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Le mouvement syndical haitien: luttes et conquêtes dans le secteur de l'éducation 1986-2000

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par Leonel l PIERRE
Université d'état d'Haiti INHAGEI - Licence en admnistration publique 2004
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Sciences Politiques
  

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    UNIVERSITTE D'ETAT D'HAITI

    INSTITUT NATIONAL D'ADMINISTRATION DE GESTION DE HAUTES ETUDES INTERNATIONALES

    (INAGHEI)

    Le mouvement syndical haitien :luttes et conquetes dans le secteur de l'education 1986-2000

    Mémoire de sortie prepare et soutenu par l'etudiant Leonel PIERRE

    Sous la direction du Docteur Anski Mabango Kitubu

    Pour l'obtention de son grade de licencie en Administration

    Option :Administration Publique

    Port-au-prince,haiti

    Juillet 2004

    LE MOUVEMENT SYNDICAL HAÏTIEN:

    Luttes et Conquêtes dans le secteur de l'Éducation

    1986 -2000

    Aux Enseignants

    et

    aux autres professionnels

    `' Si tu refuses ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne. ''
    (Jean ROSTAND)

    `' Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts `'

    (Article 23-4 de la charte internationale des droits de l'homme proclamé en 1948)

    Remerciements

    ____________________________

    Au terme de la réalisation de ce travail nous tenons à remercier tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à rendre ce travail possible. Leur soutien à un niveau ou à un autre nous a permis de venir à bout des difficultés de toutes sortes. C'est pourquoi nos remerciements sont adressés à nos parents Monsieur et Madame Léonard PIERRE qui, même dans les moments les plus difficiles, ne se sont jamais découragés à nous prodiguer les soins les plus nécessaires. Sans leurs efforts associés aux nôtres nous n'aurons pas pu arriver là où nous sommes.

    Mes remerciements sont adresses au Docteur Saliou Ladjouan pour sa ferme volonté et détermination de nous diriger inlassablement dans l'étude de ce sujet intitulé: « Le mouvement Syndical Haïtien : luttes et conquêtes dans le secteur de l'Education de 1986 à 2000.» Malheureusement son départ pour le pays ne nous a pas permis d'achever le travail avec lui.

    Mes remerciements sont aussi adressés au Docteur KITUBU, Anskis Mabango qui a accepté de nous accompagner en vue d'achever ce travail. N'était-ce pas son dévouement et sa patience ce travail n'aurait pu être ce qu'il est aujourd'hui ? Une fois de plus, Merci Docteur KITUBU.

    Il convient aussi d'adresser mes remerciements :

    § à mes anciens professeurs de tous les niveaux du Système Educatif Haïtien

    § à mes frères et soeurs pour leur dévouement et leur soutien

    § à mes anciens camarades de classe (élèves et étudiants)

    § aux camarades syndicalistes

    § aux responsables des différentes Bibliothèques qui ont mis à notre disposition les différents documents qui nous ont permis à mener à bien cette recherché particulièrement de l'INAGHEI, de la Nationale, de la Faculté de droit et des sciences économiques, de la Commission Nationale de Coopération avec l'UNESCO, de la FONHEP, de la Faculté des Sciences Humaines.

    § à Marilène, Yanick, Pépé, Laforêt pour leur soutien et collaboration.

    § aux enseignants et enseignantes qui ont compris que la lutte pour la défense de leur métier est un combat.

    A tous ceux dont la préparation de ce travail m'oblige à les priver de ma présence. Je profite de leur dire aujourd'hui j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course. Qu'ils soient, tous, enfin, vivement remercier pour leur compréhension, leur collaboration active et éclairée.

    METHODOLOGIE

    I- LES RAISONS DU CHOIX DU SUJET

    A l'heure actuelle, l'éducation en Haïti connaît des problèmes, présentés sous diverses facettes. Ces problèmes nous les avons vécus au cours de notre passage dans l'enseignement primaire, secondaire, professionnel et supérieur; nous les avons retrouvés plus tard dans le cadre de notre statut d'enseignant et de nos différentes visites dans différentes régions du pays. Il nous est apparu alors que ces problèmes affectent l'ensemble du pays.

    Face à l'incapacité du pouvoir à résoudre ces problèmes, les enseignants se sont regroupés en syndicat((*)1) pour tenter de trouver des solutions à ces graves problèmes qui mitent le monde de l'éducation en Haïti. En même temps qu'ils posent les problèmes de l'éducation ils en profitent aussi pour faire passer leurs propres révendications axées sur la valorisation de leur métier. Ces révendications s'inscrivent dans un processus de lutte continue et permanente pour les faire aboutir.

    Notre statut d'enseignant et notre compréhension de l'importance du métier nous ont obligé de nous impliquer davantage dans cette lutte.

    Les diverses actions syndicales qui ont paralysé en 1995 et 1997 le fonctionnement de l'école haïtienne pendant plusieurs semaines par des organisations syndicales du secteur de l'Éducation ont révélé au public haïtien la détermination des enseignants de résoudre définitivement ces problémes. Les syndicats à cette époque ont fait usage d'une double stratégie : la pression et la négociation.

    Les pressions qui les ont conduit à la négociation ont abouti à des accords qui malheureusement aujourd'hui n'ont été suivi d'aucun effet. Face à cet échec les actions syndicales n'ont cessé de se multiplier dans le secteur de l'éducation. Et dans une période marquée par la fin d'une dictature et l'émergence d'un siècle nouveau (1986-2000). La société haïtienne a été démobilisée dans ses choix pour le développement du pays.

    C'est pourquoi il nous est apparu indispensable d'accorder une attention soutenue aux différentes luttes et conquêtes du mouvement syndical haïtien dans le secteur de l'éducation.

    II- PROBLEMATIQUE

    Haïti est un pays qui a longtemps été colonisé, il faudrait donc remonter à l'époque coloniale pour retracer l'évolution de son système éducatif qui comprend deux grands axes:

    - l'éducation coloniale avec la mission de socialiser et de qualifier la main d'oeuvre noire.

    - l'éducation marron qui, dans la clandestinité la plus complète, s'adresse aux esclaves et aux Noirs en général. Elle avait une double fonction mystique et politique et dont l'objectif était la libération des esclaves et la fondation de la nation haïtienne.

    Il est à souligner que ces deux éducations ne sont pas en contradiction, elles participent d'une lutte féroce et sans merci entre deux ordres sociaux: l'un caractérisé par le régime esclavagiste et l'autre par la volonté de libération des esclaves et des travailleurs noirs, hommes de couleurs libres et affranchis((*)1). Avec le temps, l'Éducation en Haïti devient catastrophique; elle fait retarder le pays quel que soit le critère de performance considéré puisqu'elle est en opposition avec les aspirations réelles de toutes les couches sociales de la nation et exprime une crise profonde de la société.

    Tenant compte des caractéristiques principales du système éducatif qui a révélé les carences de l'Etat au niveau pré-scolaire qui, il y a peu de temps encore comptait à travers la République seulement 210 centres pré-scolaires publics (C P P), tous attachés à des écoles nationales primaires. Face à cette carence du secteur public, le secteur privé comptait quant à lui, plus d'un millier d'écoles maternelles. Cette situation s'est aggravée avec le temps puisque les centres pré-scolaires publics ont diminué de plus en plus alors que le secteur privé est à la hausse, c'est le cas de la section «KINGDERGARTEN».

    - Au niveau primaire c'est la désorganisation; le cadre physique n'est pas toujours approprié. En effet certaines écoles n'en possèdent pas et fonctionnent à la belle étoile. Les élèves sont en grande majorité des sur-âgés. Les professeurs récrutés sont inqualifiables, sans vocation, sans spécialité aucune puisqu'ils sont respon-sables de toutes les matières enseignées. Cette situation catastrophique du primaire a des incidences graves sur le secondaire.

    - Au niveau du secondaire les problèmes sont multiples. Ils concernent la faiblesse des ressources allouées à l'éducation, l'expansion spontanée de l'effectif scolaire au niveau du secteur privé, l'incompétence des éducateurs, l'absence de contrôle réel et le manque de motivations pédagogiques. Tous ces problèmes ont engendré le phénomène de «Borlétisation»(#) au niveau secondaire.

    - Au niveau technique et professionnel c'est encore la faiblesse de l'Etat qui frappe. Le secteur privé assure seul la quasi-totalité des établissements techniques et professionnels dépendant de l'INFP, qui brille par son incapacité. Souvent, les techniciens ne possèdent pas le niveau de scolarité exigé à l'entrée dans ces établissements. Cela est notamment imputable au fait que certains parents ne croient pas à l'intérêt de l'enseignement technique qu'ils considèrent comme un recours en cas de l'inaptitude de leurs enfants à suivre l'enseignement classique. Ils déclarent souvent: «Timoun nan pa ka apran-n li map mete-l nan metyé».

    - Au niveau supérieur les centres universitaires sont prolifiques et plafonés au niveau de la licence à l'exception de quelques rares centres universitaires privé, ayant un programme de maîtrise comme l'Académie Nationale Diplomatique et Consulaire (ANDC) et l'Université Quisqueya. Il est à souligner que seule la faculté de médecine possède un doctorat sans présentation de thèse.

    - A chacun de ces niveaux, les conditions de travail sont difficiles, les objectifs ne sont pas clairement définis, les progrès ne se manifestent pas au sein du système.

    «Dans une société démocratique recherchant le progrès, les finalités de l'éducation doivent être clairement définies(*) et tendre à trois grands objectifs: Premièrement relever le standard de vie de la nation; deuxièmement augmenter les capacités agricoles et industrielle et troisièmement préparer les masses à la participation politique et former l'élite nationale ( Moton 1931)((*)1).

    Aussi, l'éducation devient-elle une charge. Cette charge incombe à l'Etat. Lui seul possède la légitimité ainsi que la puissance administrative pour reconstruire un nouveau système éducatif et le rendre opérationnel en mobilisant une part importante de la richesse nationale pour financer la scolarisation massive de la population et améliorer la qualité de l'enseignement.

    Face à tous ces problèmes, les professionnels de l'éducation ne se sont pas démobilisés, obéissants aux préscrits constitutionnels((*)1), ils s'associent et ces associations portent le nom de syndicats.

    Les étapes marquantes de l'évolution du mouvement syndical dans le domaine de l'Éducation peuvent se résumer de la manière suivante:

    Pour la première fois, vers les années 50, l'histoire nous rapporte que le monde de l'éducation a connu l'existence de deux syndicats. Il s'agit de l'Union des Instituteurs Haïtiens (UIH) en décembre 1957 et de l'Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement Secondaire (UNMES) au cours du mois de janvier de la même année.

    · 1957: marque l'avènement de François DUVALIER au pouvoir politique, le mouvement syndical continue à faire son chemin.

    · 1961: malgré la repression exercée par le régime des Duvaliers les centrales syndicales continuent à exister.

    · 1963 : c'est l'extinction de toute activite syndicale indépendante et progressiste dans le pays par le pouvoir duvaliériste. Seuls subsistent les syndicats créés par le régime.

    · 1980 : c'est la répression qui plonge les syndicats combatifs dans la létargie.

    · 1986 : marque la chute de la dictature musclée qu'a connue le pays pendant 29 ans. Duvalier n'est plus au pouvoir; Cette année a été celle du foissonnement des syndicats et du réveil de leur sommeil forcé. De nouvelles créations ont ainsi vu le jour dans les différents secteurs de la vie nationale.

    Au cours de cette période marquée par l'euphorie de la victoire de tout un peuple, tous les secteurs s'organisent, les enseignants eux se réunissent en Avril 1986 à Léogâne, pour créer la Confédération Nationale des Enseignants d'Haïti (CNEH) qui, plus tard, deviendra la Confédération Nationale des Educateurs d'Haïti avec comme objectif de défendre et de protéger les droits et les intérêts des Educateurs.

    En 1991, prenant acte de la démission de l`État face aux nombreux problèmes de l'éducation. Les professeurs normaliens du pré-scolaire, du primaire et du secondaire se réunissent à Port-au-Prince pour créer l'Union Nationale des Normaliens d'Haïti (UNNOH) avec l'objectif de:

    - valoriser la fonction enseignante

    - Contribuer à l'amélioration du système éducatif.

    · 1992 : de nombreuses associations d'enseignants dans les diverses régions du pays se sentent isolées; Pour vaincre cet isolement, elles se réunissent à Port-au-Prince et décident, après maintes discussions, de créer la Fédération Nationale des Travailleurs en Éducation et en Culture (FENATEC) dans l'objectif de :

    - défendre la cause des associations enseignantes, des employés de l'Éducation et des travailleurs sociaux en insistant sur les meilleures conditions de travail.

    - contribuer à la mise en oeuvre d'un plan de réforme du système éducatif haïtien à tous les niveaux.

    · 1995 : le malentendu, les problèmes de principe opposant le MENJS et les enseignants engagés dans le processus d'évaluation des copies des bacheliers. conduisent à la création du Corps National des Evaluateurs Haïtiens; qui quelques années plus tard se Transforme en Corps National des Enseignants d'Haïti (CONEH) avec l'objectif de défendre et protèger les droits de ses membres toutefois cette organisation a été doté d'une structure collégiale.

    · 1996 : suite à la déclaration du Ministre de l'Éducation Nationale visant à revoquer massivement les inspecteurs et les enseignants en commençant par ceux intégrés à partir d'Octobre 1995. Le motif évoqué par le Ministre pour justifier ces révocations est libélé comme suit : « c'est une lourde charge de l'État.'' A la suite de cette décision 76 agents éducatifs y compris enseignants, inspecteurs et autres concernés par la question de l'éducation des dix départements scolaires du pays se donnent rendez-vous à l'Ecole Normale Supérieure (ENS). Après délibération ils décident de créer une association dénommée Groupe d'Initiative des Enseignants de Lycée (GIEL) dans l'objectif de :

    - travailler pour la promotion du secteur public.

    - encourager le développement de la pensée en Haïti.

    Il n'y a pas que ces syndicats. D'autres associations ont aussi marqué le monde éducatif. Il s'agit de:

    - l'Association de Solidarité des Parents des Élèves Haïtiens (ASPEH)

    - le Zafè Elev Lekol (ZEL)

    Suite aux journées de grèves, de manifestations, dès scènes de violence et de négociations vers les années 95, les syndicats ont, enfin, obtenu, sans un accord formel, un ajustement de salaire de 120% sur les 300% reclamés.

    En 1997, une autre étape marque la lutte des enseignants. Mobilisés autour du mot d'ordre de l'UNNOH, du CONEH, du GIEL, de la FENATEC et de l'ASPEH qui, plus tard, inviteront le ZEL et la CNEH à emboîter le pas. Les nuits de négociations entre eux et l'Etat les ont conduit à la signature conjointe des accords suivants:

    1. Le protocole d'Accord du 17 janvier 1997 signé avec la Commission d'Éducation du Sénat de la République à travers lequel, la Commission s'engage à entreprendre dans l'immédiat, des démarches nécessaires auprès de toutes les autres instances concernées en vue d'arriver à l'ouverture des travaux permettant d'apporter satisfaction aux differentes revendications des Enseignants. En réalité, cet Accord n'a fait qu'initier le processus de négociation et rien d'autre dans le concret

    2. Le protocole d'Accord en date du 17 février 1997 signé au palais National.

    A travers cet accord, les engagements fermes ont été pris au nom du Gouvernement et en présence du chef de l'État, le Ministre de l'Éducation Nationale a signé. Devant la résistance et le non respect de sa signature les organisations d'enseignants remontent au créneau.

    3. L'Addendum au protocole d'accord en date du 23 Mai 1997 et d'autres actes officiels tels: l'acte d'adhésion de la chambre des députes...etc.

    Ce ci fut en réalité un supplément au protocole d'accord du 17 février réalisé sous l'initiative du président de la chambre des députés. Cette fois les engagements sont repris et accompagnés d'échéanciers. Quatres années après, ces échéanciers n'étaient pas toujours respectés. La lutte syndicale continue. Les syndicats continuent à réclamer l'application et le respect de ces Accords que le quotidien Nouvelliste, en date du 10 Mars 1999, qualifie de `'Patrimoine National de l'Education.''

    Comme nous pouvons le constater, la lutte syndicale dans le secteur éducatif est marquée par différentes étapes. Quels sont les facteurs défavorables à la marche progressive de la lutte syndicale dans le secteur éducatif ?

    Ces facteurs se situent à trois niveaux:

    1) Au niveau Éducationnel

    2) Au niveau Conjoncturel

    3) Au niveau des Syndicats

    AU NIVEAU EDUCATIONNEL : les facteurs de blocage de la lutte syndicale sont les suivants:

    - le mode de récrutement des enseignants lié au profil et au grade.

    - le manque de concertation entre les enseignants

    - la faible qualification des enseignants

    - le problème d'information facilitant l'analyse des syndicalistes

    - l'absence de partenariat entre l'état et les syndicats.

    - le secteur privé de l'éducation dans son fonctionnement anarchique

    - les articles publiés dans les colonnes du journal l'éducation en action et les autres journaux de la place

    - les menaces de révocation des enseignants grévistes

    - la révocation des leaders syndicaux par le MENJS

    - les associations parallèles créés par le MENJS.en vue de mater la lutte syndicale

    - les déclarations et actions des dirigeants de l'Etat a effets démobilisants

    - l'insatisfaction des enseignants bénéficiant d'un mauvais traitement salarial ce qui les poussent à abandonner le métier et de ne pas imaginer un plan de carrière

    - l'absence de vocation

    - la non valorisation du métier d'enseignant

    - l'etiquette sacerdotale accrochant au métier d'enseignant

    - le réfus du dialogue et de concertation par le MENJS

    - le désaccord du MENJS avec les syndicats du secteur.

    AU NIVEAU CONJONCTUREL : les facteurs de blocage de la lutte syndicale sont les suivants:

    - les mouvements de protestation des différentes organisations de la société civile recherchant la satisfaction de leurs revendications

    - l'absence de plan de lutte

    - la fréquence élevée du mouvement avec la même tactique et la même formulation des revendications

    - le manque de moyen matériels et logistiques des syndicalistes

    - le non respect du droit syndical par les autorités en place

    - la vision négative de la population face aux différentes actions syndicales qu'elles soient à caractère politique ou à caractère économique et sociale.

    - l'inexistence du contrebalancement au niveau du pouvoir politique

    - l'instabilité politique et sociale

    - la non intervention du ministère des affaires sociales et du travail.

    AU NIVEAU DES SYNDICATS : les facteurs défavorables sont les suivants:

    - l`émiettement des syndicats de diverses tendances et influencé chacun par un courant idéologique

    - le problème financier des syndicats

    - le problème de la formation des membres et dirigeants du mouvement syndical

    - les formes de luttes traditionnelles

    - l'absence de culture syndicale

    - l'influence gouvernementale

    - l'absence d'action concertée

    - la réticence de la population d'accompagner les syndicalistes dans certains mouvement de lutte.

    - le problème produit par la législation haïtienne en la matière (code du travail, les différentes conventions...etc)

    Ces différentes étapes analysées nous a permis de cerner le sujet et de construire la problèmatique suivante:

    Quelles sont les luttes et les conquêtes du mouvement syndical haïtien dans le secteur Éducatif de 1986 à 2000 ?

    Notre problèmatique, ainsi défini, nous a permi de construire l'hypothèse de travail que voici:

    III - Hypothese de Depart

    L'Évolution de la lutte syndicale dans le secteur Éducatif caractérisée par la recherche de l'amélioration des conditions de travail des enseignants se trouve confronter à certains obstacles majeurs au niveau éducationnel et au niveau conjoncturel et au niveau des syndicats.

    IV - Hypotheses Secondaires

    1- La concertation entre l'Etat et les syndicats, l'existence de moyens humains et financiers sont indispensables pour obtenir de l'école haïtienne une certaine rentabilité et seul un partenariat réel lié à la mission de l'Etat en cette matière peut nous aider à renover notre système Educatif capable de promouvoir le progrès Socio-Politico-Economique. Il est du devoir de la puissance publique.

    2- L'amélioration des conditions de travail des enseignants et la valorisation de leurs revenus constituent des facteurs importants dans la résolution des problèmes qui paralysent le monde de l'Education en Haïti.

    V - Objectif Principal

    Identifier et Analyser les facteurs qui ont limité les luttes et les conquêtes du mouvement syndical dans le secteur de l'Éducation de 1986 à 2000.

    VI - Objectifs Spécifiques

    1) Rechercher la définition des concepts et de l'Évolution du syndicalisme

    2) Étudier le système Educatif Haïtien

    3) Identifier et Analyser les divers problèmes de l'Éducation en Haïti

    4) Identifier certains problèmes majeurs de l'Éducation en Haïti

    5) Etudier le mouvement syndical Haïtien dans sa structure et son fonctionnement

    6) Analyser les différentes étapes revendicatives, les luttes et les conquêtes du mouvement syndical

    7) Identifier certains facteurs de blocage majeur à la lutte syndicale.

    VII - L'état de la Question

    Dans le cadre du traitement de ce sujet, les documentations sont quasiment inexistantes.

    - Il n'existe pas suffisamment de données et d'informations sur le fonctionne-ment du mouvement syndical haïtien (absence d'archives). La plupart des établissements de l'enseignement supérieur visités ne sont pas en mesure de produire des informations à jour sur leur fonctionnement faute d'un système interne pour organiser et traiter les informations.

    - Malgré les difficultés d'accès à certaines informations, l'inexistence pour le moins insuffisance d'écritures sur cette période qui a profondément marquée par les activités syndicales dans le secteur de l'Education. Les maigres ressources dont nous disposons, nos contacts avec certains dirigeants du mouvement syndical et les différentes bibliothèques fréquentées nous ont permis de mieux cerner le sujet et de le traiter.

    Notre approche sera donc historique et fonctionnelle. Elle nous permettera de rechercher et d'analyser les données relatives à notre étude.

    VIII - L'Aire du Sujet

    Notre sujet porte sur le syndicalisme Haïtien dans le secteur de l'Education et s'étend sur toute l'étendue du territoire haïtien par conséquent, Haïti sera notre champ d'études.

    IX - Période de l'Etude

    Notre étude s'étend sur une période de quatorze (14) ans c'est-à-dire de 1986 à 2000.

    X -PLAN DE L'ETUDE

    Notre travail est realisé en deux parties. La première partie traite de la définition de quelques concepts sur le syndicalisme et de l'Education en Haïti: son histoire et sa rentabilité. Elle s'étend sur trois (3) chapitres subdivisés en quatre (4) sections. Elle correspond aux objectifs spécifiques Nos 1, 2, 3 et 4.

    La deuxième partie traite de la recherche des solutions aux problèmes de l'Education par le Mouvement Syndical Haïtien.

    Elle s'étend sur deux (2) chapitres subdivisés en cinq (5) sections.

    Elle correspond aux objectifs spécifiques Nos 5, 6 et 7.

    PREMIERE PARTIE

    DE LA DÉFINITION DE QUELQUES

    CONCEPTS SUR LE SYNDICALISME ET DE L'EDUCATION EN HAÏTI:

    SON HISTOIRE ET SA RENTABILITÉ.

    CHAPITRE 1

    DEFINITION DE QUELQUES CONCEPTS

    Section 1 : Definition conceptuelle du syndicalisme.-

    D'un auteur à un autre le syndicalisme fait l'objet de divers points de vue. Que ce soit dans le milieu ouvrier que ce soit dans le milieu non ouvrier (travailleur intellectuel) le syndicalisme continue à faire l'objet de profondes réflexions où chaque auteur expose en ses propres termes des définitions, qui sont fonctions de son mode de pensée, de son école et de son idéologie. Mais, ils ne se démarquent point de l'origine du syndicalisme. Voilà pourquoi, notre thème de recherche ne saurait être constitué sans un cadre théorique et conceptuel où seront définis les concepts de base de notre recherche. Pour ce faire, nous partirons des concepts généraux auxquels le syndicalisme ne peut se détacher ce qui constitue l'univers théorique dans lequel s'est insérée la problèmatique posée dans le cadre de notre thème de recherche. Ainsi la formulation des hypothèses préalablement établies trouveront leur fondement théorique dans la lecture des pages historiques du syndicalisme, dans un travail d'observations des faits, de consultations, de compilation, d'analyses sur la base de données récueillies, de témoignages d'époque et de textes où seront puisés un ensemble de concepts comme syndicalisme, syndicat, action syndicale et conquêtes syndicales.

    D'après le dictionnaire Larousse le syndicalisme se définit comme une doctrine visant à faire jouer un rôle aux syndicats dans la vie organique d'une nation.

    Cette définition du Larousse à part de mettre en évidence l'aspect utilitaire a aussi abordé son aspect fonctionnel et étend le syndicalisme à la nation c'est-à-dire à toutes les couches sociales c'est bien là une vision globale du concept.

    Cette vision se retrouve dans l'oeuvre de Léon Diguit pour qui le syndicalisme ouvrier n'est pas une transformation de la seule classe ouvrière. Si pour lui, il est plus avancé que pour les autres, il s'étend à toutes les classes sociales[...], il faut voir dans le syndicalisme un mouvement qui tend à donner une structure juridique définie aux différentes classes sociales, c'est-à-dire aux groupes d'individus qui sont déjà unis par une similitude de besogne dans la division du travail social et en même temps à une communauté plus étroite d'intérêt((*)1).

    Dans la définition de Diguit notre attention est attirée par deux grandes idées l'extension du syndicalisme aux autres groupes sociaux de manière implicite il fait référence à l'origine et à l'évolution du syndicalisme: le regroupement des individus par catégorie profesionnelle d'où la question de l'unité.

    Ces mêmes idées se retrouvent dans la définition de Paul Durand qui présente le syndicalisme en ces termes: le syndicalisme répond à une loi générale d'aprés laquelle des individus placés dans la même situation économique et sociale et trop faibles isolément pour améliorer leurs conditions se groupent afin de se prêter une assistance mutuelle. Cette tendance sera d'autant plus puissante que les individus seront plus nombreux d'où la forme particulière du syndicalisme((*)1). Faudrait-il faire remarquer que cette définition est partagée par Chenier Gourdet dans son ouvrage « le syndicat haïtien son histoire et son régime». Nous estimons que les idées de Durand sont partagées par Gourdet.

