Sommaire
DEDICACE
3
REMERCIEMENTS
4
LISTE DES ABREVIATIONS
6
INTRODUCTION GENERALE
10
CHAPITRE I : APPROCHE DE LA COLLECTE DE
DONNEES
13
A. CADRE THEORIQUE
13
I.1. Justification du choix du thème
13
I.2. Définitions des Concepts
14
I.3. Problématique
15
I.4 Objectif Principal
19
Hypothèses de recherche
19
B CADRE METHODOLOGIQUE
20
I.1. Présentation du champ
d'étude
20
II.2. Méthode ou Paradigme d'Analyse
29
II.3. Les techniques des collectes de
données
30
II.4. Difficultés rencontrées.
33
CHAPITRE II : ORGANISATION DES DIFFERENTS
ACTEURS DANS LA GESTION CONCERTEE DES RESSOURCES NATURELLES DES LACS DE LERE ET
TRENE
34
II.1. Les différents acteurs dans la gestion
des Lacs-Léré et Tréné.
34
II.2. Organisation des zonages et utilisation des
surfaces des Lacs.
39
SOURCE : NOS DONNEES
46
CHAPITRE III : LA DIVERSITE BIOLOGIQUE DES
LACS DE LERE
47
III.1. Les ressources végétales
exploitées
47
III.2. Les ressources fauniques des Lacs.
48
CHAPITRE IV : LES AIRES DE REPARTITION DES
LAMANTINS ET LES CAUSES D'EXTINCTION.
58
4.1. Situation Générale
58
4.2 Les causes d'extinction des Lamantins
60
Le lamantin Ouest africain est inscrit en tant que
« vulnérable » sur les listes de l'Union
Internationale de Conservation de la Nature (UICN), avec un déclin
numérique de 20 % sur une période de 10 ans. Il est inscrit
à l'annexe II de la Convention relative sur le commerce international
des espèces de faune et flore sauvages menacés d'extinction
(CITES), dite convention de Washington de 1973.
60
CHAPITRE V : LES STRATEGIES DE GESTION
CONSERVATOIRE ET PARTICIPATIVE
68
5.1 La Volonté Politique
68
5.2 Développement Rural
intégré (DRI).
70
5.3. Motivation éthique et rôle de
l'éducation environnementale.
71
5.4. La participation des
bénéficiaires
73
5.5. Information, éducation,
communication/Behavior Change Communication (IEC/BCC)
75
5.6. Les principales sources de communication
77
5.7 La formation des acteurs
78
5.8. Les solutions envisageables
79
Conclusion générale
81
BIBLIOGRAPHIE
83
Annexes
87
ANNEXE I
88
ANNEXEII
96
ANNEXE III
97
ANNEXE IV
98
ANNEXE V : croquis des espèces
piscicoles
99
DEDICACE
A ma grande mère paternelle HINPINRE Sara, qui de son
vivant n'a cessé de formuler ses voeux de prospérité pour
son petit fils.
REMERCIEMENTS
Ce parcours positif, nous le devons à un certain
nombre d'institutions et personnalités qui ont servi de cadre
administratif à ce succès :
La Direction du Centre Régional de Recherche Ecologique
et de Formation Environnementale pour Lutter contre la Désertification
(CREFELD) à Sarh (Tchad), le Département de
Géographie de l'Université de N'Djaména, ont joué
un rôle fondamental et déterminant dans la réalisation de
ce mémoire.
Nous remercions à double titre d'une part, le Dr.
Passinring KEDEU pour avoir accepté de diriger ce travail, en
dépit de ses kyrielles occupations et de l'avoir fait avec beaucoup
d'abnégation, et d'autre part pour son appui matériel pendant
tout le temps qu'a durée notre recherche.
Nous exprimons nos profondes gratitudes à l'endroit du
Dr Adoum NGABA Waye, Directeur Général du CREFELD et à
tous les enseignants et missionnaires du centre, qui ont donné le
meilleur d'eux -mêmes pour notre formation.
Nous ne saurions oublier nos collaborateurs de terrain, le
Gong de Léré, sa majesté GONTCHOMME III, le Sous-
préfet, l'équipe de l'antenne de la Deutsche Gesellschaft
für Technische Zusammenarbeit (GTZ) de
Léré, la Direction locale des eaux et pêche et de la faune,
les comités de gestion des associations villageoises, le Comité
villageois de Surveillance (CVS), les chefs de villages, la
Direction de Ressources en Eaux et de la
Météorologie(DREM) pour leur franche
collaboration qu'ils nous ont témoigné lors de nos visites de
terrain.
Nous ne voulons pas perdre de vue l'hospitalité et la
disponibilité des responsables de groupements, des autorités
administratives et traditionnelles, des responsables techniques, des
responsables de certaines associations... qui nous ont aidé dans
l'accomplissement de ce travail.
- Que les collègues du CREFELD, de la
World Vision Chad et l'Equipe de la Cartographie du RGPH2
(Deuxième Recensement Général de La Population et de
l'Habitat) trouvent ici notre témoignage de reconnaissance pour les
divers soutiens qu'ils m'ont apporté.
- Nous restons particulièrement reconnaissant à
l'endroit de Bersambé PABANGOU pour le soutien et l'accueil tant
chaleureux dont il a fait montre durant notre séjour pour les
études à Sarh.
- Nos remerciements vont également à l'endroit
de toutes les bonnes volontés, qui ont bien voulu apporter leur source
orale pour la réussite de ce travail en particulier :
- M. Abakar SALEH
- M. Ponlalbé MAGE
- M. Neusolbé OUADOU
- M.Patehalet ZOUYAHNE
- M. Adamou MAHAMAT
- M. Chaïbou BAGOUDOU
- M. François TCHONZOUMBO
- M. Dara LAOUBEUL
- M. Dessou Yosia
Enfin, que notre famille trouve ici l'expression de notre
attache pour le réconfort moral, l'incitation au quotidien qu'elle nous
a témoigné et qu'il nous soit permis de dire aux cadets
d'emboîter les pas.
Que tous ceux qui ont contribué à la
réalisation de ce travail retrouvent ici l'expression de notre
sincère reconnaissance.
LISTE DES ABREVIATIONS
CFA : Communauté
Financière Africaine
CITES : Convention relative sur le
commerce international des espèces de faune et flore sauvages
menacés d'extinction
CREFELD : Centre Régional de
Recherche Écologique et de Formation Environnementale pour
Lutter contre la Désertification
CVS : Comité Villageois de
Surveillance
DDT: Dichloro-diphenyl- trichloroethane
DREM : Direction de Ressources en Eau et
de la Météorologie
GTZ : Deutsche Gesellschaft für
Technische Zusammenarbelt
ILOD : Instance Locale d'Orientation et
de Décision
MEE : Ministère de
l'Environnement et de l'Eau
ONG : Organisation non
Gouvernementale
PCGRN : Projet de Conservation et de
Gestion des Ressources Naturelles
PNUD : Programme des Nations Unies pour le
Développement
PNUE : Programme des Nations Unies pour
l'Environnement
PRODALKA : Programme de
Développement Rural Décentralisé du Mayo- Dallah du Lac
Léré et de la Kabbia
RFBL : Réserve de Faune de
Binder- Léré
RGPH2 : Deuxième Recensement
Général de la Population et de l'Habitat
UICN : Union Mondiale pour la
Conservation de la Nature
UNESCO: United Nations Educational,
Scientific and Cultural Organization.
ZMD : Zone de Mise en Défens
ZPI : Zone de Protection
Intégrale
Table des illustrations
Liste des cartes
Carte n°1 : Situation
géographique ........................................................................................10
Carte n°2 : Situation de la zone
d'étude..................................................................................21
Carte n°3 : système d'alimentation des lacs
de
Léré..................................................................22
Carte n°4 : carte de Zonation pour une gestion durable
des lacs de Léré .......................................40
Liste des figures
Figure n°1 : fluctuation moyenne mensuelle de la
hauteur des eaux de lac ....................................24
Figure n°2 : relation entre maximums hydrologiques
et pluviométriques.........................................24
Liste des photos
Photo n°1 : zone de mise en défens de
Dissing........................................................................42
Photo n°2 : champs de berbéré sur les
abords du lac de
Léré......................................................44
Photo n°3 : les carrières des briques sur les
berges des lacs de
Léré...........................................45
Photo n°4 : quelques espèces
capturées.................................................................................48
Photo n°5 : les
lamantins......................................................................................................53
Photo n°6 : une femelle
allaitante..........................................................................................54
Photo n°7: Squelette du
lamantin..........................................................................................55
Photo n°8 : Chute
Gauthiot.................................................................................................76
Liste des schémas
Schéma n°1 : localisation des sites des
lamantins
...........................................................................60
Schéma n°2 : méthode de
Saraar........................................................................................74
Schéma n°3 : une réserve de
biosphère...............................................................................80
Liste des tableaux
Tableau n°1 : variation pluviométrique
saisonnière et
interannuelle..............................................23
Tableau n°2 : liste de quelques essences fauniques de
la zone d'étude........................................25
Tableau n°3 : liste de quelques essences floristiques
de la zone d'étude......................................26
Tableau n°4 : populations riveraines des Lacs de
Léré et
Tréné..................................................35
Tableau n°5 : type d'activités menées
dans chaque zone..........................................................46
Tableau n°6 : biodiversité des espèces
végétales des
plaines....................................................47
Tableau n°7 : nomenclature des espèces des
poissons aux lacs de Léré ....................................49
Tableau n°8: répartition par village des zones de mis
en défens ................................................59
Tableau n°9 : période de pêche de
l'année par type
d'engin......................................................63
Résumé :
Les lacs de Léré faisant partie
intégrante de dans la Réserve de Faune Binder
-Léré (RFBL) sont assez riches en
matière de biodiversité , beaucoup d'espèces phares y
sont représentées en dépit de la pression
démographique et agropastorale , la pêche , le braconnage , les
feux de brousse mal utilisés et surtout mal maîtrisés qui
menacent les réserves , sans perdre de vue les activités
illégales et la valeur marchande des ressources naturelles. Les
lamantins ; mammifères aquatiques sont en danger car ils subissent
une réduction leur effectif depuis de nombreuses années et se
trouvent aujourd'hui dans une situation très précaire, qui en
l'absence d'une prise de conscience et de mesures de protection risqueraient de
les mener progressivement vers une disparition totale au sein de
l'écosystème lacustre de Léré. En dehors, des
causes naturelles qui induisent la dégradation des ressources
biologiques, l'homme constitue « un danger » pour
les espèces. Il demeure « le véritable
prédateur » pour les Lamantins qui sont chassés
pour leur chair et leur graisse bien qu'ils soient légalement
protégés. La menace de leur existence se traduit aussi par
destruction de leur habitat. Cet habitat se réduit sous la pression des
actions anthropiques (les systèmes agricoles et pastoraux, les
techniques de capture...), qui sont autant d'écueils pour la survie des
lamantins.
La faiblesse dans l'application de la loi, les
affinités dans la résolution des problèmes, les pots de
vin ou la corruption sont monnaies courantes. Certaines pratiques culturelles,
les croyances et les usages traditionnels ne favorisent pas la gestion
durable des ressources naturelles, ni ne conduisent à une
adhésion à la politique de conservation.
Le renforcement de l'implication effective des
communautés riveraines dans la gestion des réserves de ressources
biologiques a été défini comme une priorité avec un
partage des retombées économiques. Les campagnes de
sensibilisation de la population sur l'importance de la biodiversité
et des aires protégées et l'utilisation des medias pour la une
prise conscience sont des moyens les plus utilisés. L'accentuation de la
sensibilisation, de l'information et de l'éducation mésologique
à l'endroit des communautés riveraines, des autorités
administratives, judiciaires, militaires et traditionnelles sur les
dispositions législatives et règlementaires en matière de
gestion des ressources naturelles pourrait être une mesure incitative.
MOTS CLES : lamantins, gestion
participative, ressources naturelles, biodiversité, lacs, environnement,
réserve de faune.
ABSTRACT
The lakes of Léré are Fauna Reserve of Binder
Léré. They are rich enough in biodiversity; many important
species live there despite demographic growth and agro pastoral activities.
Fishing, poaching and bush fire are wrongfully made and threaten mercilessly
that reserve. These activities are illegal and cause the disappearance of
natural resources. Manatees - aquatic animals are endangered because their
numbers have been reducing for years. They are being threatened until now .if
people are not aware of that situation and if there is no protective measures
these species will progressively disappear completely in the ecosystem of
Léré`s lakeside.
Apart from natural phenomena which cause damage of biological
resources, man is a danger for these species. He is a real predator for the
manatees which are caught for the best meat and for their fats. Although they
are legally protected, the threatening of their life is also due to their
habitat destruction. That habitat is reducing because of the anthropogenic
actions (farming and pastoral systems, the catching techniques are threatening
manatees' life too.)
The lightness in applying the law, affinity in solving problems,
the bribe or corruption are regular practices. Moreover some cultural
practices, beliefs and traditional practices neither favor the lasting natural
resources management nor the adhesion of the political conservation.
The complete reinforcement of the involvement of riverside
communities to the management of biological reserves resources has been defined
as priority by the sharing of economic income.
The campaigns of the sensitization of the population about the
importance of the biodiversity and the protected surface are the means used to
make people aware of the situation. Therefore sensitization, information and
education of the riverside communities are emphasized.
The administrative, judicial, military and traditional
authorities are infirmed about the legislative conditions. The regulation on
natural resources management might be a good initiative.
Key words: manatees, natural resources management,
biodiversity, the lakes of Léré, communal management of natural
resources.
INTRODUCTION GENERALE
Les parcs nationaux, les réserves de faune et autres
sites ont au moins eu le mérite de demeurer dans la mesure du possible
d'importants refuges pour une reproduction « in situ » des
espèces animales et végétales, dans un contexte de
dégradation accélérée de l'environnement. Le Tchad
dispose de deux parcs nationaux, sept réserves de faunes, d'une
réserve de biosphère et onze forêts classées.
Le réseau des aires protégées du Tchad
correspond à une superficie de 131 841 km² 1(*) soit environ 10% du
territoire national dont : 4140 km² de parcs nationaux, 110.800
km² de réserves de faune, 14931 km² de forêt
dansées et 1970 km² de biosphère (Direction de parc et
réserve des faunes, octobre 1991). Dix aires protégées,
sur la validité du PNUE sont jugées indispensables pour freiner
la tendance à l'épuisement des espèces. Il s'agit de parcs
nationaux de Zakouma et de Manda, des réserves des faunes du Barh
Salamat, Siniaka-Minia, d'Aboutelfane, de Binder-Léré, de
Ouadi-Riné-Ouadi-Achan, de Fada Archeï et de Mandelia et la
réserve de Biosphère du Lac Fitri.
Carte n°1 : Situation
Géographique

