ORGANISME INTER ETATIQUE
REPUBLIQUE DU CAMEROUN

UNIVERSITE DE YAOUNDE II (SOA)

INSTITUT DE FORMATION ET DE RECHERCHE
DEMOGRAPHIQUES

FECONDITE DES ADOLESCENTES AU CONGO : RECHERCHE
DES FACTEURS EXPLICATIFS
28 ème Promotion
(2006-2008)
Mémoire de fin d'études
Présenté et soutenu par :
POUMBOU Frédéric
En vue de l'obtention du :
Diplôme d'Etudes Supérieures
Spécialisées en Démographie (DESSD)
Option : Collecte et analyse des
données
Directeur :
Dr. NOUETAGNI Samuel
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Lecteur :
Dr. ELOUNDOU-ENYEGUE Parfait
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Mentor : Dr. SCHOUMAKER Bruno
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Yaoundé, septembre 2008
|

DEDICACES
« De tout mon coeur, je veux te louer,
Seigneur, et raconter toutes tes merveilles. Je veux chanter victoire
grâce à toi, et te célébrer par mes chants, Dieu
très-haut. »
Ce travail est dédié à :
Ma mère LOTEBE JEANNE,
« Pour ton amour incommensurable et pour tous
les sacrifices consentis à la réussite de ton fils
dernier-né. »
Mon défunt père MOKEMIABEKA
Daniel,
« Que ce modeste travail fruit de notre optimisme
partagé te parvienne dans l'au-delà. »
Mes grandes soeurs : Brigitte,
Georgine et Thècle,
« Mes secondes mamans ! Sans votre amour et
votre soutien nous ne serions parvenu à ce stade. »
Mes grands frères : Daniel,
André, François et
Grégoire ``Epé'',
« Que ce modeste travail soit la
récompense de l'attention particulière que vous accordiez
toujours à mes études. »
REMERCIEMENTS
Nous sommes reconnaissants envers un grand nombre de personnes
ou institutions pour leur contribution et leur appui à notre formation
à l'IFORD et dans la réalisation de ce travail.
Nous sommes très reconnaissant à l'endroit du
Docteur NOUETAGNI Samuel qui a dirigé avec rigueur, dynamisme et
enthousiasme ce travail, malgré ses multiples occupations.
Nous tenons à remercier particulièrement le
Docteur ELOUNDOU-ENYEGUE Parfait et le Docteur Bruno SCHOUMAKER, qui nous ont
accordé leur temps précieux et qui ont enrichi ce travail par
leurs critiques, remarques, suggestions et orientations.
Nous remercions également tout le corps enseignant et
administratif de l'IFORD, notamment le Pr. EVINA AKAM, le Dr. RWENGUE MBURANO
et le Dr. KAMDEM Hélène, dont la contribution a été
sans précédent pour notre formation.
Nous remercions sincèrement le Service de
Coopération Française de l'Ambassade de France au Congo
(Brazzaville), notamment Monsieur Vincent MONADE, pour avoir accepté de
financer notre formation à l'IFORD.
Nous tenons également à remercier : le Dr.
APOKO J-F., l'Abbé OKEMBA Teddy, Messieurs EWONGO Siméon, BANGO
Ange, EKABA Christian, LONGANGUE Serge, ANDESSA Aristide, ELINGABATO
Hervé, OBONGUI Christian, MEMBE Symphorien, MOUGANI Yvon, GAKOSSO Dany,
OBILI Dave, tous les membres de la famille BANGO-BOTAYEKE, tous mes ami(e)s et
frères de la rue Kassaï et de l'Archiconfrérie du
St-Esprit (Ste-Anne du Congo), pour leurs encouragements
et leur soutient tant spirituel, moral, matériel que financier à
notre endroit.
Nos remerciements à : Monsieur Marc PAWLAK (SCAC,
Yaoundé-Cameroun), M. Marcelin OYOBISSI, Mlle. Lili MALONGA et Mlle.
Liliane TEPONGNING, pour l'accueil et l'hospitalité accordés
durant notre séjour au Cameroun.
Nous ne saurions terminer sans pour autant remercier nos
ami(e)s de la 27ème, 28ème et
29ème promotions de l'IFORD, notamment Odzo-Dimi A.,
Tiémoko D. et Sawadogo S., pour l'ambiance et les peines
partagées durant la formation.
A tous ceux qui, de près ou de loin, ont
participé à l'aboutissement de ce travail et dont les noms n'ont
pas été cités, qu'ils trouvent dans ce modeste
mémoire la marque de notre gratitude.
LISTE DES SIGLES ET ABBREVIATIONS
ACBEF : Association Congolaise pour le Bien Etre
Familial
ACP : Analyse en Composantes Principales
AFCM : Analyse Factorielle des Correspondances
Multiples
CCC : Communication pour le Changement de Comportement
CFA : Communauté Financière d'Afrique
CHU : Centre Hospitalier et Universitaire
CIPD : Conférence Internationale sur la Population
et le Développement
CNSEE : Centre National de la Statistique et des Etudes
Economiques
CPN : Consultations Pré Natales
CSI : Centre de Santé Intégrée
DSRP : Document de Stratégie de Réduction de la
Pauvreté
ECOM : Enquête Congolaise auprès des
Ménages pour l'évaluation de la pauvreté
EDS : Enquête Démographique et de Santé
EDSC-I : Enquête Démographique et de Santé
du Congo n°1
EVF : Education à la Vie Familiale
FVVS : Femmes Victimes de Violences Sexuelles
ICNU : Indice Combiné des Nations Unis
IDH : Indice de Développement Humain
IFORD : Institut de Formation et de Recherche
Démographiques
IPPF : Fédération Internationale du
Planning Familial
IRC : International Rescue Commitee
ISF : Indice Synthétique de
Fécondité
IST/MST : Infections Sexuellement Transmissibles/Maladies
Sexuellement Transmissibles
NV : Naissances Vivantes
OMD : Objectifs du Millénaire pour le
Développement
OMS/WHO : Organisation Mondiale de la Santé/ World
Health Organization
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ONU : Organisation des Nations Unies
OR : Odds Ratio
PEV : Programme Elargi de Vaccination
PF : Planification Familiale
PIB : Produit Intérieur Brut
PNDS : Plan National pour le Développement
Sanitaire
PNLS : Politique National de Lutte contre le Sida
PNUD/UNDP : Programme des Nations Unies pour le
Développement
RDC : République Démocratique du Congo
RGPH : Recensement Général de la Population et
de l'Habitat
RMM : Ratio de Mortalité Maternelle
RNDH : Rapport National de Développement Humain
SIDA : Syndrome d'Immuno-Déficience Acquise
SPAD: Segmentation par Arbre de décision binaire
Discrimination et Régression
SPSS: Statistical Package for the Social Sciences
SR : Santé de la Reproduction/Santé
Reproductive
SRA: Santé Reproductive des Adolescent(e)s
SSR: Santé Sexuelle et Reproductive
TBA : Taux Brut d'Accès
TBM : Taux Brut de Mortalité
TBS : Taux Brut de Scolarisation
TNS : Taux Net de Scolarisation
TPI : Traitement Préventif Intermittent
UNESCO: Organisation des Nations Unies pour l'Education, la
Science et la Culture
UNFPA : Fonds des Nations Unies pour la Population
UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l'Enfance
USD: United States Dollar/Dollar Américain
VIH : Virus d'Immunodéficience Humaine
ZD : Zone de Dénombrement
SOMMAIRE
DEDICACES
iii
REMERCIEMENTS
iv
LISTE DES SIGLES ET ABBREVIATIONS
v
SOMMAIRE
vii
LISTES DES TABLEAUX
ix
LISTE DES SCHEMAS, CARTES ET GRAPHIQUES
x
RESUME
xi
INTRODUCTION GENERALE
0
CHAPITRE I : CONTEXTE DE L'ETUDE
4
I.1. SITUATION ET LIMITES GEOGRAPHIQUES DU
CONGO
4
I.2. SITUATION ECONOMIQUE DU CONGO
6
I.3. ASPECTS DEMOGRAPHIQUES DU CONGO
7
I.4. ASPECTS SOCIOCULTURELS DU CONGO
8
I.5. SITUATION SANITAIRE DU CONGO
14
CHAPITRE II : CADRE THEORIQUE
21
II.1. REVUE DE LA LITTERATURE
21
II.2. HYPOTHESES ET SCHEMA CONCEPTUEL
50
II.3. DEFINITION DES CONCEPTS LIES À
L'ETUDE
52
CHAPITRE III : PRESENTATION ET EVALUATION DES
DONNEES, METHODOLOGIE
60
III.1. SOURCE DES DONNEES
60
III.2. EVALUATION DE LA QUALITE DES DONNEES
62
III.3. DISTRIBUTION DES VARIABLES D'ANALYSE
68
III.4. METHODES STATISTIQUES D'ANALYSE DES
DONNEES
72
III.5. CONSTRUCTION D'UN INDICATEUR DE NIVEAU DE
VIE DES MÉNAGES
75
CHAPITRE IV : NIVEAUX ET VARIATION DE LA
FECONDITE DES ADOLESCENTES AU CONGO
78
IV.1. NIVEAUX DE LA FECONDITE DES ADOLESCENTES AU
CONGO
78
IV.2. VARIATIONS DES DETERMINANTS IMMEDIATS DE LA
FECONDITE DES ADOLESCENTES AU CONGO
78
IV.3. ASPECTS DIFFERENTIELS DE LA FECONDITE PRECOCE
DES ADOLESCENTES AU CONGO
91
IV.4. PROFIL DES ADOLESCENTES EXPOSEES A LA
MATERNITE PRECOCE AU CONGO
97
CHAPITRE V : IDENTIFICATION DES FACTEURS
EXPLICATIFS DE
101
LA FECONDITE DES ADOLESCENTES AU CONGO
101
V.1. IDENTIFCATION DES FACTEURS EXPLICATIFS DES
DETERMINANTS IMMEDIATS DE LA FECONDITE DES ADOLESCENTES
102
V.2. IDENTIFICATION DES FACTEURS DE LA FECONDITE
PRECOCE DES ADOLESCENTES
112
V.3. CONTRIBUTION DES VARIABLES A L'EXPLICATION DE
LA FECONDITE PRECOCE DES ADOLESCENTES
121
V.4. SYNTHESE ET DISCUSSION DES RESULTATS
122
CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS
124
REFERENCES BIBLIOGRAPHIES
130
ANNEXES
a
LISTES DES TABLEAUX
Tableau 1: Evolution des principaux
indicateurs sociodémographiques au Congo
8
Tableau 2 : Principaux indicateurs
sociodémographiques/sanitaires du Congo
20
Tableau 3 : Variables et modalités
retenues pour l'étude
56
Tableau 4: Effectif des adolescentes et taux
de réponses des différentes variables
63
Tableau 5: Répartition par âge
des adolescentes (15-19 ans)
64
Tableau 6: Répartition des adolescentes
selon l'âge aux premiers rapports sexuels
65
Tableau 7: Répartition des adolescentes
selon l'âge au premier mariage
66
Tableau 8: Statut matrimonial
66
Tableau 9: Répartition des adolescentes
selon l'âge à la première maternité
67
Tableau 10: Utilisation actuelle des
méthodes contraceptives chez les adolescentes (15-19 ans)
67
Tableau 11: Répartition des
adolescentes selon les caractéristiques socioculturelles et
socioéconomiques
69
Tableau 12 : Répartition des
adolescentes selon les caractéristiques familiales
70
Tableau 13 : Répartition des
adolescentes selon leurs caractéristiques individuelles
71
Tableau 14 : Répartition des
adolescentes selon leurs caractéristiques comportementales
72
Tableau 15 : Analyse différentielle de
la première activité sexuelle
82
Tableau 16 : Analyse différentielle du
premier mariage
86
Tableau 17 : Analyse différentielle de
l'utilisation des méthodes contraceptives
90
Tableau18 : Environnement
socioculturel/socioéconomique de l'adolescente et maternité
précoce
92
Tableau 19 : Environnement familial de
l'adolescente et maternité précoce
93
Tableau 20 : Caractéristiques de
l'adolescente et maternité précoce
95
Tableau 21 : Comportement de l'adolescente et
maternité précoce
96
Tableau 22 : Risques relatifs de
sexualité précoce des adolescentes congolaises (EDSC-I, 2005)
105
Tableau23 : Risques relatifs d'utiliser les
méthodes contraceptives modernes chez les adolescentes congolaises
âgées de 15-19 ans (EDSC-I, 2005)
109
Tableau 24 : Risques relatifs de
fécondité précoce des adolescentes congolaises
âgées de 15-19 ans (EDSC-I, 2005)
118
Tableau 25 : Hiérarchisation par ordre
décroissant des facteurs selon leur contribution à l'explication
du risque de fécondité précoce des adolescentes au
Congo
121
Tableau 26 : Synthèses des analyses de
la fécondité des adolescentes congolaises
123
Tableau A1: Répartition des
adolescentes par ethnie selon les autres variables socioculturelles et
socioéconomique (EDSC-I 2005)
a
Tableau A2: Répartition des
adolescentes par milieu de socialisation selon les autres variables
socioculturelles et socioéconomique (EDSC-I 2005)
a
Tableau A3: Répartition des
adolescentes par religion selon les autres variables socioculturelles et
socioéconomique (EDSC-I 2005
b
Tableau A5: Répartition des
adolescentes par milieu de résidence selon les autres variables
socioculturelles (EDSC-I 2005)
b
Tableau A6: Répartition des
adolescentes par niveau de vie du ménage selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique (EDSC-I 2005)
c
Tableau A7: Répartition des
adolescentes par sexe du chef de du ménage selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique (EDSC-I 2005)
c
Tableau A8: Répartition des
adolescentes par fréquence d'exposition à la télé
selon l'environnement socioculturel/socioéconomique (EDSC-I 2005)
d
Tableau A9 : Contribution des variables
à l'explication de la fécondité précoce des
adolescentes au Congo
d
Tableau A10: Répartition des
adolescentes par niveau d'instruction selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique et l'environnement familial (EDSC-I
2005)
e
Tableau A11: Répartition des
adolescentes par connaissance des méthodes contraceptives selon
l'environnement socioculturel/socioéconomique et l'environnement
familial (EDSC-I 2005)
f
Tableau A12 : Risques relatifs de
nuptialité précoce des adolescentes 15-19 ans (EDSC-I, 2005)
g
Tableau A13: Répartition des
adolescentes par connaissance du cycle ovulatoire selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique et l'environnement familial (EDSC-I
2005)
h
Tableau A14 : Résultats de l'AFCM sur
les adolescentes congolaises (EDSC-I, 2005)
i
LISTE DES SCHEMAS, CARTES
ET GRAPHIQUES
Carte n°1 : Carte administrative de la
République du Congo
5
Schéma 1 : Schéma conceptuel de
la fécondité des adolescentes
50
Schéma 2 : Schéma d'analyse de
la fécondité des adolescentes
57
Graphique 1 : Répartition par âge
des adolescentes 15-19 ans dans l'échantillon (EDSC-I, 2005)
64
Graphique 2 : Courbe de l'âge
à la première maternité des adolescentes (15-19 ans)
67
RESUME
Le besoin d'une meilleure compréhension des facteurs
qui déterminent la vie génésique des femmes a
été l'un des thèmes majeurs du programme d'action de la
CIPD (Caire, 1994). Certains pays, notamment le Congo, par manque de
données démographiques fiables et malgré leur niveau de
fécondité relativement élevé n'ont pu,
jusqu'à présent, réaliser des études permettant de
comprendre la procréation dans le contexte qui les concerne ; et de
façon particulière sur les populations cibles comme les
adolescentes. De ce fait il était donc judicieux, avec les
données de la première enquête démographique et de
santé (EDS) réalisée au Congo en 2005, de rechercher les
facteurs susceptibles d'influencer la fécondité précoce
des adolescentes congolaises afin de contribuer à l'amélioration
des connaissances et de permettre aux décideurs de réorienter
leurs politiques et programmes en matière de santé reproductive
des adolescents (SRA).
Cette étude s'inscrit ainsi dans cette optique en se
basant sur une hypothèse générale qui stipule que,
l'environnement global de l'adolescente influence directement et/ou
indirectement ses caractéristiques individuelles et, à terme, son
comportement sexuel et ses risques de fécondité précoce.
Des analyses, il ressort que le début précoce de
la sexualité des adolescentes serait influencé par le milieu de
résidence et le niveau de vie du ménage auquel elles
appartiennent. L'union précoce est quant à elle influencée
par l'âge aux premiers rapports sexuels de l'adolescente. La pratique
contraceptive moderne chez les adolescentes congolaises serait
influencée par le milieu de socialisation, le niveau de vie du
ménage, le sexe du chef de ménage et le niveau d'instruction. En
outre la fécondité précoce des adolescentes congolaises
serait fortement influencée par les facteurs comportementaux tels que la
sexualité précoce, la sous-utilisation des méthodes
contraceptives et l'union précoce ; et, dans une moindre mesure,
par les facteurs environnementaux (religion et milieu de résidence) et
les facteurs familiaux (niveau de vie du ménage et exposition à
la télé).
En définitive, les résultats de cette
étude mettent en exergue l'importance sinon l'urgence d'une
éducation à la vie familiale (EVF) et l'accès des
adolescentes à des services de santé de la reproduction
adaptés.
INTRODUCTION GENERALE
« Une maternité
précoce, Etre maman bien avant ses copines, ça arrive. Qu'il
s'agisse d'une surprise ou d'un projet de vie, un bébé bouleverse
toujours le quotidien, d'autant plus quand sa propre enfance n'est pas
très loin. Quelle proportion de "filles mères" pour le
Congo ? Comment se répartissent-elles sur le territoire
congolais ? Qui sont-elles? Qu'est-ce qui les
caractérise ?... »
La population jeune est en augmentation au niveau
mondial. Entre 1995 à 2000, la part des jeunes de 15 à 24
ans dans la population mondiale a augmenté en moyenne de 0,7% par
an : de 1,025 milliard à 1,061 milliard, soit actuellement 18% de
la population mondiale. Environ 15% de ces jeunes vivent en Afrique1(*) et ils rencontrent de nombreux
problèmes : inégalités des conditions sociales,
économiques et politiques ; moyens d'existence incertains ;
taux élevés de chômage ; conflits armés et
confrontation ; exclusion sociale ; sans-abri ; incidence
grandissante de la maladie, de la faim et de la pauvreté ;
changements de rôle de la famille ; possibilités
inadéquates pour l'éducation et la formation. Ces
problèmes auxquels sont confrontés les jeunes représentent
un défi pour les sociétés d'aujourd'hui, mais
également pour les générations futures.
Parmi les jeunes, les adolescentes (jeunes filles
âgées de 15-19 ans) constituent une couche encore plus
vulnérable parce que, confrontée à d'autres
problèmes supplémentaires que sont la discrimination
sexuelle et les problèmes liés à la découverte de
la sexualité, notamment les grossesses non désirées, les
avortements clandestins, les infanticides et les maladies sexuellement
transmissibles (MST) dont la pandémie du VIH/SIDA. Environ 15
millions de jeunes femmes de 15 à 19 ans enfantent chaque année.
Près de 10% de toutes les naissances à travers le monde sont
attribuées à des adolescentes2(*). 1/4 des avortements à risque (5 millions)
sont pratiqués chez des adolescentes de 15 à 19 ans3(*). Cette situation alarmante,
bien qu'observée universellement, parait particulièrement
dramatique en Afrique Sub-saharienne où l'on estime qu'une femme sur 25
meurt des suites d'une grossesse ou d'un accouchement, comparé à
seulement une femme pour 10 000 dans un pays industrialisé4(*).
Au Congo, malgré le caractère illégal de
l'avortement, 63,6% des adolescentes ont déclaré avoir pris
elles-mêmes la décision d'avorter, à cause de leur jeunesse
(23,4%), la crainte des parents ou de la famille face à une grossesse
indésirée (17,2%). Une part substantielle de ces avortements est
réalisée par du personnel non médical avec des
méthodes à risque (CNSSE et ORC Marco, 2006). Ce recours à
l'avortement chez les adolescentes congolaises reflète en effet
l'importance des grossesses/naissances non prévues ; ce qui pose un
véritable problème de santé génésique.
Par ailleurs, le niveau élevé de
fécondité des adolescentes (129%o), leur contribution
élevée à l'indice synthétique de
fécondité (14%), le début précoce des rapports
sexuels (l'âge médian aux premiers rapports sexuels chez les
femmes âgées de 20-49 ans est estimé à 15,9 ans), la
faible pratique contraceptive moderne (10,5% des femmes de 15-19 ans) et la
proportion élevée des naissances non désirées
(58,9% chez les 15-19 ans) sont autant d'éléments qui
démontrent que les problèmes de santé sexuelle et
reproductive des adolescentes restent d'actualité au Congo. Ces
phénomènes ont longtemps été ignorés en
République du Congo, d'une part à cause d'une population
relativement faible et, d'autre part, à cause des traditions
pronatalistes de la société congolaise. De nos jours, ils
suscitent des inquiétudes dans un contexte de croissance
démographique rapide et de crise économique. Ces
inquiétudes sont d'autant plus justifiées par la faiblesse
actuelle des capacités de ce pays à faire face aux défis
incontournables de la mondialisation, à la fragilisation des moyens
d'existence des populations, à l'accentuation de la pauvreté
humaine.
La Conférence internationale sur la population et le
développement (CIPD) de 1994 a attiré l'attention du monde sur
les droits et la santé en matière de sexualité et de
reproduction, ainsi que sur les questions concernant la condition et la place
des adolescentes dans le développement socioéconomique des
nations. Les adolescentes constituent un groupe vulnérable et
« ... devraient pouvoir accéder à une information
et à des services qui les aident à comprendre leur
sexualité et à se protéger contre les grossesses non
désirées, les maladies sexuellement transmises et les risques de
stérilité en résultant. »5(*). Et, bien que les
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ne comportent
pas expressément d'objectif général en matière de
santé génésique des jeunes/adolescents, il est
évident qu'un grand nombre d'objectifs de développement ne
pourront pas être atteints, dans les pays en voie de
développement, si l'on n'investit pas dans la jeunesse,
particulièrement dans la sexualité et la santé
reproductive ; car celle-ci est une composante essentielle de la
capacité des jeunes/adolescents à devenir des membres bien
adaptés, responsables et productifs de la société.
Face à tous ces maux qui entravent la santé
sexuelle et reproductive des jeunes/adolescents en Afrique, qui pourtant sont
appelés à être les adultes de demain, leur bien-être
social et économique peut être compromis. Cette étude se
propose donc de contribuer à l'identification des facteurs explicatifs
de la précocité de la fécondité au Congo et
d'établir les relations entre les traditions d'une part et la
modernité de l'autre, ceci à travers l'environnement global,
l'environnement familial, les caractéristiques individuelles de
l'adolescente et son comportement en matière de sexualité et de
procréation. Elle se démarque des travaux antérieurs par
une opérationnalisation plus large du concept de l'environnement
familial et des caractéristiques de l'adolescente. En effet, le contexte
congolais se distingue de celui de nombreux pays d'Afrique francophone. D'abord
du fait que, la fécondité adolescente se réalise dans un
contexte de forte urbanisation et de scolarisation élevée,
où l'on note une dissociation entre le mariage et la sexualité
(Antoine et Nanitélamio, 1990) ; par contre, la prévalence
contraceptive parmi les adolescentes non mariées est très faible.
Ensuite, sur le plan culturel, on relève une
hétérogénéité culturelle :
prédominance des sociétés matrilinéaires dans le
sud, contrairement du nord où l'on trouve beaucoup plus de
sociétés patrilinéaires. Or, la tolérance des
naissances hors unions et la prise en charge différentielle des enfants
selon la légitimité de leur naissance (facteurs culturels qui
influent sur la fécondité des adolescentes) sont fonction, entre
autres, de ces deux éléments (Romaniuk, 1967).
Enfin, du point de vue scientifique, notre étude sur la
procréation des adolescentes dans un contexte culturel où, la
procréation hors union est de plus en plus acceptée, permet
d'établir une comparaison avec d'autres pays de la sous-région
d'Afrique subsaharienne. La question centrale dans cette étude est de
savoir « Quels sont les facteurs qui contribuent au
niveau élevé de la fécondité des adolescentes au
Congo ? »
En répondant à cette question, l'étude
contribuera donc à l'amélioration de l'état
des connaissances sur les facteurs explicatifs de la fécondité
des adolescentes au Congo, afin d'éclairer les décideurs
congolais sur les principaux éléments à prendre en compte
pour améliorer et/ou mettre en oeuvre des politiques et programmes de
développement adaptés pour les adolescentes,
de plus en plus vulnérables. Plus spécifiquement, cette
étude permettra de (d') :
· Décrire les variations de la
fécondité des adolescentes ;
· Etablir le profil des adolescentes les plus
exposées au risque de maternité précoce ;
· Identifier les facteurs explicatifs de la
fécondité précoce.
L'étude est structurée en cinq chapitres. Le
chapitre 1 «Contexte de l'étude » décrit le
paysage politique, démographique, socioéconomique et sanitaire de
l'étude. Le chapitre 2 expose le background théorique. Le
chapitre 3 présente les données (notamment leur source et
qualité) et les méthodes d'analyses utilisées pour tester
les hypothèses. Le chapitre 4 examine les variations dans la
fécondité des adolescentes au Congo, dans divers aspects
(socioculturel, socioéconomique, familial, individuel, etc.). Enfin, le
chapitre 5 traite des différents facteurs explicatifs de la
fécondité des adolescentes au Congo.
CHAPITRE I : CONTEXTE DE L'ETUDE
Ce premier chapitre présente le contexte de
l'étude c'est-à-dire l'ensemble de circonstances, la situation
globale dans laquelle se déroule la fécondité des
adolescentes. Le contexte de l'étude expose, en effet, les principaux
aspects socioculturel, socioéconomique et sanitaire du pays, ce qui
permet de mieux comprendre les facteurs susceptibles d'empêcher ou de
favoriser la survenance d'une naissance précoce chez l'adolescente.
I.1. SITUATION ET LIMITES GEOGRAPHIQUES DU CONGO
La République du Congo, avec pour capitale Brazzaville,
est un pays d'Afrique Centrale situé à cheval sur
l'équateur et qui s'étend au Sud-ouest sur 11 degrés de
longitude Est et 5 degrés de latitude Sud, et au Nord-est sur 18
degrés de longitude Est et 4 degrés de latitude Nord. Le pays
couvre une superficie de 342.000 Km². Il est limité au Nord par le
Cameroun et la République Centrafricaine, au Sud par l'Angola (enclave
du Cabinda), à l'Est par la République Démocratique du
Congo dont il est séparé par le fleuve Congo et son affluent
l'Oubangui, enfin à l'Ouest par le Gabon, et, sur une longueur de 170
Km, par l'Océan Atlantique.
Du point de vue administratif, le territoire national est
subdivisé en départements et communes de plein exercice,
districts, arrondissements et communes de moyen exercice, cantons, villages et
quartiers. La République du Congo compte ainsi douze départements
y compris Brazzaville et Pointe-Noire (départements autonomes mais
géographiquement situés respectivement dans le Pool et le
Kouilou). Le pays compte six communes qui sont les principales villes du
pays ; il s'agit notamment de Brazzaville (capitale politique),
Pointe-Noire (capitale économique), Dolisie, Nkayi, Mossendjo et Ouesso.
La langue officielle du Congo est le Français ; les langues nationales
sont le Lingala et le Kituba. Géographiquement, 10 départements
sont cartographiés, à savoir les départements de la
Likouala, de la Sangha, de la Cuvette, de la Cuvette-Ouest, des Plateaux, du
Pool, de la Lékoumou, de la Bouenza, du Niari et du Kouilou.
Carte
n°1 : Carte administrative de la République du Congo

Source: Division Géographique du
Ministère des Affaires Etrangères,
www.izf.net/izf/documentation/Cartes/Pays/supercartes/Congo.htm
I.2. Situation Economique DU CONGO
La situation macroéconomique du Congo est en
dégradation continue depuis plus d'une décennie malgré la
mise en en oeuvre des différents programmes d'ajustement structurel.
Elle reste marquée par la détérioration des performances
économiques, l'accentuation de la pauvreté, la baisse du revenu
par habitant, l'accroissement du coût de vie et le faible
développement des infrastructures socioéconomiques de base qui
touchent directement les conditions de vie des populations (santé,
éducation, emploi, routes en particulier).
Cette précarité socio-économique a
été d'autant plus accentuée par les perturbations
récurrentes que connaît le pays depuis quelques décennies.
En effet, la crise économique des années 1980, la
dévaluation du franc CFA en 1994 et les troubles socio-politiques qu'a
connus la République du Congo pendant les années 1993, 1997 et
1998 ont contribué à aggraver une situation économique et
sociale déjà déplorable. Pays à revenu
intermédiaire dans le temps, ce classement a connu un changement
négatif ces dernières années : au cours de la
dernière décennie, le Congo a enregistré une baisse
considérable de son revenu par habitant. En quinze ans (1984 à
2000), le PIB par habitant du Congo a baissé d'environ vingt pourcent.
Cette baisse est accompagnée d'une détérioration des
secteurs sociaux de base. En ce qui concerne le niveau de vie des congolais, on
observe que le PIB par tête (en USD) est passé de 1100 en 1990,
à 830 en 1995, 1085 en 2000, 949 en 2003 et 770 en 2004 (PNUD, 2005),
traduisant la paupérisation croissante des populations congolaises.
Selon les résultats de l'Enquête Congolaise
auprès des Ménages pour l'Evaluation de la pauvreté (ECOM
2005), 50,1% de la population congolaise vit au dessous du seuil de
pauvreté ; la pauvreté monétaire touche 42,3% des
ménages congolais et, les femmes chef de ménage sont beaucoup
plus affectées que les hommes (45,3% contre 41,5%). La situation du
chômage est préoccupante avec un taux de chômage
estimé à 19,4%. Ce taux, évalué à 32,6%
à Brazzaville et à 31,5% à Pointe-Noire, est cependant
très faible en milieu rural (5,8%). Le chômage frappe beaucoup
plus les jeunes : en effet, il est estimé à plus de 40% dans le
groupe d'âges de 15-19 ans et varie entre 20 et 40% avant 30 ans pour
baisser de façon assez nette après cet âge.
En outre la forte inflation qui a suivi la dévaluation
du franc CFA - de l'ordre de 50% - intervenue au début de l'année
1994, a engendré une détérioration considérable du
pouvoir d'achat des ménages dont les revenus ont diminué suite
à la réduction des salaires plus prononcée dans le secteur
public (de l'ordre de 12,5% à 27,5%), au gel des recrutements et
compression des effectifs, et surtout aux retards accumulés dans le
paiement des salaires, des pensions et des bourses.
Cette détérioration des conditions de vie a
beaucoup plus affecté les jeunes, et érodé
l'équilibre des ménages. La plupart des parents ou tuteurs ne
parvenant plus à satisfaire les besoins de leurs enfants, assistent
impuissamment au changement de comportement de ceux-ci ; tandis que ces
derniers sont de plus en plus attirés par la mode. De ce fait, de
nombreuses jeunes filles adoptent des comportements sexuels à
risque en vue de satisfaire leurs envies, et ceci conduit parfois
à une grossesse/maternité non désirée.
I.3. ASPECTS DEMOGRAPHIQUES DU CONGO
La non réalisation des opérations de collecte
d'envergure nationale empêche une estimation convenable de l'effectif et
des caractéristiques de la population congolaise à l'heure
actuelle. En effet, suite à la non validation des résultats du
Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH) de
1996 par le Gouvernement de la République, les données
démographiques actuellement disponibles à l'échelon
national sont caduques puisqu'elles sont issues des Recensements
Généraux de la Population et de l'Habitat (RGPH) de 1974 et
1984.
D'après les estimations des travaux cartographiques du
RGPH 19966(*), l'effectif de
la population du Congo se chiffrait à cette période à 2
590 811 habitants ; ceci correspond à un taux d'accroissement de 2,69 %
dans la période 1984-1996 contre 3,45 % entre 1974 et 1984. Cette
population était inégalement répartie sur le territoire
national : les six communes du pays abritaient près de 57 % de la
population totale ; en particulier, un habitant sur trois résidait
à Brazzaville. Les résultats des deux recensements menés
à terme révèlent que la population du Congo est
relativement jeune et à prédominance féminine. En 1984, la
population âgée de moins de 15 ans représentait 45 % de la
population totale contre 51 % pour les 15-59 ans et 4 % pour les personnes
âgées de plus de 60 ans. Les femmes représentaient 51 % de
la population totale du pays (CNSEE et ORC Macro, 2006).
Pour la période actuelle, les estimations les plus
récentes indiquent une population totale estimée à 3
551 500 habitants (avec 51,7% de femmes et 48,3% d'hommes), dont 58,4%
vivent dans les principales villes du pays et 41,6% en milieu rural. La
densité moyenne de la population est estimée à 10,4
habitants au Km2 et le taux annuel de croissance
démographique à 3,2% au cours des années 1990 (CNSEE,
2006). Avec l'enquête démographique et de
santé (EDSC-I 2005) les connaissances sur certains
phénomènes démographiques, se trouvent
améliorées. Les adolescentes (15-19 ans) représentent 10,6
% de la population des ménages enquêtés. Les indicateurs
les plus importants sont résumés dans le tableau ci-dessous.
Tableau 1: Evolution des principaux indicateurs
sociodémographiques au Congo
Indicateurs
|
RGPH
|
RGPH
|
RGPH
|
ECOM
|
EDS
|
15/02/1974
|
31/12/1984
|
01/07/1996
|
août-05
|
23/11/2005
|
Population totale (en milliers)
|
1 319 790
|
1 909 248
|
2 590 811a
|
3 551 500b
|
na
|
Taux brut de natalité (%o)
|
41
|
45,2
|
*
|
na
|
40
|
Indice synthétique de fécondité (enfants
par femme)
|
7
|
6,3
|
*
|
na
|
4,8
|
Taux brut de mortalité (%o)
|
17,9
|
11,7
|
*
|
na
|
na
|
Taux de mortalité infantile (%o)
|
100,6
|
71,5
|
*
|
na
|
75
|
Espérance de vie à la naissance
|
46,7 ans
|
50,9 ans
|
*
|
51,9 ans
|
na
|
a Résultats des travaux
cartographiques ; b Estimation d'enquête ; na= non
applicable ; * Non disponible
|
I.4. ASPECTS SOCIOCULTURELS DU CONGO
Dans les sociétés négro-africaines, la
fécondité des adolescentes peut être qualifié de
« fait social total » ; car au-delà de
l'individu (ou du couple), les aspects culturels sont comme des
impératifs qui conditionnent toute tentative de compréhension de
ce phénomène. La fécondité est, en effet, à
l'image des valeurs, croyances et représentations liées aux
cultures traditionnelles auxquelles les individus s'identifient. Parmi la
soixantaine d'ethnies, les Kongo sont les plus nombreux (51,5
%), suivis par les Téké (17,3 %) et les
Mbochi (11,5 %). Les autres ethnies représentent 19,7 %
de la population. Sur le plan religieux, le Christianisme représente
50%, suivi de l'Animisme 48% et l'Islam 2% (UNFPA, 2005a).
a) Traditions en matière de sexualité, de
nuptialité et de fécondité
En matière de nuptialité, on distingue deux
grands régimes matrimoniaux à savoir : le régime
matrilinéaire plus répandu dans le sud, c'est-à-dire chez
les Kongo ; et le régime patrilinéaire très
répandu au nord, c'est-à-dire chez les Mbochi, Sangha et autres.
Plusieurs aspects socioculturels se retrouvent dans ces deux régimes,
notamment l'échange des femmes qui s'effectue de la même
façon à travers la dot, c'est-à-dire d'une compensation
matrimoniale que la famille du prétendant verse à la famille de
la future épouse. Généralement, le mariage est
précoce et quasi universel dans les traditions congolaises, et concerne
beaucoup plus les familles que les individus. La conclusion de l'union
était souvent arrangée entre les parents, sans consentement des
futurs conjoints et encore moins de la jeune fille ; chez la fille cette
union pouvait s'établir dès l'apparition des premiers signes
pubertaires voire même avant sa naissance. Chez certains groupes
ethniques7(*), un rituel de
préparation permettait à la jeune fille de devenir une femme
mariable c'est-à-dire mère et soumise à son époux.
Dans la plupart des traditions congolaises, l'enfant est
très valorisé et représente moins une charge pour ses
propres géniteurs que pour toute la grande famille. Aussi, la
fécondité dans la tradition congolaise épouse ce
schéma de nuptialité, car le souci majeur de la jeune fille
arrivant chez son mari c'est d'avoir une grossesse et la naissance d'un enfant
lui confère toute sa plénitude physique et sociale. Tout comme la
meilleure chose qui doit arriver à une femme c'est le mariage, la plus
pire de toute est la stérilité (ou l'infécondité).
Cette dernière pouvant mener au divorce comme pour sanctionner cette
insuffisance physique et sociale de la jeune fille. Contrairement à la
société occidentale où la femme est désignée
par le nom de son mari après mariage « madame X»;
dans la société congolaise une femme, même après le
mariage, est souvent désignée par le nom de ses enfants (souvent
celui du premier enfant) « la maman d'Untel ».
Cependant les différences les plus significatives entre
le régime matrilinéaire et le régime patrilinéaire
s'effectuent au niveau de la filiation et, dans une moindre mesure, de la
sexualité. En effet, dans le régime matrilinéaire la
filiation s'établit du coté de la mère c'est-à-dire
que les neveux et nièces héritent de leur oncle.
« Dans son aspect le plus radical, certaines coutumes
considèrent les enfants comme des êtres étrangers à
la famille, les pères se refusent de les nourrir au profit de leurs
neveux et nièces. » (Clinique juridique de Bacongo,
2004). Dans ce régime, la sexualité prémaritale ou hors
union est peu réprimandée, à cause de la relative
autonomie dont jouissent les femmes ; mais les grossesses hors mariage
sont moins encouragées. Par contre dans le régime
patrilinéaire, la filiation s'effectue du coté du père
c'est-à-dire que les pères ont pour héritiers leurs fils
et, la sexualité prémaritale est assez réprimandée.
Ces différences de normes devraient être déterminantes pour
le comportement sexuel et procréateur chez les adolescentes.
v L'adolescente dans la société
traditionnelle
Le cadre de vie immédiat de l'adolescente est la
famille, qui est, souvent, élargie dans les sociétés
traditionnelles congolaises. Regroupée en unité
résidentielle de plusieurs petites familles ou ménages, la
famille est le cadre où s'effectue l'éducation des jeunes. A
l'intérieur de celle-ci l'éducation des enfants incombe à
l'ensemble des adultes qui y vivent et non des seuls parents géniteurs.
Les aînées doivent assurer l'éducation sociale et morale
des adolescentes. En retour celles-ci doivent aux mères et aux
aînées un grand respect. Ces obligations des uns à
l'égard des autres concourent à assurer la cohésion au
sein de la famille et de toute la communauté.
La socialisation des adolescentes ou l'apprentissage des
valeurs et pratiques sociales admises se fait par des institutions sociales
(comme la famille) soit dans un cadre informel. Dans la plupart des cas
l'éducation sexuelle des jeunes filles se faisait de manière
informelle. Comme pour les activités de production, les jeunes
séparés selon le sexe. Les garçons apprennent à
l'ombre des hommes, et les jeunes filles aux cotés de leurs mères
celles-ci apprennent progressivement à leurs filles à prendre
soin de leurs corps, de leurs parties intimes et à jouer leurs
rôles d'épouse et de mère. L'importance de la
progéniture dont les adolescentes découvrent la manifestation
réelle à travers l'importance du nombre d'individus que compte
les familles, l'importance économique, la sécurité sociale
et morale que celles-ci procurent à chaque membre de la famille va avoir
un impact sur elles et influencer leur comportement vis-à-vis de la
fécondité.
b) Mutations socioculturelles actuelles
La société congolaise est aujourd'hui en proie
à d'importantes transformations. Les changements politiques,
économiques et sociaux intervenus depuis l'indépendance (en 1960)
ont érodé l'autorité des aînés et accru
l'autonomie des jeunes (Colonna, Lacombe et Boungou, 1985 cités par
Antoine et Nanitélamio, 1990). Les circonstances modifient les
conditions qui pendant des siècles ont déterminé le sort
des femmes. Les principaux éléments dans ce processus de
changement ont été l'urbanisation et l'élargissement des
possibilités d'accès à l'instruction et à la
formation. Les nouvelles générations sont davantage
touchées par ces évolutions et ont acquis surtout grâce
à la vie en milieu urbain et à la scolarisation des
prétentions nouvelles. L'influence de ces phénomènes
(scolarisation et urbanisation) a été décisive. En se
greffant sur le système traditionnel, ils ont réduit le
rôle de la mère et des parents en général. La
plupart des mères congolaises se réfèrent aux principes
coutumiers qui ont inspiré leur propre éducation, et
désirent élever leurs filles de la même manière
qu'elles-mêmes l'ont été. Cependant, les conditions
sociales ayant changé, elles doivent désormais concilier
tradition et modernité.
Le comportement matrimonial est fortement touché par
les mutations en cours. Le mariage reste relativement précoce pour les
jeunes filles, mais on assiste toutefois à un recul de l'âge
médian au premier mariage et au prolongement de la période de
célibat : estimé à 16,9 ans en 1960-618(*), l'âge médian
d'entrée en première union est passé à 20,4 ans
pour le sexe féminin en 2005 ; la fréquence du
célibat féminin dans la tranche d'âge 15-19 ans est
passée de 18,0% à 80,1% dans la même période. Cette
étape vécue dans un environnement où le contrôle
familial s'affaiblit, permet à la jeune fille de connaître une
véritable période d'adolescence qu'auparavant le mariage
précoce l'en épargnait. En outre le milieu urbain, où
vivent la majorité des adolescentes, est devenu plus permissif, la
sexualité hors mariage est plus facilement affichée ; et de
nouvelles formes de relations homme-femme, comme celles de
« deuxième bureau », s'établissent. Cette
multitude de formules relationnelles implique une diversité de parcours
entraînant au mariage : partenariat sexuel, concubinage,
fiançailles avec ou sans enfants, mariage coutumier, mariage civil. Chez
les jeunes générations, fortement urbanisées (plus de 57%
en 2005) et scolarisées (TBS=128,3% pour l'ensemble du pays en 2005), le
célibat féminin est bien accepté, et la tendance pour
certaines femmes à vivre seule s'est fortement accentuée. Le
premier mariage se conclut de plus en plus tard : en 1961, 13% des femmes
brazzavilloises de 20-24 ans étaient encore célibataires, cette
proportion passait à 33% en 1974, et atteignait 52% en 1984. A
Brazzaville où réside plus d'un tiers des adolescentes la
maternité hors mariage est grandement tolérée et les
grossesses en milieu scolaire prennent de l'ampleur. En 1984 le nombre moyen
d'enfants chez les femmes célibataires était de 1,5 enfants
à 25-29 ans contre 3 enfants pour les femmes mariés ; pour
les adolescentes (15-19 ans) 42% des naissances provenaient des
élèves, et à 20-24 ans 22% des mères étaient
des élèves ou des étudiantes (Antoine et
Nanitélamio, 1990).
