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L'impact de l'augmentation du prix du petrole sur la hausse des prix: Cas de la Tunisie


par Slah Bahloul
faculté des sciences économiques et de gestion de sfax - Mastère de recherche en Finance
Traductions: Original: fr Source:

Disponible en mode multipage

Université de Sfax

Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Sfax

POUR L'OBTENTION DU DIPMOME DE MASTERE

EN

FINANCE

Thème :

L'IMPACT DE L'AUGMENTATION DU PRIX

DU PETROLE SUR LA HAUSSE DES PRIX :

CAS DE LA TUNISIE

Réalisé par : Encadré par :

SLAH BAHLOUL Mr. HEDI DAMI

Année universitaire : 2006/2007

Plan

Introduction générale 1

Partie théorique

Chapitre N°1 ``Esquisse de l'histoire et les grandes approches de l'inflation'' 5

Introduction : 5

1-Esquisse de l'histoire de l'inflation : 7

1-1- Les grandes inflations du IIIème et du XVIème siècles : 7

1-2- L'inflation du XIXème siècle et durant l'entre - deux guerres : 8

1-3- L'inflation de la deuxième moitié du XXème siècle : 11

2- Les grandes approches de l'inflation : 14

2-1- La théorie de l'inflation monétaire : 14

2-2- La théorie de l'inflation par demande : 17

2-3- La théorie de l'inflation par les coûts : 19

2-4- L'inflation, phénomène structurel : 21

Conclusion : 24

Chapitre N°2 ``Les principaux déterminants de l'inflation dans les pays en développement'' 25

Introduction : 25

1-Les déterminants d'ordre monétaire. 26

1-1-L'inflation et la monnaie : 26

1-2- L'inflation et les taux d'intérêt : 30

1-3- L'inflation et le seigneuriage : 34

2- Le pétrole : important cause de l'inflation dans les PED 40

2-1- L'inflation importée et le pétrole : 40

2-2- L'inflation par les coûts et le pétrole : 42

2-3- L'inflation anticipée et le pétrole : 43

2-4- Les Chocs externes et le pétrole : 46

Conclusion : 50

Partie empirique

Chapitre N°1 ``L'importance du pétrole dans l'économie tunisienne'' 51

Introduction : 51

1- Situation pétrolière pour la Tunisie : 52

1-1-Evolution du prix du pétrole : 52

1-2- Les facteurs explicatifs de la hausse des prix pétroliers : 55

1-3- Production et consommation du pétrole : 56

1-4- Importation et exportation du pétrole : 60

2- L'inflation Tunisienne et le pétrole : 64

2-1- Relation inflation-pétrole : 64

2-2- La faiblesse du pouvoir d'achat en question : 66

2-3- Relation inflation-taux de change : 68

2-4- Analyse de la facture pétrolière de la Tunisie : 70

Conclusion : 73

Chapitre N°2``Analyse économétrique de l'impact du pétrole sur l'inflation tunisienne'' 74

Introduction : 74

1- Données et méthodes utilisées : 76

1-1- Données statistiques : 76

1-2- La méthodologie utilisée : 77

2- Résultats et interprétations : 80

2-1- Test de stationnarité : 80

2-2- Test de cointegration de Johansen : 81

2-3- Estimation du modèle VAR : 83

2-4- Test de causalité de Granger : 84

2-5- Fonction de réponse impulsionnelle et décomposition de la variance : 86

Conclusion : 90

Conclusion générale: 91

Bibliographie : 94

ANNEXES

Introduction générale

Dans un monde plein de problèmes, de guerres et de crises ; le pétrole est classé le premier intérêt de tout le monde. Vu l'importance de l'or noir ou pétrole, on remarque qu'il y a eu ces dernières années plusieurs problèmes politiques dont les plus importants sont la guerre du Golfe et la guerre de l'Iraq.

Tout loin du politique, le pétrole est la plus importante matière première et la première source d'énergie mondiale. Il est utilisé dans tous les secteurs économiques (transport, électricité, industrie, agriculture...) et non économiques (militaire...). Le marché pétrolier est caractérisé depuis trois ans par une hausse continue des prix. Ainsi, malgré la modération prévue de l'activité mondiale en 2006, les tensions qui pèsent sur l'ensemble de la filière pétrolière laissent prévoir une poursuite de la hausse des prix du pétrole.

De point de vue économique, le phénomène de hausse continue des prix peut engendrer une situation d'inflation. Le taux d'inflation est un indicateur de premier ordre pour apprécier l'état d'une économie et pour comprendre mieux les mouvements de hausse des prix des biens et services. Aujourd'hui, et pour plusieurs pays développés et la plupart des pays en développements, ce phénomène continue de préoccuper l'attention aussi bien les politiciens que les économistes. Les comparaisons spatiales et temporelles de ce problème font apparaître des différences au niveau des causes de l'inflation. Ce qui a poussé les théoriciens à investiguer dans les sources de ce phénomène dynamique.

Pour mieux analyser l'inflation et déterminer ses principales causes, il faut revenir à son histoire. L'inflation apparaît dés les premiers siècles après J.C et a revêtu diverses caractéristiques et vécu différentes types de systèmes socio-économiques et politiques. L'inflation était toujours en relation avec les métaux précieux (or, argent), les guerres et les crises économiques. Mais, au XXème siècle et avec l'abandon du système de l'étalon-or, on parle plutôt de l'inflation causée par la création massive de la monnaie.

L'inflation, du fait de son coût économique et social, est considérée comme le désastre de l'économie contemporaine. Il s'agit d'une situation de déséquilibre sur les marchés des biens et du travail régit par la rigidité des prix à la baisse. A propos de son origine, la plupart des modèles théoriques postulent que l'inflation provient à moyen-long terme d'une croissance excessive de la masse monétaire, alors qu'à cours terme la dynamique de l'inflation est expliqué par la théorie de la boucle prix-salaires qui privilégie le rôle des tensions sur les marchés et sur la répartition des revenus.

Pour cette raison, on entend parler de l'engrenage ou de la relation `prix du pétrole-inflation'. Les prix élevés du pétrole affectent l'économie à travers une multitude de canaux de transmission. Premièrement, au niveau international, le transfert des revenus se fait des pays importateurs vers les pays exportateurs du pétrole. Deuxièmement, dans les pays en développement, l'augmentation du prix du pétrole entraîne une augmentation des prix des biens et services car la plupart des pays en développement utilisent encore massivement le pétrole dans leurs processus de production. Donc la flambée des prix du pétrole constitue une menace sérieuse pour la croissance de l'économie mondiale et ses répercussions sont conditionnées toutefois par la durée du choc et le degré d'intensité pétrolière spécifique à chaque économie.

Réellement, la relation pétrole-inflation a commencé après la seconde guerre mondiale. Mais, elle est très remarquable pendant les périodes des chocs pétroliers. L'observateur de l'évolution de l'inflation mondiale pendant les chocs pétroliers peut remarquer facilement le taux important de l'inflation pendant la période des hausses des prix. Les périodes de contre choc sont caractérisées par la baisse des prix et donc par un phénomène de déflation.

Vu l'importance du pétrole dans l'économie mondiale et compte tenu des répercussions que pourrait susciter un prolongement de la hausse des prix du pétrole, il serait intéressant d'étudier l'impact de cette hausse des prix sur l'économie.

Il est toutefois important de préciser, et ce dans un premier chapitre du cadre conceptuel de notre travail, les causes fondamentales et communément prises en compte pour expliquer l'inflation à savoir les fameuses théories de l'inflation. La plupart des premiers économistes lient souvent l'inflation au phénomène de gonflement de la masse monétaire et considèrent une analyse tantôt dichotomique tantôt non entre le monétaire et le réel. D'autres auteurs attribuent l'explication de l'inflation à l'excès de la demande globale sur l'offre globale. Le role de la hausse des salaires, que revendiquent les syndicats salariés chaque fois qu'il ait hausse des prix pour garder stable leur pouvoir d'achat, ce qui constitue une boucle salaires- prix primordiale pour la compréhension du phénomène. L'inflation structurelle qui prend compte du mode de régulation (concurrentielle au XIX ème siècle et durant l'entredeux - guerre et monopoliste à la deuxième moitié du XX ème siècle) et des changements dans les structures de l'économie.

Le second chapitre de la partie théorique sera consacré à l'analyse des principaux déterminants de l'inflation dans les pays en développement ou en transition vers une économie de marché.

Dans une première section, nous focaliserons notre attention tout d'abord sur le rôle crucial de la monnaie dans l'explication du phénomène d'inflation à travers l'analyse de l'équilibre sur le marché monétaire et un réexamen de la fameuse théorie quantitative.

En fin, nous examinerons dans une deuxième section le pétrole comme déterminant de l'inflation dans les PED. Nous expliquons cette relation à travers la détermination de l'importance du pétrole dans l'inflation importée puisque les pays importateurs du pétrole subissent la variation de son prix. De plus, l'importance du pétrole comme matière première qui forme les coûts nous pousse d'étudier la relation entre le pétrole et l'inflation par les coûts. Ensuite, nous étudions le pétrole comme facteur aidant dans la formation des anticipations de l'inflation. En dernier lieu, nous examinerons le choc pétrolier comme choc externe qui affecte l'inflation du pays.

Ainsi, une deuxième partie sera focalisée sur l'étude empirique de l'impact du pétrole dans l'inflation tunisienne. L'étude de la situation pétrolière de la Tunisie et de l'évolution du prix du pétrole démontre son rôle dans la formation de celui- ci. De plus, la situation de la Tunisie comme pays importateur et exportateur du pétrole en même temps nous renvoi à analyser la facture pétrolière de la Tunisie en décomposant cet effet en effet prix, effet volume et effet change. Une augmentation du prix du pétrole et à cause de l'absence d'indexation prix- salaire touche le pouvoir d'achat du consommateur tunisien. Une rigidité du prix aggrave cette situation.

Dans la section suivante, nous allons suivre la modélisation VAR pour une tentative de détermination de l'impact du pétrole sur l'inflation en Tunisie. En effet, un examen attentif de la relation entre la variation du prix du pétrole et de l'inflation nous fait ressortir une relation positive entre ces deux variables. Un choc sur le prix du pétrole engendre une augmentation de l'inflation. Cette augmentation est moins importante de nos jours à cause des politiques anti- inflationnistes.

Puisque la Tunisie est un pays en même temps exportateur et importateur du pétrole, une question importante se pose pendant cette période caractérisée par les fluctuations du prix du pétrole. Cette question tourne autours de l'impact du pétrole sur un facteur important de l'économie : l'inflation.

