1
MEMOIRE POUR LA CAPACITE DE GERONTOLOGIE DE
L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER
session Octobre 2012
Réalisé et soutenu par le Dr Hakim AMARA le
05 octobre 2012 à l'Université de Montpellier
THEME
HEMORRAGIES CEREBRALES ET ANGIOPATHIE
AMYLOIDE CEREBRALE A PROPOS D UN CAS
CLINIQUE
responsable de la formation Professeur Claude JEANDEL
2
I. REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier tous les médecins travaillant
au centre Antonin Balmès ainsi que les équipes
paramédicales qui m'ont aidé pendant mes stages pratiques.
Je dédie ce travail à ma défunte
mère, mon père qui m'a beaucoup aidé dans mon parcours
ainsi qu'à mes frères et soeurs.
3
II. SOMMAIRE
I. REMERCIEMENTS 2
II. SOMMAIRE 3
III. INTRODUCTION 4
IV. CAS CLINIQUE 6
V. DISCUSSION 10
1. EPIDEMIOLOGIE DES HEMORRAGIES CEREBRALES 10
2. MANIFESTATIONS CLINIQUES DES ANGIOPATHIES AMYLOIDES 10
a. LES FORMES ASYMPTOMATIQUES 10
b. LES HEMORRAGIES INTRACEREBRALES SPONTANEES 10
c. LES TROUBLES NEUROLOGIQUES TRANSITOIRES 10
d. LES SYNDROMES DEMENTIELS 11
3. LES PRINCIPALES ETIOLOGIES DES HEMORRAGIES CEREBRALES 11
a. HYPERTENSION ARTERIELLE 11
b. ANGIOPATHIE AMYLOIDE CEREBRALE 12
? DEFINITION 12
? EPIDEMIOLOGIE 13
? NEUROPATHOLOGIE 13
? DIAGNOSTIC 14
? THERAPEUTIQUE 15
c. MALFORMATIONS VASCULAIRES 16
d. ANOMALIES DE L'HEMOSTASE 17
e. ETIOLOGIES PLUS RARES 17
VI. CONCLUSION 18
VII. RESUME 19
VIII. BIBLIOGRAPHIE 20
4
III. INTRODUCTION:
L'angiopathie amyloïde cérébrale est une
maladie des petits vaisseaux cérébraux (micro-angiopathie
cérébrale), caractérisée par des
dépôts de substance amyloïde dans la paroi des artères
et veines cérébrales leptoméningées. Cliniquement,
elle se manifeste par des hémorragies cérébrales lobaires,
parfois récidivantes, mais aussi par des accidents vasculaires
cérébraux ischémiques parfois transitoires, crises
convulsives, leucopathies et démences. une forme particulière est
l'angéite associée à l'angiopathie amyloïde (1).
Les hémorragies cérébrales sont en rapport
avec un saignement cérébral. Elles représentent environ 10
- 15% de l'ensembles des accidents vasculaires cérébraux (2, 4,
16). Elles se définissent comme une collection de sang limitée
par une membrane néoformée qui les enkyste. Leur diagnostic
topographique, initialement facilité par l'apport du scanner
cérébral, s'est amélioré sur le plan
étiologique par l'avènement de l'imagerie par résonance
magnétique (IRM). L'hypertension artérielle est
considérée comme l'étiologie la plus fréquente.
Cependant, il ne faut pas négliger l'importance des autres
étiologies, qu'il s'agisse d'anomalies vasculaires (Angiopathie
amyloïde cérébrale, malformations vasculaires,
artérites, etc.), de pathologies générales (anomalies
d'hémostase, néoplasies, etc.) ou encore de facteurs
exogènes (iatrogènes, toxiques, etc.). L'importance respective de
l'ensemble de ces mécanismes est très variable selon le contexte
clinique et notamment l'âge, mais aussi selon la localisation de
l'hémorragie intracérébrale(4).
A propos d'un cas clinique, au sujet d'une patiente de 77 ans,
qui a seulement l'hypertension artérielle comme facteur de risque
cardiovasculaire, victime de plusieurs récidives d'hémorragies
cérébrales notamment dans la région frontale, avec
récupération plus ou moins complète entre les
épisodes hémorragiques et en rappelant les données de la
littératures, nous discutons les principales étiologies
d'hémorragies cérébrales chez la
5
personnes âgée, en particulier l'angiopathie
amyloïde en raison de sa fréquence chez la personne
âgée et de son diagnostic parfois difficile.