La réserve de faune de Binder-Léré,
créée le 24 mai 1974 et centrée sur le 9°84' de
latitude Nord et et limitée par les méridiens 14°16' et
14°72 de Longitude Est. Son altitude varie entre 280 et 500 mètres.
Elle couvre une superficie de 135.000 ha et abrite deux lacs naturels : le
Lac Léré et celui de Tréné. On y trouve une
population de Lamantins, d'hippopotames, des varans d'eau, de crocodiles, de
tortues et autres reptiles. La faune terrestre est composée entre autre
de damalisques, de bubales, de girafes, d'hyènes, des phacochères
etc.
Les ressources halieutiques des Lacs de Léré
subissent une forte pression . Cette pression a pour conséquence la
baisse des prises, qui a justifié la mise en place des zones de
protection. Une gestion concertée, s'appuyant sur les connaissances du
milieu des populations riveraines, nécessaire pour préserver ces
milieux lacustres fragiles (P.Dagou et al. 2005).
Depuis plusieurs décennies, le Tchad, comme toute
l'Afrique au Sud du Sahara subit des crises bioclimatiques aux
conséquences socio-économiques importantes. Le potentiel
halieutique est fortement dépendant de la pluviométrie.
L'irrégularité très accentuée des pluies ces
dernières années et l'augmentation de la population
s'accompagnent d'une dégradation des ressources naturelles existantes
qui se traduit par la sécheresse édaphique, la baisse de la
productivité des sols, l'extension des surfaces cultivées, le
développement de l'élevage, la déprise du couvert
végétal et l'altération générale des milieux
naturels avec apparition de nouveaux faciès paysagers (P.Kedeu,
2006).
Le département de Lac Léré, cadre
administratif de notre étude, n'échappe pas à cette
situation de crise. Située à l'extrême Sud-ouest du Tchad,
la région de Léré est l'une des régions les plus
peuplées du pays. Une densité qui s'explique en partie par la
présence des Lacs. La région constitue de nos jours un pôle
d'attraction d'une population cosmopolite à cause des
potentialités agricoles, halieutiques, pastorales et économiques
qu'elle offre. Cette attractivité entraîne des habitudes de
consommation et de production non viables, la perte des connaissances
traditionnelles et la recrudescence des actes de vandalisme.
En effet, des efforts sont entrain d'être faits en
matière de gestion durable des ressources naturelles. Ces efforts sont
matérialisés par l'émergence des organisations à
caractère régional, national, local, les associations des amis
des animaux et les ratifications de nombreuses conventions sur la
biodiversité, sur les changements climatiques etc.
Cependant, les conférences et séminaires sur les
causes et effets pervers de la dégradation de la biodiversité
constituent désormais des tribunes d'information et de sensibilisation
en faveur de la protection de l'environnement. Les résolutions et les
recommandations émanant de ces rencontres internationales connaissent
quelques fois le sort du tiroir. L'impact des tentatives de préservation
ou de conservation des ressources naturelles est faiblement ressenti par la
population. Les modèles exogènes aux contenus non adaptés
au contexte local sont voués à l'échec. Cette situation
nous conduit à citer Shanti Basuet qui disait :
« nous ne pouvons prêcher un développement hors du
contexte des besoins du village. Mais lorsque les gens prennent leur sort en
main, tout devient possible ».
L'État à travers ses organes techniques ne doit
pas seulement opter pour la répression comme principale panacée
aux actes de vandalisme. Mais doit également promouvoir les mesures
d'incitation, la recherche et formation, l'éducation et sensibilisation
du public, des études d'impacts et réduction des effets
néfastes.
Le développement de toutes ces préoccupations
s'articule autour de cinq (5) chapitres :
1. Chapitre I : Approche de la collecte
de données
2. Chapitre II: Organisation des
différents acteurs et la Gestion concertée des ressources
naturelles des lacs de Léré
3. Chapitre III : La diversité
biologique des lacs de Léré
4. Chapitre IV : Les aires de
répartition et les cause d'extinction des lamantins
5. Chapitre V : Les stratégies de
gestion conservatoire et participative
Ce travail présente des insuffisances tant sur le fond
que sur la forme. Pour cela, comme le dit une locution étrangère
« Errare humanum est », nous conjurons le lecteur
d'en excuser, car cela résulte de la limite de l'intelligence
humaine.
CHAPITRE I : APPROCHE DE LA COLLECTE DE DONNEES
A.
CADRE THEORIQUE
Le présent chapitre traite de la justification du choix
du thème, de la définition des concepts opératoires, de la
problématique, des objectifs et des hypothèses de recherche.
I.1. Justification du choix du thème
La faune et la flore sauvages du Tchad subissent une
exploitation intense. Les animaux sont braconnés tout le long de
l'année, jours et nuits, sans distinction d'âge. Cette situation
provoque l'extinction de certaines espèces animales, confirmant le
péril du potentiel biologique. Il en résulte un appauvrissement
floristique, du fait que la régénération de certaines
espèces végétales dépendait étroitement des
animaux disparus.
Pour éviter la disparition des animaux et des plantes
disséminateurs et veiller à leur renouvellement naturel, la mise
en place des systèmes de conservation tant des écosystèmes
que des aires protégées s'impose. La sauvegarde de la
biodiversité préconisée dans le cadre d'un programme
d'aménagement interdisciplinaire intégrant les facteurs humains
et ceux de l'environnement pour une gestion durable des ressources biotiques.
La conservation et la protection du patrimoine biologique et
génétique permettent de conserver « in situ »
des espèces sauvages telles que les Lamantins en y faisant respecter
strictement les réglementations existantes sur la pêche, la chasse
dans les aires protégées.
La politique de conservation de la faune et de la flore
n'accordait pas à la population et aux actions populaires un
intérêt significatif, hormis la promotion de certaines
espèces d'intérêts économiques et commerciaux car
elle a été mal définie au début. Le manque d'une
intégration nécessaire entre la politique environnementale et les
autres politiques sectorielles relatives au développement a conduit
à un cloisonnement des institutions impliquées dans la mise en
oeuvre des politiques nationales d'environnement. Les écosystèmes
naturels que sont les forêts, les savanes, les pâturages et les
terres de parcours, les cours d'eau, les lacs etc. sont, un vivant
témoignage de la diversité biologique de la terre qui se trouve
aujourd'hui menacée .Cette menace est due à la destruction de
l'habitat des animaux, à la pression des systèmes agricoles,
à la pollution...
Il faut agir sans tarder et avec détermination pour
préserver et conserver les gènes, les espèces et les
écosystèmes afin d'assurer une gestion et une utilisation
durables des ressources biologiques que sont les lamantins. La réserve
de faune de Binder-Léré (RFBL) renferme une flore et une faune
riches, des chutes d'eau, des vallées et des lacs. Les lacs de
Léré, très poissonneux, constituent également le
lit de certains mammifères notamment les lamantins. Cette
espèce présente une grande richesse touristique pour le pays,
mais malheureusement trop prisée par les braconniers à cause de
la valeur marchande de sa chair et surtout de son huile. Il est
avéré que si les efforts ne sont pas déployés, sa
disparition serait irréversible. C'est pourquoi les communautés
locales, les autorités nationales et la communauté internationale
s'emploient à sa protection.
A travers cette étude, nous comptons faire
l'évaluation de la gestion des ressources naturelles et les efforts
conjugués à l'échelon national afin de mesurer le niveau
de protection à l'échelle locale des écosystèmes
lacustres sans perdre de vue la participation et l'appui des instances locales
ainsi que l'appui de la coopération internationale.
I.2. Définitions des Concepts
La définition des concepts clés dans un travail
de recherche est d'une importance capitale, car elle permet d'éviter
toute confusion, de s'écarter des « évidences
aveuglantes » ou du sens commun et facilite la compréhension
du thème. Ainsi, est-il judicieux de définir dans ce thème
les concepts suivants : gestion des lamantins ; conservation des
ressources naturelles, survie des populations.
I.2.1. Le Concept de Gestion
de Lamantins
Le terme gestion signifie action ou manière de
gérer, d'administrer, de diriger, d'organiser quelque
chose2(*). Quant au
« lamantin », il désigne un mammifère
herbivore et non ruminant, au corps massif ; atteignant 4 à 6
mètres de long et pesant jusqu'à plus de 500 kg. Genre
trichechus et de l'ordre des siréniens. Il existe
quatre espèces au monde :
1. Le lamantin d'Afrique (Trichechus senegalensis)
que l'on trouve sur la Côte occidentale africaine et au Tchad, plus
précisément dans les lacs-Léré.
2. Le lamantin d'Amérique du sud (Trichechus
inunguis) qui vit dans le bassin amazonien.
3. Le lamantin de Martinique (Trichechus manatus).
4. Le lamantin de Floride (Trichechus manatus
Latirostris.
La gestion des Lamantins peut se définir comme un acte
réfléchi qui, partant de la connaissance de la ressource et de
son fonctionnement. . La gestion permet d'atteindre un niveau d'abondance, ce
qui sous-tend que les prélèvements des ressources naturelles
considérées comme épuisables ne doivent pas excéder
la productivité.
La gestion à travers des techniques appropriées
permet d'éviter une diminution inquiétante, un seuil critique
considéré comme une menace à la durabilité
recherchée.
I.2.2 Conservation des
ressources naturelles
Le mot conservation veut dire maintenir intact, dans un
même état. Les ressources naturelles quant à elles
désignent un ensemble des potentialités qu'offre le milieu
physique. Ainsi, les sols, les eaux, la flore, la faune sont des exemples de
ressources naturelles.
La conservation des ressources naturelles doit être
bénéfique pour la société à court et
à long terme. Pour le long terme, ce choix repose sur le postulat que le
patrimoine naturel doit être transmis aux générations
futures car s'il disparaît, il ne peut être reconstitué par
l'homme.
I.2.3 Survie de
populations
La survie est le fait de survivre, de continuer à
exister en dépit des difficultés rencontrées et la
population est un ensemble des habitants d'un espace déterminé.
Pour une question de survie, l'homme de par son génie transforme
l'environnement pour pouvoir se maintenir. Il devient tributaire de
l'environnement pour assurer sa survie, il doit exploiter les ressources
naturelles faisant face à lui. Cette exploitation est à but
alimentaire quand elle est irréfléchie, irrationnelle c'est
à dire quand les prélèvements ne tiennent pas compte de la
productivité. Cela conduit à un déséquilibre qui
menace ainsi non seulement les vies animales et végétales mais
aussi celle de l'homme. C'est en mettant en évidence
l'intérêt d'une exploitation raisonnée que l'on peut faire
intervenir les populations locales à une règlementation pour
avoir ainsi les chances de la faire respecter.
I.3. Problématique
Les ressources naturelles constituent les richesses d'un pays. Au
Tchad, la politique de conservation de ces ressources se manifeste
essentiellement par des actions de protection de la faune, de la flore et par
des opérations de restauration des aires protégées. La
répression reste aussi pour le gouvernement une voie
privilégiée pour corriger les actes de vandalismes. La protection
et la conservation des ressources naturelles exigent de meilleurs moyens afin
de préserver la biodiversité ; pour conserver un
environnement biophysique de qualité et assurer aux
générations actuelles et futures de bonne condition de vie.
Les Lacs-Léré qui sont situés dans la
réserve de faune de Binder-Léré, une des plus importantes
aires protégées au Tchad. Elle a été
créée le 24/05/74 par décret présidentiel no
169/PR/EFPC/RNR/ (3(*)), en vue de conserver les richesses
naturelles (faune sauvage, flore et sites touristiques) de la zone. Cette
réserve a une superficie de 135.000 ha et a une importance
internationale car les Lacs-Léré et Tréné
renferment des espèces rares telles que les Lamantins.
L'Union Mondiale de Conservation de la Nature
(U.I.C.N) a eu à dénombrer 131 espèces de
mammifères au Tchad dont trois (3) seraient endémiques au plan
régional et menacées de disparition (4(*)).
Parmi les espèces menacées, figure le
Trichechus senegalensis (le Lamantin). Ce mammifère aquatique
est en danger car il subit une réduction d'effectif depuis de nombreuses
années. Il se trouve aujourd'hui dans une situation très
précaire, qui en l'absence d'une prise de conscience et de mesures de
protection risquerait de le mener progressivement vers une disparition totale
de l'écosystème lacustre de Léré.
Depuis les années 70, il règne dans les pays du
Sahel une sécheresse endémique. Les déficits
pluviométriques dus à des mauvaises répartitions
spatio-temporelles des pluies perturbent gravement l'équilibre de la
biodiversité. Les sécheresses qui persistent d'années en
années induisent des effets pervers sur les espèces animales,
végétales et ichtyologiques .Ces préalables se traduisent
par la mortalité, les perturbations des fonctions physiologiques
(sous-alimentation prolongée entraînant des troubles de
reproduction et un défaut d'engraissement) et le retard de
puberté. La bonne protection du sol assurée par le couvert
végétal est ainsi compromise par les sécheresses
récurrentes. Les sols dénudés sont exposés aux
rayons solaires et subissent des érosions éoliennes et hydriques
provoquant ainsi le rétrécissement par envasement des lacs.
En dehors, des causes naturelles qui induisent la
dégradation des ressources biologiques, l'homme constitue « un
danger » pour les espèces. Il demeure « le
véritable prédateur » pour les Lamantins qui sont
chassés pour leur chair et leur graisse bien qu'ils soient
légalement protégés. La menace de leur existence se
traduit aussi par destruction de leur habitat. Cet habitat se réduit
sous la pression des actions anthropiques (les systèmes agricoles et
pastoraux, les techniques de capture...), qui sont autant d'écueils pour
la survie des lamantins.
Les lacs de Léré sont devenus attrayants pour la
population riveraine qui y exerce une forte pression à travers
l'agriculture de contre saison, la fabrication des briques et la pêche.
La modification et la destruction des habitats constituent les plus graves
menaces pour les espèces biologiques.
La diversité biologique et la capacité
productive s'en trouvent amoindries. Et il est de plus en plus difficile aux
espèces d'effectuer des migrations saisonnières, par
conséquent de régénérer ses populations.
Les lamantins sont souvent la cible des pêcheurs.
Ceux-ci utilisent des engins prohibés. La senne tournante, cet engin de
pêche très peu sélectif capture avec beaucoup de
facilité les lamantins car les nageoires s'emmêlent,
empêchant ainsi aux victimes de monter à la surface de l'eau pour
respirer.
Animal très naïf, le lamantin se laisse
aisément approcher par l'homme. Étant lent par nature, il
n'arrive pas à réagir rapidement lorsqu'un hors-bord s'approche
et ne réalise pas que les hélices peuvent lui infliger des
blessures et des coupures au dos et aux nageoires qui peuvent lui être
fatales. Il ne peut vivre dans une eau à moins de 20°c à
cause de son faible métabolisme5(*).
Depuis le sommet de Rio de Janeiro en 1992, le Tchad s'est
engagé à mettre sur pied des mécanismes permettant une
protection efficace de la biodiversité. La convention internationale sur
la biodiversité a été ratifiée deux ans plus tard,
le 07 juin 1994. Ceci s'est manifesté par la promulgation de la loi
portant régime des forêts de la faune et de la pêche. Le
lamantin, est une espèce protégée par les conventions
internationales. Classé dans la catégorie A de la convention
Africaine pour la conservation des ressources naturelles et inclus dans
l'appendice de la convention sur les espèces en voie de disparition de
la faune et de la flore sauvage (CITES). Il est intégralement
protégé et ne peut en aucun cas être abattu, chassé
ou capturé sauf sur une autorisation spéciale du Ministre de
tutelle. Malgré cela, les lamantins continuent à payer le lourd
tribut du braconnage. Un lamantin de taille moyenne (300 à 500 kg), peut
fournir 10 à 15 litres d'huile après la fonte de sa graisse et un
litre peut rapporter facilement 15 000 à 30 000 FCFA au Nigeria
voisin6(*). Les pratiques commerciales
suscitent très vite des effets pervers, en conférant aux animaux
une valeur financière. Elles incitent à accentuer les
prélèvements pour en tirer profit. Les viols de la zone de
protection intégrale (Z.P.I) et des zones de mis en défens
(Z.M.D) s'expliqueraient par le comportement de certains individus et la
mauvaise foi des agents de contrôle qui ont à coeur de satisfaire
leur concupiscence pécuniaire et le gain facile.
Les lamantins sont en voie d'extinction par le fait
même, qu'ils sont protégés. Plusieurs lois ont
été édictées pour la protection des lamantins dont
les amandes très fortes pour ceux qui blessent ou qui en tuent. Des
solutions brutales sont parfois utilisées pour un problème bien
identifié mais dont les causes profondes n'ont pas été
bien analysées. La suppression de la chasse a souvent été
décrétée pour enrayer la diminution du gibier mais
l'expérience a démontré que dans les pays où la
chasse est totalement interdite, on note une recrudescence du braconnage et du
commerce illicite des animaux ou de leurs produits. Un bref rappel sur
l'historique de la gestion de la RFBL dénote qu'elle a connu
successivement trois formes de gestion (la gestion para-étatique, la
gestion exclusive par l'Etat, la gestion participative). Les deux
premières formes de gestion occultant l'approche participative sont
axées sur la répression et la coercition. Elles ont conduit
à une pêche anarchique et clandestine, au braconnage, à la
coupe abusive où les ressources disponibles étaient donc
exposées à des risques de dégradation.
Il apparaît bien évident que les
sévères mesures de protection ne constituent pas une solution
à la volonté de sauver les lamantins.
La présence d'une zone de protection intégrale
ou d'une zone de mise en défens est le plus souvent mal ressentie par
les populations riveraines d'autant plus qu'elles en sont souvent
été chassées, créant ainsi une frustration. Cette
situation a provoqué beaucoup d'incompréhensions, de
révoltes et des actes de sabotage. L'espace protégé
faisant l'objet de multiples convoitises, il est aujourd'hui fragilisé
par des prélèvements qui se trouvent en inadéquation avec
la productivité. L'État à lui seul ne peut s'approprier la
gestion de ces ressources. Une gestion participative impliquant les initiatives
locales sont à promouvoir pour préserver la biodiversité
lacustre.
A ce titre, les efforts de surveillance en vue de protéger
efficacement les lamantins doivent être renforcés. Tous les
partenaires de conservation de la nature et les autorités
administratives sont interpellés. Les actions de recherche et la
gestion des espèces menacées devraient être
renforcées par une volonté politique afin de maintenir la
biodiversité par une cohabitation harmonieuse et durable. Les efforts
consentis par les communautés locales pourraient contribuer au
renforcement de la protection des lamantins, qui constituent un patrimoine
naturel de première importance. La conservation de ces espèces
est fonction des paramètres suivants : écologique
psychologique, financier et économique etc.
Pour résoudre le problème de la pression des
communautés locales sur les ressources biologiques, il faudrait tenir
compte des besoins et intérêts de ces populations dans la
formulation des réglementations et les méthodes de gestion.
L'évaluation de la gestion des ressources halieutiques,
en particulier celle du lamantin, nous a conduit à un certain nombre de
préoccupations interrogatoires qui ont retenu notre attention,
notamment :
- Quels sont les efforts consentis jusque là par
l'État, les ONG et les communautés locales en matière de
conservation des ressources naturelles ? Des mesures sont-elles prises en
vue de connaître le nombre des siréniens des
lacs-Léré ?
- Quelles perceptions les populations riveraines ont-elles de
la conservation des ressources biologiques, en particulier les lamantins ?
Ont-elles adhéré à la volonté gouvernementale de
conserver la biodiversité ?
- Quelles sont les mesures d'accompagnement que
préconise le gouvernement afin d'éviter le gaspillage des
ressources halieutiques notamment des lamantins considérés comme
sources traditionnelles de protéines et de vertus thérapeutiques
par les populations riveraines ?
- La société civile de par sa nature, son
domaine et ses moyens intervient-elle efficacement dans le domaine de la
conservation des lamantins et de la biodiversité ?
- Le système éducatif et les médias
abordent-ils suffisamment les questions de la diversité
biologique ?
- Les spécialistes sont-ils bien formés ?
Sont-ils biens utilisés ?
- En fin le braconnage serait-il la seule cause qui menacerait
les lamantins ? Quelles pourraient être les autres causes
sous-jacentes qui conduiraient aussi à la dégradation de
l'écosystème lacustre ?
Telles sont les préoccupations autour desquelles, nous
aurons à réfléchir sur la gestion des ressources
biologiques des Lacs de Léré. Ces ressources qui doivent
être gérées de manière rationnelle en vue de
préserver et accroître la biodiversité. Une gestion
intégrée qui exige une collaboration entre les populations, les
ONG et l'appareil administratif chargé de la conservation.
Arriver à inculquer à la population, une
éducation relative à l'environnement qui aura pour but de former
une population consciente, préoccupée par des problèmes
environnementaux.
Eu égard à l'ensemble du problème
posé, nous avons eu à dégager un certain nombre
d'objectifs.
I.4 Objectif Principal
- Caractériser les types de menaces faites aux
lamantins et proposer de stratégies de conservation.
Objectifs spécifiques
- Identifier et analyser les problèmes qui conduisent
progressivement à l'extinction des lamantins et des ressources
naturelles en général dans la région lacustre de
Léré.
Identifier et hiérarchiser les menaces et leurs causes
directes et indirectes sur la biodiversité.
- Analyser les lacunes rencontrées par les institutions
en matière de la conservation de la biodiversité biologique.
- Analyser le cadre politique et législatif
régissant la gestion des ressources halieutiques, en particulier les
lamantins.
- Mesurer le degré de participation des populations
riveraines et leurs apports dans les projets de conservation des lamantins.
Afin de parvenir à ces objectifs, nous avons
avancé quelques hypothèses de recherche.
Hypothèses de recherche
· La non implication des populations riveraines aux
actions de conservation et de sauvegarde des lamantins entraîne un
sentiment de spoliation.
· La pauvreté et la corruption qui
gangrènent le pays font que les lois anti-braconnage ne sont pas ou peu
appliquées.
· En fin l'extinction des lamantins peut conduire
à un déséquilibre de l'écosystème aquatique.
B
CADRE METHODOLOGIQUE
Ce sous chapitre est consacré à la
circonscription du champ d'étude, à la présentation de la
méthode d'analyse et des techniques de collectes de données.
I.1. Présentation du champ d'étude
Dans la présentation du champ d'étude, il sera
dégagé le profil historique du terrain d'étude, sa
situation géographique et sociologique.
I. 1.1. Aperçu historique
Localité située au Sud-ouest du Tchad, dans la
région du Mayo-Kebbi Ouest, la Préfecture des
Lacs-Léré a vu entre le XIVème et
XVIIème siècle l'installation de l'ethnie Moundang
constituant le noyau ancien de son peuplement. Actuellement, les Moundang
partagent leurs terres avec les peuls ou foulbés, musulmans
arrivés du Nigeria au XIXème siècle ainsi que
des groupes minoritaires tels que les Haoussa, peuple pêcheur originaire
du Nigeria et quelques pasteurs transhumants que sont les Mbororos en
provenance du Niger.
Structuré autour d'un pouvoir central
représenté par le Gong, chef suprême, le peuple moundang
est un peuple très conservateur des valeurs de la tradition
malgré l'omniprésence du christianisme et d'autres confessions
religieuses. Au pays moundang, la gestion des ressources naturelles est
placée sous l'égide du Gong qui délègue ses
pouvoirs à ses ministres (les lakali) qui appartiennent aux
différents clans que compose l'ethnie moundang. Chaque clan doit veiller
à la bonne gestion des ressources ou du département qui lui est
confié. Par exemple, la gestion des plans d'eau et des ressources
halieutiques est confiée aux « Pah Bii »
(chef de bord). En effet l'eau et les ressources qu'elle génère
appartiennent exclusivement au clan
« Theuré ». Les Theuré ont la
responsabilité d'administrer les eaux et les ressources halieutiques
contrairement aux « Gouworé » qui
s'occupent de la gestion des terres, les «
Ban-Seuh » de la défense du territoire etc.
I.1.2. Situation géographique
La préfecture des Lacs Léré comme son nom
l'indique englobe les lacs de Léré et de Tréné.
Elle s'étend sur environ 70 km d'Est en Ouest, et sur 40 km du Nord au
Sud. Les lacs de Léré et de Tréné, alimentés
par la rivière le Mayo-Kebbi, couvrent une superficie d'environ
46,7 km2 et regorgent de potentialités halieutiques et
pastorales énormes. Ils constituent la base vitale des populations
riveraines et de leurs bétails grâce à la diversité
d'espèces de poissons, de mammifères aquatiques et de zones
pastorales à forte potentialité fourragère. Ce patrimoine
naturel fait l'objet d'une convoitise et d'intense attractivité des
pasteurs transhumants. Les crocodiles, les pythons et tortues d'eau sont
également observés dans ses lacs.
Carte 2 : Situation de la zone d'étude

Photo7:
squelette du lamantin (cliché
Béakgoubé à travers l'Internet)
Source : Passinring Kedeu, 2006



Situés entre la latitude 9°35 et 9°41 Nord et
les longitudes 14°06 et 14°19 Est, les lacs de Léré et
Tréné reposent dans une cuvette tectonique d'âge
post-mésozoïque. C'est une cuvette à fond plat et aux
versants dissymétriques et d'une altitude moyenne de 233 mètres.
La cuvette qui retient le lac de Léré est séparée
au niveau de Lao par le cône de déjection de EL Ouaya ; c'est
à dire qu'on peut envisager que les deux lacs n'en faisait qu'un seul et
que, progressivement le cône de El Ouaya a scindé ce plan d'eau en
deux 7(*).
La région est parcourue par un réseau
hydrographique dense dont le Mayo-Kebbi constitue les cours d'eau
majeur. Affluent de la Bénoué, le Mayo- Kebbi traverse
les lacs de Léré et de Tréné en son centre. Le
relief, peu prononcé, correspond à celui d'une vaste paléo
pénéplaine faisant figure de la bordure rocheuse de la grande
cuvette tchadienne8(*). Il s'agit là du
socle granitique à roches métamorphiques et granitiques
recouverts au crétacé par des sédiments marins et
fluviatiles par une transgression venue de l'Ouest par la
Bénoué.
Carte 03 : système d'alimentation des
lacs de Léré
Source : Passinring Kedeu, 2006

I.1.3. Le contexte
bioclimatique
Le climat régional est de type sahélo-soudanien,
avec une tendance sahélienne influençant légèrement
le régime des pluies et des données hydrologiques des lacs. Les
précipitations connaissant une forte variation dans le temps avec des
hauteurs annuelles oscillant entre le simple et le double. Le caractère
aléatoire de la répartition temporelle des précipitations
a une incidence négative sur la superficie, la profondeur et le niveau
de lac de Léré et Tréné créant la
préexistence de surface insulaires et la précocité
d'étiage. La moyenne sur 33 ans, de 1973 à 2008 est de 916,46
millimètres avec un maximum de 1106 mm en 2004 et un minimum de
581millimètres en 1989 soit une amplitude de 525 millimètres (cf.
le tableau ci-dessous). Les températures varient de 31°6 à
46°44 pour les maxima et 17°44 à 13° pour les minima.
Tableau 1: variation pluviométrique
saisonnière et interannuelle
Année
|
J
|
F
|
M
|
A
|
M
|
J
|
J
|
A
|
S
|
O
|
N
|
D
|
TA
|
1973
|
0
|
0
|
0
|
12
|
29
|
218
|
234
|
246
|
105
|
62
|
0
|
0
|
906
|
1974
|
0
|
0
|
0
|
54
|
83
|
43
|
154
|
130
|
174
|
64
|
11
|
0
|
713
|
1975
|
0
|
0
|
0
|
05
|
61
|
182
|
146
|
392
|
287
|
13
|
0
|
0
|
986
|
1976
|
0
|
0
|
0
|
10
|
117
|
120
|
54
|
172
|
201
|
143
|
0
|
0
|
818
|
1977
|
0
|
0
|
0
|
**
|
62
|
111
|
248
|
264
|
101
|
34
|
0
|
0
|
820
|
1978
|
0
|
0
|
1,5
|
68,6
|
133
|
71
|
249,9
|
244,1
|
160,2
|
0
|
0
|
0
|
928
|
1979
|
0
|
0
|
26,3
|
62,8
|
132
|
121,4
|
150,8
|
126,2
|
241,8
|
28,3
|
0
|
0
|
889,6
|
1980
|
0
|
0
|
10,3
|
12,6
|
51,3
|
76,7
|
225,9
|
276,8
|
247,3
|
50
|
0
|
0
|
950,9
|
1981
|
0
|
0
|
0
|
18
|
176
|
52
|
176
|
144
|
93,9
|
29,2
|
0
|
0
|
689,1
|
1982
|
0
|
0
|
0
|
14,9
|
14,7
|
95,6
|
151,8
|
475,8
|
238'8
|
34
|
0
|
0
|
1025
|
1983
|
0
|
0
|
0
|
0,6
|
33
|
113,7
|
220,8
|
146,2
|
130,1
|
0
|
0
|
0
|
617,4
|
1984
|
0
|
0
|
2,8
|
85,3
|
75,9
|
109,4
|
140,4
|
106,3
|
90,3
|
0
|
0
|
0
|
610,4
|
1985
|
0
|
0
|
4,2
|
0
|
54,2
|
60,4
|
262,6
|
183,3
|
101,4
|
11,4
|
0
|
0
|
677,5
|
1986
|
0
|
0
|
0
|
8,6
|
51,1
|
148,7
|
97,8
|
250,6
|
187,2
|
11,9
|
4,3
|
0
|
760,2
|
1987
|
0
|
0
|
0
|
0
|
80,3
|
67,6
|
113,1
|
232,9
|
127
|
13,3
|
0
|
0
|
634,2
|
1988
|
0
|
0
|
0
|
7,7
|
79,1
|
149,2
|
224.1
|
181.1
|
295.7
|
10.2
|
0
|
0
|
947.5
|
1989
|
0
|
0
|
0
|
36
|
103
|
139
|
108
|
40
|
159
|
0
|
0
|
0
|
581
|
1990
|
0
|
0
|
0
|
49.9
|
94.2
|
62.9
|
255.4
|
165.8
|
70.3
|
29.8
|
8.5
|
2.2
|
739
|
1991
|
0
|
0
|
0
|
36.2
|
118.5
|
87.2
|
109.7
|
239.8
|
125.5
|
15
|
0
|
0
|
731.9
|
1992
|
0
|
0
|
21,4
|
23.6
|
79.8
|
88.6
|
89.5
|
317.1
|
223.9
|
66.4
|
3.9
|
0
|
914.2
|
1993
|
0
|
0
|
0
|
16
|
158.8
|
107
|
205.6
|
210.4
|
84.4
|
38
|
0
|
0
|
820.2
|
1994
|
0
|
0
|
0
|
21.2
|
106.4
|
216.9
|
56.5
|
359.7
|
235.2
|
40.8
|
0
|
0
|
1036.7
|
1995
|
0
|
0
|
0
|
33.4
|
15.7
|
135.7
|
70.8
|
340.3
|
129.3
|
136.1
|
0
|
0
|
861.3
|
1996
|
0
|
0
|
0
|
40.7
|
85.5
|
120.8
|
80.8
|
219.5
|
275.1
|
67.9
|
0
|
0
|
890.3
|
1997
|
0
|
0
|
0
|
68.9
|
74.9
|
183.9
|
175
|
277.4
|
111.6
|
87.4
|
0
|
0
|
979.1
|
1998
|
0
|
0
|
0
|
8.8
|
119.1
|
43.2
|
47
|
233.9
|
166.6
|
141.8
|
2
|
0
|
762.4
|
1999
|
0
|
0
|
0
|
32.6
|
85.5
|
81.7
|
150.9
|
311.2
|
369.9
|
62.8
|
0
|
0
|
1094.6
|
2000
|
0
|
0
|
0
|
25.5
|
92.4
|
112.8
|
252.8
|
288.9
|
116.8
|
73.8
|
0
|
0
|
963
|
2001
|
0
|
0
|
0
|
24.5
|
88.4
|
119.7
|
256.9
|
283.6
|
305
|
0
|
0
|
0
|
1078.1
|
2004
|
0
|
0
|
0
|
17.9
|
86
|
189.2
|
316
|
239.4
|
196.6
|
59
|
2
|
0
|
1106.1
|
2005
|
0
|
0
|
0
|
34.3
|
54.3
|
104.4
|
234.6
|
297.1
|
125.3
|
50
|
2.4
|
0
|
900.4
|
2006
|
0
|
0.7
|
0
|
0
|
109.8
|
146.7
|
136.7
|
237.1
|
394.7
|
51.1
|
0
|
0
|
1076.8
|
2008
|
0
|
0
|
0
|
8.8
|
123.1
|
128
|
116.4
|
201.4
|
244
|
12.5
|
0
|
0
|
834.2
|
Mm
|
0
|
0.07
|
1,1
|
22,5
|
88,4
|
122,7
|
185,3
|
243,3
|
212,6
|
39,8
|
0,9
|
0,04
|
916,46
|
**= Données manquantes/non
parvenues; Ta= Taux annuel ; Mm=
moyenne mensuelle ; Source : Division
Climatologique/DREM/ Mars 2009

