pubAchetez de l'or en Suisse en ligne avec Bullion Vault


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

L'impact religieux et socio-économique de l'épiscopat de monseigneur Paul Etoga sur le développement de la mission catholique de Nlong de 1995 a 1987


par Joseph Hervé NGAH EKANI
Université Yaounde I - DIPES II 2007
Dans la categorie: Arts, Philosophie et Sociologie > Religion
   
Télécharger le fichier original

Disponible en mode multipage

i

DEDICACE

A mes parents : Marc Ekani et Suzanne Essamba Mba Bindzi, pour la vie et l'éducation qu'ils m'ont données.

A ma fiancée, Géraldine Daniele Alougou Atangana, pour son soutien et les sacrifices consentis pour ma formation, preuve de son amour.

A mes soeurs et frères : Maryse, Lise, Patrick et Christel, pour leur constant soutien moral.

A ma fille, Alexandra Guilyne Essamba Ngah.

ii

REMERCIEMENTS

Ce travail a été réalisé grâce au soutien sans faille que nous ont apporté de nombreuses personnes : enseignants, parents, informateurs et amis.

Nous remercions d'abord tous les enseignants du Département d'Histoire de l'Ecole Normale Supérieure, pour la rigueur et l'ardeur dont ils ont fait montre, afin de parfaire notre formation académique pendant plusieurs années. Plus particulièrement, nous tenons à remercier le Dr. Madiba Essiben, qui n'a ménagé aucun effort pour nous orienter, nous initier et nous encourager dans la voie de la recherche.

Nous remercions également le Pr. Jean Paul Messina qui a accepté de codiriger ce travail. Sa disponibilité, sa patience, sa rigueur méthodologique et ses suggestions nous ont été d'un grand apport dans la réalisation de ce travail.

Nos remerciements vont ensuite à toutes les autorités administratives et à toutes les personnes qui ont facilité la réalisation de ce travail soit en nous fournissant des informations, soit en nous apportant l'aide matérielle nécessaire pour la finalisation de ce travail. Nous pensons ainsi à l'Abbé Berthe Lucien Nama, la Soeur Pauline Nguenda, les Frères Puis Essengué et Jean Marie, Joseph Ebodé, Rosine Youmbi, et à toutes les familles Atangana et Ekani pour leur soutien moral et matériel.

Qu'il nous soit enfin permis de signifier notre reconnaissance à nos camarades de classe qui ont d'une manière ou d'une autre contribué à la réalisation du présent travail.

iii

SOMMAIRE

DEDICACE i

REMERCIEMENTS ii

SOMMAIRE iii

LISTE DES ILLUSTRATIONS vii

LISTE DES ABREVIATIONS ET DES SIGLES ix

RESUME x

ABSTRACT xi

INTRODUCTION GENERALE 1

CHAPITRE I. NLONG : CADRE PHYSIQUE, HUMAIN ET ECONOMIQUE 7

I- LE CADRE PHYSIQUE 7

A- La Structure, le relief et l'hydrographie 7

B- Le Climat, le sol et la végétation 9

II- LE CADRE HUMAIN ET ECONOMIQUE 10

A- L'origine et l'installation des populations 10

B- L'organisation religieuse et socio-économique 12

1-Les rites et traditions religieuses 12

a- Le so 13

b- Le mevungu 13

c-Le tsoo 14

d- L' esié 15

2- L'organisation socio-économique 16

a- Une société patriarcale 16

b- L'agriculture de subsistance 17

c- La chasse 17

d- La pêche 18

I. L'ARRIVEE DES MISSIONNAIRES A NGULMAKONG 19

A. L'action de Joseph Zoa 20

B. L'installation des missionnaires 21

1. Les premiers missionnaires 21

2. Le choix du nom de la mission 22

II. LE FONCTIONNEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE NLONG 22

A. Le clergé de la mission catholique de Nlong 23

1. Les prêtres 23

a. Les Pères supérieurs 23

b. Les vicaires 23

2- Les Frères 23

3. Les religieuses 24

B. Les autres membres de la mission 25

1. Les catéchistes 25

2. Les paroissiens 25

III. LES OEUVRES MISSIONNAIRES A NLONG 27

A. Les oeuvres sociales 27

1. L'école primaire catholique de Nlong 27

a. Les débuts de l'école à Nlong 28

b. L'école primaire catholique à cycle complet 28

2. Le dispensaire de Nlong 29

B. Les oeuvres religieuses et pastorales 30

1. Le sixa de Nlong 30

2. Le Petit séminaire et l'église Saint Pierre Claver de Nlong 31

3. L'imprimerie de Nlong 32

4. Les postes de catéchiste 33

CHAPITRE III. MONSEIGNEUR PAUL ETOGA : PRELAT ORIGINAIRE DE NLONG 34

A. L'enfance 35

B. Le parcours scolaire 35

C. Son ministère sacerdotal 37

II. SON MINISTERE EPISCOPAL 38

A. Nomination et sacre 38

B. Auxiliaire de Monseigneur Graffin de 1955 à 1961 40

1. Les fonctions de Monseigneur Paul Etoga 40

2. Les rapports avec le clergé 42

a. Avec le clergé indigène 42

b. Avec les missionnaires catholiques 43

C. Fondateur du diocèse de Mbal mayo 44

1. Politique pastorale de Monseigneur Paul Etoga 44

2. Le petit séminaire Saint Paul de Mbalmayo 46

III. LES RAPPORTS ENTRE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA ET LA MISSION

CATHOLIQUE DE NLONG 49

A. Les visites de Monseigneur Paul Etoga à Nlong 49

B. Les messages adressés aux populations de Nlong 50

1. Le mariage et la dot 51

2. L'eucharistie 52

3. Les cultures de rente 53

CHAPITRE IV. L'IMPACT RELIGIEUX DE L'EPISCOPAT DE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA SUR LE DEVELOPPEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE NLONG .... 54

I. SUR LE PLAN EVANGELIQUE 54

A. L'appropriation de l'évangile par les populations de Nlong 55

B. L'évolution des sacrements de l'Eglise 56

1. Le baptême 57

2. La Confirmation et la communion 58

3. Le mariage 61

4. La pénitence et l'onction des malades 62

C. La redynamisation des confréries 63

D. L'implantation des congrégations religieuses 65

II. SUR LE PLAN DES VOCATIONS 66

A. Le sacrement de l'ordre 66

1. L'évêque 66

2. Les prêtres 67

B- Les religieuses 68

CHAPITRE V. L'IMPACT SOCIO-ECONOMIQUE DE L'EPISCOPAT DE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA SUR LE DEVELOPPEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE NLONG. 70

I. SUR LE PLAN SOCIAL 70

A. L'abandon de la polygamie par les populations de Nlong 70

B. Syncrétisme et inculturation à Nlong 71

C. L'oeuvre éducative 72

1. L'évolution de l'école primaire catholique de Nlong 72

2. Le juvénat des Frères du Sacré coeur 74

D. L'action sanitaire de la mission 75

II. SUR LE PLAN ECONOMIQUE 76

A. La vulgarisation des cultures de rente. 77

B. L'urbanisation de Nlong 78

CONCLUSION GENERALE 79

SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 81

DOCUMENTS ANNEXES 87

LISTE DES ILLUSTRATIONS

A. CARTES

Carte N° 1 : La mission catholique de Nlong dans les circonscriptions d'Eséka Edéa et de Yaoundé en 1955. ............................8 Carte N° 2 : La mission catholique de Nlong en 1955. .......................8

B. COURBES

Courbe N° 1 : Evolution du nombre de chrétiens de Nlong de 1930 à
1955.................. ................................................26
Courbe N° 2 : Evolution des baptêmes de Nlong de 1955 à 1987 .........57
Courbe N° 3 : Evolution des communions et des confirmations de Nlong
de 1955 à 1987......................................................59
Courbe N° 4 : Evolution des mariages de 1955 à 1987 à Nlong. ..........61

C. PHOTOS

Photo N° 1 : Joseph Zoa et son épouse .......... 20

Photo N° 2 : Habitation des soeurs du très Saint Sauveur 24

Photo N° 3 : Sixa de Nlong ........................ 31

Photo N° 4 : Eglise St. Pierre Claver de Nlong...............................32

Photo N° 5 : Mgr. Paul Etoga ..................... 34

Photo N° 6 : Sacre de Mgr. Paul Etoga .......... 39

Photo N° 7 : Petit séminaire de Mbalmayo ...... 47

Photo N° 8 : Ecole primaire catholique de Nlong 73

Photo N° 9 : Internat Saint Ange de Nlong ...... 74

Photo N° 10 : Dispensaire réhabilité de la paroisse de Nlong ..............76

D. TABLEAUX

Tableau N° 1 : Nombre de chrétiens de la mission caatholique de Nlong

de1930 à 1955......................................................25 Tableau N° 2 : Répartition des chefs catéchistes de la mission catholique

de Nlong en 1955 ...................... .............................33 Tableau N° 3 : Bilan de l'oeuvre de Mgr. Paul Etoga à Mbalmayo .......48 Tableau N° 4 : Récapitulatif des Baptêmes, des communions, des

confirmations et des mariages de Nlong de 1951 à 1987 .....56 Tableau N° 5 : Confréries de la mission catholique de Nlong de 1945 à

1985 ...................................................................64 Tableau N° 6 : Prêtres originaires de Nlong entre 1955 et 1987 ...........67 Tableau N° 7 : Soeurs consacrées originaires de Nlong de 1955 à

1987...................................................................69

LISTE DES ABREVIATIONS ET DES SIGLES

AA : Archives Administratives

AC : Archives Coloniales

AAY : Archives de l'Archidiocèse de Yaoundé A D M : Archives du Diocèse de Mbalmayo

AMCN : Archives de la Mission Catholique de Nlong

ANY : Archives Nationales de Yaoundé APA : Affaires Politique et Administrative CDO : Centrale Diocésaine des oeuvres CFM : Congrégation des Filles de Marie

CFSC : Congrégation des Frères du Sacré Coeur CLE : Centre de Littérature Evangélique

CSSP : Congrégation des Pères du Saint Esprit

DI PES : Diplôme de Professeur d'Enseignement Secondaire

ENS : Ecole Normale Supérieure

Mgr : Monseigneur

ORSTOM : Office de la Recherche Scientifique et Technique d'Outre-mer St. : Saint

RESUME

L'arrivée des missionnaires à Nlong est précédée par le catéchiste Joseph Zoa. Ce dernier leur a préparé le terrain. C'est pourquoi ils s'implantent rapidement et sans difficulté. Ils ont réalisé non seulement des oeuvres à caractère religieux mais aussi des oeuvres à caractère social et économique. C'est dans cette ambiance que Mgr. Paul Etoga est consacré évêque en 1955.

Cependant, les débuts du fils de Nlong dans le monde épiscopal sont difficiles à cause du contexte colonial. Il réussit tout de même à réconcilier les attentes de ses concitoyens et à résister à la pression de son supérieur Mgr. René Graffin.

Néanmoins, en 1961, le St. Siège lui confie un diocèse où son génie créateur apparaît. Cependant, dans sa tâche de bâtisseur du nouveau diocèse, il est victime des rivalités d'autres prélats. Etant à Mbalmayo, les relations avec sa mission d'origine située dans l'archidiocèse de Yaoundé se compliquent. Il va tout de même à travers de nombreuses visites et messages, guider ses frères et soeurs de Nlong sur la voie évangélique. Ces populations gardent de lui l'image d'un modèle. C'est pourquoi, plusieurs familles ont confié leurs fils et filles respectivement au ministère sacerdotal et religieux.

Malgré l'action du prélat, la paroisse de Nlong aujourd'hui n'est plus que l'ombre d'elle-même. La réhabilitation de ses bâtiments est nécessaire par reconnaissance à l'oeuvre de Mgr. Paul Etoga.

xi

ABSTRACT

The arrival of missionaries at Nlong is preceded by the catechist Joseph Zoa. The latter has prepared a piece of ground for the missionaries. That is why it is easy for them to settle without difficulties in Nlong. They have made religious, economic and social works. It is in this atmosphere that Paul Etoga is consecrated bishop.

However, the beginning of Paul Etoga in episcopal work is not easy because of the colonial context. He is meanwhile able to satisfy the needs of Nlong's population and to resist of the pressure of archbishop René Graffin.

Nevertheless, in 1961, the Pope entrust to him a diocese where, his creative genius has appeared. Meanwhile, in his task of constructing the new diocese, he is victim of rivalries from other bishops. In Mbalmayo, his relationships with his origin's mission situated in the archdiocese of Yaoundé are complicated. Trough many visits and messages, he has guided his brothers and sisters of Nlong on evangelical life. These populations look up to him as their model. Thus, many families sent their sons and daughters to the religious ministry.

In spite of bishop's action, the parish of Nlong today is a shadow of itself. The renovation of its buildings is necessary for recognition of the work of Paul Etoga

INTRODUCTION GENERALE

L'histoire religieuse révèle que les protestants sont les premiers à arriver au Cameroun en 1843. Il a fallu attendre 47 ans pour voir arriver les catholiques1. Conscients du retard qu'ils accusaient, ces derniers se sont engagés sur les sentiers d'un grand projet d'évangélisation. De Marienberg où ils débutent l'évangélisation, les missionnaires catholiques intensifient les efforts pour étendre leur action en multipliant des postes missionnaires dans le pays. C'est ainsi qu'en 1901, la mission de Mvolyé est créée. Celle-ci étant la seule mission de la région, les pères Pallotins sont débordés par le travail. Ces derniers sont remplacés par les Spiritains après la Première Guerre Mondiale et sont confrontés aux mêmes problèmes. Dans le souci de décentraliser les responsabilités dans l'immense territoire de leur zone d'apostolat, les responsables de Mvolyé créent d'autres missions dont celle de Nlong en 1926.

La mission catholique désigne la station missionnaire c'est-à-dire le site occupé par les missionnaires dans l'exercice de leur travail d'évangélisation. Cette expression fut de moins en moins utilisée au Cameroun après 19612 au profit du terme paroisse. Avant cette année, la mission catholique de Nlong, située à cinquante kilomètres de Yaoundé sur la route de douala, s'étendait sur un site de vingt quatre hectares3. C'est elle qui fait l'objet de notre étude sur le thème : «L'impact religieux et socio-économique de l'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga sur le développement de la mission catholique de Nlong de 1955 à 1987 ».

1 E. Mveng, Histoire du Cameroun, Tome II, Yaoundé, CEPER, 1985, p. 211.

2 Le 20 Novembre 1961, Mgr. Graffin céda sa place à l'Abbé Jean Zoa. Par cet acte, l'Eglise coloniale passait le flambeau de la succession apostolique et de la mission évangélisatrice de l'Eglise universelle à l'Eglise locale devenue majeure

3 ANY, APA 10599/C mission religieuse, 1932, contributions imposées.

Les raisons qui ont conduit à un tel choix proviennent du fait que nous voulons sortir l'histoire religieuse du Cameroun de la monotonie des thèmes. Ceux-ci abordent très peu l'impact des rapports des évêques avec leur mission d'origine et ne s'attardent qu'à leurs réalisations dans leur zone d'apostolat.

Notre étude s'inscrit dans un cadre chronologique limité par deux dates de références : 1955 et 1987, chacune ayant une importance particulière dans l'histoire de la mission catholique de Nlong.

L'année 1955 marque la consécration épiscopale d'un fils de Nlong : Mgr. Paul Etoga comme premier évêque camerounais.

L'année 1987 quant à elle marque la retraite épiscopale de Mgr. Paul Etoga d'une part, et d'autre part le rattachement de la paroisse de Nlong au diocèse d'Obala.

Par ce thème, nous nous proposons d'éclairer une zone d'ombre dans l'histoire religieuse du Cameroun. En effet, contrairement à certains de ses confrères dans l'épiscopat4, le prélat n'a pas fait l'objet d'une abondante publication scientifique. A notre connaissance, aucun travail sur les rapports de Mgr. Paul Etoga avec la mission catholique de Nlong, sa mission d'origine, n'a été réalisé.

Pour mieux s'y prendre la nécessité de répondre aux interrogations suivantes s'impose : comment était Nlong avant l'arrivée des missionnaires ? Quant et comment se sont installés les missionnaires ? Quelles sont leurs oeuvres ? Qui est Mgr. Paul Etoga ? Quelles sont ses réalisations ? En d'autres termes, quel est l'impact de sont épiscopat sur le développement de Nlong ? Pour répondre à ses multiples préoccupations que soulève notre étude, nous avons eu recours à des sources multiples et variées que nous avons classées en

4 Sans être exhaustif, parmi les confrères de Mgr Paul Etoga qui ont fait l'objet de nombreuses publications, on peut citer les auteurs suivants et leur ouvrage : J. Criaud, Ils ont implanté l'Eglise au Cameroun, Yaoundé, IMA, 1989 ; Cet ouvrage retrace l'oeuvre de Mgr Henri Vieter. Dussercle, Du Kilimandjaro au Cameroun, Mgr F. X. Vogt (1870-1953), Paris, La colombe, 1954. J. Bouchard, Mgr Pierre Bonneau, évêque de Douala, Yaoundé, L'Effort camerounais, 1959. Mgr Jean Zoa, Son héritage et son enseignement, Mbalmayo, Centre d'étude redemptor hominis, 1999.

trois grandes catégories à savoir : les sources écrites, les sources orales et les sources iconographiques.

Pour ce qui est des sources écrites, elles ont été divisées en trois grands groupes :

- Les documents d'archives (Archives Nationales de Yaoundé, Archives de la Mission Catholique de Nlong, Archives de l'Archidiocèse de Yaoundé, Archives du Diocèse de Mbalmayo et Archives privées) qui nous ont donné des informations sur l'historique de Nlong à savoir les dates d'arrivée du chef catéchiste Joseph Zoa et des missionnaires dans la localité. En plus de cela, nous avons eu des informations relatives aux oeuvres des missionnaires. Les registres des baptêmes, des communions, des confirmations et des mariages de la paroisse de Nlong durant l'épiscopat de Mgr. Paul Etoga ont été consultés. Enfin, les informations sur le parcours sacerdotal du prélat ont été trouvées. Cependant, l'exploitation de ces documents était difficile à cause du mauvais état de conservation de ces archives. Cela nous a amené à faire recours aux ouvrages publiés.

- Quelques travaux ont déjà été réalisés sur le christianisme au Cameroun en général et sur Nlong en particulier.

Philippe Laburthe Tolra5 dans son ouvrage montre les motifs et les effets de la conversion rapide au christianisme chez les peuples de la forêt.

Jean Criaud6 fait une description sommaire de l'oeuvre des missionnaires catholiques au Sud Cameroun entre 1916 et 1990 et plus précisément l'oeuvre de la congrégation du Saint Esprit.

Nicolas Ossama7 retrace l'histoire de la mission principale de Yaoundé dès 1901 jusqu'à la célébration du centenaire de l'Eglise catholique au Cameroun. Il développe surtout des thèmes ayant un impact religieux positif.

5 P. Laburthe Tolara, Vers la lumière ou le désir d'Ariel à propos des Béti du Cameroun. Sociologie de la conversion, Paris, Karthala, 1999.

6 J. Criaud, La geste des spiritains, Yaoundé, St. Paul, 1990.

7 N. Ossama, L'Eglise de Yaoundé : aperçu historique, Yaoundé, St. Paul, 1997.

Jaap Van Slageren et Jean Paul Messina8 reconstituent les temps forts du christianisme au Cameroun, des origines à nos jours.

Jean Paul Messina9 à travers les actions d'un catéchiste retrace l'oeuvre des missionnaires catholiques dans la localité de Nlong.

Monseigneur Paul Etoga10 dans son ouvrage fait son autobiographie mais n'apporte pas des éclaircissements sur ses relations avec la mission catholique de Nlong.

Ces ouvrages publiés nous ont permis d'avoir des informations sur Mgr. Paul Etoga et sur les réalisations des missionnaires à Nlong. Mais nous n'avons pas eu toutes les informations nécessaires pour avancer dans notre étude. C'est pourquoi nous avons recouru aux mémoires et thèses pour essayer de palier aux insuffisances.

- Les mémoires et thèses que nous avons consultés font une analyse globale de l'oeuvre des missionnaires dans le sud forestier. Néanmoins, certains abordent en profondeur quelques aspects de notre thème.

J. P. Messina11 développe la contribution des camerounais à l'éclosion du catholicisme au Cameroun. Il évoque les débuts difficiles de l'épiscopat de Mgr. Paul Etoga à Yaoundé. Mais n'aborde pas les relations que ce dernier a entretenues avec sa mission d'origine.

Jean Gualbert Marius Owona12 retrace l'origine de la mission catholique de Nlong et son évolution jusqu'en 1966. Il n'aborde pas de manière implicite les conséquences de l'évangélisation sur le développement de Nlong.

Eugénie Abessolo13 présente l'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga plus précisément, son séjour à Mbalmayo en tant qu'évêque fondateur du diocèse.