CHAPITRE N°1 

``Esquisse de l'histoire et les grandes approches de l'inflation''

Introduction :

Le phénomène de hausse des prix est ancien et universel. L'inflation apparaît dès les premiers siècles après J.C et a connu diverses caractéristiques et vécu différents types de systèmes économiques et politiques. Il faut donc préciser la nature du phénomène étudié et présenter les explications exposées par les économistes qui ont étudié ce phénomène.

Dans ce chapitre, nous vous inviterons à prendre un recul historique et géographique par rapport à la situation récente afin de se rendre compte de l'ancienneté de ce phénomène. Pour cela et dans une première partie de ce chapitre nous allons esquisser les grands traits historiques de l'inflation ainsi que les mouvements des prix dans les pays capitalistiques. D'abord, nous étudierons les inflations du IIIème et du XVIème siècle. La première était causée par une pénurie des métaux et avait entraîné une falsification de l'argent tandis que la seconde était la conséquence d'une abondance de métaux précieux venant du Nouveau Monde. Ensuite, nous analyserons l'inflation du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle. Nous montrerons pendant cette période la nature cyclique et dépressive des prix et le caractère épisodique et limité de l'inflation. En fin, nous étudierons la période d'après la seconde guerre mondiale qui est caractérisée par une inflation permanente et générale durant le capitalisme monopoliste.

Dans la seconde partie de ce chapitre nous étudierons les différentes approches dominantes qui expliquent et éclaircissent les causes de l'inflation. L'approche la plus dominante est celle retenue par J. Bodin (XVIème siècle)1(*) et renforcée par M. Friedman (XXème siècle)2(*). Elle considère l'excès de la quantité de la monnaie (ou de métaux précieux) la principale voir l'unique source de l'inflation. D'autres économistes comme J.M. Keynes, ont expliqué ce phénomène par excès de la demande globale sur l'offre globale. L'inflation est expliquée aussi par la hausse des coûts de production notamment des coûts salariaux. Enfin, l'inflation est considérée comme un phénomène structurel dans la mesure ou il y a passage d'une régulation concurrentielle à une régulation monopoliste.

1- Esquisse de l'histoire de l'inflation :

Le phénomène de l'inflation est un phénomène ancien et universel, très fluctuant et varie avec le climat économique, politique, social etc.... Ses caractéristiques résultent de la combinaison des effets de ces climats, de la période et du lieu où elle se manifeste.

L'inflation, depuis longtemps, était en étroite liaison avec l'abondance des métaux précieux et les guerres. Le IIIème et le XVIème siècle ont été caractérisé par des crises économiques et politiques gaves causés par les guerres.

Après une période de stabilité, la première guerre mondiale constituait un choc macro- économique surtout pour les pays capitalistiques. Cette période était caractérisée par le gonflement des dépenses à fin de payer les victimes et les réparations causées par la guerre.

L'observation du XIXème et de la première moitié du XXème siècle peut remarquer que selon les phases par les quelles passent les économie (phase de dépression ou d'expansion), on peut enregistrer des cas de déflation ou d'inflation.

1-1- Les grandes inflations du IIIème et du XVIème siècles :

Si le terme « inflation » est relativement récent, le phénomène lui-même est ancien. Au IIIème siècle, l'Empire romain occidental a connu une grave crise économique et politique. La hausse des prix des produits alimentaires et des rémunérations était associée à une dépréciation de la monnaie romaine provoquée par la raréfaction de l'or et de l'argent, remplacée par une monnaie en cuivre, étain et plomb.

``En 301, l'empereur Dioclétien, par l'édit du prix maximum, décida de punir de la peine de mort quiconque augmenterait abusivement les prix. On ne plaisantait pas avec l'inflation à cette époque''3(*). La réforme monétaire réalisée par Constantin (306-337) en créant de nouvelles espèces d'or et d'argent, établira ainsi la confiance dans la monnaie impériale.

En XVIème siècle, et en Espagne, qu'apparaît une hausse des prix qui se propagera ensuite dans toute l'Europe. L'une des importantes explications de cette inflation est avancée par l'économiste de l'époque J. Bodin4(*) qui affirme que la raison principale de cette inflation était l'afflux de métal précieux en provenance du Nouveau Monde (les colonies américaines de l'Espagne et du Portugal).

Dans les deux cas, c'est à cause de la faiblesse de l'appareil productif que ces phénomènes monétaires ont emmené à ces brutales hausses de prix. Au IIIème siècle, l'Empire romain était traversé par une vague d'invasions ruinant les riches provinces de Gaules et d'Asie. Il reposait sur l'utilisation d'une main d'oeuvre d'esclaves peu productive et sur le tribut prélevé dans les régions soumises.

Au XVIème siècle, l'essor du siècle précédent avait fait place à la stagflation, et les dépenses guerrières des princes n'étaient pas de nature à stimuler les forces productives. Au contraire, cette période fut celle des guerres civiles et religieuses et d'une aggravation des guerres européennes. Ainsi dans les deux cas, l'inflation sanctionna l'insuffisance de la production.

1-2- L'inflation du XIXème siècle et durant l'entre - deux guerres :

Cette période était caractérisée par des phases de dépression ou d'expansion. Pour cela, et pour montrer le caractère épisodique et limité de l'inflation, il faut comprendre la nature cyclique des prix durant cette période.

1-2-1- La nature cyclique des prix et les cycles Kondratieff 4(*):

L'inflation du XIXème siècle est intéressante à suivre car elle nous montre ce qui se passait au sein d'un système capitaliste purement concurrentiel. Cela peut donner une idée de ce que pourrait être le future dans des circonstances de concurrence mondiale accrue. La phase de dépression suivait celle d'expansion et créait presque spontanément les bases de la reprise économique.

Les hausses de prix favorisent l'essor de la production, qui provoque une demande accrue de travail et la hausse des salaires. Par contre, la baisse des prix déprime les profits et la production, ce qui entraîne une réduction de l'emploi et des salaires.

Durant cette période, les prix évoluent d'une manière cyclique dans les principaux pays capitalistes qui ont connu une série de crises économiques.

La répartition de ces crises à des intervalles réguliers dans le temps est caractérisée par un mouvement de cycles économiques rythmés. Les mouvements de courte durée (6 à 10 ans), dits cycles classiques ou cycles Juglar (C. Juglar 1860), qui se superposent aux cycles Kondratieff et font altérer crise et croissance. Les cycles Kondratieff sont les mouvements de longues durée. Ils font altérer des périodes longues (20 à 30 ans) d'expansion et de récession économique. Comme cela apparaît dans le graphique suivant, chaque intervalle présente deux phases :

Graphique : les cycles des prix de Kondratieff 5(*)

La phase d'expansion est associée, selon N.D. Kondratieff ou J. Schumpeter, à l'exploitation d'un nouveau produit exerçant un effet entraînant sur le reste de l'économie. La phase de dépression s'explique par l'excès de la capacité de production relativement à la demande mondiale, en raison de la croissance trop lente des rémunérations salariales.

Les fluctuations de l'activité économique déterminent l'aspect cyclique de l'évolution des prix. Cette dernière est très sensible à l'évolution de la production, de l'investissement et de la consommation. Si on explique le caractère cyclique des prix aux conditions d'accumulation du capital, le caractère dépressif est souvent attribué au progrès technologique écrasant les prix dans les conditions générales de récession.

Au dernier quart du XIXème siècle, le progrès technologique dans la sphère productive permettait une augmentation significative de la capacité productive du travail.

L'augmentation de la productivité et la récession constitue, par conséquent, les principaux déterminants de la tendance dépressive des prix.

1-2-2- le caractère épisodique et limité de l'inflation :

L'inflation de cette période ne touche que des pays capitalistes particuliers pour de très brèves périodes (caractère épisodique) et elle se manifeste presque pendant les crises et les guerres (caractère limité).

Durant cette époque, l'évolution cyclique et dépressive des prix, la hausse des prix qui constitue souvent une réaction contre la tendance à la baisse du taux de profit, ne devient inflation que lorsqu'elle est accompagnée d'une dépréciation de la monnaie. Cette dépréciation n'intervient que lorsque le cours forcé de la monnaie est établi et le régime de la monnaie convertible suspendu. C'est une explication de l'inflation pendant le XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle qui ne se produise qu'à l'occasion des guerres lorsque la monnaie est émise abusivement pour financer les dépenses énormes des guerres.

La période de l'entre deux guerres était caractérisée par une succession d'inflation et de déflation. La première guerre mondiale amène une multiplication des prix par deux ou trois et l'inflation se poursuit après la guerre.

La crise de 1929 est essentiellement américaine mais elle prend la forme d'une déflation mondiale. Cette baisse des prix de 1929 à 1934 est principalement d'origine monétaire causée une insuffisance de crédit renforcée par les faillites bancaires. ``La chute des prix est une conséquence de la contraction de l'activité économique, suite à celle du crédit, et non le résultat mécanique de la décroissance de la masse monétaire''6(*). Mais, à partir de 1935-1936 le développement de l'investissement public assure une reprise de la production industrielle et une remontée des prix.

Cette succession de hausse et de baisse des prix renforce l'idée des économistes de considérer les mouvements de prix comme cycliques.

1-3- L'inflation de la deuxième moitié du XXème siècle :

La deuxième moitié du XXème siècle, période de après guerre, est une période de reconstitution de l'économie. Des transformations structurelles sont intervenues pour opérer le passage des économies capitalistes d'un fonctionnement concurrentiel à un fonctionnement monopoliste. L'inflation prend un caractère permanent (à l'ordre de 3 à 4% par an) et constitue un mécanisme essentiel de fonctionnement des économies capitalistes. Cette inflation modérée persiste jusqu'à la fin des années soixante. A partir de cette date l'inflation commence à augmenter légèrement.

1-3-1- L'établissement d'une nouvelle régulation :

Le changement d'une régulation concurrentielle à une régulation monopoliste a affecté principalement les mécanismes de formation des prix et des salaires.

· Les nouveaux mécanismes de formation des prix :

La réussite des politiques économiques suivies après les guerres, qui one visé à soutenir la croissance économique et à éviter le chômage, a provoqué au début des années 1970 la montée de l'inflation à plus de 5% par an.

