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Typologie des exploitations maraà®chères au Sud-Bénin


par Babatoundé Roland ASSOGBA
Université d'Abomey-Calavi - Diplome d'Ingenieur Agronome, Option Economie Socio-Anthropologie et Communication pour le developpement 2008
Dans la categorie: Sciences
   
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    Typologie des exploitations maraîchères au Sud-Bénin

    Assogba R. B., Adéoti R., Coulibaly O. et Adégbidi A.

    Résumé

    La culture maraîchère en milieux urbain et péri-urbain joue un rôle important au plan social et économique dans la vie de la population béninoise. Ce secteur est aujourd'hui en pleine extension. Cependant, l'offre en produits maraîchers au Bénin en général, et dans les principales villes en particulier, demeure largement au-dessous de la demande. Pour comprendre l'offre des produits maraîchers au Sud-Bénin, la présente étude s'est consacrée à identifier et à caractériser les différents types d'exploitations maraîchères au Sud-Bénin. L'étude s'est déroulée dans deux zones agro-écologiques du Bénin : la zone soudano-guinéenne sur des terres de barre et la zone sableuse littorale et fluvio-lacustre. Un échantillon de 136 exploitations maraîchères choisies de manière raisonnée a été enquêté dans les deux zones. La méthode de classification hiérarchique basée sur l'algorithme de ward, a permis de distinguer au Sud-Bénin, trois (3) types d'exploitations maraîchères. Les critères utilisés à cet effet sont : la superficie exploitée, le site écologique, la main-d'oeuvre, le niveau d'équipement, l'accès au crédit, les types de légumes produits, l'encadrement, les méthodes de lutte contre les ravageurs etc. la production des légumes au Sud-Bénin procède donc de trois types d'exploitations maraîchères :

    - type 1 : exploitations traditionnelles en bas-fonds (Vallée de l'Ouémé, Grand Popo);

    - type 2 : exploitations modernes en milieu intra-urbain (Cotonou, Porto Novo);

    - type 3 : exploitations modernes en zone littorale (Grand Popo, Sèmè Kpodji).

    Mots clés : Maraîchage, typologie, Sud-Bénin

    Typology of vegetable production systems in southern Benin

    Abstract

    Vegetable production in urban area plays an important role at the social and economic scheme in Benin. It is a sector in full extension in urban environment in south Benin. It's appear today among the main dies retained by the government as priority for the country. But vegetables productions remain low and cannot cover the demands of peoples in the urban areas in Benin. To understand the offer of vegetable, this study has devoted to identify and characterize the various types of vegetable production system in southern Benin. The study area has covered two major agroecological zones in south Benin. Field survey data were collected from a total of 136 vegetable producers selected across the two agroecological zones. Data were analysed using descriptive statistics. The cluster of vegetable production system is procedure Ward's Minimum Variance Cluster Analysis. Results show that there are three (3) types of vegetable production system in South Benin, basing on criteria such as: the operated area, the labour, the level of equipment, the access to the credit, types of produced vegetables, the framing methods of fight against pest, etc. There are:

    - type 1: traditional farming system in shallows;

    - type 2: modern farming system in urban area;

    - type 3: modern farming system in sandy soil of the coast.

    Keywords: Vegetables production, typology, southern Benin

    Introduction

    En Afrique tropicale, la croissance rapide de la population urbaine pose la question de l'approvisionnement alimentaire des villes (Olanrewaju et al., 2004). Dès lors, l'agriculture urbaine et périurbaine devient une option qui tente de répondre au problème de l'amélioration de l'insécurité alimentaire des citadins, face à la faiblesse des performances des systèmes de production rurale (Tinker 1998, cité par Hounpkonou 2003). Bien qu'elle soit souvent réprouvée par les autorités, l'agriculture urbaine est une réalité dans la plupart des villes du Sud (Mougeot, 2006).

    Au Bénin, le maraîchage apparaît aujourd'hui comme une des principales composantes de l'agriculture urbaine et péri-urbaine. En effet, Les cultures maraîchères sont produites dans toutes les régions du Bénin surtout au Sud, en zones urbaines et périurbaines et dans la vallée de l'Ouémé (Adorgloh-Hessou, 2006). Il constitue une des principales activités agricoles qui occupent particulièrement les couches vulnérables de la population (Tokannou et Quenum, 2007).