8 J. V. Slageren et J.P. Messina, Le christianisme au Cameroun, des origines à nos jours, Paris, Karthala, 2005.

9 J.P. Messina, Une grande figure chrétienne au Cameroun : Joseph Zoa (1885-1971), Yaoundé, CDO, 1989.

10 P. Etoga, Mon autobiographie, Bonn, Chanoine, 1995.

11 J.P. Messina, «Contribution des camerounais à l'expansion de l'Eglise Catholique : le cas de la population du sud Cameroun 1890-1961», Thèse de doctorat 3e cycle en Histoire, Université de Yaoundé, 1988.

12 J.G.M. Owona, «La Mission Catholique de N long (1923-1966) : Origine et évolution», Mémoire de DIPES II, ENS, 1998.

13 E. Abessolo, «L'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga : 1955-1987», Mémoire de DIPES II, ENS, 2000.

Elle n'aborde pas les rapports que le prélat a entretenus avec la mission catholique de Nlong.

Ces documents nous ont également permis de mieux éclaircir les informations que nous ne connaissons que vaguement. Mais une fois de plus, nous n'avons pas eu la satisfaction que nous attendions. Il manquait des informations nécessaires sans lesquelles notre travail serait incomplet. Nous nous sommes tournés alors vers les sources orales.

L'oralité constitue la base fondamentale et une donnée privilégiée de l'histoire africaine car, elle reconstitue le passé avec parfois des détails et des précisions que ne nous donnent les sources écrites. De ce fait, grâce aux entretiens et interviews effectués sur le terrain avec des personnes dont l'âge varie entre 40 et 90 ans et qui sont évêque, prêtres, catéchistes, religieux, religieuses, laïcs ; nous avons reçu des informations nous permettant de compléter les détails qui manquaient aux sources écrites. Nous pouvons alors dire que loin d'être un simple palliatif, l'oralité est un véritable fait de civilisation qui assure la transmission des savoirs de génération en génération. Les dépositaires des sources orales sont des personnes d'expériences. C'est pour cette raison qu'Amadou Hâmpaté Ba disait : « En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ».

L'histoire en Afrique se constitue avec l'oralité. Elle joue un rôle important dans la société. A cet effet, Joseph Ki-zerbo affirmait que : « L'oralité apporte le degré de certitude qu'on attend normalement de la connaissance historique »14 . Ces sources orales constituent donc un fondement majeur pour la conscience historique de notre continent. Même si les sources orales nous ont permis de compléter les détails qui nous manquaient, même si elles y ont apporté la certitude, il a fallu que nous fassions tout de même recours aux sources iconographiques.

14 J. Ki-Zerbo, Histoire de l'Afrique Noire d'hier à demain, Paris, Hatier, 1978, p.17.

L'iconographie est constituée des photos nous ayant permis d'immortaliser certaines oeuvres de la mission qui ont contribué au développement de Nlong. Nous avons trouvé au sein du presbytère plusieurs photos dont la photo du chef catéchiste Joseph Zoa. Les autres photos qui sont des prises directes représentent le presbytère, l'Eglise St. Pierre Claver, le sixa, le dispensaire, l'internat St. Ange de Nlong, etc.

Pour travailler avec ces diverses sources, il a fallu une méthodologie. Pour ce faire, nous avons procédé par la confrontation des différentes sources, puis nous avons fait la synthèse des informations que nous avions sous la main, et c'est grâce à la complémentarité de ces sources que nous avons réalisé le présent travail. Avec ces sources, nous avons organisé notre travail en cinq chapitres. Il s'est d'abord agi de présenter le cadre physique, humain et économique de Nlong (Chapitre I). Ensuite, nous avons retracé les origines de la mission catholique de Nlong jusqu'en 1955 (Chapitre II) et procéder à la présentation de Mgr. Paul Etoga de sa naissance à son ministère épiscopal (chapitre III). Enfin, Les chapitres IV et V montrent respectivement l'impact religieux et socio-économique de l'épiscopat de Mgr. Paul Etoga sur le développement de la mission catholique de Nlong.

Naturellement, un tel travail ne peut se réaliser sans difficultés. La première difficulté est liée aux sources. Nous avons déploré l'insuffisance des sources écrites relatives à notre sujet, le caractère fragmentaire et la mauvaise conservation de certaines sources comme les archives de la mission catholique de Nlong. Nous avons également été confrontés au refus de certains informateurs à nous renseigner. Nous avons aussi eu comme difficultés l'insuffisance des moyens financiers qui pouvaient nous permettre de faire davantage des investigations pour compléter notre travail. Tous ces problèmes ont limité le champ de nos recherches et ont privé notre travail de certaines informations. Néanmoins, ce travail nous a permis de découvrir ce qu'est la recherche et de faire nos premiers pas dans ce chemin.

CHAPITRE I. NLONG : CADRE PHYSIQUE, HUMAIN ET
ECONOMIQUE

Avant l'arrivée des missionnaires catholiques en 1926, la localité de Nlong s'appelait Ngulmakong. Cette région1 s'étendait sur une superficie de plus de vingt quatre hectares2 à cinquante kilomètres de Yaoundé sur la route de Douala. Trois groupes ethniques peuplaient cette région : Eton, Ewondo et Bassa3.Mais Chaque ethnique avait des caractéristiques socio-économiques qui lui étaient propres.

I- LE CADRE PHYSIQUE

La localité de Nlong laisse apparaître les caractéristiques propres au

plateau Sud Camerounais.

A- La Structure, le relief et l'hydrographie

La localité de Nlong s'intègre dans un vaste ensemble constitué par le

plateau Sud Camerounais. Ce dernier est un vieux socle d'âge précambrien qui se compose de roches essentiellement cristallines (granite, gneiss, micaschiste...).

Nlong laisse entrevoir un plateau échancré de vallées plus ou moins larges de 50 à 100m. Nous observons aussi quelques collines de 150 à 200m d'altitude4. A ce relief peu accidenté s'ajoute un réseau hydrographique favorable.

La région de Nlong est drainée par quelques cours d'eau aux débits négligeables mais réguliers. Nous pouvons citer entre autre Mesa mezoa, qui prend sa source au bas du monticule où est situé l'église de Nlong. C'est elle qui ravitaille les populations de la localité en eau. Les soeurs religieuses ont, pour les

1 Voir les cartes ci-contre.

2 ANY, APA 10599/C Missions religieuses, 1932, Contributions imposées.

3 M. J.G. Owona, « La Mission Catholique de Nlong de 1923-1966 : Origine et évolution», Mémoire de DIPES II, ENS, 1998, p.24.

4 C. Santor et A. Bopda, Atlas régional du Sud Cameroun, Paris, ORSTOM, 1995, p.12.

circonstances, aménagé sa source pour alimenter le dispensaire en eau. Ensuite on a la rivière Mfan qui arrose le village Mbama. A l'ouest de Nlong, l'Osoèkomé sert de limite entre Nlong et le village Ekombitié. Enfin la rivière Lobo qui semble être la plus importante de la région a une largeur d'environ 10m. Elle arrose la majeure partie du district de Lobo qui en tire son nom. Ces cours d'eau constituent le réseau hydrographique de Nlong.

La structure et l'hydrographie dépendent du climat particulier qui sévit à Nlong.

B- Le Climat, le sol et la végétation

Le climat de Nlong est équatorial de type guinéen, caractérisé par des températures élevées et constantes. La température moyenne annuelle est de 25°c. L'amplitude thermique moyenne annuelle est de 2,4°c. Nous observons une précipitation abondante répartie sur quatre saisons : deux saisons de pluie, une grande allant de Septembre à Novembre, et une petite qui s'étend de Mars à Mai. Au cours de ces saisons, nous enregistrons des précipitations qui s'élèvent entre 1500 et 2000mm. Nous distinguons deux saisons sèches : une grande et une petite qui s'étendent respectivement de Décembre à Février et de Juin à Août, au cours desquelles la pluviosité baisse et oscille entre 1000 et 1500mm5.

Nlong est située dans le domaine des sols ferralitiques. Les minéraux des roches sont complètement hydrolysés6 par les eaux de pluies abondantes. Les sols les plus répandus, en majeure partie recouverts de forêt sont argileux, rougeâtre, très poreux et perméables avec peu d'humus7. Néanmoins les sols rouges qui prédominent dans cette région sont favorables à l'agriculture.

La végétation présente divers aspects. Sur les collines, l'herbe a de la peine à pousser. Le reste de la région est couvert de forêt dense, formation

5 C.Santor et ABopda, Atlas régional du sud Cameroun, p. 18.

6 Hydrolyse : décomposition de certains composés minéraux sous l'action de l'eau.

7 Santor et Bopda, p.25.

végétale du Sud Cameroun appartenant à la grande région Congo guinéenne8. Il existe une gamme variée d'essences. Certaines servent pour la construction : "asse" de la famille des méliacées, permet d'obtenir des planches, l'ewomen quant à elle permet d'obtenir des piquets ; d'autres essences servent à la fabrication des meubles : abang de la famille des urticacées, ayos de la famille des sterculiacées. Enfin certaines espèces sont réservées à l'art : mbel et l'ebae, et à la vannerie : nlon et nkan.

Avec un relief peu accidenté, des cours d'eau favorables au déplacement, Nlong reste un cadre agréable et adéquat pour une présence humaine.

II- LE CADRE HUMAIN ET ECONOMIQUE

Lorsque les missionnaires catholiques arrivent à Nlong, ils trouvent une structure religieuse et socio-économique en place. Cette structure s'est constituée au fil des différentes migrations des populations. Joseph Kizerbo affirme à cet effet qu' : « il s'agit d'un phénomène historique majeur qui s'est déroulé au début de l'ère chrétienne, il n'est pas encore achevé à la fin de XIXe siècle »9.

A- L'origine et l'installation des populations

Les divers témoignages recueillis à Nlong et ses environs affirment qu'à l'origine le site était convoité par les Bassa et les Ewondo. Les premiers à occuper la localité seraient les Bassa en provenance de la côte où ils avaient été chassés par les Douala et les Bakoko. Ngulmakong serait à cet effet, le point de rencontre entre Bassa venus de la côte et les Ewondo venus du Nord

8 J.F. Loung, Géographie du Cameroun, Paris, Hatier, 1993, p. 19.

9 J. Kizerbo, Histoire de l'Afrique noire d'hier à demain, p.81.

(Adamaoua). Au moment où ces groupes se rencontrent, cette localité ne porte pas encore de nom10.

En réalité, trois groupes appartiennent à la Mission catholique de Nlong : Bassa, Ewondo et Eton.

La protohistoire des Ewondo, malgré la diversité de version, peut se ramener à un bref résumé. Selon J.M.Essomba, une première migration les entraîna de la Haute Egypte pour certains, du Haut Oubangui pour d'autres, jusqu'à dans une zone indéterminée dénommée "pays de l'Est". Arrivée au Cameroun, ils vont s'installer dans la localité de Yoko. Chassés par les Babouté, ils vont progresser jusqu'à un grand fleuve qu'ils ne peuvent traverser. La traduction orale rapporte à propos que Nanga le premier essaie d'atteindre l'autre rive : il échoue d'où le nom de osoè nanga, fleuve de Nanga, qui sera déformé plus tard en Sanaga. La traversée est possible sur le dos d'un serpent miraculeux11.

Parmi les Ewondo qui ont traversé la Sanaga, il y avait les Mvog Mebara Kono. A l'origine, Tabene Mengue engendra Ebandzongo, Ebandzongo engendra Ekusu Mbala et Mebara kono Mbala, Mebera Kono Mbala engendra Ndobo, Nama et Tabene. Dans leur migration, Ndobo et Nama se sont installés le long de l'ancienne route Douala Yaoundé et de l'autre côté de l'actuel axe lourd Douala Yaoundé. Le cadet Tabene quant à lui est resté à Nanga-Eboko au niveau de la gare Tabene. Qu'en est-il des Eton ?

Bilongo note que :

Eton et Ewondo appartiennent tous deux à l'ensemble Beti que rien ne les distingue, ni dans le type physique, ni dans le genre de vie ou la construction des cases ; seules les différences linguistiques les identifient12.

10 D'après plusieurs témoignages c'est Zoa Ndongo du clan Mvog Mebara Kono qui aurait donné le nom Ngulmakong à cette localité.

11 Cette version est plus mythique que réalité, ils avaient probablement profité de la saison sèche où les eaux baissent tellement qu'elles laissent apparaître les pierres, favorables à la traversée.

12 B. Bilongo, Les Pahouins du Sud Cameroun, inventaires bibliographiques, connaissance des fang - Ntoumou, Mvae - Boulou - Beti (Eton - Manguissa - Mvélé - Béné et Ewondo), Yaoundé, St. Paul, 1970, p. 51.

L'ethnonyme eton leur fut donné, dit-on, parce qu'après la traversée de la Sanaga, ils se reposèrent sous un arbre appelé etondo en Ossanaga. Le clan Eton de Nlong est connu sous le nom de Mvog Ebode, composé des Mvog Bitouga, Fouda, Eveng, Nke et Ndzen. Tous ceux-ci constituent le Mvog Enama Ndzana au sein de l'assemblée des Eton. Par ailleurs, d'autres petits clans se greffent au grand groupe Mvog Ebode à savoir les Mvog Mvodo, les Ekog, les Beyembana, les Ntsas et les Legog.

Géographiquement, le pays bassa déborde les départements de la Sanaga maritime et du Nyong et Kélé et s'étend sur d'autres départements comme l'Océan, le wouri, la Lekié et la Mefou-Akono.

En somme, les Ewondo, les Eton et les Bassa constituent la population de la Mission catholique de Nlong avec chacune une organisation précise.

B- L'organisation religieuse et socio-économique

Lorsque les missionnaires arrivent à Nlong comme partout ailleurs, ils trouvent dans la localité une organisation religieuse et socio-économique établie. C'est celle des Beti qui nous intéresse ici.

1-Les rites et traditions religieuses

Comme tous les Beti, les Ewondo et les Eton de Nlong croient à l'existence d'un créateur suprême ; car le Beti ne connaît pas une société civile, la sienne étant toujours religieuse, c'est-à-dire rattachée à des forces religieuses13. C'est dans le contact avec la puissance invisible que l'homme beti agit avec efficacité dans son milieu de vie. La nature de cette puissance est qu'elle peut être partout présente, dans la matière organique ou non, dans l'ici bas et dans l'au-delà14. Cette puissance se manifeste et se communique dans la liturgie de la religion Beti à travers des rites. Nous nous proposons ici d'analyser quelques rites importants :

13 I. Tabi, Les rites Beti au christ. Essai de pastorale liturgique sur quelques rites de nos ancêtres, Paris, St. Paul, 1991, p. 6.

14 E. Dammann, Les religions de l'Afrique, Paris, Payot, 1978, p. 16.

a- Le so

Ce rite de démonstration, de courage, de ruse et de débrouillardise était réservé aux hommes. En effet, comme le dit P. Laburthe Tolra : « Tout garçon beti était tot ou tard admis par sa famille à devenir un homme complet en subissant le grand rituel d'initiation connu sous le nom de so »15

Le so se déroulait en plusieurs étapes qui se faisaient à des intervalles plus ou moins longs. Ce rite était vécu par les Beti comme le centre de leur vie. Le rituel consistait à amener des jeunes garçons en brousse. On choisissait alors un arbre sous lequel on construisait une voûte. Celle-ci avait au dessus, des arbustes ayant des fourmis et des insectes qui piquent. Et le long de cette voûte, qui mesurait une centaine de mètre, le jeune garçon devait marcher nu pendant que les initiés tenus aux abords secouaient les supports. Les insectes, les épines tombaient sur le jeune garçon qui ne devait ni courir, ni crier, ni pleurer, mais devait dire so, je serai un homme »16 tout au long de sa marche. Au sortir de la voûte après un aller-retour, un initié ayant un objet pointu venait tracer les balafres sur le dos du garçon. Après cette phase, d'autres cérémonies suivaient. A la fin, le jeune garçon sortait de la brousse sous les acclamations de joie qui signifiaient que ce dernier était déjà un homme accompli selon la tradition beti.

Cette pratique fut interdite par les autorités coloniales car selon les missionnaires, elle détournait les populations des règles religieuses. Les femmes avaient à leur tour un rite le mevungu.

b- Le mevungu

Réservé aux femmes, le mevungu était très différent du so dans la mesure où les femmes se mariaient très tôt et allaient loin de leur famille d'origine. Le

15 P.Lburthe Tolra, Initiation aux sociétés secrète au Cameroun. Essai sur la religion Beti, Paris, Karthala, 1985, p.229

16 Ibid.

mevungu se présentait pour ses adeptes comme une célébration du clitoris et de la puissance féminine17.

Le rituel consistait à amener les jeunes filles dans une brousse. La mère du mevungu réclamait un secret absolu, elle se mettait alors nu en invitant l'organisatrice et les candidates à l'imiter. Elle allumait un grand feu autour duquel on plaçait un paquet à réchauffer. Ensuite, on passait à la cérémonie des invocations en transperçant le paquet d'aiguilles de raphia en disant : « Si je suis une mère coupable, mevungu emporte moi », « si j'ai donné l'evu à tel ou tel enfant, mevungu emporte moi », « celui qui m'a fait telle ou telle chose mevungu tue le moi ou bien couvre-le d'abcès ».

Après cette phase, les femmes mangeaient ce qu'elles avaient préparé et dansaient toute la nuit en sautant au dessus du feu18. Nous devons mentionner ici que le mevungu était célébré quand le village était dur, aled en beti, c'est-à-dire quand rien ne poussait dans les champs, aucun gibier n'était pris dans les pièges, les femmes étaient trop malades ou stériles.

Le mevungu était l'affaire des femmes parce qu'elles étaient assimilées à la procréation. Et cette procréation que ce soit des animaux en brousse ou des nourritures des champs, est rapprochée par P. Laburthe Tolra à la fécondité de la femme, car si la femme est féconde, c'est parce qu'elle est efficace auprès de la nature et des ancêtres. Les autorités coloniales ont vu à la pratique de ce rite une façon de se détourner du christianisme et l'ont interdit.

c-Le tsoo

Le tsoo est un rite de purification ou de la prévention d'une souillure par la famille, soit à la suite du meurtre d'un parent, soit à la suite d' un suicide ou d'une mort violente et sanglante (accidents de travail, de circulation, noyade...). En plus de l'accident, la souillure est parfois contractée par l'infraction de l'interdit sexuel touchant un membre de la famille. Et pour savoir que quelqu'un

17 Ibid, p. 327.

18 P. Laburthe,Tolra, Initiation aux Société secrètes au Camerouni. p.330.

avait contracté cette souillure, il y avait une augmentation des maladies, de décès des jeunes et des stérilités dans la famille.

Pour remédier à toutes ces situations, on pratique le tsoo. Ce mot vient du mot tsag qui signifie écraser. Les éléments du rite étaient écrasés et mélangés. Cette potion était alors bue par les membres de la famille et les participants du tsoo. Le reste était versé dans un cours d'eau qui devenait zone interdite appelée en Eton bina jusqu'à la levée de l'interdit, deux à trois ans après.

Par ce rite, les Beti de Nlong voulaient prévenir le mal. Nous pouvons dire de ce fait que le beti était conscient qu'au départ, il vivait en harmonie avec Dieu et il lui a manqué de respect. Et pour se libérer de cela, il fallait faire le tsoo et suivre ses interdits. C'est pourquoi, nous pouvons rapprocher le tsoo à la liturgie chrétienne qui veut que le pécheur reconnaisse sa faute et par la suite qu'il fasse pénitence pour que ses péchés lui soient pardonnés. En plus du tsoo nous avons également l'esié

d- L' esié

L' esié est un rite de pénitence et de réconciliation par la purification en vue de libérer un malade et en obtenir une guérison dans une échéance brève19. Dans ce cas, chaque membre de la famille entretient avec le malade des plaintes et des griefs qu'il porte contre lui. Après cela, l'enquête se tourne vers le malade lui-même pour comprendre les causes de sa maladie, car il en sait lui-même peut être quelque chose. En suite l'initiateur du rite donne publiquement le résultat et dit que justice soit faite. Le malade est alors envoyé se faire soigner là où il veut. La guérison prompte est indiquée. Le « oui » que toute la famille professe est la réconciliation des coeurs et toute la famille dit unanimement : « qu'il vive, dans tant ou tant jours qu'il se relève »20 . Ensuite on égorge un cabri (bouc) dont le sang est mêlé à l'eau et servira au bain du malade. Pour ce qui est de la viande, elle est partagée à tous les assistants et le coeur est réservé au malade.

19 I. Tabi, Les rites Beti au christ. Essai de pastorale liturgique. p. 21.

20 Ibid.

L' « ésié » se rapproche dans la liturgie chrétienne, à la confession et à l'onction du malade pratiquée par les prêtres. La confession générale après laquelle, on procède au sacrifice de réconciliation, prépare le malade donc le pécheur à recevoir l'eau de la purification de la paix et de la santé.

Nous constatons que les rites religieux des populations de Nlong sont pour la plupart semblables aux cultes catholiques. Qu'en est il de la société Beti ?

