SECTION 2. L'HÉRITAGE DES RÉFORMES
FINANCIÈRES
L'objet de cette section est de retracer l'héritage des
réformes. Cet héritage est ambivalent : on a d'une part le
retour à la stabilité bancaire et d'autre part, l'implication
médiocre des banques au processus de croissance.
II.2.1. UNE STABILITÉ BANCAIRE RETROUVÉE
La stabilité bancaire est une situation au cours de
laquelle le système bancaire est solide. Plusieurs critères
permettent de caractériser la stabilité des banques : la
solvabilité, la liquidité et la rentabilité. La
solvabilité d'un établissement se définit comme sa
capacité à assumer les pertes qu'il peut subir, en raison soit de
la défaillance de certains de ces clients, soit en raison de pertes
consécutives à des évolutions défavorables des
marchés. Quant à la liquidité, elle se mesure par la
capacité à mobiliser sans délai des avoirs en monnaie
centrale pour faire face à ses obligations de règlement ou de
constitution de réserves (Thoraval et Duchateau, 2003).
A la fin de la deuxième vague de restructuration
bancaire, un constat général se dégage : les banques
sont devenues plus liquides, plus solvables et évidemment plus stables.
Deux grands groupes de facteurs sont énumérés pour
expliquer la stabilité bancaire retrouvée : les facteurs
internes et les facteurs externes.
II.2.1.1. LES FACTEURS INTERNES DE LA STABILITÉ
BANCAIRE
Ils sont liés notamment à l'évolution des
fonds propres, à la maîtrise du risque, au processus de
privatisation des banques et au retour à la liquidité.
En ce qui concerne l'évolution des fonds propres,
ceux-ci ont connu une nette augmentation dans la sous-région en
général comme l'illustre le graphique 2.2 ci-dessous.
Graphique 2.2 : Evolution des fonds propres des
banques dans la CEMAC

Source : construction par l'auteur à partir des
données de la BEAC, 2002.
Deux raisons principales expliquent cette évolution.
D'une part le retour des capitaux des particuliers après la
dévaluation et d'autre part, le respect de normes prudentielles
imposées par la COBAC et surtout les sanctions prévues.
La maîtrise du risque a fait l'objet de plusieurs
débats avant son application. Ces débats portaient en
majorité sur le niveau minimum de certains ratios (Adam Madji, 1997).
Certains avaient estimé que 5% comme solde minimum du ratio de
solvabilité était très faible ce qui ne leur donnait pas
une manoeuvre assez grande pour octroyer des crédits. D'autres pensaient
le contraire. Mais le consensus a été vite trouvé. Il
était basé sur l'arrimage aux normes internationales
c'est-à-dire 8% d'après Bâle II en 2003. Dans la zone, on
est passé de 5,5% en 1996 en moyenne à plus de 10,56% en 2004.
Le processus de privatisation quant à lui s'est
poursuivi et a permis au secteur privé de bénéficier des
parts relativement importantes du capital social des banques. Comme
précisé ci-dessus, les implications excessives des Etats dans le
capital des banques leur conféraient d'énormes pouvoirs. Ce qui
leur permettait de s'engager démesurément envers les banques
traînant des créances douteuses importantes. En moyenne, le
secteur privé détient à ce jour 60,05% du capital des
banques. On enregistre même des taux de 74% comme en Guinée
Equatoriale et 62,5% en République Centrafricaine.
Pour ce qui est de la liquidité, le tableau 2.3
ci-dessous donne pour cinq pays de la CEMAC, le ratio de liquidité tel
que défini dans le dispositif réglementaire. Ainsi, le constat
général fait ressortir un retour à la liquidité qui
excède même 100% dans certains pays.
Tableau 2.3 : Ratio de liquidité des
banques pour cinq pays de la CEMAC en fin 2003
(en %)
Pays
|
1993
|
1994
|
1995
|
1996
|
1997
|
1998
|
1999
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
Tchad
|
|
196,3
|
221,1
|
239,8
|
242,4
|
303,4
|
205,4
|
220,4
|
280,7
|
204,8
|
203,9
|
Guinée E.
|
|
246,7
|
265,6
|
238,4
|
229,9
|
186,1
|
212,8
|
143,8
|
272,9
|
262,5
|
284,1
|
Gabon
|
117
|
167,7
|
154,7
|
200,5
|
135,9
|
134,3
|
135,6
|
140,5
|
128,9
|
133,5
|
183,1
|
RCA
|
175
|
239,9
|
204
|
207,3
|
211
|
195,6
|
175,6
|
181,1
|
139,6
|
96,45
|
100,9
|
Cameroun
|
46
|
116,4
|
110,9
|
107,9
|
141,5
|
122
|
136,7
|
152,7
|
178,8
|
206,2
|
204
|
Source : Avom et Eyeffa, 2007, d'après la COBAC,
2003.
Certes, cette liquidité marque bien l'effet des
réformes sur la constitution des actifs, mais décrit aussi une
situation de rationnement de crédit qui contraste avec le besoin de
financement des économies de la CEMAC.
D'autres facteurs dits externes ont contribué au
renforcement de la stabilité du système bancaire de la CEMAC.
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