    Cependant, les productions maraîchères voient leur développement freiné par de nombreuses contraintes aussi bien techniques que socio-économiques qui entraînent, entre autres, un approvisionnement irrégulier et insuffisant des zones de consommation (Tiamiyou et Sodjinou, 2003). Des études réalisées par Mbaye et Renson (1996), LARES (2001), Bard et al. (2002) ont montré que l'offre en produits maraîchers au Bénin en général et dans les principales villes en particulier est largement au-dessous de la demande. Selon LARES (2001), les volumes de pomme de terre commercialisés sur le marché de Cotonou représentent environ 10 fois la production locale. Aussi, la demande d'oignon sur le marché de Cotonou représente environ 120 % de l'offre nationale tandis que pour la tomate, alors que la demande nationale annuelle est de 105.000 tonnes, l'offre est estimée à 84.000 tonnes (LARES, op. cit.). Cette situation entraîne du coup une dépendance du Bénin, durant certaines périodes de l'année de l'approvisionnement en produits de grande consommation (tomate, oignon, piment, etc.) et de moindre consommation (pomme de terre, chou, etc.) à partir des pays de la sous-région (Ghana, Nigeria, Niger...) malgré des conditions agro-climatiques favorables pour la pratique de ces cultures (Tiamiyou et Sodjinou, op. cit.).

    Face à cette situation, et vu que le maraîchage figure aujourd'hui parmi les douze filières prioritaires identifiées et retenues par le Gouvernement béninois dans le Plan de Relance du Secteur Agricole et Rural (Tokannou et Quenum, 2007), on pourrait faire l'hypothèse qu'avec un ensemble d'actions et d'investissements appropriés à l'endroit des producteurs, ceux-ci pourront accroître la production maraîchère de manière à participer dans une plus large proportion à la satisfaction de la demande nationale des produits maraîchers et soutenir une offre sur les marchés voisins. Toutefois, l'élaboration d'une politique de développement suffisamment adaptée aux besoins et intérêts des maraîchers exige avant tout, une bonne compréhension de la structure des unités de production, des formes d'organisation...(Benniou et Brinis, 2004).

    Pour comprendre l'offre des produits maraîchers au Sud-Bénin et permettre une meilleure performance des politiques de développement du secteur, la présente étude s'inscrit dans une dynamique plutôt descriptive de l'environnement de production des légumes. Elle vise, de façon spécifique à réaliser une typologie des exploitations maraîchères au Sud-Bénin.

    Matériel et méthode

    Zone d'étude

    L'étude s'est déroulée dans deux zones agro-écologiques du Bénin. Il s'agit de la zone soudano-guinéenne sur des terres de barre (zone3) et de la zone sableuse littorale et fluvio-lacustre (zone1), toutes situées dans le Sud-Bénin. Cette zone est caractérisée dans son ensemble par un climat de type subéquatorial à 4 saisons (deux saisons de pluies et deux saisons sèches), une pluviométrie annuelle variant de 1.000 à 1.400 mm et une période de croissance végétale d'environ 240 jours/an. Les températures varient peu (25 à 30 °C). Dans la zone soudano-guinéenne sur des terres de barre, la forêt dense semi-décidue a laissé place à une végétation anthropique de palmiers et de graminées. Les sols sont ferrallitiques et appelés «terre de barre». La zone sableuse littorale et fluvio-lacustre est caractérisée par un relief uniforme et peu marqué. La bande sableuse est une plaine alors que les vallées se présentent sous forme de dépressions ouvertes ou encaissées. On y retrouve des sols hydromorphes, fertiles mais inondables pendant les crues des fleuves, et des sols sableux, peu fertiles. Les principales formations végétales retrouvées dans cette zone sont la savane herbeuse, le fourré arbustif et les prairies.