2- L'organisation socio-économique

A l'arrivée des missionnaires catholiques les habitants de Nlong menaient dans chaque famille des activités économiques.

a- Une société patriarcale

Les Beti de Nlong ont une société où l'autorité se transmet de père en fils. Dans chaque famille (Mvog), il y a le père fondateur qui a une autorité sans contestation au sein de la famille. Ce chef de famille est appelé mot dzal c'est- à-dire l'homme du village comme le prouve ce proverbe Beti : « A chaque bosquet son écureuil mâle»21. Au dessous de ce chef de famille, il y a ses épouses ; car la famille est essentiellement polygamique. En 1955, la pratique de la polygamie persistait à Nlong alors que les missionnaires combattaient énergiquement ce fléau qu'ils qualifiaient de social. Pour abolir ce régime matrimonial des mesures avaient été prises avec la création des sixa et l'isolement des familles polygamiques.

Ces épouses connaissaient entre elles une hiérarchisation basée sur le rôle que chaque femme au sein de la famille.

On avait alors :

- l 'Ekomba qui est la femme dont le travail a enrichi l'homme ;

- l 'Ebeda-ekomba, celle qui a été dotée par le père ;

- la troisième Mpeg désigne la préférée. C'est elle qui réside dans la case du père de famille ;

- la dernière catégorie est constituée des femmes délaissées qui vivent dans la concession.

Après les épouses, il y a les enfants qui sont aussi hiérarchisés en fonction du sexe et de l'âge. Nous avons également les dépendants mintobo. Ce sont les gens venus s'installer dans le village ; ils travaillent au compte de la famille. Nous avons enfin les esclaves beloua ou les esclaves.

b- L'agriculture de subsistance

Les populations de Nlong pratiquaient l'agriculture sur brûlis qui est un système agricole qui consiste à défricher un pan de la forêt ou de la brousse et à mettre le feu sur les friches desséchées avant de labourer et enfin semer. Il y avait ici une répartition du travail entre les hommes et les femmes22. En fait les hommes défrichaient les zones destinées aux cultures, mettaient le feu sur les friches. Les femmes quant à elles venaient alors labourer et semer. On cultivait le macabo, le manioc, l'igname, la patate, le plantain, la banane douce, le maïs, l'arachide, etc, et les fruits comme les oranges, les mangues,... La production agricole était complétée par la chasse.

c- La chasse

La chasse est une activité réservée aux hommes. Elle est pratiquée de plusieurs manières23. Il y a d'abord les pièges appelés en Beti melam qu'on faisait dans un coin de la brousse et on venait surveiller de temps en temps si les animaux ont été pris. Une autre technique consistait à creuser les trous que l'on recouvrait légèrement afin que les animaux de passage tombent à l'intérieur.

22 Brigitte Ngah, 88 ans, agricultrice, N long le 11 mai 2007.

23 Marc Ekani, 63 ans, militaire retraité, Nlong le 15 mai 2007.

Nous avons également une autre technique praticable uniquement en saison sèche, qui consistait à mettre le feu dans un pan de la brousse après l'avoir encerclé. Cette technique est appelée en Eton nsan. Tout comme la chasse, la pêche faisait aussi partie des activités des populations de Nlong.

d- La pêche

Elle se pratiquait aussi bien par les hommes que par les femmes. Mais les Techniques sont différentes selon le genre qui pratique24. Les hommes pratiquaient la pêche à la ligne appelée nlob et les femmes quant à elles pratiquent la pêche qui consiste à barrer une portion de la rivière à l'aide des troncs d'arbustes, du feuillage et de la boue25. Ensuite la partie isolée est asséchée à l'aide des récipients et quand elle est presque sèche, les femmes attrapent les poissons qu'elles mettent dans un type de panier appelé en Eton nkouma. Cette pêche s'appelle en Eton alok et a la particularité d'être pratiquée uniquement en saison sèche.

Au terme de cette analyse, force est de constater que l'univers socioculturel et économique des Beti est régi par ses caractéristiques propres d'où sa spécificité. Nous notons un peuplement disparate aux activités économiques correspondant à une société de consommation, un système de répartition de travail entre les hommes et les femmes. Cette société est par ailleurs religieuse où la vie de l'individu est marquée par l'omniprésence de l'invisible sur fond du visible. Le dialogue avec les ancêtres se fait au moyen des rites. Le ntondo obé, seul Être suprême est l'expression d'une religion traditionnelle monothéiste. C'est dans cet état d'équilibre parfait que les missionnaires vont arriver.

24 Entrtien avec Brigitte Ngah.

25 Entretien avec Marc Ekani.

CHAPITRE II. L'EVANGELISATION DE NLONG, DES
ORIGINES A 1955

L'idée de la création d'une mission catholique à Ngulmakong vient du chef Tsanga Manga II1. En effet au cours d'une de ses tournées pastorales, Monseigneur François Xavier Vogt2 s'arrêta à Mbama à Ngulmakong chez le chef Tsanga Manga II. Ce dernier profita de l'occasion pour demander à l'évêque la création d'une mission catholique dans son territoire3. Emerveillé par l'accueil et par l'hébergement, Monseigneur F.X. Vogt garda un bon souvenir de son séjour à Ngulmakong. De retour à Yaoundé, il exauça la demande du chef en créant un poste catéchiste dans la localité en 1923. Ce poste fut dirigé par Joseph Zoa4 . Par la suite, il procéda à la création d'une mission catholique autonome en 1926. Cette mission avait un double objectif : la conversion des populations de Nlong au catholicisme et la création des oeuvres à caractère social et économique.

I. L'ARRIVEE DES MISSIONNAIRES A NGULMAKONG

L'arrivée des missionnaires à Ngulmakong fut précédée par l'arrivée du chef catéchiste Joseph Zoa.

1 Tsanga Manga II était le chef des Eton Il s'était installé à Ngulmakong grâce au chef Bassa, Matip. Ce dernier était en conflit avec les Ewondo. Le chef Tsanga Manga II aurait empêché l'attaque de ce dernier par les Ewondo. Par reconnaissance, les Bassa vont céder à Tsanga Manga II leur territoire de Ngulmakong faisant de lui le chef de ce territoire.

2 Monseigneur F.X. Vogt est né le 3 Décembre 1870 à Marlenheim. Il arrive au Cameroun après la Première Guerre Mondiale avec la nouvelle congrégation des Pères du Saint Esprit. Il coiffe cette congrégation des Pères du Saint Esprit au Cameroun.

3 Abbé Théodore Léandre Nzié, 40 ans, curé actuel de la paroisse de Nlong, Nlong le 6 Décembre 2007.

4 Joseph Zoa est né vers 1885 à Simbock près de Mendong à Yaoundé. Jeune diplômé de l'école supérieure des moniteurs de Yaoundé, il arrive à Ngulmakong avec le titre de chef catéchiste.

A. L'action de Joseph Zoa

En 1923, Joseph Zoa arrive à Ngulmakong et loge dans l'enceinte de la

chefferie du chef supérieur Tsanga Manga II. C'est là où commence la Mission. Avec l'aide des fidèles, Joseph Zoa construira d'abord une case chapelle.

Photo N°1 : Joseph Zoa et son épouse

Source : Archive familiale de Joseph zoa

Ce bâtiment était en matériaux locaux comme toutes les constructions de cette époque, faites de nattes et de bambous. Il exhorta après les uns et les autres à venir prier ensemble car dit il : « devant Dieu les appartenances ethniques n'ont pas de signification rigoureuse »5. Par cette exhortation, l'affluence devint énorme si bien que, quelque temps après il n'y avait plus de place dans cette enceinte ; le site était devenu petit pour abriter la chefferie et la chapelle. Ceci amena Tsanga Manga II à trouver un site propre à la mission.

Mais la principale mission dévolue au chef catéchiste était l'urgence de préparer le chef supérieur Tsanga Manga II au baptême. Il usa de toute sa

5J. P Messina, Une grande figure chrétienne au Cameroun : Joseph zoa (1885-1971), p.24.

pédagogie catéchétique pour réussir cette importante mission. En 1925, Tsanga Manga II accepte d'être monogame et de se débarrasser de soixante-neuf de ses soixante-dix femmes pour se faire baptiser et devenir Jean Tsanga Manga II6.

Promoteur du premier sixa à Mbama dans l'enceinte de la chefferie, il encadre entre 1924 et 1926 deux-cent-deux fiancés7. Par son sens fraternel et son charisme, il amène les populations Ewondo, Eton et Bassa à se rassembler pour prier dans la case chapelle construite sur le nouveau site.

Joseph Zoa avait en outre reçu la tâche de collecter le denier du culte de toute la zone d'influence de Nlong. Ce travail pénible prenait deux semaines à Joseph Zoa. L'argent ainsi collecté était rapporté à Nlong avant d'être acheminé à Mvolyé.

B. L'installation des missionnaires

Les missionnaires se sont installés par vagues et de manière pacifique à Nlong. Ils s'attelèrent à la réalisation de nombreux travaux à partir de 1927.

1. Les premiers missionnaires

Lorsque le Père Chalifoux, de nationalité Canadienne, arrive à Nlong à la fin de l'année 1926, il occupe la case construite par Joseph Zoa à côté de la chapelle, pour commencer son apostolat. Il est suivi du Père Richard et du Père Brangers tous français. Mais en tant que Père supérieur, le Père Chalifoux entreprend les travaux de construction de la mission.

6 M.J.G. Owona, « La Mission Catholique de Nlong 1923-1966 : origine et évolution» Mémoire de DIPES II, E.N.S, 1998 p.57.

7 Archives familiales de Joseph Zoa, Cahier du sixa de 1924 à 1926.

2. Le choix du nom de la mission

Pour donner un nom à la mission, le Père Charles Chalifoux se servit d'un enfant. Ainsi un matin au moment où il visite ses champs, il trouve une herbe qui ne tarde pas à pousser après débroussaillage. Il demande le nom de ce végétal à l'enfant qui lui dit qu'on l'appelle nlong en Ewondo. Le Père Chalifoux, « amoureux » de cette herbe choisit donc ce nom pour la mission8

Pour Jean Paul Messina, la situation de Ngulmakong et son passé entaché de « guerre » entre trois groupes ethniques : Ewondo, Eton et Bassa poussent le Père Chalifoux à choisir ce nom pour confirmer l'harmonie et rassembler tous ceux qui étaient séparés9. N'est ce pas là la mission première de l'évangile ?

La mission catholique de Nlong a connu une évolution à deux vitesses : la première fut la création d'un poste de catéchiste sous la supervision de la mission catholique de Mvolyé. La deuxième phase quant à elle fut marquée par la transformation du poste de catéchiste en mission Catholique autonome en 1926.

II. LE FONCTIONNEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE

NLONG

Le fonctionnement de la mission catholique dépendait du personnel qu'on trouvait dans la mission. Puisque la place du clergé était importante, celui-ci était en tête, ensuite venaient les catéchistes et enfin, les paroissiens qui animaient les conseils paroissiaux et les confréries.

8J.P. Messina, une grande figure chrétienne au Cameroun : Joseph Zoa (1885-1971), p.25. 9Ibid, p. 24.

A. Le clergé de la mission catholique de Nlong

Le clergé de la mission catholique de Nlong était constitué des prêtres, des

frères et des soeurs.

1. Les prêtres

Les prêtres étaient à la tête de la mission. Ils s'occupaient de l'église et

des chapelles. Ils célébraient des sacrements et étaient aussi chargés de l'animation des villages en organisant des rencontres avec les chrétiens dans chaque secteur paroissial. En dehors de cela, ils s'occupaient de l'école catholique.

a. Les Pères supérieurs Le Père supérieur était le recteur de la mission et toutes les affaires

devaient passer par lui. Le premier Père supérieur de la mission catholique de Nlong était le Père Charles Chalifoux, le second était le Père Richard qui était toujours en poste en 1955. Tous appartenaient à la congrégation des Pères du Saint Esprit10.

b. Les vicaires En 1955, deux vicaires : Père Marcel Dietrich et Père Pierre secondent le

Père supérieur dans ses fonctions.

2- Les Frères

Appelés communément Bullada de la déformation du mot anglais brother,

les Frères sont les membres de la communauté Catholique qui n'ont pas été ordonnés prêtres mais ont quand même reçu la formation selon les règles. En 1955, la mission catholique de Nlong compte 14 Frères, 10 Novices, 40 Postulants et 20 Aspirants appartenant à la congrégation des Frères diocésains de Saint Joseph.

10 AAY, Rapport quinquennal de l'archidiocèse de Yaoundé, le 26 Décembre 1955, p.3.

3. Les religieuses

Les soeurs religieuses de Nlong appartenaient à la congrégation du très

Saint Sauveur de Niederbronn en Alsace. Le Père Richard a qualifié leur arrivée à N long en 1936 de « grand évènement de l'année »1 1 . Ces quatre Soeurs s'occupaient de diverses oeuvres pour le bien être des populations de Nlong. L'une d'entre elles était au service du sixa. Deux autres s'occupaient respectivement de l'infirmerie et de l'école à cycle complet St. Pierre et Paul. La dernière se chargeait d'encadrer spirituellement la population. Ces religieuses étaient en 1955 pour la mission « une source de grâce » et logeaient dans le bâtiment ci-dessous :

Photo N°2 : Habitation des Soeurs du très St. Sauveur

Source : Cliché J. H. Ngah Ekani, N long le 7 Décembre 2007.

11 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1936/1937, p.3.

B. Les autres membres de la mission

Les autres membres de la mission étaient constitués des catéchistes et des

paroissiens.

1. Les catéchistes Les catéchistes sont des hommes et des femmes acceptés au sein de la

communauté Catholique et envoyés dans leur propre milieu pour y faire vivre l'évangile12. En 1955, la Mission Catholique de Nlong compte 42 catéchistes, 3 chef catéchistes : Michel Nama, Jean Ndzana, Henri Nemi et un chef des chefs catéchistes : Joseph Zoa13.

2. Les paroissiens Le nombre de chrétiens de la mission catholique de Nlong a évolué en

dents de scie comme le montre le tableau et la courbe ci-dessous :

Tableau N° 1 : Nombre de chrétiens de la mission catholique de Nlong de 1930 à 1955

Année

Nombre de chrétiens

1930

9

974

1935

3

245

1940

4

605

1945

4

488

1950

5

100

1955

5

860

Source : AMCN, Etat des chrétiens de la mission catholique de Nlong de 1930 à 1955

12 J. Criaud, La geste des spiritains, p. 247.

13 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1954/1955.

Courbe N°1 : Evolution du nombre de chrétiens de Nlong de 1930 à 1955.

10 000

8 000

6 000

4 000

2 000

0

Années

Nombre de
chrétiens

1930 1935 1940 1945 1950 1955

Source : Courbe réalisée par nous à partir de l'état des chrétiens de la mission catholique de Nlong depuis 1930.

Cette évolution s'explique par le fait qu'en 1932, l'une des annexes de la mission catholique de Nlong appelée Mva'a devint une mission autonome, amenant avec elle 6 000 chrétiens. En 1933, Nlong céda aussi plusieurs de ses villages à la nouvelle mission de Nkol Nkumu. La construction du vicariat de Douala enleva à Nlong la plupart de ses villages bassa. En 193614, un des villages dépendant de la mission de Nlong sera inclus dans le territoire concédé à la mission d'Otélé.

En 1955, les paroissiens de Nlong étaient réunis au sein d'une équipe. Cette équipe était chargée d'étudier les orientations générales de l'activité pastorale, d'identifier et d'examiner les besoins d'évangélisation sur le territoire de la mission. La plupart des paroissiens étaient membres des confréries : Saint

27 sacrement, Sainte Marie, Sainte Agnès, Sainte Anne, Saint Jean et Saint Rosaire15.

III. LES OEUVRES MISSIONNAIRES A NLONG

La gestion de l'encadrement de toute structure des collectivités humaines n'est pas chose facile. Il en est de même pour les postes missionnaires que Monseigneur François Xavier Vogt qualifiait dans son rapport au gouverneur en ces termes :

L'effort de la mission catholique se porte avant tout sur la formation religieuse et morale de la population. C'est là sa fin principale. Toute fois, loin de négliger la formation intellectuelle, elle la considère comme nécessaire à une bonne formation morale16.

Pour cela, il faut un minimum d'organisation qui doit être stricte et rigoureuse pour la bonne marche de la mission catholique de Nlong dont la population est estimée à 9 974 chrétiens en 193217.

A. Les oeuvres sociales

Les premières réalisations des missionnaires à Nlong ont une connotation sociale. En effet, dès leur arrivée, les missionnaires se lancèrent dans la construction d'une école primaire et d'un dispensaire.

1. L'école primaire catholique de Nlong

L'école primaire catholique de Nlong a commencé à fonctionner de manière timide. Il a fallu attendre l'arrivée des Soeurs de la congrégation du Très Saint Sauveur en 1936 pour voir cette école atteindre sa maturité.

15 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1954/1955.

16 ANY, APA 10384/J Rapport au gouverneur Marchand sur l'oeuvre des missionnaires catholiques du vicariat au Cameroun, 3 Septembre 1926.

17 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1932.

a. Les débuts de l'école à Nlong

L'école commence à Nlong en 1924 avec l'arrivée de Protais Balla18. Les cours avaient lieu en plein air. On avait au début deux sections. La première était réservée aux nouveaux et la deuxième aux anciens.

En 1925, trois classes furent construites ; on comptait trente élèves, tous de sexe masculin19. C'est aussi pendant cette année que les autres moniteurs20 sont venus de Yaoundé pour compléter l'effectif des maîtres d'école de Nlong.

L'école à demi cycle s'arrêtait à ses débuts jusqu'au cours élémentaire deux. Les élèves admis au cours moyen un devaient aller continuer à Mvolyé, qui avait un cycle complet.

Selon Gabriel Tsanga21, ancien élève de l'école de Nlong, en section un, c'était la méthode globale qui était appliquée. Les phrases et les mots étaient écrits en français puis traduits en Ewondo. L'élève les récitait sans même parfois les déchiffrer. En section deux, l'élève apprenait franchement à lire en français avec la méthode syllabique, la progression des classes était très lente. Par manque d'enseignants qualifiés, les enfants étaient obligés de quitter Nlong pour aller continuer les classes supérieures c'est-à-dire les cours moyen un et deux à Mvolyé.

b. L'école primaire catholique à cycle complet

L'ouverture d'une école à cycle complet à Nlong coïncidait avec l'arrivée d'une vague de Soeurs religieuses en 1936. L'une d'elles, soeur Elisabeth était chargée de l'éducation. L'école fut ainsi divisée en deux : d'un côté l'école St. Pierre et Paul pour les garçons et de l'autre côté l'école Sainte Odile pour les filles. Ces écoles étaient organisées de la même manière : les cours enfantins

18 Protais Balla fait partie du premier groupe des moniteurs indigènes formés à Mvolyé. Il est le père de l'ancien Evêque de Bafia Monseigneur Athanase Balla.

19 Les parents ne trouvaient pas nécessaire d'envoyer leurs filles à l'école. Ces dernières étaient destinées pour le mariage.

20 Les autres moniteurs étaient : Damien Essono, Pierre Tsanga Sylvestre Mani, Etienne Ntila, Pierre Pe .

21 Gabriel Tsanga, 86 ans, Technicien agricole, Nlong le 6 Décembre 2007.

ensuite, les cours préparatoires I et II et les cours élémentaires I et II enfin, les cours moyens I et II.

L'existence d'une école à cycle complet permettait aux enfants de rester sur place. Ceci fit augmenter le nombre d'élèves à Nlong. Ces élèves venaient de Nkol Nkumu, de Mva'a, de Bot-Makak, d'Oveng ... C'est à cette période aussi que certains enseignants commençaient à recevoir une formation embryonnaire à Nlong. Ainsi, chaque mois, une journée était consacrée à la pédagogie pour permettre aux enseignants qui parfois n'avaient pas un bon niveau (cours moyen), d'acquérir des méthodes d'enseignement.

Pour Joseph Ebodé22, ancien élève de l'école St. Pierre et Paul de Nlong à cycle complet, l'évolution des programmes était graduelle. Au cours élémentaire

I et II, on avait la grammaire et la science. Au cours moyen I et II, s'ajoutaient l'histoire, la géographie de France et l'élocution pour préparer les élèves à la rédaction. Le catéchisme quant à lui était obligatoire dans toutes les classes.

En 1945, l'école à cycle complet de Nlong a présenté ses cinq premiers candidats au C.E.P.E. Trois furent reçus. Ces lauréats de Nlong étaient : Augustin Dzou, Léon Amougui et Dieudonné Tsanga23.

En 1955, l'école de Nlong se présentait comme un cadre éducatif de formation intellectuelle et morale des jeunes de la Mission et d'ailleurs.

2. Le dispensaire de Nlong

Au départ, c'est le Père Richard qui gérait une petite infirmerie au service de la population. Mais, avec l'arrivée des soeurs de la congrégation du très Saint Sauveur en 193624, un dispensaire fut construit avec l'aide de la fondation Ad lucem installée à Efok. Cette action au départ, n'était pas appréciée des populations qui étaient attachées à la médecine traditionnelle. Pour elles, celle-

22 Joseph Ebodé, 68 ans, Technicien de génie civil retraité, Nlong le 7 Décembre 2007.

23 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1945/1946.