    Ainsi Larousse et tous les auteurs prè-cités définissent-ils le syndicalisme dans un cadre utilitaire ou du moins dans son aspect fonctionnel. Si pour eux, le syndicalisme est ainsi envisagé d'autres vont l'envisager dans un cadre structurel. Ainsi par exemple pour Pierre Rosanvallon, le syndicalisme est l'un des principaux acteurs dans la formation des politiques économiques et sociales à travers les conflits directs avec le patronat et par leur action sur l'État((*)2) Cette définition se retrouve entièrement dans celle d'Alain Touraine qui néanmoins remplace syndicalisme par salarié et patronat par chef d'entrprise. Alain Touraine écrit: « Le syndicalisme apparaît d'autant plus important qu'il est d'avantage capable de mobiliser une classe sociale définie par sa position dans la production, soit par des conflits face-à-face avec les maîtres de l'entreprise et de l'économie, soit pour un groupe politique d'action révolutionnaire soit par des négociations collectives qui peuvent aller jusqu'à un objectif social. Ces trois formes d'action syndicale ont en commun d'affirmer le rôle des salariés comme un des acteurs principaux dans la formation des politiques économiques et sociales à travers leurs conflits directs avec les chefs d'entreprise et par leur action sur l'État »((*)3)

    Ces définitions nous permettent de découvrir l'implication direct des syndicats dans des activités politiques économiques et sociales.

    Cependant, d'autres auteurs présentent le syndicalisme dans une perspective marxiste et abordent le mouvement syndical dans le milieu spécifiquement ouvrier. Guy Caire écrit: « Le syndicalisme est un levier de la lutte proletarienne ((*)1)». Cette définition nous permet de voir le caractère instrumental du syndicalisme chez les prolétaires; Laquelle est susceptible d'avoir plusieurs visages. Marx a montré que le syndicalisme est indispensable et même nécessaire à la lutte prolétarienne. Marx précise que : « quand les travailleurs commencent à s'appercevoir que leurs fonctions d'instruments de mise en valeur du capital devient plus précaire à mesure que leur travail et la richesse de leurs maîtres augmentent, dès qu'ils découvrent que l'intensité de la préssion exercée par les surnuméraires dès qu'afin d'affaiblir l'effet funeste de cette loi «naturelle» ils s'unissent pour arganiser l'entente et l'action commune entre les occupés et les non-occupés » ((*)2)

    De son côté, Griffuelhes écrit: « le syndicalisme est le mouvement de la classe proletarienne qui veut parvenir à la pleine possession de ses droits sur l'usine et sur l'atelier » ((*)3) .

    Cette approche du syndicalisme est plongée dans le système capitaliste où Guy Caire a fait un découpage en distinguant deux phases essentielles: la première correspondant à l'émergence progressive du système capitaliste, phase durant laquelle la doctrine juridique proclamée est celle de la négation de l'intérêt de groupe. La seconde qui coïncide avec l'épanouissement du système capitaliste voit au contraire la doctrine et l'idéologie consacrer les intérêts de groupe.

    Dans notre interprétation, la vision marxiste fait du syndicalisme l'élément régulateur dans le conflit opposant la classe ouvrière et la bourgeoisie. E. Outkin dans son ouvrage: « Qu'est ce que les syndicats ? » retrace l'agressivité du capitalisme face au syndicalisme en des termes clés et nous citons:

    - « Ces dernières années on assiste à une offensive particulierement vigoureuse contre les droits et libertés syndicales conquis par les travailleurs au cours d'une lutte opiniâtre et soutenue ».

    - il en résulte que le nombre des organisations syndicales aux États-Unis et en Grande Bretagne, de même que dans plusieurs autres pays capitalistes industrialisés, a nettement diminué ces dernières années.

    - à l'heure actuelle 95% des patrons combattent ouvertement la création d'organisations syndicales dans les entreprises aux États-Unis. Et près de 75% dépensent tous les ans jusqu'à 100 millions de dollars pour rétribuer les conseillers « anti-syndicaux ».

    Donc, le capitalisme est un obstacle au développement du syndicalisme. Les travailleurs ripostent au capital et de plus, les conditions dans lesquelles se trouve la classe ouvrière l'incitent à lutter energiquement pour préserver ses droits. Ainsi, aux États-Unis, en Europe occidentale et dans d'autres pays développés, les travailleurs résistent efficacement à l'offensive du capitalisme et tentent de prendre l'initiative dans ce combat livré pour leurs droits ((*)1).

    Alors que, dans les pays socialistes la loi garantit aux syndicats le droit de prendre des décisions en toute indépendance car, l'État dans ces pays ne s'ingèrent pas dans leurs activités. C'est bien là le signe d'un fonctionnement démocratique, et ils s'acquittent des fonctions suivantes:

    - Fonction économique (action exercée sur l'organisation de l'économie et sur la solution des problèmes économiques de la production ce qui est le résultat du développement des principes démocratiques de gestion de la production et de l'activité accrue des masses)

    - Fonction de protection (action deployée en vue de perfectionner les rapports sociaux dans le souci d'assurer les intérêts et les droits légitimes des travailleurs, d'améliorer leurs conditions de vie et de travail)

    - Fonction d'éducation (activite visant a élever le niveau d'instruction générale de culture et de connaissances techniques des travailleurs)

    - Fonction internationale (lutte pour la paix et le développement de la coopération internationale, participation au mouvement ouvrier et syndical international.)

    Dans ce système la fonction de protection des travailleurs demeure nécessaire. Il faut les protéger contre : le bureaucratisme, la violation de la législation du travail par certains responsables par exemple les travaux injustifiés, les insuffisances de la protection du travail, l'examen trop tardif des plaintes et des requêtes des travailleurs.

    Le système communiste, de l'avis des Marxistes, selon Outkin, le développement de la société passe successivement par des étapes déterminées et que le communisme est le dégré suprême du développement de la société. Le caractère régulier de ce processus indique que le passage à la société communiste est une étape historique inévitable, que c'est là le seul moyen permettant de surmonter réellement les contradictions inhérentes au mode de production capitaliste. Ce passage ne peut s'effectuer qu'à travers la lutte des classes engagée par la classe ouvrière contre la bourgeosie((*)1). Aujourd'hui, cependant après l'implosion de l'URSS, l'Etat le plus puissant du système socialiste, cette définition du syndicalisme dans les pays socialistes doit être revisée. Même pour la Chine, l'actuel meneur des pays socialistes, le principe retenu : « un pays et deux systèmes », après la restitution de Hong-Kong (1997) et de Macao (1999), le système économique chinois a ouvert ses portes au système capitaliste, pour cohabiter avec le système socialiste.

    Ainsi, à partir des définitions des différents auteurs, que ce soit dans un cadre fonctionnel ou structurel mais aussi selon l'approche du syndicalisme dans les systèmes capitaliste, socialiste et communiste. « Le Syndicalisme nous apparaît comme étant une doctrine dotée des syndicats caractèrisés fondamentalement par l'union des travailleurs comme étant un instrument de régulation sociale». Nous estimons que cette vision du syndicalisme se rapproche de celle de Paul Durand et le concept syndicalisme sera utilisé dans la présente recherche dans le même sens de cette approche ce qui nous aidera à comprendre la réalité du syndicalisme en Haïti.

    Après cette définition du syndicalisme nous allons essayer de voir son contenu dans les lignes qui suivent. D'après le petit dictionnaire Larousse, le syndicat se définit comme groupement formé pour la défense d'intérêts communs : syndicat ouvrier; syndicat patronal.

    De leurs côtés, les auteurs comme Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, Bernard Pierre Lécuyer présentent les syndicats comme des associations chargées de défendre les intérêts de leurs membres (syndicats ouvriers et potronaux, syndicats d'intérêts locaux)((*)2).

    Dans son acception communiste, les auteurs comme Guy Hermet, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum , Phillippe Braid indiquent que : « Les syndicats, ne sont dans la théorie Léniniste, que la courroie de transmission du parti communiste »((*)3).

    Dans le même esprit du communisme, E. Outkin dans son ouvrage «qu'est ce que les syndicats ?,» reprend les mots de Lenine en écrivant: « Les syndicats, disait Lénine, ce n'est pas une organisation d'État coercitive; son but est d'éduquer, d'entraîner, d'instruire, c'est une école du communisme» ((*)1).

    A cet effet, Jean Frédéric Salès dans son ouvrage intitulé: «Code du travail de la République d'Haïti» écrit: «Est un syndicat, toute association permanente de travailleurs, d'employeurs ou de personnes exerçant une profession ou une activité indépendante groupés exclusivement aux fins d'études de coordination, de défense et d'amélioration de leurs communs intérêts économiques sociaux et moraux» ((*)2). Guy Caire pour sa part, parle des syndicats en des termes clés: « Le syndicat est une institution dans laquelle la classe ouvrière trouve son incarnation, totale ou fragmentaire au gré des interprétations antagonistes; mais il est aussi ce que rend mieux l'expression action syndicale un instrument de la lutte ouvrière « ((*)3).

    A partir de l'ensemble de ces définitions nous pouvons définir le syndicat comme une organisation de travailleurs. Il est caractèrisé par l'action orientée vers un objectif précis: défense des droits et de l'amélioration des conditions de vie des travailleurs.

    Le concept action syndicale a été étudié par Alain Touraine et Guy Caire qui parlent des formes de l'action syndicale comme les « révendications et négociations ». Et de plus en étudiant les rapports entre la conscience ouvrière et le mouvement ouvrier touraine écrit: « L'action syndicale est une forme pratique du mouvement ouvrier. La révendication et la négociation, qui constituent les deux faces de l'action syndicale, ne s'expliquent pas seulement par l'état des relations collectives de travail, par la situation économique de l'entreprise et de l'économie, la capacité de résistance du patron ou de l'État, le mouvement des prix, ect; elles manisfetent une volonté d'action, elles portent en elles une certaine conception, des rapports sociaux dans le travail et dans la société. Ces deux formes que nous venons de citer indiquent clairement que l'action syndicale n'est pas seulement une stratégie et une tactique; elle est d'abord une politique; elle construit un champ d'action au lieu de chercher à tirer le maximum d'avantages dans un champ défini par la structure et la conjoncture économique. L'étude de l'action ouvrière est donc étroitement lièe à celle de la conscience ouvrière. Elle en fait même apparaître avec une netteté particulière son évolution((*)4) .

    De leurs côtés Griffuelhes et Georges Lefranc parlent de l'action syndicale, tout en définissant le rôle du syndicalisme en ces termes « l'action ouvrière se donne comme but l'émancipation ouvrière; elle se donne comme outil le syndicat, et comme moyen la grève, qu'est la lutte portée à son maximum d'acuité » ((*)1).

    Ainsi, à partir de ces points de vue, nous arrivons à comprendre que l'action syndicale est un contenu du mouvement syndical. Elle est liée aux différentes pratiques des organisations syndicales. Ces différents auteurs que nous venons de citer ont rescensé, les revendications, le conflit, la grève et la négociation.

    Guy Caire, dans son ouvrage «les syndicats ouvriers» écrit que « La revendication est la fonction primaire du syndicat, à tel point que, pour des personnes extérieures au mouvement ouvrier, le syndicalisme se définirait aisément par un toujours plus» ((*)2). Cette définition montre le caractère extrémiste du syndicalisme et le combat incessant auquel se rattache le syndicalisme. Comme l'a écrit Jean Bron « L'histoire du mouvement ouvrier est essentiellement l'histoire d'un combat permanent » ((*)3).

    De ce fait, la satisfaction aux différentes révendications syndicales doit nécessairement passer par les différentes étapes de l'action syndicale à savoir, la négociation et la grève.

    Lorsque le rapport patronat-syndicat devient conflictuel le conflit peut être identifié comme conséquence d'un mauvais fonctionnement d'un système. Il surgit entre groupe d'intérêt ou entre classes sociales (Guy Caire, 1971). De son côté, Jean Michel Morin écrit que « le conflit est un affrontement où chacun cherche à faire céder l'autre. Si violence et les heurts qui marquent les combats où les débats conflictuels sont souvent condamnés, le conflit semble inhérent à la vie en société. Certains y voient même un moyen de résoudre des tensions et de progresser dans la régulation des rapports sociaux» ((*)4).

    Dans le langage marxiste, le conflit est synonyme de lutte, au lieu de conflit de classes on parle plutôt de luttes de classes. Le conflit est alimenté par diverses sources qui vont constituer l'essentiel des revendications que les syndicats tentent de faire triompher à travers leurs luttes. Bien souvent, la lutte passe par un extrême qui est la grève.

    GRÈVE : Les différentes définitions de la grève que nous pouvons recenser complètent l'action syndicale. Pour Rivéro et Savatier, la grève se définit comme «une cessation concertée du travail par les salariés en vue de contraindre l'employeur par ce moyen de pression, à accepter leur point de vue sur la question qui fait l'objet du litige» ((*)1)

    La Grève apparaît donc comme la forme la plus achevée du conflit de travail. Pour reprendre le mot de Griffuelhes «c'est la lutte portée à son maximum d'acuité.» De son côté, Jacques Dumornay parle de « la Grève comme mode de règlement du conflit de travail »((*)2).

    Jean Frédéric Salès a pour sa part écrit que « La Grève est une cessation de travail concertée et réalisée au sein d'un établissement par un groupe de travailleurs en vue d'obtenir la satisfaction de revendications presentées à leurs employeurs et dont ils font conditions de reprises du travail»((*)3).

    Ainsi, dans l'histoire du mouvement syndical, la grève a une très grande utilité. Le syndicaliste français Alfred Charpentier eut à dire que la grève est un mal nécessaire dans la lutte entre le capital et le travail. Il faut bien reconnaître aujoud'hui encore qu'elle reste l'ultime moyen dont disposent les travailleurs pour faire entendre raison au patronat (Alfred, Charpentier; 1918).

    A partir de ces définitions nous pouvons considérer la grève comme l'action extrême parmi les formes d'action syndicale dont les travailleurs de tous les pays ont eu recours pour combattre la situation de malaise que provoque les conditions de leur travail.

    NÉGOCIATION : Le concept de négociation, dans le langage syndicaliste, est synonyme de dialogue, de concertation. Alain Touraine parle de la négociation comme « forme d'action syndicale.»((*)4) Jacques Dumornay, de son côté écrit que « La négociation est un rapport de forces et aucune des parties ne doit s'attendre à gagner sur toute la ligne» ((*)5).

    Pour Louis Fournier dans son ouvrage, intitulé «solidarité Inc, un nouveau syndicaliste créateur d'emploi» a parlé de concertation et il écrit: « La concertation si difficile soit-elle, reste la meilleure voie non seulement pour sortir de la crise mais, surtout, pour maintenir un climat viable par la suite »((*)1).

    Bien souvent, certains syndicalistes établissent une distinction entre négociation et négociation collective. Le premier pouvant aboutir à un accord ou une convention, ((*)2) le second pouvant conduire à une convention collective. Selon le Bureau Internationnal du travail (BIT). « La négociation collective est un mode de fixation des conditions de travail et d'emploi. C'est aussi le moyen de régler à certains égards les relations entre employeurs et travailleurs. La négociation peut être considérée comme une rencontre périodique, officielle en quelque sorte, entre employeurs et représentants des travailleurs. Elle peut être aussi un procéssus continu où interviennent chefs d'entreprises, les agents d'encadrement les délégués du personnel et les représentants syndicaux.((*)3)

    Ainsi, à partir de ces différentes définitions nous pouvons dire que la négociation, en plus de la grève, est une arme redoutable pour le mouvement syndical. Elle le conduit, fort souvent à des accords comme étant une conquête partielle dans la recherche de la satisfaction des revendications syndicales.

    Donc, «le mouvement syndical destiné à défendre et promouvoir les intérêts matériels et moraux des salariés est un facteur essentiel de la vie démocratique»((*)4) De son côté, Diguit déduit que «le mouvement syndicaliste est un fait social d'importance primordiale. Il semble que c'est la préparation d'une organisation des classes sociales, un effort tendant à les coordonner et peut être à les hiérarchiser en tout cas faire naître entre elles une série de pouvoirs et de devoirs réciproques» ((*)5). Partant de ces définitions, nous pouvons dire que le mouvement syndical est un mouvement qui regroupe les travailleurs (manuels et intellectuels) avec des revendications axées fondamentalement sur l'amélio-ration de vie et des conditions de travail.

    Les différentes définitions conceptuelles étant rescensées, le cadre méthodologique relaté, en un mot le cadre théorique et conceptuel étant établis, nous possédons des instruments nécessaires nous permettant de cerner et de résoudre la problématique posée par le sujet que nous avons choisi de traiter .

    CHAPITRE 2

    BREF HISTORIQUE DU SYSTEME EDUCATIF HAITIEN

    Les Indiens, qui peuplaient Haïti avant sa découverte par Christophe Colomb ne possèdaient pas d'écriture ni aucun enseignement organisé. La situation ne changea pas avec l'arrivée des Espagnols en 1492 et des premiers Noirs en 1503. Ce n'est qu'en 1685 avec les lois règlementant les rapports des trois classes de la colonie (le code Noir) que les affranchis furent plus ou moins sensibilisés à l'instruction et même les plus riches envoyèrent leurs enfants étudier en France. Pour les esclaves, l'instruction se transmettait clandestinement. Cette situation a prévalu jusqu'à l'indépendance en 1804.

    Les premières démarches pour établir une structure éducative dans le pays ont été entreprises par Henry Christophe dans la République du Nord en 1807. Il voulait créer des écoles dans tous les arrondissements, mais il manquait de professeurs préparés. Dès son avènement, il résolut d'appliquer dans le royaume du Nord les méthodes de l'École Lancastérienne, alors en vogue en Angleterre. Il fit appel à des instructeurs anglais, ce qui constituait une réaction contre l'emprise culturelle française.

    Douze écoles de garçons soumis à une discipline très sévère contrôlées de très près par Christophe lui même furent ainsi créées, le régime disciplinaire était compensé par une apparente non discrimination sociale.

    Dans la partie Ouest du pays avec Pétion comme président fut fondé en 1816 le lycée de Port-au-Prince, qui porte actuellement son nom, le pensionnat des demoiselles, l'école lancastérienne, une école secondaire avec le concours de professeurs Haïtiens et étrangers.

    Avec la loi du 4 juillet 1820, Boyer décida qu'il serait établi aux frais de l'État, quatre écoles primaires destinées à l'instruction gratuite élémentaire des enfants des citoyens qui auront rendu des services à la patrie. Cependant, ces intentions s'arrêtent au discours. Après l'annexion de la partie Est de l'île, Boyer fera fermer les Universités de la République Dominicaine, qu'il occupa militairement pendant vingt cinq années parce qu'il voyait une menace pour son pouvoir.

    En janvier 1844, le gourvenement de Rivière Hérard crée un ministère de l'Instruction Publique et en confie la direction à Honoré Fery. Il fait appel au Pasteur Wesléyen Bird, pour créer une école primaire communale mixte. L'institution fonctionnera de 1846 à 1858 et sa fréquentation atteindra jusqu'à trois cents élèves.

    Sous le règime de Faustin 1er, le ministre de l'Éducation Francisque fit voter la loi du 29 décembre 1848 sur le règlement scolaire. Des écoles primaires rurales furent fondées et la loi prévoyait des écoles de médecine, de droit, des écoles normales pour la formation des professeurs.

    Une autre loi du 2 juillet 1852, complétant celle de 1848, faisait obligations aux chefs de famille, fermiers propriétaires ou locataires d'envoyer au moins un de leurs enfants à l'école primaire de leur paroisse sous peine d'amendes. L'administration de Geffrard se signala par la présence d'éminent ministre tels que: Elie Dubois et J.B. Damien. L'enseignement supérieur était réorganisé et furent créées l'École de Droit, les Lycées de Gonaïves et de Jacmel, ainsi que des écoles primaires, laïques et religieuses, à travers tout le pays. Par exemple les Frères de l'Instruction Chrétienne débarqués à Port-au-Prince en mai 1864, les soeurs de St Joseph de Cluny en juin 1864, le pensionnat de Lalue s'ouvre en mai 1865.

    En 1879 seules les institutions congréganistes avaient conservé un certain niveau d'études. Dans le même temps l'État ne se donne pas les moyens d'organiser un système d'éducation nationale malgré la révolution de 1843 qui prendra l'allure d'un mouvement des lumières favorables à l'éducation populaire, à l'application des méthodes dynamiques et efficientes dans l'administration publique et à l'appel aux capacités intellectuelles de la jeunesse haïtienne.

    En 1919, le ministre de l'Instruction publique, Etienne Mathon, signe avec l'Archevêque d'Haïti J. Conan, une convention créant des écoles presbytérales à travers les campagnes.

    Les «révolutions» de 1946 ( le peuple réclame un peu plus de justice sociale et moins de ségrégation entre Mulâtres privilégiés et Noirs) et de 1957 (l'idéologie noiriste) proclament par des textes les victoires populaires en matière d'éducation prolongeant et recréant un discours mystificateur. Mais la réalité des faits montre que la volonté exprimée par le pouvoir de faire de l'éducation un domaine destiné à la jeunesse haïtien-ne de tout bord ne peut se concrétiser. En effet on assiste à la multiplication des écoles non-haïtiennes dans la plupart des villes haïtiennes et qui perpétuent le choix d'un système éducatif réservé aux classes privilégiées.

    Alors que Duvalier cherche à renverser cet ordre par la force, des groupes importants de la classe moyenne dont est issu le chef de l'Etat haïtien, lui-même obtempère pour maintenir le statu quo c'est-à-dire, une école élitiste.

    De 1956 à 1985 sous le règne des Duvaliers, des groupes importants des classes moyennes forcent les portes de l'école haïtienne, mettant en question les termes des rapports élitistes sans pour autant chercher à les renverser, et surtout sans remettre en question les contenus pédagogiques. Face à cette difficulté, les Duvaliers se contenteront de domestiquer les institutions d'enseignement formel et organiseront des structures non-formelles pour disseminer leur propagande politique sous le couvert de l'éducation populaire à l'intention des masses de la classe moyenne et de l'arrière pays.

    Ainsi de la période esclavagiste au gouvernement des Duvaliers jusqu'à nos jours une constante se dégage nettement de la lecture historique des faits, tous les gouvernements, tous les responsables politiques et tous les maîtres à penser s'intéressent à l'éducation comme instrument privilègié de socialisation et de formation à l'usage du pouvoir d'État conquis ou à conquérir du système économique et des structures de production.

    Enfin, pour les 193 années de gestion, 140 responsables avec rang de ministre se sont succèdés à ce porte feuille, avec une durée moyenne de 16,7 mois de gestion par responsable il est très difficile d'imaginer une quelconque continuité administrative et idéologique.

    Après le bref historique du système éducatif de 1685 à 1957, nous allons analyser son évolution de 1957 à nos jours à travers les objectifs fixés par les différents gouvernements qui se sont succédés et, procèder à l'analyse statique du système éducatif et surtout du rendement observé pour la période considérée.

    Section 1 : Analyse Statique du Systeme Educatif Haitien.-

    Une des conditions du progrès économique et social d'un pays est la valorisation de ses ressources humaines. Il est reconnu dans le monde entier qu'une population non ou insuffisamment éduquée a un effet négatif sur la rentabilité des investissements, quelque soit le secteur considéré.

    Ainsi à l'heure actuelle, 80% des haïtiens âgés de 10 ans et plus sont analphabètes tandis que 52,56% de la population ont pu fréquenter le niveau primaire, 43,9% le niveau secondaire et 12% les niveaux professionnel (technique) et supérieur.

    La population scolarisée demeure toujours très faible à 60% bien que Haïti figure parmi les premiers à proclamer à l'aube de son indépendance l'enseignement primaire obligatoire. Par delà, cette position officielle, on ne peut comprendre la réalité scolaire haïtienne sans s'arrêter à l'organisation spécifique du secteur éducatif du pays: Une des images fortes, surtout à Port-au-Prince, celle laissée par les «écoles borlettes». Celles-ci sont diverses et, dans certains cas, il est difficile de savoir si l'on a réellement affaire à une école ou non (durée d'enseignement très variable, programmes peu contrôlés, enseignants peu formés, cadres physiques non-appropriés... etc.)

    Pour l'enseignement traditionnel, la séparation entre le pré-scolaire et le primaire n'est pas toujours explicite en raison des sections enfantines. Certains prétendent que ces sections peuvent être considérées comme une première classe de l'enseignement primaire puisque l'on y commence l'apprentissage scolaire alors que d'autres les considèrent comme partie intégrante du primaire. Aujourd'hui les statistiques tendent à décomposer les deux niveaux, toutefois des problèmes liés à la taille de l'école à plusieurs niveaux; laissent demeurer le problème d'enregistrement statistique.

    Au niveau primaire, le système de certification, c'est-a-dire l'attestation, par les autorités scolaire que tel enfant a acquis un niveau de connaissances qui lui fait passer un certain seuil, est beaucoup trop limité en Haïti. Après un cycle d'études de 6 ans auquel n'accède qu'une proportion d'élèves, ce qui laisse la majorité des enfants sans une formation de base fonctionnelle qu'ils puissent utiliser dans la vie politique.

    Le cycle complet d'éducation prè-Universitaire s'ètend en moyenne sur 13 ans dont 6 ans en primaire et 7 ans en secondaire.

    Depuis des années, des critiques fusent de partout: parents, élèves, professeurs, directeurs d'écoles sont unamines à reconnaître la nécessité d'une remise en question de ce sous-système. Les buts ne sont pas définis, les programmes se résument à des contenus notionnels sans objectifs généraux, spécifiques ni suggestions d'activités sont pour la plupart lourds et frisent l'anachronisme. Ils ne facilitent point le développement intégral du jeune Haïtien. Les deux plus grands problèmes de ces ordres d'enseignements primaires et secondaires résident dans la carence en professeurs compétents et la précarité des salaires offerts au personnel enseignant. Les enseignants du secondaire qui détiennent un diplôme représentent 43% de l'effectif du secteur privé et 18% du secteur public. La plupart de ceux qui travaillent dans les institutions d'État ne recevaient jusqu'à récemment que des salaires de famine (500gdes / mois). A cela, il convient d'ajouter le caractère élitiste du système: l'adoption du français (jusqu'à récement) comme langue exclusive d'enseignement dans un pays créolophone, le caractère livresque de l'enseigne-ment dispensé sur un fond de mémorisation et une concentration des enseignants environ la moitié dans les zones urbaines. Le niveau professionnel est peu performant dans l'ensemble, les institutions qui existent dispensent un enseignement n'ayant aucune prise sur le vécu Haïtien. Bien qu'il y ait dans la région de Port-au-Prince un tissu industriel relativement dense, les techniciens qualifiés capables de faire marcher les usines font énormement défaut. Il est triste de souligner le faible intérêt que manifeste le pays pour ce type d'enseignement. Pendant environ deux siècles, les jeunes n'ont jamais été amenés à accorder de l'importance aux métiers manuels en raison du manque de prestige qui y est attaché. C'est pourquoi les artisans qualifiés ( maçons, menuisiers, charpentiers, tailleurs etc.) constituent de plus en plus des espèces rares dans le pays. Une fois de plus l'école privée est majoritaire dans ce secteur et les provinces sont nettement défavorisés, sur le plan du nombre d'institutions ou de la carte scolaire par rapport à la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

    Comme les autres niveaux d'enseignements la formation Universitaire est dispensée dans les établissements publics et privés. Ainsi d'après le décret loi du 27 Décembre 1944 qui fixa l'acceptation moderne du concept «Universitaire» c'est à dire celle d'un organisme technico-administratif englobant uniquement les institutions supérieures. Ce décret a, sans doute, influencé tout l'enseignement supérieur qui, dès lors ne cessa de prendre des proportions de plus en plus importantes.

