4.2. Comparaison de la rentabilité
financière des SA de la zone
Les deux SA en application à Ibi-village et ses hameaux
demeurent rentables. Bien que le retour sur investissement des SAF soit
largement supérieur à celui de SAT, il est clair que
l'introduction des arbres augmente le coût d'installation du champ et
cela constituerait l'un des facteurs qui freinent l'épanouissement des
SAF dans la zone. Les résultats similaires à ceux-ci ont
été trouvés par Filius (1982), Dubé et al. 2002,
Edna (2007), Eboutou (2009), Magsi (2009) et Aboubacar (2014).
Bien que les SAF soient financièrement plus
intéressants au bout de 7 ans par rapport au SAT, les agriculteurs
d'Ibi-village et ses hameaux l'ont abandonné en faveur de ce dernier qui
donne un résultat satisfaisant juste à la deuxième
année. Les agriculteurs échantillonnés l'expliquent par
l'incertitude et les risques que comporte le secteur agricole dans le long
terme. L'expérience qu'ils ont acquise du feu de brousse sur les
Acacia est très déterminante
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dans la prise des décisions de long terme. Pour y
remédier, il est très important, pour eux, de mettre en place un
système de gestion préventive de ce fléau et/ou
d'identifier les arbres qu'ils jugent utiles parmi lesquels sélectionner
ceux qui peuvent résister aux feux. Enfin, mener une
sensibilisation-action afin de permettre aux paysans de la zone de prendre
conscience des méfaits des feux et d'améliorer leur
capacité de gérer ce fléau.

Figure 11 : Gestion du feu à Ibi-village
Lubalega (2006) ainsi Nsielolo et al. (2015) ont
trouvé que la fréquence de feu dans le plateau des
Batéké est très élevée pendant les saisons
sèches. Ce phénomène entrave la densification des savanes
et freine la régénération, ainsi que le processus de la
dynamique de l'évolution vers la forêt.
4.3. Déterminants du développement des
SAF à Ibi-village et ses hameaux
Il est connu que 72,22 % des agriculteurs
échantillonnés au cours de ce travail n'ont pas un niveau
suffisant d'instruction et ne possèdent pas assez de connaissance et
d'information sur l'approche agroforestière. En situation d'insuffisance
de l'information, les agriculteurs érigent leur décision sur
leurs perceptions, leurs expériences, leurs connaissances et
l'information qu'ils possèdent pour réaliser leur choix. Une
innovation perçue à ce moment-là comme risquée par
rapport à la situation à laquelle ils se trouvent ne sera pas
adoptée. Le niveau d'éducation de l'agriculteur ou son
accès à l'information est souvent favorable en toutes
circonstances à l'adoption des innovations (Rossy et al.,
2015).
La réussite de l'installation des champs agroforestiers
à Ibi-village et ses hameaux était fondée sur la
présence des soutiens matériels financiers et techniques
qu'accordait le GI Agro aux pauvres agriculteurs. Rappelons que ces derniers
avaient reçu et/ou continuent à recevoir de la part du GI Agro
les semences d'Acacia, ainsi que les frais de délimitation,
labour et hersage de leurs propres champs. Jusqu'à présent, les
agriculteurs continuent à attendre à ce que le GI Agro puisse de
nouveau intervenir pour la poursuite de la mise en place des SAF
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dans la zone. L'absence de l'accompagnement dans ce sens
parait défavorable au développement de SAF dans la zone. Un
résultat similaire à celui-ci a été observé
par Brootcorne, (2011) dans son analyse sur les facteurs d'adoption ou de
rejets de l'agroforesterie dans le cadre d'un projet en région
wallonne.
La solution à ce problème peut être
trouvée si et seulement si les agriculteurs étaient
accompagnés durant tout un cycle des SAF, c'est-à-dire qu'ils
aient les soutiens nécessaires pour mettre en place chaque année
et cela pendant 6 ans une parcelle agroforestière de la même
superficie afin qu'ils remettent de nouveau leurs cultures à la
septième année, après l'exploitation de bois dans la
première parcelle. Cette logique permettrait à rendre disponible
les revenus des agriculteurs et à déterminer les zones agricoles
dans le milieu, élément important pour la bonne gestion du
paysage.
En revanche, la diminution du revenu de manioc, l'augmentation
des coûts d'activités agricoles, la durée vécue au
village ainsi que l'augmentation de la durée du travail sont les
facteurs qui expliquent significativement l'abandon des SAF à
Ibi-village et ses hameaux. Globalement, les variables financières
bloquent l'adoption et le développement des nouvelles technologies
(Pottiez, 2006 ; Brootcorne, 2011 et Rossy et al., 2015).
Les agriculteurs sont hostiles au développement des SAF
lorsque ce système intervient dans le sens de diminuer le revenu de
manioc à court terme, d'augmenter les coûts d'activité
agricole et de la durée du travail. N'ayant pas nombreuses sources des
revenus palliatifs, les agriculteurs préfèrent le SAT qui leur
permet de récupérer leur investissement dès la
deuxième année et aller faire la même chose ailleurs.
L'idée ici est d'avoir le revenu et le manioc en permanence. En outre,
l'indisponibilité de la main-d'oeuvre familiale pendant la
période de pointe pour la protection des arbres contre le feu.
Mener des actions dans le sens de promouvoir l'association
arbre-manioc dans l'espace, bien sûr en tenant compte de l'utilité
de l'arbre pour les agriculteurs, peut déclencher l'adoption et le
développement des SAF dans la zone car ce système semble plus
proche du SAT quant à la disponibilité du manioc et des revenus.
Cela peut contribuer aussi à stabiliser les agriculteurs et à
résoudre les problèmes liés à la
disponibilité des terres agricoles. La promotion des vergers peut
être aussi favorable au développement de ce système car une
fois les arbres en maturité, le revenu devient permanent.
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