    Au plan démographique, la densité de population rurale par km² de terre cultivable est globalement élevée (185 habitants/km² pour la zone soudano-guinéenne sur des terres de barre, et 174 habitants/km² pour la zone sableuse littorale et fluvio-lacustre) et indique une très forte pression démographique sur les terres.

    Echantillonnage

    Trois grandes zones de production maraîchère ont été distinguées au Sud-Bénin en se basant sur des caractéristiques écologiques, édaphiques et climatiques mais aussi les caractéristiques socio-économiques du milieu qui intègrent la pression de l'urbanisation, les surfaces cultivées, la disponibilité en eau et les infrastructures etc. (PADAP, 2003 ; Adorgloh-Hessou, 2006 ; Assogba-Komlan et al, 2007). Il s'agit de :

    - la zone de bas-fonds qui regroupe la Vallée de l'Ouémé représentée par les communes de Dangbo et d'Adjohoun et la zone rurale de la commune de Grand Popo ;

    - la zone côtière qui regroupe les communes de Sèmè-Kpodji, de Ouidah et la partie sableuse de Grand-Popo ;

    - la zone intra-urbaine qui regroupe les villes de Cotonou et de Porto-Novo.

    Le choix des unités d'enquête a été raisonné de façon à prendre en compte la diversité des situations géographiques et des types d'exploitations. Trois principaux critères ont présidé le choix des villages et sites d'enquête : la zone de production, l'importance du maraîchage au niveau des villages ou des sites, la distance et l'accessibilité des villages ou des sites pendant la période d'étude. Ainsi, les enquêtes ont été menées dans les villages de Agonlin Lowé et Dannou dans la commune d'Adjohoun, à Grand popo, Agoué et Gnito dans la commune de Grand popo, sur le site du village maraîcher de Sèmè-Kpodji, sur le site de Houéyiho à Cotonou et sur les sites de Sokomè et Acron à Porto Novo. Par ailleurs le choix des exploitations maraîchères a été dans un premier temps raisonné de manière à prendre en compte la diversité des systèmes de production. A cet effet, pendant la phase d'enquêtes fines, une pré-typologie est systématiquement élaborée au niveau de chaque site ou village pour identifier les systèmes existants et estimer leur importance relative. Cette pré-typologie se base sur des critères qui paraissent plus discriminatoires tels que la superficie exploitée, le niveau d'équipement des exploitations, l'age et le sexe des maraîchers etc. A l'intérieur des catégories ainsi identifiées, les exploitations sont choisies de façon aléatoire.

    Au total, 136 producteurs de légumes ont été enquêtés dans les trois zones de production sus-indiquées à raison de 45 dans la zone intra-urbaine, 45 dans la zone de bas-fonds et 46 dans la zone côtière.

    Analyses statistiques

    Les notions de système de production et d'exploitation agricole sont indissociables. Le système de production est l'outil de base qui permet de décrire l'exploitation agricole et d'en comprendre le fonctionnement (Adégbidi, 1994). Dans la présente étude, l'exploitation maraîchère désigne une unité économique dans laquelle le maraîcher réalise des combinaisons plus ou moins complexes de productions et de facteurs de production (terre, travail, Capital) en vue de produire des biens alimentaires (légumes) destinés pour la plupart au marché et aussi d'accroître son profit.

    La typologie des exploitations maraîchères a pour objectif de présenter des caractéristiques pertinentes pour l'ensemble d'un groupe tout en tenant compte de la diversité des situations entre plusieurs groupes. Un type désigne un ensemble d'individus présentant des "distances" proches entre eux. La variance inter-individus doit être la plus faible possible pour maximiser l'homogénéité du groupe.

    Pour réaliser la typologie des exploitations maraîchères, l'identification des critères de discrimination appropriés est un préalable. Ainsi, l'analyse descriptive des données collectées nous a permis de retenir comme critères de discrimination : la zone de production, la superficie exploitée, la main-d'oeuvre disponible, le site écologique, le régime foncier, le niveau d'équipement, la méthode de protection des cultures contre les ravageurs et maladies, l'encadrement technique, l'accès au crédit, et âge et le sexe des maraîchers.

    Les observations ont été regroupées suivant l'algorithme de classification hiérarchique ascendante de Ward, à l'aide du logiciel SAS.