6
IV. CAS CLINIQUE:
Madame J B, 77 ans, ancienne professeur à la retraite,
divorcée, mère de deux enfants, elle vivait seule dans une
villa.
Dans ses antécédents, on notait, une hypertension
artérielle, notion de comitialité, et une néoplasie du
sein gauche traitée en 2011 avec une chirurgie d'exérèse
et un bon contrôle local.
En Septembre 2008, Madame JB a présenté une
hémorragie intracérébrale frontale gauche. Les
investigations réalisées pendants son hospitalisation n'ont pas
permis de trouver une étiologie (tomodensitométrie
cérébrales normale, scanner injecté normal, etc.).
En Décembre 2008, Madame JB a présenté un
épisode de confusion aigue qui a motivé son hospitalisation en
urgence. Le scanner cérébral sans injection de produit de
contraste retrouvait quelques stigmates d'hémorragies sous
arachnoïdiennes, des séquelles de l'hémorragie
cérébrale frontale gauche du mois de septembre, et un probable
resaignement dans cette topographie. Une IRM cérébrale a
été réalisée en complément du scanner, a
permis de mettre en évidence une lésion prenant le contraste
après l'injection de Gadolinium, au niveau frontal gauche
associée à une atrophie cortico- sous- corticale. Devant la
récidive de l'hémorragie au niveau frontal l'image de la
lésion prenant le contraste à l'IRM, une décision
chirurgicale, pour prélèvements anatomopathologiques, a
été prise, et qui a écarté définitivement
l'origine tumorale de cette lésion. Après stabilisation de son
état clinique, retour à domicile.
En Août 2009, pendant qu'elle faisait du jardinage, Madame
JB, a présenté, brutalement, un malaise qui a
nécessité son hospitalisation en urgence, et l'examen clinique
retrouvait, une hémiplégie droite massive, mutisme, pupilles
réactives, une pression artérielle à 234/70 mmHg, Pouls
à 85/min, Saturation en O2 à 99% en air ambiant, auscultation
cardio-pulmonaire normale, bilan biologique normal, l'ECG
7
(Electrocardiogramme) retrouvait un rythme sinusale
régulier. Le scanner cérébral retrouvait, un
hématome intra-parenchymateux fronto-pariétale gauche, de
24*37*36 mm avec oedème péri-lésionnel, sans effet de
masse sur les structures médianes, ni de signes d'engagement, ni
d'hydrocéphalie. Une hypodensité cortico-sous-corticale frontale
gauche, avec attraction passive de la corne antérieure avec attraction
passive de la corne antérieure du ventricule homolatéral en
rapport avec une séquelle ischémique. Après une
évolution favorable dans le service, Madame JB, a été
adressée en Soins de Suite et de Réadaptation pour la
rééducation de son hémiplégie droite et de son
aphasie.
A son arrivée en service de Soins de Suite et de
Réadaptation, son examen clinique révélait une vigilance
correcte, un déficit complet proportionnel de son hémicorps droit
flasque avec trouble de la compréhension. On notait l'existence d'une
hémianopsie latérale homonyme droite, avec
hémi-négligence droite, une attitude vicieuse en rotation externe
du membre inférieur droit, un oedème du membre supérieur
droit et une douleur à la mobilisation du poignet et des doigts droits.
Le reste de son examen clinique était sans particularités hormis,
un abdomen tendu et douloureux à la palpation et une sonde urinaire
à demeure. Durant son séjours en soins de suite et de
réadaptation, Madame JB, a bénéficié d'une
artériographie cérébrale de contrôle qui
était normale, d'une rééducation de son
hémiplégie droite avec hémi-négligence droite et
d'une dysphasie qui restait fluctuante au cours de la rééducation
et madame JB parvenait néanmoins à répondre en cas
d'incitation et si le sujet l'intéressait. d'un traitement de son
algodystrophie du membre supérieur droit. Son évolution dans le
service à été marquée par, une
décompensation anxio-dépressive traitée avec Lysanxia et
Séroplex, une parotidite traitée par antibiotiques et soins
locaux avec des bains de bouches et qui a conduit à l'arrêt de son
alimentation orale avec une dénutrition et apparition d'escarres
traitées par pansements hydro cellulaires et enfin une régression
psychologique et persistance des troubles de la compréhension.
