RESUME
Le gouvernement béninois accorde une place importante
à l'agriculture dans sa stratégie d'accélération de
la croissance et de réduction de la pauvreté. Ainsi il participe
à de nombreux cadres de réflexion et est signataire de nombreux
accords aussi bien au niveau sous régional, régional que
continental. Le point focal de toutes ces actions est l'atteinte des OMD d'ici
l'an 2015. Sachant que l'agriculture est au centre de tous les scénarios
visant à faire émerger l'économie des pays au sud du
Sahara, quelles sont les voies qui s'ouvrent au gouvernement pour qu'il assure
à l'agriculture les rôles qui lui sont assignés ? Cette
interrogation a orienté notre étude vers les nouvelles
théories de la croissance où le capital et le travail ne sont
plus perçus comme les seuls facteurs de production.
Après avoir exploré la littérature de la
croissance endogène, nous avons retenu le modèle de Solow
augmenté pour analyser l'impact du capital humain sur la croissance
agricole au Bénin à l'ère du renouveau
démocratique.
Il ressort des estimations effectuées qu'à court
terme comme à long terme, le capital humain a un effet positif et
significatif sur la croissance du secteur primaire qui occupe une place
importante dans l'économie béninoise. L'élasticité
du capital humain (0,84), est le plus important des effets du
travail agricole effectif (0,13) et du capital physique
(0,03).
L'analyse de la contribution des facteurs de production
(capital physique, capital humain et travail) à la croissance de
l'agriculture a montré que le capital humain y contribue largement
à hauteur de 75,8%, plus que le capital physique qui y
contribue pour 2,5% et la main d'oeuvre qui a une part de
3,2%. Le progrès technique avec 18,5%
en joue un rôle non moins important. La causalité entre
la croissance des facteurs est une boucle rétroactive entre capital
humain, valeur ajoutée et main d'oeuvre qualifié du secteur
primaire.
Les simulations du modèle ont montré que
malgré l'influence très importante du capital humain, il ne peut
pas assumer à l'agriculture une croissance suffisante sans la
présence du progrès technique. Ainsi des efforts allant du simple
au double sont nécessaires à l'amélioration du
progrès technique agricole et au capital humain pour espérer
atteindre les 6,7% de taux de croissance reconnu nécessaire par l'IFPRI
pour une croissance durable pouvant réaliser l'objectif n°1 des
OMD.
INTRODUCTION
L'agriculture est reconnue comme étant un instrument
puissant pour entraîner la croissance, surmonter la pauvreté et
renforcer la sécurité alimentaire. Il faut que sa
productivité augmente pour que d'autres secteurs de l'économie
puissent en bénéficier pour connaître leur expansion. En
contribuant, à la fois à la réduction de la
pauvreté et au démarrage de la croissance, en assurant d'une part
la productivité des cultures de base et l'avantage comparatif aux pays
exportateurs, l'agriculture sera, pendant encore de nombreuses
années, au centre de la stratégie de croissance de la plupart des
économies à vocation agricole comme le BENIN. Il est donc
important de rechercher les voies et moyens pour stabiliser sa production.
De ce fait, l'agriculture est l'objet de multiples
sollicitations, se traduisant par le développement de nombreuses
stratégies tant au niveau national que régional. Les
stratégies les plus visibles ont été observées au
niveau, soit des organisations intergouvernementales comme le CILSS, soit des
institutions en charge de la coopération et de l'intégration
régionales (UEMOA, CEDEAO). Une plus forte coordination des politiques
et stratégies de développement agricole, en lien avec
l'émergence du volet agricole du NEPAD et de l'ECOWAP est
observée récemment dans les années 2000.
Au BENIN, le secteur agricole contribue pour près de
39% à la formation du PIB (avec un taux de croissance annuel moyen
supérieur aux autres secteurs), 90 % des recettes d'exportation,15 % des
recettes de l'Etat, 70 % des emplois (DPP/MAEP).Elle mérite donc une
attention particulière quant aux politiques sectorielles à mener
pour lui assurer le rôle de moteur de l'économie béninoise
qui lui est dévolu.
En vue de diagnostiquer les faiblesses qui freinent
l'accélération de la croissance de l'agriculture, secteur
essentiel du décollage de l'économie en générale,
nous faisons l'état des lieux du secteur avant de poser la
problématique qui nous amènera à la vérification
des hypothèses.