Figure 1: Fluctuation moyenne mensuelle de la
hauteur des eaux du lac


Figure 2: Relation entre les maximums hydrologiques
et pluviométriques
L'évaporation est consécutive à la
température. Son total moyen annuel est de 2786
millimètre9(*). L'influence de la température sur les
sols est non négligeable. Leur valeur constamment élevée
influe fortement sur le sol et sur la régulation des eaux lacustres et
fluviales, surtout en saison sèche. Elle favorise le desséchement
du sol en accélérant les processus d'évaporation. La
sécheresse édaphique qui en résulte imprime ses marques
aux paysages à travers la morphologie du couvert végétal
et le métabolisme biologique (Passinring KEDEU, 2006). Ces
différents éléments d'appréciation montrent qu'il
s'agit d'un régime climatique irrégulier et très instable
rendant précaire le métabolisme végétal, le
calendrier et les rendements agricoles. Ces deux derniers aspects sont d'autant
plus ressentis par les paysans que les sols généralement pauvres
ont besoin d'une alimentation hydrique rigoureuse sans quoi, le bilan agricole
est en deçà des espérances.
Dans la région, la végétation marque la
transition entre la savane soudanienne et la savane sahélienne. Le
couvert végétal tributaire de ce climat est de type savane
boisée où arbres et arbustes parsèment d'immenses
étendues de graminées. Ces graminées disparaissent chaque
fois presque totalement au cours de la saison sèche. Elles deviennent la
proie des feux sauvages et de l'élevage divagant (Passinring KEDEU,
2006)
En effet, les formations végétales sont
dominées par les forêts claires et des savanes boisées avec
une dominance de combrétacées au Nord c'est-à-dire dans la
réserve de faune de Binder -Léré donc l'emprise
foncière s'étend sur le domaine de trois chefferies
coutumières (Le Gong de Léré, le Gong de Lagon et le
Lamido de Binder). Un inventaire réalisé en 1998, fait observer
qu'il existe 383 espèces végétales, 190 espèces
d'oiseaux, et 38 espèces de mammifères
identifiés10(*).
La réserve présente une diversité
biologique assez riche. Parmi les éléments les plus
emblématiques de sa faune, on note : le lamantin, la girafe,
l'autruche, le buffle, l'hippopotame, l'hippotrague. L'éland de Derby
ainsi que les grands prédateurs (Lion, Léopard, Guépard)
sont rares ; même si d'aucun d'entre eux ont fait l'objet de
signalements à plusieurs occasions. Les tableaux ci-dessous
récapitulent les essences fauniques et floristiques de la zone
d'étude.
Tableau 2: liste de quelques essences fauniques de
la zone d'étude
NOMS COMMUNS
|
NOMS SCIENTIFIQUES
|
NOMS EN MOUNDANG
|
Autruche
|
Structhic camelus
|
Majulii
|
Buffle
|
Syncerus caffer
|
Seuh
|
Crocodile
|
Crocodilus niloticus
|
Syii
|
Chat sauvage
|
Felix libica
|
Min lalle
|
Elephant
|
Loxodonta Africana
|
Balle
|
Gazelle Dorcas
|
Gazella Dorcas
|
Tesai
|
Girafe
|
Giraffa camelopardalis
|
Man?? ?wôo
|
Gazelle Leptocère
|
Giraffa leptoceros
|
N?? Mini
|
Guépard
|
Acinonyx jubatus
|
Kpî?
|
Héron ou Garde boeuf
|
Bubulous ibis
|
Malaatfoo
|
Hipopotame
|
Hipopotamus amphibius
|
Zomme
|
Hippotrague
|
Hipopotragus equinus
|
Bu woo
|
Hyène
|
Crocuta-craocuta
|
M??g?ri
|
Lamantin
|
Trichechus senegalensis
|
N??bii
|
Léopard
|
Panthéra pardus ou felis pardus
|
kpi?
|
Lion
|
Panthéra léo/Felis léo
|
Bollé
|
Python
|
Python sebae
|
Ma soo
|
Tortue
|
Testudo sulkata
|
kp?kpallé
|
Varan
|
Varanus niloticus
|
Ta?
|
Source: nos données
|
|
|
Tableau 3: liste de quelques essences flore de la
zone d'étude.
NOMS COMMUNS
|
FAMILLE
|
NOMS EN MOUNDANG
|
Accacia albida
|
Mimosceae
|
Bagew/mgew
|
Accacia nilotica
|
Mimosceae
|
Vonok/waa fuu
|
Accacia seyal
|
Mimosceae
|
Waa syêe/dangeu syêe
|
Accacia maddina
|
Mimosceae
|
Waa fai/dangeu
|
Accacia seberiana
|
Mimosceae
|
Waa t?cii
|
Adansonia digitata
|
Bombacaeae
|
Mat?kpio
|
Arezelia africana
|
Caesalpiniaceae
|
Foore
|
Anogeissus leiocarpus
|
Combretaceae
|
Gu?re
|
Annona senegalensis
|
Annonaceae
|
T?pôori
|
Balamitus aegyptiaca
|
Balanitaceae
|
T?bakamme
|
Bauhinia nufescens
|
Caesalpiiaceae
|
S?p??re
|
Bombax costatum
|
Bombacaceae
|
Njokke
|
Borassus aethiopum
|
Arecacea
|
M?n??
|
Calotropis procera
|
Asclepiadaceae
|
T?fâmme
|
Ceiba pencindra
|
Bombacaceae
|
Kummi
|
Celtis integrifolia
|
Ulmaceae
|
T?s?s??
|
Combretum acculentum
|
Combretaceae
|
Gueda pôori
|
Combretum glutinosum
|
Combretaceae
|
Banni/râh fai
|
Combretum nicranthum
|
Combretaceae
|
T?waa wee k?piigwii
|
Combretum nigricans
|
Combretaceae
|
Râh syêe
|
Crateva adansonii
|
Combretaceae
|
T?pahkpah
|
Daniella oleveri
|
Capparaceae
|
Macii
|
Detarium microcarpum
|
Caesalpiniaceae
|
T?gomme
|
Entandra africana
|
Caesalpiniaceae
|
Madahfai/t?sôori
|
Ficus sur forssk
|
Mimosaceae
|
Wuuri
|
Ficus indens
|
Moraceae
|
Foore
|
Ficus polita
|
Moraceae
|
Jeuré
|
Gardenia ternifolia
|
Rubiaceae
|
Bôoh
|
Guiera senegalensis
|
Combretaceae
|
Goofai
|
Grevia bicolor
|
Tiliaceae
|
cênne
|
Hexalobus monopetalus
|
Annonaceae
|
S??p?? wen??
|
Hyphaene thebaica
|
Araecaceae
|
M?n??
|
Isoberlinia doka
|
Caesalpiniaceae
|
Taore
|
Kigelia africana
|
Bignoniaceae
|
Voore
|
Khaya senegalensis
|
Meliaceae
|
Bahre
|
Mimosa pigra
|
Mimosaceae
|
Tanne
|
Mitragyna inermis
|
Rubiaceae
|
Ganne
|
Pilostgma reticulatum
|
Caesalpiniaceae
|
S??p??re
|
Sterospermum kunthiamum
|
bgnoniaceae
|
T?vôori
|
Tamarindus indica
|
Caesalpiniaceae
|
Baahre
|
Terminalia avicennioïdes
|
Combretaceae
|
Valle
|
Terminalia macroptera
|
Combretaceae
|
Val-nou
|
Vitellania paradoxa
|
sapotaceae
|
K??re
|
Ximenia americana
|
Olacaceae
|
Boohre
|
Ziziphus mucronata
|
Rhamnaceae
|
Em balle
|
Ziziphus mauritiana
|
Rhamnaceae
|
Emme
|
Ziziphusspina-christi
|
Rhamnaceae
|
Em z?mai
|
Source: nos données
Il faut aussi préciser que les essences exotiques et
fruitières caractérisent le couvert végétal visible
à proximité des villages : manguifera indica
(manguier), azardirachta indica (neem), citrus limonum
(citronnier), psidium goyava (goyavier) et hyphaene thebaica
(palmier dom).
II.1.4. CONTEXTE
SOCIO-ÉCONOMIQUE
Installée depuis le XVIIème
siècle, l'ethnie moundang qui constituait le noyau du peuplement de la
région de Léré, partage ses terres avec d'autres ethnies
venantes de divers horizons. On rencontre aujourd'hui dans la ville une
population cosmopolite avec des groupes minoritaires tels que les Haoussa,
peuple pêcheur dont les vieux parents venus pour la plupart du Nigeria se
sont établis pour la pêche, les peuls (les Mbororos et
foulbé) pasteurs visitant la zone au moment des transhumances. L'afflux
de la population expliquerait par la péjoration climatique et la
prévalence des conflits politico armés. Face à ces
conjonctures les populations recherchent des territoires plus propices et plus
calmes. La région de Léré à travers ses lacs
constitue alors un point de chute privilégié des migrants. Aussi
il est à noter que la proximité d'un axe routier très
emprunté, favorise les échanges avec le Cameroun et les grandes
villes du Pays. Cette attractivité de la région a
contribué à la faire hisser au rang des régions les plus
densément peuplées du Tchad (soit 53 hbt/km2). Cette
forte concentration de population ne va pas sans générer des
pressions sur l'environnement.
L'agriculture, l'élevage, la pêche et le commerce
constituent l'essentiel des activités humaines de la région.
L'agriculture est à la fois vivrière et de
rente. Les cultures vivrières sont celles du sorgho rouge ou blanc, le
bérébéré, le maïs, le haricot, l'arachide etc.
Au rang des cultures de rente figurent le coton et l'oignon. Le coton a
été introduit par les colons, est cultivé de
manière extensive. Il fut la plus importante source de revenus pour la
majorité des habitants de la région. Mais de nos jours, la
culture du coton rencontre d'énormes difficultés (retard d'achat
et de décaissement d'argent, coûts élevé des
produits phytosanitaires et autres intrants etc.). Les plaines lacustres,
après le retrait des eaux permettent aux populations riveraines de se
livrer aux cultures de contre saison et au maraîchage :
bérébéré, patates, haricots, arachides... pour les
premières et l'oignon, carottes, tomates, ails etc. pour le second.
L'élevage, initialement absent du mode de vie
traditionnel des moundang, s'est peu à peu développé au
contact des foulbés. Il garde cependant un caractère marginal et
joue un rôle capital au plan social : sacrifices,
funérailles, dot et source de prestige au sein de la communauté.
Il est de type sédentaire et les cheptels composés des petits
ruminants, des porcs, des bovins de la Culture attelée (BCA), des
volailles sont de taille réduite. Les foulbés, en revanche,
possèdent des troupeaux (bovins, petits ruminants) de taille importante
pour les quels ils effectuent les transhumances dans les plaines.
La pêche, devenue l'une des activités principales
dans la région est pratiquée par deux catégories de
pêcheurs : les pêcheurs professionnels et les agro pêcheurs.
La première catégorie est celle des migrants étrangers
vivant exclusivement des revenus de la pêche. Ce sont les pêcheurs
haoussa, les somono originaire du Mali et bien d'autres venus du
Cameroun. Ceux-ci payent un permis de pêche délivré par
l'inspection des eaux et forets. Ce document confère au
bénéficiaire une autorisation d'exercer la pêche en se
conformant aux réglementations et lois en vigueur. Le permis de
pêche est délivré à raison de 12 500FCFA
/an pour les nationaux (permis A) et 75 000 FCFA
pour les expatriés (permis B).
Les moundang, mombaye et djoukoun appartiennent à la
deuxième catégorie, celle des agro pêcheurs. Pour cette
catégorie, la pêche est une activité complémentaire
à l'agriculture, leur activité principale. Ils pratiquent une
pêche de subsistance. Pendant, ces dernières années
où les incertitudes climatiques rendant les productions agricoles et les
revenus de l'élevage très aléatoires, certains individus
ont préférés se reconvertir dans l'exercice de la
pêche qui s'avère florissante.
Le commerce, est un secteur d'activité qui absorbe une
tranche de la population à la fois autochtone et allogène. Il est
favorisé par la proximité des villes camerounaises et
nigérianes débouchant ainsi sur des échanges fructueux.
Sur la liste des activités pourvoyeuses de revenus figure
également la chasse. Elle n'est pas officiellement
pratiquée ; toutefois celle-ci est exercée de manière
officieuse dans la réserve de faune de Binder-Léré
malgré la surveillance des agents techniques (forestiers). En sus de ces
activités génératrices de revenus, on note une
exploitation artisanale de l'or. Elle est observable dans le lit du Mayo-Kebbi
et de ses affluents.
II.2. MÉTHODE OU PARADIGME D'ANALYSE
Pour cette étude, nous avons fait usage de deux
méthodes d'analyse à savoir : la méthode
structuro fonctionnaliste et la méthode accélérée
de recherche participative.
II.2.1. LA MÉTHODE
STRUCTURO FONCTIONNALISTE
Cette méthode appliquée à notre
thème a l'avantage d'étudier les fonctionnements des groupements
des pêcheurs du comité villageois de surveillance, du projet de
conservation du lamantin de voir le mécanisme interne et les
règles qui régissent les comportements, les attitudes des acteurs
de ces instances locales. Et surtout, celle-ci doit nous amener à nous
intéresser aux conditions historiques qui ont fait naître ces
instances de gestion locale et observer les dysfonctionnements en analysant les
contraintes, les blocages et les facteurs limitants, sans perdre de vue les
fonctions manifestes et latentes que remplissent celle-ci. Cette méthode
a permis de comprendre le groupe social, son s'adaptation à
l'environnement, ses luttes pour la survivre. Nous avons
considéré les populations riveraines des Lacs de
Léré et Tréné comme un système global au
sein duquel les éléments agissent en interaction et font vivre la
société. A travers cette méthode, nous serons amené
à expliquer les relations à la fois internes et externes que
nouent les différents acteurs, d'en apercevoir la réalité
sociale et la sensibilité liées aux incohérences de
choses.
II.2.2. LA MÉTHODE
ACCÉLÉRÉE DE RECHERCHE PARTICIPATIVE.
La MARP est un processus d'apprentissage pour une meilleure
connaissance des conditions et des problèmes des populations locales.
Autrement dit, elle est une approche et méthode systématiques
permettant aux différentes communautés de participer à
l'identification et à analyser des problèmes de leurs
environnements et de déterminer des stratégies appropriées
d'inventions. Dans le cadre de note étude, cette méthode nous a
permis de passer à l'identification et à l'analyse des
problèmes de gestion durable de leur terroir et des
écosystèmes.
II.3. LES TECHNIQUES DES COLLECTES DE DONNÉES
Plusieurs techniques ont été choisies dans cette
rubrique afin de faciliter le recueil des informations. Il s'agit de la
pré enquête, la recherche documentaire, l'observation directe,
l'entretien semi directif, le questionnaire et enfin le dépouillement
des données.
II.3.1. PRÉ
ENQUÊTE
Cette phase préliminaire de l'enquête nous a
permis de mieux connaître notre terrain d'étude, de faire
l'inventaire des moyens humains et matériels dont nous avons besoin et
de tester les guides d'entretien et les questionnaires en vue de réussir
l'enquête. Elle s'est déroulée au mois de juillet 2008 avec
les autorités traditionnelles, administratives et les agents techniques
de la préfecture de Léré.
II.3.2. LES RECHERCHES
DOCUMENTAIRES
Elle a constituée un préalable essentiel pour ce
travail de recherche et nous a permis de sonder le terrain d'étude avec
un ensemble de connaissances sur le sujet. En d'autres termes à travers
cette technique, nous avons pris connaissance des travaux qui ont
été réalisés dans ce domaine et d'élaborer
un certain nombre d'hypothèses de recherche.
Ainsi, un ensemble de documents a été
consulté, il s'agit des ouvrages généraux,
spécifiques, méthodologiques, des publications, des revues, des
rapports et sans perdre de vue l'Internet qui a permis de combler les lacunes
documentaires relatives au sujet. Enfin pour ainsi adapter ces diverses
informations à la réalité du terrain, l'observation
directe a été l'une des techniques choisies.
II.3.3. L'OBSERVATION
DIRECTE
Elle est « un regard porté sur la
situation sans que cette situation ne soit
modifiée » 11(*). Elle nous a permis d'être en contact
direct avec le groupe cible afin de recueillir les données et comprendre
les différents rapports qui existent entre les acteurs intervenants dans
la gestion des lamantins des Lacs de Léré et dans la conservation
des ressources naturelles. C'est dans le but d'instaurer un climat de confiance
entre nous et les individus concernés par le problème que cette
technique a été choisie. Le contact direct avec nos
enquêtés nous a permis de nous rendre compte de certaines
réalités telles que la gestion des zones de mis en défens
(Z.M.D), la zone de protection intégrale (Z.P.I), l'organisation du
comité villageois de surveillance (C.V.S) et celle des groupements des
pêcheurs etc.
L'usage de cette technique participative nous a conduit
parfois à passer des nuits dans certains villages où nous
suscitons des discussions autour des sujet de la recherche. Sachant qu'une
observation doit être préparée, apprêtée et
orientée avant sa mise en oeuvre sur le terrain. D'où la raison
de la conception des guides d'entretien et des questionnaires conçus
pour ce travail.
II.3.4. LES ENTRETIENS.
L'entretien est, au sens technique du terme « un
procédé d'investigation scientifique utilisant un processus de
communication verbale pour recueillir des informations en relation avec le but
fixe »12(*). Dans le cadre de cette étude, nous
avons conçu et administré deux (2) guides d'entretiens et deux
(2) questionnaires.
a) Le premier guide d'entretien était adressé
aux responsables techniques et Administratifs : (le responsable de la
réserve de faune Binder-Léré, le chef de secteur de
pêche, l'inspecteur de la chute Gauthiot, le sous-préfet de
Léré et les responsables coutumiers). L'objet de ces
différents entretiens était de recueillir les opinions de ceux-ci
par rapport à la gestion des ressources naturelles, en particulier
celle du lamantin ;
b) Le second guide d'entretien est destiné à des
structures associatives en charge de la protection du lamantin et à
d'autres associations de la localité. A travers ces guides d'entretiens
les préoccupations suivantes ont été
privilégiées :
o La politique de conservation et de protection de ressources
naturelles ;
o La perception du lamantin et la nécessité de
sa protection ;
o L'organisation, le fonctionnement et la réalisation
des structures associatives ;
o Les rapports qu'entretiennent ces structures associatives
avec les différents partenaires (ONG, Etat ...) et les formes
d'appui qui en découlent ;
o Enfin, les difficultés et souhaits liés
à la gestion durable des écosystèmes.
Quant aux questionnaires, ils ont été
destinés à des groupements des pêcheurs et aux
agriculteurs, aux commerçants, aux mareyeuses qui interviennent dans le
secteur de la pêche. Ces questionnaires portent essentiellement sur les
aspects suivants :
· Identification des enquêtés ;
· Caractérisation des équipements
utilisés dans la pratique de la pêche ;
· Compréhension de l'organisation des structures
associatives
· Recueil des connaissances empiriques, les croyances et
les légendes sur les lamantins ;
· Analyse des problèmes juridiques à
travers les conventions, les lois et les règlementations
édictées ;
· Mesure du degré d'implication ou de
participation d'autres secteurs (agriculture, élevage, commerce etc.)
dans le projet de conservation des ressources naturelles en
général et celle du lamantin en particulier. Toutes ces
démarches exigent des prélèvements
d'échantillons.
II.3.5.
ÉCHANTILLONNAGE
'`L'échantillonnage est né d'une
impossibilité pratique d'interroger individuellement toute une
population à la quelle on s'intéresse et d'une
impossibilité statistique... `' 13(*). En
ce qui concerne le présent travail, nous avons privilégié
les techniques d'échantillonnage accidentel ou sur place. Cette
technique a été retenue suite à des facteurs
majeurs : le temps et l'espace. En effet, notre échantillon s'est
fait sur place dans les endroits où nous avons eu la chance de
rencontrer nos enquêtés. Signalons que la taille de notre
échantillon est de 118 individus regroupant les
catégories socioprofessionnelles suivantes : pêcheurs,
agriculteurs, éleveurs, commerçants, mareyeuses ainsi que les
fabricants de briques sur les berges des Lacs. Sur les 118
enquêtés, 32 ont été saisis au niveau de Lacs de
Tréné soit 27,11% et 86
enquêtés au niveau du Lac Léré soit
72,88%. L'élément spatial et
l'élément temporel ont été déterminants pour
la réussite de cette enquête. Ils ont permis de contourner
certaines difficultés de terrain.
II.4. DIFFICULTÉS RENCONTRÉES.
Il est le plus souvent difficile de réaliser un travail
de recherche sans se heurter à une moindre difficulté. En effet,
nous avons eu d'énormes difficultés à réaliser ce
travail dont :
· L'insuffisance de moyens matériels,
financiers ;
· Nous avons eu à déplorer quelques cas de
réticence de certaines personnes surtout des pêcheurs
professionnels sur la livraison des informations ;
· Nous ne saurions oublier la peine que nous avons eue
pour accéder aux quelques rares documents existants relatifs au
sujet ;
CHAPITRE II : ORGANISATION DES DIFFERENTS ACTEURS DANS LA
GESTION CONCERTEE DES RESSOURCES NATURELLES DES LACS DE LERE ET TRENE
La question de gestion des ressources naturelles s'est
développée dans un contexte de crise que l'on peut
résumer, ainsi : sous l'impact des activités humaines
amplifiées par l'accroissement de la population, l'environnement connait
une dégradation de plus en plus rapide et
généralisée. Cette situation qui a prévalu pendant
des décennies dans l'indifférence quasi générale, a
suscité depuis quelques années de nombreuses réactions.
C'est ainsi qu'avec l'introduction de l'Association pour promotion de la
pisciculture intégrée au Tchad (APRODEPIT) en 1994, puis le
projet de conservation et de gestion des ressources naturelles (PCGRN) en
1997, les concertations entre les différents usagers et acteurs ont
permis de nourrir l'idée d'une exploitation durable. Des actions ont
été mûries et ont abouti à des mises en
défens et de protection intégrale d'une partie des Lacs dont la
gestion se fait en synergie entre les O.N.G, les initiatives locales et les
services de l'Etat. Dans le souci, de préserver ce qui peut encore
l'être, il devient impérieux pour les différents acteurs de
mener une action rapide et énergique en vue de bien gérer les
écosystèmes et de préserver leurs fonctions essentielles.
La biodiversité ne pourra se maintenir que dans les
écosystèmes en bon état de fonctionnement. Cependant, le
développement soutenable, garant d'une bonne gestion de la
biodiversité est nécessairement un compromis entre ce qui est
socialement souhaité et écologiquement acceptable.
II.1. LES DIFFÉRENTS ACTEURS DANS LA GESTION DES
LACS-LÉRÉ ET TRÉNÉ.
II.1.1. LES
COMMUNAUTÉS CONCERNÉES
Les populations riveraines de Lacs de Tréné et
Léré sont constitués en grande partie des autochtones
moundang, des mombaye, des djoukoun et des migrants haoussa, des somono, venant
respectivement du Nigeria et du Mali, qui se sont établis depuis fort
longtemps pour pratiquer la pêche. Le tableau ci-dessous fait état
de la répartition de la population dans les villages riverains des
Lacs.
Tableau 4: Populations riveraines des Lacs de
Léré et Tréné
Lacs
|
Villages
|
An. d'installation
|
Population total
|
Groupe ethnique
|
Activité principale menées
|
|
|
|
2001
|
2008
|
|
|
Lao
|
16ème
siècle
|
735
|
864
|
Moundang
|
Agriculture, élevage et pêche
|
|
Tekéré
|
17ème s
|
1464
|
1720
|
Moundang
|
-//-
|
|
Zamadehou
|
17ème s
|
630
|
740
|
Moundang
|
-//-
|
Tréné
|
Teheuré
|
17ème s
|
652
|
799
|
Moundang
|
-//-
|
|
Labzahye
|
16ème s
|
1598
|
1878
|
Moundang
|
-//-
|
|
Tefoultréné
|
16ème s
|
663
|
679
|
Moundang
|
-//-
|
|
Sous total Tréné
|
5742
|
6680
|
-
|
-
|
|
Fouli
|
16ème s
|
2800
|
3290
|
Moundang, haoussa
|
Agriculture, élevage et pêche
|
|
Damé (coton Tchad)
|
20èmes (1948)
|
1600
|
1880
|
Moundang
|
-//-
|
|
Dissing
|
18èmes (1950)
|
2500
|
2938
|
Moundang, Mombaye, Haoussa
|
-//-
|
Léré
|
Goungou
|
20èmes (1975)
|
524
|
616
|
Moundang
|
Pêche et élevage
|
|
Po-émé
|
18èmes (1744)
|
1646
|
1934
|
Moundang, Haoussa, Somono, Mombaye
|
Agriculture, élevage et pêche
|
|
Mourbamé
|
17ème s
|
5729
|
6732
|
Moundang, Djoukoun
|
-//-
|
Doué
|
16ème s
|
4830
|
5675
|
Moundang Mombaye Haoussa
|
-//-
|
Katchilli
|
20èmes (1971)
|
206
|
242
|
Moundang
|
-//-
|
Sous total Léré
|
19835
|
23307
|
-
|
-
|
TOTAL
|
25577
|
29987
|
-
|
-
|
Source : Instance Locale
d'Orientation et d'Orientation(ILOD), Avril 2002
II.1.2. L'INTERVENTION DES
ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES (O.N.G.)
L'ONG APRODEPIT et la coopération allemande GTZ ont mis
en oeuvre des projets de conservation et de gestion des ressources naturelles
(PCGRN). Ce projet couvre les lacs de Léré et Tréné
ainsi que la réserve de faune de Binder -Léré. Les
structures principales d'application des mesures préconisées dans
ces projets sont les instances locales d'orientation et de décisions
(ILOD). L'APRODEPIT s'est appuyé sur le travail des Animateurs
Informateurs Stimulateurs (AIS) pour sensibiliser les groupements et les
autorités coutumières aux notions de développement
durable. L'APRODEPIT fut à l'origine des premières actions de
mise en défens avec la création d'un groupement des
pêcheurs à Léré ayant des antennes dans les villages
riverains, mais l'efficacité des opérations va être
intensifiée avec la GTZ à travers son projet de conservation des
ressources naturelles (PCGRN).
Cet organisme appuie les groupements à s'organiser
(formation et appui en matériel) et à aménager les zones
de mise en défens et de protection intégrale. Ces zones sont
délimités par des fûts en métal ou en caoutchouc
peints en rouge et en blanc reliés les uns aux autres par des
chaînes métalliques et les cordes. Ces fûts sont soutenus au
fond des eaux par des bétons servant d'ancre. Ils flottent à la
surface de l'eau, constituent des limites physiques pour prévenir les
personnes mal intentionnées qui tenteront de violer les aires
protégées. Les zones de mise en défens et de protection
intégrale occupent 275 ha soit 10% de la superficie totale des Lacs. Un
système de suivi est également mis en place dont l'objectif est
de comprendre le fonctionnement des zones de réserve de ces lacs et
d'analyser leur impact sur l'abondance des ressources exploitées en vue
de proposer des modèles de gestion de pêche qui garantissent une
exploitation durable.
II.1.3. LES GROUPEMENTS ET
COMITÉS VILLAGEOIS DE SURVEILLANCE.
Les actions menées au sein et autour des zones de mise
en défens obéissent aux principes généraux du
PCGRN. Elles sont centrées sur le renforcement des capacités
locales de gestion des sociétés récipiendaires. Elles
accompagnent la structuration et le renforcement de l'ILOD dans la gestion des
ressources naturelles à travers un processus de concertation locale. Le
concept d'ILOD qui a progressivement vu le jour à travers cette
expérience de gestion locale des ressources naturelles s'appuie
essentiellement sur trois (3) actions:
- Renforcer les capacités des organisations de gestion
existantes (organisation d'usagers, autorités coutumières),
améliorer leurs capacités et leur efficacité en
évitant de susciter la création de structures nouvelles trop
dépendantes du projet ;
- Promouvoir le dialogue et la négociation entre les
différentes catégories d'usagers pour que les actions
menées conduisent au renforcement de liens entre les
communautés ;
- Favoriser un apprentissage progressif de nouvelles
modalités de fonctionnement et de prise de décision au niveau des
organisations locales existantes (processus permanent d'orientation,
décision, évaluation, révolution) ;
Un tel processus de concentration ouvert aux acteurs locaux
aboutit à l'élaboration ou l'ajustement des règles
communautaires de gestion qui peuvent être formalisées dans le
cadre de la charte communautaire permettant une vision globale des ressources
floristique, ichtyologique et faunique dans les deux Lacs. La charte
intercommunautaire confirme ou redéfinit les règles de gestion et
d'usage des ressources naturelles. Elle précise les modalités de
contrôle de médiation ou de sanction. Un projet de charte a
été élaboré par les leaders locaux, sur la base de
diagnostic issus de travaux en assemblée des instances concernés,
auxquels ont participé des agents de l'environnement.
Ce projet a été affirmé puis discuter
à la base des assemblées villageoises, des organisations
existantes, des autorités locales (chefs de cantons, sous-préfet
et Chefs de services techniques de l'administration). Le texte de la charte a
été ensuite validé et signé par les
différentes acteurs au niveau local, en présence des
autorités préfectorales qu'en reconnaissant les engagements.
Cependant, cette reconnaissance n'a pas d'implication juridique, la charte
intercommunautaire constitue donc un document de référence qui
scelle les engagements des acteurs locaux pour une gestion plus viable du
patrimoine naturel de leur terroir. Elle est reconnue par l'autorité
préfectorale et sa durée est de plusieurs années (3
à 5 ans).
Il apparaît clairement que les groupements et les
comités villageois de surveillance manifestent une volonté
d'optimiser les rendements de la pêche en protégeant les
ressources halieutiques et les habitats naturels. Cette volonté est
démontrée par le respect scrupuleux des textes en vigueur et de
la durée du temps à mettre avant d'en autoriser les
prélèvements l'ichtyo faune. Habituellement, cette durée
est prévue pour 18 mois, et permet aux groupements villageois de gagner
assez d'argent lors des prélèvements d'où la tradition de
ces fonds dans les réalisations de certaines activités telles que
les constructions des salles de classe, de centre de santé,
l'aménagement des pistes cotonnières etc.
II.1.4. LES SERVICES DE
L'ÉTAT.
Le secteur de pêche et de l'aquaculture et le secteur
parc sont les services de l'État assermentées dans la gestion des
ressources naturelles de la préfecture de Lac Léré. Mais
ils manquent de personnel suffisant et qualifié. Ayant un personnel
réduit, cette situation entraîne la paralysie de ces structures
gouvernementale. Cependant, l'expertise nationale et régionale reste
trop réduite en matière d'analyse et de gestion de l'exploitation
de ressources naturelles. Il s'agit pour ces secteurs de remplir les
tâches suivantes : contrôler les mailles de filets afin
d'éviter la capture des individus immatures, connaître le nombre
de pêcheurs à travers la délivrance de permis de
pêche, réglementer les pratiques de chasse, l'ébranchage
ou l'étêtage d'arbre et toute mise à feu au sein de la
réserve de faune etc. Ces secteurs collaborent étroitement avec
les ONG dans le suivi écologique des réserves ainsi que les
instances locales où participent activement les groupements de
pêche aux travers des patrouilles mixtes menées en synergie avec
les agents techniques.
II.1.5. PROJET
«CONSERVATION DU LAMANTIN.»
C'est une association, créée en janvier 2008
avec pour but la sauvegarde et la protection des lamantins ainsi que des autres
ressources halieutiques. Il est une action initiée par l'ILOD et
appuyé financièrement par le fond Mondial pour l'environnement
(FEM) par le canal de PRODALKA. Ce projet repose sur trois (3) composants
à savoir :
· La surveillance conjointe par le CVS et les services
techniques ;
· Le suivi écologique des zones de mis en
défens ;
· La restauration des berges des lacs et de la flore
aquatique ;
Outre ces composantes, les activités comme le ramassage
des emballages ou des sachets en plastiques (Léda14(*)), qui constituent un polluant
du sol et de l'eau est aussi exercée en synergie avec la mairie.
L'association « projet conservation du lamantin » fait
aussi de la sensibilisation, sa priorité dont le but d'inculquer aux
populations riveraines une éthique mésologique leur permettant
d'adopter une attitude favorable vis-à-vis des problèmes de
l'environnement et du développement. Cette oeuvre de sensibilisation se
manifeste à travers des actions suivantes :
· Les rencontres et les réunions tenues avec les
autorités traditionnelles.
· La réalisation des théâtres de
masse
· La réalisation et la distribution des
dépliants dans les endroits publics tels que les établissements
scolaires et religieux, les marchés etc.
II.1.6. LE POUVOIR
COUTUMIER
Il est encore influent et respecté dans plusieurs
régions du Tchad. Parallèlement aux structures de droit modernes,
les autorités traditionnelles, dont les attributions sont fixées
par la constitution (cf. le décret N°102/PR/INT/du 06 mai 1970
portant statut de la chefferie), administrent partiellement la pêche au
Tchad.
Ce pouvoir traditionnel est souvent garant d'une bonne gestion
des ressources halieutiques. L'existence des mécanismes traditionnels
dans la gestion des pêcheries est réelle, notamment celle des Lacs
de Léré a été riche en expérience dans la
gestion intégrée et l'exploitation plus rationnelle des
ressources halieutiques. En effet, le Gong de Léré est reconnu
comme le propriétaire des terres et eaux. À ce titre, il est le
dépositaire de tous les pouvoirs relatifs à la gestion des
ressources naturelles. Il veille à l'application des droits d'usage, des
règles de gestion et le respect des interdits. En veillant ainsi au
maintien de l'ordre, le Gong est rarement contesté dans ses discisions
et ses ordres car les déviants peuvent se heurter à des sanctions
ou à des malédictions graves, bref il est craint, respect et
écouté en pays moundang.
II.2. ORGANISATION DES ZONAGES ET UTILISATION DES SURFACES DES
LACS.
Les lacs de Léré et Tréné sont
aujourd'hui morcelés en plusieurs zones et à chacune correspond
une activité précise. Les modes d'exploitation de ces zones sont
diverses et variées. Cinq zones ont été
identifiées dont certaines ont été
aménagées. Il s'agit de :
- Zones banales (ZB)
- Zone de protection intégrale (ZPI)
- Zone de mis en défens (ZMD)
- Zone tampon à des activités
agropastorales
- Zone du chef ou domaine du Gong.
Carte 4 : carte de zonation pour une gestion durable
des lacs de Léré

