2.3.2. Les déficits de l'aménagement du
territoire dans les villes Ivoiriennes
A.F. MEMEL et P.S. TAPE (2018, p.152), affirment que la
gouvernance de l'espace urbain dans les villes ivoiriennes est
contrariée par plusieurs défis que doivent relevés les
acteurs institutionnels.À Grand-Lahou, les gestionnaires de la ville
sont confrontés à des problèmes d'urbanisation et
d'aménagement. Ces handicaps entravent le processus d'évolution
et la maitrise de la gestion de l'agglomération.
Selon K. JACOPO (2019, p.3), les politiques de densification
posent toutefois plusieurs défis liés au maintien de la
qualité de vie en ville et au consensus au sein des coalitions d'acteurs
locaux autour des nouvelles planificationsterritoriales.L'auteur affirmeaussi
que le phénomène urbain pose des défis spécifiques
aux gouvernements locaux et cantonaux, sur le plan quantitatif autant que
qualitatif (p.11). Concernant la première, à l'ère de la
croissance des villes et de leur dilution dans l'espace suburbain et
périurbain (étalement urbain), les espaces fonctionnels vont
souvent au-delà des limites administratives communales et demandent donc
une gouvernance urbaine adaptée.L'aspect quantitatif peut être
appréhendé par les mesures quantitatives dont on peut disposer et
qui constituent une porte d'entréepour un premier état des lieux.
Il s'agit entre autre de la taille et de la répartition de des zones
à bâtir et des surfaces urbanisées, ainsi que d'indicateurs
d'étalement urbain sous sa manifestation purement spatiale.Concernant
l'aspect qualitatif, les villes en tant que lieux de concentration d'habitants,
activités et usages, nécessitent une réflexion toujours
renouvelée concernant le maintien et le renforcement de leur
qualité et de leur accessibilité pour une multitude d'acteurs.
L'aspect qualitatif de l'urbanisation ne peut être abordé
uniquement à travers un système de régulation tel que par
exemple le zonage, qui est pourtant au coeur de la politique
d'aménagement du territoire.
2.4. Les problèmes d'aménagement face
aux mutations des villes ivoiriennes
2.4.1. Les problèmes
d'aménagement
La mise en place des politiques de développement urbain
en Côte d'Ivoire laisse apparaître destraces physiques sur le
paysage urbaindans des villes. Comme l'affirmeDIBY, 2017 cité par K.M.
DIBY(2018, p.145), la mise en place des politiques de développement
urbain en Côte d'Ivoire laisse transparaître l'existence des
problèmes environnementaux dans les capitales régionales et dans
les villes secondaires. À ces difficultés environnementales,
s'ajoutent les problèmes d'aménagement et de développement
de l'espace urbain.
Abordant dans le même contexte, P. DJONGAIBE LAIBA
(2011, p.11), dit qu'à ce niveau il faut noter une coupe abusive et
irréfléchie d'arbres, car il y aune rareté d'espace vert
et public surtout aménagé ce qui expose la population au
phénomène du changement climatique ou tout au moins au
réchauffement dans la ville.Par manque d'arbres, les édifices et
habitas publics comme privés sont exposés au vent, et connaissent
des fissures.
Sur la santé humaine, les problèmes qui en
découlent sont nombreux. La mauvaise gestion des ordures
ménagères, des eaux usées, l'insalubrité dans
toutes les contrés de la ville expose la population à des
multiples pathologies (virus, bactéries, la fièvre typhoïde,
le choléra et bien d'autres), pouvant conduire à la mort. Outre
de cela, le manque d'un bon plan d'aménagement crée des
réflexes pour les habitants du milieu car cesderniers en voulant
construire, craignent les opérations de déguerpissement
ultérieur. D'autres problèmes non du moindre c'est les cassures
de certaines maisons sur les individus en saison pluvieuses résultant de
sérieux dommage pour la vie humaine. À ces problèmes, il
faut noter l'impossibilité d'adduction d'eau potable de certaines villes
ou certains quartiers, l'insécurité accrue des personnes et leurs
biens, les vols, les crimes et bien d'autres.
R. ROCHEFORT (1962, p.287), affirme que l'un des
problèmes fondamentaux de l'aménagement du territoire est celui
d'un équilibre harmonieux avec les effectifs humains de la région
considérée. Il est devenu banal de constater un
déséquilibre croissant entre les régions en expansion
démographique et les régions qui se dépeuplent. Ajoutons
à cela, la forte extension urbainequi oblige la grande partie de la
population à occuper les espacesnon aedificandi ou anarchiquement les
espaces publics. Autrement dit, la population ignore l'importance de
règle d'urbanisme s'opposant à la restructuration. Une telle
action ne peut favoriser l'aménagement des villes ivoiriennes en
particulier la ville de Bouaké en vue de répondre aux normes
modernes.