    On en est actuellement à repenser la structure du système universitaire haïtien, public et privé et à définir son rôle dans le développement du pays. Les troubles politiques des dernières années ont été ressenties avec une accuité particulière dans ce secteur et ont entraîné une baisse significative de la qualité de l'enseignement supérieur dispensé en Haïti et ce, même si les effectifs sont en constante augmentation.

    Par contre, les besoins sont immenses, l'économie haïtienne n'a pas les moyens d'employer les diplômés universitaires. Aussi, un nombre significatif de médecins, spécialistes des sciences humaines, dentistes, agronomes se retrouvent-ils en état de chômage?

    Dans une telle conjoncture le Ministre de l'Éducation Nationale n'est pas resté inactif. Il a mis en route vers la fin des années 70 un projet de réforme dont l'objectif est de préparer un système éducatif qui, d'une part permettra l'insertion de l'enfant haïtien dans son environnement socio-économique et, d'autre part, formera à toutes les étapes du système scolaire non seulement des salariés mais des êtres responsables et capables de devenir eux-mêmes des accélérateurs du développement économique et social de l'ensemble de leurs concitoyens. Réforme que nous allons analyser dans les pages qui vont suivre.

    1-1 LES OBJECTIFS GÉNÉRAUX.-

    En vue de faire du système éducatif haïtien l'un des instruments fondamentaux du développement économique et social de la Nation, le gouvernement de la République et par le biais du Ministère de l'Éducation Nationale s'est fixé les objectifs suivants :

    § l'école haïtienne est nationale, elle se doit d'affirmer l'identité de l'homme haïtien.

    § réconcilier l'haïtien avec sa culture et son environnement et constituer un facteur de cohésion et d'intégration.

    § former et développer le sens de la responsabilité et de l'esprit communautaire chez les jeunes.

    § mettre en place un système d'enseignement unique mais qui respecte les spécificités propres à chaque région ou zone urbaine et rurale.

    § assurer à tous l'accès au savoir et à la science en adoptant notamment une structure et un mode de fonctionnement donnant l'égalité des chances à tous.

    § l'école haïtienne doit être un instrument de développement économique et social et elle constitue un investissement planifié et rentable pour la nation.

    § élaborer des contenus et des programmes à partir des données de la réalité haïtienne tout en demeurant ouverte sur le monde extérieur.

    § favoriser la formation de citoyens capables de modifier les conditions physiques matérielles, morales et spirituelles du milieu pour créer plus de richesses, de bien et de services et contribuer à l'amélioration de la qualité de la vie.

    L'école haïtienne est un processus global et harmonieux de formation humaine et individuelle qui prend également en compte les aspects suivants : la formation physique et sportive, la formation morale et religieuse, le développement de la conscience nationale et patriotique, l'initiative à la science et à la technologie, orientée vers le développement économique et social. L'orientation et les contenus de tous les aspects de la formation seront définis par le Département de l'Éducation en concertation avec les Ministres concernés.

    A tous les niveaux du système éducatif les rapports enseignants-enseignés sont fondés :

    § sur la nécessité; pour le maître, de se pénétrer de ses devoirs et de ses responsabilités vis-à-vis de l'enfant: respect de la personne physique et de la personnalité morale de l'enfant, pratique sociale fondée essentiellement sur la justice et l'équité;

    § sur la participation active de l'élève à sa formation;

    § sur la valorisation des activités d'apprentissages, développement des capacités applicables à des situations réelles et pratiques au service du développement continu de l'individu et de la communauté;

    Ces objectifs ont été fixés sous le gouvernement de Jean Claude Duvalier vers l'année 1970.

    Plusieurs raisons ont contraints les autorités haïtiennes à faire cette réforme. L'école traditionnelle est jugée archaïque, inadaptée, incapable de faire face aux besoins du pays en matière de développement économique et social.

    Ce système scolaire reste prisonnier des schémas importés de France et produit une élite intellectuelle étrange à sa propre réalité; à sa propre culture, incapable d'appréhender comme elles sont les données socio-culturelles de notre sous-développe-ment économique.

    L'utilisation du français comme langue d'enseignement dès le début de la scolarité fait que l'enseignement adopte des schémas de pays développés.

    Enfin, le rendement au sein du système scolaire est très mauvais : les taux de redoublement sont élevés et les abandons sont nombreux. De plus, des élèves d'âges très avancés, par rapport aux normes habituelles, fréquentent le système scolaire primaire.

    Ce qui est considèré comme une faillite de l'école traditionnelle a conduit peu à peu à l'idée d'une réorientation complète des objectifs de l'école et de son organisation. Ainsi, depuis 1979 jusqu'à nos jours la réforme rencontre beaucoup de problèmes dans sa mise en application. Avec l'utilisation du créole comme langue d'enseignement, les couches aisées des villes ont considéré ce changement comme une volonté de bannir le français du curriculum et ont cherché à stopper cette réforme en s'adressant notamment aux établissements privés qui à cette date, dans leur grande majorité avaient réfusé d'appliquer la réforme.

    Les curricula et les manuels scolaires sont d'un haut niveau pédagogique. Ils posent l'énorme problème de leur utilisation par un corps enseignant dont le niveau de compétence est insuffisant pour utiliser correctement un matériel aussi sophistiqué. Le niveau de formation des enseignants est tellement faible de telle sorte qu'il est très difficile pour les autorités de faire passer des modifications ambitieuses de la réforme dans les actes.

    Le personnel de supervision et d'encadrement est insuffisant pour assurer la qualité de l'enseignement dans les écoles et les moyens de déplacements permettant aux agents de supervision d'effectuer leur travail. La réforme a été élaborée en déhors du secteur privé et sans concertation avec celui-ci, devant les difficultés rencontrées par le secteur public dans la mise en place de la réforme, le secteur privé s'est montré très sévère, jouant même des phénomènes de rejet par une partie de la population pour attirer une nouvelle clientèle.

    Aujourd'hui il est difficile de faire un bilan de la réforme 20 ans après son succès ou son échec ? peu importe finalement ce qui est sûr, c'est que la réforme à introduit des changements importants et des innovations dans le fonctionnement du système scolaire au point que la distinction entre enseignement traditionnel et enseignement réformé se vide peu à peu de son sens.

    Et avec le peu de données disponibles nous analysons l'évolution des effectifs concernant les quatres (4) ordres d'enseignements.

    1-2 LES STRUCTURES PAR ORDRES D'ENSEIGNEMENT.-

    Avant la réforme du système d'enseignement entreprise vers la fin des années 1970 sous le gouvernement de Jean Claude Duvalier, le système éducatif haïtien comprenait :

    - un enseignement primaire urbain et rural théoriquement de six ans chacun comme toutefois dans beaucoup d'écoles primaires rurales, le cycle d'enseignement d'une durée de sept ans qui était en place avant la fusion de l'enseignement primaire rural en 1975 continuait à prévaloir.

    - un enseignement secondaire de sept ans;

    - un enseignement supérieur de trois à 5 ans suivant les options suivies;

    - un enseignement professionnel dont l'entrée est dans certains cas subor-donnée à l'achèvement de l'enseignement primaire (CEP);

    - un enseignement supérieur conduisant à diverses licences ou diplômes

    universitaires.

    Cet enseignement était dispensé en français, langue officielle, bien que la grande majorité de la population rurale ne parle que le créole. C'est ainsi qu'en 1979 le Ministre de l'Éducation Nationale Joseph Bernard, lança la réforme de l'Éducation. D'après cette réforme, il est crée quatre (4) ordres d'enseignement et une structure para, péri et post scolaire.

    § le premier ordre d'enseignement est constitué par l'enseignement Maternel d'une durée de trois (3) ans qui se dispense exclusivement dans les jardins d'enfants et les centres intégrés de Nutrition et d'Éducation Communautaire (CINEC).

    § le deuxième ordre d'enseignement est constitué par l'enseignement Fondamental d'une durée de dix (10) ans et sanctionné par le diplôme d'Études Fondamentales.

    Il est subdivisé en 3 cycles dont le 3ème comporte un jeu d'options permettant d'orienter les élèves en fonction de leurs aptitudes et des besoins de la nation, vers les formations générales, techniques ou professionnelles. Ces dernières constituent les enseignements professionnelles du premier dégré, sanctionné par un certificat ou un diplôme de technicien.

    § le troisième ordre d'enseignement est constitué par les Enseignements secondaires comprenant les lycées et collèges d'enseignement classique ou technique, les écoles normales primaires et les écoles professionnelles du 2ème degré sanctionné par un certificat de fin d'étude secondaire, ou professionnel et / ou technique.

    § le quatrième ordre d'enseignement est constitué par les facultés et les instituts universitaires regroupés au sein de l'Université d'État d'Haïti ou de centres universitaires reconnus par l'UEH et sanctionné par la licence.

    1-2-1 L'ÉDUCATION PRÉ-SCOLAIRE.-

    Elle a pour l'objet :

    § de contribuer au développement de la personnalité de l'enfant sous toutes ses formes (corporelle, affective, intellectuelle et scolaire), en l'entrainant à l'usage de ses différents moyens d'expression

    § de préparer l'enfant à recevoir ensuite la formation donnée par l'École Fondamentale.

    L'Éducation pré-scolaire a également pour but de favoriser l'égalisation des chances tout au long de la scolarité ultérieure. Elle dure en principe 2 ans. L'enfant y entre à l'âge de 4 ans et en sort en principe à 6 ans.

    L'Éducation pré-scolaire est dispensée dans les jardins d'enfants et les écoles maternelles, ainsi que dans les Centres Intégrés de Nutrition et d'Éducation Communau-taire (CINEC). L'Éducation pré-scolaire ne comporte d'initiation ni à la lecture, ni à l'écriture.

    1-2-2 L'ÉCOLE FONDAMENTALE.-

    Elle remplace l'école primaire et les trois premières années des lycées et collèges de l'ancien système. Ces derniers sont au terme de l'application intégrale de la Réforme Educative, réduits aux classes de secondes, Rhéto et Philo. L'École Fondamentale a pour but de permettre aux élèves de recevoir sur les mêmes bases, une formation générale de dix ans qui doit les conduire à un niveau de connaissances générales à leurs accessions aux établissements de niveau secondaire ou à leur entrée dans un processus de production.

    Les dix années sont organisées en trois cycles.-

    · Les quatres premières années constituent le premier cycle de l'Enseignement Fondamental. L'Enseignement qui y est dispensé crée une intégration des apprentissages en introduisant des inter-relations entre les contenus et les méthodologies des principales disciplines. C'est le cas en particulier, pour le langage, les mathématiques, les activités d'éveil.

    · Les trois années suivantes constituent le deuxième cycle de l'Enseignement Fondamental. L'Enseignement qui y est dispensé porte d'une part sur les mêmes domaines vue le premier cycle qu'il consolide et complète et pour part, sur les disciplines ou activités à caractère pré-professionnel. Cet enseignement prépare l'orientation prévue à la fin du cycle.

    Les trois dernières années constituant le troisième cycle de l'Eseignement Fondamental offrent un jeu d'options conduisant les élèves, soit vers une formation générale appuyée par des activités de caractères pré-professionnelles préservant et renforçant au besoin les acquis en matière de connaissances générales.

    Les dix années d'études à l'École Fondamentale sont sanctionnées par le diplôme d'Études Fondamentales.

    Le créole est langue d'enseignement et langue enseignée tout au long de l'École Fondamentale. Quant au français, il est enseigné tout au long de l'École Fondamentale et constitué la langue d'enseignement à partir de la 6ème année fondamentale.

    C'est pour cela qu'en 5ème année de l'Enseignement Fondamental, l'enseignement du français est renforcé en vue de son utilisation comme langue d'enseignement en 6ème année.

    1-2-3 L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.-

    Les titulaires du Diplôme d'Études Fondamentales peuvent accéder aux établisse-ments de niveau secondaire constitué par les nouveaux lycées et collèges à trois classes (2ème, 1ère, terminale), les écoles professionnelles du 2ème degrés et les écoles normales.

    Les enseignements du niveau secondaire ont pour objectif, l'acquisition au terme des trois années de scolarité, soit des connaissances générales indispensables à l'entrée dans le cycle universitaire, soit des connaissances théoriques et des compétences indispensables à l'exercice d'une activité dans le domaine de la production.

    1-2-4 L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.-

    Cet enseignement, par la diversité des domaines qu'il étudie, doit permettre de répondre aux besoins de la communauté haïtienne et en particulier sa jeunesse qui cherche à transformer son milieu le plus immédiat et participer ainsi, au processus de changement souhaité par tous.

    Ainsi, l'enseignement Supérieur public compte huit (8) Facultés, quatre (4) Écoles, les Instituts, les Département et Centres.

    LES FACULTÉS

    1) Faculté de Médecine :

    nombre d'années d'études : six (6) ans

    diplôme délivré : Docteur en Médecine

    Les Écoles affiliées à cette faculté :

    - École de Pharmacie :

    nombre d'années d'études : trois (3) ans

    diplôme délivré : Pharmacien

    - École de Technologie Médicale :

    nombre d'années d'études : deux (2) ans

    diplôme délivré : Technicien Médical

    2) Faculté d'Odontologie :

    nombre d'années d'études : cinq (5) ans

    diplôme délivré : Chirugien Dentiste

    3) Faculté des Sciences :

    nombre d'années d'études : cinq (5) ans

    diplôme délivré : Ingénieur civil

    Ingénieur Architecte

    Ingénieur électro-mécanique

    École affiliée à cette faculté :

    - École de Topographie:

    nombre d'années d'études : deux (2) ans

    diplôme délivré : Topographe

    4) Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire

    nombre d'années d'études : cinq (5) ans

    diplôme délivré : Agronome (équivalent du grade d'Ingénieur Agronome conféré dans les Universités latino-Américaines et du B.S Américains)

    mention de l'option : Economie rurale, Genie rural, Physiotechnie, Ressources Naturelles, production animale, technique alimentaire.

    5) Faculté des Sciences Humaines :

    nombre d'années d'études : cinq (5) ans

    diplôme délivré : Licence en Psychologie, Service Social, Communication, Sociologie.

    6) Faculté d'Ethnologie :

    nombre d'années d'études : six (6) ans

    diplômes délivrès : Licence (4) ans, maîtrise (2) ans

    Licence en Antropologie, en Sociologie et maîtrise en Science du Développement.

    7) Faculté de Droit et des Sciences Économiques

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en Droit et / ou en Sciences Économiques.

    8) Faculté Linguistique Appliquée :

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en Linguistique.

    LES ÉCOLES

    1) Ecole Normale Supérieure :

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en lettres, langues vivantes, Philosophie, Sciences sociales, Mathématiques, Physiques, Chimie- Sciences Naturelles.

    2) Ecole Nationale des Arts :

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en Arts plastiques, Danse, Musique, Art dramatique, histoire de l'art.

    3) Ecole Supérieurede technologie :

    nombre d'années d'études : trois (3) ans

    diplôme délivré : diplôme en Gestion

    4) Les Ecoles Nationales d'infirmières des Cayes de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien :

    nombre d'années d'études : Trois (3) ans

    diplôme délivré : Licence d'Infirmière-Nursing

    LES INSTITUTS, DEPARTEMENTS et CENTRES

    1) Institut National d'Administration de Gestion et des Hautes Etudes Inter- nationales (INAGHEI) :

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en Administration

    mention de l'option : Gestion des affaires, Administration publique et Sciences Comptables.

    Licence en science politique spécialisée en relation internationales

    Diplôme en sciences comptables

    Des certificats en gestion des affaires en Administration publique et en science politique.

    2) Département des Sciences du Développement (affilié à la faculté d'Éthnologie) :

    nombre d'années d'études : deux (2) ans

    diplôme délivré : Maîtrise en Science du Développement

    3) Institut d' Études et de Recherches Africaines d'Haïti (IERAH) :

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en Études Africaines, Afro-américaines et

    Caraïbéennes.

    4) Centre Technique de Planification et d'Économie Appliquée :

    nombre d'années d'études : quatre (4) ans

    diplôme délivré : Licence en Statistique, Planification, et en Economie appliquée.

    1-3 ÉVOLUTION DES EFFECTIFS DES ORDRES D'ENSEIGNEMENTS.-

    L'analyse des données des ordres d'enseignements nous indique clairement que les effectifs ont connu un accroissement spectaculaire lié à une forte demande au cours de ces 25 dernières années.

    1-3-1 L'ENSEIGNEMENT PRÉ-SCOLAIRE.-

    Le programme du pré-scolaire a été fixé par le MENJS en 1984 comme un ensemble de conditions préréquises aux apprentissages scolaires du primaire réformé. Cet enseignement est tout particulièrement impulsé par la coopération internationale (CARE, UNICEF). Actuellement, son importance est croissante en Haïti, car il fait l'objet d'une demande sociale relativement forte, l'éducation pré-scolaire apparaît aux familles haïtiennes comme la clé d'entrée la plus efficace dans l'enseignement.

    La tutelle de fait de cet enseignement n'est pas toujours très claire à établir entre le Ministère de l'Éducation Nationale, le Ministère des Affaires Sociales et celui de la Santé publique et de la population. Les informations relatives à ce niveau d'enseignement sont rares et éparses. En 1988-1989, on estimait à 328 000 le nombre d' enfants dans les classes pré-scolaires et enfantines dont 89% dans les écoles privées. Et selon les statistiques publiés par le MENJS l'effectif total est de 452ll3 (1993-1994) soit une moyenne de 45 élèves par salle de classe l'effectif total des élèves du pré-scolaire se répartissait comme suit: 50 000 pour le public et 402 113 pour le privé, soit une augmentation de l'ordre de 27%. Si l'on considère la période comprise entre 1988 à 1994 les Écoles Publiques étant beaucoup moins nombreuses, il est fort probable que le taux général de fréquentation des enfants d'âges pré-scolaire ne dépasse pas 25%.

    1-3-2 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.-

    On estime que trente ans après l'Indépendance d'Haïti, le taux de scolarisation primaire atteignait à peine 1% avec une population scolaire primaire de 1000 élèves. Et en seconde moitié du 19e siècle, la population scolaire est passée à environ 45 000 élèves en 1900, soit un taux de fréquentation pour la tranche d'âge proche de 15%. Mais durant les premières années du siècle, l'instabilité politique allait gravement influencer la population scolaire, celle-ci chutant à 27 000 élèves autour de 1905 pour remonter à 47000 après 1913. Durant la période d'occupation américaine, des progrès sensibles furent enregistrés avec une population scolaire primaire proche de 100 000 en 1929.

    Comme l'indique le tableau No.1 ci-dessous publié par le MENJS / DPCE l'effectif dans l'enseignement primaire est passé de 741 313 à 1 156 937 (1988 / 1989 et 1994 / 1995 soit un accroissement de 56% en six ans seulement. Les proportions des élèves en milieu rural (42,1% du total) et des filles (48,2% du total) sont restées constantes, ainsi que la proportion fréquentant les écoles primaires du secteur privé de 66,5% à 68,5% des effectifs seulement pendant cette même période. En trois ans, entre 1988 / 1989 et 1991 / 1992, selon les chiffres disponibles, le taux net de scolarisation des enfants âgés de 6 à 12 ans est passé de 37,2% à 44,1%. Dans l'ensemble nous pouvons noter une augmentation de l'ordre de 2,3% par an. En milieu rural ce progrès de 19,5% à 23,3% était modeste, de moins de 1,3% par an; alors qu'en milieu urbain, il était fort spéctaculaire, montant de 78,1% à 90,8% soit une croissance de 4,2 % l'an.

    TABLEAU 1

    EFFECTIFS DES ELEVES AUX ECOLES PRIMAIRES

    PAR SECTEUR, 1988 / 1989 à 1994 / 1995.

     

    88/89

    89/90

    90/91

    91/92

    92/93

    93/94

    94/95

    Ensemble

    741313

    808712

    865415

    926095

    1024409

    1073916

    1156937

    Public

    2411361

    267211

    285946

    305996

    358157

    358376

    387818

    Privé

    499952

    541501

    579469

    620099

    666252

    715540

    769119

    % Privé

    0.7

    0.7

    0.7

    0.7

    0.7

    0.7

    0.7

    Source: Annuaire Statistique de MENJS, 1987 / 88 à 1991 / 92, Annuaire FONHEP, 199 3 / 94, MENJS 1994 / 95.

    En effet, malgré une croissance économique négative depuis les années 60, la République d'Haïti a vu durant les dernières années ses effectifs scolaires multipliés par trois (3) et son taux de scolarisation primaire passé de 47,8% en 1981-82 à 52,56% en 1994-95. Au cours de la période allant de 1981-82 à 1994-95 l'Enseignement primaire a connu un élan considérable au niveau de la scolarisation. Les effectifs sont passés de 658.102 à 1.156.937 avec un taux brut de scolarisation variant de 73,2 à 88,69%. Par contre, nous avons assisté à une baisse au cours de l'année 88/89, où l'effectif qui était 780.658 en 87/88 est passé à 741.313 en 1988 / 89. Cette baisse s'explique par la dégradation de la situation économique des parents et également de la crise politique qu'a connu le pays. Les estimations relatives à l'année 1989 / 90 laissent voir un rétablissement des effectifs des élèves de l'enseignement primaire.

    1-3-3 L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.-

    La progression au niveau de l'enseignement secondaire a été relativement assez rapide. L'effectif dans l'enseignement secondaire est passé de 7.308 en 1950 à 55.212 en 1975 (secondaire générale). Les effectifs de l'enseignement secondaire sont passés de 98.570 en 1981 / 82 à 195.418 en 1994 / 95, ce qui représente une augmentation globale de 13,79% soit approximativement 3,2% par an, avec un taux d'accroissement dans les lycées publics légèrement plus élevé que dans les établissements privés. Plus de 81% des élèves du secondaire fréquentaient alors des établissements privés.

    TABLEAU 2

    EVOLUTION DES EFFECTIFS DES ELEVES DANS LES ETABLISSEMENTS

    D'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE PAR SECTEUR, 1987/88 À 1991/92

     

    81 / 82

    87 / 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    94 / 95

    Croissance

    87 / 88 - 91 / 92

    Ensemble

    98570

    160608

    166474

    171786

    176368

    181230

    195418

    1.13

    Public

    15868

    28225

    30655

    31632

    32476

    33372

    35207

    1.18

    Privé

    82702

    132383

    135819

    140152

    143892

    147858

    160211

    1.12

    % Privé

    82%

    81.6%

    81.6%

    81,6%

    81.6%

    81.6%

    82%

     

    Source : Annuaire Statistique de MENJS, 1987/88 à 1991/ 92

    1-3-4 L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET PROFESSIONNEL.-

    Les effectifs des enseignements techniques et professionnels sont restés par contre stables entre 1950 et 1960 avec environ 4000 élevés dans les établisements publics ou privés reconnus et un peu plus de 4000 dans les établissements privés en attente de reconnaissance. Actuellement, les écoles de formation professionnelle rélevant du secteur public et du secteur privé reconnu donc sous la tutelle de l'Institut National de Formation Professionnelle (INFP) ont été classés en 6 catégories comme l'indique le tableau ci-après.

    TABLEAU 3

    NOMBRE D'ÉCOLES PAR CATEGORIE D'ÉTABLISSEMENT D'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE OU PROFESSIONNEL 1995

    Catégorie

    Type d'École

    Nombre d'École

    Effectif

    Élèves en % du Total

    Catégorie 1

    École d'Énseignement

    Technique

    5

    110

    0,2

    Catégorie 2

    Ecole d'Enseignement

    Moyen

    0

    0

    -

    Catégorie 3

    Centre de Formation

    Professionnelle

    Ecole d'Enseignement

    Professionnel

     
     
     

    Catégorie 4

    23

    3588

    0.6

    Catégorie 5

    Ecole de Formation

    Agricole

    0

    0

    -

    Catégorie 6

    Centres Menagères

    10

    1085

    0,2

    TOTAL

    -

    38

    5783

    1.0

    Source : INFP, 1995

    L'INFP a mis en place en 1987 un annuaire statistique qui montre que dont l'effectif des élèves est de 3148 en 1986/1987 et de 3610 en 1987/88 et passe à 5783 1994 / 1995.

    Le système de collecte d'informations statistiques sur l'enseignement technique et professionnel n'est pas fiable pour ne dire inexistant. Présentement les services de la planification de l'INFP ont du mal a produire les informations les plus élémentaires sur les activités des Écoles professionnelles publiques et privées.

    1-3-5 L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR.-

    En 1981-1982 l'effectif au niveau de l'enseignement supérieur se chiffrait à 3597 étudiants dans les 11 facultés, écoles et instituts supérieurs de l'université d'État en 1982-1983 l'effectif des étudiants a connu une légère diminution des inscrits soit 3464 inscrit.

    TABLEAU 4

    EFFECTIFS DE L'UEH PAR FACULTÉS, ÉCOLES ET INSTITUTION,

    1981 / 1982 A 1996 / 1997.

    Institution

    EFFECTIFS

    1981 / 1982

    1989 / 1990

    1994 / 1995

    1995 / 1996

    1996 / 1997

    Agronomie

     

    282

    309

    309

    318

    Droit et Sciences

    Economiques

     

    1024

    2491

    2491

    3900

    Ecole Normale

    Supérieure

     

    538

    689

    757

    730

    Ethnologie

     

    366

    1000

    708

    950

    Linguistiques appliquées

     

    166

    279

    218

    500

    Médecine et Pharmacie

     

    645

    757

    700

    689

    Odontologie

     

    84

    125

    116

    115

    Sciences

     

    310

    441

    442

    426

    Sciences Humaines

     

    447

    932

    720

    734

    INAGHEI

     

    2226

    3180

    3180

    2650

    IERAH

     

    190

    243

    141

    225

    TOTAL

    3597

    6278

    10446

    9782

    11237

    Source : Note dans les calculs présentés, par les différentes facultés, écoles et institutions de l'UEH.

