Partie III - Un soutien inégal des pairs pour les
ESHN
Les étudiants sportifs de haut niveau sont
confrontés à des défis spécifiques pour
équilibrer leurs engagements sportifs et académiques. Le soutien
de leurs pairs peut jouer un rôle primordial, mais il peut varier
considérablement. Nous cherchons à comprendre les dynamiques du
soutien entre pairs et identifier les défis auxquels sont
confrontés les ESHN. Pour les aider dans cette entreprise, les ESHN ont
souvent besoin d'un soutien adéquat de la part de différents
acteurs, tels que les entraîneurs, les kinésithérapeutes,
les préparateurs physiques et les psychologues sportifs. Aussi, les
établissements d'enseignement ont l'occasion aussi prendre part en
proposant des programmes sur mesure pour répondre aux exigences
particulières des étudiants athlètes d'élite. Nous
aborderons la question du soutien aux étudiants sportifs de haut niveau
en examinant les différentes formes de soutien offertes par les
professeurs et les camarades de classe. Nous nous pencherons également
sur les conséquences de cette disparité de soutien sur
l'expérience globale des ESHN. En mettant en évidence cette
inégalité de soutien, nous pourrons approfondir notre
compréhension des défis auxquels les ESHN sont confrontés
et envisager des mesures potentielles pour améliorer leur situation.
1. Dans le champ sportif, des acteurs multiples qui
n'exercent pas la même influence
Un réseau social fort et cohésif peut apporter
un appui significatif à un étudiant sportif. Les camarades
peuvent offrir du soutien émotionnel, des recommandations et de l'aide
pour gérer l'équilibre délicat entre les obligations
sportives et académiques. Nous avons, dans un premier temps,
identifié les entraineurs ; ce sont eux qui ont la plus grande influence
sur les athlètes de haut niveau. Ils ont la responsabilité de
développer les compétences.
« Il t'apporte ses compétences sur le saut en
hauteur, je pense pas qu'il m'a appris énormément de choses mais
je suis hyper reconnaissante quand même pas parce qu'il a fait, en fait,
finalement ouais, il s'est beaucoup investi. » (Laurie/ F/ 21 ans/
IAE School of Management 2ème année /Saut en
hauteur)
Les individus et les collectifs bénéficient de
la reconnaissance sociale, de l'appréciation et de l'estime de la part
d'autrui (Honneth, 1992). Laurie exprime sa gratitude envers l'engagement et
les efforts de son coach, ce qui en soi est une manifestation de reconnaissance
sociale. Elle valorise l'investissement que son coach a consacré
à son rôle. Par ailleurs, même si Laurie n'a pas
constaté d'amélioration significative dans sa technique de saut
en hauteur, le simple fait d'avoir une personne pour la soutenir et
l'encourager a probablement eu une influence bénéfique sur sa
motivation et son implication dans le sport. Cette forme de soutien
représente un autre
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aspect de la reconnaissance sociale, qui peut être aussi
important que le perfectionnement des compétences techniques. De plus,
les entraîneurs sont chargés de favoriser plusieurs aspects chez
les sportifs. En effet, « Les compétences sont assez
différentes : d'un côté des qualités sportives
objectivées par un palmarès et les résultats obtenus en
tant qu'athlète, de l'autre des qualités pédagogiques et
des résultats en tant qu'entraîneur de club. Il semble bien qu'il
y a une domination de la filière haut niveau en nombre et en
légitimité. » (Lemieux, C., Mignon et al.,2006), les
entraîneurs sont dotés en compétences pédagogiques
et sportives, ils transmettent ainsi leurs savoirs à leurs
athlètes.
« Donc je m'entraîne avec lui, il a 30 ans donc
c'est vraiment une relation, très très proche de par le partage
de parce qu'il a besoin de connaître aussi pas mal de choses sur moi, vu
que ça a pas mal d'impact après sur la pratique sportive et ouais
vraiment aujourd'hui c'est une personne très essentielle dans ma vie.
» (Laurie! F! 21 ans! IAE School of Management 2ème
année !Saut en hauteur)
La performance ne dépend pas uniquement des
compétences techniques du coach, mais aussi de la relation entre
l'entraîneur et les entraînés. Il est donc important
d'encourager la transmission de ce savoir-faire spécifique, qui n'est
pas purement technique mais est lié à des compétences
relationnelles (Lemieux, C., Mignon et al.,2006). Donc, ils ont l'occasion de
construire une relation étroite et basée sur la confiance pour
optimiser les performances.
« Après mon entraîneur maintenant
ça se passe trop bien, tu vois, c'est une vraie relation, c'est une
vraie relation, ça va pas que dans un sens où il me dit, tu fais
ça, ça se limite pas juste à l'entraînement. C'est
vraiment, tu as un accompagnement sur tous les trucs genre, il est au courant
de tout, tu vois si je commence à travailler, il est obligé
d'être au courant parce qu'il doit adapter aussi par rapport à la
fatigue et tout, enfin, on se parle vraiment ouvertement. » (Lola! F!
26 ans! Master de psycho obtenu! 400m)
La déclaration de Lola met en lumière le fait
qu'une relation d'entraînement fructueuse ne se borne pas à un
simple transfert de connaissances techniques. Elle implique également
une communication transparente et un accompagnement dans divers domaines de la
vie de l'athlète. Lola met en évidence la prise en compte par son
entraîneur de tous les éléments de sa vie, y compris son
travail, et comment ces éléments influencent ses routines
d'entraînement. Ceci souligne une approche globale de
l'entraînement.
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« C'est un ancien athlète aussi au niveau en
marche participé deux fois aux JO enfin tous les championnats du monde
et tout ça donc voilà déjà. Je vois plus mon coach
que mes propres parents donc à un moment, je pense que c'est primordial
d'avoir une bonne relation saine et de confiance et motivant, mais aussi
comment dire c'est quelqu'un avec qui on construit un projet alors plus.
» (Paula/ F/ 21 ans/ IUT - DUT GEA 2ème
année/ Marche athlétique)
Paula voit en son entraîneur non seulement un mentor et
un support technique, mais également un partenaire dans
l'élaboration de son parcours athlétique. Cette
déclaration renforce les découvertes de Lemieux, C., Mignon et
al. (2006) concernant l'importance vitale d'une relation d'entraînement
solide et constructive. Cela met en lumière les divers rôles qu'un
entraîneur peut endosser, notamment en tant que guide, conseiller, source
de motivation et collaborateur. Elle souligne également que la
réussite en athlétisme ne se résume pas à la
vitesse de course de l'athlète ou à son endurance exceptionnelle.
Elle est aussi déterminée par la qualité de la relation
entretenue avec l'entraîneur. Ce dernier peut aider à optimiser le
potentiel de l'athlète, en prenant en compte ses besoins
spécifiques et en instaurant un environnement d'entraînement
positif et stimulant.
