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Concilier sport de haut niveau et études


par Teva FAKATAULAVELUA
Université de Lorraine - Master 2022
  

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Partie III - Un soutien inégal des pairs pour les ESHN

Les étudiants sportifs de haut niveau sont confrontés à des défis spécifiques pour équilibrer leurs engagements sportifs et académiques. Le soutien de leurs pairs peut jouer un rôle primordial, mais il peut varier considérablement. Nous cherchons à comprendre les dynamiques du soutien entre pairs et identifier les défis auxquels sont confrontés les ESHN. Pour les aider dans cette entreprise, les ESHN ont souvent besoin d'un soutien adéquat de la part de différents acteurs, tels que les entraîneurs, les kinésithérapeutes, les préparateurs physiques et les psychologues sportifs. Aussi, les établissements d'enseignement ont l'occasion aussi prendre part en proposant des programmes sur mesure pour répondre aux exigences particulières des étudiants athlètes d'élite. Nous aborderons la question du soutien aux étudiants sportifs de haut niveau en examinant les différentes formes de soutien offertes par les professeurs et les camarades de classe. Nous nous pencherons également sur les conséquences de cette disparité de soutien sur l'expérience globale des ESHN. En mettant en évidence cette inégalité de soutien, nous pourrons approfondir notre compréhension des défis auxquels les ESHN sont confrontés et envisager des mesures potentielles pour améliorer leur situation.

1. Dans le champ sportif, des acteurs multiples qui n'exercent pas la même influence

Un réseau social fort et cohésif peut apporter un appui significatif à un étudiant sportif. Les camarades peuvent offrir du soutien émotionnel, des recommandations et de l'aide pour gérer l'équilibre délicat entre les obligations sportives et académiques. Nous avons, dans un premier temps, identifié les entraineurs ; ce sont eux qui ont la plus grande influence sur les athlètes de haut niveau. Ils ont la responsabilité de développer les compétences.

« Il t'apporte ses compétences sur le saut en hauteur, je pense pas qu'il m'a appris énormément de choses mais je suis hyper reconnaissante quand même pas parce qu'il a fait, en fait, finalement ouais, il s'est beaucoup investi. » (Laurie/ F/ 21 ans/ IAE School of Management 2ème année /Saut en hauteur)

Les individus et les collectifs bénéficient de la reconnaissance sociale, de l'appréciation et de l'estime de la part d'autrui (Honneth, 1992). Laurie exprime sa gratitude envers l'engagement et les efforts de son coach, ce qui en soi est une manifestation de reconnaissance sociale. Elle valorise l'investissement que son coach a consacré à son rôle. Par ailleurs, même si Laurie n'a pas constaté d'amélioration significative dans sa technique de saut en hauteur, le simple fait d'avoir une personne pour la soutenir et l'encourager a probablement eu une influence bénéfique sur sa motivation et son implication dans le sport. Cette forme de soutien représente un autre

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aspect de la reconnaissance sociale, qui peut être aussi important que le perfectionnement des compétences techniques. De plus, les entraîneurs sont chargés de favoriser plusieurs aspects chez les sportifs. En effet, « Les compétences sont assez différentes : d'un côté des qualités sportives objectivées par un palmarès et les résultats obtenus en tant qu'athlète, de l'autre des qualités pédagogiques et des résultats en tant qu'entraîneur de club. Il semble bien qu'il y a une domination de la filière haut niveau en nombre et en légitimité. » (Lemieux, C., Mignon et al.,2006), les entraîneurs sont dotés en compétences pédagogiques et sportives, ils transmettent ainsi leurs savoirs à leurs athlètes.

« Donc je m'entraîne avec lui, il a 30 ans donc c'est vraiment une relation, très très proche de par le partage de parce qu'il a besoin de connaître aussi pas mal de choses sur moi, vu que ça a pas mal d'impact après sur la pratique sportive et ouais vraiment aujourd'hui c'est une personne très essentielle dans ma vie. » (Laurie! F! 21 ans! IAE School of Management 2ème année !Saut en hauteur)

La performance ne dépend pas uniquement des compétences techniques du coach, mais aussi de la relation entre l'entraîneur et les entraînés. Il est donc important d'encourager la transmission de ce savoir-faire spécifique, qui n'est pas purement technique mais est lié à des compétences relationnelles (Lemieux, C., Mignon et al.,2006). Donc, ils ont l'occasion de construire une relation étroite et basée sur la confiance pour optimiser les performances.

« Après mon entraîneur maintenant ça se passe trop bien, tu vois, c'est une vraie relation, c'est une vraie relation, ça va pas que dans un sens où il me dit, tu fais ça, ça se limite pas juste à l'entraînement. C'est vraiment, tu as un accompagnement sur tous les trucs genre, il est au courant de tout, tu vois si je commence à travailler, il est obligé d'être au courant parce qu'il doit adapter aussi par rapport à la fatigue et tout, enfin, on se parle vraiment ouvertement. » (Lola! F! 26 ans! Master de psycho obtenu! 400m)

La déclaration de Lola met en lumière le fait qu'une relation d'entraînement fructueuse ne se borne pas à un simple transfert de connaissances techniques. Elle implique également une communication transparente et un accompagnement dans divers domaines de la vie de l'athlète. Lola met en évidence la prise en compte par son entraîneur de tous les éléments de sa vie, y compris son travail, et comment ces éléments influencent ses routines d'entraînement. Ceci souligne une approche globale de l'entraînement.

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« C'est un ancien athlète aussi au niveau en marche participé deux fois aux JO enfin tous les championnats du monde et tout ça donc voilà déjà. Je vois plus mon coach que mes propres parents donc à un moment, je pense que c'est primordial d'avoir une bonne relation saine et de confiance et motivant, mais aussi comment dire c'est quelqu'un avec qui on construit un projet alors plus. » (Paula/ F/ 21 ans/ IUT - DUT GEA 2ème année/ Marche athlétique)

Paula voit en son entraîneur non seulement un mentor et un support technique, mais également un partenaire dans l'élaboration de son parcours athlétique. Cette déclaration renforce les découvertes de Lemieux, C., Mignon et al. (2006) concernant l'importance vitale d'une relation d'entraînement solide et constructive. Cela met en lumière les divers rôles qu'un entraîneur peut endosser, notamment en tant que guide, conseiller, source de motivation et collaborateur. Elle souligne également que la réussite en athlétisme ne se résume pas à la vitesse de course de l'athlète ou à son endurance exceptionnelle. Elle est aussi déterminée par la qualité de la relation entretenue avec l'entraîneur. Ce dernier peut aider à optimiser le potentiel de l'athlète, en prenant en compte ses besoins spécifiques et en instaurant un environnement d'entraînement positif et stimulant.

