Rérolle, Julie, étudiante n° 20301243
Université de Provence Aix-Marseille 1
Département Langues Etrangères
Appliquées

Mémoire de recherche de Master 2 parcours 5
« Intelligence économique, culture et
organisation »
Année 2007-2008
L'OFFRE ÉDUCATIVE PRIMAIRE AU BURKINA
FASO.
APPROCHE ÉCONOMIQUE ET
ANTHROPOLOGIQUE.
|
Sous la codirection de Mme Alice Fabre et Mme Maud
Saint-Lary
Introduction 1
Chapitre 1 - Analyse économique de l'offre et
de la demande éducative à l'aide du cadre théorique du
capital humain et de données factuelles sur le Burkina Faso
3
I) La demande d'éducation 5
I.1) La théorie du capital humain 6
I.1.1) Le fondement de la théorie : la
corrélation éducation-croissance 7
I.1.1.1) Etude macroéconomique : le lien
éducation croissance 7
I.1.1.2) Etude microéconomique : la
causalité éducation-productivité-gains 9
I.1.2) L'analyse coût-avantages de l'investissement en
éducation 12
I.1.3) Disparité des taux de rendement de
l'investissement humain 14
I.1.3.1) Disparités géographique de la
rentabilité de l'éducation 14
I.1.3.2) Par niveau de revenu et origine sociale 16
I.1.3.3) Par sexe 17
I.1.3.4) Conclusion 18
I.2) Les déterminants de la demande individuelle
18
I.2.1) Les déterminants économiques 18
I.2.1.1) Les coûts directs et indirects 18
I.2.1.2) Les avantages escomptés 19
I.2.2) Les déterminants extra-économiques 19
II) L'offre éducative au Burkina Faso 24
II.1) Approche économique de l'offre éducative
25
II.1.1) La croissance endogène 25
II.1.2) Les politiques d'éducation 26
II.1.2.1) De Jomtien à Dakar, puis aux OMD 27
II.1.2.2) Quelle politique pour le Burkina Faso ? 28
II.2) Structure de l'appareil éducatif burkinabé
actuel 30
II.2.1) Education formelle et informelle 31
II.2.2) Enseignement public et privé 32
Chapitre 2 - Constats de la confrontation entre
offre et demande 34
I) Un système éducatif peu performant 34
I.1) Un contexte linguistique et historique instable 34
I.1.1) Structure linguistique du Burkina Faso 34
I.1.2) Retour historique sur les politiques éducatives
et linguistiques nationales 36
I.1.2.1) Le lourd contentieux de l'école coloniale 36
I.1.2.2) Des tentatives de stabilisation 37
I.1.2.3) Une situation de statu quo 38
I.2) Un taux de scolarisation très bas et
hétérogène 40
I.2.1) Les disparités géographiques 41
I.2.2) Les disparités par sexe 42
I.2.3) Selon l'origine sociale 43
I.3) La qualité recherchée 45
I.3.1) Mesure de la qualité 45
I.3.2) Dépenses publiques 48
I.3.3) Synthèse selon les critères de l'UNESCO
50
II) Quelles solutions ? 52
II.1) Améliorer la qualité de
l'éducation 52
II.1.1) Les variables relatives à l'enseignant 53
II.1.2) Les variables liées à l'école
54
II.2) Le principe des incitations 56
II.2.1) Incitations auprès des maîtres 57
II.2.2) Incitations auprès des
élèves et de leurs familles 57
II.3) La question du financement 58
II.3.1) Des coûts unitaires élevés dans
les PVD 58
II.3.2) Vers une révision du financement 59
II.3.2.1) Participation des usagers 60
Débats sur les frais d'inscription 60
Bourses vs prêts 61
II.3.2.2) Financement par les entreprises ou les
collectivités 61
II.4) L'école bilingue comme remède 62
Une expérience novatrice 62
Des objectifs qualitatifs et des
résultats satisfaisants 63
Chapitre 3 - Approche anthropologique et étude
de l'école bilingue vue à travers la presse
burkinabé 64
I) L'anthropologie de l'éducation et du
développement 64
I.1) Approche anthropologique de l'éducation 64
I.1.1) La prise en compte du culturel 65
I.1.1.1) Les mécanismes culturels 65
I.1.1.2) Différents axes d'études 66
I.1.2) Considérer la pluralité 67
I.1.2.1) Des systèmes de sens et des savoirs
différents 67
I.1.2.2) Le rôle complexe des agents de
développement 67
I.2) Remise en question des politiques éducatives et
des données existantes 68
I.2.1) L'hégémonie des conceptions occidentales
68
I.2.1.1) Un certain ethnocentrisme institutionnel 68
I.2.1.2) Décolonisation et nouvelles dépendances
70
I.2.2) Problèmes des collectes et de la pertinence des
données et des enquêtes de terrains 71
I.2.2.1) Des données disponibles discutables 71
I.2.2.2) Les enquêtes "de terrain" 73
II) L'étude de l'école bilingue comme
remède, vue à travers la presse burkinabé 74
II.1) Contexte de l'apparition de l'école bilingue
76
II.1.1) Historique 77
II.1.2) Structure du système 78
II.2) L'école bilingue ou « école du
développement » 79
II.2.1) Un produit éducatif « rentable »
et efficace 79
II.2.2) Un système ancré dans le contexte local
et valorisant la culture et les langues burkinabés 82
II.3) Conclusion et bilans 87
II.3.1) Quels enseignements tirer ? 87
II.3.2) Limites, objectifs et défis 88
Conclusion 91
Annexes 92
Bibliographie 96
Introduction
Le Burkina Faso, pays enclavé qui vit majoritairement
de l'agriculture, est classé dans les 49 PMA (pays les moins
avancés). Selon la définition de l'ONU de 2000, un PMA
répond à trois critères : un bas revenu, un retard
dans le développement du capital humain et un critère de
vulnérabilité économique. Le deuxième
critère est particulièrement intéressant pour notre
étude puisqu'il est basé sur un Indice Révisé
de Qualité de Vie Physique qui prend en compte quatre indicateurs
dont la scolarisation, et l'alphabétisation. Ainsi, l'état de
développement d'un pays dépend, entre autre de son niveau
d'éducation, mesuré par la scolarisation et
l'alphabétisation. Aujourd'hui, les institutions internationales et les
gouvernements basent leurs politiques de développement de plus en plus
sur l'éducation. On peut dire qu'il existe un consensus
général sur le lien entre développement de
l'éducation (ou plus précisément de l'instruction) de la
population et le développement.
L'approche libérale définit le
développement comme un processus d'évolution naturelle des
sociétés, avec au centre, la croissance (mesurée en PIB)
qui calcule l'accroissement des richesses d'un pays et qui ne donne qu'une
vision quantitative. Puis, dans les années 1960, le courant
développementaliste apporte la notion d'enpowerment et la prise
en compte des besoins fondamentaux comme l'éducation, la santé,
le bien-être. Le concept de développement a donc été
redéfini comme " la transformation à la fois quantitative et
qualitative des conditions d'existence de la majorité des individus, non
pas seulement en termes de production et de revenu, mais aussi et surtout en
termes de dignité avec la satisfaction de leurs besoins matériels
et non matériels" (Azoulay).
A. Sen donne une nouvelle approche encore plus humaniste du
développement, qui n'est pas uniquement économique mais qui prend
en compte la liberté « envisagée sous la forme des
capacités dont disposent les personnes d'accomplir ce qu'elles ont
raison de vouloir accomplir » : liberté d'expression, droit de
vote, droit à l'éducation, à la santé. Une de ces
capacités essentielle est l'instruction, car la lecture,
l'écriture et le calcul permettent de lutter contre la pauvreté
et sont une condition sine qua none du développement et de la
dignité humaine. Ainsi, l'éducation est considérée
de façon consensuelle comme un facteur de développement pour
plusieurs raisons que nous verrons dans notre analyse.
Mais il est intéressant de se demander quelle offre
éducative privilégier pour un développement optimal et
durable. Au Burkina Faso, elle est assez variée mais, comme nous le
verrons, reste calquée sur l'école coloniale française et
forme une élite, amenée à devenir fonctionnaire. Or, le
contexte national est celui d'un pays considéré « en
retard », où les activités principales sont
l'élevage et l'agriculture, le marché du travail est assez
saturé et l'entreprenariat est assez peu développé.
L'école classique est donc déracinante et inadaptée aux
réalités et aux besoins locaux. De plus, comme nous le verrons,
elle est discriminatoire car elle ne permet pas un accès
équitable : les filles et les enfants de milieux ruraux sont moins
scolarisés. Enfin, elle coûte très cher à l'Etat,
qui, en raison de la crise financière, se désengage petit
à petit en délocalisant et encourage les initiatives
privées et communautaires.
C'est dans ce contexte qu'a été
créée l'école bilingue : une alternative au circuit
classique, avec un enseignement en langue locale et en français ainsi
qu'une professionnalisation. Le système bilingue refait le lien social
entre l'école et la population, qui se la réapproprie et est
favorable à un développement endogène (grâce aux
éléments internes), grâce à la prise en compte de sa
dimension culturelle. Cependant, nous verrons que son ambition de remplacer le
système en place va se confronter à de nombreuses
difficultés et réticences.
Cette recherche porte donc sur l'offre éducative au
Burkina Faso - en se concentrant sur l'éducation primaire - avec
l'étude de cas de l'école bilingue. Nous chercherons à
répondre à la problématique suivante : dans quelle
mesure l'école bilingue est une solution aux manquements du
système éducatif burkinabé ? En d'autres termes, cela
revient à se demander si l'école bilingue est une alternative
viable et répondant aux besoins tant des autorités que la
population, pouvant concurrencer et/ou compléter un système
importé.
Cette étude sera pluridisciplinaire, en proposant une
analyse à travers deux prismes : l'économie et
l'anthropologie. Cette double dimension nécessite la mobilisation de
différents outils théoriques qui se complètent, et essaie
d'apporter un regard critique et constructif sur la question de l'offre
éducative et les solutions possible à ses dysfonctionnements.
Cette double grille d'analyse nous permet d'envisager l'éducation d'une
part d'un point de vue factuel, et de l'autre, tenant compte des besoins et des
aptitudes des acteurs.
Dans un premier chapitre, nous commencerons par une analyse
économique de l'offre et de la demande éducative. En premier
lieu, nous étudierons les théories économiques de la
demande d'éducation, basée sur celle du capital humain, et nous
analyserons les déterminants économiques et
extra-économiques de la demande. Puis, nous verrons l'offre
éducative en présentant la théorie de la croissance
endogène et les politiques d'éducation, vues à travers le
cas du système éducatif burkinabé.
Ensuite, dans un deuxième chapitre, nous ferons une
étude de la confrontation entre offre et demande. Nous commencerons par
la description du contexte linguistique et historique pour ensuite analyser les
performances du système burkinabé en termes de quantité et
de qualité. Nous verrons quelles solutions sont possibles pour pallier
aux dysfonctionnements de l'école burkinabé, avec tout d'abord
l'amélioration de la qualité de l'éducation, puis le
principe des incitations, et enfin la question cruciale de son financement.
Nous finirons cette partie en introduisant le concept de l'école
bilingue.
Pour finir, nous adopterons une démarche
anthropologique dans le dernier chapitre. La conception de l'éducation
selon cette discipline sera présentée, avec tout d'abord la prise
en compte des cultures locales, et de la diversité. Ensuite, les
politiques éducatives et les données disponibles seront
questionnées dans une perspective qui se veut constructive. Et nous
finirons sur une présentation de l'école bilingue comme
remède aux défauts du système classique. Cette
dernière partie adoptera une démarche anthropologique
basée sur une étude de la presse burkinabé et
présentera le développement, les avantages et les limites de ce
système alternatif.
Chapitre 1 - Analyse économique de l'offre et de
la demande éducative à l'aide du cadre théorique du
capital humain et de données factuelles sur le Burkina Faso
L'économiste Galbraith disait dans la revue Afrique
2000 en 1994 : « il n'y a pas dans ce monde de population
éduquée qui soit pauvre et il n'y a pas de population
illettrée qui ne soit pas pauvre ». Si cette vision est un peu
réductrice et décourageante, on peut tout de même
vérifier le lien étroit entre revenu national (PIB /habitant) et
taux de scolarisation.
1) Comparaison des Taux brut de scolarisation,
Indices de Développement Humain et Produits
Intérieurs Bruts (2002)
|
Taux brut de scolarisation combiné (primaire au
supérieur) (%) 2001/02
|
Produit Intérieur Brut par habitants $ (en PPA)
2002
|
Indice de Développement Humain1(*)
(valeur)
2002
|
Pays en voie de développement
|
60
|
4 054
|
0,663
|
Afrique Subsaharienne
|
44
|
1 790
|
0,465
|
Burkina Faso
|
22
|
1 100
|
0,302
|
Pays de l'OCDE à revenu
élevé
|
93
|
29 000
|
0,935
|
Données : Rapport mondial sur le
développement humain 2004, PNUD2(*)
Grâce à ce tableau, on remarque un lien
évident entre le niveau de richesse d'un pays - ou d'une région
du monde - et son taux brut de scolarisation3(*) (TBS). Il apparaît que plus un pays est pauvre,
plus son taux de scolarisation est faible, ou inversement. Ainsi, les pays en
voie de développement (PVD) ont un PIB et un TBS bien inférieurs
aux pays développés, et les pays d'Afrique subsaharienne, avec
l'exemple du Burkina Faso, semble être dans une situation encore plus
difficile. En effet, le Burkina Faso affiche un PIB de 1 100 $ par
habitant, ce qui est bien inférieur à la moyenne des pays en voie
de développement (4 054 $), et même à celle de l'Afrique
subsaharienne : 1 790 $. Quant au TBS combiné, celui du
Burkina Faso est de seulement 22% pour l'année 2002, pour une moyenne de
60% dans les PVD et de 44% en Afrique subsaharienne. Ces indicateurs
qualitatifs se retrouvent dans son niveau de développement, avec un IDH
de 0,302 pour la même année. Selon cet indicateur, le Burkina Faso
est classé, pour l'année 2007-2008, à l'avant
dernière place (176/177) juste avant le Sierra Leone. En comparant une
carte du monde montrant le pourcentage d'enfants scolarisables qui ne vont pas
à l'école (carte 24(*)), ou le taux d'alphabétisation5(*), avec une carte montrant le
PIB/habitant (carte 4), le rapprochement éducation-richesse est encore
plus évident.
2) Pourcentage d'enfants scolarisable au secondaire qui ne
vont pas à l'école

![]()
Source : American Academy of Arts and Sciences
(données : UNESCO)
3) PNB par habitant en parité du pouvoir d'achat
20016(*)

On voit très facilement que les régions au
faible taux de scolarisation - et d'alphabétisation - sont les
mêmes qui sont touchées par la pauvreté. Parmi les 113
millions d'enfants non scolarisés en 2003, 94% vivent dans les pays en
développement (Glewwe, 2006, page 948). Il s'agit avant tout de
l'Afrique subsaharienne et tout particulièrement l'Afrique francophone.
Le Burkina Faso, pays enclavé dans cette
sous-région est considérablement touché à la fois
par la pauvreté (avec un PIB par habitant de 1 213$ courants en PPA
et 45,3% de la population en-dessous du seuil de pauvreté pour 1998) et
par la sous-scolarisation (en 2006, le TBS était de 60,7% dans le
primaire). En effet, le taux de scolarisation dans le public est lié au
budget accordé à l'éducation, qui est lui-même
fonction du PIB. Ainsi, la scolarisation dépend du PIB et ne peut varier
qu'avec lui. Si la croissance influence la scolarisation, cette-dernière
a aussi une incidence sur la croissance car « l'éducation
[est] à la fois résultat et cause du développement
économique »7(*).
Il est cependant peu constructif de se limiter à cette
comparaison rapide entre PIB et TBS et d'en conclure qu'il existe un lien de
cause à effet entre éducation et le niveau économique d'un
pays. Mais ce simple constat de sous-scolarisation a orienté les
recherches sur les politiques d'éducation au sein desquelles l'analyse
de l'offre et la demande d'éducation ont une place
déterminante.
Afin de comprendre ces chiffres, notamment les taux de
scolarisation au Burkina Faso, nous allons donc en étudier les causes,
en proposant une analyse de l'offre éducative basée sur les
données factuelles et des théories économiques. Pour cela,
nous présenterons dans une première sous-partie la demande
d'éducation, avec la théorie du capital humain, et l'analyse des
déterminants de la demande avec le cas du Burkina Faso. Dans une seconde
sous-partie, nous nous appuierons sur une approche théorique pour
analyser la structure de l'offre éducative burkinabé.
I) La demande d'éducation au Burkina Faso
Lorsque l'on observe les effectifs par classe, ainsi que le
nombre d'enfants en âge d'être scolarisés qui ne vont pas
à l'école (des chiffres que nous étudierons plus loin), il
est évident que la demande générale d'éducation est
très importante. Le taux brut d'admission7(*) en première année d'études se
situait à seulement 52,9% en 2002 et a atteint récemment 78%, ce
qui en une amélioration conséquente mais qui signifie que 22% de
la demande est toujours insatisfaite.
L'une des conséquences de ce déséquilibre
entre forte demande et offre inadaptée est la faible scolarisation des
enfants en âge d'aller à l'école. En effet, environ 60% des
enfants seulement fréquentent l'école alors qu'elle est
obligatoire de 6 à 16 ans selon la Loi d'Orientation de l'Education de
19968(*). Elle reste
malheureusement conditionnée aux limites des possibilités
d'accueil9(*).
Afin de comprendre les causes de la faible scolarisation au
Burkina Faso, il est important d'en étudier l'offre et la demande
d'éducation. Le schéma suivant, issu d'un livre d'Etienne
Gérard, La tentation du savoir en Afrique (1997), montre le
processus de scolarisation résultant de l'offre et la demande.
4) Axes et paramètres de la recherche sur les
processus de scolarisation

Pour étudier la demande d'éducation, il faut,
pour commencer, se demander quels sont les impacts de l'éducation, ou en
d'autres termes, ce qui pousse un individu à vouloir s'instruire et un
pays à développer un système scolaire et des politiques
éducatives. Nous étudierons cette question en présentant
tout d'abord la « théorie du capital humain », qui
exprime les stratégies de scolarisation en termes d'analyse
coût-avantages et de taux de rendement ; puis nous analyserons les
déterminants économiques et extra-économiques de la
demande individuelle d'éducation.
I.1) La théorie du capital
humain
En économie, l'éducation est vue comme un
"investissement dans l'homme". En effet, selon Becker, à partir du
moment où elle s'accumule, elle constitue un capital car elle engendre
des gains futurs supérieurs. Les individus choisissent de
répartir leur temps entre production et acquisition de qualifications
pour augmenter leur productivité future et ce temps, consacré aux
études, est une fonction croissante de la productivité de
l'éducation (même si on verra que les rendements baissent aux
cours de la vie).
Le capital humain est défini comme l'ensemble des
aptitudes, talents, qualifications, expériences accumulées par un
individu et qui déterminent en partie sa capacité à
travailler ou à produire pour lui-même ou pour les autres.
La
théorie orthodoxe du capital humain stipule ainsi que l'éducation
accroît l'efficacité et la productivité. Etant donné
que les travailleurs sont rémunérés à leur
productivité marginale, les gains sont par conséquent
supérieurs. Comme tout autre capital, le capital humain peut être
accumulé et avec un stock plus important, la productivité
augmente.
La théorie du capital humain a été
introduite dans les années 1950, même si Adam Smith
prétendait déjà en 1776, dans son oeuvre majeure (La
Richesse des Nations), que la formation permet d'augmenter la
productivité. Cette théorie, qui tente d'expliquer les
différentiels de rémunérations, a fait l'objet de
nombreuses recherches (Becker, Mincer, Schultz, Lucas, Mingat et d'autres),
notamment sur l'incidence de l'éducation sur la croissance, sur les
gains, l'analyse coût-avantage et les déterminants de la demande
d'éducation, que nous étudierons par la suite.
I.1.1) Le fondement de la théorie : la
corrélation éducation-croissance
Dès les années 1960, des chercheurs ont
essayé de montrer les implications économiques de
l'éducation pour les nations et pour les individus. Nous allons tout
d'abord voir l'analyse macroéconomique et le lien
éducation-croissance, et puis nous étudierons l'aspect plus
microéconomique et le lien éducation-productivité-gain.
I.1.1.1) Etude macroéconomique : le lien
éducation croissance
De nombreux spécialistes de différentes
disciplines considèrent l'éducation comme un moyen efficace de
réduire la pauvreté et de développer un pays. Pour
Malinvaud (1994), promouvoir l'enseignement dans les pays pauvres
« serait la première priorité de ceux qui chercheraient
à y engager le développement »10(*). Ils cherchent donc à
déterminer le lien existant entre éducation et croissance afin
d'utiliser l'éducation comme facteur de développement.
Dans les années 1960, Edward Denison cherche à
expliquer les facteurs de la croissance économique américaine
entre 1929 et 1962, et démontre que le travail et capital ne suffisent.
Il trouve un « résidu » : le facteur
éducation, qui contribue à une hauteur de 23% à la
croissance. A la même époque, Theodore Schultz, en utilisant une
autre méthode, confirme l'existence d'un effet de l'éducation sur
la croissance économique. Ce tableau récapitulatif des recherches
de Denison (document 5), montre les différents facteurs de la croissance
de 3,87% du revenu américain. D'après son analyse, la
contribution de l'éducation à cette croissance se situe entre
10,6 et 39,3% (10,6% + 28,7%) - car une partie des progrès des
connaissances (28,7%) peut s'acquérir à l'extérieur du
système éducatif.
5) Contributions à la croissance du revenu national
potentiel total des USA. 1948-1973
Facteurs considérés
|
% du taux d'accroissement expliqué par chaque facteur
|
Accroissement de la quantité de travail en tenant compte
des caractéristiques de la main d'oeuvre sauf d'éducation
|
27,6
|
Accroissement du niveau d'éducation par
travailleur
|
10,6
|
Accroissement du capital
|
18,3
|
Progrès dans les connaissances et autres
contributions non classées ailleurs
|
28,7
|
Amélioration de l'allocation des ressources
|
7,8
|
Changement de l'environnement légal et humain
|
- 1,0
|
Ratio d'occupation des résidences
[désurbanisation]
|
- 0,3
|
Economies d'échelle
|
8,3
|
Facteurs irréguliers
|
0,0
|
Source : Denison (1979)11(*)
Ces chiffres montrent l'existence indéniable d'une
corrélation, même si la méthode peut être
critiquée et les chiffres peu clairs. Cependant, en 1972, lorsque
Denison étudie une autre période ou d'autres pays avec des
niveaux d'éducation comparables, la disparité des
résultats met en doute leur fiabilité. Tout d'abord, le niveau
d'éducation ne permet pas d'expliques les causes du ralentissement
économique des Etats-Unis des années 1960. D'autre part, des
études menées en France où le niveau d'éducation
était comparable montrent un impact moins évident entre 1951 et
1969. Il semble que la thèse de Denison soit crédible pour le cas
des Etats-Unis et pour la période des Trente Glorieuses mais qu'elle ne
soit pas généralisable. Il faut donc faire du cas par cas.
Plus tard, Barro a lui aussi étudié la
contribution de l'éducation dans l'économie mais à
l'échelle mondiale en se basant sur les données de 98 pays
développés et en voie de développement. Il a
démontré que les taux de croissance entre 1960 et 1985 de la
majorité des pays étudiés étaient positivement
corrélés au taux de scolarisation en début de
période. Cependant, ces analyses n'expliquent pas le lien de cause
à effet entre éducation et croissance ou les canaux par lesquels
ils agissent et la théorie du capital humain va tenter d'apporter des
réponses à cette question.
Des auteurs comme Gurgand et Maglen contredisent en bloc
l'hypothèse d'une contribution de l'éducation à la
croissance. Ce dernier montre que sur la période 1968 à 1979, le
PIB réel australien et la productivité ont baissé alors
que des investissements en éducation avaient été
réalisés, prouvant une absence de corrélation. Des
estimations récentes ont toutefois prouvé l'existence d'un lien
significatif entre éducation et croissance : une étude
menée par Lau au Brésil en 1993 a montré qu'une
année d'éducation supplémentaire de la force de travail
accroit la production réelle de 20%12(*). D'autre part, la croissance affecte à son
tour l'éducation, entre autre parce qu'elle permet l'absorption des
diplômés sur le marché du travail.
/
L'impact de l'éducation sur la croissance semble ainsi
être difficile à démontrer d'après les études
susmentionnées. La mesure de l'éducation semble être la
difficulté majeure. Etudions désormais le lien entre
éducation et gain, à l'échelle de l'individu.
I.1.1.2) Etude microéconomique : la
causalité éducation-productivité-gains
La théorie orthodoxe est une analyse
macroéconomique basée sur des fondements microéconomiques.
En effet, comme nous l'avons énoncé, elle stipule que
l'éducation est un investissement qui permet à un individu
d'être plus productif, grâce à l'accumulation de capital
humain ; et ainsi d'augmenter ses gains tout au long de sa vie. La
théorie formule donc deux causalités hypothétiques :
la formation affecte positivement la productivité et
productivité affecte les gains perçus (car les facteurs de
production sont rémunérés à leur
productivité marginale). La théorie peut être
résumée comme suit :
Education capital humain productivité gains
Education - productivité
Des auteurs comme Lockheed (1980), Psacharopoulos et Woodhall
(1984), ou encore Jamison et Lau (1982) ont tout d'abord étudié
le lien entre éducation et productivité, supposé dans la
théorie orthodoxe du capital humain. Leurs travaux, menés dans
les pays en développement, et surtout dans le secteur agricole, montrent
dans la majorité des cas une augmentation de la productivité
grâce à l'instruction : d'après Lockheed (1980),
quatre années d'études supplémentaires augmentent la
productivité de 8,7%.
D'autre part, l'éducation joue indirectement sur la
productivité des individus (Aghion - 2000) : i) elle facilite
l'innovation et le rattrapage technologique (théorie de la croissance
endogène que nous verrons dans la deuxième partie) ; ii) d'autre
part, l'éducation joue sur des facteurs extra-économiques :
la fécondité (Cochrane - 1979)13(*), la croissance démographique, la
mortalité infantile et la santé (virus HIV, nutrition,
espérance de vie) Tous ces paramètres rendent l'individu plus
productif et surtout améliore son bien-être.
Les « effets de legs »,
c'est-à-dire la transmission intergénérationnelle de
capital humain joue aussi indirectement sur la productivité. Une
diffusion intra générationnelle, et communautaire s'opère
aussi, comme une externalité. En effet, comme nous l'étudierons
dans le troisième chapitre, l'école n'étant pas le seul
vecteur : les parents, les liens avec la communauté et dans le
travail et l'éducation hors-scolaire transmettent aussi du capital
humain. Dans les pays où la tradition est importante et la
communauté omniprésente, comme au Burkina Faso, par exemple,
l'école n'est qu'un vecteur parmi d'autres.
Morris (1982) a aussi montré que « la
contribution de l'investissement en général à la
croissance économique est meilleure lorsque celui-ci est couplé
d'un investissement en capital humain. L'éducation serait ainsi
complémentaire de l'investissement physique par lequel transiterait une
part notoire de son impact sur la croissance »14(*).
Le lien éducation-productivité a
été contesté par certains auteurs. Arrow, avec sa
« théorie du filtre » (1973) stipule que
l'éducation est simplement une preuve d'intelligence et de discipline
qui ne prouvent aucunement le niveau de productivité et que les
entrepreneurs utilisent comme "filtre" pour embaucher. Cette théorie
sera prolongée par Spence et sa « théorie du
signal ». Puis Thurow présentera le modèle de la
« queue pour l'emploi », qui définit
l'éducation comme signe de capacités, qui définit la place
des candidats sur une file (le marché de l'emploi). Même s'il est
fort probable que l'instruction a un effet sur la productivité des
individus, les recherches n'ont jusqu'à présent pas réussi
à le prouver et le manque d'études dans les PVD laisse supposer
que la question n'a pas fini d'être étudiée. La
théorie a finalement été élargie par les critiques
qui contredisent certaines hypothèses, sans pour autant confirmer ou
infirmer l'existence d'une corrélation
éducation-productivité. Cependant, l'existence probable d'effets
indirects de l'éducation sur la croissance, l'économie et/ou la
productivité, qui sont difficilement mesurables ou même
repérables permet de penser que la contribution de l'éducation
est sous-estimée.
Productivité - gain
L'hypothèse de la corrélation
productivité-gain n'a pas été beaucoup
étudiée mais a été critiquée.
L'« hypothèse des salaires efficients » inverse
complètement cette relation de la théorie orthodoxe en postulant
que certaines entreprises préfèrent payer leurs employés
un peu mieux pour stimuler leur productivité, tout en réduisant
les coûts de surveillance et contrôle (liés à la
"propension à la paresse"). Ainsi, d'après cette théorie,
ce sont les gains qui induisent la productivité et non l'inverse, comme
le stipule la théorie du capital humain.
Education - gain
Becker, qui a largement développé et
diffusé la théorie, notamment dans son oeuvre Human Capital:
A Theoretical and Empirical Analysis (1964), a défini un
modèle de demande d'éducation, directement lié à la
théorie d'enchainement éducation capital humain
productivité gain :
Gi = f (QNi, Ei)
f étant la fonction de production ;
G, les gains ; QN, les « qualités
naturelles » ou innées ; E, l'éducation
(ou plutôt les caractéristiques productives acquises par elle) et
i, un individu. Ainsi, les gains d'un individu sont
déterminés à la fois par ses caractéristiques
personnelles intrinsèques et celles acquises par le biais de
l'éducation ou de la formation, qui agissent sur sa productivité.
La distribution des gains reflète donc celle des niveaux
d'éducation et conséquemment, améliorer l'accès
à l'école pourrait réduire les disparités
économiques.
Ce lien hypothétique entre éducation et gains
supplémentaires a fait couler beaucoup d'encre et à
été largement confirmée. En effet, que ce soit par une
réelle augmentation de la productivité, par un effet
de "filtre" ou de "signal", ou à cause de
l'hétérogénéité du marché du travail
ou encore en raison de la structure de classes de la société
« l'éducation est le facteur le plus important de la
détermination du revenu. »15(*).
Certains ont essayé d'expliquer les
différentiels de gain (par âge, race et sexe) par ce rapport.
Woodhall, par exemple, a dressé des profils âge-gains (graphique
10) pour chaque niveau d'éducation dans plusieurs pays, afin de
déterminer si l'éducation jouait un rôle sur la structure
des gains. Les études ont montré qu'autant dans les pays
développés que dans ceux en développement, les gains
moyens tout au long de la vie des travailleurs instruits sont supérieurs
à ceux des travailleurs illettrés. Les gains croissent
jusqu'à un maximum (en milieu de carrière) et ensuite ils se
stabilisent et diminuent légèrement.
6) Le profil âge-gain

