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La temporalité narrative dans le "crime parfait" d'Adama Amadé Siguire


par Jean Marie OUEDRAOGO
Université Pr Joseph Ki Zerbo de Ouagadougou - Master 2 2022
  

Disponible en mode multipage

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(U.F.R. LAC)

Département de Lettres modernes

Mémoire de master en Sciences du langage et Stratégies

Parcours : Grammaire française

LA TEMPORALITÉ NARRATIVE : L'ORDRE TEMPOREL DANS LE ROMAN LE CRIME PARFAITD'AdamaAmadé SIGUIRÉ

Thème :

Présenté et soutenu parSous la direction de

Jean Marie OUÉDRAOGO M. Youssouf OUÉDRAOGO

Professeur titulaire

et la codirection de

M. Sénon KANAZOÉ

Maîtrede conférences

Année universitaire 2019-2020

DÉDICACE

À


MA TRÈS CHÈRE MÈRE


REMERCIEMENTS

Avant tout développement sur cette expérience académique, il apparaît opportun de commencer ce mémoire par des remerciements à ceux qui nous ont beaucoup appris au cours de ce parcours, et surtout à ceux qui ont eu la gentillesse de nous accompagner d'une manière ou d'une autre.

Nospremiers remerciements les plus distingués sont destinés à :

· M.Youssouf OUÉDRAOGO, pour m'avoir encadré et pour tout ce qu'il fait pour nous qui sommes des étudiants en Science du Langage et Stratégie parcours grammaire,

· M. KANZOÉ Sénon,pour son encadrement fructueux, pour sa disponibilité, pour toutes ses remarques et tout l'appui qu'il m'a donné pour l'élaboration de ce mémoire.

Qu'ils veuillent trouver ici l'expression de notre respectueuse considération et notre profonde admiration pour toutes leurs qualités scientifiques et humaines.

Merci enfin aux camarades avec qui nous avons cheminé tout au long de l'année, pour la « Co-motivation ».

À tous, nous disons sincèrement merci.

SOMMAIRE

INTRODUCTION GÉNÉRALE 2

CHAPTITRE I : APPROCHE THÉORIQUE ET CONCEPTUELLE 5

CHAPITRE II. PRÉSENTATION ET ANALYSE DU CORPUS D'ÉTUDE 32

CHAPITRE III : PORTÉE DE LA TEMPORALITÉDANS LE ROMAN LE CRIME PARFAIT 54

CONCLUSION GÉNÉRALE 62

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

Le temps. Quelle notion ! « Qu'est-ce en effet que le temps ? », se demande Saint Augustin (1964 : 396). Le temps « n'est-il d'abord, et au moins, un mot ? », déclare Etienne Klein.(2004 :67) « Qui serait capable de l'expliquer facilement et brièvement ? Qui peut le concevoir, même en pensée, assez nettement pour exprimer par des mots l'idée qu'il s'en fait ? Est-il cependant notion plus familière et plus connue dont nous usions en parlant ?», rétorque Saint Augustin (1964 : 396).

Ces d'interrogations montrent bien la difficulté de cerner cette notion, et que chaque tentative en vue d'en trouver une définition claire, nette et précise semble être un coup d'épée dans l'eau.

De prime abord, le concept de temps apparaît certes intelligible et a l'air facile à cerner : « Si personne ne me le demande, je le sais » soutient Saint Augustin (1964 :396), mais ce n'est pas évident car la complexité s'impose dès qu'on cherche à lui conférer une signification : « Si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n'y aurait pas de temps passé ; que si rien n'arrivait, il n'y aurait pas de temps à venir ; que si rien n'était, il n'y aurait pas de temps présent.  Comment donc, ces deux temps, le passé et l'avenir, sont-ils, puisque le passé n'est plus et que l'avenir n'est pas encore ? Quant au présent, s'il était toujours présent, s'il n'allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l'éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu'il est aussi lui qui ne peut être qu'en cessant d'être ?», ajoute-t-il. (1964 : 396)

En effet, définir la nature du temps constitue l'un des plus difficiles problèmes de la réflexion philosophique. Certes, le concept est le même, mais les approches définitoires sontriches et variées, et ce, selon le domaine et la visée de chercheur. Le temps, cette sibylline notion quiparaît être composé d'instants perpétuellement différents, garde toujours ses secrets malgré toute tentative visant son élucidation. Chacun a essayé de lui conférer une définition répondant à ses recherches, visées et ambitions, mais aucune définition n'a reçu jusqu'ici, chez les savants commechez les philosophes, un acquiescement général.

Dans le présent travail, le point sera mis sur l'étude de la temporalité, définie comme étant « le temps vécu par la conscience, celui dont elle fait l'expérience et qui déploie, à partir du présent (seul moment que saisisse une attention opérante), un passé qui est fait de rétentions comme acquis et comme appoint pour l'action (mais c'est le présent qui somme et interprète ce qui fut actuel et ne l'est plus) et un futur qui est fait de protentions, c'est-à-dire de projets, de possibilités nouvelles (mais c'est encore le présent qui anticipe l'avenir, en fonction de ses souvenirs et de ses prises), et plus particulièrement sur l'ordre temporel du récit.

Le roman est le lieu par excellence de l'épanouissement et de la maîtrise du temps.

Constitué d'un récit caractérisé par son double aspect temporel permettant ainsi l'existence des anachronies narratives, et relatant une histoire selon un système de narration qui lui est propre, l'auteur peut faire varier à sa guise la représentation des événements et l'ordre dans lequel ils se sont déroulés et ce, en mettant l'accent sur le temps du récit.

De ce fait, la représentation du temps dans un récit pose toujours de nombreux problèmes dus, selon Todorov, à la dissemblance entre la temporalité de l'histoire et celle du discours.

Pour mettre en évidence sa pensée, Todorov (1966 :125) dit :

« Le temps du discours est, dans un certain sens, un temps linéaire, alors que le temps de l'histoireest pluridimensionnel. »De plus, il ajoute :

« Dans l'histoire, plusieurs événements peuvent se dérouler en même temps ; mais le discours doit obligatoirement les mettre à la suite l'un de l'autre ; une figure complexe se trouve projetée sur une ligne droite. C'est de là que vient la nécessité de rompre la succession naturelle des événements même si l'auteur voulait la suivre au plus près. » Mais l'auteur peut ne pas rompre l'enchainement des événements et essaye de trouver cette succession naturelle, mais bien « il utilise la déformation temporelle à certaines fins esthétiques. »

Indépendamment de tout devoir de référer, le récit de fiction ne dépend que de l'actenarratif qui l'instaure en imposant l'affirmation d'un règne qui n'obéit qu'à ses lois et sa proprelogique. De ce fait, le temps de l'écriture et le temps des événements racontés ne se superposent que rarement. Le narrateur se trouve en totale liberté de choisir l'ordre de disposition des événements, et il peut manier comme il lui plaira la temporalité de son histoire, cette dernière qui constitue donc l'un des ressorts essentiels de l'élaboration du récit.

Ainsi, la lecture du roman le crime parfaitne nous a pas laissé indifférent au regard de la temporalité narrative. Cette construction temporelle a prévalu au choix de cette oeuvre comme corpus d'étude.

Étudier l'ordre temporel du Le crime parfait d'Adama Amadé SIGUIRÉ, nousramène à analyser le roman en le soumettant aux différents travaux et théories portant sur la temporalité et plus principalement la théorie narratologique de Gérard Genette afin de mieux comprendre le rapport de temporalité.

Pour Genette (1972 :292), la notion d'ordre est capitale dans le processus de la compréhension d'un quelconque récit, et il la définit de la manière suivante : « C'est étudier le rapport entre la suite des événements telle qu'elle est présentée dans le récit (le texte) et l'ordre dans lequel ces événements se sont produits dans le monde raconté. »

Cette définition que donne Genette concernant cette notion mène d'une manière logique vers une autre interrogation d'importance qui est la suivante : quel rapport existe-t-il entre les évènements racontés dans un roman et l'ordre dans lequel ces évènements sont racontés ?

Les questions qui découlent de cette question globalisante sont les suivantes :

Ø Comment se manifeste le temps dans le roman ?

Ø Quelle est la structure narrative du roman Le crime parfait ?

Ø Quels sont les mouvements temporels dans le roman ?

Pour parvenir à répondre à ces interrogations soulevées, nous émettons l'hypothèse de recherche selon laquelle dans les productions littéraires, la temporalité se manifeste de plusieurs manières. Chaque écrivain décide de raconter l'histoire suivant une organisation temporelle qui lui est propre.

Dès lors, les hypothèses secondaires sont les suivantes :

Ø L'histoire est racontée suivant une structure temporelle bien déterminée ;

Ø L'histoire est racontée suivant un ordre temporel bien défini ;

Ø Cette structure et ce procédé temporel auraient une valeur significative et répondraient aux principes d'écriture du moment.

Une telle étude vise des objectifs d'ordre général et spécifique. De façon générale, l'objectif de cette étude temporelle est depouvoir mener une analyse générale sur le temps dans le récit afin d'identifier les interactionsentre les évènements et leurs successions.

De manière spécifique il s'agit d'étudier la temporalité narrative du roman et d'interpréter cette configuration temporelle.

Pour ce faire, nous avons d'abord lu le document et fait des recherches connexes sur le thème afin de pouvoir bâtir un travail scientifique et utile pour d'autres études. C'est après cette cueillette d'informations relatives au thème d'étude que nous avons élaboré ce travail.A la seule fin de mettre en évidence cet objectif, il convient de signaler que cette analyse se divise en trois chapitres intitulés respectivement :Approche théorique et conceptuelle,présentation et analyse du corpus, interprétation des données de l'analyse.

Dans le premier chapitre, il s'agira de clarifier le concept `'temps''selon différentes acceptions, puis la notion d'ordre temporel.

Le deuxième chapitre de ce travail sera consacré, d'une part, à la présentation de l'auteuret, d'autre part, àl'analyse des données recueillis dans le corpus.

Quant au troisième chapitre, il sera question d'analyser la portée de la structure narrative dans Lecrime parfait.C'est d'ailleurs le plus important dans ce travail.

CHAPTITRE I : APPROCHE THÉORIQUE ET CONCEPTUELLE

L'étude de la temporalité narrative, dans l'oeuvre nécessite au préalable une lumière sur les notions fondamentales y afférentes. Il s'agit essentiellement de la notionde structure et d'ordre temporel. Mais comment pouvons-nous aborder l'ordre temporel d'un roman,sans parler de temps ?

I. La notion de temps

« Vous avez certainement observé ce fait curieux, que tel mot, qui est parfaitement clair quand vous l'entendez ou l'employez dans le langage courant, et qui ne donne lieu à aucune difficulté quand il est engagé dans le train rapide d'une phrase ordinaire, devient magiquement embarrassant, introduit une résistance étrange, déjoue tous les efforts de définition aussitôt que vous le retirez de la circulation pour l'examiner à part, et que vous lui cherchez un sens après l'avoir soustrait à sa fonction momentanée ? Il est presque comique de se demander ce que signifie au juste un terme que l'on utilise à chaque instant avec pleine satisfaction. Par exemple : je saisis au vol le mot Temps. Ce mot était absolument limpide, précis, honnête et fidèle dans son service, tant qu'il jouait sa partie dans un propos, et qu'il était prononcé par quelqu'un qui voulait dire quelque chose. Mais le voici tout seul, pris par les ailes. Il se venge. Il nous fait croire qu'il a plus de sens qu'il n'a de fonctions. Il n'était qu'un moyen, et le voici devenu fin, devenu l'objet d'un affreux désir philosophique. Il se change en énigme, en abîme, en tourment de la pensée. » Paul Valéry (1945 : 132)

Ce propos est significatif de l'embarras où nous nous trouvons chaque fois que se présente à notre esprit l'une ou l'autre des grandes notions qui caractérisent le propre de l'homme : par exemple l'amour, le désir, la mort. Le Temps fait assurément partie de ces repères qui, parce qu'ils sont cardinaux, sont difficiles à définir. Il fait partie de ce qu'on appelle « les catégories fondamentales » du texte romanesque. Il permet comme l'espace d'organiser nos perceptions en une représentation du monde. En effet, de la même manière qu'on ne peut imaginer un texte romanesque sans narrateur, sans indication spatiale etc. de la même manière, on ne saurait imaginer un roman qui échappe à tout ordre temporel. Dans un roman, il y a toujours une suite d'événements enchaînés depuis un début jusqu'à une fin. Ainsi, nous allons présenter quelques approches marquantes qui ont été proposées pour cerner cette notion.

I.1. Le temps phénoménologique

Le romancier Claude Simon, dans son discours de réception du prix Nobel de littérature (1986 : 25), évoque le trouble magma d'émotions, de souvenirs, d'images qui se trouvent en lui lorsqu'il est devant sa page blanche. Ce magma constitue, avec la langue, le seul bagage de l'écrivain :« c'est que l'on écrit (ou ne décrit) jamais quelque chose qui s'est passé avant le travail d'écrire, mais bien ce qui se produit [...] au cours de ce travail, au présent de celui-ci ». Pour Claude Simon, l'écriture n'a qu'un seul temps, le présent. Mais n'est-ce pas là le cas de toutes les activités humaines ? Le temps, disait Kant, ne nous attend pas hors de nous, déjà tout organisé ; c'est notre conscience au contraire qui le déploie, à partir de sa présence au monde, en présent du futur, présent du présent et présent du passé. Telle est la conscience intime du temps, pour un phénoménologue comme Husserl : nous percevons quelque chose, voilà le présent; mais ce présent est parfois orienté vers l'attente, l'anticipation, et le futur apparaît. Ou c'est le passé qui se constitue, lorsque nous maintenons, aux marges de la conscience, ce qui vient d'avoir lieu : le passé immédiat qui sert de socle au souvenir et à la remémoration.

I.3. Le temps anthropologique

Quelques considérations d'André Leroi-Gourhan vont permettre de prolonger ces propos. Pour cet anthropologue (1965 : 95), la conscience du temps puise son origine dans l'épaisseur de la vie sensitive. Ainsi, l'alternance du sommeil et de la veille, de l'appétit et de la digestion fournissent au temps son substrat rythmique viscéral; quant à la succession du jour et de la nuit, des saisons chaudes et des saisons froides, elle offre la rythmicité complexe et élastique d'un temps à l'état sauvage. Mais les rythmes naturels sont partagés par toute la matière vivante. Pour qu'ils se transforment en temps, il faut d'abord que l'homme les capture dans un dispositif symbolique. Ainsi, pour Leroi-Gourhan (1965 : 139), le fait humain par excellence est peut-être moins la création de l'outil que la domestication du temps et de l'espace. Cette domestication apparaît de façon organisée avec les sociétés agricoles, lorsque le rythme des labours et des récoltes trouve son pendant dans un symbolismetemporel qui divinise le mouvement du soleil et des astres. Parallèlement, des spécialistes du temps (1965 : 145) apparaissent : prêtres, dès lors que la marche normale de l'univers repose sur la ponctualité des sacrifices; ou soldats, qui ont besoin de s'appuyer sur un réseau rythmique rigoureux, matérialisé par les sonneries de trompes. Dans les sociétés développées contemporaines, chacun est requis d'être un tel spécialiste: nul n'échappe au temps objectivé des horloges, qui ne compose avec personne, ni avec rien, pas même avec l'espace, puisque l'espace n'existe plus qu'en fonction du temps nécessaire pour le parcourir. Cet espace-temps surhumanisé signe le triomphe de l'espèce humaine. Triomphe ambigu, cependant, car ne sommes-nous pas en train de retrouver ainsi l'organisation des sociétés animales les plus parfaites, celles où l'individu n'existe que comme cellule (1965 : 186)?

I.4. Le temps objectif

Le temps des horloges, dont Leroi-Gourhan craint qu'il ne finisse par nous avaler tout entier, est une acquisition tardive de l'humanité. Fondé sur l'observation immémoriale du jeu des forces cosmiques : alternance du jour et de la nuit, trajet visible du soleil, phases de la lune, saisons du climat et de la végétation, etc. (Benveniste, 1974 : 71), le temps objectif inscrit l'ordre cosmique dans un comput qui le rend disponible pour l'organisation de la vie en société. Ce temps socialisé se concrétise, poursuit le linguiste, sous la forme d'un calendrier. Le temps calendaire systématise la récurrence observable des phénomènes astronomiques en créant un répertoire d'unités de mesure correspondant à des intervalles constants (jour, mois, année); il organise ces segments temporels dans une chaîne chronique où les événements se disposent selon un ordre de succession avant/maintenant/après. Enfin, tous les calendriers procèdent d'un moment axial qui fournit le point zéro du comput: un événement si important qu'il est censé donner aux choses un cours nouveau (naissance de Jésus Christ ou du Bouddha; avènement de tel souverain, etc.). La société des hommes n'est pas pensable hors des contraintes qui président à l'invention du temps calendaire: sans les repérages fixes et immuables du calendrier, note encore Benveniste (1974 : 72), tout notre univers mental s'en irait à la dérive [et] l'histoire entière parlerait le discours de la folie.

I.5. Le temps linguistique

Le calendrier fixe le temps chronique; toutefois, ce temps objectivé reste étranger au temps vécu tel que le décrit par exemple la philosophie phénoménologique. Or, affirme Benveniste, c'est par la langue que se manifeste l'expérience humaine du temps. Le temps linguistique n'est en aucune façon le décalque d'un temps défini hors de la langue, mais correspond à l'institution d'une expérience en propre : Ce que le temps linguistique a de singulier est qu'il est organiquement lié à l'exercice de la parole, qu'il se définit et s'ordonne comme fonction du discours (1974 : 73). À ce titre, il est tout entier centré autour du présent, défini comme le moment oùle locuteur parle. Par exemple, l'adverbe maintenant ne désigne rien d'autre que le moment où le locuteur dit maintenant. Comme l'explique Benveniste, le présent se renouvelle ou se réinvente chaque fois qu'un individu fait acte d'énonciation et s'approprie les formes de la langue en vue de communiquer. Le présent linguistique est ainsi le fondement de toutes les oppositions temporelles. En effet, la langue ne situe pas les temps non-présents selon une position qui leur serait propre, mais ne les envisage que par rapport au présent. Le présent, défini par sa coïncidence avec le moment de l'énonciation, trace une ligne de partage entre, d'une part, un moment qui ne lui est plus contemporain et, d'autre part, un moment qui ne lui est pas encorecontemporain. En ce sens, le passé constitue l'antériorité du moment de l'énonciation, et le futur sa postériorité. C'est ce qui fait dire à Benveniste (1974 : 74) que la langue ordonne le temps à partir d'un axe, et celui-ci est toujours et seulement l'instance de discours.