24 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1936 /1937.

là guérissait toutes les maladies. Cependant, la persistance de certaines épidémies telles le paludisme, la coqueluche, la variole, la maladie du sommeil, résistaient à la pharmacopée traditionnelle. Cela les amenait à aller au dispensaire et, ceux qui y allaient recouvraient rapidement la santé.

Les soeurs avec leur équipe organisaient des campagnes de vaccination dans toute la zone d'apostolat de Nlong. Ces campagnes servaient en même temps de séances d'éducation sanitaire.

Le dispensaire de Nlong était réputé par son accueil, ses soins presque gratuits et surtout, les soeurs avaient l'art de guérir. On disait qu'elles avaient les « mains fraîches ». En 1955, le dispensaire de Nlong soignait en moyenne 3 500 malades par an25.

B. Les oeuvres religieuses et pastorales

Les réalisations à caractère religieux et pastoral cadraient avec la mission première des missionnaires. Ainsi, plusieurs constructions ont été faites à savoir : le sixa, le petit séminaire, l'église, l'imprimerie, les postes catéchistes, etc.

1. Le sixa de Nlong

Le premier sixa de Nlong fut construit en 1924 par Joseph Zoa à côté de la résidence du chef Tsanga Manga II avant même que le Père Chalifoux n'arrive.

Les sixa ou maisons des fiancés furent initiés par les Pères Pallotins26 au Cameroun dans le but de préserver la famille de l'émiettement27.

Voici le programme journalier du sixa que Anasthasie Ngo Logo28, maîtresse de sixa en Nlong en 1940 nous donne : les filles et les femmes pendant six mois environ, recevaient trois fois chaque jour l'instruction

25 AMCN, Rapports annuels de la Mission Catholique de Nlong de 1945 à 1955.

26 La congrégation des Pères Pallotins est la première congrégation de l'Eglise Catholique à arriver au Cameroun en 1890.Cf. J. criaud, Ils ont planté l'Eglise au Cameroun, les pallotins 1880-1915, Yaoundé, IMA, 1989 p.88.

27 R. Dussercle, Du kilimanjaro au Cameroun, monseigneur F.X. Vogt 1870-1943, Paris, La colombe, 1957. pp.30-31.

28 Ngo logo cité par M.J.G. Owona, « La Mission Catholique de Nlong », p.95.

religieuse ; on les habituait petit à petit aux usages de la vie chrétienne : A cinq heures et demi, elles assistaient à la messe du matin. Après la répartition des différentes taches, elles allaient aux champs puis, elles se reposaient à midi. A treize heures elles priaient et rentraient aux champs à treize heures trente. De retour au sixa à seize heures, elles effectuaient la prière du soir à dix-sept heures et se distrayaient jusqu'au coucher. En 1955, le sixa de Nlong ci-après restait utile à la future mariée pour l'éducation qu'elle recevait.

Photo N°3 : Sixa de Nlong

Source : Cliché J.H. Ngah Ekani, Nlong le 7 Décembre 2007.

2. Le Petit séminaire et l'église Saint Pierre Claver de Nlong

Le petit séminaire n'avait duré qu'un an à Nlong. En effet, il fut transféré

en 1928 de Yaoundé à Nlong. Cette institution était dirigée par le Père Richard. Paul Etoga faisait parti des élèves. En 1929 le petit séminaire a été transféré à Akono.

L'église St. Pierre Claver de Nlong a été construite en matériaux locaux en 1926 par le chef catéchiste Joseph Zoa. C'est en 1933 qu'elle fut construite

en matériaux durables par le Père Richard qui termina les constructions entamées par le Père Chalifoux29 comme le montre la photo ci-dessous :

Photo N°4 : Eglise St.Pierre Claver de Nlong

Source : Cliché J. H. Ngah Ekani, N long le 7 Décembre 2007

L'église St. Pierre Claver était un lieu de rassemblement dominical pour les fidèles qui venaient suivre l'homélie et participer à l'eucharistie. A côté de cette église, il y avait trois chapelles centrales et trente deux chapelles ordinaires réparties dans différents villages que comptait Nlong en 1955.

L. J 'imprimerie de Nlong

L'imprimerie du vicariat apostolique de Yaoundé s'installe à Nlong en

1935 sous la direction de Père Gaschy. On y imprima un bulletin en langue
Ewondo appelé « Nlep Bekristen »30 pour les indigènes du Cameroun

29 Entretien avec l' Abbé Nzié Théodore Léandre.

30 « Nleb bekriten » signifie guide ou conseiller des chrétiens. Ce journal est l'aboutissement d'un désir mûri depuis de longues dates par la Mission Catholique. Cf. E. Mbida «Les langues locales et l'évangélisation des

33 comprenant cette langue. Ce bulletin paraissait tous les deux mois et était tiré à plus de six milles exemplaires31. Les travaux d'impression étaient exécutés par les Frères et Novices indigènes de la congrégation des Frères de Saint Joseph.

En 1955 l'imprimerie fonctionnait au ralenti ; il était question de la transférer à Yaoundé. Pour quel motif ? (cf. infra chapitre IV)

4. Les postes de catéchiste

En 1955, les postes de catéchiste étaient repartis en secteurs (Ewondo,

Eton, et Bassa) comme le montre le tableau ci-dessous :

Tableau N°2 : Répartition des chefs catéchistes de la mission catholique de Nlong en 1955

SECTEURS

CHEF CATECHISTE

POSTE CENTRAL CORRESPONDANT

Ewondo

Michel Nama

Nkadip Tikon Ebeba Nkolmewut

Eton

Jean Ndzana

Lobo, Kudi, Akak Megueg, Nkong, Messa

Bassa

Henri Nemi

Nkeng Likok, Madoumba

Chef des chefs catéchistes: Joseph Zoa

Source: Archive de la mission catholique de Nlong en 1955.

En somme, la mission catholique de Nlong32 appartenait à l'archidiocèse de Yaoundé en 1955. Elle était limitée au nord par les missions de Nkol Nkumu et de Mva'a. A l'est par la mission d'Oveng et au sud par la mission d'Otélé. Elle était également limitée à l'ouest par les missions de Matomb et de Bot- Makak appartenant au diocèse de Douala. C'est dans cette configuration que la mission catholique de Nlong connaîtra le sacre d'un de ses fils, Mgr. Paul Etoga, comme premier évêque du Cameroun33 le 30 Novembre 1955.

populations du sud Cameroun : le cas de l'Ewondo chez les Catholiques 1901-1960» Mémoire DIPES II, ENS, 1999, p.71.

31 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1936/1967, p.3

32 La Mission Catholique de Nlong appartient depuis Décembre 1987 au diocèse d'Obala.

33 J.V. Slageren, Histoire de l'Eglise en Afrique, Yaoundé, Clé, 1969, p. 144.

CHAPITRE III. MONSEIGNEUR PAUL ETOGA : PRELAT
ORIGINAIRE DE NLONG

En 1955, au moment où l'Abbé Paul Etoga est nommé évêque, le Cameroun ne compte qu'une centaine de prêtres1. Ceux ci ne constituent pas un groupe organisé. Ils ne peuvent donc pas en tant que tel entretenir des relations avec les autorités coloniales, rôle dévolu à leurs évêques, tous blancs2. C'est pourquoi la présence d'un évêque noir dérange aussi bien le missionnaire européen que l'administrateur colonial. Le prélat sera ainsi méprisé et marginalisé par le clergé européen au début de son épiscopat3. L'histoire de Mgr. Paul Etoga ci-après peut se résumer en cinq parties : sa naissance et son enfance, sa vie d'écolier, sa vie missionnaire, son ministère épiscopal et les rapports qu'il entretenait avec les populations de Nlong.

Photo N°5 : Mgr. Paul Etoga

Source : P.Etoga, Mon autobiographie, p.1.

1 L. Ngongo, Histoire des forces religieuses au Cameroun, Paris, Karthala, 1982 p. 44.

2 Tous les évêques du Cameroun étaient de nationalité française à l'exception de l'évêque de l'Est qui était Hollandais.

3 E. Abessolo «L'épiscopat de Mgr. Paul Etoga : 1955-1987», p.27.

I. DE L'ENFANCE AU MINISTERE SACERDOTAL

Le document de base qui nous permet de restituer l'enfance et le ministère sacerdotal de Paul Etoga provient du personnage lui même4.

A. L'enfance

Nul ne maîtrise avec exactitude l'année ou le mois de naissance5 du nommé Etoga Nama Kunu, fils de Nama Ntsama et de Kunu. Il serait né vers 1911 à Nkolmewut6, un village « païen »7.

Dès l'âge de l'adolescence, Etoga est initié aux pratiques du rite so. Les traces de tatouages restées visibles sur son visage en sont des illustrations patentes. Il aurait bien voulu être chasseur et fonder une famille stable. Il a même été formé par son frère consanguin Okala Ndzié pour le travail des champs et initié aux divers fétiches de la chasse. Mais son destin connaît une évolution imprévisible à partir de 1919 avec l'instauration des corvées par les Français. Etoga Nama Kunu n'échappait pas à ces corvées8. C'est d'ailleurs au cours d'une d'entre elles, que sa mère fatiguée et désespérée de voir son enfant violenté, le somma d'aller « chercher l'école à Mvolyé »9.

B. Le parcours scolaire

L'aventure scolaire de l'enfant de Nlong commence donc en 1923 avec son entrée à l'école de la mission catholique de Mvolyé. Cette école fut fondée en 1901 par Mgr. Vieter. Inscrit pour fuir la violence des policiers, Etoga ne sera pas au bout de ses peines. Le jour même de son entrée à l'école, le moniteur battit tous les enfants comme le déclare Mgr. P. Etoga : « même nous qui

4 Cet ouvrage est intitulé Mon autobiographie.

5 P.Etoga, Mon autobiographie, p.7. Lorsque Paul Etoga voit le jour l'Acte civil n'existait pas encore au Cameroun.

6 Nkolmewut est l'un des villages de la Mission Catholique de Nlong jusqu'en 1987.

7 Lorsque Paul Etoga naît, personne n'est converti au christianisme dans son village. Son père meurt païen et monogame ; ce que l'évêque appella « bon chrétien ».

8 P. Etoga, Mon autobiographie p.8.

9 Ibid. p.9.

entrions pour la première fois, pour quel motif ? Mystère »10. Son compagnon d'inscription Essomba Ngozolo démissionna à la suite de cet incident.

Comme tous les enfants de cette période à Mvolyé, Etoga connaît la faim, la brimade et les abus de tout genre dans les familles d'adoption11 et à l'école. Néanmoins le 20 Janvier 1924, Etoga Nama Kunu est baptisé par le Père François Pichon12. Il reçoit alors le prénom Paul. A la fin de ses études primaires, Paul Etoga exprima à Monseigneur François xavier Vogt son désir d'entrer au séminaire. Ce dernier l'exhaussa. Etoga relate la scène en ces termes dans Mon autobiographie :

J'exprimai donc mon désir d'entrer au séminaire à Monseigneur Vogt. L'évêque, sautant de joie m'écrivit un billet que je présentai au Père Richard, alors directeur du petit séminaire. Je fus admis13.

Entre temps le séminaire avait été transféré à Nlong (mission d'origine de Paul Etoga) en 1928 puis, à Akono à 34 Kilomètres de Yaoundé en 1929. Paul Etoga passa donc de Mvolyé à Nlong et de Nlong à Akono. En 1931, il entra au grand séminaire. Il connut les influences des Pères Spiritains et Bénédictins, la faim, la malnutrition et autres embêtements14. Au bout de deux ans d'études, Paul Etoga est envoyé en « épreuve » à Edéa par les pères Spiritains. En 1938, il passe une autre « épreuve » à Mvolyé, où il dirige le petit séminaire qui comptait alors 35 élèves parmi lesquels Jean Zoa15.

Le 19 Septembre 1939, il est ordonné prêtre avec cinq autres grands séminaristes16 par Mgr. René Graffin17, coadjuteur de Monseigneur Vogt à Mvolyé. Sa promotion a pour devise nos vero orationi et ministerio verbi

10 Etoga, p.9.

11 Son frère Albert Okola le confia à plusieurs familles notamment les familles Belibi,Ambani, etc.

12 Le père François Pichon arrive au Cameroun en 1924. Il est français et appartient à la congrégation du Saint Esprit.

13 Etoga, p.11.

14 Ibid p.12.

15 Monseigneur Jean Zoa fut curé de Mokolo (Yaoundé), directeur des oeuvres catholiques ; premier archevêque camerounais en 1961 et mourut en Mars 1998.

16 Les cinq séminaristes étaient : Benoit Ndjiki, Mathias Kuma, Frédéric Etoundi, Jean Edzoa, Michel Bindzi.

17 Monseigneur Graffin arrive au Cameroun le 25 Septembre 1926. Sacré évêque en 1931, il devient coadjuteur de Mgr Vogt et premier archevêque du Cameroun en 1955.

instantes erimus c'est-à-dire « Quant à nous, nous restons assidus à la prière et au service de la parole ».

C. Son ministère sacerdotal

Le ministère sacerdotal se Paul Etoga commence en 1940 avec son affectation comme vicaire à la paroisse de Messamena18. Cette affectation s'avéra difficile à cause de l'inaccessibilité du poste (280 km à parcourir sans moyen de communication réel) et des conditions de travail. L'accueil que lui réserva le curé de nationalité canadienne ne fut pas des plus chaleureux. Paul Etoga qualifiait lui-même la période passée à Massamena de « trois années de souffrances »19.

En 1943, le jeune Abbé fut déplacé de Messamena à Yangben chez les Yambassa dans la région du Mbam où il est nommé curé. Lorsqu'il arrive le 4 Décembre, il trouve une Mission en fondation. En s'appuyant sur son génie et sa force de mobilisation, il s'active à organiser les populations en vue de la réalisation de sa mission portant sur la construction de la mission catholique de Yangben. A son départ de Yangben en 1955, il laisse comme bilan : une église de 48 m sur 16, un presbytère, un sixa et quatre écoles en matériaux définitif20.

En Janvier 1955, le Père Haman et l'Abbé Lecuyer vinrent remplacer les Abbés Christophe Mvogo et Paul Etoga à Yangben. Ils quittèrent Yangben le 5 Février 1955 pour Nkol Nkumu, mission catholique limitrophe de Nlong. A leur arrivée l'église de cette localité était en ruine. Ils entreprirent de réfectionner l'église malgré le refus de l'évêque mais avec l'aide des fidèles. C'est de ce chantier que le Saint siège l'enleva pour la charge épiscopale.

18 Le vicariat apostolique de Yaoundé comprenait les provinces actuelles du centre et de l'Est où se trouve Messamena.

19 Etoga, p.15.

20 Ibid p.21.

II. SON MINISTERE EPISCOPAL

Monseigneur Paul Etoga passa six ans comme évêque auxiliaire à l'archidiocèse de Yaoundé dont faisait partie la mission catholique de Nlong. En 1961, il fonde le diocèse de Mbalmayo où son génie de bâtisseur se dévoila au grand jour avec entre autres l'ouverture du séminaire Saint Paul.

A. Nomination et sacre

En fait, personne ne pouvait penser à la nomination d'un Camerounais comme premier évêque de l'Afrique noire francophone. C'est au Gabon21qu'était destinée cette désignation. Mais, il y aurait eu des dissensions au sein du clergé français au Gabon. En Mars 1955, au cours de la réunion des ordinaires à Nkongsamba, il a été décidé avec le délégué apostolique pour les Missions d'Afrique française, Mgr. Lefebvre, de nommer deux auxiliaires respectivement à Mgr. Graffin et à Mgr. Bonneau22. Le 10 Juin, Mgr. Graffin va à Rome et reçoit la promesse d'avoir un auxiliaire rapidement.

Le 24 Juin 1955, alors que l'Abbé Paul Etoga allait rendre visite à l'Abbé Christophe Mvogo, hospitalisé à Yaoundé, il rencontra les Pères Hurstel et Etienne Nkodo. Ils l'interpellèrent et lui tendirent un télégramme. Il lut : « Abbé Etoga, évêque auxiliaire de Yaoundé »23 . Il prit le télégramme pour une blague et dit : « vous voulez vous moquez de moi ! »24 . Après la visite, les Pères qui l'avaient suivi montrèrent aux gens : « voilà votre évêque ! ». Pris d'émotion, il regagna Nkol Nkumu sans rien dire à personne. Le lendemain, Monseigneur Graffin lui envoya un billet avec cette recommandation : « faites vos malles et venez ici !»25 . Intense émotion ! Il se rendit à la cathédrale où il fut réellement nommé évêque.

21 A partir de 1880, le Cameroun dépend du vicariat du Gabon, né du démembrement du vicariat de Guinée. Puis, en 1893, naît le vicariat de Yaoundé. Cf. J.B. Anya, «L'épiscopat de Monseigneur René Graffin au Cameroun 1931-1961», Mémoire de DIPES II, 1997, p.9.

22 J. Criaud, La geste des spiritains, p. 106.

23 Etoga, p. 22.

24 Ibid.

25 Ibid p. 23.

Pour Don Francesco Pedretti26, Paul Etoga n'a pas eu besoin d'un quelconque soutien pour être nommé. C'est le Saint Esprit qui a reconnu en lui un apôtre de l'Eglise. En réalité l'esprit d'initiative et de persévérance de l'Abbé Paul Etoga a joué en faveur de son choix. La soumission et le respect de la hiérarchie, valeurs chères qu'appréciait Monseigneur Graffin n'étaient pas en reste.

Le 30 Novembre 1955 à l'hippodrome de Yaoundé, eut lieu le sacre épiscopal de Monseigneur Paul Etoga. Cette cérémonie fut présidée par Monseigneur Graffin, archevêque de Yaoundé, assisté de Mgr. Bonneau et Mgr. Bernard. Paul Etoga fit sien ces mots de Timothée : « Scio cui credidi » c'est-à- dire « Je sais en qui j'ai mis ma foi ». Après son discours, Monseigneur Graffin lui donna l'onction épiscopale. Une foule de cent milles personnes27 non seulement du Cameroun, mais aussi des pays voisins et de loin emplissait l'hippodrome comme le montre la photo ci-après.

Photo N°6 : Sacre de Mgr. Paul Etoga

Source : P.Etoga, Mon autobiographie, p.26.

26 Don Francesco Pedretti est un responsable du Centro Orientamento Educativo de Barzio en Italie qui est une organisation non gouvernementale visant la promotion des masses.

27 E. Mveng, Histoire du Cameroun, Tome II, Yaoundé, CEPER, 1985 p. 229.

Des chansons populaires furent créées pour saluer cet évènement. Monseigneur Paul Etoga était désigné par cette expression très significative de ntang-evindi28 c'est-à-dire « un blanc à la peau noire ». Les populations du Cameroun n'exprimèrent pas seulement leur joie par des chansons mais aussi par des lettres de félicitations rédigées dans tout le pays. Ce n'était pas seulement l'affaire des catholiques mais celle de toutes les confessions religieuses.

B. Auxiliaire de Monseigneur Graffin de 1955 à 1961

Après son sacre, Mgr. Paul Etoga occupa son poste d'évêque auxiliaire de Monseigneur René Graffin à Yaoundé. L'action du nouvel évêque fut paralysée à cause de l'atmosphère de conflit créée par les français29. En 1961, le Saint Siège lui proposa d'aller fonder un diocèse à Mbalmayo. Pour le prélat, c'est une porte de salut.

1. Les fonctions de Monseigneur Paul Etoga

Un évêque auxiliaire30 est celui qui aide un autre évêque et qui lui prête son concours temporairement. Le mot auxiliaire est employé ici à juste titre car Monseigneur Paul Etoga était soumis aux ordres de Monseigneur René Graffin. Par son statut, le prélat devait célébrer les confirmations. Il allait dans tout l'archidiocèse confirmer les chrétiens31. C'est ainsi qu'il confirma les chrétiens de la mission catholique de Nlong.

28 J.P. Messina, «Contribution des camerounais», p. 263.

29 Le 26 Février 1956, Roland Pré demanda à Paul Etoga d'adresser une lettre à Paris dans laquelle, il devra souligner son soutien à l'action du Haut commissaire afin d'amener Paris à approuver ses initiatives de réprimandes des upécistes. Mgr Paul Etoga refusa. Ce refus marqua le début des hostilités entre Etoga et l'administration française au Cameroun.

30 Evêque auxiliaire diffère d'évêque coadjuteur. Ce dernier est un évêque adjoint à un évêque en fonction, généralement avec droit de succession.

31 Etoga, p. 27.

En dehors des confirmations, le prélat conférait parfois le diaconat aux séminaristes. Il le fit par exemple le 7 Mars 1959 dans l'église d'Otélé, église limitrophe de la mission catholique de Nlong. Il célébrait aussi les consécrations des Soeurs, notamment celle de Marie Thérèse, originaire de Nlong, le 21 Janvier 1959.