Sur le schéma 6), U désigne le profil
d'une personne non qualifiée qui n'a pas investit dans son capital
humain, son salaire est fixe dans le temps ; T est un individu
qui a choisi (ou pu) poursuivre sa formation : au début, son gain
est inférieur à celui de U parce qu'il paye sa formation
(pendant laquelle il accumule du capital humain) ; puis son gain augmente
avec son capital humain (phase de maturité) et il se stabilise.
Grâce à ce schéma, on voit bien que le rendement marginal
de l'accumulation du capital humain est décroissant.
Cependant, l'éducation n'est pas le seul
déterminant des gains car elle ne suffit pas à expliquer les
disparités. Le lieu de résidence et d'emploi, les
stratégies de l'entreprise, la conjoncture, etc. ont une influence
considérable. D'autres hypothèses considèrent donc que des
facteurs autres que ceux susmentionnés déterminent la
qualification, la productivité et les gains : les aptitudes
innées, le sexe, l'âge, le lieu de résidence ou encore
l'ancienneté, l'expérience (selon le modèle
d'hétérogénéité du marché du travail,
théorie des salaires d'efficience) ; la demande de travail
(modèle d'hétérogénéité du
marché du travail, queue pour l'emploi, salaires efficients), les
mesures incitatives (théorie des salaires d'efficience) ou encore la
structure de classes de la société (les hypothèses
marxistes)...
Encore une fois, l'analyse ne permet pas de mesurer
précisément l'effet de l'éducation, sur les gains,
individuels cette fois. Mais il ne fait pas de doute qu'il s'agit d'un
investissement productif qui affecte positivement l'activité et la
croissance économique (macroéconomie) et que les canaux par
lesquels elle agit sont extrêmement variés ; elle contribue
aussi aux objectifs d'emploi en formant la main d'oeuvre qualifiée et a
des effets indirects : amélioration de la productivité, de
la santé, de l'espérance de vie, réduction de la
fécondité et changement des comportements (microéconomie).
La théorie du capital humain ne permet pas d'expliquer les
différentiels de rémunérations mais les théories
rivales l'enrichissent. Elles sont complémentaires et toutes
crédibles.
Cette théorie, qui a été beaucoup
étudiée dans les années 1960, a connu un
intéressement moindre dans la décennie suivante du fait de la
désillusion sur la capacité de l'éducation à
induire la croissance économique (en raison du chômage des
diplômés, de la pauvreté et des disparités
malgré l'investissement en éducation). Cependant, elle a tendance
à ne retenir que la dimension productive utilitariste de
l'éducation et à négliger les dimensions éthiques
et sociales. Il est accepté de manière consensuelle que
l'éducation agit aussi sur le bien-être (diminue la
fécondité, améliore la santé et augmente les
revenus), la justice sociale (par la parité et la moindre
disparité de salaire) et les libertés fondamentales (par une
participation politique et des revendications accrues)16(*). De nouvelles voies de
réflexion se sont ouvertes, vers les questions de l'affectation optimale
des ressources, du niveau de qualité de l'éducation et des modes
de financement de l'Ecole, nous les étudierons plus loin.
I.1.2) L'analyse coût-avantages de l'investissement en
éducation
Les auteurs de la théorie du capital humain ont
développé leurs hypothèses macroéconomiques sur des
fondements microéconomiques, en étudiant
précisément les stratégies individuelles de la demande
d'éducation, basées sur une analyse
« coût-avantages ». Ils considèrent
« que le choix d'interrompre ou de poursuivre les études
résulte uniquement d'un arbitrage économique face à des
coûts et des gains. »17(*) Nous étudierons tout d'abord cette analyse
coût-avantages, qui débouche sur un calcul des taux de rendement
de l'éducation.
Pour les gouvernements, tout comme pour les individus, le
choix d'investissement dépend d'un calcul rationnel, souvent instinctif,
en termes de « coût-avantages » qui prend en compte
le niveau des coûts (l'investissement), l'avantage attendu, ainsi que le
facteur risque.
Selon la théorie du capital humain, -même si, on
le verra d'autres facteurs rentrent en jeu-, un individu décidera de
faire des études, selon ses aptitudes et ses goûts, si le
coût de l'éducation est inférieur ou égal à
son bénéfice escompté18(*). Il comparera plusieurs investissements
« alternatifs » (souvent résumés à
étudier ou travailler) et choisira celui qui est le plus rentable en
fonction de se qu'il va lui coûter dans un premier temps, et ce qu'il va
lui rapporter plus tard. Un investissement est vu comme une utilisation
rentable des ressources (le temps et l'argent) si les avantages sont
supérieurs aux coûts. Comme la demande d'éducation est une
fonction croissante de la rentabilité anticipée, plus
l'investissement éducatif est rentable (en termes de
débouchés et de gains escomptés), plus il y aura de
candidats. Cependant, nous verrons plus loin que l'analyse
coût-avantages ne suffit pas à expliquer la demande et
la structure de l'offre joue un rôle crucial.
Il faut évaluer l'investissement de l'éducation
en termes de coût d'opportunité, ou le « manque à
gagner19(*) »
qu'il représente, c'est-à-dire l'opportunité relative
à laquelle l'individu renonce en faisant un choix. Aller à
l'école signifie ne pas travailler et le sacrifice est d'autant plus
important dans les pays où une partie conséquente du revenu
familial est composé de l'activité des enfants, comme au Burkina
Faso. En effet, « l'enfant constitue (...) une des bases de
l'organisation du travail »20(*) : 51% des enfants burkinabé de 10
à 14 ans travaillent21(*) (OIT) et participent donc au revenu du ménage.
S'ils ne pratiquent pas une activité rémunérée, ils
peuvent être d'une aide précieuse dans la réalisation des
tâches ménagères, d'autant plus jeune lorsqu'ils
proviennent d'une famille pauvre et surtout les filles. Ainsi, « la
valeur du revenu ou du travail domestique non payé auquel il faut
renoncer explique en grande partie la faiblesse de la demande
d'éducation des familles pauvres. »22(*)
D'autre part, dans un pays avec un taux de chômage
élevé, comme au Burkina Faso, l'alternative à
l'éducation pour un jeune peut être soit un salaire, soit le
chômage. C'est le cas de beaucoup de diplômés
burkinabés : 25% des diplômés du supérieur23(*) et 80% de ceux du
secondaire24(*) ne
trouvent pas d'emploi. Cette perspective n'étant pas très
réjouissante, cela peut réduire la demande d'éducation et
pousser un jeune à ne pas étudier ou même à quitter
l'école en cours de scolarisation. Cependant, même quand le
chômage est élevé, « le coût
d'opportunité du temps des étudiants est rarement
zéro » (Psacharopoulos et Woodhall - 1988, page 23).
Ainsi, le coût d'opportunité de
l'éducation pèse lourd dans la demande d'éducation.
Malheureusement, au Burkina Faso, beaucoup de parents perçoivent le
coût d'opportunité de l'éducation d'une fille comme plus
élevé que celui d'un garçon car elle peut aider
très tôt à la maison, ce qui explique une moindre demande
d'éducation pour elles. Selon une étude, « 85,7% des
filles contre 32,5% des garçons font le ménage avant d'aller
à l'école et au retour 70,6% des filles contre 31,6% des
garçons font des travaux domestiques »25(*). L'investissement en
éducation parait moins rentable pour une fille pour plusieurs
raisons culturelles et sociales : 1) elle est de toute façon
destinée à devenir mère et donc à ne pas travailler
ni à voyager ; 2) il y a peu d'emplois ouverts aux femmes, et 3)
les études représentent « un capital perdu pour son
propre lignage et un avantage dont bénéficierait celui de son
mari. Trop instruite, la jeune fille représente de surcroît un
« danger » pour tout mari potentiel dans la mesure
où elle peut, en cas de conflit, lui opposer l'argument de la
loi. » (Etienne Gérard - 1997). Ces arguments, entre autres,
expliquent la moindre scolarisation des filles en Afrique (au Burkina Faso, le
ratio fille/garçon dans le primaire est seulement 0,777 en 2005) et
entretiennent le cercle de vicieux pour la condition de la femme et la
pauvreté. Selon certaines études, il existe des incitations pour
la demande individuelle d'éducation des filles (chapitre 2, partie
2).
Comme nous le verrons par la suite, lorsque nous traiterons
des déterminants de la demande, le coût privé de
l'éducation est constitué des dépenses directes de
l'éducation et du manque à gagner et les avantages
anticipés de l'individu, peuvent être directs ou indirects,
économiques ou extra-économiques (le plus important
étant le revenu plus élevé tout au long de la vie active).
L'individu va aussi pondérer son calcul coût-avantages par le
risque d'échec, que Mingat va décrire dans son
« modèle d'arbitrage entre rendement et risque ».
Selon lui, l'origine sociale conditionne la demande d'éducation et
modifie la conception du risque. En général, un étudiant
préfère des études à taux de rendement
anticipé élevé (les études
« difficiles ») et en même temps celles où il
a les meilleures chances de réussir : il va donc faire un arbitrage
entre rendement et risque.
A aptitudes scolaires comparables, les jeunes issus de milieux
défavorisés ont tendance à choisir des études plus
faciles où le risque d'échec est moins grand car ils accordent un
poids plus important au risque. Ils vont donc opérer une sorte
d'autosélection, ce qui explique qu'ils choisissent des études
à faible taux de rendement et que la structure de classe est maintenue,
surtout dans les pays à fortes disparités, comme le Burkina Faso.
L'autosélection y est en effet très importante, comme on peut le
constater dans les différents choix d'études opérés
par les enfants, en fonction de leurs milieux d'origine. Mais plus que tout, le
revenu familial et le manque à gagner poussent les jeunes de familles
modestes à ne pas poursuivre leurs études, au supérieur
comme au primaire.
Nous allons à présent voir les disparités
qui existent en termes de taux de rendement.
I.1.3) Disparité des taux de rendement de
l'investissement humain
A la suite de la comparaison entre coûts et avantages
des différents investissements, l'individu peut calculer le taux de
rendement de chacun, puis il choisira investissement alternatif le plus
rentable. On parle du « taux de rendement privé » de
l'éducation pour le résultat du calcul coût-avantage de
l'éducation, du point de vue de l'individu (et du taux de rendement
social pour la société). C'est un des déterminants
cruciaux de la demande individuelle d'éducation26(*).
Cependant, les diverses études sur les taux de
rendement soulignent des différences notables selon différents
paramètres (géographique, social, sexuel), que la théorie
du capital humain ne permet pas d'expliquer.
I.1.3.1) Disparités géographiques de la
rentabilité de l'éducation
Pour commencer, Psacharopoulos et Patrinos ont examiné
98 pays de 1960 à 1997 et en ont conclu que les taux de rendement de
l'enseignement primaire sont substantiellement plus élevés que
celles de l'enseignement supérieur (18,90% contre 10,8%).
Psacharopoulos, dans un rapport de l'ONU de 2003, a calculé que le
taux de rendement individuel moyen de l'éducation primaire est de 27%.
Le tableau 7) ci-dessous27(*), qui résume ses analyses, met en
lumière les taux de rendement de l'éducation, par niveau et par
région. On s'aperçoit d'une part que les taux de rendement
privé sont plus élevés que les taux de rendement sociaux.
7) Taux de rendement de l'investissement en éducation
par niveau, en dernière année, moyenne régionale (%) *
Hors OCDE
|
Social
|
Privé
|
Région
|
Primaire
|
Secondaire
|
Supérieur
|
Primaire
|
Secondaire
|
Supérieur
|
Asie
|
16,2
|
11,1
|
11,0
|
20,0
|
15,8
|
18,2
|
Europe/ Moyen Orient/ Afrique du Nord*
|
15,6
|
9,7
|
9,9
|
13,8
|
13,6
|
18,8
|
Amérique Latine / Caraïbes
|
17,4
|
12,9
|
12,3
|
26,6
|
17,0
|
19,5
|
OCDE
|
8,5
|
9,4
|
8,5
|
13,4
|
11,3
|
11,6
|
Afrique Subsaharienne
|
25,4
|
18,4
|
11,3
|
37,6
|
24,6
|
27,8
|
Burkina Faso
|
23,2
|
27
|
-
|
-
|
-
|
-
|
|
|
|
|
|
|
|
Monde
|
18,9
|
13,1
|
10,8
|
26,6
|
17,0
|
19,0
|
Données : UNESCO28(*) et Banque Mondiale
D'autre part - et le document 8) le confirme - elle est plus
rentable en Afrique subsaharienne par rapport aux autres régions, et ce,
surtout i) pour le niveau primaire et ii) pour le rendement privé
(tableau 7). En effet, alors que le taux de rendement privé pour le
primaire est de 26,6% en moyenne dans le monde, il est supérieur de 11
points de pourcentage (37,6%) en Afrique subsaharienne. Des études
suggèrent que « dans les pays en développement, le taux
de rendement moyen du capital humain est supérieur au taux de rendement
du capital physique »29(*). D'autres montrent qu'un investissement physique est
plus rentable s'il est accompagné d'un investissement en capital humain.
C'est pourquoi l'investissement en capital humain, c'est-à-dire
l'éducation, surtout au niveau primaire, doit devenir la priorité
des pays en développement et des bailleurs de fond.
Au Burkina Faso, le taux de rendement social de la
scolarisation est assez bas : 23,2% dans le primaire et 27% dans le
secondaire30(*). Plusieurs
raisons peuvent être évoquées : i) le taux de
rendement du capital humain est plus faible dans l'agriculture, or, le secteur
emploie 88,6 % de la population active et contribue pour plus d'un tiers
du PIB (37,2% en 1998) ; d'autre part, ii) le progrès technologique est
faible et les emplois qui requièrent de hautes compétences sont
limités. Ainsi, le taux de croissance du capital humain a encore un
faible impact sur la croissance économique burkinabé.
8) Taux de rendement par année de scolarisation et
par région

Les taux de rendement marginaux de l'éducation sont
décroissants avec le revenu car le stock de capital humain est
relativement limité et plus on part de bas, plus on gagne à
s'éduquer. Ainsi, plus le PIB par habitant est bas, plus les taux de
rendement, social et privé, sont élevés ; ce qui
explique les différences qui apparaissent dans les documents 7), 8) et
9).
I.1.3.2) Par niveau de revenu et origine sociale
D'autre part, si on considère que le niveau de capital
humain et de revenu sont liés, on peut dire qu'un individu qui a un
revenu élevé et donc un stock de capital humain important, va le
transmettre à ses enfants, qui partent donc avec plus de capital humain.
L'enseignement supérieur sera pour eux plus rentable que le primaire. La
transmission intergénérationnelle de capital humain explique donc
qu'avec un revenu bas, l'enseignement de base est le plus rentable (en
considérant vérifié le lien éducation-revenu).
C'est pourquoi Psacharopoulos, et bien d'autres spécialistes du
développement considèrent que l'enseignement primaire devrait
être la priorité des politiques de développement dans les
PVD. Une recommandation que les institutions et les gouvernements ont suivi,
comme nous le verrons plus loin.
9) Taux de rendement privé de l'éducation par
niveau de revenu
35
19
24
30
19
19
21
13
15
0
13
8
0
5
10
15
20
25
30
35
Taux de rendement privé (%)
199
2403
4184
13 100
Revenu par habitant
Primaire
Secondaire
Supérieur
![]()
Au-delà de la simple influence du niveau de salaire sur
le rendement de l'éducation, il « reste étroitement
liée aux origines sociales »31(*), qui conditionnent, d'une part la demande
d'éducation, et d'autre part l'emploi et donc les revenus.
L' « analyse du cheminement », présente une
fonction de gain révisée :
Milieu familial capacité intellectuelle
éducation emploi revenu
où le milieu familial est la composante principale qui
détermine le niveau de revenu futur (Psacharopoulos - 1988)32(*).
I.1.3.3) Par sexe
Psacharopoulos a aussi montré une différence
notable du taux de rendement de l'éducation entre homme et femme
(schéma 10). Certains ont essayé d'expliquer cette
différence par une erreur de mesure due au choix
délibéré des femmes de participer de façon
discontinue dans le marché de l'emploi et donc de choisir des formations
qui le leur permettent (« hypothèse de l'atrophie »
de Polacheck - 1979).
10) Taux de rendement de l'éducation par genre
11,1
12,4
0
2
4
6
8
10
12
14
Taux de rendement (%)
Hommes
Femmes
![]()
Cependant, il semblerait que l'investissement en
éducation pour les filles est simplement plus rentable que celle pour
les garçons (notamment parce qu'elles s'impliquent plus). Cependant,
quand on observe les détails par niveau, le taux de rendement dans le
primaire est significativement plus élevé pour les garçons
(20% contre 12,8%), et la tendance s'inverse avec les niveaux
supérieurs, (13,9% pour les garçons contre 18,4% pour les filles
dans l'enseignement secondaire et 12,7% - 13,4% dans le supérieur).
I.1.3.4) Conclusion
Ainsi, il semble d'après les travaux de Psacharopoulos
que des facteurs comme le niveau d'enseignement, la zone géographique,
le sexe et le revenu affectent le taux de rendement de l'éducation -
c'est-à-dire l'impact qu'elle a sur l'individu et ses gains, et donc sur
sa demande. Mais on peut tirer plusieurs conclusions à ce stade de
l'étude :
i) tout d'abord, l'enseignement est un investissement rentable
en Afrique subsaharienne (car le rendement de l'éducation est une
fonction décroissante de l'investissement), et pour l'individu (car
les taux de rendement sont élevés et supérieurs aux taux
de rendement sociaux) ;
ii) ensuite les priorités des pays en
développement doivent être portées sur l'enseignement
primaire et l'éducation des filles, qui ont un taux de rendement
supérieur.
Le taux de rendement privé de l'éducation est
donc influencé par un ensemble de paramètres à la fois
internes et externes à la personne et ainsi, la demande individuelle
d'éducation ne dépend pas que d'un calcul rationnel de
coût-avantages mais aussi de ces paramètres externes, qu'il faut
considérer dans le calcul des gains anticipés. Nous allons
désormais énumérer les déterminants de la demande
individuelle d'éducation, qui sont d'une part économiques mais
aussi extra-économiques.
I.2) Les déterminants de la
demande individuelle
L'analyse économique répertorie les
déterminants de la demande individuelle et sociale d'éducation,
qui sont d'une part les coûts et d'autre part, les impacts - ou les
avantages anticipés - de l'éducation, qui peuvent être
économiques ou extra-économiques.
I.2.1) Les déterminants économiques
Comme nous l'avons énoncé
précédemment, les individus opèrent un calcul
coût-avantages afin de déterminer s'ils vont investir ou non dans
l'enseignement. La corrélation éducation-croissance permet de
comprendre la demande sociale33(*) d'éducation ; quant à la demande
individuelle, il s'agit d'un calcul sur la causalité
éducation-productivité-gain. La décision de poursuivre ses
études, à quelque niveau que ce soit, est le fruit d'une analyse
entre coûts et avantages économiques et d'autres facteurs sociaux,
religieux, culturels, etc.
I.2.1.1) Les coûts directs et indirects
Le coût privé de l'éducation est
constitué d'une part des dépenses directes de
l'éducation : droits d'inscription et les frais annexes comme
l'achat de matériel, de livres et parfois d'uniformes, le transport. Ils
varient d'un niveau et d'un établissement à l'autre et peuvent
être réduits par les bourses et autres aides financières de
l'Etat. D'autre part, il y a le coût indirect, majoritairement
constitué du manque à gagner du temps passé à
l'école plutôt qu'à travailler : « la valeur
du revenu ou du travail domestique non payé auquel il faut renoncer
explique en grande partie la faiblesse de la demande
d'éducation »34(*).
Au Burkina Faso, le coût d'opportunité que
l'école représente et le revenu sont les principaux freins
à la scolarisation car ils conditionnent la demande (individuelle et
sociale. Les familles à faibles revenus ne peuvent pas se permettre de
scolariser tous leurs enfants. En effet, « le coût de
l'enseignement primaire pour les familles (droits plus manque à gagner)
est de 200 000 F.CFA par an »35(*) alors que le revenu moyen est de 157 430 F. CFA
pour 2004. La demande effective est une fonction positive du revenu (Meerman,
(1979) car certaines familles préfèrent consommer cette somme
dans le court-terme pour améliorer le quotidien plutôt que de
l'investir dans l'enseignement de leurs enfants, qui en plus, rapportera des
bénéfices incertains. Et même si l'enseignement est gratuit
et que le sacrifice est moindre, les coûts indirects liés à
la fréquentation scolaire et le manque à gagner suffisent souvent
à dissuader les familles.
I.2.1.2) Les avantages escomptés
Les avantages économiques anticipés peuvent
être directs ou indirects. L'avantage direct le plus important est, bien
entendu le revenu plus élevé tout au long de la vie active,
lié à la corrélation éducation-gain
présupposée dans la théorie du capital humain.
Mais l'analyse en termes de coût-avantages ne suffit pas
à expliquer la demande individuelle d'éducation. En effet, un
individu n'est pas totalement libre de ses choix ; son "profil"
(âge, statut, aptitudes, perspectives de gains et aussi milieu d'origine,
etc.) et d'autres facteurs externes entrent en compte et agissent sur sa
demande d'éducation. Il existe des éléments
économiques indirectement lié à l'individu, qui sont
susceptibles d'affecter sa demande d'enseignement.
Le niveau de chômage du pays, par exemple, lié
aux avantages anticipés du travail qualifié (gains plus
élevés) et la conjoncture générale (politique,
économique et sociale) peuvent aussi jouer fortement sur la demande
d'éducation et c'est notamment une des raisons actuelles de la
sous-scolarisation actuelle au Burkina Faso. En effet, le chômage des
diplômés (résultant, entre autre, de la saturation du
marché du travail et au manque de dynamisme économique)
découragent les familles à scolariser leurs enfants car
l'investissement est supérieur aux avantages anticipés. Il
règne un certain désenchantement en ce qui concerne le rôle
de l'école au Burkina Faso, en raison, notamment, de son
incapacité à assurer la mobilité sociale ou un emploi
mieux rémunéré.
1.2.2) Les déterminants
extra-économiques
« Contribuant à l'équilibre et
à l'épanouissement des élèves, les préparant
à la vie active et collective, l'éducation a des fonctions
multiples36(*). » En effet, l'éducation peut avoir
une multitude d'« effets externes »
extra-économiques sur l'individu, qui vont influer sur sa demande.
Déterminants indirects
Des facteurs économiques indirects ou
extra-économiques, d'ordre culturel ou social, sont susceptibles de
faire considérablement varier la demande d'éducation. Anderson
(1983) a étudié la contribution de la sélection sociale
sur l'accès à l'enseignement, en prenant comme facteurs le niveau
d'éducation du père, sa profession et le revenu familial. Il
montre que l'accès à l'école est inégal selon ces
trois critères et que si les parents d'un enfant sont illettrés,
qu'ils ont de bas revenus et un faible statut social, il aura moins de chance
d'être scolarisé. D'autant plus qu'au Burkina Faso, cette
catégorie de personnes défavorisées vit majoritairement en
zone rurale, où l'accès à l'école est souvent plus
difficile pour des questions de distance et/ou de mauvaise communication. Les
déterminants extra-économiques jouent plus en la défaveur
de la demande de scolarisation des filles.
D'après le schéma récapitulatif suivant
(graphique 11), le profil type d'un enfant non-scolarisé est une fille
qui vit en zone rurale, dans un ménage pauvre et dont la mère
n'est pas éduquée. La définition de ce profil permet de
savoir quel type de personne a une demande d'éducation inférieure
et donc de rechercher des solutions, en termes d'incitations notamment, pour
stimuler cette demande et pour approcher l'égalité des chances en
matière de scolarisation.
11) Distribution/répartition des enfants
non-scolarisés (%) 2001
100
47
53
18
82
23
77
25
75
0
20
40
60
80
Homme
Femme
Milieu urbain
Milieu rural
Les 40% plus riches
Les 60% plus pauvres
Mère éduquée
Mère sans
éducation
![]()
Données : Education Pour Tous (2007)
La représentation et l'acceptation de l'école
par la société ou la famille influe également, contre la
scolarisation des enfants. Autrefois vue à travers le prisme de la
colonisation, l'Ecole a mis du temps à faire peau neuve et à
être vue comme bénéfique par les burkinabés, qui se
souvenaient de l'école coloniale, des programmes inadaptés, des
valeurs étrangères inculquées à leurs enfants et
des chocs intergénérationnels. Après
l'indépendance, l'Ecole avait regagné la confiance des
burkinabés, qui avaient retrouvé le « goût des
études ». Ils la voient désormais comme une
« machine à chômeurs » et le doute sur
l'intérêt de l'instruction a regagné du terrain.
« Pour ceux qui n'ont pas été à
l'école, l'enseignement proprement dit n'est pas réellement
considéré, il ne fonde pas non plus d'attentes
particulières. L'important (...) réside dans la
capacité de l'ancien élève à trouver du travail.
(...) Chômage, inutilité des études, mais
également besoin de main-d'oeuvre, souci de l'avenir et
nécessité de prévoir la transmission de son patrimoine,
... tout cela et bien d'autres paramètres culturels et sociaux, entrent
en compte dans la demande d'éducation, orientent les pratique
éducatives (...) »37(*)
Cependant, d'autres familles, qu'Anderson appelle
« éducogènes » aspirent à faire
instruire leurs enfants parce que les générations
précédentes ont reçu une bonne éducation et qu'ils
perçoivent l'intérêt d'être instruits. La
qualité de l'éducation - que nous aborderons plus loin - est un
pilier de l'analyse contemporaine et peut affecter la demande sociale
d'éducation car les mauvais résultats et les redoublements
découragent les familles.
D'autres facteurs extra-économiques tels que le groupe
ethnique, la langue, le lieu de résidence, l'état de santé
ou encore la religion conditionnent aussi la demande d'éducation.
Malheureusement, ce genre d'études, qui aideraient grandement à
comprendre la sous-scolarisation, ne sont pas en nombre suffisant. Le peu de
recherches qui existe montrent que l'origine sociale agit de façon
déterminante sur la demande d'éducation. Les stratégies
familiales d'éducation seront analysées dans le chapitre 2,
partie I.2.
Apports d'autres disciplines
Il est intéressant d'enrichir les apports des
économistes avec des approches sociologiques et anthropologiques car
l'éducation est un objet multidimensionnel, qui peut être
abordé sous différents angles. Les sociologues (Bourdieu,
Durkheim) voient en l'école un lieu essentiel de socialisation et
d'acquisition de la culture. Si son contenu le permet, l'éducation peut
promouvoir la justice sociale, la tolérance et développe l'esprit
de solidarité et la fraternité grâce à l'acquisition
d'une culture commune. L'éducation permet l'épanouissement
personnel et donne les bases pour exercer sa citoyenneté et d'accroitre
les potentialités de l'individu de mener la vie qu'il souhaite. Enfin,
l'école réduit des inégalités sociales et le
travail des enfants. Tout cela pousse les individus à aller à
l'école et les familles à scolariser leurs enfants. Nous
étudierons de plus près l'approche anthropologique dans le
troisième chapitre.
Pour résumer l'effet de l'éducation, du point de
vue de l'économie, de la sociologie et de l'anthropologie, voilà
un schéma qui montre les influences qu'exerce l'éducation
individuelle et collective. Elles sont variées et contribue de
manière générale au bien-être de l'individu, dans le
respect de sa dignité et de ses droits.
12) Effets de l'éducation individuelle et
collective

Source : Cochrane (1979), p. 30.
Les effets externes de l'éducation sont donc multiples
mais « invariablement assortis de jugements qualitatifs qui
diffèrent d'un auteur à l'autre. » (Blaug). De
nombreuses tentatives d'estimation de l'impact social de l'investissement en
capital humain ont, jusqu'à présent, été vaines.
Cependant, les institutions et les gouvernements s'accordent tous à
reconnaître l'instruction comme bénéfique pour l'individu
et en ont fait un droit fondamental.
Reconnaissance de l'éducation comme un droit
fondamental
Afin d'étendre encore les champs d'étude, on
peut donc rajouter que l'éducation possède également une
valeur intrinsèque : c'est un droit fondamental qui permet
l'épanouissement de l'individu qui la reçoit (Sen). Elle est en
effet reconnue comme un droit fondamental, du niveau international jusqu'au
niveau local, car « la démocratie, c'est d'abord la lecture
pour tous. Partager le savoir c'est partager le pouvoir. »38(*) Nous allons brièvement
énoncer les textes de loi qui reconnaissent ce droit et qui peuvent
appuyer notre étude.
Au niveau international
L'article 26 de la Déclaration des Droits de l'Homme et
du Citoyen de 1789 déclare :
« 1. Toute personne a droit à
l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce
qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental.
L'enseignement élémentaire est obligatoire. (...) 2.
L'éducation doit viser au plein épanouissement de la
personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme
et des libertés fondamentales. (...)»
D'autre part, la Convention Internationale des Droits de
l'Enfant de 1989, que le Burkina Faso a ratifié, répertorie les
droits de l'enfant, les missions de l'éducation et introduit aussi la
notion de langue :
« Article 29 - 1. Les États parties
conviennent que l'éducation de l'enfant doit viser à : a)
Favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le
développement de ses dons et des ses aptitudes mentales et physiques,
dans toute la mesure de leurs potentialités ; (...) c) Inculquer
à l'enfant le respect de ses parents, de son identité, de
sa langue et de ses valeurs culturelles (...) ; d) Préparer
l'enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une
société libre, dans un esprit de compréhension, de paix,
de tolérance, d'égalité entre les sexes et d'amitié
entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec
les personnes d'origine autochtone (...)»
Par cet article, la convention définit les objectifs
pédagogiques de l'enseignement et impose la transmission de certaines
normes et valeurs considérées comme universelles et justes, afin
de développer les « dons et aptitudes mentales et
physiques » de l'enfant. Ces valeurs concernent, entre autre, le
respect des droits de l'homme, des libertés fondamentales, des parents,
des valeurs nationales et du milieu naturel. Elle introduit aussi la notion de
langue, qui nous intéresse pour la suite de notre étude.
Au niveau africain
Les principes de l'article 26 de la DDHC sont confirmés
dans l'article 17 de la Chartre Africaine des Droits de l'Homme et des
Peuples39(*) de 1981 :
« 1) Toute personne a droit à
l'éducation. 2) Toute personne peut prendre part librement à la
vie culturelle de la Communauté. 3) La promotion et la protection de la
morale et des valeurs traditionnelles reconnues par la Communauté
constituent un devoir de l'Etat dans le cadre de la sauvegarde des droits de
l'homme. »
Au Burkina Faso
La Constitution de 1991 du Burkina Faso40(*), aux articles 18 et 27,
reconnaît l'éducation comme un droit fondamental et s'engage
à la promouvoir
« Article 18 : L'éducation,
l'instruction, la formation, (...) constituent des droits sociaux et culturels
reconnus par la présente Constitution qui vise à les promouvoir.
(...)
Article 27 : Tout citoyen a le droit à
l'instruction. L'enseignement public est laïc. L'enseignement privé
est reconnu. La loi fixe les conditions de son exercice. »
D'autre part, la Loi d'Orientation de l'Education41(*) adoptée en 1996
définit les orientations scolaires et professionnelles, donne la
structure du système éducatif, le fonctionnement des structures,
et le contenu général des cursus, ainsi que les exigences pour
être enseignant. Dans l'article 4 de la loi, il est indiqué que
les langues d'enseignement sont aussi bien le français que les langues
nationales, sans autre explication ou définition. Elle précise
que l'école est obligatoire de 6 à 16 ans mais hélas, les
réalités tant économiques que culturelles du pays ne
permettent pas l'application de ce principe, car le Burkina Faso manque
cruellement de places disponibles.
« Article 2 : l'éducation
est une priorité nationale. Tout citoyen a droit à
l'éducation sans discrimination fondée sur le sexe, l'origine
sociale, la race ou la religion. L'obligation scolaire couvre la période
d'âge de 6 à 16 ans. Aucun enfant ne doit
être exclu du système éducatif avant ses 16 ans
révolus, dès lors que les infrastructures, les
équipements, les ressources humaines et la réglementation
scolaire en vigueur le permettent. (...) Article 4 :
Les langues d'enseignement sont le français et les langues
nationales. (...) Article 18 : L'éducation non
formelle concerne toutes les activités d'éducation et de
formation, structurées et organisées dans un cadre non scolaire.
(...) »
Ainsi, la demande d'éducation peut être vue comme
le résultat d'un calcul rationnel entre coûts et avantages. Ses
déterminants sont nombreux, et peuvent constituer un moteur ou au
contraire, un frein. La demande d'éducation au Burkina Faso est
très importante mais se heurte, comme nous allons le voir, à une
offre inadaptée a la demande et aux besoins.
II) L'offre éducative au Burkina Faso
Les travaux d'économistes sur la demande
éducative sont très nombreux et offrent un panorama assez complet
sur la question. De plus en plus, les recherches sont dirigées vers la
question de l'offre, que les spécialistes tentent de quantifier et
d'expliquer pour formuler des politiques d'éducation dans les PVD. Comme
nous l'avons déjà évoqué, la demande
d'éducation au Burkina Faso est importante et ses déterminants
sont nombreux, ce qui explique les disparités susmentionnées.
Malgré les efforts financiers consentis par l'Etat, l'offre scolaire
reste en deçà de la demande, compte tenu du rythme
d'accroissement rapide de la population scolarisable (ce qui traduit d'ailleurs
d'un autre paramètre : l'impact de la croissance
démographique sur le secteur de l'éducation). Non seulement
l'investissement financier actuel ne semble pas suffire pour scolariser les
nouveaux enfants mais en plus les générations sont toujours de
plus en plus nombreuses. Selon une estimation de l'UNESCO, en 2005, 1
202 000 enfants burkinabés n'étaient pas
scolarisés42(*).
Cependant, la question la plus urgente n'est pas celle de l'écart
quantitatif entre offre et demande éducative mais plutôt en termes
d'adaptation et d'adéquation de l'une à l'autre.
Quelle politique d'éducation faut-il mettre en place au
Burkina Faso pour inciter les parents à inscrire tous leurs
enfants ? Quel type d'éducation permettrait d'atteindre les
objectifs cruciaux de l'enseignement ? Quel niveau, quelle filière,
quel financement privilégier ? Quel objectif global viser ?
Nous allons désormais étudier les raisons pour
un pays de développer l'éducation, en présentant la
théorie de la croissance endogène, puis, dans une deuxième
sous-partie nous verrons quelle politique éducative est possible. Cela
nous donnera les bases nécessaires à l'analyse du système
éducatif actuellement en place au Burkina Faso.
II.1) Approche économique de l'offre
éducative
II.1.1) La croissance endogène
Théorie
La théorie de la croissance endogène est une
réponse au modèle de Solow (croissance exogène) et se base
sur la théorie du capital humain. Selon le modèle de Solow, en
raison des rendements décroissants des facteurs de production43(*), les économies
atteignent un point de croissance stationnaire. Mais grâce au
progrès technique (ou innovations), qui accroit la productivité
des facteurs, la croissance peut être maintenue. Cela signifie que les
rendements d'échelle sont croissants car à long terme, la
croissance est induite par les innovations. Tandis que le modèle de
Solow considère ce progrès technique comme exogène (sans
l'expliquer), la théorie de la croissance endogène, elle, le
place au coeur de la croissance, qui est vu comme endogène dans le sens
où il dépend des individus et plus précisément de
leur comportement et compétences.
L'innovation nécessite des hommes qualifiés, des
infrastructures performantes et des investissements en recherche et
développement (R&D). Tandis que R. Barro considère que c'est
en augmentant les infrastructures publiques, qu'on peut améliorer la
productivité ; selon R Lucas, c'est plutôt par l'augmentation
de connaissances (capital humain), grâce à l'enseignement ou la
formation. Le capital humain est d'ailleurs transmissible et s'accumule d'une
génération à l'autre (Lucas). Enfin, Romer (1987) pense
que la R&D permet l'accumulation du capital humain, qui créé
de la croissance, il faut donc investir en recherche.
Pour les pays développés, qui innovent, il faut
une main-d'oeuvre qualifiée et compétente, qui sache inventer des
nouvelles techniques et de nouveaux produits, et qui soit surtout capable
d'utiliser du matériel sophistiqué. Les pays près de la
« frontière technologique » vont donc miser sur
l'enseignement supérieur pour former ces travailleurs. Ceux qui sont
loin de cette frontière, les PVD, doivent choisir une éducation
générale et de qualité (qui développent
connaissances et compétences) qui permette le rattrapage
technologique : le primaire et le secondaire (Aghion).
Ainsi, l'éducation opère une influence indirecte
sur la croissance en améliorant la productivité des individus via
les innovations et la diffusion technologique, et les pays, selon leurs
besoins, doivent privilégier une certaine éducation : le
supérieur pour les pays développés (innovation) et le
primaire et secondaire pour les pays en développement
(rattrapage). Aghion vient donc porter sa pierre dans la théorie de
la croissance endogène en considérant imitation technologique et
innovation comme facteurs de productivité et l'éducation comme
facteur de croissance endogène.
Démonstration
Dans la théorie de Solow, il existe deux facteurs de
production (input) : le capital physique : K, qui est
reproductible ; et travail qualifié : L. Si on les double,
alors la production (output) est aussi doublée :
2f (K,L) = f (2K, 2L)
La théorie de la croissance endogène modifie la
fonction de production en stipulant qu'il y a deux facteur de production
reproductibles : K et C (selon les auteurs : le capital humain, les
infrastructures publiques ou la R&D). Si on multiplie par 2 tous les
facteurs (K,C,L), alors la production va plus que doubler :
2f (K, L) = f (2K, 2L) < f [2(K+C), 2L].
La croissance économique est donc maintenue. La
croissance endogène permet d'éviter que les rendements marginaux
décroissants n'aboutissent à un état stationnaire.
La théorie de la croissance explique donc les
situations de divergence entre les pays : certains n'arrivent pas à
rattraper leur retard technologique soit parce qu'ils n'investissent pas dans
la bonne éducation, ou pas assez en R&D ; ce qui les met dans
des situations de « trappes à pauvreté ». Un
pays caractérisé par une fertilité élevée et
un niveau d'éducation bas est dans un cercle vicieux. En effet,
« quand la génération précédente n'a pas
assez investi dans l'éducation (...), l'éducation cesse
d'être valorisée et la génération investit encore
moins. (...) L'insuffisance passée des investissements éducatifs
décourage l'acquisition actuelle de qualifications et ampute, de ce
fait, la croissance future. » (Aghion, 2000, page 359) La fertilité
est un des facteurs de situation de trappe de sous-développement.
On peut modifier la situation en changeant les conditions
initiales : par un arbitrage entre « quantité et
qualité des enfants » (Becker). Comme nous l'avons vu
précédemment, la « qualité » d'un
enfant, au sens de Becker, est mesurée par le volume de capital humain
qu'on leur incorpore, c'est-à-dire l'éducation qu'on peut lui
donner, et plus on a d'enfants, plus on doit limiter leur éducation. La
taille de la descendance dépend du niveau d'instruction des parents - et
surtout de la mère - car elle réalise qu'avoir trop d'enfants
n'est pas « rentable », car le coût
d'opportunité de l'éducation d'un enfant augmente si elle est
éduquée. Pour baisser la fécondité, on peut donc
augmenter la scolarisation des filles dans les pays en développement.
II.1.2) Les politiques d'éducation
Les institutions internationales et les gouvernements montrent
depuis les années 1960 un regain d'intérêt pour les
questions de l'éducation comme facteur de développement. Nous
allons voir tout d'abord cet intérêt croissant pour les politiques
éducatives, puis nous déterminerons quelle politique appliquer
à quel contexte (en équilibrant équité et
efficacité), avec celui du Burkina Faso.
II.1.2.1) De Jomtien à Dakar, puis aux Objectifs du
Millénaire pour le Développement
Le PNUD, la Banque Mondiale, le FMI et d'autres institutions
internationales soutiennent que l'éducation est un des piliers du
développement. En 1990, lors de la Conférence mondiale sur
l'éducation pour tous, tenue à Jomtien, en Thaïlande, les
délégués de 155 pays ainsi d'autres intervenants se sont
engagés à universaliser l'enseignement primaire et réduire
l'illettrisme avant 2000. A la date butoir, alors que l'Enseignement Primaire
Universel (EPU) n'est pas atteint, cet engagement est relancé lors du
Forum Mondial sur l'Education à Dakar, qui insiste aussi sur la
nécessité d'une éducation de base de qualité pour
tous d'ici à l'an 2015 (et particulièrement sur la scolarisation
des filles).
La même année, lors de l'Assemblée
Générale des Nations Unies, les 191 Etats membres ont
signé la Déclaration du Millénaire pour l'avènement
d'un monde meilleur, qui confirme cet engouement pour l'éducation. Ils
sont convenus de huit objectifs du millénaire pour le
développement (OMD) à atteindre parmi lesquels deux concernent
l'éducation : le deuxième OMD est d'assurer l'EPU et le
troisième est de promouvoir l'égalité des sexes (notamment
au sein de l'enseignement) et l'autonomisation des femmes.
On utilise différents indicateurs pour mesurer
l'objectif 2 : i) le taux net de scolarisation dans le primaire44(*), ii) la proportion
d'écoliers commençant la première année
d'études dans l'enseignement primaire et achevant la cinquième et
iii) le taux d'alphabétisation des 15 à 24 ans.