II. LES TYPES DE TEMPS DANS L'UNIVERS ROMANESQUE

La création romanesque donne à considérer deux types de temps. On peut retenir :

II.1 Les temps externes

Le temps externe à l'oeuvre, c'est l'époque de vie du romancier d'une part, et celle du lecteur d'autre part, de même que la période « historique » que couvre l'histoire du roman c'est-à-dire la période pendant laquelle l'action est censée s'être déroulée.

- Le temps de l'écrivain est une époque qui peut influencer un écrivain. En outre, la rédaction d'un roman peut s'étendre sur plusieurs années. Les conceptions que le romancier se fait de la vie, du sujet de l'écriture peuvent considérablement se modifier avec le temps.

- Le temps du lecteur: à l'instar du romancier, c'est le temps qui influence, conditionnele lecteur dans sa lecture.

- Le temps historique: l'époque de la fiction peut être contemporaine de l'écrivain ou non (roman historique, roman de sciences fiction). Ce sont les temps référentiels, c'est-à-dire les temps auxquels nous renvoie la lecture du texte.

La prise en compte dans une étude de la temporalité externe est importante quand on veut faire de l'histoire littéraire ou de l'histoire des mentalités ou en littérature comparée, quand on veut comprendre la fortune (le destin) d'un roman. La temporalité externe est aussi importante dans l'interprétation d'un roman.

II.2. Les temps internes

Les temps internes sont les temps qui sont insérés dans l'oeuvre elle-même. Il s'agit du temps de la fiction, de la narration et de la lecture.

- Le temps de la lecture

C'est celui que met le lecteur à lire un récit. Il est à la fois dépendant et indépendant. En effet, il est proportionnel à l'épaisseur de l'ouvrage, mais peut varier selon la vitesse de lecture de chacun (étude psychologique).

- Le temps de la fiction, de la diégèse ou de l'histoire

On l'appelle aussi le temps raconté. Il représente la durée du déroulement de l'action. Plusieurs formules implicites ou explicites sont utilisées dans le texte narratif pour indiquer la succession des événements et donner, rendre sensible la fuite du temps: le vieillissement des personnages, la transformation des lieux, souvent les allusions, etc. Certains récits ont un référent avéré, ils se donnent pour finalité de relater des événements du monde, passés ou présents. Ce sont les récits factuels, tels que nous les rencontrons dans les livres d'histoire ou dans la presse quotidienne. Le journaliste, l'historien ne peuvent pas raconter n'importe quoi: leurs récits dépendent logiquement de la réalité dont ils rendent compte. Tout autre est le cas du romancier: sans doute celui-ci peut-il, comme l'historien, évoquer des lieux ou des personnages existants), mais il n'est pas soumis comme lui au critère d'exactitude. Le récit de fiction échappe à la juridiction du vrai et du faux et ne dépend que de l'acte narratif qui l'institue. Indépendant à l'égard de tout devoir de référer, le récit de fiction offre dès lors un terrain d'expérimentation fécond pour éprouver les vertus de la schématisation narrative en général. Pour Michel Butor (1975 : 9), le roman n'est pas autre chose que « le laboratoire du récit, alors que le texte véridique a toujours l'appui, la ressource d'une évidence extérieure, le roman doit suffire à susciter ce dont il nous entretient ». Et c'est ainsi qu'à ses yeux « la recherche de nouvelles formes romanesques joue [...] un triple rôle par rapport à la conscience que nous avons du réel, de dénonciation, d'exploration et d'adaptation. » (1975 : 10)

- Le temps narratif

On l'appelle aussi temps du récit ou temps racontant. La durée d'une fiction (histoire) peut être d'une journée, et celle-ci peut être racontée en 400 pages. Une tranche de vie ou plusieurs tranches de vie (plusieurs générations) peuvent être racontées en 100 pages. Le temps narratif est différent du temps de la fiction. Sa détermination n'est pas aisée car il ne faut le confondre ni avec le temps de l'écriture ni avec celui de la lecture. Le temps narratif se mesure conventionnellement en longueur de pages : c'est la longueur d'un texte nécessaire à la relation d'un évènement.Comme une feuille de papier, la temporalité narrative se présente sous deux faces indissolublement liées. D'un côté, le temps narratif est déterminé par la nature linéaire du signifiant linguistique. Contrairement aux peintres, qui peuvent donner à voir les choses et les gens d'un coup, dans la coexistence simultanée de l'espace pictural, les romanciers sont tributaires de la nature consécutive du langage: ainsi, c'est très progressivement que le lecteur voit apparaître devant l'oeil de son esprit les lieux et les personnages du roman dont il tourne les pages une à une. Telle est la première face du temps narratif: c'est le temps du récit (tR), déterminé par la succession des mots sur la page. Ce temps racontant (en allemand, on parle d'Erzählzeit) se repère par le décompte d'unités de texte: nombre de lignes, de pages, de chapitres, etc. L'autre face de la temporalité narrative, c'est le temps raconté (erzählte Zeit, en allemand).

II. 3 Les temps verbaux

« Le récit pour s'inaugurer, se maintenir, se développer comme un monde clos, suffisant, constitué, exige à la fois local (localité) et temporalité. Il doit dire quand, il doit dire où. L'événement narratif ne se propose que muni de toutes ses coordonnées. Sans données temporelles, spatiales (conjointes à d'autres) le message narratif ne peut être délivré. »À travers ces mots de Charles Grivel (1973 : 115), on peut se rendre compte de la place qu'occupent les structures spatio-temporelles dans la construction des récits. Pour l'élaboration de ces derniers, l'auteur possède nombre de matériels et de techniques qui vont lui permettre de ficeler son oeuvre le plus parfaitement possible, dont la langue,

Jean Dubois et alii (2007 : 270)« Système de signes dont le fonctionnement repose sur un certain nombre de règles, de contraintes. Elle est donc un code qui permet d'établir une communication entre un émetteur et un récepteur. »,

qui est un moyen inéluctable, et la source de toute création littéraire ; de ce fait, elle est, comme le note Barthes (1953 : 17):

« Comme une nature qui passe entièrement à travers la parole de l'écrivain. [...] Elle est comme un cercle abstrait de vérités hors duquel seulement, commence à se déposer la densité d'un verbe solitaire. »

À cet effet, l'auteur durant l'élaboration de son oeuvre, pour donner beaucoup plus d'intelligibilité à son histoire, prend la liberté de jouer sur le facteur verbal de cet instrument : la langue, tout en ayant l'audace d'opérer des bouleversements chronologiques et temporels dans son récit. Qu'est-ce qu'un verbe ?

II.3.1 Notion de verbe

Dérivant du latin verbum, le verbe, considéré par Georges Duhamel(1934-39) comme « l'âme d'une langue »,autrement dit, le mot par excellence, est un mot qui exprime un dynamisme (action, état, devenir), c'estun mot doté d'une conjugaison et d'une grande variété de formes, servant à désigner une action, un état, une sensation, un processus. Selon le LAROUSSE, c'est une catégorie grammaticale qui regroupe l'ensemble des formes composées d'une base lexicale et d'un certain nombre d'affixes pertinents variant en nombre, en personne, en temps dont la fonction syntaxique est de structurer les termes de l'énoncé, et dont le rôle sémantique est de décrire les actions, les états, les modifications relatifs aux éléments auxquels réfèrent les noms sujets.

Le point commun entre ces différentes définitions, est que le verbe fait montrer toujours des faits (actions, changements d'états, etc.) que nous situons dans un temps où ces faits occupent une certaine durée et une certaine date, décrivant, ainsi, la réalité dans ces deux dimensions : l'espace et le temps ; ce qu'on appelle procès.

II.3.2 Le procès

Le procès d'un verbe est l'ensemble des sèmes propre au verbe. En effet, un verbe ne dénote pas toujours une action (chanter, manger, parler), mais peut indiquer un état (être, devenir), un résultat (savoir) ou toute autre notion (il est par exemple difficile de parler d'action ou d'état dans : il pleut, faute d'actant implicite).

Dans un sens général, la notion de procès rassemble donc, pour éviter toute équivoque, l'action, l'état, du verbe. Toutefois, dans un sens restrictif, on dit d'un verbe qu'il indique le procès quand il exprime une action réalisée par le sujet. (Verbe d'action), par opposition notamment aux verbes exprimant un état (verbe d'état). C'est ce qu'indique un verbe quand il réalise une action posée par le sujet de la proposition.

Jean Dubois et alii (2007 :380).« On dit d'un verbe qu'il indique un procès quand il exprime une action réalisée par le sujet de la phrase, [...]. Certains englobent sous le nom de procès toutes les notions (action et état) que le verbe peut affirmer du sujet. »

Exemple : « Nous mangeons du riz. »

II.3.3 Le prédicat

Un prédicat, c'est l'élément central de la phrase, autour duquel s'organise la fonction des autres éléments de l'énoncé.Dans la phrase de base, c'est le syntagme verbal par rapport au syntagme nominal sujet : Le chien aboie.

Le rôle des prédicats est de décrire le procès du sujet S dans un temps t puis ce qu'il advient dans un autre temps t + n :

Pour Jean Michel Adam(1984 : 90), la transformation des prédicats au cours d'un procès est obligatoire pour qu'il y ait récit. La place qu'occupe le verbe dans la langue est plus qu'importante. Ce point nodal connaît sa pleine floraison dans les univers romanesque dont les auteurs en usent pour s'assurer de l'évolution de l'intrigue romanesque et son ancrage dans un temps tel, et, de plus, donner sens, rythme et signification à l'histoire. Le sens plénier du verbe ne se saisit que lorsqu'il est associé à la représentation que lui confère le sujet : dans ce cas on parle d'aspect.

II.3.4 L'aspect 

Dans le grand dictionnaire de Linguistique etsciences du langage, Jean Dubois et alii (2007 : 53) définit l'aspect de la manière suivante :

« L'aspect est une catégorie grammaticale qui exprime la représentation que se fait le sujet parlant du procès exprimé par le verbe (ou par le nom d'action), c'est-à-dire la représentation de sa durée, de son déroulement ou de son achèvement. [...] L'aspect se définit, par exemple, par l'opposition en français entre l'accompli (perfectif ou parfait) et le non-accompli (ou imperfectif) ».

De ce fait, dans un récit, c'est cet aspect qui nous permet de départager entre l'imparfait (imperfectif, non-accompli, inachevé, qui présente le procès de l'intérieur), et le passé simple (perfectif, accompli, achevé, qui présente le procès de l'extérieur

II.3.5 L'opposition imparfait/passe simple

Le passé simple s'oppose à l'imparfait sur la ligne du temps avec une action ponctuelle.

II. 3.5- 1.L'opposition aspectuelle entre imparfait et passé simple

Le passé simple et l'imparfait s'opposent sous la catégorie de l'aspect. L'aspect indique de quelle manière on envisage le procès dénoté par un verbe. Le passé simple est un temps perfectif, en ce qu'il saisit le procès de l'extérieur, dans sa globalité, à la manière d'un point apparu à un momentdonné. L'imparfait, en revanche, est un temps imperfectif. Il présente le procèsde l'intérieur, dans son déroulement, sans lui assigner de bornes temporellesévidentes. Lorsqu'on utilise l'imparfait, on signale que le procès est en coursau moment choisi comme point de repère, mais on ne donne pas d'indicationquant à son achèvement. Si le passé simple est donc limitatif, l'imparfait peutêtre dit non limitatif.

Excepté le côté aspectuel, le couple imparfait/passé simple joue un autre rôle d'importance dans la construction romanesque. Cette fois c'est la mise en relief.

II.3.5- 2. La mise en relief

La mise en relief est une notion linguistique inventée par Harald Weinrich. Pour lui il y a mise en relief quand il y a alternance de deux temps tels que le passé simple et l'imparfait. L'imparfait sert à la description du second plan, du décor en quelque sorte, tandis que le passé simple est privilégié pour les actions du premier plan.

Dans son oeuvre Le temps(1973 : 114), Harald Weinrichdépartage ces deux temps en mettant l'accent sur les deux notions d'arrière-plan et de premier plan :

« L'imparfait est dans le récit le temps de l'arrière-plan, le Passé simple le temps du premier plan »

Autrement dit, le passé simple permet d'asseoir dans le récit, au premier, plan tout ce qui est action, péripétie et événement qui font progresser l'intrigue, tandis que l'imparfait joue le rôle d'un canevas, d'une ossature, sinon de tout ce qui constitue le fond sur lequel se détachent les événements marquants exprimés par le passé simple, et qui permet, en revanche, de dessiner la toile de fond, ou ce que H. Weinrichdésigne sous le concept d'arrière-plan.

II.3.5- 3. L'imparfait de rupture

Il faut noter que l'usage narratif de l'imparfait ne se limite pas exclusivement à l'exercice d'une fonction d'arrière-plan. L'imparfait peut en effet s'introduire au terme d'une série de formes perfectives pour, si l'on veut, faire progresser le récit. Il faut préciser, cependant, qu'il a alors pour rôle spécifique de signifier la clôture soit d'un épisode du récit, soit du récit lui-même. Il est souvent accompagné d'un complément circonstanciel qui lui assure son inscription temporelle. Tel est l'imparfait de rupture (ou imparfait historique). Son emploi est courant dans la seconde moitié du XIXe siècle, particulièrement dans les contes et nouvelles de Maupassant. Ainsi, dans La Ficelle, le personnage d'Hauchecorne cherche désespérément à prouver son innocence dans une affaire de vol de portefeuille:

« Il ne rencontra que des incrédules.Il en fut malade toute la nuit.Le lendemain, vers une heure de l'après-midi, Marius Paumelle [...] rendaitle portefeuille et son contenu à Maître Houlbrèque, de Manne ville. »

L'imparfait marque bien ici la clôture d'un épisode narratif, mais non celle du récit. En effet, la reddition du portefeuille par Paumelle ne suffit pas à laver Hauchecorne des soupçons de la rumeur publique, ce qui finit par le conduire à la folie et à la mort.

II.3.6L'aspect itératif

L'aspect itératif indique la répétition d'un  procès. Il s'oppose au  semelfactif, qui dénote une action ponctuelle, qui ne se produit qu'une fois.

Dans son acception la plus courante, il est marqué par des éléments extérieurs au  syntagme  verbal du type chaque jourtoutes les semaines... Cet aspect ne peut se retrouver qu'avec certains  temps comme le  présent de l'indicatif (« Tous les jours je vais à l'école ») ou au  passé avec l' imparfait (« Tous les jours j'allais à l'école »).

Dans le cas de l' imparfait, on parle dès lors d'imparfait d'habitude ou imparfait itératif, cette nouvelle  valeur prenant le pas sur la valeur  sécante de ce temps. Ainsi on peut dire : Tous les jours, jusqu'à midi, j'allais à l'école. Ce qui est impossible dans un  contexte différent étant donné la valeur non sécante qu'induit la borne temporelle finale jusqu'à midi, incompatible avec la valeur sécante inhérente à l'imparfait.

Pour certains grammairiens, l'itération n'est qu'une  valeur que peuvent prendre certains  verbes conjugués à certains temps. C'est le cas de l'imparfait itératif, mais aussi, par exemple, du  passé composé (ici dans un contexte où longtemps signifie « souvent » et non « pendant une grande longueur de temps » https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aide:R%C3%A9f%C3%A9rence_n%C3%A9cessaire, du fait que la longueur de l'action est sentie comme incompatible avec le passé composé). « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

Les aspects marquant une répétition de l'action sont les aspects fréquentatif, duplicatif, multiplicatif(qui ne sont pas du tout des  synonymes d'itératif). On peut en déduire que l'itératif ne serait qu'une valeur liée au temps utilisé (comme ci-dessus).

- L'aspect fréquentatif est un aspect adverbial. L' adverbe (ou le  complément circonstanciel) indique le nombre de fois que se réalise le procès : souvent, jamais, toujours, une, deux, trois fois, ainsi que ne... pas, qui indique, à l'instar de jamais, une « fréquence zéro » https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aspect_it%C3%A9ratif - cite_note-Wilmet-1.

- Les aspects duplicatifs et multiplicatifs sont des aspects formels, liés aux affixes :

*  le  préfixe -`' re `'a une fonction duplicative intermittente : refaire ou redire bissent le procès á-ù, mais remplir, rentrer ou revenir [...] sont les quasi doubletsd'emplirentrer ou de venir, empreints d'une vague idée de succession : remplir = «combler un vide», rentrer, revenir = «entrer/venir après être sorti/parti de chez soi». 

*les  infixes aill- (ex. crier/criailler),ass- (ex. rêver/rêvasser), el-(ex. craquer/craqueler), [...] -ill- (fendiller), -in- (pleuviner), -nich- (pleurnicher), -och- (bavocher), on (chantonner), -ot- (clignoter), ouill- (mâchouiller) répètent le procès á-ù. Cetaspect multiplicatif n'est pas sans rappeler le  pluriel interne

II.3.7le passé composé

Le passé composé a plusieurs valeurs dans un récit parmi lesquelles on retient :

II.3.7- 1. Valeur d'accompli/ d'inaccompli/ d'antériorité

Le passé composé se caractérise d'abord par son aspect accompli. De manière générale, on parle d'aspect accompli lorsque le procès se présente comme achevé au moment qui sert de repèretemporel : on envisage alors le résultat du procès à ce moment-là. Comme l'écrit le linguiste Oswald Ducrot (1995 : 689): « L'aspect est [...] accompli si le procès est antérieur à la période dont on parle, si on veut signaler sa trace dans cette période ». L'opposition de l'accompli et du non accompli est manifestée en français par l'opposition des formes composées et des formes simples. Il existe, pour chaque forme simple d'un verbe, une forme composée, qui allie un auxiliaire et un participe passé. De ce point de vue, le passé composé est un accompli du présent.(Il a été un grand professeur, aujourd'hui il est à la retraite).

