B. Rappel historique
1. L'histoire agricole espagnole et andalouse à
partir du 18ème siècle
a. Le 18éme siècle

Au début du 18éme siècle, l'Andalousie
est une région très riche, grâce à son agriculture
et au commerce portuaire. Séville et Cadiz sont les villes les plus
riches d'Espagne. Mais les écarts de richesse sont considérables,
la reconquête de l'Andalousie par les Chrétiens, et divers
processus de rachat, héritage et mariage a permis l'accaparement des
terres par les nobles et la famille du roi. L'agriculture est de type
latifundiste et est soumise au marché et aux investissements
étrangers et, seulement 1/9éme des terres sont
cultivées. De ce fait, la région ne suit pas la Révolution
Industrielle qui démarre en Catalogne et se retrouve en quelques
dizaines d'années parmi les régions les plus pauvres d'Espagne.
Les principales productions sont les céréales, la vigne,
l'olivier et l'élevage transhumant, exclusivité d'une «
caste » de pasteurs très puissante : la Mesta. Une
première Réforme Agraire est tentée par Charles III en
1768.
b. Le 19éme siècle et
la Desamortizacién
En 1794, Jovellanos écrit un rapport d'inspiration
smithienne qui prône l'accès à la propriété
privée par le plus grand nombre. Sur cette base, la Couronne espagnole
lance une politique de colonisation en Andalousie, en permettant à des
colons de s'installer sur des lots de 32 ha, en plus de terres de pâture
et de terres exploitables en arboriculture. Les colons viennent d'Allemagne et
de Hollande. La Réforme Agraire de la ilustraci6n est
engagée sur cinq principes : la libéralisation du commerce, la
répartition des terres municipales, la consolidation du cultivateur,
l'interdiction de sous-louer les terres et la limitation des
privilèges.
Par la suite, l'inquisition est abolie en 1820 et la
Mesta, qui était contre l'encloturement des terres, en 1836. La
Desamortizaci6n, qui consiste en la vente des terres de l'Eglise et
des terres municipales va permettre aux grands propriétaires nobles et
bourgeois de les racheter et de se forger de grands domaines. Il s'agit
véritablement d'une révolution bourgeoise dont les
bénéficiaires sont les spéculateurs, les bourgeois
(commerçants, fonctionnaires,...), les classes rurales moyennes en voie
d'« embourgeoisement », les nobles, quelques étrangers et
quelques représentants du clergé. La propriété se
concentre, et c'est à cette période que se constituent les
latifundios qui existent encore aujourd'hui, surtout en Andalousie
occidentale.
Le défrichement des terres de parcours porte
préjudice aux paysans les plus pauvres, les terres marginales sont mises
en culture sans succès et souvent abandonnées. Beaucoup de
contrats de location sont rompus ou la rente est augmentée. On assiste
alors à la naissance d'un prolétariat paysan qui perdurera
jusqu'au 20ème siècle, et à des mouvements et à des
revendications paysannes. La Desamortizaci6n absorbe les capitaux et
on fait alors appel aux investissements étrangers pour l'industrie,
toutefois l'industrie est insuffisante pour absorber la main d'oeuvre
paysanne.
c. Le début du 20éme
siècle
La structure sociale est pyramidale, dominées par les
latifundistes et propriétaires absentéistes. La première
guerre mondiale, à laquelle l'Espagne ne prend pas part, provoque une
hausse des prix et des exportations, notamment d'huile d'olive et relance la
production, mais elle provoque aussi une forte inflation, insoutenable pour les
salariés agricoles andalous. Des mouvements anarchistes et syndicalistes
de grande ampleur apparaissent.
A partir de 1920, Primo Rivera, soutenu par le Roi, installe
une dictature stabilisatrice. Il engage une politique keynésienne et
l'inflation diminue. Il abandonne le pouvoir en 1930, dans une situation de
crise économique et de trouble.
Des élections sont organisées, gagnées
par une coalition de gauche menées par Manuel Azaña, qui lance
une Réforme Agraire en 1932. Cette Réforme Agraire donne beaucoup
de pouvoirs aux syndicats paysans, qui encore aujourd'hui sont très
influents. Les latifundistes sont imposés très fortement et les
surfaces sont limitées en fonction du type de culture. En
réalité seulement quatre types de terres sont expropriables : les
terres héritées du système féodal, les terres mal
cultivées (trop extensives), les terres irrigables non irriguées
et les terres systématiquement louées. Sont exclues les terres
des grands propriétaires qui cultivent avec un système de faire
valoir direct, les forêts et terres de pâture qui n'ont jamais
été labourées, et les terres louées en
métayage. Les paysans occupent spontanément les terres, ce qui va
permettre une redistribution importante.
Mais la Réforme Agraire a été mal
ciblée, elle porte davantage préjudice aux moyennes exploitations
qu'aux latifundistes qui font des pressions sur le gouvernement et
résistent grâce aux mouvements nationalistes. La coalition se
divise, les anarchistes et socialistes radicaux jugeant les réformes
trop lentes, les modérés les jugeant trop rapides.
En 1933, la droite gagne les élections et tentent de
revenir sur la Réforme Agraire et d'en annuler les effets, ce qui
provoque d'énormes tensions et une répression
sévère. En 1936, la coalition du Front Populaire remporte
à nouveau les élections, mais les socialistes refusent de
participer au gouvernement. Les désordres de multiplient : combats de
rue entre militants d'extrême gauche et phalangistes, prise de possession
des terres par les paysans,...
