1 FONDAMENTAUX DU
TAUX DE CHANGE REEL ET MESALIGNEMENTS DU FRANC CFA DANS L'UEMOA
|
Présenté et soutenu par:
Sous la direction du :
Kwami Ossadzifo WONYRA Professeur Aimé T. GOGUE
Enseignant chercheur à l'université de Lomé,
Responsable des masters recherche en économie.
Juillet 2012
|
|
DEDICACE
Je dédie ce
mémoire à :
Mon père, pour ses
multiples soutiens et son attachement à mes études.
Ma mère, pour les
sacrifices qu'elle a consentis pour moi.
Mes frères et
soeurs, pour leurs soutiens moral et fraternel.
Mademoiselle Reine
DOSSOU, pour son sens d'écoute et son soutien moral.
Mes proches amis et
étudiants de la première promotion des masters en économie
de l'université de Lomé.
Toute la Faculté
des Sciences Economiques et de Gestion pour la qualité de la formation
et pour l'engagement de tout le corps professoral.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à
adresser nos vifs remerciements et notre profonde gratitude à tous ceux
qui nous ont soutenus durant notre formation et dans la réalisation de
ce mémoire, en l'occurrence :
Le Professeur Aimé
Tchabouré GOGUE, Responsable des masters recherche, qui malgré
ses nombreuses préoccupations, a bien accepté diriger ce
mémoire. Ses conseils et soutiens, à caractères
académique et paternel, nous ont été de grand apport tout
au long de notre formation.
Le Docteur Nourredine
Anani MENSAH, Premier Vice Doyen de la Faculté des Sciences Economiques
et de Gestion de l'Université de Lomé, pour son attachement
à l'aboutissement cette formation dont nous sommes la première
promotion.
Le Professeur Ega
Akoété AGBODJI, Chef du département d'économie et
Responsable du Master Professionnel, pour ses conseils et ses appuis
multiformes à la réussite de notre formation.
Les Docteurs Koffi
SODOKIN, Akilou AMADOU, Kodjo EVLO et Mawuli COUCHORO, pour leur appui
multiforme durant notre formation.
Les institutions
internationales, qui ont bien accepté contribuer à notre
formation. Nous voulons citer particulièrement l'Organisation Mondiale
de Commerce (OMC) dont l'intervention dans notre formation est d'une importance
capitale.
Les Doctorants en Sciences
économiques de la FaSEG pour leurs apports constructifs pour
l'amélioration de ce mémoire.
Nous tenons aussi à témoigner toute notre
gratitude à l'ensemble du corps enseignant et administratif de la
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FaSEG) de
l'Université de Lomé.
SOMMAIRE
DEDICACE
i
REMERCIEMENTS
ii
SIGLES ET ABREVIATIONS
ii
LISTES DES TABLEAUX ET DES GRAPHIQUES
ii
RESUME
ii
Introduction
2
Chapitre 1 : Politique de change dans
l'UEMOA
2
Chapitre 2: Théorie du taux de change et de
son mésalignement
2
Chapitre 3 : Evaluation empirique du taux de
change réel d'équilibre et son mésalignement dans
l'UEMOA.
2
Conclusion
2
Références bibliographiques
2
Annexes
II
TABLE DES MATIERES
II
SIGLES ET ABREVIATIONS
BCEAO Banque Centrale
des Etats de l'Afrique de l'Ouest
CFA Communauté
Financière Africaine
CEMAC Communauté
Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale
FF Franc
Français
HP Hodrick
Prescott
IDE
Investissement Direct Etranger
PAS Programmes
d'Ajustement Structurel
PAZF Pays
Africains de la Zone Franc
PED Pays En
Développement
PIB Produit
Intérieur Brut
PMG Pooled Mean
Group
PWT Penn World
Table
SFI Statistiques
Financières Internationales
TCR Taux de
change Réel
TCRE Taux de Change
Réel Effectif
UEMOA Union Economique et
Monétaire Ouest Africaine
WDI World
Development Indicators
LISTES DES TABLEAUX ET DES GRAPHIQUES
Liste des
tableaux
TABLEAU 1: TAUX DE PERTE DE
COMPÉTITIVITÉ DES PAYS DE L'UMOA AVANT 1994
2
TABLEAU 2: PERTE DE
COMPÉTITIVITÉ PAR LA MÉTHODE DES
ÉLASTICITÉS
2
TABLEAU 3: RÉCAPITULATIF DES SIGNES
ATTENDUS
2
TABLEAU 2 : RÉSULTATS DES TESTS DE
RACINE UNITAIRE
2
TABLEAU 3 : RÉSULTATS DU TEST DE
COINTÉGRATION DE KAO
2
TABLEAU 4 : COEFFICIENTS DE LONG TERME
2
TABLEAU 5 : COEFFICIENTS DE COURT TERME
2
TABLEAU 6: DEGRÉS DE
MÉSALIGNEMENT DU TAUX DE CHANGE RÉEL DU FRANC CFA DANS
L'UEMOA
2
Liste des graphiques
GRAPHIQUE1 : EVOLUTION DU TAUX DE CHANGE
RÉEL EFFECTIF DANS LES PAYS DE L'UEMOA
2
GRAPHIQUE 2 : EVOLUTION DU TAUX DE CHANGE
RÉEL EFFECTIF DE L'UEMOA
2
GRAPHIQUE 3 : EVOLUTION DU TAUX DE CHANGE
RÉEL ACTUEL VS TAUX DE CHANGE D'ÉQUILIBRE
2
RESUME
Identifier les
fondamentaux du taux de change réel du franc CFA dans l'UEMOA et
déterminer les degrés de son mésalignement sont les
objectifs de ce mémoire. Pour y parvenir, nous avons utilisé les
données en panel sur une période de 1984 à 2010. Les
résultats obtenus à l'aide de la méthode des Pooled Mean
Group montrent que l'investissement, les dépenses gouvernementales,
l'ouverture commerciale et la balance commerciale influencent significativement
le taux de change réel du franc CFA à long terme dans l'UEMOA.
S'agissant de la relation de court terme, les résultats montrent que
seules la productivité et la balance commerciale sont les fondamentaux
qui influencent significativement le taux de change réel du franc CFA.
La vérification de l'hypothèse de surévaluation de la
valeur du franc CFA montre que le degré de mésalignement du taux
de change réel du franc CFA est de 8,32% en 2009, ce qui confirme cette
hypothèse. Il est important de souligner que ces distorsions du taux de
change constatées sont d'ordre macroéconomique étant
données que l'approche utilisée dans ce travail est celle
macroéconomique, ce qui dénote une mauvaise coordination des
politiques macroéconomiques visant le maintien du taux de change
à son niveau d'équilibre étant entendu le régime de
change dans l'UEMOA.
Introduction
Je trouve qu'il est difficile
d'imaginer un monde dans lequel il ne serait pas important d'estimer les
mésalignements du taux de change.
(Williamson,
1999)
1. Contexte et problématique
Le concept du taux de change réel a été
et reste au centre de nombre de préoccupations en économie
internationale. La politique de gestion du taux de change a longtemps
joué un rôle fondamental dans les pays en développement en
général et dans les pays de la zone franc en particulier.
Ce rôle a été accentué surtout
dans l'élaboration des politiques d'ajustement structurels et de
stabilisation du cadre macroéconomique. Selon la Banque Mondiale (1993),
une gestion judicieuse du taux de change réel (en évitant une
surévaluation accentuée du taux de change réel par rapport
à son niveau d'équilibre) conduirait à des réformes
(stabilisation économique et ajustement structurel) plus efficientes et
relativement moins coûteuses dans le court et le moyen terme, ainsi
qu'à une croissance soutenue orientée vers le futur.
Les débats récents sur les ajustements
structurels de la stabilisation macroéconomique ont accentué le
rôle crucial que joue le taux de change dans la promotion des
exportations et dans la conduite vers les sentiers optimaux de la production et
de l'emploi. Il est alors évident que maintenir la valeur de sa monnaie
à un niveau approprié devient un objectif fondamental puisque,
une surévaluation occasionnerait la perte de la
compétitivité de l'économie vis-à-vis du reste du
monde.
Les pays africains de la zone franc, de par leur histoire,
ont hérité d'un régime de change fixe depuis leur
passé colonial. Ainsi ces pays ont vu leur monnaie s'arrimer au franc
français (FF) qui était la monnaie de leur métropole.
En effet, en 1948, 1 FF équivalait à 50 franc
CFA1(*) ; en 1994,
cette parité fixe fut modifiée et 1 FF valait 100 F CFA, soit une
dévaluation de 100% afin de prendre en compte les
déséquilibres interne et externe des pays de la zone franc face
à l'impuissance des solutions proposées par les programmes
d'ajustements structurels (PAS) des années 1980. La dévaluation
de 1994, la seule qu'ont connue les pays africains de la zone franc
(PAZF), était considérée comme une mesure importante de
renforcement de la compétitivité prix et de l'activité
économique. Cependant, les effets attendus de cet ajustement n'ont pas
comblé les attentes de redressement économique de ces pays et
n'ont pas duré dans le temps. Ainsi, selon une étude menée
par Djoufelkit (2006, 2007), le TCR2(*) de l'UEMOA s'est apprécié de 13,4% entre
1994 et 2004 (pour l'ensemble de la zone franc CFA, son appréciation est
de 12,7%) par rapport à son niveau post dévaluation de 1994. De
2005 à 2006, il s'est déprécié de -0,2% pour
l'UEMOA (-0,6% pour la zone Franc CFA). Au total, entre 1994 et 2006, la zone
UEMOA a enregistré une appréciation du TCR correspondant ainsi
à une perte de compétitivité de l'ordre de 22% (21% pour
la zone franc CFA). Pour Kiema, Nubukpo et Sanou (2011), les gains de
compétitivités acquis lors de cette dévaluation de 1994 se
sont complètement résorbés dans les années 2002 -
2003.
Depuis le 1er janvier 1999, le FF devint l'euro et
la nouvelle parité devient 1 euro contre 655,957 franc CFA. Ainsi, avec
l'avènement de l'Euro, en janvier 1999, le franc CFA est
désormais arrimé à l'euro. La valeur du franc CFA sur les
marchés internationaux dépend de celle de l'Euro.
L'évidence de la fixité du franc CFA est que les PAZF n'ont pas
le contrôle de leur politique de change et sont vulnérables ainsi
aux fluctuations des cours mondiaux3(*). Ce qui rend le niveau des recettes d'exportation des
PAZF tributaire de celui des fluctuations des monnaies internationales. Dans
cette logique l'on pourrait croire que les récurrentes phases de
distorsion du taux de change réel dans l'UEMOA sont en partie imputables
aux fluctuations de l'Euro face au Dollar et vice versa.
En 2002, le franc CFA s'apprécie de nouveau par
référence à l'euro qui s'est apprécié
de plus 30% par rapport au dollar américain. Mieux encore, entre 2000 et
2010, le dollar a en effet perdu 43% de sa valeur contre l'euro, et donc contre
le franc CFA, ce qui met une pression à la hausse du franc CFA. Coudert
et al. (2010) soulignent ainsi que la monnaie d'ancrage n'est pas neutre :
leurs estimations du taux de change d'équilibre pour ces
économies montrent que le franc CFA tend à être
surévalué dans les périodes durant lesquelles l'euro est
fort.
De surcroît, la crise financière récente a
vu l'euro s'apprécier de façon considérable et par
ricochet une appréciation du franc CFA. Ainsi, en considérant la
structure du commerce des pays de l'UEMOA4(*) qui est essentiellement basée sur l'exportation
des produits de base dont les cours subissent de fortes fluctuations, une
monnaie forte serait alors considérée comme une taxe à
l'exportation, ce qui rend moins compétitifs les PAZF.
Graphique1 :
Evolution du taux de change réel effectif dans les pays de
l'UEMOA

Source : auteur à partir des
données du WDI 2011.
Le graphique retrace l'évolution des taux de change
réels des pays de l'UEMOA et montre une tendance haussière
après la dévaluation de 1994. Il est à remarquer que
même si le degré d'appréciation des taux de change
diffère selon les pays, on peut cependant supposer de façon
globale que le taux de change réel dans l'UEMOA s'est
apprécié depuis 1994.
Graphique 2 :
Evolution du taux de change réel effectif de l'UEMOA

Source : calcul de l'auteur à
partir des données de WDI 2011
Dans les pays de la zone franc et notamment dans les pays de
l'UEMOA, ce phénomène de surévaluation se pose avec
d'autant plus d'acuité que les secteurs d'exportation sont souvent
vitaux en raison de l'étroitesse de leur marché intérieur,
de la faible diversification de leur production et de la faiblesse de leur
capital humain et de leur potentiel technologique. Il apparaît donc que,
pour ces pays, la croissance dépend en grande partie des secteurs
d'exportation qui constituent la principale source de devises
étrangères, le principal pourvoyeur des recettes publiques, et
constituent les principaux secteurs attractifs des IDE (Elbadawi et al.
[1999]). Aussi, face aux difficultés actuelles de la zone, le
débat sur un éventuel réajustement de la valeur du franc
CFA refait surface et est bidirectionnel. Pour certains l'ancrage à
l'euro comme une source potentielle de surévaluation et un frein au
développement économique. Pour d'autres, les effets d'une
nouvelle dévaluation sont cependant incertains dans la mesure où
elle ne permettrait pas de faire face aux difficultés
structurelles5(*) de la
zone.
Au-delà de toutes ces considérations, les pays
de l'UEMOA, ayant perdu l'instrument de politique monétaire du fait du
régime de change fixe relativement au triangle d'incompatibilité
de Mundell6(*), n'ont
à leur disposition que l'instrument de la politique budgétaire.
Cette politique budgétaire souffre d'inefficacité face aux
énormes enjeux de croissance, de développement et de
réduction de la pauvreté. Il en ressort que les pays de l'UEMOA
n'ont pas un véritable instrument de politique économique pouvant
permettre de sortir de cette trappe de difficultés économiques,
lesquelles difficultés sont renforcées par une monnaie qui tend
à s'apprécier même si la politique de change est sujette
à réflexion vu l'évolution de l'environnement
économique mondial et surtout la mauvaise santé de la monnaie
d'arrimage du franc CFA.
Par ailleurs, la crise de la dette dans la zone
euro depuis 2011 fait ressurgir la question de la dévaluation du franc
CFA. Les débats récents sur une imminente dévaluation ou
non créent bien évidemment un état d'alerte pour les
agents économiques. Dans ces conditions, de fortes spéculations
peuvent voir le jour. Ainsi, des agents économiques cherchent dès
lors à échanger le franc CFA contre des devises
étrangères notamment l'euro. Pour détendre
l'atmosphère et faire revenir la confiance aux opérateurs, la
commission de l'UEMOA a, en Décembre 2011, rassuré par un
communiqué qu'aucune dévaluation n'est à l'ordre du jour
et qu'il s'agit d'une pure spéculation.
Cependant, en faisant abstraction de ces débats autour
de la dévaluation, une analyse plus approfondie de la situation du franc
CFA doit susciter un regain d'intérêt. En effet, si depuis la
dévaluation de 1994, c'est la crise de la dette dans la zone euro qui
vient fomenter une fois encore cette cruciale controverse de la
dévaluation, il est alors judicieux de s'interroger sur les fondamentaux
du taux de change réel du franc CFA. En effet, cette controverse peut se
justifier par des effets éventuels d'une dévaluation sur le cadre
macroéconomique et le cadre social des pays de la zone franc et ceci
à cause de la fragilité de ces économies et de
surcroît à cause de leur incapacité à satisfaire
tant soit peu une part importante de leur demande de consommation
intérieure.
L'intérêt de la présente étude
intitulée « fondamentaux du taux de
change réel et mésalignement du franc CFA dans
l'UEMOA » repose indubitablement sur la recherche d'une
réponse à la problématique d'une
nécessité de dévaluation ou non.
Répondre à cette problématique, revient
à poser un certain nombre d'interrogations à savoir :
ü Quels sont alors les fondamentaux du taux de change
réel d'équilibre du franc CFA dans l'UEMOA ?
ü Dix - sept ans après la dévaluation de
1994, le franc CFA nécessite - t - il un nouveau changement de sa valeur
par rapport à l'euro ?
2.
Objectifs de la recherche
2.1. Objectif
général
Il s'agit d'identifier les fondamentaux économiques qui
expliquent le comportement du taux de change réel d'équilibre
(TCRE) dans l'UEMOA de 1984 à 2010.
2.2. Objectifs
spécifiques
(i) Estimer la
relation de long terme entre le taux de change réel d'équilibre
du franc CFA dans l'UEMOA et ses fondamentaux.
(ii) Déterminer les déséquilibres du TCRE
des pays de l'UEMOA.
Pour répondre aux questions fondamentales posées
et atteindre les objectifs fixés, notre document de recherche sera
présenté en trois chapitres. Le premier, présente la
politique de change dans l'UEMOA, le deuxième aborde la théorie
du taux de change ; et le troisième porte sur l'analyse
économétrique de la relation entre le taux de change réel
du franc CFA et ses fondamentaux puis expose les résultats et
interprétations suivis des implications de politique économique.
Chapitre 1 : Politique de change dans l'UEMOA
Ce premier chapitre permet d'abord de présenter
l'historique du franc depuis son instauration, ensuite, d'expliquer et
d'analyser le mécanisme de fonctionnement de la politique de change dans
l'UEMOA, dont la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) en a
la charge. En fin, un accent particulier sur l'avènement de la
dévaluation de 1994.