Une difficulté naît cependant du fait que le passé composé n'est pas uniquementutilisé avec sa valeur aspectuelle d'accompli du présent. Il comporte également une valeur temporelle d'antériorité (qui n'est pas toujours clairement distincte de la précédente). Ainsi, un énoncé comme `'J'ai lu le Crime Parfait'' pourra, selon le contexte, faire jouer la valeur d'accompli: il mettra alors l'accent sur l'état résultant du procès et ses conséquences pour l'actualité du locuteur (J'ai lu le Crime Parfait), je peux maintenant commencer à rédiger mon mémoire). Il pourra, d'autre part, insister sur la valeur temporelle d'antériorité (J'ai lu le Crime Parfaitl'été dernier, et je n'ai pas aimé).

II.3.7- 2. Un temps peu narratif

Cette particularité du passé composé peut aider à saisir les raisons pour lesquelles on a souvent caractérisé ce tiroir verbal par son incapaciténarrative. L'écrivain Marcel Pagnol (1976 : 61)le dit joliment : « Le passé composé, [...] c'est un temps imprécis, médiocre, bête et mou. »

Nous avons été réveillés par la fusillade...Bon. Et alors ? L'histoire est finie avant d'avoir commencé. Tandis que Nous fûmes réveillés par la fusillade...Tu vois? Tu as dressé l'oreille. Tu attends la suite.

Au-delà des jugements esthétiques personnels de l'écrivain, il faut retenir de ce propos l'opposition entre, d'une part, le caractère relativement statique de la narration au passé composé, et, d'autre part, le caractère dynamique de la narration au passé simple. Le passé simple présente un procès et induit l'attente du procès suivant. Il participe à la création d'un effet de chaîne: il est orienté, dit Roland Barthes, vers une liaison logique avec d'autres actions, d'autres procès [...]; soutenant une équivoque entre temporalité et causalité (1972 : 27-28), l'usage du passé simple donne à penser que la succession temporelle obéit à des relations de cause à effet. Le passé composé ne peut, quant à lui, complètement faire oublier sa valeur d'accompli du présent. Son emploi tend dès lors à faire porter l'accent non tant sur le procès lui-même que sur l'état qui en résulte. Ce caractère résultatifprésente le procès dans un relatif isolement: on considère davantage ses effets sur l'actualité du locuteur que son lien temporel et/ou causal avec d'autres procès. Même une suite de verbes au passé composé peine à créer un réel effet de chaîne: la narration ressemble davantage à une juxtaposition d'états coupés les uns des autres qu'à un enchaînement d'actions solidaires.

II.3.8.Le présent

Dans les récits, la composition verbale ne se confine pas uniquement en l'utilisation de l'imparfait et de passé simple ; mais bien le présent est aussi employé dans presque toutes les constructions romanesques. Avec ses différentes acceptions, le présent constitue donc un carrefour, voire un rond-point en étoile, à partir duquel découlent tous les autres temps.

Dans son ouvrage Institutionesgrammaticae, Priscien(VIII, 51) définit le présent de la manière suivante :

« On appelle temps présent celui dont une partie a passé et dont une partie est à venir. Comme en effet le temps qui se déroule, tel un fleuve, suivant un cours instable, il ne peut guère avoir de point [d'arrêt] dans le présent, i. e. dans l'instant. »

Donc, le présent constitue le centre de gravité d'un tel ou tel événement, il est le point essentiel, principal, sinon primordial autour duquel s'organise l'ensemble de l'action. Dans sa fonction de base, le présent est le temps de l'énonciation qui indique la coïncidence entre le procès et le moment de l'énonciation.

On distingue plusieurs valeurs du présent de l'indicatif.

II.3.8- 1. Présent d'énonciation

Ce présent exprime un fait ou une action qui se déroule au moment où l'on parle. C'est le présent d'énonciation.

« Je tonds la pelouse. »

Dans sa valeur de base, le présent indique la coïncidence du procès dénoté par le verbe avec le moment de l'énonciation. Cette valeur est notamment activée lorsque le narrateur d'un récit, abandonnant un temps l'histoire qu'il raconte, témoigne de ses émotions actuelles.

II.3.8- 2 Le présent de description

On utilise le présent pour la description, c'est le présent de description.

« Le ciel s'assombrit, l'orage n'est pas loin. »

II.3.8- 3 Le présent d'habitude

Le présent souligne l'habitude, un fait qui se répète, c'est le présent d'habitude.

« Tous les matins, je me lève à 7 heures pour aller au collège. Chaque matin, je bois un café. »

II.3.8-4Le présent du passé récent

 Le présent de l'indicatif peut indiquer une action qui vient d'avoir lieu.

« Je vais de chez ma soeur à l'instant. »

II.3.8- 5.Le présent du futur proche

Le présent de l'indicatif est aussi utilisé pour une action qui va bientôt avoir lieu.« Je viens de terminer mon travail »

II.3.8- 6 Présent gnomique

Le présent ne se limite pas à la désignation du strict moment de la parole : il peut fort bien élargir sa couverture temporelle. On parle de présent de véritégénérale (ou présent gnomique), lorsque l'énoncé acquiert une valeur omni temporelle. Cette valeur est souvent renforcée par des syntagmes nominaux qui dénotent non plus des individus particuliers, mais bien des classesd'individus. Le présent de vérité générale est souvent convoqué lorsque le narrateur propose, par le biais d'un discours didactique, un commentaire de l'action.

« Je savais que la terre est ronde ».

La rondeur de la terre est considérée comme une vérité générale car la terre était, est et restera ronde.

II.3.8-7 Présent historique

Il est employé dans les récits historiques. « Charlemagne devient empereur en l'an 800. »

Ce présent peut dans certains cas jouer un rôle proprement narratif et commuter de façon ponctuelle avec le passé simple. On parle alors de présenthistorique. Le recours à ce procédé, s'il est fréquent dans la tradition narrative, reste utilisé avec parcimonie au sein d'une constellation où dominent par ailleurs les temps classiques du récit (passé simple et imparfait). On le rencontre à des endroits stratégiques, lorsqu'il s'agit d'exacerber le caractère dramatique des actions et des événements représentés. Ainsi Chateaubriand, dans René, ménage soigneusement l'accès à la scène clé de son récit (la prise de voile d'Amélie, la soeur du héros), en faisant d'abord alterné présent et temps du passé:

« Au lever de l'aube, j'entendis le premier son des cloches... Vers dix heures, dans une sorte d'agonie, je me traînai au monastère. [...] Un peuple immense remplissait l'église. On me conduit au banc du sanctuaire; je me précipite à genoux sans presque savoir où j'étais, ni à quoi j'étais résolu. Déjà le prêtre attendait à l'autel; tout à coup la grille mystérieuse s'ouvre, et Amélie s'avance, parée de toutes les pompes du monde. »

Mais lorsque le passage atteint son sommet dramatique, après qu'Amélie ait avoué à René sa passion incestueuse, le présent historique s'impose seul:

À ces mots échappés du cercueil, l'affreuse vérité m'éclaire; ma raison s'égare, je me laisse tomber sur le linceul de la mort, je presse ma soeur dans mes bras, je m'écrie: Chaste épouse de Jésus-Christ, reçois mes derniers embrassements à travers les glaces du trépas et les profondeurs de l'éternité, qui te séparent déjà de ton frère! Ce mouvement, ce cri, ces larmes, troublent la cérémonie: le prêtre s'interrompt, les religieuses ferment la grille, la foule s'agite et se presse vers l'autel; on m'emporte sans connaissance.

II.3.8-8 Présent de narration

Une conception traditionnelle veut que le présent de narration soit exclusivement équivalent fonctionnel du passé simple. Or, s'il est incontestable qu'une majorité des occurrences constituent effectivement des variantes expressives du passé simple, il est difficile de ne pas remarquer que ce temps se substitue également à l'imparfait, avec la même fonction expressive. Le présent de narration porte un signifié fonctionnel profond, qui correspond à sa charge expressive. Celle-ci est diversement modulée en contexte, selon le type du verbe et selon la fonction qu'il assume dans le récit :

-En tant qu'équivalent du passé simple, il amène généralement une dramatisation de l'action;

-En tant qu'équivalent de l'imparfait, il rapproche du premier plan des faits qui autrement resteraient confinés au fond de la scène.

Quelles sont les propriétés du présent narratif responsables de cette charge expressive, qui lui est inhérente? Elles sont au nombre de deux, et elles sont, selon nous, toutes deux fondées sur le décalage entre le sémantisme prototypique du présent et l'emploi contextuel atypique du présent de narration : la première propriété, stable, consiste dans le caractère actualisant du présent, et la deuxième, qui ne se manifeste que lorsque le présent s'érige en équivalent fonctionnel du passé simple, est son aspect sécant.

· Quant à l'effet d'actualisation produit par le présent de narration, il a trait aux propriétés systémiques et, par ce biais, prototypiques, du présent : il est généralementsoutenu que le présent marque la concomitance du procès-verbal avec un point d'actualité, quelle que soit la situation chronologique de celui-ci par rapport au point d'énonciation, thèse qui conduit parfois à refuser au présent de narration toute spécificité stylistique. Cependant, les théoriciens qui raisonnent ainsi semblent oublier que l'effet actualisateur du présent est dérivé de ses emplois prototypiques, qui en font un temps concomitant au point d'énonciation. Il s'ensuit que, dans la structure profonde, un conflit entre temporalités est sous-jacent à toute occurrence du présent de narration. Ce conflit est la source de la charge expressive propreà l'effet actualisateur du présent narratif.

· Quant à l'aspect sécant du présent de narration, il provient également des propriétés prototypiques du présent actuel : l'aspect sécant est fondamentalement celui de tout présent, lequel se compose de deux parcelles temporelles juxtaposées, appelées dans la terminologie guillaumienne (1929 : 51-52) « chronotype alpha » et le « chronotype oméga », le premier étant « prélevé sur le futur », c'est-à-dire sur « le temps qui vient..., chronotype virtuel et incident », le second étant « prélevé sur le passé, c'est-à-dire sur du temps qui a existé effectivement et s'en va..., chronotyperéel et décadent.C'est cet aspect fondamentalement inaccompli qui fait le pittoresque du présent de narration lorsqu'il se substitue au passé simple, dont l'aspect est par définition global, non sécant, ne permettant pas la distinction entre inaccompli et accompli. Ce conflit entre deux aspectualités engendre un effet stylistique complémentaire, renforçant celui de l'actualisation expressive.

Depuis cinquante ans, le présent de narration s'est solidement implanté dans les habitudes romanesques. Il constitue dorénavant une alternative parfaitement reçue aux récits construits à partir du passé simple.

II.3.8 Les indicateurs temporels

Les relations temporelles ne sont pas seulement signifiées par les différentstiroirs verbaux, mais également par des indicateurs temporels - adverbes,locutions adverbiales, compléments circonstanciels, etc.On distingue:

-les expressions déictiquesdu type aujourd'hui, maintenant, demain, la semaine prochaine, qui ne livrent leur référent que par le biais d'un renvoi aux paramètres de la situation d'énonciation. Elles proposent un repérage contextuel;

-les expressions anaphoriquesdu type ce jour-là, à ce moment-là, lelendemain, la semaine suivante, qui prennent pour repère un point du temps fixé au préalable dans le texte ou dans l'énoncé. Elles proposent un repérage contextuel, qui fait référence à un élément apparu précédemment dans la chaîne verbale;

-les dates ou événements historiques notoires (Le 15 septembre 1840,vers six heures du matin; depuis la mort de Louis XIII), qui proposent un ancrage chronologique absolu, à l'inverse des indicateurs précédents, qui sont relatifs à un repère. Il est rare qu'un récit s'en tienne à un seul type de repérage: ainsi, un repérage contextuel initial (Il y a deux semaines) sera souvent suivi d'une série de repérages contextuels secondaires (la veille, le lendemain).

II.3.9. La double référence temporelle des récits

On a vu, dans les sections qui précèdent, comment se pose la question du rapport entre le temps du récit racontant et celui de l'histoire racontée. Il s'agit, à présent, de s'interroger sur les rapports qu'entretiennent le temps de l'histoire racontée et celui de l'acte de narration. Comme le relève Genette(1972 : 228), il est quasiment impossible, pour un narrateur, de ne pas situer [l'histoire qu'il raconte] dans le temps par rapport à [son] acte narratif, puisqu' [il doit] nécessairement la raconter à un temps du présent, du passé, ou du futur.Selon la position temporelle qu'occupe l'acte narratif par rapport à l'histoire racontée, on distinguera les narrations ultérieure, antérieure, simultanée et intercalée.

Un récit peut comporter ainsi une double référence temporelle. Il peut y avoir premièrement une temporalité relative à la diégèse, c'est-à-dire aux actions et événements de l'histoire racontée. Cette temporalité peut se présenter dans son autonomie, comme dans cette phrase: « Dix ans avant cette l'indépendance, le territoire burkinabé n'était pas une République »

Ici, le repérage temporel est d'abord absolu (au début de l'année 1960), puis contextuel (dix ans avant cette époque), mais il n'implique pas de référence explicite à l'acte producteur du récit. Examinons maintenant le cas plus complexe de l'incipit de Notre-Dame de Paris:

« Il y a aujourd'hui trois cent quarante-huit ans, six mois et dix-neuf jours que les Parisiens s'éveillèrent au bruit de toutes les cloches sonnant à grande volée dans la triple enceinte de la Cité, de l'Université et de la Ville. Ce n'est cependant pas un jour dont l'histoire ait gardé le souvenir que le 6janvier 1482. »

S'il offre bien une datation absolue (le 6 janvier 1482), le texte s'ouvrecependant sur un repérage contextuel qui, par le biais de l'adverbe aujourd'hui, implique une référence explicite au moment de la narration. On pourrait, à ce stade, généraliser le propos et dire que tout narrateur laisse, lorsqu'il raconte, des traces de son acte de narration dans le texte. Dans le cadre d'un récit, ces traces ne peuvent s'interpréter que par référence à une situation narrative - c'est-à-dire au fait qu'un narrateur raconte une histoire à un narrataire dans un certain espace-temps. Il estpossible, pour le narrateur, de se déplacer dans cet espace-temps: tel est le cas chaque fois qu'il renvoie à un moment antérieur ou postérieur de son acte de narration, notamment par le biais d'expressions comme `'Nous avons vu il y a peu que... `'Ou encore `'Nous raconterons tout à l'heure comment...''

À la temporalité de l'histoire racontée, il faut donc ajouter une seconde temporalité, relative cette fois à l'énonciation narrative. Un double système de repérage se met en place, l'un qui repose sur l'espace-temps des événements de l'histoire racontée, l'autre sur l'espace-temps de la narration et de la lecture (Molino,Molino-Lafhail, 2003 : 264)

III. LA TEMPORALITÉ DANS UN RÉCIT

La première chose à faire quand on parle de temporalité, c'est de définir celle-ci. C'est tout simple, vraiment. On définit sous le terme « temporalité » tout ce qui relève du caractère du temps et de son écoulement. Dans le cas du récit, on en distingue deux sortes : le temps des événements et le temps du récit.

III.1. Temps du récit/temps des évènements

Le temps des événements est le temps que dure l'intrigue du point de vue des personnages. Par exemple, si l'histoire se passe pendant deux années de la vie d'un personnage, alors le temps des événements est de deux ans. Le temps du récit correspond au nombre de pages ou de lignes nécessaires pour faire tenir le temps des événements. Par exemple, si les deux années d'histoire sont écrites en 20 pages, alors 20 pages est le temps du récit.

Ces deux éléments sont constamment liés dans le roman. Ils sont répartis selon la configuration suivante :

III.2. Ladurée

Nul récit sans rythme: chez Balzac par exemple, des scènes très dramatiques succèdent à de longues descriptions statiques; parfois aussi, le temps passe à toute vitesse (cinq ans après cette scène...), avant de se déployer à nouveau dans d'autres scènes, dans d'autres descriptions... Le récit isochrone (à rythme constant) n'existe pas plus que le récit synchrone, rigoureusement chronologique.

III.2.1 La vitesse du récit

Un récit n'est pas seulement actions et péripéties, mais également peintures etfresques qui ont pour rôle de moduler le tempo de la narration. En revanche, dans la mesure où raconter c'est toujours faire le choix de mettre en saillance tel fait plutôt que tel autre, cela signifie que, nul récit sans rythme. Dans son oeuvre Poétique des textes, (Nathan Université, 1992, p, 134) Jean Milly déclare:

« La vitesse d'un récit est une notion difficile à cerner. [...] . Dire qu'un récit à une vitesse constante si le rapport entre la longueur des segments du texte, mesurés en pages et en lignes, et la durée des événements de l'histoire, mesurée en temps des horloges, est constant. [...] . À partir de là, on peut parler d'accélération quand il s'écoule davantage de temps de l'action pour un même nombre de pages, et de ralentissement quand moins de temps de l'action s'écoule dans le même espace textuel. »

Pour mesurer ces variations de rythme (ou anisochronies), Genette introduit cette notion de vitesse: « On entend par vitesse le rapport entre une mesure temporelle et une mesure spatiale [...] : la vitesse du récit se définira par le rapport entre une durée, celle de l'histoire, mesurée en secondes, minutes, heures, jours, mois et années, et une longueur : celle du texte, mesurée en lignes et en pages. » (Genette 1972 : 123). Ces rapports peuvent se réduire à quatre formes canoniques : la scène et le sommaire d'une part; la pause et l'ellipse d'autre part.