Source : GTZ ; 2005
Pour ainsi améliorer les conditions des
collectivités riveraines et pérenniser les ressources biotiques
et abiotiques ; les objectifs de gestion ont été
fixés comme suit :
1. Organiser la pêche dans les lacs pour accroître
la productivité halieutique ;
2. Assurer la protection des lamantins ;
3. Organiser les activités agro-pastorales dans les
plaines et les berges des lacs ;
II.2.1. ZONES BANALES
Les zones banales sont des zones non aménagées
où l'exercice de pêche est presque libre. Les mesures de
contrôle et de surveillance y sont souples. Elles occupent 90% de la
superficie des Lacs, elles sont proches des seuils
d'irréversibilité suite à leur exploitation qui subit une
forte pression. Toutefois elles connaissent une certaine réglementation
qui conditionne leur exploitation :
- Limitation de la pêche à certaines
périodes de l'année : pour éviter
l'amenuisement des espèces piscicoles et favoriser la reproduction et
le grossissement de ces espèces.
- La non utilisation des sennes de plages pendant la
saison des pluies : Elles ne laissent rien sur leur passage y
compris les petits poissons, les pirogues à moteur dont le bruit
terrorise les espèces et les incite à la fuite migratoires vers
les bassins adjacents comme le haut bassin de la Bénoué
qui regroupe le secteur aval du lac de Léré et le secteur de
Lagdo ; puis les bassins amonts des lacs toupouris.
- L'interdiction d'utiliser l'épervier de mai
à décembre : Ce filet de forme conique, qui produit
les mêmes effets que les sennes de plage en capturant des individus
immatures. Il devrait être frappé d'interdiction totale, mais
à cause de sa taille réduite, on a plutôt encouragé
son usage limité.
- L'interdiction de pêche dans la
nuit : les pêches nocturnes sont
prohibées car elles échappent aux contrôles et constituent
une porte ouverte à des opérations frauduleuses et à une
prise abusive voire anarchique.
- L'interdiction d'utiliser certains engins de
pêche prohibés : les filets à mailles
réduites (inférieures à 2,5 cm) et les poisons.
- L'interdiction de capturer ou chasser les
lamantins : une espèce phare et intégralement
protégée par la loi nationale et les conventions
internationales.
II.2.2. ZONE DE PROTECTION
INTÉGRALE DE FOULI
Elle est une zone bien aménagée et
délimitée avec des repères physiques. La zone de
protection intégrale est le domaine au quel une grande importance est
accordée. Tout acte de nature à nuire ou à perturber la
faune et ou la flore est interdit. Elle est affranchie de tout droit d'usage.
La pénétration et la circulation déloyales dans cette zone
sont formellement interdites. Seuls les agents de surveillance ainsi que les
personnalités scientifiques sont autorisés à faire des
inventaires de la faune et de flore et des études relatives sur
l'évolution de la réserve en ont l'accès.
II.2.3. ZONE DE MISE EN
DÉFENS
Les zones de mise en défens sont créées
pour faire face aux dégradations considérables des ressources
naturelles. Les aménagements des milieux lacustres sont entrepris en vue
de garantir le bon usage. Elles ont suscité une utilisation durable,
susceptible de satisfaire les besoins actuels de la population, tout en
assurant la protection, à long terme des équilibres
écologiques. Ces plans d'eau aménagés au niveau des lacs
Léré et Tréné ont des limites précises. Les
aménagements sont réalisés en conformité avec les
préoccupations relatives à la qualité de l'environnement
et à la qualité de la vie. On dénombre cinq zones
lacustres protégées correspondant en superficie à 252,2 ha
dont 98,2 sur le lac de Tréné.
Lac de Léré : Lac de
Tréné
- secteur de Doué-Fouli-Kahtchili : 81,7 ha -
secteur de Lao-Tikéré : 43,8 ha
- secteur de Mourbamé : 31,7 ha
-secteur de Labzaé-Teheuré-Zamadouhou : 54,4 ha
- secteur de Dissing : 41,6 ha
Total lac de Léré : 154 ha
Total lac de
Tréné : 98,2 ha

Photo1 : Zone de mise en défens de
Dissing (Cliché PRODALKA)
Il faut en effet admettre le principe de base suivante :
« on aménage pour les hommes ». C'est ainsi
que sur le Lac de Tréné deux zones de mise en défens ont
été délimités dans les villages de
Tekéré et Teheuré et sur le Lac de Léré on
dénombre trois : Dissing, Doué, Mourbamé. Ces zones
mises en défens sont administrées par des groupements des
pêcheurs des villages concernés. Le mode de pêche au niveau
de ces plans d'eau est réglementé de la manière
suivante :
v Interdiction de pêcher pendant une période
de 18 mois afin de permettre un temps de reproduction, de
grossissement et d'engraissement aux poissons. une levée de pêche
de trois (3) jours est par suite organisée en présence des
autorités administratives, des chefs coutumières et
religieux ;
v Interdiction de traverser ces zones ; les
pirogues motorisées dont le bruit terrorise les espèces dans
leurs frayères et les incite aux fuites migratoires vers d'autres
bassins adjacents (Bénoué, les lacs toupouris)
v Limitation de la durée de levée de
pêche (maximum trois (3) jours) ; en vue
d'éviter une levée abusive.
Les prélèvements ont pour but de vérifier
l'abondance du potentiel aquacole et d'attirer l'attention du public et des
autorités sur la nécessité d'une conservation des
ressources halieutiques. Les avoirs issus de la vente de ces produits
halieutiques permettent aux villages d'acquérir des infrastructures
éducatives, sanitaires etc.
II.2.4. LE DOMAINE DU CHEF OU
DE « MABII GONG »
Le Gong de Léré possède son propre
domaine qui est représenté par le « Mabii
gong » c'est-à-dire les « eaux du Gong »
où la pêche y est ordinairement interdite. Ces eaux sont bien
délimitées et reconnues de tous les riverains. L'autorisation de
pêcher n'est accordée que par lui à une période de
l'année. Cette pêche est collective et prend une nature rituelle.
Le Gong fait envoyer un message dans tous les villages relevant de son ressort
territorial. Il les informe de la date du déclenchement de
l'opération de la pêche, quelques jours d'avance pour ainsi
permettre aux participants de préparer les outils et matériels
nécessaires. Ce sont des dizaines de villages qui se mobilisent pour la
circonstance.
Le déclenchement de la pêche est
précédé par des cérémonies rituelles de
« Pah bii » (chef de bord) qui tient à la main des
fétiches, invoquant les dieux des ancêtres afin de leur accorder
la paix, la santé, la bonne pluviosité et une bonne
récolte. Après ce rite, le chef de bord envoûtera tout ce
qui est susceptible de perturber la pêche tels que les crocodiles,
les hippopotames, les serpents... Il ordonne par la suite la pêche.
Cette pêche collective peut durer 3 jours à une semaine selon
l'abondance des captures. Les participants de certains villages lointains
passent parfois leurs nuits sur le site durant toute l'opération. Les
goumiers du Gong effectuent des prélèvements de la quote-part du
Gong en fonction de la quantité prise par chaque participant. A la
clôture (fermeture) de celle-ci, le « Pah bii » lance
un signal mettant terme à l'activité de pêche et personne
n'a le droit de remettre les pieds dans l'eau.
II.2.5. LES ZONES TAMPON AUX
ACTIVITÉS AGROPASTORALES.
Les zone tampons sont des zones de couverture des lacs autour
des quelles se livrent les activités agro-pastorales. Ces zones sont
inondables en période de crue et constituent des potentialités
pour les cultures maraîchères, le pâturage des animaux, la
fabrication des briques, le prélèvement du sable... en
période de décrue. Il va sans dire que l'exploitation de ces
zones ne présente aucun risque écologique notamment la
dégradation des berges sous l'effet de la fabrication des briques et les
couloirs transhumance du bétail.

Photo 2 : Champs de berbéré,
sur les abords du lac de Léré (cliché
PRODALKA)
Elles font l'objet d'une zone de convoitise entre les
principaux acteurs que sont les agriculteurs, les pêcheurs, les
éleveurs et les agro éleveurs. Les modes d'exploitation des
ressources (sols, pâturage) de ces zones sont fortement
influencées par la chefferie traditionnelle à travers son
représentant le « Sarkissanou cantonal», Ministre
d'élevage et du pâturage du Gong. Pour limiter la surexploitation
et la dégradation de ces zones, des directives ont été
édictées :
v Interdiction de fabriquer les briques sur les
berges ; créant une prolifération
effrénée des carrières, ruinant la topographie des abords
et entraînant une dégradation des berges suivie d'un ensablement
des cours d'eau causé par l'érosion hydrique
Photo 3 : les carrières des briques sur les
berges des lacs de Lére. (Cliché
Béakgoubé).
v Utilisation règlementé du
pâturage ; pour prévenir les conflits
d'intérêts et les crises parfois sanglantes, la gestion des
pâturages dans les plaines lacustres fait partie du trésor des
gongs et est gérée par une législation foncière
rigoureuse. L'accès aux pâturages dans les plaines est gratuit
pour les troupeaux autochtones, mais payant pour les bétails
transhumants. Le taux de taxation est fonction de la taille du troupeau et de
la superficie attribuée. Les pâturages reconstitués par
anthropisation font l'objet d'une clause entre l'éleveur et le
propriétaire terrien qui peut demander un paiement en nature ou en
espèce
v Interdiction de mettre le feu dans la
plaine ; la pratique des feux est sévèrement punie
selon les règles édictées en faveur de la réserve
de faune Binder-Léré. Le feu de brousse constitue un
délit écologique car il ravage tout sur son passage. En cas
d'incendie dans la plaine le pyromane est vivement recherché pour
être puni.
v Interdiction de cultiver sur les berges des
Lacs : Les cultures de berges constitue une menace pour certains
végétaux non ligneux dont les touffes buissonneuses douées
d'un important appareil racinaire permettent de garantir au sol une certaine
résistance contre l'érosion hydrique.
v Interdiction de couper les herbes protégeant
les berges contre l'érosion hydrique, l'andropogon gayanus,
le mimosa pigra etc. sont des essences floristiques protectrices de
berges.
Mais l'application et le respect de toutes ces mesures sont
mitigés, car des cas de déviances sont constamment
observés.
Tableau 5 : le type d'activité
menée dans chaque zone.
Zones
|
Activités menées
|
Personnes concernées
|
Pression sur la zone
|
Zone banale
|
Pêche quotidienne
|
Pêcheurs
|
Forte
|
Zone de protection intégrale
|
Aucune activité humaine
|
-----
|
Cas de fraude
|
Zone de mise en défens
|
Zone de reconstitution avec pêche réglementée
localement
|
Pêcheur et Groupement des pêcheurs
|
Faible
|
Zone tampon à l'activité agropastorale
|
Culture maraîchère
Pâturage des animaux
Fabrication des briques
Prélèvement du sable, lessive etc.
|
Agriculteurs
Eleveurs
Pêcheurs
Agro éleveurs
|
Forte
|
Zone du chef « Mabii Gong »
|
Pêche rituelle
|
Gong et ses administrés
|
Faible
|
SOURCE : NOS DONNEES
CHAPITRE III : LA DIVERSITE BIOLOGIQUE DES LACS DE
LERE
Très appréciés pour sa diversité
biologique encore abondant, les lacs de Léré regorgent
d'énormes ressources biologiques qui jouent un rôle important dans
le développement socio-économique et culturel de la
région. Cette diversité biologique est observée tant chez
les espèces végétales qu'animales.
III.1. LES RESSOURCES VÉGÉTALES
EXPLOITÉES
Les plaines des lacs renferment une forte potentialité
fourragère, principale base alimentaire des animaux domestiques et de
la faune aquatique pour les espèces telles que les hippopotames, les
lamantins, les tortues et les poissons. Elles sont un lieu de
prédilection pour la reproduction piscicole, et servent aussi des lieux
de croissance et de refuge. Les essences floristiques rencontrées sont
entre autres : Echinochloa stagina, Kyllinga erecta,
mimosa pigra, Grangea maderasptama, Vetivera nigritana,
Nymphéa guinéensis, Nymphéa lotus, Papyrus... chaque
essence végétale joue un rôle écologique
important.
Tableau 6 : Biodiversité des
espèces végétales des plaines.
Espèces
(noms scientifiques)
|
Noms vernaculaires
|
Importance en termes
d'appétibilité
|
Remarque ou observation
|
Moundang
|
Haoussa
|
Echinochloa stagina
|
Cuuri
Wumbii
M?z?ani
Varre
|
Bourgou
|
Source d'alimentation des animaux domestique, les hippopotames,
les lamantins...
|
Source de revenus pour certains usagers
|
Mimosa pigra
|
Tanne
|
Goumbi
Kaidatchini
|
Jeunes pousses appétées pour les lamantins
|
Lieu de ponte pour les poissons
|
Grangea
maderasptama
|
Naa d??re
|
Laïna
|
Source d'appétence pour les petits ruminants et
lagomorphes
|
Utilisée comme légume dans l'alimentation locale
|
Vetivera Nigratana
|
K?zyire
|
Djema
|
Jeunes pousses broutées par les animaux
|
Utilisation familiale (secco) frein à l'érosion
hydrique et à l'ensablement
|
Kylinga erata
|
zouakké
|
Aya-aya
|
Beaucoup consommé par les lamantins
|
Utilisée dans la parfumerie traditionnelle pour embaumer
les pièces d'habitations
|
Nymphéa guinéensis,
Nymphéa lotus
|
Teundare
|
|
Source d'appétence des poissons, des lamantins et les
personnes en mangent les baies et les tubercules
|
-
|
Papyrus
|
Teroré
|
|
-----------
|
Lieu de refuge pour les poissons
|
III.2. LES RESSOURCES FAUNIQUES DES LACS.
Les Lacs de Léré regorgent des espèces
animales diverses et variées que sont :
v Les poissons
v Les hippopotames
v Les reptiles
v Les mollusques
v Les lamantins
III.2.1. LES POISSONS
Source de protéine animale dans la zone, la
diversité ichtyologique des lacs de Léré est importante et
fait partie des pêcheries les plus actives du pays. La consommation du
poisson occupe une place de choix dans l'alimentation humaine. Le poisson
constitue une source de revenus monétaires importante pour ces
exploitations, qui au plan social y trouvent une dignité et respect.