Au contraire, lorsque la relation entre l'entraîneur et
l'athlète est compromise, cela peut se manifester par une
détérioration de l'état mental et une envie de renoncer,
c'est dans ce contexte que l'intervention des psychologues et des
préparateurs mentaux devient primordiale.
« Le deuxième, il a un peu plus de mal
à me comprendre, il est très stricte dans la façon
d'entraîner. En fait, ça passe très, très bien, mais
dès que je suis en dehors de l'eau, si ça passe pas bien, il a
tendance à critiquer, à essayer de me piquer en fait pour faire
réagir et je suis très sensible. Donc du coup si on pique, je
réagis très mal derrière, on comprend pas certains choix
que je fais, c'est compliqué. f...] Le psychologue ou le
préparateur mental maintenant, cette année, ça m'a
beaucoup aidé parce que avec qui ça se passe très bien
cette année. Parce que, je pense que j'aurais pas réussi toute
seule, avec l'entraîneur avec qui ça va pas, ça serait pas
passé, je suis sorti plusieurs fois, je voulais me barrer. »
(Clémentine/ F/ 19 ans/ L1 STAPS/ Natation)
L'expérience de Clémentine avance une
idée nouvelle entre un entraîneur et son athlète. Elle
exprime ses difficultés avec un entraîneur rigide qui semble ne
pas comprendre ses principes. D'après Lemieux, C., Mignon et al. (2006),
l'interaction entre un entraîneur et son athlète est un
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facteur presque indispensable pour la performance. Pour
Clémentine, une relation d'entraînement défavorable a eu
des conséquences sur sa motivation et son engagement. Cela souligne
l'importance pour l'entraîneur de comprendre et de répondre aux
besoins spécifiques de chaque athlète.
En effet, pour permettre un équilibre, les
entraîneurs peuvent saisir les défis de temps et d'énergie
dépensé auxquels son athlète étudiant est
confronté. Cela peut nécessiter de moduler les horaires
d'entraînement, d'octroyer des pauses durant les périodes d'examen
ou de chercher d'autres solutions pour aider l'athlète à jongler
entre le sport et les études.
« Le projet, c'est lui qui me prépare tous mes
plans et je lui fais confiance à 100%, mais je sais qu'il me faut aussi
confiance à 100% donc j'ai mon coach et il fait tous mes plans il me
suit sur les entraînements enfin pas tous mais la plupart »
(Paula/ F/ 21 ans/ IUT - DUT GEA 2ème année/ Marche
athlétique)
« Du coup bah en fait chaque semaine, j'envoie mon
planning de cours à mon coach et en fait du coup mon coach à ce
moment-là lui, il va regarder dans les trous quand je n'ai pas cours. Il
va mettre des entraînements à ce moment-là et puis bah si
par exemple il y a un petit trou de deux heures par une mettre dans ces deux
heures-là, tu vas courir où tu fais une muscu ou tu fais un truc
comme ça et lui, il adapte dans ses fonctions là. »
(Henri/ M/ 22 ans/ Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à
l'arc)
Dans ce contexte, l'entraîneur est perçu comme
une figure de direction qui formule et ajuste les plans d'entraînement en
tenant compte des disponibilités de l'athlète. La théorie
du rôle social postule que les individus endossent différents
rôles en fonction des différents environnements sociaux dans
lesquels ils évoluent, chaque rôle étant associé
à des attentes spécifiques (Merton, 1957). Cela illustre
l'anticipation que l'entraîneur est là pour orienter et organiser
la préparation de l'athlète. Parallèlement, Paula et Henri
jouent le rôle d'athlètes, qui implique de respecter les plans et
les instructions de leur entraîneur. Henri explique comment son
entraîneur module ses sessions d'entraînement en tenant compte de
son emploi du temps académique, ce qui illustre l'importance de la
flexibilité dans le rôle d'un entraîneur. Lemieux, C.,
Mignon et al. (2006) indiquent que l'entraîneur doit appréhender
les besoins individuels mais également être capable d'ajuster les
entraînements selon les contraintes. Pour récapituler, ces
témoignages révèlent qu'un entraîneur pour obtenir
des résultats satisfaisants, doit au-delà de posséder une
expertise technique, être en mesure d'établir une relation de
confiance avec son athlète, de saisir ses besoins particuliers et
d'ajuster l'entraînement en conséquence.
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Par ailleurs, la tension liée à
l'équilibre entre les études et le sport de haut niveau peut
générer du stress. Un entraîneur peut offrir un
accompagnement à son athlète dans la gestion des émotions
et le maintien de la motivation.
« Et du coup, ça m'aide beaucoup parce que je
suis bien accompagnée et j'ai souvent besoin de me confier. En fait, je
suis une sportive qui a besoin d'être suivi, même en dehors de son
sport en fait. » (Clémentine/ F/ 19 ans/ L1 STAPS/
Natation)
« Il m'a fait signer mon 1er contrat professionnel,
il me fait confiance tout ça et non, ils m'aident à progresser
sur le plan individuel, mental, physique, parce que ce qui compte c'est surtout
le mental surtout à mon âge. » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1
STAPS/ Handball)
Clémentine, par exemple, reconnaît que son
entraîneur l'a aidé dans le sport et aussi dans sa gestion des
émotions. La théorie de l'interactionnisme symbolique propose que
les individus agissent en fonction des significations qu'ils attribuent aux
choses, qui sont façonnées par leurs interactions sociales et
adaptées par leur interprétation personnelle (Mead, 1934).
D'autre part, Abdel met en avant le rôle capital de son entraîneur
dans sa progression sur plusieurs aspects : individuels, physiques et mentaux.
En soulignant particulièrement l'importance du soutien mental, il
indique qu'il valorise cette dimension dans son entraînement.
L'engagement de l'entraîneur dans différents domaines de la vie de
l'athlète peut contribuer à renforcer le lien de confiance entre
eux. C'est une notion soutenue par Lemieux, C., Mignon et al. (2006), qui
insistent sur le rôle central de la confiance dans la dynamique
entraîneur-athlète. Les entraîneurs sont donc amenés
à adopter une approche où ils peuvent prendre part des besoins
émotionnels et psychologiques, afin d'optimiser les performances.
Dans le cadre des sports d'équipe, la fonction d'un
entraîneur adjoint est déterminante pour aider les
athlètes. En effet, l'unité sociale est d'une grande
utilité. Une équipe soudée, dotée d'un fort esprit
de camaraderie, peut améliorer la performance sportive et aider les
membres à surmonter les obstacles personnels.