III.2.2 La scène

La scène est un moment où le temps de l'événement et le temps du récit se passent au même moment. C'est par exemple le cas dans un dialogue. Ce que vous lisez prend le même temps à lire que ce que les personnages disent. C'est la même chose par exemple dans une scène d'action, tout se passe devant vous et aucun élément n'est caché.

En effet, le terme de scène appartient au langage du théâtre. Par analogie, on parlera de scène narrative lorsqu'un récit présente des personnages qui dialoguent (ou monologuent). Dans ce cas, on peut dire qu'il y a une certaine égalité entre le temps du récit et le temps de l'histoire; on se rapproche de l'égalité qui lie une scène au théâtre ou au cinéma et la scène réelle que la première est censée représenter (Molino et Lafhail-Molino, 2003 : 269). Dans le récit classique, la scène (tR = tH) alterne régulièrement avec le sommaire (tR<tH).

Dans la scène, l'auteur raconte en détail l'action qui se déroule. Il fait parler les personnages, décrit le décor, l'ambiance. Elle permet donc de ralentir le rythme du récit. L'auteur donne l'illusion au lecteur que le temps du récit reproduit fidèlement le temps de l'histoire. tR= tH

Illustration : le temps de l'histoire(tR) = au temps du récit (tH)

LE TEMPS DE L'HISTOIRE

LE TEMPS DU RECIT

III.2.3 La pausenarrative

La pause narrative(tR = n; tH = 0), correspond à une interruption de la temporalité des événements qui continuent en revanche de se dérouler dans le temps du récit.

Elleconsiste ainsi à marquer un temps d'arrêt dans le récit. L'action est donc suspendue, le temps que l'auteur opère une description, un commentaire.

LE TEMPS DE L'HISTOIRE (tH)

LE TEMPS DU RECIT (tR)

Elle provoque un effet de ralentissement. Contrairement au dialogue qui marque une équité entre le récit et l'histoire, la description introduit un ralentissement, au niveau de l'histoire et une sorte d'excroissance au niveau du texte, c'est-à-dire l'action s'interrompe pour céder place à la description jouant le rôle de pause narrative.

La pause commentative permet au narrateur d'intervenir en personne dans son récit, par exemple pour donner son avis, porter un jugement sur son personnage, ou encore pour proposer une information sur un élément factuel ou culturel.

« Écrire, soutient Proust, (t, III : 902), est pour l'écrivain une fonction saine et nécessaire dont l'accomplissement rend heureux », mais écrire un récit, particulièrement un récit littéraire, est bel et bien un acte d'extrême ambigüité, car l'écriture selon Juge Barthes (P, 31):

« N'est nullement un instrument de communication, elle n'est pas une voie ouverte par où passerait seulement une intention de langage. C'est tout un désordre qui s'écoule à travers la parole, et lui donne ce mouvement dévoré qui le maintient en état d'éternel sursis. » 

Pour ce faire, l'écrivain, conscient de la gravité de cet acte et voulant communiquer son message au lecteur, y déploie tout son génie. Ainsi pour écrire vite son récit et lui donner un rythme accélérer, l'écrivain, à travers son narrateur, condense les événements et incruste l'histoire de résumés d'actions sans en détailler tous les faits : c'est le sommaire, c'est-à-dire « la narration, en quelques paragraphes ou quelques pages de plusieurs journées, mois ou années d'existence, sans détails d'actions ou de paroles.» écrit Genette (1972 : 130)

III.2.4 Le sommaire.

LE TEMPS DE L'HISTOIRE

LE TEMPS DU RECIT

Le sommaire est un moment où le temps du récit est plus court que celui de l'événement. C'est un résumé. Par exemple, dans l'histoire, on décrit brièvement ce qui s'est passé sur deux ou trois jours de voyage d'un ou des personnages sans rentrer réellement dans le récit. C'est un sommaire.

Il est le contraire de la scène : il s'agit d'accélérer le rythme du récit en résumant les événements de l'histoire (en général des actions secondaires). Le sommaire constitue ce que l'on pourrait appeler le tissu conjonctif du récit: il prend en charge, en les résumant de manière plus ou moins synthétique, les moments de transition et les informations nécessaires à la compréhension de l'intrigue, préparant ainsi le terrain pour les scènes, où se concentre traditionnellement tout l'intérêt dramatique et pathétique du récit.

« Le jour peinait encore à se lever quand il rentra de l'enterrement. »

Dans cette phrase, le sommaire est apparent. La cause en est claire : l'enterrement est un acte qui dure, certes, dans le temps, mais le narrateur ne lui a cédé qu'une seule phrase. Donc dans ce cas, on parle d'un événement qui comprend plusieurs actions que le narrateur résume en une seule phrase, et si l'on se réfère aux formules mathématiques on en aura la suivante : TR <TH qui est réservée au sommaire (Genette).

Si le sommaire rend plus rapide le rythme de la narration, l'ellipse de son côté présente le « degré ultime de l'accélération » déclare Yves Reuter dans son oeuvre L'analyse du récit (2007 : 61).

III.2.5 L'ellipse

LE TEMPS DE L'HISTOIRE

DU RECIT

LE TEMPS

L'ellipse correspond lui aussi à un temps du récit beaucoup plus court que celui de l'événement. L'ellipse se contente simplement de donner une nouvelle zone temporelle aurécit, sans mentionner ce qui s'est passé pendant ce laps de temps. Si l'on reprend l'exemple du dessus, vous écrivez simplement que les personnages allèrent d'un point A à un point B, sans mentionner ce qu'ils ont fait pendant le voyage.

On peut considérer l'ellipse comme une forme radicalisée du sommaire: elle permet, un peu à l'image des entr'actes au théâtre, de sauter du temps inutile... ou de souligner, par contraste, l'importance de ce qui est passé sous silence. L'auteur choisit de passer sous silence certains moments de l'histoire ; cela permet de faire des bonds dans le temps et donc d'accélérer le rythme du récit.

1 Gérard Genette, (1972). « Discours du récit », in Figures III. Paris: Seuil, p. 78.

IV.NOTION D'ORDRE TEMPOREL

Un récit quel qu'il soit recèle en général plusieurs types de relations temporelles que l'on peut répertorier sous trois parangons majeurs qui sont respectivement : relation d'ordre, relations de durée et relation de fréquence. Chacune de ces trois relations pèse fort sur l'univers romanesque et permet ainsi à l'histoire de rythmer son cours. Pour donner un sens beaucoup plus hermétique à son récit, l'auteur se permet de jouer sur ce facteur qui lui permet en retour d'en dresser une assise la plus solide qui soit à son récit.

Étudier l'ordre temporel d'un récit, résume Genette (1972 : 78), c'est confronter l'ordre de disposition des événements ou segments dans le discours narratif à l'ordre de succession de ces mêmes événements ou segments temporels dans l'histoire, en tant qu'il est explicitement indiqué par le récit lui-même, ou qu'on peut l'inférer de tel ou tel indice indirect. On pourrait penser que la tendance spontanée des conteurs et romanciers est de faire coïncider l'ordre des événements racontés et l'ordre de leur présentation narrative (récit synchrone, ou ab ovo). Or, c'est le contraire qui est vrai: la majorité des récits ne respectent pas l'ordre chronologique: ils sont anachroniques, soit qu'ils racontent avant (dans R) ce qui s'est passé après (dans H) - anticipation, ou prolepse; soit qu'ils racontent après (dans R) ce qui s'est passé avant (dans H) - rétrospection, ou analepse.

L'étude de l'ordre implique donc une confrontation de l'ordre de l'histoire (chronologique et irréversible) avec l'ordre adopté par le narrateur pour raconter cette même histoire. En d'autres termes, il s'agit de comparer la disposition des événements dans l'histoire référentielle et la disposition de ces mêmes évènements dans la narration.

On peut postuler que les événements narrés (histoire) suivent, à la manière du temps référentiel, un ordre impératif, un ordre chronologique. Le récit lui n'est pas soumis à la règle impérative de l'ordre du temps. Il peut commencer n'importe où et aller n'importe où.

1- Le récit peut être parfaitement chronologique, c'est-à-dire qu'il peut respecter l'ordre de l'histoire. Cas très rares (contes, mythes, etc.)

2- Le récit peut s'ouvrir sur la mort du personnage ou son adolescence ou son âge mûr avant de raconter, à la suite, sa naissance, sa vieillesse.

Les évènements peuvent coïncider. Il y a donc isochronie narrative. Lorsque le récit ne suit pas, à la manière de l'histoire référentielle, un ordre chronologique, on parle d'anachronies narratives queG. Genette (1972 :90) propose de définir de la manière suivante :

« Toute anachronie constitue par rapport au récit dans lequel elle s'insère - sur lequel elle se greffe - un récit temporellement second, subordonné aupremier. »

Elles sont de 2 sortes: l'anachronie rétrospective ou analepse (le retour en arrière ou flash-back) et l'anachronie prospective ou prolepse (l'anticipation):

IV.1.L'ordre linéaire

Le premier cas, c'est l'ordre linéaire. Celui-ci est tout simple. Le récit commence au début (la croix rouge dans le schéma) et va jusqu'à la fin de l'intrigue sans quitter sa ligne temporelle de vue. Cela correspond à la majorité des histoires : elles commencent par le début et se terminent par la fin.

IV.2. L'anticipation ou prolepse

Le deuxième cas, c'est l'ordre in mediasres. L'auteur annonce à l'avance un événement qui va avoir lieu plus tard dans la narration (contraire de l'analepse). L'histoire peut commencer au milieu de l'intrigue, généralement dans un prologue où l'on découvre le personnage principal dans une situation compliquée (1). L'histoire retourne ensuite au tout début de l'intrigue (2) et se déroule ensuite linéairement (3) jusqu'à l'événement décrit au début du texte. On découvre ensuite ce qui se passe après.

Les anticipations, ou prolepses, se rencontrent moins fréquemment que les retours en arrière. Les récits qui s'y prêtent le mieux sont les Mémoires ou les autobiographies tant réelles que fictifs. Ici, le narrateur, en racontant ce qui s'est passé, connaît évidemmentl'avenir et fait parfois usage de ce savoir.

Considérons l'exemple suivant:

« La raison du plus fort est toujours la meilleure »

Ici, le narrateur annonce qu'il va bouleverser l'ordre de présentation chronologique des événements. Il annonce déjà la fin en tout début de récit.

Cette prolepse a une fonction d'annonce ; elle concoure à établir la cohérence à long terme du récit. De façon plus générale, en disant maintenant (dans R) ce qui adviendra plus tard (dans H), la prolepse fait peser sur le récit un certain poids destinal. L'intérêt du lecteur se déplace: la fin (misérable) de l'histoire lui étant connue, ce n'est plus le désir simple de savoir la suite qui le meut, mais une curiosité plus complexe, et sans doute plus mélancolique: celle de connaître les rouages inflexibles d'une intrigue de prédestination.

IV.3.Le retour en arrière, le flash-back ou l'analepse

Le troisième cas, c'est l'ordre de type récit picaresque. Le récit picaresque retrace la vie d'un personnage de ses débuts à son ascension sociale, du point de vue du personnage lui-même des années plus tard. De ce fait, l'histoire commence à la fin, à une époque où le héros est heureux (1). Il y a généralement un prologue où celui-ci explique ce que le lecteur va lire, puis le récit redémarre au début de l'intrigue (2) et suit ensuite une continuité linéaire (3) jusqu'à la fin.

Une analepse, c'est le retour en arrière dans le temps, la déchronologie, ou encore toute évolution après coup d'un événement antérieur au point de l'histoire où l'on se trouve, et qui joue, le plus souvent, la fonction explicative, permettant ainsi de donner de l'information et d'éclaircissement sur des situations passées. L'auteur revient ainsi sur un épisode passé de l'histoire afin de mieux expliquer l'action ou afin de compléter le portrait d'un personnage. L'analepse suspend le rythme du récit. Les récits de façon générale usent beaucoup d'analepses.

L'analepse ou la prolepse peut être interne ou externe.

Les anachronies narratives peuvent aider à définir certains genres. Leur principale caractéristique est qu'elle montre que le narrateur connaît bien l'histoire qu'il raconte. Comme toutes les composantes narratives, analepse et prolepse ne sont pas fortuites. Elles jouent diverses fonctions dans le texte narratif:

- L'analepse peut avoir une fonction explicative: elle comble dans ce cas une lacune du récit. Elle peut aussi avoir une fonction rythmique.

- La prolepse, elle, peut avoir une fonction prédictive. Dans tous les cas, elle brise pour un temps l'effet de suspens tant entretenu par le narrateur.

Pour découvrir les anachronies narratives, il importe de bien noter les changements de temps verbaux et les époques qu'ils traduisent: les adverbes de temps, les conjonctions de coordination, la mise en page, les marques graphiques; les indications temporelles.

Pour chaque anachronie narrative, on peut déterminer ce qu'on appelle la portée et l'amplitude.

- La portée c'est la distance temporelle qui sépare le moment de l'histoire où le récit s'interrompt et le moment de l'histoire où commence l'anachronie.

- L'amplitude, elle, désigne la durée de l'histoire couverte par le récit anachronique. C'est le temps couvert par la digression.

Ce ne sont bien sûr pas les trois seuls qui existent. On retrouve parfois par exemple des textes sans intrigue ou avec une intrigue à reconstruire (comme dans les hypertextes papiers ou en ligne par exemple, ou dans Les livres dont vous êtes le héros !), ou alors avec des allers et retours du passé au présent (le premier tome du Sorceleur d'AndrejSapkowski, par exemple, en est un très bon exemple). De plus, ces ordres de récits sont très classiques, c'est à vous de vous amuser par la suite à les modifier et à en faire quelque chose de nouveau.

IV.4. La fréquence

La récursivité est l'un des caractères fondamentaux de l'art narratif. L'auteur, maître de son récit, a toujours le choix de mettre au premier plan tel ou tel événement et ce selon le degré d'importance. Dans cette intention, il est très fréquent dans les productions romanesques de constater la redondance de certains événements ou segments narratifs constituant ainsi l'un des aspects foncier et intrinsèque de la temporalité narratives. Par ailleurs, « un énoncé narratif, selon Genette (1972 : 145), n'est pas seulement produit, il peut être reproduit, répété une ou plusieurs fois dans le même texte. » Donc, de cette faculté de répétition des événements contés se découle quatre types de relations comme le souligne Genette dans Figures III (1972 :146) :

« Très schématiquement, on peut dire qu'un récit, quel qu'il soit, peut raconter une fois ce qui s'est passé une fois, n fois ce qui s'est passé n fois, n fois ce qui s'est passé une fois, une fois ce qui s'est passé n fois. »

On distingue ainsi, troisrelations possibles respectivement à la définition de Genette dans figures III :

- le mode singulatif : le narrateur raconte une fois ce qui s'est passé une fois (ou n fois ce qui s'est passé n fois). Typique du récit d'action. (tR=1; tH=1)

- le mode répétitif consiste à raconter plusieurs fois ce qui s'est passé une fois.

Typique du roman épistolaire du XVIIIe (pour montrer les différences psychologiques), ou de nombreux romans contemporains (pour relativiser la vérité des choses). (tR=n; tH=1).

- le mode itératifconsiste à raconter une fois ce qui s'est passé plusieurs fois. Il évoque l'habitude et la monotonie. Le mode itératif en est exprimé en général à l'imparfait. (tR=1; tH=n).

CONCLUSION PARTIELLE

L'analyse de cette partie qui est l'approche conceptuelle, nous a permis d'une part de clarifier les termes qui entretiennent des relations avec la temporalité narrative. On a ainsi abordé la notion de temps où on a élucidé les différents types de temps puis les temps verbaux dans l'univers romanesque. D'autre part l'analyse a permis de voir les mouvements temporels possibles dans un roman. Tous ces éléments vus dans ce chapitre permettront de bien appréhender la temporalité narrative qui constitue l'objet de notre étude dans le Crime Parfait d'Adama Amadé SIGUIRÉ.

CHAPITRE II. PRÉSENTATION ET ANALYSE DU CORPUS D'ÉTUDE

Avant d'aborder le travail proprement dit de notre recherche, nous avons jugé utile au premier abord de dire en quelques lignes qui est Adama Amadé SIGUIRÉ, quelles sont ses productions sur la scène littéraire. Ensuite, nous procéderons à la présentation du corpus d'analyse. Ce second point nous permettra de présenter les personnages du corpus et d'achever par un résumé. Enfin, ce chapitre sera clos par l'analyse du corpus qui est d''ailleurs la principale de toutes les parties.

I. Présentation de l'auteur et de l'oeuvre

Cette partie sera consacrée à la présentation de l'auteur et sonoeuvre.

I.1 Présentation de l'auteur

Nous aborderons la biographie de l'auteur, ses principes et procédés stylistiques et narratifs.

I.1.1 Biographie et bibliographie

Notre corpus pour l'élaboration de cette étude est, stricto sensu, le roman le crime parfait d'Adama Amadé SIGUIRE édité par les éditions Déclic en 2015.

En effet, Adama Amadé SIGUIRE, écrivain professionnel, professeur certifiéet conférencier sur les thèmes relatifs à la lecture, aux principes de relations humaines et à l'éducation, est né le 31/12/1981 à Silga dans le Yatenga. Il a marqué la littérature burkinabé et africaine par ses six romans et ses quatre essais :

v Les romans

- La folie de l'adolescence,Ouagadougou, Céprodif, 2012 ;

- Le Triomphe de l'amour,Ouagadougou,Céprodif, 2013 ;

- Le Crime Parfait, Paris, Déclic, 2015 ;

- Le Procès de l'amour, lesÉditions la République, 2017 ;

- Heureuse victime de l'amour, lesÉditions la République, 2017 ;

- Épitres aux épigones ou leçons de vie,les Éditions la République,2017 ;

v Les essais

- Blaise Compaoré, le règne d'un ange : paroles d'un insurgé, Paris, Déclic, 2016 ;

- Burkina Faso, de la transition à la trahison : L'analyse d'un résident,Paris, Déclic, 2016 ;

- Yacouba Sawadogo, de la terre rouge du Zaï au tapis rouge de Stockholm, le parcours d'un combattant, les Éditions la République, 2019 ;

- Thomas Sankara, le messie de l'Afrique ou le repère d'une génération, les Éditions la République, 2020.