I.
Historique du franc CFA
Créé initialement en
1939, juste avant la
Seconde Guerre
mondiale, le franc CFA a officiellement vu le jour
26
décembre
1945, jour où la France
ratifie les
accords de
Bretton Wood et procède à sa première
déclaration de parité au
Fonds
monétaire international (FMI). Le franc CFA signifiait alors
« franc des Colonies Françaises d'Afrique » et
était émis par la
caisse
centrale de la France d'outre-mer.
Il avait pour objectif de restaurer l'autorité
monétaire française dans ces territoires qui ont
été isolés de la métropole durant la seconde guerre
mondiale, et qui ont souffert de la raréfaction des échanges, et
ont dû parfois créer des émissions locales appuyées
sur d'autres devises que le franc français (par exemple le dollar US),
voire accepter des émissions fantaisistes par les troupes armées,
ou accepter la monnaie des occupants, comme ce fut le cas pour les protectorats
et territoires français en Asie, alors que ces territoires, et les
institutions financières locales publiques et privées, doivent
gérer leurs dettes extérieures à la fin du conflit
mondial ?
La règle du jeu monétaire est simple : dans
tous les pays membres circuleront désormais des billets de nom et des
graphismes différents mais de valeur respective fixe. Un franc CFA ou
comoriens vaudra donc partout et toujours 2 centimes français. Les
initiales CFA signifiaient à cette époque
« Communauté Financière Africaine » pour les
sept États de l'Ouest et la « Coopération
Financière de l'Afrique Centrale » pour les six autres pays.
Le franc CFA jouit de la « libre convertibilité »
rendant l'échange constamment possible à ce cours entre toutes
les monnaies.
Cette « libre convertibilité »
devient une arme à double tranchant, car imprimer du franc CFA
équivaut à créer du franc français. La Banque de
France aura donc pour tâche de surveiller au plus près les
politiques monétaires des trois banques centrales africaines et
comorienne. Cette prééminence passe par l'engagement de la Banque
de France de fournir en cas de besoin des devises aux trois banques centrales
si celles-ci épuisent leurs réserves ; en fait elle s'engage
à combler les trous. Pour mieux exercer son contrôle, la Banque de
France fait centraliser les réserves de change auprès du
Trésor français qui détient donc un « compte
d'opération » au nom de chacune des banques centrales. Ces
comptes pouvant être débiteurs ou créditeurs, ils
génèrent des mouvements d'intérêts.
Pendant longtemps, les soldes ont toujours été
à peu près équilibrés, aujourd'hui ce compte est
largement excédentaire, le système ne coûtait pas beaucoup
de devises à la France, d'autant plus qu'elle n'intervenait qu'en
dernier recours. Les banques centrales devaient d'abord inciter les pays
endettés de la zone à négocier en priorité des
délais de paiements supplémentaires à leurs
créanciers étrangers avant de demander de
bénéficier de la couverture du parapluie monétaire
français.
En
1958, le franc CFA devient
« franc de la Communauté Française
d'Afrique ».
Avec les indépendances, les divergences
idéologiques ont poussé des pays comme le
Mali et le
Madagascar à
quitter cette union avant que le Mali n'y revienne en
1984 suite à des
difficultés financières. Cette expérience, finalement,
servit à renforcer la cohésion des pays membres, ceux-ci ayant vu
que la liberté monétaire pouvait surtout être la
« liberté de faire faillite ».
Un autre débat, tournait autour des conséquences
des fluctuations du franc français, car la valeur du franc CFA
dépendait longtemps des impératifs des relations
économiques et financières entre la France et l'Allemagne
plutôt que de la réalité et des besoins des pays membres de
la zone franc. Quand le franc français était
dévalué, toutes les autres grandes monnaies devenaient plus
chères, leurs produits plus onéreux et leurs dettes en dollars
toujours plus importantes. Par contre, les exportations des pays de la zone
franc devenaient plus compétitives, mais comme ces exportations ne
concernaient en général que des produits agricoles de base
(banane, café, coton, bois...) dont la demande n'est pas
élastique, l'avantage s'avérait relativement faible,
excepté pour la France qui voyait ses produits industriels
acquérir un avantage concurrentiel dans la zone franc, d'où la
notion de chasse gardée. La
Guinée
équatoriale et la Guinée-Bissau ont respectivement
intégré le système en
1985 et en
1997. Soulignons qu'en
septembre 1993, la
« libre convertibilité » fut abolie.
Aujourd'hui, l'appellation franc CFA signifie
franc de la
Communauté Financière d'Afrique pour les pays membres de l'
UEMOA,
et
franc de la
Coopération Financière en Afrique Centrale pour les pays
membres de la
CEMAC.
En récapitulatif, nous notons les évènements suivants
relatifs au franc CFA :
ü Création du franc CFA :
26
décembre
1945, 1 F CFA = 1,70 FF,
ü Dévaluation du franc français (FF) :
17
octobre
1948, 1 F CFA = 2,00 FF,
ü Instauration du nouveau franc français
(FF) :
27
décembre
1958, 1 F CFA = 0,02 FF,
ü Dévaluation de 50 % du franc CFA :
11
janvier
1994, 1 F CFA = 0,01 FF,
ü Arrimage du franc CFA à l'
euro :
1er janvier
1999, 1 euro = 655,957 F
CFA.
L'instauration du franc CFA comme monnaie des colonies
françaises d'Afrique par la France a subit nombre
d'événements dont la dernière en date est le passage du
franc français à l'euro et donc un arrimage du franc CFA à
l'euro.
Nonobstant cette historicité de l'arrimage du franc CFA
au franc français, il convient de mettre un accent sur les fondements de
la politique de change dans l'UEMOA.
II. La politique de fixité
du taux de change dans l'UEMOA
La zone franc CFA se compose de trois zones dont l'UEMOA, la
CEMAC et les Comores. Ces trois zones possèdent des banques centrales.
Le franc CFA est une organisation financière et monétaire, sous
la tutelle de la France, qui s'appuie sur des institutions africaines, la BCEAO
pour l'UEMOA ; la BCEAC pour la CEMAC et la Banque Centrale des Comores (BCC)
pour les Comores. Le franc CFA repose sur quatre grands principes :
ü Centralisation des reserves ;
ü de change au trésor public français ;
ü Fixité de la parité franc CFA/FF
(maintenant, il s'agit du franc CFA/ Euro) ;
ü Libre convertibilité du franc CFA à
l'Euro ;
ü Libre circulation des capitaux entre la France et les
pays africains de la zone Franc (PAZF).
A ces quatre principes s'ajoute le contrôle des flux de
devise, la liberté de transfert des signes monétaires, l'adoption
d'une réglementation commune de change. Remarquons que
le strict contrôle des flux de devises (entrants et sortants) permet de
surveiller leurs incidences sur l'inflation et sur le mouvement global des
capitaux. Notons que, la liberté de transfert des signes
monétaires était à l'origine de la création de la
zone Franc. A ce jour, ce principe a été abrogé car les
banques centrales n'acceptent plus que la monnaie de la Banque de France et non
celles émises par les autres banques centrales soeurs. Cette suppression
de convertibilité, fut instaurer au lendemain des fuites de capitaux
observées au sein des zones monétaires et cette mesure
empêche la spéculation.
Quant au principe de libre convertibilité du franc CFA
et la libre circulation des capitaux, il est à noter qu'il s'applique
aux PAZF et à la France puis inversement. Toutefois, il ne concerne pas
les échanges entre les trois zones CFA. Ce principe facilite les
investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, la
fuite des capitaux de l'Afrique vers la France et l'importation par la France
des matières premières. Dans ce schéma, l'idée
selon laquelle le franc CFA, entrave l'intensification des échanges
intra - zone ne peut être réfutée [Koulibaly, (2008)]. A
ces principes cardinaux, s'ajoute la participation française aux
instances de direction des banques centrales.
1.1. Caractéristiques et mécanismes de
fonctionnements de la politique de change dans l'UEMOA
1.1.1. Caractéristiques de la politique de
change
La politique de change dans l'UEMOA émane de l'accord
de coopération monétaire entre la France et les pays de
l'UEMOA7(*) signé
à Dakar le 4 Décembre 1973. Cet accord fixe le cadre
général de la coopération économique et
financière entre la France et les pays de l'UEMOA. Les
caractéristiques principales de cette union monétaire sont les
suivantes :
ü La parité fixe entre le franc CFA et le franc
français;
ü Les avances de la BCEAO aux Trésors nationaux
sont limitées à 20% des recettes fiscales de la dernière
année ;
ü Les réserves en devises étrangères
sont centralisées par la BCEAO; chaque pays est tenu de céder
à celle-ci jusqu'à 65% de ses devises
étrangères ;
ü Les réserves de change de la BCEAO sont
déposées dans un compte d'opération ouvert auprès
du Trésor français ;
ü Le Trésor français s'engage à
mettre à la disposition de la BCEAO les quantités de devises dont
elle aurait besoin en cas de difficulté.
Une fois les caractéristiques de la politique de change
ressorties, quels sont alors ses mécanismes de fonctionnement ?
1.1.2.
Mécanismes de fonctionnement de la politique de change
La politique de change de l'UEMOA est axée sur les
principes issus des accords entre la France et les PAZF tels que décrit
plus haut. Cependant, pour les objectifs de cette étude, nous allons
nous focaliser sur deux principes de fonctionnement du franc CFA. Il s'agit du
principe de la centralisation des réserves de change via compte
d'opération et la parité fixe entre le franc CFA / l'euro, qui
constituent en fait les deux principes touchant à la gestion de la
politique de change de l'UEMOA.
Soulignons que depuis 2005, ce taux a été revu
à la baisse. Désormais, 50% des réserves de change doivent
être stockées sur le compte d'opération en France en non
65%. Cette décision d'abaissement a été prise le 23
juillet 2004 à Dakar lors de la réunion entre les deux
parties.
1.1.2.1. Centralisation des réserves de
change
La centralisation des réserves de change est la
disposition du cadre institutionnel qui a le plus d'incidence sur les
opérations de change. Les Etats de l'UEMOA s'engagent à
réunir 50% de leurs réserves de change dans le compte
d'opération de la BCEAO auprès du Trésor français.
Les résidents sont tenus de domicilier auprès des
intermédiaires agréés, les mouvements de capitaux ainsi
que les opérations d'importation et d'exportation des biens et cela par
l'intermédiaire des institutions financières. Chaque Banque
Centrale possède un compte d'opération au Trésor
français et doit déposer une partie de ses réserves de
monnaie. Ces comptes d'opération sont rémunérés.
Les réserves de change mises en commun sur le compte d'opérations
peuvent être utilisées pour financer le déficit temporaire
de certains membres. Que vise alors concrètement l'instauration du
compte d'opération ?
L'objectif de l'institution du compte d'opération dans
les clauses du franc CFA est de permettre aux PAZF de pouvoir financer sans
gêne leurs besoins d'importation des biens et services. Etant
donné la domiciliation de leur Compte d'Opération dans le
Trésor français, la France s'engage sans limitation à
mettre à la disposition des PAZF des devises nécessaires pour le
financement de leur besoin d'importation.
Quelles sont les limites du mécanisme de fonctionnement
du franc CFA ?
Le mécanisme de fonctionnement du franc CFA est sujet
à de vives critiques dans la littérature abordant le choix des
régimes de change spécifique aux PED. A la
lumière des nouveaux enjeux de l'économie internationale,
Koulibaly (2008), remet en cause certains dispositifs du fonctionnement du
franc CFA. En effet, d'après le mécanisme de fonctionnement du
compte d'opération, les fonds, placés sur des «comptes
d'opérations» génèrent des intérêts
à chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins
d'importation des pays africains concernés. La France
rémunère les Banques Centrales en intérêt,
après avoir effectués des placements privés.
Le paradoxe, relevé est que la part
d'intérêt versée aux Banques Centrales est
comptabilisée dans la rubrique Aide Publique au Développement. En
outre, les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du
franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la
zone Franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une
gestion plus prudente. En outre, selon D'Almeida8(*) (1997), la facilité d'obtention des devises
nécessaires pour leur besoin d'importation par les PAZF, amène
ces pays à ne pas développer les secteurs productifs pouvant
générer des gains de devises.
1.1.2.2. Parité fixe franc CFA et
Euro
L'avènement de l'Euro en janvier 1999 a changé
la monnaie d'arrimage du franc CFA. Ainsi, le franc CFA est désormais
arrimé à l'euro. La valeur du franc CFA sur les marchés
internationaux dépend de celle de l'Euro. L'évidence de la
fixité du CFA est que les PAZF n'ont pas le contrôle de leur
politique de change et sont vulnérables ainsi aux fluctuations des cours
mondiaux. Ce qui rend le niveau des recettes d'exportation des PAZF tributaire
de celui des fluctuations des monnaies internationales. Dans cette logique l'on
pourrait croire que les récurrentes phases de distorsion du TCR de
l'UEMOA sont en partie imputables aux fluctuations de l'Euro face au Dollar et
vice versa. Ainsi, l'on ne pourrait réfuter les critiques
apportées aux mécanismes de fonctionnement du franc CFA. De ce
fait, des voix s'élèvent tant en milieu politique
qu'académique pour remettre en cause ce mécanisme et
préconiser un nouveau rapport entre le franc CFA et l'Euro [Koulibaly
(2008), Ondo Ossa A, (2002)]. En effet, au regard de l'arrimage du franc CFA
à l'Euro, il est inconcevable de transiter par le Trésor
Français via compte d'opération [Bamba, (1997)]. Par ailleurs,
les pays de la zone franc CFA notamment l'UEMOA ne pouvant plus intervenir
directement sur le marché international, sont alors vulnérables
au risque de change. De tout ce qui précède, quel type de
régime de change sera adapté à la nature des
économies de la zone franc?
A cet égard, l'option d'une parité fixe semble
inopportune. Dans une perspective, de prospection d'un régime de change
approprié au PAZF ; et à la lumière des enseignements
issus du choix d'un régime de change, un consensuel semble être
acquis au sein des économistes de la zone. A cet effet, le régime
optimal pour les pays africains au sud du Sahara en général et
les PAZF en particulier, qui permettra l'atteinte des objectifs de politique
économique fixés compte tenu des contraintes spécifiques
à chaque pays membre, est le régime de la zone cible [Ondo Ossa,
(2002) ; Koulibaly, (2005)]. Ce régime de la zone cible consiste en la
mise en place d'une bande de fluctuation des cours de change autour d'un taux
pivot préalablement annoncé ; en général le taux de
change d'équilibre fondamental (TCEF) de moyen terme ; à
l'intérieur de laquelle les taux de change sont libres de varier
(Mihigot ,2004). Les principaux avantages d'une telle option se résument
sur trois axes : sa capacité à minimiser la variance du taux de
change ; à garantir la soutenabilité de la balance des
opérations courantes ; la possibilité de minimiser la
volatilité de la production et de maximiser le bien-être.
Cependant, quel que soit le régime de change
pratiqué au sein d'une union économique, la politique
monétaire influe sur l'activité économique à
travers divers canaux de transmission. Parmi ces canaux nous avons l'effet de
la politique monétaire sur le TCR qui touche en fait les relations
économiques entre l'économie considérée et le reste
du monde.
1.2. Canaux de transmission de
la politique monétaire de la BCEAO sur le TCR
Dans un régime de change fixe, l'autorité
monétaire est contrainte par le fait qu'elle doit défendre la
valeur de sa monnaie. Il s'agit bien de la contrainte de la balance des
paiements.
La zone cible permet d'éviter la volatilité
excessive du taux de change. Elle prévient les
dépréciations concurrentielles. Les autorités
monétaires peuvent pratiquer une politique monétaire
discrétionnaire en fonction des événements. Notons que la
zone cible offre aux autorités monétaires un degré de
liberté plus large notamment en termes d'ajustement instantané
à l'intérieur des marges.
La littérature économique distingue divers
canaux de transmission de la politique monétaire sur l'économie.
Il s'agit notamment des canaux du taux d'intérêt, des prix
d'autres actifs, du cours des actions, du prix de l'immobilier, du
crédit et du taux de change réel. Pour les besoins de cette
recherche, nous nous penchons ici, sur le canal par lequel la politique
monétaire affecte le TCR.
En effet, compte tenu de l'internationalisation croissante de
l'économie américaine et du passage aux taux de change flexibles,
la littérature économique abordant les relations
économiques internationales s'est davantage intéressée
à la transmission de la politique monétaire à travers
l'influence des taux de change sur les exportations nettes. Ce canal fait
également intervenir les effets du taux d'intérêt car la
baisse des taux d'intérêt réels nationaux réduit
l'attrait des dépôts nationaux en dollars par rapport aux
dépôts libellés en monnaies étrangères. Ce
qui entraîne une chute de la valeur des dépôts en dollars
par rapport aux dépôts en devises, c'est-à-dire une
dépréciation du dollar.
La dépréciation de la monnaie nationale abaisse
le prix des biens nationaux par rapport aux biens étrangers, ce qui se
traduit par une augmentation des exportations nettes et donc de la production
globale. Ainsi, le TCR a une influence sur la production d'une économie
via son impact sur les exportations nettes.