En définitive, ces nombreuses mutations de
fécondité entraînent des changements dans les processus
d'entrée en union, surtout en milieu urbain : « dans
la majorité des cas (90%), le concubinage des jeunes est la
conséquence directe d'une grossesse précoce - souvent
inattendue »9(*). Généralement, la grossesse (voire
maternité) est contractée avant ou en dehors de l'union. La jeune
fille qui contracte une grossesse est souvent envoyée chez son
partenaire, à titre de punition pour le déshonneur subi, parfois
dans l'intention de la reprendre quelques mois après l'accouchement.
Mais quelques fois, cette union « forcée » finit par
engendrer une seconde grossesse ; dans ce dernier cas cette jeune fille
sera abandonnée et contrainte à demeurer définitivement
dans cette union. Ces grossesses souvent non désirées conduisent
parfois à des conflits familiaux dus au refus d'assumer la
responsabilité de la grossesse par le père biologique qui, le
plus souvent est un jeune homme encore sous tutelle de ses propres
parents ; ceci provoque parfois la mise hors foyer familial de la jeune
fille suite au désespoir des parents compte tenu du non aboutissement
des investissements consentis, ce fait n'est pas sans lien avec la
prolifération des « jeunes filles mères »,
des enfants abandonnés et des enfants de la rue très
répandus en milieu urbain congolais.
Les adolescentes d'aujourd'hui vivent quotidiennement une
« crise de personnalité ». Les valeurs et les
aspirations nouvelles, acquises grâce à la modernité,
entraînent chez l'adolescente des répercussions psychosociales. La
jeune fille se trouve entre deux modes d'éducation (traditionnelle et
moderne). Le plus souvent l'éducation moderne prend le dessus puisque
celle-ci peut lui procurer prestige, bien-être, promotion sociale et
économique. Par ailleurs, cette pression du modernisme pousse parfois
les jeunes filles à se livrer à tous les vices qui ont pour
conséquences, rapports sexuels (non protégés), grossesses
très précoces, avortements.
L'adolescente dont l'éducation sexuelle est très
limitée (celle-ci étant encore un sujet tabou), n'est donc pas
suffisamment préparée pour s'éviter certains abus de la
part de son partenaire ; ce dernier pouvant abuser d'elle sans qu'elle
n'affiche une certaine réticence. Certes, la vie urbaine et la
scolarité prolongée des jeunes filles ont considérablement
modifié les comportements et les pratiques traditionnelles, comme nous
l'avons souligné précédemment, néanmoins la jeune
fille reste encore victime de certains préjugés socioculturels.
La situation conflictuelle qu'elle vit quotidiennement l'empêche de
s'épanouir et de profiter convenablement des nouvelles
opportunités qui lui sont offertes. En outre, le mariage précoce,
selon les règles coutumières, qui était traditionnellement
le cadre réservé de la sexualité et de la
fécondité tend, de nos jours, à reculer au profit du
concubinage. Il existe plusieurs raisons à cela, notamment le
libertinage sexuel avec pour corollaires les grossesses précoces ou le
coût de plus en plus élevé de la dot. Ce coût est
d'autant plus élevé que la dot est considérée chez
certaines ethnies (les Teke et les Kongo notamment) comme une sorte de preuve
de la détermination du prétendant.
c) Education et alphabétisation
Le Congo est l'un des pays africains les plus
scolarisés, avec l'obligation scolaire de 6 à 16 ans pour tout
enfant vivant sur le territoire national et quel que soit le sexe (loi
n°25-95 du 17 novembre 1995). Il y a quelques années, le Congo se
classait dans le groupe des pays ayant atteint la scolarisation
universelle10(*) ;
malgré un fléchissement du système éducatif
observé durant la période post-conflit, ce pays enregistre encore
les niveaux de scolarisation relativement élevés. Dans
l'ensemble, selon les données issues de l'ECOM 2005, le taux net de
scolarisation (TNS) primaire se situe à 86,8%, un niveau de
scolarisation assez élevé pour un pays d'Afrique subsaharienne.
Ce taux est plus élevé en milieu urbain (91,1%) qu'en milieu
rural (81,7%). La scolarisation primaire des garçons est
légèrement supérieure à celle des filles (87,2%
contre 86,3% pour le taux net). Par ailleurs, du point de vue du parcours
scolaire, le taux brut d'accès (TBA) qui constitue le premier point du
profil de scolarisation, a connu une augmentation en 2004 par rapport en 2002
soit 69% contre 62% en 2002. La proportion d'élèves terminant le
cycle primaire en 2005 est de 57,5% rapportée au taux brut d'admission
qui est de 69%, implique une rétention de 84%. La capacité
d'accueil à l'école primaire est en nette progression depuis 2002
soit 89% en 2005 contre 83% en 2002 ceci trouve son explication par la reprise
de l'école sur toute l'étendue du territoire national
après les conflits armés.
Au secondaire, le TNS se situe à 44,4% en 2005 alors
qu'il était à 61,8% en 198011(*) ; ce qui traduit un recul éducatif
occasionné par des conflits sociopolitiques. Le milieu urbain enregistre
le taux le plus élevé (57,7% contre 24,1% pour le milieu rural).
La différence entre garçons et filles n'est pas significative
44,1% pour les garçons et 44,7% pour les filles en ce qui concerne le
taux net de scolarisation, ce qui traduit un léger avantage pour les
filles dans le secondaire.
Il ressort de l'ECOM que dans l'ensemble 80,4% de personnes de
la tranche d'âge de 15 ans et plus savent lire et écrire dans une
langue quelconque12(*). Ce
taux d'alphabétisation particulièrement élevé
masque certaines disparités selon le milieu ou la zone de
résidence. Le taux d'alphabétisation est plus élevé
en milieu urbain (89,9%) qu'en milieu rural (65,4%). D'après l'ECOM, la
différence entre la ville et la campagne résulterait de :
§ l'existence d'une infrastructure scolaire plus dense
et sans doute plus accessible en milieu urbain,
§ L'implantation des programmes d'alphabétisation
des adultes en milieu urbain exclusivement. Les villes de Brazzaville et de
Pointe-Noire ont chacune un niveau d'alphabétisation supérieur
à 90% soit 91,1% pour Brazzaville et 90,4% pour Pointe-Noire.
Cependant, malgré la forte scolarisation notamment des
filles en République du Congo, les programmes scolaires laissent peu de
place à l'éducation en matière de sexualité et de
santé reproductive des jeunes/adolescents. Cette éducation
étant limitée à l'enseignement des appareils
génitaux (mâle et femelle) et des fonctions de la reproduction
dans les sciences naturelles, en sixième année du primaire et
à la quatrième année du secondaire premier cycle. Ce qui
traduirait que de nombreuses adolescentes congolaises ont des connaissances
lacunaires sur le fonctionnement de leur corps, et encore moins sur les moyens
de se prémunir contres les MST/VIH/Sida, les
grossesses/maternités non désirées, même
après environ dix années de scolarité (jusqu'en classe de
3ème).
I.5. SITUATION SANITAIRE DU CONGO
Au Congo, comme dans beaucoup de pays en développement,
le secteur sanitaire enregistre plusieurs difficultés notamment
l'insuffisance des services sanitaires ou la concentration de ceux-ci en milieu
urbain, une répartition inadéquate du personnel soignant au
détriment de la zone rural, l'absence de formation en SR des agents de
santé, la vétusté et la dégradation des
infrastructures et des équipements, une carence d'approvisionnement en
produits notamment en contraceptifs, etc. Les quelques efforts
déployés jusqu'ici au Congo, pour l'amélioration de la
qualité des soins et services sanitaires, n'ont apporté que des
résultats très limités sur la santé des
populations en général, et particulièrement en
matière de santé de la reproduction. Cette situation est
imputable d'une part à la crise économique que traverse le Congo
depuis les années 1980 et d'autre part aux troubles socio-politiques qui
ont secoué le pays de 1993 à 1999.
A partir des données disponibles (ECOM et EDSC-I
2005), l'espérance de vie à la naissance était
estimée à 51,9 ans en 2005 ; la mortalité
générale à 14 décès pour mille, le ratio de
mortalité maternelle (RMM) reste élevé à 781
décès pour 100.000 naissances vivantes (NV), lié notamment
aux complications de la grossesse, des accouchements et des avortements
provoqués et, une femme en âge de procréer court un risque
d'environ 1 sur 28 de décéder pour cause maternelle. Le taux de
mortalité infantile est estimé à 75 décès
pour mille, la mortalité infanto-juvénile à 117 pour 1000.
Le tableau épidémiologique est dominé par le paludisme,
première cause d'hospitalisation et de décès, les maladies
diarrhéiques et l'infection à VIH/Sida qui constitue la
principale cause de décès dans la tranche 15-49 ans. Les maladies
cibles du Programme élargi de vaccination (PEV) sont en relative
recrudescence en raison de la baisse de la couverture vaccinale qui de 80% en
1993 est passée à 52% en 2005 (CNSEE et ORC Macro, 2006 ;
Ministère de la Santé, 2008).
Le Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS)
évalue la prévalence des IST chez les jeunes de 15 à 24
ans à 26 % et la séroprévalence du VIH/SIDA à 7 %
en milieu urbain et 2 % en milieu rural, en 1995. La
séroprévalence du VIH chez la femme enceinte varie entre 6,6%
à Brazzaville et 15,5% à Pointe Noire. Les cancers des voies
génitales représentent 38 % des cas des cancers
enregistrés au CHU de Brazzaville. Le cancer du col de l'utérus
représente la première cause de mortalité par cancer de la
femme au Congo (Ministère de la Santé, 2002).
La période de conflits a induit une recrudescence des
violences sexuelles13(*),
pour lesquelles les services sociaux et sanitaires n'étaient pas
préparés pour la prise en charge psychologique et médicale
des femmes victimes de ces violences. En outre, les considérations
socioculturelles autour de ce problème s'associent à l'absence
d'un cadre juridique adéquat et à la non application effective
des textes existants. La loi de 1920, relative à l'interdiction de
l'avortement, encore en vigueur crée un dilemme face aux grossesses
post-viols pour les victimes qui ne désireraient pas garder le produit
de telles grossesses. Nombreuses victimes sont en effet dans cette situation,
ce qui aggrave leur situation au plan économique. La plupart de ces
femmes ont non seulement perdu leurs biens mais doivent affronter la vie avec
un fardeau supplémentaire : elles ont désormais un enfant
à élever seule.
Le système sanitaire, qui repose sur le district
sanitaire, a été fortement désorganisé dans sa
capacité d'offre de services par les différents conflits du fait
de la destruction des infrastructures et du déplacement massif des
personnels de santé, aggravant une situation déjà
précaire liée à la vétusté des
équipements et à l'insuffisance des personnels surtout dans les
régions du fait du vieillissement du personnel et du gel des
recrutements des diplômés sortis des écoles de formation.
La répartition du personnel médical laisse, en effet, à
désirer avec une concentration des effectifs à Brazzaville et
à Pointe Noire. En 1995, 76% du personnel sanitaire travaillait entre
Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie contre 24% seulement pour le milieu rural
et les autres régions. Par ailleurs, les effectifs disponibles sont
vieillissants. En effet, 98% des personnels de santé ont l'âge
compris entre 30 et 49 ans et certaines catégories professionnelles sont
en voie de disparition (Ministère de la Santé, 2002).
Selon une étude informelle du système des
Nations Unies, en 2000, il existe 297 Centre de Santé
Intégrée (CSI) opérationnels. Parmi les 139 CSI que le
Gouvernement avait prévu d'assister pour la période 2000-2002, il
y en avait 115 qui nécessitaient d'être réhabilités.
La politique nationale de santé prévoit la réhabilitation
de 21 hôpitaux de référence et cinq hôpitaux
généraux.
a) Santé de la reproduction
Le Congo a adopté en 1999 la Stratégie Nationale
en santé de la reproduction (SR) avec l'appui technique et financier du
Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et l'Organisation Mondiale
de la Santé (OMS). Cette stratégie s'articule autour de six
axes : (i) maternité sans risque et soins au nouveau-né,
(ii) santé sexuelle et santé de la reproduction des adolescents,
(iii) planification familiale, (iv) lutte contre les IST et le VIH/Sida, (v)
prévention et prise en charge des troubles gynécologiques, (vi)
lutte contre les violences à l'égard des femmes et des enfants.
Un plan d'action a été élaboré pour le
« biennum » 2001-2002 ainsi des normes et procédures
en SR dont la vulgarisation se fait attendre.
Par ailleurs, en dépit du taux de couverture en CPN
évalué 88 % et des femmes assistées par un personnel
qualifié pendant l'accouchement 86 % le taux de mortalité
maternelle reste élevé, estimé à 781 pour 100 000
naissances vivantes. Ce taux de mortalité maternelle figure parmi les
plus élevés des pays africains à développement
humain moyen. Elle est attribuée principalement aux avortements
provoqués (41%), aux complications infectieuses des césariennes
(31,6 %), aux hémorragies (10%) et à l'éclampsie (8,5%)
(CNSSE et ORC Macro, 2006 ; Ministère de la Santé, 2008).
En sus de la faible qualité des soins et services
fournis aux femmes pendant la grossesse et au moment de l'accouchement, divers
autres facteurs sont incriminés. Il s'agit notamment de la faible
utilisation du traitement préventif intermittent (TPI) à la
sulfadoxine pyriméthamine (3%) des moustiquaires
imprégnées d'insecticides (7%) et des méthodes
contraceptives (13%) (Ministère de la Santé, 2008).
v Santé sexuelle et santé de la
reproduction des adolescents
Les adolescents représentent près d'un
cinquième (19%)14(*) de la population congolaise, avec une forte
concentration en milieu urbain (56,6 %). La précocité des
rapports sexuels (âge médian 15,9 ans), souvent non
protégés, induit une forte prévalence des grossesses
précoces dans cette couche de population (8,5% selon une étude
menée dans trois Hôpitaux de Brazzaville entre juillet 1998 et
juin 1999) entraînant le recours prononcé à l'avortement
provoqué (Ministère de la Santé, 2002). Ainsi
malgré le caractère illégal de l'avortement au Congo, sa
répression par la plupart des religions et tous les dangers qui lui sont
liés surtout lorsqu'il est pratiqué dans les conditions
inappropriées, 63,6% des adolescentes congolaises ont
déclaré avoir pris elles-mêmes la décision
d'avorter. Un regard sur les motifs d'avortement permet de mieux comprendre ce
« besoin d'avortement » exprimé par la plupart des
adolescentes face à une grossesse qui risquerait de
compromettre leur avenir et/ou un futur mariage : trop jeune pour avoir un
enfant (23,4%) ; la crainte de la réaction des parents ou de la
famille face à une grossesse considérée comme inacceptable
(17,2%), les problèmes de couples (7,2%) contre 6,4% d'avortements,
seulement, pour des raisons de santé ; et la pratique de
l'avortement chez les jeunes femmes scolarisées est très
fréquente (16,8%), peut être même en progression chez celles
scolarisées et vivant dans le milieu urbain qui veulent terminer leur
scolarité (CNSSE et ORC Macro,2006). Et, bien que la plupart des
avortements clandestins soient faits par des médecins ou infirmiers, une
part non négligeable est réalisée par du personnel non
médical avec des méthodes à risques. Les avortements
provoqués avec leurs conséquences posent donc un véritable
problème de santé publique au Congo.
Une étude CAP réalisée en 2003, par la
Direction Générale de la population révèle
que ; 67,7% des jeunes et adolescents n'ont pas de connaissance sur les
services de santé reproductive, 75% ne fréquentent pas lesdits
services en cas de besoin, et 30,26% des adolescents ont recours à
l'automédication pour traiter les IST (Ministère de la
Santé, 2008).
Ainsi, le niveau de fécondité des adolescentes
(15-19 ans) est resté relativement stationnaire au cours des vingt
dernières années (au tour de 130 naissances vivantes pour 1000
femmes), avec un taux de fécondité adolescente de 131%o pour la
période la plus récente correspondant au niveau de
fécondité adolescente généralement observé
dans les pays à forte fécondité d'Afrique ; plus
d'un cinquième des jeunes femmes âgées de moins de 20 ans
(21%) ont déjà donné naissance à, au moins, un
enfant ; dès l'âge de 15 ans 0,7% des femmes congolaises ont
déjà entamé leur vie féconde (femmes ayant
déjà eu un enfant ou étant enceintes d'un premier enfant),
cette proportion augmentant régulièrement et rapidement avec
l'âge : 41% à 18 ans, 52% à 19 ans dont la grande
majorité a déjà au moins un enfant (CNSEE et ORC Macro,
2006).
Par ailleurs, il faut noter que les actions de planification
familiale au Congo sont organisées, pour la plupart, par l'Association
Congolaise pour le Bien Etre Familial (ACBEF), qui est une ONG oeuvrant dans ce
domaine depuis les années 1986. Mais les premières campagnes de
PF ne s'intéressaient pas aux adolescentes, considérées
comme une catégorie sociale non concernée par ces questions.
Certainement, à cause des barrières culturelles qui
présupposaient qu'adresser des messages de SSR aux adolescentes
représentait une incitation à la dépravation des moeurs et
à la débauche sexuelle.
En 1998, un Forum national sur la Santé de la
Reproduction des adolescents et des jeunes a été suivi de
l'élaboration d'un plan d'action national pour la santé des
jeunes et adolescents. Cependant, peu d'actions ont été
entreprises en ce domaine à cause des évènements
douloureux vécus. Il n'existe pas de services de santé de la
reproduction appropriés aux besoins des adolescents et jeunes. Sur les
27 centres de santés, repartis dans 16 localités du pays,
analysés dans le cadre du projet « Renforcement des services
de Santé de la Reproduction (SR) et prise en charge des Femmes Victimes
de Violences Sexuelles (FVVS) » plus d'une dizaine manquait de
services de SR et/ou de prises en charge des IST ou des adolescents ; pour
la plupart, les activités de PF étaient réalisées
de façon irrégulière et, environ 71,43% d'agents n'avaient
jamais bénéficié de formation en SR (Ministère de
la Santé et UNFPA, 2002).
Le projet de centre pilote de services SR et de
« counseling » pour les jeunes et adolescents a
été relancé par l'ACBEF et devrait se concrétiser
avec l'appui de la Fédération Internationale pour la
Planification Familiale (IPPF). Dans le cadre du programme intérimaire
de population 2001-2002 appuyé par le FNUAP, un projet sur la
santé sexuelle et reproductive des adolescents et jeunes est en cours
d'exécution. De nos jours, beaucoup d'ONG (ACBEF, IRC, etc.), des
confessions religieuses et des associations sont impliquées dans la mise
en oeuvre des interventions de SR, de lutte contre les Infections
Sexuellement Transmise (IST) y compris le VH/SIDA et les violences sexuelles.
Synthèse et conclusion partielle
Ce chapitre avait pour but de présenter le contexte de
l'étude, c'est-à-dire de ressortir les principaux aspects
économiques, démographiques, socioculturels et la situation
sanitaire du Congo et, d'établir leurs interrelations avec les
problèmes de santé sexuelle et reproductive (SSR) des
adolescentes. Le tableau 2 rassemble donc quelques indicateurs de base sur la
population congolaise. Il ressort que, malgré l'existence de nombreuses
ouvertures à la modernité pour les femmes congolaises des
générations actuelles, la précarité des conditions
de vie, les pesanteurs culturelles et les barrières qui empêchent
les adolescentes d'accéder librement à l'information et aux
services de santé de la reproduction sont autant de facteurs à
prendre en compte dans l'explication des comportements sexuels des
adolescentes, par conséquents de la précocité de leur
fécondité.
Le chapitre suivant présente les approches
théoriques sur lesquelles nous nous sommes appuyées pour analyser
le phénomène.
Tableau 2 : Principaux
indicateurs sociodémographiques/sanitaires du Congo
INDICATEURS
|
VALEURS
|
Population totale (en milliers)
|
3 551 500
|
PIB par tête (en USD)
|
770
|
Population vivant au dessous du seuil de pauvreté (%)
|
50,1
|
TNS des filles dans le primaire (%)
|
86,3
|
TNS des filles dans le secondaire (%)
|
44,7
|
Taux d'alphabétisation de la population âgée
de 15 ans et plus (%)
|
80,4
|
Espérance de vie à la naissance
|
51,9 ans
|
Rapport de Mortalité Maternelle (pour 100.000 NV)
|
781 décès
|
Risque de MM pour une femme durant sa période de
procréation
|
1 sur 28
|
Age médian d'entrée à la première
union chez les femmes (20-49 ans)
|
20,4 ans
|
Age médian aux premiers rapports sexuels chez les femmes
(20-49 ans)
|
15, 9 ans
|
Prévalence des IST chez les jeunes de 15-24 ans (%)
|
26
|
Proportion des adolescents (15-19 ans) dans la population totale
(%)
|
19
|
Taux de chômage des adolescents de 15-19 ans (%)
|
40
|
Taux d'urbanisation des adolescents de 15-19 ans (%)
|
57
|
Proportion du célibat féminin chez les
adolescentes de 15-19 ans (%)
|
80,1
|
Taux de fécondité des adolescentes de 15-19 ans (en
%o)
|
129
|
Proportion d'adolescentes de 15-19 ans ayant déjà
donné naissance à au moins un enfant né-vivant (%)
|
21%
|
Proportion des grossesses inopportunes/non désirées
chez les adolescentes de 15-19 ans (%)
|
58,9
|
Prévalence contraceptive moderne chez les adolescentes de
15-19 ans (%)
|
10,5
|
CHAPITRE II : CADRE THEORIQUE
Ce chapitre aborde les aspects théoriques de
l'étude. Il commence par une revue de la littérature qui
résume les différentes approches théoriques ainsi que les
résultats empiriques de travaux sur la fécondité
précoce. De cette revue, suit le schéma conceptuel relatif aux
hypothèses de l'étude, et le chapitre s'achève par un
schéma d'analyse utilisé pour tester les différentes
hypothèses énoncées.
II.1. REVUE DE LA LITTERATURE
La préoccupation des scientifiques autour de la
fécondité précoce est universelle. Des études
pionnières sur ce sujet ont été réalisées
à partir des années 1960, dans les pays occidentaux,
particulièrement aux Etats-Unis où le phénomène
prenait une ampleur inhabituelle avec l'arrivée à l'âge
d'adolescence des générations issues du « baby
boom », surtout dans les populations hispanique et
afro-américaine : augmentation des divorces, paupérisation
des femmes, augmentation des grossesses d'adolescentes, des grossesses hors
mariage et des avortements (Chilman, 1986 ; Moore et al., 1981 in
Delaunay, 1994). La fécondité adolescente qualifiée de
« fléau social » fut d'abord analysée,
très largement, sous l'angle d'un
« problème » en raison des conséquences sur
la santé et le bien-être de la mère et de l'enfant
(Geronimus, 1986 in Diop, 1995 ; M. Gauthier et J. Charbonneau,
2002). Ensuite par sa prépondérance dans la minorité
afro-américaine, le problème a pris une dimension politique d'une
revendication de l'égalité sociale (Davis, 1988 ; NRC,
1987 in Diop, 1995). Mais le problème étant également
en augmentation chez les adolescentes blanches certains auteurs mirent en avant
le coût économique de la grossesse précoce (Moore,
1978 ; NRC, 1987 in Diop, 1995).
En Europe le problème parait moins
accentué ; mais en Grande Bretagne où 13% de jeunes filles
de 20 ans sont déjà mères il est qualifié de
« suicide social ». En France où les
« ado-mamans » ne représentent que 4% des filles de
20 ans, deux chercheurs - Nativel et Daguerre15(*) sous l'initiative de la Caisse nationale des
allocations familiales (Cnaf) - se sont le plus intéressés au
coût « humain » de la maternité précoce
en se posant les questions suivantes : Qui sont les jeunes filles les plus
exposées ? Quelles raisons motivent le choix ``personnel'' d'avoir
un enfant ? Cependant, face à l'interdiction de réaliser
des enquêtes sur des données ethnoculturelles qui empêche de
déterminer les populations à risque en France, ces auteurs, en se
fiant à la géographie des maternités précoces dans
des pays tels que l'Italie ou le Canada, avancent l'hypothèse qu'en
France le phénomène épouse les zones d'exclusion et de
chômage, notamment de la ruralité et des banlieues
défavorisées. Pour les adolescentes de 16-17 ans, la
maternité correspondrait à un désir de stabilisation de la
relation amoureuse et à l'espoir d'accéder à une
reconnaissance sociale ; l'absence d'un père biologique durant la
petite enfance augmenterait les comportements sexuels à risque chez les
adolescentes et donc leur propension à tomber enceintes.
A partir des données fournies par les enquêtes
mondiales sur la fécondité des années 1970 et 1980, les
chercheurs ont commencé à étudier les problèmes
liés à la fécondité des adolescentes dans les pays
en développement. En Afrique, la fécondité précoce
fait l'objet d'un nombre croissant d'études, recherches et de programmes
d'intervention. L'intérêt fut d'abord porté sur les
grossesses précoces hors mariage ou hors union, perçues comme
transgression d'une norme sociale. Aujourd'hui, on passe progressivement
à une approche plus objective prenant en compte les implications
sanitaires et sociales de la maternité précoce (Locoh, 1994). En
effet, depuis 1986 les EDS ont apporté une assise statistique nationale
renouvelée, aussi bien pour analyser la fécondité selon
l'âge que pour les données d'ordre sanitaire et sur les conditions
d'accouchement et la santé des enfants.
Aussi, depuis le début des années 1980, de
nouvelles recherches remettent en question les interprétations
classiques, principalement économiques, concernant les facteurs de la
fécondité adolescente. De nouvelles approches sont
abordées :
§ Les conditions économiques16(*) sont examinées moins en
elles-mêmes que situées dans le contexte de l'allongement de
l'adolescence et de son impact sur les modes de vie, dont la modernisation qui
laisse peu de place à l'enfant ;
§ Les Etats ayant réagi à des niveaux
élevés de fécondité précoce par des
programmes de planification familiale, il n'est plus possible de ne pas en
tenir compte.
Vu son ampleur et les nombreuses incidences qu'il pourrait
entraîner dans la société, particulièrement en
Afrique, il est important d'explorer davantage ce phénomène de
fécondité des adolescentes très répandu, mais un
peu moins exploré dans certains contexte comme celui du Congo. Plusieurs
pistes sont donc envisageables pour améliorer l'état de
connaissance du phénomène et entraîner les politiques
à la prise en compte dans les politiques nationales de
développement de l'importante problématique de la santé
sexuelle et reproductive des adolescentes.
II. 1.1. APPROCHES EXPLICATIVES
« L'approche est à considérer
comme une démarche intellectuelle qui n'implique ni étapes, ni
cheminement systématique, ni rigueur particulière. C'est à
peu près un état d'esprit, une sorte de disposition
générale qui situe l'arrière-fond philosophique ou
métathéorique du chercheur ou de la
recherche. »17(*) Cette section présente, en effet, un
ensemble de démarches intellectuelles mises en oeuvres par certains
auteurs, dans différents contextes, pour appréhender le
problème de fécondité précoce. Dans ce sens, on
parle d'approche socioéconomique, socioculturel, institutionnelle...
A. APPROCHE SOCIOECONOMIQUE
L'approche socioéconomique est tirée de la
théorie du choix rationnel18(*), héritée de Hume et des
Lumières, qui repose sur le postulat suivant : « les
agents agissent de la manière qui leur semble appropriée, pour
des raisons que le théoricien peut chercher à comprendre et
à reconstituer ». Ces modèles de la
rationalité pratique trouvent des applications dans les sciences
sociales lorsqu'on retient une approche individualiste de l'explication des
phénomènes sociaux. Ainsi, les agents sociaux - les adolescentes
- sont assimilés à des décideurs rationnels dont on
cherche à reconstituer les préférences ou les raisons
d'agir. C'est, par exemple chez Pareto, le critère qui sépare les
« actions logiques » (adaptées au but visé)
des « actions non logiques ». Selon les approches de ce
type, les buts visés par les individus rationnels peuvent être
quelconques, pourvu que le choix des actions soit judicieux relativement
à ces buts.
Cette approche encore appelée
« théorie de l'adaptation rationnelle » a
été initiée, en démographie, par Cherlin et Riley
(Calvès, 1996). Essentiellement basée sur les effets de la
pauvreté des populations, elle postule que les comportements sexuels
à risque des adolescentes ainsi que leur fécondité
précoce seraient dirigés par des motivations d'ordre
économique ou social. D'une part, dans un contexte de
précarité financière ou matérielle, les
adolescentes s'engageraient délibérément dans des
relations sexuelles multiples ou avec un partenaire économiquement plus
aisé pour améliorer leur condition de vie (nourriture,
habillement, frais de scolarité, logement, articles de luxe, etc.).
D'autre part, pour une jeune adolescente située en bas de la
hiérarchie sociale, les relations sexuelles avec un partenaire mieux
placé sont un moyen d'agrandir son capital
social19(*) et, de
grimper à un échelon supérieur (obtention d'un emploi par
exemple).
Cette monétarisation des rapports amoureux s'effectue
parfois avec l'accord tacite (ou la pression) des parents lorsque les filles
sont considérées comme un fardeau pour la famille ou, au pire,
comme un investissement non rentable, ou encore lorsqu'il y a un
intérêt économique, telle que la dot, à en tirer.
Mais elle peut aussi être suscitée par les partenaires
eux-mêmes pour diverses raisons dont celle de vouloir échapper
à une polygamie formelle dans un entourage évolué en
entretenant des unions informelles, comme les « deuxièmes
bureaux » dans le contexte congolais, desquelles ils peuvent se
défaire au gré des circonstances économiques, quand bien
même celles-ci se solderaient par une naissance. Enfin pour une jeune
fille, faire un enfant à un homme constitue un moyen, un peu plus
sûr, de créer une relation durable voire d'aboutir au mariage avec
ce dernier. Les facteurs économiques à prendre en compte sont,
pour l'essentiel : la dépendance économique des filles
mères et l'insuffisance des moyens des parents pour subvenir aux besoins
de leurs enfants adolescents.
B. APPROCHE SOCIOCULTURELLE
Elle postule la prééminence des normes et
valeurs culturelles sur les comportements des individus. Chaque individu trouve
en naissant des moeurs, fixées dans des institutions, familiales,
domestiques, économiques, religieuses ou politiques, qui s'imposent
à lui et lui indiquent des règles de conduite, des modèles
à imiter, en langage actuel des valeurs, des normes
intériorisées (Fauconnet et Mauss, 1901)20(*). Transmises par
l'éducation, sans qu'il ait besoin d'en prendre conscience, il peut les
transgresser mais non les ignorer. Elles composent des morales pratiques,
variables dans le temps et suivant les époques. Dans ce sens, les
valeurs et pratiques du groupe social dans lequel évoluent les
adolescentes leur dictent un ensemble de valeurs et de conduites qui se
reproduisent dans les choix, les attitudes et les comportements individuels de
ces adolescentes. Les normes et valeurs sociales en matière de
sexualité, de nuptialité, de famille et de procréation
régissent donc les comportements sexuels et reproductifs des
adolescentes. Deux modèles théoriques se dégagent de cette
approche : le modèle de l'héritage culturel et le
modèle de la désorganisation sociale.
a) Le modèle de l'héritage
culturel
Ce modèle théorique fait de la tradition le
socle de l'ordre social, par conséquent des conduites individuelles. Les
individus ne sont pleinement eux-mêmes, c'est-à-dire des
êtres sociaux, que grâce à la société qui leur
est antérieure, supérieure et qui les élève
à la dignité d'êtres humains, c'est-à-dire sociaux.
Pour Maurice Blondel21(*),
« la tradition véhicule plus que des idées
susceptibles de forme logique : elle incarne une vie qui comprend à
la fois sentiments, pensées, croyances, aspirations et
comportements ». Le caractère normatif de la tradition
est la force qui fait exister une société à travers le
temps. C'est en effet, la valeur accordée par les
générations présentes à ce qui est transmis par les
générations du passé qui constitue la tradition. Mais,
loin de considérer avec suffisance l'acquis des siècles
passés comme un dépôt intangible, elle donne lieu à
toute une série de réinterprétations possibles, qui en
retour, la maintiennent, la consolident, l'actualisent ou la renouvellent.
Dès lors, « elle livre par une sorte de contact
fécondant ce dont les générations suivantes ont
également à se pénétrer et ce qu'elles ont à
léguer comme une condition permanente de vivification, de participation
à une réalité où l'effort individuel et successif
peut indéfiniment puiser sans l'épuiser »22(*). Ainsi, les comportements
procréateurs des adolescentes seraient donc une résultante
directe ou indirecte de la transmission intergénérationnelle des
valeurs traditionnelles et normatives de la procréation, essentiellement
véhiculées par l'ethnie et la religion.
De ce fait, l'héritage culturel peut constituer soit un
facteur favorisant ou un facteur défavorisant pour la
fécondité précoce selon que, les normes et les valeurs
culturelles traditionnelles tolèrent ou réprimandent la
procréation et les rapports sexuels avant ou hors mariage.
b) Le modèle de la désorganisation
sociale
La notion de désorganisation sociale a
été popularisée par l'étude de Thomas et Znaniecki
sur le paysan polonais en Europe et aux Etats-Unis (1918-1921)23(*). Elle y est définie de
manière générale comme la perte d'influence des
règles sociales de conduite existantes sur les membres du groupe. Ce
modèle fait partie de la théorie générale de la
modernisation, qui stipule l'affaiblissement des structures traditionnelles et
le relâchement du contrôle des aînés sur les cadets.
Dans ce cadre les relations sexuelles seraient spontanées et ne
répondraient à aucun objectif particulier (Diop, 1995 ;
Rwenge, 1999). En effet, dans une telle situation, les comportements
individuels s'expliquent, le plus souvent, par une désorganisation
personnelle c'est-à-dire, par l'incapacité pour l'individu de se
construire un projet de vie : en l'absence de règles stables et
intériorisées, l'individu est désorienté et
« démoralisé ». La désorganisation
sociale est mise en évidence par les mutations sociales que subit la
société traditionnelle africaine ; elle a sa source dans le
développement d'attitudes individualistes et hédonistes
résultant des contacts avec l'extérieur, notamment par
l'urbanisation, la scolarisation et les médias. Ceci implique la perte
du contrôle social des anciens sur les jeunes générations
engendrant un libertinage sexuel. La modernisation, à travers ses
composantes que sont l'urbanisation, la scolarisation et les médias,
apparaît ainsi comme une cause de la déstructuration du
système familial traditionnel, assortie d'une baisse de l'influence
familiale, au profit des paires, lesquelles semblent souvent être source
d'informations sur la sexualité et la contraception (Délaunay,
1994).
En fait, le fait urbain renferme de nombreux facteurs
favorables à un changement social accéléré. En
ville, l'élargissement du cadre de vie et la perte des contraintes
familiales traditionnelles, qui autrefois assuraient un meilleur contrôle
social de la vie sexuelle et conjugale, du fait qu'ils permettent de nos jours
à la jeune fille de connaître une véritable période
d'adolescence sont de nature à favoriser chez cette dernière
l'adoption de comportements sexuels à risque. Le milieu urbain offre
d'autres types de modèles, tant à travers les comportements
nouveaux qui y ont cours que par l'influence des médias
(télévision, radio, presse écrite, Internet, etc.)
auxquels ont accès, ou sont « exposées » les
adolescentes citadines. Enfin, la ville créée également de
nouveaux besoins et des modes de consommation monétaires qui
provoquent une modification profonde de certaines valeurs sociales
fondamentales.
Par ailleurs, la scolarisation c'est-à-dire le
système d'éducation formelle, en tant que force de changement,
pousse les adolescentes à surmonter les préjugés sociaux
ou à transgresser les normes et les règles établies par la
tradition. Par les changements de mentalité et de
référence sociale qu'elle provoque, la scolarisation incite
l'adolescente à prendre le contrôle de sa propre vie et à
assumer un statut et une identité en soi, au-delà de son
rôle traditionnel au sein de la communauté. Au niveau du
système éducatif, la mixité des établissements
source de promiscuité entre filles et garçons est un facteur
susceptible de favoriser le libertinage sexuel des jeunes
générations. De ce fait, le système éducatif
tiré de l'occident est perçu comme une source d'acculturation, de
déviance sociale et de conflit de générations.
Outre les médias, la prolifération des discours
sur la sexualité et les images érotiques ou pornographiques
diffusées par les mass media incitent aux comportements sexuels à
risque. L'influence grandissante des médias internationaux, tant en
ville qu'en campagne, bouleverse les valeurs traditionnelles, principalement
chez les jeunes; elle est à l'origine de l'apparition de modes de vie
nouveaux : libertinage sexuel, conduites excentriques, exaltation de la
richesse matérielle, etc. En définitive, pour le modèle de
désorganisation sociale, ce sont ces différents
éléments de la modernisation qui favorisent la diffusion de
nouvelles mentalités en matière de sexualité, susceptibles
d'entraîner chez l'adolescente l'incidence de grossesses et
maternités précoces et non planifiées.
Contrairement au postulat de ce modèle, certaines
études en Afrique subsaharienne infirment l'hypothèse de la
modernisation et des médias comme facteurs d'activité sexuelle
des jeunes. Comme pour le modernisme et les médias, l'instruction et
l'urbanisation sont des portes d'ouverture culturelle. Elles sont un facteur de
prévention des IST/VIH/SIDA et des grossesses non désirées
par l'utilisation correcte des préservatifs et contraceptifs (Antoine et
Nanitelamio, 1990 ; Evina, 2005 ; Ainsworth, 1994 ; Talnan et al., 2003).
Une étude de l'OMS, citée par Rwenge (1995), a montré que
« les cours d'éducation sexuelle à l'école
ont souvent réduit l'activité sexuelle des adolescents et accru
l'emploi des préservatifs ». La solarisation, au lieu
d'être un facteur favorisant la liberté sexuelle, règle la
vie sexuelle en dissuadant par exemple les filles de la prostitution et au
multipartenariat.
La théorie de la désorganisation sociale peut
bien s'adapter aux sociétés où les jeunes respectent
encore les interdits sexuels et où l'autorité traditionnelle des
parents et du lignage en matière de contrôle de l'activité
sexuelle s'exerce encore. Elle peut bien s'appliquer chez les
bamiléké du Cameroun et les Luba de la RDC, où la
virginité est encore, dans une certaine mesure, une condition pour le
mariage ; elle peut aussi l'être chez les Dii de la province de
l'Adamaoua (du Nord Cameroun) où la virginité de la fille est
vérifiée (Kouinche et Tagne, 1998). Par contre, cette
théorie semble inadaptée dans les sociétés ou
cultures qui sont favorables à l'activité sexuelle
prémaritale des jeunes : chez les Mongo et Tetela de la RDC, les
Beti du Cameroun. Chez les Bandjoun (Ouest du Cameroun) par exemple l'on
n'utilise aucun moyen pour vérifier la virginité (Kouinche
et Tagne, 1998) ; tandis que chez les Tetela, « la
virginité de la jeune fille n'est pas un critère de
surenchère, qu'il s'agisse du mariage entre jeunes ou du mariage entre
adultes ... » D'après Romaniuk (1967), chez les Tetela,
dans le cadre des fiançailles, dès que le futur fiancé se
présente dans la famille de la jeune fille comme candidat au mariage et
que la famille de celle-ci l'accepte, les deux peuvent déjà vivre
comme des mariés (mariage à l'essai). Ces différentes
limites entraînent donc à relativiser les interprétations
issues du modèle de désorganisation sociale.
C. APPROCHE INSTITUTIONNELLE
Bien que moins représentée dans la
littérature, l'approche institutionnelle demeure assez importante pour
la compréhension des comportements sexuels et procréateurs des
individus et, en particulier des adolescentes. Potter (1983)24(*) remarque que, dans les
études des déterminants de la fécondité,
l'attention a été traditionnellement fixée sur les
caractéristiques des individus, des ménages et des familles, aux
dépens de celles de leur environnement.
Cette approche s'intéresse essentiellement sur les
incidences des institutions (politiques, législatives et juridiques,
sociales, économiques, etc.) sur les comportements procréateurs
des adolescentes. Les institutions étant définies, en
général, comme un ensemble de règles organisant la
société ou certaines de ses instances. Ainsi, elle met l'accent
sur les structures intermédiaires ou les différents contextes
dans lesquels se situent les phénomènes (Oppong, 1995 ;
McNicoll, 1978 cités par V. Piché et J. Poirier 1995). Suivant
cette approche, les institutions influencent les opportunités et les
contraintes qui déterminent les choix et les actions des adolescentes en
matière de sexualité et de procréation. En effet, les
institutions donnent le ton aux jeux de pouvoir qui existent au sein de la
famille, dans la société et dans les activités
économiques. Dès leur jeune âge, les filles apprennent
à vivre en accord avec les attentes de la société et, tout
au long de leur vie, les structures institutionnelles renforcent les
comportements qu'on attend d'eux en tant que femmes (Banque Mondiale, 2003).
Ainsi, l'attitude des adolescentes à l'égard de la
procréation dépendra de l'importance que les décideurs
accordent aux questions spécifiques à la sexualité et
à la maternité relatives à ce groupe social.
D. APPROCHE PSYCHOLOGIQUE
Cette approche propose trois modèles
d'interprétation de la sexualité et de la fécondité
des adolescentes (Marcelli, 2000). Le premier modèle considère la
fécondité à l'âge d'adolescence comme la
manifestation du besoin de vérifier l'intégrité corporelle
et des organes de la reproduction. Le second indique que la grossesse à
l'adolescence, et plus encore le désir d'enfant, est une recherche d'un
« objet » de satisfaction complète des carences de
l'enfance. En effet les violences physiques, la carence et la négligence
éducative pendant la petite enfance ainsi qu'une mauvaise estime de soi
apparaissent fortement corrélés avec la maternité
précoce (Herrenkohl et al., 1998). Enfin le troisième
modèle considère la grossesse, par conséquent la
maternité, comme faisant partie des prises de risques de l'adolescence
dont l'objectif serait de mettre le corps en danger. Ce corps, par lequel
naît le sentiment de frustration avec l'éveil de la
sexualité, est vécu comme un objet de persécution ;
l'adolescent attaque son corps car il est source de souffrance. Alors que les
garçons « choisissent » la déviance sociale,
les filles se tournent vers l'attaque directe du corps : tentatives de
suicide, troubles du comportement alimentaire, grossesse, MST. Bien que cette
approche soit moins développée en Afrique subsaharienne,
sûrement en raison de l'absence des données cliniques, elle peut
s'avérer pertinente pour l'Afrique centrale en général et
pour le Congo en particulier, principalement dans sa première assertion
(qui suppose la vérification de l'intégrité corporelle),
si l'on considère l'infécondité pathologique ayant
sévit dans cette sous-région durant la période
post-coloniale, et la stigmatisation socioculturelle qu'entraîne la
stérilité féminine.
