IV.1.1.1.2. Mode d'accès à la ressource
libre
Le mode d'accès à la ressource ici
représente la procédure utilisée par les paysans pour
accéder à la ressource. Le rotin dans ces villages est
coupé dans les forêts qui appartiennent soit aux
particulières ou placées sous autorité de la
communauté encore appelé forêts communautaires. La
majorité des coupeurs s'approvisionnent dans leur propre forêt.
C'est le cas des coupeurs de Faékele qui se ravitaillent
généralement dans la forêt communautaire COVIMOF.

Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014
Figure 9 : Mode d'accès des exploitants à
la ressource suivant les villages
Suivant la figure l'accès à la ressource se fait
suivant plusieurs procédures. Dépendant aussi des villages,
l'accès peut se faire à travers un permis délivré
ou autorisé par le gouvernement. Dans les deux villages, il existe des
exploitants qui opèrent dans la règlementation. A Faékele,
presque tous ont une autorisation de l'Etat. Il ne s'agit pas d'une
autorisation par un document mais plutôt un accès libre par ce que
la Forêt est celle communautaire (COVIMOF). Cependant cet accès
n'est pas libre pour les étrangers. Ces communautés s'organisent
donc en comité de vigilance pour surveiller leur forêt. C'est
à Zamakoé qu'on retrouve tout genre d'exploitant. Ceux qui ont un
permis, certains par contre accèdent par achat c'est-à-dire voir
le « propriétaire » de la forêt et négocier avec
lui. L'achat peut se faire suivant les paquets ou en terme de journée
mais à moindre coût. Certains font dans la coupe anarchique ou
illégale. Cependant cette coupe ou accès au rotin reste
dominé par un accès libre et anarchique (40,80%). Ici l'anarchie
est vis-à-vis de l'Etat ou de la règlementation en vigueur et
aussi vis-à-vis du propriétaire de la forêt.
C'est-à-dire que la forêt n'appartient pas au CV, mais y exploite
sans autorisation du « propriétaire ». D'autres par contre
passe par le chef du village pour accéder à la ressource.

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IV.1.1.1.3. Acteurs d'approvisionnement de la ville de
Yaoundé
Le rotin qui arrive à Yaoundé est
approvisionné par les paysans des villages environnants qu'on appelle
coupeur-vendeur4.
? Les motivations des exploitants ruraux
Les coupeurs vendeurs sont avant tout des agriculteurs, mais
exercent également l'activité du rotin ceci pour plusieurs
raisons. A savoir des raisons de pauvreté, profession, ou parce qu'il en
tire le maximum de profit donc une source de revenu non négligeable, une
activité complémentaire, pour satisfaire les besoins quotidiens
ou un héritage des parents qu'il faut pérenniser.

Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014 Figure 10 : Raisons
d'entrée des coupeurs vendeurs dans l'activité.
De tout ce qui précède, la majorité de la
population coupe par ce qu'il veut compléter ses revenus agricoles. Soit
31,3% de la population. Tout simplement par ce qu'avant tout agriculteurs, les
revenus issus de la vente du rotin leur permettent de compléter les
revenus agricoles. Ceci pour l'achat des intrants agricoles ou soutenir leur
besoin. Par contre, d'autres le font pour satisfaire les besoins quotidiens.
25% de la population se sert de cette activité pour s'acheter les choses
de cuisine, le pétrole, le savon etc.
? L'exploitation du rotin : une activité
dominée par les hommes
L'exploitation du rotin dans la proche campagne de
Yaoundé est une activité exercée par les hommes et par les
femmes. Généralement les hommes mettent plus longtemps et coupent
les deux espèces de rotin. Alors que les femmes exploitent beaucoup plus
le rotin liane. Selon les raisons recueillies auprès de certains
coupeurs sont que le maraca demande plus d'effort et de force. Pour ce qui est
de leurs âges, on retrouve presque toutes catégories de personnes.
Pour ce qui est des quantités produites, elles varient suivant les
périodes et les saisons. Suivant nos enquêtes sur le marché
de dépôt de Mvog-mbi et les informations recueillies auprès
des CV, les périodes de grande production sont la veille de la
rentrée
4 Coupeur-vendeur est une expression utilisée
par DEFO (1997) dans ses travaux de thèse pour parler des populations
qui coupent le rotin dans les forêts pour approvisionner les vanniers en
milieux urbain.