La Phalange favorise le coup de force du
général Francisco Franco, le 17 juillet 1936 à Melilla. Le
18 juillet, les garnisons d'Espagne se soulèvent mais elles se heurtent
à la résistance des grandes organisations ouvrières. Le
pays se divise en deux, entre nationalistes (militaires, grands
propriétaires) et républicains (ouvriers industriels ou
agricoles). Il s'ensuit une longue guerre civile qui dure jusqu'en 1939. Franco
se proclame chef de l'Etat le 1er octobre 1936. La guerre civile prend fin le
1er avril 1939, laissant derrière elle près de 400.000 morts et
un pays ruiné.
d. Le franquisme (i) 1939-1950 :
el primer franquismo
La résistance des républicains dure jusqu'en
1950. Franco mène une politique d'isolement et d'interventionnisme qui
provoque de graves problèmes économiques. En 1937 est
créé le Service National du Blé, en 1938, le Service
National de Réforme Economique et Sociale de la Terre, chargée de
la contre-réforme agraire et en 1939 l'Institut National de
Colonisation. Le régime de Franco est largement soutenu par les grands
propriétaires. C'est une période de grande pauvreté et de
pénuries. L'alimentation est rationnée, les prix du blé
sont soutenus chez le producteur et maintenus bas à la consommation, les
autres productions
ont des prix maintenus artificiellement bas, ce qui provoque le
développement d'un marché noir. Les latifundistes profitent
largement des prix très élevés du marché noir.
Malgré des lois qui contraignent à
l'augmentation de la production, à cause des prix très bas, des
terres sont abandonnées ou les récoltes sont vendues au
marché noir, la production baisse. La main d'oeuvre est très
abondante et très bon marché : 52,3% de la population agricole
andalouse est salariée. De plus, avec les prix agricoles bas et
l'absence de syndicats ou mouvements de revendications, les salaires baissent.
La main d'oeuvre est tellement bon marché que certains latifundistes
vont expulser les métayers pour installer une agriculture à
salariés. Dans les années 40 quelques mauvaises récoltes
provoquent des famines.
(ii) 1951-1959 : période de transition et
d'ouverture
A partir de 1950, la politique interventionniste est
atténuée et la croissance économique repart, les autres
pays européens sont également en pleine croissance après
la guerre. Le rationnement est aboli en 1952. En 1959 est mis en place un Plan
de Stabilisation Economique, qui libéralise le marché
intérieur et extérieur. La peseta est dévaluée ce
qui provoque l'afflux d'investissements étrangers. Les importations
diminuent, et avec l'augmentation des revenus du tourisme et l'augmentation des
capitaux étrangers, la balance des paiements s'équilibre.
La conséquence de la nouvelle politique est
l'augmentation des surfaces cultivées, de la productivité et de
la production.
(iii) 1960-1975 : années de
développement
Avec l'ouverture des marchés et le développement
économique, les systèmes agraires se transforment brutalement. Le
système traditionnel des années 1950 tombe en crise, la main
d'oeuvre est trop abondante, les produits peu diversifiés (Franco avait
largement soutenu la production de céréales), les minifundistes
vivent d'une agriculture de subsistance et les latifundistes,
protégés par les prix soutenus du blé, n'ont pas investi.
L'équilibre de l'offre et de la demande du blé se rompt avec
l'apparition de nouvelles habitudes alimentaires, la demande de viande, fruits,
légumes augmente. Une forte émigration des journaliers,
salariés et des petits producteurs dans les années 1960 provoque
l'augmentation des salaires agricoles, et cette augmentation provoque
l'intérêt des grands propriétaires pour investir et
moderniser l'agriculture.
Beaucoup de petites exploitations agricoles disparaissent.
L'agriculture se modernise, avec l'utilisation de semences
améliorées, d'engrais chimiques et les réseaux de
commercialisation se développent. C'est également le début
du crédit bancaire. L'agriculture jour un rôle décisif dans
le développement industriel en se convertissant en demandeuse de
produits industriel.
L'envoi de capitaux par les nombreux migrants des pays
européens vers l'Espagne et le tourisme sont aussi des facteurs
importants dans la résolution de la crise.

e. L'après- Franco
(i) 19 76-1985 : la transition
En 1979, la loi des « exploitations manifestement
améliorables » touche les propriétés qui ne sont pas
exploitées depuis deux ans, qui ne disposent pas de moyens suffisants ou
dont
la surface est supérieure à 50 ha irrigués
ou 500 ha non irrigués. En 1984 est voté une nouvelle loi de
Réforme Agraire.
(ii) 1986-2007 . l'intégration à l'Union
Européenne
Il reste encore beaucoup de latifundios en Andalousie, surtout
en Andalousie occidentale. 3% des exploitations s'étendent sur plus de
la moitié de la superficie, et 57% des exploitations se partagent 7% de
la superficie. En ce qui concerne les terres irriguées, les chiffres
reflètent toujours une forte inégalité, mais moins
marquée : 40% de la superficie est concentrée sur 3% des
exploitations et 62% des exploitations occupent 14% de la surface. Le prix de
la terre est élevé, et dans l'ensemble, les exploitations de
petite taille ne s'agrandissent pas. Dans ce contexte l'agriculture intensive
du littoral constitue une exception.
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