    Présentation de l'algorithme de Ward  

    Dans un nuage de n points, les distances interindividuelles sont mesurées (calcul des distances selon une métrique), et on détermine la plus petite d'entre elles (calcul du minimum). Ces deux individus sont ensuite regroupés entre eux (calcul du barycentre) et les distances interindividuelles sont recalculées sur n-2 individus plus 1 groupe, et ainsi de suite.

    La distance utilisée dans l'algorithme est la suivante :

    - ² (x, y) s'appellent aussi indice de niveau et mesure l'augmentation de l'inertie intra suite au regroupement des éléments x et y

    - x et y désignent les centres de gravité de deux classes (qui, à une étape donnée, peuvent ne comporter qu'un élément) et mx, my la somme des poids des éléments de chaque classe

    Résultats :

    Principales caractéristiques de l'échantillon

    La typologie s'est basée sur seize (16) variables susceptibles de discriminer les exploitations maraîchères. Le tableau 1 présente la description statistique de ces variables. L'analyse du révèle une large disparité des exploitations maraîchères. Les statistiques indiquent que seulement 30 % des exploitations maraîchères au Sud-Bénin sont gérées par les femmes. Ce résultat traduit une faible participation des femmes à la production maraîchère dans la zone d'étude. Cela pourrait être dû au désavantage comparatif des femmes en ce qui concerne l'accès à la terre, surtout dans un environnement caractérisé par une pénurie foncière de plus en plus pressante du fait de l'urbanisation. Par ailleurs l'âge moyen des maraîchers dans la zone d'étude est de 44 ans avec un écart moyen de 12 ans et l'expérience moyenne des maraîchers est de 17 ans.

    En ce qui concerne les moyens de production, la superficie moyenne exploitée par maraîcher est faible (0,42 ha) avec écart-type de 0,54 ha, ce qui traduit une disparité plus ou moins grande entre les exploitations. De plus la majorité des maraîchers (65 %) exploitent la totalité de la superficie disponible. Ces résultats traduisent la pénurie foncière qui prévaut dans le Sud-Bénin. En ce qui concerne la main-d'oeuvre, les exploitations maraîchères disposent en moyenne de 22,50 Equivalent-homme par ha. Cela traduit un gaspillage de la main-d'oeuvre au niveau des exploitations. Ce résultat pourrait être lié à la petitesse des exploitations surtout en zone intra-urbaine. Le niveau d'équipement des exploitations est apprécié ici à travers les équipements d'irrigation et de traitement phytosanitaire. Ces équipements varient selon l'écologie du site de production et la capacité de financement des maraîchers. Cependant, l'arrosage manuel demeure la méthode d'irrigation la plus répandue dans la zone d'étude et la plupart des maraîchers traitent les cultures à l'aide de pulvérisateur.

    En outre, les statistiques concernant les méthodes de lutte contre les ravageurs et maladies des cultures montrent que la quasi-totalité des maraîchers (95,6 %) utilisent des pesticides chimiques tandis que seulement 25 % font usage des biopesticides. Ces résultats remettent en cause la qualité des légumes produits dans la zone d'étude, compte tenu des risques liés à l'usage des pesticides chimiques.

    Tableau 1 : Caractéristiques des exploitations maraîchères

    Variables / Modalités

    Moyennes / Fréquences

    Ecarts types

    Age du maraîcher

    43,6691

    11,6320

    Experience du maraîcher

    16,6397

    12,1257

    Sexe du maraîcher

    0,6985

    0,4606

     

    Femme (%)

    30,1

     

    Homme (%)

    69,9

     

    Usage de fertilisants minéraux

    -

    -

     

    Non (%)

    28,7

     

    Oui (%)

    71,3

     

    Usage de pesticides chimiques

    -

    -

     

    Non (%)

    4,4

     

    Oui (%)

    95,6

     

    Usage de biopesticides

    -

    -

     

    Non (%)

    75

     

    Oui (%)

    25

     

    Superficie exploitée

    0,4231

    0,5399

    Rapport superficie exploitée/ disponible

    0,7661

    0,3455

     