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scolaire et des fêtes. Pour la saison il s'agit de la
saison sèche. La quantité produite pour la période de
Septembre à Octobre 2013 (période où nous avons
effectuée des relevés sur le marché de vente de rotin brut
: confère annexes) est de 2464 paquets de maraca et 3352 rouleaux de
liane.

Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014. Figure 11 : Répartition
par sexe des exploitants ruraux.
Comme l'illustre la figure ci-dessus, la coupe reste
dominée par les hommes avec une représentativité de 81%
contre 19% des femmes. Ceci peut se justifier par le fait que les hommes sont
plus résistants que les femmes. C'est-à-dire que supporte la
douleur et la fatigue car c'est une activité qui demande plus de force
et également pénible avec les accidents rencontrés au
cours des différentes coupes. Les femmes disposent moins de temps car il
est très difficile pour elles d'associer les travaux champêtres,
le foyer et la coupe. Tout ceci demande d'énormes sacrifices de leur
part pour ce qui est du temps. Parlant de la pénibilité du
travail, la coupe dans les forêts demande trop d'effort physique car il
faut tirer le rotin en forêt après avoir coupé, aussi le
transport pour la maison et en plus sur la tête, ne paraissent pas
faciles. Généralement, dans la plus part des cas, l'homme a plus
besoin de moyens ou d'argent que la femme car étant le chef de la
famille, il lui revient la responsabilité d'assurer les besoins de la
famille et par conséquent il faut diversifier les sources de revenu. Car
l'agriculture a une rentabilité temporelle.
? L'exploitation du rotin : une activité
dominée par les jeunes
Au niveau de l'âge, d'après notre graphique, la
majorité des coupeurs sont des jeunes qui représentent 68,8% de
l'ensemble des coupeurs contre 31,2% des vieux. On peut justifier cette
domination de l'activité par les jeunes, du fait que les jeunes sont
plus actifs que les vieux qui par contre sont fatigués par le poids de
l'âge. Cette activité exige trop d'effort, de courage, de force et
de temps que ce soit au niveau de la coupe, ou du transport de la brousse pour
la maison. Cependant la tranche d'âge dominante est celle compris entre
21 et 30 ans qui représente 37,5% qui sont des jeunes très
actifs. Comme l'illustre la figure ci-dessous.


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Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014. Figure 12 : Répartition
par âge des exploitants ruraux.
Toutefois, l'âge a un impact sur la quantité que
peut produire le coupeur au cours d'une journée.

Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014.
Figure 13 : Répartition de la quantité
coupée en fonction de l'âge du CV
Suivant cette figure, la quantité produite
dépend de l'âge des producteurs. Car plus on est jeune plus la
quantité produite est importante. Les jeunes qui sont regroupés
dans la tranche d'âge compris entre 21 et 40ans (50%) sont les seuls
à produire plus de 41 paquets de rotins par coupe.
? Le statut matrimonial et le faible niveau
d'école des exploitants ruraux
L'exploitation du rotin dans la proche campagne de
Yaoundé qui approvisionne le centre urbain provient des acteurs qui peut
être sont mariés ou pas ou veufs. Avec un niveau d'étude
inférieur ou supérieur au primaire. Ceci peut déterminer
la perception de l'activité par les exploitants.