Comme on peut le voir sur le schéma45(*) ci-dessus, l'Afrique
Subsaharienne est particulièrement « en retard » en
ce qui concerne la scolarisation dans le primaire par rapport aux autres
régions du monde, et l'évolution générale semble
montrer qu'elle n'est pas prête de rattraper le niveau. Cependant, on
note de nettes améliorations ces dernières années, comme
nous le verrons dans le chapitre 2 : le taux brut de scolarisation dans le
primaire est passé de 60,7% en 2006 à 39,9% en 1996, ce qui est
une augmentation importante mais toujours insuffisante pour atteindre l'OMD 2.
Sur la base de la progression actuelle de 2,8 points par an, le taux de
scolarisation attendu à la date butoir (2015) est d'environ 86%.
Atteindre l'objectif de 100% d'ici à 2015 est très ambitieux pour
le Burkina Faso : il faudrait réaliser un accroissement annuel de 4
points du taux actuel de scolarisation.
Quant à l'objectif n° 3 (parité
garçons/filles dans l'enseignement primaire avant 2005), il n'a pas
été atteint et n'est pas prêt de l'être dans
certaines régions, en raison des progrès insuffisants, notamment
dans le domaine de l'éducation. Le ratio filles/garçons dans le
primaire au Burkina Faso, comme nous l'avons vu précédemment, est
passé de 0,645 en 1996 à 0,777 en 2005. De plus en plus de filles
ont accès à l'enseignement primaire mais c'est encore trop
insuffisant et cela laisse penser que la parité est encore loin
d'être atteinte dans le pays.
II.1.2.2) Quelle politique pour le Burkina
Faso ?
Politique éducative
Le problème économique de base auquel tous les
gouvernements doivent faire face est l'allocation des ressources rares entre
des objectifs concurrents : entre consommation et investissement
(satisfaction immédiate des besoins contre création de
capacité à produire dans le futur) et en matière
d'éducation, entre « quantité et la qualité des
élèves ». Un arbitrage est fait entre accueillir plus
d'enfants (quantité) ou dépenser plus pour chacun
(qualité). Le Burkina Faso essaie de poursuivre deux objectifs qui sont
contraires : offrir un enseignement de masse et de qualité. D'autre
part, comment les ressources devraient être allouées au sein du
système éducatif, entre les différents niveaux, entre les
formations générales et spécialisées, entre les
différents types d'écoles, etc. ?
Avant de poser la question du financement, il faut se demander
quelle offre éducative s'adapte à la demande sociale et
privée et quelle éducation est efficace pour former des citoyens
productifs et utiles. Tandis que certains auteurs pensent que le
système scolaire nécessite plus d'argent, d'autres
considèrent qu'il est inefficace et qu'il faut avant tout le
réformer. Il semble que ces deux hypothèses sont
complémentaires.
Comme le souligne la théorie de la croissance, les
politiques d'éducation doivent être définies en fonction de
l'état de développement du pays. Dans le cas du Burkina Faso, le
retard en terme de développement implique de se focaliser sur
l'enseignement de base, pour développer le niveau général
d'éducation et ainsi, avoir une population en moyenne plus
éduquée et apte à rattraper ou imiter la technologie des
pays développés. Mais quelle éducation de base ? Pour
quelle finalité spécifique ? A qui la donner ? Qu'est
ce qu'il faut enseigner ? Dans quelle langue ? Quels doivent
être les critères ?
Ce schéma, inspiré de la méthode des
« 4 A » de l'ONU, montre qu'un système
éducatif est effectif quand l'offre est acceptable (les populations en
acceptent les objectifs) ; adaptable (le système est adapté
aux différents besoins et contextes des élèves) ;
avec une dotation adéquate (en personnes et en équipements,
conformément aux besoins réels) et accessible (ouvert à
tous).
13) L'effectivité du droit à
l'éducation : un noeud de capacités

Or, on peut dors et déjà dire que parmi ces
quatre critères, trois d'entre eux sont déjà loin
d'être atteints par l'enseignement primaire au Burkina Faso :
adaptabilité, accessibilité et dotation adéquate.
En effet, les programmes ne sont pas adaptés aux
besoins de la population pour plusieurs raison. Tout d'abord l'utilisation du
français fait perdre du temps et de l'argent, et ensuite la formation
dans les matières généralistes n'est pas adaptée
à la structure d'emploi traditionnelle où l'agriculture est le
secteur majoritaire (il emploi 88,6 % de la population active et contribue
pour plus d'un tiers du PIB).
Par ailleurs, l'école n'est pas accessible à
tous, outre l'autosélection qui s'opère, le système de
droits d'inscription et de bourses est très sélectif et
élitiste (sur critères de revenu, d'âge et selon les
résultats).
Enfin, les moyens humains et matériels sont
inadéquats : personnel enseignant peu qualifié, taux
d'encadrement insuffisant, manque de manuels, de fournitures, de salles de
classe (nous étudierons ces variables de plus près dans le
chapitre 2). Cette inadéquation rend les performances des
élèves très insuffisantes, et inégales.
L'acceptabilité est une notion très subjective,
mais l'étude des stratégies familiales montre que la population
considère l'éducation - formelle du moins - comme peu utile, pas
indispensable, voire parfois néfaste.
Les problèmes actuels de l'école
burkinabé se situent aux niveaux de l'accès à
l'éducation d'une part, et ensuite, de la qualité de l'offre
éducative, comme nous allons le voir tout de suite. Les politiques
d'éducation doivent donc chercher à définir ce qui
pourrait pousser les enfants à aller à l'école (en termes
de scolarisation et de participation) et les parents à les y inscrire
(offrir des incitations à la demande), et comment améliorer
l'effectivité et l'équité du système actuel, pour
fournir un enseignement de qualité.
Politiques linguistiques
Selon Maurice Houis, il existe quatre modèles possibles
pour l'enseignement français46(*) :
- l'enseignement monolingue en français sans
référence aux langues africaines ;
- l'enseignement monolingue en français avec
référence aux langues africaines ;
- l'enseignement bilingue, équilibrant les fonctions
pédagogiques entre français et langues africaines ;
- l'enseignement monolingue en langues africaines avec
éventuellement le français enseigné comme langue
étrangère.
Le Burkina Faso, pour des raisons financières, a choisi
de maintenir l'enseignement monolingue, datant de la période de la
colonisation, avec parfois des références aux langues
africaines47(*). Les
résultats sont, comme nous l'avons vu, médiocres. « Les
Etats ne devraient plus tergiverser, le contexte sociolinguistique leur impose
le bilinguisme à l'école primaire et l'enseignement des langues
africaines au secondaire et au supérieur. »48(*)
Nous allons désormais présenter succinctement le
système éducatif burkinabé, qui est pluriel, ce qui nous
servira par la suite à confronter l'offre et la demande
d'éducation.
II.2) Structure de l'appareil éducatif
burkinabé actuel
Le Burkina Faso possède un système
éducatif complexe et diversifié, dont on limitera l'étude
au cycle primaire uniquement. Il existe une branche formelle et une informelle,
que nous allons commencer par présenter, puis nous verrons
l'enseignement privé et public.
L'enseignement primaire est de loin, l'objectif prioritaire du
gouvernement en matière d'éducation. On peut voir dans la
pyramide éducative (document 14), que la grande majorité des
effectifs sont concentrés dans ce premier cycle, ce qui s'explique entre
autre par la part de la population d'âge scolaire (49% de la population a
moins de 15 ans), et aussi par les politiques d'enseignement de masse, la forte
sélection au-delà du primaire, la désillusion des
études, le chômage des diplômés, etc. Plus on monte
dans les niveaux, plus la pyramide se rétrécit, pour atteindre
127 étudiants du supérieurs pour 100 000 habitants
(autrement dit, 0,127% de la population font des études
supérieures). Cependant, ces élèves favorisés
s'approprient 67% des ressources publiques, en raison du coût
élevé de ce niveau.
14) Pyramide éducative 2002/2003

II.2.1) Education formelle et informelle
Le système éducatif dit
« formel » est administré par trois
différents ministères, (un pour le préscolaire, un pour
l'enseignement de base et l'autre pour le secondaire et le
supérieur49(*)) ; il est régi par la Loi d'Orientation
du 9 mai 1996. Comme nous l'avons vu page 24, cette loi indique que
l'école est obligatoire de 6 à 16 ans et chaque enfant doit
recevoir une éducation « dès lors que les
infrastructures (...) le permettent », et l'insuffisance de l'offre
scolaire augmente avec le niveau d'enseignement (mais nous restreindrons notre
recherche à l'enseignement primaire).
L'école publique burkinabé est fondée sur
la même structure et les mêmes fondements de l'école
coloniale. L'enseignement formel comprend un cycle primaire (« de
base », sur lequel nous nous concentrerons), un cycle secondaire et
l'enseignement supérieur50(*). L'éducation de base comprend l'enseignement
préscolaire (3 ans), pour les enfants âgés de 3 à 6
ans et l'enseignement primaire (en principe obligatoire et gratuit) qui
accueille les enfants à partir de 6 à 13 ans (le cours
préparatoire : CP1, CP2 ; élémentaire :
CE1, CE2 ; et moyen : CM1, CM2). La fin du cycle primaire est
sanctionnée par le Certificat d'Etudes Primaires (CEP),
nécessaire pour l'entrée en sixième. L'objectif de
l'enseignement de base est la formation des enfants « à la vie
sociale et aux responsabilités communautaires » et les
programmes se fondent sur l'acquisition du savoir plutôt que de
compétences. On y enseigne d'abord le français comme langue
étrangère, qui devient ensuite la langue d'enseignement. Force
est de constater que les langues nationales ne sont pas valorisées ou
promues (comme le souhaite le décret de 1975).
Comme nous l'avons vu, la demande d'éducation de la
part des familles et des enfants, a connu une croissance soutenue depuis les
années 1960 et l'Etat a du investir massivement dans l'éducation.
Très vite, l'enseignement qui se voulait « de
masse », s'est trouvé être de mauvaise qualité
(taux de redoublement élevé, taux de réussite aux examens
etc.) et encore trop peu accessible (quantité).
Dans les années 1990, avec la croissance fulgurante des
effectifs, les Programmes d'Ajustement Structurel (dont la finalité
reste de privilégier le service de la dette) et la pression
budgétaire auquel le gouvernement burkinabé a dû faire
face, des stratégies pour le développement quantitatif (et
qualitatif) du système éducatif ont été
créées pour répondre à la demande croissante. Nous
en énumèrerons trois : les classes à double flux, les
classes multigrades et les écoles satellites. La classe à double
flux consiste en une classe divisée en deux groupes qui suivent en
alternance les cours. Cela permet de remédier au problème des
effectifs pléthoriques (quantité), et d'améliorer le taux
d'encadrement des élèves (qualité). Mais, la
durée effective de la classe est très courte, ce qui va à
l'encontre d'une école de qualité. Une classe multigrade, comme
son nom l'indique, comprend des élèves de différentes
années d'études (par exemple CP1 et CP2), ce qui permet de
pallier au problème, en milieu rural surtout, de sous-utilisation des
infrastructures et des maîtres. Les écoles satellites accueillent
des enfants de 7 à 9 ans, qui n'ont jamais été
scolarisés et dispensent uniquement les trois premières classes
(CP1, CP2 et CE1), en langue locale. Ils doivent ensuite rejoindre une
école normale. Cela permet une meilleure couverture scolaire dans les
zones rurales (où les enfants vivent souvent loin des écoles).
Malheureusement, une forte proportion de la population n'a pas
accès à l'enseignement formel et de nombreux scolarisés
sont toujours analphabètes en raison de la mauvaise qualité du
système scolaire. Avec des programmes plus flexibles, il existe donc en
parallèle un système « non formel »,
défini par le MEBA51(*) comme « les activités
d'éducation et de formation structurées et organisées dans
un cadre non scolaire » qui a été créé pour
pallier aux insuffisances du système formel. Il comprend
l'éducation non formelle (c'est-à-dire hors-école) des
enfants et l'alphabétisation des adultes.
Plusieurs structures accueillent la population, suivant
l'âge des intéressés : les Centres Permanents
d'Alphabétisation et de Formation (pour les 15-50 ans) ; les Centres
d'Education de Base Non Formelle (pour les jeunes non- scolarisés ou
déscolarisés de 10 à 15 ans) et les Centres de Formation
des Jeunes Agriculteurs (15-18 ans). Toute personne désirant apprendre
à lire et à écrire en ville comme en zone rurale dispose
aujourd'hui d'infrastructures, plus ou moins accessible, habilitées
à l'accueillir.
II.2.2) Enseignement public et privé
Le secteur de l'enseignement privé est défini
comme les « établissements qui ne sont pas gérés
par les pouvoirs publics mais contrôlés et gérés par
des organismes privés, à but lucratif ou non, tels que des
organisations non gouvernementales, des organismes confessionnels, des
groupements d'intérêts, des fondations ou des entreprises
commerciales52(*). » Il peut pallier aux défaillances
de l'enseignement public, mais il peut aussi être inégalitaire en
raison de droits d'inscription sont souvent plus élevés et parce
que les structures sont majoritairement en zones urbaines. « La
ségrégation est le résultat naturel d'un système
éducatif privé, sélectif (...) inversement,
l'intégration est le fruit d'un système fondé sur le
financement public, national ou régional, de
l'éducation.53(*) »
Au Burkina Faso, l'enseignement privé existe, mais il
est assez embryonnaire. En effet, l'enseignement public dispose de 94% des
infrastructures et 86% des effectifs en 2005, et la baisse des droits de
scolarité ont joué en sa faveur en 1992. On remarque cependant
une hausse de 3% des effectifs dans le privé entre 1999 et 2005 (passant
de 11% de l'effectif total à 14%), ce qui participe à un meilleur
accès à l'éducation en général.
Les structures privées peuvent être très
différentes suivant l'organisation (institution, ONG, association
locale ou même entreprise) qui les finance. On trouve plusieurs formes
d'écoles religieuses : l'école coranique, les
médersas, les écoles catholiques, et d'autres non-religieuses.
Elles sont implantées majoritairement en ville et se développe
surtout dans l'enseignement technique. Les écoles religieuses
précitées véhiculent des valeurs de piété et
leur développement est un signe fort de la part des populations d'une
volonté de changement et d'un refus du système en place.
Un autre type hybride d'école que nous allons
voir en détail dans le chapitre 3 est l'école bilingue qui est de
base formelle mais dont la création et la gestion dépend du
village.
Ainsi, l'offre éducative est très variée
et se diversifie de plus en plus, avec notamment les classes à double
flux, les classes multigrades et les écoles satellites dans le secteur
formel ; les Centres Permanents d'Alphabétisation et de Formation,
les Centres d'Education de Base Non Formelle et les Centres de Formation des
Jeunes Agriculteurs dans l'informel et aussi avec le développement du
secteur privé.
Comment peut-on expliquer une telle diversité dans
l'offre éducative ? C'est la manifestation d'une demande sociale
diversifiée et du désengagement de l'enseignement public au
profit de formules alternatives. De plus les récentes lois (Plan
décennal de développement de l'éducation de base) et
études gouvernementales (Etats Généraux de l'Enseignement)
viennent appuyer ces initiatives privées et communautaires, comme nous
le verrons dans le chapitre 3.
Chapitre 2 - Constats de la confrontation entre offre et
demande
I) Un système éducatif peu performant
I.1) Un contexte linguistique et historique instable
Dans cette partie, nous allons présenter le contexte
actuel du Burkina Faso, avec d'une part une présentation de la situation
linguistique du pays ; et d'autre part, une parenthèse historique sur
l'évolution des politiques éducatives et linguistiques depuis la
décolonisation. Cette partie descriptive servira à expliquer les
faibles performances du système éducatif en place et à
énoncer les solutions possibles.
I.1.1) Structure linguistique du Burkina Faso
Avec presque 15 millions d'habitants (dont près de la
moitié ont moins de 15 ans), le Burkina Faso est un des pays les plus
peuplés d'Afrique de l'Ouest. Suite à des mouvements de
populations entre le Xe et XIXe siècle, le peuple
burkinabé est aujourd'hui composé d'une soixantaine
d'ethnies54(*), qui vivent
dans une coexistence pacifique. Tous ces peuples parlent une langue qui leur
est propre, par conséquent, il existe de très nombreuses
langues : entre 60 et 71 ethnolangues selon les sources55(*). Parmi les langues
étrangères parlées au Burkina Faso, on peut citer le
français (langue officielle), l'anglais et l'arabe (et de moindre
importance, l'espagnol et l'allemand), qui sont surtout parlées par ceux
qui ont fréquenté l'école.
Les langues nationales « non
importées » sont issues des ethnies qui peuplent le pays, dont
les 3 principales sont le fulfuldé, le jula et le
mooré (la langue véhiculaire la plus importante par son
poids démographique et son rôle dans la capitale).
Ce tableau, réalisé d'après deux
recensements, un en 1960 et un en 1991, montre la diversité ethnique et
linguistique du pays. Il ne reflète pas la réalité
linguistique du pays (il manque beaucoup de langues), mais permet
d'appréhender cette "mosaïque linguistique et culturelle" du pays
(Maxime Z Somé - 2003), que l'on retrouve dans la classification des
langues qui suit :
15) Groupes ethniques et langues au Burkina Faso (1960-61 et
1991)
Groupes ethniques
|
1960-1961 (%)
|
1991 (%)
|
Langues
|
Classification des langues
|
Bissa
|
5,3
|
4,4
|
Bisa
|
Mandé
|
Bobo
|
16,4
|
6,8
|
bObO (sya)
zaradan, bwamu
|
Non classée
Non classée
|
Autres mandingues
|
|
7,0
|
Meekakan, san,
jula, kan,
jungooma
|
Mandé
Mandé
Mandé
|
Dagara-lobi
|
5,1
|
4,3
|
birfOr dagara,
dagajule ou jari,
?lobiri
|
oti-volta (gur)
oti-volta (gur)
Non classée
|
Gourmantché
|
4,8
|
7,0
|
gurmancema
(gulmacema)
|
oti-volta (gur)
|
Gourounsi
|
6,4
|
6,0
|
kas?m, lyele,
n?n?
|
oti-volta (gur)
oti-volta (gur)
|
Mossi
|
50,0
|
48,6
|
Moore
|
oti-volta (gur)
|
Sénoufo, Gouin
|
6,3
|
2,2
|
sinara, cerma
|
Non classée
|
Peuhl
|
5,5
|
7,7
|
Fulfulde
|
Ouest-Atlantique
|
|
|
|
|
|
Autres
|
0,2
|
6,0
|
wunje, kurumfe
bozo, sjeeku,
dog?m, zarma,
tamaaseq, jaane
dO?Ose ...
|
|
TOTAL
|
100
|
100
|
|
|
Source : Somé (2003)
Les trois langues principales : le fulfuldé
(foulfouldé), le jula (dioula) et le mooré, sont parlées
par plus des ¾ des burkinabés. Comme on peut le constater sur le
tableau 15 et la carte en annexe page 94 les mossi représentent presque
la moitié de la population nationale (7 millions). Elle est aussi
parlée dans d'autres pays comme le Ghana, le Mali, la Côte
d'Ivoire. Le jula, plus parlée au Nord-ouest, est aussi très
usitée au Mali, en Guinée et en Côte d'Ivoire, et est
historiquement liée à l'Islam et au commerce en Afrique de
l'Ouest. Enfin, le fulfuldé, largement répandu dans le Sahel, est
aussi utilisée au Sénégal et au Cameroun. Dans la presse
nationale, les langues nationales sont assez bien représentées.
De nombreux programmes de télévision sont faits en langues
locales (8 en plus du français) et la radio proposent des
émissions dans une trentaine de langues différentes56(*). Cependant, une dizaine de
journaux burkinabés sont en français, pour une minorité -
éduquée - de la population (2 à 3%).
Ces langues locales sont de plus en plus valorisées par
la population, mais sont complémentaires au français, avec lequel
elles sont parfois en compétition. « Le schéma
relationnel actuel serait du type : relations internationales vs
relations intérieures régionales, administration vs vie
sociale quotidienne et famille, commerce extérieur vs petit
commerce local, monde traditionnel vs modernité et technique,
communication formelle (enseignement, droit, sciences, technologie,
littérature) vs communication informelle (relations
interpersonnelles affectivité, artisanat, tradition orale)57(*) »
Une carte des langues a été
réalisée par le Summer Institute of Linguistics58(*), cependant, il est difficile
de catégoriser les langues burkinabés par zone
géographique car les frontières ethniques ne sont pas
étanches (il y a des mouvements de population) et les langues se
superposent59(*). Il y a,
d'une part, la « langue officielle » : le
français, celle de l'élite, de l'administration et de la
communication ; et d'autre part, « langues
nationales », qui ne sont pas valorisées, malgré
l'intention du décret de 1975. Une langue officielle doit être
porteuse d'unité et de conscience nationale, or elle ne l'est pas
puisqu'elle reste une langue étrangère pour beaucoup de
burkinabés60(*).
Or, depuis le lendemain de l'Indépendance, au nom de l'unité, on
a préféré volontairement ignorer la diversité des
cultures burkinabés.
Pendant les 6 années du cycle primaire, 56% du volume
horaire total est affecté à la seule acquisition de la langue
française au détriment de tout autre besoin de formation, et cela
représente une part du budget très importante. Elle est tout
d'abord enseignée comme langue étrangère et puis est
utilisée comme langue d'enseignement pour les autres matières
(calcul, sciences, etc.), et ce pour des résultats
médiocres : elle n'est parlée en famille que par 0,01% des
burkinabé et les francophones confirmés constituent moins de 2%
de la population totale. Selon Louis-Jean Calvet, « la colonisation
n'a pas introduit le français en Afrique (au sens où les peuples
africains colonisés par la France parleraient français), elle a
simplement mis en place une minorité francophone qui gouverne et impose
sa loi à une majorité non francophone. » Si la
mosaïque des langues justifie le recours à une langue de
communication, pourquoi choisir une langue, inconnue de tous, plutôt que
celle de la majorité, par exemple ?
Après cette présentation de la mosaïque
linguistique nationale, nous allons voir les origines de l'enseignement du
français au Burkina Faso et l'émergence de mouvements
identitaires, à travers l'histoire de l'Ecole burkinabé et plus
précisément des politiques éducatives et linguistiques
nationales.
I.1.2) Retour historique sur les politiques
éducatives et linguistiques nationales
I.1.2.1) Le lourd contentieux de l'école
coloniale
Le Burkina Faso, anciennement Haute Volta, a été
colonisé par la France de 1885 à 1960. Au cours de cette
période, les Français ne s'occuperont que fort peu du
développement du pays, qui servira surtout de réservoir de
main-d'oeuvre pour les plantations. C'est à cette époque,
à la fin du XIXe siècle, que les premières écoles
apparurent, pour enseigner la langue française. La France mit en place
un système éducatif en français seulement, et avec des
programmes calqués sur ceux de la métropole (avec des
leçons sur "nos ancêtres les Gaulois"), pour former des
interprètes, des cadres et des agents intermédiaires pour
l'administration coloniale. « L'enseignement du français
était véritablement conçu comme un outil pour inculquer
les valeurs françaises [et] ne visait autre chose que la
dépersonnalisation [du] peuple. »61(*) En effet, avec des
réflexions comme « enseignons aux enfants notre langue,
inculquons-leur nos idées, et la France comptera bientôt par
millions, sinon de nouveaux citoyens, du moins des sujets fidèles et
reconnaissants »62(*), l'école française a laissé un
lourd contentieux moral. L'Ecole française, élitiste, qui impose
la scolarisation de force est tantôt appelée « Ecole
coloniale », tantôt « Ecole des blancs »,
ou encore « l'Ecole des chefs » et même
« Ecole des otages ». Si les premières écoles
datent de la période coloniale, la scolarisation s'est vraiment
développée après l'Indépendance.
I.1.2.2) Des tentatives de stabilisation
En 1960, après la décolonisation, le pays a
connu quatre républiques et cinq régimes d'exception, avec chacun
une politique éducative et linguistique différentes.
L'« euphorie postcoloniale [donna] lieu à une véritable
« ruée vers l'Ecole » (Diabomba) car « la
vraie décolonisation est à la fois politique économique et
culturelle »63(*) mais très vite, étant donnée la
demande croissante, un système de limitation de l'accès et de
contrôle des effectifs a été mis en place par le biais de
concours d'entrée.
En 1979, le nouveau gouvernement de la Troisième
République fait de l'éducation sa priorité et lance une
campagne d'alphabétisation - en français - et créé
un Alphabet des Langues Nationales de Haute-Volta, nécessaire pour
l'introduction des langues nationales dans l'instruction. Cependant, la
population rurale ne voyait pas cette action d'alphabétisation comme un
moyen de promotion sociale. A l'époque, seulement 10% des enfants
étaient scolarisés et environ 97% de la population ne parlaient
pas français.
Concernant les langues locales, c'est seulement après
deux républiques et un régime militaire qu'un décret sur
l'éducation fut passé, en 1975, sous le Gouvernement du Renouveau
National (1974-1977) en vue, notamment de revaloriser et promouvoir les langues
voltaïques, sans cependant donner de statut ou de valeur à chacune
de ces langues. En 1979, une expérience d'introduction des langues
« nationales » a été lancée : le
pays a été divisé en trois zones linguistiques, qui se
sont vues chacune attribuer une langue (le jula, à l'Ouest
et au Sud-ouest ; le moore, au Centre, au Nord et à
l'Est ; et le fulfulde au Sahel), qui étaient
enseignée au CP1 dans une trentaine d'établissements
expérimentaux. Cependant, cette réforme a été
abandonnée en 1984, parce que les conditions humaines et
matérielles n'étaient pas réunies (insuffisance de
manuels, un manque de formation des enseignants) et parce que le
découpage administratif était tel que les populations
n'étaient pas forcément de la langue enseignée (un enfant
pourrait en être aussi étranger qu'au français) et qu'il ne
prenait pas en compte les multiples autres langues locales. Cette
réforme aurait pu être très bénéfique mais
elle a été réalisée à la hâte pour
toucher les financements des organisations internationales. C'est la seule fois
où des langues africaines ont été promues langues
d'enseignement.
A la suite d'un coup d'état en 1983, Thomas Sankara
devient président du Burkina Faso, à la tête du Conseil
National de la Révolution. Il entreprend des études sur les
défauts du système éducatif national (problème du
coût du salaire des enseignants et de la faible qualité) et pense
que le pays est « en train de financer l'analphabétisme en
croyant de bonne foi le combattre64(*) ». Le gouvernement Sankara, et propose
« l'Ecole révolutionnaire » avec une politique
« à chaque village son école ». Cette
politique met fin au système scolaire élitiste postcolonial, qui
formait une élite avec les meilleurs et la majorité, à
moitié instruite, retombait dans l'analphabétisme après la
fréquentation scolaire et forme des diplômés « au
service des masses populaires »65(*). La question de fond, sur l'accès à
l'instruction est enfin posée et des écoles populaires sont
construites partout dans le pays (le nombre de nouvelles écoles a
presque triplé en 4 ans, passant de 66 en 1980-81 à 224 en
1984-85).
En 1987, Sankara est assassiné lors d'un coup
d'état et Blaise Compaoré - toujours au pouvoir depuis- prend la
direction du pays avec le Front Populaire. Il sait que le « maintien
de l'obscurantisme est un véritable frein à la croissance
économique66(*) » et se lance dans une vaste mission
d'"éradication" de celui-ci, basée sur l'alphabétisation
de masse et l'élévation du taux de scolarisation en zone rurale,
qui n'a finalement eu que de faibles répercutions. Il renoue avec la
France en rétablissant la coopération et engage l'économie
du pays dans un PAS (plan d'ajustement structurel) au coeur duquel
« le triomphe de l'idéologie libérale », le
« retrait de l'état » et la domination des
institutions de Bretton Woods. En 1988, il créé le MEBA
(ministère de l'Enseignement de base et de l'Alphabétisation)
dont le but est de « dispenser à tout Burkinabé un minimum
éducatif correspondant aux besoins et aux potentialités du pays
et censé former des individus susceptibles de participer, de
manière consciente et efficace, à leur propre
développement et à celui de la communauté »67(*).
La Constitution de la Quatrième République
(1991) stipule que « la langue officielle est le français. La
loi fixe les modalités de promotion et d'officialisation des langues
nationales ». Or, ces modalités n'ont jamais été
fixées jusqu'à présent. Si les années 1990 sont
marquées par une importante augmentation du taux de scolarisation,
« 84,5% de la population de 10 ans et plus ne savent ni lire ni
écrire dans une langue quelconque68(*) », parmi lesquels le tiers seulement sont
des femmes (33,4%).
Les actes des Etats Généraux de l'Education de
1994 stipulent que « le Burkina Faso est un pays pluriethnique et
à la culture plurielle ; ce qui entraine a priori, une
diversité de système de valeurs, de langues et de comportements
socioculturels variés » mais ne tirent pas pour autant de
conséquence de cette analyse.
I.1.2.3) Une situation de statu quo
Aujourd'hui, « les activités d'apprentissage
dans les différentes disciplines se déroulent en français
qui constitue la langue officielle du Burkina Faso, et dans certaines langues
nationales (mooré, dioula etc.) particulièrement dans les Ecoles
Bilingues (EB), les Ecoles Satellites (ES) et les Centres d'Education de Base
non Formelle (CEBNF)... ». Les programmes
d'alphabétisation-formation utilisent 22 langues ; les CEBNF, 7
langues et 6 langues sont utilisées comme langues d'enseignement dans
des écoles bilingues.
Mais dans l'ère actuelle de la mondialisation, la
question linguistique et l'éducation diversifiée, valorisant les
langues et cultures locales, n'est pas classée comme une
priorité, d'autant plus que le système éducatif est entre
les mains d'une élite dont la majorité ne croit pas aux langues
africaines et n'est pas favorable à leur promotion. De plus, dans la
situation de crise financière que traverse actuellement le pays, des
coupes budgétaires sont réalisées, et ce envers les
secteurs où les dépenses n'ont pas de rendements
immédiats : culture, éducation, santé, etc.
Même si certains appelle le système éducatif
« l'école des fils de cadre »,
référence au surnom de l'école coloniale
(« l'école des fils de chefs »), en théorie,
le principe d'équité a remplacé celui de
l'élitisme.
Depuis l'Indépendance, le pays est donc passé de
main en main, a connu une forte instabilité politique, ce qui s'est
traduit par une certaine incapacité à définir des
politiques durables. Dans l'histoire du Burkina Faso, les politiques de
langues, liées aux politiques d'éducation, ont renforcé
une inégalité face à l'éducation, liée
à l'accessibilité naturelle aux sphères du
pouvoir. S'il ne s'agit plus vraiment de promouvoir une culture
occidentale, comme ce fut le cas pendant la période coloniale, la
fonction élitiste de la langue française demeure. Instrument de
division, le français a conforté des processus
d'intégration et d'exclusion. « Le français, unique
langue d'enseignement, poursuit depuis des années son rôle de
sélection au sein des groupes d'enfants : ceux dont les parents ont
les moyens (cours du soir ou lycée français) s'en sortent, les
autres échouent la plupart du temps69(*) ». Aujourd'hui, on parle
d'alphabétisation pour les langues nationales mais de scolarisation pour
le français. Et les autres disciplines, comme le calcul, les sciences,
etc. sont enseignées en français, ce qui suppose une bonne
assimilation de la langue, sans quoi tout le reste ne pourra pas être
acquis.
Ainsi, l'école se démocratise petit à
petit mais sans pour autant s'enraciner dans son environnement. Pour de
nombreux burkinabés, l'introduction - ou la réintroduction - des
langues africaines dans le dispositif constitue un des facteurs clé de
la rénovation du système éducatif.
Ainsi, comme nous l'avons vu, la situation linguistique est
caractérisée par une grande
hétérogénéité, qui a longtemps
été un prétexte, ou un frein à la mise en place
d'une politique linguistique. Aujourd'hui, la situation de statu quo
est maintenue, avec un maintien de l'héritage de la colonisation, qui
place au coeur du système le français, comme langue
d'enseignement : un système d'éducation monolingue dans un
pays multilingue, avec une langue minoritaire dominante.
Les axes prioritaires de l'éducation au Burkina Faso
doivent être :
- le développement de l'enseignement primaire,
investissement « à tout faire » permettant
l'adaptation des individus aux technologies ;
- la démocratisation de l'école avec la
réduction des coûts de l'éducation (suppression des droits
d'inscription), la construction d'établissements (pour un meilleur
accès des populations rurales) ;
- des incitations pour les enseignants à fournir un
travail de qualité (formation, contrôle) et pour les enfants
à fréquenter l'école (cantines, systèmes de bourses
et de crédits) ;
- l'amélioration de la qualité de
l'éducation avec des programmes adaptés -plus axé sur des
compétences, que sur des connaissances, avec un équilibre entre
tradition et modernité - plus de filières, des enseignants
formés ;
- la réintroduction des langues nationales dans
l'enseignement.
I.2) Un taux de scolarisation très bas et
hétérogène
Comme nous l'avons vu, le taux brut de scolarisation au
Burkina Faso est faible, se situant parmi les plus bas de la sous-région
ouest-africaine. Cependant, depuis les années 1960, on assiste à
une élévation du taux de scolarisation dans les pays en
développement et tout particulièrement au Burkina Faso, qui
démontre un engouement pour les politiques d'éducation de la part
des gouvernements dans le processus de développement.
Au lendemain de la décolonisation, la décennie
1960 a connu un taux de croissance des effectifs de 16%. Puis, avec Sankara et
sa politique « à chaque village, son école »,
la décennie 1980 a encore connu de fortes hausses de scolarisation.
L'amélioration est exponentielle, car en 10 ans (1960-1970), le TBS a
augmenté de 7 points de pourcentage et puis de plus de 20 points entre
1996 et 2006 (Cf. tableau 16)70(*). Cependant, on peut noter qu'à l'aube de l'an
2000, c'est seulement 44% des enfants burkinabé âgés de 7
à 12 ans (tranche d'âges légale pour le primaire) qui sont
scolarisé.
16) TBS au niveau primaire (%)
1960
|
1970
|
1980
|
1990
|
1996
|
1999
|
2006
|
8
|
15
|
29
|
33
|
39,9
|
44
|
60,7
|
Données : le PNUD et le FMI
Comme le confirme le tableau 17) sur les taux nets de
scolarisation, qui ne tiennent pas compte des redoublants,
l'amélioration est surtout récente : 10 points de
pourcentage en 8 ans (de 1991 à 1999) et puis 13 points en 7 ans, sur la
période 1999-2006. C'est une amélioration considérable
quand on sait que le taux net était de 6,5% au moment de
l'indépendance (1960). Les différences entre taux bruts et nets
(47,8 contre 60,7 en 2006) révèlent la part des redoublants, un
problème que nous étudierons plus loin.
17) Taux net total de scolarisation dans le primaire, filles
et garçons au Burkina Faso
1991
|
1999
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
24,5
|
34,7
|
35,8
|
36,6
|
37,6
|
37,6
|
40,3
|
44,3
|
47,8
|
Source : indicateurs officiels des OMD71(*)
Cela prouve un effort de la part du gouvernement
burkinabé pour améliorer l'accès à
l'éducation. Malgré ces efforts, le taux de scolarisation au
primaire est estimé à seulement 57% en 2005 et le taux
d'alphabétisation de la tranche de la population âgée de
plus de 15 ans est de 24%.
Tout comme au niveau international, les taux de scolarisation
du Burkina Faso se caractérisent par de fortes disparités aussi
bien géographiques (selon les régions, les provinces et entre
villes et campagnes), que selon le sexe et l'origine sociale72(*). Ces disparités
s'expliquent par une demande plus faible selon ces mêmes
paramètre, et, surtout, par une offre éducative et un
système inadapté et déconnecté des
réalités et des besoins locaux.
I.2.1) Les disparités géographiques
Tout comme les taux de rendement de l'éducation, la
scolarisation dépend de la zone géographique. L'Est et le
Nord-est sont les régions où le taux de scolarisation est le plus
bas (à peine 25%) et l'écart entre filles et garçons est
d'environ 20%.
18) Taux de scolarisation par sexe et par province
(année scolaire 1997-1998)
|
Comme le montre le graphique 18)73(*), les taux de scolarisation
sont très éparpillés entre les provinces. Ainsi, la
province de Kadiogo, au centre (où se trouve la ville de Ouagadougou) a
un taux de scolarisation de 88% tandis que celui de la province de Komandjari,
à l'Est est de 7% seulement. Pour les années scolaires 1990-1991
et 1994-1995, 7 des 45 provinces que compte le Burkina Faso n'atteignent pas le
taux de 20%.
Source : MEBA (1999)
|
Il existe aussi un écart important entre milieu rural
et milieu urbain. En campagne, le taux de scolarisation dans le primaire
atteint à peine 20% alors qu'il se situe à 67% dans les villes.
Les ménages urbains scolarisent donc trois fois plus leurs enfants qu'en
milieu rural. L'urbanisation est donc favorable à l'école. Les
trois plus grandes villes du pays, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou
accueillent à elles-seules le tiers des effectifs scolarisés,
alors qu'elles n'abritent qu'un cinquième de la population scolarisable.
Cela s'explique notamment par le fait que i) les familles
pauvres, qui vivent avant tout dans les régions rurales, n'ont pas les
moyens de scolariser leurs enfants (ils allouent moins de 1% du budget total
à l'éducation, comparé à plus de 3% pour les
ménages urbains) ; ii) les structures éducatives sont mieux
implantées dans les villes, si bien que la population scolaire y est
concentrée, et iii) en raison des différences de perception de
l'institution scolaire et de sa nécessité (bien souvent, les fils
de paysans deviennent paysans) et aussi à cause du préjugé
contre la scolarisation des filles - plus présent en milieu rural - et
d'autres raisons socioculturelles. Ainsi, les disparités
géographiques s'expliquent simplement par la centralisation de l'offre
éducative et par le fait que la non-scolarisation est étroitement
liée à la pauvreté - un phénomène avant tout
rural.
I.2.2) Les disparités par sexe
Comme nous l'avons vu précédemment, les filles
sont moins scolarisées que leurs camarades masculins. Selon les
estimations du Bureau international du travail, 104 millions d'enfants ne sont
pas scolarisés dans le primaire dont 56% de filles. De multiples
facteurs que nous avons déjà cités (d'ordre historique,
politique, économique, culturel, religieux ou encore liés
à l'offre scolaire), sont responsables d'une moindre demande de
scolarisation et donc de la sous-scolarisation des filles, mais nous ne nous y
attarderons pas. Le tableau 19) ci-dessous montre le taux de scolarisation de
trois années scolaires différentes.
19) Taux brut de scolarisation selon le genre au primaire au
Burkina Faso
Années scolaires
|
Garçons
|
Filles
|
Total
|
1992-1993
|
40,6
|
27,0
|
33,9
|
1997-1998
|
48,0
|
33,4
|
40,9
|
2002-2003
|
53,6
|
41,0
|
47,5
|
Source : annuaire statistique du MEBA
Grâce à ce tableau, on peut faire deux
remarques importantes : i) tout d'abord, les filles sont moins
scolarisées que les garçons ; et ii) ensuite,
l'écart de scolarisation n'a pas tellement évolué en 10
ans, il a même commencé par augmenter (le différentiel est
passé de 13 à 15 entre les rentrées scolaires 1992-1993 et
1997-1998) ; puis cet écart de scolarisation est tombé à
12 points de pourcentage entre 1997-1998 et 2002-2003. Cette évolution
est peu prometteuse et fait douter quant à la possibilité
d'atteindre la parité dans le primaire au Burkina Faso. Ce graphique
(n° 20) confirme que les filles sont bien moins scolarisées que les
garçons et ce sur les quatre périodes représentées.
En 2005, 39% des filles d'âge primaire sont scolarisées en
comparaison avec 49% des garçons. Comme nous l'avons dit plus haut,
l'écart entre les deux taux reste plus ou moins constant sur la
période 1991-2005. Mais ces disparités par sexe varient aussi par
région, avec des écarts de plus du double dans certaines
provinces.
20) Taux nets de scolarisation au primaire par sexe (%).
1991-2005