    L'étude du tableau montre que l'accroissement des effectifs reflète une évolution importante de la demande sociale dont la pression sur les structures de l'enseignement supérieur ne peut que s'accroitre sur les prochaines années. Ainsi, les effectifs des étudiants de l'UEH sont passés de 6278 étudiants en 1989 / 90 à plus de 9782 inscrits en 1995 / 96, une légère réduction par rapport à 1994 / 95 (formation courtes de 2 années en Facultés des sciences et en médecine exclues) et enfin à 11.237 inscrits pour 1996 / 97. Cette augmentation est considérable, 56% en 10 ans alors que la capacité d'accueil n'a pas augmenté. L'INAGHEI, la Faculté de Droit et des Sciences Economiques, la Faculte d'Ethnologie, la Faculté des sciences Humaines et de linguistique Appliquée reçoivent 76 % des étudiants. A elle seule, L'INAGHEI abrite 33% de l'effectif total. La proportion des étudiants en sciences, médecine, odontologie, sciences et disciplines scientifiques de l'ENS ne représente que 18% du total. Si l'on suppose que la répartition dans les sections scientifiques de l'ENS n'a pas changé cela représente une réduction par rapport aux 24 % en sections scientifiques qui prévalent en 1989-1990.

    A coté de l'Université d'État s'est développé de façon remarquable depuis 1918 un secteur privé au niveau de l'enseignement supérieur. Les effectifs des étudiants inscrits dans l'enseignement privé sont passés de 2053 en 1984 / 85 à plus de 8000 soit une augmentation de 290%((*)1). On considère qu'une moyenne variant entre 8000 et 10.000 étudiants fréquentent aujourd'hui l'enseignement supérieur privé, le dénombre-ment précis étant rendu difficile par le caractère volatile d'un grand nombre des établissements du secteur particulièrement frappées par la crise des dernières annèes. Les ètudiants de l'Enseignement supérieur privé sont répartis sur une cinquantaine d'établis-sements, mais en réalité une demi-douzaine dont les effectifs vont de 500 à 1000 étudiants regroupent l'essentiel de la population étudiante inscrite dans le secteur privé.

    1-4 PHÉNOMÈNE DES SUR-AGES.-

    La présence d'adolescents dans les classes pré-scolaires ou primaires pose un problème. En effet, leur expérience de la vie et leur maturité physique rendent le curriculum complètement inapproprié et inadapté. L'enseignant aura tendance à utiliser le curriculum de première année en lieu et place de celui du pré-scolaire proprement dit. Il convient d'étudier les options non formelles pour des enfants d'âge non conventionnels afin qu'ils puissent s'épanouir en compagnie de leurs pairs. Selon les statistiques disponibles en 1993/94, environ 14% seulement des enfants d'âge prescolaire fréquen-taient les établissements prescolaires privés avec un pourcentage équivalent de sur-âges. En Haïti, le taux net est de 52 %. Alors que le taux brut est de 88 % de scolarisation. En moyenne, 60 % des élèves inscrits dans le primaire sont en retard. Le nombre d'élèves en retard influe considérablement sur les méthodes et conditions d'enseignement et sur les capacités d'apprentissage des élèves.

    Les sur-âges représentent la moitié des effectifs de l'enseignement fondamental. Ce fait réduit la capacité d'accueil des établissements et entraine des problèmes pédagogiques sérieux. Le cas des élèves sur-âges constitue un phénomène particulier du système d'éducation et explique en grande partie l'écart important constaté entre le taux net et le taux brut de scolarisation. La distance trop longue à parcourir amènent les parents à différer l'entrée des enfants à l'école et explique en partie le phénomène des sur-âges.

    La présence d'enfants en âge théorique de fréquentation de cette classe n'est pas un phénomène exceptionnel dans la plupart des systèmes éducatifs du monde notamment ceux des pays pauvres, mais nulle part ce phénoméne n'atteint des proportions aussi étendues qu'en Haïti. Il concerne en effet 70% des élèves au classe Pré-scolaire 1 et 88,7% dans le classe Moyen deux si l'on retient une définition large c'est-à-dire si l'on considère que l'âge normal est de 7 ans en CPI et de 12 ans en CM2 et de 96,2% en CM2 et si l'on retient la définition stricte (entrée à 6 ans en CPI et à 11 ans en CM2). Le phénomène est donc bien massif, l'âge moyen en CM2 étant de 15,3 ans soit 3-4 ans de plus que l'âge théorique. Ce système se caractérise par une proportion élevée d'enfants en retard dans tout le secteur. C'est ainsi que la deuxième enquête sur la mortalité, la morbidité et l'utilisation des services réalisés en 1994 / 95 indique que parmi les enquêtés, 73% des enfants âges de 6 à 15 ans, 61% des 16 à 20ans et 30 % des 21 à 24 ans fréquentaient l'école (sans précision sur le niveau). Cela laisse à penser que de nombreuses personnes âgées de 16 à 20 ans sont en fait inscrites dans une école primaire et non secondaire.

    1-5 ACCROISSEMENT DU NOMBRE D'ÉCOLES.-

    Au cours de ces vingt cinq (25) dernières années nous avons constaté une expansion impressionante du nombre d'établissements d'enseignement pré-scolaire, primaire, secondaire et supérieur dans le pays. En un mot nous pouvons dire que cet accroissement des structures d'accueil s'explique sur la forte demande en éducation au niveau des 4 ordres d'enseignement.

    1-5-1 L'ENSEIGNEMENT PRÉ-SCOLAIRE.-

    L'accroissement du nombre d'écoles au niveau du pré-scolaire apparaît visible à Port-au-Prince et dominé par le secteur privé. Ainsi ce programme d'enseignement qui en réalité a commencé depuis 1987 avec l'ouverture des six premiers centres CINEC se poursuit avec l'action conjuguée du Ministère des Affaires Sociales et de celui de l'Éducation Nationale avec un effectif de 317 centres en 1994 / 95 pour le secteur public et entre 1982 / 83 et 1994 / 95 pour le secteur privé et l'effectif du nombre d'écoles pré-scolaire est passé de 96 à 1018.

    1-5-2 L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.-

    Si nous remontons depuis 1875, Haïti comptait 165 écoles primaires urbaines publiques et 200 écoles rurales. A la veille de l'occupation américaine de 1915, 730 écoles publiques fonctionnaient. Au cours des années 80, la très forte poussée du taux de scolarisation sans différence significative entre les effectifs de garçons et de filles explique l'évolution du nombre d'établissements tant dans le milieu urbain que dans le milieu rural. En effet, dans l'ensemble du pays, au cours de la période allant de 81/82 à 94/95, le nombre d'établissements primaires est passé de 3.221 à 10.071.

    TABLEAU 5

    EVOLUTION DU NOMBRE D'ÉCOLES PRIMAIRES SELON LE SECTEUR,

    1987 / 1988 A 1991 / 1992.

    Secteur

    81 / 82

    87 / 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    94 / 95

    Ensemble

    3221

    4799

    5103

    5412

    5747

    6111

    10.071

    Public

    1000

    986

    1005

    1005

    1005

    1005

    1100

    Privé

    2.221

    3813

    4098

    4407

    4742

    5106

    8971

    % Privé

    0.7

    0.8

    0.8

    0.8

    0.8

    0.8

    0.8

    Source : Annuaire Statistique du MENJS, 1987 / 88 à 1991 / 92.

    Dans le secteur privé le nombre d'écoles primaires a connu une progression plus marquée passant de 2.221 à 8971 contre 1000 à 1100 dans le public. Cela traduit un accroissement de 2% du nombre d'écoles et des effectifs du primaire avec une augmentation annuelle de 6% du nombre de salles, imputables essentiellement au secteur privé.

    Cette prolifération des écoles privées constitue un phénomène sociologique assez exceptionnel et peut être une chance pour Haïti d'arriver assez rapidement à la scolarisation universelle. L'évolution du nombre de salles de classe d'après l'annuaire statistiques du MENJS 1987 / 1988 à 1991 / 1992 est passé de 15.736 à 19.088 soit une croissance de 82 % (public et privé). Globalement, le rapport élèves / classe s'est amélioré sur la période passant de 49,61 élèves par salle à 46,28 en 1988 / 1989. mais le niveau a connu une progression en 1989 / 90 et en 1991 / 92, passant de 47, 60 à 48 élèves par classe. Ce niveau peut être considéré comme tout à fait convenable dans un pays où les ressources allouées à l'éducation sont modestes.

    TABLEAU 6

    RAPPORT ELEVES / SALLE DE CLASSE DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

    SELON LE SECTEUR, 1987 / 1988 A 1991 / 1992.

    Secteur

    87 / 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    Ensemble

    49.61

    46.28

    47.60

    47.97

    48.28

    Public

    47.56

    46.81

    48.87

    49.25

    49.56

    Privé

    50.61

    46.03

    47.01

    47.37

    47.67

    Source : Annuaire Statistique du MENJS, 1987 / 88 à 1991 / 92.

    Cependant, l'absence de données récentes a handicapé notre analyse.

    Ces données montrent une répartition de plus de quatre établissements primaires, privés pour chaque établissement public (1100) pour l'année 1994 / 95, ainsi qu'une répartition urbain/rural de 6 sur 4. Les écoles primaires en milieux urbains et ruraux représentent 75% des effectifs du secteur privé. Grâce aux missions protestantes, aux églises catholiques et au secteur laïc communautaire, la demande d'éducation reçoit une réponse dans les milieux défavorisés, ce qui contribue à accélérer le processus de scolarisation universelle. En effet, déjà à la fin des années 70, une enquête menée par le MENJS, L'UNESCO et la Banque Mondiale avaient révélé que le taux de croissance de l'école privée était de 11% alors que celui de l'école publique était de 5%. Cette capacité de croissance rapide de secteur privé est encore confirmée par les récentes enquêtes menées par la FONHEP. Et en 1993 une enquête diagnostic réalisé par cette instution a relevé l'existence de 8400 écoles primaires privées. L'actualisation de ces données en 1996 montre qu'il existe aujourd'hui plus de 10.000 écoles primaires privées à travers le pays.

    1-5-3 L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.-

    En ce qui concerne le niveau secondaire, on a observé aussi l'ouverture de plusieurs établissements publics et privés.

    Ainsi, de 1981/82 à 1994/95 le nombre d'établissements secondaire est passé de 244 à 776 dont 116 pour le public et 660 pour le privé. Près de la moitié des établissements sont situés à Port-au- Prince. Cinq ans plus tard, soit en 1987/88 avec un total de 33 lycées, le secteur public ne représente que 7%. Pendant cette période, le secteur privé a considérablement augmenté, le nombre de ses établissements passant de 219 à 509 soit 93% des écoles et un taux moyen d'accroissement de 12,1%.

    TABLEAU 7

    EVOLUTION DU NOMBRE D'ÉTABLISSEMENTS SECONDAIRES

    1987 / 1988 à 1994 / 1995.

    Croissance

    87 / 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    94 / 95

    Croissance

    87 / 88- 91 / 92- 87 / 88-94 / 95

    Ensemble

    542

    562

    548

    607

    630

    776

    1.16

    1.34

    Public

    33

    40

    49

    58

    67

    116

    2.03

    3.52

    Privé

    509

    522

    535

    549

    563

    660

    1.11

    1.2

    % Privé

    93.9 %

    92.9 %

    91.6 %

    90.4 %

    89,4 %

    85.0%

     
     

    Source : Annuaires Statistique du MENJS, 1987/88 à 1991/92. MENJS/DES,1995.

    En analysant ce tableau nous voyons que le secteur public est passé de 25 établissements en 1981/82 à 116 en 1994/95 soit un accroissement de 3.52%. Le secteur privé a considérablement augmenté, le nombre de ses établissements passant de 219 en 1981 / 82 à 660 en 1994 / 95 soit 85 % des établissements et un taux moyen d'accrois-sement de 1.20%, environ 7 fois celui du secteur public.

    Le nombre de salles de classe pour le secteur public et privé est passé de 1.836 en 1981/82 à 4556 en 1991/92.

    L'analyse rapport-élève par salle de classe de l'enseignement secondaire suivant le secteur d'après ce tableau, est passé de 42.53 élèves par salle à 39.78 de 1987 / 88 à 1991 / 92.

    TABLEAU 8

    RAPPORT ELÈVES / SALLE DE CLASSE DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

    SELON LE SECTEUR, 1987 / 88 A 1991 / 92.

     

    87/ 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    Ensemble

    42.53

    42.08

    41.42

    40.55

    39.78

    Public

    64.29

    71.29

    70.14

    68.37

    67.28

    Privé

    39.67

    38.52

    37.92

    37.14

    36.42

    Source : Annuaires Statistique du MENJS, 1987 / 88 à 1991 / 92.

    Pour l'enseignement secondaire technique et professionnel le nombre d'écoles est passé de 26 en 1988 / 89 à 38 en 1994 / 95 répartis en 6 catégories. (voir tableau 3)

    A côté de cet enseignement technique reconnu, il est vraisemblable qu'il existe un enseignement technique privé. La présence de ce secteur dans l'offre de formation est une réalité visible et même si les statistiques ne sont pas disponibles la plupart des responsables du sous-système estiment que le nombre des écoles privées sont déjà plus importants que dans le public.

    1-5-4 L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.-

    Les circonstances historiques dans lesquelles Haïti a eu son indépendance, en 1804 ne lui ont pas permises de bénéficier de la colonie de St Domingue d'un certain héritage institutionnel sur le plan de l'Enseignement supérieur, De 1880 à nos jours l'UEH compte huit (8) Facultés, quatre (4) Ecoles et deux (2) Instituts. D'après le diagnostic technique du système éducatif haïtien réalisé par Research Triangle Institute, the Academy for Educational Development Educat SA en Juillet 1995, pour le secteur privé au niveau du Droit et des Sciences Economiques on compte huit (8) pour les sciences commerciales vingt (20) en santé communication et religion et huit (8) institutions polyvalentes.

    Ce qui donne un total de 50 institutions d'enseignement supérieur public et privé. Le rectorat ne possède pas d'informations sur les établissements privés à l'exception des données transmises spontanément par les établissements pour appuyer leur demande de licence de fonctionnement.

    TABLEAU 9

    EFFECTIFS DE L'UEH PAR INSTITUTION 1989 / 90 à 1994 / 1995 AVEC RÉPARTITION DES INSCRITS EN PREMIÈRE ET EN DERNIÈRE ANNÉE, 1994 / 1995

     

    Effectif

    % du Total inscrits

    1994 / 1995

    INSTITUTION

    1989 / 90

    1993 / 94

    1994 / 95

    en Première / en dernière

    Année Année

    Agronomie

    282

    309

    309

    25 %

    19,4 %

    Droit et Sciences Economiques

    1024

    2491

    2491

    48 %

    12,2 %

    Ecole Normale Supérieure

    538

    689

    757

    37 %

    20,3 %

    Ethonologie

    366

    1000

    708

    23 %

    31,8 %

    Linguistiques appliquées

    166

    279

    218

    38 %

    9,2 %

    Médecine

    645

    757

    700

    20 %

    18,3 %

    Pharmacie

     
     
     

    35 %

     

    Odontologie

    84

    125

    116

    22 %

    16,4 %

    Sciences

    310

    441

    442

    41 %

    11,5 %

    Sciences humaines

    447

    932

    720

    33 %

    23,5 %

    INAGHEI

    2226

    3180

    3180

    n.d

    n.d

    IERAH

    190

    243

    141

    n.d

    22 %

    TOTAL

    6278

    10446

    9782

     
     

    Note Dans les calculs présentés, les formations courtes de 2 années en faculté des sciences et en Médecine, ainsi que les internes en Medecine ( qui ne suivent pas de cours ) sont exclus du total.

    Source : UEH, 1995

    1-6 EVOLUTION DU NOMBRE DE MAITRE.-

    L'évolution du nombre de maître s'exprime, pour chaque niveau d'enseignement, de la manière suivante.

    1-6-1 AU NIVEAU DU PRÉ-SCOLAIRE.-

    Le nombre d'enseignants dans le secteur public au niveau du Pré-scolaire est actuellement difficile à déterminer avec exactitude, les sources que ce soit le MEF, la fonction publique, ou les différents services du MENJS (personnel), les données statistiques (services de paiements) se révelant hétérogènes quant aux taux. Jusqu'à présent de nombreux instituteurs enseignent simultanément à des élèves du pré-scolaire et à des élèves du primaire.

    Le tableau ci-dessous présente le nombre d'instituteurs au niveau du Pré-scolaire privé par département. L'éffectif total est de 9997 instituteurs pour les 9 départements du pays.

    TABLEAU 10

    NOMBRE D'INSTITUTEURS DANS LES PRES-COLAIRES PRIVES, 1993/ 94.

    Département

    Urbain

    Rural

    Bidonvil

    Total

    Artibonite

    540

    1515

    24

    2079

    Centre

    216

    577

    14

    805

    Gd Anse - Nippes

    73

    268

    4

    345

    Nord

    345

    777

    31

    1153

    Nord- Est

    99

    132

    0

    231

    Nord-Ouest

    133

    517

    10

    660

    Ouest

    1235

    969

    601

    2805

    Sud

    269

    926

    15

    1210

    Sud-Est

    104

    600

    3

    707

    TOTAL

    3014

    6281

    702

    9997

    Source : Annuaires Statique de la FONHEP, 1993/94.

    1-6-2 AU NIVEAU PRIMAIRE.-

    Au niveau primaire, au cours de la période allant de 1980/81 à 1994 / 95 l'effectif des enseignants du primaire est passé de 14581 à 30.205. En l'année scolaire 1993 / 94, les statistiques officielles indiquent qu'il y avait 29174 enseignants travaillant dans le niveau primaire, dont 71,7% dans le secteur privé. Depuis 1987 / 88, on assiste à un fort accroissement du corps enseignant à ce niveau, de plus de 30%. Cet accroissement a pu maintenir un taux d'encadrement dans le secteur privé de 33 à 35 élèves par enseignant 1987 / 88 jusqu'à 41 élèves par enseignant en 1993 / 94. La plupart des Normaliens préfèrent, à l'issue de leur formation dans les écoles Normales, servir plutôt dans les centres urbains et les zones rurales d'accès relativement aisé. Ainsi, l'effectif est passé de 6934 en 1980 / 81 à 11855 en 1992 / 93 (enseignants dans les zones rurales) d'après l'analyse du tableau 10.

    TABLEAU 11

    EVOLUTION DU NOMBRE DES ENSEIGNANTS DES ECOLES PRIMAIRES

    SELON LE SECTEUR ET LE MILIEU, 1980 / 81 à 1994 / 95.

    Secteur / Milieu

    80 / 81

    87 / 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    92 / 93

    93 / 94

    94 / 95

    Ensemble

    14581

    22421

    21381

    22676

    24079

    25604

    24935

    29174

    30205

    Public

    5359

    6333

    6058

    6425

    6823

    7255

    4115

    8772

    8192

    Privé

    9222

    16088

    15323

    16251

    17256

    18349

    20820

    20402

    22013

    % Privé

    0.6

    0.7

    0.7

    0.7

    0.7

    0.7

    0.8

    0.7

    0.7

    Urbain

    7647

    12578

    11987

    12713

    13500

    14355

    13080

     
     

    Rural

    6934

    9843

    9394

    9963

    10579

    11249

    11855

     
     

    % Rural

    0.4

    0.4

    0.4

    0.4

    0.4

    0.4

    0.5

     
     

    Source : Annuaires Statistique du MENJS, 1987/88 à 1991/92; Annuaire FONHEP, 1993/94,

    MENJS, 1995.

    1-6-3 AU NIVEAU SECONDAIRE.-

    Les effectifs enseignants du secondaire ne permettent pas de distinction entre le premier et le second cycle du secondaire. Le tableau ci-dessous retrace l'évolution du corps enseignant sur la période de référence ainsi que le taux d'encadrement en distinguant les secteurs d'enseignement.

    TABLEAU 12

    EVOLUTION DU NOMBRE DE PROFESSEURS DES ETABLISSEMENTS SECONDAIRES SELON LE SECTEUR, 1980 / 1981 à 1994 / 1995.

     

    80 / 81

    87 / 88

    88 / 89

    89 / 90

    90 / 91

    91 / 92

    Croissance

    87 / 88

    91 / 92

    94 / 95

    Ensemble

    4031

    10290

    10898

    11541

    12222

    12945

    1.26

    15275

    Public

    730

    1288

    1284

    1360

    1438

    1527

    1.19

    1712

    Privé

    3301

    9002

    9614

    10181

    10784

    11418

    1.27

    13563

    % Privé

    82%

    87.5%

    88.2%

    88.2%

    88.2%

    88.2%

     
     

    Source : Annuaires Statistique du MENJS, 1987 / 1988 à 1991 / 1992.

    Ainsi l'évolution des effectifs enseignants n'a pas parfaitement suivi celle des élèves. De 1980 / 1981 à 1994 / 1995 l'effectif est passé de 403l à 15.275. En 1987 / 88 le personnel enseignant a augmenté de 26% soit 10290 à 12949 en 1991 / 1992. Cette évolution plus forte dans le secteur privé a permis au taux d'encadrement de rester assez stable à 22 élèves par enseignant dans le public, et même de s'améliorer légèrement dans le privé de presque 15 élèves par enseignant en 1987 / 1988 à moins de 13 en 1991 / 1992. Vu que les enseignants sont souvent des vacataires ou ne travaillent pas à temps plein, ces chiffres ne devraient pas être interprétés comme indicateurs de la taille des classes. La vie à la campagne est pénible sans possibilité culturelle, maigre salaire, les professeurs préfèrent rester en ville cela accasionne une grande disparitée entre les ratios enseignants élèves en milieu urbain et élève / enseignant en milieu rural.

    1-6-4 AU NIVEAU DE L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET PROFESSIONNEL.-

    Pour l'ensemble de l'enseignement technique et professionnel, on recensait en 1987 / 1988, 298 enseignants et sept ans plus tard c'est-à-dire en 1995 on a un effectif total de 552. Si l'on considère que les enseignants à temps partiel étaient en moyenne à mis-temps, on obtient un taux d'encadrement de 15,8 soit un taux d'encadrement un peu meilleur que dans l'enseignement secondaire classique (30 %) trente pour cent des enseignants ont un niveau de formation égale ou supérieure au baccalauréat 2ème partie.

    Les données relatives au corps enseignant se limitent aux informations provenant des états d'émargement du ministère relatif aux montants des salaires perçus. Ainsi d'après le tableau ci-dessous, sur l'effectif de 552 enseignants seulement 390 sont payés par l'Institut National de Formation Professionnelle (INFP).

    TABLEAU 13

    EFFECTIFS DES EMPLOYÉS DES ENSEIGNANTS ET DES ENSEIGNANTES PAYÉS PAR L'INFP PAR CATÉGORIE D'ÉTABLISSEMENT, 1995

    Catégorie

    Employés

    Total

    Enseignants

    Total

    Dont payés par

    l'INFP

    Ecoles d'enseignement Technique

    192

    120

    85

    Ecoles d'enseignement Moyen

    0

    0

    0

    Centres de Formation Professionnelle

    35

    18

    14

    Ecoles d'enseignement Professionnel

    447

    352

    257

    Ecole de Formation Agricole

    0

    0

    0

    Centre ménagères

    40

    62

    34

    TOTAL

    714

    552

    390

    Source : INFP, 1995

    1-6-5 AU NIVEAU DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.-

    Vers la première moitié des années 80, l'enseignement supérieur était assuré par un ensemble de 108l professeurs environ dont 926 hommes et 155 femmes. Des 1081 enseignants se détachaient environ 59 étrangers qui prétaient leurs concours dans la formation académique. Ces étrangers de nationalités différentes enseignaient particulière-ment aux facultés de médecine et de pharmacie, d'Ethnologie, d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire, des sciences, à l'École Normale Supérieure à l'Institut National d'Administration de Gestion et des Hautes Etudes Internationales, à la faculté de Linguis-tique Appliquée, au séminaire Théologique Baptiste d'Haïti et à d'autres institutions. Ces étrangers se recrutent souvent parmi les experts d'organisations internationales et non gouvernementales.

    TABLEAU 14

    EVOLUTION DU NOMBRE DE PROFESSEURS A L'UNIVERSITE D'ÉTAT D'HAITI.

     

    80 / 86

    93 / 94

    94 / 95

    96 / 97

    Public

    1 081

    871

    871

    905

    Privé

    N.d

    N.d

    N.d

    N.d

    Total

    1081

    871

    871

    905

    Source : Rectorat. 1998

    Ainsi, après le renversement de Jean Claude Duvalier en Février 1986, la plupart des professeurs étrangers ont laissé le pays. On peut citer à titre d' exemple l'INAGHEI. L'effectif qui était de 1081 de 1980 à 1986 est passé à 905 en 1996 / 97 dont 63 à temps plein et 842 à temps partiel ce qui équivaut à l professeur pour 12 étudiants d'après les fichiers de rénumération du Rectorat de l'UEH. Un examen plus approfondie de l'état d'emargement montre que les enseignants sont comptabilisés par chaire d'enseignement, une chaire d'enseignement équivalent à une charge horaire variant entre 3 et 5 heures selon le cas en raison de la présence du même personnel dans les établissements différents.

    Concernant les enseignants privés, le Rectorat ne possède pas d'information à l'exception des données transmises spontanément par les établissements pour appuyer leur demande de licence de fonctionnement.

    Section 2 : Étude de rendement du systeme éducatif haitien.

    Le fait que pour chaque année d'études un certain nombre d'élèves soient obligés de doubler ou de quitter l'école produit directement une diminution dans la promotion scolaire.

    2-1 LE RENDEMENT DE L'ENSEIGNEMENT PRÉ-SCOLAIRE.-

    Les études à l'échelle internationale indiquent que les enfants qui ont eu une expérience Pré-scolaire redoublent ou abandonnent plus rarement et sont en général mieux équipés pour la vie. L'éducation pré-scolaire contribue au développement des aptitudes cognitives; linguistiques; sociales et physiques requises dans l'enseignement primaire. C'est aussi à ce niveau que les pratiques de justice, de démocratie et de participation peuvent s'apprendre le plus aisément.