Cette influence doit faire l'objet d'une attention
particulière pour les PAZF à cause notamment de la structure de
leur commerce extérieur basée essentiellement sur les produits
primaires à l'exportation et les produits manufacturiers à
l'importation, ce qui est de nature à mettre une pression à la
hausse sur le taux de change et en conséquence dommageable pour ces
économies très extraverties avec une monnaie forte.
II. Avantages et
inconvénients de la politique de change dans l'UEMOA
2.1. Avantages de la politique d'arrimage du franc CFA
à l'euro
L'utilisation du franc CFA présente plusieurs avantages
dont le premier couramment cité est le contrôle de l'inflation. En
théorie, puisque la conduite d'une politique d'ancrage nominal contraint
les autorités monétaires d'un pays à piloter leur
politique monétaire de telle sorte que la variable nominale qui sert
d'ancre (par exemple le taux d'inflation ou le taux de croissance
monétaire), reste à l'intérieur d'une marge très
étroite. Cela empêche le niveau général des prix
d'augmenter ou de baisser aléatoirement, assurant ainsi la
stabilité monétaire. Les planches à billets étant
sous contrôle de la Banque de France, aucun pays de la zone franc n'est
en mesure de créer de la monnaie au-delà de ses stricts besoins,
ce qui favorise une inflation très basse du même ordre que celle
de la zone euro, à comparer avec les taux nettement supérieurs de
leurs proches voisins.
Le franc CFA confère aux pays qui l'ont adopté,
grâce à son lien fort avec l'
Euro, une
crédibilité internationale que n'ont pas de nombreux autres pays.
Par contre, l'euro étant une devise extrêmement forte, les pays de
la zone franc CFA souffrent de leur monnaie trop surévaluée tout
le contraire de ce qui se passait avant lorsque le franc français
connaissait de nombreuses dévaluations.
Pa railleurs, le franc CFA en fonctionnant comme un pot commun
de devises, la zone permet un équilibre global des réserves
monétaires. Cependant, si ce sont toujours les mêmes pays qui sont
créditeurs, la tentation peut s'avérer forte, pour ces pays, de
quitter le système. Devenus crédibles par leur appartenance
à la zone franc, certains pays comme le
Gabon et le
Cameroun ont su amorcer une
diversification de leurs échanges et fortifier leur économie.
L'arrimage du franc CFA à l'Euro devrait
entraîner l'intensification des échanges entre les deux zones. Cet
arrimage offrirait pour les européens de nouvelles
opportunités d'investissement et de commerce dans la zone dans la mesure
où il réduit le risque de change. Quant à la zone franc,
elle se trouverait donc adossée à un marché de plus 290
millions de personnes.
En théorie, la convertibilité externe devait
favoriser la mobilité des capitaux et les échanges commerciaux
des pays membres. Le franc CFA serait détenu pour
bénéficier de sa prime de convertibilité.
Toutefois, comme tout régime de change a ses avantages
et inconvénients, la politique d'arrimage du franc CFA à l'euro
regorge un certain nombre de désavantages.
2.2. Les inconvénients de l'utilisation du franc
CFA
En termes de dépendance monétaire et politique,
aucune décision de la CEMAC, de l'UEMOA et de leurs banques centrales ne
peuvent être prise sans l'accord de la Banque de France. Ce qui, dans une
large mesure contraint ces pays à une extraversion de toutes leurs
décisions monétaires. De surcroît, cette extraversion peut
ignorer les problèmes endogènes des pays de la zone franc
conduire à des politiques pro cycliques. Si l'arme monétaire
n'est plus sous contrôle des pays de la zone franc, la politique
budgétaire sera-t-elle à même de faire face aux
différents et nombreux défis de développement de la
zone ?
La maîtrise de la création monétaire a
comme corollaire l'obligation de maîtriser la dépense publique. Le
Trésor français consent des avances mais, en aucun cas, elles ne
peuvent dépasser 20 % des recettes budgétaires du pays. Tout
dérapage se traduit immédiatement par des fins de mois difficiles
pour la trésorerie du pays en question ; les retards dans le
paiement des factures de l'État et dans le versement des salaires des
fonctionnaires constituent ainsi un indicateur de solvabilité des pays
de la zone franc.
Notons que lorsque ces pays sont privés de
trésorerie, ils ont la possibilité de s'endetter à
l'extérieur de la zone franc, auprès d'autres bailleurs de fonds
comme entre autres l'
agence
française de développement.
Entretenant des relations de coopération
étroites avec les banques centrales de la zone franc, la
Banque de France
participe, avec ces banques africaines, au fonctionnement des institutions
communes de la zone. Cette coopération permet à ces pays aux
économies fragiles et aux systèmes politiques assez souvent
instables de bénéficier d'une
monnaie stable. Cependant,
le lien entre les cours du franc CFA et l'euro ne permet pas aux pays africains
de faire varier le cours de leur monnaie en fonction des aspects
économiques censés l'influer. Ils subissent donc les aléas
économiques de la zone euro et de sa monnaie sans pouvoir intervenir.
Ces aléas sont toutefois amortis par le mécanisme du compte
d'opérations qui permet de faire varier la quantité de monnaie en
circulation dans la zone en fonction de l'appréciation (ou la
dépréciation) de l'ancre monétaire.
Avec un euro fort, les pays de la zone franc sont
handicapés pour exporter leurs produits vers d'autres destinations que
l'Europe mais peuvent importer à moindre coût les biens
d'équipement hors zone. En effet, lorsque l'euro s'apprécie, la
quantité de monnaie par rapport au
DTS
augmente et les Banques centrales créditent le compte
d'opérations auprès du
Trésor
français, diminuant ainsi leurs réserves et pénalisant le
mécanisme de crédit. Ce mécanisme permet de contrer
l'effet inflationniste de l'euro fort. A contrario, dans le cas où
l'euro se déprécie, c'est le trésor français qui
débite ce compte pour créditer les banques centrales, ouvrant
plus fort le robinet du crédit (augmentation de la quantité de
monnaie).
La poursuite d'une politique de taux de change peut retarder
et/ou réduire l'ajustement dans le cas de chocs durables. Le franc CFA
n'a pas permis, du moins jusqu'à présent, de mettre en oeuvre des
investissements nécessaire pour amorcer un changement de
spécialisation internationale et de structure industrielle. Le franc CFA
et ses mécanismes sont opposés à un environnement
institutionnel propice pour l'investissement productif. En théorie, un
pays qui subit régulièrement la détérioration des
termes de l'échange peut utiliser le taux de change comme instrument
d'ajustement. C'est le cas des pays de la zone franc CFA qui tirent en grande
partie leur revenu de quelques produits (matières premières). Le
taux de change fixe n'a pas permis aux pays membres de la zone franc de
maintenir un taux d'inflation et des performances escomptées par rapport
à leurs voisins (Devarajan et Rodrik (1991)).
Par ailleurs, les pays de la zone franc restent exposés
aux conséquences des fluctuations du taux de change entre l'euro et le
dollar. La remontée de l'euro par rapport au dollar depuis 2004,
explique en partie les difficultés que rencontrent les économies
des pays membres.
III. Analyse de l'avènement de la dévaluation de
1994
Les pays de la zone franc, après les difficultés
des années 1980 couplées de l'échec des programmes
d'ajustements structurels, ont eu du mal à retrouver une meilleure
santé économique au début des années 1990. Ces
difficultés économiques ont été aggravées
par la surévaluation de leur monnaie. Cette surévaluation du
franc CFA fut dommageable à ces économies notamment à
cause de leur caractère extraverti par référence à
la structure des exportations, lesquelles exportations sont peu
diversifiées. Dans ces conditions, l'ajustement de la parité du
franc CFA par rapport à la monnaie d'ancrage est
considérée comme la solution la plus indiquée pouvant
permettre aux pays de la zone franc de recouvrer une meilleure performance
macroéconomique afin de mieux faire face aux différents
défis sociaux et économiques voire transversaux. Comment mesurer
alors le niveau d'ajustement de la parité ?
3.1. Mesure d'ajustement de la parité
La décision de dévaluation du franc CFA de 1994
a été précédée de longues et nombreuses
interrogations qui s'inscrivent dans la logique de la complexe opération
de dévaluation d'une monnaie. Cette complexité, dans la zone
franc est liée à l'existence d'une monnaie unique à
plusieurs pays.
La problématique de l'ajustement de la parité
dans les pays de la zone franc (ou en zone monétaire) réside dans
la pertinence des réponses à trois questionnement
régulièrement soulevés dont les problèmes
psychologiques, techniques et les ceux liés aux résultats
attendus de l'opération de dévaluation.
3.1.1. Problèmes psychologiques
La décision de dévaluation crée une
situation de psychose dans les pays concernés. Les manipulations
monétaires sont autrefois considérées comme un abus de
pouvoir et ont été mal perçues par le public. Le public
associe ces manipulations à une banqueroute de l'Etat. Dans les
sociétés anciennes, lorsque les signes monétaires
étaient autrefois constitués par des pièces d'or ou
d'argent d'un poids donné, les princes utilisaient la dévaluation
pour faire face aux difficultés d'ordre économique, notamment
pour renflouer leur trésor. Par quel mécanisme ? En effet,
ils réduisent le contenu des pièces en métal
précieux pour en faire plusieurs et pouvaient ainsi accroitre
artificiellement leurs ressources et se procurer les mêmes biens avec
moins d'or ou d'argent.
L'histoire économique montre comment en raison de son
coût social et de son impact psychologique, les gouvernements n'ont
souvent recours à la dévaluation que seulement lorsqu'aucune
alternative n'est possible.
Nonobstant, les problèmes psychologiques, le
problème de la dévaluation est d'autant plus grave lorsque la
monnaie en cause est commune à plusieurs pays comme c'est le cas des
pays de l'UMOA ou de la CEMAC. En effet, certes ces pays sont en union
économique ou en coopération monétaire mais ils ne forment
pas forcément une entité politique homogène et, ayant par
conséquent chacun ses propres préoccupations d'ordre
économique, social et politique. De surcroît, les pays de la zone
franc n'ont pas à connaitre avant janvier 1994 une dévaluation
proprement dite depuis 1946.
3.1.2. Problèmes d'ordre technique liés à
la détermination du niveau de surévaluation
Si dévaluer une monnaie reste une décision des
gouvernements et des autorités monétaires, l'un des
problèmes qui se posent est véritablement le choix de
l'indicateur approprié pouvant permettre de mesurer le niveau
réel de surévaluation de la monnaie au niveau global, le
degré de surévaluation dans chaque pays et les modalités
de dévaluation.
A ce propos, plusieurs techniques existent :
Le calcul de l'évolution de l'indice de taux de change
effectif réel comme mesure de la compétitivité globale de
l'économie. Cet indice est exprimé comme étant la valeur
mesurée en monnaie étrangère d'une unité de monnaie
locale. Ainsi, une hausse de cet indice se traduit par une appréciation
de la monnaie de la zone et donc une perte de
compétitivité ; une baisse conduit à un gain de
compétitivité. En effet, en 1993, les calculs indiquent par
rapport à la situation de 1985, une surévaluation et donc une
perte de compétitivité pour les différents pays comme
l'indique le tableau suivant :
Tableau 1: Taux de
perte de compétitivité des pays de l'UMOA avant 1994
Pays
|
Taux de perte de compétitivité
(%)
|
Benin
|
33
|
Burkina
|
10
|
Cote d'ivoire
|
42
|
Mali
|
25
|
Niger
|
7
|
Sénégal
|
19
|
Togo
|
18
|
UMOA
|
30
|
Source : Histoire de l'UEMOA, Tome II, page 595
D'autres indicateurs ont été également
utilises parmi lesquels on peut citer le taux de change effectif réel
corrige par l'évolution des termes de l'échange, le taux de
change d'équilibre, le taux légal des droits et taxes à
l'importation qui fournit une indication sur l'ampleur des besoins de
protection des industries locales, et les élasticités de balance
des paiements.
La Banque Mondiale (1993) a effectue des calculs à
l'aide de la méthode des élasticités et on a :
Tableau 2: Perte de
compétitivité par la méthode des
élasticités
Pays
|
Taux de perte de compétitivité
(%)
|
Benin
|
24
|
Burkina
|
25
|
Cote d'ivoire
|
60
|
Mali
|
20
|
Niger
|
40
|
Sénégal
|
44
|
Togo
|
22
|
Source : Histoire de l'UEMOA, Tome II, page 596
Soulignons néanmoins que toutes ces techniques
présentent chacune des limites dont il faut prendre en compte en
utilisant plusieurs techniques afin de pouvoir confronter les résultats
et tirer la meilleure conclusion possible.
Mis à part les problèmes d'ordre psychologique
et du choix d'indicateur approprie, un autre problème non moins
important est celui du choix du taux de dévaluation pour l'union
monétaire.
3.2. Choix d'un taux
de dévaluation
Un des problèmes techniques est le choix d'un taux de
dévaluation nominal approprie, lequel est fonction des objectifs de
dépréciation réelle du taux de change et des autres
objectifs de politique économique que les décideurs recherchent.
Notons tout de même que ce choix est également fonction du
régime de change (fixité ou flexibilité) et de l'objectif
assigne au taux de change, celui de favoriser surtout la
compétitivité externe de l'économie ou de constituer un
point d'ancrage efficace pour la stabilité monétaire.
En effet, une forte dévaluation est nécessaire
pour maintenir la fixité de la parité ; une
dévaluation moins forte est acceptable dans un régime de change
fixe mais ajustable. Ainsi donc, la première option implique une
dévaluation substantielle opérée une seule fois et ce fut
le cas de la dévaluation de 1994 où le franc CFA a
été dévalué de 100%. Dans cette situation, le
système d'ancrage traditionnel avec le franc français est
conservé et on maintient le statu quo en termes de discipline
monétaire. Dans cette logique, les ajustements aux chocs externes
reposeront uniquement sur des mesures d'ajustements internes dont la politique
fiscale et la politique commerciale. Il convient alors de souligner un
inconvénient de cette option, elle n'offre aucune autre alternative que
le recours aux mesures internes si la dévaluation n'a pas réussi
ou si le taux s'avérait insuffisant.
L'option du régime de change fixe mais ajustable
permet un étalement dans le temps de l'effort de l'ajustement et rend
celui-ci plus supportable et permet à l'économie de faire face
aux chocs externes. Dans cette option, on peut cependant souligner un
inconvénient, celui de la perte de discipline en termes de politique
monétaire et de politique budgétaire, éventuellement si
des dispositions ne sont pas prises. Pour l'UMOA, ces risques sont quasiment
réduits car les textes constitutifs, le Traité, les statuts et
l'accord de coopérations constituent somme toute des gardes fous aux
dérapages.
Notons que si différentes options de dévaluation
se présentaient aux décideurs dans la zone franc, la
première fut utilisée en Janvier 1994. Cependant, cette
option peut être remise en cause aujourd'hui d'autant plus que les
résultats escomptés n'ont été guerre atteints. La
problématique d'une future dévaluation du franc CFA reste
d'actualité dans l'UEMOA et dans toute la zone franc dix ans
après une première véritable dévaluation.
De tout ce qui précède, il convient de souligner
que le choix de la politique de change pour une zone monétaire doit se
faire avec minutie pour éviter des distorsions structurelles du aux de
change réel. Pour mieux cerner les différents concepts qui
entourent la politique de change, il est non moins important
d'appréhender la théorie sur le taux de change et son
mésalignement, ce qui fait l'objet du chapitre suivant.
Chapitre 2: Théorie du taux
de change et de son mésalignement
Ce chapitre est consacré d'abord à la
définition et à la mesure du concept du taux de change
réel, un indicateur clef dans les relations commerciales entre nations,
et ensuite sur le concept de mésalignement qui capte les distorsions du
taux de change réel d'une monnaie par rapport aux autres devises.
I.
Revue théorique
1.1.
Taux de change réel : concepts et mesure
1.1.1. Définition du concept
Le taux de change réel (TCR) est un concept
théorique pour lequel il existe deux grandes définitions :
ü la première émane de la théorie de
la parité de pouvoir d'achat (PPA) et la seconde, de la théorie
du commerce international (Edwards, 1988, 1989) ; Hinkle et Montiel, 1999). La
première définit le TCR externe d'un pays donné comme son
taux de change nominal (nombre d'unités de monnaies
étrangères pour une unité de monnaie nationale)
corrigé du différentiel entre son niveau de prix et celui des
autres pays (rapport des indices des prix, exprimés dans une monnaie
commune, à l'étranger et dans le pays). Le TCR externe mesure
ainsi le prix relatif d'un même panier de biens, localement et à
l'étranger ; il s'apparente à un indicateur de
compétitivité externe. Une augmentation relative de l'indice des
prix dans le pays concerné correspond à une appréciation
du TCR externe.
ü La seconde définition est issue de la
théorie de l'économie dépendante de Salter-Swan et
s'applique aux petits pays "preneurs de prix (price takers)", cas de nombreux
pays en développement. Elle définit le TCR, dit interne, comme le
rapport au sein d'un même pays des prix domestiques des biens
échangeables et des biens non échangeables internationalement. Ce
prix relatif est un indicateur de compétitivité interne, à
savoir des incitations internes qu'a une économie à produire des
biens échangeables plutôt que des biens non échangeables
(sous la loi du prix unique, la compétitivité interne implique
également et automatiquement la compétitivité externe).
