

Université de Sfax
Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de
Sfax

POUR L'OBTENTION DU DIPMOME DE MASTERE
EN
FINANCE
Thème :
L'IMPACT DE L'AUGMENTATION DU PRIX
DU PETROLE SUR LA HAUSSE DES PRIX :
CAS DE LA TUNISIE
Réalisé par :
Encadré par :
SLAH BAHLOUL Mr.
HEDI DAMI
Année universitaire : 2006/2007
Plan
Introduction générale
1
Partie théorique
Chapitre N°1 ``Esquisse de l'histoire et les
grandes approches de l'inflation'' 5
Introduction :
5
1-Esquisse de l'histoire de l'inflation :
7
1-1- Les grandes inflations du IIIème et du
XVIème siècles :
7
1-2- L'inflation du XIXème siècle et
durant l'entre - deux guerres : 8
1-3- L'inflation de la deuxième moitié du
XXème siècle :
11
2- Les grandes approches de l'inflation :
14
2-1- La théorie de l'inflation monétaire :
14
2-2- La théorie de l'inflation par demande :
17
2-3- La théorie de l'inflation par les
coûts :
19
2-4- L'inflation, phénomène structurel :
21
Conclusion :
24
Chapitre N°2 ``Les principaux
déterminants de l'inflation dans les pays en développement''
25
Introduction :
25
1-Les déterminants d'ordre monétaire.
26
1-1-L'inflation et la monnaie :
26
1-2- L'inflation et les taux d'intérêt :
30
1-3- L'inflation et le seigneuriage :
34
2- Le pétrole : important cause de l'inflation
dans les PED 40
2-1- L'inflation importée et le pétrole :
40
2-2- L'inflation par les coûts et le
pétrole :
42
2-3- L'inflation anticipée et le pétrole :
43
2-4- Les Chocs externes et le pétrole :
46
Conclusion :
50
Partie empirique
Chapitre N°1 ``L'importance du pétrole
dans l'économie tunisienne'' 51
Introduction :
51
1- Situation pétrolière pour la Tunisie :
52
1-1-Evolution du prix du pétrole :
52
1-2- Les facteurs explicatifs de la hausse des prix
pétroliers : 55
1-3- Production et consommation du pétrole :
56
1-4- Importation et exportation du pétrole :
60
2- L'inflation Tunisienne et le pétrole :
64
2-1- Relation inflation-pétrole :
64
2-2- La faiblesse du pouvoir d'achat en question :
66
2-3- Relation inflation-taux de change :
68
2-4- Analyse de la facture pétrolière de la
Tunisie : 70
Conclusion :
73
Chapitre N°2``Analyse économétrique de
l'impact du pétrole sur l'inflation tunisienne''
74
Introduction :
74
1- Données et méthodes utilisées :
76
1-1- Données statistiques :
76
1-2- La méthodologie utilisée :
77
2- Résultats et interprétations :
80
2-1- Test de stationnarité :
80
2-2- Test de cointegration de Johansen :
81
2-3- Estimation du modèle VAR :
83
2-4- Test de causalité de Granger :
84
2-5- Fonction de réponse impulsionnelle et
décomposition de la variance : 86
Conclusion :
90
Conclusion générale:
91
Bibliographie :
94
ANNEXES
Introduction générale
Dans un monde plein de problèmes, de guerres et de
crises ; le pétrole est classé le premier
intérêt de tout le monde. Vu l'importance de l'or noir ou
pétrole, on remarque qu'il y a eu ces dernières années
plusieurs problèmes politiques dont les plus importants sont la guerre
du Golfe et la guerre de l'Iraq.
Tout loin du politique, le pétrole est la plus
importante matière première et la première source
d'énergie mondiale. Il est utilisé dans tous les secteurs
économiques (transport, électricité, industrie,
agriculture...) et non économiques (militaire...). Le marché
pétrolier est caractérisé depuis trois ans par une hausse
continue des prix. Ainsi, malgré la modération prévue de
l'activité mondiale en 2006, les tensions qui pèsent sur
l'ensemble de la filière pétrolière laissent
prévoir une poursuite de la hausse des prix du pétrole.
De point de vue économique, le phénomène
de hausse continue des prix peut engendrer une situation d'inflation. Le taux
d'inflation est un indicateur de premier ordre pour apprécier
l'état d'une économie et pour comprendre mieux les mouvements de
hausse des prix des biens et services. Aujourd'hui, et pour plusieurs pays
développés et la plupart des pays en développements, ce
phénomène continue de préoccuper l'attention aussi bien
les politiciens que les économistes. Les comparaisons spatiales et
temporelles de ce problème font apparaître des différences
au niveau des causes de l'inflation. Ce qui a poussé les
théoriciens à investiguer dans les sources de ce
phénomène dynamique.
Pour mieux analyser l'inflation et déterminer ses
principales causes, il faut revenir à son histoire. L'inflation
apparaît dés les premiers siècles après J.C et a
revêtu diverses caractéristiques et vécu différentes
types de systèmes socio-économiques et politiques. L'inflation
était toujours en relation avec les métaux précieux (or,
argent), les guerres et les crises économiques. Mais, au
XXème siècle et avec l'abandon du système de
l'étalon-or, on parle plutôt de l'inflation causée par la
création massive de la monnaie.
L'inflation, du fait de son coût économique et
social, est considérée comme le désastre de
l'économie contemporaine. Il s'agit d'une situation de
déséquilibre sur les marchés des biens et du travail
régit par la rigidité des prix à la baisse. A propos de
son origine, la plupart des modèles théoriques postulent que
l'inflation provient à moyen-long terme d'une croissance excessive de la
masse monétaire, alors qu'à cours terme la dynamique de
l'inflation est expliqué par la théorie de la boucle
prix-salaires qui privilégie le rôle des tensions sur les
marchés et sur la répartition des revenus.
Pour cette raison, on entend parler de l'engrenage ou de la
relation `prix du pétrole-inflation'. Les prix élevés du
pétrole affectent l'économie à travers une multitude de
canaux de transmission. Premièrement, au niveau international, le
transfert des revenus se fait des pays importateurs vers les pays exportateurs
du pétrole. Deuxièmement, dans les pays en développement,
l'augmentation du prix du pétrole entraîne une augmentation des
prix des biens et services car la plupart des pays en développement
utilisent encore massivement le pétrole dans leurs processus de
production. Donc la flambée des prix du pétrole constitue une
menace sérieuse pour la croissance de l'économie mondiale et ses
répercussions sont conditionnées toutefois par la durée du
choc et le degré d'intensité pétrolière
spécifique à chaque économie.
Réellement, la relation pétrole-inflation a
commencé après la seconde guerre mondiale. Mais, elle est
très remarquable pendant les périodes des chocs
pétroliers. L'observateur de l'évolution de l'inflation mondiale
pendant les chocs pétroliers peut remarquer facilement le taux important
de l'inflation pendant la période des hausses des prix. Les
périodes de contre choc sont caractérisées par la baisse
des prix et donc par un phénomène de déflation.
Vu l'importance du pétrole dans l'économie
mondiale et compte tenu des répercussions que pourrait susciter un
prolongement de la hausse des prix du pétrole, il serait
intéressant d'étudier l'impact de cette hausse des prix sur
l'économie.
Il est toutefois important de préciser, et ce dans un
premier chapitre du cadre conceptuel de notre travail, les causes fondamentales
et communément prises en compte pour expliquer l'inflation à
savoir les fameuses théories de l'inflation. La plupart des premiers
économistes lient souvent l'inflation au phénomène de
gonflement de la masse monétaire et considèrent une analyse
tantôt dichotomique tantôt non entre le monétaire et le
réel. D'autres auteurs attribuent l'explication de l'inflation à
l'excès de la demande globale sur l'offre globale. Le role de la hausse
des salaires, que revendiquent les syndicats salariés chaque fois qu'il
ait hausse des prix pour garder stable leur pouvoir d'achat, ce qui constitue
une boucle salaires- prix primordiale pour la compréhension du
phénomène. L'inflation structurelle qui prend compte du mode de
régulation (concurrentielle au XIX ème siècle
et durant l'entredeux - guerre et monopoliste à la deuxième
moitié du XX ème siècle) et des
changements dans les structures de l'économie.
Le second chapitre de la partie théorique sera
consacré à l'analyse des principaux déterminants de
l'inflation dans les pays en développement ou en transition vers une
économie de marché.
Dans une première section, nous focaliserons notre
attention tout d'abord sur le rôle crucial de la monnaie dans
l'explication du phénomène d'inflation à travers l'analyse
de l'équilibre sur le marché monétaire et un
réexamen de la fameuse théorie quantitative.
En fin, nous examinerons dans une deuxième section le
pétrole comme déterminant de l'inflation dans les PED. Nous
expliquons cette relation à travers la détermination de
l'importance du pétrole dans l'inflation importée puisque les
pays importateurs du pétrole subissent la variation de son prix. De
plus, l'importance du pétrole comme matière première qui
forme les coûts nous pousse d'étudier la relation entre le
pétrole et l'inflation par les coûts. Ensuite, nous
étudions le pétrole comme facteur aidant dans la formation des
anticipations de l'inflation. En dernier lieu, nous examinerons le choc
pétrolier comme choc externe qui affecte l'inflation du pays.
Ainsi, une deuxième partie sera focalisée sur
l'étude empirique de l'impact du pétrole dans l'inflation
tunisienne. L'étude de la situation pétrolière de la
Tunisie et de l'évolution du prix du pétrole démontre son
rôle dans la formation de celui- ci. De plus, la situation de la Tunisie
comme pays importateur et exportateur du pétrole en même temps
nous renvoi à analyser la facture pétrolière de la Tunisie
en décomposant cet effet en effet prix, effet volume et effet change.
Une augmentation du prix du pétrole et à cause de l'absence
d'indexation prix- salaire touche le pouvoir d'achat du consommateur tunisien.
Une rigidité du prix aggrave cette situation.
Dans la section suivante, nous allons suivre la
modélisation VAR pour une tentative de détermination de l'impact
du pétrole sur l'inflation en Tunisie. En effet, un examen attentif de
la relation entre la variation du prix du pétrole et de l'inflation nous
fait ressortir une relation positive entre ces deux variables. Un choc sur le
prix du pétrole engendre une augmentation de l'inflation. Cette
augmentation est moins importante de nos jours à cause des politiques
anti- inflationnistes.
Puisque la Tunisie est un pays en même temps exportateur
et importateur du pétrole, une question importante se pose pendant cette
période caractérisée par les fluctuations du prix du
pétrole. Cette question tourne autours de l'impact du pétrole sur
un facteur important de l'économie : l'inflation.
