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Les Partis gouvernementaux et l'espace malgache de 1960 à 2001


par Lala Herizo RANDRIAMIHAINGO
Université d'Antananarivo - DEA 2004
Dans la categorie: Histoire
   
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CONCLUSION PARTIELLE.

C'

'AREMA a dirigé Madagascar presque sans interruption pendant 25 ans, de 1975 à 2001, abstraction faite de la période 1993-1997. Durant ce quart de siècle, le parti avait connu trois phases : la période de la révolution socialiste, celle de l'ajustement structurel et enfin celle du libéralisme.

La première phase a permis à l'AREMA de mettre en oeuvre une réforme en profondeur de la gestion de l'espace malgache. Suivant les idées phares contenues dans la « Charte de la révolution », le parti a décidé d'entreprendre la décentralisation effective du pouvoir décisionnel avec la mise en place du VIP. En outre, pour une meilleure approche du développement du territoire, une politique toute aussi ambitieuse a été lancée : l'investissement à outrance. Cette politique a permis d'implanter un peu partout dans l'île, des industries de transformation sensées devenir des pôles catalyseurs pour la dynamisation des activités économiques du territoire. Dans le fond, cette approche était parfaite mais elle a connu ses limites avec la détérioration du terme de l'échange au niveau mondial. Le gouvernement malgache n'a pu gérer cette variable qui a eu des conséquences graves sur la gestion du patrimoine malgache. L'échec des projets projetés par l'AREMA est palpable : un grand nombre des industries créées par l'Etat n'ont jamais fonctionné. La seule satisfaction

réelle aura été les CUR. Ces centres universitaires ont pu fonctionner malgré quelques ratés qui n'ont été rectifiés que vers la fin des années 90.

Il faut pourtant retenir que le début des années 80 a vu la mutation de la stratégie spatiale préconisée par l'AREMA. M. RATSIRAKA a été forcé par la conjoncture de composer avec les institutions de BRETTON WOODS. L'ajustement structurel a été le remède préconisé. Il mise sur la réforme structurelle de la gestion de l'Etat. La libéralisation a été le mot d'ordre qu'il fallait suivre. Cela a ouvert la voie à la naissance de la troisième république durant laquelle, L'AREMA végétait pendant les premières périodes avant de revenir en force en 1997 et d'imposer une nouvelle politique beaucoup plus libérale et qui s'appuie sur une plus grande liberté pour chaque entité décentralisée : les Provinces autonomes. A cheval entre la régionalisation et la fédération, cette institution se voulait être un nouveau point de départ pour la gestion de l'espace malgache.

Conclusion générale.

A

près 40 ans d'indépendance, on est en droit de se demander de ce qu'il est advenu de Madagascar et de poser la question de l'héritage du PSD et de l'AREMA. A cause de décisions politiques, certes courageuses, mais fort discutables, la Grande-île n'a cessé de péricliter pour être un des pays le plus pauvre de la planète.

Graphe 5 : Représentation illustrée de l'état actuel du PIB et de l'IDH de Madagascar par rapport à quelques Pays
dans le monde.

INDICATEURS

CHIFFRES

de ces capacités réelles. Ces capacités si elles sont énumérées doivent intégrer une triptyque bien usitée aujourd'hui : l'homme - l'économie et l'environnement.

Une population de plus en plus marginalisée (cf. tableau 7).

Les données les plus récentes disponibles sur le mouvement naturel de la population remontent à 2001. Elles donnent une idée générale de l'évolution de la population de Madagascar. Les indicateurs ci-après donnent une vue générale de l'évolution de la population malgache.

Tableau 7 : Les principaux indicateurs de l'évolution de la population de Madagascar.
Source : Banque Mondiale - INSTAT.

Taux d'accroissement démographique moyen (TAN) Taux de mortalité infantile (TMI) Taux de fécondité (TF)

Taux brut de natalité (TN)

Taux brut de mortalité (TM) Taux de Mortalité infantojuvénile

Taux de mortalité maternelle Espérance de vie à la naissance

2.8% par an

88 %o naissances en 2001 contre 96%o en 1999 5.4 naissances par femme (2001)

44%o (1997) 14%o (1997) 159%o (1999)

6.6%o (1999)

55.1 ans (en 1999) - 54.7 ans (en 2001)

A travers ces chiffres, on peut déduire, même si c'est sur une période courte, que la condition de vie des Malgaches ne cesse de se détériorer. Si on ne prend en compte que l'espérance de vie, on est ainsi passé de 55.1 en 1999 à 54.7 ans en 2001. Certes, il faut relativiser ces données, mais il est évident que les indices avancés confirment cet état. Ce qui peut paraître étrange dans ce contexte est qu'en même temps, le pouvoir en place annonce un taux d'accroissement positif de l'économie, près de 6.7% en 2001. Mais cela s'explique car la répartition de la richesse économique à Madagascar est loin d'être équitable... Elle se fait au détriment de la couche la plus vulnérable qui est majoritairement rurale et très peu éduquée. En tout cas, la proportion de la population à faibles revenus est encore fort élevée à Madagascar et cette situation se ressent dans les actions effectuées dans le secteur majeur de l'économie malgache, l'agriculture.