E. APPROCHES FAMILIALES
Dans la littérature, quatre approches permettent
d'appréhender l'influence du type d'environnement familial sur la
sexualité et la fécondité des adolescentes : la
théorie du capital social de la famille (Coleman, 1998 cité par
M. Yode et T. LeGrand, 2007), l'approche de la socialisation, l'approche du
contrôle parental et l'approche de l'instabilité conjugale ou
familiale (Haurin et Mott, 1990 ; Albrecht et Teachman, 2003 ; M.
Yode et T. LeGrand, 2007). Selon la première approche, le capital social
de la famille intervient dans le développement des enfants et se
réalise dans les relations entre les parents ainsi que les autres
membres de la famille et les enfants. Les membres adultes de la famille
disposent de connaissances et d'expériences qui participent à la
formation des aptitudes des enfants à l'action.
La seconde approche, quant à elle, considère que
la socialisation sexuelle et reproductive débute dès la naissance
de l'enfant ; elle est facilitée par la proximité entre les
enfants et les parents. Ce sont les adultes qui orientent les enfants vers les
valeurs sexuelles socialement acceptables et saines. Selon l'approche de la
socialisation, le comportement de l'adolescente dépendra de la relation
et de la communication entre parents et enfants. Une bonne relation entre
parents et enfants crée une atmosphère favorable à
l'acceptation des valeurs parentales de la sexualité et de la
procréation. Ces parents représentent également une
meilleure source d'informations sur la sexualité et la reproduction
qu'ils peuvent transmettre aux adolescentes par le biais d'une communication
(Sieving et al., 2002, Swain et al., 2006 ; Amuyunzu-Nyamongo, Sieving et
al., 2002, Yode et LeGrand, 2007). En Afrique, les parents biologiques ne sont
pas les seuls acteurs de la socialisation sexuelle de l'adolescente ; la
famille étant le plus souvent élargie, son capital social est
plus étendu et englobe aussi bien la fratrie que les autres adultes
apparentés ou non.
Les modèles de contrôle parental sont
fondés sur une relation hiérarchique entre les parents et les
adolescentes dans laquelle les parents jouent le rôle de responsable
(Dishion et McMahon, 1998 cités par Yode et LeGrand, 2007). Ce
contrôle s'effectue au moyen des opportunités ou des restrictions
offertes à l'adolescente et, par le suivi de ses activités et de
ses lieux de fréquentation. Il permet aux parents d'être des
facilitateurs ou des inhibiteurs du comportement sexuel de l'adolescente. La
supervision parentale réduit les risques d'une entrée
précoce en sexualité des adolescentes et permet d'éviter
les contacts entre l'adolescente et ses paires aux comportements à
risque ; ceci dépend également de l'héritage culturel
des parents.
Les auteurs de la dernière approche se sont
orientés vers l'instabilité et le changement pour étudier
les comportements sexuels des adolescents dont les parents ont connu la rupture
d'union ou le remariage. Pour eux ces situations d'instabilité sont
sources de perturbations et de contraintes sociale, émotive et
psychologique pour les adolescentes qui augmentent la susceptibilité
d'entrée précocement en sexualité et en
maternité.
Généralement, les processus familiaux sont
mesurés par le « contrôle social » et
l'évocation des sujets relatifs à la sexualité et à
la procréation avec les membres de la famille ; chacun de ces
éléments étant rattachés à (au moins) l'une
des approches théoriques susmentionnées. Un élément
se rapporte à l'approche de la socialisation (discussion sur la
planification familiale avec les parents), un autre rend compte de l'approche
du contrôle social (exposition à la télévision), le
sexe du chef de ménage se rapporte à l'instabilité
conjugale ou familiale et, le niveau de vie du ménage relève
à la fois de l'approche du capital social de la famille, de la
socialisation et du contrôle social.
F. APPROCHE COMPORTEMENTALE (OU DETERMINANTS
IMMEDIATS)
Contrairement aux précédentes approches qui sont
des démarches théoriques, cette dernière approche
constitue plutôt un schéma d'analyse pour la
fécondité des adolescentes. Il propose, en effet, de distinguer
deux types de variables : (1) les variables indépendantes (ou
explicatives) qui sont d'ordre socioculturel, politique,
socioéconomique, environnemental, etc. ; (2) les variables
immédiates (encore appelées variables intermédiaires ou
proches)25(*), au travers
desquelles s'exerce nécessairement toute influence sur la
fécondité précoce. Les facteurs ainsi identifiés
dans cette approche sont les suivants : les rapports sexuels qui marquent
biologiquement le début d'exposition au risque de grossesse ; le
mariage qui marque socialement le début d'exposition au risque de
grossesse ; la contraception dont l'utilisation empêche la
grossesse ; et l'avortement provoqué qui met fin à une
grossesse non désirée.
Ces différentes approches mettent donc en exergue un ou
plusieurs éléments ou facteurs qui, en interaction avec d'autres,
concourent à la survenue d'une maternité précoce chez les
adolescentes. Nous présentons dans la section suivante les
catégories de facteurs susceptibles d'agir dans le contexte qui nous
concerne ; tout en précisant pour certains d'entre eux les modes
d'action sur le phénomène tels que déceler par
différents auteurs et dans divers contextes.
II.1.2. ETUDES EMPIRIQUES SUR LES FACTEURS EXPLICATIFS DE
LA
FECONDITE DES ADOLESCENTES
La recherche des facteurs de la fécondité des
adolescentes a toujours suscité un intérêt particulier,
parce qu'elle constitue l'élément déterminant de
l'évolution à long terme d'une population, et qu'il s'agit d'un
phénomène qui relève en partie des comportements
individuels. Une revue de la littérature permet de constater que
plusieurs facteurs peuvent intervenir, à différents niveaux, pour
expliquer les comportements procréateurs des adolescentes. Ceux-ci
intègrent aussi bien le contexte général dans lequel
évolue l'adolescente (tradition, religion, législation,
degré de modernité, etc.), les caractéristiques des
parents et des familles (catégorie socioprofessionnelle, statut
économique, le cadre ou niveau de vie, etc.) et les
caractéristiques propres à l'adolescente (âge à la
puberté, âge aux premiers rapports sexuels, âge à la
première union, instruction, etc.). Plusieurs auteurs ont tenté
de montrer de manière empirique comment certains de ces facteurs
agissent sur la fécondité des adolescentes.
II.1.2.1. Les facteurs institutionnels
Ces facteurs constituent les éléments de
l'environnement institutionnel dans lequel vit l'adolescente ; ils
incluent la législation, les politiques et programmes nationaux en
matière d'union (ou de désunion), de formation des familles, de
procréation, d'éducation sexuelle des jeunes, de communication,
d'approvisionnement et de diffusion des méthodes contraceptives
modernes. Ils ont pour la plupart été identifiés suite
à l'apport des théoriciens de l'approche institutionnelle. Ici,
l'argument principal stipule que l'adoption d'un comportement sexuel
responsable dépend, dans une large mesure, de la disponibilité de
l'information et de l'accès des adolescentes aux services adaptés
de santé de la reproduction (comme les centres d'écoute) et aux
méthodes contraceptives modernes. L'absence de questions relatives
à l'environnement institutionnel, généralement
observée dans les EDS, empêche de mesurer l'effet des facteurs
institutionnels sur la fécondité précoce en Afrique ;
ceci est aussi valable pour ce qui est de notre étude. Toutefois, la
prise en compte de la législation congolaise en matière d'union
dans la définition de l'union précoce ou encore de la
sexualité précoce permet, dans une certaine mesure, de tester des
éléments institutionnels.
II.1.2.2. Les facteurs socioculturels
Mis en exergue par les approches socioculturelles, il s'agit
notamment des caractéristiques de l'environnement socioculturel de
l'adolescente. Ces facteurs s'appuient sur le fait que la
fécondité des adolescentes est indissociable du contexte
général auquel elle émerge. Elle s'inscrit dans les
représentations, les normes, les valeurs et les pratiques culturelles de
chaque société. Il s'agit notamment des facteurs relatifs
à des représentations (religieuses), aux normes (en
matière sexualité, éducation sexuelle) et aux valeurs
sociales (en matière de sexualité, de mariage), de conception de
la famille et de la fécondité. Les facteurs socioculturels
mesurés dans notre étude sont : l'ethnie, la religion, le
milieu de socialisation et le milieu de résidence.
a) L'Appartenance ethnique
De nombreux auteurs considèrent l'ethnie comme un
élément crucial d'identification sociale. L'ethnie en tant que
lieu de production et de manifestation par excellence des modèles
culturels spécifiques apparaît ainsi comme un
élément important dans l'étude des sociétés
africaines dont la population est généralement composée de
plusieurs groupes culturels (Wakam, 1994). Son caractère
prépondérant dans la manifestation des phénomènes
démographiques vient du fait que des populations vivent
différemment ces phénomènes, soit à cause de leur
localisation géographique ou soit à cause d'autres
caractéristiques qui leur sont propres (SaLa-Diakanda, 1980). En
Afrique, plusieurs travaux (Romaniuk, 1967 ; Rwengé, 2002)
révèlent une hétérogénéité
culturelle en matière de sexualité, de nuptialité ou de
procréation, qui permet de regrouper les groupes ethniques en deux
classes : d'une part les ethnies dont la sexualité et la
procréation avant le mariage sont tolérées (Mongo et
Tetela en RDC, Beti-Fang au Cameroun) et, d'autre part, celles dont ces
pratiques sont strictement interdites (Luba en RDC, Bamiléké au
Cameroun). Dans les ethnies où les relations sexuelles et la
procréation prémaritales sont tolérées voire
encouragées, la virginité de la femme n'a aucune importance.
Souvent, une maternité avant union représente la preuve de la
fertilité et la garantie d'un mariage potentiel. Dans un tel contexte,
l'ethnie apparaît comme un facteur important dans l'occurrence de la
maternité précoce des adolescentes. Par contre, dans le cas des
ethnies où les relations sexuelles et la procréation
prémaritales sont strictement interdites, la jeune femme est tenue de
préserver sa virginité jusqu'à son mariage. Cette
valorisation de la virginité féminine implique l'interdiction
complète de la fécondité prémaritale (ou simplement
hors union). Dans ce contexte, la fécondité avant ou hors union
constitue une violation des règles de la communauté donc
susceptible de sanctions voire de bannissement social.
Dans le contexte malgache, Gastineau (2004) observe que les
jeunes filles Tañala, ethnie du Sud Est de Madagascar vivant en zone
rurale où la sexualité prémaritale est
tolérée, ont des grossesses plus précoces que les
adolescentes de la capitale Antananarivo, qui appartiennent aux ethnies qui
répriment la sexualité et les grossesses prénuptiales.
S'agissant de la Côte d'Ivoire, Talnan et al. (2003) font remarquer que
le fait d'appartenir aux groupes ethniques Krou et Sénoufo ou
Malinké multiplie respectivement par 2,13 et 1,66 les chances d'avoir
des rapports sexuels avant l'âge de 16 ans par rapport aux filles du
groupe Akan.
L'ethnie à travers les normes, les idées et les
pratiques quotidiennes qu'elle véhicule a une influence sur les
variables telles que le niveau d'instruction, l'exposition aux médias,
etc. qui à leur tour, influencent l'âge d'entrée en
activité sexuelle et l'attitude à l'égard du sexe. Ainsi,
du fait de son appartenance ethnique, l'adolescente aura
intériorisé des valeurs et des normes particulières
desquelles découlera son attitude spécifique à
l'égard de la sexualité et de la fécondité.
b) La religion
Selon Durkheim (1912)26(*), « une religion est un système
de croyances et de pratiques, relatives à des choses sacrées,
c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques
qui unissent en une communauté morale, appelée Eglise, tous ceux
qui y adhèrent ». Dans ce sens, la
spécificité d'une société religieuse vient du fait
qu'elle constitue un système (intellectuellement très
élaboré) de représentations et de croyances relatives au
divin. Cette organisation symbolique à haute capacité de
mobilisation affective unit étroitement doctrine du salut, règles
de l'existence privée, normes de la vie domestique, droits et devoirs de
l'individu en société, principes de l'organisation sociale
légitime. Au niveau le plus élémentaire de l'analyse, une
religion est d'abord un groupe d'appartenance27(*), c'est-à-dire celui auquel l'individu dit ou
est censé appartenir.
En fait, toute théologie définit une attitude de
l'homme par rapport à la vie et à la mort. Toute croyance
religieuse à une implication démographique. Pour les religions du
Livre - Judaïsme, Christianisme, Islam - la croissance et la
multiplication des hommes répondent au projet du créateur. Ce qui
fait que les Eglises ont toujours condamné l'avortement, mais leur
position à l'égard de la contraception a été plus
variée et plus hésitante. Les autorités catholiques ont
non seulement condamné toute légalisation autorisant
l'avortement, pour quelque raison que ce soit, mais aussi toute pratique
anticonceptionnelle. Dans les populations islamiques, l'encouragement au
mariage précoce, la faible durée d'abstinence après la
naissance et le statut subordonné de la femme sont parmi les facteurs
qui favorisent une fécondité précoce et
élevée (Tapinos, 1996).
Dans les sociétés traditionnelles, le message
religieux et la nécessité de compenser une forte mortalité
par une fécondité élevée se rejoignent pour
favoriser la survie des populations. Ainsi, la religion tout comme l'ethnie,
est un mobile de valeurs et de croyances qui, d'une manière ou d'une
autre, imposent à ses adeptes des manières de penser et d'agir
susceptibles d'influencer leur sexualité et leurs conduites à
l'égard de la fécondité. La religion peut donc être
un obstacle à l'accès à l'information, à la
fréquentation des services de santé reproductive, ou à
l'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les
adolescentes.
Des études ont montré que les adolescentes
chrétiennes ont relativement plus de risque d'être sexuellement
actives ou mères avant le mariage que les adolescentes musulmanes ou
celles des autres religions (Delaunay, 1994 ; Calvès, 1996 ; Kuate
Defo, 1998) ; en effet Kuate-Defo, dans une étude sur les
adolescentes camerounaises, révèle que comparées aux
musulmanes et à celles des religions traditionnelles, les adolescentes
chrétiennes sont d'au moins 40% plus susceptibles d'avoir leurs premiers
rapports sexuels hors mariage avant 20 ans et elles ont aussi, parmi les femmes
mariées avant cet âge, 22% plus de chances d'avoir un premier
enfant après le mariage, et ces résultats s'avèrent
robustes après contrôle pour les différences tant
socio-économiques que mesurées et non mesurées entre les
femmes (respectivement p<,01 et p<,05). Ce qui pourrait traduire un
contrôle relativement faible sur la sexualité et la
maternité des adolescentes dans la religion chrétienne que dans
les autres religions.
c) Le milieu de socialisation
La socialisation en tant que processus de transformation de
l'individu d'un être asocial en un être social (en lui inculquant
des modes de penser, de sentir et d'agir), et d'intériorisation des
normes, valeurs et représentations collectives, ne s'exerce pas avec la
même intensité selon que l'individu grandit dans un milieu comme
dans un autre. En Afrique, cette distinction s'établit souvent entre le
milieu urbain et le milieu rural.
En milieu rural, les normes et les valeurs traditionnelles ont
encore force de représentativité, l'individu évolue
pratiquement dans un milieu homogène composé, en majeur partie,
par les membres de son propre ethnie voire de sa tribu ou de son clan. Les
représentations sociales sont les mêmes et les modèles
comportementaux pratiquement identiques. L'ouverture au monde extérieur
est limitée et les changements sociaux relativement faibles, ce qui fait
que des adolescentes aient pratiquement les mêmes comportements
socio-démographiques que leurs aînées.
Par contre en milieu urbain, l'évolution de la jeune
fille, depuis l'enfance jusqu'à l'adolescence, s'effectue avec des
représentations contradictoires. Les normes, valeurs et
représentations culturelles inculquées dans le cadre familial ne
sont toujours pas les mêmes que celles enseignées à
l'école ou apprises dans le voisinage. La jeune fille est, en effet,
confrontée de sa petite enfance à l'adolescence à diverses
sources qui enseignent des valeurs et modèles différents :
la famille, l'école, les médias et la rue. Ainsi, la
socialisation en ville est porteuse de changements sociaux et de
bouleversements des comportements socio-démographiques. Toutefois,
l'influence du milieu de socialisation dépend énormément
de la période d'exposition et de la durée effectuée dans
ce milieu.
Bien que le milieu de résidence constitue aussi un
facteur socioculturel, beaucoup d'auteurs l'identifient souvent en tant que
facteur socioéconomique. De ce fait, les études empiriques sur ce
facteur feront l'objet du paragraphe suivant.
II.1.2.3. Les facteurs socioéconomiques
Ces facteurs mettent l'accent sur les motivations
financières qui modulent les comportements sexuels des adolescentes. De
ce fait, le comportement sexuel des adolescentes et leur
fécondité seraient influencés, d'une part, par un souci
rationnel de satisfaire des besoins existentiels ou d'élargir son
capital social et, d'autre part, par l'incapacité économique des
parents à subvenir à ces besoins. Les facteurs
socioéconomiques souvent mis en exergue sont le milieu de
résidence et le niveau de vie du ménage dans lequel évolue
l'adolescente, mais vu que l'influence de ce dernier sur la sexualité et
la fécondité à l'adolescence est plus perceptible en tant
qu'élément de l'environnement familial, seul le milieu de
résidence sera considéré dans notre étude comme
élément de l'environnement socioéconomique.
a) Le milieu de résidence
De nombreux auteurs ont identifié le milieu de
résidence en tant que facteur socioculturel ou socioéconomique
(ou les deux à la fois). D'une part le milieu de résidence
constitue (comme le milieu de socialisation) un élément important
d'identification sociale et, d'autre part, il affecte les opportunités
économiques. Vivre en ville ou à la campagne ne donne pas le
même accès à l'infrastructure (sanitaire, scolaire,
économique, etc.) et à la superstructure (médias,
télévision, radio, loisirs, sports, etc.). Ces différences
entre milieux urbain et rural affectent le statut des filles, leur
socialisation économique et leur entrée dans la vie sexuelle et
maternité. Il apparaît clairement dans plusieurs études que
dans les pays d'Afrique subsaharienne, la baisse de la fécondité
a d'abord commencé dans les couches sociales les plus favorisées,
résidant en milieu urbain (UNFPA, 2005b). Dans le cadre de la RDC,
Kibali et al. (2004) affirment que le milieu rural est favorable aux
premiers rapports sexuels précoces. Et, Akoto et al. (2005) aboutissent
au résultat suivant : « Dans tous les pays
considérés - Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire et
Togo -, les adolescentes ayant déjà eu à porter une
grossesse sont 1,5 fois plus nombreuses en milieu rural qu'en milieu
urbain. » Aussi, dans l'étude comparative de l'UNFPA
(2005b) il apparaît qu'en dehors du Burundi, de la Namibie et dans une
moindre mesure du Rwanda, des Comores et du Tchad, c'est en milieu rural que
l'on retrouve les plus fortes proportions d'adolescentes ayant
déjà débuté leur vie reproductive. Et, les auteurs
attribuent le cas « atypique » observé dans les pays
suscités, par exemple au Burundi où la proportion d'adolescentes
déjà fécondes est plus élevée en milieu
urbain qu'en milieu rural (respectivement 24% et 5%), au relâchement du
contrôle social tendant à prévenir la sexualité
(grossesse) précoce et/ou hors mariage et à l'éducation,
plus prononcé en milieu urbain qu'en milieu rural.
II.1.2.4. Les facteurs familiaux
Dans cette approche, la famille est le premier et le principal
groupe de socialisation des individus. Elle constitue le lieu par excellence
d'apprentissage, de socialisation, d'éducation et de transmission des
normes et des valeurs. Les parents servent de modèles pour les
enfants ; ils assurent les premières tâches d'encadrement et
de contrôle des comportements. Les aînés servent
généralement de modèles aux cadets. Dans l'Afrique
traditionnelle, les jeunes grandissaient sous le contrôle parental et se
mariaient peu après la puberté. Aux côtés de sa
mère, la fille apprenait les usages nécessaires à la tenue
d'un foyer. L'activité sexuelle prémaritale était
réduite. Au cours des dernières décennies, l'âge
à la puberté a baissé progressivement alors que
l'âge au premier mariage, lui, a augmenté. Les filles ont le temps
de vivre leur adolescence et même leur jeunesse avant de s'engager dans
une relation de mariage. Ceci pouvant entraîner dans des essais hasardeux
dont les conséquences (grossesses non désirées, IST, SIDA)
peuvent les affecter toute leur vie. Pour la World Health Organization (2007),
citée par M. Yode et T. LeGrand (2007), « la famille est
l'élément central de l'environnement social qui conditionne une
transition en bonne santé des adolescents à l'âge
adulte. »
Mais durant cette phase de vie marquée par une grande
curiosité pour les questions de sexualité, les filles ne sont
pas toujours adéquatement encadrées par leur entourage, la
sexualité étant encore un sujet tabou dans de nombreuses
cultures. Dans un environnement où les pratiques de socialisation sont
encore empreintes de valeurs traditionnelles et parentales, l'influence
familiale serait prépondérante sur les comportements et les choix
des individus. Cependant, dans les milieux marqués par l'influence
extérieure, les familles sont souvent tiraillées entre des
représentations contradictoires, notamment entre la banalisation ou
dramatisation de la sexualité et de la maternité des
adolescentes.
Du fait que la famille constitue le premier cadre de
socialisation, l'environnement familial de l'adolescente pourrait jouer un
rôle significatif dans l'entrée à la
fécondité. Il sera appréhendé, dans cette
étude, par les variables suivantes : le sexe du chef de
ménage, le niveau de vie du ménage et l'exposition à la
télé ; l'absence d'une variable comme la discussion de la PF
avec les parents dans notre base est une limite pour l'approche de
l'environnement familial basée sur la socialisation de l'adolescente.
a) Le niveau de vie du ménage
Les conditions de vie matérielles ont une certaine
influence sur les comportements dans la mesure où elles permettent ou
non de résoudre les problèmes quotidiens. Les attitudes de
l'adolescente à l'égard du mariage et de la maternité
précoce sont en grande partie façonnées par les moyens
dont elle dispose pour satisfaire ses besoins essentiels. L'effet du niveau de
vie des parents (ou du ménage de résidence) se manifeste à
trois niveaux :
§ Premièrement, les parents ou tuteurs disposent
des moyens pour subvenir aux besoins de leur fille, ceci déterminera
leur autorité sur l'adolescente ou leur attitude face aux modèles
traditionnels (mariage forcé, union précoce, etc.) ;
§ Deuxièmement, le niveau de vie des parents
détermine leur aptitude à faire bénéficier un
encadrement pouvant lui permettre d'accéder à des statuts autres
que traditionnels (par la scolarisation) et le support social dont peut
disposer l'adolescente pour la connaissance et la pratique de la
contraception ;
§ Troisièmement, les moyens à sa
disposition influenceront le degré d'engagement de l'adolescente dans
les relations sexuelles.
Des études empiriques ont montré qu'au sein d'un
même pays, les adolescentes issues des familles les plus riches sont
celles qui ont la fécondité la plus faible (Kouton, 1992;
Delaunay, 1994; Calvès, 1996; Evina, 1998). Ce lien s'opère
notamment à travers l'accroissement des moyens financiers et
matériels dont elle bénéficie ; l'amélioration
de la qualité d'éducation qu'elle peut recevoir, l'utilisation
des méthodes contraceptives ainsi qu'une certaine évolution des
mentalités. On peut penser ici que le fait pour les adolescentes de
vivre dans un ménage où la richesse permet à ces facteurs
de jouer séparément ou ensemble peut les aider à mieux
contrôler leur fécondité.
Dans une étude sur le Cameroun, Calvès (1996)
montre que pour les adolescentes célibataires, les filles pauvres
utilisent la grossesse comme un moyen de bénéficier du soutien
financier et matériel d'un partenaire plus riche. Toujours dans le
contexte camerounais, Nouetagni (2005) a souligné l'influence du niveau
de vie des ménages sur la survenance des « premiers
événements » de la vie génésique de la
femme. De ses analyses, il conclut que les femmes pauvres connaissent leur
première union un an plus tôt que les femmes non pauvres
(respectivement 19 et 20 ans) ; et concernant la première
naissance, il observe une forte différenciation entre ces couches
sociales avec un écart d'environ deux ans de plus en faveur des femmes
non pauvres. D'après cet auteur, il existe au moins un an d'écart
entre l'âge à la première union et l'âge à la
première naissance chez les femmes pauvres, tandis que cet écart
atteint deux ans chez les non pauvres. Ainsi, l'on peut penser que les
adolescentes des ménages riches ont plus tendance à reporter leur
maternité que celles des ménages pauvres. Et, pour les
adolescentes venant de familles pauvres, il peut être difficile de
résister à certaines incitations. En effet, Delaunay (1994)
montre que la grossesse prémaritale est, chez les jeunes filles
« Serer » du Sénégal, une stratégie
d'instaurer une relation durable et pouvant conduire au mariage avec un homme.
Kibali et al. (2004) affirment qu' « en face d'une
pauvreté des ménages croissante en RDC, la multiplicité
des partenaires chez les adolescentes sert d'un indicateur de la prostitution
à ces âges. » Ils montrent, ensuite, que les
adolescentes appartenant aux ménages les plus pauvres, pauvres et moyens
courent respectivement plus de 8 fois, 7 fois et 6 fois plus de risque d'avoir
connu au moins deux partenaires sexuels que celles des ménages plus
riches. Par ailleurs, les adolescentes des ménages pauvres et moyens
courent deux fois ou plus le risque de grossesse que leurs homologues des
ménages riches ; mais ces derniers résultats deviennent non
significatifs après contrôle avec le lien de parenté avec
le chef de ménage. La pauvreté des ménages dans lesquels
vivent les adolescentes constitue de fait un mobile pour les comportements
sexuels à risque et des grossesses/naissances non désirées
et/ou précoces.
b) Discussion sur la Panification Familiale avec les
Parents
La communication avec les parents conditionne la façon
dont les enfants communiquent avec autrui. Aussi, le fait de pouvoir
déjà évoquer les questions sur la sexualité et la
contraception avec leurs parents peut faciliter ces mêmes conversations
avec des partenaires. Dans de nombreuses régions du monde,
particulièrement en Afrique subsaharienne, l'exposition aux risques de
santé que comporte une grossesse précoce se trouverait accrue par
le manque de communication des adolescentes avec leurs parents en
matière de sexualité et de contraception (UNFPA, 1997). La
discussion sur la contraception dans le cadre familial peut de ce fait freiner
les comportements sexuels à risque, l'exposition aux grossesses non
désirées et la maternité précoce.
c) Le sexe du chef de ménage
Les familles, par les normes et les valeurs qu'elles
transmettent, par les rôles qu'elles assignent à leurs membres,
par les modes de vie résidentiels qu'elles favorisent, par les
solidarités qu'elles mettent en oeuvre, parfois même par les
cultes religieux dont elles sont les gardiennes, contribuent amplement à
la régulation de la vie en société. Le changement social
(scolarisation, baisse relative de la mortalité, urbanisation,
migrations et plus récemment, crises économiques) exige des
adaptations, des innovations qui remettent en cause, plus vite et plus
radicalement qu'auparavant, les valeurs et les normes qui régissaient
les comportements des individus dans la collectivité.
Historiquement au Congo, comme dans la plupart des pays
d'Afrique subsaharienne, la famille patriarcale a joué un rôle
majeur dans l'éducation des adolescents en matière de
santé sexuelle et reproductive. La valorisation de l'autorité
paternelle, symbole de l'équilibre du groupe domestique, permettait
à la jeune fille et au jeune garçon de grandir selon les
règles de la communauté, en ayant une sexualité
« contrôlée ». Avec l'évolution des
moeurs, l'institution familiale a connu de nouvelles
« régulations » : une crise de la
nuptialité, une banalisation du divorce, un développement de la
cohabitation juvénile et un accroissement de la fécondité
illégitime. A sexe et âge donnés, la probabilité de
vivre seul ne cesse d'augmenter. Le groupe domestique s'étiole et n'est
plus qu'une unité de consommation et un lieu d'hébergement. La
maîtrise de l'acte reproductif lui échappe et les
prérogatives en matière de procréation ou
d'éducation ne sont plus exclusivement de son ressort ...
Malgré le statut précaire des femmes dans la
plupart des sociétés africaines, les statistiques attestent que
les femmes qui assument la responsabilité d'un ménage sont assez
nombreuses et que leur proportion est en augmentation ; et les femmes
chefs de ménage sont surtout nombreuses en ville (Locoh, 1995). En outre
à Brazzaville, le célibat féminin est bien accepté,
et la tendance, pour certaines femmes de vivre seules s'est fortement
accentuée ; actuellement des femmes célibataires, dès
qu'elles travaillent, n'hésitent plus à louer un logement
indépendant (Antoinne et Nanitélamio, 1990).
De nos jours en Afrique, une femme chef de ménage
traduit plusieurs situations possibles : l'absence de co-résidence
entre conjoints (polygamie, union libre, deuxième bureau, etc.), ou
célibat féminin c'est-à-dire femme seule avec enfant(s).
Dans un cas comme dans un autre, cela a impact sur l'encadrement familial.
D'une part, l'absence d'un chef de ménage de sexe masculin affaiblit le
contrôle parental (des filles comme des garçons) et, d'autre part,
elle entraînerait une meilleure communication entre « la chef
de ménage » et les autres membres du sexe féminin (y
compris les adolescentes).
Des études ont montré que pour les adolescentes,
les mères et les soeurs plus âgées sont le plus souvent
consultées au sujet de la santé sexuelle et reproductive. Les
résultats d'une étude du CEFFEVA28(*) au Sénégal montrent que les femmes
communiquent plus avec leurs filles que les hommes de la SSR (respectivement
80% et 53%). Mais concernant la structure familiale, Evina (1998) a abouti aux
résultats selon lesquels : « La séparation des parents
par rupture d'union semble augmenter la propension des adolescentes
aux premiers rapports sexuels et par la suite leurs risques de grossesses
adolescentes » et « la vie sous le toit familial de
l'adolescente avec ses parents réduit considérablement
ses risques de grossesses précoces. Si l'on considère les parents
non mariés, la proportion d'adolescentes ayant
déjà débuté leur vie féconde et qui ne
vivent pas avec leurs parents est de 2,5 fois supérieure
à celle des adolescentes qui vivent avec leurs parents ». De
ce fait, les adolescentes des familles monoparentales ou des familles
recomposées en une structure acéphale et sans lien de
parenté sont plus exposées aux risques de grossesses
adolescentes.
d) Exposition à la télévision
(aux médias)
Les médias29(*) audiovisuels offrent un univers symbolique qui
crée un espace de communication spécifique pour adolescents. La
musique, la radio ou la télévision, à travers les messages
et les images qu'elles véhiculent, apportent aux adolescents une sorte
de formation générale qui leur permet de se construire une
identité. Ceci engendre de nouveaux styles de vie correspondant à
autant de visions du monde qui s'expriment par la manière de s'habiller,
de vivre les rapports avec le sexe opposé, de se tenir à
l'égard des parents et des aînés, etc. Les médias,
avec leur remarquable capacité de diffusion, ont modifié les
rôles traditionnellement attribués aux générations.
Des thèmes et des images, surtout relatifs à la sexualité,
qui étaient autrefois considérés comme exclusivement
masculins ou féminins, adultes ou juvéniles, n'appartiennent plus
à des groupes sociaux bien définis, ceci parce qu'ils sont
étendus par les médias à l'ensemble de la
société ; et de tous les médias, c'est la
télévision qui a le plus contribué à défaire
les catégories de générations et les groupes
définis par l'âge (Cardoso et Hamburger, 1994).
D'une part, le suivi régulier des programmes
télévisés peut entraîner l'adolescente aux
activités sexuelles précoces et à risque. En effet, les
programmes diffusés à la télévision dans la plupart
des pays d'Afrique subsaharienne, tout comme au Congo, sont importés des
pays occidentaux et particulièrement des Etats-Unis où les images
font étalages des scènes choquantes de la vie privée des
célébrités. Pour Meyrowitz (1984) cité par Cardoso
et Hamburger (1994), « la télévision abolit le
cloisonnement des espaces qui garantit une définition claire du
féminin et du masculin, de l'enfantin et de l'adulte. Pour ce
faire, elle vient s'insinuer dans tous les recoins de la vie privée des
familles. » En exposant publiquement les images de la
sensibilité familiale, l'amour, la sexualité et le mariage, la
télévision sape l'autorité que bon nombre de parents
aimeraient exercer sur leurs enfants ; ce faisant, elle contribue à
l'érotisation de l'enfance et de l'adolescence, d'où
d'innombrables conflits. Et, les filles sont les plus profondément
touchées par ces changements. Leur sexualité, sujet tabou que
l'on ne pouvait traiter qu'avec le mariage, est désormais exposée
au grand jour dans l'immensité des thèmes exaltant le corps que
la télévision saisit et exprime. D'autre part, le suivi
régulier de la télévision par l'adolescente peut
s'avérer favorable pour une sexualité
« responsable ». Car les médias, et
particulièrement la télévision, véhiculent
également des informations sur la santé sexuelle et reproductive
et sur la contraception.
Bien que, de nos jours, ce processus planétaire
d'intégration culturelle engendré par les médias de masse,
particulièrement par la télévision, atteint pratiquement
toutes les adolescentes, certaines sont cependant mieux orientés que
d'autres pour se prémunir de ces changements. Dans une étude sur
les adolescents ivoiriens, Talnan et al. (2003) font remarquer que les filles
qui regardent chaque jour la télévision ont moins de chances
(OR=0,65) de vivre l'expérience d'une relation sexuelle précoce
quand on les compare aux filles qui sont rarement exposées à ce
médium. Et, ces auteurs poursuivent en montrant que le fait de regarder
régulièrement la télévision diminue, chez les
filles, les risques d'être engagée dans des pratiques sexuelles
sans utilisation du condom (OR=0,6).
II.1.2.5. Les caractéristiques individuelles de
l'adolescente
a) Le niveau d'instruction
L'instruction dans la mesure où elle expose les
individus à d'autres modes de pensées, raisonnements,
modèles et valeurs, influence leur comportement et peut à terme
transformer les comportements socio-démographiques. Le niveau
d'instruction de l'adolescente est donc un facteur de modification de sa
perception du rôle traditionnel de la femme, ses références
n'étant plus simplement limitées à la seule sphère
de la société traditionnelle africaine ; plus l'adolescente
sera instruite plus elle aura tendance à aspirer aux modèles
« modernes » qui peuvent modifier son comportement de
procréation.
De nombreuses études ont déjà
montré le rôle du niveau d'instruction de la femme comme facteur
explicatif des comportements reproductifs, notamment la relation
négative entre éducation et fécondité des
femmes ; les femmes les plus instruites ont moins d'enfants que celles qui
ont peu ou pas du tout d'instruction (Evina, 1998 ; Rwenge, 1999, UNFPA,
2005b). Pour les femmes les plus instruites, ce lien s'opère notamment
à travers une moindre exposition au risque de grossesse dû
à un mariage tardif, une plus grande disposition à utiliser les
méthodes contraceptives modernes et à une propension à
avoir des activités économiques modernes (difficilement
conciliables avec une descendance nombreuse). Cependant, l'étude de
l'UNFPA (2005b) sur différents pays africains au sud du Sahara montre
qu'au Burundi la proportion d'adolescentes déjà entrées en
vie féconde augmente avec le niveau d'instruction ; tandis qu'au
Ghana et au Gabon, l'effet du niveau d'instruction sur la
fécondité des adolescentes n'est pas continu. Cela semble
indiquer que la fécondité des adolescentes ne baisse pas toujours
avec l'amélioration du niveau d'éducation.
b) Age à la puberté
La puberté correspond à la maturation des
organes génitaux (caractères sexuels primaires) et l'apparition
de particularités spécifiques au sexe (caractères sexuels
secondaires). Ces transformations mettent plusieurs années à
s'accomplir. L'âge du début des modifications morphologiques et le
rythme de développement varient d'un enfant à l'autre. Ces
changements physiques se produisent en général durant une
période de cinq ans, mais peuvent durer de 18 mois à peine
jusqu'à six ans. Aussi, un groupe de jeunes filles de 14 ans peut
comporter celles qui ont encore l'air d'être des enfants et d'autres qui
ont des corps de femmes adultes.
La puberté apparaît de plus en plus
précocement ; les filles deviennent pubères entre 8 et 13
ans et ont leurs règles plus jeunes. Cette évolution est surtout
due à l'amélioration de la santé et de la nutrition.
Toutefois, d'autres facteurs influencent l'âge de la puberté,
qu'ils soient génétiques (avance pubertaire chez la mère),
socio-économiques, nutritionnels, ou liés à
l'activité physique. D'autres encore ont une influence plus
aléatoire : poids corporel, relation masse grasse/masse
maigre30(*).
Tout comme le développement biologique, la
maturité affective et le développement cognitif varient beaucoup
chez les adolescentes du même âge. Bien qu'elles commencent
à pouvoir penser abstraitement et à établir des projets
d'avenir, les adolescentes atteignent leur maturité sexuelle avant
d'atteindre la maturité affective ou sociale, ou l'indépendance
économique. En outre, le contexte dans lequel se situent ces mutations
d'adolescence, ainsi que les pressions sociales et les coûts
psychologiques associés à la continence; tout ceci expose
différemment les adolescentes aux risques d'entrée en vie
sexuelle et à la maternité précoce. Selon Kuate-Deffo
(1998), « l'âge à la puberté agit sur les
autres éléments de la vie reproductive à l'adolescence par
plusieurs voies, dont la durée de la période de reproduction
(surtout en influençant l'âge au mariage et à la
première maternité), la sous-fertilité et les avortements
spontanés. [Et] les travaux anthropologiques suggèrent que les
femmes précocement pubères affichent des intervalles entre
naissances plus courtes et une fécondité totale plus
élevée ». Aussi, dans une étude sur la
maternité à l'adolescence au Cameroun, cet auteur conclut
que « l'âge à la puberté est un
prédictif robuste des événements reproductifs majeurs
subséquents et les effets de l'âge à la puberté
paraissent varier significativement entre les pubères précoces
(avant 14 ans) et les tardives. En particulier, les pubères
précoces qui ont eu leurs premiers rapports sexuels ou contracté
leur premier mariage à l'adolescence sont d'au moins 20,0% moins
susceptibles de vivre leur première maternité prémaritale
ou postmaritale avant 20 ans, respectivement ».
c) Connaissance de la contraception
Dans la mesure où l'information conditionne les
comportements, la connaissance des méthodes contraceptives est un
prérequis pour leur utilisation. De nombreuses études montrent
que souvent les adolescentes africaines manquent d'informations correctes sur
la fécondité et contraception. De même que les adolescentes
ont des attitudes négatives à l'égard de la contraception
suite à certains préjugés d'ordre culturel ou en rapport
avec des renseignements erronés qu'elles reçoivent (UNFPA,
1997).
d) Connaissance du cycle ovulatoire
Le cycle ovulatoire (ou cycle menstruel) peut être
défini comme l'ensemble de phénomènes périodiques
rythmés par les règles c'est-à-dire par
l'écoulement sanguin qui se produit chaque mois, lors de la menstruation
chez la femme ; il comporte chacune des périodes entre le
début des règles et les règles suivantes. La longueur
normale du cycle est de 25 à 35 jours et l'ovulation qui
détermine la période de fertilité de la femme a lieu, en
général, entre le 12ème et le 16ème
jour ; cette longueur varie d'une femme à une autre voire
chez la même femme, ce qui rend son observation assez caduque. Mais,
l'observation du cycle ovulatoire constitue le moyen le plus naturel de se
prévenir contre les grossesses non désirées. Au Congo
où la continence périodique constitue la méthode
contraceptive la plus connue (92,1% des femmes de 15-49 ans et 93,2% chez
celles en union), 59,8% d'adolescentes sexuellement actives ont
déclaré avoir déjà pratiqué cette
méthode à un moment quelconque de leur vie. Cependant,
l'efficacité de l'utilisation de la continence périodique
dépend largement de la connaissance par les adolescentes de la
période de fertilité au cours du cycle menstruel.
En effet, dans un contexte de faible pratique contraceptive
due essentiellement aux barrières culturelles comme dans la plupart des
pays d'Afrique subsaharienne, la maîtrise du cycle menstruel par les
femmes, notamment par les adolescentes encore célibataires mais
sexuellement actives, peut constituer un moyen assez efficace pour
réduire le risque de maternité précoce. La maîtrise
du cycle permet, en effet, à l'adolescente de négocier le moment
le plus indiqué pour elle d'avoir des rapports sexuels et de s'abstenir
pendant la période d'ovulation. En France, par exemple, dès le
milieu du 18ème siècle les couples ont su
contrôler le nombre des naissances et l'intervalle entre chaque naissance
par des moyens comme le coït interrompu, l'abstinence ou l'allaitement
prolongé et cela avait entraîné une baisse de la
descendance finale variant de 13 à 26% selon les régions :
ceci a été qualifié de « première
révolution contraceptive »31(*).
Selon les EDS effectuées dans certains pays d'Afrique
et d'Amérique latine, entre 20% et 60% environ des femmes de moins de 20
ans qui étaient enceintes déclaraient que leur grossesse avait
été mal programmée ou n'était pas souhaitée.
Cependant, malgré que la connaissance du cycle ovulatoire soit saisie
dans les EDS, cet indicateur n'est pas souvent pris en compte dans la plupart
d'études portant sur les facteurs de la maternité précoce
en Afrique. Or dans un contexte de forte scolarisation comme pour le Congo, la
connaissance ou la maîtrise du cycle menstruel devrait constituer l'une
des caractéristiques essentielles des adolescentes du fait qu'elle
traduit, d'une part, la manière dont une adolescente contrôle sa
sexualité et sa fécondité et, d'autre part, le
degré de considération que les programmes scolaires portent sur
les questions relatives à la santé sexuelle et reproductive des
jeunes/adolescents. Nous introduisons ainsi dans cette étude cet
indicateur que nous estimons important et moins empreint de valeurs
culturelles. Mais qui peut permettre, par ailleurs, de mesurer l'influence de
l'environnement institutionnel sur les caractéristiques de l'adolescente
par conséquent sur son comportement sexuel et sa
fécondité, ceci afin d'estimer en quelque sorte la contribution
de l'éducation formelle à la fécondité
précoce.
II.1.2.6. Les facteurs comportementaux (ou les
déterminants immédiats)
Les comportements sont très largement structurés
par un ensemble de facteurs relatifs au statut de l'adolescente, statut
résultant de ses caractéristiques socio-démographiques,
socio-économiques et culturelles. Ainsi selon les auteurs de l'approche
comportementale, les facteurs comportementaux constituent des facteurs qui
agissent directement sur le risque de procréer ; il s'agit, en
effet, des éléments qui dépendent essentiellement de
certains comportements de l'individu qui réalise le risque.
a) Age aux premiers rapports sexuels
Les mutations socioculturelles en cours dans la plupart des
sociétés africaines entraînent des changements
significatifs dans les jeunes générations. Le mariage n'est plus
le cadre exclusif de l'activité sexuelle ; les adolescentes
entament leur sexualité avant même de projeter sur une union
quelconque, et le plus souvent sans prendre des précautions
nécessaires qui permettent d'éviter les grossesses non
désirées ou une maternité précoce. L'entrée
en vie sexuelle constitue de ce fait un facteur d'exposition au risque de
maternité précoce et, plus tôt serait cette entrée
plus longue serait donc le temps d'exposition ce qui signifie que, les filles
qui entament précocement leur activité sexuelle seront plus
exposées au risque de maternité précoce que celles qui
l'entament avec un certain retard.