Après un mois et demi, et
8
suite à sa perte d'autonomie et de ses séquelles
dues aux AVC antérieurs, elle est orientée en Unité de
Soins de Longue Durée.
En USLD, depuis Novembre 2009, madame JB, à
bénéficié d'un suivi de la mobilisation en
kinésithérapie, de la rééducation orthophonique,
d'une prise en charge en psychomotricité et des soins de nursing et de
conforts. Son évolution dans le service à été
marqué par des épisodes d'amélioration sur le plan
orthophonique et reprise de l'alimentation orale, ce qui lui a permis de
prendre 3kg en trois mois, avec guérison de son escarre sacrée,
une fluctuation de son humeur, cependant pour sa douleur on a été
obligé de passer aux morphiniques (Durogésic) pour mieux la
maitriser. Ses deux fils, venaient lui rendre visite
régulièrement et ils ont constaté cette
amélioration notamment sur le plan général et
psychologique. Un an plus tard, elle présentait une aphasie totale,
perte de la compréhension, avec déficits moteurs de
l'hémicorps gauche. le reste de l'examen clinique notamment
cardio-pulmonaire était sans particularités. Un scanner
cérébral a été demandé en urgence, et
retrouvait un hématome intra parenchymateux frontal droit de 26*40 mm
avec oedème péri lésionnel, sans déviation de ligne
médiane, avec séquelles frontales et occipitales gauches et
asymétrie des ventricules liée aux séquelles frontales
gauches. Un avis neurologique à été demandé, en
faveur d'une abstention thérapeutique et poursuite de la prise en charge
habituelle et surveillance. Une amélioration de son état clinique
avec reprise de l'alimentation orale, reconnaissait les membres de sa famille,
était non algique. Deux mois plus tard, elle présentait des
troubles de la conscience, avec un score de Glasgow à 7/15 (Y 1, V 1,
M5), dans un contexte infectieux T°C= 39°C, Pression
artérielle à 210/95 mmHg, examen cardio-pulmonaire sans
particularités. Un scanner cérébral sans injection de
produit de contraste à été réalisé, et
mettait en évidence plusieurs hématomes intra parenchymateux;
occipital gauche 38*22mm, au niveau de la tête du noyau caudé
gauche 21*29mm, temporo -polaire gauche 29*29 mm, frontal droit 20*23mm
(provoquant
9
l'hémorragie sous arachnoïdienne frontale droite),
hémorragie sous arachnoïdienne diffuse prédominant en
frontal droit, hémorragie intra ventriculaire des deux ventricules
latéraux, dilatation de la corne du ventricule latéral gauche et
hypodensité de la substance blanche péri ventriculaire gauche
séquellaire et connue. OEdème intracrânien et sans signe
d'engagement.
L'avis de neurologie était le même avis de la
famille de notre patiente, c'est à dire, l'abstention
thérapeutique et une prise en charge en palliatif. Une équipe des
soins palliatifs venait la voir régulièrement, avec la poursuite
de la prise en charge de la douleur (morphiniques), de son
anxiété (hypnovel), soins de bouche, soins de nursing de
confort.
Après deux semaines de coma profond, Madame JB est
décédée, dans le service, sans signes de souffrance ni de
détresse cardiorespiratoire.

FIGURE 1: Scanner sans injection de produit de contraste
montrant des hématomes lobaires multiples temporale gauche et occipitale
gauche lors d'une 4ème récidive d'hémorragie
cérébrale chez une patiente de 77 ans, ayant HTA comme facteur de
risque vasculaire
10
V. DISCUSSION:
1. EPDEMIOLOGIE DES HEMORRAGIES INTRACEREBRALES:
Les hémorragies intracérébrales
représentent 10 - 15 % de l'ensemble des accidents vasculaires
cérébraux (2, 4, 16). On distingue parmi les hémorragies
intracérébrales spontanées, les hématomes
intracérébraux primaires, de loin les plus fréquent, qui
se rencontrent dans près de 90% des cas et qui sont dus à la
rupture de petits vaisseaux fragilisés par l'hypertension
artérielle ou l'angiopathie amyloïde qui serait la première
cause de ces hémorragies primaires spontanées chez la personne
âgée (2, 9,11).