Une augmentation du prix relatif des biens échangeables correspond
à une dépréciation du TCR interne. Quelle que soit la
définition utilisée, le TCR est un indicateur réel et non
pas monétaire.
1.1.2. Le taux de change d'équilibre : une
approche macroéconomique
Il existe en général deux principales
théories du taux de change réel d'équilibre : la
première approche repose sur un modèle d'équilibre
général inter temporel à deux secteurs ; elle
définit le taux de change réel d'équilibre comme le prix
relatif des biens échangeables par rapport aux biens non
échangeables. D'un point de vue théorique, elle est la plus
achevée mais est cependant complexe à mettre en oeuvre
empiriquement9(*). La
seconde approche, que nous utiliserons dans le cadre de notre travail est plus
macroéconomique et définit le taux de change comme un indicateur
de compétitivité ; son niveau d'équilibre permet
d'atteindre l'équilibre externe tout en étant compatible avec
l'équilibre interne. Le calcul empirique dans ce cas est plus
aisé et s'appuie sur les mécanismes les plus robustes inscrits
dans les modèles macro économétriques.
La notion de taux de change réel d'équilibre est
définie par Edwards (1989) et est relative à certains
agrégats (flux internationaux de capitaux, termes de l'échange,
politique commerciale, niveau et composition de la dépense publique,
progrès de productivité, etc..). Le taux de change réel
d'équilibre est ainsi déterminé uniquement par ses
fondamentaux. En revanche, le taux de change réel courant répond
également à court et moyen termes aux variations de politiques
macroéconomiques. Lorsque le taux de change réel courant
dévie sensiblement de son sentier d'équilibre, on parle de
mésalignement (sous ou surévaluation) du taux de change
réel. Un tel mésalignement peut être engendré par
des politiques macro-économiques (politique
monétaire/budgétaire et de change) inadéquates, menant le
plus souvent à une surévaluation du taux de change réel
et, ce faisant, à une perte de compétitivité-prix.
1.1.3. Taux de Change Réel (TCR) comme une
mesure de compétitivité
Dans la pratique, l'approche structurelle du taux change
réel, en terme de prix relatif des biens échangeables par rapport
aux biens non échangeables, ne coïncide pas avec la notion de taux
de change réel généralement retenue par les praticiens.
Ceux-ci s'inscrivent davantage dans la tradition de la modélisation
empirique néo-keynésienne. Ils s'intéressent donc au taux
de change réel, non pas en raison de sa capacité à
décrire les incitations à allouer les ressources entre le secteur
des biens échangeables et celui des biens non échangeables, mais
parce qu'il constitue un indicateur de la compétitivité globale
d'un pays et conditionne de ce fait son "équilibre extérieur".
Ainsi, on s'intéresse le plus souvent au taux de change réel,
parce qu'il constitue un indicateur de la compétitivité d'un
pays, qui conditionne l'orientation de la demande vers la production domestique
ou étrangère, et non parce qu'il rend compte de l'allocation des
capacités de production domestiques entre biens échangeables et
biens non échangeables. La variable d'intérêt est donc
simplement le rapport usuel d'un indice global de prix étranger à
un indice domestique comparable, exprimés tous deux dans une monnaie
commune :
(1)
Où E représente le taux de change nominal, P* le
prix des biens échangeables et P celui des biens non
échangeables.
Les deux notions de change réel (macroéconomique
et équilibre général) sont ainsi fondamentalement
différentes. Elles peuvent être reliées l'une à
l'autre, mais pas de manière univoque. Plus précisément,
si á représente la part des biens non échangeables dans le
panier de biens domestiques, le prix domestique s'écrit :

Soit
(2)
De façon analogue, si â représente la part
des biens non échangeables dans le panier des biens étrangers, on
peut écrire :
(3)
En faisant l'hypothèse de la loi du prix unique
vérifiée pour tous les biens échangeables, la relation
devient :
(4)
A partir de ces deux relations, on peut écrire le taux
de change réel en termes de rapport des indices de prix étrangers
et domestiques :
(5)
Il apparait donc que, même dans le cas où
l'hypothèse de la loi du prix unique est vérifiée pour les
biens échangeables, les deux taux de change n'entretiennent une relation
simple qu'à la condition que le prix relatif des biens
échangeables vis à vis des biens non échangeables
étrangers reste constant. Dans ce cas, le rapport des indices de prix
domestiques et étrangers est proportionnel (en logarithme) au taux de
change réel évalué comme le prix relatif des biens
échangeables. En toute rigueur, le taux de change réel
étranger (TCR*) n'a pas de raison de rester constant.
L'hypothèse de petit pays permet néanmoins de
considérer que le taux de change réel étranger est
exogène, si bien qu'en variant les deux taux de change réel
évoluent parallèlement. En pratique, les comportements de marge
des exportateurs et la différenciation des produits dans un contexte de
concurrence imparfaite sont à l'origine d'écarts à la loi
du prix unique pour les biens échangeables.
1.2. Concept de mésalignement
On distingue deux types de mésalignement du taux de
change réel :
(i) Le mésalignement d'origine macroéconomique
se réalise lorsque le taux de change réel observé
s'écarte de sa valeur d'équilibre ceci dû aux
incohérences entre les politiques macroéconomiques et le
système officiel du taux de change nominal.
(ii) Le mésalignement structurel, se réalise
lorsque les variations des valeurs soutenables de long terme des fondamentaux
du taux de change réel d'équilibre ne sont pas
transformées en variation du taux de change réel observé
dans le court terme. Une détérioration externe des termes de
l'échange d'un pays par exemple aura un effet sur le taux de change
réel car un prix relatif élevé des échangeables
conditionnerait le maintien de l'économie à l'équilibre. A
moins qu'il n'y ait un ajustement du taux de change réel observé
pour refléter cette variation du taux de change réel
d'équilibre, le taux de change réel sera donc dit
"structurellement désaligné" ceci à cause du choc sur les
termes de l'échange.
Une question assez importante par rapport au
mésalignement structurel est de savoir si les variations des
fondamentaux du taux de change réel d'équilibre sont
perçues comme étant temporaires ou permanents ; les changements
temporaires de ces fondamentaux, telle par exemple une
détérioration temporaire des termes de l'échange pourrait
parfois significativement éloigner le taux de change réel de son
niveau d'équilibre (Edwards 1986). Ces déséquilibres de
court terme peuvent le plus souvent se résorber à l'aide des
politiques assez spécifiques tels l'accumulation des réserves
internationales ou encore l'utilisation de certaines facilités
compensatoires du Fond Monétaire International par exemple. Evidemment,
le problème principal à ce niveau réside dans la
reconnaissance même de l'essence temporaire de ces chocs.
Les distorsions de long terme du taux de change ou encore
mésalignement peuvent, contrairement à la volatilité,
être à l'origine de perturbations de l'économie beaucoup
plus importantes. En effet, étant donné que le taux de change est
un prix relatif, de longues déviations de celui-ci par rapport à
une tendance d'équilibre altèrent les signaux des marchés,
modifient les prix relatifs internes et induisent des coûts d'ajustement
importants, qui pourraient être évités pour des valeurs du
taux de change proches de l'équilibre. Dans le cas d'un pays
donné, les coûts de distorsions durables de son change sont assez
faciles à repérer: chômage accru en cas de
surévaluation et, au contraire, inflation en cas de
sous-évaluation. Ceci étant, de tels effets premiers ont tendance
à se compenser entre pays, en ce sens que plus de chômage pour un
pays se traduit par moins de chômage pour un autre. Il existe pourtant
certains coûts résultant des distorsions des changes qui
perturbent les économies d'une manière plus fondamentale,
c'est-à-dire qui provoquent des biais durables dans les comportements et
la production, et induisent d'importants coûts d'ajustement. Williamson
(1985) distingue donc six coûts de ce genre, dont la plupart sont
susceptibles d'intervenir alternativement. Il s'agit des couts liés aux
fortes perturbations de la structure optimale de la consommation, aux
ajustements pour rétablir l'équilibre, à l'inflation, au
chômage, au déficit de la balance commerciale et ceux liés
à la réallocation des ressources.
Les distorsions du change peuvent entraîner de fortes
variations de la consommation interne. En effet, la consommation anormalement
élevée pendant une période de surévaluation aboutit
à des déficits de la balance commerciale ; la dévaluation
nécessaire en rétablissement de l'équilibre, produit une
contraction brusque de la consommation qui est généralement mal
acceptée, conformément à la théorie du "cycle de
vie". Il y aurait ainsi alternance de phases d'expansion et
d'austérité, ce qui induit des perturbations dans la structure
optimale de la consommation. Elles entraînent des coûts
d'ajustement considérables. Une surévaluation ou
sous-évaluation provoque le changement des prix relatifs entre les
produits du secteur exposé et ceux du secteur abrité, ce qui
à son tour produit une réallocation de ressources entre ces deux
secteurs. Cette réallocation génère un processus
d'ajustement long et coûteux en termes de capital productif, mais encore
plus en termes de reconversion de la main-d'oeuvre, d'où le
chômage, qui résulte de la lenteur des ajustements rendus
nécessaires par les distorsions. Quand une surévaluation
excessive provoque la restructuration de secteurs industriels entiers, comme ce
fut le cas des Etats - Unis au début des années quatre-vingt, le
chômage est une voie inévitable pour une grande partie de la main
d'oeuvre concernée, même dans ce pays où la mobilité
est élevée.
Les distorsions de chômage entraînent aussi des
difficultés d'ajustement de la capacité productive. En effet,
dans un environnement incertain, les firmes n'ont pas d'éléments
qui leur permettent de juger du caractère temporaire ou non de la
distorsion et par conséquent de prendre les décisions
adéquates concernant l'investissement et la capacité productive
optimale. Une monnaie surévaluée va pousser les firmes à
abandonner les activités qui ne sont plus rentables ce qui, à
partir d'un certain seuil, provoquera au niveau national la disparition de
larges secteurs d'activité, (une désindustrialisation) secteurs
qui ne bénéficiaient pas d'avantages comparatifs forts. Tel
fût le cas des Etats-Unis et du Royaume-Uni au début des
années quatre-vingt. Du côté des prix, on observe qu'une
alternance de sur- et sous-évaluation provoque un rythme d'inflation
supérieur, toutes choses égales par ailleurs, à celui
obtenu à taux de change réel constant. Il est observé
empiriquement (Goldstein, 1980) que, pour des raisons de comportement des
salaires réels, une dépréciation fait monter les
coûts salariaux beaucoup plus qu'une appréciation les aurait fait
baisser, ce qui implique dans ce cas une accélération du rythme
d'inflation.
Enfin, les mésalignements peuvent entraîner des
pressions protectionnistes. La surévaluation tend en effet à
générer de fortes pressions protectionnistes qui, ce qui est plus
grave, ont tendance à se maintenir même après le retour
à une situation plus équilibrée.
1.3. Les différentes approches du calcul du taux de
change réel d'équilibre (TCRE)
La littérature sur le calcul du TCRE offre plusieurs
approches parmi lesquelles les traditionnelles théories de la
Parité non Couverte du Taux d'intérêt(UIP) et de la
Parité du Pouvoir d'Achat (PPA) et les approches récentes telles
que l'approche FEER (Fundamentals Equilibrium Exchange Rate, l'approche UIEB
(Underlying Internal - External Balance) et l'approche BEER (Behavoral
Equilibrium Exchange Rate).
Les analyses du mouvement du TCR ont commencé avec les
théories PPA et UIP. Cependant l'approche UIP est plus informative sur
les variations du TCR mais pas sur le niveau du TCR. Cette approche n'a pas eu
du succès quant à la prédiction des mouvements du TCR,
ceci en partie dû au fait que l'estimation par l'approche UIP ne prend
pas en compte les changements éventuels dans l'équation du TCR
(Roudet, Saxegard et Tsangarides (2007). L'approche de la théorie du
PPA prédit que les niveaux des prix s'égalisent lorsqu'ils sont
évalués dans les mêmes monnaies. Cette approche
suggère que le TCRE serait constant et égal à
l'unité. Cependant les travaux empiriques, ayant testé la
théorie de la PPA, n'ont pas confirmé cette théorie
(Rogoff, 1996 et MacDonald, 2000).
Cette situation conduit à la nécessité de
proposition d'une nouvelle approche. Ainsi, pour expliquer la persistance des
chocs sur le TCR, il est possible de combiner les deux approches (UIP et PPA)
et estimer la relation de cointégration entre les prix relatifs et le
différentiel des taux d'intérêt nominaux et le taux de
change nominal (Johansen et Juselius, 1992). Cette combinaison est reconnue
comme l'approche CHEER (Capital Enhanced Equilibrium Exchange Rate), laquelle
approche a produit une vitesse de convergence des estimations plus rapide que
celle des autres modèles PPA.
Une autre approche populaire utilisée pour estimer le
TCRE est celle qui met en relief l'équilibre interne et externe. Il
s'agit de l'approche UIEB (Underlying Internal-External Balance)
également reconnue comme l'approche de l'équilibre
macroéconomique (Edwards 1989). Cette approche définit le TCRE
comme le taux qui satisfait simultanément l'équilibre interne et
externe. Pour que l'équilibre simultané se réalise, il
faut que l'offre anticipée soit égale à la demande
agrégée (la somme de la demande domestique et du solde
commercial), avec un TCRE qui joue le rôle du prix relatif, le prix qui
devrait s'ajuster pour assurer l'équilibre entre l'offre et la
demande.
Les variantes les plus utilisées de l'approche UIEB
sont l'approche FEER de Edwards (1989), Williamson (1994) et Wren-Lewis
(1992) ; l'approche DEER (Desired Equilibrium Exchange) et l'approche
NATREX (Natural Real Exchange Rate) de Stein (1994).
Enfin, une méthode traitant des horizons temporels
courts est l'approche BEER associée à Clark et MacDonald (1999).
Ces approches BEER consistent à des techniques de modélisation
qui captent les mouvements du TCR dans le temps et pas seulement les mouvements
des niveaux d'équilibre de court ou long terme. Cette approche est
largement empiriquement utilisée avec des variables d'obédience
à représenter les fondamentaux de long terme au même titre
que l'approche FEER.
Comme Driver et Westaway (2004) le soulignent, il n'y a pas
qu'une seule définition du TCRE. Le choix de l'approche dépend du
sujet d'intérêt et en particulier de l'horizon temporel
considéré. De surcroît, en plus des questions
méthodologiques (la définition et la mesure du TCRE), le choix
entre les différentes approches doit être motivé par le
sujet d'intérêt. Les approches à utiliser doivent
différer selon les dynamiques et la période d'étude
considérées.
II.
Evidence des travaux empiriques sur les fondamentaux du taux de change
Les récents développements sur le taux de change
réel d'équilibre ont redonné un regain
d'intérêt à l'estimation du taux de change réel
d'équilibre dans les communautés économiques
régionales.
Abdih et Tsangarides (2006) ont
examiné le comportement des TCRE conjointement la CEMAC et dans l'UEMOA.
Pour ce faire ils utilisent l'approche FEER (Fundamentals Equilibrium Exchange
Rate) et ils aboutissent à la conclusion que les fondamentaux dont les
termes de l'échange, les dépenses gouvernementales, la
productivité et l'investissement expliquent dans bien de cas les
fluctuations du TCRE et qu'à la fin de l'année 2005, les deux
TCRE tendaient vers celui de l'équilibre de long terme. Bien que la
modélisation du TCRE à l'échelle régionale soit
importante notamment à cause du faite que la parité est
déterminée pour toute la communauté, ces auteurs concluent
que la valeur le TCRE régionale ne donne pas d'information sur le
comportement des TCRE à l'échelle nationale. Le TCRE
régional masque la tendance de celui des pays pris individuellement. A
titre d'exemple, pour certains pays de l'union, le mésalignement
observé peut être corrigé par des ajustements
macroéconomiques tandis que pour d'autres, cela nécessite des
reformes structurelles leur permettant de recouvrer la
compétitivité de leurs secteurs d'exportation.
Rondet, Saxegard et G. Tsangarides
(2007) ont essayé de déterminer le TCRE du franc CFA dans l'UEMOA
et quantifier son impact sur la compétitivité. Pour y parvenir,
ils ont utilisé l'approche de Edwards (1989) et une modélisation
pays par pays puis en panel. Ils aboutissent la conclusion que dans nombre de
cas, le comportement du TCRE dans l'UEMOA est expliqué par les
fluctuations des fondamentaux tels que le les termes de l'échange (TDE),
les dépenses gouvernementales, l'investissement et la
productivité. Par ailleurs l'estimation par le modèle à
équation unique donne des résultats différents selon les
pays de l'UEMOA.
Chudik et Mongardini (2007) ont
estimé le TCRE pour les pays africains sub-sahariens à revenu
faible. Pour y parvenir, ils ont adopté une méthodologie à
deux étapes. Ils utilisent le modèle à équation
unique et une technique d'estimation en panel en considérant que les
pays ont la même spécificité. Les résultats montrent
que les estimations avec le modèle à équation unique sont
moins fiables que celles en panel. Les estimations en panel donnent des
résultats statistiquement significatifs pour les pays importateurs de
pétrole.