CHAPITRE N°1
``Esquisse de l'histoire et les grandes approches de
l'inflation''
Introduction :
Le phénomène de hausse des prix est ancien et
universel. L'inflation apparaît dès les premiers siècles
après J.C et a connu diverses caractéristiques et vécu
différents types de systèmes économiques et politiques. Il
faut donc préciser la nature du phénomène
étudié et présenter les explications exposées par
les économistes qui ont étudié ce
phénomène.
Dans ce chapitre, nous vous inviterons à prendre un
recul historique et géographique par rapport à la situation
récente afin de se rendre compte de l'ancienneté de ce
phénomène. Pour cela et dans une première partie de ce
chapitre nous allons esquisser les grands traits historiques de l'inflation
ainsi que les mouvements des prix dans les pays capitalistiques. D'abord, nous
étudierons les inflations du IIIème et du
XVIème siècle. La première était
causée par une pénurie des métaux et avait
entraîné une falsification de l'argent tandis que la seconde
était la conséquence d'une abondance de métaux
précieux venant du Nouveau Monde. Ensuite, nous analyserons l'inflation
du XIXème siècle et la première moitié
du XXème siècle. Nous montrerons pendant cette
période la nature cyclique et dépressive des prix et le
caractère épisodique et limité de l'inflation. En fin,
nous étudierons la période d'après la seconde guerre
mondiale qui est caractérisée par une inflation permanente et
générale durant le capitalisme monopoliste.
Dans la seconde partie de ce chapitre nous étudierons
les différentes approches dominantes qui expliquent et
éclaircissent les causes de l'inflation. L'approche la plus dominante
est celle retenue par J. Bodin (XVIème siècle)1(*) et renforcée par M.
Friedman (XXème siècle)2(*). Elle considère l'excès de la
quantité de la monnaie (ou de métaux précieux) la
principale voir l'unique source de l'inflation. D'autres économistes
comme J.M. Keynes, ont expliqué ce phénomène par
excès de la demande globale sur l'offre globale. L'inflation est
expliquée aussi par la hausse des coûts de production notamment
des coûts salariaux. Enfin, l'inflation est considérée
comme un phénomène structurel dans la mesure ou il y a passage
d'une régulation concurrentielle à une régulation
monopoliste.
1- Esquisse de l'histoire de
l'inflation :
Le phénomène de l'inflation est un
phénomène ancien et universel, très fluctuant et varie
avec le climat économique, politique, social etc.... Ses
caractéristiques résultent de la combinaison des effets de ces
climats, de la période et du lieu où elle se manifeste.
L'inflation, depuis longtemps, était en étroite
liaison avec l'abondance des métaux précieux et les guerres. Le
IIIème et le XVIème siècle ont
été caractérisé par des crises économiques
et politiques gaves causés par les guerres.
Après une période de stabilité, la
première guerre mondiale constituait un choc macro- économique
surtout pour les pays capitalistiques. Cette période était
caractérisée par le gonflement des dépenses à fin
de payer les victimes et les réparations causées par la
guerre.
L'observation du XIXème et de la
première moitié du XXème siècle peut
remarquer que selon les phases par les quelles passent les économie
(phase de dépression ou d'expansion), on peut enregistrer des cas de
déflation ou d'inflation.
1-1- Les grandes inflations du IIIème et du
XVIème siècles :
Si le terme « inflation » est relativement
récent, le phénomène lui-même est ancien. Au
IIIème siècle, l'Empire romain occidental a connu une
grave crise économique et politique. La hausse des prix des produits
alimentaires et des rémunérations était associée
à une dépréciation de la monnaie romaine provoquée
par la raréfaction de l'or et de l'argent, remplacée par une
monnaie en cuivre, étain et plomb.
``En 301, l'empereur Dioclétien, par l'édit du
prix maximum, décida de punir de la peine de mort quiconque augmenterait
abusivement les prix. On ne plaisantait pas avec l'inflation à cette
époque''3(*). La
réforme monétaire réalisée par Constantin (306-337)
en créant de nouvelles espèces d'or et d'argent, établira
ainsi la confiance dans la monnaie impériale.
En XVIème siècle, et en Espagne,
qu'apparaît une hausse des prix qui se propagera ensuite dans toute
l'Europe. L'une des importantes explications de cette inflation est
avancée par l'économiste de l'époque J. Bodin4(*) qui affirme que la raison
principale de cette inflation était l'afflux de métal
précieux en provenance du Nouveau Monde (les colonies américaines
de l'Espagne et du Portugal).
Dans les deux cas, c'est à cause de la faiblesse de
l'appareil productif que ces phénomènes monétaires ont
emmené à ces brutales hausses de prix. Au
IIIème siècle, l'Empire romain était
traversé par une vague d'invasions ruinant les riches provinces de
Gaules et d'Asie. Il reposait sur l'utilisation d'une main d'oeuvre d'esclaves
peu productive et sur le tribut prélevé dans les régions
soumises.
Au XVIème siècle, l'essor du
siècle précédent avait fait place à la stagflation,
et les dépenses guerrières des princes n'étaient pas de
nature à stimuler les forces productives. Au contraire, cette
période fut celle des guerres civiles et religieuses et d'une
aggravation des guerres européennes. Ainsi dans les deux cas,
l'inflation sanctionna l'insuffisance de la production.
1-2- L'inflation du XIXème siècle et durant
l'entre - deux guerres :
Cette période était caractérisée
par des phases de dépression ou d'expansion. Pour cela, et pour montrer
le caractère épisodique et limité de l'inflation, il faut
comprendre la nature cyclique des prix durant cette période.
1-2-1- La nature cyclique des prix et les cycles
Kondratieff 4(*):
L'inflation du XIXème siècle est
intéressante à suivre car elle nous montre ce qui se passait au
sein d'un système capitaliste purement concurrentiel. Cela peut donner
une idée de ce que pourrait être le future dans des circonstances
de concurrence mondiale accrue. La phase de dépression suivait celle
d'expansion et créait presque spontanément les bases de la
reprise économique.
Les hausses de prix favorisent l'essor de la production, qui
provoque une demande accrue de travail et la hausse des salaires. Par contre,
la baisse des prix déprime les profits et la production, ce qui
entraîne une réduction de l'emploi et des salaires.
Durant cette période, les prix évoluent d'une
manière cyclique dans les principaux pays capitalistes qui ont connu une
série de crises économiques.
La répartition de ces crises à des intervalles
réguliers dans le temps est caractérisée par un mouvement
de cycles économiques rythmés. Les mouvements de courte
durée (6 à 10 ans), dits cycles classiques ou cycles Juglar (C.
Juglar 1860), qui se superposent aux cycles Kondratieff et font altérer
crise et croissance. Les cycles Kondratieff sont les mouvements de longues
durée. Ils font altérer des périodes longues (20 à
30 ans) d'expansion et de récession économique. Comme cela
apparaît dans le graphique suivant, chaque intervalle présente
deux phases :
Graphique : les cycles des prix de Kondratieff 5(*)

La phase d'expansion est associée, selon N.D.
Kondratieff ou J. Schumpeter, à l'exploitation d'un nouveau produit
exerçant un effet entraînant sur le reste de l'économie. La
phase de dépression s'explique par l'excès de la capacité
de production relativement à la demande mondiale, en raison de la
croissance trop lente des rémunérations salariales.
Les fluctuations de l'activité économique
déterminent l'aspect cyclique de l'évolution des prix. Cette
dernière est très sensible à l'évolution de la
production, de l'investissement et de la consommation. Si on explique le
caractère cyclique des prix aux conditions d'accumulation du capital, le
caractère dépressif est souvent attribué au progrès
technologique écrasant les prix dans les conditions
générales de récession.
Au dernier quart du XIXème siècle,
le progrès technologique dans la sphère productive permettait une
augmentation significative de la capacité productive du travail.
L'augmentation de la productivité et la
récession constitue, par conséquent, les principaux
déterminants de la tendance dépressive des prix.
1-2-2- le caractère épisodique et
limité de l'inflation :
L'inflation de cette période ne touche que des pays
capitalistes particuliers pour de très brèves périodes
(caractère épisodique) et elle se manifeste presque pendant les
crises et les guerres (caractère limité).
Durant cette époque, l'évolution cyclique et
dépressive des prix, la hausse des prix qui constitue souvent une
réaction contre la tendance à la baisse du taux de profit, ne
devient inflation que lorsqu'elle est accompagnée d'une
dépréciation de la monnaie. Cette dépréciation
n'intervient que lorsque le cours forcé de la monnaie est établi
et le régime de la monnaie convertible suspendu. C'est une explication
de l'inflation pendant le XIXème siècle et la
première moitié du XXème siècle qui ne
se produise qu'à l'occasion des guerres lorsque la monnaie est
émise abusivement pour financer les dépenses énormes des
guerres.
La période de l'entre deux guerres était
caractérisée par une succession d'inflation et de
déflation. La première guerre mondiale amène une
multiplication des prix par deux ou trois et l'inflation se poursuit
après la guerre.
La crise de 1929 est essentiellement américaine mais
elle prend la forme d'une déflation mondiale. Cette baisse des prix de
1929 à 1934 est principalement d'origine monétaire causée
une insuffisance de crédit renforcée par les faillites
bancaires. ``La chute des prix est une conséquence de la
contraction de l'activité économique, suite à celle du
crédit, et non le résultat mécanique de la
décroissance de la masse monétaire''6(*). Mais, à partir de
1935-1936 le développement de l'investissement public assure une reprise
de la production industrielle et une remontée des prix.
Cette succession de hausse et de baisse des prix renforce
l'idée des économistes de considérer les mouvements de
prix comme cycliques.
1-3- L'inflation de la deuxième moitié du
XXème siècle :
La deuxième moitié du XXème
siècle, période de après guerre, est une période de
reconstitution de l'économie. Des transformations structurelles sont
intervenues pour opérer le passage des économies capitalistes
d'un fonctionnement concurrentiel à un fonctionnement monopoliste.
L'inflation prend un caractère permanent (à l'ordre de 3 à
4% par an) et constitue un mécanisme essentiel de fonctionnement des
économies capitalistes. Cette inflation modérée persiste
jusqu'à la fin des années soixante. A partir de cette date
l'inflation commence à augmenter légèrement.
1-3-1- L'établissement d'une nouvelle
régulation :
Le changement d'une régulation concurrentielle à
une régulation monopoliste a affecté principalement les
mécanismes de formation des prix et des salaires.
· Les nouveaux mécanismes de formation des
prix :
La réussite des politiques économiques suivies
après les guerres, qui one visé à soutenir la croissance
économique et à éviter le chômage, a provoqué
au début des années 1970 la montée de l'inflation à
plus de 5% par an.
De plus, les perturbations des années trente ont
disparu définitivement pour laisser la place à un
développement régulier de la production et des revenus. En effet,
et à partir des années 1960, les tensions sur les
capacités de production ne constituent plus le facteur exclusif des
variations des prix. On constate de plus en plus de secteurs où les prix
ne respectent plus la loi de l'offre et de la demande.