De plus, les perturbations des années trente ont disparu définitivement pour laisser la place à un développement régulier de la production et des revenus. En effet, et à partir des années 1960, les tensions sur les capacités de production ne constituent plus le facteur exclusif des variations des prix. On constate de plus en plus de secteurs où les prix ne respectent plus la loi de l'offre et de la demande.

Autre facteur qui a beaucoup transformé les mécanismes de formation des prix est la pratique des prix administrés dans le monde capitaliste. Ces prix administrés sont des prix qui sont formés par l'application d'un taux de marge à l'ensemble des coûts de production afin d'assurer un certain taux de rentabilité sur l'ensemble des investissements réalisés.

Donc, la diminution puis la disparition de la sensibilité des prix aux variations de l'activité économique et l'application des prix administrés constitue les deux traits essentiels qui caractérisent les mécanismes monopolistes de formation des prix.

· Les nouveaux mécanismes régulateurs des salaires :

Au début des années 1970, le chômage commence à s'étendre avec une hausse parallèle des salaires et le prix de la force de travail ne respecte plus la loi de l'offre et de la demande. Le salaire se détermine essentiellement par une indexation sur les prix, par une incorporation d'une partie des gains de productivité et par un développement considérable du salaire indirect et des allocations du chômage. De plus, la forte inflation qui a suivi la seconde guerre mondiale et l'apparition de la notion du salaire minimum rendent l'évolution des salaires étroitement liée à celle des prix à la consommation.

En effet, des nouveaux mécanismes régulateurs des salaires vont apparaître pour remplacer les anciens. La croissance de la productivité et le développement de la concentration influenceront la dynamique des salaires.

En outre, on remarque que le rôle important dans la formation des salaires est attribué aux secteurs moteurs qui sont développés dans les pays capitalistes et ont entraîné de forts gains de productivité résultant ainsi de fortes augmentations des salaires qui vont se diffuser dans l'ensemble de l'économie. Ces secteurs moteurs sont caractérisés par une grande ouverture sur le marché mondial, une productivité importante et une forte concentration.

· Les nouvelles conditions monétaires :

Certainement, les composantes monétaires, qui sont affectées après la seconde guerre mondiale par les changements structurels, ont un impact important sur la dynamique de l'inflation. Ces changements visent essentiellement les mécanismes de la création monétaire. Le système de l'étalon-or trouve fin avec les nécessités de réparation de guerre et la création monétaire devient illimitée ce qui a entraîné la suspension du régime de la monnaie convertible (la quantité de la monnaie crée dépasse les réserves en or).

En réalité, l'Etat et dans le but de reconstruire l'appareil productif détruit par les guerres et de relancer la production, intervient dans le domaine monétaire d'une manière de plus en plus intense. Après la reconstitution de l'économie, l'Etat intervient dans le but de protéger l'économie contre la concurrence internationale. Le contrôle de la création monétaire exige la nationalisation des banques centrales dans les principaux pays capitalistes. La Banque Centrale devient le monopole de l'émission des billets et assure la stabilité de la monnaie nationale. De plus, la Banque Centrale, entant que préteur de dernier ressort, gère le système bancaire et contrôle la distribution de crédit conformément aux objectifs fixés. Elle gère aussi le marché de change et règlemente la profession bancaire.

A coté de monopole de la Banque Centrale qui assure une création monétaire endogène aux besoins de l'économie, les législations successives dans les pays capitalistes ont fait que les principales caractéristiques de la concurrence bancaire disparaissent graduellement.

2- Les grandes théories de l'inflation :

Les premiers économistes ont fait recours à l'approche monétaire pour expliquer les causes de la hausse des prix. Au XIXème siècle Jean Bodin attribua à l'afflux d'or et d'argent en provenance du Nouveau Monde (l'Amérique) la « cherté de toutes choses ». Aux XVIIème siècle et XVIIIème siècle, william Petty, John Locke, David Hume, puis David Ricardo au début du XIXème siècle systématisera l'explication des variations du niveau des prix nominaux par celle de la masse monétaire. La théorie quantitative de la monnaie reste toujours le pilier principal des théories de l'inflation même si les formulations de cette théorie changent. Malgré l'importance de la théorie quantitative de la monnaie, cela n'évite pas l'existence d'autres théories restant partielles.

2-1- La théorie de l'inflation monétaire :

La théorie quantitativiste de Jean Bodin7(*) (1568) et ses prolongations passant par la formulation de Fisher (Irving Fisher, 1911)8(*) et la version de Cambridge pour atteindre l'école monétariste de Milton Friedman au XXème siècle, expliquent l'inflation par l'excès de la création monétaire comparée à la production.

2-1-1- L'analyse classique et néoclassique de la théorie quantitative de la monnaie :

La formulation la plus courante et la plus ancienne de cette théorie est attribuée à J. Bodin (1568). Cette théorie est celle de l'équation générale des transactions :

M.V = P.T 9(*)

Cette équation représente l'égalité comptable entre la quantité totale de la monnaie en circulation ` M.V ' et la valeur globale des transactions réalisées ` P.T '. Avec M : la masse monétaire, V : la vitesse de circulation de la monnaie, P : moyenne pondérée des prix et T : le volume des transactions. Compte tenu des hypothèses des quantitativistes, T et V sont des paramètres.

Irving Fisher (1911), en distinguant les espèces en circulation des dépôts, représente une nouvelle formulation :

M.V + M'.V' = P.T

Cette équation intègre la monnaie scripturale dans la vieille équation des échanges. Avec M' : la masse de monnaie scripturale (dépôts), M : la masse de monnaie fiduciaire (espèces en circulation), et V et V' : les vitesses de circulation de ces deux stocks monétaires.

Cette approche repose sur deux postulats étroitement liés. Le premier est l'analyse dichotomique qui décompose l'économie en deux mondes distincts (réelle-monétaire). Le second est celui de l'illusion monétaire (la monnaie n'est pas demandée pour elle-même). Une nouvelle version de la relation quantitativiste, dite « équation de Cambridge», et liée aux travaux d'Alfred Marshall10(*) (1922) et de J.M. Keynes (1923) envisage la création monétaire entant que demande de monnaie selon l'équation suivante :

M = K.P.Y

Cette demande de monnaie selon de monnaie dépend du revenu national réel (Y), du niveau général des prix (P) et d'un coefficient) représentant, selon les auteurs, soit le rapport entre la masse monétaire et le revenu, soit une variable de comportements des agents.

2-1-2- Milton Friedman et monétaristes :

Milton Friedman a proposé un modèle plus complexe que celui des premiers quantitativistes pour rétablir l'importance de la monnaie dans l'explication des phénomènes économiques. Il a présenté la demande de monnaie à l'aide de la fonction :

Md/P = F(y, w, RM, RB, RE, Gp, u)

Ou Md représente la demande de monnaie, P le niveau général des prix, y le revenu permanent (le revenu anticipé), w le rapport du revenu du capital non humain au revenu du capital humain, RM, RB, RE les taux de rendement nominaux anticipés de la monnaie, des obligations et des actions, Gp le taux d'inflation anticipé, et u une variable représentant tous les autres facteurs pouvant rendre compte des demandes industrielles de monnaie.

Selon M. Friedman, pour contenir l'inflation, il faut maintenir l'expansion monétaire à un taux constant et modéré. Ce rythme de croissance monétaire devrait être le même que celui de la croissance de la production réelle de l'économie. Pour les monétaristes classiques l'inflation a une origine monétaire due à une émission supplémentaire de monnaie et une origine fiscale, due au décalage entre les dépenses publiques et les recettes publiques le déficit budgétaire.

* L'origine monétaire :

M. Friedman affirme que « l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire », dont la responsabilité repose sur la politique de l'Etat. Cette inflation peut être évitée par le contrôle du stock monétaire. Le monétarisme classique considère toujours l'offre de monnaie comme une variable exogène. Ainsi, M. Friedman soutient que les autorités monétaires doivent anticiper et annoncer le taux de croissance d'un agrégat monétaire pour une période durable.

Cependant, les monétaristes contemporains intègrent d'autres agents dans la détermination de l'offre de monnaie. La réflexion sur le rôle des anticipations, déjà introduit par M. Friedman à propos du comportement des détenteurs de monnaie, a conduit à la formalisation d'une série de modèles monétaristes développés par les économistes des anticipations rationnelles. Ces économistes (R.J. Barro, R.E. Lucas, T.J. Sargent...)11(*) incorporent l'analyse des anticipations rationnelles dans la détermination de la demande de monnaie. Pour cette théorie, la création monétaire est un moyen dont peuvent disposer l'Etat à fin d'agir sur l'économie. Une création monétaire supérieure à la croissance de la production ne saurait donc qu'être inflationniste.

* L'origine fiscale :

Pour les monétaristes classiques et certains néo-libéraux (A. Laffer, R.E. Lucas, T.J. Sargent, J. Sachs...)12(*) l'inflation a une origine fiscale si les dépenses de l'Etat dépassent ces recettes. Pour eux l'inflation est toujours due à une dépense excessive au niveau national puisque l'Etat dépense plus que les recettes procurées par l'impôt. Soumis à de permanentes pressions des différentes agents. L'Etat doit dépenser davantage sans pour autant augmenter la pression fiscale à fin de soutenir l'activité économique. Le recours à une réduction du déficit budgétaire peut ainsi restreindre l'origine fiscale de l'inflation.

Ainsi, M. Friedman conclut, `le gouvernement doit donc partout être rendu responsable de l'inflation '.

2-2- La théorie de l'inflation par la demande :

On parle de l'inflation par la demande lorsque globalement la demande de produits excède durablement l'offre sur les marchés. Le lien monnaie- excès de demande devient particulièrement étroit chez ceux qui accepte la vielle « loi de Say » qui stipule que toute offre des produits crée leur propre demande : la demande globale est constituée par l'ensemble des revenus distribués à l'occasion de la production c'est-à-dire qu'elle est rigoureusement égale à l'offre globale, en l'absence de thésaurisation. L'accroissance incontrôlé des moyens de paiement peut générer l'excès de demande.

2-2-1- La monnaie et l'excès de demande :

On s'éloigne de la stricte pensée monétariste l'on considère que l'augmentation de la demande peut provenir d'une augmentation autonome de la vitesse de circulation de monnaie, d'une entrée de devises étrangères ou de rapatriement de profits et des dividendes, ou encore de désépargne. Cette augmentation de la propension à consommer peut s'expliquer par l'apparition de nouveaux produits, d'une modification du système des prix relatifs, d'un changement dans les anticipations de prix, de revenus ou de rémunération de l'épargne...