Photo 4: quelques
espèces piscicoles capturées (cliché
Béakgoubé).
La pêche aux lacs de Léré est une
activité qui fournit du poisson non seulement aux habitants de la ville
de Léré et des villages riverains mais également favorise
un commerce actif et attrayant vers les autres centres urbains voisins :
Kélo, Goun-Gaya, Pala (au Tchad) et à Figuil, Maroua, Garoua (au
Cameroun).
Tableau 7 : Nomenclature des espèces de
poissons aux lacs de Léré
Noms scientifiques
|
Famille
|
Noms en moundang
|
Alestes baramoze
|
Charachidae
|
T?vonaa
|
Alestes dentex
|
Charachidae
|
Syel-'wây
|
Alestes macrolepidotus
|
Charachidae
|
Bieré
|
Auchenoglanis biscutatus
|
Bagridae
|
Douhou t?kuuri
|
Bagrus bayad
|
Bagridae
|
Syi?-suu
|
Citharinus cithanus
|
Citharinidae
|
Guêmé
|
Clarias anguillaris
|
Claridae
|
Swakley
|
Distichoclus rostradus
|
citharnidae
|
Zoo
|
Eutropius niloticus
|
Schilbeidae
|
Deyammi
|
Gymnarchus niloticus
|
Gymnarchidae
|
T?honré
|
Hemichromis fasciatus
|
Cichlidae
|
Syeakke
|
Heterobranchus bidorsalis
|
Claridae
|
Oneï
|
Heterotis niloticus
|
Osteoglossidae
|
Matchouï
|
Hydrocyon forskalii
|
Characidae
|
Syi? goo
|
Labeo senegalensis
|
Cyprinidae
|
Jim
|
Labeo coubie
|
Cyprinidae
|
Docké
|
Lates niloticus
|
Centropomidae
|
We syak- syi?
|
Malapterurus electrinus
|
Malapteruridae
|
nimmi
|
Mormyrops deliciocus
|
Mormyridae
|
Syi?-gi-morwa
|
Mormyrus rume
|
Mormyridae
|
Ma-zah-kpuu
|
Petrocephalus bovei
|
Mormyridae
|
T?jien
|
Polypterus bichir
|
Polypteridae
|
Heu-zah-goobii
|
Polypterus senegalus
|
Polypteridae
|
Heure
|
Polypterus annectens
|
Lepidosireridae
|
Morvii
|
Shilbe uranascoptus raystus
|
Schilbeidae
|
Kebah
|
Synondontis shall
|
Mochcidae
|
Douhou chien
|
Tetraolon fahaka
|
Tetraodontiddae
|
T?kpuu-kpuru/Pah wunk syi?
|
Tilapiaspp oreochromis
|
Cichidae
|
Syak n?n fuu
|
Les produits halieutiques sont vendus sous trois
formes : frais, fumés et séchés. Le réseau de
commercialisation est très complexe et diffus. Les prix de poissons
sont fixés en fonction de l'offre et de la demande. Les prix ont
tendance à évoluer en hausse en fonction de la raréfaction
ou de la forte demande.
La faune piscicole des Lacs est relativement importante et se
compose d'une variété assez diversifiée. Certaines
espèces menacées de disparition sont devenues rares (Lates
niloticus, citharinus citharus, gymnachus niloticus, héterobranchus
bidorsalis...). D'autres sont encore nombreuses (tilapia galilaea,
hemichromis fasciatus, bagrus bayad, alestes nurses, labeo coubie). Le
tableau ci-dessus fait état des espèces existantes dans les Lacs
de Léré.
Toutes ces espèces connaissent une période
d'activités reproductive qui se situe entre mai et octobre. Au cours de
cette période, elles se déplacent en suivant la progression des
eaux d'inondation qui occupent les plaines bourgoutières servant
à la foi de couvert et de nourriture.
III.2.2. LES HIPPOPOTAMES
A défaut d'une estimation de leur effectif (absence des
données statistiques au niveau des services étatiques), tout
porte à croire que les hippopotames sont très abondants dans les
lacs, pourtant leur présence dans ces plans d'eau ne va pas sans
conséquences fâcheuses pour les pêcheurs ainsi que pour les
populations riveraines. Des plaintes ne manquent pas : perturbation de la
pêche, piétinement ou déchirement des filets, annulant
ainsi toute chance de capture, attaque des pirogues causant parfois de mort
d'hommes...
En dépit de tous ces incidents, les hippopotames jouent
un rôle considérable dans la reproduction des espèces.
Leurs matières fécales sont beaucoup appréciées par
les poissons (alimentation) et leurs habitats servent de lieux de refuge et des
frayères. Là où leur concentration est forte, les poissons
abondent. Leur attroupement suscite des curiosités touristiques.
L'abattage des hippopotamus amphibius est formellement interdit par la
loi. Sauf en cas de légitime défense et à l'occasion de
grandes fêtes comme le fii loo, fii mundang ...,que le
Gong,après consultation des autorités administratives ,autorise
son abattage pour faire honneur à ses convives et à ses sujets.
III.2.3. LES REPTILES
Les crocodiles : ils sont en voie de
disparition car, durant tout notre séjour nous n'avons pas recueilli des
avis qui confirment leur présence. La raréfaction de cette
espèce peut être imputée à certains pêcheurs
allochtones et quelques individus mal intentionnés qui s'adonnent au
trafic de leurs peaux vers le Nigeria. Pour ce cela, la conservation ex-situ
peut être entreprise en vue d'assurer la reconstitution, la
régénération et la réintroduction de cette
espèce menacée dans son habitat naturel.
Les Pythons : ils sont aussi rares, leur
extinction est due à la qualité de leur chaire qui est
très appréciée par les riverains. Sa consommation est
interdite aux femmes et aux enfants sans aucune justification. Les pythons sont
beaucoup recherchés à cause de leur peau très
utilisée en maroquinerie. Souvent exportées vers le Nigeria et
l'Europe, les peaux font ainsi l'objet d'un commerce international en
dépit de la réglementation des spécimens de reptiles
prévue dans la convention de Washington de 1973 (CITES).
Les tortues et les varans : ils sont en
réduction d'effectif du fait de la prédation humaine et de
certains animaux qui s'en prennent à leurs petits après
l'éclosion des oeufs. Les tortues et les varans aquatiques font l'objet
des proies masculinisées en milieu moundang. Les femmes n'en mangent pas
sous prétexte qu'ils causent les maux de ventre de la menstruation.
III.2.4. LES MOLLUSQUES
Encore très abondants, les mollusques jouent un
rôle non négligeable dans la protection de l'ichtyofaune et de la
flore aquatique. Les agglomérats des mollusques constituent de
sérieuses barrières pour les pêcheurs. Là où
leur agglomération est considérable, les poisons sont plus ou
moins sécurisés. A cause de leur coquille tranchante, Ils
abîment facilement les filets et occasionnent beaucoup de blessures aux
pêcheurs.
IV.2.5. LES LAMANTINS
IV.2.5.1. PORTRAIT DU
LAMANTIN
Le lamantin est un animal de grande taille (il peut mesurer
jusqu'à 4 mètres voire plus). Ses membres antérieurs sont
transformés en nageoires avec des ongles rudimentaires servant à
manoeuvrer dans les eaux peu profondes et aussi à porter la nourriture
à leur bouche, avec une lèvre supérieure fendue. La queue
du lamantin plate et puissante, sert de propulseur. Son corps est cylindrique,
avec une tête sans oreilles externes ni défense. Sa peau est
grise, épaisse, presque glabre. Il est nu à l'exception des poils
raides qui se trouvent sur son museau.
Il est encore désigné sous le nom de
« femme marine » ou « poisson femme »,
surtout la femelle, dite aussi « vache marine » tandis que
le mâle est appelé « boeuf marin »
« poisson boeuf ». Son corps ressemblerait à celui
d'une femme, d'où son appartenance à l'ordre des
sirénien. En Afrique, le Trichechus senegalensis occupe la côte
occidentale, zone comprise entre l'embouchure du Sénégal et le
fleuve Kwanza (Angola). Il se rencontre (ou se rencontrait) non seulement sur
les côtes et dans les estuaires de toute cette région, mais aussi
à l'intérieur des terres, dans les cours de grands fleuves et
même dans les principaux tributaires du Lac Tchad, le Chari, le Bamingui,
Barh Keïta etc. La forme du bassin du Tchad a été
distinguée du nom de Trichechus senegalensis Vogelii Heuglin
(BOUVEIGNES, 1952). Les locaux l'appellent en moundang « N??
bii » qui veut dire « animal de
l'eau », le lamantin est aussi connu sous le nom de
« Lemar » dans la région du Joal (Senegal)
et de « Ngulu-maza » qui veut dire
« cochon d'eau » chez les kikongo dans les
Bas-Congo en République Démocratique du Congo (RDC).
L'ordre de sirénien comprend deux familles dont celle
du lamantin et de son cousin, le dugong, qui représente à lui
seul la deuxième famille. En effet, les dugongs sont, tout comme les
lamantins des siréniens qui partagent plusieurs critères
d'identification communs. Cependant, la queue des dugongs est largement
échancrée en forme de pattes d'ancre pendant que celle des
lamantins est arrondie. De plus la forme du museau est aussi un critère
de différenciation.

Photo 5 :
les lamantins. (Cliché
Béakgoubé à travers l'Internet)
III.2.5.2. MOBILITÉ
LIMITÉE.
Pesant 500 à 600 kg, le lamantin a une
longévité de plus de 30 ans. Les adultes peuvent consommer
jusqu'à 8 000 kg de nourriture par an15(*). Il ne vient jamais
à terre car il est incapable de s'y mouvoir. Il se repose à la
surface de l'eau et aux abords de berges, le dos courbé en arc. Actif
pendant toute la journée, le lamantin est un animal frileux, très
sensible au froid, qui est parfois une cause de mortalité ; il
recherche les sites ou l'eau est chaude16(*).
Animal diurne et nocturne, le lamantin s'alimente
particulièrement la nuit. Pour se mouvoir dans l'eau, le lamantin adulte
nage avec la queue en l'agitant de haut en bas. Il sen sert ainsi comme une
pagaie alors que le jeune se sert de ses nageoires.
Le lamantin est exclusivement herbivore, non ruminant. Il
consomme des herbes flottantes ou immergées (Echinochloa stagina,
Echinochloa pyramidalis, Eichronia crappies, kyllinga erecta, Nymphea
guinéesis, nymphea lotus...). Il vient respirer à la surface
des eaux toutes les 3 à 5 minutes.
III.2.5.3.LA
REPRODUCTION.
En période de rut, une femelle réceptive
crée autour d'elle, un groupe de prétendants qui lui font la
cour. C'est le lieu d'une lutte acharnée où les plus faibles
connaissent parfois le péril de leur vie. Le gagnant est le plus
vigoureux, les deux partenaires se dressent verticalement ventre contre ventre
près de la surface et s'accouplent pendant une dizaine de minutes. Le
mâle repart aussitôt. La gestation dure 12 mois, après quoi
la mère met au monde un unique petit qu'elle fera téter à
ses mamelles pectorales pendant une durée de 2 ans. La paire de mamelles
pectorales volumineuses que portent les femelles, est à l'origine des
légendes les présentant comme des femmes transformées en
animaux ou des sirènes.

Photo 6: une femelle allaitante (cliché
Béakgoubé à travers l'Internet)
Les bébés lamantins sont nourris sous l'eau et
suivent leurs mères pour apprendre à voyager et les techniques de
survie. Après ce moment d'apprentissage, le jeune devient
indépendant et n'atteindra lui-même la maturité sexuelle
qu'entre 5 et 9 ans. Le lien d'amour entre la mère et son petit est
très forte, il en résulte malheureusement que pour capturer une
femelle, les chasseurs visent le petit dont les appels de détresse
entraîneront le plus souvent la mère vers le piège.
Les lamantins ne sont pas seulement à l'origine de
beaucoup de légendes. Ils revêtent des caractères
mystiques, à travers les différentes parties de leur corps dont
il convient de situer l'importance des recherches en ethnobiologie afin de
mieux connaître les modes d'utilisation et les valeurs
intrinsèques aux quels les communautés riveraines s'y attachent
particulièrement.
III.2.6. LE SAVOIR POPULAIRE
SUR LES LAMANTINS.
Les hommes ont en effet utilisé une grande
variété des ressources biologiques pour se nourrir, se loger, se
vêtir et se soigner dans des milieux divers et à travers des
techniques spécialement adaptées. Cet ensemble des comportements
constitue un patrimoine culturel qui s'est transmis de génération
en génération. Pour ce faire, le sang, les os, la graisse, la
viande et les sexes du lamantin font l'objet de beaucoup de
spéculations.
III.2.6.1. LE SANG.
Le sang du lamantin inspire la crainte pour ceux qui le mange
ou le braconnent. Lors d'une battue administrative ou clandestine, il faut
faire bouillir la chair du lamantin en vue d'extraire ou de faire coaguler le
sang. Sans cela, il sera susceptible de créer des pertes de sang
à perpétuité chez les femmes sexuellement actives qui
entreraient en contact avec le sang ou qui fouleraient au pieds les traces du
sang.
III.2.6.2. LES OS DU
LAMANTIN.
Les os du lamantin sont très respectés en milieu
moundang. Leurs effets sont pervers et nocifs. Après une battue, on doit
prendre soin d'y séparer les os de la chair car le contact de l'os et
les dents provoque la chute de celle-ci. Les os du lamantin servent aussi
à se jouer de sales tours, il suffit qu'un de vos détracteurs,
vous le jette ou passe avec le morceau d'os dans votre champ de coton, toute
productivité est comprise. L'os provoque les pertes de l'inflorescence,
des feuilles, bref instaure un paysage de désolation dans le champ. Ceci
n'est pas seulement valable pour le champ de coton mais pour tout cycle
végétatif.
Photo7:
squelette du lamantin (cliché
Béakgoubé à travers l'Internet)

En dehors, de ces effets pervers, l'os du lamantin a aussi des
vertus thérapeutiques, car celui brûlé au feu à
forte température, moulu puis mélangé à son huile
permet de soigner les rhumatismes, les douleurs articulaires et les
contractions de nerfs. Ces assertions traditionnelles recueillies à
travers les sources orales n'ont aucune démonstration ou connotation
liée à la scientificité mais font parties des croyances et
des pratiques culturelles aux valeurs significatives socio anthropologiques.
III.2.6.3. LA GRAISSE ET LA
VIANDE DU LAMANTIN.
Très recherché pour sa graisse et pour sa chair,
le lamantin est encore chassé dans l'ensemble de son aire de
répartition au moyen de harpons, de pièges, de filets et de
lignes.
Au Mali, au Sénégal et au Tchad, l'huile est
utilisée à des fins médicinales et cosmétiques
(Powell, 1996). Les thérapeutes traditionnels trouvent à sa
graisse un élément clef aux problèmes de carence de
virilité de leurs patients. D'après le témoignage de
plusieurs riverains que la chair a un bon goût et rend vigoureux. C'est
ce que jadis dans certaines régions, sa chasse était hautement
traditionnelle et ritualisée ; et sa viande était
consommée localement. Un boucanier aventurier, a dégusté
la viande du lamantin et l'a trouvé meilleur morceau (BOUVEIGNES, 1952).
D'autres témoignages laissent croire que la consommation de la viande
est la cause de certaines maladies telles que : les
céphalées « t?gouari n?? bii » ayant
pour corollaire l'hémorragie nasale.
III.2.6.4. LE SEXE DU
LAMANTIN
Avant le décapitage du lamantin, les sages, les
personnes âgées veillent à écarter les jeunes
surtout, lorsqu'il s'agit d'une femelle. Le sexe, les poils pubiens et les
mamelles pectorales ont de fortes t similitudes avec la physiologie d'une
femme. Et un jeune qui se laisserait entraîner dans une érection
de sa verge, perdrait définitivement sa virilité. Par contre,
lorsqu'il s'agit d'un mâle, le sexe de l'animal est emporté par le
Gong ou le chef de bord « Pah bii » pour sa
recette aphrodisiaque.
III.2.6.5. MYTHES
LÉGENDES.
Le Trichechus senegalensis est la source de beaucoup
de mythes et de légendes. Au pays moundang lors des danses de nuit, il
arrive que des créatures d'une beauté extravagante fassent leur
apparition. Les gens ont tendance à dire qu'elles provenaient de lacs ou
de Zah soo (chute Gauthiot). Les riveraines font croire que les
lamantins aiment jouer les enfants dans les rivières et les lacs et
parviennent à leur caresser le sexe avec leurs nageoires. Et même
dans d'autres contrées, ils étaient à l'origine de
nombreuses légendes pourtant sur les sirènes :
enchanteresses et naufrageuses, jeunes filles métamorphosée
etc.
Avant d'aller au chapitre consacré aux aires de
répartition et les causes d'extinctions, nous tenons à souligner
que vous trouverez en annexe de ce document un conte indigène recueilli
par le Dr PINCONS. Paru sous la rubrique « note
africaines » du bulletin d'information et de correspondance de
l'institut Français d'Afrique Noire (IFAN), janvier 1944. Il s'agit d'un
conte sur l'origine du lamantin.
CHAPITRE IV : LES AIRES DE REPARTITION DES LAMANTINS ET
LES CAUSES D'EXTINCTION.
4.1.
Situation Générale
Le lamantin ouest africain (Trichechus senegalensis)
se trouve surtout dans les parties moyennes et inférieures des fleuves,
du Sénégal au Kwanza en Angola (Powell, 1996, Dodman 1999). On le
trouve également dans les zones humides saisonnières adjacentes,
dans les eaux marines peu profondes et autour de certaines îles
côtières. En outre, il y a (ou avait) des populations
isolées dans les parties supérieures de certains fleuves :
Niger, Bénoué, Congo, Oubangui, Chari et les lacs
intérieures. Les aires de répartition s'étendent au moins
sur plus de vingt pays à savoir : Mauritanie,
Sénégal, Gambie, Guinée Bissau, Guinée, Sierra
Leone, Libéria, Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigeria,
Cameroun, Guinée Équatoriale, République
Démocratique du Congo, Angola, Mali, Niger, Tchad, Congo, et peut
être Burkina Faso, bien qu'il semble que l'espèce soit maintenant
au bord d'extinction dans certains d'entre eux (Powell 1996).
Dans une récente étude (Powell 1996), huit zones
cruciales pour la conservation des lamantins ont été
identifiée sur la base du degré de menace de lamantins. Dans ces
zones particulières, l'existence d'une population de ces animaux est
significative. Des sites où des dispositions institutionnelles
faciliteraient l'application d'un programme de conservation de l'espèce.
Ces zones connues ont pour une mission de conserver et d'accroître
une population des lamantins :
(1) Lac Volta (Ghana)
(2) Lagon N'Dogo (Gabon)
(3) Fresco, Ncounzou, Lagons Tadie Comlex (Côte
d'Ivoire)
(4) Archipel des Bijagos (Guinée Bissau)
(5) Fleuve Casamance, Parc national du Delta de la Saloum,
Parc National Djoudi et Lac de Guieo (Sénégal)
(6) Lac Léré et Lac Tréné
(Tchad)
(7) Eaux intérieures du Delta et Lac Débo
(Mali)
(8) Lac Ossa et Fleuve Sanaga, (Cameroun).
Afin de faire mieux comprendre à la population, la
biologie des lamantins et de mettre au point des systèmes pour leur
protection et leur utilisation durable, des recherches sont nécessaires
sur la biologie de la reproduction, les habitudes migratrices et les
niveaux de mortalité due à la chasse, à
l'élimination et à l'échouage (Powell 1996). Les lamantins
étaient autrefois abondants dans le bassin du lac Tchad mais sont
devenus rares vers 1924 (Powell1996). Dans une enquête de 1995, on a
trouvé qu'ils étaient moins abondants qu'autrefois mais pas rares
dans les Lacs de Léré et Tréné dans la
région de Mayo-Kebbi Ouest. La chasse se poursuit dans les
rivières et les lacs malgré les efforts de mise en rigueur des
lois de protection. Ces animaux sont surtout recherchés pour leur
graisse et leur chair qui sont exportées vers les pays limitrophes
(Powell 1996). Pour contrecarrer les actions négatives qui conduisent
à l'amenuisement des lamantins, des sites ont été
répertoriés sur les Lac de Léré et
Tréné et font l'objet d'une surveillance
régulière.
4.1.1. Les Sites des Lamantins
des Lacs Léré et Tréné
Au niveau local, la synergie des opérations entre les
responsables techniques, les initiatives locales, les ONG a
débouché sur l'identification de 25 sites de lamantins sur les
lacs Léré et Tréné. Ces sites sont tenus en secret
et font l'objet d'une surveillance régulière à travers des
patrouilles mixtes.
TABLAEU N°8 Répartition par village des
zones de mise en défens.
Lacs
|
Zones
|
Village
|
Léré
|
1. El ou Zah tanné
2. Zah Mavâh
3. El Mafooré & zah wellé
4. Techat Tessing
5. Zah Dammé mah guimou
6. Zah Tékou Dammé (ZPI)
7. Zah Bomi
8. Tewaa-Djinni
9. Zah tékou Dam
10. Tévoun Manaching
11. El-Tchilli
12. Zah bii Dakouli
13. Bara (trop de lamantins)
14. Zah Kaah
15. Zah tekou Dam
16. Zah dammé
17. Mah Korolé
18. Bii Soko
19. Mour Yang mbeuma
20. Mah Zoua lii
21. Mah Zouma Langni
|
Dissing
Dissing
Dissing
Dissing
Fouli
Fouli
Fouli
Fouli
Fouli
Doué
Doué
Doué
Doué
Doué
Mourbammé
Mourbammé
Mourbammé
Mourbammé
Mourbammé
Pouemmé
Pouemmé
|
Tréné
|
22. Zah Mamouri
23. Lak tekouri
24. Lak Kaah
25. Lak tessallé
|
Tekéré
Tekéré
Tefoultréné
Tefoultréné
|
Schéma n°1 : Localisation
des sites des lamantins