« Après aussi, on a un entraineur adjoint, il
épaule le coach, à l'entraînement par exemple, il fait les
échauffements, les travails techniques avant, c'est un relais de
situation de jeu, c'est lui qui prend voilà il nous chauffe, il nous
échauffe après la prépa physique. Et c'est un, il a aussi
un rôle de de relais qui est vraiment, il y a un truc qu'on ose pas dire
au coach ou quelque chose en dehors du foot, on peut aller le voir lui. »
(Alphonse/ M/ 21 ans/ M1 STAPS/ Football)
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« Pour nous pousser pour donner un peu
d'énergie à l'équipe il est là à
l'entraînement pendant les matchs. » (Danilo/ M/ 24 ans/ L3
STAPS/ Basket)
L'importance de l'assistant entraîneur comme l'ont
décrite Alphonse et Danilo s'harmonise avec les recherches menées
par Cushion et Jones (2006). Ces chercheurs ont examiné la
manière dont les adjoints de l'entraîneur servent souvent de lien
entre l'entraîneur principal et les joueurs, aidant à faciliter la
communication et à soutenir le développement des joueurs. De
plus, ils contribuent à la motivation de l'équipe et à
l'amélioration de l'ambiance de groupe durant les entraînements et
les matchs. En effet, cela souligne les attentes associées au rôle
de l'entraîneur adjoint, qui comprend l'encouragement et la motivation de
l'équipe, en plus de ses fonctions d'entraînement technique. En
outre, dans certains sports individuels, ils ont la possibilité d'avoir
plusieurs entraineurs à leur disposition, l'entraineur de club et
l'entraineur du pôle par exemple.
« Au pôle, il y a trois coachs f...] donc,
c'est tous les tous les trois des cadres fédéraux et ils sont du
coup, ce sont eux qui organisent le pôle Sébastien, c'est le
gérant du pôle. Et au niveau du club, c'est Will un
bénévole, qui me suit deux fois par semaine en plus parce que
j'aime bien avoir d'autres retours. » (Nadège/ F/ 21 ans/ M1
Histoire/ Aviron)
Le club sportif de cette étudiante se compose de divers
rôles qui contribuent à réaliser des buts précis.
Les organisations sont composées de différents rôles qui
sont structurés de manière à atteindre des objectifs bien
précis (Durkheim, 1895). Sébastien, en tant que manager du
pôle, a la charge de coordonner l'organisation globale et les autres
entraîneurs. Ces derniers, des cadres fédéraux, se
concentrent sans doute sur le développement technique et sportif des
athlètes. Par ailleurs, Nadège sollicite également un
bénévole du club, Will, pour un entraînement additionnel.
Cette démarche peut être interprétée comme une
façon de varier les sources de retours et d'appuis, une stratégie
habituelle pour optimiser les performances et le développement
individuel. Ainsi, en collaborant étroitement avec leurs athlètes
étudiants, les entraîneurs peuvent les soutenir dans la recherche
d'un équilibre entre leurs obligations sportives et académiques.
Selon Lemieux, C., Mignon et al. (2006), cela souligne l'importance d'avoir une
variété de perspectives et d'approches en matière
d'entraînement. Les différents entraîneurs peuvent offrir
des conseils et des stratégies variés, ce qui peut être
bénéfique pour l'athlète.
Dans la même lignée, les
kinésithérapeutes ont pour objectif la prévention et la
réhabilitation des blessures. Ils peuvent aider les athlètes
à augmenter leur mobilité et leur force, à atténuer
la douleur et à accélérer la guérison après
une blessure. Suite à une blessure, un kiné aidera
67
l'athlète étudiant à retrouver sa force,
sa flexibilité et sa fonction normale. Cela peut comprendre des
exercices de renforcement, d'étirement et de coordination.
« Après il y a pas de bon moment pour se
blesser forcément, mais c'est vrai que c'est un peu chiant puis
c'était l'approche des compétitions juste après la fin de
la période hivernale. Donc il y a des disques dans le dos en gros et il
commençait à, il commençait à être en mauvais
état et du coup, il a fallu faire de la réathlétisation,
un renforcement tout ça pour aller voir le kiné du coup du CREPS.
Ouais, c'était aussi beaucoup de rendez-vous médicaux du coup
ça, ça aide pas non plus à remonter le moral du coup.
» (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation
2ème année/ Aviron)
« Et aussi ce qui vient avec nous c'est que pour la
préparation, un kiné, il a beaucoup de physio, on a même
une salle de cryothérapie. Et du coup, on fait ça souvent, bon,
du coup par la récupération des jambes etc. ça c'est
optimal pour nous et c'est très important, on va aussi les bains froids,
etc. » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/ Handball)
Noé perçoit les blessures comme des entraves
à son parcours sportif, ce qui génère chez lui un
sentiment de découragement. Il entreprend un processus de
réhabilitation avec le soutien d'un kinésithérapeute, un
rôle qui, dans ce contexte, revêt une importance
particulière pour lui. D'un autre côté, Abdel
considère les soins physiques, tels que la kinésithérapie
et la cryothérapie, comme des éléments cruciaux pour la
récupération et la performance sportive. Ces pratiques ont acquis
une importance symbolique pour lui, représentant une préparation
et une récupération optimales. En effet, chacun de ces individus
interprète et réagit à son environnement selon les
significations qu'il attribue à ces aspects, ce qui façonne leur
expérience respective (Mead, 1934). En prodiguant les premiers soins, le
kiné peut accélérer le retour du sportif à la
compétition, apportant ainsi une assurance mentale. En se concentrant
sur la flexibilité, la force, l'endurance, la coordination et la
technique, un kiné peut aider un athlète à optimiser ses
performances. Cela peut comprendre des techniques de massage, de
cryothérapie, de thérapie par ultrasons, ou d'autres
méthodes. Tous les athlètes de haut qui font partie du CREPS
bénéficient d'un kiné, alors que ceux qui évoluent
au sein d'un club n'ont pas tous la possibilité d'en avoir un. Certains
athlètes ont la possibilité de bénéficier d'un
kiné personnel ainsi que d'un kiné travaillant au sein d'une
organisation.
« On a une kiné aussi qui est présente
deux fois par semaine sur nos entraînements donc pendant les
séances elles nous prennent alors des fois ça va être la
kiné renforcement musculaire des choses comme ça enfin, on peut
faire chez le kiné les exos un peu chiant
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voilà. Sinon des fois en fonction des besoins
ça va plus être massage, manipulation et en parallèle. Je
suis un kiné qui est donc dans son cabinet et ça va plus
être du soin et électrodes, ultrasons, massages. »
(Laurie! F! 21 ans! IAE School of Management 2ème année !Saut en
hauteur)
« On a tellement été
dégoûté d'être blessé qu'on reprend encore
mieux donc du coup bah, tu vois des kinés en fait au CREPS, on peut les
voir tous les jours si on veut. » (Nadège! F! 21 ans! M1
Histoire! Aviron)
Dans l'expérience de Laurie, le rôle du
kinésithérapeute est considéré comme étant
double. D'une part, le kiné fournit des soins, mais d'autre part, il
supervise également des exercices de renforcement. Cette perception
donne au rôle du kinésithérapeute une dimension qui va
au-delà du simple soin et s'étend aux aspects plus exigeants de
l'entraînement. Pour Nadège, la blessure a laissé une
empreinte émotionnelle négative qui a ensuite alimenté sa
volonté de se rétablir. Dans cette situation, les
kinésithérapeutes du CREPS acquièrent une importance
particulière. Malcolm et Scott (2011), les professionnels de
santé jouent un rôle clé dans le domaine sportif, leur
conclusion souligne l'importance capitale des soins médicaux,
dispensés par ces professionnels, pour optimiser les performances des
athlètes tout en préservant leur santé et leur
bien-être général. Ils sont vus comme une ressource
essentielle pour le rétablissement et la prévention des
blessures, avec leur disponibilité quotidienne représentant une
source de soutien capital pour son processus de réhabilitation.