Dans ses actions, le prélat était confronté à de nombreuses difficultés à cause de la politique discriminatoire de Monseigneur Graffin vis-à-vis du clergé indigène. Les « siens » sont pris au sérieux, les « autres » sont méprisés. Cette attitude allait à l'encontre de l'exhortation summi pontificatus du Pape Pie XII qui consacre le principe de l'égalité au sein de l'Eglise Catholique : « Ceux qui entrent dans l'Eglise catholique quelle que soit leur origine ou leur langue doivent savoir qu'ils ont un droit égal d'office dans la maison du seigneur » 32.

Monseigneur Graffin avait instauré un certain nombre de règles racistes dans l'Archidiocèse :

Si un ou deux blancs arrivent, le prêtre indigène se retire et ne doit pas assister à la conversation. Il ne doit pas garder l'argent sur soi ni dans la chambre. En cas de voyage, le supérieur doit lui donner de quoi payer le voyage ; s'il a un surplus, il est remis au supérieur. A table, les prêtres indigènes ont un plat indigène composé d'une soupe d'arachide, de feuilles de manioc (kpem) ou de bananes préparées par une femme du sixa33.

Même évêque, Paul Etoga était soumis à ces mesures. Il ne participait pas aux prises de décisions de l'Eglise ; il les subissait. Il était appelé à signer les décisions de l'archevêque et de son vicaire général sans rechigner.

Tout ceci montre que le prélat n'avait qu'un rôle figuratif. Il fera remarquer plus tard que les six années qu'il a passées à Yaoundé étaient un véritable purgatoire34. Les rapports entre Monseigneur Paul Etoga et son archevêque n'étaient pas cordiaux mais discriminatoires. Qu'en était-il des rapports existant entre Monseigneur Paul Etoga et le clergé ?

32 Pie XII, Summi pontificatus cité par Médéwalé et Agossou, Christianisme africain, Paris, Kart hala, 1987, p.7.

33 Monseigneur Graffin cité par Paul Etoga, Mon autobiographie, p. 16.

34 J.P. Messina, «Contribution des camerounais», p. 263.

2. Les rapports avec le clergé

Le clergé camerounais était constitué du clergé indigène et les missionnaires catholiques présents au Cameroun.

a. Avec le clergé indigène

Le clergé indigène était constitué des prêtres et religieuses camerounais. D'après l'Abbé Léon Messi35, le prélat entretenait de bons rapports avec les prêtres camerounais. Ces derniers le manifestaient à travers des révoltes contre Monseigneur Graffin. Ils ne partageaient pas toujours la patience avec laquelle Monseigneur Etoga résolvait les difficultés causées par Mgr. Graffin.

Le prélat présidait des réunions sacerdotales à travers l'archidiocèse de Yaoundé. Ainsi en 1959, il présida une série de quatorze réunions sacerdotales36 avec la participation de l'Abbé Jean Zoa. Malgré ces rapports de travail, l'Abbé Nkoe37 pense qu'il y avait des prêtres camerounais qui contribuaient à rendre la vie difficile à Mgr. Paul Etoga. Pour lui, certains prêtres camerounais travaillaient pour le compte de Mgr. Graffin. Si Monseigneur Paul Etoga avait une opinion contraire à celle de Monseigneur Graffin, tout lui était révélé. Aussitôt, il était blâmé sans respect.

Dès qu'il fut sacré évêque, Paul Etoga a commencé à militer pour changer le statut des religieuses camerounaises. Pour y parvenir, il avait besoin de la participation de ces dernières. Pour cela il a commencé par les sensibiliser sur leurs conditions de vie par rapport aux religieuses européennes. Les conseils de Mgr. Paul Etoga étaient relatés à l'archevêque qui s'insurgeait contre lui. Pour lui, Mgr. Paul Etoga semait la révolte et la discrimination au sein des

35 L'Abbé Léon Messi cité par E. Abessolo « L'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga », p. 30.

36 L'effort camerounais, N° 190, 24 Mai 1959, p.8.

37 L'Abbé Benjamin Nkoe, ancien directeur du séminaire St Paul de Mbalayo que cite E. Abessolo «L'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga», p. 31.

congrégations religieuses38. Néanmoins le statut des soeurs camerounaises fut amélioré. Les Soeurs camerounaises pouvaient désormais aller à l'école jusqu'en troisième et avaient droit à un peu plus d'égard.

b. Avec les missionnaires catholiques

Selon l'Abbé Benjamin Nkoe, Monseigneur Graffin avait répandu la nouvelle selon laquelle Monseigneur Paul Etoga était contre les français. Dès lors, tous les français se sont retournés contre lui. Mgr. Graffin avait aussi envoyé les rapports à Rome dans lesquels il informait la hiérarchie de l'Eglise catholique que Mgr. Paul Etoga faisait la politique et non sa mission pastorale. Cette atmosphère de conflit créée par les français gêna énormément l'action de Monseigneur Etoga. Dans certaines paroisses, écrit-il : « J'étais reçu comme un chien »39.

Tout était mis en oeuvre pour freiner l'action du prélat même lorsqu'il était invité dans les pays Européens. En effet, il avait été invité à Lourdes pour un congrès eucharistique. Mais, Monseigneur Graffin avait usé de son pouvoir pour annuler le voyage. Néanmoins, le prélat réussit à effectuer son second voyage en Europe, à l'absence de Monseigneur Graffin, malgré les obstacles causés par les Spiritains.

A son arrivée à Munich en Allemagne le 2 Août 1960, il rencontra les cardinaux Testa et Wendel40. Il se présenta et leur raconta qu'il était évêque depuis cinq ans mais, n'avait pas encore visité Rome. Les deux prélats lui offrirent de l'argent pour son voyage à Rome. Alors qu'il était chez Monseigneur Antonio Sigismondi41 en Italie, celui-ci l'accueillit en ces termes : « Ah asseyez vous Monseigneur... vous faites de la politique ? »42. Monseigneur

38 En 1958, il y avait au Cameroun deux congrégations religieuses indigènes : la congrégation des filles de Marie à Yaoundé et la congrégation des filles servantes de Marie à Douala.

39 L'Effort camerounais, N° 207 du 4 Octobre 1959, p.8.

40 Le cardinal Testa était gat du pape et le cardinal Wendel était archevêque de Munich.

41 Antonio Sigismondi était secrétaire général de la Propaganda Fide.

42 Etoga, p. 28.

Paul Etoga lui répondit : « Non ! Je ne me suis jamais présenté aux élections comme député, loin encore comme président de la république »43. Monseigneur Antonio révéla : « En tout cas... c'est votre supérieur qui vous accuse de faire de la politique »44. A la fin de son séjour à Rome, Paul Etoga prit l'avion pour Douala.

Dans sa tâche d'auxiliaire, Monseigneur Paul Etoga avait confirmé les chrétiens et célébré les ordinations sacerdotales et religieuses. Ce qui lui conférait de bons rapports aussi bien avec le clergé camerounais qu'avec les chrétiens, malgré quelques difficultés. Ces difficultés provenaient du fait que Mgr. Paul Etoga avait refusé de soutenir l'action de Roland Pré après les émeutes de 1955. Avec ce refus, il déclarait une guerre ouverte à Roland Pré et à tous les français jusqu'en 1961.

C. Fondateur du diocèse de Mbalmayo

Le 22 Août 1961, Monseigneur Graffin installa Monseigneur Paul Etoga comme évêque du diocèse de Mbalmayo45. Ce fut la dernière apparition du premier archevêque du Cameroun sur la scène religieuse camerounaise46. Après l'installation du prélat, la dynamique du nouveau diocèse devait être mise en marche avec la paroisse de Mbalmayo comme centre d'impulsion de la politique pastorale pensée par Mgr. Paul Etoga.

1. Politique pastorale de Monseigneur Paul Etoga

La politique ici signifie l'art, la manière de diriger les hommes. L'une des exigences cardinales du prélat était que les prêtres prêchent par l'exemple. Pour

43 Etoga, p28.

44 En réalité Mgr. Paul Etoga avait soutenu André Marie Mbida aux élections législatives de Décembre 1956. Il réitéra son soutien aux démocrates aux élections d'Avril 1960. Cf. N. Ossama, L 'Eglise de Yaoundé : aperçu historique, Yaoundé, Saint Paul, 1997, p. 133.

45 Etoga, p. 30.

46 Le 20 Novembre 1961, Mgr. Graffin céda sa place à l'Abbé Jean Zoa. Par cet acte, l'Eglise coloniale passait le flambeau de la succession apostolique et de la mission évangélisatrice de l'Eglise universelle à l'Eglise locale devenue majeure.

cela, ils devaient se faire distinguer par leur tenue vestimentaire et leur comportement.

Le prélat n'était pas fidèle à l'adage selon lequel « l'habit ne fait pas le moine ». Par conséquent, il interdit aux prêtres de son diocèse de voyager sans soutane, ou de s'en débarrasser même quand ils ont un travail manuel à faire47. Les prêtres ne pouvaient se défaire de la soutane que pour des cas « exceptionnels ». Même si le prélat ne définissait pas ce qu'il entendait par « exceptionnel ». Il est clair que le prêtre ne pouvait se départir de sa soutane qu'au coucher ou bien, quand il exécutait des tâches salissantes telles que la réparation d'un véhicule. Pour mettre le clergé sur les rails, le prélat tenait des réunions mensuelles. Il mettait en garde contre certaines activités notamment le commerce, la pêche, la chasse. Seuls les catéchistes pouvaient faire le « petit commerce » dans la mission.

Dans le même ordre d'idée, les prêtres devaient éviter tout acte frisant l'escroquerie ou l'exploitation abusive des fidèles. Il s'agissait par exemple des taxes spéciales, non prescrites dans le diocèse48. Le prélat imposa un certain nombre de règles aux prêtres car, certains étaient souvent suspectés d'entretenir des relations intimes avec les femmes. Ainsi, il interdit aux prêtres de voyager seuls avec une femme dans la voiture49. Il fallait donc porter un ou plusieurs passagers. Ces mesures montrent quelque peu la naïveté de Mgr. Paul Etoga car, le fait de porter une femme dans sa voiture ne signifie pas forcément qu'on entretienne des rapports sexuels avec elle.

Pour favoriser la concertation et une pastorale d'ensemble, Monseigneur Paul Etoga divisa le diocèse en cinq secteurs : Akonolinga, Ayos, Dzeng, Mbalmayo et Ngomedzap. Il mit sur pied un conseil diocésain rassemblant les prêtres. Assez libéral dans le respect des institutions ecclésiastiques, chaque prêtre se sentait concerné dans l'évolution du diocèse.

47 ADM, P. Etoga, circulaire N° 18, Janvier 1965.

48 ADM, P. Etoga, Notice sur le diocèse de Mbalmayo, 1961-1986.

49 Ibid.

Dans Mon autobiographie, Monseigneur Paul Etoga déclare que :

Les évêques sont les envoyés du Christ pour être ses témoins dans le monde . . Or, les évêques succèdent aux apôtres. L'évêque doit être imprégné de l'esprit du Christ, agissant comme lui, serviable comme lui, servir mais non pour être servi. Donc le mot prince de l'Eglise doit être aboli ; on est tous frères, pères et fils (Matthieu 20 : 17-28). Que l'évêque arme ses prêtres, qu'il les attire, qu'il ait confiance en eux comme les prêtres en lui. Cette mutuelle confiance est nécessaire. Dans le cas contraire, la collaboration dans l'oeuvre apostolique est impossible. Qu'il y ait un dialogue franc et sincère entre l'évêque et ses prêtres. L'évêque doit veiller à la subsistance, à la santé et au salut de ses prêtres50.

Certains prêtres du diocèse usèrent de cette liberté pour réaliser des oeuvres positives51 mais d'autres par contre abusèrent de cette liberté à la grande consternation des chrétiens.

Au-delà de ses apparences tolérantes et libérales, Monseigneur Paul Etoga était intraitable et rigoureux envers les prêtres qui développaient des comportements déviants par rapport à l'éthique de l'Eglise52.

2. Le petit séminaire Saint Paul de Mbalmayo

L'initiative de former un clergé indigène au Cameroun date de Monseigneur Vogt53. Pour continuer cette oeuvre Monseigneur Paul Etoga créa dans son diocèse un petit séminaire et s'engagea aussi dans la formation des vocations tardives.

Après avoir mis sur pied un conseil diocésain, le prélat annonce à ses collaborateurs le 22 Janvier 1962, la création d'un séminaire. Mais la construction d'un séminaire digne de ce nom nécessitait d'énormes moyens

50 Etoga, p. 29.

51 Grâce à la liberté dont jouissait l'Abbé Lucien Anya Noa, fondateur du collège Noa et du centre culturel Beti de Mbalmayo, il traduisit la Bible, la vie des Saints, l'homélie des Pères et les grandes figures de la Bible en Ewondo.

52 L'Abbé Appolinaire Essomba avait transgressé son serment de chasteté. Il a été sanctionné par Monseigneur Paul Etoga et remplacé à la paroisse de Mfoumassi en 1982 par le Père Gruher. Il se retrouva à Mbalmayo en complément d'effectif.

53 Monseigneur F.X. Vogt dans une lettre manuscrite datant de 1930, envoyée au gouverneur Marchand

écrit : « Le petit séminaire (...) comprend un cycle de cinq années d'étude. N'y sont admis que les enfants ayant fréquenté l'école primaire et sachant le français (...). Le Grand séminaire comprend un cours de Philosophie de deux ans et le cours de Théologie qui durera cinq ans ». Cf. ANY, APA 10559/B, les Eglises indigènes.

financiers. Pour remédier aux difficultés financières, des bâtiments en matériaux provisoires furent construits. Ces bâtiments ont accueilli 75 élèves le 30 Avril 1962. Il envoya les plans du petit séminaire à Rome et il reçut des subsides pour un petit séminaire définitif. C'est son excellence Antonio Mazza, secrétaire général de l'oeuvre pontificale Saint Pierre Apôtre qui bénit et posa le 26 Janvier 1969, la première pierre du petit séminaire représenté ci-dessous.

Photo N°7 : Petit séminaire Saint Paul de Mbalmayo

Source : Cliché J.H. Ngah, Mbalmayo, le 26 Janvier 2008

Au départ le séminaire Saint Paul de Mbalmayo n'avait que le premier cycle. Les séminaristes allaient au second cycle au séminaire Sainte Thérèse de Mvolyé. Aussi, sur un effectif de 75 élèves, 2 seulement aboutirent au sacerdoce ! Cet échec décida Mgr. Paul Etoga à ouvrir un second cycle au séminaire St. Paul de Mbalmayo en 197154.

Parmi les premiers candidats du petit séminaire Saint Paul reçus au baccalauréat faisait partie Jean Marie Atangana Mebara, originaire de la paroisse de Nlong. Ce dernier a occupé des hautes fonctions. Il a été ministre de

l'enseignement supérieur pendant cinq ans, secrétaire général à la présidence et ministre des affaires étrangères du Cameroun.

Jusqu'en 1986, neuf prêtres, fruits du petit séminaire Saint Paul ont été ordonnés55. Deux autres, anciens élèves56 du petit séminaire l'ont été dans l'archidiocèse de Yaoundé.

Au total, 21 prêtres ont été ordonnés dans le diocèse de Mbal mayo en 1 98757. Parmi ces derniers, aucun n'était originaire de la paroisse de Nlong. Ce fut un échec pour Mgr. Paul Etoga. En somme l'oeuvre de monseigneur Paul Etoga à Mbalmayo peut se résumer dans le tableau ci-dessous :

Tableau N°3 : Bilan de l'oeuvre de Mgr. Paul Etoga à Mbalmayo.

 

1961

1987

Population totale

117 000

154 358

Catholique

59 869

111 635

Elèves

11 408

12 927

Prêtres

28

48

Paroisses

14

27

Religieux

1

2

Religieuses

13

46

Eglises

10

16

Collèges

1

4

Dispensaires

3

6

Centre catéchétique

0

1

Centre de promotion sociale

0

1

Séminaires

0

1

Grands séminaristes

3

11

Petits séminaristes

0

169

Prêtres sortis du séminaire

 

11

Source : P. Etoga, Mon autobiographie, p. 39.

55 On peut citer les Abbés Rigobert Mvogo, Gabriel Akoa Mbarga, Raphaël Ondigui, Pascal Kollo Mbida, Martin Biwolé, Jacques Awong Medou, Joseph Ndi Okalla, Luc Tsang Bengono, Essomba Fouda.

56 On peut citer les Abbés Jean Mbarga et Séverin Zoa.

57 Etoga, p. 47.

D'après ce tableau, le nombre de catholiques a doublé. Le diocèse est passé de 59 869 fidèles en 1961 à 111 635 en 1987 sur une population totale de 154 358 habitants. Le nombre de religieuses a été multiplié par trois passant de 13 à 46. Le nombre de collèges quant à lui est passé de un à quatre tandis que le nombre de dispensaires a doublé. Onze prêtres sont sortis du séminaire saint Paul de Mbalmayo. Malgré les difficultés, Monseigneur Paul Etoga a maintenu l'existence du diocèse car ses détracteurs58 ne lui donnaient pas plus de dix mois à Mbalmayo. Son oeuvre a été reconnue par sa sainteté le Pape Jean Paul II le 15 Novembre 1984 avec la nomination de Mgr. Adalbert Ndzana comme évêque coadjuteur de Mbalmayo.

III. LES RAPPORTS ENTRE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA ET

LA MISSION CATHOLIQUE DE NLONG

De 1955 à 1961, Monseigneur Paul Etoga entretenait avec la mission catholique de Nlong, des rapports officiels. Après 1961, ces rapports prendront une autre coloration et devenir officieuses puisque ce dernier était devenu évêque du diocèse de Mbalmayo.

A. Les visites de Monseigneur Paul Etoga à Nlong

La première visite du prélat entant qu'évêque intervient le 8 Décembre 195559 pour dire sa première messe. Les préparatifs pour recevoir l'évêque à Nlong ont commencé avant son sacre à l'hippodrome de Yaoundé. Le Père Dietrich avait d'ailleurs sensibilisé les élèves de l'école primaire catholique St. Pierre et Paul de Nlong à propos de cet évènement. Il avait demandé à chaque élève d'apporter 400 FCFA pour confectionner les t-shirt à l'effigie de Monseigneur Paul Etoga60. Tous les élèves vont s'exécuter avec enthousiasme. A leur grande surprise, ces derniers ont reçu des sous-vêtements t-shirt sans

58 Au rang des détracteurs de Mgr Paul Etoga figurent Monseigneur René Graffin et Monseigneur Jean Zoa. Ce dernier s'était opposé à la construction d'un petit séminaire dans le diocèse de Mbalmayo. Cf AAY, Réflexion sur la lettre et le rapport de Rigobert Owono à Mgr. Etoga, le 22 juin 1973.

59 Nleb Bekristen, Bimensuel, N° 227 du 20 Janvier 1956, p. 1.

60 Entretien avec Joseph Ebodé.

manche. Cela entraîna un mécontentement général. Certains élèves du cours moyen I et du cours moyen II sont allés au presbytère pour demander au Père Dietrich de leur rembourser leur argent61. Ce dernier rétorqua en qualifiant Monseigneur Paul Etoga de « pauvre évêque noir ». Puis, il refusa de leur rembourser. Un des élèves le frappa à la tête avec un bâton62. Scandale ! Le père fut rapidement conduit au dispensaire.

Lorsque Monseigneur Paul Etoga commence son homélie devant une foule grandiose, il déclare qu'il est content de l'accueil et mécontent aussi à cause de l'incident survenu quelques jours avant son arrivée. Pouvait-il réagir autrement ? Quelques années plus tard, le Père Dietrich fut affecté à la mission catholique d' Oveng.

Le prélat continua à venir à Nlong pour assumer ses fonctions d'évêque auxiliaire en confirmant les enfants à la mission. En 1958, il confirma plus de 30 enfants63. A chacune de ses visites, il allait à la rencontre des Frères du sacré coeur pour entendre leurs confessions. Parfois, assister à des retraites. Pour le frère Jean Marie64, c'est ce que le prélat devait faire et il le faisait avec enthousiasme. En 1976 alors qu'il était évêque du diocèse de Mbalmayo, il est venu assister à la première messe de Monseigneur Athanase Balla à Nlong65.

Les populations de Nlong gardent de Monseigneur Paul Etoga l'image d'un homme simple qui allait de maisons en maisons pour écouter tout le monde.

B. Les messages adressés aux populations de Nlong

Dans sa pastorale, Monseigneur Vogt a souvent prôné une évangélisation douce et pacifique. Il faut, disait-il, évangéliser « en bon pasteur et non en gendarme ». Une telle option passait aussi par une application souple des textes

61 Entretien avec Gabriel Tsanga.

62 Entretien avec Marc Ekani.

63Entretien avec Joseph Ebodé.