En effet, de nombreuses études ont montré que le
début des rapports sexuels est un facteur important des risques
qu'encourent les adolescentes quant aux grossesses/naissances non
désirées et/ou précoces et aux infections sexuellement
transmissibles comme le VIH/Sida (Calvès, 1996 ; Kuate-Deffo,
1998 ; UNFPA, 2005b). Il est évident qu'une fille ayant
débuté sa vie sexuelle à 15 ans court plus de risque de
tomber enceinte et est plus exposée aux IST durant sa vie reproductive
que celle ayant eu ses premiers rapports sexuels à 20 ans. De même
lorsque l'activité sexuelle est précoce, il y a de fortes chances
que les rapports sexuels soient non-protégés et de surcroît
avec de multiples partenaires et, en l'absence d'une utilisation
adéquate des méthodes contraceptives telle que fréquemment
observée en Afrique subsaharienne cela augmenterait la
probabilité d'une maternité précoce.
Dans une étude comparative de l'UNFPA (2005b), il s'est
avéré qu'en Afrique centrale l'importante activité
sexuelle au sein des adolescentes va de pair avec une contribution
élevée à l'ISF ; et c'est au Gabon où sept
adolescentes sur dix ont déjà des rapports sexuels qu'on note la
contribution la plus élevée. Le calendrier d'activité
sexuelle est donc susceptible d'influencer sur celui de la maternité.
Selon Kuate-Defo (1998) les jeunes filles précocement sexuelles ont un
risque plus élevé de connaître leur première
naissance avant la fin de leur adolescence ; le calendrier des rapports
sexuels est considéré dans la plupart des études sur la
fécondité des adolescentes comme le second facteur explicatif de
ce phénomène. Dans le contexte de la RDC, Kibali et
al.(2004) parviennent à la conclusion selon laquelle
« l'âge aux premiers rapports sexuels détermine le
comportement sexuel à risque ».
b) Age au premier mariage ou à la
première union
En Afrique, la coexistence entre les systèmes
légaux des tribunaux officiels avec les systèmes coutumiers et
traditionnels des institutions locales ou de la famille, fait que les
législations sur le mariage ne sont pas toujours respectées. Et
la plupart du temps, le système légal cède la place au
système coutumier pour les questions liées à la famille.
De ce fait, les mariages arrangés restent courants dans la plupart des
sociétés africaines. Et, si dans certaines
sociétés, les intéressés peuvent accepter ou de
refuser l'arrangement une fois qu'ils se sont rencontrés, dans d'autres
les arrangements familiaux sont définitifs, en particulier lorsque le
mariage a déjà eu lieu. Dans la plupart des
sociétés d'Afrique subsaharienne, le mariage est le cadre
idéal de la procréation ; on se marie avant tout pour faire
des enfants. Dans les cultures où les jeunes mariés sont
censés fonder une famille immédiatement, une naissance qui ne se
fait pas attendre ne peut qu'affermir le mariage ; et d'une manière
ou d'une autre, de fortes pressions s'exercent sur les jeunes couples
mariés pour les amener à avoir des enfants le plus tôt
possible.
Toutefois de nos jours, on rencontre de plus en plus des
situations où la fécondité intervient hors union ou dans
le cadre des unions consensuelles ; ceci est d'autant plus fréquent
en milieu urbain où le premier mariage est de plus en plus tardif et le
célibat féminin en augmentation. Pour Kuate-Defo (1998), «
dans les sociétés où le coït est encore rare hors
mariage, l'âge à la formation des unions constitue un important
déterminant de la fécondité adolescente ». Mais
pour Antoine et Nanitélamio (1990), « le comportement
matrimonial est fortement touché par les mutations en cours. Dans de
nombreux pays africains le mariage reste en général
précoce pour les jeunes filles, mais on assiste cependant à un
recul de l'âge au premier mariage dans les grandes agglomérations,
et la période du célibat tend donc à se
prolonger. » Ainsi, Delaunay (1994 et 2001) dans l'analyse de la
fécondité à Niakhar (Sénégal) conclut de la
manière suivante : « On observe, en effet, un recul de
l'âge d'entrée en premier mariage et un allongement du
premier intervalle entre les naissances qui d'ores et
déjà se traduisent par un recul de calendrier de la
fécondité dans les générations
récentes ».
Enfin, même si diverses situations peuvent être
observées quant à l'entrée en union et à la
prévalence du mariage dans un pays, la plupart des femmes (y compris les
adolescentes) font leurs enfants lorsqu'elles sont union ; il est ainsi
évident que l'âge au premier mariage peut expliquer les variations
de la fécondité au sein d'un pays. Pour les adolescentes, ce
constat est vrai qu'elles utilisent moins couramment la contraception que les
autres femmes.
c) Pratique contraceptive
La contraception est l'ensemble de méthodes visant
à éviter, de façon réversible et temporaire, les
grossesses. Ces méthodes entraînent un régime de
fécondité caractérisé par la procréation
retardée et restreinte, c'est-à-dire à une
fécondité contrôlée : les couples ou les femmes
prévoient le nombre des naissances et le moment de la
procréation. Les méthodes contraceptives se répartissent
en deux groupes : les méthodes traditionnelles (coït
interrompu, l'abstinence périodique, etc.) et les méthodes
modernes (pilule, préservatif masculin, stérilet, etc.) ;
les premières sont moins efficaces que les secondes. Et l'utilisation de
ces dernières réduit considérablement le risque naturel
pour une femme d'être enceinte. Ceci implique que, les adolescentes qui
utilisent les méthodes contraceptives modernes soient moins
exposées au risque de maternité précoce que celles qui
n'utilisent que les méthodes traditionnelles ou celles qui n'utilisent
aucune méthode.
La connaissance et l'utilisation de la contraception sont des
facteurs importants de régulation de la fécondité en
général, et celle des adolescentes en particulier. En fait,
l'activité sexuelle expose les adolescentes aux risques de
grossesses/naissances précoces ou non désirées, surtout
dans un contexte de sous-utilisation des méthodes contraceptives. Tandis
que, dans les sociétés modernes, cette exposition est largement
influencée par le niveau d'utilisation et d'efficacité de la
contraception (Kuate-Defo, 1998). Dans une étude effectuée
à Dakar, BA et al. (1999) montrent qu' « il existait
un écart important entre la connaissance des méthodes et la
pratique contraceptive. Dans l'ensemble, 17 % des adolescentes connaissaient
une méthode contraceptive. Seulement, 2,1 % des adolescentes avaient
pratiqué une méthode contraceptive avant la grossesse et l'oubli
de la contraception avait été responsable de la grossesse dans
1,4 % des cas. ».
Sur la base de cette revue de littérature, nous avons
émis plusieurs hypothèses et élaboré un
schéma conceptuel et ces deux éléments seront
discutés dans la section suivante
II.2. HYPOTHESES ET SCHEMA CONCEPTUEL
a) Hypothèse générale
L'hypothèse générale est que
l'environnement global32(*) de l'adolescente influence directement et/ou
indirectement ses caractéristiques individuelles et, à terme, son
comportement sexuel et ses risques de fécondité précoce.
Cette hypothèse est transcrite dans le schéma conceptuel
ci-après :
Schéma 1 : Schéma conceptuel de la
fécondité des adolescentes
Environnement Global (institutionnel, socioculturel,
socioéconomique)
Environnement familial
Caractéristiques individuelles de
l'adolescente
Pratique contraceptive
Union précoce
Sexualité précoce
Fécondité précoce

Ce schéma conceptuel comporte quatre niveaux de
facteurs explicatifs. Au niveau macro se trouvent les facteurs liés
à l'environnement global, notamment les facteurs institutionnels, les
facteurs socioculturels et les facteurs socioéconomiques. Ces facteurs
influencent directement ou indirectement à travers l'environnement
familial, les caractéristiques individuelles de l'adolescente. Ces
dernières influencent la fécondité des adolescentes via un
certain nombre de facteurs comportementaux que sont la sexualité
précoce, l'union précoce et la pratique contraceptive.
b) Hypothèses spécifiques
H1 : L'appartenance ethnique influence
le comportement procréateur des adolescentes : les adolescentes
issues des ethnies matrilinéaires seront plus susceptibles d'avoir une
maternité précoce que celles des ethnies
patrilinéaires.
H2 : Les adolescentes du milieu rural, du
fait de leur attachement aux pratiques traditionnelles, sont plus susceptibles
de connaître une maternité précoce que leurs homologues du
milieu urbain.
H3 : Les adolescentes de niveau de vie
faible sont plus exposées à la maternité précoce
que leurs homologues de niveau de vie élevé. Car le niveau de vie
du ménage de résidence détermine la
fécondité de l'adolescente.
H4 : Le niveau d'instruction de
l'adolescente influence indirectement sa fécondité à
travers un recul de l'âge d'entrée en union et/ou en
activité sexuelle et l'utilisation des méthodes
contraceptives : plus l'adolescente a un niveau d'instruction
élevé, plus le risque d'avoir une maternité précoce
diminue.
H5 : L'entrée précoce en
vie sexuelle augmente le risque de fécondité chez les
adolescentes. De ce fait, les adolescentes qui ont entamé
précocement leurs rapports sexuels auront un risque plus
élevé d'être mère que celles qui les ont
entamés tardivement.
H6 : L'entrée précoce en
union par l'adolescente augmente ses chances d'avoir une
fécondité précoce. Plus le mariage est précoce plus
la jeune fille est susceptible d'être mère précocement.
H7 : L'utilisation d'une méthode
contraceptive quelconque réduit le risque de maternité
précoce. Donc les adolescentes qui n'utilisent aucune méthode
sont plus disposées à la fécondité précoce
que celles qui utilisent au moins une méthode.
Après ce cadrage conceptuel, nous définissons,
dans la section suivante, les différents concepts de l'étude,
pour conduire à une meilleure compréhension du
problème.
II.3. DEFINITION DES CONCEPTS LIES À L'ETUDE
a) Environnement institutionnel, socioculturel et
socioéconomique
L'environnement se définit comme l'ensemble des
éléments objectifs et subjectifs qui constituent le cadre de vie
de l'individu. L'environnement institutionnel est ainsi défini comme
l'ensemble des éléments sociopolitiques et juridiques qui
entourent la vie des adolescentes ; il s'agit précisément
des différentes mesures prises par les autorités politiques et
juridiques du pays, des programmes et projets élaborés, et des
diverses actions menées par la société civile ou les
organisations non gouvernementales (ONG) à l'intérieur du pays.
Dans cette étude l'environnement institutionnel ne pourrait être
saisi, faute de variables opérationnelles dans la base
utilisée.
L'environnement socioculturel se définit ici comme
l'ensemble des caractéristiques et des conditions qui déterminent
et modulent à divers degrés les normes, les valeurs et les
représentations propres au groupe socioculturel auquel l'adolescente est
censée appartenir. Il sera appréhendé par les variables
ci-après : l'ethnie, la religion, le milieu de socialisation et le
milieu de résidence.
L'environnement socioéconomique comprend tout
élément pouvant concourir au développement du capital
humain de l'adolescente. Il regroupe les conditions relatives à
l'instruction, à la santé, à l'alimentation ou aux
opportunités financières (comme avoir un revenu) qui entourent
l'adolescente. Comme variable opérationnelle, nous retenons le milieu de
résidence.
b) L'adolescence
Période qui sépare l'enfance de l'âge
adulte. Cette caractérisation soulève plusieurs problèmes,
car si le début de l'adolescence est, dans la plupart des
sociétés, directement associé au début de la
puberté, la fin de l'adolescence est rarement définie clairement.
Au XVIIIe siècle (l'Emile de Rousseau), on assimilait
l'adolescence à la crise pubertaire, laquelle était plus tardive
qu'aujourd'hui. Ce n'est que vers la fin du XIXe siècle, en
particulier sous l'effet de l'allongement des études qui maintient les
élèves dans une sorte d'enfance prolongée, qu'à
vraiment émergé l'adolescence comme classe d'âge et comme
creuset d'une culture spécifique. Ce prolongement de la période
d'adolescence est lié aujourd'hui à ce que les
événements qui pourraient tenir lieu de « rites de
passage », de rites d'entrée dans l'âge adulte, ont subi
dans nos sociétés une double altération. Ce sont de moins
en moins des épreuves, risquées et probantes. D'autre part s'est
effacé, peu ou prou, leur caractère de cérémonies
publiques (le mariage, par exemple, est de moins en moins un
établissement solennel). Ainsi, la plupart des individus passent
insensiblement de l'adolescence à une apparente maturité en
traversant un âge mal défini que certains dénomment
« post-adolescence » (et qui peut durer jusqu'à 35
ans, parfois plus). Aussi, la définition de l'adolescence peut varier
d'une culture à l'autre (ou d'un auteur à un autre) en fonction
des objectifs et de la manifestation de certains critères reconnus comme
ceux d'un adulte (Senderowitz et Paxman 1985, Diop 1995).
Selon le dictionnaire Larousse (2006), l'adolescence
correspond à une « période de la vie entre
l'enfance et l'âge adulte, pendant laquelle se produit la puberté
et se forme la pensée abstraite ». De cette
définition découlent deux dimensions de l'adolescence : la
dimension biologique ou physiologique et la dimension psychologique ; car
si la puberté est définit comme l' « ensemble des
transformations de l'adolescence aboutissant à l'acquisition des
caractères sexuels - secondaires - et de la fonction de
reproduction » (Larousse, 2006), la formation d'une
pensée abstraite sous-entend « l'évolution de
l'identification de l'adolescent ou de l'adolescente en tant qu'individu
autonome, indépendant, pouvant prendre des décisions propres et
se fier à son jugement personnel » (EVINA, 1998). La
dimension sociologique (ou sociale) de l'adolescence s'intéresse plus
aux nouvelles attentes qu'aurait la communauté à l'égard
de l'adolescente, car les transformations physiologiques qu'elle subit
entraînent un changement de statut et de rôle au sein de la
collectivité. La dimension juridique, quant à elle, implique
à l'enfant l'acquisition d'un certain nombre de droits (et des devoirs)
dans la société et lui confère, à la fin de
l'adolescence, une responsabilité pénale. La dimension
démographique s'appuie essentiellement sur l'âge. Dans ce sens,
l'adolescence concernera par exemple les individus âgés de 10
à 15 ans, 15 à 19 ans ou 15 à 24 ans etc.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)33(*) a défini l'adolescence
comme :
§ La progression entre l'apparition de
caractéristiques sexuelles secondaires (puberté) et la
maturité sexuelle et génésique ;
§ Le développement de mécanismes mentaux
adultes et d'une identité d'adulte ;
§ La transition entre une entière
dépendance socio-économique et une relative
indépendance.
Cette définition constitue une référence
essentielle car elle renferme, d'une manière plus ou moins implicite,
chacune des dimensions susmentionnées.
KEATS, cité par KOUTON, distingue quatre étapes
de l'adolescence :
- l'éveil sexuel vers 13-15 ans ;
- les premières relations sexuelles vers 14-17
ans ;
- le rôle sexuel vers 16-19 ans ;
- le choix d'un rôle déterminant dans la
société vers 18-25 ans.
Cette définition permet de distinguer deux
étapes de l'adolescence : une étape biologique ou
psychologique prenant fin vers 15 ans et une étape sociale pouvant aller
jusqu'à 25 ans.
L'adolescence est une période de maturation physique,
émotionnelle, sociale et sexuelle rapide. Toutes les cultures constatent
et marquent la transition entre l'enfance et l'âge adulte. Cependant,
beaucoup d'études portent sur la tranche de 10 à 19 ans, tandis
que d'autres portent sur la tranche de 15 à 24 ans ; dans aucun
cas, la fourchette ne représente néanmoins un début et une
fin qui soient universellement reconnus sur le plan social ou sur le plan
biologique. La puberté indique le début biologique de
l'adolescence, mais les signes qui marquent son achèvement sont divers
et mal définis. La seule définition universelle de l'adolescence
semble être que, bien qu'elle ne soit plus considérée comme
un enfant, la jeune fille n'est pas encore un adulte.
La législation congolaise fixe à 18 ans
l'âge minimum d'accès aux droits civiques et politiques. Et,
l'article 128 du Code de la Famille congolais fixe également l'âge
minimum au mariage à 18 ans pour les filles ; mais l'EDSC-I
délimite la période de l'adolescence à la tranche
d'âge 15-19 ans. Ainsi dans le cadre de cette étude, seront
considérées comme adolescentes toutes les filles congolaises
âgées de 15 à 19 ans.
c) Caractéristiques individuelles de
l'adolescente
Les caractéristiques désignent à la fois
ce qui est propre à l'individu et ce qui le singularise,
c'est-à-dire chacune des particularités culturelles, sociales,
physiques ou biologiques qui distinguent un individu des autres. Pour
l'adolescente, il s'agit d'un ensemble d'éléments constitutifs de
sa propre personnalité qui lui permettent de s'identifier ou de se
différencier socialement, de communiquer avec ses semblables, de se
conformer à certaines règles sociales ou d'en rejeter d'autres.
C'est par des caractéristiques individuelles que chacun mobilise les
ressources dont il dispose au sein d'environnements familiaux, culturels ou
institutionnels afin de se constituer et de faire reconnaître sa
conformité ou sa singularité auprès des autres. De ce
fait, les caractéristiques de l'adolescente - l'âge auquel elle
atteint sa puberté, son niveau d'instruction, ses connaissances sur la
contraception - influent sur son comportement sexuel qui détermine sa
susceptibilité à la maternité précoce.
d) Sexualité précoce
Les transformations d'ordre physique, sexuel et psychoaffectif
qui caractérisent le passage de l'état d'enfant à celui
d'adulte mettent plusieurs années à s'accomplir. L'âge de
début des modifications morphologiques et la vitesse de passage d'un
stade de développement au suivant varient beaucoup d'un enfant à
l'autre. Cependant, une fois entamés, ces changements pubertaires se
réalisent selon une séquence chronologique bien établie
dont la classification en cinq stades de Tanner (1962)34(*) sert cliniquement de
référence : le dernier stade, celui de maturation
complète des organes sexuels, se déroulant entre 14 et 15 ans
pour le sexe féminin. Au Congo bien que le mariage soit
traditionnellement le cadre réservé des rapports sexuels, il n'en
constitue pas le cadre exclusif, les relations sexuelles prémaritales
connaissent une nette augmentation, et l'âge médian aux premiers
rapports sexuels est estimé à 15,9 ans chez les femmes (CNSEE et
ORC Macro, 2006). Aussi, la sexualité précoce sera définie
comme l'occurrence des premiers rapports sexuels avant le 16ème
anniversaire.
e) Union ou mariage précoce
Ici, le terme union prend un sens général pour
désigner toute sorte de cohabitation entre un homme et une femme. Une
union peut consister en un mariage (coutumier, religieux ou civil), un
concubinage, une union consensuelle, etc. L'âge légal minimum au
mariage étant fixé à 18 ans au Congo, l'union/mariage
précoce peut donc être défini comme tout
« mariage » d'une jeune fille survenu avant le
18ème anniversaire.
f) Fécondité ou maternité
précoce
D'après Louis Henry, l'« on étudie
sous le nom de fécondité les phénomènes
quantitatifs directement liés à la procréation des enfants
au sein des populations ou de sous-populations ... Et l'on entend plus
particulièrement par fécondité la fréquence des
naissances au sein d'ensembles en âge de procréer ».
Dans la littérature toute grossesse contractée avant
l'âge de 20 ans comporte des risques supplémentaires que si la
femme avait 20 ans ou plus. En effet, ces risques sont plus
élevés chez les jeunes femmes, non seulement parce qu'elles sont
jugées physiologiquement inapte à conduire sans danger une
grossesse à terme en raison de leur âge, mais aussi parce qu'elles
en sont souvent à leur premier accouchement, qui est plus dangereux que
les deuxième, troisième ou quatrième. La
fécondité précoce concernera donc toute naissance survenue
chez une fille avant le vingtième anniversaire.
Tableau 3 : Variables
et modalités retenues pour l'étude
CONCEPTS
|
VARIABLES
|
MODALITES
|
Environnement socioculturel
|
Ethnie35(*)
|
Kongo, Mbochi, Téké
|
Sangha, Autres ethnies
|
Religion36(*)
|
Chrétiennes traditionnelles
|
Autres chrétiennes, Traditionnelles
|
Autres religions, Sans religion
|
Milieu de socialisation
|
Grandes villes, Petites villes, Rural
|
Milieu de résidence
|
Grandes villes, Petites villes, Rural
|
Environnement socioéconomique
|
Milieu de résidence
|
Grandes villes, Petites villes, Rural
|
Environnement familial
|
Niveau de vie du ménage
|
Faible, Moyen, Elevé
|
Sexe du chef de ménage
|
Masculin, Féminin
|
Suivi régulier de la télé
|
Jamais, Rarement, Souvent
|
Caractéristiques individuelles de l'adolescente
|
Niveau d'instruction
|
Sans niveau, Primaire, Secondaire ou plus
|
Connaissance des méthodes contraceptives
|
Aucune, Traditionnelle, Moderne
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
Aucune, Douteuse, Bonne
|
Etat matrimonial
|
Célibataire, En union
|
Comportement à l'égard de la procréation
(variables intermédiaires)
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
inférieur ou égal à 15 ans, 16 ans et
plus
|
Age au premier mariage
|
inférieur ou égal à 17 ans, 18 ans et
plus
|
Utilisation actuelle des méthodes contraceptives
|
Aucune, Traditionnelle, Moderne
|
Variable dépendante
|
Fécondité précoce
|
Maternité avant l'âge de 20 ans
|
1. Oui ; 0. Non
|
Afin de tester empiriquement les relations qui relient les
différents concepts susmentionnés, nous avons retenu des
variables opérationnelles qui, au regard des effets
présumés ou des résultats d'études
antérieurs, ont une influence sur la fécondité à
l'adolescence. Les hypothèses et les variables opérationnelles
relatives à la fécondité précoce étant
déterminées, le schéma détaillé ci-dessous
permet de les réorganiser. Il présente synthétiquement les
relations existant entre les différentes variables, qui supposent
au-delà des relations directes entre la fécondité
précoce et les variables de comportement (ou variables
intermédiaires), une influence de l'environnement familial sur les dites
variables à travers les caractéristiques individuelles de
l'adolescente et une influence ethnique et/ou religieuse à travers la
tolérance de la sexualité et la valorisation de la
maternité.
Schéma 2 : Schéma d'analyse de la
fécondité des adolescentes
Sexe du chef de ménage
Premiers rapports sexuels avant 16 ans
Ethnie
Milieu de socialisation
Connaissance des méthodes
contraceptives
Etat matrimonial
Religion
Suivi régulier de la
télévision
Milieu de résidence
Niveau d'instruction
Niveau de vie du ménage
Utilisation des méthodes
contraceptives
Premier mariage avant 18 ans
Maternité avant le 20ème
anniversaire
Connaissance du cycle ovulatoire

Synthèse et conclusion partielle
Dans ce deuxième chapitre, nous avons
présenté le cadre théorique de notre étude en
examinant tour à tour les différentes approches explicatives de
la fécondité des adolescentes : approches
socioéconomique, socioculturelle, institutionnelle, psychologique,
familiales et comportementale. Les résultats de certaines études
antérieures ayant mis en évidence la pertinence de ces approches
pour la variation des comportements procréateurs des adolescentes ont
été évoqués. Ceci nous a permis d'énoncer
une hypothèse générale représentée par un
schéma conceptuel, suivi d'un certain nombre d'hypothèses
spécifiques qui mettent en relation les différents facteurs (ou
variables) avec le phénomène en cause. La définition des
concepts a servi pour relever le sens qui leur ait accordé dans cette
étude. Enfin, un schéma d'analyse a été
élaboré afin d'étudier le phénomène dans le
contexte qui nous concerne. Toutefois, l'absence de certaines informations
jugées pertinentes dans notre revue de littérature (comme
l'âge à la puberté ou la discussion du PF avec les parents)
donne quelques limites à notre schéma d'analyse.
CHAPITRE III : PRESENTATION ET EVALUATION DES DONNEES,
METHODOLOGIE
Ce chapitre présente les données sur lesquelles
porteront les analyses, la méthodologie ayant permis de les
collecter ; ainsi que l'évaluation de la qualité de ces
données. Ensuite, le chapitre discute les méthodes statistiques
d'analyse des données utilisées pour tester nos
hypothèses.
III.1. SOURCE DES DONNEES
Cette étude utilise des données issues de la
première Enquête Démographique et de Santé du Congo
(EDSC-I) réalisée en 2005, notamment celles extraites du
« fichier individuel femme.» Vu le caractère national de
l'EDSC-I, notre étude porte sur toutes les jeunes femmes
âgées de 15-19 ans au moment de l'enquête,
représentant 10,6% de la population des ménages
enquêtés.
a) Objectifs de l'enquête
L'objectif de la première Enquête
Démographique et de Santé du Congo (EDSC-I) était de
disposer des indicateurs démographiques et de santé
indispensables à la mise en place des politiques et des programmes et
plus particulièrement à la finalisation du Document de
Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et au suivi
des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). De
manière spécifique, cette enquête, réalisée
auprès d'un échantillon national de 7051 femmes
âgées de 15-49 ans et de 3146 hommes de 15-59 ans, visait à
atteindre un certain nombre d'objectifs dont entre autres :
§ collecter, à l'échelle nationale et par
milieu de résidence, des données permettant de calculer divers
indicateurs démographiques, en particulier les taux de
fécondité et de mortalité infantile et
juvénile ;
§ analyser les facteurs directs et indirects qui
déterminent les niveaux et les tendances de la fécondité,
telles que les structures du mariage et l'utilisation de la
contraception ;
§ identifier les catégories de femmes susceptibles
d'avoir plus ou moins d'enfants et susceptibles d'utiliser la
contraception ;
§ mesurer les taux de connaissance et de pratique
contraceptive par méthodes, selon diverses caractéristiques
sociodémographiques des femmes et des hommes.
b) Echantillonnage
L'échantillon de l'EDSC-I est représentatif au
niveau national, et stratifié à deux degrés. Les 12
départements du pays ont été regroupés en quatre
domaines de la manière suivante : Brazzaville, Pointe-Noire et, le
Sud et le Nord Congo stratifiés pour chacun en urbain et rural.
L'échantillon a été tiré
indépendamment dans chaque strate. Au premier degré, 225 grappes
ont été tirées, proportionnellement à leur taille,
à partir de la liste des Zones de Dénombrement (ZD)
établie lors du Recensement général de la Population et de
l'Habitat (RGPH) de 1996. Toutes les grappes sélectionnées ont
fait l'objet d'un dénombrement exhaustif des ménages. Au
deuxième degré, des ménages ont été
tirés, à probabilité égale, à partir de la
liste des ménages établie lors de l'opération de
dénombrement. Au total, 6012 ménages ont été
sélectionnés pour l'enquête ménage dont 5926
identifiés et, 5879 ménages effectivement enquêtés
(soit un taux de réponse de 99%). A l'intérieur de ces
ménages, sur les 7440 femmes âgées de 15-49 ans
identifiées comme étant éligibles pour l'enquête
individuelle, 7051 ont effectivement été interviewées. Le
taux de réponse s'établit donc à 95% pour l'enquête
auprès des femmes (94,4% en milieu urbain et 95,7% en milieu rural).
L'enquête homme a été
réalisée dans un ménage sur deux : au total 3146
hommes âgés de 15-59 ans, sur 3515 identifiés, ont
été enquêtés avec succès, soit un taux de
réponse de 90%.
c) Questionnaires
Trois types de questionnaires ont été
utilisés pour la collecte des données : le questionnaire
ménage ; le questionnaire individuel pour les femmes de 15-49 ans ; le
questionnaire individuel pour les hommes de 15-59 ans.
Ces trois supports de collecte ont été
élaborés en adaptant aux spécificités et aux
besoins du Congo les questionnaires standard développés dans le
cadre du programme international DHS. Nous ne présenterons ici que les
deux premiers types de questionnaires (ménages et individuel femme) en
raison de leur liaison avec notre étude.
§ Questionnaire ménage
Ce questionnaire a permis, entre autres, de recueillir les
informations sur tous les membres du ménage et visiteurs, telles que le
nom, le lien de parenté avec le chef de ménage, le sexe,
l'âge, le niveau d'instruction (pour les personnes âgées de
6-24 ans) ; ainsi que des informations sur les caractéristiques des
logements des ménages (approvisionnement en eau, type de toilettes,
etc.) afin d'évaluer les conditions socio-économiques et
environnementales dans lesquelles vivent les personnes enquêtées.
Pour notre étude, ces informations permettent de saisir le sexe du chef
de ménage et les conditions de vie des ménages dans lesquels
vivent les adolescentes.
§ Questionnaire individuel femme
Ce questionnaire destiné aux femmes âgées
de 15-49 ans comporte neuf sections parmi lesquelles les sections suivantes
:
- Caractéristiques
sociodémographiques des
enquêtées : consacrée aux
informations sur le lieu de résidence, l'âge et la date de
naissance, la scolarisation, l'alphabétisation, l'accès aux
médias, la religion et l'ethnie ;
- Reproduction :
permettant de recueillir des informations sur (i) les naissances vivantes que
la femme a eues durant sa vie ainsi que sur leur état de survie au
moment de l'enquête, (ii) l'état de grossesse au moment de
l'enquête et (iii) la connaissance de la période féconde au
cours du cycle mensuel ;
- Planification familiale :
cette section est destinée à collecter des informations sur
la connaissance et l'utilisation antérieure et actuelle des diverses
méthodes contraceptives disponibles dans le pays, ainsi que sur leurs
sources d'approvisionnement. Elle porte également sur le lieu et la date
de la stérilisation féminine, ainsi que sur les raisons de la non
utilisation de la contraception ;
- Mariage et activité
sexuelle : elle permet de recueillir des
informations sur l'état matrimonial, le régime de mariage
(monogamie ou polygamie), l'âge aux premiers rapports sexuels ainsi que
sur l'activité sexuelle.
Puisque nous utilisons des données qui ne proviennent
pas de notre propre collecte ; il convient de les analyser afin de juger
de leur fiabilité à notre objet d'étude. La section qui
suit, présente donc les différentes méthodes
utilisées pour évaluer la qualité de ces données,
ainsi que les résultats issus de cette évaluation.
III.2. EVALUATION DE LA QUALITE DES DONNEES
Nous évaluerons directement les données
relatives à notre population cible, notamment les adolescentes (15-19
ans), vu que nos prédécesseurs avaient, en général,
déjà évaluer les informations sur l'âge des
enquêtés (indices de Whipple, Myers, Bachi etc.) pour les
mêmes données.
Notre étude porte sur les jeunes filles congolaises
âgées de 15-19 ans ; un échantillon
représentatif au niveau national obtenu sur base de l'EDSC-I donne 1558
adolescentes âgées de 15 à 19 ans.
a) Evaluation de la couverture des différentes
variables de l'étude
Premièrement, il convient d'évaluer la
couverture des différentes variables retenues pour l'étude. Cette
évaluation des taux de réponse (ou de non réponse) des
variables permet de déceler les erreurs éventuelles qui peuvent
entacher les analyses et d'apprécier la précision des estimateurs
qui en résulteront. En effet, un taux de non réponse
supérieur à 10% pour les variables, affecte sensiblement la
précision des estimations, cause des biais de
représentativité et dans le cas des analyses multivariées
entraîne des pertes importantes d'informations.
Les résultats du tableau 4 montrent, de façon
générale, que toutes les variables relatives à notre
étude ont été couvertes à plus de 95%. Ceci permet
donc de considérer ces variables dans les analyses.
Tableau 4: Effectif
des adolescentes et taux de réponses des différentes variables
Variables
|
Effectif des adolescentes
|
Taux de Réponses (%)
|
Ethnie
|
1557
|
99,94
|
Religion
|
1555
|
99,81
|
Milieu de socialisation
|
1556
|
99,87
|
Milieu de résidence
|
1558
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
1558
|
100
|
Suivi régulier de la télévision
|
1555
|
99,8
|
Niveau d'instruction
|
1558
|
100
|
Connaissance des méthodes contraceptives
|
1558
|
100
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
1553
|
99,68
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
1556
|
99,9
|
Utilisation actuelle des méthodes contraceptives
|
1558
|
100
|
Age au premier mariage
|
313
|
100
|
Nombre d'enfants nés vivants
|
1558
|
100
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
b) Evaluation des données sur l'âge des
adolescentes
L'âge est une variable fondamentale dans l'analyse
démographique. Mais souvent, son observation pose beaucoup de
problèmes à cause des disfonctionnements des systèmes
d'état civil répandus dans les pays du Tiers monde, notamment
d'Afrique subsaharienne. Aussi dans les EDS, deux questions sont souvent
posées pour saisir l'âge des enquêté(e)s :
« En quel mois et en quelle année êtes-vous
né ? » et « Quel âge aviez-vous
à votre dernier anniversaire ? ». Ces deux questions
permettent ainsi de vérifier la fiabilité et la validité
de l'âge déclaré par l'enquêté(e). Le tableau
5 et le graphique associé (Graphique 1) présentent la
répartition des adolescentes selon leur âge au moment de
l'enquête. Il en ressort une variation assez normale des effectifs de 15
à 19 ans. Et, une légère faiblesse d'effectifs à 16
ans et à 19 ans qui pourrait s'expliquer par des attractions
respectivement pour les âges 18 ans (âge de la majorité
civile) et 20 ans (chiffre rond). Toutefois, ces tendances restent minimes et
ne sauraient entacher la qualité des données. De ce fait, nous
admettons que les données sont convenables pour traiter d'un sujet
concernant notre population cible.
Tableau 5 :
Répartition par âge des adolescentes (15-19 ans)
Age
|
Effectif
|
Proportion (%)
|
15
|
360
|
23,11
|
16
|
292
|
18,74
|
17
|
315
|
20,22
|
18
|
318
|
20,41
|
19
|
273
|
17,52
|
Total
|
1558
|
100
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
Graphique 1 : Répartition par âge
des adolescentes 15-19 ans dans l'échantillon (EDSC-I, 2005)

c) Evaluation des données sur l'âge aux
premiers rapports sexuels
Lors de l'enquête, la question suivante permettait de
saisir l'âge aux premiers rapports sexuels : « Quel
âge aviez-vous quand vous avez eu vos premiers rapports sexuels (si vous
en avez eus) ? » Les résultats du tableau 6 montrent que, de
manière générale, la plupart des adolescentes congolaises
ont eues leurs premiers rapports sexuels avant le seizième anniversaire
(44,36%). La faible proportion des "non déclarés" (0,13%) indique
une déclaration relativement bonne de l'âge aux premiers rapports
sexuels, malgré une certaine attraction à 15 ans. Cependant,
cette « bonne déclaration » de l'entrée en
vie sexuelle pourrait comporter quelques erreurs essentiellement dues aux
valeurs socioculturelles qui interdisent l'activité sexuelle des filles
surtout en dehors d'une union formelle. Ceci pourrait entraîner certaines
filles déjà actives sexuellement à déclarer
qu'elles sont encore inactives, d'où le niveau relativement
élevé (34,27%) de celles qui n'ont pas encore eu de rapports
sexuels.
Tableau 6:
Répartition des adolescentes selon l'âge aux premiers rapports
sexuels
Age
|
Effectif
|
Proportion (%)
|
N'a pas encore eu de rapports sexuels
|
534
|
34,27
|
10
|
7
|
0,45
|
11
|
4
|
0,26
|
12
|
35
|
2,25
|
13
|
77
|
4,94
|
14
|
237
|
15,21
|
15
|
331
|
21,25
|
16
|
216
|
13,86
|
17
|
81
|
5,20
|
18
|
30
|
1,93
|
19
|
4
|
0,26
|
ND
|
2
|
0,13
|
Total
|
1558
|
100
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
d) Evaluation des données sur l'âge au premier
mariage
Dans les sociétés africaines où le
mariage est précoce, on enregistre un nombre important de naissances au
sein de la population des adolescentes et l'écart entre l'âge
à la première union et l'âge à la première
maternité est faible voire très négligeable. De ce fait,
l'âge au premier mariage ou à la première union est un
déterminant important des niveaux et des variations de la
fécondité naturelle. Lors de l'EDSC-I en 2005, l'âge au
premier mariage était saisi par la question suivante : «
Quel âge aviez-vous lorsque vous avez commencé à vivre
avec lui (le mari ou un partenaire)? ». Cette question ne
s'adressait uniquement qu'aux femmes qui sont mariées ou qui, ont eu
à vivre ou ont été mariées à un homme dans
le passé.
Le tableau de répartition des adolescentes selon
l'âge au premier mariage (tableau 7) montre que près de 80%
(79,91%) d'adolescentes congolaises sont célibataires ou n'ont pas
encore connu l'événement "premier mariage". Cependant, pour
celles qui ont déjà connu cet événement, 81, 47%
(soit 255 sur 313) l'ont été avant leur 18ème
anniversaire contre 18,53% seulement (c'est-à-dire 58 sur 313) qui
l'ont connu dans le 18ème ou le 19ème
anniversaire ; ceci explique que les mariages précoces
restent courants au Congo.
Tableau 7:
Répartition des adolescentes selon l'âge au premier mariage
Age
|
Effectif
|
Fréquence (%)
|
11
|
1
|
0,06
|
12
|
10
|
0,64
|
13
|
18
|
1,16
|
14
|
29
|
1,86
|
15
|
62
|
3,98
|
16
|
77
|
4,94
|
17
|
58
|
3,72
|
18
|
43
|
2,76
|
19
|
15
|
0,96
|
Total
|
313
|
20,09
|
Jamais été mariée
|
1245
|
79,91
|
Total
|
1558
|
100
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
Tableau 8: Statut
matrimonial
Modalités
|
Effectif
|
Proportion (%)
|
Célibataires
|
1245
|
80,1
|
En union
|
309
|
19,9
|
Total
|
1554
|
100
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
e) Evaluation des données sur l'âge à
la première maternité
L'évaluation de l'âge à la première
maternité est importante du fait qu'en Afrique subsaharienne en
général, et particulièrement au Congo, la présence
d'un tel événement n'est traditionnellement tolérable que
dans le cadre du mariage ; la maternité chez une jeune fille encore
célibataire est considérée comme un véritable
scandale, pouvant compromettre toute sa vie de femme. Ainsi, pour
préserver leur image dans la société, certaines
adolescentes sont tenues de ne pas déclarer, à une tierce
personne, leurs naissances hors union. Cette analyse se fera donc au moyen
d'une courbe de répartition de l'âge à la première
maternité des adolescentes congolaises lors de l'EDSC-I.
L'examen de cette courbe (Graphique 2) montre une relative
régularité dans l'évolution de cette courbe. L'âge
à la première maternité suit une croissance progressive
entre 12 ans et 14 ans, ensuite cette croissance s'accentue au delà de
14 ans pour atteindre un pic à 16 ans, au-delà de 16 ans elle
amorce une chute progressive et assez accélérée
jusqu'à l'âge de 19 ans. L'allure de la courbe est en relation
avec les résultats de l'EDSC-I qui montrent qu'au Congo, environ 55% des
femmes de 20-24 ans (groupe d'âge le plus proche des adolescentes) ont
leur première maternité avant d'atteindre 20 ans. Par ailleurs,
aucune attraction particulière n'est observée (aussi bien pour 15
ans et 18 ans) ; ce qui traduit que l'âge à la
première maternité des adolescentes a été bien
déclaré.
Tableau 9:
Répartition des adolescentes selon l'âge à la
première maternité
Age
|
Effectif
|
Proportion (%)
|
12
|
5
|
0,32
|
13
|
9
|
0,58
|
14
|
18
|
1,16
|
15
|
52
|
3,34
|
16
|
108
|
6,93
|
17
|
86
|
5,52
|
18
|
53
|
3,40
|
19
|
17
|
1,09
|
Total
|
348
|
22,34
|
N'a jamais été mère
|
1210
|
77,66
|
Total
|
1558
|
100
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
Graphique 2 : Courbe de l'âge à
la première maternité des adolescentes (15-19 ans)

Tableau 10:
Utilisation actuelle des méthodes contraceptives chez les adolescentes
(15-19 ans)
Types de méthodes utilisées
|
Effectif
|
Proportion (%)
|
Aucune méthode
|
941
|
60,4
|
Méthodes traditionnelles
|
452
|
29,0
|
Méthodes modernes
|
165
|
10,6
|
Total
|
1558
|
100,0
|

Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
III.3. DISTRIBUTION DES VARIABLES D'ANALYSE
Cette section présente la distribution des variables
c'est-à-dire, la répartition des adolescentes suivant les
différentes caractéristiques retenues (environnementales,
familiales, individuelles et comportementales).
III.3.1. Distribution des variables de l'environnement
socioculturel et socioéconomique
a) L'ethnie
La variable ethnie comporte cinq modalités : les Kongo
sont majoritaires (59%) ; les Téké (15,7%) ; les Mbochi
(13%) ; les Sangha et les adolescentes congolaises de diverses origines
(africaines pour la plupart) regroupées dans la modalité autres
sont faiblement représentées dans l'échantillon
(respectivement 6,6% et 5,7%).
b) La religion
La répartition des adolescentes selon la religion
montre que les jeunes filles chrétiennes sont les plus
représentées dans l'échantillon (56% pour les
chrétiennes traditionnelles et 4,6% pour les autres
chrétiennes) ; les adolescentes adeptes des autres religions
viennent en seconde position (27,9%) ; celles sans religion
représentent 7,1% tandis que les adeptes des églises
traditionnelles que nous pouvons qualifiées de
« judéo-africaines » représentent 4,6%.
c) Le milieu de socialisation
En ce qui concerne le milieu de socialisation, on observe
qu'un grand nombre d'adolescentes ont passé leur enfance dans les
grandes villes soit 54,3%, 31,2% ont passée leur enfance dans le milieu
rural, alors que 14,5% l'ont passée dans les petites villes. Cette
répartition montre en effet l'ampleur du milieu urbain en tant que
milieu de socialisation des adolescentes, puisque les grandes villes et les
petites villes réunies représentent plus de 65%.
d) Le milieu de résidence
Les adolescentes qui résidaient dans les grandes villes
au moment de l'enquête représentent 30,4% ; celles des
petites villes représentent 40,4% ; tandis que celles du milieu
rural représentent 29,2%.