En outre, les préparateurs physiques ont pour but
d'améliorer la condition physique des athlètes. Ils sont souvent
responsables de l'échauffement lors des séances
d'entraînement et des compétitions ou bien de séances de
musculation.
« On a aussi un préparateur physique, qui
s'appelle Charles et qui vient deux fois par semaine pour encadrer nos
musculations. En fait eux, ils sont vraiment spécialisés dans
l'aviron, on a un préparateur physique qui est que pour la musculation.
» (Nadège! F! 21 ans! M1 Histoire! Aviron)
La présence de préparateurs physiques
spécialisés dans l'équipe d'aviron suggère une
tendance croissante vers la professionnalisation de ce sport. La
professionnalisation se manifeste par l'émergence de compétences
spécialisées et de normes professionnelles spécifiques
à un domaine donné. Il est possible que l'aviron soit en train de
se professionnaliser en développant des rôles
spécialisés tels que ceux des préparateurs physiques, dont
le but est d'améliorer les performances des athlètes. Cette
évolution témoigne de l'importance accordée à
l'optimisation
69
des capacités physiques et à l'adoption de
pratiques professionnelles dans le domaine de l'aviron.
De plus, les psychologues sportifs aident les athlètes
à gérer le stress et l'anxiété, à augmenter
leur assurance, à maintenir leur concentration, et à surmonter
les obstacles mentaux liés à la compétition de haut
niveau. Ils peuvent également contribuer à résoudre des
problèmes personnels ou académiques susceptibles d'impacter la
performance de l'athlète. Les étudiants athlètes de haut
niveau sont souvent confrontés à un stress intense, qu'il soit
dû aux attentes de performance sportive (compétitions) ou aux
exigences académiques (examens). Les psychologues peuvent leur apprendre
des techniques de gestion du stress et les soutenir face à la
pression.
« Je vois une psychologue, alors pas depuis le
début que je suis au CREPS, mais depuis ça, fait un an et demi et
je la vois en moyenne une fois par mois. On va dire et au début, je la
voyais parce que j'étais pas très bien. [...] C'était
retrouver l'équilibre entre le sport, la vie perso et la vie, enfin les
études quoi, et pas toujours enfin sur une saison sur une année.
Il y a des périodes où le sport va prendre plus de place que
d'autres, enfin après, il y a eu beaucoup de travail sur le lâcher
prise, le savoir, un peu prendre du recul. Et ne pas vouloir tout gérer
trop perfectionniste sur ce qui est propre à tout ce qu'on travaille par
rapport à moi, ça a été surtout ça quoi.
» (Paula! F! 21 ans! IUT - DUT GEA 2ème
année! Marche athlétique)
Paula souligne les difficultés qu'elle rencontre pour
concilier ses responsabilités en tant qu'athlète,
étudiante et individu dans sa vie privée. Cette situation incarne
le principe de la tension entre les rôles dans la théorie du
rôle social, où un individu peut ressentir du stress lorsqu'il a
des difficultés à répondre aux exigences de
différents rôles sociaux simultanément (Merton, 1957). De
plus, Paula mentionne son travail avec une psychologue sur des problèmes
comme le perfectionnisme et le besoin de se détacher, ce qui indique que
ces problèmes peuvent être intensifiés par la tension entre
les rôles qu'elle vit. Grâce à son travail avec la
psychologue, Paula a réussi à élaborer des
stratégies pour gérer efficacement ces défis et pour
maintenir un équilibre plus approprié entre ses divers
rôles. Les psychologues peuvent aussi aider à acquérir des
compétences en résolution de conflits. Avec des partenaires
d'équipe, des entraîneurs, des enseignants ou des collègues
de classe, à certains moments des conflits peuvent émerger. Des
aptitudes comme la concentration, la gestion des émotions, et la
préparation mentale avant, pendant et après la compétition
sont importantes pour les athlètes de haut niveau. Les psychologues
sportifs sont formés pour aider à développer ces
aptitudes.
70
« C'est quand j'ai appris que j'étais
sélectionné en équipe de France du coup, c'était un
peu pour préparer la compétition pour le stage tout ça,
c'était plus dans de la préparation mentale que dans, de la
psychologie pure et du coup c'est la seule fois où j'ai eu recours
à la psy, je suis, j'ai jamais utilisé. Que ce soit avant les
courses avant les entraînements avant des cycles d'entraînement
donc comment bien comment être finalement bien mentalement pour pouvoir
réagir le mieux face aux événements donc après
c'est enfin c'est un c'est propre à chacun, mais du coup ouais
c'était sur des petits conseils sur un peu de la méditation des
trucs comme ça quoi. » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique
de commercialisation 2ème année/ Aviron)
L'expérience de Noé avec une psychologue dans la
perspective d'une compétition et d'un stage peut être
perçue comme une tentative de renforcer sa confiance en lui et sa
capacité à réussir. Les découvertes de Lemieux, C.,
Mignon et al. (2006), insistent sur le fait que la préparation
psychologique joue un rôle clé dans l'entraînement sportif
et peut influencer de manière significative les performances d'un
athlète. Il ne suffit pas d'être prêt sur le plan physique,
il est tout aussi important d'être mentalement armé pour affronter
les défis, ces compétences psychologiques s'acquièrent sur
le long terme comme les compétences physiques. Il comprend l'importance
d'une préparation mentale adéquate pour être capable de
réagir de manière optimale dans différentes situations.
Pour ce faire, il fait appel à des techniques comme la méditation
et suit divers conseils pour améliorer sa confiance en soi et sa
préparation mentale pour les compétitions. Cela démontre
comment les convictions d'auto-efficacité peuvent influencer la
façon dont les individus gèrent des situations qui peuvent
être stressantes ou exigeantes (Bandura, 1977).
Enfin, il y a le préparateur mental. Son rôle est
assez similaire à celui du psychologue. Bien sûr, une grande
partie du travail d'un préparateur mental concerne la performance
sportive elle-même. Ils peuvent aider l'athlète à
élaborer des stratégies pour améliorer la concentration,
à renforcer la confiance en soi, à visualiser des performances
réussies, etc.