Un pays à vocation agricole ? (cf. graphe 7-8)

De Madagascar, on dit toujours que c'est un Pays très rural où le secteur primaire prédomine (75% des actifs). Or ce que l'on constate aujourd'hui c'est que le rendement stagne alors que, parallèlement, la population augmente. Si on prend l'exemple de la production rizicole, on constate que depuis son indépendance, Madagascar fait du surplace.

Graphe 6 : Représentation graphique de la production en paddy à Madagascar.

Madagascar n'arrive pas à combler ses besoins. Avant les années 70, la Grande-île exportait du paddy (cf. graphe 6-7), depuis, la situation s'est inversée. Le besoin en riz ne cesse d'augmenter parce que la population croît. La question qui se pose est de savoir pourquoi l'on n'a pas réussi à améliorer la rentabilité. De grands travaux ont effectivement été menés pour l'amélioration de la production rizicole comme la sélection de variété de grain de riz adapté à l'environnement malgache - l'introduction de nouvelle technique de plantation mais rien n'y fait. Le principal problème auquel se heurte cette filière est la dégradation de l'environnement. L'Alaotra, premier grenier à riz de Madagascar, voit des rizières ensablées et rendues inaptes à la culture à cause de la déforestation...

D'autres points pourraient être aussi relevés comme la dégradation des infrastructures [quoique cela ait été plus ou moins atténuée par le projet PPI (Petit Périmètre Irrigué) dans les années 90] ou l'incapacité des agriculteurs à assimiler les nouvelles techniques. Pour ce qui est de ce dernier point, la mentalité commence à changer avec la présence des ONGs qui essaient tant bien que mal de reprendre en main les activités laissées par l'Etat. Antsirabe est l'exemple vivant de cette réussite. Main dans la main, les paysans et les ONGs essaient de travailler dans la même direction avec des réussites qui commencent à faire tâche d'huile au-delà même de cette région. Il faut pourtant se rendre à l'évidence : le développement est encore loin d'être équitable pour toutes les régions de l'île.

Une disparité encore criarde.

L'inégalité se manifeste sous plusieurs formes. Elle englobe tout aussi bien la répartition de la population que le niveau de vie de celle-ci. Si on prend l'exemple de la répartition du niveau de vie, on aura un graphe assez déséquilibré (cf. graphe 8).

On sait que la décentralisation devait corriger les disparités spatiales. Chaque territoire peut prioriser ainsi ses besoins et les négocier auprès de possibles partenaires. L'Etat n'intervient que pour faciliter ces transactions. Ce que l'on constate aujourd'hui c'est que l'évolution des Provinces autonomes ne se fait pas de la même manière. Certaines sont plus favorisées que d'autres. Si on regarde les dépenses en ce qui concerne chaque Province (cf. graphe 9), on constate que Fianarantsoa consomme la moins avec près de 100.000Fmg d'écart

par rapport à Antananarivo (près de 325.000Fmg). L'écart entre ville-campagne est aussi énorme.

Graphe 8 : Comparaison des dépenses sur le territoire malgache.

Par ailleurs l'indice de pauvreté (cf. tableau 10) révèle encore que certaines Provinces sont plus touchées que d'autres par ce phénomène. Son évolution et son incidence diffèrent pour chaque Province.

 
 

Taux

 

Intensité

 
 

1993

1997

1999

1993

1997

1999

Antananarivo

68.0

66.4

61.7

27.8

29.1

26.0

Fianarantsoa

74.2

75.1

81.1

33.7

32.0

40.2

Toamasina

77.9

79.8

71.3

33.7

39.0

32.6

Mahajanga

53.2

73.8

76.0

18.6

29.1

36.5

Toliara

81.1

82.0

71.6

42.8

46.4

33.7

Antsiranana

60.2

62.3

72.6

22.0

23.9

32.0

ENSEMBLE

70.0

73.3

71.3

30.3

33.6

32.8

Tableau 8 : Evolution de la situation de la pauvreté par Faritany.
Source : INSTAT, EPM, 97 et 99.

La pauvreté est un fait que tous et d'abord les partis politiques disent vouloir éradiquer. En tout cas, pour la combattre, l'un des moyens véritables qui peut se révéler efficace est l'introduction des pauvres dans le circuit formel. Il faut qu'ils participent à la lutte contre l'exclusion. C'est à partir de cette idée que l'HIMO (Haute Intensité de Main d'oeuvre) a été déployée.

Ces approches, pour la plupart des gens sont des « recettes miracles ». Il n'en est rien pourtant car à bien y regarder, on peut voir que ce ne sont que de nouvelles déclinaisons des actions engagées bien des années auparavant. Dans une certaine mesure, elles peuvent être considérées comme faisant partie de l'héritage laissé par le PSD et l'AREMA.

De l'héritage laissé par le PSD et l'AREMA.