Tableau 11:
Répartition des adolescentes selon les caractéristiques
socioculturelles et socioéconomiques
Variables et modalités
|
Effectif
|
Fréquence (%)
|
Ethnie
|
Kongo
|
912
|
59,0
|
Mbochi
|
202
|
13,0
|
Téké
|
245
|
15,7
|
Sangha
|
103
|
6,6
|
Autres
|
89
|
5,7
|
Religion
|
Chrétienne traditionnelle
|
871
|
56,0
|
Autre chrétienne
|
70
|
4,6
|
Traditionnelle
|
69
|
4,4
|
Sans Religion
|
111
|
7,1
|
Autres
|
434
|
27,9
|
Milieu de socialisation
|
Grandes villes
|
841
|
54,3
|
Petites villes
|
224
|
14,5
|
Rural
|
484
|
31,2
|
Milieu de résidence
|
Grandes villes
|
473
|
30,4
|
Petites villes
|
630
|
40,4
|
Rural
|
455
|
29,2
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
III.3.2. Distribution des variables de l'environnement
familial
a) Sexe du chef de ménage
La répartition selon le sexe du chef de ménage
montre que 73,7% des adolescentes congolaises vivaient dans les ménages
dirigés par les hommes, tandis que 26,3% appartenaient aux
ménages dirigés par les femmes.
b) Le niveau de vie
La répartition selon le niveau de vie du ménage
montre qu'au moment de l'enquête 30,9% d'adolescentes congolaises
résidaient dans les ménages de faible niveau de vie, contre 21,1%
dans ceux de niveau de vie moyen et 48,1% dans ceux de niveau de vie
élevé.
c) Suivi régulier de la
télévision
Selon la propension des adolescentes à suivre
régulièrement la télévision, il ressort qu'au
moment de l'enquête 42,5% des adolescentes congolaises ont
déclaré n'avoir jamais suivi la télévision ;
23,1% suivaient rarement ce média ; tandis que 34,4% le
suivaient souvent.
Tableau 12 :
Répartition des adolescentes selon les caractéristiques
familiales
Variables et modalités
|
Effectif
|
Fréquence (%)
|
Sexe du chef de ménage
|
Masculin
|
1148
|
73,7
|
Féminin
|
410
|
26,3
|
Niveau de vie du ménage
|
Faible
|
482
|
30,9
|
Moyen
|
327
|
21,0
|
Elevé
|
749
|
48,1
|
Suivi régulier de la
télé
|
Jamais
|
661
|
42,5
|
Rarement
|
359
|
23,1
|
Souvent
|
535
|
34,4
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
III.3.3 Distribution des variables des
caractéristiques individuelles de l'adolescente
a) Le niveau d'instruction
Selon le niveau d'instruction, les adolescentes sans niveau ne
représentent que 3,5% de l'ensemble de l'échantillon contre 36,4%
de niveau primaire et 60,1% de niveau secondaire ou plus.
b) Connaissance des méthodes
contraceptives
La répartition des adolescentes selon leur connaissance
des méthodes contraceptives montre que 5,5% ne connaissaient aucune
méthode contraceptive ; alors que 3,2% connaissaient au moins une
méthode traditionnelle contre 91,3% qui connaissaient les
méthodes contraceptives modernes.
c) Connaissance du cycle ovulatoire
Pour la connaissance du cycle ovulatoire, il en ressort que
27,8% des adolescentes n'avaient aucune connaissance du cycle ovulatoire et
24,5% avaient des connaissances douteuses du cycle ; contre 47,7% de
celles qui connaissaient mieux la période de fertilité durant le
cycle ovulatoire.
Tableau 13 :
Répartition des adolescentes selon leurs caractéristiques
individuelles
Variables et modalités
|
Effectif
|
Fréquence (%)
|
Niveau d'instruction
|
Sans niveau
|
54
|
3,5
|
Primaire
|
567
|
36,4
|
Secondaire ou plus
|
937
|
60,1
|
Connaissance des méthodes
contraceptives
|
Aucune
|
86
|
5,5
|
Traditionnelle
|
50
|
3,2
|
Moderne
|
1422
|
91,3
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
Aucune connaissance
|
431
|
27,8
|
Connaissance douteuse
|
381
|
24,5
|
Bonne connaissance
|
741
|
47,7
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
III.3.4. Distribution des variables de comportement
a) Age aux premiers rapports sexuels
La répartition des adolescentes selon l'âge aux
premiers rapports sexuels montre que 34,3% d'entre elles n'avaient pas encore
eu de rapports sexuels, alors 44,4% ont eu leurs premiers rapports sexuels
entre 10 et 15 ans contre 21,2% de celles qui avaient eu leurs premiers
rapports sexuels à 16 ans et plus.
b) Age au premier mariage
Dans l'ensemble des adolescentes enquêtées, 79,9%
étaient célibataire, 16,4% ont été mariées
entre 11 et 17 ans et 3,7% à 18ans et plus.
c) Utilisation de la contraception
La répartition des adolescentes selon leur utilisation
des méthodes contraceptives montre que, parmi les adolescentes
enquêtées, 60,4% n'utilisaient aucune méthode contraceptive
au moment de l'enquête. Celles qui utilisaient les méthodes
traditionnelles représentent 29% de l'échantillon contre 10,6% de
celles qui avaient recourt aux méthodes contraceptives modernes.
Tableau 14 :
Répartition des adolescentes selon leurs caractéristiques
comportementales
Variables et modalités
|
Effectif
|
Fréquence (%)
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
N'a pas eu de premiers rapports sexuels
|
534
|
34,3
|
10 -15 ans
|
691
|
44,4
|
16 ans et plus
|
331
|
21,2
|
ND
|
2
|
0,1
|
Age au premier mariage
|
Célibataire
|
1245
|
79,9
|
11 - 17 ans
|
255
|
16,4
|
18 ans et plus
|
58
|
3,7
|
Utilisation actuelle des méthodes
contraceptives
|
Aucune
|
941
|
60,4
|
Traditionnelle
|
452
|
29,0
|
Moderne
|
165
|
10,6
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
III.4. METHODES STATISTIQUES D'ANALYSE DES DONNEES
Pour atteindre les objectifs spécifiques de notre
étude, nous utiliserons dans un premier temps des méthodes
d'analyse statistique descriptive afin de caractériser la population des
adolescentes ayant débuté leur vie féconde, ensuite le
recours à une méthode d'analyse statistique explicative
permettrait de tester les différentes hypothèses
énoncées plus haut.
III.4.1. Analyse descriptive
Cette phase se fera également en deux temps :
premièrement nous procéderons à une analyse
bivariée (fréquences, tableaux croisés avec application du
test de khi-deux) afin d'apprécier l'existence ou non de relations entre
chacun des facteurs avec la variable dépendante
« maternité précoce ». Ensuite, une Analyse
Factorielle des Correspondances Multiples (AFCM) nous servira pour comparer les
profils des adolescentes en rapport avec la maternité précoce.
L'AFCM est, en effet, une technique d'analyse des interdépendances entre
des variables qu'on veut analyser simultanément ; il permet de
croiser plusieurs caractères connus par classes et de comparer des
profils en lignes et en colonnes. La proximité entre modalités de
caractères différents traduit la surreprésentation de
l'une dans l'autre c'est-à-dire la propension d'avoir des
« profils ligne » comparables et l'éloignement
traduit la sous représentation ; la proximité entre
individus exprime qu'ils ont des « profils colonne »
voisins et, la proximité de points individus à un point
modalité traduit la surreprésentation de celle-ci dans
ceux-là, de même que l'éloignement traduit leur sous
représentation sur cette modalité (Dumolard P., 2005). Les deux
principaux avantages de cette méthode sont la réduction de
l'information par la définition des dimensions principales ou axes
principaux, et la possibilité de représentation graphique pour
une visualisation des « points caractères », ou « points
individus » et qui sont des représentations des groupes d'individus
caractérisés par la variable.
Enfin, pour vérifier la liaison significative entre une
variable explicative et la variable dépendante et établir des
relations de causalité, nous devrons recourir à l'analyse
multivariée explicative afin de tenir compte de l'effet des autres
variables et déceler d'éventuelles relations fallacieuses.
III.4.2. Analyse explicative
La démographie offre peu d'exemples d'un
phénomène qui « expliquerait » directement un
autre (cas qui correspond à une régression simple). Plus souvent,
les phénomènes examinés
s'« expliquent » par la conjonction de plusieurs
facteurs : ceci impose de passer d'un modèle de régression
simple à un modèle de « régression
multiple », où plusieurs variables
« explicatives » notées
X1,...,Xp rendent compte de la variabilité de Y,
variable « à expliquer ». Pour identifier ces
facteurs, nous utiliserons la régression logistique.
a) Justification du choix du modèle
Notre choix d'appliquer le modèle statistique de
régression logistique est déterminé par la nature des
données à analyser, de leur structure et des objectifs
assignés à notre étude. Le modèle de
régression logistique permet d'estimer la force de l'association entre
une variable qualitative à deux classes (dichotomique) appelée
variable dépendante et des variables qui peuvent être
qualitatives ou quantitatives appelées variables explicatives
ou indépendantes. La variable à expliquer (variable
dépendante Y) est l'incidence ou non de l'événement
étudié - présence ou non d'un enfant chez une adolescente
- et les variables explicatives (variables indépendantes Xi, i=1,2,...,
n) sont des facteurs susceptibles d'influencer la survenue de
l'événement (facteurs d'exposition, facteurs de risque ou
facteurs de confusion).
La régression logistique peut examiner une seule
variable indépendante, mais son intérêt réside dans
son utilisation multivariée puisqu'elle permet, alors, d'estimer la
force de l'association entre la variable dépendante et chacune des
variables explicatives, tout en tenant compte de l'effet simultané de
l'ensemble des autres variables explicatives intégrées dans le
modèle. L'association ainsi estimée est dite «
ajustée » sur l'ensemble des autres facteurs.
b) Principe de la méthode
L'analyse de régression logistique (ou modèle
logistique) est un modèle multivarié qui permet de prédire
c'est-à-dire d'exprimer sous forme de risque (ou de
probabilité) la relation entre une
variable Y et une ou plusieurs variables
Xi, le plus souvent nominales. Même si la
relation entre les variables est statistique, le modèle cherche à
établir une relation fonctionnelle de la forme : Y=f (X),
où :
- Y caractérise la variable à
prédire : elle est dichotomique et prend la valeur 1 pour la
modalité étudiée et 0 si non ; et,
- Les Xi caractérisent les i
facteurs de prédiction (facteurs de risque ou facteurs
pronostiques).
Ce modèle permet de calculer le risque de
survenue (ou la probabilité de devenir ou
de ne pas devenir mère) de la
maternité chez une adolescente lorsque les valeurs des variables
Xi sont connues.
c) Equation du modèle et
interprétation
Le modèle de régression logistique est un
modèle de dépendance qui fait partie d'une classe de
modèles dits log linéaires qui ont en commun l'analyse des
ratios, qu'ils soient exprimés sous forme logistique ou non (Bocquier
P., 1996). Les valeurs fluctuent entre 1 ou 0, selon que l'individu
répond à la caractéristique ou non. Dans ce modèle,
on distingue deux types de populations :
- celle qui a la caractéristique étudiée
(en proportion Pj, P (Y=1)) ;
- celle qui n'a pas la caractéristique (en proportion
1- Pj= P (Y=0)).
La quantité modélisée calculée
à partir du rapport des deux populations donne le "Odds Ratio". Un
Odds est défini comme une cote (c'est-à-dire le
rapport d'une probabilité à son complément) :
Pj
Odds =
1 -
Pj
où Pj est par
exemple la probabilité d'être maman.
On définit l'Odds Ratio (OR)
associé à une variable indépendante (par exemple le milieu
de résidence) comme suit :
(P1/1
-P1)
OR=
(P0/1-
P0)
Si P0 représente la
probabilité d'être maman pour une adolescente rurale et
P1 celle pour une adolescente citadine, alors un
Odds Ratio de 1 signifie que la probabilité d'être maman est la
même chez les citadines et chez les rurales. Autrement dit, le risque de
maternité précoce n'est pas associé au milieu de
résidence. En revanche, un Odds Ratio différent de 1 signifie
qu'il y a une association entre la maternité précoce et le milieu
de résidence. Si cet Odds Ratio est >1 cela signifie que le
numérateur est plus grand que le dénominateur et, par
conséquent, que les citadines ont un plus grand risque d'être
maman que les rurales. C'est le contraire s'il est <1 (Taffé P.,
2004).
d) Le test de signification des paramètres
Ce test permet d'évaluer pour chaque variable le niveau
de signification et son impact dans l'explication de la fécondité
des adolescentes. Il donne aussi pour chacune des modalités d'une
variable Xi le niveau de signification de son écart par
rapport à la modalité de référence.
L'interprétation consiste en la comparaison des probabilités
critiques associées aux variables ou aux modalités aux seuils de
signification fixés (10%, 5%, 1%). Si la probabilité critique est
inférieure au seuil de signification fixé, on rejette
l'hypothèse nulle et le modèle est significatif. Le seuil de
signification est inversement proportionnel à la fiabilité du
modèle ; plus le niveau de signification est faible, moins on a de
chance de se tromper en affirmant que les différences observées
reflètent des écarts réels et non des différences
dues aux aléas de l'échantillonnage (Bocquier P, 1996).
III.5. CONSTRUCTION D'UN INDICATEUR DE NIVEAU DE VIE DES
MÉNAGES
Généralement, les EDS sont nettement
limitées en informations relatives au niveau de vie, et ne contiennent
que rarement celles relatives aux revenus et aux dépenses des
ménages. Les indicateurs de niveau de vie doivent alors être
construits sur la base d'informations indirectes relatives au logement (sol,
toit, eau, électricité...) ou à la possession de biens
matériels (radio, TV, vélo, voiture, frigo...) lorsque ces
informations sont disponibles. L'indicateur de niveau de vie ainsi construit
constitue de ce fait une variable composite qui mesure une pauvreté
relative dont les catégories de niveau de vie dépendent de la
distribution de ce dernier dans l'ensemble de la population. Ainsi, la
catégorie la plus pauvre ne fait donc généralement pas
référence à un niveau de vie minimum pour la
survie37(*).
Un indicateur de niveau de vie a été construit,
dans l'EDSC-I, à partir des données sur les biens des
ménages en utilisant la méthode de l'Analyse en Composante
Principale (ACP) sur les informations relatives à la possession par les
ménages de certains biens durables (télévision, radio,
voiture, etc.) et celles concernant certaines caractéristiques de
logement comme la disponibilité de l'électricité, le type
d'approvisionnement en eau, le type de toilettes, le type de sol du logement,
le nombre de pièces utilisées pour dormir, etc. Cet indicateur
sera donc utilisé dans le cadre de notre étude, mais
catégorisé en trois modalités, au lieu de cinq, à
savoir : Faible, Moyen et Elevé. Ainsi, dans le cadre de cette
étude la modalité faible regroupe les modalités
« Très pauvre » et « Pauvre » de
la base, la modalité Moyen correspond à la modalité
« Moyen » de la base et la modalité Elevé
regroupe les modalités « Riche » et
« Très riche » de la base.
Synthèse et conclusion partielle
L'objectif de ce chapitre était de présenter la
source des données, de procéder à l'évaluation de
la qualité desdites données, de présenter les
distributions des variables et de procéder au choix des méthodes
statistiques d'analyse. Les données utilisées pour cette
étude proviennent de la première Enquête
Démographique et de Santé réalisée au Congo en 2005
(EDSC-I, 2005). Les adolescentes enquêtées lors de cette
opération de collecte étaient au nombre de 1558 ; et les
informations recueillies sont assez appropriées pour la
vérification de nos hypothèses. L'évaluation de la
qualité des données a montré que les taux de couverture
des variables sont satisfaisants pour l'ensemble. Concerant l'âge aux
premiers rapports sexuels, l'âge au premier mariage et l'âge
à la première maternité, l'évaluation de la
qualité des données montre que ces âges ont
été relativement bien déclarés vue le faible niveau
de taux de non-réponse enregistré pour ces variables. Pour ce qui
concerne les adolescentes, nous avons noté que l'âge a
été relativement bien déclaré, mais on
dénote une légère attraction à 15 ans concernant
l'âge aux premiers rapports sexuels.
Enfin, compte tenu de l'objectif spécifique de
l'étude et de la nature des données sur les variables
intermédiaires et la variable dépendante, au niveau descriptive
nous allons recourir aux tableaux croisés et au test de khi-deux et
à l'analyse factorielle des correspondances multiples, et au niveau
explicative à l'analyse de régression logistique.
Après présentation et évaluation des
données et, vu qu'elles sont de qualité acceptable, il convient
donc de procéder aux analyses pour mieux rendre compte de la
réalité du phénomène. Le chapitre suivant expose
ainsi les différentes analyses descriptives effectuées et les
résultats obtenus, qui permettent de comprendre les variations du
phénomène.
CHAPITRE IV : NIVEAUX ET VARIATION DE LA FECONDITE DES
ADOLESCENTES AU CONGO
Le présent chapitre donne les variations de la
fécondité des adolescentes, et des comportements proches, au
Congo selon les différentes caractéristiques retenues dans
l'étude. Ces variations permettent, en effet, d'appréhender
l'ampleur du phénomène dans chaque catégorie
d'adolescentes suivant une caractéristique donné (ethnie,
religion, niveau de vie, niveau d'instruction, sexualité précoce,
etc.).
IV.1. NIVEAUX DE LA FECONDITE DES ADOLESCENTES AU CONGO
Les niveaux de fécondité des adolescentes sont
appréhendés ici à travers, d'une part, la proportion (en
pourcentage) de jeunes filles de 15-19 ans ayant déjà
donné naissance à au moins un enfant et, d'autre part, par la
contribution des adolescentes à la l'ISF. Celle-ci étant ici
définie comme la part (%) de l'ISF provenant de la tranche d'âge
15-19 ans (celle des adolescentes). Le traitement des données de
l'EDSC-I (2005) fait observer que 22,3 % des adolescentes congolaises ont
déjà donné naissance à au moins un enfant et, la
contribution des adolescentes (15-19 ans) à l'ISF est estimée
à 14%. Dans un contexte où les adolescentes représentent
près d'un quart de la population féminine en âge de
procréer (15-49 ans) - 22,1% en considérant l'échantillon
de l'EDSC-I, 2005 - cela représente bien sûr une contribution non
négligeable au maintien de la fécondité
générale à un niveau élevé.
IV.2. VARIATIONS DES DETERMINANTS IMMEDIATS DE LA FECONDITE
DES ADOLESCENTES AU CONGO
Cette section présente les résultats de
l'analyse descriptive des comportements proches de la fécondité
des adolescentes, obtenus à partir des tableaux de contingence. En
effet, le tableau de contingence (ou tableau croisé) est une analyse
statistique bivariée (croisant deux variables), qui permet
d'étudier les relations entre deux variables nominales, et le
degré de significativité de cette relation par le test du
Khi-deux. On calcule une probabilité dont la valeur sera comparée
au seuil fixé (10%, 5% ou 1%). Si cette valeur est inférieure au
seuil, on conclut que les deux variables sont associées. Dans le cas
contraire, on dit qu'il y a indépendance entre les deux variables.
IV.2.1. Aspects différentiels de l'âge aux
premiers rapports sexuels
Comme nous l'avons signifié plus haut, l'âge aux
premiers rapports sexuels influence directement la fécondité des
adolescentes ; il convient de dégager son ampleur dans certains
groupes d'adolescentes afin de mieux comprendre leur exposition à la
fécondité.
IV.2.1.1. Environnement socioculturel et/ou
socioéconomique et première activité sexuelle de
l'adolescente
Dans l'ensemble plus de la moitié des adolescentes
(64,2%) avait déjà connu leurs premiers rapports sexuels au
moment de l'enquête et, pour 68,9% d'entre elles ces rapports ont
été précoces (tableau 15).
a) Appartenance ethnique et sexualité des
adolescentes
D'une part, c'est chez les Sangha et les Mbochi que l'on
trouve les plus fortes proportions d'adolescentes dont la première
activité sexuelle est précoce (respectivement 77,1% et 76,1%),
d'autre part, cette proportion est relativement plus faible dans le groupe
Kongo (65,1%). Cependant, les adolescentes du groupe Téké et des
autres ethnies (respectivement 72,0% et 72,5%) occupent, dans une certaine
mesure, la position assez intermédiaire. Par ailleurs, au seuil de 10%
l'intensité de la première activité sexuelle n'est pas
associée à l'appartenance ethnique ; ceci implique que
l'entrée en vie sexuelle ne varie pas selon que l'adolescente
appartienne à tel groupe ethnique ou à un autre. Et c'est
plutôt l'âge d'entrée en vie sexuelle qui est fonction de
l'appartenance ethnique.
b) Religion et sexualité des
adolescentes
La première activité sexuelle n'est pas
associée (au seuil de 10%) à l'appartenance religieuse.
Cependant, l'âge aux premiers rapports sexuels varie d'une religion
à une autre : c'est chez les adolescentes qui n'appartiennent
à aucune famille religieuse que l'on trouve la plus forte proportion des
rapports sexuels précoces (76,5%), et à l'extrême cette
proportion est relativement faible chez les autres chrétiennes
(53,1%) ; entre ces deux groupes on trouve les adolescentes des religions
traditionnelles (70,7%), les chrétiennes traditionnelles (69,9%) et les
autres religions (67,0%).
c) Milieu de socialisation et sexualité des
adolescentes
Ce sont les jeunes filles socialisées en milieu rural
(75,6%) qui ont la plus forte proportion des rapports sexuels précoces.
En revanche, cette proportion est relativement faible dans les petites villes
(56,9%) et, les grandes villes (65,9%) se situent à un niveau
intermédiaire. Nous constatons que par rapport au milieu de
socialisation, l'effet du degré d'urbanité sur l'âge aux
premiers rapports sexuels n'est pas continu (trop conservateur en milieu rural
et trop libéral dans les grandes villes). Mais l'entrée en
activité sexuelle n'est pas associée au milieu de socialisation
(au seuil de 10%), ce qui traduit que la première activité
sexuelle ne varie pas selon que l'adolescente ait grandi en milieu rural ou en
milieu urbain.
d) Milieu de résidence et sexualité des
adolescentes
D'après les résultats du tableau 15, c'est dans
le milieu rural (76,8%) que se trouve la proportion la plus
élevée d'adolescentes sexuellement précoces, tandis que
dans les grandes villes et les petites villes cette proportion est sensiblement
la même (respectivement 63,4% et 62,0%). Comme pour le milieu de
socialisation, ces résultats montrent en effet que la relation entre
l'âge aux premiers rapports sexuels et le degré d'urbanité
n'est pas continue ; de même que la première activité
sexuelle n'est pas significativement associée au milieu de
résidence.
IV.2.1.2. Environnement familial et sexualité
des adolescentes
a) Niveau de vie du ménage et sexualité
des adolescentes
Les résultats du tableau 15 montrent que la
première activité sexuelle n'est pas associée au niveau de
vie du ménage. Par contre, l'âge aux premiers rapports sexuels
varie selon le niveau de vie du ménage auquel appartient l'adolescente
et, c'est dans les ménages de faible niveau de vie et de niveau moyen
(respectivement 74,0% et 73,1%) que l'on trouve les plus fortes proportions
d'adolescentes sexuellement précoces, tandis que cette proportion est
relativement moins forte dans les ménages de niveau de vie
élevé (62,6%). On remarque ici une relation négative entre
l'âge aux premiers rapports sexuels et le niveau de vie de l'adolescente
c'est-à-dire que plus le niveau de vie augmente moins précoces
sont les premiers rapports sexuels
b) .Sexe du chef de ménage et
sexualité des adolescentes
Le sexe du chef de ménage n'est ni associé
à l'entrée en vie sexuelle ni à l'âge aux premiers
rapports sexuels, quel que soit le seuil retenu ; ce qui signifie que la
première activité sexuelle et l'âge aux premiers rapports
sexuels ne varient pas selon que le ménage auquel appartient
l'adolescente soit dirigé par un homme ou par une femme.
c) Suivi régulier de la
télévision et sexualité des adolescentes
Selon le tableau 15 et au moment de l'enquête, ce sont
les adolescentes qui ne suivent jamais la télévision qui sont les
plus sexuellement actives (67,6%) ; par contre celles qui suivent souvent
ce média le sont relativement moins (59,2%) et, à un niveau
intermédiaire se trouvent les adolescentes qui ne suivent que rarement
la télévision (64,9%). En ce qui concerne l'âge aux
premiers rapports sexuels, il en ressort que la proportion d'adolescentes
sexuellement précoces est plus forte pour celles qui ne suivent jamais
la télé (73,5%) que pour celles qui suivent rarement ou souvent
ce média (respectivement 65,1% et 64,9%).
IV.2.1.3. Caractéristiques individuelles et
sexualité des adolescentes
a) Niveau d'instruction et sexualité des
adolescentes
La première activité sexuelle n'est pas
significativement associée au niveau d'instruction de l'adolescente
(tableau 15). Par contre, l'âge aux premiers rapports sexuels varie selon
le niveau d'instruction de l'adolescente et, c'est chez les adolescentes de
niveau primaire que l'on rencontre la plus forte proportion (75,8%) de
sexuellement précoces contre une proportion relativement faible pour
celles du niveau secondaire ou plus (64,6%) ; les adolescentes sans niveau
d'instruction se situent à un niveau intermédiaire (68,1%). Ceci
implique que l'effet du niveau d'instruction sur la sexualité
précoce des adolescentes n'est pas continu.
Tableau 15 : Analyse
différentielle de la première activité sexuelle
Variables et modalités
|
Intensité de la première activité
sexuelle
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
Inactive
|
Active
|
Total
|
Précoce
|
Non précoce
|
Total
|
Ethnie
|
ns
|
|
**
|
|
Kongo
|
37,4
|
62,6
|
100
|
65,1
|
34,9
|
100
|
Mbochi
|
34,9
|
65,1
|
100
|
76,1
|
23,9
|
100
|
Téké
|
30,4
|
69,6
|
100
|
72,0
|
28,0
|
100
|
Sangha
|
33,6
|
66,4
|
100
|
77,1
|
22,9
|
100
|
Autres ethnies
|
37,1
|
62,9
|
100
|
72,5
|
27,5
|
100
|
Religion
|
ns
|
|
*
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
35,1
|
64,9
|
100
|
69,9
|
30,1
|
100
|
Autres chrétiennes
|
36,9
|
63,1
|
100
|
53,1
|
46,9
|
100
|
Traditionnelles
|
35,7
|
64,3
|
100
|
70,7
|
29,3
|
100
|
Autres religions
|
36,9
|
63,1
|
100
|
67,0
|
33,0
|
100
|
Sans religion
|
36,4
|
63,6
|
100
|
76,5
|
23,5
|
100
|
Milieu de socialisation
|
ns
|
|
***
|
|
Grandes villes
|
37,1
|
62,9
|
100
|
65,9
|
34,1
|
100
|
Petites villes
|
31,2
|
68,8
|
100
|
56,9
|
43,1
|
100
|
Rural
|
35,5
|
64,5
|
100
|
75,6
|
24,4
|
100
|
Milieu de résidence
|
ns
|
|
***
|
|
Grandes villes
|
38,8
|
61,2
|
100
|
63,4
|
36,6
|
100
|
Petites villes
|
34,9
|
65,1
|
100
|
62,0
|
38,0
|
100
|
Rural
|
33,8
|
66,2
|
100
|
76,8
|
23,2
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
ns
|
|
ns
|
|
Masculin
|
36,4
|
63,6
|
100
|
69,6
|
30,4
|
100
|
Féminin
|
34,1
|
65,9
|
100
|
67,1
|
32,9
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
ns
|
|
***
|
|
Faible
|
34,5
|
65,5
|
100
|
74,0
|
26,0
|
100
|
Moyen
|
35,7
|
64,3
|
100
|
73,1
|
26,9
|
100
|
Elevé
|
36,8
|
63,2
|
100
|
62,6
|
37,4
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
**
|
|
**
|
|
Jamais
|
32,4
|
67,6
|
100
|
73,5
|
26,5
|
100
|
Rarement
|
35,1
|
64,9
|
100
|
65,1
|
34,9
|
100
|
Souvent
|
40,8
|
59,2
|
100
|
64,9
|
35,1
|
100
|
Niveau d'instruction
|
ns
|
|
***
|
|
Sans niveau
|
31,0
|
69,0
|
100
|
68,1
|
31,9
|
100
|
Primaire
|
36,9
|
63,1
|
100
|
75,8
|
24,2
|
100
|
Secondaire ou plus
|
35,4
|
64,6
|
100
|
64,6
|
35,4
|
100
|
Ensemble
|
35,8
|
64,2
|
100
|
68,9
|
31,1
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
IV.2.2. Aspects différentiels de l'âge au
premier mariage
Comme l'âge aux premiers rapports sexuels, l'âge
au premier mariage influence directement la fécondité des
adolescentes ; son ampleur dans certains groupes d'adolescentes permet
également de mieux comprendre leur exposition à la
fécondité.
IV.2.2.1. Environnement
socioculturel/socioéconomique et premier mariage des adolescentes
Des résultats du tableau 16 il ressort que, de
façon générale, 19,7% d'adolescentes congolaises
étaient déjà mariées (ou en union) au moment de
l'enquête et, pour 78% de ces adolescentes cette union a
été établie à un âge précoce.
a) Appartenance ethnique et nuptialité des
adolescentes
Par rapport au groupe ethnique, c'est chez les
Téké et les « autres ethnies » que l'on
trouve les proportions les plus élevées d'adolescentes en union
(respectivement 28,6% et 28,5%) ; cette proportion est nettement moins
élevée dans le groupe Kongo (16,0%). Entre ces groupes
extrêmes, on trouve les groupes Sangha (26,4%) et Mbochi (19,2%). Mais il
n'existe aucune corrélation entre l'âge au premier mariage et
l'appartenance ethnique, ceci signifie que l'entrée précoce en
union ne varie pas par rapport au groupe ethnique auquel appartient
l'adolescente.
b) Religion et nuptialité des
adolescentes
Sur le plan religieux le tableau 16 montre que,
premièrement, le statut matrimonial de l'adolescente n'est pas fonction
de sa religion (résultat non significatif au seuil de 10%). Par contre,
l'âge au premier mariage varie d'une religion à une autre et,
c'est chez les « autres chrétiennes » que
pratiquement toutes les adolescentes en union l'ont été de
façon précoce (99,7%) à l'opposé on trouve les
adolescentes des religions traditionnelles (65,8%). Entre ces deux groupes, on
trouve les « autres religions » (84,4%), les
« sans religion » et les chrétiennes traditionnelles
(respectivement 76,4% et 76,2%).
c) Milieu de socialisation et nuptialité des
adolescentes
Il ressort des résultats du tableau 16 qu'il n'existe
aucune association entre, d'une part, le milieu de socialisation et le statut
matrimonial de l'adolescente et, d'autre part, le milieu de socialisation et
l'âge au premier mariage de l'adolescente : ce qui traduit que la
survenue de l'événement premier mariage ne varie pas selon le
milieu de socialisation de l'adolescente.
d) Milieu de résidence et nuptialité des
adolescentes
Par rapport au milieu de résidence, les
résultats du tableau 16 montre que c'est en milieu rural que l'on trouve
la plus forte proportion d'adolescentes en union (23,4%), cette proportion
étant nettement inférieure dans les petites villes (14,4%). Les
grandes villes se situent au niveau intermédiaire (18,9%).
IV.2.2.2. Environnement familial et nuptialité
des adolescentes
a) Niveau de vie du ménage et
nuptialité des adolescentes
Le niveau de vie est fortement corrélé au statut
matrimonial de l'adolescente mais pas avec l'âge au premier mariage. La
proportion d'adolescentes ayant déjà connu un premier mariage au
moment de l'enquête est plus élevée dans les ménages
de faible niveau de vie (23,6%) que dans ceux de niveau de vie
élevé (15,4%) ; les ménages de niveau de vie moyen
sont à un niveau intermédiaire (22,3%). Ici également, un
peu comme pour la sexualité, il existe une relation négative
entre le niveau de vie et le statut matrimonial de l'adolescente
c'est-à-dire plus le niveau de vie augmente plus les unions deviennent
moins fréquentes.
b) Sexe du chef de ménage et nuptialité
des adolescentes
Il ressort du tableau 16 que le statut matrimonial de
l'adolescente est fortement corrélé (seuil de 1%) avec le sexe du
chef de ménage auquel elle appartient, et c'est au sein des
ménages dirigés par les hommes que l'on trouve la plus forte
proportion d'adolescentes en union (22,6%) contre 12,1% seulement pour les
ménages dirigés par les femmes. Mais l'âge au premier
mariage n'est pas associé au sexe du chef de ménage : ce qui
implique que la précocité de la première union ne varie
pas selon que l'adolescente vit dans un ménage dont le chef est de sexe
masculin ou féminin.
c) Suivi régulier de la
télévision et nuptialité des adolescentes
Le suivi régulier de la télévision est
fortement associé au statut matrimonial de l'adolescente mais pas avec
l'âge au premier mariage et, ce sont les adolescentes qui n'ont jamais
suivi la télé, au moment de l'enquête, qui ont le plus
déjà acquis le statut d'épouse (25,8%) ; tandis que
celles qui ont souvent suivi ce média l'ont acquis à un niveau
nettement inférieur (12,6%). Les adolescentes qui suivent rarement ce
média se trouvent à un niveau intermédiaire (17,8%).
L'effet de l'exposition à la télé sur le statut
matrimonial des adolescentes n'est pas aussi continu.
IV.2.2.3. Caractéristiques individuelles et
nuptialité des adolescentes
a) Niveau d'instruction et nuptialité des
adolescentes
Le niveau d'instruction est associé au statut
matrimonial de l'adolescente au seuil de 5%. La proportion la plus
élevée d'adolescentes déjà mariées, au
moment de l'enquête, se trouvant chez les jeunes filles sans niveau
d'instruction (31,6%), alors que cette proportion est plus faible chez les
adolescentes de niveau secondaire ou plus (17,5%). Les adolescentes de niveau
primaire étant à un niveau intermédiaire (21,9%). La
relation entre le statut matrimonial et le niveau d'instruction des
adolescentes est continue. L'âge au premier mariage n'est pas
associé au niveau d'instruction de l'adolescente, c'est-à-dire
que la précocité de la première union reste invariable
quelque soit le niveau d'instruction de l'adolescente.
IV.2.2.4. Age aux premiers rapports sexuels et
nuptialités des adolescentes
Les premiers rapports sexuels précoces sont nettement
associés au statut matrimonial et à l'âge au premier
mariage (respectivement au seuil de 5% et de 1%). La proportion d'adolescentes
déjà mariées est plus élevée chez les
adolescentes sexuellement précoces (32,9%) que chez celles ayant eu
leurs premiers rapports sexuels à un âge relativement moins
précoce (26,0%). Concernant l'âge au premier mariage, c'est chez
les adolescentes sexuellement précoces que se trouvent la proportion la
plus élevée de premier mariage précoce (86%) contre 58,3%
pour celles qui ont eu leurs premiers rapports sexuels à un âge
relativement moins précoce.
Tableau 16 : Analyse
différentielle du premier mariage
Variables et modalités
|
Etat matrimonial
|
Age au premier mariage
|
Célibataire
|
Mariée
|
Total
|
Précoce
|
Non précoce
|
Total
|
Ethnie
|
***
|
|
ns
|
|
Kongo
|
84,0
|
16,0
|
100
|
77,6
|
22,4
|
100
|
Mbochi
|
80,8
|
19,2
|
100
|
83,6
|
16,4
|
100
|
Téké
|
71,4
|
28,6
|
100
|
75,6
|
24,4
|
100
|
Sangha
|
73,6
|
26,4
|
100
|
95,0
|
5,0
|
100
|
Autres ethnies
|
71,5
|
28,5
|
100
|
73,4
|
26,6
|
100
|
Religion
|
ns
|
|
*
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
81,5
|
18,5
|
100
|
76,2
|
23,8
|
100
|
Autres chrétiennes
|
84,0
|
16,0
|
100
|
99,7
|
0,3
|
100
|
Traditionnelles
|
73,3
|
26,7
|
100
|
65,8
|
34,2
|
100
|
Autres religions
|
78,4
|
21,6
|
100
|
84,4
|
15,6
|
100
|
Sans religion
|
79,5
|
20,5
|
100
|
76,4
|
23,6
|
100
|
Milieu de socialisation
|
ns
|
|
ns
|
|
Grandes villes
|
81,9
|
18,1
|
100
|
76,6
|
23,4
|
100
|
Petites villes
|
81,0
|
19,0
|
100
|
79,1
|
20,9
|
100
|
Rural
|
78,4
|
21,6
|
100
|
80,6
|
19,4
|
100
|
Milieu de résidence
|
***
|
|
ns
|
|
Grandes villes
|
81,1
|
18,9
|
100
|
76,5
|
23,5
|
100
|
Petites villes
|
85,6
|
14,4
|
100
|
74,3
|
25,7
|
100
|
Rural
|
76,6
|
23,4
|
100
|
82,1
|
17,9
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
***
|
|
ns
|
|
Masculin
|
77,4
|
22,6
|
100
|
77,4
|
22,6
|
100
|
Féminin
|
87,9
|
12,1
|
100
|
86,3
|
13,7
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
***
|
|
ns
|
|
Faible
|
76,4
|
23,6
|
100
|
81,4
|
18,6
|
100
|
Moyen
|
77,7
|
22,3
|
100
|
78,3
|
21,7
|
100
|
Elevé
|
84,6
|
15,4
|
100
|
76,2
|
23,8
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
***
|
|
ns
|
|
Jamais
|
74,2
|
25,8
|
100
|
82,4
|
18,6
|
101
|
Rarement
|
82,2
|
17,8
|
100
|
78,3
|
21,7
|
100
|
Souvent
|
87,4
|
12,6
|
100
|
76,2
|
23,8
|
100
|
Niveau d'instruction
|
***
|
|
ns
|
|
Sans niveau
|
68,4
|
31,6
|
100
|
92,0
|
8,0
|
100
|
Primaire
|
78,1
|
21,9
|
100
|
75,7
|
24,3
|
100
|
Secondaire ou plus
|
82,5
|
17,5
|
100
|
79,7
|
20,3
|
100
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
**
|
|
***
|
|
10 - 15 ans
|
67,1
|
32,9
|
100
|
86,0
|
14,0
|
100
|
16 ans et plus
|
74,0
|
26,0
|
100
|
58,3
|
41,7
|
100
|
Ensemble
|
80,3
|
19,7
|
100
|
78,8
|
21,2
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
IV.2.3. Aspects différentiels de la pratique
contraceptive
Le tableau 17 donne les résultats des analyses
différentielles de l'utilisation des méthodes contraceptives.
Dans l'ensemble il apparaît qu'au moment de l'enquête, 10,5%
d'adolescentes utilisaient les méthodes contraceptives modernes contre
61,6% de celles qui n'utilisaient aucune méthode ; tandis que la
prévalence en méthodes contraceptives traditionnelles
s'élevait à 27,9%.
IV.2.3.1. Environnement
socioculturel/socioéconomique et pratique contraceptive des
adolescentes
La première partie du tableau 17 concerne les variables
socioculturelles et/ou socioéconomiques. De toutes ces variables, seule
la religion n'est pas associée à l'utilisation des
méthodes contraceptives.
a) Appartenance ethnique et pratique contraceptive des
adolescentes
L'utilisation des méthodes contraceptives est
associée à l'appartenance ethnique des adolescentes et les
résultats du tableau 16 montrent qu'au moment de l'enquête, c'est
les adolescentes du groupe Téké qui utilisaient le plus de
méthodes contraceptives modernes (14,0%) tandis que celles des groupes
Sangha et « Autres ethnies » ont les plus faibles
proportions (respectivement 2,5% et 3,7%). Entre ces extrêmes figurent
les adolescentes des groupes Kongo (10,9%) et Mbochi (11,2%).
b) Religion et pratique contraceptive des
adolescentes
Il ressort des résultats du tableau 17 que
l'utilisation des méthodes contraceptives n'est pas associée
à la religion de l'adolescente, c'est-à-dire que le comportement
en matière de contraception est pratiquement identique quelque soit la
religion de l'adolescente.
c) Milieu de socialisation et pratique contraceptive
des adolescentes
Le milieu de socialisation est associé à
l'utilisation des méthodes contraceptives au seuil de 1%. La plus forte
proportion d'adolescentes utilisatrices des méthodes contraceptives
modernes, au moment de l'enquête, est observée dans les petites
villes (16,9%) tandis que la proportion la plus faible est chez les
adolescentes qui ont passé leur enfance dans le milieu rural
(7,4%) ; celles qui l'ont passée dans les grandes villes occupent
une position intermédiaire (11,0%).
d) Milieu de résidence et pratique
contraceptive des adolescentes
Concernant le milieu de résidence au moment de
l'enquête, nous remarquons la proportion d'adolescentes utilisatrices des
méthodes contraceptives modernes n'est pas aussi différente entre
les grandes villes (12,7%) et les petites villes (11,0%), par contre cette
proportion est relativement moins élevée pour les adolescentes
résidant en milieu rural (8,5%).
IV.2.3.2. Environnement familial et pratique
contraceptive des adolescentes
Des trois variables de l'environnement familial seul le suivi
régulier de la télé n'est pas associé à
l'utilisation des méthodes contraceptives (au seuil de 10%) ; les
autres variables (sexe du chef de ménage et niveau de vie du
ménage) étant associées au seuil de 1%.
a) Niveau de vie du ménage et pratique
contraceptive des adolescentes
La plus forte proportion (13,1%) d'adolescentes utilisatrices
des méthodes contraceptives modernes se trouve dans les ménages
d'un niveau de vie élevé tandis que la plus faible (6,1%) est
pour celles des ménages de faible niveau de vie ; les adolescentes
de niveau de vie moyen occupent une position intermédiaire (9,8%).
b) Sexe du chef de ménage et pratique
contraceptive des adolescentes
Il existe un comportement différentiel entre les
adolescentes qui appartiennent aux ménages dirigés par les hommes
et celles qui appartiennent aux ménages dirigés par les femmes.
Ces dernières étant celles qui utilisent le plus de
méthodes contraceptives modernes (15,9%) que celles des ménages
dirigés par les hommes (8,5%).
c) Suivi régulier de la
télévision et pratique contraceptive des adolescentes
Le suivi régulier de la télé n'est pas
associé à l'utilisation des méthodes contraceptives, ce
qui implique la prévalence des méthodes contraceptives est
relativement identique quelque soit le degré d'exposition de
l'adolescente à la télévision.