2. MANIFESTATIONS CLINIQUE DE L'ANGIOPATHIE AMYLOIDE
CEREBRALE:
a. LES FORMES ASYMPTOMATIQUES:
L'angiopathie amyloïde cérébrale est le plus
souvent asymptomatique(1, 2,3, 8), Elles sont alors de découverte
fortuite lors d'autopsies.
b. LES HEMORRAGIES INTRACEREBRALES SPONTANEES:
Les hémorragies cérébrales
récidivantes sont les manifestations cliniques les plus
fréquentes des angiopathies amyloïdes cérébrales
sporadique Aâ notamment chez les sujets
âgés. En raison de la coexistence possible de
l'hypertension artérielle, l'hémorragie ne peut toutefois pas
toujours être attribuée avec certitude à l'angiopathie
amyloïde Aâ. Les hémorragies cérébrales
associées aux formes sporadiques d'angiopathie amyloide
cérébrale sont lobaires récidivantes et surviennent plus
fréquemment dans les régions frontales (3, 4, 8). Comme
c'était le cas de notre patiente, avec au moins deux récidives
d'hémorragies lobaires et de topographie frontale.
c. LES TROUBLES NEUROLOGIQUES TRANSITOIRES:
Ces manifestations neurologiques transitoires peuvent être
uniques ou au contraire se reproduire, alors de façon souvent
stéréotypées. Elles peuvent être l'expression de
micro infarctus, de microhémorragies, ou de crises d'épilepsie
focales (2). Des leuco-encéphalopathies diffuses sans
spécificité ont aussi été décrites dans
l'angiopathie amyloïde.
11
Elles peuvent être asymptomatiques ou associées
à des hémorragies ou des infarctus cérébraux. Une
hypo perfusion chronique de la substance blanche vascularisée par des
artères perforantes longues prenant naissance dans les vaisseaux
leptoméningés touchés par l'angiopathie amyloïde,
serait à l'origine de ces leuco- encéphalopathies (3, 8). Dans de
rares cas, ces leuco-encéphalopathies peuvent avoir une
présentation clinique et radiologique évocatrice d'un processus
tumoral: de tels cas sont diagnostiqués à la biopsie et sont
souvent améliorés par les corticoïdes (3).
d. LES SYNDROMES DEMENTIELS:
Un tableau clinique de syndrome démentiel est
fréquent et peut résumer la symptomatologie (2). Il peut s'agir
d'une détérioration intellectuelle progressive jusqu'à la
survenue d'un hématome, ou seulement d'un déclin intellectuel
qu'un accident aigu focal, bien qu'unique, précipite dans la
démence (8). Association très fréquente avec la maladie
d'Alzheimer. L'association angiopathie amyloïde cérébrale et
plaques séniles semble significative dans des travaux comportant des
cerveaux des déments type Alzheimer et de sujets âgés non
déments. En outre, plusieurs auteurs signalent une corrélation
entre l'intensité de l'angiopathie amyloïde et le nombre des
plaques séniles particulièrement le nombre de plaques avec centre
amyloïde(12).
3. LES PRINCIPALES ETIOLOGIES DES HEMORRAGIES
CEREBRALES:
a. HYPERTENSION ARTERIELLE:
L'hypertension artérielle est responsable de 50% des
hémorragies intracérébrales (4). C'est la première
cause et est le facteur de risque le plus important des hémorragies
cérébrales (9). Elle affecte plus particulièrement les
sujets de plus de 50 ans, avec cependant une diminution de son incidence
après 80 ans. Sa responsabilité dans la survenue des
hémorragies cérébrales a nettement diminué ces
dernières années suite au dépistage de masse de
l'hypertension artérielle et a sa prise en charge thérapeutique,
comme l'avait
12
confirmé, l'étude PROGRESS qui a montré une
réduction significative (52%), du risque de récidive
d'hémorragie cérébrale sous inhibiteur de l'enzyme de
conversion, et ce quelque soit le niveau tensionnel initial (4). Les
hémorragies cérébrales dues à l'hypertension
artérielle sont essentiellement des hémorragies profondes,
localisées dans les noyaux gris centraux (putamen, thalamus, noyau
caudé), la capsule interne, le centre ovale, mais aussi le tronc
cérébral, et notamment la protubérance et le cervelet (4,
11, 2).