Au contraire, lorsque la relation entre l'entraîneur et l'athlète est compromise, cela peut se manifester par une détérioration de l'état mental et une envie de renoncer, c'est dans ce contexte que l'intervention des psychologues et des préparateurs mentaux devient primordiale.

« Le deuxième, il a un peu plus de mal à me comprendre, il est très stricte dans la façon d'entraîner. En fait, ça passe très, très bien, mais dès que je suis en dehors de l'eau, si ça passe pas bien, il a tendance à critiquer, à essayer de me piquer en fait pour faire réagir et je suis très sensible. Donc du coup si on pique, je réagis très mal derrière, on comprend pas certains choix que je fais, c'est compliqué. f...] Le psychologue ou le préparateur mental maintenant, cette année, ça m'a beaucoup aidé parce que avec qui ça se passe très bien cette année. Parce que, je pense que j'aurais pas réussi toute seule, avec l'entraîneur avec qui ça va pas, ça serait pas passé, je suis sorti plusieurs fois, je voulais me barrer. » (Clémentine/ F/ 19 ans/ L1 STAPS/ Natation)

L'expérience de Clémentine avance une idée nouvelle entre un entraîneur et son athlète. Elle exprime ses difficultés avec un entraîneur rigide qui semble ne pas comprendre ses principes. D'après Lemieux, C., Mignon et al. (2006), l'interaction entre un entraîneur et son athlète est un

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facteur presque indispensable pour la performance. Pour Clémentine, une relation d'entraînement défavorable a eu des conséquences sur sa motivation et son engagement. Cela souligne l'importance pour l'entraîneur de comprendre et de répondre aux besoins spécifiques de chaque athlète.

En effet, pour permettre un équilibre, les entraîneurs peuvent saisir les défis de temps et d'énergie dépensé auxquels son athlète étudiant est confronté. Cela peut nécessiter de moduler les horaires d'entraînement, d'octroyer des pauses durant les périodes d'examen ou de chercher d'autres solutions pour aider l'athlète à jongler entre le sport et les études.

« Le projet, c'est lui qui me prépare tous mes plans et je lui fais confiance à 100%, mais je sais qu'il me faut aussi confiance à 100% donc j'ai mon coach et il fait tous mes plans il me suit sur les entraînements enfin pas tous mais la plupart » (Paula/ F/ 21 ans/ IUT - DUT GEA 2ème année/ Marche athlétique)

« Du coup bah en fait chaque semaine, j'envoie mon planning de cours à mon coach et en fait du coup mon coach à ce moment-là lui, il va regarder dans les trous quand je n'ai pas cours. Il va mettre des entraînements à ce moment-là et puis bah si par exemple il y a un petit trou de deux heures par une mettre dans ces deux heures-là, tu vas courir où tu fais une muscu ou tu fais un truc comme ça et lui, il adapte dans ses fonctions là. » (Henri/ M/ 22 ans/ Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)

Dans ce contexte, l'entraîneur est perçu comme une figure de direction qui formule et ajuste les plans d'entraînement en tenant compte des disponibilités de l'athlète. La théorie du rôle social postule que les individus endossent différents rôles en fonction des différents environnements sociaux dans lesquels ils évoluent, chaque rôle étant associé à des attentes spécifiques (Merton, 1957). Cela illustre l'anticipation que l'entraîneur est là pour orienter et organiser la préparation de l'athlète. Parallèlement, Paula et Henri jouent le rôle d'athlètes, qui implique de respecter les plans et les instructions de leur entraîneur. Henri explique comment son entraîneur module ses sessions d'entraînement en tenant compte de son emploi du temps académique, ce qui illustre l'importance de la flexibilité dans le rôle d'un entraîneur. Lemieux, C., Mignon et al. (2006) indiquent que l'entraîneur doit appréhender les besoins individuels mais également être capable d'ajuster les entraînements selon les contraintes. Pour récapituler, ces témoignages révèlent qu'un entraîneur pour obtenir des résultats satisfaisants, doit au-delà de posséder une expertise technique, être en mesure d'établir une relation de confiance avec son athlète, de saisir ses besoins particuliers et d'ajuster l'entraînement en conséquence.

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Par ailleurs, la tension liée à l'équilibre entre les études et le sport de haut niveau peut générer du stress. Un entraîneur peut offrir un accompagnement à son athlète dans la gestion des émotions et le maintien de la motivation.

« Et du coup, ça m'aide beaucoup parce que je suis bien accompagnée et j'ai souvent besoin de me confier. En fait, je suis une sportive qui a besoin d'être suivi, même en dehors de son sport en fait. » (Clémentine/ F/ 19 ans/ L1 STAPS/ Natation)

« Il m'a fait signer mon 1er contrat professionnel, il me fait confiance tout ça et non, ils m'aident à progresser sur le plan individuel, mental, physique, parce que ce qui compte c'est surtout le mental surtout à mon âge. » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/ Handball)

Clémentine, par exemple, reconnaît que son entraîneur l'a aidé dans le sport et aussi dans sa gestion des émotions. La théorie de l'interactionnisme symbolique propose que les individus agissent en fonction des significations qu'ils attribuent aux choses, qui sont façonnées par leurs interactions sociales et adaptées par leur interprétation personnelle (Mead, 1934). D'autre part, Abdel met en avant le rôle capital de son entraîneur dans sa progression sur plusieurs aspects : individuels, physiques et mentaux. En soulignant particulièrement l'importance du soutien mental, il indique qu'il valorise cette dimension dans son entraînement. L'engagement de l'entraîneur dans différents domaines de la vie de l'athlète peut contribuer à renforcer le lien de confiance entre eux. C'est une notion soutenue par Lemieux, C., Mignon et al. (2006), qui insistent sur le rôle central de la confiance dans la dynamique entraîneur-athlète. Les entraîneurs sont donc amenés à adopter une approche où ils peuvent prendre part des besoins émotionnels et psychologiques, afin d'optimiser les performances.

Dans le cadre des sports d'équipe, la fonction d'un entraîneur adjoint est déterminante pour aider les athlètes. En effet, l'unité sociale est d'une grande utilité. Une équipe soudée, dotée d'un fort esprit de camaraderie, peut améliorer la performance sportive et aider les membres à surmonter les obstacles personnels.

