CONCLUSION
Sur le plan physique, les eaux du lac Mboli,
de la source et du forage sont dans l'ensemble acides à faiblement
acides ; la température moyenne de ces eaux est de 29,58 °C ;
d'après les valeurs de leurs conductivités, elles sont dans
l'ensemble faiblement minéralisées. Sur le plan chimique, les
eaux du lac Mboli, de la source et du forage dans l'ensemble renferme plusieurs
éléments traces métalliques (Mn, Fe, Cu, Cd, et le Al) ;
les concentrations des éléments majeurs reportées sur le
diagramme de piper révèlent deux principaux facies (le
faciès chloruré et sulfaté calcique et magnésien,
le faciès bicarbonaté calcique et magnésien). Chapitre
subséquent se propose d'interpréter et discuter les
résultats.
CHAPITRE IV : INTERPRETATION ET
DISCUSSION
34
INTRODUCTION
Les études décrites dans ce chapitre se
proposent d'interpréter et discuter les résultats obtenus
à partir des analyses physico-chimiques des échantillons d'eau.
Il est donc question de manière générale, de donner une
signification aux résultats obtenus. Pour cela, les variations
quantitatives, la méthode hydrochimique d'analyse statistique
multivariée ont été utilisés.
V.1. DISTRIBUTION DES PARAMETRES PHYSICO-CHIMIQUES DANS
LES EAUX ETUDIEES
Il est question de montrer comment est distribué les
paramètres physico-chimiques des eaux du lac, de la source et du forage.
Pour ce qui est du lac, le paramètre profondeur sera pris en compte.
V.1.1. Paramètres physiques
V.1.1.1. pH
Le pH mesure l'alcalinité et l'acidité d'un
milieu, c'est-à-dire de la concentration en ions d'hydrogène
(H+). L'échelle des pH s'étend en pratique de 0
(très acide) à 14 (très alcalin), la valeur médiane
7 correspond à une solution neutre à 25° C. Le pH des eaux
naturelles est lié à la nature des terrains traversés. La
mesure est importante, car le pH régit un grand nombre
d'équilibres physico-chimiques (Ngaram, 2011).
Les échantillons d'eau obtenus des deux stations de
prélèvement dans le lac Mboli montrent que la colonne d'eau issue
de la station 1 a un pH acide à faiblement acide (4,96 à 6,84).
La valeur acide se trouve à la base de la colonne (LMBb1), tandis que
les valeurs faiblement acides se trouvent respectivement au milieu et à
la surface de la colonne d'eau (LMBm1, LMBs1). Au niveau de la station 2,
l'évolution du pH est pratiquement la même que dans la colonne
d'eau de la station 1, c'est-à-dire acide à faiblement acide
(5,30 à 6,62), avec à la base un pH acide (LMBb2), au milieu et
à la surface des valeurs de pH faiblement acides (LMBm2,
LMBs2). Le caractère acide pourrait provenir du type
lithologique sous-jacente (grès ferrugineux) d'une part, et d'autre part
de la décomposition des matières organiques et la présence
de CO2 d'origine atmosphérique. Le caractère acide pourrait aussi
provenir d'une précipitation des hydroxydes qui génère une
acidité du milieu et consomme les ions et les métaux (Miramond et
al., 2006). L'acidité plus élevée à la
base des colonnes d'eau montre une minéralisation importante des
particules organiques qui provoque l'abaissement du pH (Alayat
35
et al. (2013) par rapport au milieu et à la
surface des colonnes d'eau (Fig. 13). Le pH est un facteur important dans le
système biologique, chimique de l'environnement aquatique (Ngaram,
2011), il influe alors sur le développement de la vie aquatique.
D'après les valeurs obtenues des deux colonnes d'eau, seule le fond de
chaque colonne pourrait rencontrer des difficultés de
développement de la vie aquatique (Tab. 3. De plus, les faibles valeurs
de pH affectent de façon indirecte la santé humaine puisqu'elles
favorisent la dissolution des métaux lourds qui peuvent avoir des
conséquences défavorables sur des personnes (Sorlini et
al., 2013). Par ailleurs, les travaux de Alayat et al. (2013)
dans le lac Oubeira en Algérie ont montré que le pH est basique
et reste constant dans toute la colonne d'eau (8-9), cette alcalinité
est due aux populations phytoplanctoniques et en partie à la
précipitation de carbonates, notamment de la calcite à partir des
bicarbonates. Par contre les travaux réalisés par Issa (2014)
dans le lac Nyos au Cameroun ont montré que le pH dans ces eaux est
acide (5,9 en moyenne), avec des valeurs plus faibles au fond de la colonne
d'eau. L'acidité le lac Nyos est due à la dissolution du CO2
(H2CO3).