IV.2.3.3. Caractéristiques individuelles et
pratique contraceptive des adolescentes
Toutes les variables relatives aux caractéristiques de
l'adolescente (niveau d'instruction, connaissance des méthodes
contraceptives et connaissance du cycle ovulatoire) sont associées
à l'utilisation des méthodes contraceptives au seuil de 1%,
à l'exception de l'état matrimonial qui ne lui est pas
associé même au seuil de 10%.
a) Niveau d'instruction et pratique contraceptive des
adolescentes
La proportion des adolescentes utilisatrices des
méthodes contraceptives modernes est plus élevée chez les
jeunes filles du niveau secondaire ou plus (14,3%) que chez celles sans niveau
d'instruction (0,9%) ; les adolescentes du niveau primaire occupent une
position intermédiaire (5,9%).
b) Connaissance des méthodes et pratique
contraceptives des adolescentes
Les résultats du tableau 17 attestent bien que
l'utilisation des méthodes contraceptives modernes dépend
largement de la connaissance qu'a l'adolescente sur ces méthodes. Au
moment de l'enquête, seules les adolescentes qui connaissaient les
méthodes contraceptives modernes les utilisaient (11,6%), tandis que
cette proportion étaient nulle chez les autres (0,0%).
c) Connaissance du cycle ovulatoire et pratique
contraceptive des adolescentes
La plus forte proportion d'adolescentes utilisatrices des
méthodes contraceptives au moment de l'enquête est observée
jeunes filles qui ont une connaissance relativement bonne de leur cycle
ovulatoire (13,7%) et celles qui en ont une connaissance assez douteuse
(11,8%), alors que celles qui n'ont aucune connaissance de leur cycle
ovulatoire sont à l'extrême (4,0%). L'utilisation des
méthodes contraceptives n'est nullement associée ni au statut
matrimonial de l'adolescente, ni à l'âge aux premiers rapports
sexuels, ni à l'âge au premier mariage, ce qui traduit que
l'utilisation des méthodes contraceptives modernes ne varie pas selon
ces différentes variables : le comportement par rapport aux
modalités de ces dites variables est relativement identique.
Les autres variables comportementales (âge aux premiers
rapports sexuels et âge au premier mariage) ne sont pas associées
à l'utilisation des méthodes contraceptives au seuil de 10%.
Tableau 17 : Analyse
différentielle de l'utilisation des méthodes contraceptives
Variables et modalités
|
Utilisation des méthodes
contraceptives
|
Aucune
|
Traditionnelle
|
Moderne
|
Total
|
Ethnie
|
**
|
|
Kongo
|
62,2
|
26,9
|
10,9
|
100
|
Mbochi
|
60,4
|
28,4
|
11,2
|
100
|
Téké
|
54,5
|
31,5
|
14,0
|
100
|
Sangha
|
71,7
|
25,8
|
2,5
|
100
|
Autres
|
67,9
|
28,4
|
3,7
|
100
|
Religion
|
ns
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
61,4
|
27,8
|
10,8
|
100
|
Autres chrétiennes
|
60,6
|
29,7
|
9,7
|
100
|
Traditionnelles
|
65,7
|
29,5
|
4,8
|
100
|
Autres religions
|
62,4
|
27,3
|
10,3
|
100
|
Sans religion
|
57,6
|
28,1
|
14,3
|
100
|
Milieu de socialisation
|
***
|
|
Grandes villes
|
60,8
|
27,5
|
11,7
|
100
|
Petites villes
|
49,7
|
33,4
|
16,9
|
100
|
Rural
|
65,3
|
27,3
|
7,4
|
100
|
Milieu de résidence
|
**
|
|
Grandes villes
|
58,7
|
28,6
|
12,7
|
100
|
Petites villes
|
58,8
|
30,2
|
11,0
|
100
|
Rural
|
65,5
|
26,0
|
8,5
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
***
|
|
Masculin
|
63,5
|
28,0
|
8,5
|
100
|
Féminin
|
56,8
|
27,3
|
15,9
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
***
|
|
Faible
|
63,8
|
26,4
|
9,8
|
100
|
Moyen
|
67,3
|
26,6
|
6,1
|
100
|
Elevé
|
57,2
|
29,7
|
13,1
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
ns
|
|
Jamais
|
63,7
|
26
|
10,3
|
100
|
Rarement
|
60,7
|
29,1
|
10,2
|
100
|
Souvent
|
59,4
|
29,6
|
11,0
|
100
|
Niveau d'instruction
|
***
|
|
Sans niveau
|
67,5
|
31,6
|
0,9
|
100
|
Primaire
|
66,0
|
28,1
|
5,9
|
100
|
Secondaire ou plus
|
58,3
|
27,4
|
14,3
|
100
|
Connaissance des méthodes
contraceptives
|
***
|
|
Aucune
|
100,0
|
0,0
|
0,0
|
100
|
Traditionnelle
|
73,5
|
26,5
|
0,0
|
100
|
Moderne
|
58,4
|
30,0
|
11,6
|
100
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
***
|
|
Aucune connaissance
|
86,5
|
9,5
|
4,0
|
100
|
Connaissance douteuse
|
56,6
|
31,6
|
11,8
|
100
|
Bonne connaissance
|
50,0
|
36,3
|
13,7
|
100
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
ns
|
|
10 - 15 ans
|
43,9
|
39,8
|
16,3
|
100
|
16 ans et plus
|
40,5
|
42,6
|
16,9
|
100
|
Etat matrimonial
|
ns
|
|
Célibataire
|
62,3
|
28,0
|
9,7
|
100
|
En union
|
59,2
|
27,3
|
13,5
|
100
|
Age au premier mariage
|
ns
|
|
11 - 17 ans
|
57,7
|
27,7
|
14,6
|
100
|
18 ans et plus
|
63,3
|
26,4
|
10,3
|
100
|
Ensemble
|
61,6
|
27,9
|
10,5
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
IV.3. ASPECTS DIFFERENTIELS DE LA FECONDITE PRECOCE DES
ADOLESCENTES AU CONGO
Cette section présente les variations de
fécondité des adolescentes au Congo, elle met ainsi en
évidence les variations de l'ampleur du phénomène entre
les catégories d'adolescentes, suivant les caractéristiques
retenues dans l'étude. Les associations entre la maternité
précoce et les différentes variables d'études sont
présentées par les tableaux 18, 19, 20 et 21 ; il ressort de
façon générale, qu'au moment de l'enquête 20,8%
d'adolescentes avaient eu une maternité précoce.
IV.3.1. Environnement socioculturel/socioéconomique
et maternité précoce
Le tableau 18 présente les associations entre les
variables environnementales et la fécondité des
adolescentes ; il donne ainsi les niveaux du phénomène dans
chaque : ethnie, religion, milieu de socialisation et milieu de
résidence.
a) Appartenance ethnique et maternité
précoce
L'ethnie est associée à la maternité
précoce au seuil de 1%. La proportion d'adolescentes mères
précocement est plus forte chez les « autres
ethnies » (32,8%) et moins forte chez les Kongo (18,5%). A un niveau
assez intermédiaire on retrouve les jeunes filles Mbochi (20,8%),
Téké (24,1%) et Sangha (22,9%).
b) Religion et maternité précoce
La religion est associée à la maternité
précoce au seuil de 5% et, les adolescentes adeptes des religions
traditionnelles sont celles qui ont la proportion la plus élevée
de maternité précoce (31,6%), à l'opposé des
adolescentes sans religion qui ont la proportion la plus faible (14,4%). Les
« autres chrétiennes » et les « autres
religions » ont des proportions assez proches (respectivement 24,9%
et 23,6%), alors que les adolescentes des religions chrétiennes
traditionnelles ont une proportion relativement faible (19,1%).
c) Milieu de socialisation et maternité
précoce
Il existe une association entre le milieu de socialisation et
la maternité précoce au seuil de 10%. Les adolescentes qui ont
passé leur enfance dans le milieu rural sont en proportion plus
nombreuse (23,3%) à avoir une maternité précoce que celles
qui l'ont passée dans les grandes villes (18,6%) et les petites villes
(19,7%). Ces deux derniers groupes ont des proportions relativement proches.
d) Milieu de résidence et maternité
précoce
L'association entre le milieu de résidence et la
maternité précoce est au seuil de 1%. Les adolescentes du milieu
rural et des petites villes sont plus nombreuses à avoir une
maternité précoce (respectivement 25,3% et 21,6%) que celles des
grandes villes (14,7%).
Tableau 18 :
Environnement socioculturel/socioéconomique de l'adolescente et
maternité précoce
Variables et modalités
|
Maternité précoce
|
OUI
|
NON
|
TOTAL
|
Ethnie
|
***
|
|
Kongo
|
18,5
|
81,5
|
100
|
Mbochi
|
20,8
|
79,2
|
100
|
Téké
|
24,1
|
75,9
|
100
|
Sangha
|
22,9
|
77,1
|
100
|
Autres ethnies
|
32,8
|
67,2
|
100
|
Religion
|
**
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
19,1
|
80,9
|
100
|
Autres chrétiennes
|
24,9
|
75,1
|
100
|
Traditionnelles
|
31,6
|
68,4
|
100
|
Autres religions
|
23,6
|
76,4
|
100
|
Sans religion
|
14,4
|
85,6
|
100
|
Milieu de socialisation
|
*
|
|
Grandes villes
|
18,6
|
81,4
|
100
|
Petites villes
|
19,7
|
80,3
|
100
|
Rural
|
23,3
|
76,7
|
100
|
Milieu de résidence
|
***
|
|
Grandes villes
|
14,7
|
85,3
|
100
|
Petites villes
|
21,6
|
78,4
|
100
|
Rural
|
25,3
|
74,7
|
100
|
Ensemble
|
20,8
|
79,2
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de
5%; * Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
IV.3.2 Environnement familial et maternité
précoce
Les associations entre la maternité précoce et
l'environnement familial de l'adolescente sont présentées dans le
tableau 19.
a) Sexe du chef de ménage et maternité
précoce
La maternité précoce ne varie pas par rapport au
sexe du chef de ménage auquel appartient l'adolescente, les autres
variables.
a) Niveau de vie du ménage et maternité
précoce
La proportion d'adolescentes mères précocement
est plus élevée dans les ménages de niveau de vie moyen
(29,0%), et nettement inférieure dans les ménages de niveau de
vie élevé (14,6%) ; les ménages de faible niveau de
vie sont relativement dans une position intermédiaire (23,8%).
b) Suivi régulier de la télé et
maternité précoce
En proportion, 28,2% d'adolescentes qui n'avaient jamais suivi
la télévision au moment de l'enquête ont eu une
maternité précoce tandis que, chez celles qui ont souvent suivi
ce média seulement 12,6% étaient mères précocement.
Entre ces extrêmes, 18,1% de celles qui suivaient rarement la
télévision.
Tableau 19 :
Environnement familial de l'adolescente et maternité précoce
Variables et modalités
|
Maternité précoce
|
Oui
|
Non
|
Total
|
Sexe du chef de ménage
|
ns
|
|
Masculin
|
21,8
|
78,2
|
100
|
Féminin
|
18,3
|
81,7
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
***
|
|
Faible
|
23,8
|
76,2
|
100
|
Moyen
|
29,0
|
71,0
|
100
|
Elevé
|
14,6
|
85,4
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
***
|
|
Jamais
|
28,2
|
71,8
|
100
|
Rarement
|
18,1
|
81,9
|
100
|
Souvent
|
12,6
|
87,4
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
IV.3.3. Caractéristiques individuelles de
l'adolescente et maternité précoce
Toutes les variables relatives aux caractéristiques de
l'adolescente sont associées à la maternité précoce
au seuil de 1% (tableau 20).
a) Niveau d'instruction de l'adolescente et
maternité précoce
Concernant le relation entre le niveau d'instruction de
l'adolescente et la maternité précoce, nous remarquons un
comportement différentiel entre les différentes modalités,
c'est-à-dire que les adolescentes sans niveau d'instruction sont celles
qui ont le plus connu la maternité précoce (29,8%), tandis que
celles de niveau secondaire ou plus sont plus faible (18,0%) à
connaître cet événement. Les adolescentes de niveau
primaire (24,2%) sont, dans une certaine mesure, à une position
intermédiaire.
b) Connaissance des méthodes contraceptives et
maternité précoce
Les résultats du tableau 19 montrent qu'au moment de
l'enquête, la plus forte proportion (22,6%) d'adolescentes mères
précocement se retrouve chez les jeunes filles qui connaissaient les
méthodes contraceptives modernes, tandis que la proportion la plus
faible (2,0%) est pour celles qui ne connaissaient aucune méthode ;
les adolescentes connaissant les méthodes traditionnelles occupent une
position intermédiaire (11,0%).
c) Connaissance du cycle ovulatoire et maternité
précoce
En proportion et au moment de l'enquête, les
adolescentes qui ont une connaissance douteuse de leur cycle ovulatoire (26,4%)
et celles qui en ont une connaissance relativement bonne (22,6%) sont plus
nombreuses à avoir eu une maternité précoce que celles qui
n'ont aucune connaissance de leur cycle (13,2%).
d) Etat matrimonial et maternité
précoce
Concernant l'état matrimonial, les adolescentes
célibataires sont nettement moins nombreuses (10,6%) que celles en union
(61,7%) à avoir une maternité précoce.
Tableau 20 :
Caractéristiques de l'adolescente et maternité précoce
Variables et modalités
|
Maternité précoce
|
Oui
|
Non
|
Total
|
Niveau d'instruction
|
***
|
|
Sans niveau
|
29,8
|
70,2
|
100
|
Primaire
|
24,2
|
75,8
|
100
|
Secondaire ou plus
|
18,0
|
82,0
|
100
|
Connaissance des méthodes
contraceptives
|
***
|
|
Aucune
|
2,0
|
98,0
|
100
|
Traditionnelle
|
11,0
|
89,0
|
100
|
Moderne
|
22,6
|
77,4
|
100
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
***
|
|
Aucune connaissance
|
13,2
|
86,8
|
100
|
Connaissance douteuse
|
26,4
|
73,6
|
100
|
Bonne connaissance
|
22,6
|
77,4
|
100
|
Etat matrimonial
|
***
|
|
Célibataire
|
10,6
|
89,4
|
100
|
En union
|
61,7
|
38,3
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
IV.3.4. Comportement de l'adolescente et maternité
précoce
Les associations entre le comportement de l'adolescente et la
maternité précoce sont présentées dans le tableau
21.
a) Age aux premiers rapports sexuels et
maternité précoce
L'âge aux premiers rapports sexuels induit un
comportement différentiel à la maternité
précoce (au seuil de 1%) : 37,4% d'adolescentes qui ont eu
leurs premiers rapports sexuels à 10-15 ans ont une maternité
précoce contre 21,5% de celles qui les avaient eus à 16 ans et
plus.
b) Age au premier mariage et maternité
précoce
La maternité précoce est nettement
différenciée par rapport à l'âge au premier mariage
(seuil de 1%) et, les adolescentes qui ont eu leur premier mariage à
11-17 ans sont proportionnellement plus nombreuses (66,4%) que celles dont le
premier mariage était survenu à 18 ans et plus (45,6%) à
connaître une maternité précoce.
c) Utilisation des méthodes contraceptives et
maternité précoce
L'utilisation des méthodes contraceptives n'est pas
associée à la maternité précoce, même au
seuil de 10%.
Tableau 21 :
Comportement de l'adolescente et maternité précoce
Variables et modalités
|
Maternité précoce
|
Oui
|
Non
|
Total
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
***
|
|
10 -15 ans
|
37,4
|
62,6
|
100
|
16 ans et plus
|
21,5
|
78,5
|
100
|
Age au premier mariage
|
***
|
|
11 - 17 ans
|
66,3
|
33,7
|
100
|
18 ans et plus
|
45,6
|
54,4
|
100
|
Utilisation actuelle des méthodes
contraceptives
|
ns
|
|
Aucune
|
20,6
|
79,4
|
100
|
Traditionnelle
|
19,8
|
80,2
|
100
|
Moderne
|
24,7
|
75,3
|
100
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
Après avoir ressorti les variations du
phénomène selon les différentes caractéristiques
retenues, nous avons procédé à la catégorisation
des adolescentes en recherchant un ensemble de caractéristiques pouvant
exposer ou prémunir l'adolescente à la fécondité
précoce. Cette catégorisation a été
effectuée à travers une analyse factorielle des correspondances
multiples (AFCM), qui sera présentée dans la section suivante.
IV.4. PROFIL DES ADOLESCENTES EXPOSEES A LA MATERNITE PRECOCE
AU CONGO
Dans cette section, nous recourons à l'Analyse
Factorielle des Correspondances Multiples (AFCM) afin de visualiser les
associations entre les différents facteurs de notre étude. Nous
utilisons le logiciel SPAD et nos analyses ne porteront que sur le plan
factoriel constitué par les trois premiers axes. Les autres principaux
résultats de la procédure nécessaires à
l'interprétation du plan factoriel sont présentés en
annexes (tableau A14). L'interprétation se fait au moyen des
contributions des modalités à la formation des axes factoriels
ainsi que de leurs coordonnées sur ces axes. Seules les modalités
dont la contribution est supérieure à l'inertie théorique
moyenne (ici 100/51 2) sont retenues pour commenter le plan factoriel.
a) Interprétation des axes factoriels
Le premier axe factoriel explique 10,68% de l'inertie totale
des variables retenues ; il définit les adolescentes selon leur
environnement familial :
§ D'une part, on trouve les adolescentes appartenant aux
ménages de niveau de vie faible, qui n'ont jamais été
exposées à la télévision, socialisées dans
le milieu rural et d'un niveau d'instruction primaire (coordonnées
négatives) ; et,
§ D'autre part, les adolescentes appartenant aux
ménages de niveau de vie élevé, souvent exposées
à la télévision, socialisées dans les grandes
villes et ayant le niveau d'instruction secondaire ou plus (coordonnées
positives).
L'axe 1 fait ainsi apparaître que l'augmentation du
niveau de vie des ménages est associé à l'accès des
adolescentes aux médias, favorisé par une forte urbanisation et
une scolarisation relativement meilleure, qui permettent aux adolescentes
d'être moins exposées à la fécondité
précoce.
Le second axe factoriel explique 9,13% de l'inertie totale. Il
montre une opposition des adolescentes selon leurs caractéristiques
individuelles, leurs comportements à l'égard de la
procréation et leur fécondité. On trouve dans la partie
positive les adolescentes ayant une connaissance relativement bonne de leur
cycle ovulatoire, mariées, utilisant les méthodes contraceptives
modernes mais ayant déjà connu une maternité
précoce ; et dans la partie négative les adolescentes
n'ayant aucune connaissance du cycle ovulatoire, célibataire,
n'utilisant aucune méthode contraceptive mais n'ayant jamais
expérimentées la maternité précoce. On peut ainsi
dire que dans le contexte congolais, les adolescentes ne
s'intéresseraient beaucoup plus à leur cycle ovulatoire ou
à la contraception que lorsqu'elles sont en union et après avoir
expérimenté la fécondité.
Le troisième axe factoriel explique 5,53% de l'inertie
totale et représente les adolescentes selon leur environnement
socioculturel et/ou socioéconomique. Il montre, en effet, l'opposition
entre d'une part, le groupe ethnique Kongo, la résidence en milieu
semi-urbain (partie négative) et, d'autre part, les groupes Mbochi et
Téké, et la résidence en milieu urbain (partie positive).
Cet axe traduit en effet l'association de la fécondité
précoce avec, d'une part, les valeurs socioculturelles et, d'autre part,
le degré d'urbanisation.
b) Caractéristiques des adolescentes
exposées à la maternité précoce
En définitive, l'analyse du plan factoriel (1, 2, 3)
fait ressortir deux groupes ou profils d'adolescentes autour des deux
modalités de la variable fécondité précoce
(Graphique 3). Le premier groupe (Groupe1) est formé des adolescentes du
groupe ethnique Sangha, de religion traditionnelle, socialisées et/ou
résidant en milieu rural, elles appartiennent aux ménages de
faible niveau de vie et elles n'ont jamais été exposées
à la télévision ; la plupart, n'ont aucun niveau
d'instruction ou le niveau primaire, déjà en union et dont les
premiers rapports sexuels ont été précoces ; elles
ont en moyenne déjà expérimenté la
fécondité précoce. Le deuxième groupe (Groupe2) est
cependant composé des adolescentes de l'ethnie Kongo, des religions
chrétiennes traditionnelles (ou autres chrétiennes),
socialisées et/ou résidant dans les petites villes, appartenant
pour la plupart aux ménages de niveau de vie moyen, rarement
exposées à la télévision ; elles ont le niveau
d'instruction secondaire ou plus, en majorité célibataire, leurs
premiers rapports sexuels ont été moins précoces et, elles
sont moins exposées à la fécondité
précoce.
Graphique 3 : Présentation du plan factoriel

Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
% de la variance : Axe1 :10,68% ; Axe2 :
9,13% ; Axe3 : 5,53% ; Ensemble : 25,34%.
Synthèse et conclusion partielle
Ce chapitre avait pour objectif de vérifier les
relations entre les différentes variables de notre étude. Nous
nous sommes particulièrement intéressés aux relations
entre les caractéristiques d'identification sociale, les
caractéristiques familiales et les caractéristiques individuelles
avec chacune des variables de comportement notamment l'âge aux premiers
rapports sexuels, l'âge au premier mariage et l'utilisation de la
contraception. Nous nous sommes ensuite intéressés aux relations
entre l'ensemble des variables explicatives avec la maternité
précoce.
Il ressort que l'âge aux premiers rapports sexuels est
associé avec l'appartenance ethnique, la religion, le milieu de
socialisation, le milieu de résidence, le niveau de vie du
ménage, l'exposition à la télé et le niveau
d'instruction. L'âge au premier mariage est fortement
corrélé avec la religion et l'âge aux premiers rapports
sexuel. La pratique contraceptive quant à elle reste fortement
associée avec l'appartenance ethnique, le milieu de socialisation, le
milieu de résidence, le sexe du chef de ménage, le niveau de vie
du ménage, le niveau d'instruction, la connaissance des méthodes
contraceptives et la connaissance du cycle ovulatoire. Enfin, la
fécondité précoce des adolescentes congolaises est
fortement différenciée par les facteurs suivants :
l'appartenance ethnique, la religion, le milieu de socialisation, le milieu de
résidence, le niveau de vie du ménage, l'exposition à la
télévision, le niveau d'instruction, la connaissance des
méthodes contraceptives et celles du cycle ovulatoire, l'état
matrimonial, l'âge aux premiers rapports sexuels et l'âge au
premier mariage.
L'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) a
permis de dresser deux groupes d'adolescente qui se distinguent par leur
degré d'exposition à la fécondité précoce.
D'une part, les adolescentes les plus exposées au risque de
maternité précoce (Groupe1), celles-ci ont les
caractéristiques suivantes : la plupart appartiennent au groupe
Sangha et sont adeptes des églises traditionnelles, socialisées
et/ou résidant en milieu rural, les ménages auxquels elles
appartiennent ont un niveau de vie relativement faible ; ces adolescentes
n'ont jamais été exposées à la
télévision et, la plupart, n'ont aucun niveau d'instruction sinon
le niveau primaire, déjà en union et dont les premiers rapports
sexuels ont été précoces.
D'autre part, celles qui sont moins exposées au risque
de maternité précoce (Groupe2) et qui portent les
caractéristiques suivantes : nombreuses sont de l'ethnie Kongo et
pratiques les religions chrétiennes traditionnelles (ou autres
chrétiennes), socialisées et/ou résidant dans les petites
villes, elles appartiennent aux ménages de niveau de vie moyen, rarement
exposées à la télévision ; elles ont le niveau
d'instruction secondaire ou plus, en majorité célibataire et
leurs premiers rapports sexuels ont été moins précoces.
Les résultats des analyses descriptives, surtout
bivariées, peuvent être fallacieuses étant donné que
ces analyses ne considèrent pas l'effet des autres variables. Ce qui
empêche donc d'établir des relations de causalité. Nous
avons donc recouru aux analyses explicatives, dont les résultats seront
présentés dans le chapitre suivant, afin d'examiner les risques
de fécondité précoce chez les adolescentes congolaises.
CHAPITRE V : IDENTIFICATION DES FACTEURS EXPLICATIFS DE
LA FECONDITE DES ADOLESCENTES AU CONGO
Ce dernier chapitre présente les résultats des
analyses explicatives de la fécondité des adolescentes et des
comportements proches. Ces analyses permettent, en effet, d'établir les
relations de causalité, par conséquent, d'identifier les facteurs
explicatifs de la fécondité précoce des adolescentes.
L'identification des différents facteurs d'exposition à la
maternité précoce, et aux comportements associés, se fera
à travers le paramètre statistique de l'Odds ratio (OR) qui
représente la force d'association entre un facteur et un
phénomène, au seuil retenu de 10%. En effet dans le modèle
de régression logistique, l'odds ratio comme mesure du risque relatif
traduit le risque encouru par un individu appartenant à la
modalité i d'une caractéristique donnée par rapport
à une autre modalité j de la même caractéristique,
vis-à-vis de l'événement étudié quand tous
les autres antécédents sont supposés les mêmes par
ailleurs. A titre d'exemple, ceci revient à quantifier les chances
relatives que possède une adolescente d'appartenance ethnique Sangha par
rapport à son homologue Kongo, ayant les mêmes
caractéristiques qu'elles pour les autres critères de l'analyse
multivariée, d'avoir une maternité précoce.
Variable de contrôle
Dans cette étude, l'âge est pris comme variable
de contrôle afin d'éliminer son effet sur les comportements
procréateurs des adolescentes. En effet, si la fécondité
et les comportements y relatifs sont susceptibles de varier selon les facteurs
environnementaux, familiaux et les caractéristiques individuelles des
adolescentes, ils sont nécessairement influencés par leur
âge.
V.1. IDENTIFCATION DES FACTEURS EXPLICATIFS DES DETERMINANTS
IMMEDIATS DE LA FECONDITE DES ADOLESCENTES
Pour mieux distinguer les éléments qui
prédisposent une adolescente congolaise plutôt qu'une autre
à devenir mère à un âge précoce, il serait
judicieux que nous distinguions premièrement les éléments
d'exposition à tel ou tel comportement proche de la
fécondité, afin d'apporter une compréhension optimale sur
le phénomène. Cette section présente donc les facteurs
explicatifs des comportements proches de la fécondité :
sexualité précoce, nuptialité précoce et pratique
contraceptive moderne. Cependant, la nuptialité précoce
(âge au premier mariage) ne fera pas l'objet d'une présentation
détaillée, compte tenu de la faible association observée
aux niveaux bivariée et multivariée entre cette variable et les
autres variables explicatives considérées. Toutefois, des
analyses explicatives dont les résultats se trouvent en annexe (tableau
A12) ont été faites sur cette variable et, le seul facteur qui
s'est avéré significatif, par rapport aux variables retenues, est
l'âge aux premiers rapports sexuels. Toutes choses égales par
ailleurs, les adolescentes dont la sexualité n'a pas été
précoce (16 ans et plus) ont cependant 72% moins de risque de se marier
précocement que celles qui avaient entamé leur sexualité
à un âge précoce (10-15ans).
V.1.1. IDENTIFICATION DES FACTEURS DE LA SEXUALITE PRECOCE
DES ADOLESCENTES
La première colonne du tableau 22 (M0) donne les effets
bruts de chaque variable indépendante sur l'âge aux premiers
rapports sexuels des adolescentes. Tandis que les colonnes suivantes (M1, M2,
..., M8) apportent les effets nets desdites variables indépendantes
suivant l'évolution des analyses. Ajustées sur les autres
variables, c'est-à-dire toutes choses étant égales par
ailleurs, deux (2) variables paraissent expliquées la sexualité
précoce des adolescentes : le milieu de résidence et le
niveau de vie du ménage auquel appartient l'adolescente
(M8). Le milieu de résidence constitue une variable
explicative pertinente dans l'étude des variations
différentielles de la sexualité précoce au Congo. Des
différences importantes apparaissent entre les comportements des
adolescentes résidant en milieu urbain en général et
celles résidant en milieu rural, le risque de sexualité
précoce étant plus élevé dans le milieu rural.
Ainsi, les adolescentes résidant en milieu rural ont 1,9 fois plus de
chance que celles des petites villes de connaître leurs premiers rapports
sexuels à un âge précoce.
Suivant l'environnement familial, il apparaît que de
bonnes conditions de vie réduisent le risque de sexualité
précoce chez les adolescentes congolaises. En effet, les adolescentes
d'un niveau de vie moyen ont 1,7 fois plus de risque d'avoir une
sexualité précoce que leurs homologues de niveau de vie
élevé.
Par ailleurs, le modèle de régression pas
à pas (« stepwise regression » en anglais) nous a
permis de mettre en évidence le mécanisme par lequel ces
différents facteurs identifiés agissent sur la sexualité
précoce des adolescentes. Le contrôle du milieu de socialisation
(M3) fait que la variable ethnie devient non significative. Ce
qui traduirait que le milieu de socialisation médiatise l'effet de
l'ethnie sur la sexualité précoce.
Dans le modèle suivant (M4) nous
introduisons le « milieu de résidence » et, la
variable milieu de socialisation perd sa signification. Le milieu de
résidence médiatise donc l'effet du milieu de socialisation sur
la sexualité précoce.
Au niveau du modèle M5 c'est le
« niveau de vie du ménage » que nous ajoutons et,
nous observons que la signification du milieu de résidence baisse du
seuil de 1% à 5%, les autres résultats étant pratiquement
identiques aux précédents. Le niveau de vie du ménage a
agit comme variable intermédiaire pour le milieu de résidence.
Dans le modèle M7, où nous
introduisons le « suivi régulier de la
télévision », les résultats sont
également similaires aux précédents, mais seul la variable
milieu de résidence passe d'un seuil de 5% à celui de 10%. Ce qui
traduirait également que l'effet de cette dernière variable
transite également par la fréquence d'exposition de l'adolescente
à la télévision.
Au dernier modèle (M8), nous
introduisons le niveau d'instruction de l'adolescente, et les résultats
sont quasiment similaires aux précédents.
Interprétation des résultats
La première activité sexuelle des adolescentes
congolaises s'est révélée être assez fortement
influencée, d'une part, par les facteurs
socioculturels/socioéconomiques, notamment le milieu de résidence
qui, comme nous l'avions souligné plus haut, rend mieux compte de
l'environnement socioéconomique ; et d'autre part, par les facteurs
familiaux (niveau de vie du ménage). Dans le contexte congolais cela
s'expliquerait par le fait que, le sous développement
socioéconomique et la pauvreté des ménages sont plus
accentués en milieu rural qu'en milieu urbain ; ce qui
empêche souvent les jeunes filles de progresser dans le domaine scolaire
et de pouvoir bénéficier des opportunités modernes
(informations, contraception, etc.). Cela d'autant plus que le milieu rural
congolais est caractérisé par un enclavement médiatique
qui ralentit l'ouverture au monde extérieur.
Le sous-développement socioéconomique et la
pauvreté des ménages plus que répandus dans le milieu
rural congolais, sont donc des éléments qui favorisent
l'exposition des adolescentes à une sexualité précoce.
Tableau 22 : Risques
relatifs de sexualité précoce des adolescentes congolaises
(EDSC-I, 2005)
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
A- Age
|
0,54***
|
0,54***
|
0,54***
|
0,54***
|
0,54***
|
0,53***
|
0,53***
|
0,53***
|
0,53***
|
B- Ethnie
|
**
|
**
|
**
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Kongo
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Mbochi
|
1,70**
|
1,75**
|
1,86***
|
1,72**
|
1,80**
|
1,87**
|
1,86**
|
1,83**
|
1,84**
|
Téké
|
1,38*
|
1,38
|
1,45*
|
1,35
|
1,32
|
1,36
|
1,35
|
1,34
|
1,34
|
Sangha
|
1,81*
|
1,64
|
1,81*
|
1,47
|
1,38
|
1,37
|
1,36
|
1,33
|
1,32
|
Autres ethnies
|
1,42
|
1,31
|
1,39
|
1,4
|
1,42
|
1,32
|
1,3
|
1,41
|
1,32
|
C- Religion
|
*
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Chrétiennes traditionnelles
|
réf
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Autres chrétiennes
|
0,49**
|
|
0,63
|
0,72
|
0,72
|
0,75
|
0,77
|
0,8
|
0,79
|
Traditionnelles
|
1,04
|
|
1,06
|
1,13
|
1,13
|
1,23
|
1,2
|
1,17
|
1,08
|
Autres religions
|
0,87
|
|
0,78
|
0,86
|
0,89
|
0,95
|
0,95
|
0,96
|
0,96
|
Sans religion
|
1,41
|
|
1,16
|
1,15
|
1,24
|
1,23
|
1,23
|
1,23
|
1,2
|
D- Milieu de socialisation
|
***
|
|
|
***
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Grandes villes
|
réf
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Petites villes
|
0,68*
|
|
|
0,69
|
0,66*
|
0,63*
|
0,63*
|
0,64*
|
0,64*
|
Rural
|
1,60**
|
|
|
1,55***
|
1,06
|
1,05
|
1,04
|
1,05
|
0,97
|
E- Milieu de résidence
|
***
|
|
|
|
***
|
**
|
**
|
*
|
*
|
Grandes villes
|
1,06
|
|
|
|
0,94
|
1,01
|
1,03
|
1,06
|
1,07
|
Petites villes
|
réf
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rural
|
2,03***
|
|
|
|
1,78***
|
1,82**
|
1,82**
|
1,79**
|
1,83**
|
F- Niveau de vie du ménage
|
***
|
|
|
|
|
**
|
**
|
**
|
**
|
Faible
|
1,70***
|
|
|
|
|
1,09
|
1,11
|
1,14
|
1,1
|
Moyen
|
1,62***
|
|
|
|
|
1,77***
|
1,81***
|
1,90***
|
1,79**
|
Elevé
|
réf
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
G- Sexe du chef de ménage
|
ns
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
Masculin
|
réf
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
Féminin
|
0,89
|
|
|
|
|
|
0,88
|
0,86
|
0,88
|
H- Suivi régulier de la
télé
|
**
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
Jamais
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
Rarement
|
0,67**
|
|
|
|
|
|
|
0,86
|
0,86
|
Souvent
|
0,67**
|
|
|
|
|
|
|
1
|
1,03
|
I- Niveau d'instruction
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
Sans niveau
|
1,17
|
|
|
|
|
|
|
|
0,84
|
Primaire
|
1,72***
|
|
|
|
|
|
|
|
1,41*
|
Secondaire ou plus
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
Khi-deux du modèle
|
|
123,80***
|
128,34***
|
137,81***
|
148,26***
|
156,43***
|
157,05***
|
157,31***
|
161,91***
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de
5%; * Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif; réf =
modalité de référence
|
V.1.2. IDENTIFICATION DES FACTEURS DE LA PRATIQUE
CONTRACEPTIVE MODERNE
Dans notre étude, nous nous sommes également
intéressés à identifier les facteurs de la pratique
contraceptive moderne chez les adolescentes, étant donné que
celle-ci (la pratique contraceptive) constitue un moyen direct d'éviter
les grossesses/maternités non désirées. Le tableau 23
présente donc les résultats de l'analyse des facteurs
d'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les
adolescentes. Toutes choses égales par ailleurs, quatre (4) variables
apparaissent comme facteurs explicatifs de la pratique contraceptive moderne
à l'adolescence, il s'agit notamment : du milieu de socialisation,
du niveau de vie du ménage, du sexe du chef de ménage et du
niveau d'instruction de l'adolescente (M12).
Le premier facteur à savoir le milieu de socialisation
constitue, en effet, un facteur socioculturel. Et, il ressort que, les
adolescentes ayant passé leur enfance (environ les 12 premières
années de leur vie) dans les petites villes ont 1,94 fois plus de chance
que celles qui l'ont passé dans les grandes villes d'utiliser les
méthodes contraceptives modernes.
En ce qui concerne l'environnement familial, deux variables
(le niveau de vie du ménage et le sexe du chef de ménage) sont
identifiées en tant que facteurs explicatifs des comportements
différentiels sur la pratique contraceptive moderne. Toutes choses
égales par ailleurs, il apparaît que les adolescentes appartenant
aux ménages de niveau de vie moyen ont environ 59% moins de chance que
celles membres des ménages de niveau de vie élevé
d'utiliser les méthodes contraceptives modernes. Et, suivant le sexe du
chef de ménage, les adolescentes appartenant aux ménages
dirigés par une femme ont 1,97 fois plus de chance que celles dont les
ménages sont dirigés par un homme d'utiliser les méthodes
contraceptives modernes.
Enfin, seul le niveau d'instruction apparaît comme la
caractéristique individuelle la plus associée à la
pratique contraceptive moderne des adolescentes. Toutes choses égales
par ailleurs, les adolescentes sans niveau d'instruction et celles ayant un
niveau d'instruction primaire ont respectivement 94% et 58% moins de chance que
leurs homologues d'un niveau d'instruction secondaire ou plus d'utiliser les
méthodes contraceptives modernes. Suivant les observations
déjà faites ailleurs, ces résultats confirment
l'hypothèse d'une relation positive entre le niveau d'instruction de la
femme et la pratique contraceptive moderne. A ce niveau également, un
modèle pas à pas nous a permis de déceler le
mécanisme par lequel les facteurs susmentionnés agissent sur
l'utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les
adolescentes. Nous constatons que la signification de l'ethnie baisse à
5% lorsque nous contrôlons avec l'âge
(M1). L'effet de l'ethnie sur la pratique contraceptive
moderne serait donc médiatisé par l'âge de
l'adolescente.
L'introduction du niveau d'instruction (M8) a
entraîné une augmentation du seuil de signification de l'ethnie
(1%) et du suivi régulier de la télévision (10%), mais une
baisse de celui du milieu de socialisation allant de 1% à 5%. Le niveau
d'instruction est donc intervenu comme variable inhibitrice pour l'ethnie et le
suivi régulier de la télé, c'est-à-dire que les
différences de pratique contraceptive moderne observées entre les
différentes modalités de ces variables étaient, en partie,
dues aux différences de niveau d'instruction. Mais il a agit comme
variable intermédiaire pour le milieu de socialisation.
Au modèle suivant (M9), nous ajoutons
deux variables : la connaissance des méthodes contraceptives et la
connaissance du cycle ovulatoire. L'ethnie perd sa signification et la religion
devient significative à 10%. Ces variables agissent comme
intermédiaires pour l'ethnie, mais comme inhibitrice pour la religion.
La religion perd sa signification dès que nous contrôlons avec
l'état matrimonial (M10) ; ce dernier constitue
donc une variable intermédiaire pour la religion.
De même, le suivi régulier de la
télé devient non significatif avec le contrôle par
l'âge aux premiers rapports sexuels (M11). Ce dernier
médiatise donc l'effet de la télévision sur la pratique
contraceptive moderne.
Au modèle final (M12) nous
introduisons l'âge au premier mariage et, les résultats sont
quasiment similaires aux précédents.
Interprétation des résultats
Ces résultats confirment en effet, que la pratique
contraceptive moderne chez les adolescentes congolaises est influencée
par leur environnement socioculturel, leur environnement familial et par leurs
caractéristiques individuelles, relayée dans une moindre mesure
par leur comportement relatif à la nuptialité et à la
procréation. Le fait que les adolescentes socialisées dans les
petites villes soient plus disposées à utiliser les
méthodes contraceptives modernes que leurs homologues socialisées
dans les grandes villes, pourrait traduire une propension plus prononcée
chez les premières à la mobilité sociale que chez les
secondes. En effet, il arrive parfois que les jeunes filles des petites villes
voire rurales nourrissent plus d'ambitions sociales en arrivant dans les
grandes villes que celles qui demeurent dans ce milieu depuis toujours.
Hypothèse que devraient vérifier des études
qualitatives.
Par ailleurs, le niveau de vie du ménage (ou des
parents) conditionne l'utilisation des méthodes contraceptives modernes
chez l'adolescente d'autant plus que les conditions économiques ne
permettent pas vraiment de consacrer des moyens pour se procurer de ces
méthodes. Cependant, les femmes chef de ménage, par la
communication qu'elles entretiennent avec les jeunes filles au sujet de la
sexualité et de ses conséquences (MST, VIH/Sida,
grossesse/maternité non désirée), conduisent les
adolescentes à utiliser les méthodes contraceptives modernes.
Contrairement à la majorité des hommes qui considèrent
encore la sexualité des filles comme un sujet tabou. En effet, dans le
contexte congolais les hommes ont plus tendance à vouloir ignorer la
sexualité de leurs jeunes filles, plutôt que de les éduquer
à avoir une sexualité responsable. Enfin, les limites culturelles
qui caractérisent les adolescentes congolaises de faible niveau
d'instruction constituent un obstacle à l'utilisation des
méthodes contraceptives modernes.