b. ANGIOPATHIE AMYLOIDE CEREBRALE:
? DEFINITION:
L'angiopathie amyloïde cérébrale est une
variété d'amylose strictement limitée aux vaisseaux du
cerveau (8), C'est une maladie des petits vaisseaux cérébraux
caractérisée par des dépôts de substance
amyloïde dans la parois des artères et veines
cérébrales leptoméningées (1).
Tableau I: Le pourcentage de l'angiopathie amyloïde
selon l'âge dans la littérature (7)
Age (ans)
|
40 - 49
|
50 - 59
|
60 - 69
|
70 - 79
|
80 - 89
|
90 et plus
|
Tomonaga 1981
|
|
|
8%
|
23%
|
37%
|
58%
|
Vinters et Gilbert 1983
|
|
|
4,70%
|
42,80%
|
46,40%
|
57%
|
Yamada et al 1987
|
|
|
33%
|
53%
|
54%
|
74%
|
Masuda et al 1988
(Hommes)
|
0%
|
4%
|
9,30%
|
18,30%
|
38%
|
42,80%
|
Masuda et al 1988
(Femmes)
|
0%
|
10%
|
13,60%
|
23,30%
|
36,10%
|
45,80%
|
Xu et al 2003
|
|
|
31,10%
|
26,70%
|
46,50%
|
66,70%
|
13
? EPIDEMIOLOGIE:
Le principal facteur de risque associé à
l'angiopathie amyloïde cérébrale est l'âge, c'est une
pathologie du sujet âgé (4,7).

0,8
0,7
0,6
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
40 - 49 50 - 59 60 - 69 70 - 79 80 - 89 90 et
plus
Tomonaga 1981
Vinters et Gilbert 1983 Yamada et al 1987
Masuda et al 1988 (Hommes) Masuda et al 1988 (Femmes) Xu
et al 2003
Courbe 1: Le pourcentage de l'angiopathie amyloïde
selon l'âge dans la littérature.
? NEUROOPATHOLOGIE:
La protéine 3-amyloïde, est un polypeptide non
glycosylé, hydrophobe, constitué de 39 à 43 acides
aminés (6). L'A342 semble un facteur déclenchant important dans
l'agrégation amyloïde dans les vaisseaux et les plaques
séniles; l'A340 interviendrait à un stade plus tardif dans les
vaisseaux plus sévèrement touchés (1). Ces
dépôts entrainent une dissociation des différentes couches
vasculaires, donnant lieu à des micro-anévrysmes. Les
conséquences anatomiques peuvent être un épaississement ou
un amincissement de la média; une réduction,
généralement au stade modéré, ou une dilatation ,
généralement à un stade plus
14
avancé de la maladie, du diamètre artériel
(5). A coté de ces micro-anévrysmes, on peut trouver des
fissurations concentriques de la paroi donnant un aspect en double contour,
inflammation péri-vasculaire chronique et nécrose
fibrinoïde. Il existe souvent à proximité des vaisseaux des
dépôts de globules rouges ou d'hémosidérine. La
combinaison de dépôts amyloïdes extensifs et de
lésions de la paroi contribue à la rupture de la paroi vasculaire
qui constitue le substratum aux hémorragies cérébrales
symptomatiques (1). L'angiopathies cérébrales a la
particularité d'être à la fois une cause d'infarctus
cérébral et d'hématome intracrânien (10).
? DIAGNOSTIC:
Le diagnostic de l'angiopathie amyloïde peut être
difficile et repose sur les critères diagnostiques de Boston (5)
(Tableau II).
Tableau II: Critères diagnostiques de Boston
d'angiopathie amyloïde cérébrale.