Source : PGCRN - GTZ
Léré
4.2 Les causes d'extinction
des Lamantins
Le lamantin Ouest africain est
inscrit en tant que « vulnérable » sur les listes de
l'Union Internationale de Conservation de la Nature (UICN), avec un
déclin numérique de 20 % sur une période de 10 ans. Il est
inscrit à l'annexe II de la Convention relative sur le commerce
international des espèces de faune et flore sauvages menacés
d'extinction (CITES), dite convention de Washington de 1973.
Il est protégé par une législation
nationale dans chacun des pays où on le trouve. Les lamantins Ouest
africains peuvent être classés dans ces trois
catégories : espèces disparues, espèces en danger et
espèces vulnérables, selon les évaluations de degré
de vulnérabilité et la situation des aires de répartition
dans chaque pays.
· Espèces disparues :
situation où aucune observation de ces espèces en milieu naturel
n'a été signalée depuis une période significative.
Nous pourrions citer en exemple les pays comme le Togo, le Liberia, la
Gambie, le Bénin, la Mauritanie, le Nigeria, le Congo, la
République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale
etc.
· Espèce en danger ou en
voie de disparition : situation où ces espèces ont
disparues d'une grande partie de leur aire d'origine. Les effectifs sont
réduits à un seuil critique et la survie est peu probable si les
causes responsables de la régression persistent. C'est le cas des pays
comme la Siéra Leone, la Guinée, l'Angola, le Niger, le Gabon, le
Ghana, le Mali, le Cameroun, la Côte d'Ivoire etc.
· Espèces
vulnérables : situation dont les effectifs sont en forte
régression et qui risquent de passer dans la catégorie
précédente si les facteurs défavorables persistent. Il
s'agit de pays comme la Guinée Bissau, le Sénégal et le
Tchad.
Les causes d'extinction du Lamantin interviennent à un
rythme apparemment sans précédent et les mécanismes qui
conduisent à cette dégradation sont assez bien connus, et
résultent le plus souvent de la manière dont l'homme use et abuse
de son environnement. Mais des causes profondes et complexes telles que les
aléas climatiques, l'insuffisance des moyens législatifs et
institutionnels induisent malheureusement des effets pervers.
4.2.1 Causes anthropiques.
C'est dans les activités humaines que résident
les causes principales de l'appauvrissement de la diversité biologiques
en ce qui concerne les animaux, on estime que la destruction des habitats, la
surexploitation..., constituent chacune pour environ 1/3 des estimations
connues d'espèces17(*).
La surexploitation des espèces animales a
également provoqué la disparition ou la raréfaction de
nombreuses espèces. Plusieurs espèces vertébrés
terrestres ont ainsi été affectés (Bisons, Baleines,
Tigre, Eléphant, Lamantins etc.). Des espèces comme les lamantins
ont été mises en grand danger d'extinction à cause du
marché florissant de leur huile supposé avoir des
propriétés médicinale. Le commerce international
d'espèces sauvages et leurs spécimens est également
responsable de la disparition de nombreuses espèces. On a calculé
que 40% des espèces des vertébrés menacées
d'extinction le sont à cause de la chasse à destruction de
marchés internationaux18(*). Le braconnage d'espèces telles que
le Lamantin, la Baleine bleue, le Rhinocéros, le Tigre,
l'Éléphant..., est entretenu pour des fins mercantiles.
La course à la rentabilité en matière de
pêche est à l'origine de l'utilisation de gigantesques filets.
Dans les lacs de Léré, cinq types d'engins sont
utilisés: les filets dormants, les éperviers, les sennes de
plage, les palangres pouvant nuire aux siréniens.
· Le filet dormant: Il est
utilisé toute l'année. Ses mailles sont variables d'un filet
à un autre. Un filet dormant est utilisé en fonction de sa maille
selon les saisons.;
· L'épervier : est
utilisé par les pêcheurs les plus jeunes compte tenu de son usage
qui nécessite assez de force physique. C'est un engin dont la
circonférence varie entre 10 à 12 mètres, avec 55
à 60 plombs de 5 cm et une maille mesurant 35 mm. La pêche
à l'épervier se pratique en général de novembre
à juin avec une période d'utilisation plus intense de
février à mai. Pendant la période de crue (juillet
à octobre) où les lacs deviennent plus profonds et aussi la
dispersion des poissons en cette période dans les plaines inondables
couvertes des mimosa pigra , des echinochloa stigina
rendent ainsi la pêche infructueuse. Par contre la période de
décrue où les profondeurs du lit des lacs connaissent un
rétrécissement avec des étiages en certains endroits, rend
l'utilisation de cet engin très active et fructueuse ;
· La senne de plage : Elle mesure
entre 400 et 500 mètres de long avec des mailles de 10 à 15 cm et
une hauteur d'environ 4 m. et est généralement détenue par
les plus nantis ou par des groupements de pêcheurs. Son acquisition est
très coûteuse et confère aux dépositaires un
prestige dans leur milieu. Son utilisation nécessite des dispositifs
tels que la pirogue monoxyle faite d'un tronc d'arbre centenaire pour
certains usagers. Pour d'autres, ce sont les pirogues motorisées
fabriquées sur la base de planches auxquelles il est ajusté un
propulseur importé du Nigeria. Elle n'est utilisée qu'en
période de basses eaux précisément de novembre à
juin. La senne de plage est un engin peut
sélectif, capture accidentellement ou intentionnellement les lamantins
qui ne peuvent se défaire.
· Les palangres sont utilisées
toute l'année. Elles sont appâtées ou non. Ces engins de
pêche constitués des cordes auxquelles sont attachées des
empiles munies d'hameçons, sont aussi redoutés par les lamantins
que les poissons.
· Les nasses : il en existe deux
types, celle qui est tressée aux moyens des chaumes de
végétaux (spécialité des pêcheurs haoussas)
et la nasse malienne faite de filets en position érigée et
appelée « Goura malien ». Les nasses sont
utilisées dans les herbes en période de hautes eaux (Juillet
à Septembre).
Notons que d'autres engins de pêche et ou de chasse sont
occasionnellement utilisés. Il s'agit de harpons à deux pointes
fortement barbelées, les lances aux manches ficelés, les filets
aux lamantins qui sont conçus spécialement pour le braconnage.
Le braconnage activité assez répandue,
sévit encore dans les lacs de Léré. Au cours de
l'année 2008, trois lamantins ont échoué sur les berges
des lacs dont le cas le plus flagrant fut celui de la femelle gestante
retrouvée avec un harpon sur le corps 19(*)
TABLAEU N°9 : Période de
pêche de l'année par type d'engin.
ENGINS DE PECHE
|
PERIODE DE L'ANNEE
|
Jan
|
Fev
|
Mars
|
Avr
|
Mai
|
Juin
|
Juil.
|
Août
|
Sept
|
Oct.
|
Nov.
|
Déc.
|
Filet dormant
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Epervier
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Palangre
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Nasse
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Senne de plage
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|
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|
Harpon
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
Filet à lamantin
|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
...?....
|
...?....
|
?
|
?
|
?
Période de non utilisation d'engin
Période d'utilisation d'engin
Source : GTZ, 1999
: Période de menace pour les lamantins
- Les pollutions de sols et de l'eau
perturbent également les écosystèmes et constitue un
risque d'élimination des populations d'espèces sensibles.
L'exemple du DDT (Dichloro-diphenyl- trichloroethane) dans les
années 1960 est illustrateur. L'utilisation des intrants et des
pesticides pour améliorer les rendements agricoles a des
conséquences directes sur l'environnement. La contamination des eaux
fait que les consommateurs de troisième dégrés de la
chaîne trophique (carnivores) sont sérieusement intoxiqués
en raison de l'accumulation de la substance toxique de la chaîne
alimentaire. Les lacs de Léré sont pour les populations
riveraines, des endroits de prédilection pour la lessive, le nettoyage
et de déversement de certains liquides supposés sordides voire
toxiques. Le savon utilisé au quotidien pour la lessive, la vaisselle et
pour le bain, les hydrocarbures utilisés pour fonctionner les pirogues
motorisées, sans oublier les nettoyages de matériels agricoles,
constituent des polluants de l'eau et des poisons pour les ressources
ichtyologiques, en particulier les lamantins.
- La croissance démographique est
considérée comme la cause principale de la baisse de la
biodiversité. En effet, la problématique de la croissance
démographique consiste à exploiter plus les ressources
disponibles et à occuper des espaces plus importantes pour nourrir une
population nombreuse. La « Bombe P » des écologistes
reste une préoccupation majeure pour toutes les questions
d'environnement. La population mondiale croit à un rythme exponentiel,
celle de la région de Léré n'en demeure pas du reste. La
conquête d'espaces habitables et cultivables va sans aucun doute
renforcer le processus de transformation des terres, et l'exploitation des
ressources vivantes, d'autant que la technologie permet maintenant
d'accélérer le phénomène.
La baisse de la biodiversité est le résultat de
l'exploitation de plus en plus intensive des ressources naturelles. C'est donc
dans le fonctionnement des sociétés humaines qu'il faut
rechercher les causes fondamentales de cette situation. Aussi, des causes
indirectes telles que l'ignorance écologique, l'insuffisance de
connaissances et les changements climatiques globaux..., contribuent de
façon significative à la dégradation des
écosystèmes.
4.2.2. Causes directes et
indirectes.
Les changements climatiques globaux
font partie des causes directes de la dégradation de l'environnement. La
déforestation et l'utilisation massive des combustibles fossiles sont
à l'origine d'une augmentation de la teneur en gaz carbonique
atmosphérique qui est susceptible d'entraîner un
réchauffement de la planète. Ce que l'on appelle
« l'effet de serre » devrait entraîner des
modifications de la pluviosité et des régimes hydrographiques,
qui à leur tour, contribueront surtout à la fragmentation des
milieux ambiants des espèces hydrophiles et un appauvrissement de la
diversité biologique.
L'ignorance écologique fut la
plus longue période de l'humanité. Pendant longtemps, les
botanistes et les zoologistes ne se sont guère souciés de la
pérennité des habitats naturels du globe et du suivie des
espèces végétales et animales. Le progrès
technologique a amené l'homme à altérer la
biosphère. Aujourd'hui les conséquences sont
considérables. Pourtant, nous ne devrions pas oublier que les ressources
de la terre sont limitées et que nous n'avons pas à notre
disposition une seconde planète à piller. Nous devons donc
développer en nous-mêmes un état d'esprit favorable
à l'environnement et nous efforcer de vivre en harmonie avec la nature
sans dilapider les richesses, sans détruire les ressources et sans
compromettre l'équilibre écologique. Cet éveil tardif de
conscience a eu à susciter un changement vers le milieu du XIXe
siècle d'où l'idée de création des parcs nationaux
dont le premier, le Yellowstone National Park,
crée il y a plus d'un siècle (en 1872). Toutefois, il convient de
souligner que les séquelles de l'ignorance écologique
gangrène encore l'esprit humain d'où la lecture visible au
travers des actions irrationnelles posées par l'homme. L'acquisition de
connaissances aiderait à accorder un intérêt à
l'environnement sous toutes ses dimensions. Son insuffisance ou son manque se
révèle comme une porte ouverte aux désastres et aux
déséquilibres écologiques où les processus de
régénération et les cycles naturels seront durement
compromis. Sur le terrain, on constate que la disparition ou la
dépopulation des lamantins ne semble pas trop préoccupé la
grande majorité de la population riveraine. Certains trouvent ironique,
le fait que l'État cherche à tout prix le bien-être de ces
animaux que de ses citoyens. D'autres trouvent paradoxale le zèle avec
lequel, les services techniques répriment les déviants
(arrestations, lourdes amendes) et ont du mal à admettre les
espèces piscicoles arriveraient à une complète extinction
un jour. Cette prédiction apocalyptique ne fait aucun souci, car le
souci des exploitants repose plutôt sur la satisfaction des besoins du
présent.
L'Insuffisance de connaissances: Les
scientifiques n'ont pas toujours une connaissance suffisante des
écosystèmes pour prévoir leur évolution. Les
milieux les plus riches en espèces sont situés sous les
tropiques, le plus souvent dans des pays pauvres, qui ont d'autres
priorités, en terme de financement que le développement de
connaissances sur la biodiversité. Même si le savoir existe, il
n'est pas toujours transmis correctement aux décideurs et l'information
ne circule pas très bien. La direction de pêche et aquaculture, en
sus de son personnel restreint n'a que de généralistes en son
sein. Aucun de son personnel n'est spécialiste du lamantin.
L'inventaire de la
biodiversité est donc le plus souvent incomplet dans
beaucoup de régions, et les évaluations quantitatives des impacts
sont rares. Les lacs de Léré regorgent certes de lamantins mais
aucune donnée chiffrée n'est connue de leur effectif. Cette
absence d'information est un handicap pour guider les stratégies de
conservation et évaluer les effets de mesures qui ont été
prises. Dans cette situation d'incertitude, il est difficile d'apporter des
éléments indiscutables sur les coûts ou les
bénéfices qui pourraient résulter de certaines pratiques.
Il faut aussi ajouter à ces causes ci dessus d'autres facteurs qui
constituent des entraves aux stratégies de conservation des ressources.
4.2.3. Autres facteurs
limitant
Nos données d'enquêtés montrent que les
zones de mise en défens ne sont pas seulement un trésor aux
enjeux économiques mais parfois sources de conflits. En faisant un
état des lieux des difficultés rencontrées des aires
protégées, tout porte à croire que les problèmes
proviennent du fait que les zones protégées sont souvent
instables du point de vue institutionnel. Elles sont sensibles en particulier
aux changements de politiques. Le financement est souvent dérisoire et
aléatoire dans les pays en développement, de sorte que la gestion
et la surveillance sont insuffisantes.
C'est dans le domaine sociologique qu'on peut trouver des
explications à la lenteur ou des freins à l'évolution. La
« résistance » semble provenir essentiellement de
l'administration, des agents de l'État qui voient dans la montée
des organisations paysannes, l'arrivée d'un contre pouvoir à
mettre en cause plus ou moins ouvertement leurs pratiques contradictoires voire
illégales. L'émancipation de ces organisations est vécue
comme une perte d'autorité. Les agents ressentent un profond malaise
dans l'exercice de leur fonction par rapport aux capacités et à
l'assurance, parfois trop rapidement acquises par ces paysans. Le turn-over des
agents est impressionnant. Il peut être l'expression de leur malaise mais
il est aussi en même temps révélateur du peu de
continuité de l'administration dans l'accompagnement du processus et
témoigne aussi du peu de respect des engagements que celle-ci a pourtant
pris dans le cadre de la charte.
Les autorités coutumières, autre source de
pouvoir local sur lequel s'appuient les organisations locales, semblent un peu
moins affectées que les agents de l'État face à la
montée des organisations paysannes. Leur comportement évolue
entre celui de monarques éclairés, promoteurs de la conservation
et farouches résistants à une ouverture du pouvoir sur les
ressources, en passant par la catégorie des observateurs attentifs aux
conséquences possibles du processus de concertation. Mais de toute
évidence, il ne serait guère réaliste de les
considérer comme des supports inconditionnels d'une
règlementation qui accorderait plus de pouvoir aux organisations
paysannes de base en général, aux groupements et aux associations
en charge de la conservation de la biodiversité. La mentalité peu
sociale de certaines personnes met en péril la cohésion sociale
entre les différents acteurs de la gestion des lacs. Les pêcheurs
Haoussas estiment que les zones de mise en défens sont beaucoup plus
profitables aux autochtones Moundang. Ils denoncent en particulier
l'interdiction de pêche de nuit qui constitue pour eux une source de
profonde frustration. Ce sentiment fait que leur participation à la
surveillance des zones de protection semble être un peu mitigé.
Les conflits se situent aussi à l'échelle des villages qui se
disputent les zones de mis en défens : Tikéré et lac
au niveau de lac de Tréné, Doué, Fouli et Katchili sur le
lac Léré. Ces conflits pourraient s'expliquer par le fait que les
aménagements des zones de protection n'aient pas pris en compte les
droits d'usage que les différents villages riverains ont sur les
sections du Lac (Dagou Paboung et al, 2000).
Au cours de cette analyse sur la gestion des ressources
naturelles, certains agissements et comportements ont pu être
enregistrés. Le Préfet, le Sous-préfet, les gendarmes, les
autorités traditionnelles et les agents techniques n'ont pas la
même légitimé et ne travaillent guère de
manière concentrée. Chacun veut intervenir et ce désordre
qui caractérise les différentes hiérarchies rend
aléatoire les tentatives d'arbitrage en cas de litige. Les nuits
blanches passées dans les surveillances sur les lacs avec des risques
tels que le chavirage, l'attaque des hippopotames, les piqûres des
moustiques, la fraîcheur..., sont quelques fois
récompensées par le relâchement sans scrupule des bandits
pris en flagrant délit. Les membres du groupement nous laissaient
entendre qu'ils reconnaissent plutôt l'efficacité de
l'autorité traditionnelle lorsqu'elle flagelle de 50 à 100 coups
de fouets, ceux qui touchent aux lamantins. Or le relâchement ou les
évasions spectaculaires de certains braconniers, introduit ainsi le
découragement et une chute d'engouement dans le contrôle et la
surveillance des ressources naturelles d'une part ; et le maintien et la
recrudescence des actes de vandalisme d'autre part.
Outre la satisfaction que procure la gestion rationnelle des
zones de mis en défens dans l'accomplissement des besoins fondamentaux,
l'annexe montre un tableau faisant une présentation des valeurs
d'insatisfaction qui constituent des freins à l'évolution de ces
aires protégées.
CHAPITRE V : LES STRATEGIES DE GESTION CONSERVATOIRE ET
PARTICIPATIVE
La plupart des problèmes d'environnement actuellement
au monde sont essentiellement d'origine humaine. Le rôle de l'homme est
donc crucial dans la mesure où c'est son attitude à
l'égard de l'environnement, qu'il soit naturel ou artificiel, qui a
conduit à la situation actuelle. C'est donc bien évidement en
changeant d'état d'esprit qu'il peut prendre des initiatives concernant
la situation de l'environnement. L'attitude de l'homme et son comportement sont
directement liés au système de valeurs de la
société dans laquelle il vit. Historiquement, les valeurs
individuelles et sociétales n'ont pas toujours été
propices à la sauvegarde d'un environnement de qualité (Mc
Cabeetal 1977). La crise de l'environnement que nous traversons aujourd'hui
oblige l'homme à revoir son échelle de valeurs. Nous devons
élaborer un système de valeurs dans lequel les priorités
écologiques deviendront les lois du monde.
La volonté politique, la morale, l'instruction civique,
l'implication des collectivités territoriales, les medias, la formation,
l'éducation, la sensibilisation... sont des voies
privilégiées et des moyens d'expression permettant de promouvoir
des valeurs et des attitudes positives à l'enclenchement d'une approche
conservatoire et participative en faveur des ressources naturelles.
5.1
La Volonté Politique
L'engagement politique vient au premier rang des conditions
nécessaires pour faire valoir les approches conservatoires et
participatives de la gestion de l'environnement. L'attitude des
décideurs politiques doit s'aligner sur cette priorité, sans quoi
les efforts déployés seront vains. Cet engagement politique
implique l'acceptation d'une participation effective des collectivités
rurales. Au plan national, les lois et autres réglementations en vigueur
doivent servir d'instruments d'application de cette politique. Au plan
international, ce sont des conventions et des traités auxquels le Tchad
a eu à ratifier ou signer.
5.1.1 Cadres institutionnels et
réglementaires à l'échelle nationale
La constitution de la république du Tchad de 1996,
adoptée par le règlement du 31 mars 1996 et révisée
par la loi constitutionnelle n° 08/PR/2005 du 15 Juillet 2005 assure la
protection de l'environnement dans les articles suivants :
· Article 47 : toute personne a droit à un
environnement sain
· Article 48 : l'État et les
collectivités territoriales décentralisées doivent veiller
à la protection de l'environnement
· Article 52 : tout citoyen a le droit de respecter
et de protéger l'environnement.
La protection de l'environnement est également
assurée par la mise en place d'un Haut Comité National pour
l'Environnement (HCNE) présidé par le Premier Ministre. Un organe
politique et technique dont la tâche est de coordonner et suivre les
mesures à prendre pour lutter contre la dégradation de
l'environnement dans son ensemble.
La gestion quotidienne de la politique de conservation de la
nature est assurée par le Ministère de tutelle qui met en
application les lois, les ordonnances, les décrets, les
arrêtés et notes de service qui régissent cette
politique.
5.1.2. Sur le plan
international.
A l'échiquier international, le Tchad a
manifesté sa volonté politique à travers la ratification
de différentes conventions internationales :
Convention relative à la conservation de la faune et
de la flore à l'état sauvage, Londres 1933.
Convention africaine sur la conservation de la nature et des
ressources naturelles de 1969 (en Algérie).
Convention relative aux zones humides d'importance
internationale, dite convention de RAMSAR de 1971.
Convention sur le patrimoine mondial, culturel et naturel,
UNESCO 1972.
Convention relative sur le commerce international des
espèces de faune et flore sauvages menacés d'extinction (CITES),
dite convention de Washington de 1973.
Convention relative aux règlements communs sur la
flore et la faune dans le bassin du Lac Tchad de 1976.
Convention sur la biodiversité de Rio de Janeiro en
1992.
Convention cadre des Nations sur les changements climatiques
en 1992.
L'application de ces différentes conventions est
faible partout dans les aires protégées du pays. Un manque de
respect des textes règlementaires est signalé de partout. Par
exemple, il est rapporté que certains officiers de l'armée sont
complices de certains actes de vandalisme sévissant (les menaces
proférées à l'endroit des agents de contrôle et le
cas d'assassinat des gardes de réserves ou parcs) dans les aires
protégées. Les pots de vin et la corruption sont fréquents
à tous les niveaux. Cela est ressorti lors de nos enquêtes de
terrain. Les aires protégées subissent les conséquences
d'agitation civiles et l'instabilité politique, ce qui favorise le
braconnage (la guerre civile de 1979, la rébellion et le
phénomène de coupeurs de route sévissent également
tant au niveau de RFBL et de Sena Oura. Les pratiques culturelles, les
croyances et les usages traditionnels entrent en conflits avec les objectifs
poursuivis dans certaines aires protégées. Dans la RFBL, on
observe des débordements pendant la « fête des pintades
» et cérémonies traditionnelles (fii loo, fii
mundang ....). En fin, il faut aussi le dire que la forte demande pour la
consommation ou la commercialisation des ressources vulnérables (la
graisse et la viande de lamantin, la bile du babouin, la viande du lycaon...qui
ont respectivement des vertus pour la virilité et servant des anti-dotes
contre le Sida et l'épilepsie.) confère à celles -ci une
valeur marchande.
5.2
Développement Rural intégré (DRI).
Le développement rural intégré est une
stratégie par laquelle une série d'actions
régulières progressives, amorcés ou soutenues par une
volonté politique apporte des changements quantitatifs et qualitatifs au
sein d'une population rurale et avec sa participation consciente et active en
vue de répondre à ses besoins essentiels, d'améliorer son
bien-être et d'engendrer un processus autonome de développement
(CIEM, 1980). Un développement soutenable du milieu rural, garant d'une
bonne gestion de la biodiversité est nécessairement un compromis
entre ce qui est socialement souhaité, écologiquement acceptable
(Christian Leveque, 2002). Le DRI implique conséquemment la
participation de la communauté à tous les niveaux des
actions à entreprendre.
La participation de la population : il convient de dire
que le DRI est fondé sur la participation qui doit être
volontaire, active et consciente. Cependant dans certains cas, il pourrait
être justifié de « provoquer » dans une
certaine mesure. La participation communautaire implique que l'ensemble de la
population concernée prenne une part active à la
réalisation des projets de développement, sans pour autant brimer
les initiatives individuelles. La participation doit être
préparée et stimulée par des actions d'éducation,
de formation, d'information, d'animation, de vulgarisation et de communication.
Soucieuse de conserver le patrimoine naturel que constitue la
RFBL en vue de leur gestion durable, la coopération tchado allemande
(l'ONG GTZ ) favorise la reprise de la situation du DRI
à travers sa composante « Gestion et conservation des
ressources naturelles »
Cette ONG, s'appuyant sur des structures locales existantes, a
mis en place une méthode participative qui intègre de
manière active et chacun en ce qui le concerne (masse paysanne, chefs
traditionnels, responsables administratifs, services techniques, ONG, projets,
...) à la gestion saine du patrimoine.
Avec cette intervention de la GTZ qui a mis en place un
ensemble de règles simples, faciles d'application, objectives et
équitables pour tous les utilisateurs et producteurs, les
résultats semblent être prometteurs.
5.3.
Motivation éthique et rôle de l'éducation
environnementale.
La conservation de la biodiversité ne peut se limiter
aux seuls aspects techniques ou législatifs. Les responsables
politiques, comme les scientifiques, ont conscience qu'elle nécessite un
soutien populaire. Ainsi la conférence de Rio et les débats
autour de la protection de la biodiversité ont bien mis en
évidence cette question dans ses dimensions morale et éthique,
pour certains groupes de pression (Christian Leveque, 2002). En
réalité, le début sur la protection de la diversité
biologique poursuit le vieux débat philosophique sur les relations que
l'homme entretient avec la nature. L'attitude des sociétés par
rapport aux problèmes de conservation de la biodiversité en
dépend. L'éducation environnementale s'avère donc
nécessaire, indispensable pour être intégrée dans
les programmes scolaires et extrascolaires pour imposer le respect des valeurs
environnementales.
L'enseignement peut être un outil indispensable pour
augmenter la prise de conscience du public concernant la protection de la
biodiversité formant les connaissances, mais également les
perceptions et les attitudes de jeunes vis-à-vis de la
biodiversité.
L'école, centre d'éducation qui réunit
les enfants de toutes les couches sociales, constitue un milieu indiqué
pour la diffusion et la transmission des connaissances, de savoir-faire,
d'attitude et d'aptitudes positives vis-à-vis des préoccupations
environnementales (M. Bathily et O. Wane, 1999). Dans cette optique,
l'éducation environnementale a pour ambition de préparer les
nouvelles générations pour une gestion durable de
l'environnement.
L'éducation environnementale est définie selon
l'UNESCO ( United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization )
comme « une forme d'éducation rénovée qui a
pour but de former une population mondiale consciente et
préoccupée de l'environnement et des problèmes qui s'y
rattachent, une population qui ait les connaissances, les compétences,
l'état d'esprit, les motivations et le sens de l'engagement qui lui
permettent de travailler individuellement et collectivement à
résoudre les problèmes actuels et à empêcher qu'ils
ne s'en posent de nouveau ».
Au Tchad, l'éducation environnementale (EE) est
définie dans l'article 9 de la loi n° 14/PR/98 définissant
les principes généraux de la protection de l'environnement :
«l'éducation, l'information et la formation initiale et
continue sont mises en oeuvre à tous les niveaux de façon
à susciter des comportements responsables vis-à-vis de la
préservation de la restauration et la mis en valeur de l'environnement
au service du développement ».
Pour SOUCHON et GIORDON (1991), l'éducation
environnementale fait apparaître les domaines suivants :
ü La prise de conscience
ü Les connaissances
ü Les attitudes
ü Les compétences
ü La capacité à évoluer
ü La participation.
Il faut souligner que l'Éducation Environnementale se
veut une action soutenue, permanente, qui se propose d'installer chez le sujet
des réflexes positifs vis-à-vis de l'environnement qui s'adresse
à tous. Le public cible est donc la population entière sans
distinction d'âge, de sexe ni de région. Cependant, les
associations, les groupements, les producteurs, les leaders d'opinions, les
responsables coutumières et religieux, les agents de l'État... en
sont des personnes ressources.
5.4.
La participation des bénéficiaires
La participation peut avoir deux sens :
a) sens actif : participer en prenant des
responsabilités ;
b) sens passif : prendre part sans avoir à
décider ;
La participation est, pour chaque individu, la manière
de se lier aux autres : c'est une forme de sociabilité. A
Léré, un tel dynamisme existe mais cela n'est que dans les
structures associatives (groupements, associatives...) Selon A. MEISTER, il
faut distinguer principalement cinq types de participations :
1. La participation de fait est une
participation dont les bénéficiaires ignorent le bien
fondé des actions auxquelles ils sont conviés. Alors les
spéculations latentes gangrènent leur esprit :
« que m'adviendra-t-il si je ne participe pas au
projet ? », « ne va-t-on pas me créer des
ennuis aux niveaux politique et administratif », « je vais
participer puisque, c'est mon frère qui m'y convie »... Une
telle participation ne correspond pas forcement aux objectifs
recherchés.
2. La participation
spontanée et /ou volontaire sont
celles où l'adhésion est massive, une participation effective
où les actions du projet sont appropriées par les
bénéficiaires. Dans la région de Léré, les
communautés riveraines de la RFBL sont réellement
impliquées dans la gestion des ressources naturelles et de la
conservation du patrimoine. Elles mènent des actions de
développement pour pérenniser les acquis à travers les
appuis des ONG.
3. La participation provoquée
est celle qui est stimulée de l'extérieur afin de faire
accroître une prise de conscience sur une situation jugée
critique et dont la communauté n'arrive pas à la percevoir ou
qui se trouverait dans l'impossibilité de la résoudre.
4. La participation
imposée : c'est le degré le plus bas de la
participation. Les bénéficiaires n'ayant reçu aucune
explication sur les objectifs du projet, voient débarquer une
équipe d'experts qui se livrent à des travaux dont ils ignorent
l'origine et la finalité. Une telle participation même si elle
reçoit une adhésion, les activités ne sont pas
pérennisées et la finalité boycottée.
Pour mieux s'informer et informer les acteurs afin de
susciter en eux l'intérêt d'une participation effective au travers
de ce thème : « Gestion des lamantins des lacs
Léré : entre conservation de ressources naturelles et survie
de la population », la méthode de SARAAR qui aide
à comprendre les niveaux de résistance s'avère bien
indiquée. Elle a été également
expérimentée lors de notre visite de terrain pour tester la
connaissance et la perception de nos enquêtés sur la protection
et la conservation des lamantins. Cette méthode expose sept niveaux de
résistance :
1- Le dénouement total du
problème ;
2- La reconnaissance du
problème, mais refus d'y prendre part activement en
fuyant des responsabilités.
3- La reconnaissance du
problème mais doute de la résolution
exemple : « oui le problème existe, mais j'ai des doutes
qu'on puisse le régler ».
4- Le Sentiment d'impuissance :
« c'est un problème important, mais je n'ai pas les moyens de
le régler ».
5- La connaissance des causes du
problème : « le problème existe, je
suis intéressé à connaître les
causes ».
L'engagement à la résolution du
problème : « je suis prêt à
tout essayer pour régler le problème »
6- Engagement et rôle de
leadership : « je suis disposé à
démontrer une solution aux
autres et à proposer des actions ».
Nous avons constaté qu'en dehors du premier niveau de
résistance, tout le reste s'applique au contexte dans la zone
d'étude. La problématique de la sauvegarde du lamantin est une
question connue de tous mais la compréhension du problème oscille
entre les niveaux 2 et 7 de résistance c'est-à-dire le niveau de
la reconnaissance du problème, mais le refus d'y
prendre part activement aux opérations de sauvetage, en fuyant les
responsabilités..., et le niveau élevé qui dénote
d'un engagement sans scrupule avec un rôle de
leadership à jouer.
Zone tampon
Reconnaissance du problème mais refus
Engagement à résoudre le problème
Connaissance des causes du problème
Sentiment d'impuissance à résoudre le
problème
Reconnaissance du problème mais doute
Engagement avec le rôle de leadership
Schéma n°2 : méthode Saraar
Source : la Méthode
SARAAR adoptée par le projet gouvernance de l'eau et
développement local PNUD - DAES juillet 2005.
5.5.
Information, éducation, communication/Behavior Change Communication
(IEC/BCC)
L'information, l'Éducation et la Communication est une
stratégie qui combine les techniques de l'information (support et
pratique) de l'éducation et de la communication en vue d'atteindre les
objectifs essentiellement orientés vers le changement de comportements.
Elle se confond parfois avec la communication pour le changement de
comportement (CCC) ou Behavior Change Communication (BCC) en ce qui concerne
les objectifs stratégiques et les bénéficiaires. L'usage
de l'IEC ou BCC pourrait favoriser le changement de comportements liés
à la déviance, à l'ignorance écologique, à
l'appât du gain, au gaspillage des ressources naturelles. Ces
préalables menacent dangereusement l'équilibre du milieu.
Cependant quatre types d'arguments justifieraient la raison d'une mise en
valeur d'une telle stratégie.
5.5.1 Les Arguments
économiques
La pêche et la chasse sont des activités
génératrices de revenus du secteur primaire de la
Préfecture de Léré. Non seulement, une tranche de la
population bénéficiaire des conditions plus favorables à
l'exercice de ces activités mais la perception de taxes, le paiement des
permis de pêche, de chasse constitue une source de revenus non
négligeable pour le renforcement de la caisse de l'État. En
outre, le maintien d'une faune et d'une flore diversifiée, les paysages
conservés, peuvent susciter des activités touristiques et de
loisirs. Le tourisme, lorsqu'il est possible et bien organisé, fournit
souvent la meilleure valorisation économique de la faune sauvage puisque
les populations locales peuvent y trouver du travail (guide, pisteur,
chauffeur...) sans perdre de vue le développement de l'hôtellerie,
du transport, de l'artisanat local etc. Certaines aires procurent aux
communautés locales des possibilités de développement par
l'usage durable des ressources. Dans la réserve de faune de
Binder-Léré en particulier dans la zone communautaire, un
comité de gestion gère les revenus issus des activités de
chasse et d'écotourisme. De plus, le flux financier
généré par l'activité de pêche sur les lacs
Léré et Tréné a été
évalué à 444 millions F CFA en 200520(*). Il est à noter que la
conservation des ressources naturelles dans la région de
Léré, ne peut être réalisée que si les
populations concernées sont conscientes des profits qu'elles peuvent en
tirer.