Tableau23 : Risques
relatifs d'utiliser les méthodes contraceptives modernes chez les
adolescentes congolaises âgées de 15-19 ans (EDSC-I, 2005)
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à K
|
A à L
|
A à M
|
A à N
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
M10
|
M11
|
M12
|
A- Age
|
1,45***
|
1,45***
|
1,45***
|
1,47***
|
1,48***
|
1,49***
|
1,51***
|
1,50***
|
1,50***
|
1,38***
|
1,36***
|
1,18**
|
1,20**
|
B- Ethnie
|
***
|
**
|
**
|
**
|
**
|
**
|
**
|
**
|
*
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Kongo
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Mbochi
|
1,03
|
1,04
|
1
|
1,12
|
1,08
|
1,01
|
1,03
|
1,06
|
1,01
|
1
|
0,99
|
0,88
|
0,89
|
Téké
|
1,34
|
1,33
|
1,27
|
1,39
|
1,34
|
1,28
|
1,33
|
1,35
|
1,3
|
1,21
|
1,19
|
1,14
|
1,16
|
Sangha
|
0,21**
|
0,2**
|
0,19**
|
0,22**
|
0,22**
|
0,21**
|
0,22**
|
0,22**
|
0,23**
|
0,23**
|
0,22**
|
0,24**
|
0,23**
|
Autres ethnies
|
0,31**
|
0,33**
|
0,33**
|
0,33*
|
0,32**
|
0,35*
|
0,36*
|
0,36*
|
0,44
|
0,44
|
0,43
|
0,41
|
0,42
|
C- Religion
|
ns
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
*
|
ns
|
ns
|
ns
|
Chrétiennes traditionnelles
|
réf
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Autres chrétiennes
|
0,89
|
|
0,76
|
0,7
|
0,7
|
0,65
|
0,59
|
0,61
|
0,58
|
0,57
|
0,58
|
0,59
|
0,56
|
Traditionnelles
|
0,41
|
|
0,48
|
0,47
|
0,48
|
0,44
|
0,5
|
0,49
|
0,63
|
0,62
|
0,61
|
0,55
|
0,56
|
Autres religions
|
0,94
|
|
1,01
|
0,96
|
0,97
|
0,9
|
0,9
|
0,9
|
0,89
|
0,87
|
0,87
|
0,94
|
0,93
|
Sans religion
|
1,37
|
|
1,59
|
1,65
|
1,66
|
1,66
|
1,63
|
1,63
|
1,90**
|
2,20**
|
2,13**
|
1,98**
|
1,99**
|
D- Milieu de socialisation
|
***
|
|
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
**
|
**
|
**
|
**
|
**
|
Grandes villes
|
réf
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Petites villes
|
1,55*
|
|
|
1,87**
|
1,93**
|
2,02***
|
2,00**
|
1,94**
|
2,05***
|
2,04***
|
2,07***
|
1,94**
|
1,94**
|
Rural
|
0,61***
|
|
|
0,67**
|
0,68
|
0,66*
|
0,7
|
0,67
|
0,83
|
0,86
|
0,87
|
0,78
|
0,77
|
E- Milieu de résidence
|
ns
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Grandes villes
|
1,17
|
|
|
|
1,15
|
1,1
|
1
|
0,99
|
0,97
|
1,03
|
1,03
|
1,09
|
1,09
|
Petites villes
|
réf
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rural
|
0,74
|
|
|
|
1,08
|
0,98
|
0,95
|
0,86
|
0,88
|
0,89
|
0,89
|
0,82
|
0,82
|
F- Niveau de vie du ménage
|
***
|
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
Faible
|
0,72*
|
|
|
|
|
1,08
|
0,94
|
0,78
|
0,9
|
0,94
|
0,93
|
1,04
|
1,04
|
Moyen
|
0,43***
|
|
|
|
|
0,42***
|
0,38***
|
0,33***
|
0,36***
|
0,37***
|
0,36***
|
0,41***
|
0,41***
|
Elevé
|
réf
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à K
|
A à L
|
A à M
|
A à N
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
M10
|
M11
|
M12
|
G- Sexe du chef de ménage
|
***
|
|
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
Masculin
|
réf
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Féminin
|
2,03***
|
|
|
|
|
|
2,09***
|
2,10***
|
2,06***
|
2,06***
|
2,11***
|
1,98***
|
1,97***
|
H- Suivi régulier de la
télé
|
ns
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
*
|
*
|
*
|
ns
|
ns
|
Jamais
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rarement
|
0,98
|
|
|
|
|
|
|
0,75
|
0,7
|
0,67**
|
0,68
|
0,69
|
0,7
|
Souvent
|
1,07
|
|
|
|
|
|
|
0,62*
|
0,55**
|
0,56**
|
0,57**
|
0,63**
|
0,64*
|
I- Niveau d'instruction
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
Sans niveau
|
0,05**
|
|
|
|
|
|
|
|
0,51**
|
0,07**
|
0,07**
|
0,06**
|
0,06**
|
Primaire
|
0,38***
|
|
|
|
|
|
|
|
0,44***
|
0,50***
|
0,49***
|
0,42***
|
0,42***
|
Secondaire ou plus
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
J- Connaissances des méthodes
contraceptives
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Aucune
|
0,01
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0
|
0
|
0
|
0
|
Traditionnelle
|
0,01
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0
|
0
|
0
|
0
|
Moderne
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
K- Connaissance du cycle ovulatoire
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Aucune connaissance
|
0,26***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,53**
|
0,53**
|
0,85
|
0,88
|
Connaissance douteuse
|
0,84
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,53
|
0,94
|
0,96
|
0,96
|
Bonne connaissance
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à K
|
A à L
|
A à M
|
A à N
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
M10
|
M11
|
M12
|
L- Etat matrimonial
|
*
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
Célibataire
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
En union
|
1,44*
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1,16
|
0,81
|
0,59
|
M- Age aux premiers rapports sexuels
|
ns
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
10 - 15 ans
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
16 ans et plus
|
1,05
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,72
|
0,74
|
N- Age au premier mariage
|
ns
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
11 - 17 ans
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
18 ans et plus
|
0,67
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,56
|
Khi-deux du modèle
|
|
56,37***
|
61,36***
|
73,90***
|
74,25***
|
88,18***
|
104,23***
|
107,27***
|
130,91***
|
156,16***
|
156,62***
|
257,15***
|
258,72***
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de
5%; * Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif; réf =
modalité de référence
|
V.2. IDENTIFICATION DES FACTEURS DE LA FECONDITE PRECOCE DES
ADOLESCENTES
L'examen du tableau 24 permet d'identifier parmi les
adolescentes, celles qui sont les plus exposées au risque d'avoir une
maternité précoce. Le premier modèle (M0)
met en évidence les effets bruts de toutes les variables explicatives
retenues dans l'étude sur le risque de fécondité
précoce à l'adolescence. Les résultats obtenus indiquent
que la maternité chez les adolescentes est déterminée
par : le milieu de résidence, le niveau de vie du ménage, le
degré d'exposition à la télévision, le niveau
d'instruction, la connaissance des méthodes contraceptives, la
connaissance du cycle ovulatoire, l'état matrimonial, l'âge aux
premiers rapports sexuels et l'âge premier mariage (p<0,01) ;
l'appartenance ethnique et la religion (p<0,05) ; et enfin, le milieu
de socialisation (p<0,1). Deux variables, à savoir le sexe du chef de
ménage et l'utilisation des méthodes contraceptives étant,
à ce niveau, non significatives.
V.2.1. Maternité précoce et environnement
socioculturel/socioéconomique de l'adolescente
« La fécondité s'exprime à
travers les règles de la vie sociale qui organisent les relations
sociales à travers la formation des couples et en modulent le
résultat » (Vallin, 1992 cité par Fall, 2004).
Aussi les environnements socioculturel et socioéconomique
constituent-ils des facteurs importants pour comprendre les logiques qui
sous-tendent les comportements en matière de fécondité.
Suivant l'appartenance ethnique, il ressort que les adolescentes du groupe
Téké et des « autres ethnies » ont
respectivement 1,39 fois et 2,14 fois plus de risque d'avoir une
fécondité précoce que celles du groupe Kongo. Sur le plan
religieux, les jeunes filles adeptes des religions traditionnelles et des
« autres religions » ont respectivement 1,96 fois et 1,31
fois plus de risque d'avoir une fécondité précoce que
leurs homologues des églises « chrétiennes
traditionnelles ». Comme milieu de socialisation, l'environnement
rural apparaît plus favorable à la fécondité
précoce que le milieu urbain. Comparées aux adolescentes
socialisées dans les grandes villes du Congo, celles ayant passé
les douze premières années de leur existence en milieu rural sont
1,33 fois plus susceptibles de connaître une maternité
précoce.
Quant au milieu de résidence, il a souvent
été identifié comme variable influençant non
seulement les représentations, perceptions et attitudes mais aussi les
opportunités économiques des individus, susceptibles de modifier
leurs comportements en général et en matière de la
fécondité en particulier. Il apparaît qu'au Congo, le
milieu semi-urbain est plus favorable à la fécondité
précoce que le milieu urbain : les adolescentes résidant
dans les grandes villes ont en effet 37% moins de risque de connaître une
maternité précoce que celles qui résident dans les petites
villes.
V.2.2. Maternité précoce et environnement
familial de l'adolescente
Il apparaît que deux variables de l'environnement
familial déterminent la fécondité à l'adolescence,
à savoir le niveau de vie du ménage et le suivi régulier
de la télévision. Les adolescentes congolaises appartenant aux
ménages de niveau de vie faible et moyen ont respectivement 1,8 fois et
2,4 fois plus de risque d'être mères précocement que leurs
homologues issues des ménages de niveau de vie élevé.
L'exposition à la télévision semble favorable à la
réduction du risque de maternité précoce. En effet, les
adolescentes qui suivent rarement ou souvent ce média ont respectivement
44% et 63% moins de chance d'être mères à un âge
précoce que leurs homologues qui n'ont jamais suivi ce média.
V.2.3. Maternité précoce et
caractéristiques individuelles de l'adolescente
L'instruction semble être négativement
corrélé à la fécondité précoce. Les
jeunes filles sans niveau d'instruction ou celles ayant le niveau primaire
sont, en effet, respectivement 1,93 fois et 1,45 fois plus susceptibles de
connaître une maternité précoce à l'adolescence que
leurs homologues possédant le niveau secondaire ou plus. S'agissant de
la connaissance des méthodes contraceptives et de celle du cycle
ovulatoire, il en résulte d'une part, que les adolescentes n'ayant
aucune connaissance des méthodes contraceptives ou celles qui ne
connaissent que les méthodes traditionnelles sont moins exposées
au risque de maternité précoce que leurs homologues qui
connaissent les méthodes modernes (respectivement OR=0,07 et
OR=0,43) ; et d'autre part, que les adolescentes n'ayant aucune
connaissance de leur cycle ovulatoire sont moins susceptibles d'être
mères précocement que celles qui ont une connaissance
relativement bonne de leur cycle. Ces résultats assez paradoxaux
seraient peut être dus aux différences dans les autres facteurs
(socioculturels, socioéconomiques, familiaux, etc.) ; ou encore
cela traduirait le fait que les adolescentes congolaises
s'intéresseraient plus aux méthodes contraceptives et/ou à
leur cycle ovulatoire que lorsqu'elles ont déjà été
« victime » d'une grossesse non désirée.
Suivant l'état matrimonial, il s'en suit que les adolescentes en union
sont 13,3 fois plus exposées au risque de maternité
précoce.
V.2.4. Maternité précoce et comportement de
l'adolescente
Au niveau brut deux variables comportementales paraissent
déterminées la fécondité précoce des
adolescentes congolaises, l'utilisation des méthodes contraceptives
étant non significative. Il apparaît ainsi, que les adolescentes
ayant débuté leur sexualité moins précocement
(à 16 ans et plus) ont 54% moins de risque d'être mères
précocement que celles qui avaient débuté plus tôt
leur sexualité (à 10-15 ans). De même que les adolescentes
mariées au moins à l'âge légal minimum (18 ans et
plus) ont 58% moins de risque d'avoir une maternité précoce que
celles qui ont été mariées précocement (11-17
ans).
Cependant, ajustées sur les autres variables sept (7)
facteurs paraissent expliquer la fécondité précoce des
adolescentes au Congo ; il s'agit de : la religion, le milieu de
résidence, le niveau de vie du ménage, le suivi régulier
de la télévision, l'âge aux premiers rapports sexuels,
l'âge au premier mariage et l'utilisation des méthodes
contraceptives (M13).
Ainsi, les facteurs socioculturels et/ou
socioéconomiques les plus associés à la maternité
précoce des adolescences congolaises sont la religion et le milieu de
résidence. Du point de vue religieux, les adolescentes adeptes des
« religions traditionnelles » ont 2,24 fois plus de risque
de connaître une maternité précoce que leurs homologues
adeptes des églises « chrétiennes
traditionnelles » ; contrairement aux adolescentes sans
appartenance religieuse qui ont 51% moins de risque d'être mères
précocement que ces dernières.
Sur le plan résidentiel, les adolescentes
résidant dans les grandes villes ont 58% moins de risque que celles qui
résident dans des petites villes d'être mères
précocement.
Par ailleurs, le niveau de vie du ménage et le suivi
régulier de la télévision paraissent comme les facteurs
familiaux explicatifs de la fécondité précoce des
adolescentes congolaises. Ajustée aux autres variables, les adolescentes
appartenant aux ménages de niveau de vie moyen sont 1,92 fois plus
susceptibles d'être mères précocement que leurs homologues
membres des ménages de niveau de vie élevé. Et, pour ce
qui est de l'exposition aux médias, plus précisément
à la télévision, il ressort que comparées aux
adolescentes qui n'ont jamais suivi ce média, celles qui le suivent
rarement ou souvent ont respectivement 42% et 52% moins de risque de
connaître une maternité précoce. Ce résultat indique
que le risque de maternité précoce est négativement
lié au degré d'exposition à la
télévision.
Par contre, aucune caractéristique individuelle de
l'adolescente ne paraît significativement associée à la
maternité précoce.
Les facteurs comportementaux restent tous associés
à la maternité précoce à l'adolescence. Toutes
choses étant égales par ailleurs, les adolescentes qui ont eu
leurs premiers rapports sexuels à un âge non précoce,
c'est-à-dire à 16 ans et plus ont 70% moins de risque que celles
qui les ont eu à l'âge précoce, c'est-à-dire
à 10-15 ans, d'avoir une fécondité précoce. Sur le
plan matrimonial, les jeunes filles mariées non précocement
(à 18 ans ou plus) ont 81% moins de risque de connaître une
maternité précoce que celles qui se sont mariées
précocement (à 11-17 ans). Enfin, s'agissant de la pratique
contraceptive, nous remarquons que par rapport aux adolescentes qui n'utilisent
aucune méthode contraceptive, celles qui utilisent les méthodes
traditionnelles et celles qui utilisent les méthodes modernes ont
respectivement 65% et 56% moins de chance d'être mères
précocement.
L'ajout progressif des variables, au modèle pas
à pas, met en évidence l'effet net des variables et permet de
déceler le mécanisme à travers lequel ces facteurs
agissent sur la maternité précoce. La signification de l'ethnie
passe de 5% à 1% lorsque nous contrôlons avec l'âge
(M1) ; ceci traduirait que les différences
observées au sein des différents groupes ethniques seraient, en
partie, dues aux différences d'âge des adolescentes. L'âge
est donc une variable inhibitrice pour l'ethnie.
En introduisant le milieu de socialisation
(M3), la signification de l'ethnie baisse à 10% ;
tandis que celle de la religion augmente à 1%. Le milieu de
socialisation est intervenu comme variable intermédiaire pour l'ethnie,
mais comme variable inhibitrice pour la religion.
Au modèle suivant (M4), nous
introduisons le milieu de résidence et, l'ethnie devient significative
à 5% tandis que le milieu de socialisation devient non significatif. Ce
qui traduirait que le milieu de résidence masque l'effet de l'ethnie sur
la fécondité précoce, alors qu'il médiatise celui
du milieu de socialisation sur celle-ci.
Dans le modèle M5 avec l'ajout du
niveau de vie du ménage, l'ethnie redevient significative à 1%,
les autres résultats étant similaires aux
précédents. L'effet de l'ethnie serait donc en partie
masqué par le niveau de vie du ménage.
Lorsque nous ajoutons le sexe du chef de ménage dans le
modèle (M6), le seuil de signification de la religion
passe de 1% à 5% ; ce qui traduirait que l'effet de la religion
transite en partie par le sexe du chef de ménage.
Au modèle suivant (M7), nous
introduisons le suivi régulier de la télévision et, la
religion redevient significative à 1% tandis que le milieu de
résidence baisse de signification (p<0,05). Ce qui traduirait que le
suivi régulier de la télévision masque l'effet de la
religion sur la fécondité précoce, alors qu'il
médiatise celui du milieu de résidence sur celle-ci.
En introduisant le niveau d'instruction (M8),
nous observons que la signification de la religion baisse à 5% ;
les autres résultats étant similaires aux
précédents. Le niveau d'instruction médiatise donc l'effet
de la religion.
Au modèle M9 nous introduisons deux
variables : la connaissance des méthodes contraceptives et la
connaissance du cycle ovulatoire. A ce niveau, le sexe du chef de ménage
qui était non significatif devient significatif au seuil de 10% ;
donc l'effet du sexe du chef de ménage était en partie
masqué par l'une et/ou l'autre de ces deux variables.
Au modèle suivant (M10) nous ajoutons
l'état matrimonial. Le sexe du chef de ménage et la connaissance
du cycle ovulatoire deviennent non significatifs ; la signification de
l'ethnie et de la connaissance des méthodes contraceptives baisse au
seuil de 10% ; tandis que celle du milieu de résidence augmente au
seuil de 1%. L'état matrimonial est intervenu comme variable
intermédiaire pour l'ethnie, le sexe du chef de ménage, la
connaissance des méthodes contraceptives et la connaissance du cycle
ovulatoire ; mais il est une variable inhibitrice pour le milieu de
résidence. Lorsque nous ajoutons l'âge aux premiers rapports
sexuels dans le modèle (M11), l'ethnie et la
connaissance des méthodes contraceptives deviennent non
significatives ; tandis que la religion devient significative au seuil de
1%. L'âge aux premiers rapports sexuels médiatise donc l'effet de
l'ethnie et de la connaissance des méthodes contraceptives ; mais
il masque celui de la religion.
Dans l'avant dernier modèle (M12),
c'est l'âge au premier mariage que nous ajoutons. A ce stade,
les résultats sont pratiquement similaires à ceux des
modèles précédents. Seulement, la signification du suivi
régulier de la télé baisse au seuil de 5% et,
l'état matrimonial devient non significatif : l'âge au
premier mariage à un effet médiateur pour ces deux variables.
Enfin, le modèle final (M13)
intègre la variable « Utilisation des méthodes
contraceptives » qui n'apporte pas de modifications significatives
aux résultats précédents. Chez les adolescentes qui
utilisent les méthodes contraceptives soit traditionnelles ou modernes
le risque de fécondité précoce est plus faible que chez
celles qui n'utilisent aucune méthode, avec signification statistique au
moins au seuil de 5%.
V.2.5. Interprétation des résultats
La fécondité précoce des adolescentes
congolaises serait influencée par l'environnement socioculturel et/ou
socioéconomique (religion, milieu de résidence), l'environnement
familial (niveau de vie du ménage et suivi régulier de la
télévision) et le comportement à l'égard de la
procréation ; cela étant relayé par les
caractéristiques individuelles de l'adolescente.
Les jeunes filles des religions traditionnelles et des
églises chrétiennes sont beaucoup plus exposées que celles
qui ne pratique aucune religion. En effet, la plupart des messages religieux,
surtout des églises traditionnelles, rejoignent les valeurs
socioculturelles pronatalistes des traditions congolaises ; et leur
influence est d'autant plus forte en milieu rural et en milieu semi-urbain
qu'en milieu urbain. Cela s'expliquerait par le fait que les grandes villes
congolaises (Brazzaville et Pointe-Noire), rassemble près des 2/3 de la
couverture médiatique et des infrastructures socioéconomiques de
bases, ce qui permet aux adolescentes de bénéficier des images
extérieures et d'une scolarisation relativement meilleure. De même
que le niveau de vie relativement élevé dans le milieu urbain
permet aux parents/tuteurs de mettre plus de moyens à l'encadrement de
leurs filles adolescentes et, à ses dernières de nourrir plus
d'ambition d'ascension sociale. Cette prépondérance de la
fécondité précoce chez les adolescentes rurales est
d'autant plus marquée que dans ces lieux, le mariage et la
sexualité sont encore précoces et, la pratique contraceptive
nettement limitée.
Tableau 24 : Risques
relatifs de fécondité précoce des adolescentes congolaises
âgées de 15-19 ans (EDSC-I, 2005)
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à K
|
A à L
|
A à M
|
A à N
|
A à O
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
M10
|
M11
|
M12
|
M13
|
A- Age
|
2,11***
|
2,15***
|
2,16***
|
2,17***
|
2,21***
|
2,21***
|
2,21***
|
2,21***
|
2,23***
|
2,13***
|
1,83***
|
1,83***
|
1,99***
|
2,10***
|
B- Ethnie
|
**
|
***
|
***
|
*
|
**
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
*
|
ns
|
ns
|
ns
|
Kongo
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Mbochi
|
1,16
|
1,21
|
1,25
|
1,2
|
1,50*
|
1,69**
|
1,65**
|
1,79**
|
1,80**
|
1,78**
|
1,68*
|
1,26
|
1,23
|
1,29
|
Téké
|
1,39*
|
1,45**
|
1,52**
|
1,44*
|
1,64**
|
1,75***
|
1,72***
|
1,78***
|
1,79***
|
1,79***
|
1,31
|
1,11
|
1,18
|
1,27
|
Sangha
|
1,31
|
1,4
|
1,53
|
1,92
|
1,24
|
1,27
|
1,25
|
1,27
|
1,3
|
1,55
|
1,4
|
1,2
|
1,06
|
1,02
|
Autres ethnies
|
2,14***
|
2,88***
|
2,88***
|
2,12**
|
2,42***
|
2,48***
|
2,46***
|
2,73***
|
2,64***
|
2,73***
|
2,33**
|
2,18**
|
2,49**
|
2,70**
|
C- Religion
|
**
|
|
**
|
***
|
***
|
***
|
**
|
***
|
**
|
**
|
**
|
***
|
***
|
***
|
Chrétiennes traditionnelles
|
réf
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Autres chrétiennes
|
1,41
|
|
1,12
|
1,21
|
1,22
|
1,35
|
1,38
|
1,52
|
1,5
|
1,52
|
1,82*
|
2,14*
|
1,87
|
1,82
|
Traditionnelles
|
1,96**
|
|
2,60***
|
2,66***
|
2,35***
|
2,54***
|
2,47***
|
2,34***
|
2,23**
|
2,21**
|
1,90*
|
2,05*
|
2,31**
|
2,24*
|
Autres religions
|
1,31*
|
|
1,01
|
1,1
|
1,09
|
1,18
|
1,18
|
1,17
|
1,16
|
1,16
|
1,17
|
1,31
|
1,25
|
1,23
|
Sans religion
|
0,72
|
|
0,67
|
0,65
|
0,66
|
0,65
|
0,65
|
0,62
|
0,6
|
0,65
|
0,52*
|
0,48*
|
0,44**
|
0,49*
|
D- Milieu de socialisation
|
*
|
|
|
***
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Grandes villes
|
réf
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Petites villes
|
1,08
|
|
|
1,02
|
0,86
|
0,76
|
0,76
|
0,72
|
0,7
|
0,67
|
0,67
|
0,68
|
0,67
|
0,78
|
Rural
|
1,33**
|
|
|
1,54***
|
0,98
|
0,96
|
0,94
|
0,87
|
0,83
|
0,83
|
0,95
|
0,93
|
0,93
|
0,94
|
E- Milieu de résidence
|
***
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
**
|
**
|
**
|
***
|
***
|
***
|
***
|
Grandes villes
|
0,63***
|
|
|
|
0,49***
|
0,54***
|
0,55***
|
0,53***
|
0,54***
|
0,59**
|
0,44***
|
0,43***
|
0,42***
|
0,42***
|
Petites villes
|
réf
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rural
|
1,24
|
|
|
|
1,28
|
1,1
|
1,1
|
0,88
|
0,9
|
0,9
|
0,86
|
0,72
|
0,73
|
0,65
|
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à K
|
A à L
|
A à M
|
A à N
|
A à O
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
M10
|
M11
|
M12
|
M13
|
F- Niveau de vie du ménage
|
***
|
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
Faible
|
1,82***
|
|
|
|
|
1,52*
|
1,57*
|
1,07
|
1,02
|
1,06
|
0,87
|
0,9
|
0,88
|
0,88
|
Moyen
|
2,39***
|
|
|
|
|
2,52***
|
2,59***
|
1,98***
|
1,87***
|
1,96***
|
1,95***
|
1,95***
|
2,03***
|
1,92**
|
Elevé
|
réf
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
G- Sexe du chef de ménage
|
ns
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
*
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Masculin
|
réf
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Féminin
|
0,81
|
|
|
|
|
|
0,8
|
0,79
|
0,8
|
0,75*
|
1,1
|
1,03
|
0,99
|
0,98
|
H- Suivi régulier de la
télé
|
***
|
|
|
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
***
|
***
|
**
|
**
|
Jamais
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rarement
|
0,56***
|
|
|
|
|
|
|
0,52***
|
0,52***
|
0,51***
|
0,58***
|
0,60**
|
0,60**
|
0,58**
|
Souvent
|
0,37***
|
|
|
|
|
|
|
0,37***
|
0,38***
|
0,38***
|
0,47***
|
0,46***
|
0,48***
|
0,48***
|
I- Niveau d'instruction
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Sans niveau
|
1,93**
|
|
|
|
|
|
|
|
0,9
|
1,16
|
0,94
|
0,93
|
0,8
|
0,9
|
Primaire
|
1,45***
|
|
|
|
|
|
|
|
1,31*
|
1,42**
|
1,27
|
1,11
|
1,15
|
1,13
|
Secondaire ou plus
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
J- Connaissance des méthodes
contraceptives
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
**
|
*
|
ns
|
ns
|
ns
|
Aucune
|
0,07***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,15**
|
0,14**
|
0,39
|
0,57
|
0,36
|
Traditionnelle
|
0,43*
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,66
|
1,24
|
1,4
|
1,32
|
1,12
|
Moderne
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
K- Connaissance du cycle ovulatoire
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
*
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Aucune connaissance
|
0,52***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,71
|
0,9
|
1,41
|
1,51
|
1,21
|
Connaissance douteuse
|
1,23
|
|
|
|
|
|
|
|
|
1,21
|
1,38*
|
1,31
|
1,3
|
1,19
|
Bonne connaissance
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à K
|
A à L
|
A à M
|
A à N
|
A à O
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
M10
|
M11
|
M12
|
M13
|
L- Etat matrimonial
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
***
|
***
|
ns
|
ns
|
Célibataire
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
En union
|
13,28***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
8,83***
|
5,44***
|
0,18
|
0,16
|
M- Age aux premiers rapports sexuels
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
***
|
***
|
***
|
10 - 15 ans
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
16 ans et plus
|
0,46***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,27***
|
0,30***
|
0,30***
|
N- Age au premier mariage
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
***
|
***
|
11 - 17 ans
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
18 ans et plus
|
0,42***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,22***
|
0,19***
|
O- Utilisation des méthodes
contraceptives
|
ns
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
***
|
Aucune
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
Traditionnelle
|
0,95
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,35***
|
Moderne
|
1,26
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,44***
|
Khi-deux du modèle
|
|
252,44***
|
261,14***
|
262,33***
|
285,84***
|
308,05***
|
310,02***
|
332,14***
|
335,48***
|
352,69***
|
518,72***
|
663,41***
|
690,40***
|
721,52***
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de
5%; * Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif; réf =
modalité de référence
|
V.3. CONTRIBUTION DES VARIABLES A L'EXPLICATION DE LA
FECONDITE PRECOCE DES ADOLESCENTES
Après avoir identifié les facteurs explicatifs
de la fécondité précoce chez les adolescentes congolaises
et mis en évidence les mécanismes, nous procéderons dans
cette section à une hiérarchisation desdits facteurs à
partir de leur contribution.
a) Aspects méthodologiques
La contribution des différentes variables a
été calculée à l'aide de la méthode suivant
:

Pour obtenir le ?s,
pour une variable donnée, on retire cette
variable du modèle saturé ; on répète ainsi la
même méthode pour chacune des variables
considérées.
b) Hiérarchisation des facteurs
Le tableau 25 présente la hiérarchisation par
ordre décroissant des facteurs selon leur contribution à
l'explication de la variation de la fécondité précoce des
adolescentes. Cette hiérarchisation a été effectuée
à partir du tableau des contributions (tableau A9, en Annexes).
Les facteurs comportementaux ont les contributions les plus
fortes : premiers rapports sexuels précoces, pratique contraceptive
et premier mariage précoce ; ensuite le niveau de vie du
ménage, suivi des facteurs environnementaux (milieu de résidence
et religion) et, enfin, la fréquence d'exposition à la
télévision.
Tableau 25 :
Hiérarchisation par ordre décroissant des facteurs selon leur
contribution à l'explication du risque de fécondité
précoce des adolescentes au Congo
Facteurs explicatifs de la fécondité des
adolescentes
|
Contribution (%)
|
Rang
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
21,02
|
1
|
Utilisation des méthodes contraceptives
|
4,31
|
2
|
Age au premier mariage
|
4,15
|
3
|
Niveau de vie
|
1,53
|
4
|
Milieu de résidence
|
1,48
|
5
|
Religion
|
1,37
|
6
|
Suivi régulier de la télévision
|
1,11
|
7
|
Source : Traitement des données, EDSC-I,
2005
V.4. SYNTHESE ET DISCUSSION DES RESULTATS
En définitive les principaux facteurs explicatifs de la
fécondité des adolescentes en République du Congo, sont
des facteurs comportementaux, des facteurs familiaux et des facteurs
socioculturels et/ou socioéconomiques ; il s'agirait
notamment (par ordre de contribution) : des rapports sexuels
précoces, de la sous-utilisation des méthodes contraceptives, de
la nuptialité précoce, des conditions socioéconomiques
précaires des ménages congolais, de la résidence en
milieux rural et semi-urbain, des valeurs religieuses plus observées en
milieux rural et semi-urbain qu'en milieu urbain et du sous
développement médiatique qui sévit dans les milieux rural
et semi-urbain congolais. Tout porte à croire que cette situation est la
résultante de la précocité des rapports sexuels dans ce
pays, associée à une prévalence contraceptive faible et,
dans une moindre mesure, à la précocité du mariage. Cela
en tenant compte de la contribution très élevée des
rapports sexuels précoce à l'explication du
phénomène (21%).
Les résultats quasi similaires ont été
observés dans certains pays voisins (Gabon et Cameroun, notamment),
où les adolescentes contribuent beaucoup à l'ISF (environ
à 14%), tandis que l'alphabétisation y est élevée
et le mariage moins précoce (UNFPA, 2005b). En effet, les rapports
sexuels prénuptiaux sont très fréquents en
République du Congo. Les proportions d'adolescentes ayant
déjà eu les premiers rapports sexuels sont nettement plus
élevées que celles des adolescentes déjà en union
quel que soit le groupe ethnique ou le milieu de résidence (voir
tableaux 15 et 16). Et, la maternité précoce - souvent
inopportune et non désirée - des adolescentes congolaises
symbolise une maîtrise imparfaite du processus de procréation, et
reflète l'ampleur du besoin insatisfait d'une contraception efficace
pour y mettre fin.
Tableau 26 :
Synthèses des analyses de la fécondité des adolescentes
congolaises
Variables et modalités
|
Facteurs comportementaux
|
Fécondité précoce
|
Sexualité précoce
|
Mariage précoce
|
Contraception moderne
|
M 8
|
M 9
|
M12
|
M13
|
A- Age
|
0,53***
|
0,13***
|
1,20**
|
2,10***
|
B- Ethnie
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Kongo
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Mbochi
|
1,84**
|
1,15
|
0,89
|
1,29
|
Téké
|
1,34
|
0,67
|
1,16
|
1,27
|
Sangha
|
1,32
|
5,67
|
0,23**
|
1,02
|
Autres ethnies
|
1,32
|
0,68
|
0,42
|
2,70**
|
C- Religion
|
ns
|
ns
|
ns
|
***
|
Chrétiennes traditionnelles
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Autres chrétiennes
|
0,79
|
240,81
|
0,56
|
1,82
|
Traditionnelles
|
1,08
|
0,65
|
0,56
|
2,24*
|
Autres religions
|
0,96
|
2,20*
|
0,93
|
1,23
|
Sans religion
|
1,2
|
0,3
|
1,99**
|
0,49*
|
D- Milieu de socialisation
|
ns
|
ns
|
**
|
ns
|
Grandes villes
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Petites villes
|
0,64*
|
1,09
|
1,94**
|
0,78
|
Rural
|
0,97
|
0,79
|
0,77
|
0,94
|
E- Milieu de résidence
|
*
|
ns
|
ns
|
***
|
Grandes villes
|
1,07
|
0,79
|
1,09
|
0,42***
|
Petites villes
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rural
|
1,83**
|
2,26
|
0,82
|
0,65
|
F- Niveau de vie du ménage
|
**
|
ns
|
***
|
***
|
Faible
|
1,1
|
0,64
|
1,04
|
0,88
|
Moyen
|
1,79**
|
1,28
|
0,41***
|
1,92**
|
Elevé
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
G- Sexe du chef de ménage
|
ns
|
ns
|
***
|
ns
|
Masculin
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Féminin
|
0,88
|
1,57
|
1,97***
|
0,98
|
H- Suivi régulier de la
télé
|
ns
|
ns
|
ns
|
**
|
Jamais
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rarement
|
0,86
|
0,43*
|
0,7
|
0,58**
|
Souvent
|
1,03
|
0,84
|
0,64*
|
0,48***
|
I- Niveau d'instruction
|
ns
|
ns
|
***
|
ns
|
Sans niveau
|
0,84
|
2,79
|
0,06**
|
0,9
|
Primaire
|
1,41*
|
0,69
|
0,42***
|
1,13
|
Secondaire ou plus
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
J- Connaissance des méthodes
contraceptives
|
|
|
ns
|
ns
|
Aucune
|
|
|
0
|
0,36
|
Traditionnelle
|
|
|
0
|
1,12
|
Moderne
|
|
|
réf
|
réf
|
K- Connaissance du cycle ovulatoire
|
|
|
ns
|
ns
|
Aucune connaissance
|
|
|
0,88
|
1,21
|
Connaissance douteuse
|
|
|
0,96
|
1,19
|
Bonne connaissance
|
|
|
réf
|
réf
|
J- Etat matrimonial
|
|
|
ns
|
ns
|
Célibataire
|
|
|
réf
|
réf
|
En union
|
|
|
0,59
|
0,16
|
M- Age aux premiers rapports sexuels
|
|
***
|
ns
|
***
|
10 - 15 ans
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
16 ans et plus
|
|
0,28***
|
0,74
|
0,30***
|
K- Age au premier mariage
|
|
|
ns
|
***
|
11 - 17 ans
|
|
|
réf
|
réf
|
18 ans et plus
|
|
|
0,56
|
0,19***
|
O- Utilisation des méthodes
contraceptives
|
|
|
|
***
|
Aucune
|
|
|
|
réf
|
Traditionnelle
|
|
|
|
0,35***
|
Moderne
|
|
|
|
0,44***
|
Khi-deux du modèle
|
161,91***
|
121,42***
|
258,72***
|
721,52***
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de
5%; * Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif; réf =
modalité de référence
|
CONCLUSION GENERALE ET RECOMMANDATIONS
Cette étude s'est donné pour objectif de
contribuer à l'amélioration de l'état des
connaissances sur les facteurs explicatifs de la fécondité des
adolescentes au Congo, afin d'éclairer les décideurs congolais
sur les principaux éléments à prendre en compte pour
améliorer et/ou mettre en oeuvre des politiques et programmes de
développement adaptés pour les adolescentes. Plus
spécifiquement elle cherchait à :
· Décrire les variations de la
fécondité des adolescentes ;
· Etablir le profil des adolescentes les plus
exposées au risque de maternité précoce ;
· Identifier les facteurs explicatifs de la
fécondité précoce.
Elle partait du constat qu'au Congo le niveau de
fécondité des adolescentes (15-19 ans) est resté quasiment
stationnaire et relativement élevé au cours des vingt
dernières années, le taux avoisinant les 131%o pour la
période la plus récente, malgré une évolution
croissante de la scolarisation des filles et de l'urbanisation depuis des
décennies ; en outre, d'une proportion élevée de
grossesses en milieu scolaire (10,7%) perturbant ainsi le parcours des jeunes
filles.
Nous nous sommes donc servis d'une démarche
intégrant les facteurs environnementaux, les facteurs familiaux, les
caractéristiques individuelles des adolescentes et les facteurs
comportementaux afin de déceler les principaux facteurs explicatifs de
la fécondité des adolescentes. Ceci en se basant sur une
littérature exposant les différentes approches explicatives ayant
énoncé de diverses manières l'influence qu'exercerait
différents éléments sur le phénomène.
De ce fait, un cadre conceptuel a été
élaboré permettant de matérialiser une hypothèse
générale qui s'énonce de la manière suivante :
l'environnement global de l'adolescente influence directement et/ou
indirectement ses caractéristiques individuelles et, à terme, son
comportement sexuel et ses risques de fécondité précoce.
Cette hypothèse a été explicitée en sept (7)
hypothèses spécifiques.
Les données de la première Enquête
Démographique et de Santé du Congo réalisée en 2005
(EDSC-I 2005) ont été exploitées pour tester ces
hypothèses. L'évaluation de leur qualité
révèle quelques insuffisances qui ne sont pas de nature à
entraver l'atteinte des objectifs de l'étude.
Aussi pour atteindre à nos objectifs, nous avons
recouru aux méthodes d'analyse statistique descriptive et
explicative :
- Pour l'analyse descriptive bivariée, nous avons
recouru aux tableaux de contingence pour la détermination des
associations entre les variables en nous aidant de la statistique de
Khi² ; et pour la description multivariée, l'analyse
factorielle des correspondances multiples (AFCM) nous a permis de
catégoriser les adolescentes en fonction de leurs
caractéristiques socioculturelles, socioéconomiques, familiales,
individuelles et comportementales.
- Vu la nature qualitative et dichotomique des variables
intermédiaires et de la variable dépendante, l'analyse
explicative s'est faite à l'aide de la régression logistique,
dont le modèle pas à pas a permis de déceler les
mécanismes d'action des différents facteurs. Par ailleurs,
l'évaluation de la contribution des différentes variables nous a
permis de hiérarchiser les facteurs par ordre décroissant de leur
contribution à l'explication du phénomène.
Ainsi, quelques résultats intéressants
ressortent de cette étude, et il convient d'en faire le point afin d'en
tirer quelques recommandations à toutes fins utiles.
Au niveau de l'analyse descriptive bivariée, il s'est
révélé que :
§ L'ethnie, la religion, le milieu de socialisation, le
milieu de résidence, le niveau de vie du ménage, l'exposition
à la télé et le niveau d'instruction sont des facteurs
discriminants de la sexualité précoce des adolescentes au
Congo.
§ S'agissant du premier mariage, il ressort que la
religion et l'âge aux premiers rapports sexuels sont des facteurs de
différenciation significative de la nuptialité précoce
chez les adolescentes congolaises.
§ Une différentiation significative des
adolescentes concernant la pratique contraceptive s'effectue à travers
les facteurs suivants : l'appartenance ethnique, le milieu de
socialisation, le milieu de résidence, le sexe du chef de ménage,
le niveau de vie du ménage, le niveau d'instruction, la connaissance des
méthodes contraceptives et la connaissance du cycle ovulatoire.
§ Enfin, la fécondité précoce des
adolescentes congolaises est fortement différenciée par les
facteurs suivants : l'appartenance ethnique, la religion, le milieu de
socialisation, le milieu de résidence, le niveau de vie du
ménage, l'exposition à la télévision, le niveau
d'instruction, la connaissance des méthodes contraceptives et celle du
cycle ovulatoire, l'état matrimonial, l'âge aux premiers rapports
sexuels et l'âge au premier mariage.
L'analyse factorielle des correspondances multiples (AFCM) a
permis de dresser deux groupes d'adolescentes. D'une part, les adolescentes
les plus exposées au risque de maternité précoce
(Groupe1), celles-ci ont les caractéristiques suivantes : la
plupart appartiennent au groupe Sangha et sont adeptes des églises
traditionnelles, socialisées et/ou résidant en milieu rural, les
ménages auxquels elles appartiennent ont un niveau de vie relativement
faible ; ces adolescentes n'ont jamais été exposées
à la télévision et, la plupart, n'ont aucun niveau
d'instruction sinon le niveau primaire, déjà en union et dont les
premiers rapports sexuels ont été précoces.
D'autre part, celles qui sont moins exposées au risque
de maternité précoce (Groupe2) et qui portent les
caractéristiques suivantes : nombreuses sont de l'ethnie Kongo et
pratiques les religions chrétiennes traditionnelles (ou autres
chrétiennes), socialisées et/ou résidant dans les petites
villes, elles appartiennent aux ménages de niveau de vie moyen, rarement
exposées à la télévision ; elles ont le niveau
d'instruction secondaire ou plus, en majorité célibataire et
leurs premiers rapports sexuels ont été moins précoces.
Les analyses explicatives nous ont cependant
révélées, premièrement, que seuls le milieu de
résidence et le niveau de vie du ménage constituent des facteurs
explicatifs de la précocité des premiers rapports sexuels chez
les adolescentes au Congo. Les adolescentes résidant en milieu rural
sont plus susceptibles que celles des petites villes d'avoir une
sexualité précoce ; de même que celles issues des
ménages de niveau de vie moyen sont plus exposées à la
sexualité précoce que leurs homologues des ménages de
niveau de vie élevé.
Deuxièmement que, l'entrée précoce en
union chez les adolescentes congolaises n'est expliquée que par
l'âge aux premiers rapports sexuels. Les adolescentes ayant
commencé précocement leur sexualité (10-15 ans) sont de
même plus susceptibles d'être précocement en union que
celles qui auraient commencé tardivement leur sexualité (16 ans
et plus).
Troisièmement que, la pratique contraceptive moderne
chez les adolescentes au Congo s'explique par les facteurs suivants : le
milieu de socialisation, le niveau de vie du ménage, le sexe du chef de
ménage et le niveau d'instruction de l'adolescente. Les adolescentes
socialisées dans les petites villes ou celles appartenant à un
ménage dirigé par une femme sont plus susceptibles d'utiliser les
méthodes contraceptives modernes que, respectivement, les adolescentes
socialisées dans les grandes villes ou celles appartenant à un
ménage dirigé par un homme. Par contre les adolescentes membres
des ménages de niveau de vie moyen et celles qui n'ont aucun niveau
d'instruction ou d'un niveau primaire sont moins susceptibles d'utiliser
lesdites méthodes que, respectivement, leurs homologues des
ménages de niveau de vie élevé et celles qui
possèdent le niveau d'instruction secondaire ou plus.
Quatrièmement, il s'est avéré que la
fécondité précoce des adolescentes au Congo s'expliquerait
par les facteurs suivants : la religion, le milieu de résidence, le
niveau de vie du ménage, l'exposition à la télé,
l'âge aux premiers rapports sexuels, l'âge au premier mariage et
l'utilisation des méthodes contraceptives. Les adolescentes des
religions traditionnelles sont plus susceptibles d'avoir une
fécondité précoce que celles des religions
chrétiennes traditionnelles ; contrairement aux adolescentes sans
religion qui sont moins exposées que ces dernières. Selon le
milieu de résidence, les adolescentes des grandes villes sont moins
exposées au risque de maternité précoce que leurs
homologues des petites villes.
Par ailleurs, les adolescentes appartenant aux ménages
de niveau de vie moyen ont un risque plus élevé de
connaître une maternité précoce que celles des
ménages de niveau de vie élevé. Tandis que, les
adolescentes qui suivent rarement ou souvent la télévision sont
moins exposées à la maternité précoce que leurs
homologues qui n'ont jamais suivi ce média.
S'agissant de l'âge aux premiers rapports sexuels, les
adolescentes ayant connu leurs premiers rapports sexuels assez tardivement
(à 16 ans et plus) sont moins susceptibles que celles qui les avaient
connu précocement (10-15 ans) d'avoir une fécondité
précoce. De même que les adolescentes mariées tardivement
sont moins exposées à la fécondité précoce
que celles dont le mariage était précoce. Enfin, les adolescentes
qui utilisent les méthodes contraceptives traditionnelles ou modernes
ont moins de chance que celles qui n'utilisent aucune méthode d'avoir
une fécondité précoce.
En définitive, cette étude démontre qu'au
Congo la fécondité des adolescentes s'expliquerait à la
fois par les facteurs socioculturels, socioéconomiques, familiaux et
comportementaux. Les caractéristiques individuelles de l'adolescente
constituent, en quelque sorte, des canaux permettant de percevoir son
comportement à l'égard de la procréation. En effet, le
niveau d'instruction de l'adolescente est un facteur explicatif de la pratique
contraceptive moderne qui constitue le deuxième comportement ayant
la plus forte contribution à l'explication de la fécondité
précoce des adolescentes au Congo. Le niveau de vie du ménage est
un facteur qui différencie les adolescentes à la fois sur le plan
de la sexualité précoce, de la pratique contraceptive et de la
maternité précoce. Tandis que, le milieu de résidence
explique à la fois la différenciation des adolescentes sur la
sexualité précoce - facteur prépondérant de la
maternité précoce - et la maternité précoce. Le
mariage précoce n'est cependant différencié que par
l'âge aux premiers rapports sexuels des adolescentes.