64 Frère Jean Marie, 75 ans, Frère de la congrégation du sacré coeur, Nlong le 6 Décembre 2007.

65 Mgr. Athanase Balla, 84 ans, Prélat originaire de Nlong. Ancien évêque du diocèse de Bafia, Yaoundé le 15 Novembre 2007.

canoniques. Monseigneur Graffin, ancien aumônier militaire n'a pas réussi à se départir de l'esprit carré d'un homme en tenue. Monseigneur Paul Etoga quant à lui se caractérisait par la rigueur mais aussi par la tolérance dans la mise en application des textes. Le contenu des messages adressés aux populations de Nlong par le prélat tournait autour des thèmes tels que le mariage, la dot, l'eucharistie, la pratique de l'agriculture, etc.

1. Le mariage et la dot

L'un des points les plus préoccupants pour Mgr. Paul Etoga est l'interdiction absolue de la polygamie. Pour Mgr. Vogt, la polygamie était un véritable fléau social qu'il fallait combattre66. Ceci n'était pas facile pour Monseigneur Paul Etoga car pour le Beti, la polygamie est un mariage qui donne naissance à un grand village. Le Beti est traditionnellement polygame ; il lui faut beaucoup d'enfants. Ainsi, avoir des héritiers, de la nourriture en quantité suffisante, du prestige, une main d'oeuvre assurée, constituent pour le Beti les principaux motifs de la polygamie67. Si par malheur, la première femme avec laquelle une personne s'était religieusement mariée était stérile, cette personne pouvait prendre une autre femme dans l'espoir d'avoir des enfants. Dans ce cas, le mari n'avait plus droit aux sacrements de l'église. Le prélat était strict là- dessus. La femme mariée à l'église dans ce cas n'était pas excommuniée68.

Le prélat s'opposait au mariage entre les Mvog Nama et les Mvog Ndobo69 car ces derniers descendaient d'un ancêtre commun. Après deux années de retraite de la femme dans le sixa de Nlong disait-il le mariage devait être célébré. Le prélat disait également que : « la cohabitation est indispensable aux époux »70 . Ils devaient vivre ensemble pour s'entraider mutuellement et

66 ANY, APA 1 0560/A Culte catholique ÀIncident divers À Père du Saint Esprit.

67 W. Mvogo, «La mission de l'Eglise catholique au Cameroun en général et chez les Beti en particulier de 1890 à 1961», Thèse de doctorat de 3e cycle en Théologie catholique, Université de la propagande, 1979, p. 62.

68 Entretien avec l'Abbé Théodore Léandre Nzié

69 Etoga, p. 6.

70AD M, Anonyme, Réflexion sur la vie chrétienne, mémoire pastorale de Monseigneur Paul Etoga, Mbalmayo, 1955, p. 12.

spirituellement. Il abordait dans le même sens en affirmant qu'une mauvaise habitude s'était introduite dans le mariage. Par exemple, le mari travaillait à Yaoundé et l'épouse restait à Nlong. Cette séparation disait-il était un grand danger pour la vie conjugale. Il continuait en disant que : « Si Adam avait été avec Eve au jardin, le démon, n'aurait pas détruit cette dernière »71.

Monseigneur Paul Etoga n'était pas contre la dot. Mais celle-ci devait être juste un symbole d'alliance, un symbole d'amour et non un marchandage entre deux familles72. Il exigeait par exemple que la dot ne puisse être qu'un symbole. Pour lui, c'était une mesure médiane qui conciliait les coutumes des populations et les prescriptions de l'Eglise. C'était une solution sage qui devait amener vers l'abandon progressif de la dot. Nous voyons en cette attitude de l'évêque, la tolérance dans l'application des textes canoniques. Car il tenait compte des moeurs des populations de Nlong. Ceci créa entre les chrétiens et lui une atmosphère de confiance et de compréhension. Cette attitude l'amena également à éviter la résistance des populations à la pratique des sacrements et à une conversion massive au catholicisme.

L11l 'eucharistie

Monseigneur Paul Etoga disait aux populations de Nlong qu'on devait toujours se confesser avant de recevoir l'eucharistie73. Pour la première communion, le prélat exigeait que seul le prêtre lui-même fasse l'examen d'admission aux postulants. La réception de l'eucharistie devait être précédée et suivie des prières intenses et d'une grande concentration. Il recommandait aux chrétiens de Nlong la pratique des retraites. Pour lui, « La pratique des retraites est un grand secours pour la vie chrétienne pour les populations de Nlong d'autant qu'il y avait une congrégation des frères sur place»74. Il s'agit ici des

71 ADM, Réflexion sur la vie chrétienne, p.12.

72 Voir annexe N° III.

73 Sacrement qui pour l'Eglise catholique transforme réellement et substantiellement le pain et le vin en corps et sang de Jésus Christ

74 ADM, Réflexion sur la vie chrétienne, p. 22

retraites spirituelles (interruptions momentanées des affaires habituelles pour se recueillir en présence de Dieu et exprimer sa conscience afin de l'orienter vers Dieu pour la purification de l'âme). Il disait que les retraites devraient se faire avant de recevoir tout sacrement : mariage confirmation, première communion, ordination, etc.

3. Les cultures de rente

Monseigneur Paul Etoga n'a pas négligé l'aspect économique. Il demandait aux populations de Nlong de pratiquer une agriculture mixte, intégrant les cultures de rente et les cultures de consommation75. Il leur demandait de planter le café et le cacao. A titre d'exemple, il avait acquis une plantation de café à Mbalmayo afin d'accroître les ressources du diocèse76.

Aux différents messages adressés aux populations de Nlong, il apparaît que Monseigneur Paul Etoga était très attaché aux enseignements et aux exigences de l'Eglise catholique. Cet attachement se faisait ressentir au niveau de la pratique des différents sacrements de l'Eglise.

En somme, monseigneur Paul Etoga était un pasteur au sens plein du terme qui s'occupait des âmes et qui cherchait surtout à transformer les mentalités. Il était à la disposition de tous. Sa simplicité était appréciée et toutes les familles de Nlong le citaient en exemple. Les biens matériels n'avaient pas de signification pour lui. Ce qui l'intéressait, c'était l'homme dans ses relations avec Dieu. C'est d'ailleurs cette qualité qui lui a permis de résister « aux attaques » de monseigneur René Graffin d'une part, et d'autre part aux difficultés rencontrées à Mbalmayo. Les relations ambiguës que Monseigneur Paul Etoga entretenait avec monseigneur René Graffin et Mgr Jean Zoa ont certainement influencé l'évolution de la mission catholique de N long de 1955 à 1987.

75 Entretien avec Gabriel Tsanga.

76 Etoga p. 36.

CHAPITRE IV. L'IMPACT RELIGIEUX DE L'EPISCOPAT DE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA SUR LE DEVELOPPEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE

NLONG

Durant l'épiscopat de monseigneur Paul Etoga, la vie religieuse de la mission catholique de Nlong a été bouleversée1. Cela s'est fait ressentir sur les plans évangélique et vocationel. Cette dynamique était le fruit des messages que le prélat adressait aux populations de Nlong d'une part, et d'autre part aux relations qu'il entretenait avec Mgr. René Graffin et Mgr. Jean Zoa.

I. SUR LE PLAN EVANGELIQUE

L'évangélisation est une des dimensions essentielles de la mission chrétienne. Cette dernière puise son fondement dans les Saintes Ecritures2. D'après David Bosch :

L'évangélisation est la proclamation du salut en christ à tous ceux qui ne croient pas en lui ; elle les appelle à la repentance et à la conversion, elle annonce le pardon des péchés, elle les invite à devenir des membres vivants de la communauté terrestre du Christ et à essayer de vivre au service des autres par la puissance du Saint Esprit3.

Avec le sacre de Mgr. Paul Etoga comme le tout premier évêque camerounais, les populations de Nlong s'approprièrent de plus en plus le message d'évangélisation. Cela se faisait remarquer par l'augmentation du nombre des sacrements et par la redynamisation des confréries.

1Entretien avec le Frère Jean Marie.

2 « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » Cf. Mathieu 28 : 19.

3 D. Bosch, Dynamique de la mission chrétienne, Paris, Karthala, 1995, p. 23.

$ IO IISSIRSITEMRU tMIAIUXIGISLCWSRSXMRUsitifil lRUT

L'annonce de l'évangile par les missionnaires avait pour but d'attirer la sympathie des populations de N long afin de les convertir au catholicisme4. Avec le sacre de Monseigneur Paul Etoga comme évêque, il devenait clair pour les populations de Nlong que le véritable Dieu est celui dont la nature et l'essence avaient été révélées dans la Bible. L'Eglise catholique devenait ainsi l'unique « dispensaire » de la grâce divine, sans elle, il n'y avait point de salut. Et Jésus Christ était l'unique sauveur de l'humanité.

Pour mieux toucher cette sympathie, le clergé de la mission catholique de Nlong s'intéressa de plus en plus à la vie quotidienne des populations en leur demandant d'abandonner certaines pratiques jugées incompatibles avec les vertus chrétiennes. Les populations de Nlong réagirent favorablement à ces préceptes de l'Eglise. La majorité d'entre eux renonça à pratiquer les rites traditionnels5 (esani, esié, tsoo, so, etc,) et la polygamie. C'est ainsi qu'entre 1955 et 1961, le nombre de catholiques est passé respectivement de 5860 à 6900. A partir de 1961, ce nombre alla en diminuant et atteindre 2000 en 19876. Cela s'explique par le fait que la paroisse de Nlong concéda plusieurs de ses villages7à de nouvelles paroisses créées dans le but de rapprocher l'Eglise des populations.

Certaines couches sociales à l'exemple des personnes atteintes de lèpre et d'autres maladies revirent l'espoir de se voir intégrer à nouveau dans la société car, les enseignements des missionnaires sur l'égalité et la fraternité leur donnaient confiance et espoir.

4 Entretien avec Théodore Léandre Nzie.

5 Entretien avec Gabriel Tsanga.

6 AMCN, Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1986/1987.

7 Nlong est passé de 32 villages en 1955 à 12 villages en 1987.

Il est important de noter que si le clergé de Nlong a amené les populations à s'approprier l'évangile, c'est grâce aussi au concours des laïcs engagés comme les catéchistes. Ces derniers ont apporté la bonne nouvelle aux confins des villages. L'annonce de l'évangile occupait une place importante dans l'expansion du christianisme comme le montrent J.P. Messina et J.V. Slageren : « Le développement de l'agriculture, de la médecine, de l'enseignement général et théologique fut encouragé mais à condition qu'il serve au témoignage de l'évangile dans le pays » 8

B. L'évolution des sacrements de l'Eglise

Les sacrements sont les signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l'Eglise, par lesquels la vie divine nous est dispensée9. L'Eglise Catholique reconnaît sept sacrements à savoir le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'onction des malades, l'ordre et le mariage.

Les registres de la mission catholique de Nlong ont permis d'élaborer le tableau ci-dessous :

Tableau N°4: Récapitulatif des baptêmes, des communions, des confirmations, et des mariages de Nlong de 1951 à 1987.

ANNEES

BAPTEMES

COMMUNIONS

CONFIRMATIONS

MARIAGES

1951-1955

380

290

150

96

1956-1960

516

616

190

104

1961-1965

520

530

300

180

1966-1970

400

450

400

65

1971-1975

404

400

150

75

1976-1980

520

550

570

50

1918-1985

488

400

275

35

1986-1987

100

100

50

15

TOTAL

3328

3336

2085

620

Sources : Registres des baptêmes, communions, confirmations et mariages de la mission catholique de Nlong.

8 J. P. Messina et J. V. Slageren, Histoire du christianisme au Cameroun, des origines à nos jours, Paris, Karthala, 2005, p. 88.

9 Anonyme, Catéchisme de l 'Eglise Catholique, p. 248.

1. Le baptême

Le saint baptême est le fondement de toute la vie chrétienne et la porte qui

ouvre l'accès aux autres sacrements. C'est le sacrement de la régénération par l'eau et dans la parole10. Le seigneur lui-même affirme que le baptême est nécessaire pour le salut. Aussi, a-t-il commandé à ses disciples d'annoncer l'évangile et de baptiser toutes les Nations. Le baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l'évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement11.

La courbe ci-dessous permet d'apprécier l'évolution des baptêmes de la mission catholique de Nlong de 1955 à 1987.

Courbe N°2 : Evolution des baptêmes de Nlong de 1955 à 1987.

Baptêmes

700 600 500 400

300
200
1 00

0

 
 
 

Années

1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990

Source : Courbe réalisée par nous grâce au registre des baptêmes
de la paroisse de Nlong.

10 Anonyme, catéchisme de l'église catholique, p. 266.

11 Ibid, p. 273.

Avec le sacre de Mgr. Paul Etoga en 1955, la mission catholique de Nlong connaît une augmentation sensible du nombre de baptêmes. A partir de 1966, ce nombre subit une baisse importante. Il est à noter que pendant cette période, le prélat se concentrait à bâtir le diocèse de Mbalmayo. L'autre facteur qui peut expliquer cette baisse est la pénurie des prêtres à Nlong12. En 1969, Mgr. Jean Zoa en tournée épiscopale à Nlong ironisait sur ce manquement en disant aux populations : « Vous vous plaignez de la pénurie des prêtres. Moi, je sais que vous avez deux prêtres dont l'un est en pantalon13 »14. Plusieurs personnes interrogées à Nlong pensent que monseigneur Jean Zoa alors archevêque de Yaoundé, refusait délibérément d'affecter les prêtres à Nlong par simple négligence. Cela dans le but de ternir l'image de la paroisse d'origine de Mgr. Paul Etoga15.

En 1976, une augmentation du nombre des baptêmes est perceptible grâce à l'engouement des populations au sacre de Mgr. Athanase Balla, originaire de Nlong, comme évêque du diocèse de Bafia. L'année 1981 est marquée par une diminution du nombre de baptêmes qui s'est amplifié en 1987. Cette chute est due au démembrement de la paroisse de Nlong.

2. La Confirmation et la communion

Par le sacrement de la confirmation, le lien des baptisés avec l'Eglise est rendu solide. Ils sont enrichis d'une force spéciale de l'Esprit Saint et obligés à répondre et à défendre la foi par la parole et par l'action, en vrai témoin du christ16. De ce fait, la confirmation apporte croissance et approfondissement de

12 On observe qu'à partir de 1966, il n'existe plus de poste de vicaire à Nlong. Un seul prêtre doit s'occuper de toute la Mission Catholique.

13 Le prêtre en pantalon ici est le chef catéchiste Joseph Zoa. La mission catholique fonctionnait avec un seul prêtre nommé Mathias Ateba .

14 M.J.G. Owona, « la mission catholique de Nlong de 1923-1966 : origine et évolution », Mémoire de Dipes II, ENS, 1998, pp. 58-59.

15 Monseigneur Paul Etoga disait à qui voulait l'entendre que c'est lui qui devait normalement être nommé archevêque en lieu et place de monseigneur Jean Zoa. Ce dernier digérait mal cette déclaration puisqu'il était titulaire d'un doctorat « summa cum laude » en 1953 obtenu au séminaire de la propagande. Ce diplôme était nécessaire pour occuper une telle fonction.

16 Anonyme, p.278.

700

Communions Confirmations

600

500

400

300

200

100

0

Années

la grâce baptismale. A la mission catholique de Nlong, ce sacrement avait lieu une fois par an ou après deux ans. Cela dépendait du passage de l'évêque à la Mission.

L'eucharistie quant à elle est source de toute la vie chrétienne17. Elle est souvent assimilée à la communion parce que c'est par ce sacrement que les catholiques s'unissent au Christ. Pour recevoir la sainte communion pendant la célébration de l'eucharistie, il faut d'abord prendre la première communion d'une part, et d'autre part se confesser.

L'examen de passage pour recevoir la première communion était rigoureux. Il fallait faire au moins deux ans d'étude du catéchisme18. L'examen final était supervisé par le curé. La courbe ci-après permet d'apprécier les évolutions respectives des communions et des confirmations de Nlong.

Courbe N°3 : Evolution des communions et des confirmations de Nlong de 1955 à 1987.

Effectifs

1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990

Sources : Courbe réalisée par nous grâce au registre des communions et des confirmations de la paroisse de Nlong.

17 Ibid, p.285.

18 Charles Messi, 52 ans, chef catéchiste actuelle de la paroisse de Nlong, le 06 Décembre 2007.

La courbe des confirmations évolue en dents de scie. Le sommet des dents correspond aux visites de l'évêque dans la localité. Puisque, seuls les évêques ont qualité à confirmer même s'il peut pour certaines raisons19concéder cette faculté à des prêtres. D'après Le catéchisme de l'Eglise Catholique : « Il est concevable de par le sens même du sacrement qu'il (l'évêque) le confère lui- même, n'oubliant pas que c'est pour cette raison que la célébration de la confirmation a été temporellement séparée du baptême »20.

A chaque fois que Monseigneur Paul Etoga se rendait à Nlong, il confirmait les enfants à la mission. En 1958, il confirma plus de trente enfants. Lors de la première messe de Mgr. Athanase Balla en tant qu'évêque à Nlong, Mgr. Paul Etoga confirma plusieurs enfants. C'est cela qui explique l'augmentation du nombre de confirmations entre 1976 et 1980.

Les communions quant à elles étaient constantes. Cependant, en 1987 la paroisse de Nlong enregistra une chute brutale du nombre des communions à cause de son démembrement. Avant le concile21 Vatican II, Mgr. Paul Etoga s'opposa à la fête profane qui suivait la cérémonie des communions. Selon lui, cette fête entachait la cérémonie. Pour D. Massi Gam's :

Tout ce qui était occidental était considéré comme sacré mais tout ce qui était issu du Camerounais (Africain) : Tam-tam, tambour, balafon, cri de youyou de femmes et le port des tenues traditionnelles africaines étaient considérés comme de la profanation ou du syncrétisme22.

Monseigneur Paul Etoga était tout simplement fidèle aux principes de l'Eglise Catholique.

19Si un chrétien est en danger de mort tout prêtre doit lui donner la confirmation. En effet, l'Eglise veut qu'aucun de ses enfants même tout petit ne sorte de ce monde sans avoir été parfait par l'Esprit Saint avec le don de la plénitude du Christ.

20 Anonyme, p. 283.

21 Le concile est une réunion d'évêques qui décident des questions de doctrine et de discipline ecclésiastique.

22 D. Massi Gam's, «l'évolution complexe de l'évangile en rapport avec la culture dans l'histoire de l'Eglise en Afrique : cas du Cameroun au XXe siècle», Mémoire DETA, Faculté de théologie de Yaoundé.

3. Le mariage

Le sacrement du mariage signifie l'union du Christ et de l'Eglise. Il donne aux époux la grâce de s'aimer de l'amour dont le Christ a aimé son Eglise. La grâce du sacrement perfectionne ainsi l'amour humain des époux. Il affermit leur unité indissoluble et les sanctifie sur le chemin de la vie éternelle23. Le mariage se fonde sur la volonté de se donner mutuellement et définitivement dans le but de vivre une alliance d'amour fidèle et fécond24. Puisque le mariage établit les conjoints dans un état public de vie dans l' Eglise, il convient que sa célébration soit publique, dans le cadre d'une célébration liturgique devant le prêtre (ou le témoin qualifié de l'Eglise), les témoins et l'assemblée des fidèles. La courbe ci-dessous permet d'apprécier l'évolution du mariage à Nlong de 1955 à 1987.

Courbe N° 4 : Evolution des mariages de 1955 à 1987 à Nlong.

Effectifs

1 80
1 50
1 20

90
60
30

0

 

Années

1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990

Source : Courbe réalisée par nous à partir du registre des mariages de la mission catholique de Nlong.

A Nlong comme partout au Cameroun, la célébration du sacrement de mariage était précédée par la célébration du mariage civil sous régime monogamique. On exigeait des chrétiens une préparation convenable pour la réception de ce sacrement25. Les fiancés devaient suivre un stage de six à vingt quatre mois dans le sixa. Tout ceci ne décourageait pas les chrétiens. Entre 1955 et 1965, Nlong connaît une augmentation du nombre de mariage. A partir de 1968, ce nombre connaît une baisse progressive. Cela est dû à la fermeture du sixa. Cette fermeture avait été précédée de nombreuses plaintes contre les pratiques peu orthodoxes26qui existaient au sein de ce sixa. A partir de 1975, d'autres raisons peuvent expliquer cette baisse comme l'exode rural27, le démembrement de la paroisse, etc.

4. La pénitence et l'onction des malades

Le sacrement de pénitence et de réconciliation est un sacrement qui consacre une démarche personnelle et ecclésiale de version, de repentir et de satisfaction du chrétien. C'est un sacrement de réconciliation car, il donne au pécheur l'amour de Dieu qui réconcilie. Le Christ a institué le sacrement de pénitence pour tous les pécheurs de son Eglise28. C'est à eux que ce sacrement offre une nouvelle possibilité de se convertir et de retrouver la grâce de la justification.