    2-2 LE RENDEMENT DE L'ENSEIGNEMENT FONDAMENTAL.-

    En prenant en compte les trois évènements : le passage, le redoublement, ou l'abandon nous pouvons obtenir le suivi d'une cohorte d'élèves tout au long de leur scolarité selon le tableau ci dessous qui présente le taux d'évenement en fin d'année scolaire de 1979 / 1980 à 1990 / 1991.

    TABLEAU 15

    TAUX DE TRANSITION DANS LE PRIMAIRE, 1979/ 1980 A 1990 / 1991.

    Année

    Taux

    1e

    AF

    (CP1)

    2e

    AF

    (CP2)

    3e

    AF

    (CE1)

    4e

    AF

    (CE2)

    5e

    AF

    (CM1)

    6e

    AF

    (CM2)

    1979-80

    Passage

    0.72

    0.76

    0.77

    0.79

    0.88

    0.67

    Redoublement

    0.21

    0.20

    0.18

    0.18

    0.13

    0.06

    Abandon

    0.08

    0.04

    0.04

    0.03

    0.04

    0.27

    1980-81

    Passage

    0.72

    0.69

    0.69

    0.66

    0.71

    0.57

    Redoublement

    0.16

    0.17

    0.18

    0.17

    0.14

    0.05

    Abandon

    0.12

    0.14

    0.13

    0.16

    0.14

    0.09

    1981-82

    Passage

    0.69

    0.76

    0.78

    0.75

    0.80

    0.63

    Redoublement

    0.11

    0.15

    0.16

    0.16

    0.14

    0.09

    Abandon

    0.20

    0.09

    0.06

    0.08

    0.06

    0.28

    1982-83

    Passage

    0.88

    0.85

    0.80

    0.76

    0.77

    0.55

    Redoublement

    0.10

    0.12

    0.14

    0.14

    0.13

    0.36

    Abandon

    0.02

    0.03

    0.06

    0.10

    0.10

    0.39

    1983-84

    Passage

    0.85

    0.77

    0.70

    0.70

    0.69

    0.60

    Redoublement

    0.11

    0.13

    0.13

    0.13

    0.12

    0.07

    Abandon

    0.05

    0.11

    0.17

    0.17

    0.19

    0.33

    1984-85

    Passage

    0.88

    0.80

    0.72

    0.72

    0.72

    0.63

    Redoublement

    0.09

    0.11

    0.12

    0.12

    0.11

    0.05

    Abandon

    0.03

    0.40

    0.16

    0.16

    0.17

    0.32

    1985-86

    Passage

    0.61

    0.58

    0.61

    0.67

    0.70

    0.68

    Redoublement

    0.10

    0.12

    0.14

    0.15

    0.14

    0.07

    Abandon

    0.29

    0.30

    0.26

    0.19

    0.16

    0.25

    1986-87

    Passage

    0.66

    0.65

    0.60

    0.59

    0.60

    0.63

    Redoublement

    0.10

    0.12

    0.13

    0.12

    0.11

    0.06

    Abandon

    0.24

    0.23

    0.27

    0.29

    0.29

    0.31

    1987-88

    Passage

     
     
     
     
     
     

    Redoublement

     
     
     
     
     
     

    Abandon

     
     
     
     
     
     

    1988-89

    Passage

    0.75

    0.78

    0.78

    0.77

    0.72

    0.65

    Redoublement

    0.10

    0.13

    0.15

    0.15

    0.14

    0.08

    Abandon

    0.14

    0.09

    0.08

    0.08

    0.14

    0.28

    1989-90

    Passage

    0.74

    0.77

    0.77

    0.76

    0.72

    0.65

     

    Redoublement

    0.10

    0.13

    0.15

    0.15

    0.14

    0.08

    Abandon

    0.16

    0.11

    0.10

    0.10

    0.15

    0.31

    1990-91

    Passage

    0.74

    0.77

    0.77

    0.77

    0.72

    0.59

    Redoublement

    0.09

    0.12

    0.13

    0.13

    0.13

    0.07

    Abandon

    0.16

    0.11

    0.10

    0.10

    0.15

    0.34

    Moyenne

    Passage

    0.75

    0.74

    0.72

    0.72

    0.73

    0.62

    Redoublement

    0.12

    0.13

    0.15

    0.14

    0.13

    0.07

    Abandon

    0.14

    0.12

    0.13

    0.13

    0.14

    0.29

    Source : Chiffres 1979 / 80 - 1986 / 87, Rapport IREDU p20: Chiffres 1988/89 - 1990 / 91, Annuaires Statistiques du MENJS. Les taux de transition 1987 / 88 ne sont pas inclus car leur déviation par rapport aux taux des autres années les rend suspects.

    N.B : le terme passage nous apparu plus approprié que le terme promotion utilise par le rapport IREDU. AF : Année Fondamentale.

    L'aspect le plus marquant dans l'évolution récente du rendement dans l'enseigne-ment fondamental concerne les comportements opposés des taux de redoublement et d'abandon particulièrement au niveau du CPI. Les taux de redoublement qui étaient de l'ordre de 15-20 % il y a 10 ans sont tombés de 10 à 15 % soit 5 points de moins en moyenne, à partir du milieu des années 80. En conséquence, la baisse des entrées, conjuguée à l'augmentation des abandons devrait se traduire pour les années futures par une contraction des effectifs scolaires, à moins que l'on assiste à des reprises de scolarité comme cela s'est déjà vu à partir des années 80 jusqu'à la période 84-85.

    Pour le CEI, les taux de redoublement s'infléchissent sur la période passant de 18 - 20 % en 1979 / 1980 à 13 % en 1990 / 1991 mais dans des proportions moindres qu'au CP1 là aussi, on remarque une forte progression des abandons depuis 1986 de l'ordre de 270 %.

    Pour le CMI les conclusions relevées pour les cours élémentaires s'appliquent aussi, mais les abandons n'augmentent qu'en 1990. De manière générale les taux d'abandon en CMI restent élevés proches de ceux enregistrés en CE2 : l'absence de certificats en fin de l'enseignement primaire pouvant expliquer ces abandons tardifs durant la scolarité primaire.

    Pour le CM2, on constate des taux de redoublement plus faible que 7 % pour les autres niveaux, ce qui est logique en abscence de certificat de fin d'études. Contrairement aux autres niveaux les évènements de 1986 n'ont pas eu de repercussion sur les taux d'abandon en CM2.

    2-2-1 ANALYSE DE L'EFFICACITÉ INTERNE DU PRIMAIRE .-

    La disponibilité de la matrice de transition (taux de passage, taux de redoublement et taux d'abandon) nous a permis d'avoir une idée sur l'efficacité interne du système éducatif.

    Une analyse effectuée par l'équipe du Research Triangle Institute a produit les indicateurs suivants : sur 1000 élèves admis au CPI, 434 seulement atteindraient le CM2 288 de ceux-ci passeraient en premier cycle du secondaire (3ème cycle de l'école fondamentale), et de ces 288 élèves seulement 131 auraient parcouru sans redoublement le cycle primaire. Des 712 qui n'ont pas réussi, 696 auraient abandonné l'école avant ou pendant le CM2, et 16 n'auraient pas continué après le CEP pour des raisons diverses(1).

    ______________________

    (1) Diagnostic technique du Système Educatif haïtien P. 30

    Enfin, ces résultats montrent clairement que dans l'enseignement réformé la règle du passage automatique entre le CPI et CP2 d'une part et entre le CE1 et le CE2 d'autre part n'est absolument pas respectée, les redoublements étant aussi fréquents à ces niveaux qu'aux autres.

    Les pratiques en matière de transition au sein du système éducatif entre l'enseigne-ment traditionnel et l'enseignement réformé semblent donc assez uniformes.

    2-2-2 L'EXAMEN DU CERTIFICAT D'ÉTUDE PRIMAIRE.-

    Au niveau primaire, taux de réussite à l'examen du certificat d'études primaires CEP est passé de 462 % en 1995 à 525 % en 1996. Le nombre absolu de reçus passant de 52269 à 74460 soit une augmentation de 37 % et celui des reçus de 43 %. C'est dans le département de l'Ouest que l'on enregistre le plus grand nombre de candidats et de reçus (environ 44 % pour les deux années). On a cependant constaté des variations marquées au niveau des performances selon les départements.

    En 1995, les Nippes et le Centre ont eu les deux taux d'admission les plus élevés 61,9 et 61,4 %, respectivements. En 1996 , ces mêmes départements ont eu les taux d'admission les plus bas (31,1 et 32,4%). En revanche, le Nord-est enregistrant les taux d'admission les plus élèves ces deux mêmes années (66,8 et 74 % 1995/96) et le Nord a eu l'un des taux les plus bas les deux années (35 et 47%).

    2-3 LE RENDEMENT DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.-

    L'enseignement secondaire est actuellement en pleine transition et en crise curriculaire car c'est maintenant qu'il subit les ombres de la reforme éducative de l'enseignement fondamental. Les effectifs d'entrants en sixième ont cru en moyenne de 5,8% par an. Sachant que la croissance démographique est d'environ 2,5% environ les deux tiers des élèves de CM2 passent dans l'enseignement secondaire, ce pourcentage étant quasi constant sur la période. D'après le tableau ci-dessous, on remarque une progression des abandons au niveau de la 7ème année fondamentale et un redoublement presque constant.

    TABLEAU 16

    TAUX DE TRANSITION DANS LE SECONDAIRE, 1979 / 80 A 1990 / 91.

    Année

    Taux

    6e

    AS

    (7e Fond)

    5e

    AS

    (8e Fond)

    4e

    AS

    (9e Fond)

    3e

    AS

    /

    2e

    AS

    /

    Rhéto

    Philo

    1979-80

    Passage

    0.77

    0.90

    0.88

    0.84

    0.92

    0.26

    0.56

    Redoublement

    0.06

    0.05

    0.05

    0.05

    0.06

    0.13

    0.09

    Abandon

    0.17

    0.05

    0.07

    0.11

    0.03

    0.60

    0.35

    1980-81

    Passage

    0.73

    0.84

    0.78

    0.72

    0.74

    0.24

    0.54

    Redoublement

    0.07

    0.04

    0.06

    0.07

    0.07

    0.12

    0.08

    Abandon

    0.20

    0.12

    0.16

    0.21

    0.19

    0.64

    0.39

    1981-82

    Passage

    0.81

    0.94

    0.85

    0.84

    0.84

    0.38

    0.93

    Redoublement

    0.10

    0.09

    0.10

    0.10

    0.08

    0.23

    0.05

    Abandon

    0.09

    0.03

    0.05

    0.06

    0.08

    0.39

    0.02

    1982-83

    Passage

    0.71

    0.88

    0.89

    0.90

    0.90

    0.34

    0.90

    Redoublement

    0.10

    0.10

    0.10

    0.13

    0.16

    0.23

    0.04

    Abandon

    0.18

    0.02

    0.01

    0.02

    0.06

    0.43

    0.06

    1983-84

    Passage

    0.70

    0.80

    0.72

    0.65

    0.71

    0.22

    0.53

    Redoublement

    0.08

    0.08

    0.07

    0.07

    0.07

    0.13

    0.16

    Abandon

    0.23

    0.12

    0.21

    0.29

    0.23

    0.65

    0.31

    1984-85

    Passage

    0.77

    0.85

    0.84

    0.80

    0.90

    0.25

    0.63

    Redoublement

    0.08

    0.09

    0.08

    0.08

    0.08

    0.14

    0.18

    Abandon

    0.15

    0.07

    0.08

    0.12

    0.02

    0.62

    0.20

    1985-86

    Passage

    0.80

    0.86

    0.82

    0.76

    0.78

    0.55

    0.99

    Redoublement

    0.08

    0.08

    0.08

    0.08

    0.08

    0.07

    0.15

    Abandon

    0.12

    0.06

    0.09

    0.16

    0.14

    0.39

    0.13

    1986-87

    Passages

    0.70

    0.78

    0.77

    0.76

    0.83

    0.34

    0.31

    Redoublement

    0.70

    0.07

    0.70

    0.08

    0.09

    0.16

    0.05

    Abandon

    0.23

    0.15

    0.16

    0.17

    0.08

    0.50

    0.65

    1987-88

    Passage

     
     
     
     
     
     
     

    Redoublement

     
     
     
     
     
     
     

    Abandon

     
     
     
     
     
     
     

    1988-89

    Passage

     
     
     
     
     
     
     

    Redoublement

     
     
     
     
     
     
     

    Abandon

     
     
     
     
     
     
     

    1989-90

    Passage

    0.71

    0.81

    0.79

    0.72

    0.81

    0.33

    Nd

     

    Redoublement

    0.09

    0.09

    0.09

    0.08

    0.10

    0.15

    0.09

    Abandon

    0.20

    0.11

    0.13

    0.20

    0.09

    0.51

    Nd

    1990-91

    Passage

    0.71

    0.81

    0.79

    0.72

    0.81

    0.33

    Nd

    Redoublement

    0.09

    0.09

    0.09

    0.08

    0.10

    0.15

    0.09

    Abandon

    0.20

    0.11

    0.13

    0.20

    0.09

    0.51

    Nd

    Moyenne

    Passage

    0.75

    0.86

    0.82

    0.78

    0.83

    0.32

    0.67

    Redoublement

    0.08

    0.08

    0.08

    0.08

    0.09

    0.15

    0.10

    Abandon

    0.17

    0.07

    0.10

    0.14

    0.09

    0.53

    0.23

    Source : Chiffres 1979 / 80 - 1986 / 87, Rapport IREDU p 60: Chiffres 1989 / 90 - 1990 / 91, Annuaires Stastistiques du MENJS. Les taux de transition 1987 / 88 et 1988 / 89 ne sont pas inclus car leur déviation par rapport aux taux des autres années les rend suspects. A.S : Ancien Système

    2-3-1 ANALYSE DE L'EFFICACITÉ INTERNE DU SECONDAIRE.-

    L'analyse des chiffres concernant l'enseignement secondaire montre que ce cycle a un rendement très faible. En effet, sur 1000 élèves admis au CPI, 288 seulement passeraient en 1er cycle du secondaire (1). Et les 288 entrant en 7e Année Fondamentale, 164 seraient admis en première année du cycle secondaire (3ème cycle du fondamental) et 38 seraient admis au cycle suivant (2ème cycle du secondaire). Les autres auraient abandonnés leurs études pendant le premier cycle du secondaire. En moyenne, on aura 7,61 années-élèves passées dans ce premier cycle du secondaire pour produire un admis au 3ème année secondaire, chiffre qui donne, compte tenu de la durée de trois années du cycle, un rapport « imput / output » pas très impressionnant de 2,54.

    Le coefficient de gaspillage confirme cette analyse et nous remarquerons que le gaspillage est davantage dû à l'abandon qu'au redoublement. Pour le second cycle de l'enseignement secondaire, on a repris le même type de calcul, cependant, pour le passage au terme de la classe de philosophie (réussite à la deuxième partie du baccalauréat) nous avons enregistré un taux moyen de réussite de 65% compte tenu des grandes fluctuations enregistrées les années antérieures.

    Sur 1000 enfants d'une génération, 26 obtiennent leur diplôme de Bac.II soit 2,6%. Jugée globalement l'efficacité du second cycle secondaire paraît notoirement plus faible que celui du premier cycle, mais ceci est causé pour l'essentiel par le passage de la première partie du baccalauréat. Là aussi la durée moyenne de scolarité de 3,3 années pour les diplômes montre que le gaspillage vient de l'abandon et non du redoublement.

    2-3-2 L'EXAMEN DU BACCALAURÉAT.-

    L'examen du baccalauréat se déroule en deux parties : la première partie à l'issue de la classe rhétorique, la seconde à l'issue de la classe de philosophie. Pour chacune de ces deux parties, il y a une session en juin et une en septembre. Les statistiques ci-dessous retracent l'évolution des admis des deux parties et le pourcentage de réussite.

    ___________________

    (1) Voir page 53.

    TABLEAU 17

    TABLEAU DES INSCRITS ET DES ADMIS AU BAC DE 1983 À 1997

    ANNÉE

    INSCRITS

    ADMIS

    RÉUSSITE EN %

    1983

    13176

    7486

    56.8

    1984

    13177

    4197

    25.9

    1985

    18701

    5369

    28.7

    1986

    20484

    12973

    63.3

    1987

    6243

    5891

    94.3

    1988

    27180

    10680

    39.2

    1989

    30368

    10345

    34.06

    1990

    33498

    14350

    42.83

    1991

    39967

    22457

    56.18

    1992

    48073

    26949

    56.05

    1993

    57689

    25007

    43.34

    1994

    65196

    40081

    61.98

    1995

    74367

    20124

    27.06

    1996

    76150

    14001

    16.39

    1997

    79200

    5348

    6.7

    Source : MENJS. L'Éducation en Action N 1. Juillet à Septembre 1997. Page 7.

    En Juin 1986, on remarque une augmentation sensible de la réussite aux différentes parties du baccalauréat qui s'explique par une volonté gouvernementale de rendre cet examen plus facile. En juin 1987, on constate que le nombre d'inscrits aux deux parties du baccalauréat est très nettement inférieur aux élèves inscrits dans les classes correspondantes «il y a eu cette année là une abstention des élèves des lycées. Par contre, en 1988, il y a eu rattrapage, à savoir que ceux qui ne s'étaient pas présentés l'année précédente, cette année là ils s'étaient présentés en candidats libres. Globalement, les taux de réussite en rhétorique sont très bas environ 40 % des inscrits réussissent, un peu plus si l'on rapporte les reçus aux effectifs inscrits dans la classe correspondante. En classe de philosophie, les taux de réussite sont encore plus fluctuants qu'en rhétorique, avec des taux s'étageant de 91,6 % à 42,9 %.

    Le plus fort taux de succès enregistré au bac entre 1983 et 1997 reste 94,3 % sous Namphy, en 1987. Tout le monde exigeait l'annulation de ces épreuves puisqu'elles n'étaient ni plus ni moins qu'un exercice de copie.

    Viennent ensuite 63,3% en 1986, 56, 18% en 1991, 61, 98% en 1994 et enfin 6,7% en 1997, l'échec le plus catastrophique qu'on a enregistré dans les annales du bacca-lauréat dont l'origine remonte en l'année 1908. Ces résultats étaient vraiment choquants. Ce fut la première fois qu'une telle catastrophe était produite. Les réactions ont été vives et multiples. Le système éducatif haïtien était sur la sellette.

    2-4 LE RENDEMENT DE L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET PROFESSIONNEL.-

    Pour les écoles d'Enseignement Technique et d'Enseignement Professionnel, le redoublement est exceptionnel et concerne moins de 0,5% de l'effectif total. Cette proportion est aussi très faible dans les autres catégories, avec un pourcentage de 2,5%.

    De même, dans les écoles des catégories 1 et 2, les abandons sont rares (environ 5% d'une année sur l'autre). A l'inverse, pour les centres Ménagères les abandons sont plus fréquents et approchent pour certaines écoles, le tiers des effectifs inscrits d'une année sur l'autre (Réf. Tableau 3).

    2-5 LE RENDEMENT DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.-

    Les diplômes de l'enseignement supérieur public avoisinent un millier par an, les disciplines les plus prolifiques étant le Droit (33%), l'Ethnologie et les sciences humaines (42%). Les disciplines comme les sciences, la linguistique et l'odontologie accusent les performances les plus faibles avec respectivement 5,5%, 2,1% et 2%. En l'absence d'informations sur la capacité du marché du travail, il est difficile d'apprécier ces chiffres en termes relatifs appropriés.

    Ainsi motivée par un ensemble de facteurs liés aux conditions de vie de l'étudiant, la déperdition est un phénomène vécu dans le système d'enseignement supérieur haïtien. Presque toutes les unités supérieures d'éducation sauf quelques exceptions comme les séminaires de Théologie, la faculté de Médecine et de pharmacie, les sciences, l'Agronomie et FLA, les étudiants des autres établissements sortent presque tous sans diplômes. A l'issue de leur cycle d'études, les étudiants doivent présenter un travail personnel généralement sous forme de mémoire en vue de l'obtention du diplôme. Ce mémoire exige un exercice académique personnel auquel le cursus académique n'a pas préparé l'étudiant.

    CHAPITRE 3

    LE SYSTEME EDUCATIF HAITIEN UNE INDUSTRIE NON RENTABLE.

    La société haïtienne investit des ressources énormes dans l'éducation. Les efforts des parents représentent un peu plus de 85% en 1994 / 95 des contributions financières injectées dans le système. L'absence d'une politique de l'enseignement (pré-scolaire, primaire, secondaire, supérieur) qui en définirait la mission générale explique que les acteurs s'adonnent à une exploitation anarchique et irrationnelle de la demande sociale de formation. Et une des principales caractéristiques du système éducatif haïtien est donc sa faible qualité, qui se traduit par un taux élevé de redoublement, un nombre important d'élèves âgés, et une performance aux examens de fin détudes qui laisse à désirer.

    Mais face à ce problème, quelles sont les causes de cette non rentabilité du système ?

    Section 1 : Les Facteurs qui ont limite le Developpement du Systeme Educatif Haitien.

    L'éducation est devenue beaucoup plus accessible dans toutes les régions du monde et cependant elle est loin d'être à la portée de tous surtout dans le cas d'Haïti. Ainsi, plusieurs facteurs sont à la base du mal-développement de ce système. Ils se résument de la manière suivante:

    § l'absence de politique éducative

    § la faiblesse de la carte scolaire

    § l'inadaptation du contenu de l'Enseignement

    § le manque de materiel pédagogique

    § la faible qualification des maîtres

    Après avoir identifié ces facteurs nous essayons de les analyser .

    1-1 L' ABSENCE DE POLITIQUE EDUCATIVE.-

    La politique de l'éducation en Haïti s'inspire toujours du décret-loi de 1982 concernant la réforme de l'Enseignement. La généralisation de la réforme, avant l'obtention d'un concensus national, a été marquée, dès le début malgré de longs travaux de préparation par une certaine précipitation, laquelle a parfois entraîné un certain désarroi chez les parents, les directeurs d'école et les fonctionnaires du ministère de l'éducation nationale. Tous les sous-systèmes du système éducatif présentent les empreintes de cette déficience de la politique éducative d'alors.

    Ainsi, la structure éducationnelle, c'est-à-dire l'enchaînement des filières et des programmes définie par la Réforme de 1982 qui visait à éliminer la rigidité de la structure traditionnelle en ouvrant des options vers l'emploi à différents niveau du système, n'a pas été mise en place comme prévu. La confusion autour de l'École Fondamentale, tantôt perçue comme unité administrative, tantôt comme structure pédagogique, est encore très grande, les messages contradictoires envoyés par le ministère quant à la durée de chaque cycle, le manque de clarté dans les objectifs assignés aux filières pré-professionnelles et professionnelles augmentent le malaise et retardent le consensus sur une vision commune et partagée par les acteurs. Les faibles performances et le fonctionnement anarchique du système trouvent leur origine dans la faiblesse de sa gouvernance publique. Celle-ci s'explique en partie par les ressources limitées des institutions gouvernementales mais surtout par le mode de gestion, avec pour effet un manque de politiques éducationnelles ou de planification stratégique, l'absence de continuité dans l'application des politiques de la réforme éducative des systèmes opératoires. Qu'en est-il de la carte scolaire ?

    1-2 LA FAIBLESSE DE LA CARTE SCOLAIRE.-

    Alors que nous célébrons le Bicentaire de notre Indépendance, la première République noire du monde, le deuxième pays indépendant de l'amérique après les USA en 1776; il est paradoxal de constater la faiblesse de la carte scolaire de ce pays. Il existe environ 1335 centres Pré-scolaires (CPI) à travers les neufs départements du pays répartis comme suit : 317 pour le public et 1018 pour le secteur privé.

    TABLEAU 18

    NOMBRE D'ÉTABLISSEMENTS PAR NIVEAU D'ENSEIGNEMENT ET SECTEUR

    (chiffres de 1993 / 1994 et 1994 /1995)

    Niveau d'Enseignement

    Public

    Privé

    Total

    % Privé

    Prescolaire (a)

    317

    1018

    1335

    76.3%

    Primaire (a)

    1100

    8971

    10071

    86.4%

    SECONDAIRE

     
     
     
     

    Général (b)

    116

    660

    776

    84.0%

    Technique (b)

    62

    -50

    -112

    44.6%

    ENI (b)

    11

    7

    18

    39.9%

    SUPERIEUR GENERAL

     
     
     
     

    Université (b)

    16

    54

    70

    87.0%

    Ecole / Institut (b)

     
     
     
     

    Sources : (a) Public : MENJS, 1994/95, privé : FONHEP 1993/94.

    (b) Enquête du Diagnostic du Secteur Educatif, 1995.

    Pour le primaire on est à 10.071 écoles (publiques et privées), 776 pour le secondaire (publiques et privées), 112 pour la formation technique et 70 pour l'enseignement supérieur général (public et privé). En analysant le tableau ci-dessus nous voyons que la situation est déplorable. Et pourtant la constitution haïtienne prévoit que l'école est obligatiore et gratuite entre 7 et 24 ans. L'un des obstacles majeures, c'est surtout la mauvaise planification de la carte scolaire à travers le pays.

    Même quand l'école existe dans les zones rurales, l'état de délabrement du matériel ne facilite guère l'acquisition de connaissances. L'école revêt le plus souvent de la forme d'un hangar assez bas de plafond, recouvert de tôles ondulées, plaques chauffantes qui sous un climat tropical facilitent la propagation de la chaleur. Le plus souvent les élèves n'ont pas de pupitre et sont serrés comme des sardines sur des bancs et chaises où les punaises ne sont pas absentes. Un tableau noir, une chaise délabrée du maître, quelques bancs branlants composent parfois tout le mobilier. Souvent la cour de récréation poussièreuse ne compte pas un seul arbre, l'ombre y est rare et les forces d'aisance aussi. La carence de l'Etat dans ce domaine donne l'occasion à l'existence de nombreuses écoles privées. La plupart de ces écoles non publiques ne sont pas à proprement parler le fruit de l'initiative privée individuelle mais plutôt le résultat d'une action communautaire, soit d'une église catholique ou protestante, soit d'une 0NG, soit d'une collectivité à la recherche d'une voie de sortie pour ses enfants.

    La grande majorité des écoles privées fonctionnent dans des conditions déplorables. D'après une enquête de la FONHEP réalisée en 1993 sur les écoles primaires privée des 8000 recensées, 70% ont un état physique jugé inadéquat, 82% ne disposent pas d'une carte de géographie 72% n'ont pas de règles pour les maîtres.