    Inférieur à 1 (%)

    34,6

     

    Egal à 1 (%)

    65,4

     

    Site écologique

    -

    -

     

    Sol sableux (%)

    51,5

     

    Bas-fonds (%)

    48,5

     

    Régime foncier

    -

    -

     

    Achat (%)

    18,4

     

    Héritage (%)

    16,9

     

    Emprunt (%)

    42,6

     

    Location (%)

    21,3

     

    Don (%)

    0,7

     

    Equivalent - homme / ha

    22,4992

    46,3165

    Contact avec le CeRPA

    -

    -

     

    Non (%)

    19,9

     

    Oui (%)

    80,1

     

    Accès au crédit

    -

    -

     

    Non (%)

    75

     

    Oui (%)

    25

     

    Legume exotique

    -

    -

     

    Non (%)

    39

     

    Oui (%)

    61

     

    Equipment d'irrigation

    -

    -

     

    Bassine / boite trouée (%)

    31,6

     

    Arrosoir manuel (%)

    35,3

     

    Pompe + arrosoir (%)

    5,9

     

    Pompe + raccord (%)

    21,3

     

    Pompe + asperseurs (%)

    5,9

     

    Equipement de traitement

    -

    -

     

    Spathe/ branchage (%)

    33,1

     

    Arrosoir (%)

    23,5

     

    P Pulvérisateur (%)

    43,4

     

    Topologie des exploitations maraîchères

    L'analyse du dendrogramme présenté la figure 1 permet de remarquer que le regroupement des exploitations maraîchères en trois (3) catégories est plus satisfaisant. La valeur de R²1(*) correspondant est de 0,42, ce qui signifie que 42 % des informations relatives aux exploitations maraîchères sont conservées après ce regroupement. Cette valeur de R² offre une meilleure homogénéité à l'intérieur des classes et permet de dégager les grandes tendances quant à la description des trois catégories d'exploitations maraîchères distinguées au Sud-Bénin.

    Figure1 : Dendrogramme relatif au regroupement des exploitations maraîchères

    Le tableau 2 présente la description des trois types d'exploitations maraîchères identifiés. Nous distinguons à cet effet :

    - Type 1 : Exploitations traditionnelles en bas-fonds ;

    - Type 2 : Exploitations modernes2(*) en milieu intra-urbain ;

    - Type 3 : Exploitations modernes en zone littorale.

    Les cultures maraîchères sont produites sur deux types de sol au Sud-Bénin. Alors que les exploitations du type 1 exploitent les bas-fonds, celles du type 3 installent les cultures maraîchères sur sable. En ce qui concerne le type 2, il regroupe aussi bien des exploitations installées sur sable (comme par exemple à Cotonou) qu'en bas-fonds (Porto Novo). La superficie exploitée par exploitation est très variable d'un type à un autre. Les plus grandes exploitations appartiennent au type 3 (0,73 ha en moyenne) qui correspond à la zone côtière (Grand Popo, Sèmè Kpodji) tandis que le type 2 correspondant à zone intra-urbaine (Cotonou et Porto Novo) regroupe les plus petites exploitations (en moyenne 8,53E-02 ha). Ce résultat traduit l'effet de la pression foncière qui est plus forte en milieux intra-urbains. Au niveau des exploitations des types 2 et 3, la superficie disponible est entièrement exploitée, et de façon permanente pour la production des légumes locaux et exotiques. Par contre, au niveau du type 1, une faible proportion des bas-fonds (environ 36 % des superficies disponibles) est exploitée de façon saisonnière pour la production des légumes locaux. En ce qui concerne les modes de faire-valoir, ils sont indirects au niveau des exploitations des types 2 et 3 (emprunt, location), tandis que les exploitations du type 1 sont sous des modes de faire-valoir direct (achat et héritage). Il ressort de ces résultats, qu'au-delà de la pénurie foncière que connaissent les exploitations du type 2 et dans une moindre mesure celles du type 3, ces deux types sont confrontés au problème d'insécurité foncière. Ces facteurs constituent de sérieux obstacles pour la production maraîchère en milieux intra-urbain et péri-urbain.

