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Les territoires de mobilité pastorale: Quelle mobilité dans un contexte de pression sur le territoire rural en zone soudano-sahélienne du Nord-Cameroun?


par Natali KOSSOUMNA LIBAA
Université Paul Valéry Montpellier III France - Habilitation à Diriger des Recherches 2014
  

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III.2.4. Le territoire comme support d'identité et aire culturelle

Les géographes se sont intéressés par ailleurs à la place de l'identité dans la perception du territoire. En effet, Bonnemaison et Cambrezy (1995) notent que dans les sociétés dites traditionnelles, le territoire ne se définit pas par un principe d'appropriation, mais par un principe d'identification. Le territoire ne peut alors être perçu comme une entité différente de la société qui l'habite ; le groupe local appartient à sa « terre » tout autant que la terre lui appartient. C'est effectivement ce qui fait dire à Le Berre (1992) que « toute société a des rapports avec son territoire : on peut appeler pratiques territoriales (de vie, de gestion, d'aménagement) l'ensemble des actions que le groupe entreprend pour assurer sa vie et son maintien sur son territoire. Elles ont pour

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résultat de mettre en relation les lieux qui constituent son territoire ». Ce ne sont donc plus nécessairement les centres du territoire qui comptent mais les symboles qui y sont inscrits et les lieux qui les enracinent. Ce principe d'identification explique la particularité et l'intensité de la relation à la terre ; le territoire ne peut être partagé, vendu, ou même donné ; il est un être et non pas un avoir. Perdre son territoire, c'est disparaître. Pour Berque (1970), la mémoire s'investit dans des lieux, des portions de nature où sont enracinés des potentiels. Dans la même lancée, Martin (1994) poursuit que la relation tissée entre l'histoire et l'espace fournit une base apparemment matérielle à l'identité : elle lui procure un territoire. Pour lui, l'occupation, entraînant le travail de la sensibilité sur l'enracinement physique, confère aux 'pays', aux villes, aux quartiers, une dimension symbolique, une qualité qui secrète l'attachement. On voit donc avec Claval (1995) pourquoi les problèmes du territoire et la question de l'identité sont indissolublement liés : la construction des représentations qui font de certaines portions de l'espace humanisé des territoires est inséparable de la construction des identités. L'une et l'autre de ces catégories sont des produits de la culture, à un certain moment, dans un certain cadre. Par contre, précise Claval (1995), le support territorial des identités n'a pas besoin d'être continu et d'un seul bloc lorsque la construction du moi et du nous est moins fragile et n'est pas menacée de dissolution au moindre contact : ce qui compte en pareil cas, c'est la dimension symbolique de certains référents spatiaux, lieux de culte, tombes des ancêtres. La territorialité s'exprime plus en termes de polarité que d'étendue. À ce moment, le territoire symbolique devient mobile. C'est le cas de certains nomades, qui reconstituent l'espace sacré qui donne un sens à leur vie partout où ils s'installent.

Cette approche identitaire du territoire pose le problème de limite supérieure des gabarits territoriaux. En effet, à partir du consensus autour de l'idée d'espace conscientisé, il y aurait autant de tailles de territoires que de possibilités pour des groupes de partager un même rapport aux lieux, une même territorialité. Autrement dit, les autochtones peuls sédentaires, les migrants venus de l'Extrême-Nord Cameroun et les éleveurs mbororo transhumants ont-ils la même perception et le même rapport avec le territoire sur lequel ils sont installés, qu'ils exploitent et gèrent ?

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À partir de ce moment, on peut avec Elissalde (2002) se poser la question de savoir si l'outillage conceptuel et les problématiques utilisables par une géographie des territoires devraient demeurer cloisonnés entre chaque aire culturelle ? Dans ce cas, un pan de l'analyse géographique demeure pourtant souvent négligé.