« Tout ce qui est gestion du stress et prise de recul
parce que je ne prends aucun recul dès que je suis frustrée, je
vois que de négatif du coup arriver à prendre du recul devant le
positif et à tirer le bon des mauvaises situations. Et j'ai voulu
prendre quelqu'un aussi qui était préparateur mental parce que
les compétitions, c'est vraiment un autre monde en natation, c'est
très, très malsain la concurrence est très malsaine en
fait du coup il faut arriver à gérer à se mettre dans sa
bulle. » (Clémentine/ F/ 19 ans/ L1 STAPS/ Natation)
71
La capacité à gérer le stress et à
maintenir une perspective détachée est vitale pour que les
sportifs maintiennent des performances élevées tout en veillant
à leur santé mentale. Ainsi, avoir le soutien d'un professionnel
de la préparation mentale peut aider les athlètes à mettre
en place des stratégies efficaces pour contrôler le stress et la
compétition, et à équilibrer l'intensité de la
compétition avec leur bien-être psychologique. D'après le
témoignage de Clémentine et en lien avec les travaux de Besombes,
Joncheray et al. (2016), l'aspect compétitif du sport peut
générer une pression intense et un environnement de
rivalité aiguë. Elle associe la compétition à des
émotions négatives et à une pression excessive. Il est
important de comprendre ici, que l'apport psychologique est avantageux pour les
athlètes qui sont au CREPS, car ils ont la possibilité de
consulter un spécialiste à n'importe quel moment.
En somme, différents acteurs interviennent dans la vie
des étudiants ESHN, tels que les entraîneurs, les
kinésithérapeutes, les préparateurs physiques et les
psychologues. Chacun de ces acteurs a un rôle spécifique pour le
sportif. Les entraîneurs planifient et supervisent l'entraînement
sportif, les kinésithérapeutes se concentrent sur la
rééducation et la prévention des blessures. Les
préparateurs physiques visent à améliorer les
capacités physiques, et les psychologues offrent un soutien sur le plan
mental et émotionnel. Ces acteurs peuvent avoir des influences variables
sur la vie académique des étudiants ESHN, certains étant
davantage impliqués dans les aspects sportifs, tandis que d'autres
fournissent un soutien spécifique sur le plan mental et
émotionnel. L'influence exercée par chaque acteur peut varier
selon le contexte dans lequel évolue l'ESHN. Par exemple, au sein d'un
pôle espoir ou d'un CREPS, les entraîneurs et les
kinésithérapeutes peuvent avoir un rôle
prépondérant dans la vie quotidienne de l'athlète en
raison de leur proximité et de leur engagement direct dans le programme
sportif. En revanche, dans un club sportif, l'influence des entraîneurs
et des autres acteurs peut différer en fonction des ressources
disponibles et de l'organisation du club. Chaque acteur a un rôle
spécifique à jouer dans le développement et la performance
de l'ESHN. Une coordination et une communication efficaces entre ces
différents acteurs sont cruciales pour soutenir au mieux
l'équilibre entre les engagements sportifs et académiques de
l'ESHN, en tenant compte de ses besoins spécifiques.
2. Dans le champ universitaire, des enseignants plus ou
moins conscients du statut d'ESHN et des camarades conciliants
Les ESHN bénéficient d'un statut particulier.
Ils doivent faire savoir au corps enseignant que leur temps est partagé
entre deux paramètres. Généralement, les responsables de
la formation sont les premiers informés de leur statut, puis les
enseignants reçoivent une liste des étudiants
72
ayant des régimes spécifiques. Néanmoins,
il n'est pas rare, comme nous l'explique cette étudiante, que les
individus concernés en informent personnellement chaque responsable de
formation, ou parfois même les enseignants à titre individuel :
« Je préviens le responsable de formation
généralement les deux années, je me suis entretenue avec
eux pour exposer un peu mon projet qui comprennent mes attentes et que moi, je
comprenne les leurs aussi, je pense que c'est important. Et de ce fait en
licence pas trop, mais en master, je sais que tous mes enseignants ont
été prévenus par le directeur de scolarité de mon
statut et voilà en laissant, je sais que c'était pas
forcément le cas, mais quand j'étais allé à manquer
les cours donc je préviens toujours mes enseignants par mail et donc je
précise que je suis sportive de haut niveau. » (Laurie/ F/ 21
ans/ IAE School of Management 2ème année /Saut en
hauteur)
« C'est un gars qui est là que pour ça,
et il s'appelle Paul Legrand et du coup, il s'occupe de, bah, de tous les
athlètes qui sont en CREPS et qui font des études. Et du coup
lui, il est là uniquement pour ça et il est en contact avec, je
pense avec enfin, en tout cas, en contact ici avec la responsable de formation
et lui ouais, il est là que pour ça donc début dès
qu'on a un souci ou une absence à gérer ou une
compétition. On a, on a juste à l'appeler et il s'occupait du
reste, il fait un peu le côté administratif dès qu'on a des
enfin des irrégularités ils s'en occupent. »
(Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation 2ème
année/ Aviron)
Lorsque Laurie communique avec les responsables de formation
et les enseignants, ils peuvent garantir l'inclusion en tant que sportive de
haut niveau dans son parcours éducatif. L'inclusion sociale se concentre
sur l'intégration des individus dans la société (Bourdieu,
1993). En établissant une communication ouverte, Laurie cherche à
établir une compréhension mutuelle avec ses enseignants
concernant ses attentes et ses contraintes liées à sa pratique
sportive. Cela est crucial pour elle afin de trouver un équilibre entre
ses obligations sportives et académiques, et ainsi garantir son
inclusion et son épanouissement dans son parcours éducatif.
L'implication de Paul Legrand dans la gestion administrative des
athlètes étudiants, comme dans le cas de Noé, met en
évidence le rôle essentiel des agents du CREPS dans le soutien aux
étudiants sportifs. Cette situation soulève la question centrale
du rôle joué par ces professionnels dans l'accompagnement des
athlètes étudiants et dans la gestion des multiples exigences
auxquelles ils font face (Harvey, 2005).
73
De plus, les enseignants peuvent accorder une certaine
flexibilité en ce qui concerne les délais des devoirs ou les
dates d'examen pour les étudiants absents en raison de
compétitions ou de tournois sportifs. Ils ont également la
possibilité d'organiser des séances de rattrapage pour les cours
manqués. Ils peuvent également faire preuve de flexibilité
en ce qui concerne les dates limites des devoirs, la présence en classe
et les exigences des tests.