Relativement aux arguments des monétaires, l'explication de l'inflation par la demande consiste à dire que la création monétaire ne sera inflationniste que dans la mesure où l'appareil de production ne peut pas répondre à l'accroissement de la demande. L'ajustement offre-demande s'effectue alors par les prix à défaut de se faire par les quantités. La hausse des prix n'apparaîtra que dans le cas de plein emploi des capacités productives (homme, outillage et matières premières), d'insuffisance des stocks ou lorsque l'importation ne peut pallier l'insuffisance de l'offre intérieure. Cette hausse ne se transformera en processus inflationniste que si l'excès de la demande se produit et qu'aucun élément (augmentation de la capacité physique de production, gain de productivité, découverte de nouvelles matières premières, embauche de nouveaux travailleurs...) ne vient permettre d'accroître l'offre globale, dans des propositions suffisantes.

* Keynes et l'écart inflationniste :

L'origine du concept d'excès de demande est le plus souvent attribuée à John Maynard Keynes. Celui-ci réfléchit durant la seconde guerre mondiale sur les conditions de financement d'une économie de guerre et sur les conséquences d'un accroissement des dépenses visant à accroître la production d'armement. Cette situation engendre un écart inflationniste conduisant à une hausse des prix égale au rapport de cet écart à la production nationale réelle de biens et services civils. Pour Keynes, la seule façon de rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande sera un ajustement par les prix. De plus, la création de revenus supplémentaires permise pour la hausse de prix engendre une dynamique inflationniste surtout si l'Etat décide de poursuivre sa politique d'armement. Mais, cette analyse reste assez proche de la pensée monétariste, même si elle présente l'originalité d'envisager une situation de rationnement forcé de l'offre de biens de consommation.

Selon Keynes, l'inflation peut être amortie par des mesures autoritaires lorsque l'Etat impose un versement différé des salaires on augmente les impôts d'un montant approprié, ou par des mesures non autoritaires si la hausse des prix se traduira par une augmentation des rentrées fiscales (si les tranches d'imposition restent inchangées) et aussi des profits des chefs d'entreprise dont la propension à épargner et plus élevée que celle des travailleurs.

* Les limites de l'analyse Keynésienne :

Cette analyse, pour certains auteurs, est plus une recette de politique économique qu'une véritable théorie de l'inflation car celle-ci n'apparaît que comme un simple avatar d'une politique de déficit budgétaire mal contrôlée, les mécanismes et les effets de l'inflation n'étant pas étudiés. D'autres auteurs ont contesté le fait que l'inflation ne puisse se concevoir qu'au seul de plein emploi. L'évolution de l'inflation et du chômage dans un même sens depuis les années 1970 ne respecte pas ce raisonnement. On lui a surtout reproché de n'envisager l'excès de demande que sur le plan macro- économique et de ne pouvoir ainsi rendre compte des étapes du processus inflationniste. En effet, si l'inflation provient d'un excès de demande, celui-ci est le produit de situations différentes dans les divers secteurs de l'économie. L'excès de la demande dans certains secteurs ne se traduit pas nécessairement par la hausse immédiate des prix alors que la baisse de la demande dans d'autres branches n'entraîne pas aussitôt la baisse des prix.

2-3- La théorie de l'inflation par les coûts :

L'explication de l'inflation par les coûts revient à considérer que la responsabilité de la hausse de prix incombe à une augmentation de la rémunération des facteurs de production supérieure à celle de leur productivité. Cette hausse incite les entreprises à relever les prix de leurs produits offerts aux ménages ou aux autres entreprises qui rendront à leurs tours à élever leurs prix ou à revendiquer de nouvelles hausses de rémunération. Ainsi, se crée et s'entretient le processus inflationniste, permis par l'accroissement de la demande engendrée par celui des revenus et facilité par la création de monnaie et de crédit.

2-3-1- le mécanisme :

Si des hausses de salaire ont lieu, dans une ou plusieurs branches, elle se répercuteraient sur l'ensemble de l'économie et mettraient en difficulté les entreprises moins productives qui n'auront d'autre recours que d'augmenter leurs prix pour survivre. Ces hausses de prix pourront être négociées par les syndicats patronaux soucieux d'éviter la disparition d'un trop grand nombre d'entreprise, et seront d'autant plus praticable sans dommage pour ces entreprises que le climat est inflationniste et que l'accroissement des revenus alimente la demande globale. Donc, l'inflation de productivité s'explique par le désajustement entre les mécanismes macro-économiques de détermination des revenus et la réalité micro-économique du fonctionnement des entreprises.

* La politique des revenus :

Pour éviter cette inflation de productivité, fut élaborée la politique des revenus. Elle réside à fixer, avec l'accord des organisations syndicales, des normes d'augmentation des rémunérations salariales et des prix des biens et services, déterminées par l'accroissement de la productivité nationale moyenne. Cette politique implique que : si les gains de productivité dégagés sont plus élevés que la moyenne, les salaires augmentent moins vite que la productivité de façon à permettre des baisses de prix. Parallèlement, des hausses de rémunérations plus élevées que celle de la productivité devient possible si les progrès de la productivité sont faibles ou nuls et si la pratique de la hausse de prix ne génère pas de l'inflation.

L'avantage de cette formule est l'harmonisation des hausses de salaire en leur donnant une base objective établie en fonction du dynamisme de l'appareil de production. Mais, elle implique une stricte discipline difficilement acceptée par les salariés, c'est l'idée que les plus efficaces doivent partager une partie du fruit de leurs efforts avec ceux qui le sont moins. Cette idée constitue une faiblesse de cette formule.

Finalement, on s'aperçoit que la théorie de l'inflation par les coûts ou appelée encore théorie d'inflation salariale privilégie le rôle des hausses de salaires comme son principale variable explicative.

2-3-2- Inflation, coûts salariaux et chômage :

Le rôle de la hausse des coûts salariaux dans l'inflation, du fait de leur importance dans le coût total de production, est indiscutable voir même difficile à préciser. On observe un synchronisme d'ensemble de l'évolution des coûts salariaux et des prix à la production dans les grands pays industrialisés. De plus, la hausse des prix est d'autant plus élevée que celle des salariés est forte. C'est pourquoi les salariés ne peuvent être tenus pour les seules responsables de l'inflation.

Avec l'étude de A.W. Phillips13(*) qui montre une relation inverse entre les variations des salaires nominaux et le taux de chômage et après les prolongements qui explicitent cette étude pour devenir une relation inverse entre le taux d'inflation et le taux de chômage, la courbe de Phillips devient un élément de confirmation de l'analyse Keynésienne. Selon celle- ci l'inflation était d'autant plus forte que la tension est grande sur le marché de travail. Cela nous affirme que la création monétaire et l'excès de la demande ne seront inflationnistes que si les capacités de production atteignent le plein emploi. L'inflation provenant alors de la hausse des coûts de facteurs.

2-4- L'inflation, phénomène structurel.

Les explications de l'inflation par la monnaie, la demande et les coûts contiennent chacune une part de vérité et elle se complètent pour fournir une analyse cohérente du processus inflationniste. Mais, pourquoi pas situer l'inflation dans le contexte de l'évolution du système économique dans lequel elle apparaît.

De ce point de vue, la deuxième moitié du XXème siècle s'oppose au XIXème siècle où dominait « une régulation concurrentielle » caractérisée par des processus d'ajustement reposant sur la flexibilité des revenus et des prix, et à l'entre deux guerres où commencent à s'affirmer des traits nouveaux portant sur l'organisation du système productif, sur celui du monde du travail et sur le mode d'intervention de l'Etat dans l'économie. Depuis la seconde guerre mondiale, on peut parler de « régulation monopoliste » qui s'explique par le fait que la détermination des prix s'effectue de plus en plus par l'intermédiaire de négociations collectives, et que les décideurs en matière du prix s'affranchissent des contraintes de la concurrence.

2-4-1- La « régulation monopoliste ».

Le terme de régulation monopoliste ne signifie pas la domination tyrannique de grands monopoles contrôlant totalement le mécanisme des prix. Ce concept ne s'inscrit pas aussi dans la problématique de la détermination des prix sur des marchés monopolistiques ou oligopolistiques où l'on rencontrerait un seul ou quelques offreurs face à une multitude de demandeurs. Il signifie que le fonctionnement des économies capitalistes développées obéit à des règles différentes de celles qui régissaient ces entreprises avant la seconde guerre mondiale, et là réside l'explication de l'inflation, rampante, galopante ou hyperinflation.

L'inflation ne serait pas le fruit d'un mauvais fonctionnement de l'économie mais elle doit être envisagée comme un facteur interne inhérent à un nouveau mode de régulation. Cette régulation monopoliste correspond à une situation dominée par deux éléments fondamentaux et étroitement liés :

· La capacité des groupes sociaux à obtenir le maintien ou l'amélioration de ses revenus réels.

· La croyance que la croissance continue du niveau de vie est possible et sera assurée par l'Etat.

Finalement, si dans un régime de régulation concurrentielle les salaires nominaux dépendent de la confrontation entre l'offre et la demande globale de travail, la régulation monopoliste se caractérise par le fait que les salaires nominaux s'établissent par référence aux gains de productivités réalisés ou anticipés dans les secteurs les plus performant sans prendre en compte l'éventuel déséquilibre du marché du travail.

2-4-2- Le rôle de l'Etat.

L'extension de l'intervention de l'Etat dans le fonctionnement de l'économie a constitué le deuxième facteur de transformation du modèle de régulation.

En effet, depuis 1945, la législation concernant le monde du travail reconnu explicitement la nature collective et obligatoire pour tous les dispositions prises en matière de droit social, de conditions de licenciement et de normes de rémunération( création de salaire minimum interprofessionnel, fixation de la durée hebdomadaire du travail,etc..). Egalement, l'Etat peut favoriser ou imposer des procédures de négociations entre les syndicats salariés et patronaux de secteur, à qui ont pour conséquence que les salaires se fixent à la suite de décisions nationales. L'évolution des coûts salariaux et des prix est le résultat d'une négociation mettant en prises le patronat, les syndicats et le gouvernement.

De plus, l'Etat et les institutions publiques ont un pouvoir de régulation considérable sur la demande globale à travers les dépenses publiques, les salaires indirects et la création des moyens de paiement mis à la disposition de l'économie. Pour les dépenses publiques, l'élévation du pourcentage des prélèvements obligatoires (impôts, cotisations sociales...) est un facteur important de la stabilisation de la demande globale.