Photo 8 :
Chute Gauthiot (cliché PRODOLKA)
5.5.2 Les Arguments Écologiques
Chaque organisme vivant fait partie intégrante d'un
ensemble naturel biologique complexe. Il contribue ainsi à
l'équilibre de la vie. Devant les mécanismes qui régissent
les relations entre les communautés biologiques, l'homme doit
éviter de créer des situations de déséquilibres
donc le contrôle des conséquences lui échappera. Le
patrimoine naturel doit être transmis aux générations
futures car s'il disparait, il ne peut pas être reconstitué par
l'homme. Selon le rapport intérimaire de la mise en oeuvre au niveau
national sur la biodiversité (1998), on estime au Tchad :
v 4318 espèces végétales dont 71
espèces endémiques et 11 menacées ;
v 7791 espèces animales sans compter les insectes qui
sont les plus nombreux. De ces 772 espèces animales, 4 mammifères
(Rhinocéros noir ou Disceros bicornis, le Lamantin ou
trichechus sengalensis, Oryx algazelle ou Oryx gazella dammah
et le boeuf kouri ou Bostaurus typicus), un oiseau (Prinia
fluviatillis) et les reptiles sont menacés d'extinction (21(*)) Cette situation nous
amène aussi à nous pencher sur les raisons d'ordre psychologique
et éthique.
5.5.3. Les Arguments
éthiques
Le sentiment de responsabilité
collective (État, Collectivités, Individus), devraient
inciter chacun à ne pas abuser des ressources environnementales. La
conservation du patrimoine naturel garantit son utilisation durable pour les
générations futures. Respecter le droit à la vie des
êtres vivants n'est pas incompatible avec l'exploitation rationnelle des
plantes et des animaux par l'agriculture, la pêche, la chasse,
l'élevage et l'exploitation forestière.
5.5.4. Les Arguments
Psychologiques
Les atteintes au cadre de vie sont toujours mal ressenties par
la population. Ce sentiment se trouve aggravé par la disparition du
couvert végétal et même par la nécessité
d'acquérir des bois de chauffe et d'oeuvre.
Les récits et légendes tchadiens et ceux du pays
moundang en particulier sont jalonnés d'histoires d'animaux.
L'éléphant, le buffle, l'hyène, le crocodile, le
lamantin..., font partie du référent culturel de l'enfant
dès son jeune âge. Peut on imaginer les lacs de
Léré sans les lamantins, les poissons ou hippopotames ?
5.6.
Les principales sources de communication
Les médias, les supports scriptovisuels, les messages
spectaculaires, les médias populaires et traditionnels constituent de
différents canaux capables de véhiculer les messages en faveur de
l'environnement. Ces canaux permettent non seulement de véhiculer les
connaissances en matière d'environnement et suscitent une la prise de
conscience mais ils constituent aussi des moyens pour, informer et former
toutes les couches de la population à participer pleinement à la
conservation et à la protection de l'environnement.
v Les medias (les radios communautaires, les
presses écrites, la télévision...) jouent un rôle
important dans la sensibilisation du grand public sur les menaces de
disparition qui pèsent sur certaines espèces emblématiques
comme : les lamantins, les éléphants, les rhinocéros,
etc. ils participent également à convaincre nombre de citoyens de
l'importance de la biodiversité au plan socioéducatif et
culturel.
v Les supports scriptovisuels tels que les
affiches publicitaires, les banderoles, les dépliants et les prospectus,
les autocollants, les tricots, les casquettes, les pagnes... sont des
supports de communication à promouvoir en vue de véhiculer de
manière la plus visible des messages en faveur de la protection de
l'environnement.
v Les messages spectaculaires et populaires
(les sketchs, les crieurs publics) mobilisent mieux le public et
peuvent ainsi contribuer à la sauvegarde des écosystèmes
lacustres. Dans le cadre de la sensibilisation en faveur de l'environnement
à Léré, les messages spectaculaires et populaires sont les
outils les plus utilisés.
Il va sans dire que les problèmes de l'environnement ne
peuvent laisser personne indifférent. Pour mieux mobiliser un grand
public en vue de faire réussir la gestion durable et efficiente des
ressources naturelles. Il sera question de mettre à contribution des
medias populaires et traditionnels. Ce faisant, les crieurs publics et les
griots devront être mobilisés pour sensibiliser la population pour
adhérer à la cause de la sauvegarde des écosystèmes
lacustres et terrestres.
Les sketchs de quelques minutes produits par des artistes pour
égayer les séances de sensibilisation pourraient aider à
accroître une prise de conscience et à enclencher une
participation massive à la conservation des ressources naturelles.
Au regard des moyens cités pour enclencher l'approche
participative de la conservation des ressources naturelles, la formation
constitue un préalable indispensable.
5.7
La formation des acteurs
Former, c'est aider à la maîtrise des savoirs et
de savoir-faire pour que les acteurs soient en mesure de mettre en oeuvre des
projets de la façon la plus efficace possible et la plus autonome
possible. La formation permet un transfert de compétences, une
actualisation et une mise à niveau des connaissances de base. A travers
la formation, les différents acteurs intervenant dans la gestion des
lacs de Léré, peuvent acquérir de compétences
nouvelles liées à la gestion durable des
écosystèmes. Il s'agit notamment des responsables techniques
(Agents forestiers), les membres des groupements et associations, des chefs
traditionnels, les responsables administratifs etc. La formation s'est
avérée comme un moyen très utile d'échange de
savoirs et de savoir-faire à condition de valoriser à temps les
acquis reçus. C'est un lieu du donner et du recevoir.
Pour assurer la sauvegarde de la biodiversité dans les
Lacs de Léré, au terme de ce chapitre nous avons proposé
une ébauche de solutions.
5.8.
Les solutions envisageables
Pour contribuer au maintien des équilibres
écologiques et à la restauration des aires fortement
dégradées. Deux alternatives ont retenu notre attention.
5.8.1. La conservation
ex-situ
Cette stratégie adopte des mesures en vue d'assurer la
reconstitution, la régénération des espèces
menacées et la réintroduction de ces espèces dans leur
habitat naturel. La conservation ex-situ vient en appoint à la
conservation in situ, peut être une alternative aux
déséquilibres dans la mesure du possible où elle promet un
développement durable et écologiquement rationnel des ressources
biologiques. Elle remet en état et restaure les
écosystèmes dégradés et favorise la reconstitution
des espèces menacées. Elle s'efforce d'instaurer les conditions
nécessaires pour assurer la préservation de la
biodiversité et l'utilisation durable de ses éléments
constitutifs. Bien qu'elle soit coûteuse, elle est bien envisageable. Les
lamantins qui vivaient autrefois dans le Chari, le Bahr Keita, le Bamingui
(BOUVEIGNES, 1952) ont disparu de ces aires de répartition. La
conservation ex-situ peut permettre une reconstitution de ces espèces
dans ces aires de répartition précitées. Il faut aussi
souligner qu'à Léré avec la conservation ex-situ, une
réintroduction de lamantin dans les lacs voisins peut être
envisageable, nous faisons allusion aux lacs Toupouri. Certaines espèces
comme gymnarchus niloticus, citharinus cithanus, heterotis niloticus,
hydrocyon forskalii, lates niloticus... ont disparu de
l'écosystème lacustre de Léré et qu'une nouvelle
introduction est nécessaire.
5.8.2. La Réserve de la
Biosphère (RB)
Une réserve de biosphère est une zone
protégée reconnue internationalement pour démontrer la
valeur de la conservation. Destinée à résoudre les
problèmes environnementaux à l'échelon local, national et
international, la réserve de biosphère assure trois fonctions
complémentaires :
- Une fonction de conservation, pour assurer la protection des
ressources génétiques des espèces, des
écosystèmes, et des paysages ;
- Une fonction de développement, dans le but de
promouvoir un développement économique et humain
durable ;
- Une fonction de support logistique, pour appuyer et
encourager les activités de recherche, d'éducation, de formation
et de surveillance continue en relation avec les activités
d'intérêt local, national et global, visant la conservation et le
développement durable.
Le Tchad dispose d'une réserve de biosphère,
celle du Lac Fitri. L'érection des Lacs de Léré en
réserve de biosphère se révèle comme une
impérieuse nécessité. Les lamantins, espèces
emblématiques ont disparu de la plupart de leurs aires de
répartition, ériger ces lacs de Léré en
réserve de biosphère pourrait parer à l'extinction de ces
espèces.
Aire de recherche
Expérimentale
Aire centrale
Centrale
Aire de transition
Zone tampon
Schéma 3: une réserve de
biosphère
Source : Programme MAB22(*) (UNESCO, 1995)
CONCLUSION GÉNÉRALE
La question de dégradation de la biodiversité
est au coeur des préoccupations des pays tant développés
qu'en développement. Pour cela, il importe de s'organiser de
manière à conserver un patrimoine menacé en lui accordant
une attention particulière à travers des actions de conservation
concrètes et pratiques. Au travers du thème
« Gestion des lamantins des lacs de Léré :
entre conservation de ressources naturelles et survie de la population
», la société doit être pleinement
informée sur l'état et l'évolution de la diversité
biologique ainsi que sur les conséquences des menaces qui lui sont
faites. Ainsi, des mesures de conservation pourront être prises afin de
déterminer les modes de gestion appropriés avec leur
cortège de disparitions réglementaires.
Les différents acteurs intervenants dans la gestion des
ressources biologiques des lacs Léré doivent continuer à
conjuguer leurs efforts bien que cette ambition soit encore entachée
d'embûches. Les efforts conjugués consisteront à restaurer,
à stabiliser ou à réduire le déclin des populations
d'espèces. Les lamantins, espèces emblématiques de ces
lacs, subissent non seulement des pressions découlant de la perte
d'habitats et de la surexploitation des eaux mais aussi de commerce
international.
Les spécialistes des sciences de la nature ont
largement contribué à sensibiliser l'opinion publique sur les
raisons de protéger la diversité biologique. Cependant, il n'est
pas de leur ressort de faire les choix sociaux et économiques qui
demeurent la seule responsabilité du pouvoir politique. Pour que les
mesures de conservation soient efficaces, il est indispensable que les
différentes couches sociales acceptent les décisions.
L'éducation environnementale doit préparer les futurs citoyens
à la responsabilité, en les informant sur les enjeux, mais
également sur l'éthique qui sont associés à la
protection de la biodiversité.
La volonté politique, l'instruction civique,
l'implication des collectivités territoriales, les medias, etc. doivent
être des voies privilégiées et des moyens d'expressions
permettant la promotion des valeurs et des attitudes positives à une
exploitation rationnelle et durable des ressources biologiques.
En effet, tout être humain a le droit de vivre et de
satisfaire ses besoins essentiels. S'il pourrait vivre en harmonie avec la
nature et se conduire en « gardien ou protecteur » de
l'environnement, conscient de ses responsabilités, il serait possible
d'assurer aux générations futures un avenir fondé sur des
bases écologiques saines.
L'État, les ONG, les Associations, les Services
techniques..., doivent protéger les droits des communautés
locales. Ils doivent aussi protéger les connaissances, encourager les
innovations et les pratiques traditionnelles favorables à la sauvegarde
des écosystèmes tout en veillant au partage juste et
équitable des avantages résultant de l'exploitation des
ressources.
D'une manière générale, il ressort que
les menaces faites aux ressources environnementales persistent à cause
de l'ignorance des populations ainsi que du laxisme des décideurs
politiques, scientifiques et les acteurs sont alors vivement
interpellés. Ils doivent parer au statut d'observateur impuissant
à celui d'acteur opérationnel. Car c'est seulement par des actes
concrets que nous pouvons protéger l'environnement et garantir les
ressources qu'il regorge pour les générations futures.
BIBLIOGRAPHIE
OUVRAGES GENERAUX
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www.ded.de
Internet: www.kfw.de
Internet :
www.gtz.de
http : // www.protectedareas.org/
www.developpementruraldecentralise-tchad.org
www.papaco.org
www.fauna-flora.org/rrf.php.
ANNEXES