Station 1
pH
0 2 4 6 8
Profondeur (cm)
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Station 2
pH
0 2 4 6 8
Profondeur (cm)
200
250
300
100
150
50
0
Figure 13. Évolution du pH dans les
colonnes d'eau.
Tableau 3. Niveau du pH et qualité de
l'eau (Anonyme, 2009)
pH < 5
|
- Impropre à une vie aquatique normale, ruisseaux des
régions granitiques, issus de tourbières ou à cours
forestier,
|
5 < pH < 6
|
- Peu favorables à la vie aquatique, cours d'eau à
substrat acide,
|
6 < pH < 8
|
- Situations les plus favorables à la vie aquatique,
|
8 < pH < 9
|
- Eaux closes ou assimilées, développements
végétaux importants, situation favorable à la vie
aquatique,
|
pH > 9
|
- Eaux peu favorables à la vie aquatique ou valeurs
passagères dues à la photosynthèse.
|
36
En ce qui concerne la variation spatiale du pH au niveau des
eaux souterraines (forage et source), il est nettement plus bas dans les eaux
de la source qu'au forage (Fig. 14). Dans l'ensemble, ces eaux sont acides.
Seul le pH mesuré dans les eaux du forage se trouve à une valeur
acceptable par les normes de l'OMS et ANOR (6,5-8,5 et 6,5-9). Sur la plan
naturel, l'acidité au niveau de la source ne de devrait pas être
différente de celle du forage du fait qu'ils ont la même nature
lithologique. En effet, la qualité physico-chimique des eaux
souterraines peu profondes dépend bien souvent de l'activité
humaine, tant agricole que domestique, (Close et al., 1989 ; Hassoun et al.,
2006), du type de végétation recouvrant le sol (Mahendrappa,
1989). Cette diminution du pH dans la source serait donc due à des
apports supplémentaires en eaux acides (CRE, 2009), notamment les eaux
de pluies acides, les eaux de ruissellement chargées de matières
organiques en décomposition, car la source est exposée à
toute pollution de par son ouverture directe avec l'atmosphère. La
valeur moyenne du pH de ces eaux est supérieure à celle obtenu
par Messolo (2020) dans les eaux souterraines de la localité de Nkozoa,
par contre elle est inférieure à celle obtenue par Emmachoua
(2018) dans le bassin versant de Makenéné.
Echantillons

pH
8
MF1 S
6
4
2
0
Figure 14. Variation du pH dans les eaux
souterraines. V.1.1.2. Conductivité
électrique
La conductivité désigne la
propriété qu'a une solution à conduire le courant
électrique. Cette mesure permet d'évaluer rapidement le
degré de minéralisation d'une eau, c'est-à-dire la
quantité de substances dissoutes ionisées qui y sont
présentes (Madjiki et al., 2013).
En ce qui concerne le lac Mboli, les valeurs de
conductivités mesurées au niveau des deux colonnes d'eau sont
inférieures à 100 ìS/cm. Ces eaux ont une très
faible minéralisation (Detay 1993). Ces conductivités montrent
une minéralisation insuffisante des eaux dans les colonnes (Nisbet et
Vernaux, 1970). Les deux stations de mesure ont pratiquement la même
évolution dans la colonne d'eau (Fig. 15). D'une
façon générale, les résultats montrent que la
conductivité est constante de la base de la colonne jusqu'à la
surface pour les deux stations de mesure. Il y'a donc une
homogénéité de la conductivité dans la colonne. Ces
faibles conductivités électriques des eaux dans le lac seraient
à mettre en relation avec la composition minéralogique des roches
drainées dans le lac (grès) et une dilution par les eaux de pluie
car l'échantillonnage de ces eaux a été effectué en
période pluvieuse (mars 2020). Par ailleurs, ces valeurs de
conductivité sont de même ordre de grandeur que celles
mesurées par Ngafack (2014) dans le lac Ossa situé dans la
même localité, mais par contre elles sont inférieures
à celles obtenues par madjiki et al (2013) dans lac municipal
d'Ebolowa (Sud-Cameroun) situé en zone métamorphique. Ces
remarquent montrent que la signature chimique des eaux dépend
étroitement de la formation géologique qu'elle draine (Andre et
al., 2005 ; Xing et al., 2013).
Station 1
conductivité (ìS/cm)
27,3 27,4 27,5 27,6 27,7

Profondeur (cm)
200
250
300
350
400
100
150
50
0
Station 2
conductivité (ìS/cm)
27,1 27,2 27,3 27,4 27,5
Profondeur (cm)
|
0 50 100 150 200 250 300
|
|
37
Figure 15. Évolution de la
conductivité électrique dans les colonnes d'eau.
Pour ce qui est des eaux souterraines (source et forage), la
conductivité est plus basse dans les eaux source que ceux du forage avec
une différence de 4,32 uS/cm. Dans l'ensemble ces conductivités
sont inférieures à 100 uS/cm (Fig. 16). Ce qui traduit une
minéralisation très faible de ces eaux (Detay, 1993). Ces faibles
conductivités seraient liées à la force ionique qui
découle des formations traversées par ces eaux (Loukman et
al., 2017). Les valeurs de conductivités mesurées dans
les eaux de la source et du forage sont inférieures aux valeurs
recommandées par l'OMS et l'ANOR pour les eaux de boisson
(respectivement 1500 et 1000 uS/cm). Ces conductivités sont de
même ordre de grandeur que celles obtenues par Ngounou (2018) dans les
eaux des rivières de Garoua Sambé (Est Cameroun) par contre elles
sont inférieures aux valeurs obtenues par Ngouh et al. (2020)
dans les eaux de l'aquifère à nappe libre du bassin versant du
Nkié (Yaoundé-Cameroun).
Echantillons