I.1.2 Principes esthétiques de l'auteur

Adama Amadé SIGUIRÉa défini ses conceptions de l'art narratif en particulier dans la Préface du roman. Pour lui, « l'homme a du génie et de l'imagination. Entre le burlesque du 17e siècle et le réalisme du 19e siècle jugé immoral », il trouve le juste milieu. C'est dans un style fantastique et moqueur et avec des mots ramassés dans les poubelles de l'histoire, que le jeune écrivain relate les péripéties d'un pouvoir en manque de souffle. Pour lui, le romancier doit tout mettre en oeuvre pour produire l'effet qu'il poursuit c'est-à-dire l'émotion de la simple réalité, et pour dégager l'enseignement artistique qu'il veut tirer, c'est-à-dire la révélation de ce qu'est véritablement l'homme contemporain à ses yeux. Car dit-on que « les grands artistes sont ceux qui imposent à l'humanité leurs illusions particulières ». De l'écriture artiste, SIGUIRÉ adhère à l'idéal d'un « roman objectif » à la recherche du réalisme Ainsi, il cite Émile Zola (1980-1902) en ces terme : « J'ai pris dans la vie réelle tous les faits qu'elle contient ; j'ai choisi çà et là des documents nécessaires. J'ai rassemblé en une seule histoire, vingt histoires de sources différentes ; j'ai donné à un personnage les traits de plusieurs individus. Ainsi, j'ai écrit un roman où tout est vrai, où tout a été observé d'après nature ». (P, 4) Dans ce sens, le réalisme est une vision personnelle du monde qu'il (le romancier) cherche à nous communiquer en la reproduisant dans un livre et pour ce faire le romancier effectue, à partir de sa personnalité, un choix dans le réel. « La profession d'écrivain est la seule qui est vraiment comptable avec les inspirations et les aspirations de notre existence », déclare-t-il. (p, 4)

I.1.3 Procédés stylistiques et narratifs

L'art de SIGUIRÉ est fait d'équilibre entre le récit des péripéties, les descriptions limitées et fonctionnelles, et le jeu entre discours direct/ discours indirect / discours indirect libre. Il est aussi marqué par l'utilisation de phrases plutôt courtes avec une ponctuation expressive et de paragraphes, qui donnent une mise en page aérée. La langue, quant à elle, est soutenue dans le récit et dynamique dans le discours direct, recherchant même le pittoresque en transcrivant les paroles d'emprunt dans les langues locales.

À titre d'illustration, l'extrait du discours d'un élève lors de la tentative d'enlèvement du corps de Juliette pour la morgue évoque ces emprunts.

« C'est l'hôpital du `' babiè'', du `' fafôrô'', du `' mayindga'' et du makindé'' » (p,34)

I.2 Présentation de l'oeuvre.

Nous présenterons l'ouvre en le résumant pour une meilleure compréhension du contenu.

I. 2.1 Résumé de l'oeuvre

Le Crime Parfait, d'Adama Amadé SIGUIRÉ provient d'une ferme volonté qui touche non seulement le sens mais aussi la raison. Ilrelate l'histoire d'un peuple, le Bantou qui est une république bananière et prétendument démocratique aux milles vices et à la moindre vertu située au Nord de la république du Zandem dans le continent Afronègre. Cette République n'existe nullement sur aucune carte dans ce monde, mais plusieurs pays de ce monde surtout en Afrique pourraient porter ce nom de Bantou.

« D'ailleurs où se trouve la république de Bantou ? [...] La république du Bantou, voilà une donc une république fictive qui ressemble à bon nombre de républiques en Afrique. Et les Bantoutois, ce serait[...] son lecteur qui se plaint de l'absurdité de la vie, ce seraient ces millions d'inconnus en Afrique qui souffrent de la misère et finissent par mourir du paludisme, du choléra, ou de la tuberculose. La Bantoutoise, ce serait la tente de l'écrivain qui n'arrive pas à se soigner au dispensaire du village. Ce serait cette fille qui a contracté une grossesse en classe de sixième alors qu'elle n'avait que treize ans. Ce serait cette femme à la cuisse légère qui est à l'assemblée Nationale non par mérite, mais parce qu'elle a plusieurs fois détaché illicitement son pagne qu'elle ne prend jamais soin de bien nouer » (p, 10)

C'est dans cette république qui sent la démocratie et en souffre au même moment qu'une jeune fille de vingt ans a été assassinée une nuit devant l'entrée principale du lycée national jules Ferry. Juliette Kabèga livrait ses seins, son sexe et ses fesses au ministre de la Famille et du Bienêtre Social de la république du Bantou. Mais le commanditaire du crime est loin d'être la personne qui a été inculpée, jugée et emprisonnée à vie. C'est après six longues années que le visage du criminel a été démasqué. Le crime parfait est donc organisé en quatre grandes parties.

La première partie, qui comporte troischapitres, traite de l'assassinat de la jeune fille Juliette, qui a conduit à l'arrestation et à la condamnation du ministre de la Famille et du Bienêtre social. La deuxième partie structurée en deux chapitres, traite de la fin du système, du tripatouillage constitutionnel et de l'organisation des élections présidentielles. Quant à la troisième et dernière partie, elle contient deux chapitres qui relatentles dessous du crime et du jugement qui a conduit à l'arrestation du vrai commanditaire et à la libération d'Abdoul Kader Zampou.

II. ANALYSE DU CORPUS

Cette analyse va nous conduire dans le vif de notre thème d'étude. Pour ce faire nous avons structuré ce grand point en deux axes dont le premier consacre l'étude temporelle et le deuxième l'étude des mouvements temporels.

II.1 Étudetemporelle

Dans le roman Le Crime Parfait, nous nous rendons compte que le temps se manifeste à travers moult indicateurs temporels et des temps verbaux dont nous ferons mention.

II.1.1 la manifestation du temps dans le roman

L'usage spécifique qu'en fait l'auteur de son temps lui permet d'inscrire son roman dans une telle ou telle orientation. Ainsi, dans le crime parfait, le temps se manifeste sous plusieurs aspects.

II.1.1.1 Les indicateurs temporels

Dans le crime parfait, on relève plusieurs indicateurs temporels qui permettent de situer les évènements sur une ligne du temps. Ils sont de plusieurs sortes. Nous pouvons retenir :

ü Les expressions déictiques

Nous avons relevé plusieurs expressions parmi lesquelles nous retiendrons :

« Maintenant, les choses ont changé dans la république du Bantou. » (p, 141)

« Maintenant, le régime dictatorial du président Zami Zama a pris fin. » (p, 144)

« Aujourd'hui il est connu partout ». (p, 147)

« Je t'enverrai demain à la maison d'arrêt et de correction pour que tu rendes visite à Papa. » (p, 152)

Ces expressions ne livrent leur référent que par le biais d'un renvoi aux paramètres de la situation d'énonciation.

ü Les expressions anaphoriques

Plus de vingt-sept expressions de types anaphoriques ont été répertoriées. Celles-ci prennent pour repère un point du temps fixé au préalable dans le texte ou dans l'énoncé. En d'autres termes, elles reprennent un autre énoncé antérieurement. Nous avons :

« Je l'ai trouvé très belle ce jour-là » (p, 73)

« Ce jour-là, le jeune officier s'est longuement entretenu avec Julienne, la femme de son oncle » (p, 154)

« Cela fait déjà cinq ans que le professeur Abdoul-Kader Zampou croupit à la maison d'arrêt et de correction de Jouvantou. » (p, 83)

« J'ai beaucoup pleuré ce jour-là. » (p, 145)

« Lelendemain matin, à huit heures, la télévision et la radio d'Etat retransmettent en direct la proclamation des résultats depuis le siège du conseil constitutionnel. » (p, 132)

ü Les dates ou événements historiques notoires

Ces dates où évènements historiques sont légion dans le Crime Parfait et proposent un ancrage chronologique absolu, à l'inverse des indicateurs précédents, qui sont relatifs à un repère. Nous avons les exemples suivants :

« Elle est domiciliée au secteur 48 de la ville de Jouvantou. Les deux inculpés connaissent les mêmes chefs d'accusation : Complicité de meurtre, tentative d'assassinat, et assassinat de Juliette Kabèga le 13 avril 20... » (p, 168)

« Il est vingt heures. Trois coups de feu viennent de retentir à l'entrée principale du lycée national Jules Ferry de Jouvantou. » (p, 13)

« Il est presque vingt-deux heures. Le directeur général de l'enseignement secondaire vient de se mettre au lit. Sa journée a été laborieuse. » (p, 16)

II.1.1.2 Usage narratif des temps verbaux

Dans cette partie, il sera question d'analyser les temps verbaux employés dans le roman.

a- Le procès

Les procès sont visibles dans le roman.

« Il (Abdoul-Hamid) a enquêté sur les circonstances du crime. » (p, 144)

Dans la phrase ci-dessus, c'est l'association du pronom « il » renvoyant à Abdoul-Hamid et du verbe « a enquêté » qui forme, donc, le procès parce que le verbe, dans ce cas, exprime une action. (Enquêter) effectuée par le sujet (Abdoul-Hamid) dans un temps désigné par l'auxiliaire avoir (a) conjugué au présent accompagné du participe passé indiquant le passé composé et dans un espace (ici dans la république du Bantou).

b. Le prédicat

Pour des descriptions, l'auteur construit des phrases avec des prédicats.

« C'est sur les cendres d'un pouvoir dictatorial que le président Zaki Zaka fera pousser difficilement les plants verts de la démocratie et de la bonne gouvernance. C'est donc sous un ciel dégagé que s'installe un président élu par le peuple au suffrage universel. » (p, 136)

Dans ce passage, on décrit la fin du régime dictatorial en l'instant t + n du président Zami Zama et l'avènement d'une nouvelle ère de souffle de la démocratie dans la République du Bantou.

c. L'opposition aspectuelle entre l'imparfait et le passé simple

Plusieurs cas d'opposition concernant l'imparfait et le passé simple ont été repéré. À la page 14 : « Elle se destinait à des études de droit et rêvait de vêtir la toge de magistrat ou de l'avocat. Le gardien dit aux élèves. »

Plus loin à la page 53:« Elle faisait la classe de troisième. Il (Éric) était élève en classe de terminale. Éricétait élève brillant. Il décrocha son baccalauréat la même année et entra à l'université. »

Dans ces deux passages (pp, 14-53), les procès (se destinait, rêvait, faisait, était) sontimperfectifs car ils sont présentés de l'intérieur, dans leurs déroulements. Leurs durées sont inaccomplies, mais ils sont en cours. Tout au contraire, (dit, décrocha, entra) sont des procès perfectifs, limitatifs, parce qu'ils sont saisis de l'extérieur, dans leur globalité, leur totalité. Leur déroulement est achevé et accompli.

d. La mise en relief

Plusieurs cas de mise en relief à travers l'opposition du passé simple et de l'imparfait ont été relevés. Nous avons retenu quelques passages illustratifs :

« Ce fut un coup de foudre le premier jour qu'ils s'étaient rencontrés. C'était lors d'une Kermesse organisée par les élèves du lycée. » (p, 53)

Dans le passage ci-dessus, l'usage du passé simple ne s'est pas fait d'une manière hasardeuse et aléatoire, mais au contraire son usage est évident et assuré dans la mesure où il met en exergue les circonstances dans lesquelles les deux époux se sont connus.

Par contre, dans les exemples ci-après le point sera mis non pas sur les actions du personnage mais plutôt sur l'ossature de ces actions, autrement dit il est question ici de faire montrer la trame narrative ou l'arrière-plan de ces événements en question :

« Les conseillers politiques avaient dit que cette limitation des mandats serait sans effet sur le règne de Zami Zama. La limitation de mandat répondait à la circonstance et permettait aux petits diplômés de continuer à rêvasser pendant que Zami Zama jouissait du pouvoir. » (p, 86)

« Jecroyais que ce métier était noble, je croyais qu'il exigeait une intelligence au-dessus de la bêtise, je me trompais énormément.

En effet, dans ce passage, l'imparfait laisse montrer la toile de fond des péripéties, le tissu principal dans lequel s'élaborent les actions des personnages, donnant ainsi un arrière-plan à l'histoire romanesque.

e. L'imparfait de rupture

L'imparfait de rupture est manifeste dans le roman. Nous avons retenu quelques emplois :

« Trois jours après l'assassinat de Juliette, il m'a dit que Juliette était à la banque deux jours avant l'assassinat. » (p,167)

« Les policiers de la compagnie républicaine de sécurité tuent trois prétendus voleurs. Titraient certains journaux. » (p, 40).

« Trois paisibles citoyens abattus par les éléments de l'officier de police Paul Zalo. Titraient d'autres journaux. Paul a failli pleurer quand il avait lu les journaux qui avaient relaté les faits. » (p. 40)

f. L'imparfait itératif

Plusieurs occurrences de l'aspect itératif sont contenues dans le roman. L'auteur présente la répétition d'un procès dans le passé comme dans les cas suivants :

« Éricse rendait souvent dans la famille de la jeune fille » (p. 62)

« Juliette vendait ainsi son charme au ministre à prix d'or. Elle lui livrait son sexe, ses seins et tout le reste de son corps. Ce même sexe et ces mêmes seins étaient offerts à Éric de temps en temps ». (p.59)

« C'était lui qui leur donnait de l'argent pour battre la campagne électorale. Quand ces soi-disant opposants perdaient les élections présidentielles, Zami Zama les nommait à des postes ministériels. Il envoyait certains à l'assemblée nationale. » (p. 109)

« Il y a de cela dix ans, instituteur, un infirmier ou un professeur pouvait se payer deux bouteilles de bière au moins chaque semaine. »

Les procès ont chacun plusieurs occurrences. Cette valeur itérative ne repose pas seulement sur le procès (se rendait, vendait, livrait, donnait, perdait, nommait, envoyait, pouvait), mais aussi sur des termes qui indique letemps(souvent, de temps en temps, quand, Il y a cela dix ans) qui corroborent le caractère itératif du procès.

g. Usage narratif du passé composé

Dans cette partie, nous allons analyser l'usage du passé composé dans le roman en trois points. Il s'agit :

« C'est sur elle qu'on a tiré » (p,14)

« Je l'ai vu prendre sa moto. » (p, 14)

« C'est Juliette, ils l'ont tué » (p, 14)

« Ceux qui t'ont assassiné sont des lâches. » (p, 15)

« Le général a retrouvé sa lucidité » (p, 16)

« Beaucoup de faits m'ont étonné depuis le début des évènements, dit le capitaine de la gendarmerie » (p, 167).

Le passé composé a été utilisé moult fois par l'auteur dans ce roman sous une autre forme qui montre que l'action est antérieure au moment du récit. On pourra retenir quelques-uns pour l'analyse.

« Elle lui a donné quatre enfants » (p, 16)

« Iln'a pas voulu s'essayer » (p, 20)

Il a passé quinze années à les transmettre aux jeunes » (p, 20

« Ila opté être éducateur alors qu'il n'avait que vingt-cinq ans » (p, 20)

« J'ai été condamné pour un crime que je n'avais pas commis. J'ai fait six années en prison » (p, 169)

Ici l'auteur présente dans le récit des procès qui sont antérieurs à la période où l'on parle. On note une insistance sur la valeur temporelle d'antériorité.

L'opposition de l'accompli et du non accompli est manifestée dans le roman par l'opposition des formes composées et des formes simples. Il existe, pour chaque forme simple d'un verbe, une forme composée, qui allie un auxiliaire et un participe passé.

h. Le présent

L'étude du présent se fera en plusieurs parties selon la forme employée. Ainsi, nous avons relevé dans le corpus d'étude :

h.1 Le présent d'énonciation

L'auteur emploie le présent d'énonciation ou présent d'actualité pour présenter les faits qui se déroulent ou qui sont valables au moment où on exprime. On peut relever des cas dans le roman :

« Toutes les salles se vident, c'est le mois d'avril » (p, 13)

« Le proviseur est surpris de cette réaction » (p, 16)

« Le soleil se lève ce matin dans la ville de Jouvantou » (p, 48)

Ce présent peut être aussi assimilé à des scènes de dialogue entre les personnages. Ce qui le traduit, c'est le temps de discours :

- Comment vas-tu mon capitaine ?

- Je vais bien maitre Zampou.

- Alors, tu viens chez moi sans me prévenir. Tu sais que les juges et les avocats ne sont pas de bons amis. Et toi, tu es aussi un gendarme. Moi, je meméfie des gendarmes.

- Et pourtant, les juges et les avocats sont les produits d'une même faculté de droit.

- Tu sais mon capitaine [...], nos points de vue diffèrent souvent » (p, 164)

Est rapportée dans ce passage de la page 164, une scène de dialogue entre le jeune officier Abdoul Hamid qui enquête sur la mort de Juliette et sa cousine Safoura, jeune avocate et fille d'Abdoul Kader Zampou. Donc c'est un discours dans lequel un Je s'adresse à un Tu, hic et nunc qui permet ainsi d'ancrer cet énoncé dans la situation d'énonciation.

h.2 Le présent du passé récent

Plusieurs cas d'usage ont été constatés dans le roman.