A Nlong, on obtenait le sacrement de pénitence après la confession des péchés devant le prêtre à la veille des fêtes religieuses comme pâque, noël, etc. Mais, certaines personnes venaient demander la confession elles-mêmes parce qu'elles se sentaient coupables d'avoir péché. Elles prenaient ainsi la résolution de ne plus recommencer. Les Béti de Nlong étaient habitués à ce genre de « cérémonie » où, le malade ou le pécheur se confessait pour obtenir une

25 J. Criaud, La geste des spiritains, p. 92.

26 D'après plusieurs informations, les prêtres étaient accusés d'avoir des relations intimes avec les femmes du sixa. C'est cela qui justifiait que certaines d'entre elles passaient plus de quatre ans dans le sixa.

27 Plusieurs jeunes en âge de se marier ont quitté Nlong pour aller chercher fortune ailleurs.

28 Anonyme, p. 310.

63 guérison. En moyenne, de 1955 à 1987, on enregistrait à la mission catholique de Nlong 500 confessions par an29.

L'onction des malades quant à elle, est le sacrement qui a pour but de conférer une grâce spéciale au chrétien qui éprouve des difficultés inhérentes en cas de maladie grave ou de vieillesse30. Elle consiste à l'onction de l'huile sainte sur le front et sur la main du malade. A Nlong, ce sont les parents du malade qui demandaient au catéchiste de faire venir le prêtre pour administrer ce sacrement. Mais, avant d'y aller le prêtre demandait au catéchiste si le malade vivait selon les exigences catholiques lorsqu'il était en bonne santé. Il arrivait parfois que les prêtres refusent de faire l'extrême onction à un païen ou à un polygame.

Les sacrements ne sont pas les seuls éléments qui contribuent au développement de l'Eglise comme disait le pape Jean XXIII que cite André Seumois en ces termes :

Pour la constitution intégrale de l'Eglise dans diverses régions, il ne suffit nullement en ce qui concerne les nouvelles communautés de fidèles de convertir des individus à la religion Catholique, de les baptiser et les enregistrer en grand nombre dans les catalogues ; il est aussi et surtout nécessaire de leur fournir une formation chrétienne indiquée selon les situations et de les rendre aptes à se charger selon leur capacité des activités qui peuvent profiter à la vitalité présente et au développement futur de l'Eglise31.

A cet effet, il est important d'étudier l'action des confréries sur le développement de la mission catholique de Nlong de 1955 à 1987.

C. La redynamisation des confréries

Les confréries sont des associations de laïques fondées sur les principes religieux. Ces associations se consacrent volontiers à vivre cette spiritualité dans l'Eglise. Avant le sacre de Mgr. Paul Etoga, les confréries de Nlong

29 AMCN, Rapports annuels de la Mission Catholique de Nlong de 1955 à 1987.

30 Anonyme, p. 326.

31 A. Seumois, Théologie missionnaire. Section I. Délimitation de la fonction missionnaire de l'Eglise, Rome, OMI, 1973, p. 35.

fonctionnaient de manière plus ou moins performante32. Après 1955, le nombre de membres dans les confréries augmenta comme le prouve le tableau ci- dessous :

Tableau N°5: Confréries de la mission catholique de Nlong de 1945 à 1985.

CONFRERIES

NOMBRE DES MEMBRES

1945

1955

1965

1975

1958

Saint sacrement

428

800

650

300

0

Sainte vierge Marie

207

500

800

500

350

Sainte Agnès

150

200

150

50

0

Sainte Anne

190

300

200

25

0

Saint Jean

24

50

40

10

0

Saint Rosaire

842

1500

1000

700

300

Source : AMCN, Listes des confréries de la mission de 1945 à 1985.

Les confréries fonctionnaient selon les vertus du Saint de leur nom de baptême. A titre d'exemples, la confrérie du Saint Rosaire avait pour objectif la pratique de la prière. Ses membres se réunissaient à la mission tous les samedis soir pour prier le rosaire. Dans la prière, l'Esprit Saint unit le fidèle à la personne du fils unique et en son humanité glorifiée33. La confrérie de la Sainte vierge Marie était composée des femmes qui se donnaient pour ambition de servir l'Eglise. Ces femmes s'occupaient de la propreté de l'église, en lavant le sol tous les samedis matin. Pendant les messes, elles s'occupaient de la discipline et veillaient que chaque chrétien soit bien assis34. Après 1975, les confréries de Nlong perdirent progressivement leur ampleur. Néanmoins, elles ont donné à leurs membres, un profil de chrétien qui leur permettait d'entrer dans un processus de transformation et de renforcement de leur foi.

32 Entretien avec Charles Messi.

33 Anonyme, p. 542.

34 Entretien avec Brigitte Ngah.

D. L'implantation des congrégations religieuses

En 1956, la congrégation des Frères du Sacré coeur fusionna avec la congrégation des Frères de Saint Joseph. Cette fusion chamboula les objectifs de cette dernière. En effet, les Frères de la congrégation de Saint Joseph vivaient comme des ouvriers. Pour éviter une éventuelle démission massive de ces derniers, Mgr. René Graffin avait commencé à travailler pour cette fusion en 195535 avant l'arrivée d'autres congrégations des Frères au Cameroun. La congrégation des Frères du Sacré coeur s'installa à Nlong sur le site de la congrégation des Frères de Saint Joseph et mit l'accent sur l'enseignement général.

La fusion de ces deux congrégations sera à l'origine du transfert définitif de l'imprimerie de Nlong à Yaoundé. Pour le Frère Jean Marie, le manque de personnel qualifié a milité en faveur de ce transfert. Nonobstant, Mgr René Graffin pouvait affecter le personnel qualifié à Nlong au lieu de transférer l'imprimerie à Yaoundé. C'est pourquoi plusieurs personnes interviewées à Nlong pensent que Mgr. René Graffin l'avait fait pour ternir la renommée de la mission catholique de Nlong, Mission d'origine de Mgr. Paul Etoga.

En 1958, un noviciat, chargé de former les futurs Frères est crée au sein de cette congrégation à Nlong. Pour devenir Frère, il fallait suivre trois années d'études et d'épreuves36. Le candidat passait par des niveaux précis : aspirant, postulant et novice. Plusieurs personnes, originaires de Nlong, entrèrent au noviciat pour devenir Frère.

En 1987, la congrégation des Frères du Sacré coeur est présente à Nlong. Cependant elle n'a plus dans ses effectifs les Frères originaires de Nlong, puisque ces derniers ont tous démissionné. Cela apparaît pour le prélat comme un échec dans son ministère pastoral car pour lui vivre dans l'humilité37et la prière constituait le salut de la vie éternelle.

35 AAY, Rapport quinquennal de l'archidiocèse de Yaoundé, le 26 Décembre 1955, p. 6.

36 Frère Puis Essengue, 90 ans, Frère de la congrégation des Frères du Sacré coeur, Nlong le 6 Décembre 2007.

37 Entretien avec le Frère Jean Marie.

Le sacre de Mgr. Paul Etoga a donc été à l'origine de l'augmentation du nombre de sacrements à la mission catholique de Nlong. Les messages adressés aux populations de Nlong ont contribué à renforcer la foi de ces dernières. Cet enthousiasme a permis aux populations d'évoluer dans les mentalités en intégrant l'évangile dans leur vie. Ce fait justifie ainsi l'amplification des vocations au sein de la population.

II. SUR LE PLAN DES VOCATIONS

La vocation est le mouvement intérieur par lequel une personne se sent appelée au sacerdoce ou à la vie religieuse. Après le sacre de Mgr. Paul Etoga, plusieurs personnes, originaires de la paroisse de Nlong furent appelées pour le sacerdoce et surtout à la vie religieuse.

A. Le sa1L113 IleEeIMPLELe

La doctrine catholique, exprimée dans la Liturgie, le Magistère et la pratique constante de l'Eglise, reconnaît qu'il existe deux degrés de participation ministérielle au sacerdoce du Christ : l'épiscopat et le presbytérat38. Le diaconat est destiné à les aider et à les servir.

WrI lvêque

L'évêque reçoit la plénitude du sacrement de l'ordre qui l'insère dans le

collège épiscopal. Ce sacrement fait de lui le chef visible de l'Eglise particulière qui lui est confiée39. Les évêques, entant que successeurs des apôtres et membres du collège, ont part à la responsabilité apostolique et à la mission de toute l'Eglise sous l'autorité du Pape, successeur de Saint Pierre. En dehors de Mgr. Paul Etoga, Nlong a connu le sacre épiscopal d'un autre de ses fils. En effet, en 1976, Mgr. Athanase Balla avait été consacré évêque du diocèse de Bafia40. Il avait toujours considéré Mgr. Paul Etoga comme un aîné. Chaque fois qu'il avait

38A. Mbarga, « Larme à Mbalmayo : le diocèse pleure son premier évêque » in CPS Echos, N°2, Mars1998, p. 2.

39 Anonyme, p. 331.

40 Anonyme, p. 339.

des difficultés dans son ministère, il faisait appel à lui41. En 1983, lorsque deux prêtres ont été assassinés à Mbalmayo, il est allé assister à l'office religieux précédant l'inhumation42.

2. Les prêtres

En vertu du sacrement de l'ordre les prêtres participent aux dimensions universelles de la mission confiée par le Christ aux apôtres. Du fait de leur ordination, qui les a fait entrer dans l'ordre du presbytérat, les prêtres sont tous intimement liés entre eux par la fraternité sacramentelle. Mais, leur affectation au service d'un diocèse fait qu'ils dépendent de l'évêque local. Ils forment ainsi tout spécialement à ce niveau un presbyterium unique43.

En 1955, au moment où Mgr. Paul Etoga est consacré évêque, six prêtres44originaires de Nlong ont déjà été ordonnés. Le tableau ci-dessous permet d'apprécier le nombre des prêtres originaires de Nlong, ordonnés entre 1955 et 1987.

Tableau N°6 : Prêtres originaires de N long entre 1955 et 198745.

Nom des prêtres

Situation

Théodore Tsala

Décédé le 24/08/79

Théophile Owona

Décédé le 08/09/02

Aloys Essono

Archidiocèse de
Yaoundé

Berthe Lucien Nama

Engelbert Meyong

Thadée Effa Ottou

Bathelemy Nama

Diocèse de Mbalmayo

Janvier Nama

Baltazar Ntsama Eyegue

Yves Etoga Nvondo

Source : Tableau réalisé par nous grâce aux informations reçues de nos informateurs.

41 Balla Athanase, 84 ans, Ancien évêque du diocèse de Bafia, Yaoundé le 15 Novembre 2007

42 Monseigneur Athanase Balla est un Mebara Kono du clan Mvog Nama de Nlong. II est ordonné prêtre en 1956 en France. Il appartient à la congrégation des Pères du Saint Esprit.

43 Etoga, p. 49.

44 Il s'agit de Albert Okala, Michel Bindzi, Benoit Ndjigui, Jean Kounou, Marius Etoundi, Joseph Nama.

45 Les trois derniers prêtres du tableau ci-dessus étaient encore au grand séminaire en 1987.

Il est important de noter que la mission catholique de Nlong appartenait à l'archidiocèse de Yaoundé entre 1955 et 1987. C'est pourquoi les natifs de Nlong qui voulaient entrer au séminaire allaient soit au petit séminaire de Mva'a soit au petit séminaire d'Akono46. A partir de 1961, ces enfants ont été victimes de la rivalité qui existait entre Mgr. Paul Etoga et Mgr. Jean Zoa. Certains d'entre eux ont été à maintes reprises exclus du grand séminaire47. Ce qui est certain, c'est à cause de leur origine que plusieurs grands séminaristes originaires de la paroisse de Nlong ont fait face à plusieurs épreuves pour devenir prêtres48.

B- Les religieuses

En 1955, l'archidiocèse de Yaoundé comptait une seule congrégation des religieuses indigènes49 à savoir la congrégation des filles de Marie de Yaoundé. Ces filles étaient destinées aux oeuvres féminines dans les diverses stations. Cette congrégation compte 77 professes, dont beaucoup avaient des voeux perpétuels. Parmi ces dernières, nous pouvons citer Soeur Jeanne Alega Messi50originaire de Nlong.

De 1955 à 1987, plusieurs jeunes filles originaires de Nlong sont entrées dans la congrégation des filles de Marie pour devenir Soeurs comme le prouve le tableau ci-dessous :

46 AAY, Rapport quinquennal de l'archidiocèse de Yaoundé, le 26 décembre 1955, p. 8.

47 Après leur étude au petit séminaire, ceux qui voulaient devenir prêtres allaient au grand séminaire d'Otélé et au grand séminaire de Mvolyé.

48 Berthe Lucien Nama, 47 ans, curé actuel de la paroisse de Zoa, Zoa le 15 Janvier 2008.

49 AAY, Rapport quinquénnal de l'archidiocèse de Yaoundé, le 26 Décembre 1955, p. 8.

50 Soeur Jeanne Alega Messi est une Mebara Kono du clan Nvog Nama. La congrégation des filles de Marie a été reconnaissante du travail de pionnière qu'elle avait joué au sein de la communauté en baptisant un collège d'enseignement technique industriel à son nom : le CETI Jeanne Alega Messi à Mvoyé.

Tableau N°7 : Soeurs consacrées, originaires de Nlong de 1955 à 1987.

NOM ET PRENOM DES SOEURS

CONGREGATION RELIGIEUSE

Pauline Nguenda

Congrégation des filles de Marie

Marie Thérèse Mbatoumou

Blandine Ntila

Stéphanie Mebara

Guillaume Claire Ngono

Madeleine Zacharie Nga Ndzana

Cécile Avidi

Mariane Ngono

Laurentia Omgba Okoa

Laurentine Betsi

Agathe Befe

Créscence Owona (décédée)

Marie Rose Sama

Source : Tableau réalisée par nous grâce aux informations reçues de la Soeur Pauline Nguenda51.

Parmi ces Soeurs, seule Soeur Marie Thérèse Mbatoumou52 a été consacrée par Mgr. Paul Etoga le 21 janvier 1959.

Les relations ambiguës que Mgr. Paul Etoga entretenait avec Mgr. René Graffin d'une part, et d'autre part avec Mgr. Jean Zoa n'ont pas empêché les populations de Nlong de participer aux activités de l'Eglise Catholique. Mgr. Paul Etoga de par sa réussite faisait honneur aux populations de Nlong. Cela lui a été rendu parce que plusieurs fils et filles de cette localité sont devenus respectivement prêtres et religieuses. L'évangile a été appropriée et intégrée à la vie quotidienne des populations. Cependant, le sacre de Mgr. Paul Etoga a été perçu pour certains comme un couronnement. Durant son épiscopat, ces derniers ne s'adonnaient plus aux activités religieuses sous prétexte qu'il allait intercéder auprès de Dieu pour eux53. Par ailleurs, le prélat n'avait pas négligé l'aspect socio-économique dans ses relations avec les populations de Nlong.

51 Pauline Nguenda, 75 ans, Soeur de la congrégation des filles de Marie, Yaoundé le 18 Décembre 2007.

52 Soeur Marie Thérèse a démissionné quelques années plus tard de la congrégation et est retournée dans le monde.

53 Entretien avec l' Abbé Théodore Léandre Nzie.

CHAPITRE V. L'IMPACT SOCIO-ECONOMIQUE DE
L'EPISCOPAT DE MONSEIGNEUR PAUL ETOGA SUR LE
DEVELOPPEMENT DE LA MISSION CATHOLIQUE DE
NLONG.

De 1955 à 1987, Nlong a subi des mutations sur le plan socio- économique. Cette situation a été causée par le sacre de Mgr. Paul Etoga comme premier évêque camerounais d'une part et d'autre part par l'écho de ses messages.

I. SUR LE PLAN SOCIAL

La mission catholique de Nlong a connu plusieurs bouleversements sociaux durant l'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga.

A. L'abandon de la polygamie par les populations de Nlong

Pour l'Eglise catholique, la polygamie constituait un frein à la conversion. Le prélat avait toujours appuyé l'idée de Monseigneur F.X. Vogt qui considérait la polygamie comme « un fléau social » qu'il fallait combattre. Le fait d'imposer la monogamie aux chrétiens supposait qu'on n'adoptait une coutume occidentale au détriment de celle africaine1. Les polygames de Nlong faisaient face à trois cas de figure :

- le premier était de contracter un mariage religieux avec la première épouse puis, en ajouter d'autres selon la coutume ;

- le second était de rester indifférent aux voeux des missionnaires en conservant toutes les femmes ;

1L.P. Ngongo, Histoire des institutions et des faits sociaux du Cameroun, Paris, Berger Levrault, 1987, p. 172.

- le troisième consistait à répudier toutes les femmes en retenant une seule pour un mariage chrétien.

Cette dernière issue était fréquente chez les populations de Nlong. L'abandon de la polygamie par les populations s'est fait avec douleur. Le fait d'avoir plusieurs femmes supposait détenir des biens ; par contre l'abandon des biens voulait dire perdre sa place de notable dans la société traditionnelle2.

B. Syncrétisme et inculturation à Nlong

L'inculturation est aujourd'hui un mot cher à l'Eglise catholique. Le mot en fait est un néologisme qui exprime une réalité qui a toujours préoccupé les africains depuis l'intrusion du christianisme dans leur société. C'est pourquoi, elle se comprend mieux par rapport au syncrétisme.

Depuis le concile Vatican II, la langue locale dans l'annonce de l'évangile en pays jadis qualifiés de mission3 a été introduite. L'inculturation entend donner une nouvelle orientation à l'évangélisation dans ces pays là. Le constat qui se dégage après le concile Vatican II est que l'Homme de Nlong a toujours été l'Homme du milieu c'est-à-dire, un homme à mis parcours entre le christianisme et ses rites et traditions religieuses. Cette attitude n'est rien d'autre que du syncrétisme. La situation aurait pu être autrement si les missionnaires avaient reconnu quelques valeurs aux croyances traditionnelles. Aussi parce qu'ils n'ont pas vite compris que dans chaque rencontre de culture, aucune n'est à rejeter en bloc. A ce propos Nicolas Ossama relève que :

Les changements entraînés par la conversion des camerounais de Yaoundé au catholicisme sont dus au fait que cette conversion a exigé des catholiques camerounais (...) un certain nombre d'attitudes, des comportements les obligeants à rompre avec des usages traditionnels en honneur4.

2 P. Laburthe Tolra, Vers la lumière où le désir d'Ariel à propos des Béti du Cameroun, sociologie de la conversion, Paris, Karthala, 1999, p. 485.

3 J. Olson, Histoire de l 'Eglise : vingt siècle et six continents, Yaoundé, CL E, 1972, p. 167.

4 Ossama, p. 162.

Ainsi les pratiques comme la polygamie, le recours aux voyances, l'utilisation des totems, la croyance aux présages et songes, la pratique des rites, l'infidélité, le concubinage sexuel étaient observés même parmi les convertis.

Le processus par lequel la catéchèse s'incarne dans les différentes cultures était la solution pour remédier à cette situation. Monseigneur Paul Etoga a joué un rôle dans ce sens. Il a toujours été souple dans l'application des préceptes de l'Eglise. L'excommunication d'un chrétien devait se faire seulement après avoir épuisé toutes les possibilités. Certaines personnes ont vite déclaré qu'il était complaisant.

C. t or XiLllp41Xffliil

L'école primaire catholique de Nlong et le juvénat des Frères du Sacré

coeur ont joué un rôle important dans la formation intellectuelle et morale des enfants de Nlong

Mt opvolution de lopFFOISLIP riLllfflialEXH41}11 OU

L'école primaire catholique de Nlong préparait les élèves aux vocations si

bien que les candidats qui arrivaient au cours moyen II étaient soit conduits au noviciat pour devenir Frère ou au séminaire pour devenir prêtre, soit au juvénat pour continuer leurs études.

En 1969, la section des filles ferma ses portes5. Seule l'école primaire catholique St. Pierre et Paul ci-après continua à fonctionner.

5 Entretien avec Joseph Ebode.

Photo N°8 : Ecole primaire catholique de Nlong

Source : Cliché J. H. Ngah Ekani, Nlong le 6 Décembre 2007.

Cette période correspond à la construction de l'école primaire publique à Nlong. Le fonctionnement de cette école a eu pour conséquences de réduire les effectifs de l'école primaire catholique6 et il devenait impérieux pour cette dernière d'appliquer les enseignements des programmes officiels. Cette situation n'avait pas été acceptée de gaîté de coeur par les catholiques. N. Ossama qui cite Monseigneur Vogt déclare :

Que nous ayons dans nos écoles quelques livres des écoles du gouvernement, j'en conviens, il le faut. Mais n'oublions pas que ce n'est pas ce qu'il faut à nos enfants chrétiens. Dieu ne doit pas être systématiquement écarté des dictées, des leçons, des rédactions dans nos écoles7.

A coté de l'école primaire catholique de Nlong se trouvait le juvénat des Frères du Sacré coeur.