Conductivité (uS/cm)
20
MF1 S
55
50
45
40
35
30
25
38
Figure 16. Variation de la conductivité
dans les eaux souterraines. V.1.1.3. Température
La température est l'un des facteurs qui
contrôlent l'essentiel des activités biologiques et
écologiques des êtres vivants. La température de l'eau est
un élément essentiel dans le fonctionnement des systèmes
aquifères (Brooke et Colby, 1980). Elle joue un rôle important par
exemple en ce qui concerne la solubilité des sels et des gaz dont, entre
autres, l'oxygène nécessaire à l'équilibre de la
vie aquatique (IBGE, 2005). C'est un paramètre qui dépend des
facteurs climatologiques (Ben Charrada, 1992) mais aussi de la géologie
et des activités qui se déroulent sur le plan d'eau.
Les températures mesurées dans les profils
verticaux de chaque station de prélèvement du lac Mboli, montrent
que pour ce qui est de la station 1, la température varie peu dans la
colonne d'eau (Fig. 17). La valeur la plus basse dans cette station se trouve
à la base de la colonne d'eau (LMBb1) tandis qu'on note une
température constante du milieu jusqu'à la surface de la colonne
d'eau (LMBm1, LMBs1). La variation thermique dans cette station est d'amplitude
2,6° C. Il est donc difficile de parler de stratification thermique dans
cette colonne d'eau, néanmoins s'il fallait considérer cette
légère variation on dira qu'il y'a stratification thermique entre
les couches supérieures de mesure et le fond de la colonne d'eau. Cette
stratification thermique serait alors due à un réchauffement par
les rayons solaires des eaux de la surface par rapport aux eaux de profondeurs.
En ce qui concerne la station 2 on note de légères
disparités de température entre les niveaux de mesure dans la
colonne d'eau. La valeur
la plus importante est celle mesurée en surface (,
LMBs2) et la valeur la plus basse est celle obtenue au milieu de la
colonne d'eau (LMBm2). Cette différence de température est de
l'ordre de 1,5° C. Jean-René et Daniel (1994) expliquent que les
variations de la température des eaux ont pour origine les milieux
frontaliers. En effet, la profondeur moyenne (3 m) du lac Mboli, le brassage
des eaux dû aux vents, aux activités de pêche, de navigation
sur le plan d'eau du lac, crée un fort hydrodynamisme qui favorise le
mélange des couches d'eau de surface et des couches d'eaux
sous-jacentes, d'où les faibles disparités de température
observée dans la colonne d'eau. En outre, les rayons du soleil
traversent la faible épaisseur d'eau et la réchauffe de
façon homogène (Séraphin et al., 2008 ;
Jean-René et Daniel, 1994). Ces résultats sont pratiquement de
même ordre que ceux obtenus par Nziéleu et al. (2016) ;
Ngafack (2014), respectivement dans le complexe du lac Ossa (littoral Cameroun)
à la même période, et sont supérieures à ceux
obtenus par Oumar et al. (2014) dans les lacs Birni et Dang
(région de l'Adamaoua, Cameroun).
Station 1
Température (° C)
30,5 31 31,5 32 32,5

Profondeur (cm)
200
250
300
350
400
100
150
50
0
Station 2
Température (° C)
30,5 31 31,5 32 32,5 33
Profondeur (cm)
|
0 50 100 150 200 250 300
|
|
39
Figure 17. Évolution de la
température dans les colonnes d'eau.
En ce qui concerne les eaux souterraines, la
température varie peu, la valeur la plus grande se trouve au niveau de
la source avec une différence de 0,9° C avec la valeur
mesurée dans les eaux du forage (Fig. 18). L'OMS n'a recommandée
aucune valeur pour la température de l'eau de boisson. Par ailleurs,
L'eau froide est généralement plus appréciée que
l'eau chaude
40
et la température aura un impact sur
l'acceptabilité d'un certain nombre de constituants inorganiques et de
contaminants chimiques qui peuvent affecter le goût. Une
température élevée de l'eau stimule la croissance des
micro-organismes et peut accroître les problèmes liés au
goût, à l'odeur, à la coloration et à la corrosion
(OMS, 2017). Ces valeurs de température sont supérieures aux
valeurs obtenues par Ngouh et al. (2020) dans les eaux de
l'aquifère à nappe libre du bassin versant du Nkié
(Yaoundé-Cameroun) ; Yaka et al. (2020) dans les eaux
souterraines de quelques quartiers de Yaoundé VII (centre Cameroun).

Températures (°C)
30
25
20
15
10
Echantillons
MF1 S
Figure 18. Variation de la température
dans les eaux souterraines. V.1.2. Paramètres
chimiques
|
|