4.1.4. Impact sur les surfaces cultivables
Dans les années 1970, l'organisation des cultures comme
le témoigne un vieil exploitant s'établit en fonction de
l'humidité du milieu. Ainsi, le jardin est subdivisé en trois (3)
parties distinctes de l'amont à l'avale :
La périphérie du jardin où le sol est
plus ou moins sec, réservée aux cultures irriguées avec
arrosage complémentaire, la partie centrale où le sol est
très humide, réservée aux cultures irriguées sans
arrosage complémentaire et enfin la zone du bas fond ou zone inondable
qui est caractérisée par l'affleurement de la nappe
phréatique .Cette partie est réservée uniquement aux
plantes les plus exigeantes en eau ou celles qui supportent d'avantage de
l'humidité. Dans certains sites cette partie est même
abandonnée à cause de son état très
marécageux.
Aujourd'hui, avec le changement climatique et ses corollaires
en occurrence la faiblesse des précipitations et surtout la baisse
drastique de la nappe phréatique, l'organisation des cultures se
présente de la manière suivante :
La périphérie du jardin est
catégoriquement réduite en champs des cultures pluviales comme le
dit un paysan : « kwari babu raba gona ne » autrement dit un
jardin sans humidité n'est qu'un simple champ.
La partie centrale jadis réservée aux cultures
irriguées sans arrosage complémentaire est maintenant
transformée en une zone des cultures avec arrosage complémentaire
et enfin la zone du bas fond où la nappe phréatique est
affleurant est aujourd'hui réservée aux cultures irriguées
avec une faible fréquence d'arrosage complémentaire.
Autrement dit on assiste de nos jours à un
déplacement du jardin de la périphérie vers la partie
centrale du fait de l'absence de l'humidité.
4.1.5. Disparition de certaines variétés de
la canne à sucre
Bien avant l'arrivée de la canne violette dans la
commune, les exploitants cultivaient plusieurs variétés de canne
à sucre au niveau local il s'agit de:
? « Farar Kara » ou canne de couleur
blanchâtre : c'est la première espèce cultivée dans
la commune. C'est une canne très sucrée mais beaucoup plus
exigeante en eau et dont la morphologie (taille et diamètre) n'atteint
pas celle de la canne violette (photo 12. a),
? « Kara » ou canne de couleur verte qui
est un peu plus grosse que la précédente mais a la même
exigence en eau que cette dernière. Elle se distingue de celle-ci
surtout par la couleur (photo 12. b),
? « Va TAMBU » qui est une canne de
même couleur que « kantoma » (violette) mais se
distingue surtout par sa morphologie car son diamètre est trop petit, ne
dépassant guère 3 cm (photo 12. c).
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Photo 12 : Variétés disparues : a. « Farar
Kara » b: « Kara » c: « Va Tambu
»
Cliché: I. Anass (2015)
De nos jours surtout avec le phénomène du
changement climatique et ses corollaires en particulier la baisse de la nappe
phréatique, ces trois différentes variétés locales
de la canne à sucre ont disparu pour ne laisser que le «
kantoma » ou canne violette qui est aujourd'hui la seule
espèce cultivée dans la commune comme en témoignent 93,33%
des exploitants.
Ceci s'explique par le fait que cette dernière est
moins exigeante en eau que les autres variétés mais aussi pour
des raisons économiques car « kantoma » est plus
demandée sur le marché. 4.1.6. Abandon progressif de la
culture de la canne à sucre
Pas d'eau pas de culture de la canne à sucre, trop
d'eau perte de culture de la canne à sucre. Pour résoudre cette
équation liée au changement climatique notamment les
sécheresses et les inondations récurrentes, les producteurs de la
Commune Rurale de Doungou procèdent au remplacement de la canne à
sucre par d'autres espèces qui s'adaptent au contexte actuel du
changement climatique. C'est ainsi que 82% des exploitants ont compris la
nécessité de remplacer la canne à sucre qui est une plante
très exigeante en eau et à cycle végétatif
très long par rapport à d'autres spéculations, au profit
surtout du poivron et de la pomme de terre. 4.1.6.1. Culture du
poivron
Introduite très récemment dans la commune, la
culture du poivron appelée « gwari » dans le langage
locale, prend de plus en plus de l'ampleur dans cette cuvette (photo 13. a).
Cette activité est surtout réservée aux jeunes exploitants
dont 62% affirment qu'ils ont abandonné la culture de la canne au profit
de cette activité. Les raisons évoquées par ces jeunes
exploitants est que le bas-fond jadis très humide et endroit par
excellence à la culture de la canne à sucre devient de plus en
plus sec et ne répond plus à cette activité. C'est
pourquoi ils mettent en valeur la périphérie de leur jardin sur
un sol sablo-limoneux pour cultiver le poivron. La
50
culture du poivron est non seulement moins pénible mais
aussi moins longue (3 mois) que celle de la canne à sucre. De plus la
culture du poivron constitue une véritable activité
génératrice de revenu de la population. De nos jours c'est
plutôt le poivron qui fait la fierté de plusieurs ménages
à Doungou, car il est plus cher que la canne à sucre ces
dernières années. Le prix de sac de 25 kg varie entre 25.000F et
30.000F selon la période alors que le fagot de canne ne dépasse
guère 7000F.
4.1.6.2. Culture de la pomme de terre
Jadis considérée comme friandises «
Kayan marmari », la pomme de terre est aujourd'hui
insérée dans la ration alimentaire du paysan de Doungou. C'est
pourquoi 20% des exploitants affirment que cette activité est de nos
jours beaucoup plus rentable que la culture de la canne à sucre (photo
13. b). La culture de pomme de terre a été vulgarisée dans
la commune grâce à l'intervention du projet petite irrigation
(PPI/Ruwan Mu) dans le cadre de l'initiative 3N (les Nigériens
Nourrissent les Nigériens).
Ce projet a mis à la disposition des paysans 5750 kg de
pomme de terre, 234 groupes motopompes et 132 forages maraichers au tuyau PVC
et 120080g des semences potagères (oignon, chou et poivron). Par contre,
18% des exploitants témoignent que : « Rake gangan jiki ne
» autrement dit la canne à sucre constitue la charpente du
jardin, aucune plante ne peut la remplacer. Mais, c'est
généralement les exploitants âgés qui ont cet esprit
conservateur et dont l'activité cannière est très
nostalgique, rêvant ainsi du bon vieux temps où la canne à
sucre était « reine » des cultures dans la zone (fig. 12).
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Figure 12: Appréciation paysanne sur l'abandon de la
culture de la canne à sucre
Photo 13: a. Culture de poivron à Doungou b. Culture de
pomme de terre à Doungou
Cliché : I. Anass (2015)
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