> Etat des lieux
Nous faisons ici l'analyse descriptive de quelques ratios
économiques liés à l'agriculture pour se rendre à
l'évidence des problèmes de ce secteur
Tableau 1: Part de la population active agricole
dans l'économie
|
Population active totale
|
Population active agricole
|
Population active occupée agricole
|
Part de
la population active agricole
|
Moyenne
|
2652400.
|
1411750.
|
1243296.
|
0.545000
|
Médiane
|
2590000.
|
1409500.
|
1247226.
|
0.500000
|
Maximum
|
3652000.
|
1653000.
|
1350409.
|
0.600000
|
Minimum
|
1751000.
|
1106000.
|
1091652.
|
0.500000
|
Std. Dev.
|
566936.7
|
156851.5
|
71532.36
|
0.051042
|
Skewness
|
0.191371
|
-0.198749
|
-0.353687
|
0.201008
|
Kurtosis
|
1.935486
|
2.124309
|
2.332759
|
1.040404
|
Jarque-Bera
|
1.066401
|
0.770700
|
0.787991
|
3.334694
|
Probabilité
|
0.586724
|
0.680212
|
0.674357
|
0.188747
|
Observations
|
20
|
20
|
20
|
20
|
Source : Calculs de
l'auteur sur EVIEWS à base des données collectées
La population active totale et la population active agricole
sont des données issues de la base de FAOSTAT. La population active
occupée dans l'agriculture est issue des RGPH2 et RGPH3 et de nos
propres projections sur une hypothèse de croissance intercensitaire
linéaire. Ainsi l'agriculture occupe plus de 50% des actifs. Elle est
donc le moteur de l'économie béninoise.
Tableau 2: Part du budget agricole dans le budget
total de l'Etat
|
Budget total de l'Etat
|
Croissance du budget total
|
Budget agricole
|
Croissance budget agricole
|
Part du budget agricole dans le budget
total
|
Moyenne
|
505337.6
|
0.127500
|
34300.50
|
0.110833
|
0.070833
|
Médiane
|
427600.0
|
0.110000
|
28182.50
|
0.080000
|
0.070000
|
Maximum
|
1033007.
|
0.320000
|
72986.00
|
0.400000
|
0.100000
|
Minimum
|
246700.0
|
-0.050000
|
22800.00
|
-0.060000
|
0.050000
|
Std. Dev.
|
233902.0
|
0.116317
|
14657.26
|
0.141836
|
0.013790
|
Skewness
|
1.013365
|
0.203657
|
1.778787
|
0.746726
|
0.715689
|
Kurtosis
|
3.177332
|
2.005430
|
5.125966
|
2.530348
|
3.004476
|
Jarque-Bera
|
2.069541
|
0.577537
|
8.588030
|
1.225486
|
1.024431
|
Probabiité
|
0.355308
|
0.749186
|
0.013650
|
0.541862
|
0.599167
|
Observations
|
12
|
12
|
12
|
12
|
12
|
Source : Calculs de
l'auteur sur EVIEWS à base des données collectées
Les données traitées dans ce tableau sont issues
de la Direction de la Prospective et de la Programmation du Ministère de
l'Agriculture de l'Elevage et de la Pêche et sont en millions de francs
CFA. Le budget agricole a connu une croissance moyenne de 11% entre la
période de 1996 et 2008. Sa part dans le budget total de l'Etat en
moyenne est de 7% sur la même période. Cette part est donc
insuffisante pour assurer une croissance durable au secteur agricole qui est le
moteur de l'économie et le moyen le plus efficace pour
accélérer la
réduction de la pauvreté. Afin d'inverser cette
tendance, il a dernièrement
étépréconisé, (en 2003 et 2006) dans le
cadre du nouveau programme économique
pour le développement de l'Afrique, de porter à
10% la part du budget agricole dans les budgets des États africains. On
constate qu'il reste un effort moyen de plus de 3% au Benin pour atteindre les
objectifs fixés par les accords internationaux, pour une croissance
régionale harmonieuse et durable permettant d'atteindre les OMD d'ici
l'an 2015.