AAC définie
|
Examen post mortem complet montrant
· Hémorragie cérébrale lobaire
corticale ou subcorticale
· AAC sévère
· Absence de lésion en rapport avec un autre
diagnostic
|
AAC probable avec preuve
anatomopathologique
|
Données cliniques et anatomopathologiques
(hématome évacué ou biopsie cérébrale)
· Hémorragie cérébrale lobaire
corticale ou subcorticale
· AAC sur la biopsie
· Absence de lésion en rapport avec un autre
diagnostic
|
AAC probable
|
Données cliniques et radiologiques (IRM ou scanner)
· 2 hémorragies cérébrales lobaires
corticales ou subcorticales (y compris cervelet)
· Age = 55 ans
· Pas d'autre cause d'hémorragie*
|
AAC possible
|
Données cliniques et radiologiques (IRM ou TDM)
· Hémorragie cérébrale unique lobaire
corticale ou subcorticale
· Age = 55 ans
· Pas d'autre cause*
|
|
*Surdosage en anticoagulants (INR = 3), antécédent
de traumatisme crânien ou d'accident ischémique
cérébral, tumeur, malformation vasculaire, vascularite,
coagulopathie.
15
Le diagnostic est évoqué devant la survenue, chez
un sujet âgé de plus de 60 ans, d'hématomes lobaires
spontanés, récidivant, multifocaux (4). A l'imagerie, scanner
cérébral sans injection de produit de contraste ou au mieux
l'imagerie par résonnance magnétique (IRM) en écho de
gradient, la localisation cortico-sous-corticale de l'hématome renforce
la suspicion diagnostique de l'angiopathie amyloïde (4). Ce qui est le cas
chez notre patiente.
Le diagnostique de certitude des angiopathies amyloïdes
cérébrales ne peut être histologique de pièce
autopsique ou de matériel opératoire (cure chirurgicale
d'hématome ou biopsie cérébrale). Le nombre de vaisseaux
examinés et la présence de tissu méningé sur la
pièce examinée augmente la sensibilité pour la
détection de l'angiopathie amyloïde cérébrale. Mais
classiquement, la neurochirurgie serait pourvoyeuse de complications
hémorragiques cérébrales graves ce qui limite encore, en
l'absence de thérapeutiques curatives, les indications des biopsies
cérébrales (2).
? THERAPEUTIQUE:
Il n'existe pas de traitement curatif ni même
préventif spécifique du mécanisme de l'angiopathie
amyloïde (2). Le traitement initial n'est pas différend de celui
mis en place dans le cadre de l'hémorragie intracérébrale
d'origine non amyloïde, et il faut obtenir un contrôle strict des
agressions cérébrales secondaires d'origine systémique
(5). Les traitements anticoagulants, les anti thrombotiques et les
fibrinolytiques sont à éviter dans cette pathologie. Des
études sur des iso-formes peptide amyloïde A et la protéine
tau qui s'avèrent les marqueurs les plus sensibles et spécifiques
de l'angiopathie amyloïde et de la maladie d'Alzheimer et qui sont
dosés dans le liquide céphalorachidien permettent d'observer les
reflets des modifications neuro-pathologiques précoces de la maladie
d'Alzheimer et de l'angiopathie amyloïde, à savoir les
dépôts amyloïdes et les dégénérescences
neurofibrillaires (17). L'étude de ces bio- marqueurs constitue une voie
de recherche sur l'immunisation anti
16
amyloïde avec la vaccination anti amyloïde qui
changerait le cours de ces deux pathologies fréquentes chez la personne
âgée (13).
c. MALFORMATIONS VASCULAIRES:
Les malformations artério -veineuses sont
constituées par un réseau capillaire malformatif,
caractérisé par d'importantes "tortuosités" vasculaires et
par des zones de communication anormale directe entre les artères ayant
une couche musculeuse déficiente et des veines (appelées Shunt).
Les veines sont souvent dilatées et tortueuses en raison de l'importance
du flux sanguin (15). Considérées comme congénitales, les
malformations artérioveineuses cérébrales (MAVc) sont
diagnostiquées le plus souvent chez de jeunes adultes âgés
de 30 à 40 ans. Les symptômes associés nécessitent
souvent une prise en charge neurologique pour des crises symptomatiques
(focales ou généralisées), des céphalées
(épisodiques ou chroniques) ou un déficit neurologique
progressif. La complication la plus grave est la possibilité d'une
rupture spontanée menant à une hémorragie
intracérébrale, intra ventriculaire et/ou
sous-arachnoïdienne. Le risque hémorragique à long reste
faible (autour de 1% par an) pour les MAVc non rompues (diagnostiquées
sans hémorragie) et monte au-delà de 5% pour les malformations
après présentation hémorragique initiale (14).