Source : UNESCO74(*)
Malgré les interprétations des données
ci-dessus75(*), le ratio
filles/garçons, comme il apparaît dans le tableau 21), a
progressé continument sur la période, notamment depuis 1998. Il a
progressé de 33% en 25 ans (en passant de 0,583 à 0,777). Selon
la Banque Mondiale, il serait de 0,82 pour 200676(*). Selon ces dernières informations,
l'amélioration est notable mais cela reste inférieur à
l'objectif de parité.
21) Ratio filles/garçons dans le primaire au Burkina
Faso entre 1980 et 2001
1980-1986
|
1986-1989
|
1989-1991
|
1991-1996
|
1996-1997
|
1997-1998
|
1998-1999
|
1999- 2000
|
2000-2001
|
2004-2005
|
0,583
|
0,603
|
0,623
|
0,638
|
0,650
|
0,665
|
0,679
|
0,690
|
0,701
|
0,777
|
Données : statistiques du GRETAF77(*)
I.2.3) Selon l'origine sociale
L'économie domestique, qui étudie la demande et
les stratégies familiales, a remarqué que le taux de
scolarisation dépend aussi de l'origine sociale et familiale de
l'élève. La demande d'éducation des familles dépend
de sa composition. En effet, un peu moins d'un tiers des ménages
(32,4 %) scolarisent au moins un enfant, environ les deux tiers n'en
scolarisent aucun, et seulement un sur six (16,7 %) les scolarisent tous, ce
dernier chiffre diminue en fonction du nombre d'enfants. Moins les familles ont
de membres scolarisables et plus leurs enfants vont à l'école. En
moyenne, c'est donc à peine un « demi-enfant » (0,48) qui est
scolarisé par ménage.
La religion est aussi un déterminant important de la
demande. En effet, certaines familles de confession musulmane assimilent
l'enseignement à la christianisation, qui « fabrique de
mauvais musulmans »78(*). Certains sont hostiles à l'Ecole publique et
ce qu'elle représente et préfèrent se tourner vers des
écoles religieuses (coraniques ou médersa).
Becker pense que les couples font un choix entre la
quantité et la « qualité » (volume du capital
humain incorporé) des enfants. Plus ils ont d'enfants, plus ils devront
limiter l'éducation qu'ils leur donnent. En général, il
existe une corrélation négative entre le niveau de formation de
l'ascendance (surtout de la mère) et la taille de la descendance. En
effet, le coût d'opportunité de chaque enfant, calculé par
le temps sacrifié, augmente avec l'éducation de la mère,
ce qui rend l'enfant moins « rentable ». C'est un des
arguments pour une augmentation de la scolarisation des filles car cela peut
faire baisser la fécondité dans les pays en développement
(en grande partie responsable des situations de "trappe à
sous-développement").
Les stratégies familiales de scolarisation
Pour comprendre les différences en termes de
scolarisation, il est important de s'attarder sur les stratégies
familiales de scolarisation. Chaque ménage (en fonction de son revenu,
de ses convictions religieuses, de sa représentation de l'école,
de son lieu de résidence et son activité etc.), opte pour une
stratégie de scolarisation particulière. Selon E Gérard
(1997), il existe trois « stratégies diachroniques de
scolarisation » : la stratégie de scolarisation
continue (les enfants sont scolarisés les uns après les
autres) ; alternée (les enfants sont tour à tour
scolarisés et maintenus au domicile) ; et
sporadique (scolarisation sans périodicité précise),
qui est la plus courante. Il existe aussi quatre types de
stratégies dans le choix des écoles : la stratégie de
scolarisation « simple » : tous les enfants sont
scolarisés dans la même structure ; la stratégie
« simple et mixte » : au moins deux individus
envoyés sur les bancs privés, l'un dans une médersa et
l'autre à l'école coranique ; la stratégie de
scolarisation « mixte » : inscription dans les
établissements laïcs et religieux ; et enfin
la stratégie de scolarisation « plurielle »,
des enfants sont envoyés à l'école publique, d'autre
à la médersa, d'autres encore à l'école
coranique. Mais la plupart n'ont pas
de « programme » ou tactique précise de
scolarisation dans le temps, obéissant d'avantage à la
conjoncture, à des événements ponctuels aléatoires,
qu'à un projet éducatif précis et fixe.
Certaines familles optent aussi pour une stratégie
d'évitement de l'institution scolaire, dû au
« sentiment d'une école à double vitesse, où les
chances de réussite de l'élève démuni sont
réduites ou même nulles. »79(*) Parfois même, elles
cachent leurs enfants afin de leur épargner les "méfaits de la
colonisation", en jurant sur l'honneur, « qu'aucun de leurs enfants
ne suivra, de quelque manière que ce soit, et sous peine de
malédiction et de mort, la "voie des Blancs", la "mauvaise voie des
étrangers" ».
Et enfin, certaines adoptent « une
stratégie de substitution en faveur d'un modèle
d'éducation différent, parce qu'il correspond d'avantage à
leurs attentes (c'est-à-dire à leur représentations mais
aussi aux conditions de production de celles-ci et des attitudes
éducatives). »80(*)
|
Ainsi, si le contexte burkinabé est celui d'une scolarisation
croissante, notamment dans le primaire, il existe d'importantes
disparités dans le pays. « Il semble peu probable qu'à
ce rythme l'objectif d'EPU soit atteint en 2015 »81(*). La problématique de la
démocratisation de l'enseignement se pose donc en termes d'accès.
Nous allons donc désormais analyser la qualité du système
en termes d'efficacité et d'équité.
I.3) La qualité recherchée
Toutes disciplines confondues, les études sur
l'éducation dans les PVD s'orientent de plus en plus vers la recherche
de la qualité. Les taux de scolarisation donnent un aperçu du
système scolaire burkinabé en termes de quantité d'offre
éducative82(*).
Mais « étudier l'efficacité du système
éducatif oblige (...) à combiner des mesures quantitatives avec
des appréciations plus qualitatives encore plus sujettes à
caution. »83(*)
En effet, « la scolarisation ne signifie pas
nécessairement la participation, la participation ne signifie pas
nécessairement recevoir une éducation et recevoir une
éducation ne signifie pas nécessairement recevoir une bonne
éducation. »84(*) Ainsi, les économistes et les institutions
s'intéressent de plus en plus au problème de la qualité de
l'offre et d'adaptation de celle-ci à la demande. La qualité de
l'éducation n'est pas aisément mesurable, car elle prend en
compte des éléments de nature non financière. Une nouvelle
question se pose : comment mesurer la qualité de
l'éducation ?
I.3.1) Mesure de la qualité
Il existe de nombreux critères pour mesurer la
qualité de l'éducation, que l'on peut regrouper selon trois
indicateurs : indicateur d'accès au système, (taux bruts et
taux nets d'admission à l'enseignement primaire, espérance de vie
scolaire85(*)) ; les
indicateurs de participation (taux bruts et nets de scolarisation, nombre
d'enfants non scolarisés) ; et indicateurs d'efficacité
interne (taux de redoublement, taux d'abandon, taux de survie en 5e
année et taux de survie en dernière année)
Nous verrons certains critères qui nous semblent utiles
pour nous éclairer concernant le niveau qualitatif (les taux de
réussite, de redoublement, d'abandon et de survie), et puis nous verrons
les indicateurs pris en comptent par l'UNESCO, pour une vision plus globale du
problème.
Taux de réussite
Parmi les données quantifiées qui font preuve du
niveau acquis grâce à l'école, on peut étudier
celles générées par l'évaluation des
élèves lors des examens ou épreuves : les taux de
réussite. Sur 1.000 enfants rentrant au CP1, 308 (soit moins d'un enfant
sur trois) réussissent au Certificat d'Etudes, une proportion encore
plus faible pour les filles. Le pourcentage moyen de succès au CEP aux
années 1992-93 et 1996-97 était de 50% pour les filles et de 58%
pour les garçons. Le manque d'efficacité est encore plus sensible
pour les filles, qui semblent défavorisées : les
échecs aux examens, les abandons en début de cycle, etc. les
touchent plus que les garçons.
Le tableau 22, qui montre les résultats de tests de
niveau CM1 dans trois pays africains, montre que le Burkina Faso a un niveau
très bas.
22) Pourcentage de réussite au test de fin de CM1
dans trois pays africains francophones
|
Burkina Faso
|
Cameroun
|
Côte d'Ivoire
|
Ensemble
|
Compréhension
|
47
|
54
|
53
|
51
|
Connaissance du code
|
50
|
61
|
56
|
56
|
Production
|
17
|
34
|
24
|
25
|
Données : PASEC 1995-9686(*)
Taux de redoublements87(*)
Les redoublements sont un bon indicateur de qualité car
ils permettent de voir le pourcentage d'élèves qui n'ont pas
acquis le niveau nécessaire pour passer dans la classe supérieure
et qui, par conséquent, gonflent les effectifs des années
suivantes, prenant les places d'autres enfants en âge d'être
scolarisés et qui ne le sont pas. Les redoublements informent sur
l'inadéquation des systèmes scolaires aux conditions dans
lesquelles vivent les populations, à leurs possibilités et
à leurs besoins, en particulier pour les élèves qui
proviennent des familles les plus défavorisées.
23) Redoublements dans le primaire par année
d'études et par sexe
|
Taux de redoublement par année d'études
(année scolaire s'achevant en 2004) (%)
|
Redoublants, toutes années d'études confondues
(%)
|
Année scolaire s'achevant en
|
1re
|
2e
|
3e
|
4e
|
5e
|
6e
|
1999
|
2005
|
Total
|
6,4
|
10
|
12,7
|
13,8
|
14,7
|
31,2
|
17,7
|
11,9
|
|
Garçons
|
6,7
|
10,1
|
13
|
13,9
|
14
|
30,3
|
17,5
|
12,1
|
Filles
|
6,1
|
9,8
|
12,2
|
13,7
|
15,7
|
32,3
|
18
|
11,7
|
Données : Rapport mondial de suivi sur l'EPT, 2008
Pour les six années d'enseignement primaire, 11,9% des
élèves étaient redoublant, en ce qui concerne le cycle
s'achevant en 2005 (Cf. dernière colonne), une amélioration par
rapport à 1999, qui comptait 17,7% de redoublants - presque 2
élèves sur 10.
On remarque d'importantes différences : i) les
taux de redoublement vont en augmentant avec le niveau : 6,4% de
redoublants en CP1 et 31,2% en CM2 ; ii) ils varient en fonction du sexe
de l'élève : plus de redoublements chez les filles en
moyenne pour l'année 1999, mais c'est l'inverse pour l'année
2005. On peut considérer que c'est dû soit à une
amélioration de l'éducation des filles, soit à celle des
garçons qui s'est amoindri. Cette différence par sexe varie aussi
en fonction du niveau : les quatre premières années (du CP1
au CE2), les garçons redoublent plus fréquemment et les deux
dernières (CM1 et CM2), la tendance s'inverse, ce sont les filles qui
redoublent davantage. Une explication plausible est celle du travail des
filles, qui à partir de 10-11 ans participent plus intensément
aux tâches ménagères et ont moins de temps à
consacrer à l'école.
En raison notamment des forts taux de redoublement, les
élèves passent plus de temps à l'école : 12,2
années-élèves sont nécessaires pour la production
d'un certifié (Certificat d'études primaires, CEP), soit plus de
deux fois le coût idéal (six années-élèves).
C'est pourquoi une décision a été prise par le
gouvernement : aucun élève ne doit plus redoubler les
classes de niveau 1. Les élèves de CP1, CE1 et CM1 passent
systématiquement en classe supérieure.
Taux d'abandons88(*) et taux de survie89(*)
Il est intéressant d'analyser deux autres taux qui nous
renseignent sur la qualité de l'enseignement : le taux d'abandon et
de survie.
24) Taux d'abandon et taux de survie dans l'enseignement
primaire
|
Taux d'abandons par année d'études
(année scolaire s'achevant en 2004)
(%)
|
Taux de survie en dernière année (%)
|
Année scolaire s'achevant en
|
1re
|
2e
|
3e
|
4e
|
5e
|
1999
|
2004
|
Total
|
9,6
|
3,4
|
6,2
|
5,1
|
7,4
|
61
|
69
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Garçons
|
8,5
|
3,5
|
6,7
|
5,8
|
8,1
|
59
|
68
|
Filles
|
10,8
|
3,2
|
5,6
|
4,1
|
6,6
|
63
|
70
|
Données : Rapport mondial de suivi sur l'EPT, 2008
Contrairement aux redoublements, qui sont concentrés
les dernières années de primaire, les élèves
abandonnent plus en début de cycle (9,6% des élèves
abandonnent en CP1 contre 7,4 en CM1) mais les chiffres montrent
d'intéressantes différentes entre les années : i)
d'une part, les filles abandonnent plus en première année de
primaire que les garçons, et cette tendance se renverse : de la
2e à la 5e année, les garçons ont un
taux d'abandons plus élevé ; ii) d'autre part, 1 fille sur
10 abandonne l'école en CP1, puis le nombre d'abandons diminue, remonte
en milieu de cycle (5,6% d'abandons en CE1) et retombe à nouveau, pour
remonter encore en CM1 (6,6%). Si l'évolution des abandons tout au long
du cycle primaire est comparable pour les garçons, les écarts
entre années sont beaucoup moins marqués que chez les filles.
On peut se demander la raison de tant d'abandons. Tout
d'abord, les programmes scolaires ne sont pas adaptés à
l'élève moyen, ils sont faits pour l'élite et la plupart
ne peuvent pas suivre, ce qui se traduit en abandons et redoublements. D'autre
part, l'utilisation du français à l'école n'aide pas les
enfants de familles défavorisées vivant en zone rurale qui ne
parlent quasiment pas français. Ensuite, comment expliquer les
différences entre les filles et les garçons ? Ces
données laissent à penser que les parents qui ont
décidé de scolariser leur fille seront plus susceptibles de la
déscolariser en cas d'échec (le taux d'échec est
légèrement plus important pour les filles) que si c'est un
garçon. Cela expliquerait le fort taux d'abandon en début de
cycle. Concernant le taux d'abandons des garçons en CM1, qui est presque
aussi élevé qu'au CP1 (respectivement 8,1 et 8,5), on peut
supposer que la désillusion de l'éducation joue plus sur la
participation des garçons que des filles, car les filles voient en
l'instruction une possibilité d'avantage anticipé
supérieure que les garçons.
En regardant ces chiffres seulement, on pourrait dire qu'il
faut se concentrer sur l'éducation des filles, à qui il faut
donner confiance, pour limiter les abandons. Les abandons engendrent une
espérance de vie scolaire90(*) très basse : les
élèves/étudiants passent 4 ans91(*) dans le système
scolaire au Burkina Faso (en 2001-2002), par rapport à 17 ans dans les
pays de l'OCDE (et 21 ans en Australie par exemple), alors que l'école
est obligatoire de 6 à 16 ans, soit pendant 10 ans et que l'UNESCO
considère que le minimum de scolarisation doit être 5 ans pour
être efficace. En 1992, l'espérance de vie scolaire au
Burkina Faso était 2,1 ans pour les filles et 3,4 ans pour les
garçons92(*), ce
qui montre encore une fois la situation défavorisée des filles
face à l'enseignement.
Le taux de survie montre, par contre, que les filles finissent
plus leur cycle primaire que les garçons, sur les deux années
étudiées, comme le confirme l'indice de parité de l'UNESCO
(tableau 27). De nombreuses études ont montré qu'embaucher des
enseignantes peut inciter les filles à venir à l'école.
Ainsi, après l'observation des redoublements et des
abandons, on peut conclure que la déperdition scolaire93(*) est très forte au
Burkina Faso, ce qui laisse à penser que le système, (les
programmes) sont inadaptés. De plus, les abandons et les redoublements
augmentent les coûts sociaux de l'éducation sans accroitre les
avantages. Ils doivent être étudiés de près afin
d'en tirer les facteurs et de les combattre pour une meilleure
efficacité du système éducatif.
I.3.2) Dépenses publiques
L'évolution des taux de scolarisation prouve un effort
de la part du gouvernement burkinabé qui engage une part de plus en plus
importante à son PIB vers l'éducation. Sur la période
1991-2005, on enregistre en moyenne une dépenses d'éducation de
3,6% du PIB94(*), les
dépenses en éducation sont passées de 2,59% en 1991
à 4,68% en 2005 - dont près des ¾ sont destinés
à l'enseignement primaire (3,2% du PNB). La part du budget de l'Etat
consacrée à l'éducation de base est passée de 4,9%
en 1987 à 12,4% en 1997. Sur la base de ces informations, les
dépenses publiques pour l'éducation devraient être de 5,4%
du PIB en 2010, ce qui n'est pas négligeable.
moins de 10%
10-14
15-19%
20% ou plus
pas de données
25) Dépenses publiques par élève du
primaire en pourcentage du PIB/tête (2000-2005)
Source : Banque Mondiale, Online Atlas of the Millennium
Development Goals95(*)
La carte ci-contre montre que les dépenses publiques en
matière d'éducation sont très élevées au
Burkina Faso (le tableau 26 prouve que le pays dépense plus pour son
éducation que la moyenne mondiale), avec des dépenses en
pourcentage du PIB par habitant équivalent à celui des
Etats-Unis, où des pays scandinaves, qui, eux, on de bien meilleurs
scores de scolarisation et de réussite. L'allocation des ressources ne
semble pas être efficiente.
Les salaires des enseignants constituent la composante majeure
des dépenses nationales, dans les pays en développement, et
notamment au Burkina Faso. « Le niveau de salaire des enseignants
est, et de loin, le facteur négatif le plus prégnant »
(Mingat - 2000). Un enseignant est, de loin, mieux payé que le salaire
moyen : en 1990, le salaire moyen d'un maitre dans le primaire
représentait 8,4 fois le PIB par tête au Burkina Faso, soit 4 fois
plus qu'en Asie ou en Amérique (tableau 26). Il a même
diminué car il était équivalent à 18,8 fois le PIB
en 1970.
26) Salaires des maîtres dans le primaire
(PIB/tête)
|
1970
|
1980
|
1990
|
Afrique francophone
|
11,5
|
8
|
6,3
|
Sahel
|
17,6
|
11,8
|
8,2
|
Burkina Faso
|
18,8
|
12,6
|
8,4
|
Afrique anglophone
|
4,4
|
3,5
|
3,6
|
|
|
|
|
Amérique
|
2,7
|
2,9
|
2,4
|
Asie
|
3,7
|
2,7
|
2,4
|
Données : Mingat (2000)
Le salaire relatif des enseignants dans un pays diminue avec
son développement. Cela s'explique par la rareté de la main
d'oeuvre qualifiée, mais aussi en raison de facteurs liés
à la politique économique. En conséquence, les effectifs
sont maintenus élevés : une classe compte en moyenne 47
élèves au Burkina Faso.
I.3.3) Synthèse selon les critères de
l'UNESCO
Selon l'UNESCO, un système éducatif de
qualité doit correspondre à deux critères :
l'efficacité, l'équité. Les indicateurs de base permettant
de mesurer la qualité de l'éducation sont : taux de survie
en 5e année d'études, rapport
élèves/enseignants, pourcentage d'enseignantes, pourcentage
d'enseignants formés, dépenses publiques ordinaires du primaire
(en % du PIB), dépenses publiques ordinaires par élève du
primaire.
27) Evolution des indicateurs permettant de mesurer la
qualité de l'éducation
|
|
1) Taux de survie en 5e année
d'études
|
2) Rapport élèves/
enseignants
|
3) Pourcentage d'enseignantes
|
4) Pourcentage d'enseignants formés
|
5) Dépenses publiques ordinaires du primaire (en
% du PNB)
|
6) Dépenses publiques ordinaires par
élève en PPA $ constants 04
|
|
Année scolaire s'achevant en
|
Total (%)
|
IPS (F/M)
|
Monde
|
1991
|
|
|
26(b)
|
56(b)
|
-
|
-
|
-
|
1999
|
|
|
25(b)
|
58(b)
|
-
|
-
|
-
|
2005
|
-
|
-
|
25(b)
|
62(b)
|
-
|
1,5(a)
|
985(a)
|
|
PVD
|
1991
|
-
|
-
|
29(b)
|
49(b)
|
-
|
-
|
-
|
1999
|
-
|
-
|
27(b)
|
52(b)
|
-
|
-
|
-
|
2004
|
81(a)
|
-
|
-
|
-
|
90(c)
|
-
|
-
|
2005
|
-
|
-
|
28(b)
|
57(b)
|
-
|
1,8(a)
|
-
|
|
Afrique Sub-saharienne
|
1991
|
63(a)
|
0,93(a)
|
37(b)
|
40(b)
|
-
|
-
|
|
1999
|
-
|
-
|
41(b)
|
44(b)
|
-
|
-
|
-
|
2004
|
73(a)
|
-
|
-
|
-
|
69(c)
|
-
|
-
|
2005
|
-
|
-
|
45(b)
|
45(b)
|
78(a)
|
2,1(a)
|
165(a)
|
|
Burkina Faso
|
1991
|
70
|
0,96
|
57
|
27
|
-
|
-
|
-
|
1999
|
68
|
1,05
|
49
|
25
|
-
|
-
|
-
|
2004
|
76
|
1,01
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
2005
|
-
|
-
|
47
|
29
|
88
|
3,2
|
396
|
Données : Rapport mondial de suivi sur l'EPT
(2008) et UNESCO (2003) (c)
(a) Médiane ; (b) Moyenne
pondérée
Ce tableau récapitulatif des paramètres pris en
compte par l'UNESCO pour mesurer la qualité de l'éducation nous
permet de faire plusieurs remarques :
1) Concernant le taux de survie96(*) en 5e année
d'étude, i) l'Afrique subsaharienne, avec 73% en 2004, parait en retard
par rapport aux autres pays en développement (81%) mais le Burkina Faso,
avec 76%, se situe un peu au dessus de la moyenne régionale. D'autre
part, ii) il augmente sur la période étudiée, mais
à un rythme moins soutenue que la moyenne des pays de la zone. Enfin,
iii) l'indice de parité est meilleure au Burkina Faso que dans le reste
des pays d'Afrique subsaharienne, il est même supérieur à
197(*), ce qui montre un
engouement général pour la scolarisation des filles.
2) Le rapport élèves / enseignants indique
i) une baisse dans la plupart des zones ou groupes de pays
étudiés, sauf en Afrique subsaharienne, où, au contraire,
les effectifs augmentent de 8 élèves en 14 ans, pour atteindre
des classes moyenne de 45 en 2005. Cependant, ii) le Burkina Faso fait preuve
du contraire avec une diminution de 10 élèves sur la
période, ce qui est une baisse beaucoup plus significative qu'ailleurs.
3) Dans le monde et dans les PVD, en moyenne, plus de la
moitié des enseignants sont des femmes (62% en 2005), ce n'est pas le
cas de l'Afrique subsaharienne et encore moins du Burkina Faso où il y
a seulement 29% d'enseignantes. Cette proportion a même diminué en
1999.
4) Le Burkina Faso est plutôt bien doté en
enseignants formés, en comparaison avec la région de l'Afrique
subsaharienne, (respectivement 88% et 78%). Cependant, le manque de
données des autres groupes de pays ne nous permet pas d'apprécier
ce chiffre et, de plus, la notion de formation est considérée
selon la définition nationale, ce qui peut nous laisser à penser
que cela n'est, de toute façon, pas comparable.
5) Le Burkina Faso dépense une plus grande part de son
PNB à l'éducation primaire (3,2% du PNB) que les autres groupes
de pays ou régions étudiées : deux fois plus que la
moyenne internationale (1,5%)98(*). Nous verrons que beaucoup d'argent au Burkina Faso
est dépensé mais que les ressources sont mal utilisées.
6) Enfin, les dépenses par élèves, qui
s'élèvent à 165$ en Afrique subsaharienne, sont 2,5 fois
plus importantes au Burkina Faso. Il n'est cependant pas surprenant de voir la
grande différence entre la moyenne mondiale et le Burkina Faso ou
l'Afrique subsaharienne.
Ainsi, sur le plan de l'efficacité, l'enseignement au
Burkina Faso est peu performant avec des taux de redoublement et d'abandon
très élevés, un taux de réussite bas et des
dépenses publiques très importantes. Du point de vue de
l'équité, les données montrent d'importantes
disparités dans l'accès à l'éducation, autant au
niveau géographique, qu'entre filles et garçons. Le
système est donc de très mauvaise qualité et la gestion
des ressources humaines et physiques est l'un des points faibles du
système. « De nombreuses études diagnostiques ont
permis de montrer [que] les problèmes importants rencontrés par
le système éducatif burkinabé (...) sont essentiellement :
l'absence d'une vision globale c'est-à-dire une politique
cohérente [nous l'avons vu précédemment], le faible
développement (donc la faible couverture) du système
éducatif, ses mauvais rendements internes et externes, sa mauvaise
qualité, son manque de pertinence et ses coûts encore très
élevés »99(*).
Le problème majeur semble être celui de
l'allocation des ressources et de l'amélioration la qualité de
l'éducation. Comme l'évoque Thierry Tréfault, le
« gaspillage se situe à tous les niveaux : les
méthodes, les moyens et les énergies. »100(*) Quelles sont les solutions
pour fournir un enseignement efficace, de qualité, qui rende les
individus productifs, épanouis, et stimule le développement
économique du pays ? Nous verrons quelles solutions existent en
termes d'amélioration des « variables scolaires »,
en termes d'incitations et la question sensible du financement sera aussi
traitée. Nous verrons enfin dans quelle mesure l'école bilingue
permet d'atteindre les objectifs de qualité.
II) Quelles solutions ?
De grands progrès ont été
réalisés en termes d'accès à l'éducation de
base au Burkina Faso. Ce pays a connu une augmentation de 37 % du nombre de
classes et de 47 % de l'effectif des enseignants entre 2001 et 2005 (et 59%
entre 1999 et 2005), dans le primaire, les taux net de scolarisation ont
augmenté de 10% entre 1999 et 2005 (passant de 35 à 45%), le
ratio filles/garçons s'améliore, etc. Cependant, malgré
ces progrès, l'offre éducative - formelle - ne peut pas suivre la
demande. Il en résulte une tendance générale à la
détérioration des conditions d'enseignement : classes
surpeuplées, absence de matériels éducatifs de base,
absentéisme et insuffisance de la formation des enseignants. Les
indicateurs de qualité de l'enseignement primaire montrent un
système éducatif défaillant. D'autre part, la faible
capacité financière des ministères de l'enseignement
burkinabé demeure un problème persistant. Il a du mal à
suivre le développement rapide du système et de la demande.
Nous avons vu que le système éducatif
burkinabé a amélioré l'aspect quantitatif, mais il semble,
comme nous allons le voir qu'il reste un problème de faible
qualité. Mais comment mesurer la qualité ? Et comment
l'améliorer ?
Nous verrons dans un premier temps la possibilité de
jouer sur les « variables scolaires » pour améliorer
la qualité de l'éducation - qui peut aussi jouer sur la demande.
Ensuite, nous verrons la solution des incitations auprès des enseignants
pour donner des cours de qualité et auprès des familles pour les
encourager à scolariser leurs enfants et améliorer leur
fréquentation. Nous verrons aussi quelles solutions peuvent être
apportées au problème de financement de l'éducation.
Enfin, nous analyserons dans quelle mesure le concept de l'école
bilingue permet d'atteindre les objectifs de quantité et de
qualité.
II.1) Améliorer la qualité de
l'éducation
Selon Glewwe et Kremer, la fonction de production de
l'apprentissage est comme suit :
A = a (S, Q, C, H, I)
avec A, les compétences
acquises (réussite) ; a, la fonction de production ;
S, la scolarisation ; Q les caractéristiques de
l'enseignant et de l'école ; C, celles de
l'élève ; H, celles de la famille ; et
I, les variables scolaires sous le contrôle des parents
(fréquentation scolaire de l'enfant, matériel scolaire). Etant
donné que seuls Q, C et H sont exogènes, c'est celles sur
lesquelles il faut agir pour améliorer la qualité de l'offre
d'enseignement. Cependant, les politiques éducatives ne peuvent peut
modifier C, les capacités et aptitudes de l'élèves ni H,
l'éducation ou le revenu des parents, mais peut agir sur les
caractéristiques de l'école et des enseignants.
L'institution Ecole est composée d'infrastructures, de
matériel (école, cantines, manuels, programmes) et de professeurs
(formation, motivation, salaire, condition de travail etc.), les "inputs", que
l'on appellera les "variables scolaires". De nombreuses études,
notamment le Coleman Report (1966), ont montré qu'elles ont peu
d'impact sur la qualité de l'éducation dans les pays
développés où les facteurs familiaux et
socio-économiques sont des déterminants plus importants (Averch).
Jencks (1974) a même conclut que « les performances d'une
école dépendent essentiellement (...) des caractéristiques
des enfants qui y entrent. Tout le reste, que ce soit le budget de
l'école, sa politique éducative, les caractéristiques des
enseignants, n'est que secondaire ou n'a rien à voir avec les
résultats. » Dans les pays en développement, au
contraire, ces variables scolaires sont un moyen efficace d'améliorer
l'efficacité interne et donc la qualité, et sont des incitations
efficaces pour la scolarisation des filles surtout.
Hanushek (2006, page 875), considère que les variables
scolaires influencent la performance des élèves/étudiants
(pour les résultats de tests en mathématiques et lecture) dans
les PVD, mais que la qualité des enseignements est le point central
à développer dans ces pays. La taille de la classe, ainsi que des
ressources supplémentaires sont importantes, surtout pour les
premières années de scolarisation. Cependant, l'utilisation des
ressources existantes doit être revue pour une meilleure allocation. En
effet, les dépenses en éducation représentent une part
très importante dans certains pays (3,2% du PNB au Burkina Faso) et donc
améliorer l'efficacité de l'utilisation des ressources pourrait
avoir un impact non négligeable sur l'économie. Hanushek
préconise de faire du cas par cas car « des idées qui
semblent prometteuses ne peuvent pas toujours être
transférées dans d'autres contextes avec le même
succès. »101(*)
II.1.1) Les variables relatives à
l'enseignant
Pour faire face à l'expansion rapide de la
scolarisation, le gouvernement du Burkina Faso doit embaucher des enseignants
et raccourcir leurs formations. La question de la formation est centrale
puisque le niveau de qualification d'un maître a un impact sur les
résultats des élèves (Psacharopoulos - 1988). Au Burkina
Faso, presque un enseignant sur deux (43%) n'est pas titulaire d'un
diplôme professionnel. En 1995-1996, plus de 70 % des 14 784 enseignants
du primaire étaient des instituteurs adjoints dont 35% seulement
étaient titulaires d'une certification. Les maîtres n'ayant
reçu aucune formation initiale représentent 40,7 % du corps
enseignant, en raison du recrutement massif d'enseignants affectés dans
les classes sans formation (près de 5 800 entre 1992 et 1995).
Cependant, d'après les institutions de
développement, un haut niveau de qualification n'est pas
nécessaire et il est plus efficace de "recycler" des enseignants en
poste que d'en former d'autres. La Banque Mondiale et le Fond Monétaire
International considèrent que la formation continue est aussi une
stratégie à développer, ce qui permettrait d'embaucher des
enseignants moins formés et donc de les payer un peu moins en
début de carrière (nous verrons que la question du salaire des
maîtres est cruciale dans l'allocation des ressources, puisqu'ils
constituent la majorité des dépenses en éducation).
Cependant, cette question fait débat :
« Une telle analyse (...) a conduit les
gouvernements africains à bazarder la formation des maîtres,
à paupériser les enseignants ... à privilégier la
quantité au détriment de la qualité, tout en oubliant
qu'un enseignement de qualité médiocre aura à moyenne
échéance, des répercussions visibles sur la
quantité : la demande d'éducation s'amenuisant au fur et à
mesure que la qualité baisserait. Une des causes non négligeables
de la sous scolarisation dans certaines régions du Burkina Faso et
auprès de certaines catégories socioculturelles des populations,
s'explique par le manque de confiance des parents en l'institution scolaire
quand bien même l'offre éducative est disponible. (...) Pour
le développement de l'éducation, n'est ce pas plus urgent d'avoir
des enseignants engagés, bien dans leur peau parce que formés en
conséquence et motivés dans un contexte national de justice
sociale ... que des classes suréquipées de matériel
pédagogique, des curricula adaptés et fonctionnels, des
réformes et innovations plus ou moins cohérentes. Le tout dans
des déclarations d'intention d'autant plus faciles à faire que
les conditions objectives pour y arriver ne seront pas
appréhendées ? »102(*)
Toujours est-il que le gouvernement a ramené la
formation dans les ENEP (écoles nationales des enseignants du primaire)
à un an au lieu de deux, avec comme proposition de mettre en place un
dispositif de formation continue qui va permettre de compenser la 2e
année.
L'expérience des maîtres est plus importante au
niveau primaire que les compétences et les connaissances
(nécessaires aux niveaux supérieurs). Ainsi, les
caractéristiques des enseignants (sexe, formation, expérience) -
ainsi que leurs conditions de travail, comme nous le verrons avec les variables
liées à l'école - ont une influence sur les performances
des élèves, mais un bon professeur est avant tout un professeur
motivé et passionné, ce qui est difficile à mesurer ou
à développer (nous verrons cette question dans la partie sur les
incitations). Mais l'efficacité des maîtres est aussi fortement
liée à d'autres éléments qui dépendent plus
de l'école, comme la taille des classes, les manuels, les cantines
scolaires.
II.1.2) Les variables liées à
l'école
La demande d'éducation a connu une telle croissance que
les classes ont parfois des effectifs pléthoriques (qui vont parfois
jusqu'à une centaine d'élèves par classe). Or, de
nombreuses études laissent à penser que la taille des classes
affecte négativement la qualité de l'enseignement, surtout les
premières années de scolarisation. Une étude en Afrique du
Sud a montré que passer de 40 élèves à 20
élèves par classe améliore les résultats de tests
de lecture de la même façon qu'avec deux années
supplémentaire d'enseignement (Case et Deaton - 1999). Ainsi, pour
remédier aux taux d'encadrement disproportionné au Burkina Faso,
de nombreux enseignants ont été embauchés : dans
le primaire, ils étaient 17 000 en 1999 et sont passé
à 27 000 en 2005, soit 10 000 postes pourvus : une
augmentation de 59% en 6 ans. La taille des classes s'est ainsi
réduite : le ratio élèves/ enseignants a
diminué de 10 élèves en 14 ans (57 en 1991 et 47 en
2005). Le pourcentage de femmes parmi les enseignants a aussi augmenté,
passant de 25 à 29% sur la même période, ce qui joue, comme
nous l'avons vu sur la scolarisation des filles au primaire.
Alors que la question de l'impact de la qualification des
maîtres semble ambiguë, celui des manuels aboutit à des
résultats plus clairs. Au Burkina Faso, les manuels sont chers, rares et
souvent inadaptés, avec des programmes axés sur l'acquisition des
connaissances plutôt que des compétences, qui sont trop difficiles
pour l'élève moyen ; seuls les élites issus des
classes favorisées, qui ont un stock de capital humain supérieur
et dont la famille parle français à la maison peuvent suivre. Une
étude menée dans le Philippines par la Banque Mondiale a
montré que le nombre de manuels avait un impact significatif sur les
performances des élèves, surtout ceux de milieux modestes. Il
n'est pas nécessaire de fournir un exemplaire pour chaque
élève, un pour deux est amplement suffisant, comme le fait le
Burkina Faso. La fourniture de manuel gratuite est donc un moyen très
efficace d'améliorer les performances scolaires et d'accroître la
qualité des écoles, d'autant que les pays d'Afrique n'allouent en
moyenne que 4% de leurs dépenses au matériel didactique, contre
14% dans les pays développés. Mais elle doit s'accompagner d'une
formation des enseignants et d'une révision des programmes pour les
adapter à l'élève moyen et non pas à
l'élite. Depuis la rentrée scolaire 2007, une petite
révolution a lieu : le gouvernement fournit les manuels à
"tous" les élèves, selon le nombre disponible. Après 3,3
millions de livres distribués l'année dernière, Odile
Bonkoungou, ministre de l'enseignement de base a prévu d'ajouter 2,5
millions de manuels à la rentrée 2008.
Les cantines scolaires, non seulement permettent d'augmenter
les taux de scolarisation et de participation, mais aussi, améliorent
les résultats scolaires car cela peut avoir de bonnes
répercutions sur le niveau de santé. Depuis 2000, de plus en plus
de cantines sont créées dans les régions rurales et une
convention a été signée en 2006 sur la santé et
l'alimentation à l'école, ce qui va encore multiplier ce service
très utile et efficace.
Malgré des études dans différentes
régions du monde sur des caractéristiques diverses,