En effet, la plupart des études sur la territorialisation privilégient avant tout la mise à jour des logiques de fonctionnement internes d'un territoire, auquel s'adjoignent parfois des emboîtements multiscalaires. Tout se passe alors comme si elles reposaient sur un implicite qui est celui du fonctionnement autonome du lieu étudié, en laissant souvent de côté les réactivités induites par les interactions avec des ensembles spatiaux voisins et de même niveau. La conception actuelle du territoire remet ainsi en cause l'idée de territorium d'autrefois, ensemble monoscalaire conçu comme une aire délimitée et étanche, animé par des acteurs inclus dans ses limites. Ce serait donner à penser qu'une configuration territoriale ne serait que le résultat de l'action d'un seul groupe poursuivant un seul et unique projet. Ce serait imaginer qu'une configuration territoriale est le parfait décalque des idéaux du ou des groupes qui se la seraient approprié. Ce serait enfin cautionner une vision cynique des rapports sociaux ; l'organisation de l'espace n'appartiendrait qu'au champ des rapports de forces, en ignorant toute régulation équitable.

Une autre face du schéma territorial commence à se dessiner lorsque Di Méo (1998 : 47) énonce les conditions de l'édification d'un ancrage identitaire en ces termes : « pour que les échanges sociaux s'y déroulent (dans la région) sans surprise, selon un ordonnancement bien réglé, plusieurs conditions territoriales doivent être remplies. Il convient en premier lieu que l'espace régional possède les caractères d'un espace social vécu et identitaire, découpé en fonction d'une logique organisationnelle culturelle ou politique. Il faut en second lieu qu'il constitue un champ symbolique dans lequel l'individu en déplacement éprouve un sentiment de connivence identitaire avec les personnes qu'il rencontre ». Ainsi, les systèmes d'acteurs permettent-ils de gérer et, à travers leurs actions, de maintenir une stabilité du système au sein duquel ils agissent. Il en découle, comme c'est le cas actuellement dans la région du Nord-Cameroun, une indispensable coordination, une organisation et finalement

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l'aménagement avec ce que ce terme peut selon les définitions admises receler d'équité comme le souligne Moine (2005). En fait, Brunet (2001) argue que les acteurs doivent être replacés dans les systèmes qu'ils élaborent afin de leur permettre de s'approprier, d'habiter, d'échanger et d'exploiter dans les meilleures conditions qui soient et surtout, de manière cohérente. C'est pour cela qu'il faut être capable comme le formule Moine (2005) de comprendre les jeux spatialisés des acteurs et de leurs multiples choix pour comprendre les processus qui guident l'évolution de l'espace géographique. Ainsi, la notion de territoire ne doit pas se réduire à celle d'appropriation. Elle est en fait beaucoup plus que cela, un système d'acteurs, en tension car les acteurs sont concrets, repérables. Ils font les territoires au travers des subtiles relations qu'ils entretiennent et ils constituent autant de pouvoirs et de contrepouvoirs respectifs qui font équilibre. Le produit de ces interrelations peut être dénommé gouvernance, c'est-à-dire l'ensemble des règles, des procédures et des pratiques qui sous-tendent l'existence d'un territoire, autour du jeu complexe des acteurs, par rapport à une organisation spatiale évolutive.

III.2.5. Finalement, une définition fondée sur la boucle de rétroaction

qui organise le territoire

Le territoire est donc un système complexe que l'on ne peut finalement appréhender que sous l'angle d'un système qui suppose, non une nouvelle définition, mais un repositionnement conceptuel dans une perspective systémique. Considéré sous cet angle, on peut avancer la définition suivante empruntée à Moine (2005 : 77) : « le territoire est un système complexe dont la dynamique résulte de la boucle de rétroaction entre un ensemble d'acteurs et l'espace géographique qu'ils utilisent aménagent et gèrent ». Cette définition selon l'auteur s'appuie sur la mise en relation de trois sous-systèmes clairement définis (figure 8) :

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Source : Moine (2005)

Figure 8. Fonctionnement du système territoire

Le fonctionnement du système territoire s'appuie ainsi sur le sous-système acteurs qui agit sur le sous-système de l'espace géographique de la manière suivante :

- Les acteurs en interrelation qui vont permettre, soit dans un espace donné, soit par rapport à une problématique donnée, de comprendre en partie les raisons des équilibres ou des déséquilibres en présence qui déterminent une stabilité dynamique du territoire ;

- L'espace géographique, espace aménagé par les acteurs, en fonction du géosystème34, présentant de multiples objets en interaction et que l'on peut désagréger en trois sous-systèmes : i) le géosystème ou milieu géographique au

34 Le géosystème est un concept permettant d'analyser les combinaisons dynamiques de facteurs biotiques, abiotiques et anthropiques associés à un territoire. S'inscrivant dans une démarche systémique, il est utilisé en géographie pour étudier les interactions nature-sociétés dans une dimension à la fois temporelle et spatiale (Beroutchachvili et Rougerie, 1991).

