3.2.3. Stockage des pesticides et gestion des
emballages
Normalement, les emballages vides de pesticides doivent
être récupérés, recyclés si possible et
utilisés par les industries pour de nouvelles productions de pesticides.
Les maraîchers stockent généralement les pesticides dans
leur chambre ou dans la brousse dans leur unité de production. Le
stockage des pesticides dans les chambres pourrait être dangereux pour
les enfants qui sont très vulnérables et qui peuvent les
manipuler. Le stockage des pesticides et engrais chimiques en chambre est
surtout lié aux mesures de précaution contre les tentatives de
vol en l'absence de pièce pouvant servir de magasin. Beaucoup de
maraîchers réutilisent les flacons vides pour se procurer à
nouveau de petites quantités de pesticides puisqu'ils n'ont pas les
moyens de se procurer des flacons d'un litre, c'est ce qui justifie aussi la
présence de vendeurs détaillants qui vendent (1/8, 1/4, 1/2) du
litre. D'autres abandonnent les emballages vides dans les limites des
périmètres maraîchers, ce qui peut être dangereux
pour les enfants qui peuvent les manipuler parce que certains maraîchers
ont des enfants trop petits. Une minorité enterre les emballages vides,
cette pratique est une menace pour les vers de terre et termites et aussi pour
la nappe phréatique. D. Alfa, (2014), affirme que les plus importants
sont la toxicité vis-à-vis de l'homme, l'atteinte à la
biodiversité et le développement de la résistance des
insectes. Ces comportements des maraîchers doivent être
corrigés afin de protéger nos écosystèmes et notre
état de santé.
Les pesticides stockés dans les magasins peuvent
être à l'origine des cas d'intoxications accidentels. Selon
l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il y a chaque année
dans le monde un million d'empoisonnements graves par les pesticides, à
l'origine d'environ 220.000 décès par an (Ouammi et al., 2009 ;
Cherin et al., 2012).
3.2.4. les risques sanitaires et environnementaux des
pesticides
Le souci d'une productivité élevée qui a
conduit de nos jours à une agriculture conventionnelle qui utilise les
engrais chimiques (Toé A, 2007) est lié aux
quantités de pesticides utilisés par hectare et au nombre de
traitements effectués élevés. Les volumes de solution de
pesticides par hectare par traitement des cultures exotiques, le chou par
exemple qui est de 45l/ha en 15 applications pendant 12 semaines est plus fort
que celui de l'amaranthe qui est de 15l/ha en 5 applications pendant 12
semaines aussi (Houeyissan, 2006). Les travaux de Liliana, 2007
révèlent que pour les cultures sols et eaux souterraines sont
exposés à des dosages massifs d'engrais chimiques qui modifient
leur milieu et rendent l'eau non potable.
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D'après (Charbonnier E et al ,2015) ces
pratiques culturales ont des conséquences sur les agriculteurs, les
cultures, et les écosystèmes et les exposent à de nombreux
risques. D'après les calculs des indices de risque pour la santé
et l'environnement selon Ahouangninou, (2012) l'indice de risque
sanitaire à Sèmè-kpodji s'élève à
24429,44 et nous expose à l'intoxication et à la
pollution). Assogba k., (2007) a décelé des
teneurs de résidus dépassant 0,5ug/g pour les
organochlorés (DDT, Endrine, Heptachlore) dans les légumes au sud
du Bénin. Les recherches de (Sousa-passos, 2006)
suggèrent l'exposition humaine aux pesticides : un facteur de risques
pour le suicide au Brésil. Une dizaine de différents types de
cancer ont été découverts par (Samborn, 2004).
Selon le professeur Jean-François Narbonne (2005), comment des produits
faits pour tuer des organismes pourraient-ils être inoffensifs pour un
autre organisme (l'homme)? Les études effectuées chez l'homme sur
de nombreuses populations montrent un effet significatif des pesticides sur la
santé : le système nerveux central, les maladies cognitives
(mémoire, attention), les maladies dégénératives
(parkinson, alzheimer), le cancer, la reproduction (stérilité,
malformation). Les professionnels utilisateurs de pesticides sont 5 fois plus
atteints par le parkinson et 2,4 fois par l'alzheimer. Effets significatifs
aussi sur l'environnement, sur les opérateurs, sur les consommateurs.
Un exemple observé sur les légumes est
l'association des formulations Acarius + Suncozeb, il se trouve que dans notre
étude les pesticides ayant des risques sanitaires et environnementaux
particulièrement élevés ont été
utilisés sur les légumes le Cotofan (endosulfan), le Duel,
l'Alphacal..., largement utilisé à Sèmè-Kpodji sont
des produits destinés au coton mais qui se retrouvent sur le
maraîchage. Ceux présentant les risques environnementaux les plus
faibles sont les fongicides utilisés qu'en maraîchage. Ainsi nous
devons beaucoup communiquer sur cela pour prévenir les risques.
En général, les différents indices
sanitaires et environnementaux classent certains pesticides tels que le Tihan
et l'endosulfan comme les plus dangereux pour la santé et
l'environnement.
Exposition de la population
générale
Bien que les exploitants maraîchers soient conscients de
la toxicité des produits phytosanitaires, plusieurs d'entre eux ne
prennent aucune mesure de protection avant de traiter les cultures. Ce
comportement peut être à l'origine d'une exposition directe aux
pesticides soit par les yeux, le nez ou même la peau. Il a
été montré que le manque de matériel de protection
corporelle accroît les risques d'intoxication qui, mineurs au
début, peuvent
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devenir graves par bioaccumulation (De Jaeger et al., 2012).
Des cas d'intoxications et maladies en milieux maraîchers ont
été observés par Cissé (2003) au
Sénégal et Derkaoui et al. (2011) au Maroc. Le fait de consommer
l'eau des forages peut être aussi une source d'exposition indirecte aux
résidus de pesticides (Bellec et Godard, 2002 ; Mottes, 2013). En effet,
suite à la contamination des sols par les résidus de pesticides,
ceux-ci peuvent s'infiltrer à travers le sol et contaminer les nappes
d'eau souterraines.
Des traces de résidus d'insecticides ont
été décelées dans les échantillons de
feuilles de concombre, de célosie, de l'amaranthe, chou et
aubergine...juste avant la récolte. Elles constituent un risque pour les
consommateurs. Même si les analyses n'ont pas été sur des
plantes déjà récoltées, les maraîchers
pourraient au cas où viendrait un client, vendre ces légumes
contaminés par des pesticides. Des teneurs résiduelles
importantes décelées dans la grande morelle (4,75mg
d'équivalent deltaméthrine /kg de feuille) ne fait qu'aggraver le
risque d'intoxication alimentaire des pesticides (Ahouangninou, 2012).
Martin (2008) a décelé des traces de
résidus d'insecticides dans les échantillons de feuilles de chou
jeunes et avancés avec respectivement 0,05 et 0,67 équivalent
deltaméthrine /kg de feuille dans deux périmètres
maraîchers d' Agbanzinkpota au sud Bénin.
En particulier, il est difficile de mettre en évidence
et d'évaluer quantitativement les effets d'un apport régulier de
résidus de pesticides par la voie alimentaire. Il faut voir que, pour la
plupart des pesticides, il n'a pas été possible d'établir
une relation dose-effet (Houéyissan, 2006), il est remarquable de
constater à quel point on manque de données provenant
d'études sur l'homme.
En somme, cette recherche amène à formuler
quelques suggestions allant dans le sens de la réduction de l'exposition
aux pesticides, de la protection de l'environnement et de la
préservation de la santé publique.
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