2.4.2. Les mutations dans les villes
ivoiriennes
Dans sa signification la plus simplifiée,
« la mutation » est synonyme de « la
transformation ». Mais dans son sens approfondi, la mutation qui nous
intéresse est celle liée à l'urbanisme,
c'est-à-dire « la mutation urbaine ».
L'encyclopédie Unversalis (2000), définit cette dernière
comme : « un phénomène ayant des effets
déterminants sur la forme de la ville, son urbanisme, son organisation,
son paysage urbain, son architecture, et notamment sur la qualité de la
vie de ses habitants ».
De ces deux définitions, on peut tenter de cerner le
sens de la mutation urbaine comme étant un phénomène qui
agit sur un espace urbain en lui introduisant un certain remodelage et une
nouvelle configuration de son entité urbaine (B. KOUAKOU, 2020, p.12).
La mutation ne se limite pas qu'à l'espace physique, mais peut aussi
s'étaler sur le plan social et économique.Elle peut
s'opérer sous plusieurs formes : la mutation physique ou
morphologique, la mutation fonctionnelle, et la mutation sociale.
La mutation physique selon B. KOUAKOU (2020, p.13), est une
forme de transformation qui entraine des changements dans l'aspect physique ou
morphologique d'une ville ou d'une partie de la ville, en touchant à son
organisation spatiale (tracé des voiries, formes des îlots et
découpage des parcelles, espaces bâtis au sol et espace libre).
Elle peut également s'étaler sur le bâti
et entraine ainsi des changements sur les formes et les volumes ainsi que sur
les hauteurs et les façades et elles peuvent s'étendre même
jusqu'aux matériaux de constructions. À l'échelle de la
ville de Bouaké, la mutation physique ou morphologique touche les
bâtis et l'espace public.
Selon E.K. KOUAKOU et al (2018, p.123), la forte
croissance démographique de Bouaké a conduit à
d'énormes modifications dans sa structures urbaine, engendrant de
nombreux problèmes d'assainissement et de gestion,à l'occupation
anarchique des espaces et de prolifération des quartiers
précaires, à l'accumulation des ordures jonchant les rues, les
places publiques et des terrains vagues. C'est pourquoi H.K. KONAN(2021,
p.142), dit que Bouaké intègre un paysage insalubre du fait du
désordrecrée par la forte croissance urbaine.
B. KOUAKOU (2020, p.13), la mutation fonctionnelle implique
des changements dans les fonctions remplies par un espace urbain (habitat,
circulation, activités primaires, secondaires, tertiaires, emploi). Il
peut s'agit de l'introduction supplémentaire de fonctions, ou au
contraire la réduction de certaines d'entre elles. Comme il s'agit
parfois, du changement du rapport qui existait entre les fonctions d'un espace
urbain.
C'est aussi un changement pour une dominance en faveur de
certaines fonctions au détriment d'autres, ce qui génère
une tendance de spécialisation et de sélection des
activités assurées par cet espace urbain.
La mutation peut s'opérer à une échelle
plus grande, celle d'une ville ou à une échelle plus petite celle
d'une partie de la ville et les transformations qui subissent peuvent
êtrela résultante d'un processus de développement urbain ou
celle d'une action volontariste, afin de donner à la ville ou l'une de
ses entités une vocation déterminée.La mutation
fonctionnelle peut engendrer l'introduction des nouvelles activités ou
des activités non résidentielles dans la ville ou une partie de
la ville. Comme l'indique A. KOUAME (2013, p.149), les nombreux
activités économiques des trottoirs répondent certainement
à un souci de logique commerciale, à savoir celui de la
rentabilité.
T. GOGBÉet al (2016, p.105), affirment queles
populations s'adonnent à la pratique de nouvelles activités
économiques informelles sur des espaces inappropriés pour combler
le vide de certains espaces.
B. KOUAKOU (2020, p.14), la mutation peut être d'ordre
social, tel qu'un changement dans la composition sociale de la population,
cette dernière, par ses pratiques sociales et son mode de vie, peut
remodeler l'espace et le façonner à la manière qui
répond au mieux à ses besoins qui l'occupe, de ce fait une
mutation de la société peut entrainer une mutation de l'espace.
Selon l'auteur, la mutation urbaine est souvent entrainée par des
mutations économiques surtout à une période où le
développement de l'économie se fait à un rythme
très rapide. Mais d'une manière générale, les
différents types de mutation sont souvent étroitement
liés, du fait que la ville ou l'espace urbain n'est que les lieux
d'enjeux et de l'interaction de tous ces phénomènes
économiques, sociaux et même politiques. Les différentes
mutations peuvent alors, avoir lieu en même temps ou l'une d'entre elles
peut être la résultante de l'autre.