L'importante partie des emplois de l'Etat est constituée de dépenses incompressibles, c'est pourquoi l'Etat préfère le recours à l'endettement plutôt que de réduire une partie de ses activités. Elle soutient l'activité de telle sorte que les hausses de prix ne se traduisent pas par une réduction des ventes. L'intervention tutélaire de l'Etat est donc décisive et explique que l'inflation peut se maintenir au-delà des fluctuations cycliques de l'activité.

Enfin, la politique monétaire menée par l'Etat a bouleversé les conditions de financement de l'économie. L'abandon définitif de la convertibilité de la monnaie en or et en argent a permis de libérer la création de moyens de paiement. Un nouveau système monétaire nationale et international a ainsi pu se constituer. Ce système a pour fonction de créer les moyens de paiement permettant d'assurer la commercialisation des produits à un niveau de prix compatible avec la poursuite de la croissance et avec les objectifs de revenus réels. La maîtrise de la croissance de la masse monétaire reste un élément de la politique économique qui tient compte principalement du besoin de crédit dont les demandes des agents sont l'expression.

En définitive, cette approche n'apporte pas d'élément fondamentalement nouveau dans l'explication de l'inflation mais elle l'envisage comme un phénomène lié à de nouveaux mécanismes de fonctionnement du capitalisme mondial.

Conclusion :

L'inflation est un phénomène très ancien. Il apparaît dès les premiers siècles après J.C. et a revêtu diverses caractéristiques et vécu différents types de systèmes socio-économiques et politiques. Au sein de ce mémoire nous avons tout d'abord indiqué les grands traits historiques de l'inflation ainsi que les caractéristiques des mouvements des prix dans les pays capitalistes sur longue période. Nous avons remarqué des différences dans les sources des inflations lointaines, celle du IIIème et du XVIème siècles. En effet, alors que la première s'avère être une pénurie de métal et entraîne une falsification de l'argent, la deuxième était au contraire une abondance de métaux précieux en Europe venant du Nouveau Monde. L'inflation du XIXème siècle et d'entre guerres avait le caractère épisodique et limité. Cette période était caractérisée par la nature cyclique et dépressive des prix et par une régulation de type concurrentiel. Enfin, l'étude de la période d'après la seconde guerre mondiale soulève le caractère permanent et général de l'inflation au sein d'une régulation de type monopoliste.

Les approches dominantes retenues par économistes pour éclaircir les causes de l'inflation sont ensuite analysées. Nous avons distingué l'inflation monétariste qui s'articule autour de la croissance monétaire. La thèse de l'inflation par la demande stipule que la hausse des prix n'apparaîtrait qu'en cas de plein emploi des capacités productives. Selon l'approche de l'inflation par les coûts, la hausse des coûts de production, notamment les coûts salariaux, est la principale source d'inflation. L'inflation peut être aussi un phénomène sociologique qui résulte des rapports de force entre les groupes sociaux. Cette dernière thèse assume la responsabilité de la hausse des prix aux salariés qui, chaque fois que les prix augmentent, ils revendiquent pour une augmentation des salaires.

CHAPITRE N°2 

``Les principaux déterminants de l'inflation dans les pays en développement''

Introduction :

Puisqu'on a traité les grands faits historiques et les approches dominantes de l'inflation dans le chapitre précédent, nous allons voir, dans ce chapitre les principaux facteurs pris comme responsables du phénomène de la hausse des prix dans les pays en développement (PED). Nous examinons plus profondément les principales causes de l'inflation dans ces pays. Les monétaristes considèrent l'augmentation de la masse monétaire comme la principale source de l'inflation à long terme. Leur analyse se base essentiellement sur l'équilibre du marché de la monnaie et sur une affirmation par la théorie quantitative de la monnaie déjà étudiée dans le premier chapitre.

Par ailleurs, une liaison étroite entre les taux d'intérêts et le taux d'inflation et donc la croissance monétaire, trouve sa justification à travers la proposition de Fisher. Nous étudierons d'abord ce lien. Ensuite, nous examinerons comment le recours au seigneuriage constitue un déterminant crucial d'explication de l'inflation surtout dans les périodes de guerres où persistent des hyperinflations.

En fin, nous examinerons dans une deuxième section le pétrole comme déterminant de l'inflation dans les PED. Nous expliquons cette relation à travers la détermination de l'importance du pétrole dans l'inflation importée puisque les pays importateurs du pétrole subissent la variation de son prix. De plus, l'importance du pétrole comme matière première qui forme les coûts nous pousse d'étudier la relation entre le pétrole et l'inflation par les coûts. Ensuite, nous étudions le pétrole comme facteur aidant dans la formation des anticipations de l'inflation. En dernier lieu, nous examinerons le choc pétrolier comme choc externe qui affecte l'inflation du pays.

Les déterminants d'ordre monétaire.

Nous allons montrer le rôle important de la monnaie dans l'explication de l'inflation à long terme, éclairer le lien entre le taux d'intérêt et le taux d'inflation et enfin expliquer comment les déficits budgétaires importants poussent les gouvernements, monopoles de création de la monnaie, à une création excessive de monnaie pour les financer.

1-1-L'inflation et la monnaie :

« Dans la perspective monétariste, l'inflation résulte d'abord d'un gonflement de la masse monétaire tendanciellement supérieur à celui de la production »14(*).

a- Inflation et croissance monétaire :

Le diagramme d'offre et de demande globale (graphique1) constitue un cadre de base pour l'identification des causes éventuelles de l'inflation. Les augmentations de la demande globale et les réductions de l'offre globale élèvent le niveau des prix. En effet, tous les facteurs qui déplacent la courbe d'offre globale vers la gauche déclenchement l'inflation (augmentations du stock de monnaie). De même, tous les facteurs qui déplacent la courbe de demande globale vers la droite sont responsables de l'inflation (réductions de la de monnaie, augmentations des dépenses publiques...).

Graphique : Courbes d'offre et de demande globales 15(*)

OG

DG

P

Y

On remarque ainsi le nombre important des facteurs de l'inflation qui influencent l'offre et la demande globale. Et pourtant, quand il s'agit d'expliquer l'inflation à long terme, on ne retient généralement qu'un seul de ces facteurs : « la croissance de l'offre de monnaie ». En effet, tous les autres facteurs n'ont que des effets transitoires et ne participent que temporairement à une hausse généralisée des prix parce que leur marge de variation et limitée. Par contre, des variations importantes de l'offre de monnaie s'observent fréquemment, qu'elles soient négatives comme pendant les périodes de déflation, ou positives comme au cours des périodes d'hyperinflation.

Pour montrer le rôle essentiel de la monnaie dans l'inflation, revenons au marché de la monnaie. La confrontation de l'offre et de la demande de la monnaie produit l'équilibre sur ce marché. La demande de monnaie est déterminée par son pouvoir d'achat en termes de biens et services.

A l'équilibre, l'offre d'encaisses réelles est nécessairement égale à la quantité d'encaisses demandées :

M/P=L (i, Y) 16(*)

Avec M est le stock de monnaie, P le niveau des prix (M/P : masse monétaire réelle) ; i le taux d'intérêt nominal, Y le revenu réel, et L (i, y) la demande d'encaisses réelles.

La relation entre les différents éléments de cette équation est claire. De ce fait, il existe un lien positif entre le revenu réel et la quantité d'encaisses demandées. En effet, suite à une augmentation du revenue réel, les gens effectuent plus de transactions ce qui augmente la demande de monnaie. En revanche, il existe un lien négatif entre le taux d'intérêt et la demande de monnaie puisque une augmentation du coût d'opportunité de détention de la monnaie par rapport à la détention d'actifs porteurs d'intérêt réduit la quantité de la monnaie demandée.

La flexibilité des taux d'intérêt assure en permanence l'équilibre sur le marché monétaire. En effet, chaque fois qu'il existe une demande excédentaire de monnaie, la flexibilité des taux d'intérêt leur permet de monter jusqu'à ce que la quantité de monnaie demandée diminue suffisamment pour être égale à l'offre d'encaisses. C'est pourquoi qu'on suppose toujours quels taux d'intérêt sont flexibles. Supposons aussi que les salaires nominaux et les prix s'ajustent lentement et que leur ajustement prend du temps. Grâce à cet ajustement lent du prix, une croissance de la masse monétaire nominale entraîne au départ un accroissement de la masse monétaire réelle (les prix ne sont pas encore pleinement ajustés).

Dans cette situation, il existe une offre excédentaire d'encaissés agissant à la baisse du coût d'opportunité de la monnaie jusqu'au moment ou les gens augmentent «.. » leur demande pour rétablir l'équilibre sur le marché de la monnaie. Une telle baisse des taux d'intérêt encourage la demande globale sur le marché des biens et services. Progressivement, une demande excédentaire croissante augmenta les prix des biens et services et les salaires nominaux commencent à monter suite à l'augmentation de la demande de travail.

A long terme, la hausse initiale de la masse monétaire nominale n'a fait varier que le niveau des prix dans la même proportion. C'est parce que, lorsque l'équilibre est réalisé le revenu réel, l'emploi, le taux d'intérêt et la masse monétaire réelle retrouveront leur niveau initial.

Le résultat peut être obtenu grâce à la théorie quantitative de la monnaie qui affirme que toute variation de la masse monétaire nominale entraîne, à long terme, une variation équivalente dans les variables nominales (le niveau des prix) alors qu'elle préserve les variables réelles. On parle ici de la neutralité de la monnaie à long terme.

b- La théorie quantitative et la détermination du niveau des prix :

L'équation quantitative de la monnaie, déjà étudiée en détail dans le premier chapitre, s'écrit sous sa formule simple et la plus commune, comme suit :

M.V = P.Y 

Avec M : la quantité de monnaie, V : la vitesse de circulation de la monnaie, c'est le nombre de fois qu'une unité monétaire change de propriétaire en une unité de temps ; P : le niveau général des prix ; et Y : la production.

L'hypothèse de constance de la vitesse de circulation de la monnaie fait de la théorie quantitative de la monnaie une théorie utile de détermination du niveau des prix. Cette équation est une identité : si une de ses variables change, une ou plusieurs des autres variables doivent varier pour préserver l'égalité. La théorie quantitative repose sur trois piliers essentiels :

· La capacité productive et la fonction de production d'une économie déterminent le PIB réel, Y;

· La quantité de monnaie détermine le PIB nominal, PY. Cette conclusion résulte de l'équation quantitative et de l'hypothèse de vitesse constante ;

· Et, enfin, le déflateur du PIB, P, n'est autre que le rapport du PIB nominal sur le PIB réel.

