1.2 Le contexte économique de 1985 à 2009
Face à la dégradation de la situation
économique au milieu des années 1980, un programme de
réformes économiques et financières (PREF) a
été lancé en 1984. L'objectif était de mettre en
place une structure incitative favorable à la croissance
économique par le biais de mesures d'ajustement capables de soutenir une
économie de marché. Les réformes ainsi engagées ont
bénéficié de plusieurs appuis et accords, dont, le
prêt d'ajustement structurel de la Banque Mondiale et du Fonds
Monétaire International, et l'accord de rééchelonnement de
la dette sous l'égide du Club de Paris en avril 1989.
Grâce au changement de politique économie, la
situation économique s'est améliorée et a permis
d'atteindre un taux moyen de croissance économique réelle de 6.3
% en 1988 dépassant celui de la croissance démographique. Le
revenu par habitant était estimé à 450 US en 1989, ce qui
catégorisait la Guinée dans la classe supérieure des pays
à faible revenu.
En 1995, une deuxième série de réformes
est engagée, portant sur l'environnement des affaires et a permis
d'obtenir une situation macroéconomique améliorée et
stable jusqu'en 1999. La Guinée enregistre une croissance
économique réelle moyenne de 4.4%.
Cependant, l'année 2000 marquera le début de la
crise sécuritaire suite à l'agression rebelle le long de la
frontière guinéenne avec la Sierra Léone et le
Libéria. La résolution cette crise a occasionné un
dérapage budgetaire important et un relâchement de la politique
monétaire. Le cadre économique se détériore
davantage, se traduisant par une croissance économique réelle
faible avoisinant 2.5%. Cette dégradation de la situation
macroéconomique a provoqué l'arrêt des programmes avec le
Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.
Toutefois, la croissance économique va suivre une
tendance baissière et le pays va enregistrer sa première
récession de -0.3% en 2009. Cette contre-performance résulte de
la combinaison de plusieurs facteurs dont, l'absence de concours financiers, la
gestion catastrophique du pouvoir militaire et les effets de la crise
économique internationale. Le ralentissement de l'activité
économique s'est traduit par une aggravation du déficit
budgétaire de -8.9% du PIB et une détérioration du compte
courant de -10% du PIB.
1.3 La situation économique de 2010 à
2016
Le Graphique 1, montre qu'au cours de la période 2010
à 2016, la Guinée a connu une situation économique
très instable, caractérisée par une croissance volatile,
une dégradation des finances publiques, une détérioration
du compte courant conjuguée à une dépréciation de
la monnaie nationale et, une instabilité des prix.
Les déterminants de la demande de monnaie en
Guinée Page 6
Toutefois, le Gouvernement issu de l'élection
présidentielle de 2010 a hérité d'une situation
économique extrêmement difficile, caractérisée par
une mauvaise gouvernance, une pauvreté élevée et
croissante, des tensions sociales et ethniques. L'économie était
structurellement peu diversifiée et dépendante de la performance
du secteur minier qui représente 14.5% du PIB et fourni près de
90% des recettes d'exportations. L'agriculture représente 25% du PIB,
l'industrie 41% et les services 34%.
Graphique 1 : Evolution des indicateurs
macroéconomiques

-20
-40
40
20
0
2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016
croissance économique Solde budgetaire Solde courant
inflation
Source : Calculs de l'auteur, base de données du FMI
En 2010, la croissance économique était faible,
et en dessous de la moyenne des pays de l'Afrique subsaharienne. Une
contreperformance qui s'est soldée par une aggravation du déficit
budgétaire qui atteint -14.2% en 2010, imputable à l'augmentation
sans précèdent, des dépenses militaires, de la masse
salariale de la fonction publique ainsi que des investissements dans les
secteurs non productifs tels que l'armée et la
sécurité.
Les réformes engagées par le Gouvernement pour
restaurer la discipline budgetaire à la sortie de la transition
militaire, ont permis l'atteinte du point d'achèvement au titre de
l'Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE). Ces
réformes soutenues par la Banque Mondiale à travers le Programme
d'Appui aux Réformes Economiques et Financiers (PARFE), ont
favorisé la conclusion en mars 2012, d'un programme triennal avec le
Fonds Monétaire International (FMI) au titre de la Facilité
Elargie de Crédit (FEC).
Cependant, avec le regain de la production agricole et la
série de réformes structurelles engagées par le nouveau
Gouvernement et le soutien des partenaires techniques et financiers, la
Guinée enregistre une croissance de 3.9% en moyenne sur la
période 2011-2013 contre seulement 0.8% sur la période 2009-2010.
La consommation finale a été l'un des principaux soutiens
à cette croissance économique avec une contribution moyenne de
10.6 points dont 5.6 points pour le privé. Les ménages ont
consacré 99.2% de leurs dépenses de consommation finale aux
produits primaires et manufacturiers, qui en grande partie sont
importés. Les investissements ont représenté 20.4% du PIB
en 2013, en dessous de celui du Sénégal (27.9%). Il faut aussi
signaler que cette performance a été réalisée dans
une situation d'inflation à deux chiffres résultant d'une
maitrise insuffisante des politiques monétaire et budgetaire.
Par ailleurs, la chute de la valeur ajoutée du secteur
minier suite au choc minier, aux tensions politiques ainsi qu'aux perturbations
dans la fourniture d'électrique, a entrainé une baisse de la
croissance économique de 3.8% en 2012 à 2.5% en 2013. Cette chute
de la croissance économique s'est accompagnée par une baisse des
recettes publiques. L'Etat pour contenir la baisse, réduit les
dépenses publiques en particulier
Les déterminants de la demande de monnaie en
Guinée Page 7
dans les secteurs prioritaires, ramenant le déficit
budgetaire à -2.6% du PIB en 2013 contre -3.3% du PIB en 2012.
Dans la même lancée, l'inflation s'est
établi à 11.9 % en 2013 et le franc guinéen a
été stabilisé, grâce à la maitrise de la
hausse de la masse monétaire à travers la manipulation des
réserves obligatoires d'une part, et l'intervention de la Banque
Centrale sur le marché interbancaire de change par le biais des
réserves de change qui se sont réconfortées à 4
mois d'importations de biens et services entre 2012 et 2013 contre 0.7 mois
deux ans auparavant. La situation du compte courant s'est
détériorée du fait du déficit de la balance
commerciale liée à la fois à la baisse des exportations et
à la hausse tendancielle des importations, notamment des produits
pétroliers.
L'année 2014, sera marquée par une crise
sanitaire dont les conséquences ont été
désastreuses pour l'économie guinéenne. La situation
macroéconomique devient difficile, caractérisée par une
croissance économique réelle quasiment nulle (0.1%), des
difficultés dans le secteur minier et une aggravation du déficit
budgetaire (9% du PIB) en 2015. Le déficit du compte courant se creuse
suite à la baisse des exportations du secteur minier, contribuant ainsi
à la baisse des réserves de change, qui reste en dessous de 3
mois d'importations de biens et services. Ce niveau bas des réserves de
change engendre des pressions sur le franc guinéen qui s'est
déprécié de près 10% par rapport au dollar USD.
Néanmoins, le taux d'inflation reste en dessous de 10%.
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