Autre facteur qui a beaucoup transformé les
mécanismes de formation des prix est la pratique des prix
administrés dans le monde capitaliste. Ces prix administrés sont
des prix qui sont formés par l'application d'un taux de marge à
l'ensemble des coûts de production afin d'assurer un certain taux de
rentabilité sur l'ensemble des investissements
réalisés.
Donc, la diminution puis la disparition de la
sensibilité des prix aux variations de l'activité
économique et l'application des prix administrés constitue les
deux traits essentiels qui caractérisent les mécanismes
monopolistes de formation des prix.
· Les nouveaux mécanismes régulateurs
des salaires :
Au début des années 1970, le chômage
commence à s'étendre avec une hausse parallèle des
salaires et le prix de la force de travail ne respecte plus la loi de l'offre
et de la demande. Le salaire se détermine essentiellement par une
indexation sur les prix, par une incorporation d'une partie des gains de
productivité et par un développement considérable du
salaire indirect et des allocations du chômage. De plus, la forte
inflation qui a suivi la seconde guerre mondiale et l'apparition de la notion
du salaire minimum rendent l'évolution des salaires étroitement
liée à celle des prix à la consommation.
En effet, des nouveaux mécanismes régulateurs
des salaires vont apparaître pour remplacer les anciens. La croissance de
la productivité et le développement de la concentration
influenceront la dynamique des salaires.
En outre, on remarque que le rôle important dans la
formation des salaires est attribué aux secteurs moteurs qui sont
développés dans les pays capitalistes et ont
entraîné de forts gains de productivité résultant
ainsi de fortes augmentations des salaires qui vont se diffuser dans l'ensemble
de l'économie. Ces secteurs moteurs sont caractérisés par
une grande ouverture sur le marché mondial, une productivité
importante et une forte concentration.
· Les nouvelles conditions
monétaires :
Certainement, les composantes monétaires, qui sont
affectées après la seconde guerre mondiale par les changements
structurels, ont un impact important sur la dynamique de l'inflation. Ces
changements visent essentiellement les mécanismes de la création
monétaire. Le système de l'étalon-or trouve fin avec les
nécessités de réparation de guerre et la création
monétaire devient illimitée ce qui a entraîné la
suspension du régime de la monnaie convertible (la quantité de la
monnaie crée dépasse les réserves en or).
En réalité, l'Etat et dans le but de
reconstruire l'appareil productif détruit par les guerres et de relancer
la production, intervient dans le domaine monétaire d'une manière
de plus en plus intense. Après la reconstitution de l'économie,
l'Etat intervient dans le but de protéger l'économie contre la
concurrence internationale. Le contrôle de la création
monétaire exige la nationalisation des banques centrales dans les
principaux pays capitalistes. La Banque Centrale devient le monopole de
l'émission des billets et assure la stabilité de la monnaie
nationale. De plus, la Banque Centrale, entant que préteur de dernier
ressort, gère le système bancaire et contrôle la
distribution de crédit conformément aux objectifs fixés.
Elle gère aussi le marché de change et règlemente la
profession bancaire.
A coté de monopole de la Banque Centrale qui assure une
création monétaire endogène aux besoins de
l'économie, les législations successives dans les pays
capitalistes ont fait que les principales caractéristiques de la
concurrence bancaire disparaissent graduellement.
2- Les grandes théories de l'inflation :
Les premiers économistes ont fait recours à
l'approche monétaire pour expliquer les causes de la hausse des prix. Au
XIXème siècle Jean Bodin attribua à l'afflux
d'or et d'argent en provenance du Nouveau Monde (l'Amérique) la
« cherté de toutes choses ». Aux
XVIIème siècle et XVIIIème
siècle, william Petty, John Locke, David Hume, puis David Ricardo au
début du XIXème siècle systématisera
l'explication des variations du niveau des prix nominaux par celle de la masse
monétaire. La théorie quantitative de la monnaie reste toujours
le pilier principal des théories de l'inflation même si les
formulations de cette théorie changent. Malgré l'importance de la
théorie quantitative de la monnaie, cela n'évite pas l'existence
d'autres théories restant partielles.
2-1- La théorie de l'inflation
monétaire :
La théorie quantitativiste de Jean Bodin7(*) (1568) et ses prolongations
passant par la formulation de Fisher (Irving Fisher, 1911)8(*) et la version de Cambridge pour
atteindre l'école monétariste de Milton Friedman au
XXème siècle, expliquent l'inflation par
l'excès de la création monétaire comparée à
la production.
2-1-1- L'analyse classique et néoclassique de la
théorie quantitative de la monnaie :
La formulation la plus courante et la plus ancienne de cette
théorie est attribuée à J. Bodin (1568). Cette
théorie est celle de l'équation générale des
transactions :
M.V = P.T 9(*)
Cette équation représente
l'égalité comptable entre la quantité totale de la monnaie
en circulation ` M.V ' et la valeur globale des transactions
réalisées ` P.T '. Avec M : la masse monétaire,
V : la vitesse de circulation de la monnaie, P : moyenne
pondérée des prix et T : le volume des transactions. Compte
tenu des hypothèses des quantitativistes, T et V sont des
paramètres.
Irving Fisher (1911), en distinguant les espèces en
circulation des dépôts, représente une nouvelle
formulation :
M.V + M'.V' = P.T
Cette équation intègre la monnaie scripturale
dans la vieille équation des échanges. Avec M' : la masse de
monnaie scripturale (dépôts), M : la masse de monnaie
fiduciaire (espèces en circulation), et V et V' : les vitesses de
circulation de ces deux stocks monétaires.
Cette approche repose sur deux postulats étroitement
liés. Le premier est l'analyse dichotomique qui décompose
l'économie en deux mondes distincts (réelle-monétaire). Le
second est celui de l'illusion monétaire (la monnaie n'est pas
demandée pour elle-même). Une nouvelle version de la relation
quantitativiste, dite « équation de Cambridge», et
liée aux travaux d'Alfred Marshall10(*) (1922) et de J.M. Keynes (1923) envisage la
création monétaire entant que demande de monnaie selon
l'équation suivante :
M = K.P.Y
Cette demande de monnaie selon de monnaie dépend du
revenu national réel (Y), du niveau général des prix (P)
et d'un coefficient) représentant, selon les auteurs, soit le rapport
entre la masse monétaire et le revenu, soit une variable de
comportements des agents.
2-1-2- Milton Friedman et monétaristes :
Milton Friedman a proposé un modèle plus
complexe que celui des premiers quantitativistes pour rétablir
l'importance de la monnaie dans l'explication des phénomènes
économiques. Il a présenté la demande de monnaie à
l'aide de la fonction :
Md/P = F(y, w, RM, RB, RE, Gp, u)
Ou Md représente la demande de monnaie, P le
niveau général des prix, y le revenu permanent (le revenu
anticipé), w le rapport du revenu du capital non humain au revenu du
capital humain, RM, RB, RE les taux de rendement nominaux anticipés de
la monnaie, des obligations et des actions, Gp le taux d'inflation
anticipé, et u une variable représentant tous les autres facteurs
pouvant rendre compte des demandes industrielles de monnaie.
Selon M. Friedman, pour contenir l'inflation, il faut
maintenir l'expansion monétaire à un taux constant et
modéré. Ce rythme de croissance monétaire devrait
être le même que celui de la croissance de la production
réelle de l'économie. Pour les monétaristes
classiques l'inflation a une origine monétaire due à une
émission supplémentaire de monnaie et une origine fiscale, due au
décalage entre les dépenses publiques et les recettes publiques
le déficit budgétaire.
* L'origine monétaire :
M. Friedman affirme que « l'inflation est toujours
et partout un phénomène monétaire », dont la
responsabilité repose sur la politique de l'Etat. Cette inflation peut
être évitée par le contrôle du stock
monétaire. Le monétarisme classique considère toujours
l'offre de monnaie comme une variable exogène. Ainsi, M. Friedman
soutient que les autorités monétaires doivent anticiper et
annoncer le taux de croissance d'un agrégat monétaire pour une
période durable.
Cependant, les monétaristes contemporains
intègrent d'autres agents dans la détermination de l'offre de
monnaie. La réflexion sur le rôle des anticipations,
déjà introduit par M. Friedman à propos du comportement
des détenteurs de monnaie, a conduit à la formalisation d'une
série de modèles monétaristes développés par
les économistes des anticipations rationnelles. Ces économistes
(R.J. Barro, R.E. Lucas, T.J. Sargent...)11(*) incorporent l'analyse des anticipations rationnelles
dans la détermination de la demande de monnaie. Pour cette
théorie, la création monétaire est un moyen dont peuvent
disposer l'Etat à fin d'agir sur l'économie. Une création
monétaire supérieure à la croissance de la production ne
saurait donc qu'être inflationniste.
* L'origine fiscale :
Pour les monétaristes classiques et certains
néo-libéraux (A. Laffer, R.E. Lucas, T.J. Sargent, J.
Sachs...)12(*) l'inflation
a une origine fiscale si les dépenses de l'Etat dépassent ces
recettes. Pour eux l'inflation est toujours due à une dépense
excessive au niveau national puisque l'Etat dépense plus que les
recettes procurées par l'impôt. Soumis à de permanentes
pressions des différentes agents. L'Etat doit dépenser davantage
sans pour autant augmenter la pression fiscale à fin de soutenir
l'activité économique. Le recours à une réduction
du déficit budgétaire peut ainsi restreindre l'origine fiscale de
l'inflation.
Ainsi, M. Friedman conclut, `le gouvernement doit donc partout
être rendu responsable de l'inflation '.
2-2- La théorie de l'inflation par la
demande :
On parle de l'inflation par la demande lorsque globalement la
demande de produits excède durablement l'offre sur les marchés.
Le lien monnaie- excès de demande devient particulièrement
étroit chez ceux qui accepte la vielle « loi de
Say » qui stipule que toute offre des produits crée leur
propre demande : la demande globale est constituée par l'ensemble
des revenus distribués à l'occasion de la production
c'est-à-dire qu'elle est rigoureusement égale à l'offre
globale, en l'absence de thésaurisation. L'accroissance
incontrôlé des moyens de paiement peut générer
l'excès de demande.
2-2-1- La monnaie et l'excès de demande :
On s'éloigne de la stricte pensée
monétariste l'on considère que l'augmentation de la demande peut
provenir d'une augmentation autonome de la vitesse de circulation de monnaie,
d'une entrée de devises étrangères ou de rapatriement de
profits et des dividendes, ou encore de désépargne. Cette
augmentation de la propension à consommer peut s'expliquer par
l'apparition de nouveaux produits, d'une modification du système des
prix relatifs, d'un changement dans les anticipations de prix, de revenus ou de
rémunération de l'épargne...