    Par ailleurs, l'analyse de la main-d'oeuvre disponible sur les exploitations révèle que les exploitations du type 2 sous-exploitent le potentiel disponible en ce qui concerne la force de travail humaine. Elles disposent d'environ 44,49 Equivalents-homme par hectare, contrairement aux autres types d'exploitations qui investissent généralement moins de 10 de Equivalents-homme par hectare. Ce résultat pourrait être expliqué par la petitesse des exploitations maraîchères en milieu intra-urbain.

    En ce qui concerne le niveau d'équipement, les exploitations des types 2 et 3, présentent un niveau d'équipement assez appréciable. Elles disposent d'une grande diversité d'équipements d'irrigation : arrosoir manuel + puits (Cotonou et Porto Novo), motopompes + bassins+ arrosoir manuel, motopompe + raccords flexibles, motopompe + asperseurs (Sèmè-Kpodji Grand Popo). Les traitements phytosanitaires se font à l'aide de pulvérisateurs. Ainsi, les exploitations du type 2 et surtout celles du types 3 justifient d'un niveau appréciable d'investissement en capital. Par contre, les exploitations du type 1 présentent par contre un niveau d'équipement très faible. Les équipements de production de ces exploitations se réduisent au petit outillage, concomitamment utilisé pour la production céréalière pendant la saison des pluies. Les cultures sont rarement arrosées, et on utilise à cet effet des méthodes rudimentaires (bassines et boîtes trouées). Il en est de même pour les traitements phytosanitaires qui se font à l'aide de bassines associées à des spaths de maïs. Le faible niveau du capital des exploitations du type 1 traduit le caractère extensif des systèmes de production mis en place, contrairement aux types 2 et 3 qui développent des systèmes plus ou moins intensifs avec des moyens plus ou moins modernes.

    Le degré d'encadrement des exploitations maraîchères est très variable d'un type à un autre. Alors que les exploitations des types 2 et 3 jouissent d'un bon encadrement de la part du CeRPA, des ONG et de divers projets (visites mensuelles ou hebdomadaires des agents chargées du suivi des producteurs, formations techniques, etc.), celles du type 1 bénéficient à peine du suivi des agents de ces structures.

    En ce qui concerne l'accès au crédit agricole, l'analyse du tableau révèle que contrairement aux exploitations du type 3 qui bénéficient à plus de 50 % des crédits agricoles, moins de 20 % des exploitations des types 1 et 2 bénéficient de l'appui des institutions de micro-finances. Ces résultats qui traduisent la facilité relative des exploitations du type 3 à accéder au crédit agricole pourraient s'expliquer par la méfiance des structures de crédit vis-à-vis des exploitations des types 1 et 2 dont l'envergure ne garantie pas la solvabilité.

    En matière de lutte contre les ravageurs des cultures, les pesticides chimiques sont plus utilisés au niveau de toutes les exploitations maraîchères au Sud-Bénin. Il s'agit aussi bien des produit chimiques recommandés pour les cultures maraîchères (Decis, Cypercal, Kini-kini, Topsin M, Talstar, etc.) que des pesticides chimiques destinés au coton (endosulfan, lindane, endrine, aldrine, etc.). Quant aux biopesticides, ils ne sont utilisés que de façon marginale au niveau des exploitations des types 1 et 2.

    Par rapport aux caractéristiques personnelles des maraîchers, il importe de remarquer que pour tous les types d'exploitations identifiés, les hommes sont majoritaires. Cela implique que les femmes contribuent peu à la production maraîchère au Sud-Bénin.

