ANNEXE X. Retranscription de l'entretien n°1.
Quel a été votre parcours professionnel
?
Alors, j'ai été diplômée en 2007.
J'ai travaillé un mois en chirurgie orthopédique, de jour et de
nuit. Et, ensuite, j'ai fait six mois à l'hôpital, en
dermatologie. Pendant, ces six mois, j'ai passé mes concours de
Puéricultrice, et je suis rentrée en école de
puéricultrice en 2008. J'ai suivi mes études janvier à
décembre moi. Et, du coup, je suis en ambulatoire depuis janvier
2009.
Qu'est ce qui a motivé votre projet de
puéricultrice ?
Ah euh... Ça, ça a toujours été.
J'ai toujours été beaucoup avec les enfants. Jeune, j'avais
passé mon BAFA... Voilà, j'ai toujours voulu faire ça. Et
puis, à la fin de mes études infirmières, j'ai
réussi à faire pas mal de stages avec les enfants. J'ai
passé mon diplôme en pédiatrie, néonatalogie... J'ai
fait de la maternité, j'ai été en halte-garderie. Et
d'autres encore, mais c'est tellement loin.
Selon vous, que vous a apporté ce parcours dans
votre pratique professionnelle actuelle ?
Je réfléchis parce que l'année de
puériculture est vraiment très serrée, on voit vraiment
beaucoup de choses... Alors moi, j'ai appris plein de choses parce que j'avais
quand même travaillé un petit peu, mais pas
énormément, au contact des enfants... Mais, je ne sais plus, du
coup, ce qui me sert au quotidien. Infirmière, on fait vraiment un tout
petit module sur la pédiatrie. Alors que là, on détaille
vraiment tout, de la naissance à dix-huit ans, et puis tous les
domaines. Ça passe du milieu hospitalier, à l'extrahospitalier...
On parle vraiment de tout, donc, c'est très complet. Il y a une partie
sur l'enfant sain, donc, tout son développement (à quel âge
il fait quoi, un peu tous les apprentissages). Et sur l'enfant malade,
hospitalisé, donc toutes les différentes pathologies qu'il peut y
avoir. Et après, il y a tout de la naissance en fait ; la partie
accouchement, nouveau-né, maternité, tout ça. C'est
vraiment global. Et ça va aussi jusqu'aux modes de garde, la
crèche, la PMI. C'est très complet, c'est beaucoup plus
détaillé que ce que l'on voit à l'école
d'infirmière. Moi j'ai appris énormément, après,
selon l'endroit où
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l'on travaille, il y a des choses dont on se sert plus ou
moins...
Qu'est ce qui a motivé votre envie d'être
puéricultrice, en tant que jeune diplômée ?
Moi quand j'ai eu mon diplôme d'infirmière, je
voulais travailler pour avoir de l'argent... Et en fait, j'ai été
un mois ici, après à l'hôpital. J'ai dit que je voulais
être puéricultrice mais ils m'ont mise en dermatologie... donc,
j'étais avec les personnes âgées, ce qui n'était pas
mon truc. Après j'ai appris beaucoup de choses parce que, de travailler,
ça permet quand même d'apprendre à gérer son
service, d'apprendre beaucoup de choses, etc. Mais du coup, je me suis dit
« si j'attends qu'ils me mettent avec les enfants, avant de passer mon
concours, je vais attendre des années... ». Et je voulais vraiment
faire ça. Et comme j'ai réussi à avoir le concours
directement, j'y suis allée. Je me suis dit "au moins, une fois que je
serais puéricultrice, je serai avec les enfants quoi, je serais dans des
services euh...". Il y a des infirmières en pédiatrie à
l'hôpital mais ça dépend des besoins qu'il y a, quoi.
Donc, cela fait maintenant huit ans que vous avez le
diplôme de puéricultrice... Par rapport, à votre pratique
en tant que jeune diplômée et celle d'aujourd'hui, y a-t-il des
choses que vous faites différemment aujourd'hui ?
Il y a surement des choses qui ont changé, oui...
Après, je suis là depuis un moment. Du coup, j'ai l'impression de
moins évoluer maintenant. Il y a des choses qui ont changé dans
le service, mais j'ai l'impression de stagner un peu maintenant. Le fait
d'être depuis un certain temps dans le même service, ça...
On fait que de la chirurgie, donc c'est très ciblé quoi.
Après, je pense que dans ce que je fais, du coup, je pense que je
maîtrise assez bien. Mais, on me remettrait sur des choses que je n'ai
pas faites depuis longtemps, je pense que ça serait difficile, comme
tout le monde.
D'accord. Autrement, selon vous, comment les
petits-enfants appréhendent l'hospitalisation ?