Relativement aux arguments des monétaires,
l'explication de l'inflation par la demande consiste à dire que la
création monétaire ne sera inflationniste que dans la mesure
où l'appareil de production ne peut pas répondre à
l'accroissement de la demande. L'ajustement offre-demande s'effectue alors par
les prix à défaut de se faire par les quantités. La hausse
des prix n'apparaîtra que dans le cas de plein emploi des
capacités productives (homme, outillage et matières
premières), d'insuffisance des stocks ou lorsque l'importation ne peut
pallier l'insuffisance de l'offre intérieure. Cette hausse ne se
transformera en processus inflationniste que si l'excès de la demande se
produit et qu'aucun élément (augmentation de la capacité
physique de production, gain de productivité, découverte de
nouvelles matières premières, embauche de nouveaux
travailleurs...) ne vient permettre d'accroître l'offre globale, dans des
propositions suffisantes.
* Keynes et l'écart inflationniste :
L'origine du concept d'excès de demande est le plus
souvent attribuée à John Maynard Keynes. Celui-ci
réfléchit durant la seconde guerre mondiale sur les conditions de
financement d'une économie de guerre et sur les conséquences d'un
accroissement des dépenses visant à accroître la production
d'armement. Cette situation engendre un écart inflationniste conduisant
à une hausse des prix égale au rapport de cet écart
à la production nationale réelle de biens et services civils.
Pour Keynes, la seule façon de rétablir l'équilibre entre
l'offre et la demande sera un ajustement par les prix. De plus, la
création de revenus supplémentaires permise pour la hausse de
prix engendre une dynamique inflationniste surtout si l'Etat décide de
poursuivre sa politique d'armement. Mais, cette analyse reste assez proche de
la pensée monétariste, même si elle présente
l'originalité d'envisager une situation de rationnement forcé de
l'offre de biens de consommation.
Selon Keynes, l'inflation peut être amortie par des
mesures autoritaires lorsque l'Etat impose un versement différé
des salaires on augmente les impôts d'un montant approprié, ou par
des mesures non autoritaires si la hausse des prix se traduira par une
augmentation des rentrées fiscales (si les tranches d'imposition restent
inchangées) et aussi des profits des chefs d'entreprise dont la
propension à épargner et plus élevée que celle des
travailleurs.
* Les limites de l'analyse Keynésienne :
Cette analyse, pour certains auteurs, est plus une recette de
politique économique qu'une véritable théorie de
l'inflation car celle-ci n'apparaît que comme un simple avatar d'une
politique de déficit budgétaire mal contrôlée, les
mécanismes et les effets de l'inflation n'étant pas
étudiés. D'autres auteurs ont contesté le fait que
l'inflation ne puisse se concevoir qu'au seul de plein emploi.
L'évolution de l'inflation et du chômage dans un même sens
depuis les années 1970 ne respecte pas ce raisonnement. On lui a surtout
reproché de n'envisager l'excès de demande que sur le plan
macro- économique et de ne pouvoir ainsi rendre compte des étapes
du processus inflationniste. En effet, si l'inflation provient d'un
excès de demande, celui-ci est le produit de situations
différentes dans les divers secteurs de l'économie.
L'excès de la demande dans certains secteurs ne se traduit pas
nécessairement par la hausse immédiate des prix alors que la
baisse de la demande dans d'autres branches n'entraîne pas
aussitôt la baisse des prix.
2-3- La théorie de l'inflation par les
coûts :
L'explication de l'inflation par les coûts revient
à considérer que la responsabilité de la hausse de prix
incombe à une augmentation de la rémunération des facteurs
de production supérieure à celle de leur productivité.
Cette hausse incite les entreprises à relever les prix de leurs produits
offerts aux ménages ou aux autres entreprises qui rendront à
leurs tours à élever leurs prix ou à revendiquer de
nouvelles hausses de rémunération. Ainsi, se crée et
s'entretient le processus inflationniste, permis par l'accroissement de la
demande engendrée par celui des revenus et facilité par la
création de monnaie et de crédit.
2-3-1- le mécanisme :
Si des hausses de salaire ont lieu, dans une ou plusieurs
branches, elle se répercuteraient sur l'ensemble de l'économie et
mettraient en difficulté les entreprises moins productives qui n'auront
d'autre recours que d'augmenter leurs prix pour survivre. Ces hausses de prix
pourront être négociées par les syndicats patronaux
soucieux d'éviter la disparition d'un trop grand nombre d'entreprise, et
seront d'autant plus praticable sans dommage pour ces entreprises que le climat
est inflationniste et que l'accroissement des revenus alimente la demande
globale. Donc, l'inflation de productivité s'explique par le
désajustement entre les mécanismes macro-économiques de
détermination des revenus et la réalité
micro-économique du fonctionnement des entreprises.
* La politique des revenus :
Pour éviter cette inflation de productivité, fut
élaborée la politique des revenus. Elle réside à
fixer, avec l'accord des organisations syndicales, des normes d'augmentation
des rémunérations salariales et des prix des biens et services,
déterminées par l'accroissement de la productivité
nationale moyenne. Cette politique implique que : si les gains de
productivité dégagés sont plus élevés que la
moyenne, les salaires augmentent moins vite que la productivité de
façon à permettre des baisses de prix. Parallèlement, des
hausses de rémunérations plus élevées que celle de
la productivité devient possible si les progrès de la
productivité sont faibles ou nuls et si la pratique de la hausse de prix
ne génère pas de l'inflation.
L'avantage de cette formule est l'harmonisation des hausses
de salaire en leur donnant une base objective établie en fonction du
dynamisme de l'appareil de production. Mais, elle implique une stricte
discipline difficilement acceptée par les salariés, c'est
l'idée que les plus efficaces doivent partager une partie du fruit de
leurs efforts avec ceux qui le sont moins. Cette idée constitue une
faiblesse de cette formule.
Finalement, on s'aperçoit que la théorie de
l'inflation par les coûts ou appelée encore théorie
d'inflation salariale privilégie le rôle des hausses de salaires
comme son principale variable explicative.
2-3-2- Inflation, coûts salariaux et
chômage :
Le rôle de la hausse des coûts salariaux dans
l'inflation, du fait de leur importance dans le coût total de production,
est indiscutable voir même difficile à préciser. On observe
un synchronisme d'ensemble de l'évolution des coûts salariaux et
des prix à la production dans les grands pays industrialisés. De
plus, la hausse des prix est d'autant plus élevée que celle des
salariés est forte. C'est pourquoi les salariés ne peuvent
être tenus pour les seules responsables de l'inflation.
Avec l'étude de A.W. Phillips13(*) qui montre une relation
inverse entre les variations des salaires nominaux et le taux de chômage
et après les prolongements qui explicitent cette étude pour
devenir une relation inverse entre le taux d'inflation et le taux de
chômage, la courbe de Phillips devient un élément de
confirmation de l'analyse Keynésienne. Selon celle- ci l'inflation
était d'autant plus forte que la tension est grande sur le marché
de travail. Cela nous affirme que la création monétaire et
l'excès de la demande ne seront inflationnistes que si les
capacités de production atteignent le plein emploi. L'inflation
provenant alors de la hausse des coûts de facteurs.
2-4- L'inflation, phénomène structurel.
Les explications de l'inflation par la monnaie, la demande et
les coûts contiennent chacune une part de vérité et elle se
complètent pour fournir une analyse cohérente du processus
inflationniste. Mais, pourquoi pas situer l'inflation dans le contexte de
l'évolution du système économique dans lequel elle
apparaît.
De ce point de vue, la deuxième moitié du
XXème siècle s'oppose au
XIXème siècle où dominait « une
régulation concurrentielle » caractérisée par
des processus d'ajustement reposant sur la flexibilité des revenus et
des prix, et à l'entre deux guerres où commencent à
s'affirmer des traits nouveaux portant sur l'organisation du système
productif, sur celui du monde du travail et sur le mode d'intervention de
l'Etat dans l'économie. Depuis la seconde guerre mondiale, on peut
parler de « régulation monopoliste » qui s'explique
par le fait que la détermination des prix s'effectue de plus en plus par
l'intermédiaire de négociations collectives, et que les
décideurs en matière du prix s'affranchissent des contraintes de
la concurrence.
2-4-1- La « régulation
monopoliste ».
Le terme de régulation monopoliste ne signifie pas la
domination tyrannique de grands monopoles contrôlant totalement le
mécanisme des prix. Ce concept ne s'inscrit pas aussi dans la
problématique de la détermination des prix sur des marchés
monopolistiques ou oligopolistiques où l'on rencontrerait un seul ou
quelques offreurs face à une multitude de demandeurs. Il signifie que le
fonctionnement des économies capitalistes développées
obéit à des règles différentes de celles qui
régissaient ces entreprises avant la seconde guerre mondiale, et
là réside l'explication de l'inflation, rampante, galopante ou
hyperinflation.
L'inflation ne serait pas le fruit d'un mauvais fonctionnement
de l'économie mais elle doit être envisagée comme un
facteur interne inhérent à un nouveau mode de régulation.
Cette régulation monopoliste correspond à une situation
dominée par deux éléments fondamentaux et
étroitement liés :
· La capacité des groupes sociaux à obtenir
le maintien ou l'amélioration de ses revenus réels.
· La croyance que la croissance continue du niveau de vie
est possible et sera assurée par l'Etat.
Finalement, si dans un régime de régulation
concurrentielle les salaires nominaux dépendent de la confrontation
entre l'offre et la demande globale de travail, la régulation
monopoliste se caractérise par le fait que les salaires nominaux
s'établissent par référence aux gains de
productivités réalisés ou anticipés dans les
secteurs les plus performant sans prendre en compte l'éventuel
déséquilibre du marché du travail.
2-4-2- Le rôle de l'Etat.
L'extension de l'intervention de l'Etat dans le
fonctionnement de l'économie a constitué le deuxième
facteur de transformation du modèle de régulation.
En effet, depuis 1945, la législation concernant le
monde du travail reconnu explicitement la nature collective et obligatoire pour
tous les dispositions prises en matière de droit social, de conditions
de licenciement et de normes de rémunération( création de
salaire minimum interprofessionnel, fixation de la durée hebdomadaire du
travail,etc..). Egalement, l'Etat peut favoriser ou imposer des
procédures de négociations entre les syndicats salariés et
patronaux de secteur, à qui ont pour conséquence que les salaires
se fixent à la suite de décisions nationales. L'évolution
des coûts salariaux et des prix est le résultat d'une
négociation mettant en prises le patronat, les syndicats et le
gouvernement.
De plus, l'Etat et les institutions publiques ont un pouvoir
de régulation considérable sur la demande globale à
travers les dépenses publiques, les salaires indirects et la
création des moyens de paiement mis à la disposition de
l'économie. Pour les dépenses publiques,
l'élévation du pourcentage des prélèvements
obligatoires (impôts, cotisations sociales...) est un facteur important
de la stabilisation de la demande globale.