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sein duquel évoluent les acteurs, on parlera des contraintes ou aménités naturelles qui entrent en interaction avec les acteurs et influencent l'organisation de l'espace géographique ; ii) l'espace anthropisé constitué par l'ensemble des objets anthropiques (réseaux, constructions, hommes, etc.) répartis au sein du géosystème ; iii) l'espace social, celui des rapports sociaux qui recèle « l'ensemble des interrelations sociales spatialisées » (Frémont et al., 1984), entre les individus, les groupes et en étroite relation avec l'espace politique et institutionnalisé ; iv) l'espace politique et institutionnalisé au sein duquel sont formalisées les multiples relations entre les acteurs. Il s'agit d'une portion d'espace régi par la reconnaissance de règles communes ;

- Les systèmes de représentation, qui se fondent sur l'interconnexion entre trois types de filtres : individuel, sociétal (valeur) et idéologique (théorie, modèle), qui forgent à la fois la connaissance et la conception qu'ont les acteurs du monde qui les entoure (Callon et Latour, 1990). Aménagé par les sociétés qui l'ont successivement investi, le territoire constitue un remarquable champ symbolique. Certains de ses éléments, instaurés en valeurs patrimoniales, contribuent à fonder ou à raffermir le sentiment d'identité collective des hommes qui l'occupent (Di Méo, 1998).

III.3. Les intérêts du territoire pour l'élevage mobile

Le territoire est au sens des écologues, « la zone de peuplement et de distribution d'une espèce végétale ou animale donnée ». Il résulte de « l'ensemble des relations qu'une société entretient non seulement avec elle-même, mais encore avec l'extériorité et l'altérité, à l'aide de médiateurs, pour satisfaire ses besoins dans la perspective d'acquérir la plus grande autonomie possible, compte tenu des ressources du système. » (Raffestin, 1997). Si les débats sur l'élevage d'herbivores sont largement posés à l'échelle planétaire (réduction des gaz à effets de serre, alimentation mondiale, biodiversité...), l'élevage contribue aussi au développement durable des territoires ruraux : il s'y présente comme une activité ancrée dans des sociétés, des filières et un espace local où il fournit des produits et services multiples (Manoli et al., 2011). Les travaux de ces derniers ont permis à partir d'une revue bibliographique de préciser

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comment les chercheurs abordent les relations entre élevage et territoire. Ils montrent qu'au niveau du territoire l'élevage est une activité centrale pour des communautés d'agriculteurs (Hubert, 1994 ; Gibon et Ickowicz, 2010), il y façonne les paysages et la biodiversité (Caron et Hubert, 2000) et produit des services écosystémiques (Burkhard et al., 2009). Il peut y remplir une diversité de fonctions qui vont bien au-delà de la fourniture de denrées alimentaires pour les filières longues, mais qui relèvent de spécificités locales comme la production de fibres pour l'habillement des personnes, celle de fertilisants organiques pour l'agriculture familiale comme l'ont montré Steinfeld et al., (2006) ou Iiyama et al., (2007), la valorisation des sous-produits agricoles et industriels de proximité (Dedieu et al., 2011). L'élevage est une source de revenus et d'emplois pour les éleveurs et l'ensemble de la filière. Il est aussi, dans certaines sociétés vulnérables, à la fois un véritable capital sur pied (Bonfiglioli, 1988), le support de dons resserrant les solidarités familiales et une source directe d'alimentation (Duteurtre et al., 2009). Enfin, l'élevage peut être une activité avec des significations symboliques et culturelles localement très fortes comme par exemple en pays gaucho du nom du vacher traditionnel des régions de Pampa (Litre et al., 2008).

C'est ainsi à ce niveau territorial que les politiques doivent pouvoir expliciter ce que l'on peut attendre de l'élevage, et que l'ensemble des acteurs, dont la recherche, doit pouvoir décliner les différentes dimensions des interactions entre l'élevage et les territoires (Manoli et al., 2011). Ces derniers ont distingué trois grandes familles d'investigation des interactions entre élevage et territoire. La première se centre sur les relations entre les systèmes d'élevage et les modes d'utilisation de ressources naturelles spatialisées. La seconde est focalisée sur la diversité des systèmes de production existant sur un territoire donné. La troisième considère les systèmes d'élevage comme des systèmes techniques enchâssés dans des collectifs et des sociétés humaines.