« Après aussi, on a un entraineur adjoint, il épaule le coach, à l'entraînement par exemple, il fait les échauffements, les travails techniques avant, c'est un relais de situation de jeu, c'est lui qui prend voilà il nous chauffe, il nous échauffe après la prépa physique. Et c'est un, il a aussi un rôle de de relais qui est vraiment, il y a un truc qu'on ose pas dire au coach ou quelque chose en dehors du foot, on peut aller le voir lui. » (Alphonse/ M/ 21 ans/ M1 STAPS/ Football)

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« Pour nous pousser pour donner un peu d'énergie à l'équipe il est là à l'entraînement pendant les matchs. » (Danilo/ M/ 24 ans/ L3 STAPS/ Basket)

L'importance de l'assistant entraîneur comme l'ont décrite Alphonse et Danilo s'harmonise avec les recherches menées par Cushion et Jones (2006). Ces chercheurs ont examiné la manière dont les adjoints de l'entraîneur servent souvent de lien entre l'entraîneur principal et les joueurs, aidant à faciliter la communication et à soutenir le développement des joueurs. De plus, ils contribuent à la motivation de l'équipe et à l'amélioration de l'ambiance de groupe durant les entraînements et les matchs. En effet, cela souligne les attentes associées au rôle de l'entraîneur adjoint, qui comprend l'encouragement et la motivation de l'équipe, en plus de ses fonctions d'entraînement technique. En outre, dans certains sports individuels, ils ont la possibilité d'avoir plusieurs entraineurs à leur disposition, l'entraineur de club et l'entraineur du pôle par exemple.

« Au pôle, il y a trois coachs f...] donc, c'est tous les tous les trois des cadres fédéraux et ils sont du coup, ce sont eux qui organisent le pôle Sébastien, c'est le gérant du pôle. Et au niveau du club, c'est Will un bénévole, qui me suit deux fois par semaine en plus parce que j'aime bien avoir d'autres retours. » (Nadège/ F/ 21 ans/ M1 Histoire/ Aviron)

Le club sportif de cette étudiante se compose de divers rôles qui contribuent à réaliser des buts précis. Les organisations sont composées de différents rôles qui sont structurés de manière à atteindre des objectifs bien précis (Durkheim, 1895). Sébastien, en tant que manager du pôle, a la charge de coordonner l'organisation globale et les autres entraîneurs. Ces derniers, des cadres fédéraux, se concentrent sans doute sur le développement technique et sportif des athlètes. Par ailleurs, Nadège sollicite également un bénévole du club, Will, pour un entraînement additionnel. Cette démarche peut être interprétée comme une façon de varier les sources de retours et d'appuis, une stratégie habituelle pour optimiser les performances et le développement individuel. Ainsi, en collaborant étroitement avec leurs athlètes étudiants, les entraîneurs peuvent les soutenir dans la recherche d'un équilibre entre leurs obligations sportives et académiques. Selon Lemieux, C., Mignon et al. (2006), cela souligne l'importance d'avoir une variété de perspectives et d'approches en matière d'entraînement. Les différents entraîneurs peuvent offrir des conseils et des stratégies variés, ce qui peut être bénéfique pour l'athlète.

Dans la même lignée, les kinésithérapeutes ont pour objectif la prévention et la réhabilitation des blessures. Ils peuvent aider les athlètes à augmenter leur mobilité et leur force, à atténuer la douleur et à accélérer la guérison après une blessure. Suite à une blessure, un kiné aidera

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l'athlète étudiant à retrouver sa force, sa flexibilité et sa fonction normale. Cela peut comprendre des exercices de renforcement, d'étirement et de coordination.

« Après il y a pas de bon moment pour se blesser forcément, mais c'est vrai que c'est un peu chiant puis c'était l'approche des compétitions juste après la fin de la période hivernale. Donc il y a des disques dans le dos en gros et il commençait à, il commençait à être en mauvais état et du coup, il a fallu faire de la réathlétisation, un renforcement tout ça pour aller voir le kiné du coup du CREPS. Ouais, c'était aussi beaucoup de rendez-vous médicaux du coup ça, ça aide pas non plus à remonter le moral du coup. » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation 2ème année/ Aviron)

« Et aussi ce qui vient avec nous c'est que pour la préparation, un kiné, il a beaucoup de physio, on a même une salle de cryothérapie. Et du coup, on fait ça souvent, bon, du coup par la récupération des jambes etc. ça c'est optimal pour nous et c'est très important, on va aussi les bains froids, etc. » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/ Handball)

Noé perçoit les blessures comme des entraves à son parcours sportif, ce qui génère chez lui un sentiment de découragement. Il entreprend un processus de réhabilitation avec le soutien d'un kinésithérapeute, un rôle qui, dans ce contexte, revêt une importance particulière pour lui. D'un autre côté, Abdel considère les soins physiques, tels que la kinésithérapie et la cryothérapie, comme des éléments cruciaux pour la récupération et la performance sportive. Ces pratiques ont acquis une importance symbolique pour lui, représentant une préparation et une récupération optimales. En effet, chacun de ces individus interprète et réagit à son environnement selon les significations qu'il attribue à ces aspects, ce qui façonne leur expérience respective (Mead, 1934). En prodiguant les premiers soins, le kiné peut accélérer le retour du sportif à la compétition, apportant ainsi une assurance mentale. En se concentrant sur la flexibilité, la force, l'endurance, la coordination et la technique, un kiné peut aider un athlète à optimiser ses performances. Cela peut comprendre des techniques de massage, de cryothérapie, de thérapie par ultrasons, ou d'autres méthodes. Tous les athlètes de haut qui font partie du CREPS bénéficient d'un kiné, alors que ceux qui évoluent au sein d'un club n'ont pas tous la possibilité d'en avoir un. Certains athlètes ont la possibilité de bénéficier d'un kiné personnel ainsi que d'un kiné travaillant au sein d'une organisation.