L'importante partie des emplois de l'Etat est
constituée de dépenses incompressibles, c'est pourquoi l'Etat
préfère le recours à l'endettement plutôt que de
réduire une partie de ses activités. Elle soutient
l'activité de telle sorte que les hausses de prix ne se traduisent pas
par une réduction des ventes. L'intervention tutélaire de l'Etat
est donc décisive et explique que l'inflation peut se maintenir
au-delà des fluctuations cycliques de l'activité.
Enfin, la politique monétaire menée par l'Etat a
bouleversé les conditions de financement de l'économie. L'abandon
définitif de la convertibilité de la monnaie en or et en argent a
permis de libérer la création de moyens de paiement. Un nouveau
système monétaire nationale et international a ainsi pu se
constituer. Ce système a pour fonction de créer les moyens de
paiement permettant d'assurer la commercialisation des produits à un
niveau de prix compatible avec la poursuite de la croissance et avec les
objectifs de revenus réels. La maîtrise de la croissance de la
masse monétaire reste un élément de la politique
économique qui tient compte principalement du besoin de crédit
dont les demandes des agents sont l'expression.
En définitive, cette approche n'apporte pas
d'élément fondamentalement nouveau dans l'explication de
l'inflation mais elle l'envisage comme un phénomène lié
à de nouveaux mécanismes de fonctionnement du capitalisme
mondial.
Conclusion :
L'inflation est un phénomène très ancien.
Il apparaît dès les premiers siècles après J.C. et a
revêtu diverses caractéristiques et vécu différents
types de systèmes socio-économiques et politiques. Au sein de ce
mémoire nous avons tout d'abord indiqué les grands traits
historiques de l'inflation ainsi que les caractéristiques des mouvements
des prix dans les pays capitalistes sur longue période. Nous avons
remarqué des différences dans les sources des inflations
lointaines, celle du IIIème et du
XVIème siècles. En effet, alors
que la première s'avère être une pénurie de
métal et entraîne une falsification de l'argent, la
deuxième était au contraire une abondance de métaux
précieux en Europe venant du Nouveau Monde. L'inflation du
XIXème siècle et d'entre guerres avait le
caractère épisodique et limité. Cette période
était caractérisée par la nature cyclique et
dépressive des prix et par une régulation de type concurrentiel.
Enfin, l'étude de la période d'après la seconde guerre
mondiale soulève le caractère permanent et général
de l'inflation au sein d'une régulation de type monopoliste.
Les approches dominantes retenues par économistes pour
éclaircir les causes de l'inflation sont ensuite analysées. Nous
avons distingué l'inflation monétariste qui s'articule autour de
la croissance monétaire. La thèse de l'inflation par la demande
stipule que la hausse des prix n'apparaîtrait qu'en cas de plein emploi
des capacités productives. Selon l'approche de l'inflation par les
coûts, la hausse des coûts de production, notamment les coûts
salariaux, est la principale source d'inflation. L'inflation peut être
aussi un phénomène sociologique qui résulte des rapports
de force entre les groupes sociaux. Cette dernière thèse assume
la responsabilité de la hausse des prix aux salariés qui, chaque
fois que les prix augmentent, ils revendiquent pour une augmentation des
salaires.
CHAPITRE N°2
``Les principaux déterminants de l'inflation
dans les pays en développement''
Introduction :
Puisqu'on a traité les grands faits historiques et les
approches dominantes de l'inflation dans le chapitre précédent,
nous allons voir, dans ce chapitre les principaux facteurs pris comme
responsables du phénomène de la hausse des prix dans les pays en
développement (PED). Nous examinons plus profondément les
principales causes de l'inflation dans ces pays. Les monétaristes
considèrent l'augmentation de la masse monétaire comme la
principale source de l'inflation à long terme. Leur analyse se base
essentiellement sur l'équilibre du marché de la monnaie et sur
une affirmation par la théorie quantitative de la monnaie
déjà étudiée dans le premier chapitre.
Par ailleurs, une liaison étroite entre les taux
d'intérêts et le taux d'inflation et donc la croissance
monétaire, trouve sa justification à travers la proposition de
Fisher. Nous étudierons d'abord ce lien. Ensuite, nous examinerons
comment le recours au seigneuriage constitue un déterminant crucial
d'explication de l'inflation surtout dans les périodes de guerres
où persistent des hyperinflations.
En fin, nous examinerons dans une deuxième section le
pétrole comme déterminant de l'inflation dans les PED. Nous
expliquons cette relation à travers la détermination de
l'importance du pétrole dans l'inflation importée puisque les
pays importateurs du pétrole subissent la variation de son prix. De
plus, l'importance du pétrole comme matière première qui
forme les coûts nous pousse d'étudier la relation entre le
pétrole et l'inflation par les coûts. Ensuite, nous
étudions le pétrole comme facteur aidant dans la formation des
anticipations de l'inflation. En dernier lieu, nous examinerons le choc
pétrolier comme choc externe qui affecte l'inflation du pays.
Les déterminants d'ordre monétaire.
Nous allons montrer le rôle important de la monnaie dans
l'explication de l'inflation à long terme, éclairer le lien entre
le taux d'intérêt et le taux d'inflation et enfin expliquer
comment les déficits budgétaires importants poussent les
gouvernements, monopoles de création de la monnaie, à une
création excessive de monnaie pour les financer.
1-1-L'inflation et la monnaie :
« Dans la perspective monétariste,
l'inflation résulte d'abord d'un gonflement de la masse monétaire
tendanciellement supérieur à celui de la
production »14(*).
a- Inflation et croissance monétaire :
Le diagramme d'offre et de demande globale (graphique1)
constitue un cadre de base pour l'identification des causes éventuelles
de l'inflation. Les augmentations de la demande globale et les
réductions de l'offre globale élèvent le niveau des prix.
En effet, tous les facteurs qui déplacent la courbe d'offre globale vers
la gauche déclenchement l'inflation (augmentations du stock de monnaie).
De même, tous les facteurs qui déplacent la courbe de demande
globale vers la droite sont responsables de l'inflation (réductions de
la de monnaie, augmentations des dépenses publiques...).
Graphique : Courbes d'offre et de demande globales 15(*)
OG
DG
P
Y
![]()
On remarque ainsi le nombre important des facteurs de
l'inflation qui influencent l'offre et la demande globale. Et pourtant, quand
il s'agit d'expliquer l'inflation à long terme, on ne retient
généralement qu'un seul de ces
facteurs : « la croissance de l'offre de
monnaie ». En effet, tous les autres facteurs n'ont que des effets
transitoires et ne participent que temporairement à une hausse
généralisée des prix parce que leur marge de variation et
limitée. Par contre, des variations importantes de l'offre de monnaie
s'observent fréquemment, qu'elles soient négatives comme pendant
les périodes de déflation, ou positives comme au cours des
périodes d'hyperinflation.
Pour montrer le rôle essentiel de la monnaie dans
l'inflation, revenons au marché de la monnaie. La confrontation de
l'offre et de la demande de la monnaie produit l'équilibre sur ce
marché. La demande de monnaie est déterminée par son
pouvoir d'achat en termes de biens et services.
A l'équilibre, l'offre d'encaisses réelles est
nécessairement égale à la quantité d'encaisses
demandées :
M/P=L (i, Y) 16(*)
Avec M est le stock de monnaie, P le niveau des prix (M/P :
masse monétaire réelle) ; i le taux d'intérêt
nominal, Y le revenu réel, et L (i, y) la demande d'encaisses
réelles.
La relation entre les différents éléments
de cette équation est claire. De ce fait, il existe un lien positif
entre le revenu réel et la quantité d'encaisses demandées.
En effet, suite à une augmentation du revenue réel, les gens
effectuent plus de transactions ce qui augmente la demande de monnaie. En
revanche, il existe un lien négatif entre le taux d'intérêt
et la demande de monnaie puisque une augmentation du coût
d'opportunité de détention de la monnaie par rapport à la
détention d'actifs porteurs d'intérêt réduit la
quantité de la monnaie demandée.
La flexibilité des taux d'intérêt assure
en permanence l'équilibre sur le marché monétaire. En
effet, chaque fois qu'il existe une demande excédentaire de monnaie, la
flexibilité des taux d'intérêt leur permet de monter
jusqu'à ce que la quantité de monnaie demandée diminue
suffisamment pour être égale à l'offre d'encaisses. C'est
pourquoi qu'on suppose toujours quels taux d'intérêt sont
flexibles. Supposons aussi que les salaires nominaux et les prix s'ajustent
lentement et que leur ajustement prend du temps. Grâce à cet
ajustement lent du prix, une croissance de la masse monétaire nominale
entraîne au départ un accroissement de la masse monétaire
réelle (les prix ne sont pas encore pleinement ajustés).
Dans cette situation, il existe une offre excédentaire
d'encaissés agissant à la baisse du coût
d'opportunité de la monnaie jusqu'au moment ou les gens
augmentent «.. » leur demande pour rétablir
l'équilibre sur le marché de la monnaie. Une telle baisse des
taux d'intérêt encourage la demande globale sur le marché
des biens et services. Progressivement, une demande excédentaire
croissante augmenta les prix des biens et services et les salaires nominaux
commencent à monter suite à l'augmentation de la demande de
travail.
A long terme, la hausse initiale de la masse monétaire
nominale n'a fait varier que le niveau des prix dans la même proportion.
C'est parce que, lorsque l'équilibre est réalisé le revenu
réel, l'emploi, le taux d'intérêt et la masse
monétaire réelle retrouveront leur niveau initial.
Le résultat peut être obtenu grâce à
la théorie quantitative de la monnaie qui affirme que toute variation de
la masse monétaire nominale entraîne, à long terme, une
variation équivalente dans les variables nominales (le niveau des prix)
alors qu'elle préserve les variables réelles. On parle ici de la
neutralité de la monnaie à long terme.
b- La théorie quantitative et la
détermination du niveau des prix :
L'équation quantitative de la monnaie,
déjà étudiée en détail dans le premier
chapitre, s'écrit sous sa formule simple et la plus commune, comme
suit :
M.V = P.Y
Avec M : la quantité de monnaie, V : la
vitesse de circulation de la monnaie, c'est le nombre de fois qu'une
unité monétaire change de propriétaire en une unité
de temps ; P : le niveau général des prix ; et
Y : la production.
L'hypothèse de constance de la vitesse de circulation
de la monnaie fait de la théorie quantitative de la monnaie une
théorie utile de détermination du niveau des prix. Cette
équation est une identité : si une de ses variables change,
une ou plusieurs des autres variables doivent varier pour préserver
l'égalité. La théorie quantitative repose sur trois
piliers essentiels :
· La capacité productive et la fonction de
production d'une économie déterminent le PIB réel, Y;
· La quantité de monnaie détermine le PIB
nominal, PY. Cette conclusion résulte de l'équation quantitative
et de l'hypothèse de vitesse constante ;
· Et, enfin, le déflateur du PIB, P, n'est autre
que le rapport du PIB nominal sur le PIB réel.