    Tableau2 : Caractéristiques des différents types d'exploitations maraîchères au Sud-Bénin

    Critères de classification

    Type1 : Exploitations traditionnelles en bas-fonds N= 47

    Type2 : Exploitations modernes en milieu intra-urbain N= 52

    Type3 : Exploitations modernes en zone littorale N= 37

    Site écologique

    Bas-fonds

    Sable ou bas-fonds

    Sable

    Superficie moyenne exploitée

    0,55 ha (+/- 0,53)

    8,53E-02 ha (+/- 0.13)

    0,73 ha (+/- 0,66)

    Rapport sup expl/sup dispo

    0,36

    0,99

    0,96

    Régimes fonciers (dominants)

    Achat, héritage (modes directs)

    Emprunt (mode indirect)

    Location (mode indirect)

    Main-d'oeuvre

    8,24 (+/- 8,64)Equiv-homme3(*) / ha

    44,49 (+/-68,99) Equiv-homme/ ha

    9,71 (+/- 8,57) Equiv-homme / ha

    Niveau d'équipement

    - Arrosage par bassine ou boite

    - Traitement par spathe/ branchage

    - Irrigation par arrosoir manuel

    - Traitement par pulvérisateur

    - Irrigation par motopompe

    - traitement par pulvérisateur

    Types de légumes

    Légumes locaux

    Légumes locaux et exotiques

    Légumes locaux et exotiques

    Encadrement des maraîchers

    Faible (visites occasionnelles)

    Acceptable (visites mensuelles)

    Acceptable (visites mensuelles)

    Accès au crédit agricole

    Faible (moins de 20 %)

    Faible (moins de 20 %)

    Elevé (plus de 50 %)

    Mode de fertilisation du sol

    Aucun

    Fertilisation minérale et organique

    Fertilisation minérale et organique

    Méthodes de lutte contre les ravageurs et maladies

    Pesticides chimiques et parfois extraits aqueux botaniques

    Pesticides chimiques et parfois des biopesticides

    Pesticides chimique et

    Age moyen des maraîchers

    43 ans (+/-11ans)

    45 ans (+/- 13 ans)

    43 ans (+/- 10 ans)

    Sexe (dominant)

    Masculin

    Masculin

    Masculin

    Expérience (moyenne)

    19 ans (+/- 11 ans)

    21 ans (+/- 13 ans)

    7 ans (+/- 6ans)

    Localisation des exploitations

    Vallée de l'Ouémé, Grand Popo

    Cotonou, Porto Novo

    Sèmè Kpodji, Grand Popo

    Conclusion

    Le maraîchage au Sud-Bénin constitue un secteur essentiel de l'économie. Il joue un rôle très important au sein de la population. Les légumes sont produits aussi bien dans les bas-fonds que sur les sols sableux du littoral, en milieux intra-urbains, péri-urbains et ruraux. Sur les différentes exploitations, se développent des systèmes de production variés, allant des systèmes extensifs en bas-fonds (vallée de l'Ouémé), aux systèmes plus ou moins intensifs sur sable (Cotonou, Sèmè-Kpodji, Grand Popo).

    Au terme de cette étude, il ressort qu'il existe une diversité d'exploitations maraîchères au Sud-Bénin. En effet, la typologie des exploitations maraîchères basée sur le principe de la classification hiérarchique a révélé trois (3) catégories qui se discriminent par des critères tels que le site écologique de production, la superficie exploitée, la main-d'oeuvre disponible, le niveau d'équipement, les types de légumes produits, l'encadrement, l'accès au crédit, les méthodes de lutte contre les ravageurs, etc. Il s'agit des:

    - exploitations traditionnelles en bas-fonds (type 1); 

    - exploitations modernes en milieu intra-urbain (type 2); 

    - exploitations modernes en zone littorale (type 3).

    La présente étude qui a permis d'identifier et de caractériser les différents types d'exploitations maraîchères au Sud-Bénin contribuera à coup sûr, à une meilleure compréhension de l'offre des produits maraîchers et par suite, à l'élaboration de politiques plus efficaces pour l'émergence du secteur maraîcher au Bénin

    * 1 R² correspond au rapport entre la somme des carrés des écarts de la partition et la somme des carrés des écarts du tableau initial. Elle représente la quantité d'informations retenues après le regroupement des exploitations.

    * 2 Le caractère moderne ou traditionnel des l'exploitations est lié au niveau d'investissement dans la production. Il est apprécié ici à travers le niveau d'équipement qui est un élément essentiel du système de production.

    * 3 Equivalent - homme : C'est la quantité de travail que peut réaliser un homme adulte de référence en une journée.