Ces deux partis gouvernementaux avaient des stratégies spatiales complémentaires car ils ont essayé à leur niveau et suivant leur stratégie d'approche de corriger les disparités spatiales existantes par l'entremise de la création de pôles d'activités susceptibles de dynamiser les diverses régions de l'île. Le PSD était allé très loin en ce domaine en organisant les syndicats des communes, de véritables entreprises publiques gérées par la population elle-même. L'AREMA, lui avait misé sur l'investissement à outrance et la création de complexes industriels qui auraient dû aider à la transformation des produits issus du terroir.

Ces approches étaient spatiales et intègrent les potentialités des diverses régions de Madagascar. Malheureusement, leur politique était plutôt aveugle dans la mesure où à force de gouverner sans véritable opposition, ces partis étaient tombés dans les travers du dictat du parti unique. Ils se sont peu à peu déviés de leur mission principale en se détournant de la population qui les ont élus pour s'attacher à mettre en pratique des théories qui n'ont plus l'aval de la majorité.

Le risque est toujours grand pour les nouvelles démocraties de tomber dans ces illusions qui en définitive ne rend service à personne. Madagascar a déjà connu ces expériences malheureuses mais la leçon ne semble pas avoir été retenue. Le parti TIM aujourd'hui domine,

à son tour, outrageusement les différentes sphères du pouvoir, une pratique qui n'a rien avoir avec une véritable démocratie où les échanges et les débats devraient être « la règle d'or. »

I

Table des illustrations.

Liste des figures.

Figure 1 : Localisation de la Grande-île dans le Sud-Ouest de l'océan Indien. 4

Figure 2 : Représentation graphique de la division administrative de la première république. 10

Figure 3 : Représentation graphique de la répartition des grandes opérations effectuées par la première république suivant les Provinces. 21

Figure 4 : Représentation en surface (ha) des différents projets d'aménagement. 25

Figure 5 : Occupation du sol dans la région de la plaine de Marovoay. 27

Figure 6 : Répartition des syndicats des communes suivant leur nombre par province en 1967.

32

Figure 7 : Répartition des travaux au-ras du sol par secteur d'activité. 37

Figure 8 : Répartition des subventions accordées aux Travaux au ras du sol par province. 38

Figure 9 : Répartition de la subvention accordée par habitant. 39

Figure 10 : Répartition des logements créés par la SEIMad par localité. 43

Figure 11 : Représentation de la limite administrative de la deuxième république. 61

Figure 12 : Répartition des sociétés contrôlées par l'Etat en terme de pourcentage sur le territoire. 66

Figure 13 : Représentation graphique de la répartition des sociétés publiques à Madagascar. 67

Figure 14 : Représentation des surfaces aménagées pour les CUR. 73

Figure 15 : Représentation de la capacité d'accueil des réalisations. 74

Figure 16 : Représentation des réalisation effectuées. 75

Figure 17 : Représentation de la répartition de la population par Firaisana. IX

Figure 18 : Les 28 Régions de Madagascar. XI

Liste des graphes.

Graphe 1 : Exemple de résultat d'une élection « régionale » en 1977. 55

Graphe 2 : Evolution du Produit Intérieur Brut de Madagascar. 77

Graphe 3 : Evolution de la dette de Madagascar en million de dollar depuis l'investissement à outrance. 79

Graphe 4 : Evolution de l'inflation à Madagascar. 80

Graphe 5 : Représentation illustrée de l'état actuel du PIB et de l'IDH de Madagascar par rapport à quelques Pays dans le monde. 93

III

Graphe 7 : Représentation de l'évolution de la production rizicole par rapport à l'évolution de la population. 95

Graphe 8 : Comparaison des dépenses sur le territoire malgache. 97

Liste des organigrammes.

Organigramme 1 : Représentation schématique de l'organisation administrative durant la première république. 11

Organigramme 2 : Représentation schématique de l'organisation de la prise de décision du plan. 20

Organigramme 3 : Organisation du pouvoir sous la deuxième république. 53

Organigramme 4 : Schéma de l'ordonnancement du pouvoir administratif sous la deuxième république. 57

Organigramme 5 : Représentation de l'organisation des principaux pouvoirs à Madagascar durant la troisième république. 85

Organigramme 6 : Représentation schématique de la nouvelle forme de décentralisation de la troisième république. 86

Organigramme 7 : Disposition de la structure administrative après le referendum du 5 mars

1997. 88

Liste des tableaux.

Tableau 2 : répartition des travaux au ras du sol par province. 36

Tableau 3 : Répartition des cités créées par la SEIMad durant la première république. 42

Tableau 4 : Liste exhaustive de quelques-unes des sociétés nationalisées et/ou créées par l'investissement à outrance. 69

Tableau 5 : Représentation des « spécialités » de chaque CUR. 71

Tableau 6 : Les travaux effectués par province. 72

Tableau 7 : Les principaux indicateurs de l'évolution de la population de Madagascar. 94

Tableau 8 : Evolution de la situation de la pauvreté par Faritany. 97

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