Alors en fait, nous, ils sont envoyés par les
chirurgiens qui décident de l'opération. Ils voient ensuite,
systématiquement, l'anesthésiste, avant de se faire
opérer. Et, après, on a un parcours dans la clinique qui existe
pour l'instant, c'est le parcours "prévenance". En fait, les enfants
peuvent rencontrer l'infirmière, le jour où ils voient
l'anesthésiste. On fait les dossiers avec les
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parents, on explique tous les papiers etc. Mais ça nous
permet de déjà rencontrer l'enfant, de lui expliquer la tenue,
lui expliquer un petit peu le déroulement, tout ça. On a des
petits livrets SPARADRAP aussi que l'on peut leur donner. Je ne sais pas si tu
connais... mais il y en a sur "je vais me faire opérer", où
déjà, ça permet de repérer la tenue des personnes
qui sont au bloc, sa petite tenue à lui, le masque pour s'endormir, des
petites choses comme ça... Voilà, ça leur permet de leur
montrer... Avant qu'il y ait ce parcours, moi j'étais vraiment là
que pour les enfants. Du coup, quand ils venaient réserver leur chambre,
les parents pouvaient venir me voir pour que je leur explique tout ça.
Mais avant c'était en tête à tête avec moi (moi et
l'enfant). Maintenant, c'est avec ce parcours là, mais il y en a qui ne
suivent pas ce parcours, qui n'ont pas ces informations-là. Par contre,
au téléphone, on a tous les patients la veille qui viennent se
faire opérer, où on leur dit à quelle heure rentrer, on
leur donne les petits conseils : d'être bien à jeun, les papiers,
s'ils ont des questions etc. Ceux que l'on rencontre ça peut aider
à préparer l'enfant, sinon c'est eux qui préparent seuls
mais...
Et avez-vous remarqué une différence de
comportements chez les enfants avant/après ce parcours
"prévenance" ?
Avant, quand ils me voyaient, moi, la première fois, et
qu'ils me voyaient, moi, après : je voyais vraiment une
différence, oui. Ils étaient contents de me voir, ils se
souvenaient de mon prénom, et du coup ils arrivaient plus
rassurés. Parce que là du coup, l'entretien c'est bien. Ca
explique bien aux parents, tout ça, mais ils ne revoient pas la
même personne le jour j. Moi, je voyais vraiment l'effet
bénéfique. Plus que là, où c'est plus niveau
administratif que pour l'anxiété de l'enfant par exemple. Ca a
beaucoup changé l'ambulatoire depuis quelques années
là...
Et, selon vous, comment les enfants
appréhendent-ils l'amygdalectomie ? Peuvent-ils redouter la douleur de
l'intervention par exemple...?
Alors, je ne sais pas... c'est plus, le fait d'être
opérer et la séparation des parents. Parce que là du coup,
ils sont installés en chambre directement. Souvent les parents sont avec
les enfants directement. Ils les accompagnent jusqu'à la porte du bloc
et la séparation se fait avant qu'ils soient endormis. Mais, en salle de
réveil, ils sont sans les parents... Après ça se passe
globalement bien, il y en a qui sont plus stressés que d'autres mais...
Il y a un anesthésiste, sur la clinique, qui fait venir les parents en
salle de réveil, une fois qu'ils sont ex-tubés. Il y en a
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qu'un seul qui le fait. Les autres ne le font pas car les
locaux ne sont pas du tout adaptés. C'est une grande salle commune la
salle de réveil. Tout le monde a vue sur tout le monde, alors ce n'est
pas évident niveau... Parfois, il y des parents qui ne sont pas bien, ce
n'est pas top.
Par rapport à votre prise en charge
préopératoire, y-a-t-il des actions que vous mettez en place dans
votre prise en charge qui seraient propre à vous, qui seraient fruits de
votre expérience ?
On est deux puéricultrices ici, on fait à peu
près pareil toutes les deux. C'est moi qui l'ai formée donc...
Moi, je commence toujours par la partie administrative parce que c'est plus
enquiquinant et tout ça. Et après, il y a toujours un moment
où je parle avec l'enfant. Selon son âge, je lui demande quel
âge il a... des petites questions simples, pour le faire parler un peu.
Et, je leur donne toujours mon prénom, pour qu'ils puissent m'appeler
par mon prénom, des petites choses comme ça. Dans le but,
d'établir un peu un lien de confiance. Les amygdales, ils sont là
toute la journée, donc ils me voient, moi, toute la journée en
fait. C'est la même personne qui est là toute la journée.