En se basant sur ces trois postulats, on peut expliquer ce qui
survient lorsque la Banque Centrale modifie son offre de monnaie. En effet, la
vitesse étant constant, toute variation de la quantité de monnaie
offerte conduit à une variation proportionnelle du PIB nominal. Comme le
PIB réel a été déjà déterminé,
la variation du PIB nominal représente nécessairement une
modification du niveau général des prix, P. en
conséquence, la théorie quantitative implique que le niveau des
prix est proportionnel à l'offre de monnaie.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des niveaux absolus.
Nous devons considérer les taux de variation annuels car le taux
d'inflation est la variation en pourcentage du niveau des prix. Cette
théorie est également une théorie de détermination
du taux d'inflation. Réécrivons l'équation quantitative en
variations en pourcentage :
(Variation de M)+(Variation de V)=(Variation de P)+(Variation
de Y)
La variation de M est contrôlée par la Banque
Centrale, la variation en % de V est nulle puisque nous avons fait
l'hypothèse que la vitesse est constante. La variation de P est le taux
d'inflation. Quant à la variation de Y, elle dépend de la
croissance des facteurs de production et du progrès technologique, que
nous supposons données pour des fins de simplicité qui nous
préoccupent ici. Suite à cette analyse nous pouvons conclure
aisément que la croissance de l'offre de monnaie détermine le
taux d'inflation.
D'un point de vue politico-économique, la
théorie quantitative de la monnaie établit donc que la Banque
Centrale, qui contrôle l'offre de monnaie, contrôle du même
fait, en dernier ressort, le taux d'inflation. Par conséquent, si la
Banque Centrale préserve la stabilité de l'offre de monnaie, le
niveau des prix sera également stable.
1-2- L'inflation et les taux
d'intérêt :
Nous venons d'étudier la croissance de la masse
monétaire comme déterminant de l'inflation. Nous étudions
à présent la relation entre inflation et taux
d'intérêt.
a- Deux taux d'intérêt : le taux
réel et le taux nominal :
Pour comprendre cette notion, prenons un exemple
simple : « votre compte de dépôt
auprès d'une banque est rémunéré, par exemple, au
taux de 8% par an. L'année suivante, vous retirez votre argent et les
intérêts cumulés qu'il a produits. Etes- vous 8% plus riche
qu'il y a un an lorsque vous avez placé votre argent en banque ?
Tout dépend de ce que « plus
riche » signifie. Incontestablement, vous possédez 8%de
dollars en plus qu'il y a un an. Mais, si les prix ont augmenté, la
valeur de chacun de ces dollars a diminué et donc votre pouvoir d'achat
n'a pas augmenté, quant à lui, de 8%. Si le taux d'inflation est
de 5%, la quantité de biens que vous pouvez acheter n'a augmenté
que de 3%. Si le taux d'inflation est de 10%, votre pouvoir d'achat a en fait
baissé de 2% ».
Donc, les économistes appellent taux
d'intérêt nominal le taux que paient les banques et taux
d'intérêt réel l'accroissement des pouvoirs d'achat induit
par la possession d'un compte en banque. Il en découle la relation
suivante :
r = i - ð
Où r = le taux d'intérêt
réel ; i= le taux d'intérêt nominal et ð = le taux
d'inflation
Le taux d'intérêt réel est la
différence entre le taux d'intérêt nominal et le taux
d'inflation.
L'effet de Fisher
En reformulant les termes de l'équation du taux
d'intérêt réel, on peut écrire le taux
d'intérêt nominal en tant que somme du taux d'intérêt
réel et du taux d'inflation :
i = r + ð
C'est l'équation de Fisher (l'économiste Irving
Fisher (1867-1947))17(*).Elle montre que les deux causes de variations
possibles des taux d'intérêt nominal sont la variation du taux
d'intérêt réel et la variation du taux d'inflation.
La distinction entre ces deux éléments au sein
du taux d'intérêt nominal permet d'utiliser l'équation pour
élaborer une théorie du taux d'intérêt nominal.
Selon l'hypothèse de Fisher, le taux d'intérêt réel
s'ajuste en vue d'équilibrer l'épargne et l'investissement. La
théorie quantitative de la monnaie montre que le taux de croissance
monétaire détermine le taux d'inflation. En fait,
l'équation de Fisher nous dit que le taux d'intérêt
réel et le taux d'inflation déterminent conjointement le taux
d'intérêt nominal.
Réunies, la théorie quantitative de la monnaie
et l'équation de Fisher montrent comment la croissance monétaire
affecte le taux d'intérêt nominal. Selon la théorie
quantitative, un accroissement de 1% du taux de croissance monétaire
provoque une hausse de 1% du taux d'inflation. Selon l'équation de
Fisher, cette hausse de 1% du taux d'inflation provoque à son tour un
relèvement de 1% du taux d'intérêt nominal.
b- Deux taux d'intérêt réels :
ex-ante et ex-post :
Lorsque un emprunteur et un prêteur conviennent d'un
taux d'intérêt nominal, ils ignorent comment va évoluer le
taux d'inflation entre le moment de leur transaction et
l'échéance du prêt. On peut distinguer deux concepts du
taux d'intérêt réel : le taux d'intérêt
réel auquel s'attendent l'emprunteur et le prêteur au moment de la
transaction, appelé taux d'intérêt réel ex-ante,
d'une part, et le taux d'intérêt réel qui se vérifie
ultérieurement, appelé taux d'intérêt réel
ex-post.
Les emprunteurs et les prêteurs ne peuvent plus
prévoir exactement le taux d'inflation future ni son
évolution.
Désignons par ð l'inflation future réelle et
par ðe l'inflation future anticipée. Le taux
d'intérêt réel ex ante est alors i- ðe, et
le taux d'intérêt réel ex post i- ð. Les deux taux
d'intérêt réels s'écartent lorsque l'inflation
réelle ð n'est pas la même que l'inflation anticipée
ðe.
Mais, comment cette distinction affecte-t-elle l'effet de
Fisher ? De toute évidence, le taux d'intérêt nominal
ne peut s'ajuster à l'inflation réelle, car cette dernière
n'est pas connue lorsque le premier est fixé. Le taux
d'intérêt nominal ne peut s'ajuster qu'à l'inflation
anticipée. Réécrivons donc, de manière plus
précise, l'effet de Fisher comme suit :
i = r + ðe
C'est l'équilibre sur le marché des biens et
services qui détermine le taux d'intérêt réel
ex-ante r. Quant au taux d'intérêt nominal i, ses variations sont
exactement proportionnelles à celles d'inflation anticipée
ðe.
Nous étudions, dans ce qui suit, l'introduction du taux
d'intérêt nominal dans la fonction de demande de monnaie qui a un
rôle crucial dans la détermination du niveau des prix et donc du
taux d'inflation.
c- Le taux d'intérêt nominal et la demande de
monnaie :
La théorie quantitative de la monnaie est basée
sur une fonction simple de la demande de la monnaie. Cette théorie est
loin d'être complète pour être un point de départ
pour analyser le rôle de la monnaie. Nous allons ajouter un autre
déterminant de la quantité demandée de lé monnaie,
le taux d'intérêt nominal. Si nous sortons les billets de notre
portefeuille, qui ne sont rémunérés par aucun taux
d'intérêt, pour les déposer sur un compte d'épargne
par exemple nous percevrons un taux d'intérêt nominal.
En détenant de la monnaie plutôt que d'autres
types d'actifs, vous renoncez donc au taux d'intérêt
nominal : celui- ci est le coût d'opportunité de la
détention de monnaie.
En effet, les actifs autres que la monnaie, tels les bons
d'Etat, générant un rendement réel égal à r.
Par contre, la détention de monnaie ne génère qu'un
rendement égal à -ðe, puisque la valeur
réelle de la monnaie est érodée par le taux d'inflation.
En détenant de la monnaie, nous renonçons à l'écart
entre ces deux rendements. Le coût de la détention de monnaie est
donc r-(-ðe), dont l'équation de Fisher nous dit qu'il
s'agit du taux d'intérêt nominal i.
Comme la quantité demandée de tout bien est
fonction du prix de ce bien, la quantité demandée de la monnaie
dépend du prix de la détention de monnaie. La demande d'encaisses
monétaires réelles est donc fonction, à la fois du niveau
de revenu et du taux d'intérêt nominal. Ceci nous permet
d'écrire la fonction générale de demande de monnaie comme
suit :
(M/P)d = L(i,Y)
Avec L désigne la demande de monnaie, parce que
celle-ci est l'actif liquide par excellence, celui qui est le plus facile
d'utiliser pour réaliser des transactions. Plus le niveau du revenu Y
est élevé, plus la demande d'encaisses monétaires
réelles est importante. Et plus le taux d'intérêt nominal i
est élevé, plus la demande d'encaisses monétaires
réelles est faible.
Nous connaissons maintenant les divers relations qui, existent
entre la monnaie, les prix et les taux d'intérêt. Comme nous
savons dans la théorie quantitative de la monnaie, l'offre et la demande
de monnaie déterminent conjointement le niveau d'équilibre des
prix. A son tour, celui-ci influence le taux d'intérêt nominal via
l'effet de Fisher.
Mais, comment l'introduction de cette dernière liaison
affecte-t-elle la théorie du niveau des prix?
Egalisons, tout d'abord, l'offre d'encaisses monétaires
réelles et leur demande :
M/P=L (i, Y)
Exprimons à l'aide de l'équation de Fisher le
taux d'intérêt nominal en tant que somme du taux
d'intérêt réel et de l'inflation anticipée :
M/P = L(r + ðe ,Y)
Cette équation établit que le niveau des
encaisses monétaires réelles dépend du taux d'inflation
anticipée.
La dernière équation va plus loin que la
théorie quantitative de la monnaie quant à la
détermination du niveau des prix. En effet, selon cette théorie,
l'offre contemporaine de la monnaie détermine le niveau contemporain des
prix. Cela n'est vérifié qu'en partie : si le taux
d'intérêt nominal et le volume de production sont maintenus
constants, le niveau des prix varie proportionnellement à l'offre de
monnaie. En réalité, le taux d'intérêt nominal n'est
pas constant : il est fonction de l'inflation anticipée, qui
dépend elle-même de la croissance monétaire. La
présence du taux d'intérêt nominal dans la fonction de
demande de monnaie est à la base d'un moyen supplémentaire pour
l'offre de monnaie d'affecter le niveau des prix.
Selon cette version élargie de l'équation de
demande de monnaie, le niveau des prix est fonction de l'offre contemporaine de
monnaie et également de l'offre monétaire attendue à
l'avenir.