« Il est presque vingt-deux heures, le directeur général vient de se mettre au lit » (p, 16)

« C'est le proviseur du lycéeJules Ferry qui vient de m'appeler » (p, 17)

« Cela fait déjà trois jours que la république de Jouvantou est paralysée » (p, 18)

« La jeune avocate vient de quitter son cabinet. » (p, 163)

Dans ces passages avecl'emploi formé du verbe « venir » conjugue au présent + « de » + le verbe à l'infinitif, l'auteur annonce des évènements ou des actions qui ne sont pas en cours mais qui viennent de se produire au moment où l'on parle.

h.3Le présent du futur proche

Ce temps est employé par l'auteur pour traduire des actions qui vont se produire dans un futur proche. Ces actions ne se sont pas encore produites, mais elles se produiront selon le plan du récit. Comme le cas des phrases suivantes :

« La situation va se compliquer » (p, 17)

« Un pouvoir vieux de trente-sept ans va prendre définitivement fin au grand bonheur de tout un peuple. » (p, 126)

h.4Le présent gnomique

Dans le roman, on retrouve des phrases au présents qui expriment des vérités morales, des faits généraux d'expériences, des maximes. Comme:

« Le soleil se lève ce matin sur la ville de Jouvantou. » (p, 48)

Dans ce passage, c'est une vérité générale que le soleil se lève tous les matins pas seulement sur Jouvantou mais dans toutes les localités.

Plus loin encore aux pages 98 et 170, on a :

« La victoire appartient au peuple libre et déterminé » (p, 170)

« Le changement est la nature de la démocratie tout comme la métamorphose est la nature des êtres vivants. » (p, 98)

Ici, on peut dire que le fait est toujours valable pour tout peuple, déterminé à remporter la victoire et à garantir sa liberté.

h.5 Le présent de narration

On relève dans le roman de nombreux présents insistant sur la mise en mouvement inaugurant un segment narratif important, tels que :

« Il est vingt-deux heures, trois coups de feu viennent de retentir à l'entrée principale du lycée Jules Ferry de Jouvantou, la capitale démocratique du Bantou. La femme du gardien fait un saut brusque. Elle repousse la main de son mari qui est sur son dos. L'étreinte s'arrête là. La femme parle à son mari. »

Dans cetincipit, le temps dominant, celui qui donnera le ton à la suite du récit est le présent. Le récit est conduit au présent et à la troisième personne. Ce qui estplus étrange, du moins pour un lecteur habitué aux récits traditionnels: il a la sensation que l'énonciation narrative est presque parfaitement contemporaine des événements narrés. Ainsi, l'incipit, avec sa syntaxe démantelée, semble le fait d'un narrateur soucieux de restituer au plus justel'immédiateté du vécu.

Considérons également ces passages:

« Le directeur général de l'enseignement secondaire descend de sa voiture. Il se dirige calmement vers le groupe d'élèves. Il est vraiment décidé. Les élèves peuvent le tuer cette nuit pour se venger s'ils le désirent. Il ne va pas reculer. » (p, 20)

« Un autre commandant est nommé à la tête de la police criminelle. Il promet au ministre de trouver l'assassin de Juliette en soixante-douze heures. Il se met au travail. » (p, 78)

Dans ces deux passages, on peut voir nettement la précellence du présent sur les autres temps de référence du récit à savoir l'imparfait, le passé simple et le passé composé. C'est une technique qui, utilisée dans les constructions romanesques, tend à abolir la distance temporelle entre le moment de la narration et le moment de l'histoire racontée. C'est d'ailleurs ce temps qui prédomine dans le crime parfait.

II.2 LESMOUVEMENTS TEMPORELLES DANS LE ROMAN

Pour mesurer ces variations de rythme (ou anisochronies), l'auteur du crime parfait a utilisé ces quatre formes canoniques : la scène, le sommaire, la pause et l'ellipse.

II.2.1 La scène

Des scènes, le crime parfait en abonde. Nous avons ce monologue tenu par le commissaire dans son bureau.

« Quelle République démocratique ! [...]. On m'ordonne de trouver des preuves dans soixante-douze heures pour prouver la responsabilité, sinon la culpabilité d'un ministre dans un crime. Ces preuves, on me demande de les inventer de toutes pièces. J'en ai déjà fait. C'est d'ailleurs pour agir ainsi qu'ils m'ont nommé à ce poste stratégique. Mais pour cette fois-ci, je n'en peux plus. Que Dieu me pardonne ! Je leur donne ma tête. Qu'ils en usent comme bon leur semble ». (p, 69)

Le crime parfait déploie également plusieurs séquences dialogiques entre les personnages.

- Bonjour monsieur le ministre.

- Bonjour monsieur le commissaire. Mais souffrez que je vous dise que je ne suis plus ministre.

- Mais tout de même professeur, un ministre garde toujours son titre honorifique, même s'il n'est plus au gouvernement.

- Vous vous êtes un bon littéraire mon commissaire. Vous avez bien retenu vos leçons en grammaire.

- Effectivement, monsieur le ministre je suis venu pour poursuivre l'enquête sur l'assassinat de Juliette Kabèga. [...](p, 73)

Dans ce passage, la conversation se fait entre le commissaire chargé de l'enquête sur l'assassinat et le ministre Abdoul Kader Zampou afin de situer la responsabilité du ministre dans le crime.

On relève aussi, ce passage qui traduit la scène de conversation entre le professeur Zaki Zaka avec le président du bureau de vote.

- « Soyez le bienvenu, mon professeur. »

- « Merci beaucoup Flaubert. »(p.120)

On peut également relever le dialogue entre le jeune capitaine Abdoul Hamid Zampou et sa cousine Safoura, la fille du ministre Abdoul Kader Zampou.

- Comment vas-tu, mon capitaine ?

- Je vais bien, maître Zampou.

- Alors tu viens chez moi sans prévenir. Tu sais bien que les juges et les avocats ne sont pas de bons amis.

- Et pourtant les juges et les avocats sont les produits des mêmes facultés de droit.

- Tu sais, mon capitaine, nos points de vue diffèrent souvent.

- Tu sais ma soeur, je ne suis pas venu pour te faire rire. Peut-être le contraire. [...] (p, 164).

Dans ces scènes, l'auteur fait parler des personnages. Ce qui donne l'illusion que le temps de l'histoire reproduit le temps du récit.

Donc ces scènes narratives mettant sur pied d'égalité récit et histoire, donnent à penser une certaine immédiateté des faits, autrement dit le lecteur sent qu'il y a un certain synchronisme entre les actions étalées et le moment de leurs narrations.

Dans d'autres scènes, l'auteur raconte en détail l'action qui se déroule. On peut relever :

« Je suis content de vous souhaiter la bienvenue, dit-il aux journalistes. Nous tenons à vous informer notre position par rapport à la situation nationale. Zami Zama est à la fin de son mandat. Il doit partir. C'est la constitution et la démocratie qui exigent son départ. C'est la volonté des enseignants, des infirmiers, des journalistes, des magistrats, des agents des impôts.» (p, 98)

Ici l'auteur marque une pause pour donner des détails sur le contenu du discours du leader politique de l'opposition Zaki Zaka pendant la campagne électorale.

II.2.2 La pause

Dans le passage suivant, l'auteur marque une pause pour faire intervenir un élève qui s'adresse à l'officier Paul Zalo pour décrire l'hôpital national Zami Zama :

« Enlever son corps pour l'envoyer dans la morgue de quel hôpital ? Dites-le-nous ! Là-bas c'est la merde. C'est le désordre. C'est un bordel. C'est un dépotoir. Les corps ne sont pas gardés. On les vole même souvent. » (p, 34)

Quelques lignes après, il ajoute (p, 34) :

« Nous avons appris que là-bas, pour voir un médecin généraliste le patient débourse quinze mille francs et si le médecin est spécialiste, le même patient débourse vingt-cinq mille francs [...] C'est l'hôpital de la république pourrie. C'est l'hôpital du gaspillage, de la décadence morale, c'est l'hôpital du `' babiè'', du `' fafôrô'', du `' mayindga'' et du makindé'' [...] »

Dans ces passages, l'auteur marque une pause pour décrire l'état de l'hôpital dans lequel le corps de Juliette sera apporté.

Observons également ce passage:

« Edouard Zampou repartira à l'université retrouver sa chaire de professeur en linguistique appliquée. Ça sera une belle leçon pour lui. Il sera hué par les étudiants dans les amphithéâtres surchauffés. Ils l'insulteront et se moqueront de lui. Il donnera cours à plus de mille étudiants qui ne l'écouteront d'ailleurs même pas et se moqueront de sa présence. [...] Il pourra se contenter des pauvres étudiantes en linguistique et en lettre moderne. Elles, elles exigent le minimum. Elles veulent seulement des notes de complaisance qui leur permettront de ne pas faire les sessions de rattrapage qu'elles trouvent fatigantes. Aussi, veulent-elles quelques sommes d'argent qui leur permettront de payer leurs tickets au restaurant universitaire. Et les notes de complaisance et l'argent des tickets de restauration, un professeur titulaire peut leur offrir cela. » (p, 58) 

Dans ces passages, le fil d'actions est brisé laissant ainsi place à des descriptions jouant le rôle de pauses narratives qui donnent un cadre général au tissu événementiel du roman.Autrement dit on sent que rien ne se passe au niveau de l'histoire générale du roman.

II.2.3 Le sommaire.

Le roman Le Crime Parfait détient bien de sommaires où les actions sont réduites en des simples résumés révélant la substantifique moelle de l'événement romanesque comme :

Le procès a eu lieu.(p, 78)

Cette phrase résume tout le procès. Un procès en temps normal dure plusieurs jours. Pourtant ici le temps qu'a duré le procès a été condensé en une seule phrase.

« C'est un long procès. Débuté à huit heures, il a pris fin à quatorze heures ce jour-là. »(p, 78)

Considérons également ce qui suit :

« Pendant trente-sept ans Zami Zama a tout donné aux fonctionnaires de la république du Bantou. Il a payé les salaires et leurs indemnités, il leurs a donné des voitures. Il les a laissés piller les ressources de la république. Ils ont volé et détourné les deniers publiques pour construire des villas, acheter des voitures, entretenir leurs nombreuses maitresses. » (p, 88)

Ainsi, les actions de Zami Zama pendant trente-sept ans de règne, sont résumées en quelques lignes.

« Ainsi, la loi est votée ». (p, 98)

Ces cinq mots résument tout le processus et la durée du vote de la loi sans détails.

Tous ces exemples sont considérés comme des sommaires par le fait qu'ils condensent l'information et résument les actions sans rentrer dans les détails minutieux ; des sommaires qui donnent l'allure d'une histoire un peu accélérée.

II.1.4 L'ellipse.

Dans le crime parfait, des phrases comme :

« Quelques années après son arrivée au pouvoir, il a peint son pouvoir en or en utilisant la démocratie comme pinceau » (p, 46)

« Cela fait déjà trois jours que la république de bantou est paralysée. » (p, 53)

« Cela fait déjà cinq ans que le professeur Abdoul Kader Zampou croupit en prison à la maison d'arrêt et de correction de Jouventou. » (p, 83)

« Cela fait plus de deux semaines que Juliette Kabèga, élève en classe de terminale lettres et philosophie au lycée nationale Jules Ferry de Jouventou, a été assassinée. »(p,73)

« Cela fait déjà dix jours que la campagne électorale est lancée dans le pays. » (p, 108)

« Soixante-douze heures se sont déjà écoulées depuis la fermeture des bureaux de vote. » (p, 128)

« Cela fait six ans que Abdoul Kader Zampou mène clandestinement ses enquêtes sur les circonstances de l'assassinat de Juliette Kabèga. » (p, 143)

Sont des ellipses manifestes, puisque le narrateur passe sous silence des actions et événements dans le récit alors qu'ils ont eu lieu dans l'histoire.

1 Gérard Genette, (1972). « Discours du récit », in Figures III. Paris: Seuil, p. 78.

II.2. La récursivité dans le roman(la fréquence)

Grosso modo, le récit dans le roman Crime Parfait, considéré soit globalement ou en prenant séparément les histoires racontées à savoir celle de l'assassinat et celles concernant le tripatouillage de la constitution et de l'organisation des élections, raconte une fois ce qui s'est passé une fois : c'est un récit singulatif. Dans tous les cas, le narrateur ne fait que raconter et suivre le cours des péripéties particulières sans y revenir.

III. L'ORDRE TEMPORELLE DU `'LE CRIME PARFAIT `'

Dans cette partie, nous allons analyser les prolepses, les analepses les distorsions temporelles dans le roman.

III.1Les Analepses

Sous quelle manière, les analepses se manifestent-elles dans le romanLe Crime Parfait ?

Le crime parfait s'ouvre sur la mort d'une jeune fille assassinée devant le lycée de la république Bantou. Il faut attendre la fin du règne du président dictateur, et l'instauration de la démocratie par le nouveau président, pour découvrir les antécédents de cette scène initiale mouvementée. Le début in mediasresest suivi de retour en arrière (ou analepse) à fonction explicative.

« Juliette vendait ainsi son charme au ministre à prix d'or. Elle lui livrait son sexe, ses seins et tout le reste de son corps. Ce même sexe et ces mêmes seins étaient offerts à Éric de temps en temps. »(p, 59)

En l'occurrence, cette analepse est complète : elle restitue, ab ovo, la relation entre l'assassinée et les présumé accusés. Laquelle relation qui fait ipso facto soupçonner les deux prétendus amants.

D'un point de vue fonctionnel, on peut ajouter que l'analepse évoquée à l'instant est complétive; elle permet de récupérer une information manquante.

Il en va de même lorsqu'au moment d'introduire un nouveau personnage (ou de retrouver un personnage perdu de vue), le récit propose un résumé de sa biographie.

C'est ainsi que l'auteur revient sur le directeur de l'enseignement secondaire avec ces détails :

« C'est en toute âme et conscience qu'il a déposé ses valises à l'école Normale Supérieure. Deux années plus tard, il sortait de cette école après son succès au Certificat d'Aptitude Professionnelle à l'Enseignement Secondaire, Option philosophie. Il est affecté au lycée Jules ferry. Il a donc choisi d'être éducateur [...] » (p, 20)

Aussi, pour parler du jeune officier qui a eu la charge d'enlever le corps de la jeune fille à la morgue, l'auteur est revenu sur son portrait.

« L'officier Paul Zalo est un jeune Garçon très intelligent. Il a beaucoup appris. Il a lu beaucoup de livres. Il connait l'étymologie du mot police. » (p, 27)

Dans le crime parfait,le narrateur fait un brusque retour en arrière pour nous dresser une image d'Abdoul-Kader Zampou, le ministre incarcéré pour l'assassinat de Juliette.

« Abdoul Kader Zampou était un politicien pragmatique. Il est intelligent. Il proposait des solutions fiables. C'est à vingt-six ans qu'il a soutenu une thèse de doctorat d'État à l'université de Jouventou. Il est élevé au grade de docteur en droit avec mention très honorable et les félicitations des membres du jury. »(p, 140)

Il y aaussi ce retour en arrière pour parler du ministre Abdou Kader Zampou qui avait déjà fait six mois en prison.

« C'est dans une cellule de quatre mètres carrés qu'il a appris la fin du régime de Zami Zama. Ce régime pour lequel il a travaillé pendant plus d'une décennie. Il s'est engagé tôt dans la politique. Il fut recruté professeur d'université alors qu'il n'avait que vingt-huit ans. Il a fréquenté des amphithéâtres de Jouvantou pendant cinq ans avant d'être nomméconseiller politique du président Zami Zama. Trois années plus tard il est nommé ministre de la justice. »(p, 140)

Dans le crime parfait, l'auteur revient également en arrière pour raconter une scène qui eut lieu entre le ministre Abdoul Kader et son épouse.

Un jour, las de supporter les accusations de son épouse, le Ministre chargé du bienêtre social avait eu ce courage de lui dire :

« Tu sais Julienne, je t'aime beaucoup. Cela fait vingt ans que tu es mon épouse. Souviens-toi de notre première rencontre. C'était lors d'une conférence sur le leadership animée par un jeune écrivain très dynamique et pragmatique. » [...]Le ministre avait dit toute la vérité à son épouse.(p, 147)

En définitive, toute l'ossature de cette histoire est érigée d'un va-et-vient (enchaînement alterné) entre le récit et les portraits des personnages. À chaque fois qu'on évoque un personnage, on y revient sur son portrait.

III.2La prolepse

Des cas d'anticipation ont été relevés dans le Crime Parfait. Considérons les passages suivants:

« Il prendra trois jours pour chercher les preuves de la culpabilité du ministre. Il ne fera que son travail. Et ces preuves s'il les trouve, il fera un rapport circonstancié au ministre de l'intérieur. S'il ne les trouve pas, il lui fera parvenir son rapport dans lequel il mentionnera : « résultat de l'enquête infructueux. Nous continuons nos investigations ». Le conseil des ministres le limogera ».(p, 70)

« Un pouvoir vieux de vingt-sept ans va prendre définitivement fin au grand bonheur de tout un peuple. Ce sera la fin du césarisme et de la république bananière. Le peuple se réveillera et exigera des comptes à ceux qui ont plongé le pays dans le marasme économique pendant près de quatre décennies. Le peuple leur demandera de quel droit ils ont scellé l'avenir d'une nation pendant trente-sept ans. »(p, 126)

Dans ces passages, le narrateur annonceà l'avance les évènements ultérieurs. Ainsi, dans Le crime parfait, la fin du régime du président dictateur Zami Zama est annoncée dès la troisième page du deuxième chapitre: l'évocation anticipée de la chute du président pèse comme une fatalité sur les scènes qui suivent.

III.3 La distorsion temporelle

Dans Le crime parfait,la constatationla plus apparente est la discontinuité temporelle du récit. Donc dans le roman, le fil dutemps est rompu et la rupture chronologique est flagrante.

L'auteur du crime parfaita utilisé, dans l'élaboration de son roman, une technique créatrice quiest au goût du jour chez les auteurs contemporains. La technique de l'intermittence, de discontinuité et de saut qui fait bien sentir les ruptures.Adama Amadé SIGUIRÉ s'inscrit dans la modernité en adaptant le discours narratif aux fluctuations de la vie intérieure. Il fait un détour, via la conscience d'Abdoul-Kader Zampou vers le passé. Sa rencontre avec son épouse Julienne à la page 147.