Ce suivi-là, que l'on met en place, c'est plus rassurant, de voir
toujours la même personne. Je pense que le fait de connaître mon
prénom, même les parents ils peuvent s'en servir... Alors, il y en
a qui ne s'en servent pas du tout, d'autres si. Ca dépend un peu de
chacun mais le fait de voir toujours la même personne, je trouve que
c'est un plus. C'est plus facile. Quand certains jours, pendant les vacances
par exemple, je vais en avoir quinze, c'est beaucoup. Les collègues
veulent venir m'aider, mais en fait, je n'aime pas ne pas faire les
entrées parce que ça permet de les repérer, et eux de me
repérer... Je trouve qu'après, je suis moins... J'ai plus de mal
dans la prise en charge, il n'y a pas eu ce lien depuis le début en
fait. Ca n'est pas un élément précis, mais : mettre en
place une relation, qu'ils aient confiance. Avec l'enfant, mais avec les
parents aussi du coup.
D'accord. Sinon, vous m'avez parlé des livres
SPARADRAP, disposez-vous d'autres ressources pouvant être mises en place
dans le cadre de la gestion de l'anxiété
préopératoire ?
Moi, j'explique le déroulement : qu'ils vont venir se
faire opérer etc... J'explique la petite tenue. Après, souvent il
y a l'anesthésiste qui passe les voir. Certains anesthésistes
mettent une prémédication. Soit en suppositoire, soit en sirop,
ça dépend. Après, je leur explique le parcours : que les
parents peuvent les accompagner jusqu'à la porte du bloc et puis
voilà.
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Comme ça, l'enfant n'attend pas tout seul. Parfois il
peut attendre un quart d'heure à la porte du bloc, donc, là du
coup, ils sont autour de lui. Mais en fait, quand ils font la
séparation, quand les personnes du bloc viennent chercher l'enfant, ils
s'occupent de lui tout de suite. Ils l'endorment rapidement après. Ils
ne le font pas attendre, comme les adultes peuvent attendre dans le couloir...
Le fait d'attendre peut être une situation anxiogène pour les
enfants...
Avez-vous recours à la distraction par exemple ?
ou à l'hypnose ?
Les petits, surtout, ont du mal à se détacher
des parents. Parfois, ils vont dans les bras des parents, ça les rassure
plus. Après il y a quelques temps, c'est moi qui les emmenais au bloc et
qui les ramenais. Et, du coup, comme je les avais déjà vus avant,
ça facilitait... Là, ce sont des brancardiers qui viennent les
chercher. Ça m'est arrivé de porter des enfants de huit ans parce
qu'ils ne voulaient pas aller dans le lit. Ils avaient trop peur. Maintenant,
je ne le fais plus car l'organisation fait que ça n'est plus possible.
La charge de travail...
La qualité de cette relation de confiance entre
vous et l'enfant, peut-elle être le fruit de votre expérience
?
Ah oui, oui, oui. Après, ça dépend.
Parfois, la relation passe tout de suite. D'autres fois, moins bien...
Après, ce n'est pas toujours facile de savoir pourquoi mais... D'un
enfant à l'autre, c'est très différent. Il y a ceux qui
parlent beaucoup, d'autres qui ne parlent pas. Il y en a pour leur faire
décrocher un mot de la journée, ce n'est pas facile. D'autres qui
parlent tout le temps... Ca dépend.
Oui. Disposez-vous, à la clinique, d'un moyen
d'évaluation de l'anxiété ? comme une échelle par
exemple ou... ?
Non, c'est plutôt subjectif... Chaque soignant juge
selon son observation. Après c'est comme la douleur, moi, je me fie
à l'échelle mais aussi beaucoup au comportement, hein. Chez
l'enfant, déjà, souvent ils dorment un peu... Après
suivant s'ils sont agités, s'ils sont au calme, s'ils jouent : il y en
ils passent leur après-midi à jouer. Un enfant qui joue, c'est un
enfant qu'est bien. Moi c'est plus là-dessus, sur le comportement, s'il
parle, s'il parle pas, s'il joue, si... C'est révélateur.
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D'accord. Concernant les parents, quelle place leur
donnez-vous dans le service ?
Alors, on fait avec eux. Après, parfois, ils ne sont
pas du tout rassurants pour l'enfant... Mais, en ambulatoire, ils ont tendance
à être là de moins en moins de temps, donc il faut qu'ils
sachent gérer, après, pour la sortie. Les parents, on ne peut pas
les mettre de côté. Moi, du coup, je m'axe beaucoup sur les
parents parce que s'ils n'arrivent pas à lui donner un
médicament, par exemple, le jour de l'opération : à la
maison, ils n'y arriveront pas non plus. Donc, j'ai tendance à beaucoup
faire avec eux plutôt que de faire à leur place. Il y a des choses
que je n'ai pas le choix, que je fais moi-même : enlever la perfusion
etc. Tout ce qui est médicaments per os, j'essaie de responsabiliser
tout de suite dans la prise en charge et au traitement pour la sortie.