6 Entretien avec l'Abbé Théodore Léandre Nzie.

7 Ossama, pp. 59-60.

2. Le juvénat des Frères du Sacré coeur

Le juvénat des Frères du Sacré coeur a été crée à Nlong en 1956. Son

directeur fondateur était le Frère Florent. Il comprenait les classes de 6e et de 5e. Ceux des élèves qui voulaient continuer leurs études pouvaient le faire mais à Makak8. En 1968, le juvénat des frères du sacré coeur va fermer ces portes par manque d'élèves. En 1978, un internat est fondé par le Frère Lucien Belinga. Il est baptisé internat St. Ange de Nlong et revêt un aspect moderne comme le montre la photo ci-après :

Photo N°9 : Internat St. Ange de Nlong.

Source : Cliché J. H. Ngah Ekani, Nlong le 6 Décembre 2007.

Le but de l'internat était d'encadrer intellectuellement et spirituellement les enfants qui y étaient inscrits9.

8 Le juvénat de Makak des Frères du Sacré coeur allait jusqu'en classe de 3e.

9 Entretien avec le Frère Jean Marie.

D. L'action sanitaire de la mission

L'action sanitaire de la mission catholique de Nlong a été perturbée durant l'épiscopat de Monseigneur Paul Etoga. Son dispensaire fonctionnait avec l'aide de la fondation Ad Lucem. Il était dirigé par les Soeurs du très Saint sauveur. Les Soeurs menaient une activité remarquable. Parfois certaines maladies ne pouvaient pas être soignées par les Soeurs puisque le dispensaire ne disposait pas de tous les appareils. Dans ce cas, elles transportaient le malade à l'hôpital central de Yaoundé où il était soigné. Ceux qui étaient hospitalisés bénéficiaient gratuitement d'un suivi des Soeurs. En cas de décès, le corps était transporté au village du défunt et la famille était exemptée des frais de transport. Les femmes suivies par les Soeurs pendant la grossesse accouchaient gratuitement à Nlong10. Et, si l'une d'entre elles n'avait pas la layette, les Soeurs lui donnaient quelques brassières et couches de bébé11. Ces soins donnaient à Nlong une réputation presque nationale puisque certaines personnes quittaient de Yaoundé et Douala pour s'y faire soigner12.

Après 1956, le dispensaire de Nlong subit les conséquences des positions politiques du prélat d'une part et d'autre part les conséquences des rivalités entre Monseigneur Réné Graffin et lui. En effet, l'archevêque avait répandu la nouvelle selon laquelle Monseigneur Paul Etoga était contre les français13. Ce qui lui mettait à dos tous les français, y compris le clergé de la mission catholique de Nlong.

Aussi, lors des élections législatives de Décembre 1956 au Cameroun, Mgr. Paul Etoga apporta son soutien à André Marie Mbida14 au détriment de L.P. Aujoulat. Cela est indirectement l'une des raisons de la défaite de ce dernier. Ces situations auront pour conséquences la réduction des subventions

10 M.J.G. Owona « la mission catholique de Nlong 1923-1966 : origine et évolution », p. 94.

11 Entretien avec Brigitte Ngah.

12 Entretien avec Marc Ekani.

13 E. Abessolo, «L'épiscopat de monseigneur Paul Etoga», p. 31.

14 Ossama, p. 133.

accordées au dispensaire de Nlong par la fondation Ad Lucem15. Ainsi, le manque de médicaments sera à l'origine de la perte progressive de l'efficacité et de la renommée du dispensaire de Nlong16 ci-après :

Photo N°10 : Dispensaire réhabilité de la paroisse de Nlong.

Source : Cliché J. H. Ngah Ekani, N long le 7 Décembre 2007.

En dehors des domaines scolaire et sanitaire, d'autres domaines à l'instar de l'économie ont connu des mutations durant l'épiscopat de Mgr. Paul Etoga.

II. SUR LE PLAN ECONOMIQUE

L'économie est définie comme étant l'ensemble des activités d'une collectivité humaine relative à la production, la distribution et la consommation des richesses17. Chez les populations de Nlong, la division du travail se faisait par sexe et par tranche d'âge. Les travaux difficiles étaient réservés aux hommes

15 Entretien avec l'Abbé Théodore Léandre Nzie.

16 Les soeurs du très Saint sauveur sont parties de N long en 1990. Le dispensaire est resté longtemps fermé. Aujourd'hui, il est géré par un particulier.

17 Le Petit Larousse Illustré, Paris, Larousse, 1992, p. 360.

et les moins pénibles aux femmes. L'agriculture était la principale activité économique. Les missionnaires s'étaient donc atteler à organiser cette branche d'activité en demandant aux agriculteurs de produire d'autres cultures autres que les cultures vivrières.

A. La vulgarisation des cultures de rente.

Grâce à l'incitation à la production des cultures de rente, les populations de Nlong vont se lancer à la pratique de la culture du cacao, du café, du palmier à huile18, etc. Il existe dès lors une sorte d'association du cacao aux autres cultures. Ainsi au milieu des « pieds » de maniocs ou de bananiers, sont mis en terre les jeunes plantes de cacaos et de palmiers à huile. Progressivement les planteurs de Nlong vont s'organiser avec l'aide des missionnaires et créer des parcelles propres à chaque culture de rente.

Chaque fois que Monseigneur Paul Etoga avait l'occasion de s'adresser aux populations de Nlong, il leur demandait de pratiquer une agriculture mixte. Pour lui, la vente du cacao et de l'huile de palme devait leur donner suffisamment d'argent pour faire des investissements durables19. En effet entre 1957 et 1985, le prix du kilogramme de cacao n'avait cessé d'augmenter passant de 190 à 410 FCFA.

Les techniques de culture utilisées pour cette agriculture étaient archaïques. Les outils utilisés étaient la houe, la machette, le plantoir, etc. Les engrais ne constituaient pas un aspect important. Comme conséquence, il y avait des faibles rendements.

Cependant, les plantations de cacao et de palmier à huile devenaient un facteur essentiel de migration des populations dans la localité. Chaque planteur avait le souci de s'approprier une partie de la forêt et de s'installer à proximité

1 8Entretien avec Gabriel Tsanga. 19Etoga, p. 36.

de ses vergés personnels. En outre, les opérations de défrichement, d'entretien et de récoltes demandaient beaucoup de main d'oeuvre.

B. L'urbanisation de Nlong

L'urbanisation de Nlong s'est accentuée avec la construction de son dispensaire. Cela a entraîné une arrivée quotidienne des malades20 et des familles. Il fallait ainsi construire des maisons pour accueillir tout ce monde. Nlong étant aussi situé sur la route Yaoundé-Douala, les débits de boissons et auberges ont vite fait de s'y installer. Avec l'argent que les planteurs gagnaient de la vente du cacao et de l'huile de palme, ils ont amélioré leur logis21. La plupart d'entre eux ont construit des maisons avec des matériaux en durs et semi durs, élevant ainsi leur niveau de vie. Cette position stratégique de Nlong l'a permis de bénéficier de la construction d'un collège d'enseignement secondaire général22. En 1987, Nlong dépendait sur le plan administratif du district de Lobo dans le département de la Lékié.

Avec un passé aussi glorieux que d'avoir été la mission d'origine du premier évêque camerounais, et d'avoir été le deuxième pôle de l'archidiocèse de Yaoundé après Mvolye dans les années soixante, Nlong reste hélas l'ombre d'elle-même avec les vielles bâties qui jadis ont fait sa fierté. On se serait pourtant attendu à voir un peu plus sur le plan socio économique de la région.

20 Nlong recevait en moyenne 3500 malades par an. Cf. AMCN, Rapport annuel de la mission catholique de Nlong de 1955.

21 Jean. Tsanga, agent d'Etat retraité, 66 ans,Nlong le 9 Décembre 2007.

22 Le CES s'est transformé en lycée depuis maintenant plus de 10 ans.

CONCLUSION GENERALE

Au terme de ce travail, il ressort que la mission catholique de Nlong a été d'abord un poste catéchiste de la mission de Mvolyé. Il a fallu attendre 1926 pour voir s'installer les missionnaires dans cette localité. Ces derniers ont réalisé non seulement des oeuvres à caractère religieux mais aussi des oeuvres à caractère social et économique.

La mission catholique de Nlong a atteint son apogée en 1955 avec le sacre épiscopale d'un de ses fils à savoir Mgr. Paul Etoga. Cet événement a suscité assez d'espoir au sein de la population de Nlong. Cela s'est fait ressentir lors de sa première messe où toute la population s'était rendue. Cet enthousiasme a été atténué plus tard à cause des difficultés que le prélat a rencontrées à Yaoundé. Difficultés qui l'empêchaient d'exercer pleinement sa fonction épiscopale.

Néanmoins, ce sacre a contribué à susciter des vocations au sein de la population de Nlong. Ainsi plusieurs jeunes se sont lancés à la vie sacerdotale et à la vie religieuse. La région a enregistré entre 1955 et 1987 une consécration, plusieurs ordinations, etc.

Cependant, certains d'entre eux ont rencontré des difficultés au grand séminaire à cause des rivalités entre Mgr. Paul Etoga et Mgr Jean Zoa. La mission catholique de Nlong a aussi subi les conséquences des choix politiques du prélat. En effet, son dispensaire a perdu sa renommée à cause de l'arrêt des subventions de la fondation Ad Lucem, fondation crée par Louis Paul Aujoulat. L'image que Mgr. Paul Etoga laissait paraître était celle d'un homme simple et soucieux de l'avenir des populations. Cette image faisait qu'il était respecté et estimé de tous.

Malgré les difficultés et grâce aux messages qu'il a adressés aux populations de Nlong, il a su toucher les coeurs et susciter un intérêt particulier pour le catholicisme. Les populations de cette localité se sont appropriées

l'évangile en rejetant plusieurs coutumes ancestrales comme la polygamie. Sur le plan évangélique, l'impact de son épiscopat a donc été positif. A cet effet, Jean Paul Messina félicita l'oeuvre évangélisatrice de l'évêque en ces termes : « Mgr. Etoga reste un grand nom dans l'histoire du christianisme au Cameroun »1

Sur le plan social et économique, l'impact de l'épiscopat de Mgr. Paul Etoga est mitigé. Aucun investissement concret personnel n'a été réalisé. C'est tout simplement à travers ses messages qu'il a réussi à susciter l'intérêt pour l'école et la pratique de l'agriculture de rente. La pratique de l'agriculture de rente a contribué au développement de la localité sur le plan infrastructurel.

Toutefois, la mission catholique a souffert des rivalités entre Mgr. Paul Etoga et Mgr. Jean Zoa. Ainsi, dans le souci de rapprocher les chrétiens des postes missionnaires, l'archevêque de Yaoundé a démembré la paroisse de Nlong sans tenir compte de sa renommée. En 1987, il ne restait plus que 12 chapelles et, le nombre de chrétiens a diminué passant de 6000 chrétiens en 1955 à 2000 chrétiens en 1987. Force est de constater qu'en 1987, la paroisse de Nlong n'est plus l'ombre d'elle-même. Elle a été victime du temps et des différentes actions néfastes qu'elle a subies des détracteurs de Mgr. Paul Etoga.

Enfin de compte, la réhabilitation des bâtiments (l'église St. Pierre Claver, le dispensaire, le juvénat, l'école primaire catholique, etc,) qui jadis ont fait la fierté de Nlong, s'avère impérieux et important car la paroisse d'origine du premier évêque camerounais2 mérite tous les honneurs.

1 J.P.Messina, «Contribution», p.268.

2 Mgr. Paul Etoga est mort le 13 mars 1998 à l'age de 87 ans.

SOURCES ET REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

I. DOCUMENTS D'ARCHIVES

A. Archives de l'archidiocqse de Yaoundé (AAY)

1. Notes sur le partage du vicariat du Cameroun, le 30 Juin 1927.

2. Projet de création d'un vicariat apostolique au Cameroun

3. Rapport du conseil du vicariat apostolique du Cameroun, le 12 Décembre 1931

4. Réflexion sur la lettre et le rapport de Rigobert Owono à Mgr. Etoga, le 22 Juin 1973.

5. Rapport quinquennal de l'archidiocèse de Yaoundé le 26 Décembre 1955.

B. Archives de la Mission Catholique de Nlong (AMCN)

1. Rapport annuel de la Mission Catholique de Nlong 1931/1 932

2. Rapport annuel de la Mission Catholique de N long 1936/1937

3. Rapport annuel de la Mission Catholique de N long 1945/1946

4. Rapport annuel de la Mission Catholique de N long 1954/1955

C. Archives du Diocèse de Mbalmayo (ADM)

1. Anonyme, Réflexion sur la vie chrétienne, mémoire pastoral de Mgr. Paul Etoga, Mbalmayo, 1995.

2. Etoga P., Circulaire N° 18, Janvier 1965

3. Etoga P., « Notice sur le diocèse de Mbalmayo 1961-1986 »

D. Archives Nationales de Yaoundé (ANY)

1. 3 AC 4105, Statistique des Missions Catholiques 1956-1957

2. APA 10384/J, Rapport de Mgr. Vogt au gouverneur Marchand sur l'oeuvre des missionnaires catholiques du vicariat du Cameroun, 3 Septembre 1926.

3. APA 10559/B, Les Eglises indigènes.

4. A PA 1 0560/A, Culte catholique - Père du Saint Esprit - Incident divers- Rapport avec Mgr. Vogt 1929-1937.

5. APA 10572/J, Pères du Saint Esprit.

6. APA 1 1935/C, Sixa 1949.

II. LISTE DES PERSONNES INTERVIEWEES

Noms et prénoms

Age

Statut social

Lieu et date de
l'entretient

Balla Athanase

84 ans

Ancien évêque du diocèse de Bafia.

Yaoundé, le 15/11/2007

Ebodé Joseph

68 ans

Technicien du génie civil retraité.

Nlong, le 07/12/2007

Ekani Marc

63 ans

Militaire retraité

Nlong, le 15/05/2007

Essengué Puis

90 ans

Frère de la CFSC

Nlong, le 06/12/2007

Mebara Stephanie

44 ans

Soeur de la CFM

Yaoundé, le 18/12/2007

Messi Charles

52 ans

Chef catéchiste actuel de la paroisse de Nlong

Nlong, le 06/12/2007

Meyong Engelbert

54 ans

Prêtre. Ancien Supérieur du
petit séminaire de Mbal mayo

Mbalmayo, le
26/01/2008

Nama Bathelemy

40 ans

Prêtre

Yaoundé, le 14/01/2008

Nama Berthe Lucien

47 ans

Curé actuel de la paroisse de Zoa

Zoa, le 15/01/2008

Nama Joseph

80 ans

Prêtre

Mbalmayo, le
26/01/2008

Ngah Brigitte

88 ans

Agricultrice

Nlong, le 11/05/2007

Nguenda Pauline

75 ans

Soeur de la CFM

Yaoundé, le 18/1 2/2007

Nzié Théodore Léandre

40 ans

Curé actuel de la paroisse de Nlong

Nlong, le 06/12/2007

Tsanga Gabriel

80 ans

Technicien agricole retraité

Nlong, le 06/1 2/2007

Tsanga Jean

66 ans

Agent de l'Etat retraité

Nlong, le 09/1 2/2007

III. OUVRAGES

1. Beaud M., L'art de la thèse, Paris, La découverte, 1985

2. Bilongo B., Les pahouins du sud Cameroun, inventaires bibliographiques, connaissance des fang- Ntoumou- Mvae - Boulou - Beti (Eton, Manguissa, Mvelé, Béné, Ewondo), Yaoundé, St. Paul, 1970.

3. Bosch D., Dynamique de la mission chrétienne, Paris, Karthala, 1995.

4. Criaud J., Ils ont planté l'Eglise au Cameroun, les palottins 1980-1915, Yaoundé, Ima, 1989.

- La geste des spiritains, histoire de l 'Eglise au Cameroun 1916-1990, Yaoundé, St Paul, 1990.

5. Dammann E., Les religions de l'Afrique, Paris, Payot, 1978.

6. Dussercle R., Du Kilimandjaro au Cameroun, Monseigneur F. X. Vogt 1870-1943, Paris, La colombe, 1954.

7. Etoga P., Mon autobiographie, Bonn, Chanoine, 1995.

8. Ki-zerbo J., Histoire de l'Afrique Noire d'hier à demain, Paris, Hatier, 1978.

9. Laburthe Tolra P., Initiation aux sociétés secrètes au Cameroun. Essai sur la religion Béti, Paris, Karthala, 1985.

- Vers la lumière ou le désir d'Ariel à propos des Béti du Cameroun, sociologie de la conversion, Paris, Karthala, 1999.

10. Loung J.F., Géographie du Cameroun, Paris, Hatier, 1973.

11. Medewalé et Agossou, Christianisme africain, Paris, Karthala, 1987.

12. Messina J.P. et Slageren J.V., Histoire du christianisme au Cameroun, des origines à nos jours, Paris, Karthala, 2005.

13. Messina J.P., Une grande figure chrétienne au Cameroun ; Joseph
Zoa (1985-1971)
, Yaoundé, CDO, 1989.

14. Mveng E., Histoire du Cameroun, Tome II, Yaoundé, CEPER, 1985.

15. Ngongo L.P., Histoire des forces religieuses au Cameroun, Paris, Karthala, 1982.

- Histoire des institutions et des faits sociaux du Cameroun, Paris, Berger Levrault, 1987.

16. Olson J., Histoire de l 'Eglise : vingt siècles et six continents, Yaoundé, CLE, 1972.

17. Ossama N., L 'Eglise de Yaoundé : aperçu historique, Yaoundé, St. Paul, 1997.

18. Santor C. et Bopda A., Atlas régional du Sud Cameroun, Paris, ORSTOM, 1995.

19. Seumois A., Théologie missionnaire. Section I. Délimitation de la fonction missionnaire de l 'Eglise, Rome, OMI, 1973.

20. Slageren J.V., Histoire de l'Eglise en Afrique, Yaoundé, CLE, 1969.

IV. THESES ET MEMOIRES

A. Thèses

1. Messina J.P., «Contribution des camerounais à l'expansion de l'Eglise

catholique : le cas des populations du Sud Cameroun 1890-

1961», Thèse de doctorat 3e cycle en Histoire, Université de

Yaoundé, 1988.

2. Mvogo W., «La mission de l'Eglise catholique au Cameroun en général et chez les Béti en particulier de 1890 à 1961», Thèse de doctorat de 3e cycle en Théologie catholique, Université de la propagande, Rome, 1979.

B. Mémoires

1. Abessolo E., «L'épiscopat de monseigneur Paul Etoga : 1955-1987», Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS, 2000.

2. Anya J.B., «L'épiscopat de Mgr. René Graffin au Cameroun 1931-1961», Mémoire de DI PES II en Histoire, ENS, 1997.

3. Ayissi Mbida A.M., «La Mission Catholique de Mvolyé 1901-1961 ; 60 ans d'une évolution religieuse authentique», Mémoire de DI PES II en Histoire, ENS, 1997.

4. Massi Gam's D., L'évolution complexe de l'évangile en rapport avec la culture dans l'histoire de l'Eglise en Afrique : cas du Cameroun au 20e siècle», Mémoire DETA, Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé, 1994.

5. Mbida E., «Les langues locales et l'évangélisation des populations du sud Cameroun : le cas des Ewondo chez les catholiques 1901- 1960», Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS, 1999.

6. Nga Mballa J., «La contribution de la Mission Catholique au développement de Nkometou : 1949-1990», Mémoire de DI PES II en Histoire, ENS, 2004.

7. Ngongang E., «Le sixa à l'ouest du Cameroun sous administration française», Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS, 2004.

8. Ntsama Seme A., «Les relations entre l'administration et l'Eglise catholique dans la région du Nyong et Sanaga : 1922- 1960», Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS, 1995.

9. Owona M.J.G., «La mission catholique de Nlong (1923-1966) : origine et évolution», Mémoire de DIPES II en Histoire, ENS, 1998.

V. ARTICLES ET AUTRES DOCUMENTS

1. Anonyme, Catéchisme de l'Eglise catholique, Paris, Mame/Plon, 1992.

2. L'Effort camerounais, N° 64 du 16 au 22 Décembre, 1956.

3. L'Effort camerounais, N° 190 du dimanche 24 Mai 1959.

4. L'Effort camerounais, N° 207 du 4 Octobre 1959

5. L'Effort camerounais, N° 213 du 15 Novembre 1959

6. L'Effort camerounais, N° 217 du 13 Décembre 1959.

7. L'Effort camerounais, N° 372 du 13 Janvier 1963.

8. Messina J.P., « La recherche sur l'histoire du christianisme au Cameroun. Bilan et perspective » in Africa Zamani, N° 20, 1983

9. Mbarga A., « Larme à Mbalmayo : le diocèse pleure son premier évêque » in CPS Echos, N° 2, Mars 1998.

10. Nleb bekristen, Bi mensuel, N° 227 du 20 Janvier 1956

11. Raymond J., « Mission et inculturation » in Vie et foi, Spiritus N° 98, Paris, 1985.

DOCUMENTS ANNEXES

88

90

Source : AAY, Rapport quinquennal de l'archidiocèse de Yaoundé le 26 Décembre 1955

93

95

Source : AMCN, Rapport annuel de la mission catholique de Nlong de 1936-1937

Source : ADM, Registre des condoléances à la mémoire de Mgr. Paul Etoga