« On a une kiné aussi qui est présente deux fois par semaine sur nos entraînements donc pendant les séances elles nous prennent alors des fois ça va être la kiné renforcement musculaire des choses comme ça enfin, on peut faire chez le kiné les exos un peu chiant

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voilà. Sinon des fois en fonction des besoins ça va plus être massage, manipulation et en parallèle. Je suis un kiné qui est donc dans son cabinet et ça va plus être du soin et électrodes, ultrasons, massages. » (Laurie! F! 21 ans! IAE School of Management 2ème année !Saut en hauteur)

« On a tellement été dégoûté d'être blessé qu'on reprend encore mieux donc du coup bah, tu vois des kinés en fait au CREPS, on peut les voir tous les jours si on veut. » (Nadège! F! 21 ans! M1 Histoire! Aviron)

Dans l'expérience de Laurie, le rôle du kinésithérapeute est considéré comme étant double. D'une part, le kiné fournit des soins, mais d'autre part, il supervise également des exercices de renforcement. Cette perception donne au rôle du kinésithérapeute une dimension qui va au-delà du simple soin et s'étend aux aspects plus exigeants de l'entraînement. Pour Nadège, la blessure a laissé une empreinte émotionnelle négative qui a ensuite alimenté sa volonté de se rétablir. Dans cette situation, les kinésithérapeutes du CREPS acquièrent une importance particulière. Malcolm et Scott (2011), les professionnels de santé jouent un rôle clé dans le domaine sportif, leur conclusion souligne l'importance capitale des soins médicaux, dispensés par ces professionnels, pour optimiser les performances des athlètes tout en préservant leur santé et leur bien-être général. Ils sont vus comme une ressource essentielle pour le rétablissement et la prévention des blessures, avec leur disponibilité quotidienne représentant une source de soutien capital pour son processus de réhabilitation.

En outre, les préparateurs physiques ont pour but d'améliorer la condition physique des athlètes. Ils sont souvent responsables de l'échauffement lors des séances d'entraînement et des compétitions ou bien de séances de musculation.

« On a aussi un préparateur physique, qui s'appelle Charles et qui vient deux fois par semaine pour encadrer nos musculations. En fait eux, ils sont vraiment spécialisés dans l'aviron, on a un préparateur physique qui est que pour la musculation. » (Nadège! F! 21 ans! M1 Histoire! Aviron)

La présence de préparateurs physiques spécialisés dans l'équipe d'aviron suggère une tendance croissante vers la professionnalisation de ce sport. La professionnalisation se manifeste par l'émergence de compétences spécialisées et de normes professionnelles spécifiques à un domaine donné. Il est possible que l'aviron soit en train de se professionnaliser en développant des rôles spécialisés tels que ceux des préparateurs physiques, dont le but est d'améliorer les performances des athlètes. Cette évolution témoigne de l'importance accordée à l'optimisation

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des capacités physiques et à l'adoption de pratiques professionnelles dans le domaine de l'aviron.

De plus, les psychologues sportifs aident les athlètes à gérer le stress et l'anxiété, à augmenter leur assurance, à maintenir leur concentration, et à surmonter les obstacles mentaux liés à la compétition de haut niveau. Ils peuvent également contribuer à résoudre des problèmes personnels ou académiques susceptibles d'impacter la performance de l'athlète. Les étudiants athlètes de haut niveau sont souvent confrontés à un stress intense, qu'il soit dû aux attentes de performance sportive (compétitions) ou aux exigences académiques (examens). Les psychologues peuvent leur apprendre des techniques de gestion du stress et les soutenir face à la pression.

« Je vois une psychologue, alors pas depuis le début que je suis au CREPS, mais depuis ça, fait un an et demi et je la vois en moyenne une fois par mois. On va dire et au début, je la voyais parce que j'étais pas très bien. [...] C'était retrouver l'équilibre entre le sport, la vie perso et la vie, enfin les études quoi, et pas toujours enfin sur une saison sur une année. Il y a des périodes où le sport va prendre plus de place que d'autres, enfin après, il y a eu beaucoup de travail sur le lâcher prise, le savoir, un peu prendre du recul. Et ne pas vouloir tout gérer trop perfectionniste sur ce qui est propre à tout ce qu'on travaille par rapport à moi, ça a été surtout ça quoi. » (Paula! F! 21 ans! IUT - DUT GEA 2ème année! Marche athlétique)

Paula souligne les difficultés qu'elle rencontre pour concilier ses responsabilités en tant qu'athlète, étudiante et individu dans sa vie privée. Cette situation incarne le principe de la tension entre les rôles dans la théorie du rôle social, où un individu peut ressentir du stress lorsqu'il a des difficultés à répondre aux exigences de différents rôles sociaux simultanément (Merton, 1957). De plus, Paula mentionne son travail avec une psychologue sur des problèmes comme le perfectionnisme et le besoin de se détacher, ce qui indique que ces problèmes peuvent être intensifiés par la tension entre les rôles qu'elle vit. Grâce à son travail avec la psychologue, Paula a réussi à élaborer des stratégies pour gérer efficacement ces défis et pour maintenir un équilibre plus approprié entre ses divers rôles. Les psychologues peuvent aussi aider à acquérir des compétences en résolution de conflits. Avec des partenaires d'équipe, des entraîneurs, des enseignants ou des collègues de classe, à certains moments des conflits peuvent émerger. Des aptitudes comme la concentration, la gestion des émotions, et la préparation mentale avant, pendant et après la compétition sont importantes pour les athlètes de haut niveau. Les psychologues sportifs sont formés pour aider à développer ces aptitudes.

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« C'est quand j'ai appris que j'étais sélectionné en équipe de France du coup, c'était un peu pour préparer la compétition pour le stage tout ça, c'était plus dans de la préparation mentale que dans, de la psychologie pure et du coup c'est la seule fois où j'ai eu recours à la psy, je suis, j'ai jamais utilisé. Que ce soit avant les courses avant les entraînements avant des cycles d'entraînement donc comment bien comment être finalement bien mentalement pour pouvoir réagir le mieux face aux événements donc après c'est enfin c'est un c'est propre à chacun, mais du coup ouais c'était sur des petits conseils sur un peu de la méditation des trucs comme ça quoi. » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation 2ème année/ Aviron)

L'expérience de Noé avec une psychologue dans la perspective d'une compétition et d'un stage peut être perçue comme une tentative de renforcer sa confiance en lui et sa capacité à réussir. Les découvertes de Lemieux, C., Mignon et al. (2006), insistent sur le fait que la préparation psychologique joue un rôle clé dans l'entraînement sportif et peut influencer de manière significative les performances d'un athlète. Il ne suffit pas d'être prêt sur le plan physique, il est tout aussi important d'être mentalement armé pour affronter les défis, ces compétences psychologiques s'acquièrent sur le long terme comme les compétences physiques. Il comprend l'importance d'une préparation mentale adéquate pour être capable de réagir de manière optimale dans différentes situations. Pour ce faire, il fait appel à des techniques comme la méditation et suit divers conseils pour améliorer sa confiance en soi et sa préparation mentale pour les compétitions. Cela démontre comment les convictions d'auto-efficacité peuvent influencer la façon dont les individus gèrent des situations qui peuvent être stressantes ou exigeantes (Bandura, 1977).

