Envoyé Spécial : une approche de l'environnement à la télévision française (1990-2000).( Télécharger le fichier original )par Yannick Sellier Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master 2 Histoire et Audiovisuel 2007 |
B- Le « principe de précaution » à l'écran.Au cours de l'entretien suivant la diffusion du reportage « Octobre rouge » le 10 juin 1993, le commandant français du sous-marin L'inflexible fait mention d'une « culture de sûreté » qui serait propre aux Français. Le « manque de culture de sûreté » est encore formulé comme un reproche dans le reportage « Ignalina, mon amour » diffusé le 27 novembre 1994. Enfin, Hervé Bernard, commissaire à l'énergie atomique, parle d'une « culture de sûreté » différente après la diffusion du reportage « Les portes de l'enfer » le 9 mars 1995. Cette « culture de sûreté » est à chaque fois rattachée à un domaine précis, à savoir la maîtrise des effets sur l'environnement de l'utilisation de l'énergie nucléaire. Plus largement, cette expression rend compte d'une relative assurance, d'une confiance dans les installations françaises, de divers responsables et administrateurs, civils ou militaires. En 1999, l'Institut français de l'environnement (IFEN) conclue encore son état des lieux par ce propos rassurant : « Notre pays semble moins vulnérable que ses voisins aux catastrophes naturelles et technologiques »96(*). L'Etat, qui s'est doté, au cours des années 1980 et 1990, d'un arsenal juridique pour mieux contrôler les effets de l'activité humaine sur son environnement, croit donc, jusqu'en 1999, maîtriser ces effets. L'instauration du « principe de précaution », inscrit dans la loi du 2 février 1995 relative à la protection de l'environnement, correspond, dans l'esprit du gouvernement et de la haute administration, à l'amélioration nécessaire mais marginale d'un système de protection qui fonctionnerait déjà plutôt bien. Cette loi précise : « En l'absence de certitude, compte tenu de l'état des connaissances scientifiques et techniques du moment, la menace d'atteintes graves et irréversibles doit conduire à l'adoption de mesures proportionnées à un coût économiquement supportable. »97(*) Reste à identifier les « atteintes graves et irréversibles », et à les considérer comme des « menaces ». Ceci n'est pas une tâche facile étant donné la faible propension des pouvoirs publics (cf. la « culture de sûreté ») et des scientifiques dans leur ensemble (cf. la tempérance de leurs propos) à reconnaître la gravité d'une situation. Pour s'en rendre compte et rendre compte de l'action du magazine Envoyé spécial, voyons le cas de l'amiante. * 96 Allemand Sylvain, « Environnement où en est-on ? », Sciences Humaines, n°130, août-septembre 2002, p. 10 * 97 Ashiéri André, « Santé-environnement, défi pour le troisième millénaire », dans Alliage, n°48-49, automne 2001, p. 179 |
|