V. PROBLÉMATIQUE
De nombreux drames touchent des milliers de populations dans
le monde chaque année, à la suite des tentatives de
viabilisation, et de construction sur des zones à risques.
Il est vrai que le problème de risques naturels touche
l'ensemble des pays du monde, mais c'est irréversiblement dans les pays
en développement que la situation semble des plus critiques. Ceci du
fait de la faible capacité de gestion et de prévention de ces
risques par ces pays ; en ce sens que la seule responsabilité de la
gestion et de la prévention des risques incombe à l'État
et pour le cas du Cameroun du Ministère de l'Administration Territoriale
et de la Décentralisation (MINATD) par le biais de la Direction de la
Protection Civile (DPC).
La ville de Yaoundé, comme toute les grandes
métropoles, ne déroge pas à la règle ; la question
des risques urbains se pose ici avec une certaine acuité, depuis
plusieurs décennies ; c'est à juste titre que la question de
« sécurité urbaine » était au centre
des discussions de l'atelier « AFRICITE » tenu
à Yaoundé en Décembre 2003 et tout récemment en
juillet 2012 s'est également tenu un cours international sur la
protection civile, toujours à Yaoundé et dont a vu naître
au terme de ce cours, l'idée de création d'une unité
d'intervention sous l'égide de la Direction de la Protection Civile.
Tout ceci témoigne de la préoccupation pressante que pose la
question des risques surtout en milieu urbain.
Mais à l'opposé des tentatives de solutions aux
problèmes de risques en milieu urbain (qui sont insuffisantes et
inadaptées), une urbanisation rapide, qu'on qualifierait d' «
urbanisation à l'africaine » prend place. Celle-ci se
caractérise par une occupation accélérée de
l'espace et donc d'une extension horizontale de l'espace urbain en direction de
la périphérie. Elle se traduit également par des
tentatives à l'aide des moyens médiocres (non prise en compte du
facteur risque, absence d'études géotechniques préalables
sur les sites de construction, etc.) de viabilisation des espaces à
hauts risques (bas-fonds, flancs des versants) qui s'accompagnent presque
toujours et dans la majeure partie des cas d'une exposition accrue aux risques
morpho-hydrologiques.
D'un autre côté, l'État est soucieux de la
question sociale liée au logement, cela se traduit par la participation
de ce dernier à la conférence de l'Habitat II tenu à
Istanbul en Juin 1996, où les chefs d'États et de gouvernement
ont signé une déclaration visant à garantir à tous
les citadins un logement décent et des établissements urbains
plus sûrs, salubres, vivables. Cette volonté commune de plusieurs
responsables d'États s'inscrit dans la logique des rencontres
'°Tchotsoua
(2007) Les risques morpho-hydrologiques en milieu urbain tropical
: cas de Yaoundé au Cameroun In Actes des JSIRAUF, Hanoi, 6-9
novembre 2007.9p
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internationales de Rio en 1992 et de Copenhague en 1995 sur
« le développement social ». Cependant dans la
pratique, il n'en est rien, les citadins de Yaoundé en particulier, sont
abandonnés au « chacun pour soi » lorsqu'on parle de
logement.
Aussi, le système foncier est-il lui-même
ambigüe (Tchotsoua, 2007)10 et de nature
à favoriser l'installation des populations sur les sites à hauts
risques de la ville sans aucun respect des plans d'urbanisme et
d'aménagement urbain ou des règles de génie civil, etc.
Cela se fait sous le regard passif et désintéressé des
pouvoirs publics, de la communauté urbaine, des communes
d'arrondissement et du Ministère des Domaines, du cadastre et des
Affaires Foncières (MINDCAF). La règle de jeu dans cette «
jungle urbaine » est « tous les moyens sont bons,
pourvus qu'ils soient efficaces », entend t-on souvent dire en ce qui
concerne la quête de parcelles pour se loger.
Très souvent ces populations ne sont pas conscientes du
risque qu'elles encourent en s'installant sur ces espaces à hauts
risques. La réponse couramment avancée pour justifier leur choix
de ces zones est presque partout la même : « Avons-nous vraiment
le choix ». De quel choix, parlent-elles ? Celui de l'exposition
structurelle et corporelle aux risques? La réponse couramment
avancée par ces populations est « Qui ne risque rien n'a rien
». Réponse qui suffit à expliquer le boom des
constructions spontanées dans les zones à hauts risques de la
ville de Yaoundé, et dont les conséquences sont de plus en plus
importantes.
Face à cette situation qui continue affreusement de
faire des victimes innocentes et d'engendrer des dommages structurels et
matériels importants dans les quartiers périurbains des secteurs
montagneux et marécageux de la ville, on se rend compte à
l'opposé d'un certain laxisme des pouvoirs publics et plus
précisément des organes étatiques en charge de la gestion
des risques et des catastrophes (Direction de la Protection Civile) et des
structures en charge des affaires et questions foncières telles que le
cadastre, le ministère des domaines, ainsi que de la collectivité
territoriale décentralisée.
Mais d'un autre côté au regard de l'augmentation
des sinistres d'ordre morpho-hydrologiques dans les quartiers des zones
montagneuses périurbaines et dans les bas-fonds, quels sont les
degrés de susceptibilité aux risques naturels auxquels les
populations de ces
? Identifier, caractériser et dresser une typologie des
aléas dans cette zone et éventuellement leur cartographie ;
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secteurs sont confrontées? Quelle est l'architecture de
l'exposition aux risques dans notre matrice spatiale ?
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