« il n'existe pas de résultats généraux sur
quelle variable scolaire relative à l'enseignant ou à
l'école améliore l'apprentissage dans le pays en
développement »103(*) et par conséquent, « il n'existe
pas un facteur unique et « magique » qui permettrait
à lui seul d'assurer la qualité de l'école ; celle-ci
résulte plutôt d'une combinaison de nombreux
facteurs »104(*). De plus en plus d'études montrent qu'il faut
s'intéresser aux variables indépendantes de l'enseignant pour
améliorer la qualité de l'éducation (en développant
l'enseignement par radio ou par la télévision)105(*).
Cependant, il y a une caractéristique
particulière du système éducatif burkinabé qui nous
semble intéressant à étudier : la langue
d'enseignement. L'enseignement formel burkinabé est très
centralisé - aussi bien sur le plan budgétaire que sur le plan
administratif et pédagogique - et se fait en français sur tout le
territoire. Comme nous l'avons vu, le français est tout d'abord
enseigné comme matière d'enseignement, pendant les six
années de primaire, et puis, il est utilisé comme langue
d'enseignement pour les autres matières.
Le pays compte déjà de très nombreuses
langues nationales - entre soixante et soixante-dix - mais seul le
français est une langue "officielle". Pourquoi avoir choisi une langue
étrangère pour langue d'enseignement, plutôt qu'une des
multiples langues locales ? Le temps passé à l'apprentissage
de cette langue (56% du volume horaire total en primaire) est du temps
sacrifié sur d'autres matières. De plus, cela représente
une part considérable du budget de l'éducation pour le primaire.
Enfin, « les langues africaines sont essentielles pour la
décolonisation des esprits et pour la Renaissance
africaine. 106(*)» Tous ces efforts pour des résultats
médiocres. En effet, seulement 5,13% des familles burkinabé
parlent français à la maison107(*) et 2% de la population sont des francophones
confirmés. 84,5% de la population ne savent ni lire ni écrire
dans une langue quelconque108(*).
La langue majoritaire (le mooré) pourrait servir de
langue d'enseignement, ce qui aurait le triple avantage de i) faciliter
l'apprentissage des matières comme le calcul, les sciences, etc.
(amélioration des résultats), de ii) raccourcir le temps
d'enseignement au primaire (amélioration de l'efficacité) et de
iii) revaloriser la culture nationale (facteur de développement et
d'intégration)109(*). La langue française, facteur d'ouverture sur
le monde, qui reste très utile au Burkina Faso dans la diplomatie, les
affaires, etc., pourrait aussi être enseignée comme langue seconde
et être de meilleure qualité qu'elle ne l'est aujourd'hui, en tant
que langue première. Mais les langues nationales n'ont aucun statut dans
la loi burkinabé. La Constitution de 1991 stipule que les
modalités de promotion et d'officialisation des langues
nationales doivent être fixées mais rien n'a
été fait jusqu'à présent. Nous verrons par la suite
qu'en ce sens, l'expérience de l'école bilingue est aussi une
voie très prometteuse.
II.2) Le principe des incitations
Pour certains, le système éducatif a besoin de
plus d'argent. D'autre rétorquent que les moyens financiers actuels sont
suffisants mais mal gérés, mal alloués, il faudrait
plutôt des réformes de fond. Le système des
incitations est une autre façon d'agir sur la qualité de
l'enseignement (incitations auprès des maîtres) et la
participation et la demande d'éducation (auprès des
élèves et leurs familles).
II.2.1) Incitations auprès des maîtres
Au Burkina Faso, les enseignants sont souvent responsables de
la faible qualité de l'enseignement. Outre le fait qu'ils sont peu
formés, de nombreux d'entre eux sont souvent absents - dans 19% des
visites surprises, l'enseignant n'enseignait pas - ou se contentent de recopier
les pages d'un manuel sur le tableau. On cherche donc un moyen d'inciter les
enseignants à donner des cours de meilleure qualité.
De nombreux chercheurs considèrent qu'augmenter les
salaires des maitres peut améliorer la qualité de l'enseignement,
par un système d'incitation et de valorisation. Cependant, au Burkina
Faso, un enseignant est, de loin, mieux payé que le salaire moyen (8,4
fois le PIB par tête) et c'est la composante majeure des dépenses
nationales en matière d'éducation, comme nous l'avons vu.
Ainsi, en Afrique et au Burkina Faso notamment, il faut
trouver d'autres incitations pour les enseignants que l'augmentation des
salaires. Il se trouve que le salaire est basé sur le niveau
d'étude et l'expérience, et non sur les performances. Certains
pensent que les enseignants fourniraient plus d'efforts s'ils étaient
payés selon les performances de leurs élèves (P Glewwe -
2006 et Hanushek - 2005). Les écoles pourraient aussi recevoir des
primes sur les mêmes critères. Ceux qui prônent
l'augmentation de salaire pensent que le salaire en fonction des performances
pousserait les maîtres à enseigner dans l'optique des examens
seulement, qu'ils ne feraient pas preuve de pédagogie et qu'ils feraient
apprendre par coeur les leçons aux élèves. D'autre part,
il y aurait une sélection à l'entrée des écoles sur
le niveau préalable des élèves de sorte à inscrire
les meilleurs.
Une autre solution est d'augmenter les contrôles et de
sanctionner l'absentéisme des professeurs. Cela implique le recrutement
d'inspecteurs qui sont actuellement très peu nombreux au Burkina Faso
(un pour 150 enseignants).
II.2.2) Incitations auprès des
élèves et de leurs familles
La situation de l'éducation au Burkina Faso est comme
nous l'avons vu, caractérisée par une faible scolarisation et une
sous-représentation des filles. Parmi les enfants scolarisés, de
nombreux sont souvent absents, et le taux de participation (temps passé
à l'école, par rapport au nombre de jours que l'école est
ouverte) est très bas. La sous-scolarisation s'explique en grande partie
par les barrières financières (niveau de revenu des familles,
coût direct et indirect de l'enseignement). Outre les bourses
d'études ou prêts (dont nous avons discuté
précédemment), les coûts de l'éducation peuvent
être réduits grâce à des incitations.
La question de la suppression des frais d'inscription a
été largement débattue et oppose deux camps : les
premiers pensent qu'ils sont indispensables pour la gestion des
établissements et qu'ils ne représentent pas une importante
barrière financière pour les familles et les autres
considèrent, au contraire qu'ils sont responsables de la
non-scolarisation de nombreux enfants. Le programme PROGRESA mené au
Mexico en 1998 visant à augmenter la scolarisation et les performances
des élèves en payant les mères si leurs enfants
fréquentaient l'école, s'est traduit par une augmentation de 3,4%
de scolarisation (Schultz - 2004). Selon la loi d'orientation de 2007,
l'enseignement de base public est gratuit, mais le texte reconnaît aussi
l'existence des cotisations des parents d'élèves, pour faire face
à « certaines dépenses de l'école ».
Or, avec le désengagement récent de l'état, les
écoles ont dû faire face à des problèmes de budget
et les moins scrupuleuses imposent des cotisations de montant parfois
équivalent aux droits de scolarité.
La fourniture de matériels ou de services gratuits
(manuels, uniformes, cantines, campagne de santé, transports) peut aussi
inciter les familles à inscrire leurs enfants et augmenter la
participation. Mais les analyses empiriques ne permettent pas de tirer de
conclusions sur quel variable scolaire agit le plus positivement sur la
quantité et la qualité de l'éducation, ni quel niveau
minimum il faut pour inciter le plus de familles à scolariser leurs
enfants. Il semblerait qu'au Burkina Faso, les cantines scolaires aient un
double impact positif sur la quantité et la qualité de
l'éducation (surtout pour les filles). En effet, i) elle augmente la
scolarisation des enfants, et leur participation et ii) améliore les
résultats scolaires car les enfants reçoivent une alimentation
saine et sont moins fatigués (car font le trajet entre le domicile et
l'école une fois par jour seulement), ils sont donc plus performants et
concentrés à l'école. Les campagnes de santé ont
aussi des impacts intéressants : une étude menée au
Kenya par Miguel et Kremer (2004) a montré qu'une campagne de traitement
de vers intestinaux bénéficiait aux enfants traités et aux
enfants non traités des mêmes écoles, notamment grâce
à une réduction de la transmission. Ces programmes de
santé à l'école sont d'une part très efficaces pour
la participation et les performances des élèves ; mais ils
sont, de plus, très rentables financièrement (P. Glewwe -
2006).
D'après les analyses empiriques, les incitations
auprès des élèves fonctionnent particulièrement
bien auprès des filles car leur demande est plus élastique. Le
recrutement de personnel enseignant féminin, l'attribution de bourses,
les cantines scolaires, les programmes de santé, etc. ont un impact
significatif autant sur les taux de scolarisation des filles (quantité)
que sur leur participation et leurs résultats (qualité).
II.3) La question du financement
Comme nous l'avons vu, le gouvernement burkinabé
investit une part importante de son budget dans l'éducation. Il est
tiraillé entre deux objectifs opposés : offrir un
enseignement de masse et de qualité (ce qui coûte cher) tout en
réduisant ses coûts pour faire face à la pression
budgétaire. Au Burkina Faso, la majorité du budget est
absorbé par le salaire des enseignants, mais le coût de
l'éducation varie selon le niveau d'enseignement.
II.3.1) Des coûts unitaires élevés dans
les PVD
Les coûts unitaires absolus sont plus
élevés dans les pays de l'OCDE que dans les PVD mais lorsqu'on
calcule les coûts en pourcentage du PNB / habitant, le fardeau est plus
lourd dans les pays en développement (surtout dans secondaire et le
supérieur). Le coût par habitant de l'enseignement primaire est
50% supérieur en Afrique de l'Ouest, par rapport à la moyenne des
pays les plus riches du monde (tableau 29). Cela incombe en partie à un
fonctionnement inefficace du système dans son ensemble et à une
mauvaise utilisation des ressources, problèmes que nous avons
énoncés précédemment.
28) Cout par élève en proportion du
PNB/habitant et taux de scolarisation par niveau et région
Région
|
Primaire
|
Secondaire
|
Supérieur
|
Cout unitaire / PNB par habitant
|
Taux de scolarisation
|
Cout unitaire / PNB par habitant
|
Taux de scolarisation
|
Cout unitaire / PNB par habitant
|
Taux de scolarisation
|
70-72
|
76-79
|
70-72
|
76-79
|
70-72
|
76-79
|
70-72
|
76-79
|
70-72
|
76-79
|
70-72
|
76-79
|
Afrique de l'ouest
|
24
|
25
|
43
|
43
|
142
|
102
|
6,6
|
9
|
1405
|
838
|
0,36
|
0,73
|
Moyenne PVD
|
15,3
|
14
|
68
|
75
|
65,5
|
41
|
18,4
|
25
|
533
|
370
|
2,5
|
3,3
|
Moyenne OCDE
|
16
|
22
|
98
|
100
|
21
|
24
|
80
|
80
|
55
|
49
|
14,6
|
21
|
Source : Zymelman (82a) p.49
Il est intéressant de remarquer, grâce au tableau
28, qu'en comparant le coût d'un l'étudiant de l'université
avec celui de l'élève du primaire: le premier coûte 35 fois
plus que le second dans les pays en développement pour la période
1970-72, et en Afrique de l'Ouest, le coût est 58 fois plus
élevé (par rapport à 3 fois dans les pays de l'OCDE). Le
fait qu'il y ait moins d'étudiants à l'université en
Afrique de l'Ouest (taux de scolarisation de 0,73% entre 1976 et 1979) - et
dans les PVD en général - que dans les pays de l'OCDE (21%)
prouve que les économies d'échelle jouent fortement et explique
les coûts très élevés par habitant. En termes de
coût-efficacité, l'enseignement primaire semble être plus
à favoriser que supérieur, qui coûte cher. On peut penser
qu'il en est de même pour le primaire, et que si la SPU (scolarisation
primaire universelle) était atteinte, les coûts unitaires se
tasseraient pour le primaire. Mais d'autres problèmes de gestion des
ressources sont aussi à prendre en compte.
D'autre part, si les dépenses en éducation de
base coûtent si peu en comparaison avec les niveaux supérieurs,
c'est que ce sont surtout les familles qui les assument. « On
pourrait imaginer de transférer une partie du budget affecté
à l'enseignement secondaire ou supérieur, au
bénéfice de l'enseignement fondamental. »110(*)
Mais qui doit supporter les coûts de
l'éducation ? L'Etat ? Les familles ? Est-ce qu'un
système de financement mixte ne serait pas plus adapté ?
II.3.2) Vers une révision du financement
Les systèmes d'enseignement sont principalement
financés par les pouvoirs publics par principe d'équité.
Le financement est possible grâce à l'impôt, c'est donc une
sorte de redistribution. D'autre part, les rendements sociaux de
l'éducation sont importants : c'est un investissement qui profite
à la société par l'augmentation de la production et la
croissance économique. Cette externalité positive justifie pour
certains l'intervention de l'État sinon dans l'économie du moins
dans la prise en charge du système éducatif. Cependant, la
théorie économique ne recommande un financement intégral
qu'en cas de bien collectif pur (non-exclusifs). Or, dans le cas de
l'éducation, la demande dépasse souvent l'offre, et donc l'Etat
ne devrait pas intervenir.
Récemment, la crise financière dans les pays en
développement a provoqué une réflexion
générale sur le financement de l'éducation. De plus en
plus d'efforts sont ainsi faits pour rechercher des méthodes
alternatives de financement, c'est-à-dire la « redistribution
du fardeau financier de l'investissement éducatif » et en
particulier par la couverture du coût par les usagers, ou par l'aide
extérieure (organisations internationales, ONG, etc.).
Contrairement à la croyance répandue que la
gratuité de l'enseignement est une des bases de la justice sociale, des
études de la Banque Mondiale ont montré que des droits
d'inscription sélectifs, une diminution des bourses et autres aides pour
étudiants, ainsi que la création d'un marché du
crédit spécialisé, ont un effet favorable à la fois
sur l'efficacité et sur l'équité. En effet, suivant le
système d'impôt, le financement public de l'éducation peut
être inéquitable car un transfert s'opère des revenus des
familles pauvres aux familles riches - dont les enfants restent plus longtemps
dans le système. Le financement de l'éducation est ainsi de plus
en plus partagé entre les gouvernements, les ONG et associations
nationales ou internationales et même les élèves et leurs
familles.
II.3.2.1) Participation des usagers
Le financement privé de l'éducation
(c'est-à-dire la contribution des usagers) peut se faire directement,
par des droits de scolarité, ou bien par une contribution indirecte
comme la participation au paiement des frais annexes (cantines, fournitures,
manuels, etc.) ou encore en proposant des prêts qui permettent d'assurer
un remboursement.
Débats sur les frais d'inscription
Au Burkina Faso, la scolarité est gratuite dans la
majorité des établissements. Les élèves et leurs
familles supportent le coût indirect du manque à gagner, et
souvent les fournitures. Seules certaines écoles privées font
payer des frais d'inscription. Mais la gratuité du système public
entraine une augmentation de la demande de places et un rationnement
s'opère (des sélections à l'entrée) qui favorise
encore les plus riches. Dans certains pays en développement, le
système public est payant, ce qui, selon certains, « peut
améliorer à la fois l'efficacité et
l'équité. »111(*) En effet, « certains pensent que les frais
d'inscription sont cruciaux pour assurer la comptabilité des
écoles et ne représentent que de minces barrières pour la
scolarisation ; d'autres rétorquent que réduire les droits
de scolarité pourrait considérablement augmenter le nombre
d'inscrits.112(*) » D'un point de vue de
l'efficacité, l'imposition de droits permettrait d'utiliser les
ressources supplémentaires pour accroitre le nombre de places, acheter
du matériel et/ou des manuels, d'améliorer la qualité de
l'enseignement ; et concernant l'équité, les droits
d'inscription se justifient par le fait que les enfants de familles
défavorisées souffrent plus de la détérioration de
la qualité.
Bourses vs prêts
« En Afrique francophone, les bourses absorbent 40%
du budget de l'enseignement supérieur. (...) Au Burkina Faso, le
coût de l'enseignement primaire pour les familles (droits plus manque
à gagner) est de 200 000 F.CFA par an alors que les
étudiants reçoivent une subvention nette égale à
372 000 F. CFA.113(*)» Petit à petit l'Etat burkinabé
est en train de rajouter des critères de sélection aux bourses
(revenus des parents, âge et sexe de l'enfant et ses résultats
scolaires) pour les réduire et les éliminer.
Ainsi, certains économistes suggèrent de passer
d'un système de bourses à des prêts afin de prévoir
un retour de l'argent investit. Au cours des vingt dernières
années, ce système a été développé
dans de nombreux pays par l'intermédiaire d'organismes publics, ou bien
de banques privées, avec des taux d'intérêt
subventionnés. C'est un système très équitable dans
le sens où il s'agit d'un transfert de revenu du contribuable moyen vers
ceux qui auront, dans le futur des revenus élevés. C'est donc une
solution équitable et efficace. Cependant, les tests empiriques ont
montré que cette pratique doit être accompagnée d'une
augmentation des droits de scolarité pour avoir un impact plus grand et
pour réellement déplacer le fardeau financier. Mais
« la question cruciale des bourses scolaires est à traiter au
même titre que les questions des privilèges sociaux acquis. Leur
suppression, leur diminution ou leur réduction ne peut qu'entrainer des
conflits sociaux sont on ne peut pas présumer de la
gravité. »114(*)
II.3.2.2) Financement par les entreprises ou les
collectivités
Pour l'employeur, la distinction entre éducation
générale et formation spécifique de l'individu est
très importante car cette dernière augmente la
productivité de l'individu seulement dans son travail. L'employeur
récupère donc le fruit de l'investissement de la formation. Il
parait donc normal qu'il contribue au financement de l'investissement
éducatif ou qu'il se charge lui-même en partie de la formation. Un
système de prélèvement pour les formations et de taxes sur
les salaires peut donc être envisagé auprès des
entrepreneurs, et aussi des diplômés.
En cas d'échec des systèmes scolaires
centralisés, certains experts préconisent la participation des
communautés et la décentralisation. En effet, la gestion des
établissements pourrait être faite par les communes, qui
connaissent mieux les besoins des enfants et du contexte local, ce qui serait
certainement une économie de temps et d'argent pour les
ministères. Le financement de l'éducation peut aussi être
partagé avec les collectivités qui peuvent fournir un appui
financier ou des prestations en nature : par des ventes ou la
participation des habitants à la construction d'une école par
exemple.
Ainsi, les modes de financement pratiqués demandent
à être réétudiés et la répartition
financement public/financement privé modifiée. Le fardeau
financier de l'éducation peut être déplacé vers les
étudiants et leurs familles (frais de scolarité, participation
financière aux services comme la cantine, système de
prêts), vers les employeurs (taxes sur les salaires, impôts, plus
de formation par l'employeur) ou vers les collectivités (participation
à la création d'école) de sorte que la pression
budgétaire qui pèse sur les gouvernements des pays en
développement s'allège et que l'école soit enfin de
qualité. Il faut aussi penser à améliorer
l'efficacité de l'éducation pour réduire les coûts
et à développer l'enseignement privé.
II.4) L'école bilingue comme remède
Etant donnés les faibles performances de l'école
burkinabé, de ses manquements en termes d'efficacité et
d'équité et de la pénurie de places dans le privé,
« il importe donc d'ouvrir des solutions alternatives et de ne pas
figer l'institution dans un immobilisme néfaste sous le fallacieux
prétexte d'égalité des chances »115(*). En effet, « on se
rend tragiquement compte que l'Etat ne peut pas faire face à une
politique de scolarisation universelle rapide par l'intermédiaire de
l'école publique (...). Il faut donc imaginer un autre moyen, adopter
une autre stratégie. On ne peut en trouver que dans l'organisation d'un
système structuré de solidarité déconcentrée
au niveau du village ou du quartier... »
D'autre part, les faibles performances et l'inadaptation de
l'offre éducative à la demande on stimulé une
réflexion sur la place du français et « la mise en
place d'une véritable éducation bilingue (...) semblerait
être la seule voie de libération des populations et d'ouverture
pour qu'elles puissent participer de façon consciente au
développement et à une démocratie
directe. »116(*) En effet, « tous les enfants africains ont
le droit inaliénable d'aller à l'école et d'apprendre dans
leurs langues maternelles. Tout effort devrait être fait pour
développer des langues africaines à tous les niveaux
d'éducation. (...) La démocratie est essentielle pour le
développement égal des langues africaines et les langues
africaines sont essentielles pour le développement de la
démocratie basé sur l'égalité et la justice
sociale. »117(*)
Une nouvelle forme d'enseignement a donc été crée :
l'école bilingue.
Une expérience novatrice
Ainsi, d'après le constat que l'utilisation d'une
langue « étrangère » ne facilite pas
l'apprentissage, un système d'école bilingue a été
imaginé en 1994, par le ministère de l'Enseignement de base et de
l'Alphabétisation (MEBAM) en partenariat avec des ONG et associations
(notamment l'OSEO : OEuvre Suisse d'Entraide Ouvrière). C'est donc
un système mixte, mi-public, mi-privé, qui enseigne en
français et en langue nationale.
La particularité de l'enseignement bilingue est
l'utilisation de la langue maternelle118(*) en début de cycle et l'introduction graduelle
du français. Tandis que l'école burkinabé classique
enseigne le français comme langue étrangère et l'utilise
aussitôt comme langue d'enseignement, dans l'école bilingue, la
langue de l'élève est utilisée, la première
année, dans une proportion de 90%, contre 10 % pour le français
et la proportion s'inverse en dernière année (Cf. tableau 30).
Ainsi, par ce système de bilinguisme « additif », le
français est introduit et progressivement, et constitue, en
cinquième et dernière année (CM1), la langue presque
dominante des activités pédagogiques (90% contre 10 % pour la
langue nationale). Le français est enseigné à l'oral
dès la première année puis à l'écrit
à partir de la deuxième.
D'autre part, le cycle scolaire d'une école bilingue
est de cinq ans - au lieu de six pour l'école classique - et concilie
« le savoir, le savoir-faire et le savoir-être » de
l'enfant. Il existe aussi un cycle de préscolaire : l'Espace
d'Eveil et d'Education, qui offre une initiation en langue maternelle, des
écoles primaires et des collèges multi-langues, axés sur
une professionnalisation.
29) Part du français et de la langue maternelle
à l'école bilingue, par année d'étude. (%)
|
1e année
|
2e année
|
3e année
|
4e année
|
5e année
|
Pourcentage de langue maternelle
|
90
|
80
|
50
|
20
|
10
|
Pourcentage de français
|
10
|
20
|
50
|
80
|
90
|
Les programmes sont les mêmes - avec des
activités pratiques et manuelles en plus - que ceux des écoles
classiques mais en un an de moins : un gain de temps et de ressources qui
a été rendu possible grâce à l'utilisation de la
langue maternelle, qui facilite l'apprentissage et qui se traduit aussi par un
meilleur niveau général.
Le projet a commencé en 1994 avec deux classes
moore-français et il était initialement réservé aux
enfants ayant dépassé l'âge de scolarisation. Ce
système est désormais ouvert à tous et compte aujourd'hui
110 écoles.
Des objectifs qualitatifs et des
résultats satisfaisants
Les objectifs de l'école bilingue sont
qualitatifs et tentent de répondre directement aux
dysfonctionnements de l'école classique : 1) en améliorant
l'efficacité interne (taux de redoublement, d'abandon et de
succès) ; 2) l'efficacité externe en ancrant l'école
dans son contexte culturel, socio-économique et pour le
développement local ; 3) en diminuant le coût de
l'éducation (par la réduction de la durée de
scolarité d'un an).
L'école bilingue n'en est qu'à ses débuts
mais ce système a déjà fait ses preuves : 94% de taux
de succès au certificat d'étude primaire, pour la session 2004,
en 5 ans de scolarité, pour une moyenne nationale de 73%, avec 6 ans
d'études. En troisième année, les élèves
obtiennent le niveau de français des quatrièmes années de
l'école classique et leurs résultats dans les autres
matières sont également supérieurs. Ainsi, le
système de l'école bilingue permet une meilleure acquisition des
fondamentaux et du français.
Nous étudierons précisément
l'école bilingue dans le troisième chapitre, à travers la
vision de la presse burkinabé. Mais tout d'abord, nous allons adopter
une approche anthropologique, afin de compléter notre analyse.
Chapitre 3 - Approche anthropologique et étude
de l'école bilingue vue à travers la presse burkinabé
I) L'anthropologie de l'éducation et du
développement
Cette approche s'appuie sur des recherches d'anthropologues de
l'éducation et du développement mais il ne s'agit pas vraiment
d'une étude anthropologique proprement dite dans le sens où il
n'y a pas eu de véritable enquête de terrain. Elle ne donne pas la
parole aux acteurs directement concernés mais pour pallier à ce
manque de données « de terrain », nous utiliserons
le biais de la presse pour analyser, dans une seconde partie, le cas de
l'étude bilingue.
Cette étude globale se veut multidimensionnelle parce
qu'il nous a semblé que les deux visions sont complémentaires et
aident à la compréhension générale de la
problématique. L'analyse économique s'attache au lien
éducation-croissance, aux facteurs de production et au rôle
central de la théorie du capital humain dans un contexte de
mondialisation supposé naturel, tandis que l'anthropologie
s'intéresse aux cultures et aux relations et influences qu'elles jouent
les unes sur les autres. Ainsi, l'éducation vue par le prisme
anthropologique avec une approche culturelle du contexte permet de mettre en
valeur les intérêts de l'école bilingue que nous
étudierons plus loin.
I.1) Approche anthropologique de l'éducation
Les sciences sociales perçoivent l'éducation
sous un angle différent des conceptions économiques, qui elles
sont axées sur les analyses coût-avantages, les taux de rendement
et la théorie du capital humain. Pour les sociologues, le fait scolaire
est considéré comme un fait social au sens du Durkheim et, en
tant que tel, il apparaît comme révélateur du
fonctionnement des sociétés. L'ethnologie et l'anthropologie
mettent d'autant plus l'accent sur le local que sur le général et
ne voient pas l'individu seulement comme un consommateur ou un calculateur
rationnel, mais influencé par une culture, des valeurs et des normes
propres à son environnement. Une réflexion sur la
véritable nature de l'éducation est utile. Elle est trop souvent
perçue comme seule scolarisation alors que dans les
sociétés coutumières, elle peut prendre plusieurs forme :
éducation de toute la personne, autour du savoir-dire, du savoir-faire,
du savoir-vivre et du savoir-être, éducation permanente tout au
long de la vie, intégrée à toutes les circonstances de
temps, et de lieu, éducation rituelle, etc.
La nécessité de prendre en compte les
réalités locales et culturelles transparait dans les recherches
anthropologiques, qui s'intéressent aux lieux d'éducation hors de
l'institution scolaire (communauté, famille, écoles coraniques,
médersa - Brenner), à la production, la circulation et la
transmission des savoirs, et au lien entre savoirs et pouvoirs (Renaud
Santerre). Elles offrent donc une vision plus « humaine »
de l'éducation et donnent des réponses concrètes aux
questions du dysfonctionnement des systèmes éducatifs africains.
I.1.1) La prise en compte du culturel
L'anthropologie, qui vient du grec anthropos, l'homme
et logos, l'étude, est définie comme
« l'étude des cultures des différentes
collectivités humaines (institutions, structures familiales, croyances,
technologies). »119(*) La démarche anthropologique place l'individu
et la société dont il est membre, au centre de la recherche et se
focalise sur le respect et la valorisation des traditions, cultures et valeurs
d'une société donnée, tandis que l'économie de
l'éducation s'efforce de partir de phénomènes
généraux pour faire des interprétations à
l'échelle individuelle.
I.1.1.1) Les mécanismes culturels
L'apport de l'anthropologie dans l'étude de
l'éducation est donc très intéressant car elle apporte une
vision plus « humaine ». Elle étudie le rapport
entre l'unité de l'humanité et la diversité, entre le
global et le multiple. C'est en ce sens qu'il est intéressant
d'étudier l'école bilingue sous l'angle anthropologique.
Les institutions internationales considèrent que nous
sommes entrés dans un « nouveau type de société
dans lequel la connaissance détiendrait une fonction
majeure »120(*). L'instruction serait un bien marchand et
l'école aurait une nouvelle fonction de marchandisation basée sur
des logiques commerciales.
Mais la connaissance s'élabore aussi et surtout dans
une dimension collective, car il est aujourd'hui largement admis que la
connaissance ne provient pas uniquement de processus d'apprentissage mais aussi
d'échanges inter et intragénérationnels, surtout dans des
sociétés africaines où la communauté est
omniprésente, la hiérarchie est respectée et les
traditions orales perdurent. Selon Sue Wright, l'anthropologie est liée
à l'éducation parce que « l'éducation a une
place centrale dans les processus de transformation »121(*). D'autres anthropologues
étudient « la finalité de l'éducation et sa
relation avec les changements des idées dominantes sur la
modernité, le libéralisme (...) et la préparation à
la citoyenneté. »122(*)
Sans pour autant faire preuve de « populisme
idéologique »123(*), qui valoriserait et idéaliserait
systématiquement les savoirs populaires, il s'agit, pour les
anthropologues de faire acte librement de créativité
pédagogique et de valorisation culturelle, pour « promouvoir
de l'intérieur une conception plus dynamique de l'éducation, sans
pour autant renoncer à tirer profit des techniques venues de
l'extérieur »124(*). En effet, malgré les connotations
habituelles que véhicule la discipline, elle se doit d'être
« aussi attentive aux changements qu'elle ne l'est aux
permanences »125(*).
En effet, « la non-prise en compte du
paramètre culturel dans les domaines éducatifs par les
planificateurs, décideurs, élites locales, entraine des
dysfonctionnements dont ces populations [les plus
déshéritées] font principalement les
frais »126(*).
Il faut considérer les valeurs universelles mais aussi le droit des
cultures à la différence, qui entraîne un choc des
valeurs. Il faut aussi opérer une distinction entre valeurs
permanentes et valeurs nouvelles (démocratie, compétence
professionnelle, progrès technologique, respect de la nature,
l'innovation, etc.)
I.1.1.2) Différents axes d'études
En ce sens, les apports de la discipline sont multiples.
L'anthropologie de l'éducation étudie, entre autre
l'interculturalité comme construction de nouveau sens social issu du
contact entre des cultures différentes. Elle étudie les
interactions entre les cultures car « il est incontestable que
l'indigène non contaminé n'existe nulle
part »127(*),
examinant les conditions du « vivre-ensemble », les
processus de communication interculturelle, ou encore des stratégies
identitaires développées par les individus en situation
d'acculturation.
D'autre part, elle étudie la transmission des savoirs
hors de la sphère de l'école traditionnelle. En Afrique, c'est
par l'éducation donnée par la famille et au sein de la
communauté que les modèles culturels se perpétuent.
D'autre part, la transmission sociale et culturelle entre les
générations s'effectue dans les deux sens, des parents ou
enseignants vers les enfants et aussi selon un mouvement ascendant venant des
jeunes vers les adultes. La question « est-ce que les valeurs
traditionnelles peuvent-elles être mises au service du
développement ? » subsiste.
Enfin, le lien entre savoir et pouvoir est analysé et
les normes imposées par les institutions sont remises en questions. On
s'intéresse ici aux stratégies familiales et à la demande
sociale d'éducation, qui se détache de l'institution Ecole telle
qu'elle existe au Burkina Faso notamment, calquée sur le système
coloniale et qui n'est pas en phase avec les réalités
socio-économiques et aux besoins locaux.
Ainsi, selon les anthropologues, il s'agit de promouvoir un
développement alternatif, fondé sur une mise en valeur des
compétences et des savoirs locaux, pour un développement
endogène et impliquant les acteurs directement concernés. Ils
préconisent que l'éducation et l'identité culturelle
soient intégrées pour un développement endogène,
ainsi qu'une rénovation du système éducatif et de ses
contenus et une réappropriation de la finalité de
l'éducation, correspondant au système de représentation
propre à la société en question.
I.1.2) Considérer la pluralité
I.1.2.1) Des systèmes de sens et des savoirs
différents
Pour Jean-Pierre Olivier de Sardan, ce sont deux
« systèmes de sens » qui s'affrontent : celui
des institutions et des agents de développement et celui des populations
cibles (ou communautés paysanne). Dans les questions de
développement, ces deux systèmes de valeurs (ou
« configurations de représentations
contrastées ») se confrontent et souvent ne se comprennent
pas. La dimension du savoir, le système de transmission, la place du
magico-religieux, tout les oppose et, l'auteur considère qu'une
meilleure connaissance et compréhension de ces différences de
sens peut sensiblement jouer sur la portée d'un projet de
développement128(*).
D'un côté, les savoirs populaires,
mêlés au symbolique et au magico-religieux, sont
spécifiques et adaptés aux contraintes d'un milieu particulier.
Ils se transmettent oralement, in situ, et sont en
perpétuelle évolution, par l'échange. De l'autre, les
savoirs technico-scientifiques, standardisés, plus
généraux et déconnectés de toute
considération ésotérique, « sont introduits de
l'extérieur et ne subiront guère de
rétroaction »129(*).
Si l'on admet l'hypothèse que les savoirs
apportés par l'agent de développement sont
"préférables" pour certains champs, comme
l'alphabétisation par exemple (car efficaces, productifs et rentables),
« il ne s'agit pas d'amener le savoir là où
règne l'ignorance »130(*), car il existe déjà des
compétences et des savoir-faire complexes dans les
sociétés indigènes. Il est d'ailleurs intéressant
de constater à quel point les savoirs populaires sont peu connus des
« développeurs », qui, de façon souvent
inconsciente, ont tendance à les considérer avec mépris
car la vision occidentale valorise ses propres savoirs technico-scientifiques
et associe de façon présupposée et
stéréotypée savoirs populaires à tradition et
à routine. Cependant, ils sont d'une part, multiples et