« Tu sais Julienne, je t'aime beaucoup. Cela fait vingt ans que tu es mon épouse. Souviens-toi de notre première rencontre. C'était lors d'une conférence sur le leadership animée par un jeune écrivain très dynamique et pragmatique. » [...] (p, 147)

Puis nous revenons au présent, mais cette fois-ci à travers une nouvelle conscience d'Abdoul-Hamid :

« Abdoul-Hamid a la conscience troublée depuis qu'il avait eu cet entretien avec la femme de son oncle. » (p, 148)

Le roman est érigé par une périodicité.Autrement dit, un contraste entre deuxrécits de temps différents. Le premier récit est celui de l'assassinat de la jeune fille qui est leprincipal et un second qui est celui où l'on décrit ce qui se passeavant, pendant et après les élections, (et qui est la conséquence du premier récit) et c'est tout le roman qui est ficelé sur ce canevas. Àchaque fois qu'on fait un pas en avant dans l'espaceet dans le temps :

« Zami Zama se prépare pour se faire élire président de la république du bantou pour la sixième fois.Seulement, il fait face à plusieurs obstacles. Selon la constitution de Bantou, Zami Zama doit partie. Il est à la fin de son dernier mandat. Il ne peut plus se faire élire. Zami Zama ne comprend rien de tout cela. »(p, 83)

On se retrouve obligéde faire le même pas mais cette fois en arrière, donc vers un autreespace et un autre temps :

« Le pouvoir de Zami Zama a connu beaucoup de crises et de révoltes. La dernière révolte sociale a été déclenchée par la mort de Juliette Kabèga. Bien avant la mort de Juliette, cinq années auparavant, une grande crise a secoué le régime de Zami Zama et a fait trembler Zami Zama lui-même. Un étudiantavait été assassiné dans le campus de l'université de Jouvantou.la révolte a été indescriptible. [...] La crise a secoué le pays pendant six mois. »(p, 84)

Donc Le crime parfaitc'est la discontinuité temporelle, une juxtaposition de scènes narrativesimpliquant temps et espaces différentsqui montre la distorsion. Avec une tellestructure chronologique, la coupure du temps est sentie pleinement comme si on a affaire à deux histoires de temps complètement différents les pouvant lire séparément.

III.4Temps du récit : les récits en rupture dans Le crime parfait

Subséquemment à sa texture un peu singulière, le récit dans le romand'Adama SIGUIRÉ,Le Crime Parfait, est ficelé de telle manière qui laisse penser à la rupture. Pourquoi rupture ? La réponse en est simple : c'est une oeuvre contenant deux récits de caractères différents chacun de l'autre avec des personnages et des espaces également différents.

En premier lieu, sur le plan de péripéties, d'événements, les deux récits relatent deux histoires différentes dont la première est la conséquence de la deuxième.

- Dans le récit premier on raconte l'histoire de l'assassinat de la jeune fille qui a déclenché le courroux du monde scolaire :

« Juliette, si tu es morte, dis-le-nous. Non ! Nous sommes à deux mois du baccalauréat. Le BAC aura lieu avec toi, autrement il n'aura pas lieu. [...]Aucune autorité politique ne viendra ici. Nous allons aller les trouver dans leur sommeil et les brûler vif. »(p, 15)

C'est la gestion de la crise, suite à cet assassinat, et la recherche d'un dénouement favorable pour permettre au président dictateur de sauver son fauteuil, qui est relaté à travers ce premier récit.

- Dans le récit second, il y a une autre histoire qui se déploie. Il s'agit du tripotage constitutionnel ;

« Zami Zama se prépare pour se faire élire président de la république du Bantou pour la sixième fois. Seulement il fait face à la plusieurs obstacles ? Selon la constitution de la république du Bantou, Zami Zama doit partir. [...] Le nombre de mandat est limité. Et voilà que Zami Zama est à la fin de son mandat. Il doit quitter le pouvoir, selon la constitution qu'il a fait voter lui-même. [...] La loi portant non-limitation du nombre de mandat présidentiel est vite votée par l'assemblée nationale de la république. » (p, 83)

Etdes élections présidentielles dans la république du Bantou.

« La campagne électorale bat son plein dans la république du Bantou. Les villes sont inondées d'affiches et autres messages des candidats. » (p, 106)

En deuxième lieu, le roman présenteplusieurs espaces dissemblables dans lesquels se déroulent les scènes desdites histoires. L'auteur procède donc à des ruptures pour décrire ces espaces :

- Les espaces dans l'histoire de l'assassinat, des espaces de concertations :

« Le directeur général de l'enseignement secondaire et les trois responsables du lycée sont partis ? C'est le vaste salon de la maison du directeur général qui les accueille cette nuit. » (p, 22)

Un espace laissant voir un lieu de refuge pour les trois responsables afin de se mettre à l'abri de la vindicte scolaire.

- Des espaces de travail :

« C'est dans sa maison que se trouve son bureau et son laboratoire de recherche. Il n'y a pas de place pour s'assoir à l'université, en dehors de l'amphithéâtre surchauffé dans lequel il donne ses cours. Par contre un ministre de la république a un cabinet climatisé dans lequel il peut faire beaucoup de choses. » (p, 25)

On note également la description des espaces donnant lieu au dégout, au mépris provoquant ainsi répugnance, répulsion et écoeurement :

« Enlever son corps pour l'envoyer dans la morgue de quel hôpital ? Dites-le-nous ! Là-bas c'est la merde. C'est le désordre. C'est un bordel. C'est un dépotoir. Les corps ne sont pas gardés. On les vole même souvent. » (p, 34)

- L'espace dans l'histoire des élections présidentielles. Cet espace représenté est un espace en ébullition, animé et envahi par les partis politiques en campagne.

« Les villes du pays sont inondées d'affiches et autres messages des candidats. » (p, 106)

- L'espace de meeting du président sortant :

« C'est à la place Charles de Gaule, dans la capitale de Bantou, que Zami Zama a tenu son dernier meeting de campagne électorale. » (p, 110)

- L'espace du meeting de l'opposition :

« C'est à Dantou, dans la capitale économique de la république du Bantou, situé à plus de deux cents kilomètres de Jouvantou, la capitale, que l'opposition a tenu son dernier meeting électoral. » (p, 111)

Outre la description des espaces, la description des personnages dans le roman `' le Crime parfait'' représente, elle aussi, une autre rupture. Les deux récits dans le roman en question sont véhiculéspar plusieurs personnages que l'auteur a pris le soin de décrire. En effet,

- Le président Zami Zama,qui représente la république, joue un rôle au sein de l'univers romanesque. Ce président qui aspire s'éterniser au pouvoir, joue dans le roman, le rôle de dictateur :

« Le président Zami Zama est un homme fort. Il se reconnait ainsi. D'ailleurs, dès son arrivée au pouvoir, on l'appelait « l'homme fort de la république de Bantou.» Il est arrivé au pouvoir par le crépitement des armes. Il a pris le pouvoir dans un bain de sang. » (p, 46)

Il a dirigé le pays pendant des décennies :

« Cela fait déjà d'ailleurs trente-deux ans que le président Zami Zama est au pouvoir. » (p, 47)

- L'officier Paul Zalo, qui a la charge d'enlever le corps de Juliette joue le rôle de négociateur au regard de ses qualités professionnelles.

« L'officier Paul Zalo est un jeune Garçon très intelligent. Il a beaucoup appris. Il a lu beaucoup de livres. Il connait l'étymologie du mot police. »(p, 37)

Ce jeune officier dont l'histoire donne la charge d'affronter avec son équipe, les élèves doit tout faire pour réussir la négociation :

« Le jeune officier de police âgée à peine de vingt-cinq ans, prend le courage de risquer sa vie. Il avance vers le groupe des élèves. Il reçoit des jets de pierres et des injures. Les élèves menacent de le brûler vif. Malgré cela, l'officier de la compagnie républicaine de sécurité avance. À cinq mètres du groupe des élèves, il s'arrête : « Je suis venu pour qu'on échange. Vous savez je suis jeune comme vous. » (p, 30)

Toutes ces oppositions que le roman met en exergue montrent clairement une certaine distorsion au niveau de la structure générale de l'univers romanesque nous permettant ainsi de parler du récit en rupture.

CONCLUSION PARTIELLE

L'étude de ce chapitre a consisté, d'une part, à la présentation de l'auteur et de son roman et, d'autre part à l'étude de corpus. Le premier point a relevé que Adama Amadé SIGUIRÉ, l'auteur du roman corpus est un écrivain très actif et engagé. Il compte à son actif six romans et quatre essais. Quant à l'étude du corpus, elle a permis d'analyser la temporalité dans le roman d'étude. Nous retiendrons que la narration dans le roman estaccélérée. Le roman est bâti selon un système verbal dominé par le présent et le couple imparfait/passé simple qui font progresser l'histoire, et présentant l'histoire selon un mode de narration singulatif.Le narrateur donne beaucoup plus d'importance aux péripéties età la description.Ce qui pèsent sur la vitesse de la narration (les pauses narratives dans le roman sont de moindre importance devant les sommaires et les ellipses qui donnent une allure accélérée à la narration).

Ce chapitre nous a permis de confirmer l'hypothèse selon laquelle la temporalité se manifeste dans le roman le Crime Parfait. Cette temporalité manifeste aurait une valeur très significative que nous évoquerons dans le chapitre suivant.

CHAPITRE III : PORTÉE DE LA TEMPORALITE DANS LE ROMAN LE CRIME PARFAIT

Le présent chapitre qui est dans une logique complémentaire des deux précédents,nous permettra d'interpréter les différents résultats du chapitre précédent. Notre objectif dans ce troisième chapitre est de mettre en évidence l'effet recherché par l'auteur en utilisant telle ou telle technique d'emploi temporel dans « Le Crime Parfait ».

Autrement dit, tout emploi ou structure temporel dans l'oeuvre a une signification d'où l'importance d'une interprétation appropriée.

Il s'agira de ce fait de donner un sens de manière personnelle aux différents emplois temporels. Dans un second temps, d'interpréter les écarts d'usage temporel puis terminer par des recommandations. Ainsi, quelle interprétation pouvons-nous faire des résultats obtenus ?

I. Valeurs narratives des temps verbaux dans le crime parfait

La manière de faire usage des temps verbaux dans un roman est porteuse de signification. Qu'en est-il dans Le crime parfait ? Cette partie nous conduira à la réponse à cette question.

I.1. Valeur du prédicat

Le rôle des prédicats est de décrire l'état du sujet S dans un temps t puis ce qu'il advient dans un autre temps t + n :

« C'est sur les cendres d'un pouvoir dictatorial que le président Zaki Zaka fera pousser difficilement les plants verts de la démocratie et de la bonne gouvernance. C'est donc sous un ciel dégagé que s'installe un président élu par le peuple au suffrage universel. » (p, 136)

Dans ce passage, on décrit la fin du régime dictatorial en l'instant t + n du président Zami Zama et l'avènement d'une nouvelle ère de la démocratie dans la république du Bantou.

La place qu'occupe le verbe est plus qu'importante. Ce point nodal connaît sa pleine floraison dans le roman. SIGUIRÉ en usent pour s'assurer l'évolution de l'intrigue romanesque et son ancrage dans un temps tel, et, de plus, donner sens, rythme et signification à l'histoire.

I.2. Valeur de l'opposition passé simple/imparfait

À la page 53, le narrateur revient sur les circonstances de rencontre entre Éric et Juliette.

« Ce fut un coup de foudre le premier jour qu'ils s'étaient rencontrés. C'était lors d'une Kermesse organisée par les élèves du lycée. »

« Il était une heure du matin quand les deux tourtereaux quittaient le bar. Ils s'engouffrèrent dans la voiture. Quand l'officier démarra la voiture, une explosion se produisit. La voiture prit feu. Son habileté et sa dextérité militaire lui permirent de se sauver et de sauver la vie de sa future épouse, mais la voiture resta irrécupérable. » (p, 150)

L'auteur alterne le passé simple et l'imparfait dans le récit, pour donner une fonction contrastive et permettre d'opposer deux plans distincts.

Le passé simple installe au premier plan les événements et les actions qui se succèdent et font progresser le récit. L'imparfait, en revanche, dessinent la toile de fond (ou l'arrière-plan) de cette trame narrative.

L'auteur en usepourasseoir dans le récit, au premier plan, tout ce qui est action, péripétie et événement qui font progresser l'intrigue, tandis que l'imparfait joue le rôle d'un canevas, d'une ossature, sinon de tout ce qui constitue le fond sur lequel se détachent les événements marquants exprimés par le passé simple, et qui permet, en revanche, de dessiner la toile de fond, ou ce que H. Weinrich désigne sous le concept d'arrière-plan. Ainsi l'usage alterné, dans le Crime Parfait, de ces deux temps met en contraste le récit et permet d'en montrer une certaine dissonance :

« C'est pendant que les investigations judiciaires sur les circonstances de l'explosion du véhicule du magistrat militaire se poursuivaient que le même officier fut victime d'une attaque à main armée. » (p, 151)

Donc dans le passage ci-dessus, l'usage du passé simple ne s'est pas fait d'une manière hasardeuse et aléatoire, mais au contraire son usage est évident et assuré dans la mesure où il met en exergue les circonstances dans lesquelles Abdoul Hamid a subi une tentative d'assassinat.

Par contre, dans les exemples ci-après le point sera mis non pas sur les actions du personnage mais plutôt sur l'ossature de ces actions, autrement dit il est question ici de faire montrer la trame narrative ou l'arrière-plan de ces événements en question :

« Le capitaine Abdoul Hamid était parti en mission à Dantou et il revenait à Jouvantou. Il était pressé de retourner dans la capitale car plusieurs dossiers judiciaires l'attendaient. Il roulait donc à vive allure sur une voie bitumée très étroite et mal entretenue. » (p, 151)

En effet, dans ce passage, l'imparfait laisse montrer la toile de fond des péripéties, le tissu principal dans lequel s'élaborent les actions des personnages, donnant ainsi un arrière-plan à l'histoire romanesque.

I.3. Valeur du présent

Avec ses différentes acceptions, le présent constitue dans le Crime Parfait un carrefour, voire un rond-point en étoile à partir duquel découlent tous les autres temps.Il constitue donc le centre de gravité des événements, il est le point essentiel, principal, sinon primordial autour duquel s'organise l'ensemble de l'action. Dans sa fonction de base, le présent est le temps de l'énonciation qui indique la coïncidence entre le procès et le moment de l'énonciation.

« Prends tes flèches et n'oublie pas ta hache.» (p, 13)

« Enlever le corps pour l'envoyer dans la morgue de quel hôpital ? Dites-le-nous ! Pas dans celle du centre hospitalier universitaire [...] » (P, 34)

Dans ces passages, l'auteur emploie le présent pour présenter des faits qui sont valables au moment où il parle. Ces faits se sont déroulés en effet, pendant que l'équipe de la compagnie républicaine voulait enlever le corps de la jeune fille assassinée pour la morgue.

Outre son rôle d'énonciation, le présent est identifié dans le Crime Parfait sous un autre cas de figure à savoir le présent historique ou le présent de narration. Adama SGUIRÉ a opté pour le présent dans la narration des évènements dans le roman. Ainsi plusieurs cas de présent de narration ont été relevés.

« Il est vingt heures, trois coups de feu viennent de retentir à l'entrée principale du lycée national Jules Ferry » (incipit, p, 13) ;

« Le ministre chargé de l'administration adresse des correspondances aux leaders des différents partis » (p, 102)

« Il est dix-huit heures trente minutes ce jeudi soir. Le président de la commission électorale décide d'assumer ses responsabilités » (p,129)

Dans ces trois passages, on peut voir nettement la précellence du présent sur les autres temps de référence du récit à savoir l'imparfait, le passé simple et le passé composé. Cette technique utilisée par SIGUIRÉ dans la construction du roman, a pour intérêt d'abolir la distance temporelle entre le moment de la narration et le moment de l'histoire racontée, autrement dit, le lecteur sent qu'il n'y a pas de déphasage entre l'action et le moment de sa narration, ce qui permet, d'ailleurs, au présent temps de discours de devenir un temps du récit par excellence. En effet, le présent, commutant avec le passé simple, joue dans ce cas un rôle purement narratif, et met les faits en relief tout en les actualisant ; par conséquent la totalité de l'instance énonciative se déplace au moment des événements afin qu'ils appartiennent au présent de l'interlocution et que le lecteur ait l'impression d'assister en direct à l'histoire.

Dans leCrime Parfait,on relève plusieurs occurrences du présent historique permettant la création d'effets stylistiques particuliers, proches de l'hypotypose. L'hypotypose, qui peint les choses de manière si vive qu'elle les met en quelque sorte sous les yeux. De même, ce présent historique vise à produire une impression d'immédiateté, en donnant à voir les faits comme s'ils étaient contemporains de leur énonciation par le narrateur et/ou de leur réception par le lecteur.

On relèvera également des cas de présent qui traduisent une vérité générale.

« Malgré tout, les journalistes sont majoritairement titulaires de baccalauréat » (p, 66)

Ce présent, ici, a une valeur omni temporelle. On sait que partout pour aller à l'école de journalisme et sortir journaliste, il faut au minimum le baccalauréat.

« Le changement est la nature de la démocratie tout comme la métamorphose est la nature des êtres vivants. » (p, 98)

Pour dire qu'en démocratie, l'alternance est un principe infranchissable.

I.4. Valeur des indicateurs temporels

Plusieurs catégories d'indicateurs temporels sont employées dans le crime parfait. Chaque catégorie à une valeur dans le roman.

Ainsi, on a primo, les expressions déictiques et anaphoriques qui situent le contexte:

« Maintenant, le régime dictatorial du président Zami Zama a pris fin. » (p, 144)

« Aujourd'hui il est connu partout ». (p, 147)

« Je l'ai trouvée très belle ce jour-là » (p, 73)

Ces expressions proposent un repérage contextuel.

Secundo, on a les dates historiques,

«Elle est domiciliée au secteur 48 de la ville de Jouvantou. Les deux inculpés connaissent les mêmes chefs d'accusation : Complicité de meurtre, tentative d'assassinat, et assassinat de Juliette Kabèga le 13 avril 20... » (p, 168)

Ces dates historiques proposent un ancrage chronologique.