    Parmi les écoles secondaires visitées, celles qui possèdent une bibliothèque ou un laboratoire sont réellement minimes. Sur un échantillon de 200 il n'y a que 20 qui possèdent une petite bibliothèque (surtout les écoles congréganistes) et 5 possèdent un embryon laboratoire par exemple, Catts Pressoir, Roger Anglade, Canado, St Louis de Gonzague.

    Quelques Lycées visités n'ont pas de bibliothèque ni de laboratoire, excepté le Lycée d'Alexandre Pétion qui possède un embryon de laboratoire mais dans un état déplorable. Il existe très peu d'écoles techniques. Selon les enseignants contactés à partir du «groupe focus» l'État ne s'intéresse pas à l'enseignement technique. L'INFP dispose de moins de 10 personnes pour assurer l'encadrement des 62 établissements placés dans son orbite.

    L'Université d'État d'Haïti est fort mal logée, elle est dispersée dans des locaux épars, plutôt exigüs. Il n'existe pas à proprement parler de campus universitaires en Haïti. La Faculté Agronomie est l'un des établissements de l'Université d'État les mieux pourvus sur le plan des ressources physiques. Cependant, bien qu'elle soit logée sur la vaste ferme de Damien s'étendant sur plus de 10 hectares, elle ne dispose pas vraiment d'un campus.

    Parmi les Facultés d'État visitées il n'y a que les Facultés d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire avec la Faculté de Médecine qui possèdent des laboratoires de recherches plus ou moins adéquats. Et parmi les Facultés dotées d'une bibliothèque, il a été fait mention toujours de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (5276 titres scientifiques), de l'Institut National d'Administration de Gestion et des Hautes Etudes Internationales (INAGHEI) (3200 titres) de la Faculté et Écoles Supérieures de l'Université d'État ont plutôt des embryons de laboratoire et de bibliothèque.

    Au niveau des Institutions d'enseignement supérieurs privés, l'on peut mentionner parmi celles qui disposent de ressources physiques importantes : Le grand Séminaire Notre-Dame qui occupe deux grands immeubles sur un terrain de plus de 4 hectares de superficie, l'Institut de Technologie Electronique, l'Institut Polytechnique, le GOC, l'université Quisqueya, qui s'étendraient chacun sur des superficies variant entre 1.000 à 2.000 m2.

    Enfin, il convient de faire remarquer que beaucoup d'établissements supérieurs en Haïti sont logés dans des immeubles de location. Souvent ces locaux ne sont pas appropriés à l'enseignement, vu la mauvaise distribution et la superficie des salles, leur localisation et autres inconvénients. De plus, une institution d'enseignement fonctionnant dans un immeuble de location est vouée à une certaine instabilité en ce sens qu'elle est susceptible d'être transférée d'un moment à l'autre.

    En analysant la carte scolaire au niveau des quatre (4) ordres d'enseignement, nous voyons qu'il existe une grande disparité entre les zones urbaines et rurales. En effet, le nouveau découpage territoirial l'a fait passer un certain nombre de localités des zones rurales dans les zones urbaines, ce qui explique ainsi l'augmentation du nombre d'établissements dans le milieu urbain et la baisse dans le milieu rural.

    Face à cette situation alarmante l'État Haïtien doit prendre ses responsabilités.

    1-3 L'INADAPTATION DU CONTENU DE L'ENSEIGNEMENT.-

    La faiblesse du rôle régulateur de l'État, en laissant le champ libre à la multiplicité des initiatives privées, a eu pour effet le résultat une grande variété d'interprétations de la réforme, et surtout le maintien d'un secteur traditionnel important. Ce secteur a cherché à préserver des conceptions pédagogiques éprouvées mais souvent archaïques et a toujours considèré avec méfiance les contenus et les méthodes véhiculés par la réforme.

    Au niveau pré-scolaire, le curriculum national n'a pas été revisé depuis 1982 ensemble avec son guide de l'enseignement «Premye konesans mwen». Ce curriculum national a été préparé par l'Institut Pédagogique National (IPN) pour l'éducation Pré-scolaire des enfants entre 3 et 5 ans.

    Il comprend 6 objectifs généraux et 2 thèmes: activités préparatoires et expérientielles. Ce curriculum est utilisé à la fois dans les centres de formations publics formels et non formels, ces activités sont ventilées entre trois groupes d'âges. Dans le secteur privé bien que l'ensemble des centres privés ou publics sont supposés suivre le curriculum national d'après le projet d'Élaboration du plan National Education 2004, rapport de synthèse (sept 1995) nous indique que l'étude de la FONHEP relate que la grande majorité des centres ne l'utilisent pas et le degré d'utilisation du curriculum National n'excèdent pas 20% dans les écoles défavorisées et 9% dans le cas des plus désavantagées à cause des confusions sur la classification des classes Pré-scolaires et en ce qui touche le niveau d'instruction requis. Il y aurait une tendance soit à utiliser le curriculum de première année fondamentale, soit à instaurer un mélange de matériels de première année avec du matériel pré-scolaire.

    Il est aussi indique dans l'étude de la FONHEP la tendance dans les programmes mentionnés, particulièrement dans le cas des classes «maternelles», à utiliser pour le groupe d'âge de 5 ans des livres de lectures d'arithmétique et des manuels de communi-cation en français, développés à l'intention des classes primaires.

    Au niveau de l'enseignement fondamental, il existe six documents de programme, un par niveau, pour les 6 années des deux premiers cycles du fondamental et couvrant toutes les matières enseignées datant de 1987/89 et promulgués en 1990 et vingt-six documents pour le troisième cycle du fondamental soit les 7ème, 8ème et 9ème années.

    Dans l'ensemble des centres publics, le MENJS a relevé les problèmes et les contraintes dans l'application du curriculum, la mauvaise compréhension du contenu et l'accentuation sur les activités de lecture des difficultés rencontrés par les enseignants du fait de leur niveau académique insuffisant mais aussi du manque de ressources humaines et matérielles disponibles sur le terrain reticence de la part des parents qui sont habitués aux modèles traditionnelles de l'école primaire d'accepter les nouveaux modèles du curriculum national est une nécessité si l'on veut que ces enseignants l'utilisent réelle-ment et ne retournent pas à l'apprentissage par coeur.

    Jusqu'à présent, s'il existe un programme ou document préparé pour le secondaire, il n'est pas diffusé. C'est le plus souvent le professeur qui dans sa classe décide du programme à appliquer. L'annonce des examens officiels en 1990 a déclenché un mouvement de conformité aux nouveaux programmes. Ceci s'est traduit par la recherche des documents de programme. C'est d'ailleurs le secteur privé qui a consenti les plus importants efforts pour mettre en application les nouveaux programmes.

    L'absence d'une instance de contrôle au niveau de l'administration centrale favorise la prolifération de matériel didactique allant des compilations polycopiées aux manuels vraiment sérieux visant la mise en application des programmes. Actuellement le professeur fait lui-même son petit commerce de matériel didactique polycopié et entériné par le directeur d'école.

    L'enseignement technique et la formation professionnelle sont des processus de formation très différenciés dotés de finalités différentes et faisant appel à des modalités opérationnelles distinctes. Le fait de confier à un seul organisme (en l'occurrence d'INFP) la double mission de gérer le sous-système d'enseignement technique et de mettre en place un système national de formation professionnelle est créateur de confusion et aboutit, comme c'est souvent le cas, au fait que l'une des missions phago-cyte l'autre.

    A partir du «groupe focus avec des anciens élèves des programmes d'en-seignement technique ou professionnel, on a pu recueillir par perception de la qualité ou de l'utilité de ces études. Ceux qui travaillent pensent que leur formation est insuffisante et qu'il leur manque des travaux pratiques. Certains déplorent ne pas avoir été familiarisés avec le monde du travail avant de commencer à travailler. Pour d'autres étudiants au chômage ou à l'université, la formation technique a été un élément indispensable de leur culture. Ils apprennent mieux et plus vite et puis ça peut toujours servir un jour. La formation est bonne mais il n'y a pas débouché selon les employeurs, la plupart des cours offerts sont à cause des contenus inadaptés soit à cause de la mauvaise qualité de formation. Ils doivent faire venir des Philippines ou de la République Domini-caine de spécialistes en réfrigération, des contrôleurs de qualité, des superviseurs et des mécaniciens d'entretien. Les secrétaires sont mal formées sur le plan technique et surtout dans le domaine des connaissances générales, principalement pour ce qui est de la communication écrite.

    L'Enseignement supérieur et l'Université d'État en particulier semblent continuer d'exister dans l'indifférence par rapport aux besoins en qualifications de l'administration et du secteur privé. Ce dernier fait de plus en plus appel à des cadres étrangers pour des formations que le secteur est pourtant en mesure d'organiser sans investissements nouveaux significatifs alors que, à l'inverse, les diplômés des facultés et écoles supé-rieures ont du mal à trouver du travail dans leur spécialité. Par ailleurs, l'Université a traditionnellement été indifférente par rapport au développement du système éducatif dans son ensemble. Elle s'est trouvée exclue de la conception et de la mise en oeuvre de la Réforme Educative de 1982 en dépit de l'énorme potentiel humain dont elle disposait. Il existe des domaines ( par exemple en sciences humaines) dans lesquels les universités haïtiennes pourraient développer des programmes de recherche susceptibles de leur accorder une reconnaissance et une compétence spécifique sur le plan international.

    Le matériel didactique et les laboratoires font cruellement défaut sans qu'une bibliothèque puisse compenser l'effet de cette pénurie, les rares volumes disponibles dans l'établissement ne sont pas mis à la disposition des étudiants.

    Enfin, cette apparente anarchie qui fait cohabiter dans le même système des institutions traditionnelles réformées en totalité et des institutions qui combinent, selon les dosages différents, certains élèments de la réforme dans un cadre traditionnel, va poser de plus en plus de problèmes, notamment au regard de l'harmonisation de la durée des cycles, des modalités de transition d'un cycle à l'autre et des procèdures de certifica-tion.

    1-4 LE MANQUE DE MATERIEL PEDAGOGIQUE.-

    Le matériel pédagogique nécessaire et approprié n'existe pas non plus au niveau des 4 ordres d'enseignement. En effet, qu'au niveau primaire, l'école haïtienne dispose d'un nombre de titres de livres scolaires produits localement, même s'ils ne correspon-dent pas au curriculum. Au secondaire, il en existe très peu. La Production de tels livres est coûteuse, vu les recherches qu'ils nécessitent, le nombre de pages et la quantité de papier qu'ils demanderaient, et le nombre limité de copies que pourraient absorber un marché des élèves du secondaire jusqu'ici habituellement envahi par des polycopies mal présentées.

    Au niveau supérieur et technique la majorité des ouvrages sont en anglais et ne correspondent que partiellement au curriculum et sont extrêmement chers. Quelques très rares établissements privés (Quisqueya) offrent en conséquence des programmes difficilement gérés de location de titres importés. Dans certaines villes de province, des livres étrangers reçus en don sont loués à bas prix par des institutions communautaires.

    Cette rareté d'ouvrage oblige le professeur à utiliser la plus grande partie du temps à dicter ou à écrire au tableau et les élèves à prendre de notes. Il n'y a pas de discours pédagogique pour l'accès au sens ou pour la vérification de la compréhension. La progression des étudiants dans l'assimilation des programmes s'en trouve très ralentie. Corrélativement à tout cela, les évaluations consistent en général à la restitution d'un texte appris par coeur. Une autre source d'handicape dans l'assimilation des programmes tient à la faiblesse générale des étudiants en français, qui ne pallie pas suffisamment le recours au créole pour des explications en classe.

    1-5 LA FAIBLE QUALIFICATION DES MAITRES.-

    Quand on considère le profil des candidats aux écoles normales le tableau n'est guerre plus brillant. Déjà 1982, l'on notait que quoique le profil d'entrée en 1ère année se situait en grande partie au niveau du Brevet élémentaire (3ème secondaire) le niveau réel des recrues était très faible. Au concours d'entrée pour l'année 1982-83,55 candidats sur 982, soit 5,6% arrivaient à obtenir la moyenne 10/20. Dans le souci d'améliorer la qualité des ressources humaines, les écoles Normales du secteur public ont depuis quelques années décidé de réhausser le niveau de récrutement des candidats ; le Baccalauréat 1ère partie est actuellement requis selon les directeurs des Écoles Nornales d'Instituteurs (ENI).

    La qualification des enseignants varie selon le secteur d'enseignement. Un peu moins d'un enseignant sur deux n'a pas un niveau d'étude suffisant dans l'enseignement public alors que ce taux dépasse 80% dans l'enseignement privé rural. Le pourcentage de normaliens est également plus élevé dans l'enseignement public, notamment urbain.

    La qualification des enseignants ne s'est pas améliorée puisqu'en 1993-94, les données, venant du MENJS nous montrent dans les qualifications du corps des enseignants dans le secteur public étaient recrutés sans qualification. L'annuaire statistiques de la FONHEP indique que pour l'année 93 / 94 le taux de normaliens pour le secteur privé est de 0,42% et que le niveau d'étude de la grande majorité des enseignants (67,1%) était inférieur au Brevet d'études primaires.

    Au niveau secondaire les informations disponibles sont plus limitées mais, selon les estimations de la Direction de l'Enseignement secondaire, approximativement 59% des professeurs sont bacheliers pour un pourcentage de 12% de normaliens. D'une manière générale, les enseignants ne sont pas qualifiés et ceux qui le sont ne possèdent pas une connaissance approfondie des matières à enseigner et une technique pédagogique adéquate.

    Les tests administrés aux différents contingent de maîtres ont révélé une situation encore plus catastrophique réelle étant inférieur au niveau de formation déclaré. En 1991, un échantillon de 2000 maîtres d'écoles défavorisées du secteur privé a été soumis à un test diagnostique couvrant les objectifs des trois premiers cycles de l'enseignement Fondamental. La grande majorité de ces maîtres n'ont pas atteint le niveau de perforrmance correspond au 2ème cycle de l'école Fondamentale. Cette tendance se vérifie pour la plupart des matières de base, sauf en créole ou 39,6% dépassent la moyenne de 50 / 100.

    Ainsi des circulaires du Ministère (mai 1995) préscrivent la priorité aux normaliens dans les prochains récrutement et prévoient la mise à la retraite anticipée des enseignants dont l'incompétence serait prouvée et qui auront 15 ans ou plus de vie professionnelle. Il est à noter qu'un grand nombre d'étudiants de diverses facultés dispensent des cours dans des institutions secondaires sans les qualifications profession-nelles requises.

    Plusieurs maîtres ruraux ne sont jamais passés par une école normale, n'ont pas la qualification réquise. Certains ne prennent cet emploi d'instituteur que pour être fonction-naires, alors qu'ils n'ont que peu ou pas de vocation pour l'enseignement. Le récrutement des agents de l'éducation de l'école souffre d'un manque de rigueur qui se manifeste plus fortement entre les écoles de milieu rural et celles de milieu urbain. Dans beaucoup de cas les critères utilisés ont fort peu à voir avec la compétence pédagogique; ils ne sont pas clairement identifiés et appliqués systématiquement.

    Dans le cas des lycées nouvellement crées, il n'y a pas eu de sélection réelle. Le personnel y a été assigné par des populations elles-mêmes, ou dans d'autres cas, le MENJS s'est vu communiquer des listes de postulants sans compétences. Certains directeurs se plaignent du niveau des enseignants secondaires en langue française et disent préférer actuellement recruter des instituteurs de français formé pour dispenser ces cours dans les années du 3ème cycle fondamental en lieu et place des diplômés de l'Ecole Normale Supérieure.

    L'École Normale Supérieure qui assure la formation des professeurs de l'enseignement secondaire se limite aux professeurs d'enseignement classique, et le ministère non plus n'a pas une politique pour la formation initiale des formateurs pour l'enseignement technique et professionnel. Les professeurs au niveau supérieur ne possèdent pas une haute qualification afin de mener à bien les activités d'enseignement et de recherche. Moins de 10% des professeurs dénombrés possèdent un doctorat.

    Ainsi, la faible qualification des maîtres et des professeurs ont des répercussions sévères sur le rendement des élèves. Ce qui explique aisément le mauvais rendement qu'on enregistre dans l'enseignement général.

    A notre avis, ces mauvais résultats indiquent fortement au Ministre de l'Éducation qu'il faut agir vite c'est-à-dire prévoir des mesures importantes dans le cadre des aména-gements pour le système éducatif haïtien.

    DEUXIEME PARTIE

    LA RECHERCHE DES SOLUTIONS AUX PROBLÈMES DE L'EDUCATION PAR

    LE MOUVEMENT SYNDICAL HAÏTIEN

    CHAPITRE 4

    BREF HISTORIQUE DU MOUVEMENT SYNDICAL HAITIEN.

    Les réflexions sur la vie sociale en Haïti d'une part, sur le concept de travail d'autre part, nous conduisent à des constats selon lesquels les gens de même profession, confrontant les mêmes problèmes ont compris la nécessité de s'orgnaniser en vue de se constituer en groupe de pression pour défendre leurs intérêts. Fort souvent, ces organisa-tions qui fonctionnent, portent souvent le nom de syndicats. Pendant que dans de nombreux pays le mouvement ouvrier notamment le syndicalisme plus que tout autre, est chargé de mémoire et fait l'objet d'une attention particulière; en Haïti c'est le contraire qui se produit. Dans une histoire qui nous enserre et nous conditionne nous ne pouvons penser le contraire. Car les structures actuelles du mouvement syndical haïtien sont le produit d'une maturation des institutions d'hier qui puisent leur force dans un passé lointain.

    Les perspectives d'évolution du mouvement syndical haïtien vont donc se faire dans les différentes périodes à partir des actes des divers gouvernements qui se sont succédés. Il conviendra dans ce chapitre de retracer l'histoire du mouvement. Nous allons distinguer : les étapes marquantes de l'évolution du mouvement syndical haïtien et les difficultés internes et externes de ce mouvement.

    Section 1 : Les étapes marquantes de l'évolution du mouvement syndical.-

    L'année 1946 est considérée comme une référence dans l'histoire du mouvement ouvrier en Haïti. En tant que telle, toute étude sur le mouvement syndical doit être positionnée par rapport à elle. Pour mieux comprendre le mouvement syndical haïtien nous porterons un regard retrospectif sur la période d'avant, pendant et après 1946.

    Les étapes marquantes de l'évolution du mouvement syndical en Haïti portent l'empreinte des divers gourvenements qui se sont succédés au pouvoir et peuvent se résumer de la manière suivante:

    Soulignons d'abord qu'avant 1946, on ne parlait pas encore de mouvement syndical en Haïti mais ceci n'exclut pas l'existence des syndicats dans le pays. Déjà en 1870, sous le Gouvernement de Nissage Saget, il existait dans le Nord d'Haïti une organisation dénomée «Coeurs unis des Artisans» qui ne portait pas encore le nom de syndicat. Cette organisation regroupe les artisans, les petits fonctionnaires de l'État et quelques intellectuels.

    De 1870, en passant par l'occupation Américaine en Haïti en 1915 et la formation du Parti Communiste Haïtien, très favorable au mouvement ouvrier jusqu'à la chute du président Elie Lescot à la faveur des mouvements du 7 au 11 janvier 1946. Les syndicats qu'on pourrait dénombrer étaient au nombre de 11 et répondent au nom de :

    § syndicats ouvriers cordonniers d'Haïti(*)

    § l'union des syndicats du corps de santé,

    § l'association du corps de l'enseignement

    § le collège de avocats

    § l'association nationale des ouvriers et salariés haïtiens

    § l'association fraternelle des travailleurs haïtiens

    § sydicats des chauffeurs

    § l'union des ouvriers de la construction

    § la confédération nationaliste des ouvriers et des paysans

    § l'union syndicale haïtienne.

    Au cours de l'année 1946, considérée comme une période marquée par la chute de Lescot et l'avènement de Dumarsais Estimé au pouvoir, le mouvement syndical allait être non seulement constitué mais encore prendre sa vitesse de croisière. Si le président Lescot a été sevèrement critiqué pour son esprit de sectarisme, de discrimination sociale et enfin pour ses mesures anti-démocratiques et anti-populaires qui affaiblissent le mouvement syndical, le président Dumarsais Estimé quant à lui, allait être considéré comme celui qui renforcera le mouvement syndical. La liste des syndicats de l'époque comprenait :

    § des syndicats des Électriciens, des mécaniciens, des travailleurs de la Hasco et de l'industrie de Cuir qui revendiquent les salaires et le respect de la dignité humaine.

    § de la Fédération des Travailleurs Haïtiens (FTH) dirigée par Edriss St Armand, Victor Vabre et Cameau qui regroupe 17 Syndicats.

    § du Mouvement Ouvrier Paysan (MOP) de Daniel Fignolé qui regroupe 11 Syndicats.

    § de l'Union Nationale des Ouvriers Haïtiens (UNOH) dirigé par Nathanaël Michel, Milfort Josaphat qui regroupe 6 Syndicats.

    § du Groupe des Syndicats Indépendants (GSI) de Alexandre Anoual, Molière Compas qui regroupe les syndicats des chômeurs, les employés de la Panam, des employés du commerce et de la construction, les syndicats des chauffeurs, de la coopérative de Transport.

    Cependant, Après 1946, il se produit une grave détérioration dans l'orientation démocratique initiée en janvier 1946. Les syndicats qui existaient étaient :

    § l'Intersyndical qui se transforme plus tard en Union Intersyndicale d'Haïti (UIH)

    § la Fédération Haïtienne des Syndicats Chrétiens (FHSC)

    § la Fédération Ouvrière Paysanne (FOP)

    Mais il faut également souligner que le mouvement syndical connaissait des temps difficiles. La tendance anti-démocratique a triomphé; le mouvement se trouve sous le contrôle du Gouvernement. Certains syndicats comme la FTH, le MOP sont dissous par le gouvernement. A la même époque, une loi anti-communiste est promulguée. Cette triste situation accompagnée de la politique anti-démocratique et anti-populaire favorise le coup d'État du colonel Paul Eugène Magloire le 6 Décembre 1950.

    En 1957, Après les éléctions qui mettaient en face les quatres (4) principaux candidats : Louis Déjoie, François Duvalier, Daniel Fignolé et Clément Jumelle. Le 22 septembre de la même année les éléctions présidentielles qui portèrent le Docteur François Duvalier au pouvoir eurent lieu(1). Un mois après soit le 22 octobre 1957, dans l'enthousiasme général et l'allégresse de nombreux partisans amis et adeptes de première heure; il prêta le serment constitutionnel.

    En 1963, dans le cadre de son projet de présidence à vie, Duvalier croyait que c'était nécessaire et même urgent de vaincre toute force capable de faire échouer son projet. C'est dans ce contexte que le mouvement syndical s'est vite heurté à sa politique repressive.

    En effet, en Décembre 1963 la dissolution de l'UIH est prononcée pour n'avoir pas apporté son appui au chef de l'État, du même coup la FHSC est interdite de fonctionner pour avoir manifesté sa solidarité à l'UIH(2). Ainsi s'achevait la seconde poussée du syndicalisme.

    _____________________

    (1) Dorsainvil J.C : Histoire d'Haïti cours supérieur, Ed H. Deschamps, 1934 PP 306-307

    (2) Hector Michel : Syndicalisme et Socialisme en Haïti, Op. Cit P 121.

    Cette situation affectait considérablement le mouvement syndical mais les ouvriers n'ont pas baissé l'échine. Car, diverses formes d'expressions de mécontentement ouvrier éclataient entre 1965 et 1968; des luttes sporadiques extériorisaient la volonté des ouvriers dans les usines : la SEDREN et Haïti Métal.

    En avril 1971, le président François Duvalier meurt. Son fils Jean-Claude Duvalier hérite du pouvoir. Cinq (5) années après, soit en 1976, le mouvement syndical tente de se réorganiser et déclenche une grève au ciment d'Haïti. Depuis, la flamme de la mobilisation du mouvement ouvrier a été rallumée, mouvement qui durera quatre (4) années consécutives. Mais en 1980, le mouvement commençait à être victime des actes arbitraires du régime. La Centrale Autonome des Travailleurs Haïtiens (CATH) est frappée d'interdiction de fonctionner et le mouvement syndical tombe à nouveau en léthargie. Cependant, le travail de mobilisation de plusieurs organisations continue dans la clandestinité.

    Vers la fin de l'année 1985 et au début de 1986 une vague de manifestation contre la politique anti-populaire et anti-démocratique de Jean-Claude Duvalier secoue tout le pays. Elle l'ébranlait dans toute sa structure sociale et politique. Les syndicats assoiffés de mener ouvertement leurs activités accompagnent le peuple haïtien dans ses démarches visant à divorcer d'avec la dictature. Le 7 février 1986, le président Jean-Claude Duvalier était obligé de laisser le pouvoir à un Conseil National de Gouvernement (CNG).

    Dès les premiers jours de cette victoire, les ouvriers se révoltent contre les superviseurs et les patrons liés au président renversé. Ils en ont profité de crier d'une seule voix avec le peuple : «Haïti libéré.» Le 14 février, les ouvriers de la HASCO entrent en grève pour hausser le ton. Durant cette même période, plusieurs centrales syndicales apparaissent sur le terrain : La CNEH, la FOS, la CATH et la CATH / CLAT.

    Mais n'est on pas en droit de dire qu'après 1986 ce n'était que le Duvaliérisme sans Duvalier ? Car, avec les gouvernements militaires continuent les pressions enclen-chées par le régime des Duvalier contre le mouvement syndical. Malgré tout, dans la longue période de transition démocratique, les revendications pour un changement et pour un mouvement syndical pullulaient.

    1991, à l'avènement du Président Jean Bertrand Aristide au pouvoir le mouvement allait connaître des temps forts; malheureusement ce grand rêve allait s'estomper avec les coup d'État du 30 septembre 1991.Une fois de plus des ombres noires planaient sur le mouvement syndical haïtien. Et de plus c'était très difficiles pour les syndicats de s'organiser et de se mobiliser pendant l'exil du Président.

    Au retour du président de l'exil, seuls les syndicats d'enseignants ont pu créer une mobilisation effective à caractère national en 1995. Jusqu'à l'avènement du président René G.Préval le mouvement syndical n'a pas connu un grand essor, seuls les syndicats du secteur Éducatif, une fois encore, ont pu entrer en grève pour faire respecter ses revendications. A cet effet, ils ont signé un accord qui jusqu'à date n'est pas respecté et depuis le mouvement syndical chancelle.