En se basant sur ces trois postulats, on peut expliquer ce qui survient lorsque la Banque Centrale modifie son offre de monnaie. En effet, la vitesse étant constant, toute variation de la quantité de monnaie offerte conduit à une variation proportionnelle du PIB nominal. Comme le PIB réel a été déjà déterminé, la variation du PIB nominal représente nécessairement une modification du niveau général des prix, P. en conséquence, la théorie quantitative implique que le niveau des prix est proportionnel à l'offre de monnaie.

Jusqu'ici nous n'avons parlé que des niveaux absolus. Nous devons considérer les taux de variation annuels car le taux d'inflation est la variation en pourcentage du niveau des prix. Cette théorie est également une théorie de détermination du taux d'inflation. Réécrivons l'équation quantitative en variations en pourcentage :

(Variation de M)+(Variation de V)=(Variation de P)+(Variation de Y)

La variation de M est contrôlée par la Banque Centrale, la variation en % de V est nulle puisque nous avons fait l'hypothèse que la vitesse est constante. La variation de P est le taux d'inflation. Quant à la variation de Y, elle dépend de la croissance des facteurs de production et du progrès technologique, que nous supposons données pour des fins de simplicité qui nous préoccupent ici. Suite à cette analyse nous pouvons conclure aisément que la croissance de l'offre de monnaie détermine le taux d'inflation.

D'un point de vue politico-économique, la théorie quantitative de la monnaie établit donc que la Banque Centrale, qui contrôle l'offre de monnaie, contrôle du même fait, en dernier ressort, le taux d'inflation. Par conséquent, si la Banque Centrale préserve la stabilité de l'offre de monnaie, le niveau des prix sera également stable.

1-2- L'inflation et les taux d'intérêt :

Nous venons d'étudier la croissance de la masse monétaire comme déterminant de l'inflation. Nous étudions à présent la relation entre inflation et taux d'intérêt.

a- Deux taux d'intérêt : le taux réel et le taux nominal :

Pour comprendre cette notion, prenons un exemple simple : « votre compte de dépôt auprès d'une banque est rémunéré, par exemple, au taux de 8% par an. L'année suivante, vous retirez votre argent et les intérêts cumulés qu'il a produits. Etes- vous 8% plus riche qu'il y a un an lorsque vous avez placé votre argent en banque ?

Tout dépend de ce que « plus riche » signifie. Incontestablement, vous possédez 8%de dollars en plus qu'il y a un an. Mais, si les prix ont augmenté, la valeur de chacun de ces dollars a diminué et donc votre pouvoir d'achat n'a pas augmenté, quant à lui, de 8%. Si le taux d'inflation est de 5%, la quantité de biens que vous pouvez acheter n'a augmenté que de 3%. Si le taux d'inflation est de 10%, votre pouvoir d'achat a en fait baissé de 2% ».

Donc, les économistes appellent taux d'intérêt nominal le taux que paient les banques et taux d'intérêt réel l'accroissement des pouvoirs d'achat induit par la possession d'un compte en banque. Il en découle la relation suivante :

r = i - ð

Où  r = le taux d'intérêt réel ; i= le taux d'intérêt nominal et ð = le taux d'inflation

Le taux d'intérêt réel est la différence entre le taux d'intérêt nominal et le taux d'inflation.

L'effet de Fisher

En reformulant les termes de l'équation du taux d'intérêt réel, on peut écrire le taux d'intérêt nominal en tant que somme du taux d'intérêt réel et du taux d'inflation :

i = r + ð

C'est l'équation de Fisher (l'économiste Irving Fisher (1867-1947))17(*).Elle montre que les deux causes de variations possibles des taux d'intérêt nominal sont la variation du taux d'intérêt réel et la variation du taux d'inflation.

La distinction entre ces deux éléments au sein du taux d'intérêt nominal permet d'utiliser l'équation pour élaborer une théorie du taux d'intérêt nominal. Selon l'hypothèse de Fisher, le taux d'intérêt réel s'ajuste en vue d'équilibrer l'épargne et l'investissement. La théorie quantitative de la monnaie montre que le taux de croissance monétaire détermine le taux d'inflation. En fait, l'équation de Fisher nous dit que le taux d'intérêt réel et le taux d'inflation déterminent conjointement le taux d'intérêt nominal.

Réunies, la théorie quantitative de la monnaie et l'équation de Fisher montrent comment la croissance monétaire affecte le taux d'intérêt nominal. Selon la théorie quantitative, un accroissement de 1% du taux de croissance monétaire provoque une hausse de 1% du taux d'inflation. Selon l'équation de Fisher, cette hausse de 1% du taux d'inflation provoque à son tour un relèvement de 1% du taux d'intérêt nominal.

b- Deux taux d'intérêt réels : ex-ante et ex-post :

Lorsque un emprunteur et un prêteur conviennent d'un taux d'intérêt nominal, ils ignorent comment va évoluer le taux d'inflation entre le moment de leur transaction et l'échéance du prêt. On peut distinguer deux concepts du taux d'intérêt réel : le taux d'intérêt réel auquel s'attendent l'emprunteur et le prêteur au moment de la transaction, appelé taux d'intérêt réel ex-ante, d'une part, et le taux d'intérêt réel qui se vérifie ultérieurement, appelé taux d'intérêt réel ex-post.

Les emprunteurs et les prêteurs ne peuvent plus prévoir exactement le taux d'inflation future ni son évolution.

Désignons par ð l'inflation future réelle et par ðe l'inflation future anticipée. Le taux d'intérêt réel ex ante est alors i- ðe, et le taux d'intérêt réel ex post i- ð. Les deux taux d'intérêt réels s'écartent lorsque l'inflation réelle ð n'est pas la même que l'inflation anticipée ðe.

Mais, comment cette distinction affecte-t-elle l'effet de Fisher ? De toute évidence, le taux d'intérêt nominal ne peut s'ajuster à l'inflation réelle, car cette dernière n'est pas connue lorsque le premier est fixé. Le taux d'intérêt nominal ne peut s'ajuster qu'à l'inflation anticipée. Réécrivons donc, de manière plus précise, l'effet de Fisher comme suit :

i = r + ðe

C'est l'équilibre sur le marché des biens et services qui détermine le taux d'intérêt réel ex-ante r. Quant au taux d'intérêt nominal i, ses variations sont exactement proportionnelles à celles d'inflation anticipée ðe.

Nous étudions, dans ce qui suit, l'introduction du taux d'intérêt nominal dans la fonction de demande de monnaie qui a un rôle crucial dans la détermination du niveau des prix et donc du taux d'inflation.

c- Le taux d'intérêt nominal et la demande de monnaie :

La théorie quantitative de la monnaie est basée sur une fonction simple de la demande de la monnaie. Cette théorie est loin d'être complète pour être un point de départ pour analyser le rôle de la monnaie. Nous allons ajouter un autre déterminant de la quantité demandée de lé monnaie, le taux d'intérêt nominal. Si nous sortons les billets de notre portefeuille, qui ne sont rémunérés par aucun taux d'intérêt, pour les déposer sur un compte d'épargne par exemple nous percevrons un taux d'intérêt nominal.

En détenant de la monnaie plutôt que d'autres types d'actifs, vous renoncez donc au taux d'intérêt nominal : celui- ci est le coût d'opportunité de la détention de monnaie.

En effet, les actifs autres que la monnaie, tels les bons d'Etat, générant un rendement réel égal à r. Par contre, la détention de monnaie ne génère qu'un rendement égal à -ðe, puisque la valeur réelle de la monnaie est érodée par le taux d'inflation. En détenant de la monnaie, nous renonçons à l'écart entre ces deux rendements. Le coût de la détention de monnaie est donc r-(-ðe), dont l'équation de Fisher nous dit qu'il s'agit du taux d'intérêt nominal i.

Comme la quantité demandée de tout bien est fonction du prix de ce bien, la quantité demandée de la monnaie dépend du prix de la détention de monnaie. La demande d'encaisses monétaires réelles est donc fonction, à la fois du niveau de revenu et du taux d'intérêt nominal. Ceci nous permet d'écrire la fonction générale de demande de monnaie comme suit :

(M/P)d = L(i,Y)

Avec L désigne la demande de monnaie, parce que celle-ci est l'actif liquide par excellence, celui qui est le plus facile d'utiliser pour réaliser des transactions. Plus le niveau du revenu Y est élevé, plus la demande d'encaisses monétaires réelles est importante. Et plus le taux d'intérêt nominal i est élevé, plus la demande d'encaisses monétaires réelles est faible.

Nous connaissons maintenant les divers relations qui, existent entre la monnaie, les prix et les taux d'intérêt. Comme nous savons dans la théorie quantitative de la monnaie, l'offre et la demande de monnaie déterminent conjointement le niveau d'équilibre des prix. A son tour, celui-ci influence le taux d'intérêt nominal via l'effet de Fisher.

Mais, comment l'introduction de cette dernière liaison affecte-t-elle la théorie du niveau des prix?

Egalisons, tout d'abord, l'offre d'encaisses monétaires réelles et leur demande :

M/P=L (i, Y)

Exprimons à l'aide de l'équation de Fisher le taux d'intérêt nominal en tant que somme du taux d'intérêt réel et de l'inflation anticipée :

M/P = L(r + ðe ,Y)

Cette équation établit que le niveau des encaisses monétaires réelles dépend du taux d'inflation anticipée.

La dernière équation va plus loin que la théorie quantitative de la monnaie quant à la détermination du niveau des prix. En effet, selon cette théorie, l'offre contemporaine de la monnaie détermine le niveau contemporain des prix. Cela n'est vérifié qu'en partie : si le taux d'intérêt nominal et le volume de production sont maintenus constants, le niveau des prix varie proportionnellement à l'offre de monnaie. En réalité, le taux d'intérêt nominal n'est pas constant : il est fonction de l'inflation anticipée, qui dépend elle-même de la croissance monétaire. La présence du taux d'intérêt nominal dans la fonction de demande de monnaie est à la base d'un moyen supplémentaire pour l'offre de monnaie d'affecter le niveau des prix.

Selon cette version élargie de l'équation de demande de monnaie, le niveau des prix est fonction de l'offre contemporaine de monnaie et également de l'offre monétaire attendue à l'avenir.