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Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014.
Figure 14 : Répartition du statut matrimonial et
du niveau d'étude des exploitants ruraux
Suivant la figure ci-dessus, la coupe du rotin dans la proche
campagne de Yaoundé est de nos jours dominée par les
mariés qui occupent 50% de la population qui pratique la coupe.
Secondé par les célibataires qui représentent 43,8% et en
fin les veufs qui représentent 6,3%. Cette domination par les
mariés peut s'expliquer le fait que les mariés ont beaucoup de
responsabilité ou de charge à supporter. Cette
responsabilité qui nécessite les moyens financiers pousse ces
parents à se donner corps et âme dans l'exploitation. La faible
représentativité des veufs peut s'expliquer par le fait que
ceux-ci n'ont pas assez de temps pour d'autres activités autres que
l'entretien des plantations et de la famille laissées par leurs
conjoints.
Parlant du niveau d'étude, la majorité des
coupeurs n'a que le niveau primaire, avec plus de la moitié des coupeurs
soit un pourcentage de de 68,8%. Le niveau d'étude le plus
élevé des coupeurs se limite au secondaire avec 18,8% des
coupeurs. Cependant d'autres n'ont même pas fait les études
(12,5%). Bref la coupe reste l'affaire des paysans sous scolarisés. On
comprend que ceci est dû par le fait que l'exploitation ne demande aucune
expertise, ni une qualification, mais juste une machette bien aiguisée
avec des gants pour certains.
? L'expérience des coupeurs dans le
métier
Les activités liées à la coupe de rotin
dans les forêts de Faékele, de Zamakoé et autres a connu
cette dernière décennie un intérêt particulier des
coupeurs ce qui peut conduire à une entrée tardive de ces
derniers dans l'exploitation au niveau de ces villages.


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Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014.
Figure 15 : Répartition des CV en fonction de
l'ancienneté dans l'activité.
D'après la figure ci-dessus, l'essentiel des coupeurs
ont une expérience compris entre 1-5ans avec un pourcentage de 43,8%.
Dans l'ensemble, la plupart des coupeurs est entrée dans
l'activité il y a moins de 10 ans, soit une proportion de 56,3%. Le
reste a plus de 10 ans d'expérience. Cet état de chose peut
s'expliquer par le fait que la croissance de la demande des produits naturels
en milieu urbain, dû à la croissance urbaine de Yaoundé
constitue une forte pression dans les milieux ruraux. Cette forte demande exige
également une forte coupe et la tranche de la population douée
pour satisfaire cette demande est celle des jeunes. C'est ce qui explique d'une
part cette extrême jeunesse des coupeurs et par conséquent leur
jeune expérience dans le métier. Une autre explication se situe
dans le fait que la coupe du rotin constitue une activité lucrative pour
la population, ainsi suite à la crise économique avec ses
différentes conséquences les jeunes se sont lancés dans la
coupe pour pouvoir s'en sortir. La plus faible proportion est comprise entre
16-20 ans avec une représentativité de 6,3%. Ce qui
démontre le désintérêt que cette population portait
vis-à-vis du rotin il y a plus de 10 ans.
? Les coupeurs de rotin : Une activité
dominée par les natifs du centre
L'essentiel des coupeurs vendeurs (93,8%) des deux villages
approvisionnant la ville de Yaoundé est originaire de la région
du centre. On retrouve cependant les natifs de l'Ouest et du Sud. Ceci
s'explique par le fait que les foyers d'approvisionnement sont en
majorité dominés par les originaires de la région.


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Source : Enquête de terrain
Décembre 2013 et Janvier 2014.
Figure 16 : Répartition des origines des coupeurs
vendeurs dans la zone de Yaoundé
Suivant la figure ci-dessus, l'essentiel du rotin ravitaille
la ville de Yaoundé est coupé par les originaires du centre
appartenant à l'ethnie Ewondo. Ceci se justifie par le fait que les
villages environnants de Yaoundé sont encore
homogènes5.. Entre les populations de la localité,
l'accès reste libre, car le village est organisé en grands
groupes de famille. Néanmoins on retrouve les originaires de la
région du Sud et de l'Ouest.
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