    En 1998, plusieurs organisations syndicales, et centrales ont donné, dans la recherche de l'unité, naissance à une coordination dite Coordination Syndicale Haïtienne (CSH) qui est le porte-parole des travailleurs et travailleuses auprès de l'opinion nationale et internationale. La CSH a présenté son agenda syndical en l'an 2000 Agenda qui a notre avis charrie la plupart des revendications des travailleurs et des travailleuses son programme définit quatre axes d'action prioritaires : le renforcement des institutions, la lutte contre la chèreté de la vie, la création des conditions de travail appropriées et la mise en oeuvre d'une politique de justice sociale.

    La mission de la CSH est claire:

    § défendre les droits des travailleurs et travailleuses et leur garantir de meilleur condition de vie et de travail

    § travailler à l'unification, au renforcement et au rayonnement du mouvement syndical haïtien

    § contribuer à la lutte pour le respect des valeurs démocratiques et le progrès socio-économiques du pays.

    1-1 LES DÉBUTS DU MOUVEMENT.-

    Dès la création du travail pour le compte d'un employeur, on ne parlait pas encore de syndicalisme, mais cela ne veut point dire que les travailleurs n'avaient pas des intérêts particuliers à défendre. Les corporations qui existaient à l'époque relèvent malgré tout d'une autre logique que celle du syndicalisme. «on peut donc, vers les années 1830, où apparaissent les sociétés de résistance qui entendent s'opposer à un patronat tentant de diminuer les salaires à la faveur du développement du machinisme et de l'éxode rural situer l'apparition du syndicalisme(1). Celui-ci est né en Europe. Chez-nous, il n'est qu'une importation et qui se manifeste dans presque toutes les branches d'activités. De petites et moyennes entreprises installées, à l'époque, dans le pays pouvaient embaucher entre 10 et 50 ouvriers. D'autres de plus grandes envergures, allaient au delà, elles pouvaient utiliser la main d'oeuvre allant de deux cents (200) à trois cents (300) ouvriers dans les activités de cabotage, de construction, de l'imprimerie... Il s'agissait là d'une classe embryonnaire très faiblement organisée. Devant les difficultés causées par les différentes tentatives d'organisation de la classe ouvrière en syndicat, il a fallu attendre 1946 pour que les ouvriers puissent se regrouper librement en syndicat pour donner un essor au syndicalisme et de l'éclosion réelle du mouvement syndical en Haïti.

    1-2 LE MOUVEMENT SYNDICAL À PARTIR DE 1946 : son évolution.-

    Comme nous l'avons souligné plus haut c'est à partir de 1946 que le mouvement syndical est né en Haïti et prend sa vitesse de croisière. Il grandit et se développe; tantôt dynamique, tantôt plongé dans la léthargie forcée, car, le mouvement porte la marque des divers gouvernements qui se sont succèdés au pouvoir. C'est ainsi qu'il a connu des moments de conquêtes comme ceux de répressions. Les lignes qui suivent vont relater les différentes phases de son évolution.

    1-2-1 LE MOUVEMENT DE 1946 - 1950.-

    L'année 1946 commence avec la chute du président Lescot le 11 janvier 1946 qui ne pouvait pas résister à une grève d'étudiants qui a commencé le 7 janvier 1946 et l'arrivé au pouvoir de Dumarsais Estimé au cours de la même année. Si le président Lescot a été reproché parcequ'il croyait que la direction des affaires du pays était strictement réservée à dix familles haïtiennes et leurs alliés sans se soucier de l'éxistence d'un peuple qui aspirait à un peu plus d'humanité, pour son insouciance à cerner les graves problèmes qui se réposaient devant la conscience nationale, pour le peu d'attention qu'il accorde aux intellectuels noirs et en général les plus compétents sont considérés comme des parias et enfin pour ses mesures anti-démocratiques et anti-populaires qui affaiblissent le mouvement syndical. Dumarsais Estimé paraît être l'homme tant attendu capable de prouver le contraire de ce que faisait Lescot.

    _____________________

    (1) Guy Caire : Les syndicats ouvriers Op. Cit P. 39

    Au cours des mois séparant sa chute et l'éléction de Dumarsais Estimé à la présidence, la classe ouvrière fait son entrée en scène. Une trentaine d'organisations syndicales font leur apparition dont onze (11) concernant les salariés de très petites et moyennes entreprises dans lesquelles parfois les travailleurs sont saisonniers et bénéfi-cient d'aucune stabilité.

    Ces trente (30) organisations étaient affiliées à des courants syndicaux respective-ment :

    § à la FTH qui évoluait sous la l'influence du Parti Communiste Haïtien (PCH) et du Parti Socialiste Populaire (PSP) elle regroupe 17 Syndicats

    § à l'UNOH qui représentait une base du syndicalisme Américain (AFL-CIO). Elle regroupe 6 Syndicats

    § au MOP qui évoluait sous l'orientation politique du Fignolisme. Elle regroupait 11 Syndicats

    § au GSI qui, selon Jean Jacques Doubout et Ulrick Joly, n'était que des valets du gouvernement dans le mouvement syndical. Elle regroupait les syndicats des chômeurs, les employés de la Panam, des employés du commerce et de la construction, les syndicats des chauffeurs de la coopérative du Transport. Tous ces syndicats ne totalisent qu'un effectif de 20.000 ouvriers.

    Cette période très mouvementée, paraît prometteuse d'espoir puisque le mouvement syndical touchait presque tous les secteurs et toutes les branches d'activités. Bien de conquêtes ont été arrachées : La reconnaissance du droit de réunion et de revendication; du droit de constituer légalement des syndicats, la limitation de la journée de Travail, la fixation du salaire minimum, le paiement des congés et de certaines prestations sociales, le paiement du préavis, de licenciement, la conciliation obligatoire en cas de conflit, la mise sur pied de l'Institut Social d'Assurances et enfin la création d'un bureau du travail dans le cadre du département du Travail.

    Cependant, toutes ces conquêtes allaient être remises en question. Devant la division la corruption, la trahison, l'espionnage et la répression par exemple la loi anti-communiste de 1947, le mouvement syndical fraîchement constitué tombe en léthargie. Aussi, la menace que constituait le mouvement syndical automne, combatif et démocra-tique est ecartée. Cette situation allait persister jusque vers les années 50; seul l'UNOH et le GSI subsistent déjà sous le contrôle du gouvernement. C'était bien une confusion. De cette dernière, le pays allait enregistrer un coup d'État militaire ayant porté au pouvoir le Colonel Paul E. Magloire; mettant fin au régime d'Estimé qui représente un espoir pour le pays.

    Comme le mouvement syndical porte l'empreinte des gouvernements qui se sont succèdés au pouvoir. Ainsi, la chute du Président Estimé sera dominée par la présidence de Paul E. Magloire jusque vers les années 56 et même deux années après.

    1-2-2 LE MOUVEMENT DE 1950 - 1958.-

    Cette période commence avec le coup d'État de Magloire. Elle bouleverse l'ordre des choses et change le jeu démocratique et populaire de 1946. Jusqu'à la chute de Magloire en 1956 les syndicats connus sont : la Fédération des Ouvriers Haïtiens (FOH), l'Union Nationale des Ouvriers Haïtiens (UNOH) et la Fédération des Syndicats du Nord (FSN), mais il n'y avait pas de luttes syndicales actives. Quelques organisations de chauffeurs, les travailleurs de la Hasco reprennent timidement leurs activités. Se référant au mouvement de 1946 nous disons que le mouvement, à cette époque était bel et bien en difficulté.

    Elle s'explique par le fait que certaines revendications formulées ont rarement fait l'objet d'une mobilisation effective; la corruption qui avait commencé sous le gouvernement précédent est certe généralisée sous la dictature militaire qui parvient à vider toute conscience de lutte et de classe. Tout se passe entre la bureaucratie et le département du travail. Comme conséquence, les conditions de vie de la classe ouvrière s'aggravent considérablement, les prix augmentent de manière exponentielle, les salaires restent stables, les emplois ne sont pas sécurisés, les patrons devenaient arrogants, les conditions de travail devenaient très mauvaises. Tout ceci constituait le lot de misère du mouvement syndical particulièrement les travailleurs au cours de cette période.

    A la chute de Magloire en 1956, le mouvement syndical se réanime dans l'objectif de reconquérir les positions perdues et des acquis de 1946. Une réforme s'est opérée au sein des syndicats : les dirigeants corrompus sont chassés, une bonne partie de la bureaucratie syndicale qui monopolisait le mouvement est balayé.

    Ainsi les conditions semblent être réunies pour la reprise des luttes syndicales démocratiques. Une année après, soit en 1957, de nouveaux syndicats sont créés, il s'agit de l'Action Catholique Ouvrière (ACO), le Syndicat du secteur Hôtel, bar, restaurant, Hasco, ciment d'Haïti, agence maritime, administration Portuaire, construction, chauffeur guide, compagnie électrique, l'Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement du Secon-daire (UNMES), la formation de l'Intersyndical permanent qui regroupe les employés de la Banque nationale devenue plus tard l'Intersyndical. En effet, dès les premiers jours du mois de Décembre 1957, le syndicat des travailleurs des Hôtels, bar restaurant, les délégués de plusieurs syndicats et associations ont décidé de former une organisation denomée comité Intersyndical en vue de coordonner les differents aspects de l'activité syndicale. Cette organisation cesse ses activités après l'échec du 1er Mai 1958.

    1-2-3 LE MOUVEMENT DE 1958 - 1963.-

    Après l'échec du 1e Mai 1958, certains militants comme Ulrick Joly, André Leroy, Henry Merceron ont convaincu de ce qu'est la liberté syndicale qui ne peut être en aucun cas une faveur octroyée par un gouvernement mais le fruit des luttes menées par les travailleurs pour imposer et faire respecter leurs droits. C'est ainsi qu'ils se réunissent et forment Intersyndical d'Haïti (IH) dans l'objectif d'arriver à la constitution d'une organisation syndicale unitaire afin de faire la résistance aux activités de sabotage du patronat contre le syndicalisme indépendant et actif.

    Cette organisation occupe le devant de la scène syndicale alors que les autres Fédérations comme l'UNOH et la force ouvrière n'étaient pas dissoutes mais, pour le malheur des ouvriers, elles maintiennent des relations étroites avec le gouvernement en place.

    En Avril 1960, l'Intersyndical se transforme en Union Intersyndical d'Haïti (UIH). Les luttes de l'époque sont dominées par ses activités. Elle a connu de nombreux succès qui lui a valu non seulement l'intégration de 14 nouveaux syndicats mais encore la possibilité de dominer la scène politique et de s'affirmer de plus en plus sur le plan national et international.

    A partir de 1963, les diverses formes de luttes comme la grève, les manifestations des ouvriers paysans ont été d'une réussite considérable pour la plupart et ne manquèrent de causer de nombreuses difficultés au gouvernement en place. Cependant, à la suite d'une marche organisée le 1er Mai 1963, après les diverses manifestations, la machine répressive est mise en marche et va à l'encontre de toutes les lois nationales et internationales et l'UIH est dissoute par le gouvernement Duvalier. Et une année après la présidence à vie est proclamée; Cette dissolution était nécessaire pour le régime car, l'UIH représentait en effectif le syndicat le plus imposant, environ 10.000 membres lui étaient adhérés c'était une organisation syndicale combative avec une couverture nationale qui se manifestait dans le milieu urbain comme dans le milieu rural. Avec lui, la lutte des travailleurs manifeste beaucoup de vitalité d'autant plus que ses différentes activités étaient inscrites dans un processus de renforcement qui consolide chaque jour davantage. Pour toutes ces raisons, le Président Duvalier s'inquiète de l'avenir de son régime. Comme nous venons de le dire, l'UIH est dissoute et c'était bien là le signal de départ du déclin du mouvement syndical.

    Ainsi le mouvement syndical Haïtien a connu des moments difficiles. Il était pour le moins quasiment inexistant durant cette période jalonnée par très peu de luttes face à la démagogie et à la machine répressive des Duvalier.

    1-2-4 LE MOUVEMENT DE 1963 - 1985.-

    La période allant de 1963 à 1985 a été très difficile pour les syndicats. Le mouvement syndical était victime de nombreux actes arbitraires du régime des Duvalier soutenant à l'exemple la dissolution de l'UIH et la FHSC. Devant cette situation qui avait pour objectif le renforcement du régime, le mouvement syndical était vite tombé en déclin et de plus un terme est mis à toute forme de luttes révendicatives.

    En 1971, à la mort de Duvalier père, son fils Jean-Claude hérite du pouvoir, le mouvement syndical continue à être victime de l'arbitraire de ses actes et plonge dans les profondeurs du silence. Mais en 1976 le mouvement syndical tente de refaire surface et déclenche une grève à l'usine ciment d'Haïti et depuis le flambeau de la mobilisation est à nouveau allumé durant quatres (4) années consécutives. Cependant, la répression continue; et en Novembre 1980 la CATH est frappée d'interdiction de fonctionner, mais entre temps d'autres syndicats continuent, dans la clandestinité et le travail de la mobili-sation. Le mouvement syndical se trouve, en effet, tomber en léthargie jusqu'en 1985, pour reprendre vie en 1986 à la chute du régime.

    1-2-5 LE MOUVEMENT DE 1986 - 1995.-

    Au lendemain du 7 février 1986, qui correspond à la chute de la dictature, le mouvement syndical rebondit avec force, de nombreuses conquêtes ont été arrachées comme le droit effectif à la parole et à la liberté de la presse..etc. Et de plus les syndicalistes exilés reviennent au pays afin de redonner un élan au mouvement syndical.

    De nouveaux syndicats naquirent et en plus de trois centrales syndicales qui font leur apparition : la CATH, la CATH / CLAT et la FOS.

    Cependant, il est important de souligner que la CATH / CLAT a connu une nouvelle appelation c'est bien la Confédération des Travailleurs Haïtiens (CTH); de la CATH de 1980 est issu la Confédération Générale des Travailleurs (CGT). De plus, la scission au sein de la FOS donnera d'une part la FOS et l'Organisation Générale Indépendante des Travailleurs Haïtiens (OGITH) fondée en 1988.

    Cependant le mouvement syndical a connu un certain succès. Malgré la répression des gouvernements militaires les syndicats ont pu entrer en grève, faire usage de la liberté d'expression, protester contre les mauvaises conditions sociales. En leur propre sein, ils ont aussi mené une lutte celle d'enlever le monopole de la réprésentation syndicale à Genève entre les mains de la FOS qui depuis sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier representait le secteur syndical. Ils ont, ensemble, opté pour le principe de la rotation et de la participation de toutes les centrales dans l'élaboration du message destiné à la conférence annuelle du Bureau International du Travail (BIT) .

    Aussi, comme on peut le constater, cette période marque un tournant dans le monde syndical et une nouvelle page commençait à s'écrire dans l'histoire du mouve-ment ouvrier en Haïti.

    Il n'est pas superflu de souligner, pendant cette période l'influence des syndicats dans le secteur Éducatif comme la CNEH, l'UNNOH, le CONEH, le GIEL, la FENATEC qui ont grandement agité le monde Éducatif dans ses prises de position. Il est important de demander pourquoi leur mouvement s'était tourné uniquement dans leur secteur sans être généralisé ?

    Section 2 : LES DIFFICULTÉS INTERNES ET EXTERNES.-

    La situation du mouvement syndical Haïtien n'est dans l'ensemble rien de réjouissant. Le mouvement fait face à d'énormes difficultés qui font souvent échec à certaines de leurs actions et contribuent même jusqu'à affaiblir le mouvement. Elles se manifestent à deux niveaux.

    Au Niveau Interne:

    Les difficultés rencontrées par le mouvement syndical au niveau interne peuvent se résumer de la manière suivante :

    § Pour être syndicaliste il faut être syndiqué, pour être syndiqué, il faut être travailleur, pour être travailleur il faut travailler. Le mouvement syndical est un mouvement de travailleurs, alors que, chez-nous, le taux de chômage est très élevé. A partir de ce constat nous sommes en droit de poser la question suivante : Peut-il exister un mouvement syndical efficace avec des chômeurs ?

    § Le mouvement syndical n'est pas unitaire, les syndicats sont divisés parfois en deux et pourquoi pas en trois ? De nombreux syndicats ne sont pas nés à partir de l'initiative de la masse des travailleurs mais plutôt d'un schisme syndical. Le cas de la CATH / CLAT, de la CGT, de l'OGITH est un exemple clair. Ils sont tous nés des malentendus.

    § Le problème de la formation syndicale est un facteur clé d'affaiblissement du mouvement. Parfois, certains syndicats s'engagent dans des mouvements de protestations, sans tactique et sans stratégie. Souvent, certains dirigeants syndicaux ne savent même pas comment négocier et n'attendent même pas le moment favorable d'enclencher une lutte revendicative.

    § La faiblesse financière des syndicats liée à l'absence de travail et au refus de ceux qui travaillent pour intégrer la coopération des syndiqués et à l'absence de travail et à la non cotisation de la masse des travailleurs.

    § L'embourgeoisement de certains dirigeants syndicalistes qui se complaisent dans les privilèges accordés par les patrons. Ce comportement fait souvent obstacle à la lutte syndicale, détruit chez les syndiqués l'esprit de combativité et enlève toute énergie leur permettant d'avoir une initiative courageuse d'où le mépris à l'objet même des syndicats.

    § L'analphabétisme diminue l'apport du mouvement syndical et met un point d'arrêt à son efficacité. Dans certains syndicats, il peut arriver, en plus des syndiqués, même le dirigeant syndicaliste n'est pas alphabetisé. Comment peut on arriver à un mouvement syndical combatif, autonome sans combler le fossé entre les syndicalistes alphabetisés et non alphabetisés ?

    § La prise en otage du mouvement par les syndicalistes non travailleurs car, pour eux, il semblerait que être syndicaliste c'est un métier. Ils ne sont pas des démo- crates, est-ce- pourquoi au sein du syndicat, il n'y aurait pas de démocratie ? Le dirigeant syndicaliste est à vie à la tête du syndicat.

    § L'usage du mouvement syndical, par certains dirigeants à des fins personnels. Souvent comme tremplin politique, dans notre histoire, nombreux sont ceux qui s'étaient déguisés en syndicalistes afin de devenir décideurs politiques en d'autres termes d'arriver au timon des affaires de l'État.

    Au Niveau Externe:

    Les difficultés au niveau externe viennent souvent des brèches créées par les syndicats et aussi par la force des choses. Nous les envisageons d'un triple point de vue et elles peuvent se résumer de la manière suivante:

    § Au point de vue économique le mouvement syndical fait face à des difficultés énormes. Ces difficultés peuvent se manifester sous diverses formes : l'inflation, le chômage, la misère, les termes de l'échange, le fardeau de la dette, le salaire minimum... etc.

    § Au point de vue politique le mouvement syndical a toujours été l'objet de persécution de la part des divers gouvernements qui ont dirigé le pays. Ces persécutions peuvent se manifester par la violation des droits des travailleurs, l'ingérence dans les affaires intérieures des syndicats, l'interdiction de fonctionne-ment d'un syndicat, la création de syndicats parallèles dans le souci de combattre la lutte des travailleurs, la corruption des dirigeants syndicalistes...etc

    § Au point de vue social, le mouvement syndical continue à connaître de nombreuses difficultés. De telles difficultés pourraient être attribuées au dévelop-pement de la technologie car, de nombreux travailleurs sont en mal de formation pour pouvoir se tenir sur le marché du travail.

    § Cependant, toutes ces difficultés tant internes qu'externes ne sont pas sans incidences sur le mouvement syndical. En effet si elles ont permis de contribuér au déclin du mouvement syndical, elles ont néanmoins permis la renaissance du mouvement syndical par l'adoption d'une nouvelle forme de lutte.

    2-1 : Le Déclin du Mouvement.-

    Le déclin du mouvement syndical commence avec l'acte arbitraire du gouvernement de Duvalier en passant par la dissolution de l'Union Intersyndicale d'Haïti (UIH) et la Fédération Haïtienne des Syndicats Chrétiens (FHSC) en Décembre 1963. Cet acte, selon Michel Hector, dépasse le cadre même du mouvement revendicatif proletariat(1). Il revêt un double visage; comme le mouvement a connu un élan dans la conjoncture politique de 1956-1957. Il ne vise qu'à détruire purement et simplement cet élan et les syndicats afin de détruire toutes forces qui pourraient contribuer à faire échec aux mécanismes dictatoriaux.

    L'on comprend bien, que ce n'est pas du hasard, si après quelques mois de la fermeture des locaux par le gouvernement des Fédérations Syndicales Indépendantes, la présidence à vie s'instaure au pays. Car, le gouvernement avait travaillé dans le but de poursuivre cet objectif. A cet effet, le mouvement syndical fait face à deux obstacles : les patrons et les tontons macoutes. Ces obstacles conduisent au démantèlement d'un mouvement fort, combatif, dotant au mouvement syndical une structure fortement centralisée comme le cas se présente parfois dans les régimes autoritaires. Il est important de souligner l'apport du 1e Mai dans les activités syndicales.

    Le 1e Mai de chaque année est considéré comme la fête du travail. Mais cette date ne cesse de causer des difficultés au mouvement syndical. Souvent, le Gouvernement contribue à mettre les syndicats dans des conditions difficiles; parfois il arrive même à les diviser autour d'une allocation qui n'a rien de justificative. Cette situation crée souvent de malaise entre syndiqué et syndiqué; entre dirigeant syndical et syndiqué, et enfin entre syndicats et syndicats et les met en défi d'arriver à la constitution d'un mouvement unitaire, autonome, capable de donner plus de force au mouvement et d'être mieux armé pour remplir sa mission. Quand il s'agit des salaires n'en parlons pas ? Car la baisse des salaires affaiblit en nombre et en efficacité le mouvement syndical. Le comportement des salaires et des prix est expliqué par une serie de facteurs nationaux et internationaux. La crise de l'emploi, l'explosion inflationniste, le coût de la vie évoluant à un rythme effréné ne sont pas sans incidences sur le mouvement syndical. Cette situation ne fait qu'aggraver les conditions de la masse des travailleurs et a également pour toile de fond l'inéxistence de tout mouvement syndical digne de ce nom.

    ____________________

    (1) Michel, Hector : Syndicalisme et socialisme en Haïti, et ed H. Deschamps, Port-au-Prince, 1989. P 129.

    Si l'année 1946 a été pour le mouvement syndical une période de conquêtes et de combats. Les années 1957 à 1970 n'ont pas permis au mouvement de briller. Au contraire, c'était pour lui une période de déclin et de plus l'étouffement des luttes démocratiques. Les syndicats étaient identifiés comme obstacle. Il faut les surmonter pour mieux asseoir le régime, avait compris le gouvernement à l'époque. Chaque coup d'envergure porté aux forces démocratiques est suivi d'un pas en avant dans le renforcement des mécanismes dictatoriaux. L'action du Gouvernement de François Duvalier est un exemple clair. D'abord il proclame la dissolution du mouvement démocratique, ensuite il remplace son mandat par la présidence à vie de la République, frayant la voie de la dynastie.

    C'est ainsi que la dynamique de la répression, l'anihilation des derniers cadres institutionnels légaux du combat démocratique et la grande déterioration des conditions de vie et de travail des masses laborieuses posent au mouvement la nécessité chaque fois plus urgente non seulement de donner la priorité à la lutte politique directe, mais aussi de chercher de nouvelles formes d'action susceptibles de stimuler, d'accélérer et de radicaliser la mobilisation contre la dictature(1(*)).

    Comme la lutte doit continuer, le mouvement n'a d'autres choix que de redéfinir ces stratégies.

    Est-ce pour cela qu'il attendait le départ des Duvalier pour rebondir avec force et manifester pleinement son existence ? Mais le coup d'État du 30 Septembre 1991 n'a fait qu'empirer le chômage à la suite de l'embargo décrété par l'organisation des États Américains (OEA). Les travailleurs se sont désunis, des milliers d'ouvriers, surtout ceux de la sous-traitance ont perdu leur emploi et le mouvement s'affaiblit en nombre. Car, il est évident que la force du nombre est annulée par la désunion.

    Ainsi, à l'heure actuelle si on se refère au mouvement syndical dans les années antérieures, tenant compte des différentes actions syndicales. Par rapport à la politique du gouvernement de l'heure le mouvement syndical est non seulement en déclin mais encore il semble disparaître pour céder le pas aux organisations dites populaires. Mais cela n'exclut point des tentatives visant à faire renaître le mouvement.

    2-2 : LA RENAISSANCE DU MOUVEMENT.-

    L'histoire du mouvement syndical retient l'année 1946 comme l'année de départ de l'éclosion réelle du mouvement syndical haïtien. Selon Michel Hector, les années de 1958-1963 délimitent un autre moment important dans l'évolution du mouvement ouvrier. C'est ainsi qu'on assiste à la seconde poussée du syndicalisme démocratique.

    Entre 1958-1960, la lutte revendicative ouvrière se déroule dans un cadre où d'autres organisations démocratiques comme celles des professeurs, des instituteurs, des employés de la banque, et des étudiants livrent également la bataille pour la sauvegarde de leurs intérêts et l'élargissement de leurs droits(1(*)). Tout le poids de la lutte pour la défense des droits des travailleurs vont se reposer sur le syndicalisme démocratique. Cette réapparition du syndicalisme démocratique paraît se renforcer avec l'installation de nouvelles entreprises. Car, leur fonctionnement va provoquer une augmentation en nombre des ouvriers. De nouveaux syndicats apparaissent; un nouveau concept apparaît; celui de l'unité.

    Mais dans le contexte politique de la renaissance du mouvement les organisations nouvellement créées, à cause de leur jeunesse, disposent encore de force très limitées et peuvent difficilement mettre à profit toutes les potentialités offertes par la situation.

    Les organisations les plus combatives au cours de ce premier moment étaient celles des professeurs et surtout des étudiants. Les grèves les plus importantes prove-naient de ces secteurs.

    Leurs luttes revêtissaient une double signification pour le développement du mouvement syndical démocratique. Tout d'abord, elles permettent de dépasser définitive-ment la tendance manifestée depuis 1959, à donner la priorité aux intérêts des anciens groupes éléctoraux dans les activités des organisations de masses. L'unité se réalise sur une base de revendications démocratiques.