Baffes, Elbadawi et O'connel
(1999) se basant sur les travaux de Edwards (1989), Devarajan, Lewis et
Robinson (1993), Montiel (1997), Elbadawi et Soto (1994,1995) sur la
détermination de TCR par le modèle à équation
unique, ont estimé le TCR et le degré de mésalignement des
pays comme la Cote d'Ivoire et le Burkina Faso. A cet effet, ils adoptent une
méthodologie en trois volets. Une estimation de la relation de long
terme, une estimation des paramètres du modèle et le calcul de
degré de mésalignement. Ils aboutissent à la conclusion
selon laquelle la décision de dévaluer dépend des
fondamentaux, du degré de mésalignements du TCR et de la vitesse
les mécanismes d'ajustement interne et externe semblent restaurer
l'équilibre macroéconomique.
Iossifov et Loukoianova (2007)
ont essayé de déterminer les facteurs qui expliquent le taux de
change d'équilibre au Ghana. Pour ce faire, ils ont utilisé un
modèle vectoriel à correction d'erreur (VECM). Les
résultats montrent que les mouvements à long terme du taux de
change réel sont expliqués par le taux de croissance du pib
réel, le différentiel du taux d'intérêt, les prix
réels mondiaux des matières premières exportées.
Ces résultats montrent également que lorsque le TCR se
dévie de sa trajectoire d'équilibre, il y revient entre 2 et 3
ans.
Zafar (2005) a
évalué l'impact de l'appréciation de l'euro sur le franc
CFA et les économies des deux zones dont la CEMAC et l'UEMOA. Pour
y parvenir il utilise la théorie PPA sur les données en panel
avec le modèle à équation unique. Il aboutit aux
conclusions selon lesquelles le FCFA s'est apprécié de 8% dans
l'UEMOA contre 7% dans la CEMAC. Ces appréciations sont dues notamment
à l'appréciation de l'euro par rapport au dollar américain
et au maintien de la politique monétaire dans les deux zones.10(*)
MacDonald et Ricci (2003)
préoccupés par les dépréciations successives des
années 1999 et 2002, ont de essayé d'identifier les
déterminants du TCRE de l'Afrique du Sud et estimé le temps que
met un choc sur le TCR pour se dissiper. Ils utilisent l'approche à
équation unique avec la cointégration de Johansen. Les
résultats montrent que le TCRE en Afrique du Sud peut être
expliqué par le différentiel du taux d'intérêt, le
PIB par tête, les prix réels mondiaux des premières, le
solde budgétaire et les investissements nets étrangers. Aussi
ces résultats montrent que lorsque le TCR subit un choc, il met plus de
deux ans pour retrouver son sentier d'équilibre.
Benassy-Quéré,
Lahréché-Révil et Mignon (2007) ont utilisé une
méthodologie des données en panel pour estimer les
mésalignements des taux de change réel effectif bilatéral
et multilatéral des monnaies des pays du G20. Comme résultats,
ils trouvent que les devises de cinq pays d'Asie sont fortement sous
évaluées au début de l'année 2006. Ces
résultats montrent également qu'un manque d'ajustement du taux de
change dans les pays d'Asie a un impact limité sur les autres
mésalignements contre le dollar américain et de surcroit les
mésalignements bilatéraux entre les Etats Unis et les autre pays
dépendent principalement des mésalignements du taux de change de
l'ensemble des pays.
Drine et Rault (2005) ont
utilisé les développements récents de
l'économétrie des panels non stationnaires afin d'examiner les
principaux déterminants de long terme du taux de change réel. Ils
considèrent un échantillon de 45 pays en développement,
décomposé en trois groupes selon le critère
géographique : l'Afrique, l'Amérique Latine et l'Asie. Les
investigations confirment que disposer d'une référence pour juger
du degré de distorsion du taux de change réel, n'est pas aussi
simple que le laisse penser le concept de PPA. Le taux de change réel
est bien au centre d'une dynamique économique et sa valeur dépend
des spécificités économiques de chaque pays. Autrement
dit, nous ne disposons pas d'une norme fixe et générale mais,
pour chaque économie, la trajectoire du taux de change réel est
fonction de son niveau de développement, de sa conduite en
matière de politique économique et de sa position sur le
marché international.
Louchi (2009) a estimé le taux de change
d'équilibre de onze (11) pays Sud Méditerranéens entre
1980 et 2008. Pour y parvenir, il utilise l'approche BEER pour identifier le
comportement du taux de change réel d'équilibre et la
méthodologie de cointégration en panel des données non
stationnaires pour estimer la relation de long terme entre le taux de change
effectif réel et ses fondamentaux. Les résultats indiquent qu'une
augmentation du revenu par habitant, des dépenses du gouvernement, des
termes de l'échange et de la position extérieure nette a tendance
à apprécier le taux de change d'équilibre de long terme
des pays considérés, alors qu'une augmentation du degré
d'ouverture tend à le déprécier.
Couharde, Coulibaly et Damette (2011) ont estimé le
mésalignement des monnaies des pays de la zone CFA et analysé les
modalités de convergence de leurs taux de change effectifs réels
vers leur niveau d'équilibre entre 1985 et 2007. Pour y parvenir, ils
estiment la relation de long terme entre les taux de change effectifs
réels et leurs fondamentaux économiques grâce à la
méthodologie de cointégration en panel en utilisant les doubles
moindres carrées ordinaires développés par Kao et Chiang
(2000) et Mark et Sul (2003). Pour prendre en compte les
phénomènes de non linéarités dans le processus de
convergence des taux de change effectifs réels, ils utilisent un
modèle à correction d'erreur à transition lisse en panel.
Comme résultats, ils trouvent que l'appréciation des taux de
change réels des pays de la zone CFA à partir des années
2000 ne s'est pas traduite par une surévaluation réelle de leurs
monnaies en 2007. Cependant, certains pays subissent des surévaluations
importantes, ce qui traduit une forte
hétérogénéité et l'absence d'un processus de
convergence au sein de la zone CFA. Ils montrent enfin que le processus de
convergence vers les fondamentaux est caractérisé par des non
linéarités selon que les pays se trouvent dans des
régimes de sous ou de surévaluation.
Kiema, Nubukpo et Sanou (2011), pour leur part, ont
évalué l'impact de la dévaluation du Franc CFA sur la
balance commerciale et la production dans les pays de l'UEMOA. Pour y parvenir,
ils calculent les désalignements du taux de change réel du franc
CFA grâce à l'estimation de la relation entre ce dernier et ses
fondamentaux. Ils utilisent à cet effet les techniques
économétriques du FMOLS (Full Modified Ordinary Least Square) et
du PMG (Pooled Mean Group). Les résultats montrent que le gain de
compétitivité créé par la dévaluation de
1994 a été résorbé dans les années 2002-2003
et qu'actuellement le TCRE de la zone est globalement surévalué
avec des degrés différents en fonction de la technique
d'estimation utilisée (1 à 9%).
De ces études empiriques et théoriques, il
ressort que plusieurs approches méthodologiques permettent d'estimer les
fondamentaux de taux de change réel. Il s'agit de l'approche BEER qui,
pour sa part, capte les mouvements du taux de change réel ;
l'approche UIEB qui permet de prendre en compte à la fois
l'équilibre interne et externe du taux de change réel ;
l'approche CHEER permet de capter la vitesse de convergence du taux de change
en cas de déséquilibre et enfin l'approche FEER qui, de son
côté, permet d'identifier les variables macroéconomiques
qui influencent la valeur du taux de change.
Du point de vue technique d'estimation, il est à
souligner l'utilisation des séries temporelles et des données en
panel. Identifier la relation de long terme entre le taux de change réel
et ses fondamentaux, conduit à l'utilisation d'un modèle à
correction d'erreur. Ainsi donc, lorsqu'il s'agit des données en panel,
le modèle à correction d'erreur se traduit par une des techniques
dont Pooled Mean Group développée par Pesaran, Shin et Smith
(1999). L'estimation par la technique de Pooled Mean Group permet en effet
d'avoir aussi bien la relation de long terme que la relation de court terme,
elle permet de corriger les problèmes d'endogénéité
du modèle et de prendre en compte
l'hétérogénéité - pays.
Malgré tous ces travaux empiriques effectués, il
n'en demeure pas moins que ce sujet reste d'actualité à cause des
profonds changements qu'a connus l'économie mondiale. La crise
financières de 2008, la forte appréciation de l'euro et la crise
postélectorale en Côte d'Ivoire sont des facteurs importants de
nature à impacter sur le TCRE du franc CFA et ses fondamentaux dans
l'UEMOA.
De tout ce qui précède, il convient de poser
deux hypothèses de recherche pour nous amener à atteindre
l'objectif principal de cette recherche. Ainsi, les deux hypothèses sont
formulées comme suit :
Hypothèse 1 : Les comportements
du TCRE du franc CFA dans l'UEMOA s'expliquent par ses fondamentaux.
Hypothèse 2 : La valeur actuelle
du franc CFA est surévaluée.
Pour vérifier les deux hypothèses de notre
recherche, nous allons utiliser l'approche théorique de Edwards (1989),
Fundamentals Equilibrium Exchange Rate (FEER), qui permet d'identifier les
variables qui influencent la valeur du taux de change réel du franc CFA
et capter ses déviations par rapport à son niveau
d'équilibre. Ainsi, le chapitre suivant sera consacré à
l'analyse économétrique de la relation entre taux de change
réel et ses fondamentaux et au calcul des degrés de
mésalignement du franc CFA dans l'UEMOA.
Chapitre 3 : Evaluation empirique du taux de change
réel d'équilibre et son mésalignement dans l'UEMOA.
Ce deuxième chapitre porte essentiellement dans un
premier temps sur la description de l'approche théorique, le
modèle économétrique à estimer, les variables du
modèle, les techniques d'estimation de la relation entre le taux de
change réel et ses fondamentaux, et la détermination des
degrés du mésalignement du franc CFA dans l'UEMOA. Dans un second
temps, les résultats des estimations et leurs interprétations
seront présentés accompagnés des implications en
matière de politique économique.
I. Modèle
1.1. Spécification du modèle FEER (Fundamentals
Equilibrium Exchange Rate)
L'approche FEER est bien reconnue pour le calcul des taux de
change réel d'équilibre. Nous suivons Edwards (1989) dans la
définition du TCRE, lequel résulte de la réalisation
simultanée de l'équilibre interne et de l'externe de
l'économie.
Soit une petite économie ouverte avec trois types de
biens : un bien exportable, un bien importable et un bien non
échangeable. L'économie produit les biens exportables et les
biens non échangeables et consomme les biens non échangeables et
les biens importables.
L'économie est en changes flexibles et le taux de
change nominal est noté E. Cette hypothèse peut
paraître à première vue étonnante, d'autant plus que
les pays de notre échantillon sont en change fixe. Cependant, nous
raisonnons ici dans une optique de long terme et estimons par ailleurs dans la
partie économétrique une relation de long terme. Bien sûr,
le taux de change peut être fixe à court et moyen terme, mais
à long terme pour maintenir la parité les pays doivent disposer
d'une quantité suffisante de devises, ce qui n'est pas le cas pour la
majorité des pays en développement dont ceux de notre
échantillon. Comme le taux de change nominal finira à terme par
s'ajuster, nous supposons ici d'emblée qu'il est flexible.
Soit
et
le prix intérieur des biens exportables et des biens non
échangeables respectivement. Le prix mondial des biens exportables est
normalisé à un
et le prix intérieur des biens exportablesest défini
par :
(7)
Le prix mondial des biens importables est noté
.
Soit
et
respectivement le prix relatif intérieur des biens importables
et des biens exportables par rapport aux biens non échangeables :
(8)
(9)
Le prix relatif des biens importables par rapport aux biens
non échangeables
sera :
(10)
Nous supposons que l'économie adopte une restriction
tarifaire sur les importations telle que :
(11)
Où
est le tarif douanier sur les importations (tarif
spécifique).
La production totale des deux biens de l'économie
considérée sera définie par :
(12)
avec
,
étant les dérivés de premier ordre par rapport aux
élasticités.
La consommation globale privée est donnée
par :
(13)
Avec
et
respectivement les consommations intérieures des biens
importés et des biens non échangeables.
;
et
étant les dérivés de premier ordre par rapport aux
élasticités.
Nous définissons ensuite le taux de change réel
comme le prix relatif des biens échangeables par rapport aux biens non
échangeables :
(1
=
(14)
avec
.
Nous supposons que le capital est parfaitement mobile à
long terme et notons par A, les actifs étrangers. Les agents
détiennent une partie de leur richesse sous forme d'actifs
étrangers dont le rendement est r*. Le compte courant du pays
est la somme du rendement net des actifs étrangers détenus et du
solde de la balance commerciale exprimée en monnaie
étrangère, définie comme la différence entre les
exportations et la consommation des importables, soit :
(15)
La variation des réserves de change dans
l'économie est donnée par :
(16)
avec KI les flux net de capitaux.
A court et à moyen terme l'économie peut
s'écarter de l'équilibre, définie par
, et le stock d'actifs dans l'économie peut varier. Le compte
courant est dit soutenable lorsque le déficit du compte courant, somme
du solde de compte courant et des flux des capitaux est nulle, soit :
(17)
D'autre part, l'équilibre interne est
réalisé lorsque le marché intérieur des biens non
échangeables est en équilibre, soit :
(18)
avec
les dépenses publiques en biens non échangeables.
Le taux de change d'équilibre est définit comme
étant le prix relatif qui assure à la fois l'équilibre
interne et l'équilibre externe. A partir des relations (9) et (10), on
peut définir le TCRE,
en fonction de
,
, A, KI et
soit :
,
, A, KI,
)
(19)
Le niveau d'équilibre du taux de change réel est
donc fonction des termes de l'échange, de la politique commerciale, du
taux d'intérêt étranger, des flux de capitaux
étrangers, et des dépenses publiques. Les variables de
l'équation (19) constituent les fondamentaux du taux de change
réel d'équilibre de longue période. Une augmentation des
de'penses publiques en biens non e'changeables entraîne une
appréciation du taux de change réel, soit une
détérioration de la position compétitive du pays. Une
libéralisation commerciale conduit à une
dépréciation réelle de la monnaie domestique,
nécessaire à une amélioration de la position
compétitive du pays. Une amélioration de la balance courante est
associée à long terme à une appréciation du taux de
change réel. L'effet des termes de l'échange est incertain. D'un
côté, l'augmentation des termes de l'échange se traduit par
une hausse du revenu national et donc des dépenses, ce qui conduit
à une appréciation réelle. De l'autre, cette augmentation
va générer un effet de substitution qui entraîne une
dépréciation réelle. Elbadawi et Soto (1995) ont
étudié 7 pays en développement et trouvent que pour trois
d'entre eux, l'amélioration des termes de l'échange
entraîne une appréciation du taux de change réel, alors que
pour les quatre autres, elle entraîne une dépréciation.
Feyzioglu (1997) trouve pour la Finlande, qu'une amélioration des termes
de l'échange se traduit par une appréciation du taux de change
réel.
Partant du cadre théorique, la relation de long terme
à tester entre le taux de change réel et ses fondamentaux
s'écrit :
(20)
où TCRE est de taux de change réel effectif,
FUND est le vecteur des différents fondamentaux,
est un vecteur des termes constant du modèle,
un vecteur de paramètres à estimer et
est un vecteur de perturbations du modèle ; avec
et
.
De façon explicite, la forme
économétrique s'écrit :

(21)
avec :
v LTCRE : le logarithme du taux de change réel
effectif côté à l'incertain,
v LTDE : le logarithme des termes de l'échange
(troc net),
v LOUV : le logarithme de l'ouverture commerciale,
définie comme le rapport de la somme des exportations et des
importations sur le PIB.
v LBC : le logarithme de la balance commerciale
rapportée au PIB
v LINV : le logarithme de l'investissement en pourcentage
du PIB,
v LGOUV : le logarithme de la part des dépenses
publiques dans le PIB,
v LPROD : le logarithme du PIB par tête relatif,
PPA.
v DEVAL : c'est une variable muette qui prend la valeur 0
avant 1994 et 1 après la dévaluation.
v CRISEPOL : il s'agit également d'une variable
muette pour capter les effets de la crise socio politique qu'a connue la
Côte d'Ivoire. Ainsi cette variable prend la valeur 0 avant 1999 et 1
après 1999.
1.2. Variables et signes attendus
Partant du modèle économétrique, il
convient de montrer comment les fondamentaux affectent le comportement du taux
de change effectif réel. Ainsi :
v Termes de l'échange des biens (TDE) : les
TDE affectent le taux de change réel d'équilibre à travers
l'effet richesse. Un choc positif sur les TDE induit une augmentation de la
demande domestique, ainsi une hausse du prix relatif des biens non
échangeables, ce qui conduit à l'appréciation du TCRE.