Pour mieux comprendre ceci, supposons que la banque centrale
annonce son intention d'accroître la masse monétaire à
l'avenir, sans la modifier aujourd'hui. Suite à cette annonce, les gens
s'attendent à une croissance monétaire et à un taux
d'inflation accrus. Cette augmentation anticipée du taux d'inflation
suscite, selon l'effet Fisher, un accroissement du taux d'intérêt
nominal. Celui-ci a pour effet immédiat de réduire la demande
d'encaisses monétaires réelles. Comme la quantité de
monnaie reste inchangée, cette demande réduite d'encaisses
monétaires réelles entraîne un relèvement du niveau
des prix. En conséquence, l'anticipation d'une croissance
monétaire future plus rapide demain se traduit par un niveau des prix
plus élevé aujourd'hui. On voit donc que l'impact de la monnaie
sur les prix est relativement complexe.
1-3- L'inflation et le seigneuriage :
L'Etat peut financer ses dépenses (infrastructure de
base, dépenses en recherches et développement,
répartitions des guerres) de trois manières : en se
procurant des recettes par impôt, en empruntant auprès du public
et en émettant du papier monnaie.
Dans ces situations, les dépensent excèdent les
recettes fiscales et, le plus souvent, les investisseurs n'ayant plus confiance
dans la capacité de l'Etat à honorer ses dettes,
n'achètent plus d'obligations publiques dont l'Etat désire vendre
à fin de financer le déficit. L'Etat n'a donc plus d'autre choix
que d recouvrir à la création monétaire.
« On appelle seigneuriage les recettes acquises par
émission d'argent. Ce terme vient de «seigneur», lequel avait,
au Moyen-Âge, le monopole de l'émission de monnaie sur ses terres.
Ce même monopole est aujourd'hui dans les mains de l'Etat, pour lequel il
constitue une source possible de revenus »18(*).
L'usage abusif du pouvoir de création monétaire
par l'Etat accroît l'offre de monnaie, ceci est la cause profonde de la
plupart des périodes d'inflation élevée et d'hyper-
inflation. Quand l'Etat émet de la monnaie nouvelle à son propre
usage, il réduit la valeur de la monnaie ancienne détenue par les
gens. L'inflation est donc un impôt prélevé sur la
détention de monnaie.
On étudiera les interactions entre les besoins de
seigneuriage. La croissance monétaire et l'inflation. Nous analysons
d'abord le lieu entre le taux d'inflation et le seigneuriage. Ensuite nous
étudierons ce qui se passe lorsque les besoins de seigneuriage
deviennent excessifs, donnant naissance à l'hyperinflation.
a- Taux d'inflation et seigneuriage
Supposons, comme dans l'analyse précédente, que
la demande de monnaie en termes réels dépende négativement
du taux d'intérêt nominal et positivement de revenu
réel :
M/P = L (i, y)
= L (ð+ ðe,
y); Li<0, LY>0,
Comme nous nous intéressons aux recettes que la
création monétaire procure à l'Etat, M représente
la monnaie émise par le gouvernement (billets, pièces et
réserves des banques) et L représente la demande de monnaie haute
puissance.
Supposons, pour l'instant que la production et le taux
d'intérêt réel ne sont pas affectés par le taux de
croissance monétaire, et que l'inflation effective et l'inflation
anticipée sont égales. Par ailleurs, si on néglige la
croissance monétaire, la quantité d'encaisse réelle
à l'Etat régulier sera constante. L'inflation est alors
égale au taux de croissance monétaire et la dernière
équation devient :
M/P = L( +
gM, )
Où
représente le taux d'intérêt réel, la
production réelle et gM le taux de croissance de monnaie.
La quantité de dépenses réelles par
unité de temps que l'Etat finance par création monétaire
est égale à l'augmentation du stock nominal de monnaie par
unité de temps, divisée par le niveau des prix. Le seigneuriage
réel est alors :
S = gM.M/P
Le taux de croissance de la monnaie est égal au taux
auquel les encaisses nominales de monnaie perdent leur valeur réelle,
soit le taux d'inflation ð. Le seigneuriage est égal au taux
d'imposition des encaisses réelles, ð, multiplié par la base
d'imposition, M/P. C'est la raison pour laquelle les revenus du seigneuriage
sont fréquemment considérés comme l'impôt de
l'inflation.
Remplaçons M/P par son expression dans la formule de
seigneuriage, nous obtenons :
S = gML( +
gM, )
Cette équation montre qu'une augmentation de
gM accroît le seigneuriage en augmentant le taux d'imposition
des encaisses monétaires réelles, mais le réduit en
déminant la base d'imposition.
Pour mieux comprendre le sens de variation du seigneuriage en
fonction de gM, dérivons S par rapport à
gM :
dS/d gM = L( +
gM, ) +
gM L1( +
gM, )
Où L1 est la dérivée de L par
rapport à son premier argument.
Le premier terme de cette équation est positif et le
second est négatif. Le second terme tend vers zéro lorsque
gM tend vers zéro (sauf si L1( +gM, )
tend vers moins l'infini lorsque gM tend vers zéro).
« La courbe de Laffer de l'impôt de l'inflation »
illustrée dans le graphique suivant explique bien le lien entre S et
gM.
Courbe de Laffer de l'impôt de l'inflation 19(*)
S
gM
S*
![]()
Comme L( , )
est strictement positif, il s'ensuit que dS/dgM est positif pour
des valeurs suffisamment faibles de gM. Autrement dit, lorsque le
taux d'imposition est faible, le seigneuriage est une fonction croissante du
taux d'imposition. Il est plausible cependant que lorsque gM
augmente, le second terme domine. Il est vraisemblable de supposer que lorsque
le taux d'imposition est exagérément élevé, toute
augmentation supplémentaire réduit les recettes.
On remarque qu'à partir d'un certain seuil de
gM, la courbe de seigneuriage devient décroissante. Selon
Cagan, Sachs et Larrain (1993) ainsi que d'autres chercheurs, le seigneuriage
correspond au maximum de la courbe de Laffer est d'environ 10% du PIB20(*).
b- Seigneuriage et hyperinflation :
Les besoins en seigneuriage pour financer le déficit
public s'accroissent lorsque celui-ci prend une allure croissante dans le
temps, ce qui aggrave la perte de confiance au gouvernement et
détériore la crédibilité.
En effet, supposons qu'à long terme l'Etat cherche
à financer le déficit budgétaire par l'émission
d'emprunts uniquement. Les intérêts sur l'encours à la
dette publique s'accroissent puisque le stock des titres augmente. Ils tendent
à amplifier le déficit budgétaire qui exige alors
l'émission de nouveaux emprunts. Dans la plupart des temps, l'Etat doit
offrir des taux d'intérêts plus élevés pour inciter
les épargnants à détenir l'encours croissant de la dette
publique.
Probablement, les intérêts sur la dette
déjà contractée et l'ampleur croissant du déficit
budgétaire deviennent si importants que l'Etat ne puisse les financer
par la seule émission de nouveaux emprunts. Dans ce cas, l'Etat n'aura
plus d'autre recours que la création monétaire pour financer le
déficit suscitant de ce fait une croissance rapide de la masse
monétaire. C'est ainsi que commencent les hyperinflations.
En réalité, dans les pays frappés
d'hyperinflations, le seigneuriage est souvent la principale source de revenus
de l'Etat, et la nécessite même dans laquelle se trouve celui-ci
d'émettre de la monnaie pour financer ses dépenses constitue la
première cause d'hyperinflations.
En fin, le rôle central du seigneuriage dans les
hyperinflations explique comment celles-ci peuvent s'achever avant même
que la croissance monétaire ne se stabilise. La demande accrue
d'encaisses monétaires réelles alors que hyperinflation est
achevée, est satisfaite par la poursuite d'une croissance rapide du
stock nominal de monnaie plutôt que par la baisse du niveau des prix.
Mais ceci n'explique pas pourquoi le public anticipe une faible inflation alors
que la croissance monétaire est encore élevée. La
réponse réside dans le fait que les hyperinflations
s'achèvent lorsque les réformes monétaires et fiscales ont
éliminé le déficit, ou la faculté de l'Etat de le
financer par seigneuriage, ou les deux. Ce sont des réformes de cette
nature qui signalent au public que l'explosion monétaire n'est que
temporaire.
Le pétrole : important cause de l'inflation
dans les PED
Le prix du pétrole atteint de nouveaux sommets,
au-delà de 60 $ le baril, et ce n'est peut-être pas fini. Cette
hausse qui semble sans limite appelle une question : Est-ce que ces niveaux de
prix perturbent l'économie ? De plus, la demande mondiale de
pétrole croît à un rythme élevé (de 3,4 % en
2004 contre 1,3 % dans les années 1990).
Les prix élevés du pétrole nous pousse
à étudier l'impact de cette importante matière
première dans l'inflation. L'histoire a commencé dans les
années 1970 avec le premier choc pétrolier. Dans cette partie, on
étudiera l'impact du pétrole sur l'inflation à travers la
relation du pétrole avec l'inflation importée (les PED sont en
générale des pays importateurs du pétrole), l'inflation
par les coûts (le pétrole est une matière première
importante dans le processus de production dans les PED), l'inflation
anticipée et les chocs pétroliers.
2-1- L'inflation importée et le pétrole
Dans une économie ouverte, à coté des
causes internes de l'inflation, ils existent des causes externes. Ces causes
externes peuvent entraîner une inflation par la demande (accroissement de
la demande d'exploitation), une inflation monétaire (création de
liquidités internes en réponse à l'afflux de devise) ou
une inflation par les coûts (renchérissement des importations).
Les pays qui connaissent une forte inflation peuvent
l'exporter facilement vers d'autres pays, surtout si ces derniers sont
eux-mêmes dans une situation de haute conjoncture. Notamment, à
cause du volume excessif des liquidités internationales, la
présence d'un environnement inflationniste comporte toujours la menace
d'une relance par les prix importée. Par ailleurs, nous pouvons
remarquer facilement le rôle important que jouent les prix
importés dans les PED.
On peut remarquer également que les matières
premières (surtout le pétrole et ses dérives)
présentent la part la plus importante dans l'importation des pays en
développement. Ceci est à la cause des gaspillages on des
mauvaises utilisations des matières premières et
l'incapacité de développer des produits de substitution
(énergie nucléaire, énergie solaire, matériaux
composites divers...).
Réellement, l'intensité
énergétique et pétrolière dans les PED est
traditionnellement plus forte du fait d'appareils productifs moins performants.
Egalement, et comparativement aux pays développés, la facture
énergétique des pays en développement importateurs du
pétrole est beaucoup plus élevée.
En effet, le prix mondial du pétrole a un impact
direct et indirect sur l'économie en générale et sur
l'inflation principalement. L'effet direct est la réponse
immédiate des prix domestiques (internes) aux prix internationaux
changés. L'effet indirect est la réponse du marché local
des biens et services par l'augmentation du coût local résultant
de l'augmentation des prix du pétrole importé.