Après, surtout avant le bloc, je vois les parents qui pleurent juste
avant que l'enfant entre dans le bloc... c'est flagrant, ils stressent l'enfant
quoi. Les parents qui sont hyper inquiets, ils transmettent, sans le vouloir,
l'inquiétude aux enfants. Les enfants, plus ils sont
préparés, plus ils sont rassurés. Alors entre deux et six
ans, il y a une différence. A deux ans, ils ne se rendent pas bien
compte... Mais à six ans, si on leur explique avec le petit livret,
qu'on leur détaille bien tout : ils peuvent avoir peur, mais ils
comprennent mieux ce qu'il se passe. Ils comprennent pourquoi ils sont
séparés, ils savent qu'ils vont retrouver les parents
après, ça, ils comprennent bien. Mais voilà, plus les
parents sont informés, mieux ils expliquent à l'enfant, et moins
il y a d'inquiétude. Le fait de savoir comment ils vont s'endormir, etc,
c'est des petits détails mais ça permet de visualiser. Ca permet
de repérer un peu, ça dédramatise un peu
l'opération.
D'accord, très bien. Ensuite, sur quoi porte
votre prise en charge postopératoire concernant la douleur ?
La douleur postopératoire de l'amygdalectomie est une
douleur plutôt forte, mais qui est plutôt bien
maîtrisée en fait. Maintenant, il y a beaucoup de
médicaments qui sont donnés dès le bloc opératoire,
grâce à la perfusion. Tous les enfants sont perfusés. Ils
n'attendent pas que l'opération soit finie, que les enfants soient
réveillés pour donner des antalgiques, ils donnent dès le
bloc opératoire. Ils en redonnent en salle de réveil. Et en fait,
après, ils sont sous Dopliprane et ils ont du Topalgic en si besoin,
entre les doses du doliprane, ou en même temps, ça dépend.
Globalement, ils sont bien. Ils boivent et ils mangent quatre heures
après l'opération. Ça joue sur la douleur, le fait qu'ils
boivent ou mangent du frais... On en reloge certains, c'est à dire
qu'ils ne peuvent pas rentrer chez eux le soir, mais c'est rarement à
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de la douleur.
Ah, quelle serait la cause ?
Parce qu'ils vomissent, parce qu'ils n'arrivent pas à
boire ou manger... Mais c'est rarement à cause de la douleur. Ils sont
parfois plus douloureux le lendemain, je trouve. Tous les enfants qui se font
opérer, on les rappelle le lendemain pour prendre des nouvelles, savoir
comment ils sont... Et en général, ils sont plus douloureux le
lendemain, je trouve. Je pense qu'il n'y a pas eu tout ce qu'il y a eu au bloc,
le jour de l'opération. Des fois, ils dorment très bien la nuit
par exemple, donc ils ont eu un antalgique le soir mais rien pendant la nuit
donc... Généralement, avec le Doliprane et Topalgic, c'est bien
géré je trouve.
D'accord, et, constatez-vous une douleur
postopératoire exprimée en lien avec le niveau
d'anxiété manifesté en préopératoire
?
Sur la gorge, pas vraiment... Sur la perfusion, peut
être plutôt. Par exemple, ils sont fixés sur la perfusion,
ils ne se plaignent que de la perfusion, en fait. Pour moi, c'est rassurant, je
me dis « la gorge, ils n'ont pas mal du tout en fait »... Ils
n'aiment pas la perfusion, ça, ça peut leur faire peur. Et je
dirais que leur peur de ça, fait qu'ils vont avoir mal. Mais sur
l'amygdalectomie en elle-même... pas franchement.
Si, vous ne constatez pas forcément de lien
entre douleur postopératoire exprimée et niveau
d'anxiété préopératoire, est ce que vous remarquez
un lien entre la douleur postopératoire et un autre facteur
?
C'est plus... Il y a vraiment des différences de
tempérament des enfants, plutôt. Il y en a qui vont pleurer en
salle de réveil, être agités... Dès qu'ils vont
retrouver les parents, ils vont se calmer tout de suite. Et l'inverse... C'est
plutôt l'inverse, on ne va pas les entendre, et dès qu'ils
retrouvent les parents, ils expriment tout ce qu'ils ont retenu en fait. C'est
comme s'ils se retenaient et, puis une fois qu'ils voient les parents : ils
s'autorisent à dire "j'ai mal je ne suis pas bien, j'ai ci, j'ai
ça". Du coup, ils pleurent un bon coup. Il y a un peu... Plus, je
dirais, oui, en fonction du tempérament, de l'éducation... Mais
c'est vrai que la douleur est bien gérée maintenant donc, c'est
difficile à expliquer, à évaluer.
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