Alternativement, en partant sous l'angle de l'équilibre interne -
externe, une hausse du TDE conduit à une augmentation des salaires
réels dans le secteur de l'exportation et de l'excédent
commercial. En vue de restaurer l'équilibre externe, le TCRE doit
s'apprécier. Pour ce faire, le signe attendu est positif (+). Cependant,
il est noté que si l'effet substitution advient grâce à
l'augmentation du revenu national qui permettra d'alimenter la demande
nationale par une production domestique, le taux de change se
déprécie dans ce cas. En définitif, le signe attendu est
relativement ambigu.
v Part des dépenses publiques dans le PIB (GOUV) :
vue la difficulté à distinguer dans la consommation
gouvernementale, celle qui est attribuable aux biens échangeables de
celle en direction des biens non échangeables, nous utiliserons comme
Proxy de la consommation publique en biens non échangeables la part dans
le produit intérieur brut de la dépense gouvernementale ; Ceci se
comprend assez aisément dans la mesure où la dépense
gouvernementale est constituée d'une forte proportion en biens non
échangeables tandis que les investissements eux contiennent une forte
part de biens importés. L'on notera donc GOUV la part dans le produit
intérieur brut de la dépense gouvernementale. Cette variable de
comportement du gouvernement a un impact important sur le taux de change
d'équilibre. Son signe est ambigu car l'impact des dépenses
gouvernementales dépend de l'importance relative des biens changeables
et des biens non échangeables dans l'économie. Ainsi, si les
dépenses du gouvernement augmentent dans le secteur des non
échangeables, ceci aura un effet positif sur le taux de change
réel en augmentant le prix des biens non échangeables et la
variable GOUV aura un signe positif. Si par contre la proportion des
dépenses gouvernementales diminue malgré le fait d'un
accroissement des dépenses gouvernementales, ceci conduira
évidemment à déprécier le taux de change
réel.
v Degré de protection ou de restrictions
commerciales (OUV): une réduction des barrières commerciales
conduit à prévoir une augmentation des échanges notamment
des importations. Ainsi, une demande pour les importations conduit à un
déséquilibre interne - externe, lequel requiert une
dépréciation pour corriger le déséquilibre. Pour
cela, le signe attendu pour cette variable est négatif. Pour capter les
restrictions commerciales, nous allons utiliser un proxy qui est OPEN
(ouverture commercial).
v Productivité (PROD) : elle capte l'effet Balassa
- Samuelson. Une augmentation de la productivité, dans le secteur des
biens échangeables au détriment des biens non
échangeables, dans un pays par rapport au reste du monde fait accroitre
les salaires relatifs. Cette hausse des salaires occasionne une augmentation
des prix relatifs des biens non échangeables par rapport aux biens
échangeables et fait apprécier le TCRE. Le signe attendu est donc
positif.
v Investissement (INV) : Edwards (1989) suggère
que la prise e compte de l'investissement dans la théorie de
détermination du TCRE résulte des effets d'offre, offre qui
dépend de l'intensité relative des différents facteurs.
Ainsi, le signe attendu est à priori ambigu. Cependant, pour un pays en
développement dont les investissements permettent d'importer les biens,
on peut bien évidemment assister à une dépréciation
du TCR et donc le signe attendu peut être négatif.
v DEVAL : la dévaluation est un ajustement en
baisse de la valeur de la monnaie, il s'agit d'une variable muette qui prend la
valeur 0 avant 1994 et 1 après. Le signe attendu est négatif.
v CRISEPOL : il s'agit également d'une variable
muette pour capter les effets de la crise socio politique qu'a connue la
Côte d'Ivoire. Ainsi cette variable prend la valeur 0 avant 1999 et 1
après 1999.
Tableau 3: récapitulatif des signes
attendus
Variables
indépendantes
|
Signe attendu de l'impact sur le TCRE
|
Terme de l'échange (TDE)
|
Ambigu (+ ou -)
|
Dépenses publiques (GOUV)
|
-
|
Restrictions commerciales (OUV)
|
-
|
Investissement (INV)
|
Ambigu (+ ou -)
|
Balance commerciale (BC)
|
+
|
Productivité (PROD)
|
+
|
DEVAL
|
-
|
CRISEPOL
|
+/-
|
1.3. Les données sur les variables
Les données sur les variables portent sur 711(*) pays de l'UEMOA et couvrent
la période de 1984 à 2010 et il s'agit des données
secondaires issues essentiellement de la base de données de la Banque
Mondiale (World Development Indicators 2011), des statistiques
financières Internationales (SFI 2010) du Fond Monétaire
International (FMI) et du Penn World Table 7.1.
II. Techniques
d'estimation économétrique
2.1. Test de racine
unitaire en panel
Comme souligné dans les travaux de OKEY (2009), le
traditionnel test de racine unitaire de Dickey-Fuller Augmenté (ADF)
souffre d'un problème de faible pouvoir de rejet de l'hypothèse
nulle de stationnarité des séries, surtout pour les
données de courte période. Ainsi la littérature
récente montre que les tests de stationnarité sur panel sont plus
puissants que ceux basés sur les séries temporelles individuelles
Al-Iriani (2006). Parmi les tests récemment développé,
nous avons, le test de racine unitaire LLC de Levin et al (2002) ; IPS de Im et
al (2003), Hardi (2000), et Beitung (2000). Narayan et Smyth (2009) ont
utilisé le test Breitung (2000) car ce test est
généralement plus robuste que n'importe quel test de la
première génération des tests de racine unitaire en
panel.
Aspergis et Payne (2009) utilisent le test de IPS qui est
d'ailleurs plus général et plus populaire et basé sur le
principe du test de ADF. Notons que le test de racine unitaire en panel de
Breitung(2000) et Levine et al. (2002) suppose une racine unitaire
autorégressive homogène (sous l'hypothèse alternative, le
coefficient autorégressif est le même pour tous les individus pour
le test LLC), alors que Im et al (2003) suppose une racine unitaire
hétérogène (l'hypothèse alternative autorise la
présence d'un sous-ensemble d'individus de taille N1 dont la variable
d'intérêt suit un processus stationnaire. Les tests de racine
unitaire de Im, Pesaran et Shin (2003) prennent donc en compte
l'hétérogénéité (Hurlin et Mignon 2005).
Soit l'équation suivante :
(22)
(toutes les séries du panel contiennent une racine unitaire).
(au moins une des séries individuelles du panel est
stationnaire).
La statistique T-bar spécifiée par Im et al
(2003) est la moyenne des statistiques individuelles ADF.
(23)
, statistiques ADF des séries individuelles du panel, les
simulations de Monte-Carlo montrent que T-bar est distribuée
normalement.
2.2. Test de
cointégration en panel
Le concept de cointégration peur être
définie comme un co-mouvement systématique à long terme
entre deux ou plusieurs variables économiques Yoo (2006). Les tests de
Granger (1981) et Johansen (1988), sont indiqués pour les séries
temporelles et ne traitent pas les données de panel. Plusieurs tests
sont élaborés dans le cadre des panels dont les tests d'absence
de cointégration sur données de panel proposés par Pedroni
(1995, 1997,1999, 2004), Kao (1999) et Bai et Ng (2001) sont des tests
résiduels analogues aux tests proposés par Engle et Granger
(1987) dans le cadre des séries temporelles.
Larsson et alii (2001) et Groen et Kleibergen (2003),
se sont inspirés des travaux de Johansen (1991, 1995) afin de proposer
des tests basés sur le rapport de vraisemblance dans un système
où a priori le nombre de relations de cointégration
n'est pas connu.
En outre, Pedroni (1995, 1997) a proposé divers tests
de cointégration en deux étapes visant à
appréhender l'hypothèse nulle d'absence de cointégration
intra-individuelle à la fois pour des panels homogènes et
hétérogènes en présence d'un seul régresseur
dans les relations de cointégration.
Pedroni (1999, 2004) propose une extension au cas où
les relations de cointégration comprennent plus de deux variables et il
développe à cet effet sept (7) tests basés sur
l'estimation du résidu du modèle de long terme. Les tests de
Pedroni prennent en compte l'hétérogénéité
par le biais de paramètres qui peuvent différer entre les
individus. Ainsi, sous l'hypothèse alternative, il existe une relation
de cointégration pour chaque individu, et les paramètres de cette
relation de cointégration ne sont pas nécessairement les
mêmes pour chacun des individus du panel (Hurlin et Mignon, 2007). Par
ailleurs, Kao (1999) a également proposé des tests de
l'hypothèse nulle d'absence de cointégration : test de type
Dickey-Fuller et test de type Dickey-Fuller Augmenté.
Contrairement aux tests de Pedroni, Kao considère le
cas particulier où les vecteurs de cointégration sont
supposés homogènes entre les individus. En d'autres termes, ces
tests ne permettent pas de tenir compte de
l'hétérogénéité sous l'hypothèse
alternative et ne sont par ailleurs valables que pour un système
bivarié (i.e. lorsqu'un seul régresseur est
présent dans la relation de cointégration). Enfin, McCoskey et
Kao (1998) ont proposé un test de l'hypothèse nulle de
cointégration dans des panels hétérogènes. Il
s'agit d'un test résiduel du multiplicateur de Lagrange que l'on peut
rapprocher du test de Shin (1994) élaboré dans le cas des
séries temporelles.
En effet, dans le cadre de notre travail, nous allons utiliser
la méthodologie proposée par Kao (1999) à cause notamment
de la taille de notre échantillon, le test de Kao nous permettra d'avoir
des résultats robustes car cette méthodologie est plus
adaptée aux échantillons de taille faible.
2.3. Techniques
d'estimation de la relation de long terme
2.3.1. Estimation par le Group Mean
Panel Fully Modified OLS (GM-FMOLS)
Le point de départ à l'utilisation de la
méthodologie GM-FMOLS est l'équation statique suivante :

avec i = 1,2,...N, t = 1,2,...T
(24)
est la variable dépendante (taux de change réel
d'équilibre),
est un vecteur des K fondamentaux,
et le paramètre qui capte la spécificité-pays.
Cette méthodologie correspond à l'approche de
Engel-Granger pour laquelle l'estimation par pays peut se faire par les MCO
lorsqu'il existe une relation de cointégration entre la variable
dépendante et ses fondamentaux. Pour les panels non stationnaires,
cependant, Pedroni (2000) démontre que les estimateurs MCO sont
asymptotiquement biaisés.
La technique GM-FMOLS en panel proposée par Pedroni
(1996,2000) résout ce problème dans le sens où elle permet
l'utilisation des vecteurs de cointégration
hétérogènes. Pour Maeso-Fernadez, Osbat et Schartz (2004),
l'estimateur FMOLS prend en compte la présence du terme constant et la
possible existence de corrélation entre le terme d'erreur et les
différences des régresseurs. Les ajustements sont faits à
cet effet sur la variable dépendante et les paramètres de long
terme obtenus par estimation de l'équation ajustée. Dans le cas
des panels, les coefficients de long terme issusde la technique GM-FMOLS sont
obtenus par la moyenne en groupe des estimateurs par rapport à la taille
de l'échantillon (N).
Ainsi, l'estimateur GM-FMOLS se présente comme
suit :

où
est un vecteur de regresseurs ajustés par la covariance entre
le terme d'erreur et le vecteur
,
est l'ajustement dû à la présence du terme
constant. Le terme entre les crochets est l'estimateur par pays des
fondamentaux issu de la méthode FMOLS.
Les avantages de cette méthodologie résident
dans la résolution des problèmes
d'endogénéité et de différentes formes de variables
omises et de mesure d'erreurs. Cette technique permet également la prise
en compte de l'hétérogénéité des
paramètres de long terme entre les pays, au quel cas les
paramètres estimées sont interprétés comme les
valeurs moyenne du vecteur de cointégration. Ainsi, l'utilisation de
l'approche GM-FMOLS permet de tester formellement l'existence d'une relation de
cointégration.
2.3.2. Estimation par le Pooled-Mean
Group (PMG)
L'estimation par le PMG proposée par Pesaran, Shin et
Smith (1999) contraint les coefficients de long terme à être
identique à celle du modèle à correction d'erreur mais les
coefficients de long terme peuvent différer des variances des erreurs.
Cet estimateur est construit sous l'hypothèse d'une
hétérogénéité des coefficients de court
terme et une homogénéité des coefficients de pente de long
terme (Pesaran et al. 1999). Les conditions initiales sont
traitées comme fixes ou aléatoires et les coefficients de long
terme sont une combinaison non-linéaire des coefficients de court
terme.
Le fondement du Pooled-Mean Group fait appel à
l'estimation du modèle ARDL (autoregressive distributed lag) d'ordre
(pi, qi).

Où
est la variable dépendante,
le vecteurs des variables explicatives,
est coefficient qui capte la spécificité-pays,
et
représentent les coefficients de la dynamique de court terme
relatifs à chaque pays et
est le terme d'erreur du modèle.
Les coefficients de long terme sont supposés identiques
à tous les pays. Ainsi, si
est significativement négatif, on peut alors conclure qu'il
existe une relation de long terme entre la variable indépendante et les
variables explicatives.
L'approche PMG est essentiellement une version de la
procédure en panel du modèle ARDL et consiste à
l'estimation du modèle ARDL par le maximum de vraisemblance, lequel peut
être réécrit comme un modèle à correction
d'erreur (ECM). L'estimation de ce modèle évoque
simultanément les dimensions intra et inter. Pesaran, Shin et
Smith(1999) n'ont pas proposé un test formel de cointégration
mais ont dérivé des propriétés asymptotiques tant
pour l'estimation des régresseurs des séries stationnaires que
non stationnaires.
Contrairement à l'estimateur GM-FMOLS qui est un
estimateur modifié des MCO, l'estimateur du Pooled Mean Group (PMG) est
un estimateur de maximum de vraisemblance. En principe, l'estimateur FMOLS
demande peu d'hypothèses et tend à être plus robuste
(Fernandez, Osbat et Schnatz, 2004). En particulier, Pedroni (2000) trouve les
estimateurs GM-FMOLS ont souvent des propriétés puissantes pour
des petits panels dont la taille de l'échantillon (T) est
supérieure au nombre d'individus (N). Pedroni note également que
lorsque le vecteur de cointégration est homogène, la performance
de l'estimation par le MG-FMOLS est meilleure que celle de l'estimateur Intra
pour les petits échantillons. A cause du fait que l'estimation par PMG
impose une homogénéité à long terme, il peut aussi
produire des estimateurs inconsistants si éventuellement
l'hypothèse d'homogénéité est violée.
Cependant, si le vecteur de cointégration de long terme est
homogène à travers les différents individus, l'estimation
par PMG est relativement efficiente par rapport à celle du GM-FMOLS.
2.4.
Mésalignements du taux de réel d'équilibre
Il est important de souligner que pour les besoins de notre
recherche, les calculs des distorsions du franc CFA dans l'UEMOA seront faits
de façon agrégée même si l'on pouvait constater une
hétérogénéité quant à aux niveaux de
mésalignement dans les différents pays.
Ainsi, la détermination du degré de
mésalignement nécessite la construction des variables non
observées. La construction de ces variables non observées
impliquent une décomposition des fondamentaux en composantes permanentes
et en composantes transitoires. En particulier, le taux de change réel
estimé est défini comme la valeur du TCRE, laquelle est la valeur
issue de l'estimation de la relation de long terme. Dans la littérature,
la construction de la valeur d'équilibre se fait grâce à
l'extraction de la composante permanente pour chaque déterminant du TCRE
et, à cet effet, dans ce travail, nous utilisons le filtre HP
(Hodrick-Prescott, 1997) pour décomposer les fondamentaux afin d'estimer
les mésalignements du TCRE du FCFA dans l'UEMOA.
Décomposition en composantes permanente et
transitoire par le filtre Hodrick - Prescott (HP) (1997)
La présence de cointégration suppose que la
variable dépendante peut être induite par un petit nombre de
tendances communes ou de composantes permanentes. Ainsi, la composante
permanente notée
est considérée comme la valeur d'équilibre tandis
que la composante transitoire,
, mesure les fluctuations transitoire.
La construction de la composante permanente des séries
temporelles en utilisant le filtre HP est devenue très usuelle notamment
dans l'analyse des cycles d'affaire. Ainsi, cette composante s'obtient en
résolvant l programme de minimisation suivant :

où
est une constante choisie de façon arbitraire qui indique
l'évolution de la composante permanente. Ainsi,
implique que la série est uniquement une composante permanente.
Réciproquement, lorsque
croît considérablement, la composante permanente devient
une tendance linéaire. Dans notre travail, étant donné que
nous avons des données annuelles,
.
Nonobstant, la description de notre approche
méthodologique et les variables de notre modèle à estimer,
il convient de présenter les résultats empiriques auxquels cette
recherche a aboutis. Selon les cas, nous avons utilisé deux logiciels
économétriques dont Eviews 7 et Stata 11, ce qui nous a permis
d'avoir des résultats qui sont l'objet de la section suivante.
III. Résultats et interprétations
3.1. Etude de la stationnarité en panel des
séries
Les différentes séries de notre modèle
sont soumises aux différents tests de racine unitaire
en panel dont les résultats se présentent dans le
tableau ci-après.
Tableau 2 : résultats des tests de racine
unitaire
Variables du modèle
|
Les différents tests de
racine unitaire
|
|
LLC
|
Breitung
|
IPS
|
DLTCRE
|
-4.01 (0.00)
|
-4.58 (0.00)
|
-4.93 (0.00)
|
DLTDE
|
-2.74 (0.00)
|
-3.53 (0.00)
|
-5.30 (0.00)
|
LPROD
|
-4.64 (0.00)
|
-7.62 (0.00)
|
-3.47 (0.00)
|
DLOUV
|
-6.78 (0.00)
|
-4.49 (0.00)
|
-6.61 (0.00)
|
DLINV
|
-11.04 (0.00)
|
-5.37 (0.00)
|
-121.70 (0.00)
|
DLGOUV
|
-3.06 (0.00)
|
-6.54 (0.00)
|
-6.53 (0.00)
|
DLBC
|
-6.17 (0.00)
|
-3.83 (0.00)
|
-7.11 (0.00)
|
Source : auteur à partir des résultats des
tests de racine unitaire en panel sous Eviews 7.