Tableau 3 : Evolution des investissements
agricoles
|
Investisse ment agricole financé par l'Etat
|
Croissance investisse ment agricoles financé par
l'Etat
|
Investiss ement agricole Extérieu r
|
Croissance investissem ent agricole Extérieur
|
Investisse ment agricole total
|
Croissance investissem ent agricole total
|
MOYENNE
|
4393.500
|
-0.110833
|
9095.417
|
-0.191667
|
13488.83
|
0.140833
|
MEDIANE
|
3737.000
|
-0.060000
|
9878.500
|
0.140000
|
13147.50
|
0.115000
|
Maximum
|
8719.000
|
0.210000
|
14677.00
|
0.670000
|
23396.00
|
0.800000
|
Minimum
|
1000.000
|
-0.650000
|
3599.000
|
-2.470000
|
5673.000
|
-0.590000
|
Std. Dev.
|
3125.606
|
0.252243
|
4108.923
|
0.884645
|
4964.028
|
0.418536
|
Skewness
|
0.216017
|
-0.704535
|
-0.124161
|
-1.586559
|
0.435833
|
0.122024
|
Kurtosis
|
1.326858
|
2.849660
|
1.490151
|
4.676995
|
2.846597
|
2.309088
|
Jarque-Bera
|
1.493029
|
1.004039
|
1.170653
|
6.440492
|
0.391667
|
0.268460
|
Probabilité
|
0.474016
|
0.605307
|
0.556924
|
0.039945
|
0.822149
|
0.874389
|
Observations
|
12
|
12
|
12
|
12
|
12
|
12
|
Source : Calculs de l'auteur
sur EVIEWS à base des données issues de la DPP/MAEP
Les données traitées dans ce tableau sont issues
de la Direction de la Prospective et de la Programmation du ministère de
l'agriculture de l'élevage et de la pêche et sont en millions de
francs CFA. Le rôle des investissements dans l'accélération
de la croissance est reconnu et admis par tous les économistes. Dans le
secteur agricole béninois la croissance de cet indicateur est de 14% sur
la période de 1996 à 2008. Il faut noter qu'en 2007 la
période a connu son record de 80% mais qui s'est vite estompé
l'année suivante. L'extérieur a en moyenne contribué plus
aux investissements agricoles que l'Etat (en moyenne 9196 millions pour
l'extérieur contre environ 4148 millions pour l'Etat). L'intervention de
l'extérieur dans le financement de l'agriculture est en dents de scie si
bien qu'en somme la croissance des actions extérieures dans
l'investissement agricole est négative. Ceci signifie qu'en début
de période, les investisseurs étrangers se sont beaucoup plus
intéressés au secteur qu'en fin de période. Ce secteur est
donc à la recherche permanente de sa stabilité.
Tableau 4 : Contribution du PIB agricole à
la croissance réelle
|
Taux de croissance nationale
|
PIB agricole à prix constant
|
Croissance du PIB agricole
|
Contributio
n du PIB agricole à
la croissance
|
Part du PIB agricole dans le
PIB national
|
Moyenne
|
4.305263
|
312252.6
|
4.610526
|
1.742105
|
33.72632
|
Médiane
|
4.300000
|
314700.0
|
5.200000
|
2.000000
|
33.80000
|
Maximum
|
6.200000
|
430600.0
|
10.10000
|
3.700000
|
36.60000
|
Minimum
|
2.000000
|
199000.0
|
-0.800000
|
-0.300000
|
31.40000
|
Std. Dev.
|
1.204378
|
75565.43
|
2.579814
|
0.956449
|
1.569799
|
Skewness
|
-0.133409
|
-0.013985
|
-0.101987
|
-0.254246
|
0.304199
|
Kurtosis
|
2.094616
|
1.735522
|
3.004762
|
2.944857
|
1.771023
|
Jarque-Bera
|
0.705306
|
1.266418
|
0.032956
|
0.207104
|
1.488755
|
Probabilité
|
0.702821
|
0.530885
|
0.983657
|
0.901629
|
0.475030
|
Observations
|
19
|
19
|
19
|
19
|
19
|
Source : calculs de
l'auteur sur Eviews à base des données des comptes nationaux
(INSAE)
Sur la période de 1990 à 2009, la part du PIB
agricole dans le PIB national a oscillé entre 31,4% et 36,6% pour une
valeur moyenne de 33,7%. Ces valeurs sont caractéristiques de
l'état de transition de l'économie béninoise. La part du
PIB agricole dans le PIB global est encore élevée et est
supérieure à la part du PIB du secteur industriel. Ceci explique
bien la moyenne de la croissance réelle du pays qui est de 4,3%. Un
effort de plus de 5,7% reste à faire pour atteindre la croissance
à deux chiffres tant désirée par les autorités
politico-administratives. Il est donc urgent de revoir les politiques
économiques appliquées à l'agriculture afin qu'elle
décolle et qu'elle entraine la croissance au niveau global.