« On a des profs qui sont très
compréhensifs du coup, ils nous aident ils nous envoient des cours si on
a des questions, on peut leur poser enfin, c'est vraiment bien. Par exemple, si
jamais il y a des partiels que je peux pas passer sur les dates qui sont
fixées soit ils me les font faire avant ou soit je peux les faire
à distance donc ça, c'est vraiment top. Aussi, pour les rendus,
enfin, j'ai la possibilité d'avoir un peu plus de temps que les autres
quand on a des devoirs à rendre donc ça, c'est bien aussi. »
(Nadège/ F/ 21 ans/ M1 Histoire/ Aviron)
Le témoignage de Nadège illustre le concept
d'inclusion sociale et de flexibilité, tel que conceptualisé par
Tom Shakespeare, en effet, elle met en lumière la manière dont
les établissements d'enseignement peuvent se montrer flexibles. Cette
approche est en accord avec les idées de Shakespeare, qui défend
l'idée de structures plus adaptatives et inclusives dans tous les
domaines de la société, y compris dans le domaine des
études (Shakespeare, 2013).
« Je dirais qu'ils s'en foutent, mais qui nous
perçoivent comme des élèves plus normaux pas
forcément des fois c'est un peu relou quand les profs, ils veulent pas,
ils veulent pas forcément enfin, c'est pas qu'ils veulent pas nous
aider, mais que en tout cas ils sont un peu moins compréhensifs ouais
voilà » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de
commercialisation 2ème année/ Aviron)
Dans le cas de Noé, il semble exister un
désaccord entre certains professeurs et les étudiants en ce qui
concerne l'assistance et la compréhension. Les professeurs peuvent
être influencés par des intérêts ou des motivations
qui peuvent les rendre moins enclins à aider les étudiants, ce
qui crée un conflit perçu par Noé. Le champ sportif et le
milieu académique sont deux sphères distinctes, chacune avec ses
propres normes, valeurs et anticipations. Pour Noé, on observe une sorte
de « conflit de champ », où les obligations et les standards
du milieu sportif (séances d'entraînement, compétitions,
etc.) se heurtent aux attentes du contexte académique (présence
en cours, travail universitaire, etc.) (Bourdieu, 1977). Ainsi, il existe deux
types de professeurs : ceux qui font preuve de compréhension et ceux qui
le sont moins. Les professeurs les plus compréhensifs sont ceux qui sont
sensibles aux défis auxquels ces étudiants sont confrontés
et
74
qui leur fournissent une assistance supplémentaire pour
leurs études. Ceux qui le sont moins, voire pas du tout, ne proposeront
aucune aide spécifique à ces étudiants et les traiteront
de la même manière que les autres étudiants. Il est
possible que les professeurs de la faculté des sports soient mieux
informés ou plus compréhensifs concernant le statut des
étudiants sportifs de haut niveau que ceux de la faculté des
lettres, par exemple.
« Je suis arrivée en STAPS là,
c'était cool, tu es un peu vu comme une star quand tu es sportive de
haut niveau et les profs sont super compréhensifs donc ça pose
pas trop de problèmes pour les entraînements. [...] je suis parti
à la fac de lettres pour faire de la psycho. Et là,
l'organisation était pas du tout la même parce que ben, c'est pas
que les profs sont moins compréhensifs, mais aussi, je pense qu'ils
voient pas l'importance que ça a pour nous donc là c'était
un peu plus compliqué. Après, on me laisse enfin, on me laissait
faire ce que je voulais, c'est juste que peut-être pas pour
récupérer les cours et tous, c'est vraiment, tu te
débrouilles quoi » (Lola! F! 26 ans! Master de psycho obtenu!
400m)
« En STAPS, ils sont tous super arrangeants et une
fois que c'est comme ça. Et puis même, faire l'année
complète d'un coup ouais, c'est possible, mais je n'aurai pas
validé toutes les matières. » (Clémentine! F! 19
ans! L1 STAPS! Natation)
Les témoignages mettent en évidence les
disparités dans l'accès aux ressources et au soutien entre
différents domaines universitaires. Lola souligne que les professeurs en
STAPS font preuve de compréhension et d'adaptabilité, ce qui
facilite la conciliation entre les entraînements sportifs et les
études. En revanche, dans le domaine de la psycho, Lola remarque un
manque d'organisation adaptée et une moindre prise en compte des
contraintes des étudiants par les professeurs. La réalité
sociale est construite par les interactions symboliques entre les individus, en
accordant une attention particulière aux significations symboliques
attachées aux comportements (Mead, 1934). Les professeurs ont tendance
à ajuster leur comportement en fonction des attentes et des rôles
sociaux qui sont associés à chaque domaine d'études. Ces
observations peuvent être liées aux inégalités de
ressources et d'attention accordées aux différents domaines
d'études. Dans l'ensemble, à la faculté de sport par
exemple, les professeurs sont coopératifs avec les étudiants
sportifs de haut niveau, à quelques exceptions près.
« Alors, il y a des profs, je leur demande de l'aide,
ils ne sont pas réceptifs, ils ne me réexpliquent pas les
consignes, le cours et tous... c'est chiant parce que c'est des parties de
travaux, c'est compliqué, mais ils sont pas tous comme ça donc
c'est des exceptions.
75
Il y en a qui sont très bien, mais les profs comme
ça c'est des exceptions. » (Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/
Handball)
Dans le témoignage d'Abdel, il mentionne des
professeurs qui sont « très bien », ce qui indique qu'ils lui
offrent une reconnaissance et un soutien appropriés. La théorie
de la reconnaissance sociale examine l'importance de la reconnaissance sociale
dans le développement de l'estime de soi et de l'identité des
individus (Honneth, 1992). Cependant, il perçoit ces professeurs comme
des exceptions, suggérant ainsi un manque général de
reconnaissance et de soutien de la part d'autres professeurs. Cette observation
met en évidence le besoin fondamental d'être reconnu et soutenu
dans un contexte académique, et suggère que l'expérience
d'Abdel peut être marquée par un manque de reconnaissance sociale
plus répandu parmi les professeurs. Pour être sûre
d'éviter les malentendus avec les professeurs, les étudiants
sportifs peuvent maintenir une communication ouverte et continue afin
d'identifier et à résoudre les problèmes avant qu'ils ne
deviennent des obstacles majeurs à la réussite académique
ou sportive.