Enfin, il y a le préparateur mental. Son rôle est assez similaire à celui du psychologue. Bien sûr, une grande partie du travail d'un préparateur mental concerne la performance sportive elle-même. Ils peuvent aider l'athlète à élaborer des stratégies pour améliorer la concentration, à renforcer la confiance en soi, à visualiser des performances réussies, etc.

« Tout ce qui est gestion du stress et prise de recul parce que je ne prends aucun recul dès que je suis frustrée, je vois que de négatif du coup arriver à prendre du recul devant le positif et à tirer le bon des mauvaises situations. Et j'ai voulu prendre quelqu'un aussi qui était préparateur mental parce que les compétitions, c'est vraiment un autre monde en natation, c'est très, très malsain la concurrence est très malsaine en fait du coup il faut arriver à gérer à se mettre dans sa bulle. » (Clémentine/ F/ 19 ans/ L1 STAPS/ Natation)

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La capacité à gérer le stress et à maintenir une perspective détachée est vitale pour que les sportifs maintiennent des performances élevées tout en veillant à leur santé mentale. Ainsi, avoir le soutien d'un professionnel de la préparation mentale peut aider les athlètes à mettre en place des stratégies efficaces pour contrôler le stress et la compétition, et à équilibrer l'intensité de la compétition avec leur bien-être psychologique. D'après le témoignage de Clémentine et en lien avec les travaux de Besombes, Joncheray et al. (2016), l'aspect compétitif du sport peut générer une pression intense et un environnement de rivalité aiguë. Elle associe la compétition à des émotions négatives et à une pression excessive. Il est important de comprendre ici, que l'apport psychologique est avantageux pour les athlètes qui sont au CREPS, car ils ont la possibilité de consulter un spécialiste à n'importe quel moment.

En somme, différents acteurs interviennent dans la vie des étudiants ESHN, tels que les entraîneurs, les kinésithérapeutes, les préparateurs physiques et les psychologues. Chacun de ces acteurs a un rôle spécifique pour le sportif. Les entraîneurs planifient et supervisent l'entraînement sportif, les kinésithérapeutes se concentrent sur la rééducation et la prévention des blessures. Les préparateurs physiques visent à améliorer les capacités physiques, et les psychologues offrent un soutien sur le plan mental et émotionnel. Ces acteurs peuvent avoir des influences variables sur la vie académique des étudiants ESHN, certains étant davantage impliqués dans les aspects sportifs, tandis que d'autres fournissent un soutien spécifique sur le plan mental et émotionnel. L'influence exercée par chaque acteur peut varier selon le contexte dans lequel évolue l'ESHN. Par exemple, au sein d'un pôle espoir ou d'un CREPS, les entraîneurs et les kinésithérapeutes peuvent avoir un rôle prépondérant dans la vie quotidienne de l'athlète en raison de leur proximité et de leur engagement direct dans le programme sportif. En revanche, dans un club sportif, l'influence des entraîneurs et des autres acteurs peut différer en fonction des ressources disponibles et de l'organisation du club. Chaque acteur a un rôle spécifique à jouer dans le développement et la performance de l'ESHN. Une coordination et une communication efficaces entre ces différents acteurs sont cruciales pour soutenir au mieux l'équilibre entre les engagements sportifs et académiques de l'ESHN, en tenant compte de ses besoins spécifiques.

2. Dans le champ universitaire, des enseignants plus ou moins conscients du statut d'ESHN et des camarades conciliants

Les ESHN bénéficient d'un statut particulier. Ils doivent faire savoir au corps enseignant que leur temps est partagé entre deux paramètres. Généralement, les responsables de la formation sont les premiers informés de leur statut, puis les enseignants reçoivent une liste des étudiants

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ayant des régimes spécifiques. Néanmoins, il n'est pas rare, comme nous l'explique cette étudiante, que les individus concernés en informent personnellement chaque responsable de formation, ou parfois même les enseignants à titre individuel :

« Je préviens le responsable de formation généralement les deux années, je me suis entretenue avec eux pour exposer un peu mon projet qui comprennent mes attentes et que moi, je comprenne les leurs aussi, je pense que c'est important. Et de ce fait en licence pas trop, mais en master, je sais que tous mes enseignants ont été prévenus par le directeur de scolarité de mon statut et voilà en laissant, je sais que c'était pas forcément le cas, mais quand j'étais allé à manquer les cours donc je préviens toujours mes enseignants par mail et donc je précise que je suis sportive de haut niveau. » (Laurie/ F/ 21 ans/ IAE School of Management 2ème année /Saut en hauteur)

« C'est un gars qui est là que pour ça, et il s'appelle Paul Legrand et du coup, il s'occupe de, bah, de tous les athlètes qui sont en CREPS et qui font des études. Et du coup lui, il est là uniquement pour ça et il est en contact avec, je pense avec enfin, en tout cas, en contact ici avec la responsable de formation et lui ouais, il est là que pour ça donc début dès qu'on a un souci ou une absence à gérer ou une compétition. On a, on a juste à l'appeler et il s'occupait du reste, il fait un peu le côté administratif dès qu'on a des enfin des irrégularités ils s'en occupent. » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation 2ème année/ Aviron)

Lorsque Laurie communique avec les responsables de formation et les enseignants, ils peuvent garantir l'inclusion en tant que sportive de haut niveau dans son parcours éducatif. L'inclusion sociale se concentre sur l'intégration des individus dans la société (Bourdieu, 1993). En établissant une communication ouverte, Laurie cherche à établir une compréhension mutuelle avec ses enseignants concernant ses attentes et ses contraintes liées à sa pratique sportive. Cela est crucial pour elle afin de trouver un équilibre entre ses obligations sportives et académiques, et ainsi garantir son inclusion et son épanouissement dans son parcours éducatif. L'implication de Paul Legrand dans la gestion administrative des athlètes étudiants, comme dans le cas de Noé, met en évidence le rôle essentiel des agents du CREPS dans le soutien aux étudiants sportifs. Cette situation soulève la question centrale du rôle joué par ces professionnels dans l'accompagnement des athlètes étudiants et dans la gestion des multiples exigences auxquelles ils font face (Harvey, 2005).

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De plus, les enseignants peuvent accorder une certaine flexibilité en ce qui concerne les délais des devoirs ou les dates d'examen pour les étudiants absents en raison de compétitions ou de tournois sportifs. Ils ont également la possibilité d'organiser des séances de rattrapage pour les cours manqués. Ils peuvent également faire preuve de flexibilité en ce qui concerne les dates limites des devoirs, la présence en classe et les exigences des tests.