Tableau 5: Productivité, intensité
capitalistique, et coefficient de capital du secteur agricole
|
Intensité capitalistiq ue
|
Croissance intensité capitalistiq ue
|
Productivi té agricole
|
Croissance de
la productivité agricole
|
Coefficient de capital agricole
|
Croissance du coefficient de
capital agricole
|
Moyenne
|
17672.37
|
0.022105
|
649085.5
|
0.031579
|
0.072105
|
-0.011053
|
Médiane
|
15882.00
|
-0.010000
|
643101.0
|
0.030000
|
0.070000
|
-0.040000
|
Maximum
|
29584.00
|
0.380000
|
853596.0
|
0.050000
|
0.090000
|
0.320000
|
Minimum
|
15135.00
|
-0.230000
|
476430.0
|
0.000000
|
0.050000
|
-0.240000
|
Std. Dev.
|
4344.778
|
0.128521
|
125064.3
|
0.015005
|
0.013976
|
0.123823
|
Skewness
|
1.885045
|
1.501720
|
0.108708
|
-0.477661
|
-0.007993
|
1.436617
|
Kurtosis
|
5.104033
|
6.092665
|
1.702831
|
2.276482
|
1.705206
|
5.494027
|
J-Bera
|
14.75708
|
14.71330
|
1.369518
|
1.136926
|
1.327424
|
11.45989
|
Probabilité
|
0.000625
|
0.000638
|
0.504212
|
0.566395
|
0.514936
|
0.003247
|
Observ.
|
19
|
19
|
19
|
19
|
19
|
19
|
Source : Calculs de
l'auteur sur EVIEWS à base des données collectées
> L'intensité capitalistique est le rapport L / oü
est le stock de capital
physique et L la quantité de main d'oeuvre ayant servir
à la production. Selon HICKS, si cet indicateur ne varie pas dans le
temps, alors la technologie utilisée pour la production est neutre. Au
Bénin, dans le secteur agricole, l'intensité capitalistique a
connu une croissance moyenne de 2,2% entre 1990 et 2009 et a connu une
distribution anormale caractérisant sa non-stabilité dans le
temps.
> Le coefficient de capital est le rapport / oü
désigne la production et
le stock de capital ayant servi à la production. Selon
HARROD, si cet indicateur ne varie pas dans le temps, alors la technologie
utilisée est neutre. Au Bénin, dans le secteur agricole, le
coefficient de capital a connu une croissance moyenne négative de 1%
entre 1990 et 2009.
> La productivité du travail agricole est le rapport L
/ oü V est la production et
L la main d'oeuvre ayant servi à la production. Selon
Solow, si cet indicateur ne varie pas, alors la technologie utilisée
pour la production est neutre. Au Bénin, dans le secteur agricole, la
main d'oeuvre a connu une croissance moyenne de 3%.
Ces trois ratios sont très prisés dans l'analyse
néoclassique de la croissance. Lorsque la fonction de production est de
type COBB-DOUGLAS, les trois types de neutralité du progrès
technique définis précédemment sont équivalents. De
l'examen de ces ratios, il convient de constater que les variables
traditionnelles de l'analyse néoclassique de la croissance semblent
éprouvées quelques faiblesses pour assurer une croissance durable
à l'agriculture Béninoise vu le rôle
prépondérant qui est le sien dans la croissance réelle.
C'est pour cette raison que nous avons faire appel à la nouvelle
théorie de la croissance qui analyse la croissance en incluant d'autres
éléments tel que les dépenses publiques et le capital
humain. Dans ce qui suit le capital humain sera priorisé autour d'un
certain nombre de questions restées en suspens.
|