Lorsque les prix de pétrole furent multipliés
par quatre à l'automne 1973, la première conséquence fut
une accélération de la hausse des prix du fait d'une inflation
importée. La hausse se répercuta rapidement dans tous les
secteurs qui utilisaient directement le pétrole comme source
d'énergie (transport, sidérurgie, engrais) ou comme
matière première (chimie, matières plastiques...). Par
vagues successives, tous les prix augmentèrent et atteignirent des taux
d'inflation importants.
Plusieurs études, qu'on peut citer quelques unes, ont
montré l'importance de l'inflation importée ou des prix
importés dans la détermination de l'inflation dans plusieurs
pays.
Un modèle énoncé par Sunkel (1958),
Streeten (1962), Olivera (1964), Baumol (1967) et Maynard Rijckeghem (1976)
considèrent que les prix importés sont l'un des principaux
déterminant de l'inflation. De plus, De Wet et al (1987)21(*) ont souligné dans leur
étude l'importance des prix importés dans l'inflation de
l'Afrique du sud. Ils ont remarqué qu'il y a une relation positive entre
le taux d'inflation et les prix importés. L'accroissement de ces
derniers a un impact inflationniste dans l'économie.
Dans le cas de la Turquie, Metin (1995)22(*) dégage dans son
modèle l'importance de l'inflation importée dans la
détermination de l'inflation. De même pour le cas de la Turquie,
Kibritçioglu et Kibritçioglu (1999) montrent qu'une augmentation
dans le prix du pétrole importé cause une augmentation cumulative
et générale des prix pendant 10 mois.
2-2- L'inflation par les coûts et le
pétrole :
Nous parlons d'inflation par les coûts lorsque
l'inflation provient de la hausse des éléments du prix de revient
des biens et services. L'inflation par les coûts se présente quand
la poussée sur les coûts provient directement de
l'étranger : une hausse des prix des matières
premières importées, hausse qui excèderait celle du niveau
général des prix.
En effet, les matières premières interviennent
directement dans le processus de production. Une augmentation des prix des
matières premières aura un effet immédiat sur certains
prix, et finira par affecter l'ensemble des prix en se propageant par les
échanges inter industriels. Donc si la hausse des prix des
matières premières est considérable, son impact sur le
niveau général des prix peut être assez sensible pour
accélérer l'inflation.
De plus, lorsque les matières premières sont
peu substituables, les variations de leurs coûts se répercutent
fortement dans le prix final des produits. Si ces matières
premières interviennent dans la fabrication de nombreux produits,
l'effet est amplifié; il en est de même si les matières
premières entrent dans la fabrication des produits
intermédiaires.
« Le cas du pétrole est
typique »23(*).
Le pétrole entre dans la composition de l'essence, des matières
plastiques et intervient fortement dans le processus de fabrication du ciment.
On comprend l'incidence considérable que peuvent avoir les variations de
son prix. En outre, l'effet d'une hausse des prix pétroliers se
manifeste d'abord par un renchérissement de la facture
énergétique, découlant non seulement de la composante
pétrole mais aussi des autres matières premières dont les
prix suivent ceux du pétrole (gaz notamment).
Il est ordinaire de distinguer un effet inflationniste direct
de possibles effets indirects, dits « de second tour ».
Ainsi, l'effet direct sur les prix à la consommation d'une augmentation
du prix du baril reflète le poids de celui-ci dans le panier de
consommation moyen. Les effets de second tour proviennent des tentatives, par
les entrepreneurs et les salariés, de compenser la perte de revenu
entraînée par l'augmentation des prix du pétrole.
Ainsi, les producteurs peuvent transmettre à leurs
clients la hausse des coûts en relevant les prix de vente, ce afin de
restaurer leurs marges. De leur coté, de façon à maintenir
leur pouvoir d'achat, les salariés peuvent exiger une augmentation
compensatoire des salaires, elle-même susceptible de nourrir une nouvelle
hausse des prix (augmentation du coût de la main d'oeuvre). De tels
enchaînements conduisent à une spirale inflationniste.
Dans les PED, l'augmentation du prix du pétrole
entraîne une augmentation des prix relatifs des autres biens et services,
car la plupart des PED utilise encore massivement le pétrole dans leur
processus de production. Les pays développés par contre, selon
Michael Mussa24(*)
utilisent moins de pétrole dans leur processus de production,
grâce notamment aux produits de substitution.
Les fortes hausses du prix de l'énergie et des
principales consommations intermédiaires engendrent une augmentation
générale des prix. Cette augmentation des prix du pétrole
et dérivés pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des
citoyens. En effet, la situation du consommateur s'aggrave en cas d'absence
d'indexation prix-salaire. De plus, le pouvoir d'achat du consommateur peut
être touché dans le cas de la rigidité des prix à la
baisse.
2-3- L'inflation anticipée et le
pétrole :
Les anticipations de l'inflation future sont un autre
important déterminant de l'inflation. Le message de Keynes insiste sur
les anticipations, les néo-Keynésiens, qu'il inspirera, mettront
l'accent sur le contexte d'incertitude qui entoure ces anticipations. Depuis
que Friedman (1968) et Phelps (1967,1968) ont introduit l'hypothèse du
taux naturelle dans les années 1960, les anticipations ont joué
un rôle central dans la compréhension de la dynamique de
l'inflation. Deux catégories d'anticipations peuvent être
esquissées dans cette considération, à savoir les
anticipations adaptatives et les anticipations rationnelles.
Les études qui testent cette hypothèse ont
été basées sur la supposition des anticipations
adaptatives qui sont pesée au moyen de l'inflation passée.
Cependant, Lucas (1972) et Sargent (1971)25(*) ont critiqué cette approche. Depuis lors, les
économistes ont souvent compté sur la supposition des
anticipations rationnelles. Donc, la macro- économie des années
1970 est dominée par une idée révolutionnaire dite des
anticipations rationnelles développée par Robert E.Lucas, Thomas
J. Sargent, Neil Wallace, Robert J. Bano et Bennet T. Mecallum26(*). Commençant par les
suppositions des monétaristes de l'information imparfaite,
l'école des anticipations rationnelles a soutenue que les agents ne font
pas les mêmes erreurs de prévision contrairement à
l'idée des anticipations adaptatives : les agents
économiques forment leurs anticipations macroéconomiques
rationnellement en se basant sur toutes les inflations passées et les
informations courantes et disponibles et non seulement sur les informations
passées comme dans le cas des anticipations adaptatives.
L'approche monétariste traditionnelle des années
1960 suppose que les erreurs dans les anticipations des prix sont
reliées les unes aux autres. Par contre, ici, ils sont totalement
aléatoires ou indépendants les unes aux autres. Donc,
d'après les anticipations rationnelles, consommateurs et firmes forment
leurs anticipations de l'inflation en se basant sur l'inflation passée
et l'inflation récemment observée et cela peut affecter le niveau
des prix.
Les partisans de la théorie maintiennent que les prix
augmentent parce que les gens attendent qu'ils augmentent et ils attendent
qu'ils augmentent parce qu'ils les ont vu augmenter. De l'autre coté, la
théorie des anticipations rationnelles de l'inflation suppose que les
gens utilisent toute l'information disponible qui inclus les politiques
courantes pour prévoir le future. La notion de base des
défenseurs de cette théorie est que si les responsables
politiques se sont engagés à réduire l'inflation, les
agents rationnels comprendront l'engagement et baisseront rapidement leurs
anticipations de l'inflation.
Avec le temps les économistes se sont rendus compte de
plus en plus que les agents peuvent être trop intelligents pour former
des anticipations adaptatives mais ils ne peuvent pas être assez
intelligent pour former des anticipations rationnelles.
Malheureusement, trouver un refuge sûr entre la
stupidité des anticipations adaptatives et l'hyper intelligence des
anticipations rationnelles n'est pas facile. Friedman (1979), Summers (1986) et
Sargent (1999)27(*) ont
exploré la possibilité que donne l'étude des moindres
carrée pour expliquer comment les anticipations évoluent avec le
temps. Sims (2001) a suggéré la capacité
limitée des agents à déterminer un modèle qui
développe bien l'information.
De plus, les extensions modernes et les interprétations
de la courbe de Phillips (Scheibe. J et D. Vines 2005)28(*) démontrent, par
l'incorporation de l'inflation anticipée comme variable dans
l'équation d'estimation de la courbe de Phillips, qu'il existe une
relation positive entre l'inflation et l'inflation anticipée.
Aussi, des études économiques
récentes29(*)
fournissent des modèles qui estiment l'inflation. Parmi les principaux
déterminants incorporés dans ces modèles on trouve
l'inflation anticipée. Plusieurs études empiriques ont
montré l'importance de l'inflation anticipée dans la
détermination de l'inflation de plusieurs pays. On peut citer comme
exemple le cas des travaux d'Insel (1995) qui montrent, pour la Turquie
l'importance de l'inflation anticipée dans la détermination du
processus inflationniste.
Dans la réalité, à cause de la
méfiance entre les Etats de PED et les agents économiques ceux-
ci font leurs anticipations non plus sur les politiques et les informations
énoncés par leurs Etats mais en se basent sur les informations
énoncées sur le marché. Encore, pour ces agents le
marché mondial reste le plus crédible et la variation des
prix des produits échangés sur l'échelle internationale
donne une bonne information pour eux afin de prévoir la variation des
autres prix internes. Le prix mondial du pétrole est l'un des prix dans
lequel on peut se baser pour prévoir la variation du prix de ce produit
dans le marché interne.
De plus, la grande relation existante entre le pétrole
et beaucoup de matières premières et son impact sur les autres
produits énergétiques et sur les coûts de production en
général lui donne le caractère d'être un facteur
important dans l'inflation anticipée. Ce critère attribué
au pétrole est renforcé dans les PED à cause de son
importance dans le processus de production en général et
principalement sur la production de l'énergie
(électricité) et à cause de son poids dans le panier de
consommation.
2-4-Les Chocs externes et le pétrole :
A travers l'histoire, plusieurs faits et perturbations
mondiales affectent les économies nationales. Les perturbations sont
considérées comme chocs externes qui causent la variation des
variables de l'économie. Ces chocs externes peuvent être
engendré par des facteurs politiques ou autres qui sortent de la
volonté du pays subissant ces chocs.
Parmi les chocs externes qui affectent l'un des principales
variables de l'économie à savoir l'inflation et qui sont
considérés dans plusieurs études faites sur les PED on
peut citer les chocs sur les produits intérieurs bruts étrangers,
les chocs sur les termes de l'échange, les chocs sur le prix du
pétrole... .
Les PED sont les plus exposés à la hausse des
prix du pétrole. Leur plus grande fragilité vient
également du fait que le risque de tensions inflationnistes, dans un
contexte ou la stabilisation des prix et du taux de change n'est pas
achevée, est plus fort.
Les effet |