« On a des profs qui sont très compréhensifs du coup, ils nous aident ils nous envoient des cours si on a des questions, on peut leur poser enfin, c'est vraiment bien. Par exemple, si jamais il y a des partiels que je peux pas passer sur les dates qui sont fixées soit ils me les font faire avant ou soit je peux les faire à distance donc ça, c'est vraiment top. Aussi, pour les rendus, enfin, j'ai la possibilité d'avoir un peu plus de temps que les autres quand on a des devoirs à rendre donc ça, c'est bien aussi. » (Nadège/ F/ 21 ans/ M1 Histoire/ Aviron)

Le témoignage de Nadège illustre le concept d'inclusion sociale et de flexibilité, tel que conceptualisé par Tom Shakespeare, en effet, elle met en lumière la manière dont les établissements d'enseignement peuvent se montrer flexibles. Cette approche est en accord avec les idées de Shakespeare, qui défend l'idée de structures plus adaptatives et inclusives dans tous les domaines de la société, y compris dans le domaine des études (Shakespeare, 2013).

« Je dirais qu'ils s'en foutent, mais qui nous perçoivent comme des élèves plus normaux pas forcément des fois c'est un peu relou quand les profs, ils veulent pas, ils veulent pas forcément enfin, c'est pas qu'ils veulent pas nous aider, mais que en tout cas ils sont un peu moins compréhensifs ouais voilà » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation 2ème année/ Aviron)

Dans le cas de Noé, il semble exister un désaccord entre certains professeurs et les étudiants en ce qui concerne l'assistance et la compréhension. Les professeurs peuvent être influencés par des intérêts ou des motivations qui peuvent les rendre moins enclins à aider les étudiants, ce qui crée un conflit perçu par Noé. Le champ sportif et le milieu académique sont deux sphères distinctes, chacune avec ses propres normes, valeurs et anticipations. Pour Noé, on observe une sorte de « conflit de champ », où les obligations et les standards du milieu sportif (séances d'entraînement, compétitions, etc.) se heurtent aux attentes du contexte académique (présence en cours, travail universitaire, etc.) (Bourdieu, 1977). Ainsi, il existe deux types de professeurs : ceux qui font preuve de compréhension et ceux qui le sont moins. Les professeurs les plus compréhensifs sont ceux qui sont sensibles aux défis auxquels ces étudiants sont confrontés et

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qui leur fournissent une assistance supplémentaire pour leurs études. Ceux qui le sont moins, voire pas du tout, ne proposeront aucune aide spécifique à ces étudiants et les traiteront de la même manière que les autres étudiants. Il est possible que les professeurs de la faculté des sports soient mieux informés ou plus compréhensifs concernant le statut des étudiants sportifs de haut niveau que ceux de la faculté des lettres, par exemple.

« Je suis arrivée en STAPS là, c'était cool, tu es un peu vu comme une star quand tu es sportive de haut niveau et les profs sont super compréhensifs donc ça pose pas trop de problèmes pour les entraînements. [...] je suis parti à la fac de lettres pour faire de la psycho. Et là, l'organisation était pas du tout la même parce que ben, c'est pas que les profs sont moins compréhensifs, mais aussi, je pense qu'ils voient pas l'importance que ça a pour nous donc là c'était un peu plus compliqué. Après, on me laisse enfin, on me laissait faire ce que je voulais, c'est juste que peut-être pas pour récupérer les cours et tous, c'est vraiment, tu te débrouilles quoi » (Lola! F! 26 ans! Master de psycho obtenu! 400m)

« En STAPS, ils sont tous super arrangeants et une fois que c'est comme ça. Et puis même, faire l'année complète d'un coup ouais, c'est possible, mais je n'aurai pas validé toutes les matières. » (Clémentine! F! 19 ans! L1 STAPS! Natation)

Les témoignages mettent en évidence les disparités dans l'accès aux ressources et au soutien entre différents domaines universitaires. Lola souligne que les professeurs en STAPS font preuve de compréhension et d'adaptabilité, ce qui facilite la conciliation entre les entraînements sportifs et les études. En revanche, dans le domaine de la psycho, Lola remarque un manque d'organisation adaptée et une moindre prise en compte des contraintes des étudiants par les professeurs. La réalité sociale est construite par les interactions symboliques entre les individus, en accordant une attention particulière aux significations symboliques attachées aux comportements (Mead, 1934). Les professeurs ont tendance à ajuster leur comportement en fonction des attentes et des rôles sociaux qui sont associés à chaque domaine d'études. Ces observations peuvent être liées aux inégalités de ressources et d'attention accordées aux différents domaines d'études. Dans l'ensemble, à la faculté de sport par exemple, les professeurs sont coopératifs avec les étudiants sportifs de haut niveau, à quelques exceptions près.

« Alors, il y a des profs, je leur demande de l'aide, ils ne sont pas réceptifs, ils ne me réexpliquent pas les consignes, le cours et tous... c'est chiant parce que c'est des parties de travaux, c'est compliqué, mais ils sont pas tous comme ça donc c'est des exceptions.

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Il y en a qui sont très bien, mais les profs comme ça c'est des exceptions. » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/ Handball)

Dans le témoignage d'Abdel, il mentionne des professeurs qui sont « très bien », ce qui indique qu'ils lui offrent une reconnaissance et un soutien appropriés. La théorie de la reconnaissance sociale examine l'importance de la reconnaissance sociale dans le développement de l'estime de soi et de l'identité des individus (Honneth, 1992). Cependant, il perçoit ces professeurs comme des exceptions, suggérant ainsi un manque général de reconnaissance et de soutien de la part d'autres professeurs. Cette observation met en évidence le besoin fondamental d'être reconnu et soutenu dans un contexte académique, et suggère que l'expérience d'Abdel peut être marquée par un manque de reconnaissance sociale plus répandu parmi les professeurs. Pour être sûre d'éviter les malentendus avec les professeurs, les étudiants sportifs peuvent maintenir une communication ouverte et continue afin d'identifier et à résoudre les problèmes avant qu'ils ne deviennent des obstacles majeurs à la réussite académique ou sportive.