hétérogènes, car « un savoir technique populaire
standard partagé par tous est une fiction »131(*) et d'autre part ils sont
innovants car s'adaptent au milieu.
I.1.2.2) Le rôle complexe des agents de
développement
Les agents de développement sont donc comme
« coincés » entre savoirs populaires et
technico-scientifiques. Ils sont, consciemment ou non, les porte-parole des
savoirs prônés par l'occident mais doivent aussi être
médiateurs entre les deux systèmes de savoirs, prôner l'un
et le marier avec l'autre. Ils doivent savoir écouter et se
transformer en élève (les deux lois de l'enquête
ethnologique pour J-P. Olivier de Sardan), puis être un bon communicateur
et médiateur pour "négocier". Tout cela suppose avoir conscience
de la richesse des savoirs dits « populaires » et que les
modes d'organisation occidentaux ne sont pas forcément adaptés ou
pertinents dans toutes les situations.
Ainsi, par le biais de la
« réflexivité », l'anthropologue-chercheur
doit chercher à contrôler les influences de sa personnalité
et de ses représentations sociales sur sa façon d'observer, ainsi
que sur certains comportements et réflexions. Il doit « se
garder de projeter sur les choses les représentations qu'il porte en
lui »132(*),
c'est-à-dire faire abstraction de sa subjectivité, en
développant sa conscience de soi, afin oublier qui il est et
d'opérer un travail de compréhension, qui nécessite un
esprit libre et ouvert. Le chercheur doit être aussi bien
préparé que possible, connaître les coutumes, valeurs,
normes et aussi des rudiments de la langue locale pour se faire accepter et
pouvoir échanger.
L'affrontement entre les systèmes de sens
qu'évoque J-P. Olivier de Sardan se traduit par une imposition d'un
système éducatif souvent inadapté au contexte, aux
réalités et aux besoins locaux, par l'intermédiaire des
gouvernements locaux, souvent incités par des promesses de financement.
Il est bon de rappeler que les activités principales au Burkina Faso
sont l'agriculture et l'élevage, et l'éducation, qui forme les
citoyens de demain, doit être organisée en conséquence,
selon les activités dans lesquelles les burkinabés peuvent
trouver un emploi. Elle ne peut pas se contenter de former des fonctionnaires
qui seront au chômage. Mais face à cette imposition, se
maintiennent et se transforment d'anciens modes de transmission des savoirs ou
se créent de nouvelles écoles, comme nous le verrons par
la suite.
I.2) Remise en question des politiques éducatives et
des données existantes
Les sciences humaines, et en particulier l'anthropologie,
reposent sur le travail de terrain, sur l'approche directe des individus et des
groupes qui produisent les faits sociaux étudiés. Elles se
méfient des données institutionnelles desquelles transparaissent
des idéologies occidentales et ethnocentriques et dont elles remettent
en question la collecte et le traitement. Nous allons voir que les politiques
nationales en matière d'éducation sont souvent calquées
sur des modèles occidentaux et répondent à des besoins qui
ne sont pas ceux des populations.
I.2.1) L'hégémonie des conceptions
occidentales et l'acculturation
De nombreux anthropologues dénoncent les effets des
conceptions et des pratiques répandues par l'Occident en matière
d'aide à l'éducation et consignent surtout l'échec de son
modèle individualiste de socialisation, dans la perspective d'un
développement axé sur un progrès économique et
technique. La diversité de la condition humaine et de la conception de
la personne et de son éducation en rapport avec son milieu de vie, selon
les cultures, les philosophies, les religions doivent être prises en
compte pour une analyse poussées de la demande et de l'offre
éducative.
I.2.1.1) Un certain ethnocentrisme institutionnel
En effet, les théories du développement,
formulées par les institutions économiques, se fondent sur
« la représentation que se sont fait les économistes
des pays industriels occidentaux de leur propre système
économique et social, de son fonctionnement et des possibilités
qu'il offre »133(*). Les institutions internationales et leur cadre
idéologique influencent les politiques éducatives des pays du Sud
et ce malgré les grands principes de souveraineté nationale qui
apparaissent dans les constitutions de tous les pays - y compris celle du
Burkina Faso. Elles font peser une lourde pression de plus en plus explicite et
intrusive et, avec l'accord spontané ou forcé des pays, posent
des normes à suivre, des niveaux de performance à atteindre,
autrement dit « un cadre (...) défini comme
incontestable »134(*) basé sur un ethnocentrisme certain et une
prétendue supériorité de leurs systèmes. En effet,
la situation des pays en développement et surtout du Burkina Faso,
considéré comme un PMA, est constamment vue comme « en
retard » par les institutions, alors que, nous l'avons vu, le
système éducatif burkinabé est assez complexe et
diversifié et que de nouvelles méthodes sont initiées par
les acteurs locaux. Malgré tout, les Etats ont tout intérêt
à signer des lois qui entrent dans les limites et les contraintes du
cadre imposé, fondé sur des textes de lois et des promesses de
financement.
Ainsi, dans les années 1990, il est intéressant
de constater qu'une vague de décentralisations de l'éducation a
eu lieu dans trois pays d'Afrique de l'Ouest (le Burkina Faso, le Mali et le
Sénégal), « revendiquées et justifiées
comme autant d'expressions irréductiblement locales d'aspirations
très anciennes que la colonisation et les systèmes administratifs
qui lui ont succédé avaient longuement
bridées »135(*). Le constat de convergence entre les
décisions des responsables remet en question leur liberté et leur
autonomie prétendue et montrent que les institutions du
développement, avec la « méthode de coordination
ouverte » orientent, sans jamais explicitement imposer, les
décisions des Etats (Charlier). Les principes de cette méthode
sont d'invoquer des principes consensuels, exprimés dans ses grandes
lignes (alphabétiser toute la population, mettre l'accent sur la
scolarisation des filles), et d'inviter les Etats à suivre les
recommandations implicites, en leur laissant le soin de se les approprier et de
les adapter au contexte national.
Il est intéressant d'analyser cette méthode de
coordination ouverte avec un esprit critique, au moyen de la
déconstruction. Il s'agit d'une méthode d'analyse textuelle
inventée dans les années 1960 par le philosophe Jacques Derrida
pour décortiquer des textes ou discours afin de révéler
leurs décalages et confusions de sens, en analysant les postulats
sous-entendus et les omissions dévoilées par le texte
lui-même. L'auteur considère que la véritable signification
d'un texte/discours peut être découverte en décomposant la
structure du langage dans lequel il est rédigé. Or, ces
influences institutionnelles dont les pays bénéficient ou qu'ils
subissent, est justifié par « une forme de bien commun
qu'il est bon et juste de chercher et dans lequel les intérêts
contradictoires peuvent se confondre et se sublimer »136(*). Les grands discours fixent
des normes, des objectifs à atteindre (comme les OMD, dont nous
avons brièvement parlé en première partie), sans que soit
discutée la valeur des concepts, de la doctrine économique qui
les fondent. Les critères et objectifs sont données comme
scientifiques, et comme tels, non discutés ; les statisticiens
se prévalent ainsi d'une « neutralité, d'une
objectivité, d'une scientificité, rassurantes mais
également illusoires »137(*).
I.2.1.2) Décolonisation et nouvelles
dépendances
De nombreux historiens comme Denise Bouche ont remis en cause
le mythe de la mission civilisatrice de l'école coloniale, basée
sur la formation d'une élite, des « fils de chefs »
et non pas sur l'instruction du plus grand nombre. Depuis les
indépendances, les gouvernements des états libres ont pris en
main leurs systèmes sociaux et éducatifs. Mais la modernisation,
la mondialisation et la « société de la
connaissance », déjà en place, exigeaient des
qualifications professionnelles, il fallait donc s'adapter à ce nouvel
élan dans lequel les pays en développement était
lancé, poursuivant ainsi les objectifs que les colonisateurs avaient
commencé d'introduire.
L'essor de l'économie de l'éducation et la
quasi-hégémonie des institutions ont imposé un
véritable « Ordre éducatif mondial qui
parait se faire accepter à la fois par le biais des grandes
conférences internationales et par l'interventionnisme accru des
pays du Nord dans la définition et la mise en oeuvre, comme dans le
financement, des programmes éducatifs africains »138(*). Car en effet, dans le
contexte actuel, les « partenaires financiers »
extérieurs sont indispensables et les pays africains sont
dépendants des pays occidentaux et de leurs institutions pour le
financement des projets de développement, et notamment concernant leurs
systèmes scolaires. De plus, un partenaire ne finance que ce qu'il veut
financer, ce dont il va profiter ou ce qui correspond à ses principes,
objectifs, aspirations. Il faut donc d'une part suivre les objectifs et les
recommandations fixés par les bailleurs de fond et aussi les convaincre
de l'intérêt du projet ou de la politique pour qu'ils acceptent de
le/la financer. Donc les politiques d'éducation sont non seulement
impulsées mais aussi financées de l'extérieur, ce qui
créé un rapport de force. Ce rapport de force est souvent
considéré par les anthropologues, comme une
« acculturation », une notion qui décrit bien les
situations de développement rural : « interaction de deux
cultures non seulement fortement contrastées mais encore placée
dans un rapport de domination. »139(*) On pourrait même parler ici de
déculturation.
Cependant, même si, la mondialisation accentue
l'imposition d'un ordre scolaire mondial et les processus d'uniformisation des
systèmes éducatifs dans la région de l'Afrique de l'Ouest
(comme la décentralisation des années 1990), on constate que
« la production et la transmission des savoirs demeurent encore
très hétérogènes en Afrique. A coté de
l'école « officielle » ou
« classique », se maintiennent et se transforment d'anciens
modes de transmission des savoirs ou se créent de nouvelles
écoles qui se dérobent volontiers à l'autorité
des Etats. »140(*) Ainsi, parallèlement aux systèmes
scolaires, se créent des écoles clandestines, spontanées
ou communautaires gérées par des ONG, des associations locales,
des communautés ou encore des parents d'élèves, dont nous
étudierons plus loin un exemple, celui de l'école bilingue.
L'imposition du système d'orientation occidentale a
donc été entretenue depuis l'Indépendance. La situation
actuelle d'immobilisme est donc à prendre avec un certain recul et un
esprit critique. Nous allons voir que les enquêtes de terrains et les
statistiques disponibles en matière d'éducation sont autant
à remettre en question.
I.2.2) Problèmes des collectes et de la pertinence
des données et des enquêtes de terrains
Les données dont on dispose sont de différentes
natures : soit celles collectées, traitées, et
publiées par les institutions internationales telles l'UNESCO, la Banque
Mondiale ou l'OCDE ; soit celles des gouvernements. Cependant, la valeur
de ces statistiques est à considérer selon leur mode de collecte,
de traitement et d'interprétation, ainsi que d'après la valeur de
concepts qui les fondent. Nous allons voir que ces enquêtes,
données et interprétations, qui servent à la formulation
de politiques de développement, sont à remettre en
question.
Il est bon de commencer par s'interroger tout d'abord sur la
finalité des statistiques en matière d'éducation. Elles
permettent avant tout pour les pays de comparer leurs performances respectives
en termes d'accès, d'efficacité, d'équité, d'en
tirer des conclusions quant aux revirements stratégiques à
adopter pour atteindre leurs objectifs (ou ceux implicitement imposés
par les institutions, comme nous l'avons suggéré
précédemment).
I.2.2.1) Les données disponibles discutables
L'UNESCO, institution « d'orientation
tiers-mondiste » fortement attachée au droit à
l'éducation, au respect de la diversité culturelle et au
« modèle social-démocrate qui lui est
associé »141(*), a longtemps été le seul organisme
intergouvernemental à produire et diffuser des statistiques d'ampleur
internationale en matière d'éducation. Cependant, dès les
années 1990, la qualité de ses statistiques, en termes de
pertinence et de fiabilité, a été remise en question,
notamment par la Banque Mondiale et le National Research Council, qui les
jugeaient inadaptées « aux nouveaux besoins de la
mondialisation », à la nouvelle place de l'éducation
dans le monde et dont la collecte, la diffusion et l'utilisation rendaient
difficile la formulation de politique142(*). L'institution a donc lancé une
réforme de restructuration de la production de statistiques, avec, en
1999 la création de l'ISU (Institut de Statistiques de l'UNESCO),
organisme semi-autonome dont la mission globale est non plus de
s'intéresser à la mesure de l'accès à
l'éducation en termes de scolarisation et d'alphabétisation
(quantité), mais de chercher à mesurer la performance des
systèmes éducatifs (qualité) pour pouvoir faire des
comparaisons internationales plus parlantes. Mais surtout l'ISU doit fournir
des statistiques aidant à mesurer la « capacité de
concurrence économique des nations » que les statistiques de
l'éducation doivent servir à mesurer.
En raison de la « perte de confiance de la
communauté internationale par rapport à la fiabilité des
données produites par l'organisation »143(*), les méthodes de
recherche et les orientations de l'UNESCO se sont petit à petit
rapprochées des théories économiques, prenant exemple sur
les systèmes éducatifs occidentaux. D'autres organismes (comme le
PNUD, l'OCDE, l'UNICEF ou l'Union Européenne) ont commencé
à se charger de faire leurs propres recherches, analyses et
recommandations, en matière d'éducation, avec ou sans la
collaboration de l'UNESCO, qui a perdu son monopole intellectuel.
La Banque Mondiale et l'OCDE ont donc réussi à
imposer leurs théories économiques, la nécessité
d'indicateurs de performance et d'une nouvelle signification politique et
sociale des statistiques de l'éducation : « comparer et
classer la performance éducative des différents pays -- reflet de
la capacité de concurrence économique des nations-- se
présente comme un besoin objectif et non comme un sujet de
discussion. »144(*) Les institutions instaurent donc des critères
d'évaluation subjectifs et déterminés selon des
conceptions économiques occidentales de rentabilité,
d'efficacité et les traduisent en « indicateurs objectifs afin
de pouvoir comparer les pratiques sur les différents territoires
nationaux »145(*)
Ainsi, les statistiques internationales sont pas très
représentatives des réalités et les enquêtes PISA
(Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves)
sont un bon exemple de l'inadéquation entre ces conceptions
théoriques et le terrain. Elles évaluent, entre autre, les
"compétences utiles pour la vie" "pour faire face aux défis de la
vie réelle", ou par rapport aux "situations du monde réel".
Cependant, il parait évident que les situations du "monde réel"
burkinabé et occidentaux sont difficilement comparables et donc que de
telles comparaisons internationales ont des limites et sont peu pertinentes
dans ce cas là.
De plus, les conflits entre les institutions ont
débouché sur une multiplicité d'approches, de recherches
(tenant compte de paramètres et des calculs différents), et de
données qui sont en concurrence. Cela explique
l'hétérogénéité des résultats et
d'interprétations parfois contradictoires, évoqués en
première partie de cette recherche, qui ne facilitent pas une
compréhension globale et peuvent empêcher les formulations de
politiques.
Les enquêtes réalisées par les
gouvernements (qui rappelons-le, se plient aux exigences et recommandations des
bailleurs de fonds) ne sont malheureusement pas plus pertinentes pour les
mêmes raisons car elles se basent sur les mêmes théories ou
orientations économiques qui placent la production et la consommation au
centre de l'analyse.
Le risque d'éléments non-étudiés,
de variables omises, de mauvaise classification des personnes ou encore
d'erreurs de mesure (Glewwe, 2006, page 987) sont autant de raisons de douter
des statistiques car elles sont réalisées par des hommes et qui
sont donc partiales. Enfin, il serait intéressant d'étudier de
près la façon dont sont collectées les données
concernant les taux de scolarisation, à savoir est-ce que
toutes les formes d'école sont prises en considération.
Mais cette question mérite une étude approfondie que nous ne
pouvons pas nous permettre d'étudier ici.
I.2.2.2) Les enquêtes "de terrain"
De nombreuses études menées sur les
enquêtes de terrain elles-mêmes et le travail des
développeurs ont montré des inadéquations très
concrètes entre les questions posées, ou les façons
d'interroger la population, avec le milieu, par rapport à
différents critères. Tout d'abord, une enquête signifie
souvent questionnaire mal formulé et chiffres flous. En effet, tout
d'abord, le problème de la langue peut se poser en termes de mauvaise
traduction ou d'interprétation de l'enquêté. L'aide d'un
traducteur qualifié et impliqué dans la recherche ainsi que la
préparation d'un questionnaire de qualité sont indispensables.
Bien souvent, les questions sont mal posées ou induisent les
réponses. Il est intéressant ici de s'arrêter sur un
exemple concret. Les statistiques scolaires présentent souvent les taux
de scolarisation des enfants en fonction de l' « origine
sociale » de leurs parents. Il faut tout d'abord s'interroger sur la
définition de l'origine sociale, souvent vue comme la seule profession
du père - qui est censé révéler le niveau de vie de
la famille. Cependant, il est évident que le statut d'une profession
n'est pas universelle et dépend fortement de la culture et de la
société dans laquelle il est étudié. De plus, selon
la structure de la famille146(*), d'autres critères seraient plus pertinents
pour révéler si l'accès à l'école est
optimal. Au-delà de la pertinence des catégories, la façon
dont sont collectées ces informations est à étudier.
Souvent, des enquêteurs procèdent à des interrogations
orales directement dans les classes, et certains élèves peuvent
se tromper ou « classer leur père dans une profession qu'ils
jugent plus valorisante ».147(*) Il faut prendre aussi en compte le fait que
l'essentiel de la communication s'accomplit sous forme orale dans les
sociétés traditionnelles, ce qui peut poser problème lors
des enquêtes.
Ces enquêtes gouvernementales ou institutionnelles
donnent une vision "éclatée", morcelée et sans logique
d'ensemble et ne permettent pas de comprendre les comportements parfois
contradictoires des individus. En fait elles se basent sur ce que
produit le système économique et social, dans le sens
d'une augmentation de la production marchande. C'est la notion même de
développement et de priorité des gouvernements qui est
à questionner car on sait que la comptabilité nationale et
le PIB n'ont pas pour objet de mesurer le bien-être, le bonheur ou la
satisfaction sociale ni même le progrès des
sociétés. La classification des besoins selon la consommation de
biens et de services est une « simplification abusive dans la mesure
où (...) les nécessités biophysiologiques sont
généralement les seules qui soient retenues dans les
nomenclatures alors que les fonctions sociales de remplit chaque bien ou
service sont souvent déterminantes »148(*). Les statistiques de
l'éducation, réalisées selon un certain "morcellement
disciplinaire" ne peuvent être traitées d'une façon
quantitative, capitalistique, comme celles du marché ; elles ont besoin
de l'apport de l'anthropologie pour comprendre les fonctionnements, les
dynamiques et les évolutions économiques et sociales.
Nous rappelons ici que le point de vue anthropologique
proposé ici n'a pas pour ambition de critiquer en bloc les conclusions
ou les interprétations économiques précitées, ni de
mettre en concurrence les deux disciplines. Les remarques formulées sur
l'approche comptable de l'éducation ne constituent pas un rejet du cadre
économique et statistique mais une appréciation des limites de
leur utilisation. L'anthropologie n'est pas vue comme une méthode
miraculeuse pour comprendre les logiques et les évolutions sociales.
Cette approche anthropologique a pour ambition de remettre en question le
rapport de force Nord-Sud et l'imposition d'un système économique
basé sur la société de consommation et d'une conception de
besoins dans des sociétés traditionnelles qui
fonctionnent différemment.
Suite à l'étude sur le système
éducatif burkinabé proposé dans le chapitre 2, nous avons
avancé l'idée qu'il nécessite une rénovation dans
son organisation et ses contenus, ainsi qu'une réappropriation de la
finalité de l'éducation, correspondant au système de
représentation propre à la société en question. Il
semble qu'il n'existe pas de solution toute-faite, à prétention
universelle, aux les questions d'éducation et plus
généralement de développement. Mais l'avis anthropologique
est qu'il faut accorder une place prioritaire aux facteurs culturels si on veut
vraiment améliorer les conditions de l'homme et garantir l'avenir de
l'humanité et en l'occurrence ici, offrir un système
éducatif de qualité et adapté aux réalités,
aux vrais besoins et à la culture du pays.
II) L'étude de l'école bilingue comme
remède, vue à travers la presse burkinabé
Méthodologie
D'après les conclusions faites jusqu'à
présent sur les manquements du système éducatif
burkinabé et sur la nécessite de prise en compte du culturel dans
les politiques éducatives, nous allons présenter un type
d'école communautaire particulier. Nous verrons dans quelle mesure cette
école est une solution possible aux dysfonctionnements
précités. Afin de rester dans une approche anthropologique, nous
avons décidé d'entreprendre une démarche factuelle
basée presque exclusivement sur des sources de la presse
burkinabé, pour fournir une vision "locale". Cependant, il ne s'agit pas
d'une étude anthropologique à proprement parler car nous n'avons
pas fait d'enquête de terrain, qui est la base d'une recherche selon la
discipline. Comme nous ne pouvons pas utiliser la parole des acteurs
directement concernés, nous proposons une analyse de l'école
bilingue selon un petit corpus de presse local et récent, afin de voir
comment ce système est présenté et vu dans l'espace
public.
Nous avons, pour ce faire, recherché et
sélectionné des articles de journaux nationaux, exclusivement
grâce à des moteurs de recherche spécialisés dans la
presse burkinabé comme lefaso.net, fasopresse.net, mediaburkina.org ou
encore theworldress.com. Les termes recherchés ont été
« éducation », « école »
et « bilingue ». Cela nous a donné accès aux
archives de quatre journaux qui traitaient de la question : Fasozine, Le
Pays, l'Observateur Paalga, et Sidwaya149(*). Il ne s'agit pas d'un éventail exhaustif des
journaux, ni même des articles publiés sur le sujet. Seuls les
articles archivés et disponibles sur internet en libre accès ont
peu être utilisés (au nombre de 23) et c'est pourquoi, cette
étude n'a pas pour prétention de présenter la seule vision
possible du sujet. Il s'agit d'un regard particulier sur la question :
celui des journaux qui ont les moyens de publier en ligne - pour la plupart des
journaux pro-gouvernementaux. En effet, les médias sont très
contrôlés par le gouvernement, et le pays est en proie à
une censure importante, comme l'a démontré l'affaire Nobert
Zongo150(*). Les
articles dont nous disposons portent donc en quelque sorte le discours officiel
sur la question et peu des sources utilisées apporte un avis critique ou
discute des limites dudit système. De plus, la moitié des
articles exploités sont extraits du journal Sidwaya, qui se veut
partisan du gouvernement. Une analyse plus poussée des journaux aurait
été nécessaire mais le manque de données sur la
question et l'impossibilité de mener une enquête de terrain a
rendu cette étape difficile.
Enfin, l'école bilingue est un système
récent (1994) et donc peu d'études ont été
réalisées, excepté par les ONG, associations ou
ministères en charge de les encadrer. C'est pourquoi les articles dont
on dispose ont aussi une limite temporelle, les années de parution sont
entre 2003 et 2008. Peut-être que des défauts apparaitront lorsque
le système ne sera plus en phase d'expérimentation.
Nous nous contenterons donc des sources de la presse nationale
burkinabé qui sont à notre disposition et nous les utiliserons
pour faire une présentation de l'école bilingue, ses
particularités, avantages et limites. Il s'agit d'une compilation de
données, à laquelle nous porterons, autant que possible -
étant donnée l'absence d'enquête de terrain - un avis
critique et constructif. Nous verrons si la presse présente ce
système éducatif comme une véritable alternative, pouvant
concurrencer le système classique.
Définition
L'école bilingue se différencie du
système classique par trois spécificités : 1) le
bilinguisme additif (langue nationale et français en même
temps) ; 2) la réduction d'un an de la durée de
scolarité ; et 3) des activités pratiques et culturelles
professionnalisantes qui relient théorie et pratique. Il s'agit d'une
composante de l'éducation de base formelle mais dont la création
et la gestion dépend du village. « C'est d'abord l'affaire des
communautés »151(*) car la transformation d'une école
classique en bilingue ou sa création, n'est pas imposée mais se
fait sous la demande des groupes de villageois ou des comités de parents
d'élèves. La gestion leur est aussi en partie
attribuée et ils sont chargés de financer une partie des
dépenses de l'école. Pour récolter des fonds, des
activités manuelles, professionnelles sont donc enseignées
aux élèves : production, agriculture, élevage,
jardinage, menuiserie, maroquinerie, et des ventes sont
réalisées. Le lien éducation et production est donc
rétabli et les sortants de l'école peuvent être utiles
à eux-mêmes et à leur environnement, en apprenant des
techniques et des compétences professionnelles utilisables dans leur
communauté. De plus, l'utilisation de la langue nationale et les
activités replace l'école dans son contexte local et
rééquilibre les rapports avec et dans l'Ecole. Les
intérêts sont donc multiples.
Nous allons tout d'abord présenter le contexte
historique de la création d'un tel système et son organisation.
Cela nous permettra de montrer en deuxième partie ce qu'il apporte de
nouveau et de plus par rapport à l'école classique. Enfin, nous
essaierons de répondre à la question « dans quelle mesure
l'école bilingue peut être une solution aux manquements de
l'école classique ? ».
II.1) Contexte de l'apparition de l'école
bilingue
En 1994, une évaluation nationale des Etats
Généraux de l'Enseignement a « mis à nu
toutes les faiblesses et insuffisances du système d'éducation
classique »152(*). Le rapport concluait qu'il était
« inadapté déracinant et discriminatoire » et
qu'il était de plus coûteux et donc inefficace. D'après les
conclusions, l'école classique constitue un obstacle à tout
effort de développement car elle forme une élite
déracinée et inutile à elle-même et à sa
communauté - des révélations qui avaient
déjà été faites par le président Sankara
dans les années 1980.
En effet, le système éducatif en place est
très défectueux : il est inefficace au niveau externe et
interne ; inadapté aux réalités et aux besoins
locaux ; déracinant car élitiste et renie les valeurs
nationales ; discriminatoire car les filles et les enfants de milieux
défavorisés en sont exclus ; et aussi couteux. Il n'offre ni
un accès équitable (quantité), ni un taux de
réussite suffisant : « sur 1000 inscrits au CP1, seulement 120
élèves ont leur CEP »153(*) et le niveau national est de 31,11% alors qu'il
faudrait, selon des études, 40% pour un décollage
économique154(*)
(qualité). Ainsi, le système actuel forme « des
fonctionnaires, puis des chômeurs, alors qu'ailleurs, elles forment des
producteurs, des entrepreneurs et des industriels instruits, aptes à
l'emploi, à l'auto emploi et à la
production. »155(*)
Etant donné ces dysfonctionnements, l'Ecole
burkinabé a besoin de changements. Des réformes importantes ont
été votées sur les programmes et l'objectif de
connaissances a été remplacé par une approche par
compétences pour relier théorie et pratique. Cependant, la
pression budgétaire et la crise financière que traverse le pays
ont poussé le gouvernement à décentraliser
l'éducation et petit à petit, on s'approche d'un
désengagement de l'Etat et d'une privatisation de l'enseignement. Les
initiatives privées et communautaires sont encouragées, et les
institutions, ONG et même l'Eglise catholique, cherchent des solutions.
Des méthodes d'enseignement alternatives sont imaginées : des
écoles satellites, des Centres d'Education de Base non Formelle
(CEBNF) ; et dans une volonté d'autonomie et étant
donnée l'importance des langues nationales pour la qualité de
l'éducation, l'idée de l'école bilingue parait comme une
évidence.
En 2002, le Plan décennal de développement de
l'éducation de base (PDDEB) a été adopté et vient
appuyer ces initiatives privées et communautaires. En effet, ses
principes fondamentaux sont i) de faciliter l'accès des pauvres
(accroître l'offre d'éducation et réduire les
disparités entre genres, entre régions géographiques et
entre les situations socio-économiques des élèves) ;
ii) d'améliorer la qualité, la pertinence et l'efficacité
de l'éducation ; et iii) de promouvoir l'alphabétisation ainsi
que de nouvelles formules d'éducation alternatives. Les arguments de
lutte contre les disparités, contre l'inefficacité et pour le
renouveau du système, facilitent le développement de
l'école bilingue, qui voit le jour 8 ans plus tôt, en 1994.
II.1.1) Historique
Tout commence par une initiative communautaire en 1986,
lorsqu'un centre d'alphabétisation est créé à
Nomgana, près de Ouagadougou, dans le département de Loumbila, Ce
centre permit à de nombreux villageois d'apprendre en 45 jours à
lire et à écrire dans leur langue locale : le mooré
(Géraldine André, 2008, page 3). Une fois
alphabétisés, les mêmes villageois, connaissant la place
prépondérante du français, sollicitent l'ONG suisse
OSEO156(*) pour
l'être également en français, afin de pouvoir
« accueillir les visiteurs du développement ».
Ainsi, « en 85 jours, les adultes sur base de leurs acquis en
mooré apprirent à lire et à écrire en
français »157(*). Aux vues de cette efficacité, ils
souhaitèrent que certains de leurs enfants exclus du système
scolaire (soit ils ont passés l'âge d'être
scolarisés, soit ils sont trop jeunes pour les centres
d'alphabétisation) bénéficient de la même formation
et le programme a été élargi aux plus jeunes.
En 1994, l'année où les états
généraux mettent en lumière les faiblesses et les
insuffisances du système classique, l'OSEO lance donc l'école
bilingue. Entre 1994 et 1998, deux classes bilingues
(français-mooré) sont donc crées et accueillent 55
élèves de 9 à 14 ans qui sont
« perdus » pour l'école classique car ils ont
passé l'âge pour s'inscrire. Aux vues du succès de ce
projet (efficacité, rapidité, rentabilité), de nouvelles
écoles sont crées (elles sont au nombre de 8 en 2000) et
enseignent en quatre langues nationales : mooré, dioula,
fulfuldé et lélé et le MEBA participe aujourd'hui à
son développement.
Depuis, l'extension géographique et linguistique se
poursuit : aujourd'hui, il existe environ 110 écoles dans 28
provinces ; elles enseignent en 8 langues nationales : mooré,
jula, fulfuldé, gulmacéma, dagara, liélé, bissa et
le nouni. L'objectif est d'avoir des écoles bilingues dans 14 langues
nationales afin de représenter le plus possible la diversité
ethnique burkinabè, en effet, selon une étude, 90 % de la
population parlerait 14 langues nationales.
De nombreuses associations, locales ou nationales (les
associations Manegdzanga, Polemde, Tin Tua, Keeni, Tiéfo Amoro ;
Elan-Développement ; l'Association pour la Promotion et la
Valorisation de la Linguistique et des Langues Nationales ; le Programme
d'alphabétisation du Goulmou ; la Fondation pour le développement
communautaire; le Réseau pour la promotion sociale) ; ou même
internationales (l'Association pour le développement de
l'éducation en Afrique ; l'Association Andal&Pinal ; GTZ
(agence de coopération allemande), l'Association intergouvernementale de
la Francophonie, pour en citer quelques unes) se sont impliquées
à leur tour pour le développement du système. L'OSEO ne
détient donc pas le « monopole » de ce projet. Elle
a permis son « décollage » et est encore très
impliquée dans l'aventure bilingue mais il semble, d'après nos
lectures, que les villageois ont pris le relais et sont de plus en plus
autonomes.
II.1.2) Structure du système
Le système bilingue est structuré en trois
niveaux, de la même façon que le circuit classique. Tout
d'abord, l'Espace d'Eveil Educatif (3 E) est
l'enseignement préscolaire, pour les enfants âgés
de 3 à 6 ans. Les enfants reçoivent une formation cognitive et
socioéducative et une initiation dans la langue maternelle.
Créée sous la demande de la communauté et
gérée par elle, l'initiation est faite par des
parents-enseignants, du village bien souvent, qui ont suivi une formation
appropriée. Des outils didactiques qui allient tradition et
modernité, sont élaborés par des experts de la petite
enfance avec pour base des thèmes culturels et des activités
ludiques, d'éveil et éducatives représentatifs des
cultures du pays.
Ensuite, pour les enfants de 7 à 12 ans, il y
a l'Ecole primaire bilingue (EPB). Les particularités de
cette structures sont i) d'une part le bilinguisme
« additif » (utilisation de la langue nationale et du
français comme vecteur d'enseignement) ; ii) la durée de
scolarité ramenée à 5 ans au lieu de 6 dans le circuit
classique ; et iii) des activités productives et culturelles sont
proposées pour éveiller l'enfant et le rapprocher des traditions
et valeurs locales et professionnaliser l'enseignement. L'école primaire
bilingue a comme objectif premier de renouer le lien éducation et
production afin de former de individus utiles pour eux-mêmes et pour
leurs communautés et pour qu'ils participent au développement
local, régional et national. Ensuite, l'utilisation des langues
nationales et l'intégration d'activités manuelles a pour but de
faire prendre conscience aux élèves de l'importance de leur
langue nationale, de la valeur de leur « terroir », pour
qu'ils aient confiance en l'avenir et envie de réaliser des
progrès personnels au sein de leur village, pour un développement
local endogène.
Pour les enfants « hors-circuit » - ceux
qui soit ont passé l'âge de s'inscrire au primaire classique, soit
sont trop jeunes pour les centres d'alphabétisation - il existe aussi
les centres d'Apprentissage informel de la lecture et de l'écriture