Pour mieux comprendre ceci, supposons que la banque centrale annonce son intention d'accroître la masse monétaire à l'avenir, sans la modifier aujourd'hui. Suite à cette annonce, les gens s'attendent à une croissance monétaire et à un taux d'inflation accrus. Cette augmentation anticipée du taux d'inflation suscite, selon l'effet Fisher, un accroissement du taux d'intérêt nominal. Celui-ci a pour effet immédiat de réduire la demande d'encaisses monétaires réelles. Comme la quantité de monnaie reste inchangée, cette demande réduite d'encaisses monétaires réelles entraîne un relèvement du niveau des prix. En conséquence, l'anticipation d'une croissance monétaire future plus rapide demain se traduit par un niveau des prix plus élevé aujourd'hui. On voit donc que l'impact de la monnaie sur les prix est relativement complexe.

1-3- L'inflation et le seigneuriage :

L'Etat peut financer ses dépenses (infrastructure de base, dépenses en recherches et développement, répartitions des guerres) de trois manières : en se procurant des recettes par impôt, en empruntant auprès du public et en émettant du papier monnaie.

Dans ces situations, les dépensent excèdent les recettes fiscales et, le plus souvent, les investisseurs n'ayant plus confiance dans la capacité de l'Etat à honorer ses dettes, n'achètent plus d'obligations publiques dont l'Etat désire vendre à fin de financer le déficit. L'Etat n'a donc plus d'autre choix que d recouvrir à la création monétaire.

« On appelle seigneuriage les recettes acquises par émission d'argent. Ce terme vient de «seigneur», lequel avait, au Moyen-Âge, le monopole de l'émission de monnaie sur ses terres. Ce même monopole est aujourd'hui dans les mains de l'Etat, pour lequel il constitue une source possible de revenus »18(*).

L'usage abusif du pouvoir de création monétaire par l'Etat accroît l'offre de monnaie, ceci est la cause profonde de la plupart des périodes d'inflation élevée et d'hyper- inflation. Quand l'Etat émet de la monnaie nouvelle à son propre usage, il réduit la valeur de la monnaie ancienne détenue par les gens. L'inflation est donc un impôt prélevé sur la détention de monnaie.

On étudiera les interactions entre les besoins de seigneuriage. La croissance monétaire et l'inflation. Nous analysons d'abord le lieu entre le taux d'inflation et le seigneuriage. Ensuite nous étudierons ce qui se passe lorsque les besoins de seigneuriage deviennent excessifs, donnant naissance à l'hyperinflation.

a- Taux d'inflation et seigneuriage

Supposons, comme dans l'analyse précédente, que la demande de monnaie en termes réels dépende négativement du taux d'intérêt nominal et positivement de revenu réel :

M/P = L (i, y)

= L (ð+ ðe, y); Li<0, LY>0,

Comme nous nous intéressons aux recettes que la création monétaire procure à l'Etat, M représente la monnaie émise par le gouvernement (billets, pièces et réserves des banques) et L représente la demande de monnaie haute puissance.

Supposons, pour l'instant que la production et le taux d'intérêt réel ne sont pas affectés par le taux de croissance monétaire, et que l'inflation effective et l'inflation anticipée sont égales. Par ailleurs, si on néglige la croissance monétaire, la quantité d'encaisse réelle à l'Etat régulier sera constante. L'inflation est alors égale au taux de croissance monétaire et la dernière équation devient :

M/P = L( + gM, )

représente le taux d'intérêt réel, la production réelle et gM le taux de croissance de monnaie.

La quantité de dépenses réelles par unité de temps que l'Etat finance par création monétaire est égale à l'augmentation du stock nominal de monnaie par unité de temps, divisée par le niveau des prix. Le seigneuriage réel est alors :

S = gM.M/P

Le taux de croissance de la monnaie est égal au taux auquel les encaisses nominales de monnaie perdent leur valeur réelle, soit le taux d'inflation ð. Le seigneuriage est égal au taux d'imposition des encaisses réelles, ð, multiplié par la base d'imposition, M/P. C'est la raison pour laquelle les revenus du seigneuriage sont fréquemment considérés comme l'impôt de l'inflation.

Remplaçons M/P par son expression dans la formule de seigneuriage, nous obtenons :

S = gML( + gM, )

Cette équation montre qu'une augmentation de gM accroît le seigneuriage en augmentant le taux d'imposition des encaisses monétaires réelles, mais le réduit en déminant la base d'imposition.

Pour mieux comprendre le sens de variation du seigneuriage en fonction de gM, dérivons S par rapport à g:

dS/d gM = L( + gM,) + gM L1( + gM, )

Où L1 est la dérivée de L par rapport à son premier argument.

Le premier terme de cette équation est positif et le second est négatif. Le second terme tend vers zéro lorsque gM tend vers zéro (sauf si L1(+gM, ) tend vers moins l'infini lorsque gM tend vers zéro). « La courbe de Laffer de l'impôt de l'inflation » illustrée dans le graphique suivant explique bien le lien entre S et gM.

Courbe de Laffer de l'impôt de l'inflation 19(*)

S

gM

S*

Comme L(,) est strictement positif, il s'ensuit que dS/dgM est positif pour des valeurs suffisamment faibles de gM. Autrement dit, lorsque le taux d'imposition est faible, le seigneuriage est une fonction croissante du taux d'imposition. Il est plausible cependant que lorsque gM augmente, le second terme domine. Il est vraisemblable de supposer que lorsque le taux d'imposition est exagérément élevé, toute augmentation supplémentaire réduit les recettes.

On remarque qu'à partir d'un certain seuil de gM, la courbe de seigneuriage devient décroissante. Selon Cagan, Sachs et Larrain (1993) ainsi que d'autres chercheurs, le seigneuriage correspond au maximum de la courbe de Laffer est d'environ 10% du PIB20(*).

b- Seigneuriage et hyperinflation :

Les besoins en seigneuriage pour financer le déficit public s'accroissent lorsque celui-ci prend une allure croissante dans le temps, ce qui aggrave la perte de confiance au gouvernement et détériore la crédibilité.

En effet, supposons qu'à long terme l'Etat cherche à financer le déficit budgétaire par l'émission d'emprunts uniquement. Les intérêts sur l'encours à la dette publique s'accroissent puisque le stock des titres augmente. Ils tendent à amplifier le déficit budgétaire qui exige alors l'émission de nouveaux emprunts. Dans la plupart des temps, l'Etat doit offrir des taux d'intérêts plus élevés pour inciter les épargnants à détenir l'encours croissant de la dette publique.

Probablement, les intérêts sur la dette déjà contractée et l'ampleur croissant du déficit budgétaire deviennent si importants que l'Etat ne puisse les financer par la seule émission de nouveaux emprunts. Dans ce cas, l'Etat n'aura plus d'autre recours que la création monétaire pour financer le déficit suscitant de ce fait une croissance rapide de la masse monétaire. C'est ainsi que commencent les hyperinflations.

En réalité, dans les pays frappés d'hyperinflations, le seigneuriage est souvent la principale source de revenus de l'Etat, et la nécessite même dans laquelle se trouve celui-ci d'émettre de la monnaie pour financer ses dépenses constitue la première cause d'hyperinflations.

En fin, le rôle central du seigneuriage dans les hyperinflations explique comment celles-ci peuvent s'achever avant même que la croissance monétaire ne se stabilise. La demande accrue d'encaisses monétaires réelles alors que hyperinflation est achevée, est satisfaite par la poursuite d'une croissance rapide du stock nominal de monnaie plutôt que par la baisse du niveau des prix. Mais ceci n'explique pas pourquoi le public anticipe une faible inflation alors que la croissance monétaire est encore élevée. La réponse réside dans le fait que les hyperinflations s'achèvent lorsque les réformes monétaires et fiscales ont éliminé le déficit, ou la faculté de l'Etat de le financer par seigneuriage, ou les deux. Ce sont des réformes de cette nature qui signalent au public que l'explosion monétaire n'est que temporaire.

Le pétrole : important cause de l'inflation dans les PED

Le prix du pétrole atteint de nouveaux sommets, au-delà de 60 $ le baril, et ce n'est peut-être pas fini. Cette hausse qui semble sans limite appelle une question : Est-ce que ces niveaux de prix perturbent l'économie ? De plus, la demande mondiale de pétrole croît à un rythme élevé (de 3,4 % en 2004 contre 1,3 % dans les années 1990).

Les prix élevés du pétrole nous pousse à étudier l'impact de cette importante matière première dans l'inflation. L'histoire a commencé dans les années 1970 avec le premier choc pétrolier. Dans cette partie, on étudiera l'impact du pétrole sur l'inflation à travers la relation du pétrole avec l'inflation importée (les PED sont en générale des pays importateurs du pétrole), l'inflation par les coûts (le pétrole est une matière première importante dans le processus de production dans les PED), l'inflation anticipée et les chocs pétroliers.

2-1- L'inflation importée et le pétrole

Dans une économie ouverte, à coté des causes internes de l'inflation, ils existent des causes externes. Ces causes externes peuvent entraîner une inflation par la demande (accroissement de la demande d'exploitation), une inflation monétaire (création de liquidités internes en réponse à l'afflux de devise) ou une inflation par les coûts (renchérissement des importations).

Les pays qui connaissent une forte inflation peuvent l'exporter facilement vers d'autres pays, surtout si ces derniers sont eux-mêmes dans une situation de haute conjoncture. Notamment, à cause du volume excessif des liquidités internationales, la présence d'un environnement inflationniste comporte toujours la menace d'une relance par les prix importée. Par ailleurs, nous pouvons remarquer facilement le rôle important que jouent les prix importés dans les PED.

On peut remarquer également que les matières premières (surtout le pétrole et ses dérives) présentent la part la plus importante dans l'importation des pays en développement. Ceci est à la cause des gaspillages on des mauvaises utilisations des matières premières et l'incapacité de développer des produits de substitution (énergie nucléaire, énergie solaire, matériaux composites divers...).

Réellement, l'intensité énergétique et pétrolière dans les PED est traditionnellement plus forte du fait d'appareils productifs moins performants. Egalement, et comparativement aux pays développés, la facture énergétique des pays en développement importateurs du pétrole est beaucoup plus élevée.

En effet, le prix mondial du pétrole a un impact direct et indirect sur l'économie en générale et sur l'inflation principalement. L'effet direct est la réponse immédiate des prix domestiques (internes) aux prix internationaux changés. L'effet indirect est la réponse du marché local des biens et services par l'augmentation du coût local résultant de l'augmentation des prix du pétrole importé.