Ainsi, les hypothèses H2, H3, H5, H6 et H7 de cette
étude ont été entièrement confirmées. Tandis
que l'hypothèse H4, qui stipule que le niveau d'instruction de
l'adolescente influence indirectement sa fécondité à
travers son âge d'entrée en union et/ou en activité
sexuelle et son utilisation des méthodes contraceptives, n'est que
partiellement confirmée puisque le niveau d'instruction de l'adolescente
n'est pas significativement associé ni au mariage précoce ni
à la sexualité précoce, de même qu'à la
fécondité précoce. Par contre l'hypothèse H1, qui
supposait que les adolescentes des ethnies matrilinéaires seraient plus
susceptibles d'avoir une maternité précoce que celles des ethnies
patrilinéaires, a été entièrement
infirmée.
Au terme de cette étude et tenant compte des
résultats auxquels elle aboutit, il nous semble utile de formuler
quelques recommandations dont la mise en oeuvre permettrait aux adolescentes
d'avoir une sexualité et/ou maternité responsable et à
moindre risque.
Les acteurs et décideurs congolais doivent :
Ø Introduire des programmes qui assurent aux
adolescentes une éducation à la vie familiale (EVF) dans les
écoles, voire à travers d'autres mécanismes
sociaux ;
Ø Créer des programmes qui engagent les parents,
les professeurs, les prestataires de soins médicaux et les leaders
communautaires ou religieux, dans le but de fournir aux adolescentes une
éducation sexuelle ;
Ø Etablir des services de santé de la
reproduction (SR) sympathiques aux adolescentes, accessibles, confidentiels et
sans préjugé, qui procurent des informations complètes
dans un langage ordinaire, soutenues par du matériel informationnel
(prospectus, dépliant, affiche, etc.) ;
Ø Faciliter l'émergence des programmes qui
sensibilisent les adolescentes sur l'utilité des méthodes
contraceptives modernes.
v Limites de l'étude et perspectives
Au regard de tout ce qui précède, nous estimons
que cette étude a atteint son but qui était d'apporter une
réponse relative aux facteurs explicatifs de la fécondité
des adolescentes au Congo. Toutefois, cette étude n'est pas exempte de
limites. La première limite vient du fait qu'elle repose
fondamentalement sur une approche quantitative ; alors que la combinaison
de celle-ci avec des données qualitatives du genre sociologique,
anthropologique voire psychologique serait plus utile pour une
compréhension optimale du phénomène. La seconde limite
provient de l'absence de certaines informations dans notre base de
données ; en effet, l'absence de certaines variables telles que la
discussion de la PF avec les parents, l'âge à la puberté et
surtout des variables relatives à l'environnement institutionnel n'a pas
permis de mesurer leurs effets jugés pertinents dans la
littérature. Il convient donc que les prochaines opérations de
collectes de données au Congo, voire ailleurs, tiennent compte de ces
aspects pour améliorer la qualité des informations.
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démographique, planification familiale et transition de la
fécondité en Afrique, La Chronique du CEPED n°36,
6p.
WAKAM (Jean), 1994, De la pertinence des
théories ``économistes'' de fécondité dans le
contexte socio-culturel camerounais et négro-africain, Les cahiers
de l'IFORD n°8, 527p.
WAKAM (Jean), 2006, Facteurs de la
fécondité dans les pays du sud, Louvain-la-Neuve, 110p.
ANNEXES
Tableau A1: Répartition des adolescentes
par ethnie selon les autres variables socioculturelles et
socioéconomique (EDSC-I 2005)
Variables et modalités
|
Ethnie
|
Kongo
|
Mbochi
|
Téké
|
Sangha
|
Autres ethnies
|
Total
|
Religion
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
71,2
|
9,1
|
13,1
|
2,9
|
3,7
|
100
|
Autres chrétiennes
|
71,2
|
9,6
|
14,1
|
2,9
|
2,2
|
100
|
Traditionnelles
|
75,6
|
4,5
|
8,3
|
0,6
|
11
|
100
|
Autres religions
|
32,3
|
24,1
|
21,7
|
10,7
|
11,2
|
100
|
Sans religion
|
41,6
|
19,6
|
20,5
|
12,1
|
6,2
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
Grandes villes
|
63,6
|
15,8
|
15,7
|
1,5
|
3,4
|
100
|
Petites villes
|
65,6
|
3,5
|
11,7
|
6,1
|
13,1
|
100
|
Rural
|
52
|
13,5
|
16,9
|
10,4
|
7,2
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
Grandes villes
|
48,5
|
22,8
|
20,9
|
2,4
|
5,4
|
100
|
Petites villes
|
81,9
|
4,5
|
6,5
|
1,2
|
5,9
|
100
|
Rural
|
54,8
|
11,5
|
16,6
|
10,3
|
6,8
|
100
|
Ensemble
|
59,1
|
13,6
|
15,7
|
5,5
|
6,1
|
100
|
Tableau A2: Répartition des adolescentes
par milieu de socialisation selon les autres variables socioculturelles et
socioéconomique (EDSC-I 2005)
Variables et modalités
|
Milieu de socialisation
|
Grandes villes
|
Petites villes
|
Rural
|
Total
|
Ethnie
|
|
Kongo
|
55,7
|
10,3
|
34
|
100
|
Mbochi
|
59,5
|
2,4
|
38,1
|
100
|
Téké
|
51,7
|
6,9
|
41,4
|
100
|
Sangha
|
14,9
|
10,5
|
74,6
|
100
|
Autres ethnies
|
30,3
|
21,2
|
48,5
|
100
|
Religion
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
51,9
|
8,4
|
39,7
|
100
|
Autres chrétiennes
|
58,7
|
16,6
|
24,7
|
100
|
Traditionnelles
|
43,3
|
9,5
|
47,2
|
100
|
Autres religions
|
54,9
|
10,6
|
34,5
|
100
|
Sans religion
|
40,5
|
7,6
|
51,9
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
Grandes villes
|
81,6
|
7
|
11,4
|
100
|
Petites villes
|
68,9
|
18,5
|
12,6
|
100
|
Rural
|
18,5
|
6
|
75,5
|
100
|
Ensemble
|
52
|
9,3
|
38,7
|
100
|
Tableau A3: Répartition
des adolescentes par religion selon les autres variables socioculturelles et
socioéconomique (EDSC-I 2005)
Variables et modalités
|
Religion
|
Chrétiennes traditionnelles
|
Autres chrétiennes
|
Traditionnelles
|
Autres religions
|
Sans religion
|
Total
|
Ethnie
|
|
Kongo
|
69,4
|
5,4
|
6
|
14,5
|
4,7
|
100
|
Mbochi
|
38,5
|
3,1
|
1,5
|
47,1
|
9,8
|
100
|
Téké
|
48,1
|
4
|
2,5
|
36,6
|
8,8
|
100
|
Sangha
|
30,7
|
2,4
|
0,5
|
51,4
|
15
|
100
|
Autres ethnies
|
34,7
|
1,6
|
8,5
|
48,3
|
6,9
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
Grandes villes
|
57,7
|
5,1
|
3,9
|
28
|
5,3
|
100
|
Petites villes
|
51,5
|
8
|
4,8
|
30,1
|
5,6
|
100
|
Rural
|
58,9
|
2,9
|
5,7
|
23,5
|
9
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
Grandes villes
|
55,5
|
5,4
|
1,3
|
31,2
|
6,6
|
100
|
Petites villes
|
54,4
|
4,3
|
6,7
|
28,1
|
6,5
|
100
|
Rural
|
61,2
|
3,8
|
6,2
|
21,7
|
7,1
|
100
|
Ensemble
|
57,6
|
4,5
|
4,7
|
26,4
|
6,8
|
100
|
Tableau A5: Répartition des adolescentes
par milieu de résidence selon les autres variables socioculturelles
(EDSC-I 2005)
Variables et modalités
|
Milieu de résidence
|
Grandes villes
|
Petites villes
|
Rural
|
Total
|
Ethnie
|
|
Kongo
|
28
|
32,8
|
39,2
|
100
|
Mbochi
|
56,7
|
7,7
|
35,6
|
100
|
Téké
|
45,4
|
9,8
|
44,8
|
100
|
Sangha
|
15,1
|
5,1
|
79,8
|
100
|
Autres ethnies
|
29,7
|
23
|
47,3
|
100
|
Religion
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
32,6
|
22,4
|
45
|
100
|
Autres chrétiennes
|
40,9
|
22,9
|
36,2
|
100
|
Traditionnelles
|
9,8
|
34
|
56,2
|
100
|
Autres religions
|
40
|
25,2
|
34,8
|
100
|
Sans religion
|
32,8
|
22,7
|
44,5
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
Grandes villes
|
53,5
|
31,4
|
15,1
|
100
|
Petites villes
|
25,5
|
47,2
|
27,3
|
100
|
Rural
|
10
|
7,7
|
82,3
|
100
|
Ensemble
|
34,1
|
23,7
|
42,2
|
100
|
Tableau A6: Répartition des adolescentes
par niveau de vie du ménage selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique (EDSC-I 2005)
Variables socioculturelles et socioéconomiques,
plus modalités
|
Niveau de vie du ménage
|
Faible
|
Moyen
|
Elevé
|
Total
|
Ethnie
|
|
|
|
|
Kongo
|
34,8
|
24,5
|
40,7
|
100
|
Mbochi
|
26,2
|
9,4
|
64,4
|
100
|
Téké
|
39,1
|
15,1
|
45,8
|
100
|
Sangha
|
59,0
|
19,1
|
21,9
|
100
|
Autres ethnies
|
36,1
|
19,9
|
44,0
|
100
|
Religion
|
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
36,6
|
23,5
|
39,9
|
100
|
Autres chrétiennes
|
31,0
|
18,1
|
50,9
|
100
|
Traditionnelles
|
51,2
|
17,7
|
31,1
|
100
|
Autres religions
|
30,6
|
14,8
|
54,6
|
100
|
Sans religion
|
41,3
|
18,9
|
39,8
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
12,1
|
22,4
|
65,5
|
100
|
Petites villes
|
34,2
|
27,4
|
38,4
|
100
|
Rural
|
67,2
|
16,4
|
16,4
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
2,4
|
19,7
|
77,9
|
100
|
Petites villes
|
10,3
|
28,3
|
61,4
|
100
|
Rural
|
76,7
|
16,5
|
6,8
|
100
|
Ensemble
|
35,5
|
20,5
|
44
|
100
|
Tableau A7: Répartition des adolescentes
par sexe du chef de du ménage selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique (EDSC-I 2005)
Variables socioculturelles et socioéconomiques,
plus modalités
|
Sexe du chef de ménage
|
Masculin
|
Féminin
|
Total
|
Ethnie
|
|
|
|
Kongo
|
70,6
|
29,4
|
100
|
Mbochi
|
72,8
|
27,2
|
100
|
Téké
|
74,8
|
25,2
|
100
|
Sangha
|
76,9
|
23,1
|
100
|
Autres ethnies
|
79,2
|
20,8
|
100
|
Religion
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
71,8
|
28,2
|
100
|
Autres chrétiennes
|
71,8
|
28,2
|
100
|
Traditionnelles
|
71,8
|
28,2
|
100
|
Autres religions
|
71,8
|
28,2
|
100
|
Sans religion
|
71,8
|
28,2
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
Grandes villes
|
70,8
|
29,2
|
100
|
Petites villes
|
71,7
|
28,3
|
100
|
Rural
|
75,0
|
25,0
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
Grandes villes
|
69,2
|
30,8
|
100
|
Petites villes
|
76,6
|
23,4
|
100
|
Rural
|
72,7
|
27,3
|
100
|
Ensemble
|
72,4
|
27,6
|
100
|
Tableau A8: Répartition des adolescentes
par fréquence d'exposition à la télé selon
l'environnement socioculturel/socioéconomique (EDSC-I 2005)
Variables socioculturelles et socioéconomiques,
plus modalités
|
Suivi régulier de la
télé
|
Jamais
|
Rarement
|
Souvent
|
Total
|
Ethnie
|
|
|
|
|
Kongo
|
45,5
|
25,2
|
29,3
|
100
|
Mbochi
|
33,2
|
18,3
|
48,5
|
100
|
Téké
|
45,4
|
20,6
|
34,0
|
100
|
Sangha
|
64,2
|
16,5
|
19,3
|
100
|
Autres ethnies
|
44,5
|
23,4
|
32,1
|
100
|
Religion
|
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
46,4
|
24,4
|
29,2
|
100
|
Autres chrétiennes
|
31,5
|
37,4
|
31,1
|
100
|
Traditionnelles
|
67,1
|
8,3
|
24,6
|
100
|
Autres religions
|
38,8
|
20,7
|
40,5
|
100
|
Sans religion
|
49,2
|
20,3
|
30,5
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
25,9
|
26,1
|
48
|
100
|
Petites villes
|
42,5
|
28,3
|
29,2
|
100
|
Rural
|
70,3
|
17,9
|
11,8
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
19,5
|
26,3
|
54,2
|
100
|
Petites villes
|
25,4
|
26,4
|
48,2
|
100
|
Rural
|
75,9
|
18,4
|
5,7
|
100
|
Ensemble
|
44,9
|
23
|
32,1
|
100
|
Tableau A9 : Contribution des variables à
l'explication de la fécondité précoce des adolescentes au
Congo
Variables
|
Khi-2 final
|
Khi-2 sans la variable
|
Contribution (%)
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
721,52
|
569,87
|
21,02
|
Utilisation des méthodes contraceptives
|
721,52
|
690,39
|
4,31
|
Age au premier mariage
|
721,52
|
691,61
|
4,15
|
Niveau de vie
|
721,52
|
710,47
|
1,53
|
Milieu de résidence
|
721,52
|
710,82
|
1,48
|
Religion
|
721,52
|
711,62
|
1,37
|
Suivi régulier de la télévision
|
721,52
|
713,53
|
1,11
|
Tableau A10: Répartition des adolescentes
par niveau d'instruction selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique et l'environnement familial (EDSC-I
2005)
Variables et modalités
|
Niveau d'instruction
|
Sans niveau
|
Primaire
|
Secondaire ou plus
|
Total
|
Ethnie
|
|
|
|
|
Kongo
|
3,5
|
39,4
|
57,1
|
100
|
Mbochi
|
1,6
|
29,6
|
68,8
|
100
|
Téké
|
3,0
|
35,6
|
61,4
|
100
|
Sangha
|
8,0
|
37,5
|
54,5
|
100
|
Autres ethnies
|
15,7
|
48,7
|
35,6
|
100
|
Religion
|
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
3,5
|
37,6
|
58,9
|
100
|
Autres chrétiennes
|
0,0
|
31,3
|
68,7
|
100
|
Traditionnelle
|
15,0
|
61,3
|
23,7
|
100
|
Autres religions
|
3,6
|
33,2
|
63,2
|
100
|
Sans religion
|
7,2
|
48,3
|
44,5
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
1,1
|
23,7
|
75,2
|
100
|
Petites villes
|
4,1
|
39,2
|
56,7
|
100
|
Rural
|
7,7
|
57,0
|
35,3
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
1,0
|
20,2
|
78,8
|
100
|
Petites villes
|
2,2
|
33,7
|
64,1
|
100
|
Rural
|
7,9
|
54,5
|
37,6
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
|
|
|
|
Masculin
|
4,4
|
39,5
|
56,1
|
100
|
Féminin
|
3,5
|
33,7
|
62,8
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
|
|
|
|
Faible
|
8,6
|
56,6
|
34,8
|
100
|
Moyen
|
2,2
|
46,0
|
51,8
|
100
|
Elevé
|
1,5
|
18,9
|
79,6
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
|
|
|
|
Jamais
|
7,3
|
52,0
|
40,7
|
100
|
Rarement
|
1,6
|
37,7
|
60,7
|
100
|
Souvent
|
1,6
|
18,6
|
79,8
|
100
|
Ensemble
|
4,2
|
37,9
|
57,9
|
100
|
Tableau A11: Répartition des adolescentes
par connaissance des méthodes contraceptives selon l'environnement
socioculturel/socioéconomique et l'environnement familial (EDSC-I
2005)
Variables et modalités
|
Connaissance des méthodes
contraceptives
|
Aucune
|
Traditionnelle
|
Moderne
|
Total
|
Ethnie
|
|
|
|
|
Kongo
|
6,9
|
3,5
|
89,6
|
100
|
Mbochi
|
5,8
|
2,3
|
91,9
|
100
|
Téké
|
4,7
|
1,5
|
93,8
|
100
|
Sangha
|
13,4
|
5,7
|
80,9
|
100
|
Autres ethnies
|
5,2
|
4,0
|
90,8
|
100
|
Religion
|
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
6,4
|
3,6
|
90,0
|
100
|
Autres chrétiennes
|
5,0
|
0,0
|
95,0
|
100
|
Traditionnelle
|
8,9
|
2,1
|
89,0
|
100
|
Autres religions
|
5,4
|
2,5
|
92,1
|
100
|
Sans religion
|
12,3
|
5,0
|
82,7
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
4,0
|
2,2
|
93,8
|
100
|
Petites villes
|
2,5
|
6,0
|
91,5
|
100
|
Rural
|
11,2
|
3,9
|
84,9
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
4,3
|
3,5
|
92,2
|
100
|
Petites villes
|
4,4
|
1,2
|
94,4
|
100
|
Rural
|
9,9
|
3,9
|
86,2
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
|
|
|
|
Masculin
|
6,0
|
3,8
|
90,2
|
100
|
Féminin
|
8,4
|
1,6
|
90,0
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
|
|
|
|
Faible
|
10,1
|
4,6
|
85,3
|
100
|
Moyen
|
4,8
|
2,3
|
92,9
|
100
|
Elevé
|
4,7
|
2,4
|
92,9
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
|
|
|
|
Jamais
|
8,9
|
3,9
|
87,2
|
100
|
Rarement
|
4,3
|
2,8
|
92,9
|
100
|
Souvent
|
5,1
|
2,4
|
92,5
|
100
|
Ensemble
|
6,6
|
3,2
|
90,2
|
100
|
Tableau A12 : Risques relatifs de
nuptialité précoce des adolescentes 15-19 ans (EDSC-I, 2005)
Variables et modalités
|
Effets bruts
|
Effets nets
|
A à B
|
A à C
|
A à D
|
A à E
|
A à F
|
A à G
|
A à H
|
A à I
|
A à J
|
M0
|
M1
|
M2
|
M3
|
M4
|
M5
|
M6
|
M7
|
M8
|
M9
|
A- Age
|
0,16***
|
0,15***
|
0,13***
|
0,13***
|
0,13***
|
0,13***
|
0,13***
|
0,12***
|
0,13***
|
0,13***
|
B- Ethnie
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Kongo
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Mbochi
|
1,47
|
1,17
|
1,01
|
0,99
|
1,11
|
1,18
|
1,24
|
1,32
|
1,34
|
1,15
|
Téké
|
0,89
|
0,59
|
0,51
|
0,5
|
0,49
|
0,52
|
0,58
|
0,56
|
0,59
|
0,67
|
Sangha
|
5,45*
|
5,62*
|
6,79*
|
6,42*
|
5,48
|
6,34
|
6,47
|
6,27
|
4,42
|
5,67
|
Autres ethnies
|
0,79
|
0,54
|
0,61
|
0,6
|
0,6
|
0,55
|
0,57
|
0,5
|
0,47
|
0,68
|
C- Religion
|
*
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
*
|
*
|
ns
|
Chrétiennes traditionnelles
|
réf
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Autres chrétiennes
|
99,53
|
|
128,31
|
126,53
|
130,47
|
141,51
|
158,46
|
138,02
|
146,68
|
240,81
|
Traditionnelles
|
0,6
|
|
0,48
|
0,49
|
0,48
|
0,53
|
0,57
|
0,56
|
0,64
|
0,65
|
Autres religions
|
1,69
|
|
1,86
|
1,86
|
2,03
|
2,15*
|
2,13*
|
2,42*
|
2,48*
|
2,20*
|
Sans religion
|
1,01
|
|
0,39
|
0,41
|
0,4
|
0,38
|
0,4
|
0,33
|
0,29*
|
0,3
|
D- Milieu de socialisation
|
ns
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Grandes villes
|
réf
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Petites villes
|
1,15
|
|
|
0,78
|
0,93
|
0,88
|
0,97
|
0,98
|
1,04
|
1,09
|
Rural
|
1,26
|
|
|
1,1
|
0,69
|
0,67
|
0,68
|
0,75
|
0,89
|
0,79
|
E- Milieu de résidence
|
ns
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Grandes villes
|
1,12
|
|
|
|
1,13
|
1,2
|
1,11
|
1,14
|
1,17
|
0,79
|
Petites villes
|
réf
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rural
|
1,59
|
|
|
|
2,3
|
2,49
|
2,55
|
2,42
|
2,41
|
2,26
|
F- Niveau de vie du ménage
|
ns
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Faible
|
1,37
|
|
|
|
|
1,05
|
1
|
0,81
|
0,77
|
0,64
|
Moyen
|
1,13
|
|
|
|
|
1,49
|
1,41
|
1,54
|
1,73
|
1,28
|
Elevé
|
réf
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
G- Sexe du chef de ménage
|
ns
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
ns
|
Masculin
|
réf
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
réf
|
Féminin
|
1,84
|
|
|
|
|
|
1,81
|
1,62
|
1,56
|
1,57
|
H- Suivi régulier de la
télé
|
ns
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
ns
|
Jamais
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
réf
|
Rarement
|
0,57*
|
|
|
|
|
|
|
0,40*
|
0,40*
|
0,43*
|
Souvent
|
0,63
|
|
|
|
|
|
|
0,82
|
0,77
|
0,84
|
I- Niveau d'instruction
|
ns
|
|
|
|
|
|
|
|
ns
|
ns
|
Sans niveau
|
2,92
|
|
|
|
|
|
|
|
2,04
|
2,79
|
Primaire
|
0,79
|
|
|
|
|
|
|
|
0,72
|
0,69
|
Secondaire ou plus
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
réf
|
J- Age aux premiers rapports sexuels
|
***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
***
|
10 - 15 ans
|
réf
|
|
|
|
|
|
|
|
|
réf
|
16 ans et plus
|
0,23***
|
|
|
|
|
|
|
|
|
0,28***
|
Khi-deux du modèle
|
|
89,34***
|
101,81***
|
100,16***
|
103,16***
|
103,79***
|
105,23***
|
109,02***
|
110,52***
|
121,42***
|
*** Significatif au seuil de 1%; ** Significatif au seuil de 5%;
* Significatif au seuil de 10%; ns=non significatif; réf =
modalité de référence
|
Tableau A13:
Répartition des adolescentes par connaissance du cycle ovulatoire selon
l'environnement socioculturel/socioéconomique et l'environnement
familial (EDSC-I 2005)
Variables et modalités
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
Aucune connaissance
|
Connaissance douteuse
|
Bonne connaissance
|
Total
|
Ethnie
|
|
|
|
|
Kongo
|
26,6
|
28,3
|
45,1
|
100
|
Mbochi
|
31,3
|
15,9
|
52,8
|
100
|
Téké
|
24,4
|
18,0
|
57,6
|
100
|
Sangha
|
31,3
|
10,4
|
58,3
|
100
|
Autres ethnies
|
36,5
|
17,0
|
46,5
|
100
|
Religion
|
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
26,6
|
23,1
|
50,3
|
100
|
Autres chrétiennes
|
19,0
|
30,9
|
50,1
|
100
|
Traditionnelle
|
33,3
|
35,5
|
31,2
|
100
|
Autres religions
|
27,2
|
21,4
|
51,4
|
100
|
Sans religion
|
40,5
|
20,8
|
38,7
|
100
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
23,6
|
24,1
|
52,3
|
100
|
Petites villes
|
20,5
|
31,6
|
47,9
|
100
|
Rural
|
34,7
|
20,5
|
44,8
|
100
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
25,1
|
16,4
|
58,5
|
100
|
Petites villes
|
23,4
|
35,1
|
41,5
|
100
|
Rural
|
32,3
|
22,4
|
45,3
|
100
|
Sexe du chef de ménage
|
|
|
|
|
Masculin
|
28,0
|
23,1
|
48,9
|
100
|
Féminin
|
27,1
|
24,0
|
48,9
|
100
|
Niveau de vie du ménage
|
|
|
|
|
Faible
|
33,3
|
22,8
|
43,9
|
100
|
Moyen
|
26,9
|
26,8
|
46,3
|
100
|
Elevé
|
23,6
|
22,3
|
54,1
|
100
|
Suivi régulier de la
télé
|
|
|
|
|
Jamais
|
33,4
|
25,3
|
41,3
|
100
|
Rarement
|
22,0
|
23,4
|
54,6
|
100
|
Souvent
|
24,0
|
20,8
|
55,2
|
100
|
Ensemble
|
27,7
|
23,4
|
48,9
|
100
|
Tableau A14 : Résultats de l'AFCM sur les
adolescentes congolaises (EDSC-I, 2005)
|
|
Facteur1
|
Facteur2
|
Facteur3
|
Variables et modalités
|
Poids (%)
|
Coord F1
|
CTR F1
|
QRF1
|
Coord F2
|
CTR F2
|
QRF2
|
Coord F3
|
CTR F3
|
QRF3
|
Ethnie
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Kongo
|
3,93
|
0,17
|
0,5
|
0,04
|
-0,05
|
0,1
|
0,00
|
-0,46
|
7,4
|
0,31
|
Mbochi
|
0,86
|
0,10
|
0,0
|
0,00
|
0,03
|
0,0
|
0,00
|
1,20
|
10,8
|
0,21
|
Téké
|
1,05
|
-0,22
|
0,2
|
0,01
|
0,15
|
0,1
|
0,00
|
0,71
|
4,6
|
0,09
|
Sangha
|
0,44
|
-0,90
|
1,6
|
0,06
|
0,11
|
0,0
|
0,00
|
-0,12
|
0,1
|
0,00
|
Autres ethnies
|
0,38
|
-0,28
|
0,1
|
0,00
|
-0,08
|
0,0
|
0,00
|
0,27
|
0,2
|
0,00
|
Religion
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Chrétiennes traditionnelles
|
3,73
|
0,03
|
0,0
|
0,00
|
-0,06
|
0,1
|
0,00
|
-0,20
|
1,3
|
0,05
|
Autres chrétiennes
|
0,30
|
0,09
|
0,0
|
0,00
|
0,30
|
0,1
|
0,00
|
-0,52
|
0,7
|
0,01
|
Traditionnelles
|
0,30
|
-0,28
|
0,1
|
0,00
|
-0,02
|
0,0
|
0,00
|
-0,64
|
1,1
|
0,02
|
Autres religions
|
1,86
|
0,05
|
0,0
|
0,00
|
0,17
|
0,3
|
0,01
|
0,50
|
4,1
|
0,10
|
Sans religion
|
0,47
|
-0,32
|
0,2
|
0,01
|
-0,38
|
0,4
|
0,01
|
0,31
|
0,4
|
0,01
|
Milieu de socialisation
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
3,62
|
0,57
|
5,4
|
0,39
|
0,22
|
0,9
|
0,06
|
0,13
|
0,6
|
0,02
|
Petites villes
|
0,97
|
-0,18
|
0,1
|
0,01
|
0,26
|
0,3
|
0,01
|
-1,04
|
9,2
|
0,18
|
Rural
|
2,08
|
-0,91
|
7,8
|
0,38
|
-0,50
|
2,8
|
0,12
|
0,25
|
1,2
|
0,03
|
Milieu de résidence
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Grandes villes
|
2,02
|
0,71
|
4,6
|
0,22
|
0,23
|
0,6
|
0,02
|
0,73
|
9,6
|
0,24
|
Petites villes
|
2,70
|
0,29
|
1,1
|
0,06
|
0,18
|
0,5
|
0,02
|
-0,71
|
11,9
|
0,34
|
Rural
|
1,95
|
-1,14
|
11,5
|
0,54
|
-0,49
|
2,4
|
0,10
|
0,22
|
0,8
|
0,02
|
Niveau de vie du ménage
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Faible
|
2,06
|
-1,08
|
11,0
|
0,53
|
-0,43
|
2,0
|
0,08
|
0,00
|
0,0
|
0,00
|
Moyen
|
1,40
|
-0,03
|
0,0
|
0,00
|
0,13
|
0,1
|
0,00
|
-0,72
|
6,4
|
0,14
|
Elevé
|
3,20
|
0,71
|
7,3
|
0,47
|
0,22
|
0,8
|
0,04
|
0,32
|
2,8
|
0,09
|
Sexe du chef de ménage
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Masculin
|
4,91
|
-0,01
|
0,0
|
0,00
|
0,02
|
0,0
|
0,00
|
0,07
|
0,2
|
0,01
|
Féminin
|
1,75
|
0,03
|
0,0
|
0,00
|
-0,06
|
0,0
|
0,00
|
-0,19
|
0,6
|
0,01
|
Suivi régulier de la
télé
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Jamais
|
2,83
|
-0,79
|
7,9
|
0,46
|
-0,20
|
0,6
|
0,03
|
-0,11
|
0,3
|
0,01
|
Rarement
|
1,54
|
0,23
|
0,4
|
0,02
|
0,15
|
0,2
|
0,01
|
-0,33
|
1,4
|
0,03
|
Souvent
|
2,30
|
0,81
|
6,9
|
0,35
|
0,15
|
0,3
|
0,01
|
0,35
|
2,5
|
0,07
|
Niveau d'instruction
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Sans niveau
|
0,23
|
-1,27
|
1,7
|
0,06
|
-0,44
|
0,2
|
0,01
|
0,41
|
0,3
|
0,01
|
Primaire
|
2,43
|
-0,57
|
3,6
|
0,19
|
-0,35
|
1,5
|
0,07
|
-0,22
|
1,0
|
0,03
|
Secondaire ou plus
|
4,01
|
0,42
|
3,2
|
0,26
|
0,24
|
1,2
|
0,08
|
0,11
|
0,4
|
0,02
|
Connaissance des méthodes
contraceptives
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Aucune
|
0,37
|
-0,34
|
0,2
|
0,01
|
-1,86
|
6,8
|
0,20
|
0,38
|
0,5
|
0,01
|
Traditionnelle
|
0,21
|
-0,44
|
0,2
|
0,01
|
-1,06
|
1,3
|
0,04
|
0,11
|
0,0
|
0,00
|
Moderne
|
6,08
|
0,04
|
0,0
|
0,01
|
0,15
|
0,7
|
0,23
|
-0,03
|
0,0
|
0,01
|
Connaissance du cycle ovulatoire
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Aucune connaissance
|
1,84
|
-0,16
|
0,2
|
0,01
|
-0,87
|
7,5
|
0,29
|
0,30
|
1,5
|
0,04
|
Connaissance douteuse
|
1,65
|
-0,03
|
0,0
|
0,00
|
0,28
|
0,7
|
0,03
|
-0,71
|
7,2
|
0,16
|
Bonne connaissance
|
3,18
|
0,11
|
0,2
|
0,01
|
0,38
|
2,2
|
0,12
|
0,19
|
1,0
|
0,03
|
|
|
Facteur1
|
Facteur2
|
Facteur3
|
Variables et modalités
|
Poids (%)
|
Coord F1
|
CTR F1
|
QRF1
|
Coord F2
|
CTR F2
|
QRF2
|
Coord F3
|
CTR F3
|
QRF3
|
Etat matrimonial
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Célibataire
|
5,33
|
0,25
|
1,5
|
0,25
|
-0,34
|
3,2
|
0,46
|
-0,11
|
0,5
|
0,05
|
En union
|
1,34
|
-1,00
|
6,0
|
0,25
|
1,35
|
12,9
|
0,46
|
0,43
|
2,1
|
0,05
|
Age aux premiers rapports sexuels
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
10 - 15 ans
|
2,96
|
-0,35
|
1,6
|
0,10
|
0,47
|
3,5
|
0,18
|
0,01
|
0,0
|
0,00
|
16 ans et plus
|
1,42
|
0,19
|
0,2
|
0,01
|
0,54
|
2,2
|
0,08
|
-0,37
|
1,7
|
0,04
|
Age au premier mariage
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
11 - 17 ans
|
1,09
|
-1,07
|
5,7
|
0,23
|
1,37
|
10,9
|
0,37
|
0,49
|
2,3
|
0,05
|
18 ans et plus
|
0,25
|
-0,64
|
0,5
|
0,02
|
1,24
|
2,0
|
0,06
|
0,17
|
0,1
|
0,00
|
Utilisation des méthodes
contraceptives
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Aucune
|
4,03
|
-0,05
|
0,0
|
0,00
|
-0,35
|
2,6
|
0,19
|
0,13
|
0,6
|
0,03
|
Traditionnelle
|
1,93
|
0,06
|
0,0
|
0,00
|
0,41
|
1,7
|
0,07
|
-0,23
|
0,9
|
0,02
|
Moderne
|
0,71
|
0,11
|
0,0
|
0,00
|
0,86
|
2,8
|
0,09
|
-0,13
|
0,1
|
0,00
|
Fécondité
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Précoce
|
5,18
|
0,23
|
1,2
|
0,18
|
-0,28
|
2,1
|
0,27
|
0,00
|
0,0
|
0,00
|
Non précoce
|
1,49
|
-0,79
|
4,3
|
0,18
|
0,97
|
7,4
|
0,27
|
0,00
|
0,0
|
0,00
|
Liste des biens ayant servit à la construction de
l'indicateur de bien-être (niveau de vie du ménage)
Biens durables
Ø Radio ;
Ø Télévision
Ø Téléphone, fixe,
Ø Téléphone portable,
Ø Ordinateur,
Ø Réfrigérateur,
Ø Réchaud à gaz
Ø Cuisinière,
Ø Réchaud à pétrole,
Ø Bicyclette
Ø mobylette/moto
Ø voiture/camion,
Ø Pirogue sans moteur,
Ø Pirogue hors bord
Caractéristiques des logements
Ø Electricité
Ø Source d'eau de boisson
Robinet dans logement
Robinet dans parcelle
Robinet extérieur
Puits protégé dans parcelle
Forage/puits à pompe publique
Puits non protégé dans parcelle
Puits non protégé public
Source protégée
Source non protégée
Rivière/fleuve/marigot
Autre
Ø Temps nécessaires pour s'approvisionner
en eau
Moins de 15min
Temps médian pour s'approvisionner en eau (en minute)
Ø Type de toilette
Chasse d'eau pour le ménage seul
Chasse d'eau en commun
Fosse/latrines améliorées privées
Fosse/latrines améliorées en commun
Fosse/latrines rudimentaires privées
Fosse/latrines rudimentaires en commun
Pas de toilette/nature
Ø Type de combustible pour la cuisine
Electricité
Gaz bouteille/naturelle
Pétrole
Charbon de bois
Bois à brûler
Autres
Ø Type de sol
Terre/sable
Bois/planche
Vinyle/lino/gerflexe
Carrelage
Ciment/autre
Ø Type de murs de logement
Terre/battue
Bois/planches
Brique en terre non cuite
Tôle
Brique cuite
Autre
Ø Type du toit de logement
Paille/chaume/natte
Tôle
Autre
Ø Nombre de pièces utilisées pour
dormir
Moins de trois
Trois à quatre
Cinq à six
Nombre moyen de personnes par pièce
Cet indice a été construit de la manière
suivante :
ü on affecte à chacun des biens ou
caractéristiques un poids (score ou coefficient)
généré à partir d'une analyse en composante
principale ;
ü les scores des biens qui en résultent sont
standardisés selon une distribution normale standard de moyenne 0 et
d'écart type 1 (Gwatkin et al. 2000) ;
ü on attribue dans chaque ménage un score pour chaque
bien et on fait la somme de tous les scores par ménage ;
ü les ménages sont classés par ordre croissant
de score total et divisés en 5 catégories d'effectifs
égales appelés quintile. On établit ainsi une
échelle allant de 1 (quintile le plus pauvre) à 5 (quintile le
plus riche) ;
Le score de chaque ménage est affecté aux individus
qui le composent. Les individus sont ainsi répartis dans les
différentes catégories.
* 1 Nations Unies,
« Pour que les engagements aient un sens : Guide pour aider
les jeunes à évaluer la politique de la jeunesse dans leur
pays », Département des Affaires économiques et
sociales, Oct. 2004 p.4
* 2 Population Council et
Population Reference Bureau ; Reproductive Rights
* 3 Fédération
Internationale pour la Planification Familiale (IPPF)
* 4 OMS cité par
infoforhealth (www.infoforhealth.org).
* 5 Programme d'action de la
CIPD, paragraphe 7.41.
* 6 Bien que le RGPH-96 ait
été invalidé, les travaux cartographiques
réalisés à l'occasion de cette opération de
collecte sont souvent utilisés, et même par les services
habilités du pays (CNSEE par exemple), pour les estimations et certaines
études de la population congolaise.
* 7 Chez les vili et les
kongo (sud Congo), par exemple, le « kikumbi » est un
rituel de préparation au mariage c'est-à-dire un passage
obligé pour toute fille qui voulait devenir une épouse
convenable. cf. Bassouamina : « kikumbi, rite
prénuptial », in Rites et coutumes de mariage au
Congo, Forum public en ligne, Janvier-Juillet 2007,
www.congopage.com
* 8 Les chiffres de cette
année (1960-61) sont tirés du livre de F. GUBRY, 1984,
Analyse de la nuptialité, Les documents pédagogiques de
l'IFORD, p.15. tandis que ceux de 2005 proviennent du CNSEE et ORC Macro,
2006.
* 9 Mandello Carole, 2007,
Congo : les jeunes congolais adeptes du concubinage, Article
publié le 15 mars 2007 sur www.etudiantcongolais.com
* 10 Ministère de
l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, chargé de la
recherche scientifique, 2001, Le développement de
l'éducation : Rapport national du Congo, Bureau international
de l'éducation, Brazzaville, 37p.
* 11 PNUD, 2002, Rapport
national sur le développement humain 2002 : République du
Congo, entre guerres et après ?, , p.20
* 12 Nous précisons
que le français, langue officielle en Rép. du Congo, reste
l'unique langue d'enseignement dans le cursus scolaire et universitaire. Les
deux langues nationales, le lingala et le kituba, ne constituent pas des
langues d'enseignement mais des matières pour un certain nombre
d'écoles.
* 13 Environ 27.000 femmes
ont été violées en une décennie de désordre
et de conflits armés au Congo.
www.fidh.org;
www.canalblog.com
* 14 UNFPA, 2005a.
* 15 Blandine Grosjean,
Actualités des églises : Maternités précoces,
mamans mineures de mère en fille, Libération/CPDH, Art. sur net
(www.google.fr)
* 16 Il convient de
préciser que les « approches économiques
classiques » considéraient les conditions économiques
comme des facteurs uniques et universellement capables d'un changement en
matière de procréation. Tandis que les « nouvelles
approches » tentent de replacer les éléments
économiques dans le contexte particulier auquel sont rattachés
les événements.
* 17 Aktouf Omar, 1987,
Méthodologie des sciences sociales et approche qualitative des
organisations : une introduction à la démarche classique et
une critique, Montréal, Canada, p.20.
* 18 Cette théorie
reflète en effet la conception « utilitariste »
héritée de Hume et des Lumières, suivant laquelle l'action
(humaine) vise à procurer la plus grande satisfaction à un sujet
conscient, ce qui revient à identifier le choix rationnel à un
comportement « maximisateur ». cf. Hume David, 1739,
Traité de la nature humaine, tr. Fr. d'André Leroy,
Paris, Aubier, 1973.
* 19 Le capital social
repose sur les ressources qui, bien que détenues par les membres du
réseau relationnel d'un individu et non par lui-même, sont
mobilisables et mobilisées par cet individu pour atteindre un objectif
lui permettant d'améliorer son bien-être.
* 20 Fauconnet (Paul) et
Mauss (Marcel), 1901, Sociologie, in Mauss (Marcel), OEuvres,
t. III, Paris, Editions de Minuit, 1969.
* 21Maurice Blondel :
Communication à la Société française de
philosophie, séance du 3 avril 1919
* 22 idem.
* 23 Thomas (William I.) et
Znaniecki (Florian), 1918-1921, The Polish Peasant in Europe and America, New
York, Dover Publications, 1958.
* 24 cf. Piché V. et
Poirier J., 1995, Les approches institutionnelles de la
fécondité, in Gérard H. et Piché V., 1995,
Sociologie des populations, Montréal, PUM/AUPELF-UREF,
p.117-137
* 25 Davis et Blake, 1956,
Social structure and fertility : an analytical framework,
Economic Development and Cultural Change, IV, 3, P.211-235 cité par
Wakam (2006), p.10
* 26 Durkheim (Emile), 1912,
Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris,
Presses Universitaires de France, 1990.
* 27 Le groupe
d'appartenance se distingue du groupe de référence dans le sens
que ce dernier désigne le groupe dont les attitudes, les comportements,
les croyances ou les valeurs sont adoptés comme critères par un
individu lorsque celui-ci définit une situation, l'évalue ou
décide d'agir. Ils existent des groupes d'appartenance qui peuvent
être en même temps des groupes de référence, tels que
la famille, les amis, etc. Mais le groupe de référence est
parfois différent du groupe d'appartenance, comme le cas du bourgeois
qui adopte le mode de vie de l'aristocratie.
* 28 Comité d'Etudes
sur les Femmes, la Famille et l'Environnement en Afrique, La communication
Parents-Enfants sur la Santé de la Reproduction : éducation
sexuelle et santé de la reproduction des jeunes. Résultats de
recherches ; in Pacific Institute for Women's Health (2002).
* 29 Les médias
peuvent être définis comme des moyens de communication de
masse ; les journaux écrits, la radio et la
télévision produisent des messages destinés à un
large public ; ils doivent informer, c'est-à-dire diffuser les
nouvelles du monde, mais aussi distraire et être des moyens de
culture ; ils permettent de connaître la production
littéraire et artistique, ainsi que de mieux comprendre le monde dans
lequel nous vivons.
* 30 La masse maigre
représente tous les tissus à l'exception du tissu adipeux, elle
renferme donc la masse osseuse et la masse musculaire.
* 31 Catherine ROLLET, 2003,
Introduction à la démographie, NATHAN/VUEF,
2èmè édition, Paris, France
* 32 Par environnement global
nous entendons ici l'ensemble composé par les environnements
institutionnel, socioculturel et socioéconomique.
* 33
www.infoforhealth.org
* 34 Institut National de
Recherche Pédagogique, Les déterminismes du sexe, La
puberté dans l'espèce humaine : le déroulement normal
de la puberté. www.inrp.fr
* 35 La modalité
« Sangha » fait référence au groupe
Sangha-likouala ; et la modalité « Autres
ethnies » regroupe les adolescentes des ethnies non
identifiées et celles d'origine étrangère (pour la plupart
africaine).
* 36 La modalité
« Chrétiennes traditionnelles » regroupe les
catholiques et les protestants ; la modalité « Autres
chrétiennes » fait référence aux églises
pentecôtistes ; la modalité
« Traditionnelles » se réfère aux
églises ``judéo-africaines'' ; et les « Autres
religions » regroupent la modalité
« Autres » de la base de données plus les
musulmanes.
* 37 L'approche relative
présente en effet des limites du fait que, dans une telle approche le
seuil de pauvreté varie avec le niveau de vie de l'ensemble de la
population et, le niveau des pauvres peut varier d'une région à
l'autre ou d'une période à l'autre et expliquer en partie les
différences ou les changements de fécondité. cf.
Schoumaker et Tabutin, (1999), p. 78-80.
|
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