ANNEXE I
QUESTIONNAIRE DESTINE AUX GROUPEMENTS DES PECHEURS DES
LACS DE LERE
Sujet : « Gestion des Lamantins
des Lacs des Léré : entre conservation des ressources
naturelles et survie de la population ».
I. IDENTIFICATION DES ENQUETES
Q.100 Nom du village
Q.101 Sexe de l'enquêté(e) 01
Mas 02 F
Q.102 Age de
l'enquêté(e) :
Q.103 Appartenance ethnique :
Q.104 Nationalité :
Q.105 Etes-vous autochtone ? 01 oui
02 non
Q.106 Sinon, combien d'année
êtes-vous là ?
Q.107 Avez-vous fréquenté
l'école ? 01 oui 02 non
Q.108 Si oui, quel est votre niveau
d'instruction ?
01 primaire 02 secondaire 03 autres
à
préciser.............................................................................................................................................
Q.109 Statut matrimonial
01 Célibataire 02 Marié(e)
03 Divorcé(e) 04 Veuf (ve)
Q.110 Quelle catégorie des
pêcheurs appartenez-vous ?
01 Professionnel 02 semi professionnel
03 Occasionnel
Q.111 En dehors de la pêche,
exercez-vous d'autres activités ?
01 Agriculture 02 Elevage
03Commerce Autre à
préciser.............................................................................................................................................
II. ORGANISATION ET STRUCTURE ASSOCIATIVES
Q.200 Appartenez-vous à une
Organisation ?
01 oui 02 non
Q.201 Si oui, laquelle ? 01
Groupement 02 Association 03 Coopérative 04
ONG
Q.203 Quelles sont les activités de
l'Organisation.......................................................................................................................................
..........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
III. CARACTERISTIQUE DES EQUIPEMENTS ET EXERCICE DE
LA PECHE.
Q.300 Quel type de pirogue
utilisez-vous dans l'exercice de la pêche?
01 pirogue monoxyle 02 pirogue en planche
03 pirogue à moteur ou hors bord
Q.301 Quel type d'engins de pêche
possédez-vous ?
Mois d'usage
|
Janv.
|
Fév.
|
Mars
|
Avril
|
Mai
|
Juin
|
Juillet
|
Août
|
Sept.
|
Oct.
|
Nov.
|
Déc.
|
Engins utilisés
|
Filet maillant
|
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Senne de plage
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Filet d'attache fixe
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Chambre à capture
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Harpon et sagaie
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Palangres appâtées
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Epervier
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Barrage à secko
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|
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|
|
Autres à préciser
|
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|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Q.302 Quel type d'engin
préférez-vous ? et
pourquoi ?............................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.303 Quelle période de la
pêche est-elle favorable ?
01 Crue 02 étiage
03 toute l'année-
Q.304 Quelles sont les espèces
capturées ?
Périodicité
Espèces capturées
|
Janv.
|
Fév.
|
Mars
|
Avril
|
Mai
|
Juin
|
Juil.
|
Aout
|
Sept.
|
Oct.
|
Nov.
|
Déc.
|
Alestes baramoze
|
|
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Alestes dentex
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Alestes macrolepidotus
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|
Anchenoglanis biscutatus
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|
Bagrus bayad
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Citharinus cithanus
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|
Clarias anguillaris
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Distichodus rostradus
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Entropinus niloticus
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Gymnarchus niloticus
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Hemichromis fasciatus
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Heterobranchus biolorsalis
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Heteritis niloticus
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Hydrocyon forskalii
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Labeo coubie
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Lates niloticus
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|
Malaptersus electrinus
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Mornyrops deliciocus
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|
Mormyrus rume
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|
Petrocephalus bovei
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Polypterus senegalus
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Propterus bichir
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Propterus annectus
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Shilbe uranoscoptus mystus
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Synondontis shall
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Tetraodon fahaka
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Tilapia spporeochromis
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|
|
|
|
Autres à préciser
|
|
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|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Q.305 Dans l'exercice de la
pêche, vos engins capturent aussi le
lamantin ?
Q.306 Comment faites-vous pour le
libérer ?............................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Q.307 Cet animal constitue-t-il un frein
à la pêche ? Pourquoi ?
.............................................................................................................................................................
..................................................................................................................................................................
Q.308 Quels sont les engins de pêche
qui prennent accidentellement le Lamantins ?
.............................................................................................................................................................
..................................................................................................................................................................
Q.309 Comparativement aux hippopotames qui
causent le chavirement des pirogues, la destruction des filets, les lamantins
sont-ils
agressifs ?...........................................................................................................................................
..................................................................................................................................................................
Q.310 Quels sont les dégâts
qu'ils peuvent
commettre ?.........................................................................................................................................
..........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Q.311 En quoi le Lamantin est-il
braconné ?
01 Peau
02 Chair 03 Graisse autre
à préciser
Q.312 Quelle destination ces produits de
braconnage prennent-ils
IV LES CONNAISSANCES EMPIRITIQUES, LES CROYANCES ET
LES LEGENDES AUTOUR DU LAMANTIN
Q.400 Pouvez-vous me décrire le
Lamantin ?............................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.401 De quoi se
nourrit-il ?.........................................................................................................................................................
..................................................................................................................................................................
Q.402 Comment vivent-ils ? Et comment
se
reproduisent-ils ?..............................................................
..................................................................................................................................................................
Q.403 Comment se comportent-ils en
période de
rut ?.....................................................................................................................................................
...................................................................................................................................................................
Q.404 Quelles sont les formes de croyances
liées au
Lamantin ?............................................................................................................................................
..........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Q.405 Y a-t-il une ou des maladies
liées à la consommation de la chair du Lamantin ?
01 oui 02 non
Q.406 Si oui, quelle est cette maladie et
pourquoi ?.............................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.407 Quelles sont les vertus
thérapeutiques que peuvent avoir les os, la chair et la graisse du
Lamantin ?.........................................................................................................................................................................................................................................................................................................
..................................................................................................................................................................
Q.408 Y a t-il des faits, des
légendes qui illustrent l'origine humaine du
Lamantin ?............................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
V - LES CONVENTIONS, LES LOI ET LES REGLEMENTATIONS DE
LA PECHE.
Q.500 Etes-vous bien formé sur les
différentes conventions qui a signé le pays relatives à la
biodiversité ?.....................................................................................................................................................................................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.501 Connaissez-vous les espèces
intégralement
protégées ?......................................................................................................................................................................................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.502 Comment trouvez-vous les
règlementations nationales relatives à la
pêche ?................................................................................................................................................
...................................................................................................................................................................
Q.503 Soumettez-vous à ces
réglementations, en respectant les zones de mis en
défens ?................................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.504 Pour quelle cause certains individus
violent-ils ces
zones ?.........................................................
.............................................................................................................................................................
Q.505 Comment trouvez-vous l'attribution du
permis de
pêche ?................................................................................................................................................
..........................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Q.506 Quelles sont les difficultés
liées à l'exercice de votre
métier ?.............................................................................................................................................
.............................................................................................................................................................
Q.507 Quelles sont les suggestions, les
souhaits ou des informations quelconques que vous voudriez bien porter à
notre
attention ?..................................................................................................................
.................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Nous vous remercions !
GUIDE D'ENTRETIEN ADRESSE : AU
RESPONSABLE DE LA SECTION PECHE AGRICULTURE, A L'INSPECTION DE LA RESERVE DE
FAUNE, BINDER-LERE, AU CHEF D'INSPECTION DE CHUTE-GAUTHIOT ET AU SOUS-PREFET DE
LERE.
« Cet entretien est mené dans un cadre
purement académique, en vue de la réalisation d'un mémoire
de Master II en environnement et développement communautaire. Ce travail
est loin de toute considération politique, policière etc. nous
vous serons très reconnaissant de bien vouloir nous accorder cet
entretien tout en vous garantissant l'anonymat. »
I POLITIQUE DE CONSERVATION & PROTECTION DES
RESSOURCES NATURELLES.
1.1 Quelles sont vos stratégies pour la protection et
la conservation des ressources naturelles ?
1.2 Pourquoi la délimitation du Lac en zone
protégées ?
1.3 Comment ce fait le contrôle et la surveillance de
ces zones ?
1.4 Pourquoi le Lamantin, espèce intégralement
protégée continue à être braconné ?
1.5 Y a-t-il des textes en vigueur qui régissent la
protection intégrale du Lamantin ?
1.6 Le Lac regorge-t-il encore des Lamantins ?
1.7 Pensez-vous que le contrôle et la surveillance des
ressources halieutiques doivent se limiter qu'aux zones de mise en
défens ?
1.8 Quelles sont les causes du braconnage du
Lamantin ?
1.9 Comment faire pour freiner cet acte de
vandalisme ?
1.10 Quels sont vos moyens de surveillance et de patrouille
sur le Lac ?
1.11 Pensez-vous que les mesures protectionnistes d'une
sévérité draconienne peuvent à elles seules sauver
l'extermination des Lamantins ?
1.12 Avez-vous pu identifier les causes de la mort d'un
lamantin en décembre dernier ?
1.13 Quelles sont les engins de pêche ou de chasse qui
mettent en péril la vie des lamantins ?
1.14 La pêche au moyen des produits toxiques ne
constitue t-elle pas autant de menace pour la poisson que pour les
lamantins ?
1.15 Que pensez-vous de l'implication des médias dans
la gestion équitable et durable des ressources naturelles ?
1.16 En dehors de la répréhension, faites-vous
aussi la sensibilisation de masse pour pérenniser les ressources
halieutiques ?
II RAPPORTS, DIFFICULTES ET SOUHAITS
2.1 Quel type de relation entretenez-vous avec les
autorités traditionnelles, les collectivités riveraines et les
structures associatives (O.N.G, projet, associations...) ?
2.2 Quelles sont les difficultés liées à
l'exercice de votre métier ?
2.3 Quels sont vos souhaits et les perspectives pour les
orientations futures ?
2.4 Avez-vous des questions des informations, des
suggestions quelconques à nous livrer ?
Nous vous remercions !
GUIDE D'ENTRETIEN ADRESSE : AU
RESPONSABLE DE LA SECTION PECHE AGRICULTURE, A
L'INSPECTION DE LA RESERVE DE FAUNE, BINDER-LERE, AU CHEF D'INSPECTION
DE CHUTE-GAUTHIOT ET AU SOUS-PREFET DE LERE.
« Cet entretien est mené dans un cadre
purement académique, en vue de la réalisation d'un mémoire
de Master II en environnement et développement communautaire. Ce travail
est loin de toute considération politique, policière etc. nous
vous serons très reconnaissant de bien vouloir nous accorder cet
entretien tout en vous garantissant l'anonymat. »
I IDENTIFICATION ET ORGANISATION
1.1 Comment se nomme telle votre association ?
1.2 En quelle année est-elle née ?
1.3 Quels sont les objectifs qu'elle s'est
assignée ?
1.4 De qui est venue l'initiative de créer
l'association du défens du Lamantin ?
1.5 Comment est structurée votre association ?
II PROTECTION DU LAMANTIN ET LA NECESSITE DE LA
PROTECTION
2.1 En quoi est-il important de protéger les
lamantins ?
2.2 Quelle est la perception que se font les populations
riveraines du lamantin ?
2.3 La diversité biologique des lacs revêt-elle
une connotation pour la population ?
2.4 Que faites-vous pour faire comprendre à la
population l'importance de la biodiversité en général et
la sauvegarde des lamantins en particulier ?
2.5 Pensez-vous les mesures répréhensives
sont-elles suffisantes pour freiner l'extermination des lamantins ?
III FONCTIONNEMENT & REALISATIONS
3.1 Où se trouve le siège de votre
association ?
3.2 Comment fonctionne t-elle ?
3.3 Combien de membres compte votre association ? et le
nombre de femmes ?
3.4 Pouvez-vous nous décrire vos activités et
vos réalisations ?
3.5 Disposez-vous de moyens de surveillance sur les
Lacs ?
3.6 Cette surveillance se limite t-elle qu'aux zones de mise
en défens ?
3.7 Votre association a-t-elle des embranchements dans tous
les villages riverains du Lac ?
3.8 Quelles sont vos stratégies utilisées pour
la surveillance et la sauvegarde du Lamantin ?
3.9 Pourquoi a-t-on retrouvé un lamantin mort sur les
berges du Lacs en mois de décembre dernier ?
3.10 Pourquoi le braconnage du lamantin continue t-il à
servir ?
3.11 Etes-vous satisfait de vos appuis à la population,
aux groupements de pêcheurs et à l'Etat ?
IV. RAPPORT ET DIFFERENTES FORMES D'APPUI
4.1 Avez-vous reçu une formation technique de certaines
institutions ? lesquelles ?
4.2 Quel type de relation entretenez-vous avec les ONG ?,
les projets ? etc.
4.3 Les populations riveraines, les autorités locales,
les agents forestiers ont-ils une bonne compréhension de vos objectifs
et vos actions ?
4.4 D'où proviennent les fonds liés au
fonctionnement de votre association ?
4.5 Comment sont vos rapports avec les collectivités
riveraines, les autorités et les agents forestiers ?
4.6 Pour protéger les lamantins, votre association
fait-elle de la répression ou de l'éducation
mésologique ?
V. DIFFICULTES ET SOUHAITS
5.1 Quelles sont vos difficultés ? lesquelles
aimerez-vous résoudre ?
5.2 Pensez-vous arriver à une gestion durable et
efficiente des ressources naturelles, en particulier celle du
lamantin ?
5.3 La population riveraine arrive-t-elle à vous
comprendre ?
5.4 Quelles sont les difficultés liées à
l'incompréhension de vos messages et de vos actions ?
5.5 A qui attribuerez-vous la responsabilité du
braconnage du lamantin ?
5.6 Quels sont vos souhaits par rapport à vos
activités ?
5.7 Avez-vous des questions, de suggestions ou autres
informations à nous livrer ?
Nous vous remercions !
ANNEXEII
CONTE AFRICAIN SUR L'ORIGINE HUMAINE DU LAMANTIN
RECUEILLI PAR DR PINCONS.
Paru sous la rubrique << Notes Africaines >> du
bulletin d'information et de correspondances de l'Institut Français
d'Afrique Noire (IFAN), janvier1944.
« Cet animal était à l'origine
une créature, c'était une femme peule. Cette dernière
avait préparé un bon repas pour son mari. Après avoir fini
la cuisine, elle goûta aux aliments qu'elle trouva parfaitement
préparés. Juste à ce moment où son mari arriva et
trouva son plat prêt mais il dit : « je m'en vais chercher
mes amis pour que nous mangions ensemble ». Pendant l'absence du
mari, la gourmande qui avait déjà goûté à la
nourriture se laisse entraîner à en goûter de nouveau si
bien qu'elle « bouffe » tout le plat !
« Ayé kouanbe doun » « elle a le plat tout
mangé » (le sens appuyé). Le mari revient avec ses
amis. La femme dit : « je vais vous chercher de l'eau avant que
vous ne commencez à manger ». Sans dévoiler ses
secrets, elle prit son éventail et se dirige vers le fleuve.
Arrivée au bord, elle adressa ses prières au tout Puissant pour
disparaître dans l'eau et vivre comme un animal aquatique de façon
à cacher la faute qu'elle avait commise et la honte qu'elle en ait. Elle
mit l'éventail sur ses fesses et se jeta à l'eau. Le bon Dieu,
exauça ses prières et la fit lamantin, transformant
l'éventail en gouvernail rond sur son derrière. Le mari et ses
camarades attendaient fort longtemps et ne voyant pas la femme revenir,
partirent à sa recherche au bord de l'eau, mais ils ne trouvèrent
que la trace de la femme. Ils pensèrent alors qu'elle avait
été emportée par l'eau. De retour à la maison, ils
trouvèrent le plat vide et, alors ils comprirent que la femme
s'était faite disparaître à cause de sa gourmandise. Pour
éviter la honte et les reproches, elle avait
préférée disparaître dans l'eau»
ANNEXE III
TABLAEU N°9 :Obstacles et
difficultés des zones de mis en défens.
Origines sociales des enquêtes
Facteurs défavorisant
|
Pêcheurs
|
Agriculteurs
|
Eleveurs
|
Commerçants
|
Margeuses
|
Autres
|
Total
|
VA/VR
|
Manque de volonté et soutien politique
|
03
|
01
|
01
|
01
|
01
|
01
|
08
|
6 ,70
|
Participation du publique et implication des parties prenantes
limitées
|
01
|
02
|
01
|
01
|
-
|
02
|
07
|
5,90
|
Absence d'intégration des questions relatives à
la diversité dans d'autres secteurs
|
01
|
-
|
01
|
01
|
-
|
03
|
06
|
5,00
|
Absence de mesures préventives et proactives
|
02
|
01
|
01
|
01
|
01
|
01
|
07
|
5,90
|
Capacité d'action insuffisante en raison de la
faiblesse institutionnelle
|
01
|
02
|
01
|
-
|
-
|
01
|
05
|
4,20
|
Absence de transfert de technologie et d'expertise
|
01
|
-
|
-
|
-
|
-
|
01
|
02
|
1,60
|
Perte de connaissance traditionnelle et d'information
accessible
|
01
|
01
|
01
|
-
|
-
|
-
|
03
|
2,50
|
Absence d'éducation et de sensibilisation du publique
à tous niveaux
|
03
|
01
|
01
|
01
|
01
|
01
|
08
|
6,70
|
Manque des ressources financières, humaines et
techniques
|
02
|
01
|
01
|
-
|
-
|
02
|
06
|
5,00
|
Absence de coopération horizontale entre les parties
prenantes
|
01
|
01
|
|
-
|
01
|
01
|
04
|
3,30
|
Manque de synergie aux niveaux national et international
|
01
|
-
|
01
|
-
|
-
|
01
|
03
|
2,50
|
Absence des partenariats effectifs
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
02
|
02
|
1,60
|
Manque d'engagement de la communauté scientifique
|
01
|
01
|
01
|
-
|
-
|
03
|
06
|
5,00
|
Absence de politique et des lois appropriées.
|
01
|
-
|
-
|
-
|
-
|
01
|
02
|
1,60
|
Pauvreté
|
04
|
02
|
01
|
01
|
01
|
01
|
10
|
8,40
|
Pression démographique
|
03
|
02
|
01
|
01
|
01
|
02
|
10
|
8,40
|
Habitude de consommation et de production non viable
|
01
|
01
|
-
|
|
|
01
|
03
|
2,50
|
Manque de capacité des communautés locales
|
02
|
01
|
01
|
01
|
-
|
01
|
06
|
5,00
|
Manque de connaissance et expérience des approches de
gestion par écosystèmes
|
01
|
01
|
01
|
01
|
01
|
01
|
06
|
5,00
|
Faible capacité d'application effective
|
-
|
|
|
|
|
|
|
0,80
|
Catastrophes naturelles et changements environnementaux
|
02
|
|
|
|
|
|
|
5,00
|
Absence de partage des avantages
|
02
|
|
|
|
|
|
|
5,90
|
Total
|
34
|
|
|
|
|
|
|
100%
|
%
|
28,81%
|
16,94%
|
13,55%
|
8,47%
|
7,99%
|
25,42%
|
100%
|
ANNEXE IV

La charte intercommunautaire pour la conservation des
ressources de la réserve de faune de Binder Léré
La charte de la réserve, adoptée et
signée en 1999, implique tous les villages qui bordent la
réserve
ou sont inclus dans celle-ci, pour une période de cinq
ans. Ses principaux éléments concernent :
- un zonage de la réserve avec une protection en
dégradé de l'intérieur vers l'extérieur qui permet
:
(i) la protection intégrale d'une zone centrale
centrée sur les chutes Gauthiot, incluant les
zones les mieux conservées au niveau
végétal et les plus riches en grands mammifères. Dans
cette
zone, toutes les activités humaines sont interdites,
à l'exception des activités rituelles pratiquées sous
le contrôle des chefs traditionnels, des
activités touristiques à but récréatif ou
éducatif, pratiquées de
façon organisée, des activités de
surveillance et des travaux scientifiques ;
(ii) la fin de l'extension de l'empiètement des zones
agricoles, grâce à un bornage des zones
agricoles villageoises ;
(iii) une poursuite contrôlée des
activités pastorales et de cueillette dans la zone tampon
comprise entre la zone de protection intégrale et les
zones agricoles ;
- l'intégration des villageois à la surveillance
de la réserve en collaboration avec les agents de l'État.
Au sein de chaque village, a été
créé un Comité Villageois de Surveillance (CVS) sous
l'autorité du
chef de village qui vise à :
- protéger les milieux contre les feux de brousse par
une organisation coordonnée des feux précoces ;
- exploiter la faune en périphérie, et
rechercher une meilleure valorisation, via des essais de
développement de la chasse touristique ou de
l'écotourisme ;
- organiser un suivi des populations animales par les
villageois, dans la réserve et dans les zones
périphériques exploitées par la chasse.
Ce suivi permet d'obtenir des indices d'abondance pour les
principales espèces susceptibles d'être
exploitées par la chasse.
Au niveau de la réserve, il existe une autre charte
intercommunautaire pour la gestion des ressources
des lacs de Léré et de Tréné
élaborée par les organisations de pêcheurs dans le cadre
d'une ILOD et
accompagnée par le service des pêches. Cette
charte réglemente la gestion des deux lacs : il existe
des conventions locales spécifiques pour les zones de
reproduction, la protection des berges, le suivi
écologique etc.
ANNEXE V : CROQUIS DES
ESPÈCES PISCICOLES




Table des matières
DEDICACE
3
REMERCIEMENTS
4
LISTE DES ABREVIATIONS
6
INTRODUCTION GENERALE
10
CHAPITRE I : APPROCHE DE LA COLLECTE DE
DONNEES
13
A. CADRE THEORIQUE
13
I.1. Justification du choix du thème
13
I.2. Définitions des Concepts
14
I.2.1. Le Concept de Gestion de Lamantins
14
I.2.2 Conservation des ressources naturelles
15
I.2.3 Survie de populations
15
I.3. Problématique
15
I.4 Objectif Principal
19
Objectifs spécifiques
19
Hypothèses de recherche
19
B CADRE METHODOLOGIQUE
20
I.1. Présentation du champ d'étude
20
I.1.3. Le contexte bioclimatique
22
II.1.4. Contexte socio-économique
27
II.2. Méthode ou Paradigme d'Analyse
29
II.2.1. La méthode structuro
fonctionnaliste
29
II.2.2. La méthode
accélérée de recherche participative.
29
II.3. Les techniques des collectes de
données
30
II.3.1. Pré enquête
30
II.3.2. Les recherches documentaires
30
II.3.3. L'Observation directe
30
II.3.4. Les entretiens.
31
II.3.5. Échantillonnage
32
II.4. Difficultés rencontrées.
33
CHAPITRE II : ORGANISATION DES DIFFERENTS
ACTEURS DANS LA GESTION CONCERTEE DES RESSOURCES NATURELLES DES LACS DE LERE ET
TRENE
34
II.1 Les différents acteurs dans la gestion
des Lacs-Léré et Tréné.
34
II.1.1 Les communautés concernées
34
II.1.2 L'intervention des O.N.G.
35
II.1.3 Les Groupements et Comités villageois
de Surveillance.
36
II.1.4 Les services de l'Etat.
38
II.1.5 Projet «Conservation du
Lamantin.»
38
II.1.6 Le pouvoir coutumier
39
II.2 Organisation des zonages et utilisation des
surfaces des Lacs.
39
II.2.1 Zones banales
40
II.2.2 Zone de Protection Intégrale de
Fouli
41
II.2.3 Zone de mise en défens
42
Lac de Léré : Lac de
Tréné
42
II.2.4 Le domaine du chef ou de « Mabii
gong »
43
II.2.5 Les zones tampon aux activités
agropastorales.
44
CHAPITRE III : LA DIVERSITE BIOLOGIQUE DES LACS
DE LERE
47
III.1 Les ressources végétales
exploitées
47
III.2 Les ressources fauniques des Lacs.
48
III.2.1 Les poissons
48
III.2.2 Les hippopotames
50
III.2.3 Les reptiles
51
III.2.4 Les Mollusques
51
IV.2.5 Les Lamantins
52
IV.2.5.1 Portrait du Lamantin
52
III.2.5.2 Mobilité limitée.
53
III.2.5.3 Reproduction.
54
III.2.6 Le savoir populaire sur les lamantins.
55
III.2.6.1 Le sang.
55
III.2.6.2 Les os du lamantin.
55
III.2.6.3 La graisse et la viande du lamantin.
56
III.2.6.4 Le sexe du lamantin.
56
III.2.6.5 Mythes légendes.
56
CHAPITRE IV : LES AIRES DE REPARTITION DS
LAMANTINS ET LES CAUSES D'EXTINCTION.
58
4.1. Situation Générale
58
4.1.1. Les Sites des Lamantins des Lacs
Léré et Tréné
59
4.2 Les causes d'extinction des Lamantins
60
Le lamantin Ouest africain est inscrit en tant
que « vulnérable » sur les listes de l'Union
Internationale de Conservation de la Nature (UICN), avec un déclin
numérique de 20 % sur une période de 10 ans. Il est inscrit
à l'annexe II de la Convention relative sur le commerce international
des espèces de faune et flore sauvages menacés d'extinction
(CITES), dite convention de Washington de 1973.
60
4.2.1 Causes anthropiques.
61
4.2.2. Causes directes et indirectes.
64
4.2.3. Autres facteurs limitant
66
CHAPITRE V : LES STRATEGIES DE GESTION
CONSERVATOIRE ET PARTICIPATIVE.
68
5.1 La Volonté Politique
68
5.1.1 Cadres institutionnels et
réglementaires à l'échelle nationale
69
5.1.2 Sur le plan international.
69
5.2 Développement Rural intégré
(DRI).
70
5.3 Motivation éthique et rôle de
l'éducation environnementale.
71
5.4 La participation des
bénéficiaires
73
5.5Infomation, éducation,
communication/behavior change communication (IEC/BCC)
75
5.5.1 Les Arguments Economiques
75
5.5.2 Les Arguments Écologiques
76
5.5.3 Les Arguments éthiques
77
5.5.4 Les Arguments Psychologiques
77
5.6 Les principales sources de communication
77
5.7 La formation des acteurs
78
5.8 Les solutions envisageables
79
5.8.1 La conservation ex-situ
79
5.8.2 La Réserve Biosphère (RB)
80
Conclusion générale
81
BIBLIOGRAPHIE
83
OUVRAGES GENERAUX
83
OUVRAGES SPECIFIQUES
83
RAPPORTS, MEMOIRES, PUBLICATIONS, THESES
84
OUVRAGES METHODOLOGIQUES
86
INTERNET
86
Annexes
87
ANNEXE I
88
ANNEXEII
96
ANNEXE III
97
ANNEXE IV
98
ANNEXE V : croquis des espèces
piscicoles
99

Résumé :
Les lacs de Léré faisant partie
intégrante de dans la Réserve de Faune Binder
-Léré (RFBL) sont assez riches en
matière de biodiversité , beaucoup d'espèces phares y
sont représentées en dépit de la pression
démographique et agropastorale , la pêche , le braconnage , les
feux de brousse mal utilisés et surtout mal maîtrisés qui
menacent les réserves , sans perdre de vue les activités
illégales et la valeur marchande des ressources naturelles. Les
lamantins ; mammifères aquatiques sont en danger car ils subissent
une réduction leur effectif depuis de nombreuses années et se
trouvent aujourd'hui dans une situation très précaire, qui en
l'absence d'une prise de conscience et de mesures de protection risqueraient de
les mener progressivement vers une disparition totale au sein de
l'écosystème lacustre de Léré. En dehors, des
causes naturelles qui induisent la dégradation des ressources
biologiques, l'homme constitue « un danger » pour
les espèces. Il demeure « le véritable
prédateur » pour les Lamantins qui sont chassés
pour leur chair et leur graisse bien qu'ils soient légalement
protégés. La menace de leur existence se traduit aussi par
destruction de leur habitat. Cet habitat se réduit sous la pression des
actions anthropiques (les systèmes agricoles et pastoraux, les
techniques de capture...), qui sont autant d'écueils pour la survie des
lamantins.
La faiblesse dans l'application de la loi, les
affinités dans la résolution des problèmes, les pots de
vin ou la corruption sont monnaies courantes. Certaines pratiques culturelles,
les croyances et les usages traditionnels ne favorisent pas la gestion
durable des ressources naturelles, ni ne conduisent à une
adhésion à la politique de conservation.
Le renforcement de l'implication effective des
communautés riveraines dans la gestion des réserves de ressources
biologiques a été défini comme une priorité avec un
partage des retombées économiques. Les campagnes de
sensibilisation de la population sur l'importance de la biodiversité
et des aires protégées et l'utilisation des medias pour la une
prise conscience sont des moyens les plus utilisés. L'accentuation de la
sensibilisation, de l'information et de l'éducation mésologique
à l'endroit des communautés riveraines, des autorités
administratives, judiciaires, militaires et traditionnelles sur les
dispositions législatives et règlementaires en matière de
gestion des ressources naturelles pourrait être une mesure incitative.
MOTS CLES : lamantins, gestion participative,
ressources naturelles, biodiversité, lacs, environnement, réserve
de faune.
ABSTRACT
The lakes of Léré are Fauna Reserve of Binder
Léré. They are rich enough in biodiversity; many important
species live there despite demographic growth and agro pastoral activities.
Fishing, poaching and bush fire are wrongfully made and threaten mercilessly
that reserve. These activities are illegal and cause the disappearance of
natural resources. Manatees - aquatic animals are endangered because their
numbers have been reducing for years. They are being threatened until now .if
people are not aware of that situation and if there is no protective measures
these species will progressively disappear completely in the ecosystem of
Léré`s lakeside.
Apart from natural phenomena which cause damage of biological
resources, man is a danger for these species. He is a real predator for the
manatees which are caught for the best meat and for their fats. Although they
are legally protected, the threatening of their life is also due to their
habitat destruction. That habitat is reducing because of the anthropogenic
actions (farming and pastoral systems, the catching techniques are threatening
manatees' life too.)
The lightness in applying the law, affinity in solving problems,
the bribe or corruption are regular practices. Moreover some cultural
practices, beliefs and traditional practices neither favor the lasting natural
resources management nor the adhesion of the political conservation.
The complete reinforcement of the involvement of riverside
communities to the management of biological reserves resources has been defined
as priority by the sharing of economic income.
The campaigns of the sensitization of the population about the
importance of the biodiversity and the protected surface are the means used to
make people aware of the situation. Therefore sensitization, information and
education of the riverside communities are emphasized.
The administrative, judicial, military and traditional
authorities are infirmed about the legislative conditions. The regulation on
natural resources management might be a good initiative.
Key words: manatees, natural resources management,
biodiversity, the lakes of Léré, communal management of natural
resources.
* 1 Habib GADEMI, Rapport
National sur la biodiversité, Ministère de l'Environnement et de
l'Eau, 2007, p225
* 2
Dictionnaire Petit Larousse Illustré, édition 2004.
* 3 Bernard (B)
et Lartiges (A) : problèmes juridiques pour l'utilisation de la
faune autour de la réserve Binder-Léré, Rapport,
ECO/IRAM, août 2005
* 4 Etudes de l'UICN sur le
Sahel 1989
* 5Sandra .L. HUSAR, in
mammalian species no 89,page 1-3,Trichechus senegalensis , 1979
* 6 J .H.SALKIND, Etude
préliminaire sur les lamantins (Trichechus senegalensis) du Tchad,
rapport University of Vet nary Medicine, Boston (USA), 1996, p17.
* 7 Passinring
KEDEU ; 2006 - Milieux naturels et paysages du Bassin versant des lacs
de Léré, Thèse de Doctorat de Géographie,
Université d'Aix -Marseille I, p.99
* 8 Dagou
PABOUNG et al ; Pêche dans les lacs Fitri et
Léré : Techniques de capture, conservation des produits et
enjeux de protection, MEGA-TCHAD 2002, p24
* 9Dagou
PABOUNG et al ; Pêche dans les lacs Fitri et
Léré : Techniques de capture, conservation des produits et
enjeux de protection, MEGA-TCHAD 2002, p24
* 10 Bernard (B) et Lartiges
(A) : problèmes juridiques pour utilisation de la faune autour de
la réserve de binder -Léré. ECO/ IRAM rapport
Août 2005.
* 11
Ghiglione (R), Mathalon (B) ; les enquêtes
sociologiques : théories et pratiques, Armand -Colin, Paris, 1978,
P.98
* 12 Grawitz (M),
Méthode en Sciences Sociales, Dalloz, 9ème
édition, Paris, P 718
* 13 Grawitz
(M), Méthode en Science Sociales, Dalloz, 9ème
édition, Paris, P718
* 14 Appellation populaire et
locale des emballages industriels en plastique.
* 15 Sandra.
L.HUSAR in mammalian species n° 89, pp1-3 , Trichechus senegalensis, 1979
* 16 Idem
* 17 Leveque
(C) La Biodiversité, collection Que -sais -je, PUF, 1997
* 18 Idem
* 19
Témoignage de la Direction de la Pêche et l'Aquaculture
de Léré au sujet du lamantin harponné en date du 27
Septembre 2008
* 20 UICN /PACO : Parcs
et Réserves au Tchad, Evaluation de l'efficacité de la gestion
des aires protégées au Tchad, Ouagadougou, pp 32.
* 21 HABIB (G) : Rapport
National sur la biodiversité, Ministère de l'Environnement et de
l'Eau, pp225
* 22 Man and Biosphere