Globalement, toutes les variables sont stationnaires
après une différenciation sauf la variable LPROD qui est
stationnaire à niveau. Concrètement, mise à part LPROD
qui est intégrée à l'ordre 0, I(0), toutes les autres sont
intégrées à l'ordre 1 donc I(1). On peut alors de ce fait
soupçonner une relation de cointégration entre les
différentes variables.
3.2. Test de cointégration en panel
Compte tenu de la taille de notre échantillon, parmi
les différents tests de cointégration pour les données en
panel, c'est celui de Kao (1999) qui est retenu pour tester la relation de
cointégration le taux de change réel effectif et ses
fondamentaux. Rappelons que le test de Kao part de l'hypothèse nulle
d'absence de cointégration.
Tableau 3 : Résultats du test de
cointégration de Kao
Indicateur
|
T-statistic
|
Probabilité
|
ADF
|
-3,07
|
0,00
|
Source : test de cointégration de Kao sous Eviews
7
Ainsi, les résultats montrent que la probabilité
associée au T-statistic est de 0,00 ; cela permet de rejeter
l'hypothèse nulle d'absence de cointégration. Nous pouvons de ce
fait dire qu'il existe une relation de cointégration entre le taux de
change réel effectif et ses fondamentaux dont la productivité,
l'ouverture commerciale, l'investissement, les termes de l'échange et la
balance commerciale.
3.3. Estimation de la relation entre le taux de change
réel effectif et ses fondamentaux
Pour estimer la relation entre le taux de change réel
effectif et ses fondamentaux, nous avons utilisé une technique du
modèle à correction d'erreur en panel, grâce à la
méthode de Pooled Mean Group développé par Pesaran, Shin
et Smith (1999), sous Stata 11.
Les résultats de l'estimation se présentent en
deux phases à savoir les déterminants à long terme et ceux
à court terme du taux de change réel du franc CFA dans la zone
UEMAO. Par ailleurs l'estimation de la relation de long terme permettra enfin
de calculer les mésalignements du taux de change réel effectif du
franc CFA.
3.3.1. Relation de long terme entre le
taux de change réel du franc CFA et ses fondamentaux dans l'UEMOA
Les résultats de l'estimation du modèle ARDL par
la technique des Pooled Mean Group se présentent comme suit dans le
tableau ci - après.
Tableau 4 : Coefficients de long
terme
Variables
|
Coefficients
|
Probabilité
|
Linv
|
0,97
|
0,00
|
Lgouv
|
-0,77
|
0,03
|
Ltde
|
0,28
|
0,21
|
Lbc
|
0,21
|
0,00
|
Louv
|
0,78
|
0,00
|
Source : résultats d'estimation
L'investissement explique positivement et
significativement12(*) le
taux de change réel du CFA dans l'UEMOA. En effet, une augmentation de
l'investissement de 1% conduit à l'appréciation du taux de
change de 0,97%. Ce résultat cadre avec la théorie et nous
pouvons dire que les investissements dans l'UEMOA permettent d'acquérir
les biens d'équipements qui à leur tour contribueront à
augmenter la capacité de production destinée à
l'exportation dans le long terme.
Les dépenses gouvernementales pour leur part, font
déprécier significativement le taux de change réel du
franc CFA. Ainsi, une hausse des dépenses gouvernementales de 1 %
entraîne une réduction de la valeur du taux de change de 0,77%. Le
signe du coefficient des dépenses gouvernementales se justifie bien
évidemment par le fait que ces dépenses sont souvent
destinées à l'achat des biens et services importés. Cette
opération d'importation consiste à une offre du CFA, ce qui fait
réduire la valeur de la monnaie. Théoriquement, ce
résultat est observé dans les pays en développement
contrairement aux pays développés où le signe attendu est
positif car les dépenses gouvernementales sont supposées
permettre l'acquisition des biens d'équipement pour satisfaire la
demande intérieure et l'exportation du surplus dégagé par
la production intérieure.
Contrairement aux dépenses gouvernementales, les termes
de l'échange, pris dans cette recherche en troc net, ont un effet
positif et non significatif sur le taux de change réel du Franc CFA dans
la zone. En effet, une augmentation des termes de l'échange de 1%, fait
hausser le taux de change de 1,09%. Ce résultat tient à une
évidence théorique car une hausse des prix des biens
exportées, toute chose étant égale par ailleurs, augmente
la demande de la monnaie locale, ici le CFA, et donc une augmentation de la
valeur du taux de change.
Comme dans le cas de l'effet négatif des
dépenses gouvernementales, la balance commerciale dans pays de l'UEMOA
exerce une pression à la hausse sur la valeur du taux de change. Ainsi,
une hausse de 1% de la valeur de la balance commerciale fait augmenter la
valeur du taux de change de 0,21%. Cela s'explique par le fait que les balances
commerciales des pays de l'UEMOA, à l'exception de la Côte
d'Ivoire, sont structurellement déficitaires. Concrètement ces
pays exportent moins qu'ils n'importent les biens et services. Cependant, si
l'effet est positif, cela voudrait simplement signifier que les importations
en biens d'équipements pourraient renforcer le tissu industriel et faire
augmenter les exportations, ce qui fera apprécier le taux de change
réel à long terme.
L'ouverture commerciale exerce une pression positive et
significative sur le taux de change réel du franc CFA. Une augmentation
de 1% du degré d'ouverture commerciale fait apprécier le taux de
change réel de 0,77%. Cet effet est contraire aux prescriptions de la
théorie économique. En effet, l'ouverture commerciale devrait
permettre une réduction des barrières commerciales et favoriser
les importations, qui, à leur tour permettront de faire
déprécier le taux de change. Cependant, l'effet positif peut se
justifier par le fait que l'ouverture commerciale pourrait conduire à
l'importation des biens d'équipements, qui, à long terme vont
faire promouvoir les exportations et exercer une pression à la hausse
sur le taux de change réel effectif du franc CFA.
Les variables muettes dont la dévaluation et la crise
politique qu'a connue la Côte d'Ivoire exercent tous deux un effet
positif sur le taux de change réel du franc CFA dans la zone.
Le modèle à correction d'erreur en panel tout
comme en séries temporelles fait ressortir non seulement la relation de
long terme mais aussi la relation de court terme.
3.3.2. Relation de court terme entre le
taux de change réel du franc CFA et ses fondamentaux dans l'UEMOA
A la différence de la relation de long terme,
l'estimation de la relation de court montrent les effets ci-après des
différentes variables du modèle estimé.
Tableau 5 : coefficients de court
terme
Variables
|
Coefficients
|
Probabilité
|
Lprod
|
0,26
|
0,01
|
Linv
|
-0,02
|
0,52
|
Lbc
|
-0,21
|
0,03
|
Lgouv
|
0,03
|
0,67
|
Ltde
|
0,58
|
0,25
|
Louv
|
0,04
|
0,54
|
Source : auteur à partir des résultats de
l'estimation
Les résultats de l'estimation montrent que seule la
productivité a un effet significatif sur le taux de change réel
du franc CFA dans l'UEMOA. En effet, la productivité affecte
positivement le taux de change, ce qui est conforme à la théorie
économique. Ainsi, une amélioration de la productivité de
1% entraîne une appréciation du taux de change réel de
0,26%. Concrètement, ce résultat voudrait signifier qu'une
amélioration de la productivité dans les pays de l'UEMOA par
rapport à leurs partenaires commerciaux conduit à une
réduction de prix des biens échangeables. Ainsi, à cause
de cette baisse de prix, ces biens auront un avantage comparatif par rapport au
reste du monde et donc on assistera à un accroissement des exportations
et in fine une appréciation de taux de change réel. Ce
résultat est conforme aux travaux de Couharde, Coulibaly et Damette
(2011) dont les résultats montrent également un effet positif
à hauteur de 0,30%.
La balance commerciale, contrairement à son effet
positif à long terme, à court terme, elle exerce un effet
négatif et significatif sur le taux de change réel effectif.
Etant donné les déficits chroniques de la balance commerciale
observés dans les pays de l'UEMOA13(*), à court terme, l'effet des importations sur
le taux de change remporte et donc la balance commerciale fait
déprécier le taux de change réel. Ainsi, une augmentation
de 1% de la balance commerciale fait déprécier le taux de change
réel effectif de 0,21%.
3.4. Mésalignements du franc CFA dans l'UEMOA
Pour estimer le mésalignement du taux de change
réel du franc CFA, nous allons dans un premier temps ressortir
l'équation de long terme du taux de change estimé pour retracer
les trajectoires du taux de change actuel et de taux de change
d'équilibre, et dans un second temps, calculer les degrés de
mésalignements du franc CFA.
3.4.1. Trajectoires du taux de change
actuel et du taux de change d'équilibre
L'équation du taux de change réel estimé
par la technique du Pooled Mean Group se présente sous la forme
suivante :
(28)
Après le calcul du taux de change réel
estimé, nous passons à la décomposition HP sous Eviews7.
Cette décomposition permet d'avoir la série sur le niveau
d'équilibre du taux de change réel que nous allons comparer avec
la série sur le niveau actuel du taux de change réel.
Graphique 3 :
Evolution du taux de change réel actuel Vs taux de change
d'équilibre

Source : calcul de l'auteur à partir des
résultats de l'estimation du TCRE
Ce graphique montre les mouvements de
déséquilibre entre le taux de taux de change actuel et le taux de
change d'équilibre. Ainsi, parlera - t- on de mésalignement
lorsque le taux de change actuel dévie de la trajectoire
d'équilibre. Remarquons que si la dévaluation de 1994 avait
ramené le taux de change en dessous de sa trajectoire
d'équilibre, il est à noter que le graphique nous renseigne sur
une surévaluation du franc CFA depuis des années 2001
jusqu'à présent.si nous admettons que le taux de change
réel du franc CFA s'apprécie de nouveau, il est alors non moins
important de mesurer les mésalignements du franc CFA, lesquels
mésalignements captent les degrés de déséquilibre
par rapport au chantier d'équilibre du taux de change réel
effectif du CFA dans l'UEMOA.
3.4.2. Degrés de
mésalignements du franc CFA dans l'UEMOA
Les degrés de mésalignements ou de
déséquilibres sont calculés comme la variation en
pourcentage du niveau de taux de change actuel par rapport au niveau du taux de
change d'équilibre.
Tableau 6: Degrés de mésalignement
du taux de change réel du franc CFA dans l'UEMOA
Année
|
1984
|
1993
|
1994
|
2000
|
2002
|
2004
|
2006
|
2008
|
2009
|
Mésalignement
|
7,38
|
10,16
|
-8,46
|
6,95
|
1,52
|
5,85
|
6,98
|
6,56
|
8,32
|
Source : calcul de l'auteur à partir des
résultats de l'estimation de la relation de long terme
Ce tableau retrace les différents degrés de
mésalignements du taux de change réel effectif du franc CFA de
1984 à 2009. Ainsi, les valeurs en dessous de la ligne
d'équilibre, c'est-à-dire les valeurs négatives indiquent
qu'il s'agit d'une sous-évaluation et les valeurs au-dessus de la ligne
0 constituent une surévaluation du taux de change réel. En effet,
on peut aisément constater que les effets de la dévaluation de
1994 semblent s'atténuer depuis les années 2001 et le franc CFA
est aujourd'hui surévalué. Cette surévaluation s'estime
à 8,32% en 2009 contre 10,16% en 1993, l'année juste avant la
dévaluation de 11 Janvier 1994.
Dans ces conditions, les exportations des pays de la zone
seront forcément pénalisées car elles vont coûter
plus chers par rapport aux pays concurrents. Cela conduirait à
l'aggravation de la situation économique de ces pays dont les revenus
d'exportation constituent une part importante de leurs ressources
budgétaires.
Cependant, les questions fondamentales restent de savoir si
cette surévaluation mérite un réajustement du franc CFA
dans l'UEMOA ? Quels en sont les enjeux pour les économies de la
zone ?
Répondre à ces interrogations, revient à
faire des analyses en amont et en aval. Par ailleurs, il s'agit, en amont, de
voir l'état des réserves de change du franc CFA, auquel cas
l'épuisement de ces réserves conduiraient à
prétendre à une décision de dévaluation.
En termes d'enjeux, il s'agit de voir si le cadre
macroéconomique des pays de l'UEMOA s'y prête.
IV. Implications de
politique économique
Selon les résultats de nos estimations, les principaux
fondamentaux du taux de change réel effectif à long terme du
franc CFA dans l'UEMOA sont l'investissement, la balance commerciale, les
dépenses gouvernementales et l'ouverture commerciale.
De ces résultats, il découle que les
dépenses gouvernementales financent surtout les importations. Il
convient alors de trouver une solution à cette extraversion de nos
économies, laquelle solution serait la promotion de la politique
d'import substitution. Il s'agit concrètement de renforcer le tissu
industriel des économies de l'union pour essayer d'assurer une part
importante de la demande intérieure. Cette augmentation de l'offre
intérieure va permettre de réduire l'ampleur du chronique
déficit de la balance commerciale des pays de l'UEMOA.
Il convient de mettre en place une politique pouvant permettre
à nos économies de bénéficier de la
libéralisation commerciale. Ceci passe par la promotion des exportations
des produits à forte valeur ajoutée afin d'améliorer la
position externe des économies et apporter une solution aux
problèmes d'instabilité des cours des matières
premières dont sont tributaires les pays en développement
exportateurs de biens primaires. Comme instrument, il faut une politique
fiscale incitative des gouvernements des pays de l'UEMOA pour permettre aux
investisseurs de s'implanter et produire. Ceci va améliorer la
capacité productive nationale et conduire à une diversification
des exportations.
S'il est admis que le taux de change réel effectif du
franc CFA dans l'UEMOA est surévalué à hauteur de 8,32% en
2009 selon nos estimations, il revient de mettre en oeuvre une politique pour
assurer l'équilibre interne et externe du taux de change réel.
L'approche méthodologique dans ce travail étant
macroéconomique, il s'en suit que les distorsions du taux de change sont
de ce fait d'ordre macroéconomique. Ainsi, pour corriger ces
distorsions, il faut une meilleure coordination des politiques
macroéconomiques au sein de la zone UEMOA. De ce fait, il est
nécessaire de revoir la politique monétaire de la BCEAO et la
politique budgétaire des Etats membres à travers les
différents critères de convergence de l'UEMOA qui ne sont pas de
nature à aider les pays à faire face aux énormes
défis économiques.
Par ailleurs, il convient de révéler la question
de la politique de change dans l'UEMOA. En effet, compte tenu du
caractère extraverti de nos économies, et la tendance à
l'appréciation du franc CFA observée depuis les années
2000, il est non moins important de réfléchir sur
l'adéquation du régime de change fixe à la nature et au
cadre macroéconomique des économies de la zone franc. Mieux
encore, la monnaie d'arrimage qui est l'euro est sujet à
d'énormes difficultés, ce qui est de nature à faire
apprécier par ricochet le franc CFA. Une solution serait que la banque
centrale s'approprie la gestion totale des réserves de change dans un
premier temps, et ensuite voir s'il faudra un régime de change fixe ou
flexible pour les pays de l'UEMOA.
V. Extension de la problématique
Si la problématique essentielle de ce travail de
recherche est de se plancher sur une dialectique des économies faibles
avec une monnaie forte, à l'issu du traitement de la question
fondamentale, il ressort que la valeur actuelle du taux de change réel
du franc CFA dans l'UEMOA est surévaluée. Cette distorsion du
taux de change est expliquée par ses fondamentaux. Cependant, mis
à part les fondamentaux du taux du taux de change réel du franc
CFA, il convient de savoir tout en reconnaissant les avantages et
inconvénients des différents régimes de change, quel est
le régime le plus approprié pour les économies de la zone
franc ?
1 Conclusion
La revue de littérature sur l'évaluation
empirique de la relation entre le taux de change réel et ses
fondamentaux est prolixe. En effet, malgré les différentes
approches méthodologiques utilisées pour l'estimation de cette
relation, la tendance générale est qu'il existe une relation
significative entre le taux de change réel et ses fondamentaux.
Les objectifs de notre travail étant d'identifier les
fondamentaux qui expliquent les comportements du taux de change réel du
franc CFA dans l'UEMOA et d'estimer les degrés de mésalignements,
deux hypothèses ont été posées à cet effet.
Le premier affirme que les fondamentaux expliquent effectivement le
comportement du taux de change réel du franc CFA et la seconde suppose
que le franc CFA est actuellement surévalué.
Au terme de notre travail de recherche, les estimations
montrent que le taux de change réel du franc CFA est influencé
à l'équilibre par l'investissement, la balance commerciale,
l'ouverture commerciale et les dépenses gouvernementales à long
terme ; à court terme, seules la productivité et la balance
commerciale impactent sur le taux de change réel du franc CFA dans
l'UEMOA. Ce premier résultat confirme l'une de nos hypothèses de
base selon laquelle, le taux de change réel du franc CFA dans l'UEMOA
est expliqué par ses fondamentaux.