pour le développement (AFI-D). C'est
l « ancêtre » des écoles bilingues AFI-D,
qui est né en 1994. Comme dans les EPB, le bilinguisme additif est
utilisé mais l'enseignement ne dure que 4 ans, au cours desquels les
élèves sont formés professionnellement selon les besoins
et les réalités économiques de la région ou du
village.
Enfin, le troisième et dernier niveau est celui des
Collèges multilingues spécifiques (CMS), pour les
enfants âgés de 12 à 16 ans qui ont fréquenté
une EPB. Les programmes ont pour but d'améliorer les connaissances des
élèves en langue nationale, en français et introduisent
aussi une seconde langue nationale. Ainsi, en plus de fournir un programme
classique, des cours spécifiques sont proposés en langues
nationales ainsi que des activités culturelles orientées vers la
production, dans la continuité des EPB. Le multilinguisme,
réalité historique du pays, est donc encouragé et des
valeurs culturelles positives sont favorisées. C'est donc la suite
logique du préscolaire et du primaire, qui ont des objectifs communs et
harmonisés.
II.2) L'école bilingue ou « école
du développement »
Sur le marché éducatif burkinabé devenu
concurrentiel en raison du désengagement de l'état, les
initiatives privées et communautaires sont encouragées.
L'école bilingue créée pour pallier aux dysfonctionnements
du système classique apparaît, comme nous allons le voir, assez
rentable et efficace, avec des résultats probants en moins de temps.
D'autre part, la dimension communautaire et culturelle est
réintégrée dans une offre éducative devenue
déracinante. Le système bilingue revalorise les langues et les
cultures locales et forme des individus utiles à eux-mêmes et
à leurs communautés, qui agissent pour le développement
local. Nous verrons ces deux aspects qui différencient l'école
bilingue du système classique.
II.2.1) Un produit éducatif
« rentable » et efficace
« Ce n'est que dans les ex colonies françaises
qu'on commence à éduquer les enfants dans une langue qu'ils ne
comprennent pas »158(*), et cet apprentissage représente 56% du temps
passé à l'école primaire. Dans un tel contexte, comment
peut-on parler d'autonomisation et de démocratie ?
Comme nous l'avons vu, l'école bilingue a pour
particularité de former en langue nationale d'abord et progressivement
en langue française et cela en un an de moins. En tout, 130 jours ont
été nécessaires pour alphabétiser des adultes en
deux langues. Grâce à ce gain de temps, le système est
très efficace, et les résultats sont, par conséquent, bien
supérieurs à ceux du circuit classique.
30) Résultats obtenus au CEP dans les écoles
classiques et bilingues 1998-2002 (%)
Année
|
Ecole classique
|
Ecoles bilingues
|
1998
|
42
|
52,83
|
2002
|
61,81
|
85,02
|
2003
|
70,01
|
68,21
|
2004
|
73,73
|
94,59
|
2005
|
69,01
|
91,14
|
2006
|
69,91
|
77,19
|
2007
|
66,83
|
73,69
|
2008
|
58,44
|
61,43
|
Moyenne
|
63,96
|
75,51
|
Données : Le Pays159(*), l'UNESCO160(*) et l'Observateur Paalga161(*)
Grâce à des dérogations, possibles en
raison du développement rapide des écoles bilingues à
travers le pays, les élèves peuvent participer aux examens
nationaux, et cela a permis de rehausser les niveaux moyens. En effet, les
résultats à l'examen du Certificat d'Etudes Primaires sont
nettement supérieurs dans les écoles bilingues (en dépit
du fait que les épreuves étaient entièrement en
français) : 75,5% de réussite sur les huit années
étudiées contre 63,9% (tableau 30). Et les résultats
varient considérablement d'une école à l'autre, avec par
exemple 75,86% de réussite à Goué et 100% à
Danfinso en 2002162(*).
En somme, 4 ou 5 ans d'étude bilingue (ADI-F ou EPB), permettent aux
élèves d'apprendre plus que leurs camarades du circuit classique
en 6 ans.
En troisième année, ils obtiennent le niveau de
français des quatrièmes années de l'école
classique. La compréhension de la langue étant très
déterminante dans l'acquisition des connaissances et des
compétences, « quand l'enfant arrive à s'exprimer
dans sa propre langue en première année, il est à l'aise
et participe lui-même à sa propre
éducation »163(*). Mais selon des études comparatives, il
semble que les écoles classiques permettent aux élèves
d'acquérir plus tôt une bonne prononciation du français,
qui est introduit au fur et à mesure dans le bilingue et ils sont plus
à l'aise en général, dans la langue. Cependant, à
la fin de scolarité dans les écoles bilingues, qui, rappelons-le,
est plus courte d'au moins un an, les résultats sont meilleurs. Les
résultats dans les autres matières sont également
supérieurs (ils maîtrisent des opérations sur des nombres
à trois chiffres alors que leurs camarades ont du mal à faire les
opérations sur les nombres de 1 à 20). « On est
aujourd'hui à peu près sûr d'une chose : les
acquisitions cognitives de l'enfant se font mieux dans sa langue
maternelle. »164(*)
Ainsi, le système de l'école bilingue permet une
réelle acquisition des fondamentaux et un excellent niveau de
deuxième langue. « Des travaux entrepris par Commins (1984)
montrent que l'acquisition et la consolidation des compétences
académiques dans la langue que l'on maitrise bien (langue maternelle)
facilitent les autres tâches d'acquisition dans la langue seconde
(français) dans les situations de bilinguisme. »165(*) Or, comme le niveau
d'alphabétisation, et notamment le niveau de lecture est très bas
au Burkina Faso, l'école bilingue semble très prometteuse
à cet égard. Et en plus de réussir mieux en
français et dans les autres matières scolaires, les
élèves des écoles bilingues savent lire et écrire
dans leurs langues nationales et ils savent cultiver leur terre et faire
d'autres activités manuelles utiles au Burkina Faso.
Selon un article paru dans Le Pays, ces taux de
réussite se répercutent sur les taux de redoublement qui sont
bien inférieurs dans les écoles bilingues : 7,8% en
2004-2005 (contre une moyenne nationale de 25,26%166(*)). Cette différence
s'explique, 1) par le fait que l'enseignement dispensé est adapté
aux réalités socioéconomiques locales (en langue nationale
et avec une formation professionnelle utile dans la région), 2) parce
que les parents - et donc les enfants - sont plus impliqués dans
l'apprentissage et 3) donc la valeur de l'école et de l'instruction est
réévaluée à la hausse.
Grâce à l'économie de temps, à
l'efficacité et à l'organisation de l'enseignement bilingue, dont
nous avons parlé précédemment, le coût de
l'enseignement est considérablement réduit. En effet, un an de
moins en moyenne par élève soulage les parents et l'école,
qui dans le système bilingue, s'autofinance en partie.
De plus, « les "connaissances théoriques" ne
servent pas, il faut conjuguer la théorie à la pratique
c'est-à-dire tendre vers la professionnalisation, »167(*) des activités
manuelles et professionnelles sont donc proposées par l'école
(l'agriculture, l'élevage, le jardinage, la menuiserie, la maroquinerie
selon les écoles et les besoins locaux) et ont une double
vocation : 1) de refaire le lien entre éducation et production,
brisé par l'école classique qui forme des fonctionnaires ;
et 2) de financer une partie des dépenses de l'école (salaires
des maitres, construction et entretien des locaux, matériel didactique
et autre fournitures) et d'apporter un revenu supplémentaire à la
communauté. A titre d'exemple, une école a lancé un
projet, "jardin potager scolaire", qui a pour objectifs « d'assurer
la sécurité alimentaire par une amélioration de la
qualité nutritionnelle des enfants, de promouvoir l'éducation
pratique et doter les enfants de compétences en agriculture
durable. »168(*) Ces activités de production apportent des
revenus non négligeables à l'école et aussi aux familles.
Par exemple, en 1998, un élevage de mouton a renfloué les caisses
de deux écoles bilingues à Nongana et à Goué
avec 233 000 FCFA après la vente de 55 animaux169(*).
D'après l'inspectrice de Loumbila, le gouvernement
aussi y gagne financièrement : l'économie
réalisée par la vulgarisation de l'enseignement bilingue
représenterait une somme de 23 milliards de FCFA pour atteindre des
résultats supérieurs que dans le circuit classique.170(*)
Enfin, les taux de scolarisation pourraient augmenter parce
que selon une étude sur les anciens élèves,
« chacun compte y envoyer son enfant si toutefois ils se trouvent
dans une zone où il y a l'école bilingue »171(*).
Autre argument de taille : l'objectif de parité
semble être aussi atteint dans certaines écoles, comme à
l'école bilingue de Gambastenga, dans la commune rurale de Dapelgo, par
exemple : « avec ses trois classes, elle compte plus de filles
que de garçons (39 filles contre 35
garçons). »173(*)
31) Evolution des écoles bilingues au Burkina
Faso
Année
|
Ecoles bilingues
|
Nombres de langues nationales
|
Nombres de candidats à l'examen
|
Taux de réussite (après 5 ans d'enseignement)
|
1998
|
1
|
53
|
52,83
|
2002
|
2
|
92
|
85,02
|
2003
|
1
|
88
|
68,21
|
2004
|
4
|
259
|
94,59
|
2005
|
6
|
508
|
91,14
|
2006
|
7
|
960
|
77,19
|
2007
|
8
|
1182
|
73,69
|
Source : UNESCO174(*)
Ainsi, l'école bilingue est efficace : moins de
redoublements, d'échec, et de meilleurs résultats dans les
matières scolaires et plus de parité ; et plus
rentable. L'augmentation du nombre d'écoles, d'élèves et
de langues (au nombre de 8 aujourd'hui) est exponentielle et le taux de
réussite s'améliore (Cf. tableau 31) - avec une petite baisse
récente, que nous ne pouvons expliquer. Le succès en termes de
rentabilité et d'efficacité est tel que le MEBA accorde à
toute communauté qui le souhaite la transformation de son école
en école bilingue. L'intérêt que ce système suscite
est de plus en plus visible : « plus de 500 demandes
d'écoles bilingues [...] n'ont pas encore eu de
satisfaction »175(*). Le Conseil de l'Europe réfléchit
d'ailleurs à un système semblable (enseignement bilingue
axé sur la langue maternelle) pour enseigner les langues nationales aux
immigrés européens176(*).
Selon les journaux disponibles qui ont abordé la
question, il y a unanimité sur l'efficacité de l'école
bilingue. Une dizaine d'articles du corpus s'accordent à dire que le
système est rentable, efficace. L'étude sur la parité est
encore en cours mais il semble qu'elle soit atteinte.
II.2.2) Un système ancré dans le contexte
local et valorisant la culture et les langues burkinabés
Dans une majorité des articles étudiés,
la quasi-hégémonie des conceptions économiques, la
pression institutionnelle et la sensation de déculturation
transparaît, souvent en filigrane : « nous avons
été depuis plus d'un siècle
dépossédés de nos langues qui ont été
vouées aux gémonies, et de nos cultures qui étaient
simplement classées au rang de pratiques barbares et
sataniques »177(*). Dans la presse, l'enseignement en langue maternelle
est associé à l'autonomisation ou l'empowerment, et au
développement humain ; c'est-à-dire le développement des
personnes visant leur bien-être et leur libre choix améliorant
l'égalité des chances et le processus démocratique car
« aucun peuple ne s'est véritablement épanoui avec la langue
d'un autre. »178(*)
Par l'utilisation de la langue nationale, l'école est
de nouveau enracinée dans l'environnement socioculturel du village et
une nouvelle harmonie se créé entre lui et l'école, car
« la fonction d'accueil, de communication et d'affirmation de soi
dans la langue dans laquelle l'enfant a appréhendé son monde
avant d'arriver à l'école est fondamentale »179(*). La communauté
s'approprie l'école, qui devient un outil de développent
endogène et les villageois perçoivent son utilité et son
importance et par conséquent s'y investissent. Si le système est
facilité par l'OSEO et de l'Etat, c'est la demande des
communautés elles-mêmes qui stimule la création d'une
école bilingue, et ça fait toute la différence avec le
système éducatif classique, rigide et « imposé
à la base »180(*). De la même façon que "l'école
de base" au Mali, l'école bilingue burkinabé « redonne
donc a l'enseignement une dimension humaine. Elle rapproche l'institution de la
population. L'école n'est pas subie. Elle est
construite. »181(*) La gestion est souvent faite par les
communautés, qui définissent les curricula, les activités
manuelles, en fonction des besoins locaux et qui des services de
« cantine endogène »182(*) par exemple.
Les savoirs locaux et les cultures sont
reconsidérés et valorisés par leur apprentissage à
l'école où on enseigne « les contes et proverbes, les
chants et danses, la musique du milieu et les instruments traditionnels de
musique »183(*). Les aspects civilisationnels et socioculturels sont
réintégrés et l'école n'est plus
déracinante, comme l'était l'école coloniale ou même
l'école classique, qui forme l'élite de la nation.
« Des récitations en mooré comme "Rogem Yôodo",
l'importance de la maternité ou de la paternité ont permis
d'inculquer bien de nos valeurs traditionnelles aux
enfants. »184(*) D'autre part, l'intégration
d'activités tel que l'élevage dans le curriculum des
écoles bilingues fait que certaines ethnies nomades, les Peuls par
exemple, font davantage confiance en l'école et décident d'y
envoyer leurs enfants. Dans la région du Sahel, ont été
créées six « écoles des bergers et des
bergères » qui forment en fulfuldé et en
français des enfants, pour la plupart peuls, de 9 à 15 ans pour
devenir des bergers. Ils y apprennent « les mathématiques,
notamment la technique des quatre opérations (...) ; la gestion
(pouvoir par exemple tenir un cahier de stocks, de sorties,
d'entrées...) ; des notions en système
métrique ; la géométrie ; les sciences de
la vie et de la terre, à savoir l'élevage, l'agriculture,
l'environnement (restauration, conservation), les techniques
élémentaires sur les fosses fumières, les diguettes
antiérosives, la santé humaine (paludisme, VIH/SIDA, etc.) et
animale, la ration alimentaire du bétail, l'hygiène, la
nutrition ; les sciences sociales : éducation civique et
morale, histoire-géographie de sa province, de sa région, de son
pays... »185(*). Ce système a apporté satisfaction aux
parents, qui autrefois pensaient : « qu'ils réussissent
à l'école ou qu'ils ne réussissent pas, ce sont des
enfants perdus pour nous ». Désormais, ils considèrent
que l'école a « apporté la lumière à
[leurs] enfants, [qui] seront des citoyens plus avertis et des producteurs
modernes et modèles »186(*).
Grâce à cette prise en compte des valeurs, des
cultures et de la langue locale, les parents s'impliquent dans la vie de
l'école et dans l'apprentissage de leurs enfants et, à leur tour,
valorisent l'école qui est ré-institutionnalisée.
L'organisation de l'école bilingue, avec la gestion communautaire
prévoit que les curricula et les activités manuelles soient
définies par les parents d'élèves, en fonction des besoins
locaux et des possibilités de débouchés. Ils participent
directement à l'organisation de la vie de l'école :
« les parents d'élèves ont mis en place une cantine
endogène qui a fonctionné sans s'arrêter jusqu'à la
fin de l'année. »187(*) Ce sont souvent eux qui organisent la formation
manuelle des élèves en intervenant dans les activités de
production : élevage, agriculture, jardinage, artisanat, etc.
Les liens entre génération ont d'ailleurs
tendance à se resserrer grâce à cette participation. De
plus, ils ont souvent la possibilité de suivre des campagnes de
sensibilisation au sein des écoles bilingues, ce qui leur permet de
superviser plus efficacement les devoirs scolaires de leurs enfants. Ceux qui
maîtrisent bien les langues nationales peuvent suivre des cours de
français parlé basés sur une méthode d'enseignement
selon le degré d'acquisition de la lecture et de l'écriture
(ALFAA188(*)), qui donne
l'équivalent du niveau de CM2 de l'école classique et ainsi
être alphabétisé en deux langues. Ils peuvent aussi
alphabétiser les autres et ainsi participer activement dans le
développement durable et local.
En plus de l'implication accrue des parents, celles des
enfants aussi est plus importantes dans les écoles bilingues, ils sont
plus attentifs, plus motivés, participent plus car l'utilisation de leur
langue nationale (interdite dans le circuit classique) leur permet
d'appréhender l'apprentissage de façon plus positive.
« Dans les écoles où la langue officielle est
utilisée comme langue d'instruction, les méthodes d'enseignement
sont centrées autour de l'enseignant ; c'est-à-dire que
l'enseignant parle et les enfants écoutent et l'apprentissage est alors
basé sur les répétitions et la mémorisation. Par
contre dans les classes où la langue maternelle est utilisée
comme langue d'instruction, on assiste à une véritable
interaction entre l'enseignant et les
élèves. »189(*) La relation avec le maître n'est plus
unilatérale mais elle est facilitée car ils peuvent communiquer
plus facilement dans une langue commune. La classe est vivante et la culture et
les connaissances du milieu sont souvent utilisées comme d'outils
d'apprentissage. Les élèves peuvent prendre plus d'initiatives et
s'autonomiser dans la classe car l'enseignement est moins éloigné
de leur réalité.
L'école bilingue forme donc des hommes et des femmes
« utiles à eux-mêmes et à leurs
communautés »190(*). Contrairement à l'école classique qui
s'avère être déracinante (les sortants
diplômés ou non n'arrivent pas à s'intégrer dans
leur milieu car l'école les prépare spécifiquement au
travail de bureau et de salarié), dont les programmes sont
inadaptés aux réalités et aux possibilités
d'emploi ; l'école bilingue possède une plus grande
efficacité externe. En effet, elle est ancrée dans le contexte de
développement local et les individus peuvent participer à
l'amélioration à la vie de la communauté et à son
développement endogène. « L'école bilingue ne
prépare pas l'élève seulement au travail de bureaucrate.
[Elle] prépare l'enfant dès son jeune âge à
gagner sa vie même s'il n'arrive pas à se faire employer par le
gouvernement à travers les concours que celui-ci organise chaque
année. Elle aide aussi l'enfant à avoir une certaine connaissance
dans sa propre culture. »191(*) Les sortants de l'école bilingue savent
écrire et lire en langue locale, et ont des compétences
techniques utiles aux besoins locaux. Une étude comparative a
montré que « les anciens des écoles bilingues (...)
sont pour la plupart des gens qui travaillent pour leur propre
compte. » Les formés ne sont plus « candidats
à l'exode, à la paresse, voire à la
délinquance » mais qui deviennent « acteurs et
bénéficiaires du développement »192(*). Il arrive que les sortants
alphabétisent à leur tour les villageois ou des membres de leurs
familles.
Le tableau suivant répertorie les différences et
les similitudes entre les deux systèmes : classique et bilingue et
montre qu'en tout point l'éducation bilingue est
préférable, rentable et efficace et adapté aux
réalités locales, notamment parce que les curricula sont
définis par les communautés elles-mêmes et qu'une formation
à un métier est introduite.
302) Ressemblances et divergences des écoles
bilingues et des écoles classiques
Ecoles bilingues
|
Ecoles classiques
|
Plus de motivation de la part des élèves
|
Plus d'incompréhension
|
Les élèves sont plus actifs en classe
|
Meilleure prononciation du français surtout au CE1
(3e année)
|
Niveau beaucoup plus élevé en 1e
année
|
Les enfants ont plus confiance en eux pour s'exprimer en
français
|
En 5 ans, les élève du bilingue ont le même
niveau que ceux du classique en 6 ans
|
Scolarité primaire de 6 ans
|
Apprentissage de métiers : menuiserie, agriculture,
élevage, teinture, couture, etc.
|
Peu ou pas d'activités culturelles ou de production
|
Participation des parents d'élèves ou
activités de production
|
Moins de participation des parents, moins de suivi
|
Meilleure compréhension des concepts enseignés
|
Incompréhension et peur chez les enfants durant les
premières années
|
L'école est en lien avec la culture et le milieu de
l'enfant
|
Reconnaissances des écoles classiques par les
intellectuels et des fonctionnaires burkinabés
|
Source : Constance Lavoie193(*)
Tirant les leçons de l'éducation bilingue, et
dans le but de proposer une offre éducative aussi diversifiée que
possible dans le but de scolariser le maximum d'enfants, une innovation de
l'enseignement trilingue (en langues nationales, français et arabe) est
prévue à la prochaine rentrée (2008-2009), sous
l'impulsion de l'OSEO.
D'ailleurs, le concept connaît un tel succès,
notamment au Burkina Faso, que le Conseil de l'Europe réfléchit
à un système semblable (enseignement bilingue axé sur la
langue maternelle) pour enseigner les langues nationales aux immigrés
européens194(*).
L'avantage culturel et la valorisation des langues est celui
qui apparait le plus dans les articles étudiés, comme si
l'école burkinabé allait enfin être
réappropriée par la population. Une nouvelle école
populaire burkinabé est née et elle semble avoir fait ses preuves
jusqu'à présent.
Nous allons voir cependant que dans certains articles, on peut
percevoir que la vulgarisation du système se fera dans la douleur car de
nombreuses difficultés et réticences risquent de faire surface.
II.3) Conclusion et bilans
II.3.1) Quels enseignements tirer ?
Cette expérience bilingue a tout d'abord permis de
mettre en lumière l'importance de l'utilisation des langues nationales
dans l'enseignement et le fait que cela facilite l'apprentissage des autres
matières, tout en améliorant son efficacité interne et
externe. La réussite des écoles bilingues laisse à penser
« qu'un jour, l'enseignement bilingue dépassera son
étape d'expérimentation pour être pratique dans toutes les
écoles du Burkina. »195(*) En effet, les taux de réussite au certificat
d'enseignement primaire est supérieur dans les écoles bilingues
et les taux de redoublement sont moins élevés. De plus, les
élèves passent un an - ou deux - de moins à
l'école, ce qui diminue le coût pour les parents et la
communauté, et qui rend les enfants plus vite disponibles pour
travailler. L'école bilingue est récente mais, de par sa
pertinence et son efficacité, a montré de nombreux atouts, et a
conquis le coeur de la population, qui avait soif de changement et de
reconnaissance. « Lentement mais surement, le bilinguisme est en
train de s'imposer dans le système éducatif
burkinabé. »196(*)
Pour résumer, l'école bilingue a des impacts
très importants sur tous les acteurs concernés :
élèves, parents et autres membres de la communauté. Les
répercussions sur l'individu sont multiples : i) elles sont tout
d'abord sociales : amélioration des conditions de vie, de la
santé, de l'hygiène, de l'esprit civique ; ii) elles sont
aussi d'ordre économiques : meilleure productivité agricole,
augmentation des revenus familiaux et de la communauté dans son
ensemble ; iii) ou encore éducatives avec une meilleure
fréquentation et participation scolaire, des meilleurs taux de
réussite aux examens, plus de filles scolarisées et plus
d'échanges intergénérationnels ; iv) et enfin une
amélioration en termes d'organisation et de gestion de la
communauté.
Au niveau de la communauté, la cohésion sociale
est renforcée, car les parents participent à l'éducation
de leurs enfants ; les exclus du système classique peuvent
être réintégrés et le village perçoit mieux
les bénéfices de l'instruction. De plus, le coût global de
l'éducation est réduit grâce à une réduction
significative du temps passé à l'école et à la
création de richesse par les activités productives de
l'école.
II.3.2) Limites, objectifs et défis
Limites du système
La seule limite que nous avons trouvée à ce
système est que lorsque l'on compare les élèves de 3e
année (CE1) des deux systèmes, on peut noter que ceux du
classique ont une meilleure prononciation et plus d'aisance, de confiance en
eux-mêmes en langue française. Cela est dû au fait que dans
le bilingue, l'apprentissage est progressif et que les élèves
transfèrent leur savoir du mooré vers le français. S'ils
sont moins à l'aise en français, ils le sont plus dans toutes les
autres matières, car ils ont dédramatisé l'acte
d'apprentissage et se sont approprié les enseignements. De plus, les
écarts de niveau s'estompent car en fin de cycle, comme nous l'avons vu,
ils ont un niveau moyen supérieur que leurs camarades des écoles
classiques, avec des résultats supérieurs à l'examen du
CEP.
Difficultés et défis :
Aujourd'hui, l'ambition du système est de se
généraliser (500 demandes de transformations ne seraient pas
satisfaites197(*)), en
proposant plus de langues, en accueillant plus d'enfants et en transformant
plus d'écoles classiques en bilingues. L'objectif est d'enseigner en 14
langues nationales les plus parlées, qui représentent 90 % de la
population burkinabé198(*).
Un besoin d'investissements
« Le plus grand ennemi de la nouvelle campagne
d'alphabétisation, c'est le manque de moyens pour conduire
l'opération sur tout le territoire national jusqu'au
bout. »199(*)
En effet, les difficultés majeures sont de l'ordre des moyens humains et
financiers qu'il faudra débloquer pour faire face à l'expansion
du système. Même si le projet global a pour but l'autonomisation
des communautés et la reconnaissance et la valorisation des
réalités et des cultures locales, le besoin de partenaires
financiers extérieur est indéniable, « la majeure
partie [des] projets et programmes étant bâtis en comptant sur
l'aide de nos partenaires au développement. Il y a cette
vérité qui veut que le partenaire ne finance que ce qu'il veut
financer, c'est-à-dire ce qui va lui profiter, à lui et à
son pays. »200(*) Ainsi, il faut persuader les bailleurs de fond de
l'utilité d'un tel système, en la légitimant avec des
arguments économiques surtout. Les performances de l'école
bilingue mesurées jusqu'à présent, ainsi que les
économies qu'elle peut faire réaliser au gouvernement et les
incitations auprès des familles que représente l'utilisation de
la langue locale sont des arguments de taille. De plus, l'aspect
civilisationnel et identitaire suscitant de plus en plus d'intérêt
auprès d'eux, ils devraient bientôt se bousculer pour financer de
nouvelles écoles ou la formation de personnel enseignant.
D'ailleurs, les formations des enseignants doivent être
généralisées au niveau national. Le MEBA prévoit
par exemple d'introduire les langues nationales dans les ENEP (écoles
nationales des enseignants du primaire). Il semblerait que la formation des
enseignants des écoles bilingues entraine des coûts
supplémentaires (surtout s'ils ne sont pas lettrés en langues
nationales, qui rappelons-le sont surtout basées sur l'oralité)
mais cela est certainement dû à l'état
d'expérimentation du système. Un besoin urgent de matériel
se fait également ressentir dans beaucoup d'écoles
bilingues : des manuels, des guides et supports pédagogiques, des
logiciels pédagogiques, CD ou films sont nécessaires201(*) ainsi que du matériel
sur la culture burkinabé (danse, musique, contes...).
A présent, les outils didactiques sont
élaborés, publiés et reproduits localement pour chacune
des huit langues et ils sont réutilisables. Mais avec la
démocratisation de ce système et le projet de passer à
plus de langues, la création de matériel pédagogique est
indéniablement un des problèmes dont devront faire face le MEBA
ou les communautés qui se chargeront. En effet, la situation multilingue
du pays et la volonté de diversifier les langues d'enseignement
nécessitent un aménagement linguistique important et ce en
plusieurs langues, ce qui signifie que les économies d'échelles
réalisées ne seront plus les mêmes et que, par
conséquent, les coûts unitaires des manuels seront
supérieurs. Comme les programmes sont généralement les
mêmes, il faut traduire en langue(s) nationale(s) sachant qu'une
difficulté actuelle majeure est déjà celle de
« la non-disponibilité et la complexité des programmes
d'enseignement. »202(*) Un effort supplémentaire doit aussi
être fait dans l'édition en langues nationales car il existe
très peu de livres, journaux et autres publications dans ces langues.
Pourquoi la population devrait être alphabétisée en
mooré ou dans une autre langue nationale si elle ne s'écrit pas
dans le pays ? Le Conseil économique et social, qui a
récemment mené une étude sur l'alphabétisation,
souhaite « que les acquis soient valorisés par la production
de documents administratifs, de journaux, de panneaux d'indication en langues
nationales, de bibliothèques villageoises. »203(*)
Une autre difficulté de taille réside dans le
transfert entre langue nationale et français. Les problèmes de
terminologie en fulfuldé204(*) ou la façon de compter, par exemple, est
différente : alors que le français utilise le système
décimal, certaines langues se servent d'un système en base 5. Le
passage de la langue nationale au français risque en mathématique
notamment de compliquer l'apprentissage.
Une organisation bien ficelée
Une harmonisation doit aussi être faite au niveau des
examens concernant la « non-prise en compte des
spécificités de l'éducation bilingue dans les
évaluations scolaires »205(*), car si cette formation est reconnue utile par les
autorités gouvernementales, les élèves doivent tous
pouvoir passer les examens nationaux, pour que leur éducation soit
officiellement reconnue sur papier. Et pour cela, les examens doivent
être adaptés aux curricula des écoles bilingues. Est-ce que
l'Etat burkinabé acceptera de faire de telles concessions pour un
système qu'il ne contrôle pas et dont il ne profite pas
directement (financièrement du moins) ?
Au niveau local, une efficacité optimale du bilingue
impose que la transition entre les deux systèmes soit bien
organisée, pour ne pas faire les mêmes erreurs que dans le
passé206(*). Il
faut procéder par étapes : 1) il faut commencer par
élaborer une politique linguistique précise et
généralisée (ce qui implique le choix de la langue et la
définition de programmes professionnalisants et de qualité)
; 2) créer du matériel pédagogique de
qualité : manuels, guides de l'enseignants, matériel
pédagogique pour les matières générales et
culturelles, en plusieurs langues (ce qui est plus coûteux qu'en une
langue) ; et 3) former des enseignants, si possible du village ou au moins
de la langue (pour un coût moindre et un développement durable et
endogène). Pour un développement du système, il faut donc
trouver des ressources financières, ce qui implique bien souvent la
participation des bailleurs de fond, même si cela va à l'encontre
d'un mouvement d'initiative locale et dont un des objectifs est
l'autonomisation des communautés. La participation financière des
institutions, ONG ou associations non-nationales pourrait aussi avoir comme
conséquence néfaste d'entretenir la dépendance envers les
pays « du Nord », que nous avons évoqué
précédemment. Ainsi, un financement totalement interne serait
à envisager, dans l'optique d'une « école de
développement endogène ».
Les craintes
Des réticences sont aussi prononcées de la part
des autorités sur « l'utilité et l'utilisation de
l'apprentissage des langues locales, les risques de marginalisation des
apprenants en langues locales, les perceptions défavorables des parents
et des communautés vis-à-vis de l'instruction en langues
nationales »207(*), alors qu'au contraire, il semble que tout
l'intérêt du système bilingue est la lutte contre l'exode
rural et la dynamisation des zones rurales, où le français est
très peu usité et où les familles cherchent des solutions
alternatives à la scolarisation classique.
La plupart des réticences se font entendre de certains
cadres, de l'élite lettrée et francophone, coupés des
zones rurales et des langues nationales, qui ont peur de perdre la maitrise
d'un domaine important dont dépend le futur de la nation : la
formation de la jeunesse. Ces réticences qui sont encore peu apparentes,
du moins dans les articles que nous avons étudiés, semblent bien
réelles et risquent de mettre en péril le développement du
système bilingue. En effet, le rôle de l'Etat dans un domaine
aussi important que l'éducation est réduit à néant,
du fait de l'autogestion du système et le risque est qu'il voit en
l'école bilingue un concurrent sérieux de pouvoir et qu'il
empêche son développement d'une manière ou d'une autre.
Conclusion
Ainsi, cette étude nous a permis de voir que les taux
de scolarisation sont en progression au Burkina Faso mais que le système
éducatif est coûteux, discriminatoire et déracinant et
totalement inadapté aux réalités et aux besoins locaux. En
effet, tandis que le système classique, basé sur l'école
coloniale, forme des fonctionnaires, les activités principales sont
essentiellement agraires et la structure du marché du travail ne permet
pas d'absorber les diplômés. Etant donnés les
manquements du système classique et la situation financière
instable, l'Etat burkinabé se désengage progressivement et
l'offre éducative se diversifie, notamment par des initiatives
privées et communautaires.
D'autre part, l'utilisation du français dans
l'enseignement semble être un facteur de sélection
(quantité et équité) et de mauvaises performances
(qualité). C'est dans ce contexte de demande éducative croissante
et de volonté de changement que l'alternative de l'école bilingue
est née.
Les fondements de ce système étant l'utilisation
et la valorisation des langues et des cultures nationales, il semble pouvoir
pallier aux manquements du système éducatif, dans la perspective
d'un développement durable et endogène, et sinon le remplacer, le
compléter. En effet, les résultats mesurés jusqu'à
présent sont tout à fait concluants et son évolution
fulgurante prouve son dynamisme et l'intérêt qu'il suscite. Mais
le développement de l'école bilingue semble être
conditionné par de nombreuses contraintes et freiné par des
réticences qui apparaissent avec sa généralisation.
L'émergence de ce système et sa dynamique
démontre l'intérêt de cette démarche endogène
puisqu'elle est basée sur les connaissances et les besoins locaux, avec
la participation des adultes de la communauté. Cette approche nouvelle
peut permettre de préfigurer une évolution de l'orientation du
développement dans le sens de la valorisation des techniques et des
activités traditionnelles.
L'instauration d'un système bilingue pourrait avoir une
conséquence néfaste importante, que nous énonçons
ici à titre d'élargissement : il s'agit d'un risque
d'éclatement de la société en communautés
linguistiques, qui deviennent concurrentes pour l'accès à la
formation et à l'information. En effet, étant donné que la
population burkinabé est composée de près de la
moitié par l'ethnie mossi, le développement d'écoles
bilingues avec l'utilisation de la langue principale pourrait renforcer son
pouvoir et créer un conflit interethnique. La langue française
comme vecteur évite d'une certaine manière ce risque car elle
sert de fédérateur neutre.
ANNEXES
1) Taux d'alphabétisation dans le monde (2008) page
92
2) Structure du système éducatif page 93
3) Les principaux groupes ethniques au Burkina Faso page
94
4) Carte des langues du Burkina Faso page 95
1) Taux d'alphabétisation dans le monde (2008)