« En fait, c'est une relation assez
particulière en fait parce que déjà il faut leur
expliquer, on va forcément, tu passes beaucoup de temps à
échanger avec par mail leur expliquer pourquoi est-ce que tu es
absenté pour le cours. Mais après en fait c'est une relation
assez privilégiée en fait parce que bah, j'ai certains profs avec
qui j'ai énormément sympathisé du coup ils envoyaient des
messages pour savoir les résultats de ma compet parce que j'étais
en compète forcément. » (Henri/ M/ 22 ans/
Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)
Dans le témoignage d'Henri, il décrit une
relation privilégiée qu'il a développée avec
certains professeurs, où ils échangent des messages pour suivre
les résultats de ses compétitions. Cette relation témoigne
des liens forts et des réseaux sociaux qui se forment entre les
individus au sein d'une communauté ou d'une institution. Elle met en
évidence l'importance des interactions sociales et des connexions
personnelles dans la création de relations spéciales et dans
l'établissement de soutien mutuel au sein d'un contexte
académique. En effet, « La distance pédagogique entre
professeurs et étudiants, l'anonymat face à la masse
d'étudiants dans les amphithéâtres, l'absence de cadrage
pour le travail à effectuer, s'opposent, malgré les dispositifs
d'accompagnement mis en place, à la relation de proximité
entretenue avec les enseignants du lycée, aux différentes formes
de soutien et d'aides aux devoirs, et ce d'autant que les sportifs ont dans
certains cas vécu des situations de scolarité exceptionnelles au
bénéfice de leur statut. » (Papin, Viaud, 2018) leur statut
d'ESHN place une distance avec les professeurs, qui peut être
atténuer par certains moyens. En résumé, une collaboration
efficace
76
entre les enseignants et les étudiants sportifs de haut
niveau peut contribuer à concilier le plan sportif académique et
le plan sportif plus facilement. Les étudiants sportifs de haut niveau
ont souvent besoin du soutien et de la coopération de leurs camarades
pour réussir à la fois sur le terrain et en classe. La pratique
sportive de haut niveau demande un investissement considérable en termes
de temps et d'énergie, ce qui peut parfois entrer en conflit avec les
responsabilités académiques.
En outre, les étudiants sportifs de haut niveau peuvent
susciter la curiosité de leurs camarades de classe.
« J'ai du mal avec les gens qui sont dans la classe
et qui pose plein de question. [sur son statut d'ESHN]»
(Alphonse/ M/ 21 ans/ M1 STAPS/ Football)
« On est vu comme des glandeurs. f...] Les
étudiants ils sont plus en mode : « à lui, c'est un sportif
de haut niveau. ! » » (Akim/ M/ 24 ans/ L2 STAPS/ 100m 200m
400m)
Alphonse ressent de l'inconfort vis-à-vis des
étudiants de sa classe qui posent beaucoup de questions, ce qui rend
difficile son intégration dans cet environnement. Cela peut être
lié à son désir de reconnaissance sociale et à son
besoin d'être perçu comme compétent et compétitif,
malgré son statut d'étudiant sportif de haut niveau. Il cherche
peut-être à prouver sa valeur et à être reconnu pour
ses performances sportives, ce qui peut influencer ses interactions avec ses
camarades. De son côté, Akim constate que les autres
étudiants ont une vision stéréotypée des sportifs
de haut niveau, les considérant souvent comme des « glandeurs
» qui ne s'investissent pas suffisamment dans leurs études. Il
souligne ainsi le besoin de reconnaissance sociale ressenti par les sportifs de
haut niveau. Cette perception répandue peut conduire à une
sous-estimation ou à une dévalorisation des efforts et des
réalisations des sportifs de haut niveau, ce qui peut affecter leur
estime de soi et leur identité (Honneth, 1992). En effet, leur statut
d'ESHN ne permet pas aux étudiants sportifs d'avoir accès
à tous les cours, ils n'auront pas l'opportunité d'entretenir une
vie sociale épanouissante au sein de leur promotion. Si ses horaires
d'entrainements ne se chevauchent pas avec les heures de cours,
l'étudiant aura l'occasion de fréquenter davantage ses camarades
de classe et d'entretenir un bon esprit de groupe.
« C'est assez compliqué, parce qu'en fait au
départ c'est je suis un peu le mec au départ tu passes un peu
pour le mec qui vient jamais en cours, parce qu'il va forcément en cours
c'est compliqué. » (Henri/ M/ 22 ans/ Faculté des
sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)
77
« En licence, ouais ça se passe bien, mais en
licence ça a été compliqué parce qu'en fait enfin
j'avais je me suis pas fait forcément des amis parce qu'en fait vu que
bah, il y a beaucoup plus de cours en master vraiment, j'allais au cours et je
partais directement m'entraîner. » (Nadège/ F/ 21 ans/
M1 Histoire/ Aviron)
Dans le premier témoignage, Henri exprime les
difficultés auxquelles il est confronté en tant
qu'étudiant pratiquant le tir à l'arc. Il se sent perçu
comme quelqu'un qui manque fréquemment les cours, ce qui peut nuire
à sa réputation et à l'image qu'il renvoie aux autres.
Cette perception peut être liée à son identité en
tant que sportif, et à la tension qui existe entre ses obligations
sportives et académiques. La manière dont il est perçu par
l'entourage peut influencer sa propre perception. Henri et Nadège
fournissent des témoignages qui peuvent être analysés
à travers la théorie de l'identité sociale. Cette
théorie examine l'influence de l'appartenance à des groupes
sociaux sur la construction de l'identité individuelle (Tajfel &
Turner, 1979). Dans le deuxième témoignage, Nadège
évoque ses expériences pendant sa licence et son master. Elle
explique qu'il lui a été difficile de se faire des amis en
licence en raison de son emploi du temps chargé. Elle se sentait
contrainte d'assister aux cours et de partir immédiatement
s'entraîner, ce qui a pu limiter ses opportunités de socialisation
avec ses camarades de classe. L'identité de sportive de haut niveau peut
ainsi avoir un impact sur sa capacité à établir des liens
sociaux dans le contexte universitaire. Ainsi, les étudiants sportifs
peuvent se sentir exclus de leur promotion en raison de leurs engagements
sportifs, mais les camarades peuvent les aider à s'intégrer dans
la vie sociale de l'école. Donc, pour soutenir la réussite des
étudiants sportifs de haut niveau, les camarades jouent un rôle
décisif. Ils peuvent apporter leur aide aux étudiants sportifs
pour combler les lacunes dans leurs cours causées par leurs
compétitions ou leurs entraînements. En effet, cela peut impliquer
le partage de notes, la révision conjointe ou l'assistance dans la
compréhension des concepts difficiles. De la même manière
que les professeurs, certains camarades de classe leur offrent de l'aide pour
rattraper les cours, tandis que d'autres ne le font pas, voire ne sont
même pas conscients de leur statut particulier.
« Les gens de ma classe le savent pas tous, par
exemple, sûrement pas tous mais une bonne partie savent parce que du
moment qu'il y a quelqu'un qui vient que la moitié des cours, ils
comprennent vite f...] mais voilà peut-être que c'est eux ils vont
être au courant, ils vont te le dire, mais c'est pas un sujet principal.