En somme, l'ensemble des auteurs évoqués dans
notre travail, s'attendent pour parler du processus de l'aménagement
urbain et les problèmes d'aménagement face aux mutations des
villes ivoiriennes. Cependant, aucun des écrits n'a abordé les
conséquences de l'aménagement urbain face aux mutations dans les
villes. Notre apport personnel pour cette étude est donc de
déterminer les conséquences liées aux mutations dans la
ville de Bouaké.
3. PROBLÉMATIQUE
Le phénomène urbain est l'un des faits les plus
marquants du monde actuel. Sur tous les continents et dans toutes les
régions, le phénomène urbain va de plus en plus croissant
(C.I. TANO, 2019, p.1). De plus en plus, la population quitte les zones rurales
pour les villespoury trouver une meilleure qualité de vie.Le
phénomène urbain se révèle comme une des tendances
lourdes du monde actuel, car ce phénomène d'urbanisation reste
aujourd'hui un véritable défidans les pays de l'Afrique (N.S.
COULIBALY, 2021, p.23), notamment en Afrique subsaharienne, où on
enregistre un taux non négligeable de 40% (Banque Mondiale, 2015,
cité par B. KOUAKOU, 2020, p.34).
La Côte d'Ivoire n'est pas épargnée par
cette croissance démographique et du processus d'urbanisation.
Débuté timidement avant l'indépendance, la croissance
démographique et le processus d'urbanisation connait un essor au
lendemain de la souveraineté nationale.Elle voit sa population
s'accroître et ses villes s'étendre de plus en plus. Selon RGPH
(2014), environ 11 408 413 d'habitants sont urbaines, soit 50,3% de
la population ivoirienne. Elle a été multipliée par 3,4
entre 1975 et 2014, avec un taux d'urbanisation passé de 32%% en 1975 a
pratiquement 50,3% en 2014, soit une augmentation de 18 points (INS, 2014).
Cette population urbaine, Bouaké seule enregistre 536 189 habitants
(RGPH, 2014), ce qui représente 4,75% de la population urbaine de la
Côte d'Ivoire (B. FOFANA, 2015, p.22).
Cette croissance accélérée de la
population urbaine accentue la pression sur les capacités
institutionnelles et urbaines à faire face aux défis de
développement (C.I. TANO, 2019, p.2). Ce qui a engendré des
problèmes auxquels les acteurs urbains ont du mal à apporter des
solutions viables et durables. Face aux différentes tentatives des
politiques urbaines dont l'objectif est la maîtrise de l'espace urbain,
il ressort que la ville de Bouaké est débordée par une
croissance démographique et spatiale (B. FOFANA, 2015, p.22). Cela pose
des problèmes dans le centre urbain que dans les zones
périphériques, et conduit à d'énormes
transformations dans le tissu urbain, engendrant des problèmes
d'assainissement et de gestion, d'occupation légale et ordonné de
l'espace, de gestion des ordures et des bâtis et bien d'autres.
Pour soutenir le développement urbain et aider les
collectivités localesà résoudre les différents
problèmes, notamment les mutations opérées dans le paysage
urbain posées parl'urbanisation, l'Etat ivoirien, en plus des structures
déconcentrées procède à la
décentralisation.
Cela s'est traduit par la mise en place d'autorités
compétentes chargées de la planification et de la gestionde la
ville en vue d'assurer l'organisation de l'espace urbain et d'offrir à
la population citadine une meilleurequalité de vie. Mais à la
lumière de toutes ces actions et malgré les efforts consentis
parces autorités compétentes pour l'aménagement de la
ville de Bouaké, il s'observe toujours des mutations dans le paysage
urbain.
Pourquoi à la lumière de toutes ces actions et
malgré les efforts consentis par ces autorités compétentes
pour l'aménagement de laville de Bouaké, il s'observe toujours
des mutations dans le paysage urbain?
De cette question centrale découlent les interrogations
suivantes :
- Quels sont les types d'aménagement urbain à
l'épreuve des mutations dans la ville de Bouaké?
- Quels sont les processus de l'aménagement urbain
à l'épreuve desmutations dans la ville de Bouaké?
- Quels sont les impacts des mutations sur
l'aménagement urbain dans la ville de Bouaké ?
4. OJECTIFS DE RECHERCHES
1. Objectif général
Cette étude vise à trouver une meilleure
solution d'aménagement urbain durable face aux mutations qui
s'opèrent dans la ville de Bouaké.
2. Objectifs spécifiques
- Déterminer les types d'aménagement urbain
à l'épreuve des mutations dans la ville de
Bouaké ;
- Montrer les acteurs processus de l'aménagement urbain
à l'épreuve des mutations dans la ville de
Bouaké ;
- Examiner les impacts induits des mutations sur
l'aménagement urbain dans la ville de Bouaké.
5. HYPOTHESES DE RECHERCHES
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