III. Formalisation de Maria Miniti
et William Bygrave
La littérature anglo-saxonne qui n'hésite pas
à utiliser les ressources des méthodes quantitatives et
hypothético-déductives, s'est parfois risquée à
introduire dans le domaine les raisonnements rigoureux de l'analyse
micro-économique. Un des essais les plus remarqués est celui de
Maria Minniti et William Bygrave dont le point de départ était la
nécessité de répondre à l'interrogation
suivante : comment se fait-il qu'entre pays ou régions d'un
même pays les taux d'entrepreneuriat soient très
différents, alors que les conditions d'environnement y sont en tous
points semblables ? Les auteurs proposent une explication
fondée sur une variable causale oubliée dans les raisonnements
précédents : le simple fait d'observer autour de soi un
comportement semblable à celui que l'on se propose, exerce une influence
positive en faveur de ce comportement, et peut entraîner
l'adhésion, malgré les réticences initiales, si le nombre
des comportements observés dépasse un certain seuil. A partir de
ce constat, tiré de la théorie des émeutes d'un sociologue
américain Mark Gronovetter, la démonstration peut être
poursuivie en prenant le cas de la décision de créer une
entreprise.
En théorie micro-économique, celle-ci
possède une utilité en termes de gains espérés,
qu'il convient de maximiser (en égalisant son revenu marginal avec son
coût marginal, ici les heures de travail passées à cette
occupation). Mais elle doit aussi être comparée à
l'utilité d'une autre décision, celle de choisir un emploi
salarié, qui doit de la même manière être
maximisée. L'utilité relative correspondant à la
décision de devenir entrepreneur, et qui sera appelée
rj dans le modèle, est donc égale
à la différence entre les deux utilités, et doit donc
être supérieur à 0 si la personne décide de
créer une entreprise plutôt que de postuler un emploi
salarié. Mais l'activité entrepreneuriale étant plus
risquée que l'emploi salarié, on doit tenir compte de la prime de
risque propre à chaque individu ou dépend de ses
caractéristiques de départ et qui rend cet individu
indifférent entre le revenu entrepreneurial escompté et le revenu
plus sûr mais moindre provenant de l'activité salariée. On
a donc :
rj = re - rh
et re - rh > pj
où
j : désigne l'individu
concerné,
re : le revenu escompté
de l'activité entrepreneuriale,
rh : celui de l'activité
salariale, et
pj : la prime de risque.
C'est donc le montant de cette prime de risque qui va
déterminer la suite, et il convient de voir de quoi elle dépend.
Deux facteurs l'influencent, l'un dans le sens positif, l'autre en sens
inverse. Le premier est l'aversion pour le risque, variable pour chaque
individu, et qu'on appellera aj ; plus cette
aversion est grande, plus la prime de risque augmente. Mais cette
dernière, qui reflète le risque perçu par l'individu
à l'égard de l'action d'entreprendre, est influencée
négativement par le nombre d'entreprises créées
récemment autour de lui, car cette observation le rassure quant à
la faisabilité de l'opération et diminue par la même le
risque perçu, On a donc :
pj = aj/1+e
Où
e désigne le taux
d'entrepreneuriat, c'est- à -dire, la densité d'entreprises
nouvellement créées dans le rayon d'observation de l'individu.
On obtient alors :
rj = aj + (1+e) (re-rh)
A la suite d'une série de dérivations et de
substitutions, on obtient l'équation finale du modèle
rj = ao+a1 e+a2 e²
dans laquelle le jeu des coefficients a correspond au profil
particulier de chaque individu, le coefficient ao
montrant sa position de départ dans le graphique ci-dessous :
Figure n°5:
Formalisation de Miniti et Bygrave : L'entrepreneuriat naît de
l'imitation
aj Seuil de
changement d'activité
Ne deviennent jamais entrepreneurs
Deviennent toujours
Entrepreneurs
a1

Source : M, Miniti et W, B, Bygrave, « The
microfoundations of entrepreneurship », Entrepreneurship Theory and
Pratice, summer 1999, p. 41-52, in Saporta, Création d'entreprise et
entrepreneuriat, P. 136).
Dans ce graphique, on voit que l'utilité relative
rj, ou revenu relatif, varie exponentiellement en fonction du
taux d'entrepreneuriat et les décisions de création
d'entreprise sont spécifiques à chaque individu tout en
dépendant de leur position de départ (ordonnée à
l'origine). Certains individus, peu nombreux, ont une ordonnée à
l'origine (et donc une utilité relative d'entreprendre) positive, et
créeront quel que soit le niveau de l'entourage entrepreneurial tandis
que d'autres partent de si bas sur l'axe des ordonnées qu'ils ne
créeront jamais, même avec un très grand nombre d'exemples
autour d'eux. Mais les plus intéressants, et ils sont nombreux, occupent
une position intermédiaire, et, réticents jusqu'à un
certain niveau de taux d'entrepreneuriat, basculeront dans la décision
d'entreprendre si un certain seuil est franchi. Le processus étant
cumulatif et exponentiel, l'évolution future du nombre d'entrepreneurs
est difficile à estimer. L'explication des différences actuelles
d'activités entrepreneuriales est à trouver dans le
passé : si, au départ, le taux d'entrepreneuriat est bas, le
processus cumulatif ne peut s'enclencher, l'effet d'imitation reste faible, et
peu de nouveaux entrepreneurs apparaissent chaque année sur le
territoire considéré.
De manière générale, en dehors de
configuration entrepreneuriale, l'activité mise en place par un
promoteur chercheur d'emploi, confère à son auteur le statut
d'employé et/ou d'employeur. L'indépendance relève du fait
d'une autonomie de gestion, sans nécessité de rendre compte
à des associés ou actionnaires. Les avantages retirés d'un
travail indépendant est à comparer avec ceux retirés d'un
emploi rémunéré (tous coûts et tous avantages
confondus).
Le chapitre suivant permet de saisir une des finalités
des gains retiré de l'un auto emploi. Il s'agit, le plus souvent,
d'acquisition d'un statut d'emploi lorsque le promoteur provient d'une
situation de chômage et aussi d'un statut de salarié
(rémunération) lorsque le promoteur provient d'une situation de
faiblesse de revenu. Ce sont les deux volets de l'impact de la création
d'activité résumé en termes de pauvreté (lorsque le
revenu se situe au dessus de la ligne de pauvreté et que le taux de
croissance de son revenu se traduit par une relation positive avec la
pérennité de l'activité créée) et du
chômage (lorsque cette création d'activité se traduit par
création d'emplois pour le promoteur et aussi pour d'autres
partenaires).
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