Lorsque les prix de pétrole furent multipliés par quatre à l'automne 1973, la première conséquence fut une accélération de la hausse des prix du fait d'une inflation importée. La hausse se répercuta rapidement dans tous les secteurs qui utilisaient directement le pétrole comme source d'énergie (transport, sidérurgie, engrais) ou comme matière première (chimie, matières plastiques...). Par vagues successives, tous les prix augmentèrent et atteignirent des taux d'inflation importants.

Plusieurs études, qu'on peut citer quelques unes, ont montré l'importance de l'inflation importée ou des prix importés dans la détermination de l'inflation dans plusieurs pays.

Un modèle énoncé par Sunkel (1958), Streeten (1962), Olivera (1964), Baumol (1967) et Maynard Rijckeghem (1976) considèrent que les prix importés sont l'un des principaux déterminant de l'inflation. De plus, De Wet et al (1987)21(*) ont souligné dans leur étude l'importance des prix importés dans l'inflation de l'Afrique du sud. Ils ont remarqué qu'il y a une relation positive entre le taux d'inflation et les prix importés. L'accroissement de ces derniers a un impact inflationniste dans l'économie.

Dans le cas de la Turquie, Metin (1995)22(*) dégage dans son modèle l'importance de l'inflation importée dans la détermination de l'inflation. De même pour le cas de la Turquie, Kibritçioglu et Kibritçioglu (1999) montrent qu'une augmentation dans le prix du pétrole importé cause une augmentation cumulative et générale des prix pendant 10 mois.

2-2- L'inflation par les coûts et le pétrole :

Nous parlons d'inflation par les coûts lorsque l'inflation provient de la hausse des éléments du prix de revient des biens et services. L'inflation par les coûts se présente quand la poussée sur les coûts provient directement de l'étranger : une hausse des prix des matières premières importées, hausse qui excèderait celle du niveau général des prix.

En effet, les matières premières interviennent directement dans le processus de production. Une augmentation des prix des matières premières aura un effet immédiat sur certains prix, et finira par affecter l'ensemble des prix en se propageant par les échanges inter industriels. Donc si la hausse des prix des matières premières est considérable, son impact sur le niveau général des prix peut être assez sensible pour accélérer l'inflation.

De plus, lorsque les matières premières sont peu substituables, les variations de leurs coûts se répercutent fortement dans le prix final des produits. Si ces matières premières interviennent dans la fabrication de nombreux produits, l'effet est amplifié; il en est de même si les matières premières entrent dans la fabrication des produits intermédiaires.

 « Le cas du pétrole est typique »23(*). Le pétrole entre dans la composition de l'essence, des matières plastiques et intervient fortement dans le processus de fabrication du ciment. On comprend l'incidence considérable que peuvent avoir les variations de son prix. En outre, l'effet d'une hausse des prix pétroliers se manifeste d'abord par un renchérissement de la facture énergétique, découlant non seulement de la composante pétrole mais aussi des autres matières premières dont les prix suivent ceux du pétrole (gaz notamment).

Il est ordinaire de distinguer un effet inflationniste direct de possibles effets indirects, dits « de second tour ». Ainsi, l'effet direct sur les prix à la consommation d'une augmentation du prix du baril reflète le poids de celui-ci dans le panier de consommation moyen. Les effets de second tour proviennent des tentatives, par les entrepreneurs et les salariés, de compenser la perte de revenu entraînée par l'augmentation des prix du pétrole.

Ainsi, les producteurs peuvent transmettre à leurs clients la hausse des coûts en relevant les prix de vente, ce afin de restaurer leurs marges. De leur coté, de façon à maintenir leur pouvoir d'achat, les salariés peuvent exiger une augmentation compensatoire des salaires, elle-même susceptible de nourrir une nouvelle hausse des prix (augmentation du coût de la main d'oeuvre). De tels enchaînements conduisent à une spirale inflationniste.

Dans les PED, l'augmentation du prix du pétrole entraîne une augmentation des prix relatifs des autres biens et services, car la plupart des PED utilise encore massivement le pétrole dans leur processus de production. Les pays développés par contre, selon Michael Mussa24(*) utilisent moins de pétrole dans leur processus de production, grâce notamment aux produits de substitution.

Les fortes hausses du prix de l'énergie et des principales consommations intermédiaires engendrent une augmentation générale des prix. Cette augmentation des prix du pétrole et dérivés pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des citoyens. En effet, la situation du consommateur s'aggrave en cas d'absence d'indexation prix-salaire. De plus, le pouvoir d'achat du consommateur peut être touché dans le cas de la rigidité des prix à la baisse.

2-3- L'inflation anticipée et le pétrole :

Les anticipations de l'inflation future sont un autre important déterminant de l'inflation. Le message de Keynes insiste sur les anticipations, les néo-Keynésiens, qu'il inspirera, mettront l'accent sur le contexte d'incertitude qui entoure ces anticipations. Depuis que Friedman (1968) et Phelps (1967,1968) ont introduit l'hypothèse du taux naturelle dans les années 1960, les anticipations ont joué un rôle central dans la compréhension de la dynamique de l'inflation. Deux catégories d'anticipations peuvent être esquissées dans cette considération, à savoir les anticipations adaptatives et les anticipations rationnelles.

Les études qui testent cette hypothèse ont été basées sur la supposition des anticipations adaptatives qui sont pesée au moyen de l'inflation passée. Cependant, Lucas (1972) et Sargent (1971)25(*) ont critiqué cette approche. Depuis lors, les économistes ont souvent compté sur la supposition des anticipations rationnelles. Donc, la macro- économie des années 1970 est dominée par une idée révolutionnaire dite des anticipations rationnelles développée par Robert E.Lucas, Thomas J. Sargent, Neil Wallace, Robert J. Bano et Bennet T. Mecallum26(*). Commençant par les suppositions des monétaristes de l'information imparfaite, l'école des anticipations rationnelles a soutenue que les agents ne font pas les mêmes erreurs de prévision contrairement à l'idée des anticipations adaptatives : les agents économiques forment leurs anticipations macroéconomiques rationnellement en se basant sur toutes les inflations passées et les informations courantes et disponibles et non seulement sur les informations passées comme dans le cas des anticipations adaptatives.

L'approche monétariste traditionnelle des années 1960 suppose que les erreurs dans les anticipations des prix sont reliées les unes aux autres. Par contre, ici, ils sont totalement aléatoires ou indépendants les unes aux autres. Donc, d'après les anticipations rationnelles, consommateurs et firmes forment leurs anticipations de l'inflation en se basant sur l'inflation passée et l'inflation récemment observée et cela peut affecter le niveau des prix.

Les partisans de la théorie maintiennent que les prix augmentent parce que les gens attendent qu'ils augmentent et ils attendent qu'ils augmentent parce qu'ils les ont vu augmenter. De l'autre coté, la théorie des anticipations rationnelles de l'inflation suppose que les gens utilisent toute l'information disponible qui inclus les politiques courantes pour prévoir le future. La notion de base des défenseurs de cette théorie est que si les responsables politiques se sont engagés à réduire l'inflation, les agents rationnels comprendront l'engagement et baisseront rapidement leurs anticipations de l'inflation.

Avec le temps les économistes se sont rendus compte de plus en plus que les agents peuvent être trop intelligents pour former des anticipations adaptatives mais ils ne peuvent pas être assez intelligent pour former des anticipations rationnelles.

Malheureusement, trouver un refuge sûr entre la stupidité des anticipations adaptatives et l'hyper intelligence des anticipations rationnelles n'est pas facile. Friedman (1979), Summers (1986) et Sargent (1999)27(*) ont exploré la possibilité que donne l'étude des moindres carrée pour expliquer comment les anticipations évoluent avec le temps. Sims (2001) a suggéré la capacité limitée des agents à déterminer un modèle qui développe bien l'information.

De plus, les extensions modernes et les interprétations de la courbe de Phillips (Scheibe. J et D. Vines 2005)28(*) démontrent, par l'incorporation de l'inflation anticipée comme variable dans l'équation d'estimation de la courbe de Phillips, qu'il existe une relation positive entre l'inflation et l'inflation anticipée.

Aussi, des études économiques récentes29(*) fournissent des modèles qui estiment l'inflation. Parmi les principaux déterminants incorporés dans ces modèles on trouve l'inflation anticipée. Plusieurs études empiriques ont montré l'importance de l'inflation anticipée dans la détermination de l'inflation de plusieurs pays. On peut citer comme exemple le cas des travaux d'Insel (1995) qui montrent, pour la Turquie l'importance de l'inflation anticipée dans la détermination du processus inflationniste.

Dans la réalité, à cause de la méfiance entre les Etats de PED et les agents économiques ceux- ci font leurs anticipations non plus sur les politiques et les informations énoncés par leurs Etats mais en se basent sur les informations énoncées sur le marché. Encore, pour ces agents le marché mondial reste le plus crédible et la variation des prix des produits échangés sur l'échelle internationale donne une bonne information pour eux afin de prévoir la variation des autres prix internes. Le prix mondial du pétrole est l'un des prix dans lequel on peut se baser pour prévoir la variation du prix de ce produit dans le marché interne.

De plus, la grande relation existante entre le pétrole et beaucoup de matières premières et son impact sur les autres produits énergétiques et sur les coûts de production en général lui donne le caractère d'être un facteur important dans l'inflation anticipée. Ce critère attribué au pétrole est renforcé dans les PED à cause de son importance dans le processus de production en général et principalement sur la production de l'énergie (électricité) et à cause de son poids dans le panier de consommation.

2-4-Les Chocs externes et le pétrole :

A travers l'histoire, plusieurs faits et perturbations mondiales affectent les économies nationales. Les perturbations sont considérées comme chocs externes qui causent la variation des variables de l'économie. Ces chocs externes peuvent être engendré par des facteurs politiques ou autres qui sortent de la volonté du pays subissant ces chocs.

Parmi les chocs externes qui affectent l'un des principales variables de l'économie à savoir l'inflation et qui sont considérés dans plusieurs études faites sur les PED on peut citer les chocs sur les produits intérieurs bruts étrangers, les chocs sur les termes de l'échange, les chocs sur le prix du pétrole... .

Les PED sont les plus exposés à la hausse des prix du pétrole. Leur plus grande fragilité vient également du fait que le risque de tensions inflationnistes, dans un contexte ou la stabilisation des prix et du taux de change n'est pas achevée, est plus fort.

Les effet