» (Odilon/ M/ 19 ans/ IDMC - L3 MIASHS option MIAGE/ Escrime)
« Du coup, je dirais qu'il y a deux types de
personnes il y a ceux qui comprennent un peu et ceux qui se rendent un peu
moins compte f...] quand je suis amené à pas pouvoir
78
suivre un cours et ils sont là pour le prendre
à ma place pour me dire ce qu'on ce qui a à faire ou ce qu'on a
fait et du coup en vrai, c'est cool, ils arrivent à m'aider quand j'ai
besoin » (Noé/ M/ 19 ans/ IUT - Technique de commercialisation
2ème année/ Aviron)
Les témoignages de Noé mettent en lumière
des éléments clés de la théorie de
l'étiquetage. Cette théorie sociologique explore comment les
étiquettes et les stéréotypes sociaux peuvent avoir un
impact sur la façon dont les individus sont perçus et
traités dans la société (Becker, 1963). Dans le premier
témoignage, certaines personnes de la classe ne sont pas au courant du
statut particulier de l'individu, mais ceux qui remarquent ses absences
répétées comprennent rapidement la raison derrière
cela. Cela peut s'expliquer par le processus d'étiquetage, où les
autres étudiants associent un sens à son comportement, des
absences fréquentes, et en déduisent des conclusions sur sa
situation spécifique (Becker, 1963). Dans le deuxième
témoignage, Noé mentionne deux types de personnes
présentes dans son environnement. Certains comprennent sa situation
particulière et l'aident en lui fournissant des informations sur le
contenu des cours manqués, cela suggère que ces personnes
évitent les stéréotypes négatifs associés
à ses absences et l'assistent pour surmonter les conséquences de
celles-ci. Toutefois, Noé mentionne également qu'il y a d'autres
personnes qui ne sont pas conscientes des défis spécifiques
auxquels il fait face et qui peuvent manquer de compréhension ou
d'attention à ses besoins. Par opposition, les camarades peuvent offrir
un soutien émotionnel, en comprenant la pression à laquelle les
étudiants sportifs sont soumis et en les aidant à gérer le
stress. Ils peuvent aussi contribuer à créer un environnement
d'apprentissage positif et inclusif.
« On évite d'en parler en fait, c'est vraiment
de te focaliser sur les cours une fois que tu as aussi de changer un petit peu
là en fait c'est parce que si je suis pas d'esprit si je commence quand
je suis en cours à parler du sport et quand je suis au sport à
parler de sport ça va commencer, ça va commencer, je vais
commencer à péter un câble. » (Henri/ M/ 22 ans/
Faculté des sciences - L2 Maths/ Tir à l'arc)
La théorie de la dissonance cognitive explique comment
les individus réduisent l'inconfort psychologique causé par une
contradiction entre leurs croyances et leurs comportements. (Festinger, 1957).
Dans le cas d'Henri, il évite de parler de sport pendant les cours et de
parler de cours pendant les entraînements. Cette stratégie peut
être considérée comme une tentative de réduire la
dissonance cognitive en évitant tout conflit ou tension entre ses
rôles d'étudiant et de sportif. En maintenant des
frontières claires entre ces deux domaines, il parvient à
réduire le conflit mental et à se sentir plus à l'aise.
Les camarades peuvent faire preuve d'empathie face aux défis
rencontrés par les athlètes, tels que la fatigue physique et la
pression pour équilibrer
79
le sport et les études. Ils peuvent aider en partageant
des notes de cours ou en collaborant sur des projets de groupe lorsque
l'athlète étudiant est absent. La cohésion sociale peut
également renforcer le sentiment d'appartenance à un groupe
(Durkheim, 1895). Pour un étudiant athlète, s'identifier à
un groupe de pairs vivant des expériences similaires peut
améliorer le bien-être psychologique et aider à surmonter
les défis. La cohésion sociale implique souvent le partage de
valeurs communes (Durkheim, 1895).
« En master enfin, du coup vu qu'on est 20 on est
quand même beaucoup moins et que les cours, je peux tous y assister vu
qu'il y en a pas beaucoup enfin, on a quoi à 10 heures par
semaine-là, j'ai enfin pu me faire des amis et tout et du coup il y a
vraiment une bonne ambiance, c'est cool du coup. Je connaissais des gens, je
sais que enfin ils étaient là pour m'envoyer les cours quoi
» (Nadège/ F/ 21 ans/ M1 Histoire/ Aviron)
Nadège partage son expérience positive en
master, où le groupe est de taille réduite et les heures de cours
sont limitées. Cette situation a favorisé sa participation
à tous les cours et a contribué à la création de
liens sociaux solides et à une ambiance agréable au sein du
groupe. Elle souligne également le soutien reçu de certaines
personnes qui lui ont envoyé les cours, ce qui suggère une
dynamique de solidarité et d'entraide entre les membres du groupe.
« Il y en a, ils me passent les cours, t'en a d'autres,
ils me disent vas chier. Ils me disent
aussi comment tu fais pour faire ça ? »
(Abdel/ M/ 19 ans/ L1 STAPS/ Handball)
Abdel partage une expérience différente en tant
qu'étudiant de première année en STAPS. Il fait remarquer
qu'il a peu de connaissances sur ses camarades de classe et qu'il n'assiste pas
régulièrement aux cours magistraux. Il mentionne également
des réactions diverses de la part de certains de ses camarades, certains
lui fournissant les cours tandis que d'autres adoptent une attitude
négative. Cela correspond aux recherches menées par Gaston-Gayles
(2005), qui examine comment les athlètes étudiants sont souvent
perçus de manière différente par leurs pairs, les
attitudes à leur égard peuvent varier entre admiration, envie et
ressentiment. Cette perception mixte peut créer un environnement social
complexe pour les athlètes étudiants.
En conclusion, les établissements d'enseignement
encouragent une culture de soutien et de respect réciproque parmi tous
les étudiants pour faciliter cette collaboration. Cependant, certaines
facultés sont plus conciliantes que d'autres. En effet, certains
enseignants comprennent que ces étudiants ont des responsabilités
sportives qui peuvent parfois entrer en conflit avec leur emploi du temps
scolaire et d'autres, non. Il existe une disparité dans la
manière dont les professeurs réagissent aux contraintes
liées à la pratique sportive de haut niveau.
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Certains professeurs font preuve de compréhension et de
souplesse, tandis que d'autres sont moins réceptifs ou
compréhensifs envers ces contraintes. En effet, si l'étudiant ne
le mentionne pas à ses professeurs, il est possible que ces derniers ne
soient pas au courant tout au long de l'année. Du coté des
camarades de classe, certains démontrent de la compréhension et
de l'adaptabilité face aux contraintes et exigences liées
à la pratique sportive de haut niveau des ESHN. En revanche, d'autres
camarades de classe peuvent manquer de sensibilité à leurs
besoins et ne pas prendre en considération les contraintes et
défis auxquels ils sont confrontés. Cette attitude peut se
traduire par un manque d'assistance ou de soutien, voire par des
réactions négatives ou hostiles envers les ESHN.
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