Une grande partie des MAVc est détectée par IRM et
ARM cérébrale, notamment les malformations au-delà de 5
à 10 mm de diamètre. Néanmoins, l'artériographie
reste la méthode standard pour diagnostiquer et mieux
caractériser une MAVc . L'apparition d'une «veine
précoce» (qui s'injecte durant la phase artérielle de
l'angiographie) est la preuve définitive de la présence d'une
connexion artérioveineuse au sein de la malformation. Seule la
morphologie angiographique permet de juger le risque hémorragique de la
lésion et de déterminer la meilleure stratégie
thérapeutique (14).
17
d. ANOMALIES DE L'HEMOSTASE:
La fréquence des hémorragies
intracérébrales liées à des désordres
hémostatiques est très variable selon les études mais ils
sont trouvés préférentiellement chez les sujets jeunes. On
distingue ; les anomalies congénitales de l'hémostase secondaires
à un déficit en facteurs de la coagulation, les anomalies
acquises, quelles soient d'origine auto-immunes, idiopathiques,
néoplasiques, métaboliques ou enfin secondaires aux
thérapeutiques médicamenteuses (anti vitamines K). La fibrinolyse
neurologique est surtout responsable de la transformation hémorragique
d'un accident ischémique, plus rarement d'hémorragies
intracérébrales autonomes (4).
e. ETIOLGIES PLUS RARES:
Néoplasies surtout au cours d'un processus connu, toxiques
et alcool, vascularites plus exceptionnelles et enfin les transformations
hémorragiques précoce au cours des infarctus
cérébraux.
18
VI. CONCLUSION:
L'angiopathie amyloide est une pathologie du sujet
âgé. Bien que dans la majorité des cas elle est
asymptomatique, elle reste la deuxième cause d'hémorragies
intracérébrales spontanées, derrière l'hypertension
artérielle. Son diagnostic peut être difficile, et il repose sur
les critères de Boston. Il existe des formes atypiques dans lesquelles
les manifestations neurologiques transitoires peuvent être trompeuses. La
survenue chez une personne âgée de plus de 60 ans,
d'hémorragies cérébrales, récidivantes, de
topographie lobaire frontale, cortico-sous corticale doit évoquer son
diagnostic. Le scanner cérébral sans injection est un examen
essentiel pour mettre en évidence ces hématomes, mais l'apport de
l'imagerie par résonnance magnétique (IRM) en séquence T2
est largement supérieur du fait de la fréquence des
microhémorragies. Son diagnostic de certitude est anatomopathologique,
lors d'autopsies ou sur des pièces opératoires lors d'une cure
chirurgicale. La fréquence des complications hémorragiques
après biopsies cérébrales ou neurochirurgie chez des
patients porteurs de la maladie fait des mesures symptomatiques de
réanimation le seul moyen thérapeutique à l'heure actuelle
bien qu'une bonne évolution spontanée des hémorragies
intracérébrales en cas d'angiopathie amyloïde
cérébrale n'est pas rare selon les données de la
littérature.
19
VII. RESUME
L'angiopathie amyloïde est une maladie fréquente
en gériatrie, son diagnostic est parfois difficile, des manifestations
atypiques trompeuses sont fréquentes. C'est la deuxième cause des
hémorragies intracérébrales spontanée après
l'hypertension artérielle à la quelle elle est souvent
associée. J'ai rapporté un cas au sujet d'une femmes de 77 ans,
hypertendue sous traitement, qui est victime de plusieurs récidives
hémorragique de topographie souvent lobaire, frontale, avec une
récupération plus ou moins complète entre ces
épisodes, laissant penser selon les données de la
littératures, à l'angiopathie amyloïde. Son état
grabataire et sa famille refusant tout acharnement thérapeutique et
diagnostique, n'ont pas permis d'obtenir une preuve formelle impliquant
l'angiopathie amyloïde dans la survenue de ces hémorragies
récidivantes.
20
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