L'élevage extensif utilise une gamme de ressources naturelles spatialisées. La première famille d'approches a pour objet l'utilisation de ressources naturelles, caractérisées en premier lieu par leur localisation dans l'espace et qui impose une nécessité de reconnecter activités d'élevage et enjeux autour de l'usage de l'espace.

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Manoli et al., (2011) montrent que les objectifs des études faites dans ce sens sont de comprendre le rapport à l'espace des activités d'élevage dans un contexte où les ressources naturelles deviennent un facteur limitant, et où il y a donc compétition entre plusieurs usages possibles du sol. L'élevage est ici une activité en compétition avec d'autres activités pour l'utilisation de l'espace ; le territoire, vu à la fois comme le support d'activités humaines et comme le produit de ces activités, est considéré ici plus dans sa dimension spatiale que sociale : c'est l'espace qui est au centre des questions de recherche. À l'intérieur de ce courant, on peut distinguer deux types d'approches : d'un côté les études centrées sur la localisation de l'élevage (analyse statique des facteurs), de l'autre, l'analyse est plus dynamique et se centre sur les processus de changements d'utilisation du sol.

Le premier groupe de travaux recensé par Manoli et al., (2011) se centre sur la représentation de la localisation des systèmes de production et des densités animales à des échelles géographiques larges et sur l'identification des facteurs explicatifs de ces localisations. La classification des systèmes d'élevage faite par Sere et Steinfeld (1996) a fait date : elle propose de cartographier les différents types de systèmes de production à une échelle régionale (un ensemble de pays d'une même région du monde). Ce sont les facteurs agro-écologiques qui sont mis en avant pour expliquer cette distribution spatiale des systèmes de production. D'autres facteurs de localisation sont présentés dans le zonage de systèmes d'élevage européens, réalisé par Pflimlin et al., (2005). Les différentes zones sont délimitées principalement par des facteurs pédoclimatiques, mais les dynamiques socioéconomiques et des éléments d'histoires locales sont également pris en compte. Le rapport « Livestock Long Shadow » (Steinfeld et al., 2006) a été un autre travail montrant les liens entre systèmes d'élevages et éléments géographiques. Les localisations des différents types de systèmes d'élevage (définis par les espèces élevées, le système de production, le degré d'intensification par exemple) sont expliquées aussi par des caractéristiques humaines de l'espace : espaces urbains, ruraux, périurbains, existence d'infrastructures. Les contraintes naturelles sont toujours présentes dans cette description (présence de certains types de systèmes selon les climats par exemple). Bourn et Wint (1994) ont

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travaillé sur ce lien entre géographie et élevage, mais surtout à travers la spatialisation des densités animales. Ils ont eux aussi proposé d'autres facteurs que les facteurs agro-écologiques pour modéliser des densités animales : densité de la population humaine, maladies animales, présence d'agriculture, etc. Au final, la plupart de ces études s'identifient à un courant scientifique qui prend de l'ampleur, celui de `livestock geography' (Kruska et al., 2003 ; Reid et al., 2000 ; Sere et Steinfeld, 1996 ; Thornton et al., 2007 ; Wint, 2007), dont la finalité est d'aider à l'élaboration de politiques nationales et internationales du développement de l'élevage. C'est pourquoi elles sont faites à une échelle large. Des cartes de densités animales, de systèmes d'élevage à des échelles continentales à nationales, sont le produit commun de toutes ces études. Ces cartes sont élaborées grâce à des SIG et elles donnent une image statique des différents facteurs de localisation des activités d'élevage : les facteurs agro-écologiques sont prépondérants (climat, reliefs montagneux, maladies animales par exemple), quelques facteurs de type humain sont pris en compte (marché, zones urbaines, infrastructures, agriculture).

