Le malaise dans l'oeuvre de Ken Bugul: cas de "la folie et la mort " et "de l'autre côté du regard "( Télécharger le fichier original )par Kouessi Jacques Richard CODJO Université d'Abomey- Calavi Bénin - Maà®trise ès- lettres modernes 2004 |
3- La sorcellerie.Elle est représentée dans De l'autre côté du regard par les mangeurs d'âmes. Le phénomène fait son apparition dans le roman en Codiware où s'est rendu le frère de Marie, Maguèye Ndiare, après sa désertion de l'école militaire de Ouagadougou au cours d'une grève. C'est lorsque, après sa mort mystérieuse, son frère aîné vient chercher son corps, que celui-ci est confronté à la réalité de la sorcellerie. Il lui est raconté que les amis de son frère ne dorment plus tranquilles parce que son frère décédé les harcèle tant au cours de leur sommeil qu'à l'état de veille pour réclamer son âme qui lui avait été volée. Le narrateur éprouve alors à ce niveau le besoin d'expliquer le phénomène des mangeurs d'âmes qui utilisent souvent une extrême violence pour arriver à leur fin. D'abord, les mangeurs d'âmes ne sont découverts qu'après avoir posé plusieurs actes. On ne les reconnaît pas à l'oeil nu. Mais souvent, ils se démasquent eux-mêmes au cours des altercations. C'est ainsi qu'un jour, une altercation éclate dans une maison : « - L'accident de voiture qui avait eu lieu sur la route de Fou-Ndiougne, c'était moi. - Celui qui avait fait neuf morts dimanche passé c'était moi qui l'avais provoqué. - Je m'étais transformé en un morceau de fer sur la route. - Dès que le pneu de la voiture qui roulait à toute allure m'avait touché, c'était fait. (...). - C'était moi qui avais mangé la petite fille de nos voisins. - L'épouse du gouverneur qui était décédée si brusquement c'était moi aussi. - Je m'étais transformée en mouche et je m'étais introduite dans sa narine gauche. - De là, j'avais gagné ses poumons. - Elle avait commencé à tousser, elle ne pouvait plus respirer, et elle mourut. - Enfin, elle n'était pas réellement morte. - C'est après que nous l'avons mangée, la nuit, au cimetière »73(*). Ces mangeurs d'âmes ont donc leur mode opératoire qui varie d'une victime à l'autre. Leurs méthodes vont des plus simples aux plus violentes. La simple toux ou l'étouffement n'ont rien à voir avec la violence d'un accident de circulation au cours duquel neuf personnes trouvent la mort. La sorcellerie est un pan de la vie socioculturelle des peuples africains. Mais son évocation, dans plusieurs contrées africaines, suscite parfois frisson et effroi parce qu'elle est trop souvent utilisée dans son aspect nuisible et destructeur. Et c'est cet aspect que Ken Bugul choisit de rapporter dans son ouvrage pour montrer que la sorcellerie peut être également source d'une très grande violence génératrice de malaise. Or, qu'elle soit dans le tatouage des lèvres, dans le sacrifice humain ou dans la sorcellerie, la violence socioculturelle est une grande source de malaise psychologique. * 73 De l'autre côté du regard, pp.218-219 |
|