« En fait, c'est une relation assez particulière en fait parce que déjà il faut leur expliquer, on va forcément, tu passes beaucoup de temps à échanger avec par mail leur expliquer pourquoi est-ce que tu es absenté pour le cours. Mais après en fait c'est une relation assez privilégiée en fait parce que bah, j'ai certains profs avec qui j'ai énormément sympathisé du coup ils envoyaient des messages pour savoir les résultats de ma compet parce que j'étais en compète forcément. » (Henri/ M/ 22 ans/ Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)

Dans le témoignage d'Henri, il décrit une relation privilégiée qu'il a développée avec certains professeurs, où ils échangent des messages pour suivre les résultats de ses compétitions. Cette relation témoigne des liens forts et des réseaux sociaux qui se forment entre les individus au sein d'une communauté ou d'une institution. Elle met en évidence l'importance des interactions sociales et des connexions personnelles dans la création de relations spéciales et dans l'établissement de soutien mutuel au sein d'un contexte académique. En effet, « La distance pédagogique entre professeurs et étudiants, l'anonymat face à la masse d'étudiants dans les amphithéâtres, l'absence de cadrage pour le travail à effectuer, s'opposent, malgré les dispositifs d'accompagnement mis en place, à la relation de proximité entretenue avec les enseignants du lycée, aux différentes formes de soutien et d'aides aux devoirs, et ce d'autant que les sportifs ont dans certains cas vécu des situations de scolarité exceptionnelles au bénéfice de leur statut. » (Papin, Viaud, 2018) leur statut d'ESHN place une distance avec les professeurs, qui peut être atténuer par certains moyens. En résumé, une collaboration efficace

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entre les enseignants et les étudiants sportifs de haut niveau peut contribuer à concilier le plan sportif académique et le plan sportif plus facilement. Les étudiants sportifs de haut niveau ont souvent besoin du soutien et de la coopération de leurs camarades pour réussir à la fois sur le terrain et en classe. La pratique sportive de haut niveau demande un investissement considérable en termes de temps et d'énergie, ce qui peut parfois entrer en conflit avec les responsabilités académiques.

En outre, les étudiants sportifs de haut niveau peuvent susciter la curiosité de leurs camarades de classe.

« J'ai du mal avec les gens qui sont dans la classe et qui pose plein de question. [sur son statut d'ESHN]» (Alphonse/ M/ 21 ans/ M1 STAPS/ Football)

« On est vu comme des glandeurs. f...] Les étudiants ils sont plus en mode : « à lui, c'est un sportif de haut niveau. ! » » (Akim/ M/ 24 ans/ L2 STAPS/ 100m 200m 400m)

Alphonse ressent de l'inconfort vis-à-vis des étudiants de sa classe qui posent beaucoup de questions, ce qui rend difficile son intégration dans cet environnement. Cela peut être lié à son désir de reconnaissance sociale et à son besoin d'être perçu comme compétent et compétitif, malgré son statut d'étudiant sportif de haut niveau. Il cherche peut-être à prouver sa valeur et à être reconnu pour ses performances sportives, ce qui peut influencer ses interactions avec ses camarades. De son côté, Akim constate que les autres étudiants ont une vision stéréotypée des sportifs de haut niveau, les considérant souvent comme des « glandeurs » qui ne s'investissent pas suffisamment dans leurs études. Il souligne ainsi le besoin de reconnaissance sociale ressenti par les sportifs de haut niveau. Cette perception répandue peut conduire à une sous-estimation ou à une dévalorisation des efforts et des réalisations des sportifs de haut niveau, ce qui peut affecter leur estime de soi et leur identité (Honneth, 1992). En effet, leur statut d'ESHN ne permet pas aux étudiants sportifs d'avoir accès à tous les cours, ils n'auront pas l'opportunité d'entretenir une vie sociale épanouissante au sein de leur promotion. Si ses horaires d'entrainements ne se chevauchent pas avec les heures de cours, l'étudiant aura l'occasion de fréquenter davantage ses camarades de classe et d'entretenir un bon esprit de groupe.

« C'est assez compliqué, parce qu'en fait au départ c'est je suis un peu le mec au départ tu passes un peu pour le mec qui vient jamais en cours, parce qu'il va forcément en cours c'est compliqué. » (Henri/ M/ 22 ans/ Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)

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« En licence, ouais ça se passe bien, mais en licence ça a été compliqué parce qu'en fait enfin j'avais je me suis pas fait forcément des amis parce qu'en fait vu que bah, il y a beaucoup plus de cours en master vraiment, j'allais au cours et je partais directement m'entraîner. » (Nadège/ F/ 21 ans/ M1 Histoire/ Aviron)

Dans le premier témoignage, Henri exprime les difficultés auxquelles il est confronté en tant qu'étudiant pratiquant le tir à l'arc. Il se sent perçu comme quelqu'un qui manque fréquemment les cours, ce qui peut nuire à sa réputation et à l'image qu'il renvoie aux autres. Cette perception peut être liée à son identité en tant que sportif, et à la tension qui existe entre ses obligations sportives et académiques. La manière dont il est perçu par l'entourage peut influencer sa propre perception. Henri et Nadège fournissent des témoignages qui peuvent être analysés à travers la théorie de l'identité sociale. Cette théorie examine l'influence de l'appartenance à des groupes sociaux sur la construction de l'identité individuelle (Tajfel & Turner, 1979). Dans le deuxième témoignage, Nadège évoque ses expériences pendant sa licence et son master. Elle explique qu'il lui a été difficile de se faire des amis en licence en raison de son emploi du temps chargé. Elle se sentait contrainte d'assister aux cours et de partir immédiatement s'entraîner, ce qui a pu limiter ses opportunités de socialisation avec ses camarades de classe. L'identité de sportive de haut niveau peut ainsi avoir un impact sur sa capacité à établir des liens sociaux dans le contexte universitaire. Ainsi, les étudiants sportifs peuvent se sentir exclus de leur promotion en raison de leurs engagements sportifs, mais les camarades peuvent les aider à s'intégrer dans la vie sociale de l'école. Donc, pour soutenir la réussite des étudiants sportifs de haut niveau, les camarades jouent un rôle décisif. Ils peuvent apporter leur aide aux étudiants sportifs pour combler les lacunes dans leurs cours causées par leurs compétitions ou leurs entraînements. En effet, cela peut impliquer le partage de notes, la révision conjointe ou l'assistance dans la compréhension des concepts difficiles. De la même manière que les professeurs, certains camarades de classe leur offrent de l'aide pour rattraper les cours, tandis que d'autres ne le font pas, voire ne sont même pas conscients de leur statut particulier.