Manoli et al., (2011) ont recensé un deuxième groupe de travaux qui a pour objet d'étude des dynamiques d'utilisation des sols. Dans ce cas, l'accent est mis sur les processus qui expliquent ces dynamiques. Ces travaux abordent les liens entre activités agricoles (et utilisatrices d'espace en général) et dynamiques spatiales. Par exemple, les travaux de Poccard-Chapuis (2005) analysent l'avancée des fronts pionniers dans la forêt amazonienne et la place des systèmes d'élevage dans ce processus. Le rôle joué par les réseaux de commercialisation à la fois locaux, nationaux et internationaux est mis en avant dans la description de ces processus. Certains de ces travaux se réclament d'un courant relatif au « land use and land cover changes » (LULCC) : Lambin et al., (2000) ; Lambin et al., (2001) ; Stephenne et Lambin (2001) ; Veldkamp et Lambin (2001). Par exemple, Lambin et al., (2000) s'efforcent de mettre en lumière la complexité des mécanismes qui se cachent derrière les changements d'utilisation de l'espace, en cherchant à se différentier des approches simplificatrices qui sont faites pour expliquer les causes d'une dynamique spatiale particulière (déforestation, dégradation des pâturages, urbanisation, etc.). Ils déconstruisent ainsi certains

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« mythes » simplificateurs comme le concept de « capacité de charge ». Celui-ci est souvent avancé pour expliquer un seuil à partir duquel un pâturage donné sera surexploité. La capacité de charge est, à leurs yeux, à relativiser fortement lorsqu'elle est utilisée dans le cadre des écosystèmes arides, caractérisés par un déséquilibre permanent. Ces auteurs soulignent ainsi le besoin de mettre en place une compréhension rigoureuse des contextes locaux, par l'appui sur des études de cas par exemple, pour mieux appréhender notamment comment les grandes dynamiques globales se reformulent dans un lieu particulier (Ickowicz et al., 2010). Il s'agit de réexaminer de grandes hypothèses globales considérées comme des lois générales, ou au moins de bien les appliquer aux unités de temps et d'espace pertinentes.

Manoli et al., (2011) mentionnent que ces approches de `LULCC' sont très complémentaires des approches de localisation développées dans le premier groupe : elles donnent une analyse plus dynamique des utilisations de l'espace, elles se centrent sur la compréhension des processus. Les études de localisation des activités donnent une image des résultats de tout un processus. Elles sont une façon de montrer que les activités d'élevage ont des raisons de se placer là où elles se placent. Dans une réflexion sur le développement durable, les activités d`élevage doivent être reconnectées aux espaces et aux ressources qu'elles utilisent (Naylor et al., 2005) : elles sont bien une activité d'usage des ressources naturelles spatialisées (parmi d'autres). Dans cette perspective, donner une représentation du « maillage » de l'élevage (Wint, 2007) à l'échelle de grandes régions, est une première étape essentielle.

Pourtant, relèvent Manoli et al., (2011), quand il s'agit de développement, et de compréhension des dynamiques d'utilisation de l'espace, ces niveaux ou même les niveaux nationaux s'avèrent insuffisants (Hubert, 1994 ; Lambin et al., 2001) et le niveau de l'exploitation comme entité élémentaire de gestion de l'espace agricole devrait être mieux pris en compte (Wint, 2007). Ainsi, la compréhension du niveau local, grâce à l'analyse d'études de cas apparait comme une nécessité (Manoli et al., 2011). Bommel et al., (2010) ont ainsi proposé un modèle générique d'étude des interactions entre l'élevage et l'espace à ce niveau local sur la base de la comparaison

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de modèles multi-agents développés dans plusieurs territoires de France, Brésil, Uruguay et Sénégal.

Dans les deux types d'approches, les densités animales, leur répartition et leur localisation sont, comme l'ont montré Manoli et al., (2011), reliées majoritairement à des facteurs agro-écologiques. Par contre, le niveau socio-économique est peu étudié. Enfin, les spécificités des activités d'élevage ne sont généralement pas considérées : la mobilité par exemple qui marque des différences fortes dans l'utilisation de l'espace entre élevage et agriculture, n'est pas analysée, car les questions sont focalisées sur les ressources naturelles en elles-mêmes. Si l'on se place dans une perspective d'élaboration de politiques de développement, il est important de considérer le niveau local comme le niveau où se reformulent des grands facteurs globaux (agro écologiques, socio-économiques) et où ils se combinent à des facteurs plus spécifiquement locaux (place de la mobilité, fonctions particulières de l'élevage...).

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"Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d'autre"   Paul Eluard