La vérification de la deuxième hypothèse,
qui est d'ailleurs confirmée, nous a conduits à estimer les
mésalignements du taux de change réel de 1984 à 2010. Ce
deuxième résultat montre que le niveau actuel du franc CFA est
surévalué à hauteur de 8,32%. Ce résultat relance
la question d'un nouvel ajustement de la parité entre l'euro et le franc
CFA. Comme solution, il s'agira d'examiner la position des réserves de
change du franc CFA dans l'UEMOA afin de prendre une décision de
dévaluation ou non. Notons cependant que la dévaluation n'est pas
une fin en soi, ce qui est fondamental c'est la capacité des
économies à réagir après une dévaluation.
Les leçons de la dévaluation de 1994 sont encore à
l'esprit car les effets attendus n'ont été que de très
court terme et les économies de la zone franc CFA replongèrent de
nouveau dans leur situation avant 1994. A cet effet, une solution consisterait
à renforcer la capacité productive du tissu industriel des pays
de l'union pour satisfaire une part importante de la demande domestique,
diversifier les exportations pour sortir du joug infernal de la
malédiction des matières premières afin d'améliorer
la balance commerciale et bénéficier des fruits de la
libéralisation commerciale dans un monde sans cesse globalisé.
Au-delà des questions de la dévaluation ou non,
il est non moins important de savoir si la monnaie d'héritage coloniale
et le régime de change fixe sont propices à la zone franc et
pouvant permettre à cette zone de faire face aux défis de
développement, de chômage et de réduction de la
pauvreté des populations.
Références
bibliographiques
Abdih, Y., and Tsangarides, C. (2006), «FEER for the CFA
Franc,» IMF Working Paper No.6/236 (Washington: International Monetary
Fund).
Baffes, Elbadawi, and O'Connell (1999), «Singe Equation
Estimation of the Equilibrium Real Exchange Rate» in Hinkle and Montiel,
Exchange Rate Misalignment: Concepts and Measurement for Developing
Countries,» World Bank.
Benassy-Quéré, Mignon (2007) «Is
Asia responsible or exchange rate misalignments within the
G20?»Pacific Economic Review 13: 1 (2008), pp.46-61.
Couharde, Coulibaly et Damette (2011), «Taux de change
d'équilibre et processus d'ajustement du franc CFA,» colloque
sur Dynamiques de croissance au sein de l'UEMOA.
Chudik, A., and J. Mongardini (2006), «In Search of
Equilibrium: Estimating Equilibrium Real Exchange Rates in Low-Income African
Countries,» IMF Working Paper No.07/90 (Washington: International Monetary
Fund).
Clark, P.B., and MacDonald, R. (1999), «Exchange Rates
and Economic Fundamentals: a Methodological Comparison of BEERS and
FEERS,» in Equilibrium Real Exchange Rates, ed. by R. MacDonald
and J.L. Stein (Massachusetts: Kluwer Academic Publishers), pp. 209-40.
Devarajan and L. Hinkle (1994), «The CFA Franc Parity
Change: An Opportunity to Restore Growth and Reduce Poverty,» Afrika
Spectrum 29 (2): 131-51.
Elbadawi (1994), "Estimating Long-Run Equilibrium Real
Exchange Rates", in Estimating Equilibrium Exchange Rates, ed. by J.
Williamson, Institute for International Economics, Washington, DC.
Elbadawi, and Raimundo (1994), "Capital Flows and Equilibrium
Real Exchange Rates in Chile,» World Bank Policy Research Working Paper
1306, World Bank, DC.
Joufelkit (2007), «Evolution des taux
de change effectifs réels de la zone franc: 1993-2006», Rapport
thématique JUMBO, AFD, Septembre.
Hinkle and Montiel (1999), Exchange Rate Misalignment:
Concepts and Measurement for Developing Countries (Washington: World
Bank).
Kiema, Nubukpo et Sanou (2011), «Impact d'une
dévaluation du franc CFA sur la balance commerciale et la production
dans les pays de l'UEMOA,»colloque sur Dynamiques de croissance au sein de
l'UEMOA.
Koulibaly (2008), « La France exploite l'Afrique par le
biais du franc CFA », entretien réalisé par Ruth Tete et Soh
Tadhieu de New African.
MacDonald, Ronald, and Luca Ricci, 2001, PPP and the Balassa
Samuelson Effect: «the role of distribution sector», IMF Working
Paper 01/38 (Washington: International Monetary Fund).
Montiel, Peter (1999), «The Long-Run Equilibrium Real
Exchange Rate: Conceptual Issues and Empirical Research,» in Hinkle and
Montiel, Exchange Rate Misalignment: Concepts and Measurement for
Developing Countries,» World Bank, Washington, DC.
Obstfeld, Maurice and Kenneth Rogoff (1996), Foundations
of International Macroeconomics, Cambridge, Massachusetts, MIT Press.
Ondo O. A. (2001), «Pour un ancrage crédible du
franc CFA», in Economie et Gestion, vol II, n°1,
janvier-juin.
Okey (2009), «Consommation d'énergie et croissance
du PIB dans l'UEMOA : Une analyse en données de panel,» Munich
Personal RePEC Archive Paper, No 15521.
Opoku-Afari, Maxwell (2004), «Measuring the Real Effective
Exchange Rate in Ghana,» Credit Research Paper, No 4/11, Center for
Research in Economic Development and International Trade, University of
Nottingham.
Ricci (2003), «Estimation of the Equilibrium Real Effective
Exchange Rate for South Africa,» IMF Working Paper WP/03/44 (Washington:
International Monetary Fund).
Williamson (1994), «Estimating Equilibrium Exchange
Rates,» Institute of International Economics, Washington, DC.
Zafar (2004), «What Happens When a
Country Does Not Adjust to Terms of Trade Shocks: The Case of Oil-Rich
Gabon,» World Bank Policy Research Working Papers 3403, Washington, DC.
Annexes
ANNEXE 1 : Résultats des tests de racine
unitaire en panel sous Eviews 7
Panel unit root test: Summary
|
|
Series: D(LBC)
|
|
|
Date: 12/10/11 Time: 10:20
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Exogenous variables: Individual effects, individual linear
trends
|
User-specified lags: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
Balanced observations for each test
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cross-
|
|
Method
|
Statistic
|
Prob.**
|
sections
|
Obs
|
Null: Unit root (assumes common unit root process)
|
Levin, Lin & Chu t*
|
-6.17890
|
0.0000
|
7
|
168
|
Breitung t-stat
|
-3.82736
|
0.0001
|
7
|
161
|
|
|
|
|
|
Null: Unit root (assumes individual unit root
process)
|
Im, Pesaran and Shin W-stat
|
-7.10548
|
0.0000
|
7
|
168
|
ADF - Fisher Chi-square
|
70.6214
|
0.0000
|
7
|
168
|
PP - Fisher Chi-square
|
432.809
|
0.0000
|
7
|
175
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
** Probabilities for Fisher tests are computed using an
asymptotic Chi
|
-square
distribution. All other tests assume asymptotic normality.
|
Panel unit root test: Summary
|
|
Series: D(LGOUV)
|
|
|
Date: 12/10/11 Time: 10:12
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Exogenous variables: None
|
|
|
User-specified lags: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
Balanced observations for each test
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cross-
|
|
Method
|
Statistic
|
Prob.**
|
Sections
|
Obs
|
Null: Unit root (assumes common unit root process)
|
Levin, Lin & Chu t*
|
-11.2131
|
0.0000
|
7
|
168
|
|
|
|
|
|
Null: Unit root (assumes individual unit root
process)
|
ADF - Fisher Chi-square
|
124.757
|
0.0000
|
7
|
168
|
PP - Fisher Chi-square
|
264.459
|
0.0000
|
7
|
175
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
** Probabilities for Fisher tests are computed using an
asymptotic Chi
|
-square
distribution. All other tests assume asymptotic normality.
|
Panel unit root test: Summary
|
|
Series: D(LINV)
|
|
|
Date: 12/10/11 Time: 10:05
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Exogenous variables: None
|
|
|
User-specified lags: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
Balanced observations for each test
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cross-
|
|
Method
|
Statistic
|
Prob.**
|
sections
|
Obs
|
Null: Unit root (assumes common unit root process)
|
Levin, Lin & Chu t*
|
-11.0383
|
0.0000
|
7
|
168
|
|
|
|
|
|
Null: Unit root (assumes individual unit root
process)
|
ADF - Fisher Chi-square
|
121.700
|
0.0000
|
7
|
168
|
PP - Fisher Chi-square
|
276.858
|
0.0000
|
7
|
175
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
** Probabilities for Fisher tests are computed using an
asymptotic Chi
|
-square
distribution. All other tests assume asymptotic normality.
|
Panel unit root test: Summary
|
|
Series: D(LOUV)
|
|
|
Date: 12/10/11 Time: 09:57
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Exogenous variables: Individual effects, individual linear
trends
|
User-specified lags: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
Balanced observations for each test
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cross-
|
|
Method
|
Statistic
|
Prob.**
|
sections
|
Obs
|
Null: Unit root (assumes common unit root process)
|
Levin, Lin & Chu t*
|
-6.78052
|
0.0000
|
7
|
168
|
Breitung t-stat
|
-4.48796
|
0.0000
|
7
|
161
|
|
|
|
|
|
Null: Unit root (assumes individual unit root
process)
|
Im, Pesaran and Shin W-stat
|
-6.60651
|
0.0000
|
7
|
168
|
ADF - Fisher Chi-square
|
65.1881
|
0.0000
|
7
|
168
|
PP - Fisher Chi-square
|
225.300
|
0.0000
|
7
|
175
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
** Probabilities for Fisher tests are computed using an
asymptotic Chi
|
-square
distribution. All other tests assume asymptotic normality.
|
Panel unit root test: Summary
|
|
Series: LPROD
|
|
|
Date: 12/10/11 Time: 09:45
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Exogenous variables: Individual effects, individual linear
trends
|
User-specified lags: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
Balanced observations for each test
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Cross-
|
|
Method
|
Statistic
|
Prob.**
|
sections
|
Obs
|
Null: Unit root (assumes common unit root process)
|
Levin, Lin & Chu t*
|
-4.64167
|
0.0000
|
7
|
175
|
Breitung t-stat
|
-7.62524
|
0.0000
|
7
|
168
|
|
|
|
|
|
Null: Unit root (assumes individual unit root
process)
|
Im, Pesaran and Shin W-stat
|
-3.46625
|
0.0003
|
7
|
175
|
ADF - Fisher Chi-square
|
34.9128
|
0.0015
|
7
|
175
|
PP - Fisher Chi-square
|
63.8712
|
0.0000
|
7
|
182
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
** Probabilities for Fisher tests are computed using an
asymptotic Chi
|
-square
distribution. All other tests assume asymptotic normality.
|
Panel unit root test: Summary
|
|
Series: D(LTCRE)
|
|
|
Date: 12/10/11 Time: 09:34
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Exogenous variables: None
|
|
|
User-specified lags: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
Balanced observations for each test
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Method
|
Statistic
|
Prob.**
|
sections
|
Obs
|
Null: Unit root (assumes common unit root process)
|
Levin, Lin & Chu t*
|
-9.09716
|
0.0000
|
7
|
168
|
|
|
|
|
|
Null: Unit root (assumes individual unit root
process)
|
ADF - Fisher Chi-square
|
102.907
|
0.0000
|
7
|
168
|
PP - Fisher Chi-square
|
166.956
|
0.0000
|
7
|
175
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
** Probabilities for Fisher tests are computed using an
asymptotic Chi
|
-square
distribution. All other tests assume asymptotic normality.
Panel unit root test: Summary Series: D(LTCRE)Date:
12/10/11 Time: 11:44Sample: 1984 2010Exogenous variables: Individual effects,
individual linear trendsUser-specified lags: 1Newey-West automatic bandwidth
selection and Bartlett kernelBalanced observations for each
test Cross-MethodStatisticProb.**sectionsObsNull: Unit root (assumes
common unit root process) Levin, Lin & Chu
t*-4.01081 0.0000 6 144Breitung
t-stat-4.57734 0.0000 6 138Null: Unit root (assumes individual
unit root process) Im, Pesaran and Shin
W-stat -4.93073 0.0000 6 144ADF - Fisher
Chi-square 45.3630 0.0000 6 144PP - Fisher
Chi-square 103.060 0.0000 6 150** Probabilities for Fisher
tests are computed using an asymptotic
Chi -square distribution. All
other tests assume asymptotic normality.
|
|
ANNEXE 2: Résultats du test du cointégration des
séries
Kao Residual Cointegration Test
|
|
Series: LTCRE LTDE LPROD LOUV LINV LGOUV LBC
|
|
Date: 12/10/11 Time: 10:27
|
|
|
Sample: 1984 2010
|
|
|
Included observations: 189
|
|
|
Null Hypothesis: No cointegration
|
|
Trend assumption: No deterministic trend
|
|
User-specified lag length: 1
|
|
|
Newey-West automatic bandwidth selection and Bartlett
kernel
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
t-Statistic
|
Prob.
|
ADF
|
|
|
-3.075414
|
0.0011
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Residual variance
|
0.001395
|
|
HAC variance
|
|
0.000934
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
ANNEXE 3 : Résultats des estimations de la
relation entre le taux de change réel et ses fondamentaux à
l'aide du logiciel STATA 11




TABLE DES MATIERES
DEDICACE
i
REMERCIEMENTS
ii
SIGLES ET ABREVIATIONS
ii
LISTES DES TABLEAUX ET DES GRAPHIQUES
ii
Liste des tableaux
ii
Liste des graphiques
ii
RESUME
ii
Introduction
2
1. Contexte et problématique
2
2. Objectifs de la recherche
2
2.1. Objectif général
2
2.2. Objectifs spécifiques
2
Chapitre 1 : Politique de change dans
l'UEMOA
2
I. Historique du franc CFA
2
II. La politique de fixité du taux de
change dans l'UEMOA
2
2.1.2. Mécanismes de fonctionnement
de la politique de change
2
2.2. Canaux de transmission de la politique
monétaire de la BCEAO sur le TCR
2
III. Avantages et inconvénients de la
politique de change dans l'UEMOA
2
3.1. Avantages de la politique d'arrimage du
franc CFA à l'euro
2
3.2. Les inconvénients de
l'utilisation du franc CFA
2
IV. Analyse de l'avènement de la
dévaluation de 1994
2
Chapitre 2: Théorie du taux de change et de
son mésalignement
2
I. Revue théorique
2
1.1. Taux de change réel : concepts et
mesure
2
1.2. Concept de mésalignement
2
1.3. Les différentes approches du
calcul du taux de change réel d'équilibre (TCRE)
2
II. Evidence des travaux empiriques sur les
fondamentaux du taux de change
2
Chapitre 3 : Evaluation empirique du taux de
change réel d'équilibre et son mésalignement dans
l'UEMOA.
2
I. Modèle
2
1.1. Spécification du modèle
FEER (Fundamentals Equilibrium Exchange Rate)
2
1.3. Les données sur les
variables
2
II. Techniques d'estimation
économétrique
2
III. Résultats et
interprétations
2
3.1. Etude de la stationnarité en
panel des séries
2
3.2. Test de cointégration en
panel
2
3.3. Estimation de la relation entre le taux
de change réel effectif et ses fondamentaux
2
3.4. Mésalignements du franc CFA dans
l'UEMOA
2
IV. Implications de politique
économique
2
V. Extension de la problématique
2
Conclusion
2
Références bibliographiques
2
Annexes
II
TABLE DES MATIERES
II
* 1 CFA : Communauté
financière Africaine, monnaie des pays de l'UEMOA contrairement au CFA
des pays de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de
l'Afrique Centrale), qui signifie Coopération Financière
Africaine.
* 2 Cette étude a
considéré le taux de change effectif réel qui se
définit comme le taux de change nominal corrigé ou
pondéré par la structure du commerce
extérieur d'un pays.
* 3 Il est néanmoins
nécessaire de souligner qu'il s'agit en fait d'une parité avec
l'euro. L'euro étant flexible, le franc CFA est ainsi indirectement
flexible par rapport aux autres devises.
* 4 UEMOA = Union Economique et
Monétaire Ouest Africaine
* 5 Il s'agit des
difficultés relatives à la balance commerciale et de la balance
des paiements des pays de l'UEMOA.
* 6 Le triangle
d'incompatibilité (ou théorème de Mundell) signifie qu'il
n'est pas possible d'assurer la compatibilité entre la fixité des
changes, l'autonomie des politiques monétaires et la libre circulation
internationale des capitaux.
* 7 Il s'agit de L'Union
Monétaire Ouest Africaine (UMOA) qui est devenue aujourd'hui l'UEMOA.
* 8 Voir Koulibaly (2008)
* 9 Cette difficulté est
relative au non disponibilité des données sur les prix des biens
non échangeables dans les pays en développement.
* 10 Il s'agit de la politique
de ciblage de l'inflation et politique de taux d'intérêt dans
l'UEMOA
* 11 Il s'agit du Bénin,
du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Mali, du Niger, du
Sénégal et du Togo. La Guinée Bissau ne fait pas partie
des pays considérés notamment à cause de sa récente
entrée dans l'Union (1997).
* 12 Ici nous retenons la
significativité au sens de la probabilité de 5%, si la
probabilité est inférieure à 5% alors le coefficient est
significatif. Cette significativité est semblable à la
significativité en considérant l'écart type ou la Z
-statistique.
* 13 Ces déficits
chroniques concernent les pays de l'UEMOA à l'exception de la Côte
d'Ivoire