« Les gens de ma classe le savent pas tous, par exemple, sûrement pas tous mais une bonne partie savent parce que du moment qu'il y a quelqu'un qui vient que la moitié des cours, ils comprennent vite f...] mais voilà peut-être que c'est eux ils vont être au courant, ils vont te le dire, mais c'est pas un sujet principal. » (Odilon/ M/ 19 ans/ IDMC - L3 MIASHS option MIAGE/ Escrime)

« Du coup, je dirais qu'il y a deux types de personnes il y a ceux qui comprennent un peu et ceux qui se rendent un peu moins compte f...] quand je suis amené à pas pouvoir

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suivre un cours et ils sont là pour le prendre à ma place pour me dire ce qu'on ce qui a à faire ou ce qu'on a fait et du coup en vrai, c'est cool, ils arrivent à m'aider quand j'ai besoin » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation 2ème année/ Aviron)

Les témoignages de Noé mettent en lumière des éléments clés de la théorie de l'étiquetage. Cette théorie sociologique explore comment les étiquettes et les stéréotypes sociaux peuvent avoir un impact sur la façon dont les individus sont perçus et traités dans la société (Becker, 1963). Dans le premier témoignage, certaines personnes de la classe ne sont pas au courant du statut particulier de l'individu, mais ceux qui remarquent ses absences répétées comprennent rapidement la raison derrière cela. Cela peut s'expliquer par le processus d'étiquetage, où les autres étudiants associent un sens à son comportement, des absences fréquentes, et en déduisent des conclusions sur sa situation spécifique (Becker, 1963). Dans le deuxième témoignage, Noé mentionne deux types de personnes présentes dans son environnement. Certains comprennent sa situation particulière et l'aident en lui fournissant des informations sur le contenu des cours manqués, cela suggère que ces personnes évitent les stéréotypes négatifs associés à ses absences et l'assistent pour surmonter les conséquences de celles-ci. Toutefois, Noé mentionne également qu'il y a d'autres personnes qui ne sont pas conscientes des défis spécifiques auxquels il fait face et qui peuvent manquer de compréhension ou d'attention à ses besoins. Par opposition, les camarades peuvent offrir un soutien émotionnel, en comprenant la pression à laquelle les étudiants sportifs sont soumis et en les aidant à gérer le stress. Ils peuvent aussi contribuer à créer un environnement d'apprentissage positif et inclusif.

« On évite d'en parler en fait, c'est vraiment de te focaliser sur les cours une fois que tu as aussi de changer un petit peu là en fait c'est parce que si je suis pas d'esprit si je commence quand je suis en cours à parler du sport et quand je suis au sport à parler de sport ça va commencer, ça va commencer, je vais commencer à péter un câble. » (Henri/ M/ 22 ans/ Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)

La théorie de la dissonance cognitive explique comment les individus réduisent l'inconfort psychologique causé par une contradiction entre leurs croyances et leurs comportements. (Festinger, 1957). Dans le cas d'Henri, il évite de parler de sport pendant les cours et de parler de cours pendant les entraînements. Cette stratégie peut être considérée comme une tentative de réduire la dissonance cognitive en évitant tout conflit ou tension entre ses rôles d'étudiant et de sportif. En maintenant des frontières claires entre ces deux domaines, il parvient à réduire le conflit mental et à se sentir plus à l'aise. Les camarades peuvent faire preuve d'empathie face aux défis rencontrés par les athlètes, tels que la fatigue physique et la pression pour équilibrer

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le sport et les études. Ils peuvent aider en partageant des notes de cours ou en collaborant sur des projets de groupe lorsque l'athlète étudiant est absent. La cohésion sociale peut également renforcer le sentiment d'appartenance à un groupe (Durkheim, 1895). Pour un étudiant athlète, s'identifier à un groupe de pairs vivant des expériences similaires peut améliorer le bien-être psychologique et aider à surmonter les défis. La cohésion sociale implique souvent le partage de valeurs communes (Durkheim, 1895).

« En master enfin, du coup vu qu'on est 20 on est quand même beaucoup moins et que les cours, je peux tous y assister vu qu'il y en a pas beaucoup enfin, on a quoi à 10 heures par semaine-là, j'ai enfin pu me faire des amis et tout et du coup il y a vraiment une bonne ambiance, c'est cool du coup. Je connaissais des gens, je sais que enfin ils étaient là pour m'envoyer les cours quoi » (Nadège/ F/ 21 ans/ M1 Histoire/ Aviron)

Nadège partage son expérience positive en master, où le groupe est de taille réduite et les heures de cours sont limitées. Cette situation a favorisé sa participation à tous les cours et a contribué à la création de liens sociaux solides et à une ambiance agréable au sein du groupe. Elle souligne également le soutien reçu de certaines personnes qui lui ont envoyé les cours, ce qui suggère une dynamique de solidarité et d'entraide entre les membres du groupe.

« Il y en a, ils me passent les cours, t'en a d'autres, ils me disent vas chier. Ils me disent

aussi comment tu fais pour faire ça ? » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/ Handball)

Abdel partage une expérience différente en tant qu'étudiant de première année en STAPS. Il fait remarquer qu'il a peu de connaissances sur ses camarades de classe et qu'il n'assiste pas régulièrement aux cours magistraux. Il mentionne également des réactions diverses de la part de certains de ses camarades, certains lui fournissant les cours tandis que d'autres adoptent une attitude négative. Cela correspond aux recherches menées par Gaston-Gayles (2005), qui examine comment les athlètes étudiants sont souvent perçus de manière différente par leurs pairs, les attitudes à leur égard peuvent varier entre admiration, envie et ressentiment. Cette perception mixte peut créer un environnement social complexe pour les athlètes étudiants.

En conclusion, les établissements d'enseignement encouragent une culture de soutien et de respect réciproque parmi tous les étudiants pour faciliter cette collaboration. Cependant, certaines facultés sont plus conciliantes que d'autres. En effet, certains enseignants comprennent que ces étudiants ont des responsabilités sportives qui peuvent parfois entrer en conflit avec leur emploi du temps scolaire et d'autres, non. Il existe une disparité dans la manière dont les professeurs réagissent aux contraintes liées à la pratique sportive de haut niveau.

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Certains professeurs font preuve de compréhension et de souplesse, tandis que d'autres sont moins réceptifs ou compréhensifs envers ces contraintes. En effet, si l'étudiant ne le mentionne pas à ses professeurs, il est possible que ces derniers ne soient pas au courant tout au long de l'année. Du coté des camarades de classe, certains démontrent de la compréhension et de l'adaptabilité face aux contraintes et exigences liées à la pratique sportive de haut niveau des ESHN. En revanche, d'autres camarades de classe peuvent manquer de sensibilité à leurs besoins et ne pas prendre en considération les contraintes et défis auxquels ils sont confrontés. Cette attitude peut se traduire par un manque d'assistance ou de soutien, voire par des réactions négatives ou hostiles envers les ESHN.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984