I.5. Valeur du passé composé

Le passé composé a plusieurs valeurs parmi lesquelles nous pouvons retenir

Ø Valeur d'accompli

À la page 14, il est question d'un procès antérieur à la période dont on parle, et on veut signaler sa trace dans cette période. C'est la valeur accomplie du passé composé.

« C'est sur elle qu'on a tiré »

Ø Valeur d'antériorité

À la page 167le narrateur met en exergue la valeur temporelle d'antériorité du procès.

« Beaucoup de faits m'ont étonné depuis le début des évènements, dit le capitaine de la gendarmerie »

I.6. Valeur de l'imparfait Itératif

« Éricse rendait souvent dans la famille de la jeune fille » (p. 62)

L'auteur, en employant cette forme d'imparfait, a voulu souligner l'aspect fréquentatif de l'action. Cela traduit des actions répétées.

II. LA PORTéE DE L'ORDRE TEMPOREL DANS LE CRIME PARFAIT

II.1- Portée des scènes

Le crime parfait présente plusieurs scènes narratives mettant sur pied d'égalité récit et histoire, donnant à penser à une certaine immédiateté des faits, autrement dit le lecteur sent qu'il y a un certain synchronisme entre les actions étalées et le moment de leurs narrations. Ainsi ce fait illusionne le lecteur en lui permettant de s'imaginer impliqué dans l'histoire à l'image des scènes théâtrale où toutes les actions se passent sous les yeux de ceux qui les regardent.

À la page 103,« une vive discussion commence entre les organisateurs et les policiers. Les jeunes s'agitent. Ils insultent les policiers. Ceux-ci ne sont pas non plus venus pour entendre raison. Ils sont là pour interdire une marche illégale. Les élèves et les étudiants se déchainent sans la permission des organisateurs de la marche. Ils foncent sur les policiers... »

L'auteur raconte en détail l'action qui se déroule.

Il fait parler les personnages,

« Militants et militantes,je suis désormais convaincu. Les élèves et les étudiants, dispersés dans les quatre coins du pays, m'ont envoyé des messages. Ces messages disent presque la même chose. Les élèves et les étudiants me demandent de mettre en place le protocole qui se chargera de mon investiture à la présidence de la république. » (p, 113)

Il décrit le décor, l'ambiance, à la page 119,

« C'est à onze heures trente minutes que la voiture Mercedes 250 C du professeur Zaki Zaka s'est garée à l'école primaire Silaye située dans un quartier populaire de la capitale. Le professeur ZakiZaka est inscrit au bureau de vote n°2. Il est accompagné par plusieurs leaders de l'opposition politique. Dès son arrivée, les journalistes bloquent le passage. Ils veulent lui arracher quelques mots. »

Ceci permet donc à l'auteur de ralentir le rythme du récit. Il donne l'illusion au lecteur que le temps du récit reproduit fidèlement le temps de l'histoire. tR= tH

II.2- Portée des pauses

Elle provoque un effet de ralentissement.

Àtravers les pauses, l'auteur met en cause l'illusion romanesque.Cela lui permet d'intervenir en personne dans son récit, par exemple pour donner son avis, porter un jugement sur son personnage.

À la page 45, « en période de paix les élèves et les professeurs ne sont pas de bons amis. Les élèves disent que les professeurs n'aiment pas le travail. Aussi, manquent-ils de savoirs approfondis, ils se plaisent dans les à priori et font de l'à-peu-près ».

L'auteur étant un enseignant, et connaissant les élèves, marque une pause pour commenter la relation qui prévaut entre élèves et enseignant en temps de paix.

Certaines pauses marquées dans le roman proposent de compléter des informations sur des éléments factuels ou culturels.

« Aujourd'hui je donne raison à l'écrivain français Jean Jacques Rousseau qui disait dans son ouvragelettre écrite de la montagne, huitième lettre : « la pire des lois vaut encore moins que le meilleur maitre ; car tout maitre a des préférences, mais la loi n'en a jamais'' ». (p, 150)

On résume en disant que dans le crime parfait, on assiste à plusieurs pauses qui permettent à l'auteur de faire des descriptions afin d'apporter plus de détails. Cela permet sans doute au lecteur de mieux fixer sa compréhension

II.3- Portée des ellipses

L'ellipse a une fonction déterminante dans le roman. Ainsi, le recours aux ellipses est très important dans la construction événementielle de l'oeuvre le Crime Parfait, permettant ainsi à l'écrivain de faire appel à l'esprit et l'imagination de lecteur pour l'appréhension de l'histoire, car « même si le propos de l'auteur, soutient Sartre, est de donner la représentation la plus complète de son objet, il n'est jamais question qu'il raconte tout, il sait plus de choses encore qu'il n'en dit.(Jean-Paul Sartre, Situation II, éd, électronique)

II.4 -Portée des analepses

L'auteur de « lecrime parfait », en commençant par l'assassinat de Juliette avant de revenir sur les dessous du crime, les motivations du crime, et même sur le vrai auteur du crime, déplace l'intérêt du lecteur : la conséquence de l'histoire lui étant connue, ce n'est plus le désir simple de savoir la suite qui le meut, mais une curiosité plus complexe, et sans doute plus mélancolique: celle de connaître les rouages inflexibles d'une intrigue de prédestination.

II.5- Portée des prolepses

L'usage des prolepses est une technique très intelligente qui permet de capter l'attention du lecteur dès le début et le frustrer pour le forcer à progresser dans l'histoire.

Les prolepses, dans le crime parfait, ont une fonction d'annonce; elles concourent à établir la cohérence à long terme du récit. De façon plus générale, en disant maintenant (dans R) ce qui adviendra plus tard (dans H), l'auteur fait peser sur le récit un certain poids destinal.

« Un pouvoir vieux de vingt-sept ans va prendre définitivement fin au grand bonheur de tout un peuple. Ce sera la fin du césarisme et de la république bananière. Le peuple se réveillera et exigera des comptes à ceux qui ont plongé le pays dans le marasme économique pendant près de quatre décennies. Le peuple leur demandera de quel droit ils ont scellé l'avenir d'une nation pendant trente-sept ans. » (p, 126).

En définitive, le crime parfait est caractérisé par des va-et-vient. Cela n'est pas anodin, mais d'une importance capitale. Ce sont ces retours en arrière dans le récit qui nous donnent à voir une meilleur lisibilité et compréhension du l'histoire. Si le narrateur n'a pas eu recours à ce type de technique, le lecteur ne saurait jamais bien connaitre certains personnages et même les antécédents du crime qui ont motivé le forfait. Avec un tel usage du temps, le récit perd sa linéarité, le fil du temps rompu se brise et se retourne, nous permettant ainsi de considérer le roman comme un roman à temps anachronique.L'analepsepermet de faire des retours dans le passé tandis que la prolepse permet de faire des anticipations sur l'avenir. L'auteur utilise donc ces figures pour caser les indices sur l'intrigue dansl'histoire de manière discrète. Cette déformation temporelle est utilisée à des fins esthétiques.

CONCLUSION PARTIELLE

Nous pouvons retenir de cette partie que le choix de l'auteur d'employer tel ou tel temps verbal, les distorsions temporelles, l'option pour une telle structure temporelle s'interprètent sur plusieurs plans.

D'abord il y a le souci de respecter certaines règles d'écriture propre au siècle présent ou encore de respecter les règles en matière de normes grammaticales. Il y a aussi quele changement des temps dans les textes versifiés obéit à un certain nombre de tendances, qui assurent sa fonctionnalité narrative.

Notons également la recherche de l'esthétique. En effet, l'auteur, dans sa logique en optant pour cette formule, vise à émerveiller le lecteur à travers cette technique d'écriture qui lui est spécifique.

CONCLUSION GÉNÉRALE

L'étude que nous avons menée sur la temporalité narrative et sur l'ordre temporeldu récit dans le roman, le Crime Parfaitd'Adama Amadé SIGUIRÉ, nous a permis de faire une approche définitionnelle de certaines notions clés, d'analyser le corpus et d'interpréter le choix de l'auteur pour cette construction temporelle du récit.

Afin de mener à bien cette analyse, notre plan est composé de trois chapitres intitulés respectivement : la Notion du temps et d'ordre temporel, de l'étude de la temporalité narrative et la portée de cette temporalitédans l'oeuvre.

le premier chapitre à savoir l'étude notionnelle du temps et d'ordre temporel, a consisté dans un premier temps, àla définition du temps selon les différentes acceptions. Dans unsecond temps il a été question d'étudier les différents temps verbaux dans l'univers romanesquepuis terminer par l'étude de la temporalité dans un récit. Cela nous a permis d'aborder en détail la structure temporelle et le concept d'ordre temporel dans un récit.

Le second chapitre de notre étude a porté sur l'analyse du corpus. Dans ce chapitre nous avons d'abordprésenté l'auteur et son oeuvre à travers un bref résumé de l'oeuvre et dela bibliographie de l'auteur. Nous avons également relevé les procédés narratifs dominants dans le roman avant d'aborder le second point qui porte sur l'étude de la temporalité dans le dit roman. Pour ce faire, dans le premier élément, nous avons vu qu'il était possible de résumer la vie d'un personnage en quelques phrases. On a aussi, pour l'étude du corpus, procédé à l'étude temporelle qui nous a permis derelever les différents temps verbaux employés dans le roman afin de permettre une évolution cohérente du récit. Dans le second élément, nous avonsanalysé les différents mouvements temporels dans le corpus. Cela a permis de releverque dans le récit il y a quatre mouvements temporels, qui composent la durée, la pause, la scène, le sommaire et l'ellipse.L'analyse de la récursivité dans le roman a permis de relever que le roman LeCrime Parfait,raconte une fois ce qui s'est passé une fois. Ce qui nous a amené à conclure que c'est un récit singulatif.

Troisièmement, la recherche nous a amené à étudierl'ordre temporeldu Crime Parfait.Ilest ressorti que l'histoire racontée dans le crime Parfait n'est pas isochronique. Elle est plutôt anachronique. Deux sortes d'anachronies narratives ont été de ce fait relevées. On a, primo, les analepses ou retour en arrière (flash-back) où l'auteur opère des descriptions ou complète une information en vue de combler une lacune du récit. Secundo, les prolepses ou anachronies prospectives ou encore anticipations où l'auteur fait une projection en avant; anticipe sur l'histoire en annonçant dès l'entame la mort de Juliette avant de revenir par la suite sur les circonstances qui ont motivé le forfait. Ainsi, il est ressorti que les histoires véhiculées par Lecrime Parfait présente des anachronies ;ce qui a provoqué en deuxième lieu la distorsion temporelle, car dans ce roman, le narrateur ne cesse un instant de faire des retours en arrière pour savoir ce qui se passe dans l'histoire de l'assassinat. Secundo, nous avons relevé une autre anachronie, cette fois c'est une anachronie qui s'inscrit dans l'ordre spatial. Ainsi à l'image de la distorsion de la structure narrative du roman, le système spatial, lui aussi, est en disjonction apparente. Le roman présente, en effet, deux espaces d'ordre différents : d'un côté il y a les espacesdans l'histoire de l'assassinat qui sont des espaces traduisant la peur, le dégout, et souvent paradisiaque, sinon féérique. De l'autre côté, il y a les espacesdans l'histoire des élections qui sont des espacesbouillants, animés.

Le troisième chapitre a porté surl'interprétation des résultats de l'analyse.Cette étude a été fait en deux autres points à savoir la valeur de l'usage des temps verbaux et la portée de la structure temporelle dans le roman. Pour le premier point nous avons vu que chaque temps employé avait une valeur dans le récit. Nous avons également vu que l'auteur a préféré raconter l'histoire au présent afin de ne pas créer une distanceentre le moment de narration et le moment de l'histoire racontée.

Au deuxième point, il a été question d'interpréter la portée de la structure temporelle du roman.

Au bout du compte, l'étude du temps du récit dans l'oeuvre de Adama Amadé SIGUIRÉLe Crime Parfait,nous a conduit à déceler la portée de la donnée temporelle sur le tissu événementiel du récit et, en même temps l'influence, de cette même donnée temporelle sur le processus de la remémoration qui sert de son côté l'Histoire en tant que telle. La portée de cette construction temporelle a une valeur incommensurable car elle répond à un besoin esthétique ou d'ordre normatif. Elle permet une lisibilité et une meilleure compréhension de l'histoire. Cela dit, à partir d'un fragment d'un temps vécu, l'auteur du romanLe Crime Parait, a pu reconstruire et réécrire un fragment d'histoire, pas comme le font les historiens et spécialistes de ce domaine mais sous une forme poétique atténuant ainsi les faits et les rendant plus esthétiques tout en conscientisant la nouvelle génération.

Toutefois, des études ultérieures dans ce sens pourront approfondir cette recherche en poussant plus loin la recherche dans les moindres détails.

BIBLIOGRAPHIE

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LES ARTICLES

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- TODOROV, Tzvetan, Les catégories du récit littéraire, in « Communications », 8, 1966. pp, 125-151.

TABLE DES MATIÈRES

Dédicace I

INTRODUCTION générale 1

CHAPTITRE I : APPROCHE THÉORIQUE ET CONCEPTUELLE 5

I. La notion de temps 5

I.1. Le temps phénoménologique 6

I.3. Le temps anthropologique 6

I.4. Le temps objectif 7

I.5. Le temps linguistique 7

II. LES TYPES DE TEMPS DANS L'UNIVERS ROMANESQUE 8

II.1 Les temps externes 8

II.2. Les temps internes 9

II. 3 Les temps verbaux 10

II.3.1 Notion de verbe 11

II.3.2 Le procès 11

II.3.3 Le prédicat 12

II.3.4 L'aspect 12

II.3.5 L'opposition imparfait/passe simple 13

II. 3.5- 1. L'opposition aspectuelle entre imparfait et passé simple 13

II.3.5- 2. La mise en relief 13

II.3.5- 3. L'imparfait de rupture 14

II.3. 6 L'aspect itératif 14

II.3.7 le passé composé 15

II.3.7- 1. Valeur d'accompli/ d'inaccompli/ d'antériorité 15

II.3.7- 2. Un temps peu narratif 16

II.3.8. Le présent 17

II.3.8- 1. Présent d'énonciation 17

II.3.8- 2 Le présent de description 17

II.3.8- 3 Le présent d'habitude 17

II.3.8- 4 Le présent du passé récent 18

II.3.8- 5. Le présent du futur proche 18

II.3.8- 6 Présent gnomique 18

II.3.8-7 Présent historique 18

II.3.8-8 Présent de narration 19

II.3.8 Les indicateurs temporels 20

II.3.9. La double référence temporelle des récits 21

III. LA TEMPORALITÉDANS UN RÉCIT 22

III.1. Temps du récit/temps des évènements 22

III.2. Ladurée 22

III.2.1 La vitesse du récit 23

III.2.2 La scène 23

III.2.3 La pause narrative 24

III.2.4 Le sommaire. 25

III.2.5 L'ellipse 26

IV. NOTION D'ORDRE TEMPOREL 26

IV.1. L'ordre linéaire 27

IV.2. L'anticipation ou prolepse 28

IV.3. Le retour en arrière, le flash-back ou l'analepse 29

IV.4. La fréquence 30

CONCLUSION PARTIELLE 31

CHAPITRE II. PRESENTATION ET ANALYSE DU CORPUS D'ÉTUDE 32

I. Présentation de l'auteur et de l'oeuvre 32

I.1 Présentation de l'auteur 32

I.1.1 Biographie et bibliographie 32

I.1.2 Principes esthétiques de l'auteur 33

I.1.3 Procédés stylistiques et narratifs 33

I.2 Présentation de l'oeuvre. 34

I. 2.1 Résumé de l'oeuvre 34

II. ANALYSE DU CORPUS 35

II.1 Étude temporelle 35

II.1.1 la manifestation du temps dans le roman 35

II.1.1.1 Les indicateurs temporels 35

II.1.1.2 Usage narratif des temps verbaux 36

a- Le procès 37

b. Le prédicat 37

c. L'opposition aspectuelle entre l'imparfait et le passé simple 37

d. La mise en relief 38

e. L'imparfait de rupture 38

f. L'imparfait itératif 39

g. Usage narratif du passé composé 39

h. Le présent 40

h.1 Le présent d'énonciation 40

h.2 Le présent du passé récent 41

h.3 Le présent du futur proche 41

h.4 Le présent gnomique 41

h.5 Le présent de narration 42

II.2 LES MOUVEMENTS TEMPORELLES DANS LE ROMAN 42

II.2.1 la scène 43

II.2.2 La pause 44

II.2.3 Le sommaire. 45

II.1.4 L'ellipse. 46

II.2. La récursivité dans le roman (la fréquence) 46

III. l'ordre temporelle du `'LE crime parfait `' 47

III.1 les Analepses 47

III.2 La prolepse 48

III.3 La distorsion temporelle 49

III.4 Temps du récit : les récits en rupture dans Le crime parfait 50

Conclusion partielle 53

CHAPITRE III : PORTÉE DE LA TEMPORALITE DANS LE ROMAN LE CRIME PARFAIT 54

I. VALEURS NARRATIVES DES TEMPS VERBAUX DANS LE Crime Parfait 54

I.1. Valeur du prédicat 54

I.2. Valeur de l'opposition passé simple/imparfait 55

I.3. Valeur du présent 56

I.4. Valeur des indicateurs temporels 57

I.5. Valeur du passé composé 58

I.6. Valeur de l'imparfait Itératif 58

II. LA PORTÉE DE L'ORDRE TEMPOREL DANS LE CRIME PARFAIT 58

II.1- Portée des scènes 58

II.2- Portée des pauses 59

II.3- Portée des ellipses 60

II.4 - Portée des analepses 60

II.5- Portée des prolepses 60

Conclusion partielle 61

CONCLUSION GÉNÉRALE 62

BIBLIOGRAPHIE 64






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"Soit réservé sans ostentation pour éviter de t'attirer l'incompréhension haineuse des ignorants"   Pythagore