![]()
Source : Index Mundi208(*)
2) Structure du système éducatif

3) Les principaux groupes ethniques au Burkina Faso

![]()
Source : Les Atlas Jeune Afrique : Burkina Faso,
éd. JA.209(*)4) Carte des langues du Burkina Faso

![]()
Bibliographie
Livres :
Antonioli Albert, (1993) Le droit d'apprendre. Une
école pour tous en Afrique. L'Harmattan, Paris
Gérard Etienne (1997), La tentation du savoir en
Afrique. Politiques, mythes et stratégies d'éducation au
Mali. Karthala, Paris
Hallu R, (1978) Bilan et limites des enquêtes
statistiques à objectifs macro-économiques
réalisées en Afrique francophone de 1955 et 1970 Enquête et
outils statistiques. Volume 2. Bilan critique et propositions. Brochure n°
19. Amélioration des Méthodes d'Investigation et de
Recherches Appliquées au Développement (amira), Paris.
Kellermann Luce, (1992) La dimension culturelle du
développement. Bibliographie sélective et annotée
1985-1990, UNESCO. L'Harmattan, Paris
Mingat Alain et Suchaut Bruno, (2000), Les systèmes
éducatifs africains. Une analyse économique comparative.
Pédagogie en développement. DeBoeck Université, Paris
Psacharopoulos, G. et Woodhall, M., (1988) L'éducation
pour le développement. Une analyse des choix d'investissements.
Economica, Paris
Somé Maxime Z. (2003), Politique éducative
et politique linguistique en Afrique. Enseignement du français et
valorisation des langues nationales : le cas du Burkina Faso.
L'Harmattan, Paris
Articles :
Aghion, P. et Howitt P., (2000). « Théorie de
la croissance endogène. » Editions Dunod Théories
économiques, Paris, pp. 353-385
Eicher Jean-Claude (1990). « Chapitre 36.
Education » Encyclopédie Economique III. Paris :
Editions Economica pp. 1308-1339
Géraldine André, 2008,
« L'éducation comme entreprise. Légitimations
marchande, civique et culturelle dans le champ scolaire au Burkina
Faso » (Fucam/Gresas) A venir
Glewwe Paul (2006) « Schools, teachers, and
education outcomes in developping countries », Handbooks in
Economics 26 - Handbook of the Economics of Education - Volume 2, pp.
945-1117
Grandolfi Stefania (2002). « L'enseignement
islamique en Afrique noire. » Cahiers d'Etudes Africaines.
Enseignements. N° 169-170. Edition de l'EHESS (Ecole des Hautes
Etudes en Sciences Sociales), Paris, pp. 260
Hanushek Eric A. (2006) « School resources »,
Handbooks in Economics 26 - Handbook of the Economics of Education - Volume
2 pp. 865-908
Houtman Gustaaf, 2004, Why education matters to
anthropology. An interview with Sue Wright. Anthropology today, special
issue anthropology and education, vol 20 n° 6, dec. 2004, London: Royal
Anthropological Institute Collection.
Kail Bénédicte, 2003. Une sélection
insidieuse. Les savoirs scolaires dans l'apprentissage à Bamako.
Cahiers d'Etudes Africaines. Enseignements. N° 169-170. Paris :
édition de l'EHESS, pp. 279-295
Lange Marie-France, 2002, « Vers de nouvelles
recherches en éducation » Cahiers d'Etudes Africaines.
Enseignements. N° 169-170. EHESS, Paris, pp. 7-16
Logossah, Kinvi D.A. (1994), « Capital humain et
croissance économique : une revue de la
littérature » Economie de l'éducation - Economie et
Prévision, Paris, pp. 17-34
Malinvaud Edmond, 1994 Education et développement
économique, Economie de l'éducation - Economie et
Prévision, Paris, pp. 1-15
Olivier De Sardan, J.P., 1991, « Savoir
populaires et agents de développement » D'un savoir
à l'autre. Les agents de développement comme
médiateurs, Olivier de Sardan et Paquot (eds), Paris :
GRET-Ministère de la Coopération et du Développement pp.
17-42
Olivier De Sardan, J.P., 1998, « Une anthropologie
de l'innovation est-elle possible ? » Anthropologie et
développement. Essai en socio-anthropologie du changement social,
Edition APAD, Karthala, pp. 77-160
Pilon Marc et Wayack Madeleine, 2003 « La
démocratisation de l'enseignement au Burkina Faso : que peut-on en
dire aujourd'hui ? » Cahiers d'Etudes Africaines.
Enseignements. N° 169-170. Paris : édition de l'EHESS
pp. 63-86
Sotiropoulos, L. (2003), « La recherche
anthropologique en éducation : quelques adaptations possibles de la
méthode », SPIRAL Revue de recherches en
Éducation, 31, pp.86-98
Rapports :
Psacharopoulos George, (1993). The World Bank. Returns to
investment in education, A Global Update.
Psacharopoulos George, (2002). The World Bank. Returns to
investment in education, A Further Update.
UNESCO, EPT « L'éducation pour tous en 2015.
Un objectif accessible ? » Rapport Mondial de suivi sur l'EPT
2008
Webographie :
Statistiques et économie :
http://hdr.undp.org/en/media/hdr04_fr_HDI1.pdf
http://www.mitpress.mit.edu/books/chapters/Cohen_figure1_color.pdf
http://www.meba.gov.bf/SiteMeba/documents/textes/loi-orientation-education-decembre96.pdf
http://www.ilo.org/public/french/bureau/inst/papers/1993/dp57/ch4.htm
http://www.cifedhop.org/publications/perspectives/vuesdafrique3/Nama.pdf
http://www-wds.worldbank.org/servlet/WDSContentServer/WDSP/IB/1993/01/01/000009265_3961003230826/Rendered/PDF/multi_page.pdf
http://www.undp.org/french/publications/annualreport2007/mdgs.shtml#goal2
http://millenniumindicators.un.org/unsd/mdg/Data.aspx?cr=854
http://stats.uis.unesco.org/unesco/TableViewer/document.aspx?
ReportId=120&IF_Language=fra&BR_Country=8540&BR_Region=40540
http://www.geopopulation.com/statistiques-mondiales/education/esperance-vie-scolaire
Anthropologie :
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2-page-5.htm
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2-page-57.htm
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2.htm
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2006-1-page-159.htm
http://etudesafricaines.revues.org/document190.html?format=print#tocfrom2#tocfrom2
http://droit.francophonie.org/df-web/publication.do?publicationId=4245
http://www.meba.gov.bf/SiteMeba/documents/textes/loi-orientation-education-decembre96.pdf
http://www.ethnologue.com/show_map.asp?name=BF&seq=10
http://www.bisharat.net/Documents/declaration.htm
Etude de la presse :
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article6451
http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr/
http://lefaso.net/spip.php?article2438
http://lefaso.net/spip.php?article3513
http://lefaso.net/spip.php?article5673
http://lefaso.net/spip.php?article6417
http://www.lefaso.net/spip.php?article7299
http://www.lefaso.net/spip.php?article9062
http://lefaso.net/spip.php?article10792
http://lefaso.net/spip.php?article12628
http://www.ibe.unesco.org/French/poverty/Services/Seminaire/3seminaire/Articles_Presse_Ouaga_mars06/Sidwaya_Visite_Centre_Edu_Bilingue.pdf
http://lefaso.net/spip.php?article14518
http://lefaso.net/spip.php?article16933
http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=10236
http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=10759
http://www.lefaso.net/spip.php?article23577
http://lefaso.net/spip.php?article23611
http://lefaso.net/spip.php?article23599
http://lefaso.net/spip.php?article23720
http://lefaso.net/spip.php?article23734
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
* 1 L'IDH est un indice
composite, créé en 1990 par le PNUD, qui fait la synthèse
de trois composantes : le niveau de vie (PIB réel par habitant en
PPA), l'espérance de vie à la naissance et le niveau
d'éducation (le taux d'alphabétisation des adultes et le taux
brut de scolarisation).
* 2 Programme des Nations Unies
pour le Développement http://hdr.undp.org/en/media/hdr04_fr_HDI1.pdf
* 3 Tandis que le taux brut de
scolarisation (TBS) rapporte l'effectif des élèves du primaire,
quel que soit l'âge, à l'effectif du groupe d'âge pour ce
niveau, le taux net (TNS) considère au numérateur uniquement les
élèves du groupe d'âge du niveau.
* 4
http://www.mitpress.mit.edu/books/chapters/Cohen_figure1_color.pdf
* 5 Cf. carte en annexe page
92
* 6 Source :
http://tnmonde.tableau-noir.net/pays_riches_pays_pauvres/pnb_par_habitants.jpg
* 7 Nombre total de nouveaux
inscrits, quel que soit leur âge, en pourcentage de la population ayant
l'âge officiel prescrit pour l'inscription dans l'année
étudiée (les différences peuvent être dues au
travail des enfants, domestique ou rémunéré, aux
difficultés liées au transport lorsque les distances entre le
lieu d'habitation et l'école sont grandes, etc.)
* 8
http://www.meba.gov.bf/SiteMeba/documents/textes/loi-orientation-education-decembre96.pdf
* 9 « Aucun enfant ne
doit être exclu du système éducatif avant ses 16 ans
révolus, dès lors que les infrastructures, les
équipements, les ressources humaines et la réglementation
scolaire en vigueur le permettent. » Cf. article 2, page 24
* 10 Malinvaud Edmond, 1994
Education et développement économique, Economie de
l'éducation - Economie et Prévision, Paris, page 13
* 11
http://eprints-scd-ulp.u-strasbg.fr:8080/861
* 12Logossah, Kinvi D.A.
(1994), Capital humain et croissance économique : une revue de la
littérature Economie de l'éducation - Economie et
Prévision, Paris, page 21
* 13 « Car
les femmes sans aucune instruction ont en moyenne 4 enfants de plus que celles
de niveau secondaire et plus (respectivement 7,1 et 2,9) » La
démocratisation de l'enseignement au Burkina Faso : que peut-on en
dire aujourd'hui ? Cahiers d'études africaines - Paru
dans : 169-170 (janvier 2003) Marc Pilon et Madeleine Wayack
http://etudesafricaines.revues.org/document190.html?format=print#tocfrom2#tocfrom2
* 14 Logossah, Kinvi D.A.
(1994), « Capital humain et croissance économique : une
revue de la littérature » Economie de l'éducation -
Economie et Prévision, Paris, page 24
* 15 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris page 284
* 16 Cf. la partie I.2.2) du
chapitre 1 sur les déterminants extra-économiques de
l'éducation et le chapitre 3
* 17 Malinvaud Edmond, 1994
Education et développement économique, Economie de
l'éducation - Economie et Prévision, Paris page 13
* 18 En ce sens, c'est donc un
système méritocratique où l'individu est
entièrement libre de ses choix, où l'offre est homogène et
où l'information est parfaite et gratuite.
* 19 Le manque à gagner
selon Becker correspond à la productivité marginale actuelle
(supposée égale au salaire) moins les coûts directs de
l'investissement en capital humain (coût des études)
* 20 Gérard Etienne
(1997), La tentation du savoir en Afrique. Politiques, mythes et
stratégies d'éducation au Mali. Karthala, Paris, page 51
* 21
http://www.acdi-cida.gc.ca/CIDAWEB/acdicida.nsf/Fr/ANN-61510831-JLE#22
* 22 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris, page 121
* 23 Organisation
Internationale du Travail
http://www.ilo.org/public/french/bureau/inst/papers/1993/dp57/ch4.htm
* 24 UNESCO
http://www.cifedhop.org/publications/perspectives/vuesdafrique3/Nama.pdf
* 25 Etude sur la sous
scolarisation des filles réalisée par Sanou Fernand en 1995.
http://www.whep.info/spip.php?article102
* 26 Si on peut
différencier la demande sociale d'éducation de la demande
privée, nous restreindrons notre étude sur
cette-dernière.
* 27 World Bank - Returns to
Investments in Education - A global update
http://www-wds.worldbank.org/servlet/WDSContentServer/WDSP/IB/1993/01/01/000009265_3961003230826/Rendered/PDF/multi_page.pdf
Et UNESCO
http://www.cifedhop.org/publications/perspectives/vuesdafrique3/Nama.pdf
* 28 Organisation des Nations
Unies pour l'Education, la Science et la Culture
* 29 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris, page 21
* 30 UNESCO
http://www.cifedhop.org/publications/perspectives/vuesdafrique3/Nama.pdf
* 31 Malinvaud Edmond, 1994
Education et développement économique, Economie de
l'éducation - Economie et Prévision, Paris, page 2
* 32 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris, page 285
* 33 La demande sociale est
constituée de l'ensemble des décisions individuelles
* 34 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris, page 179
* 35 Idem
* 36 Malinvaud Edmond, 1994
Education et développement économique, Economie de
l'éducation - Economie et Prévision, Paris, page 1
* 37 Gérard Etienne
(1997) La tentation du savoir en Afrique. Politiques, mythes et
stratégies d'éducation au Mali. Karthala, Paris, page
25-26
* 38 Antonioli Albert (1993)
Le droit d'apprendre. Une école pour tous en Afrique.
L'Harmattan, Paris, page 41
* 39
http://www.achpr.org/francais/_info/charter_fr.html
* 40
http://droit.francophonie.org/df-web/publication.do?publicationId=4245
* 41
http://www.meba.gov.bf/SiteMeba/documents/textes/loi-orientation-education-decembre96.pdf
* 42 UNESCO, EPT
« L'éducation pour tous en 2015. Un objectif
accessible ? » Rapport Mondial de suivi sur l'EPT 2008
* 43 Ce qui signifie qu'une
augmentation des facteurs de production engendre une augmentation de la
production de plus en plus faible.
* 44 Taux net de scolarisation
: nombre d'enfants inscrits à l'école primaire qui sont en
âge officiel de fréquenter l'école primaire, exprimé
en pourcentage du nombre total d'enfants qui sont en âge officiel de
fréquenter l'école primaire. On peut aussi utiliser le taux net
de fréquentation scolaire : nombre d'enfants qui fréquentent
l'école primaire ou l'école secondaire qui sont en âge
officiel de fréquenter l'école primaire exprimé en
pourcentage du nombre total d'enfants qui sont en âge officiel de
fréquenter l'école primaire.
* 45 Rapport annuel 2007 du
PNUD http://www.undp.org/french/publications/annualreport2007/mdgs.shtml#goal2
Note : les pays à revenus élevés, selon
la définition de la Banque Mondiale, sont exclus.
* 46 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, page 190
* 47 Nous verrons plus loin
l'histoire des politiques éducatives et linguistiques du pays depuis la
décolonisation.
* 48 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, page 190
* 49 Respectivement le MASF
(Ministère de l'Action Sociale et de la Famille), le MEBA
(Ministère de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation) et
le MESSRS (Ministère des Enseignements Secondaire, Supérieur et
de la Recherche Scientifique)
* 50 Cf. schéma en
annexe page 93 « Structure du système
éducatif »
* 51 Ministère de
l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation
* 52 UNESCO, EPT
« L'éducation pour tous en 2015. Un objectif
accessible ? » Rapport Mondial de suivi sur l'EPT 2008, page
74
* 53 Aghion, P. et Howitt P.,
(2000). « Théorie de la croissance
endogène. » Editions Dunod Théories économiques,
Paris, p 362
* 54 Cf. carte des ethnies en
annexe page 94
* 55 Cf. carte des langues au
Burkina Faso du Summer Institute of Linguistics en annexe page 95
http://www.ethnologue.com/show_map.asp?name=BF&seq=10
* 56 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, page 37
* 57 Association des
Universités Partiellement ou Entièrement de Langue
Française http://www.unice.fr/ILF-CNRS/ofcaf/6/introduction.htm
* 58 Cf. carte en annexe page
95
* 59 En ce sens, on peut
rajouter qu'un Etat est « un groupe d'humain (...) qui se
caractérise par la conscience de son unité et la volonté
de vivre en commun » et qu'il est difficile de parler de
l'« Etat burkinabé » en tant qu'unité
étant donné le découpage géographique artificiel
des anciennes colonies, dont le Burkina Faso - bien qu'une coexistence
pacifique règne entre les peuples qui composent le pays - et la preuve
en est la mosaïque culturelle et la situation de multilinguisme avec
une langue minoritaire dominante.
* 60 Elle sert de langue
d'échange et de communication seulement si les interlocuteurs n'ont
aucune langue commune et s'ils sont tout deux lettrés.
* 61 Antonioli Albert, (1993)
Le droit d'apprendre. Une école pour tous en Afrique.
L'Harmattan, Paris, page 45
* 62 Psychologie de la
colonisation française, Ferdinand de Saussure (1898)
* 63 Antonioli Albert, (1993)
Le droit d'apprendre. Une école pour tous en Afrique.
L'Harmattan, Paris, page 47
* 64 L'Appel de Gaoua sur la
qualité de l'enseignement au Burkina Faso du 17 octobre 1986 :
http://www.ecoledemocratique.org/spip.php?article442
* 65 Pilon Marc et Wayack
Madeleine, 2003 « La démocratisation de l'enseignement au
Burkina Faso : que peut-on en dire aujourd'hui ? »
Cahiers d'Etudes Africaines. Enseignements. N° 169-170.
Paris : édition de l'EHESS, page 66
* 66 Stratégie
économique pour un Etat de Démocratie Populaire,
éditée par la Direction de la Presse Présidentielle
* 67 Séminaire de
Koudougou, Burkina Faso, 1989
* 68 Résultats de
l'enquête démographique de 1991, Edition de INSD (1992)
* 69 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, page 211
* 70 Les OMD au Burkina Faso
selon le PNUD http://www.pnud.bf/FR/OMD.HTM et le FMI
http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2002/03/pdf/mingat.pdf
* 71
http://millenniumindicators.un.org/unsd/mdg/Data.aspx?cr=854
* 72 Les disparités
peuvent être vues sous des angles très différents que nous
ne verrons pas de manière exhaustive.
* 73
http://www.solidarite-en-action.com/Docs%20sur%20le%20Burkina/Education/politiques_ducatives_et_syst_scolaire_actuel.pdf
* 74 ISU Statistiques - En
bref
http://stats.uis.unesco.org/unesco/TableViewer/document.aspx?
ReportId=120&IF_Language=fra&BR_Country=8540&BR_Region=40540
* 75 Cela jette un doute sur la
qualité des informations disponibles, ce que nous développerons
plus loin dans l'analyse.
* 76
http://ddp-ext.worldbank.org/ext/ddpreports/ViewSharedReport?&CF=1&REPORT_ID=
1336&REQUEST_TYPE=VIEWADVANCED&HF=N/IDGProfile.asp
* 77 Groupe d'Etudes sur
l'Education en Afrique
http://www.solidarite-en-action.com/Docs%20sur%20le%20Burkina/Education/stats_du_GRETAF.pdf
* 78 Idem
* 79 Gérard Etienne
(1997), La tentation du savoir en Afrique. Politiques, mythes et
stratégies d'éducation au Mali. Karthala, Paris, page 36
* 80 Idem
* 81 Educating All
Children: A Global Agenda, Joel E. Cohen, David E.
Bloom, Martin B. Malin (2007) page 2
* 82 Même s'ils informent
finalement peu. Le taux de participation (nombre de jours où un
élève est présent à l'école, par rapport au
nombre de jours que l'école est ouverte) est plus explicite mais les
données manquent.
* 83 Malinvaud Edmond, 1994
Education et développement économique, Economie de
l'éducation - Economie et Prévision, Paris, page 4
* 84 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, page 3
* 85 Nombre probable
d'années qu'un enfant est appelé à passer dans le
primaire, y compris les années de redoublement (somme des taux de
scolarisation par âge dans l'enseignement primaire).
* 86
http://www.asmp.fr/travaux/gpw/dvptdurable/education_afrique.pdf
* 87 Nombre de redoublants dans
une année d'étude donnée lors d'une année scolaire
donnée, exprimé en pourcentage de l'effectif de cette
année d'étude de l'année scolaire précédente
Rapport mondial de suivi sur l'EPT 2008, UNESCO p. 415
* 88 Pourcentage
d'élèves qui abandonnent une année d'études en
cours d'année. Il s'agit de la différence entre 100% et la somme
des taux de passage (dans l'année d'études suivante) et de
redoublement.
* 89 Pourcentage d'une cohorte
d'élèves entrés en 1re année d'un cycle
d'enseignement (ici, le primaire) lors d'une année scolaire
donnée et qui sont censés atteindre une année
d'études donnée (ici, la dernière année), avec ou
sans redoublement.
* 90 Nombre d'années
qu'un individu est susceptible de passer dans le système scolaire,
années de redoublement comprises.
* 91
http://www.geopopulation.com/statistiques-mondiales/education/esperance-vie-scolaire/
* 92 Lange
Marie-France « Les politiques d'éducation dans les pays
du sud »,
http://www.solidarite-en-action.com/Docs%20sur%20le%20Burkina/Education/politiques_education_pays_du_sud.pdf
* 93 La déperdition
scolaire désigne la diminution des effectifs d'une cohorte
d'élèves qui résulte essentiellement de la combinaison des
exclusions, abandons et redoublements
* 94
http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?
langue=fr&codePays=BFA&codeTheme=4&codeStat=SE.XPD.TOTL.GD.ZS
* 95
http://devdata.worldbank.org/atlas-mdg/
* 96 Le taux de survie est le
pourcentage d'élèves entrés en 1re année
d'un cycle d'enseignement (ici, le primaire) qui sont censés atteindre
une année d'étude donnée (ici, le CM1), avec ou sans
redoublement
* 97 Encore une fois, ces
chiffres contredisent d'autres données analysées
préalablement et qui remettent en question leur validité.
* 98 Il faut prendre en compte
le fait que le PNB burkinabé est un des plus faibles du monde.
* 99
http://www.adeanet.org/wgesa/fr/doc/burkinafr/chapitre3.htm
* 100 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, p 141
* 101 « ...
promising looking ideas cannot be transported to other places with the same
success. » page 903
* 102 L'Initiative de l'UNESCO
pour la formation des enseignants en Afrique subsaharienne (TTISSA) (pages 5 et
10) http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001452/145294F.pdf
* 103 «There are no
general results regarding which teacher and school variables raise learning in
developing countries.» Glewwe Paul (2006) « Schools, teachers,
and education outcomes in developping countries », (Handbooks in
Economics 26 - Handbook of the Economics of Education - Volume 2) page
987
* 104 Mingat Alain et Suchaut
Bruno, (2000), Les systèmes éducatifs africains. Une analyse
économique comparative. Pédagogie en développement.
DeBoeck Université, Paris, page 269
* 105 Idem page 195
* 106 Déclaration de la
Conférence d'écrivains et d'intellectuels d'Afrique :
Contre Toute Attente: Langues et littératures africaines dans le
21ème siècle, Asmara, Erythrée, janvier 2000,
http://www.bisharat.net/Documents/declaration.htm
* 107 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, page 153
* 108 Résultats de
l'enquête démographique de 1991, Edition de INSD (1992)
* 109 Mais les risques de
tension entre les ethnies pourraient avoir des conséquences dramatiques,
comme nous l'évoquerons plus loin.
* 110 Antonioli Albert, (1993)
Le droit d'apprendre. Une école pour tous en Afrique.
L'Harmattan, Paris, page 96
* 111 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris, page 160
* 112 Glewwe Paul (2006)
« Schools, teachers, and education outcomes in developping
countries », Handbooks in Economics 26 - Handbook of the
Economics of Education - Volume 2, page 959
* 113 Psacharopoulos, G. et
Woodhall, M., (1988) L'éducation pour le développement. Une
analyse des choix d'investissements. Economica, Paris, page 163
* 114 Antonioli Albert, (1993)
Le droit d'apprendre. Une école pour tous en Afrique.
L'Harmattan, Paris, page 98
* 115 Idem, page 99
* 116 Somé Maxime Z.
(2003), Politique éducative et politique linguistique en Afrique.
Enseignement du français et valorisation des langues nationales :
le cas du Burkina Faso. L'Harmattan, Paris, p 146
* 117 Déclaration de la
Conférence d'écrivains et d'intellectuels d'Afrique :
Contre Toute Attente: Langues et littératures africaines dans le
21ème siècle, Asmara, Erythrée, janvier 2000,
http://www.bisharat.net/Documents/declaration.htm
* 118 La langue maternelle est
définie comme la langue première, celle qui est apprise en
premier par l'enfant et pas forcément la langue de la génitrice
* 119 Définition du
Dictionnaire de notre temps Hachette (1992)
* 120 Delamotte Éric,
(2004), « Anthropologie de l'éducation : pour un tour du
monde » no 17 -2006/1 « Du partage au marché.
Regards croisés sur la circulation des savoirs » Education
et société De Boeck Université (coord.),
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2006-1-page-159.htm
* 121 Houtman Gustaaf, 2004,
Why education matters to anthropology. An interview with Sue Wright.
Anthropology today, special issue anthropology and education, vol 20 n° 6,
dec. 2004, London: Royal Anthropological Institute Collection, page 16
* 122 Idem
* 123 Olivier De Sardan, J.P.,
1991, « Savoir populaires et agents de
développement » D'un savoir à l'autre. Les agents
de développement comme médiateurs, Olivier de Sardan et
Paquot (eds), Paris : GRET-Ministère de la Coopération et du
Développement, page 27
* 124 Kellermann Luce, (1992)
La dimension culturelle du développement. Bibliographie
sélective et annotée 1985-1990, UNESCO. L'Harmattan, Paris,
page 195
* 125 Olivier De Sardan, J.P.,
1998, « Une anthropologie de l'innovation est-elle
possible ? » Anthropologie et développement. Essai en
socio-anthropologie du changement social, Edition APAD, Karthala, page
77
* 126 Kellermann Luce, (1992)
La dimension culturelle du développement. Bibliographie
sélective et annotée 1985-1990, UNESCO. L'Harmattan, Paris,
page 195
* 127 Idem
* 128 Il prend l'exemple d'une
campagne de vaccination qui ne prendrait pas en compte, au préalable des
procédures thérapeutiques locales ou des « rapports
entre hommes et génies ».
* 129 Olivier De Sardan, J.P.,
1991, « Savoir populaires et agents de
développement » D'un savoir à l'autre. Les agents
de développement comme médiateurs, Olivier de Sardan et
Paquot (eds), Paris : GRET-Ministère de la Coopération et du
Développement, page 23
* 130 Idem, page 20
* 131 Idem, page 22
* 132 Sotiropoulos, L. (2003),
« La recherche anthropologique en éducation : quelques
adaptations possibles de la méthode », SPIRAL Revue de
recherches en Éducation, 31, pp.88
* 133 Hallu R, (1978)
Bilan et limites des enquêtes statistiques à objectifs
macro-économiques réalisées en Afrique francophone de 1955
et 1970 Enquête et outils statistiques. Volume 2. Bilan critique et
propositions. Brochure n° 19. Amélioration des Méthodes
d'Investigation et de Recherches Appliquées au Développement
(amira), Paris, page 78
* 134 Idem
* 135 Idem
* 136 Charlier
Jean-Émile (2003) « L'influence des organisations
internationales sur les politiques d'éducation. La douce violence de la
«Méthode ouverte de coordination» et de ses
équivalents » Education et société,
no 12 2003/2 De Boeck Université, Paris
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2-page-5.htm
* 137 Hallu R, (1978)
Bilan et limites des enquêtes statistiques à objectifs
macro-économiques réalisées en Afrique francophone de 1955
et 1970 Enquête et outils statistiques. Volume 2. Bilan critique et
propositions. Brochure n° 19. Amélioration des Méthodes
d'Investigation et de Recherches Appliquées au Développement
(amira), Paris, page 79
* 138 Lange Marie-France,
2002, « Vers de nouvelles recherches en éducation »
Cahiers d'Etudes Africaines. Enseignements. N° 169-170. EHESS,
Paris, page 10
* 139 Olivier De Sardan, J.P.,
1998, « Une anthropologie de l'innovation est-elle
possible ? » Anthropologie et développement. Essai en
socio-anthropologie du changement social, Edition APAD, Karthala, page
81
* 140 Lange Marie-France,
2002, « Vers de nouvelles recherches en éducation »
Cahiers d'Etudes Africaines. Enseignements. N° 169-170. EHESS,
Paris page 12
* 141 Roser Cussó
(2003) « L'influence des organisations internationales sur les
politiques d'éducation. Les statistiques de l'éducation de
l'UNESCO : restructuration et changement politique »
Education et société no 12 2003/2 De Boeck
Université
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2-page-57.htm
* 142 Concrètement, en
raison de procédures techniques et statistiques désuètes,
des problèmes comme la non-mise à jour automatique des
données démographiques, l'absence de validation auprès des
sources nationales officielles, ou encore la comparaison de données de
différentes périodes temporelles, ont fourni des données
erronées.
* 143 Roser Cussó
(2003) « L'influence des organisations internationales sur les
politiques d'éducation. Les statistiques de l'éducation de
l'UNESCO : restructuration et changement politique »
Education et société no 12 2003/2 De Boeck
Université
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2-page-57.htm
* 144 Idem
* 145 Charlier
Jean-Émile (2003) « L'influence des organisations
internationales sur les politiques d'éducation. La douce violence de la
«Méthode ouverte de coordination» et de ses
équivalents » Education et société,
no 12 2003/2 De Boeck Université, Paris
http://www.cairn.info/revue-education-et-societes-2003-2-page-5.htm
* 146 Beaucoup d'enfants sont
confiés chez des membres de la famille élargie pour poursuivre
des études et l'origine sociale a considérer est donc celle de
cette famille. De plus, dans certains cas, et de plus en plus avec les projets
de microcrédits notamment, la mère de famille apporte une part
importante du revenu, c'est donc la profession ou le revenu du « chef
de famille » sur auquel il faut s'intéreser. Enfin, dans le
cas d'enfants orphelins, la catégorie sociale
"décédé" « ne renseigne en rien sur l'origine
sociale de l'élève. » - M. Pilon et M. Wayack (2003)
page 69
* 147 Pilon Marc et Wayack
Madeleine, 2003 « La démocratisation de l'enseignement au
Burkina Faso : que peut-on en dire aujourd'hui ? »
Cahiers d'Etudes Africaines. Enseignements. N° 169-170.
Paris : édition de l'EHESS page 69
* 148. Hallu R, (1978)
Bilan et limites des enquêtes statistiques à objectifs
macro-économiques réalisées en Afrique francophone de 1955
et 1970 Enquête et outils statistiques. Volume 2. Bilan critique et
propositions. Brochure n° 19. Amélioration des Méthodes
d'Investigation et de Recherches Appliquées au Développement
(amira), Paris, page 81
* 149 D'autres journaux comme
l'Indépendant, le Bendré, Le journal du Jeudi, le Centre National
de Presse Norbert Zongo, San Finna ou encore l'Evénement ne proposent
pas en ligne d'article sur le sujet.
* 150 Norbert Zongo,
journaliste burkinabé et directeur de l'hebdomadaire
L'Indépendant a été assassiné en 1998 avec
trois autres personnes, alors qu'il enquêtait sur la mort suspecte du
chauffeur de François Compaoré, le frère du
président du Burkina Faso. Si l'affaire n'a jamais été
résolue, parce que le gouvernement l'aurait étouffée,
l'implication du président actuel Blaise Compaoré est plus que
soupçonnée.
* 151 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr/
* 152 Article
« L'éducation bilingue : une alternance sûre pour
l'intégration de l'école dans son milieu » paru le 1er
juin 2004 dans Sidwaya (Clarisse HEMA)
http://lefaso.net/spip.php?article2438
* 153 Article
« L'éducation bilingue : une alternance sûre pour
l'intégration de l'école dans son milieu » paru le 1er
juin 2004 dans Sidwaya (Clarisse HEMA)
http://lefaso.net/spip.php?article2438
* 154 Idem
* 155 Article
« Finies les vacances, vive la rentré
scolaire ! » paru dans Sidwaya, le 1er
octobre 2007, (Jean-Paul KONSEIBO)
http://lefaso.net/spip.php?article23734
* 156 L'OSEO (l'OEuvre suisse
d'entraide ouvrière), association créée en 1936 par le
parti socialiste pour éliminer les discriminations et les
privilèges, qui s'intéresse depuis 1947 à
l'éducation de base formelle et non formelle et qui est à la base
de l'école bilingue au Burkina Faso.
* 157 Géraldine
André, 2008, L'éducation comme entreprise.
Légitimations marchande, civique et culturelle dans le champ scolaire au
Burkina Faso (Fucam/Gresas) publication à venir, page 8
* 158 Article
« L'éducation bilingue : une alternance sûre pour
l'intégration de l'école dans son milieu » paru le 1er
juin 2004 dans Sidwaya (Clarisse HEMA)
http://lefaso.net/spip.php?article2438
* 159 Article
« Education bilingue : L'OSEO prospecte à
Barga » paru dans Le Pays le 18 octobre 2005 (Lassina SANOU)
http://lefaso.net/spip.php?article10269
* 160
http://www.unesco.org/uil/literacyprogrammes/02_fr.html
* 161 Article
« Yuumda kumbame » paru le 16 juillet 2008 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article8629
* 162 Article
« L'éducation bilingue : une alternance sûre pour
l'intégration de l'école dans son milieu » paru le 1er
juin 2004 dans Sidwaya (Clarisse HEMA)
http://lefaso.net/spip.php?article2438
* 163 Article
« Ecole classique et enseignement bilingue : D'anciens
élèves témoignent » paru le 28 juin 2007 dans
Le Pays (Jacques Sibalo, Désirée Tapsoba & Constance
Lavoie) http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=10759
* 164 Article « Le
soleil des indépendances « Entretien avec M. Soungalo
Ouédraogo : Notre priorité reste l'enseignement de base
» paru dans Le français dans le monde N°16 mai 2008
CLE International
* 165 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr/
* 166 Article
« Education bilingue : L'OSEO prospecte à
Barga » paru dans Le Pays le 18 octobre 2005 (Lassina SANOU)
http://lefaso.net/spip.php?article10269
* 167 Article
« Alphabétisation et éducation non formelle : Des
fonds privés sollicités pour plus de résultats »
paru le 24 septembre 2007 dans le Sidwaya (Lassiné KONE)
http://lefaso.net/spip.php?article23599
* 168 Article
« Sport et production agricole à l'école :
Ziniaré II sur la bonne voie » paru le 9 mai 2007 dans
Sidwaya (Daouda Emile OUEDRAOGO)
http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=10236
* 169 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr/
* 170 Paul Taryam Ilboudo,
responsable de l'OSEO-Burkina Faso, dans l'article « Enseignement
bilingue : une délégation suisse à
Nomgana » paru le 24 janvier 2005 dans Sidwaya (Boureima
SANGA) http://lefaso.net/spip.php?article5673
* 171 Article
« L'éducation bilingue : une alternance sûre pour
l'intégration de l'école dans son milieu » paru le 1er
juin 2004 dans Sidwaya (Clarisse HEMA)
http://lefaso.net/spip.php?article2438
172 Article « Ecole classique et
enseignement bilingue : D'anciens élèves
témoignent » paru le 28 juin 2007 dans Le Pays
(Jacques Sibalo, Désirée Tapsoba & Constance Lavoie)
http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=10759
* 173 Article
« Yuumda kumbame » paru le 16 juillet 2008 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article8629
* 174
http://www.unesco.org/uil/literacyprogrammes/02_fr.html
* 175 Paul Taryam Ilboudo,
responsable de l'OSEO-Burkina Faso, dans l'article « Enseignement
bilingue : une délégation suisse à
Nomgana » paru le 24 janvier 2005 dans Sidwaya (Boureima
SANGA) http://lefaso.net/spip.php?article5673
* 176
http://assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/WorkingDocs/Doc06/FDOC10837.htm
* 177 Article
« Alphabétisation au Burkina : S'adapter aux enjeux de la
mondialisation » paru le 21 septembre 2007 dans Le Pays (Le Fou)
http://www.lefaso.net/spip.php?article23577
* 178 Idem
* 179 Article
« Enseignement des langues nationales en Afrique : Un facteur
essentiel d'efficacité de l'éducation » paru le 16
août 2005 dans Sidwaya (Hamado NANA)
http://www.lefaso.net/spip.php?article9062
* 180 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr
* 181 Antonioli Albert, (1993)
Le droit d'apprendre. Une école pour tous en Afrique.
L'Harmattan, Paris, page 134
* 182 Article
« Yuumda kumbame » paru le 16 juillet 2008 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article8629
* 183 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr
* 184 Article
« Yuumda kumbame » paru le 16 juillet 2008 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article8629
* 185 Article « Ils
ont apporté la lumière à nos enfants » paru le 7
juin 2007 dans l'Observateur Paalga (Ousséni Ilboudo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article6451&var_recherche=bilingue
* 186 Idem
* 187 Article
« Yuumda kumbame » paru le 16 juillet 2008 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article8629
* 188 Sanogo Mamadou Lamine
Le rôle des mouvements associatifs dans la défense des
minorités linguistiques au Burkina Faso, INSS-CNRST, Ouagadougou
http://www.dcam.auf.org/IMG/rtf/sanogo.rtf
* 189 Article
« Enseignement des langues nationales en Afrique : Un facteur
essentiel d'efficacité de l'éducation » paru le 16
août 2005 dans Sidwaya (Hamado NANA)
http://www.lefaso.net/spip.php?article9062
* 190 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr/
* 191 Article
« Ecole classique et enseignement bilingue : D'anciens
élèves témoignent » paru le 28 juin 2007 dans
Le Pays (Jacques Sibalo, Désirée Tapsoba & Constance
Lavoie) http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=10759
* 192 Article
« L'école bilingue au Burkina Faso : les
réalités socioculturelles prises en compte » paru le
jeudi 8 mai 2003 dans l'Observateur Paalga (Cyr Payim
Ouédraogo) http://www.abcburkina.net/content/view/50/45/lang,fr/
* 193 « Famine
éducative en Afrique, j'ai soif de comprendre : éducation
bilingue au Burkina Faso » Revue des Sciences de l'Education de
McGill, vol. 43 no 1 hiver 2008 McGill University
http://mje.mcgill.ca/article/viewFile/1043/2084
* 194
http://assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/WorkingDocs/Doc06/FDOC10837.htm
* 195 Article
« Enseignement de base : Des partenaires au Centre Manegdbzanga et
aux écoles bilingues de Loumbila » paru le 6 avril 2006
dans Sidwaya (Karim Nongba SAWADOGO)
http://www.ibe.unesco.org/French/poverty/Services/Seminaire/3seminaire/Articles_Presse_Ouaga_mars06/Sidwaya_Visite_Centre_Edu_Bilingue.pdf
* 196 Article
« Enseignement bilingue : La 110e école bilingue
inaugurée à Koudougou » paru dans le Fasozine
le 16 mai 2005 (François KABORE)
http://www.lefaso.net/spip.php?article7299
* 197 Paul Taryam Ilboudo,
responsable de l'OSEO-Burkina Faso, dans un article du Sidwaya paru le
24 janvier 2005 « Enseignement bilingue : une
délégation suisse à Nomgana » (Boureima SANGA)
http://lefaso.net/spip.php?article5673
* 198 Discours de
Kédrébéogo, G. le 19 octobre 1998 « La situation
linguistique du Burkina Faso. Communication au
séminaire-atelier » organisé par le Conseil
Supérieur de l'Information. Ouagadougou.
* 199 Article
« Alphabétisation au Burkina : S'adapter aux enjeux de la
mondialisation » paru le 21 septembre 2007 dans Le Pays (Le Fou)
http://www.lefaso.net/spip.php?article23577
* 200 Article
« Alphabétisation au Burkina : S'adapter aux enjeux de la
mondialisation » paru le 21 septembre 2007 dans Le Pays (Le Fou)
http://www.lefaso.net/spip.php?article23577
* 201 Pour de nombreux
spécialistes des sciences de l'éducation, il est temps
d'introduire les NTIC dans les formations et à l'école.
* 202 Article
« Education bilingue : Radioscopie d'une
décennie » paru le 24 février 2006 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://lefaso.net/spip.php?article12628
* 203 Article
« Alphabétisation et éducation non formelle : Le
CES en appelle à une mobilisation sociale » paru le 13
septembre 2007 dans Sidwaya (Hamadou TOURE)
http://www.fasopresse.net/article.php3?id_article=11397
* 204 Article « Ils
ont apporté la lumière à nos enfants » paru le 7
juin 2007 dans l'Observateur Paalga (Ousséni Ilboudo)
http://www.lobservateur.bf/spip.php?article6451&var_recherche=bilingue
* 205 Article
« Education bilingue : Radioscopie d'une
décennie » paru le 24 février 2006 dans
l'Observateur Paalga (Abdou Karim Sawadogo)
http://lefaso.net/spip.php?article12628
* 206 Comme en 1979 avec le
projet de division du pays en trois zones linguistiques qui s'était
soldé par un échec du fait du manque d'organisation.
* 207
Article « Enseignement des langues nationales en Afrique :
Un facteur essentiel d'efficacité de l'éducation » paru
le 16 août 2005 dans Sidwaya (Hamado Nana)
http://www.lefaso.net/spip.php?article9062
* 208
http://indexmundi.com/map/?v=39&l=fr
* 209
http://www.deza.admin.ch/ressources/resource_fr_157235.pdf
|