisant tout au tant des logiques internes au système
d'enseignement que des phénomènes traversant la
société dans l'ensemble. Ces effets observés sont une
conséquence du taux d'emploi. Par ailleurs un Rapport d'Etat du
Système Educatif Camerounais (R.E.S.E.C) (2006) a
révélé une désaffection que connaît la
profession d'enseignant.
La considération qui est attachée à
l'enseignant n'est pas reconnue (TSAFAK idem.) il est connu
que beaucoup d'enseignants au lieu de susciter l'intérêt des
élèves pour la profession qu'ils exercent, les
dégoûtent plutôt de celle ci.
Or si nous partons du postulat du modèle
théorique de cohérences selon lequel l'individu utilise son auto
motivation pour choisir une profession, on s'attendrait à ce que ce
dernier s'attribue comme maître mot dans sa carrière l'engagement
total. Il s'agit pour lui de trouver les éléments qui vont le
motiver à atteindre un objectif attendu. Mais fréquemment
l'individu se retrouve en situation de conflit avec lui même d'où
la dissonance cognitive qui caractérise l'être humain. Il lui
arrive des moments de redouter son choix, de faire comme s'il a
été forcé pour effectuer ce choix professionnel. Mais
dès lors qu'un choix est effectué, il faudrait respecter les
rouages de ce choix ou s'engager dans ce qu'on fait. Nous essayons aussi de
regarder si c'est les conditions de travail qui transforment les acteurs ou si
au départ ils n'ont pas aimé ce métier. Pour qu'un acte
engage quelqu'un, il doit impérativement respecter les conditions
suivantes: être librement choisi, prendre seul la décision de
choisir, être public, énoncer sa décision, être
irrévocable. Alors si vous choisissez sans être en situation
d'engagement, vous vous découragerez tôt ou tard.
KIESLER (1971) déclare : « Seuls les
pensées nous engagent, nous ne sommes pas engagés par nos
idées ou par nos sentiments mais par nos conduites
effectives ». Donc on reconnaît le maçon au pied du mur
comme dit un adage populaire. Cette théorie est à la base de la
soumission librement consentie (FISCHER 2003). L'auteur
définit cette technique comme un type d'influence qui consiste à
amener quelqu'un à se comporter de façon différente
qu'à son habitude en le manipulant de telle sorte qu'il a le sentiment
de faire librement ce qu'on lui demande". Mais Lewin a démontré
les limites de la psychologie sociale. En validant la notion de "libre choix",
l'auteur montre que si les techniques d'influences sont efficaces pour
convaincre, elles n'entretiennent pas les véritables changements
comportementaux. Pour lui il s'agit de l'effet de gel de la décision.
Pour KIESLER (ibid.) « l'engagement serait le lien
qui existe entre un individu et ses actes », il le définit
comme la façon dont un individu est engagé par ses actes" pour
cela, l'individu doit pouvoir se considérer comme le producteur de son
comportement. La théorie de l'engagement allant dans la même
perspective que celle de la cohérence valorise surtout les motivations
profondes de l'individu qui le lient à sa vocation. L'engagement est
variable, donc nous pouvons être engagés à des
degrés différents. Mais il est clair que les individus ne sont
plus attachés aux valeurs vocationnelles, ils sont plus tournés
vers les motivations autres ou extrinsèques. La vie professionnelle fait
face à plusieurs alternatives telles que la pression de
nécessité immédiate ou la perspective d'une progression,
l'initiative personnelle, la maximisation du gain). Selon le cas, on distingue
dans l'exercice d'une profession un penchant pour les besoins ou les
aspirations, un conformisme, l'autonomie, la spéculation et le travail.
Les enseignants manifestent dans l'ensemble un engagement
hypothéqué, qui se laisse voir à travers certaines humeurs
entre autres les grèves qu'on observe d'une fréquence aussi
régulière, le laxisme au travail, les abandons fréquents
des salles de classe, les tricheries consistant à se faire remplacer
dans ses fonctions par une tierce personne afin de retrouver la ville pour
exercer d'autres fonctions n'ayant rien à voir avec l'enseignement, les
non prises de service par les enseignants nouvellement affectés surtout
en campagne, les réaffectations frauduleuses, le faux et l'usage du faux
etc.
Tout ceci laisse voir un désengagement au travail et
comment peut-on expliquer cela puisque eux-mêmes ont effectué leur
choix ? Ne serait- il pas nécessaire de chercher les causes
ailleurs? Ce questionnement est celui qui a suscité notre
curiosité et pour la percer, nous avons été amenée
à formuler notre sujet de recherche comme suit
« l'épanouissement de l'enseignant et son engagement au
travail. » Alors que la théorie de l'engagement au travail
montre que le choix professionnel librement effectué conduit à un
engagement au travail, d'où la cohérence entre les deux
variables. Comment donc expliquer le phénomène de
désengagement dans le système éducatif ? N'y
aurait-il pas d'autres facteurs qui influenceraient l'individu dans son travail
et par conséquent expliqueraient ses différentes
attitudes ?
Pour connaître le degré d'engagement d'une
personne, il est nécessaire d'analyser les circonstances dans lesquelles
se réalisent les conduites en question. Ainsi les individus les plus
fortement engagés seraient ceux qui auront émis leur choix dans
une situation de libre décision, ceux qui auront été
forcé seront faiblement engagés voire pas du tout engagés
s'ils ont été menacés. Cette conception a omis de
retourner la réflexion dans le sens inverse car il est possible que
ceux qui ont émis leur choix dans la situation de libre décision
perdent la motivation au cours de la carrière et que par
conséquent le degré d'engagement baisse. De même ceux qui
ont été forcé dans la prise de décision peuvent
trouver des dispositions qui sont motivantes au cours de la carrière et
que leur niveau d'engagement augmente. Vu ces différentes assertions
cognitives autour de l'engagement de l'enseignant au travail, il est
nécessaire de mener une étude scientifique sur le
phénomène. Comment donc peut-on concilier la motivation et
l'engagement afin de maintenir un engagement toujours motivé au travail
au cours d'une carrière? Ne faut-il pas introduire dans le monde du
travail d'autres concepts tel l'épanouissement ?
L'épanouissement dans ce contexte va se concevoir comme une
liberté, c'est à dire le pouvoir de choisir, de
s'autodéterminer et que les autres doivent s'abstenir d'entraver cette
liberté. Une éducation à l'engagement serait-elle
possible? Si oui dans quelles conditions ou sous le biais de quelle didactique
cette éducation est elle possible? Est-il possible de rehausser le
niveau de notre système d'enseignement tant en quantité qu'en
qualité?
Ce n'est que par une remise en question radicale du
système que l'institution scolaire aura la possibilité de
retrouver sa légitimité devant les élèves et la
société toute entière. Cela demande de nouvelles formes de
coopération entre pédagogues- spécialistes- enseignants-
et le politique. La possibilité de revalorisation du système
nécessite une étude scientifique et détaillée de
l'ensemble de tout les processus qui entrent en jeux dans la pratique de
l'éducation. De cette observation découle la question de
recherche principale suivante qui orientera notre recherche:
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