    L'unité syndicale à l'époque faisant la une, l'UIH était au rendez-vous. Elle contribuait, dans une certaine mesure, à l'épanouissement du mouvement syndical démocratique. Diverses mesures ont été prises, diverses activités ont été réalisées. L'UIH domine la scène syndicale, en Août 1963, elle réfuse de signer un manifeste en appui au chef de l'État. En Décembre 1963, la dissolution de l'UIH est prononcée. Son local saccagé, le matériel pillé plusieurs militants et dirigeants syndicaux sont emprisonnés. Au même moment, la Fédération Haïtienne des syndicats chrétiens (FHSC) est également interdite de fonctionner pour avoir manifesté son appui à l'UIH. Ainsi, prend fin la seconde expérience du syndicalisme démocratique. Les syndicalistes croyaient ferme-ment que la lutte pour la défense des droits des travailleurs est une lutte permanente. L'UIH disparaît, mais la lutte doit continuer. Les syndicalistes considéraient le gouverne-ment comme un obstacle à l'évolution de la lutte syndicale démocratique. Diverses organisations syndicales ont compris la nécessité de surmonter l'obstacle que constituait le gouvernement . Aussi, ont-elles décidé d'adopter de nouvelles formes de luttes capable de faire avancer la cause des travailleurs ?

    2-3 ADOPTION D'UNE NOUVELLE FORME DE LUTTE.-

    Après la dissolution de l'UIH, le combat démocratique allait dépasser le cadre même de l'action syndicale. La dictature devient de plus en plus musclée c'était bien l'idée, dans le projet de présidence à vie et les syndicalistes se replièrent en vue de donner une réponse.

    De nombreuses organisations syndicales dans la détermination pour un combat démocratique, s'allient aux organisations politiques et adoptent de nouvelles tactiques. Dans cette bataille de conquête, de liberté, démocratique, les organisations politiques porteuses de l'idéologie socialiste étaient au rendez-vous en se mettant à l'avant-garde des luttes ouvrières afin de les amplifier et de les faire progresser. L'arme de la dialectique cède la place à la dialectique des armes. Les communistes entrent en scène et la lutte ne sera autre que celle d'une lutte armée contre la dictature. En réponse, le régime de François Duvalier fait la chasse aux sorcières et réussi à tenir le pouvoir.

    Il convient de signaler, en tout premier lieu, que la nouvelle tactique n'est pas déterminée par une intensification de lutte des masses populaires urbaines et rurales. C'est au contraire la stagnation et même l'échec de la mobilisation politique à travers les organisations clandestines de types revendicatifs qui, dans une grande mesure, provo-quent le changement. Elle n'est pas sans incidences sur le mouvement syndical. Incidences qui peuvent être à la fois positives et négatives. Mais, selon Michel Hector, la nouvelle tactique charrie une nette propension à sous estimer et même à ignorer l'action spécifique de la classe ouvrière(1).

    Sans vouloir analyser cette nouvelle tactique, il nous paraît intéressant de nous demander si les organisations d'avant-garde avaient les moyens de leur politique. En effet, Michel Hector fait ressortir le moment de transition entre l'épuisement des possibi-lités de luttes pacifiques et celui du passage aux actions armées. Pour un mouvement qui traverse encore cette transition, il s'avère insdispensable de déterminer avec prudence et précision le type et le rythme de ses actions sur la base d'une appréciation correcte du rapport des forces(2). Comme souligne Jean Bruhat et cité par Michel Hector : «on ne combat bien un ennemi que si on apprécie avec exactitude sa signification et les forces dont il dispose». La lutte armée était nécessaire. Elle est présentée comme un même combat anti-dictatorial, anti-féodal et anti-impérialiste. Il s'agit donc de parvenir, par la voie armée, non seulement au renversement de la dictature mais aussi à la destruction de tout le système semi-féodal et néo-colonial.

    _______________________

    (1)- Michel Hector : Syndicalisme et Socialisme en Haïti, OP. Cit. P149.

    (2)- Michel Hector : Syndicalisme et Socialisme en Haïti, OP cit P152 .

    Il est important de souligner, que cette nouvelle forme de lutte adoptée par le mouvement syndical ne lui a pas permis d'aboutir ou du moins de faire avancer la cause des travailleurs. L'échec de cette lutte qui visait essentiellement au renversement de la dictature a permis au président François Duvalier de renforcer son pouvoir en instaurant une dynastie. La repression n'a pas été ménagée vis-à-vis des syndicats, certaines organisations comme la CATH apparaît à l'époque de la dictature. Mais les dirigeants sont réprimés; les ouvriers engagés dans les tentatives de réanimation des syndicats sont licenciés et arrêtés. C'était bien là, la dure période qu'a connue le mouvement syndical pour rebondir au grand jour aprés la chute des Duvalier en 1986. Depuis, la lutte syndicale reprend vie les formes de luttes deviennent beaucoup plus démocratiques. Le concept unité est ressuscité mais cette fois c'est par rapport à la globalisation ajoutée à d'autres comme société juste, emploi décent, syndicalisme fort...etc mais devant la division qui ronge le mouvement. Il reste encore rachitique.

    CHAPITRE 5

    LA LUTTE SYNDICALE DANS LE SECTEUR ÉDUCATIF

    Le 24 Mars 1903, Haïti enregistre dans les pages de son histoire la première organisation portant le nom de syndicat 1946 soit quarante-trois (43) années après, le mouvement gagne du terrain et a connu un très grand essor. De grandes conquêtes ont été arrachées, toutes rattachées à des luttes d'ampleur considérable. Presque tous les secteurs sont touchés dans presque toutes les branches d'activités. Le secteur de l'Éducation, lui aussi, bien que touché par le mouvement syndical vers les années 50 n'était pas épargné. C'est pour cela dans les lignes qui suivent nous allons relater et analyser :

    - les étapes marquantes de la lutte syndicale

    - les retombées de la lutte (les conquêtes)

    - la position du gouvernement face aux retombées.

    Section 1 : Les Etapes Marquantes de la Lutte.-

    Les étapes marquantes de la lutte syndicale dans le secteur de l'Éducation seront déterminées à partir de l'existence des différents syndicats, de leurs objectifs et de l'évolution de leurs luttes.

    Syndicat, comme le définit, Guy Caire, société de résistance qui assure la défense des intérêts matériels((*)1). Le syndicat existe à partir de ses actes et de ses activités.

    Le monde de l'Éducation a connu les differentes étapes du syndicalisme; deux organisations syndicales ont marqué le mouvement en Haïti : l'Union des Instituteurs Haïtiens (UIH) et l'Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement du Secondaire (UNMES). L'expérience douloureuse de cette dernière en 1965 face à la répression des Duvalier et le sort tragique des professeurs entreprenant ont influencé négativement la création de l'Association Nationale des Enseignants Haïtiens (ANEH) en 1979 qui voulait se donner une couverture nationale.

    Le mouvement syndical porte l'empreinte des divers gouvernements qui se sont succedés au pouvoir et de plus, le régime des Duvalier a duré 29 années soit 1957 à 1986. Il a fallu attendre la chute de ce régime soit le 7 Février 1986 pour poser des actions syndicales dans le secteur de l'Éducation et enclencher une lutte capable de faire avancer la cause de l'Éducation et de propulser les syndicats.

    Les perspectives d'évolution de la lutte vont se faire non seulement à partir de l'action syndicale mais encore des différents changements de Gouvernements que nous avons tous connus. Même l'histoire nous enseigne que les activités syndicales sont liées parfois au rapport de force et favorisent l'accord et l'enttente.

    1-1: LES DIFFERENTS SYNDICATS DU SECTEUR ÉDUCATIF.-

    La liberté syndicale est garantie. Tout travailleur des secteurs privés et publics peut adhérer au syndicat de ses activités proféssionnelles pour la défense exclusive de ses intérêts de travail((*)1). Ainsi, les différents syndicats du secteur Éducatif peuvent être classés dans l'ordre chronologique suivant, en fonction de leur date de création comme nous l'avons déjà souligné.

    Pour la première fois, vers les années 50, on assiste à la formation de l'Union Nationale des Maîtres de l'Eseignement Secondaire (UNMES) et la réanimation des activités de L'Union des Instituteurs Haïtiens (UIH).

    § 1979: C'était la création de l'Association Nationale des Enseignants Haïtiens (ANEH). Une Association qui n'a duré que l'espace d'un matin ou du moins c'était un projet mort-né.

    § 1986: C'est la création de la Confédération Nationale des Enseignants d'Haïti (CNEH) qui, après quelques années de fonctionnement a remplacé le terme Enseignant par Éducateur.

    § 1991: Les normaliens au niveau du Pré-scolaire, du primaire et du secondaire estiment que leurs problèmes ne sont pas réellement posés. Ils se réunissent et donnent naissance à l'Union Nationale des Normaliens d'Haïti (UNNOH).

    § 1992: C'est la création de la Fédération Nationale des Travailleurs en Éducation et en Culture (FENATEC).

    § 1995: C'est la création du Corps National des Evaluateurs d'Haïti (CONEH) qui, après quelques années de fonctionnement a remplacé le terme évaluateur par Enseignant.

    § 1996: La tentative de révocation massive des inspecteurs et Enseignants surtout ceux intégrés à partir d'octobre 1995. Les Enseignants se réunissent et décident de créer le Groupe d'Initiative des Enseignants de Lycée (GIEL).

    Depuis lors, il est la dernière création en date, mis à part l'exsitence des associations de parents, d'élèves et d'Étudiants... etc.

    Cependant, il est important de souligner que depuis les années 50 jusqu'à date, le monde de l'Éducation a connu l'existence de huit (8) syndicats. Faute de données et d'informations nous ne sommes pas en mesure de préciser le nombre de syndiqués.

    1-2: ORIGINE, OBJECTIF ET ÉVOLUTION DE CETTE LUTTE.-

    La lutte syndicale dans le secteur de l'Éducation tient son origine dans les divers problèmes générés par la dégradation du système Éducatif ou du moins dans la crise du système Éducatif Haïtien. Certains facteurs peuvent être identifiés comme élément de la crise. Il s'agit, entre autres de :

    - l'irresponsabilité et le désintéressement de l'État

    - l'insatisfaction et la qualité des Enseignants

    - la faiblesse des structures de supervisions et d'encadrement

    - la confusion qui existe dans l'application de la réforme de l'Éducation

    - absence de partenariat entre syndicat d'enseignants et responsable de l'État en matière de l'Éducation.

    - la non valorisation du métier d'enseignant.

    En consèquence, ils donnent naissance à la lutte syndicale dont l'objectif fondamental est de valoriser le metier d'Enseignant qui passe forcément par:

    - la définition véritable de l'Enseignant car, tout le monde est Enseignant qu'il soit formé ou non.

    - la mise sur pied d'un programme de formation continue au profit des Enseignants

    - l'attribution des salaires équitables et décent aux enseignants

    - l'adoption d'une politique de sécurité sociale par l'État

    - l`amélioration des conditions de travail.

    Après avoir relaté les objectifs, nous pouvons souligner que plusieurs actions ont marqué l'évolution de ce mouvement. Elle a demarré avec la tentative de constituer les syndicats dans le secteur vers les années 50 : l'Union des Instituteurs Haïtiens (UIH) et l'Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement Secondaire (UNMES). L'expérience douloureuse de ce drenier n'a fait qu'engendrer la peur. Est-ce pour cela qu'en 1979 l'Association Nationale des Enseignants Haïtiens (ANEH) n'a pas pu réaliser son grand rêve celui de se donner une couverture nationale ? c'est ainsi que le projet de l'ANEH n'a pu être excuté.

    1965 à 1986 marque une période importante et difficile. Parler des syndicats n'était pas à l'ordre du jour dans aucun débat; la répression Duvaliériste ne l'a pas permis. La lutte syndicale se trouvait étouffer. Le 7 Février 1986, le régime des Duvalier s'éffondre et une lueur d'espoir s'annonça pour le pays et la lutte syndicale refait surface. Les syndicats se créent dans presque tous les secteurs d'activités. Dans le secteur de l'Éducation, le premier en date fut la CNEH, vient l'UNNOH, la FENATEC, le CONEH et le GIEL. Avec eux, les problèmes de l'Éducation sont profondément agités, la lutte s'intensifie alors que la résistance du côté de l'État tente de la faire échouer par certaines manoeuvres. Mais du côté des syndicats diverses activités sont envisagées afin de faire triompher la cause des Enseignants. Les actions sont : conférences de presse, déclarations de presse, conférence-débats, «Sit-in», marches pacifiques, grèves sous toutes les formes, émission de radio et de télévision ... etc.

    Cependant, de 1986 qui marque aussi l'année de la création de la CNEH où Presque tous les enseignants obéissaient a son mot d'ordre passant par l'année 1991 qui marquait la création de l'UNNOH la lutte allait connaître une réorientation pour prendre son élan en 1995; des moments forts allaient marquer l'évolution de la lutte dans le secteur. Si en 1995 c'était l'affrontement entre lycéens et collégiens, les manifestations conjointes entre professeurs, étudiants et élèves pour faire aboutir leurs revendications. En 1997, les stratégies de lutte ont été plus ou moins changées. Les syndicats n'ont pas pliés l'échine sous de simple promesse verbale faite par les dirigeants de l'Etat mais sur la base de plusieurs accords. Deux concepts étaient d'actualité: la mobilisation et le syndicat Jaune*(*). Mais de part et d'autre l'usage de la grève s'affirmait comme arme de combat. Dans cette situation, les syndicalistes ont lancé et géré le mouvement en stratège. Certains actes le témoignent. D'un côté, les organisations comme l'UNNOH, le CONEH, la FENATEC et le GIEL se coalisent en laissant la CNEH de l'autre côté. Ils lancent une grève illimitée un (1) mois à l'avance pour le 5 Mai 1997 c'était bien là une véritable leçon politique. Ils exploitent la conjoncture (Situation Conflictuelle primature-Présidence-Parlement) et enfin ils font une sorte de «timing» conjoncturel par rapport aux autres organisations de la société civile qui brandissent leurs revendications.

    Les syndicalistes croyaient que le travail étant inhérent à l'espèce humaine, le combat syndical pour la défense des intérêts matériels est donc permanent. Il faut de toute évidence lutter pour faire aboutir leurs revendications. C'est ainsi que l'année 1997 allait être considérée comme une date importante dans l'histoire du syndicalisme dans le secteur Éducatif en Haïti. Les syndicats, aux yeux de presque tous les secteurs, allaient être considérés comme une référence. Mais au cours de l'année 1998, les organisations comme l'UNNOH, le CONEH, le GIEL ont mené une lutte visant à empêcher la réalisation du Baccalauréat allégé; ils ont accusé un échec et depuis le mythe de l'invincibilité des syndicats commençait à tomber pour achever avec la chute d'un mouvement conjoint de l'UNNOH et de la CNEH en 1999. Depuis lors, le mouvement est frappé par ce que nous pourrions appeler une crise.

    Jusque vers l'an 2000, la lutte syndicale connaît une stagnation. La campagne de diffamation et l'usage permanente de la grève comme arme de combat par certains syndi-calistes et organisations syndicale contribuent à faire de ce mouvement ce qu'il est. Ils ont travaillé inconsciemment à mener le mouvement là où il est. Les syndicats ne repré-sentent plus une force capable de constituer une menace pour le gouvernement et ne constitue en rien un contre pouvoir réel.

    Si certains syndicalistes ont choisi de laisser le pays d'autres ont préféré d'abandonner la lutte d'autres encore cessent d'être acteurs pour se convertir en observa-teurs d'autres enfin réflechissent autour d'une relance du mouvement sous une base unitaire.

    La lutte syndicale dans le secteur est étouffée. Les organisations dites populaires créées indirectement par le gouvernement à la faveur de la mouvance politique consti-tuent une menace pour les syndicats. Comme il ne peut y avoir de syndicats sans syndica-liste et sans moyens. Certaines activités syndicales dans le Secteur Éducatif sont bloquées. Même la menace du CONEH du GIEL de la FENATEC de mener l'État Haïtien par devant les tribunaux depuis le 11 octobre 1999 n'a pu être opérationnalisée. C'est, enfin, de cette manière qu'a évolué la lutte syndicale.

    1-3: LES SYNDICATS DU SECTEUR ÉDUCATIF: LES MÊMES COMBATS.-

    Syndicalistes, historiens du travail et autres militants ne s'accordent pas sur le fait que le mouvement syndical haïtien qui touche quelque soit le secteur fait face à d'énormes difficultés; mais ils s'entendent sur le fait que la lutte pour la satisfaction des revendications syndicales est un combat et que les syndicats du secteur Éducatif l'ont compris.

    Comme ils mènent très souvent des luttes communes (lutte de l' UNNOH, du CONEH, de la FENATEC et du GIEL et de la CNEH) tout en accentuant sur leurs revendications. Nous estimons qu'ils mènent un même combat et ce dernier se crystallise autour de leurs revendications qui constituent la toile de fond de la lutte.

    1-3-1: DES REVENDICATIONS.-

    Les revendications des organisations syndicales dans le secteur éducatif sont articulées autour des problèmes de l'éducation. Ces organisations les ont formulées en vue de rechercher de la satisfaction dans un document conjoint de l'UNNOH du CONEH de la FENATEC et du GIEL intitulé extrait des cahiers de revendications constituées en Cinquante (50) points. Ces organisations ont déclaré qu'elles sont plus que jamais déterminées à obtenir de la satisfaction. Cependant, la CNEH, de son côté, réclame à cor et à cri l'application de la loi du 24 Octobre 1984.

    Les revendications, formulées à partir des divers problèmes de l'Éducation, les organisations syndicales ont demandé, en toute priorité, à l'État d'intervenir en toute urgence afin de :

    - réparer et équiper toutes les écoles publiques dans le meilleur délai

    - allouer des indemnités de déplacement à tous les enseignants envoyés en poste loin de leur domicile.

    - élaborer et mettre à exécution un plan d'éclairage à l'échelle nationale en vue de permettre aux jeunes de faire des recherches, d'étudier et de préparer leurs devoirs

    - nommer sans délai des professeurs qualifiés et compétents à toutes les chaires vacantes

    - payer sans délai tous les arriérés de salaires à tous les Enseignants munis ou non de lettre de nomination en tenant compte de la date effective de leur entrée en fonction

    - introduire dans le budget 1996-1997 des provisions en vue de l'exécution d'un programme de formation des maîtres.

    - introduire dans le budget 1996-1997, d'une part, des provisions en vue du paiement du reste d'ajustement d'avril 1995 soit 180% (base salaire du mois d'Avril) soit 82% (base nouveaux salaires) et d'autres part des provisions en vue d'instaurer des fonds de crédit et d'autres avantages sociaux (logement, taux préférentiels sur achats... etc) au profit des enseignants.

    Il est impotant de souligner que même les organisations syndicales ont mis l'accent sur le caractère incomplet de leurs revendications. Mais, pour celles élaborées, elles sont classées et portées sur les salaires et autres facteurs capables de faire de l'école haïtienne une école digne de ce nom. Dans cette logique, les revendications sont, d'un côté, accentuées sur le revenu des Enseignants qui doit comprendre un salaire direct et un salaire indirect constitué par l'ensemble des avantages sociaux; de l'autre, les organisations, syndicales revendiquent leur participation dans les grands dossiers qui concernent le système Éducatif et veulent affirmer leur existence dans le secteur d'où deux aspects des revendications à la fois quantitatives et qualitatives.

    Section 2 : LES RETOMBEES DE LA LUTTE SYNDICALE.-

    Les retombées de la lutte syndicale se manifestent soit dans le sens positif soit dans le sens négatif. Celles-ci étant postérieures à toute lutte, elles sont considérées comme des conséquences. Si dans le sens positif elles sont liées à la satisfaction des revendications syndicales en provoquant la joie des syndicalistes (dirigeants syndicaux et syndiqués) dans le sens négatif elles sont liées à la répression en passant par la révocation jusqu'à même l'élimination physique. De toute façon, dans un sens comme dans l'autre, les retombées de la lutte syndicale dépendent de la planification, de la conjoncture, de l'action syndicale et de la formulation des différentes revendications. Au nombre de ces retombées nous pouvons citer :

    - l'ajustement Salarial en 1995 sous le gouvernement de Jean Bertrand Aristide

    - le protocole d'Accord du 17 janvier 1997 sous le gouvernement de René G. Préval

    - le protocole d'Accord du 17 février 1997 sous le gouvernement de René G.Préval

    - l'Addendum au protocole d'Accord du 17 février 1997 en date du 23 Mai 1997 sous le gouvernement de René G. Préval.

    2-1 L'AJUSTEMENT SALARIAL.-

    En 1995, la lutte syndicale qui a été redémarrée dans le secteur éducatif avec la création de la CNEH en 1986, a été intensifiée. Elle était axée essentiellement sur les salaires directs. Les organisations d'avant-garde étaient la CNEH d'un côté qui revendiquent l'application de la loi du «24 Octobre 1984» qui prévoit une augmentation salariale par ordre d'ancienneté et de qualification. Alors que les organisations comme l'UNNOH et le CONEH réclamaient purement et simplement un ajustement salarial de 300%. Trois syndicats, faisant deux groupes dominaient la scène et revendiquaient tous, à leur manière les salaires pour les enseignants.

    Pour chacun de ces groupes la forme de lutte était différente; la CNEH, de son côté, négocie des Accords avec le MENJS alors que l'UNNOH et le CONEH, de leurs côtés, déclenchaient une grève de protestation contre les Accords salariaux négociés entre la CNEH et le ministère et ont obtenu du gouvernement une tranche de 120% des 300% reclamés des salaires des Enseignants primaires et secondaires.

    Comme les retombées de la lutte sont fonction de l'action syndicale, la lutte a connu une certaine évolution. C'est dans ce sens que la période allant de 1995 à 1997, les revendications cessent d'être essentiellement salariales pour rassembler presque tous les problèmes du système Éducatif Haïtien, des négociations entre l'État et les syndicats ont donné naissances à des Accords.

    2-2: LES ACCORDS DE 1997.-

    Deux années après l'ajustement salarial de 1995, les syndicats du secteur de l'Éducation ont repris activement la lutte et a connu une certaine évolution. Si en 1995, l'ajustement de 120% étaient l'oeuvre de deux syndicats (l'UNNOH et le CONEH), L'année 1997 allait marquer un tournant dans la lutte : grève illimitée des Enseignants et l'inter-vention du parlement. Deux éléments importants sont à souligner:

    - le nombre de syndicats augmente; car, les acquis sont l'oeuvre de plus de deux (UNNOH, CONEH, GIEL, FENATEC) accompagnés des associations de parents (ASPEH) et d'élèves (ZEL)

    - le lutte passe de l'informel au formel c'est-à-dire nous avions l'habitude de parler à nos interlocuteurs sans les textes dès à présent toutes les formes de luttes que nous menons étaient accompagnés des textes.

    C'est de cette logique que sont nés trois Accords connus sous la rubrique «Accords de 1997». Le nouvelliste dans son éditorial allant plus loin les qualifie de patrimoine national de l'Éducation((*)1).

    2-2-1: PROTOCOLE D'ACCORD DU 17 JANVIER 1997.-

    Après des journées de grèves nationales lancées par les organisations syndicales du secteur Éducatif et des échanges entre la commission d'Éducation du sénat de la République et les organisations UNNOH, CONEH, GIEL, FENATEC, ASPEH; il a été convenu un accord en 4 points capable:

    - de créer une Commission Multipartite composée des représentants de la présidence, de la primature, du parlement et du Ministère de l'Éducation Nationale de la Jeunesse et des Sports (MENJS) des organisations sus-citées et d'autres impliquées dans le dossier de l'Éducation telles le ZEL et la CNEH.

    - d'ouvrir dans l'immédiat des pourpalers devant aboutir à l'adoption des propositions de solutions viables et durables à la crise que traverse le secteur Éducatif

    - d'entamer des discussions dès le samedi 18 janvier 1997 à 11 heures AM, vu l'urgence de la question

    - d'engager la commission d'Éducation du sénat à entreprendre les démarches nécessaires auprès de toutes les autres instances concernées en vue d'arriver à l'ouverture des travaux à la date sus-mentionnées.

    2-2-2 PROTOCOLE D'ACCORD DU 17 FÉVRIER 1997.-

    Il est à se demander que si l'année 1997 a été pour les organisations une année florissante; dans l'espace d'une année les syndicats ont signé trois Accords avec l'État, tous inspirés de leurs cahiers de revendications. La recherche des Accords étaient inscrite dans le cadre d'une stratégie de lutte et les syndicalistes ont fait usage de deux tactiques:

    - la tactique de persuasion axèe sur toute une serie d'arguments comme étant des facteurs de sensibilisations tels : Le coût de la vie, les conditions de travail, les salaires. A ce niveau les syndicats sont considérés comme instrument de combats. Pour eux, le succès importe plus que sur les conditions dans lesquelles il est emporté.

    - la tactique de coercition pondérée sur la menace de la grève, la mobilisation permanente et autres facteurs capable d'emmener les syndicats à la consécration d'une négociation; c'est dans la consécration de celle-ci qu'ils arrivent à la réalisation de cet Accord. Deux questions sont prises en ligne de compte : La stratégie du compromis et la forme qui sera donnée à sa réalisation.

    L'objectif général de la stratégie a été de coopérer pour faciliter de part et d'autre les dernières concessions et faire aboutir l'ensemble de la négociation. Mais il faut que le jeu de la négociation comporte une sorte de délai limite c'est ainsi qu'après les séances de Travail tenue le mercredi 12, le jeudi 13, le dimanche 16 et le lundi 17 février 1997 sous la Présidence du chef de l'État René G. Préval entre les représentants de la Commission d'Éducation du Sénat, les membres du Gouvernement et les représentants des organisations d'enseignants de parents et d'élèves (UNNOH, CONEH, GIEL, FENATEC, ASPEH, ZEL, CNEH) ils ont réalisé un accord dit «Protocole d'Accord.» A travers la recherche de cette réalisation comme étant un compromis, les partenaires se sont efforcés à ne pas perdre la face, ils ont recherché à travers la forme donnée à ce compromis un renforcement de leur prestige.

    Dans le texte de l'accord les parties en présence ont réaffirmé la place fonda-mentale de l'Éducation pour le développement du pays et le gouvernement a renouvelé son option comme un secteur stratégique et de lui accorder un traitement prioritaire. Il s'engage à mener les actions suivantes réparties en 5 grands points :

    1- Actions immédiates comprenant :

    § le paiement des arrières de salaires

    § la nomination des professeurs qualifiés aux postes vacants

    § la livraison des chèques des Enseignants au plus tard le 25 du mois

    § le recul d'une semaine de la date des examens oficiels pour l'année 96-97

    § l'élimination des chèques «Zombis»

    § l'ouverture de la négociation collective

    § la définition d'un cadre en vue de la poursuite des négociations.

    2- Des Actions débutants immédiatement dont l'execution se prolongera dans le temps comprenant :

    § la fourniture des écoles publiques en eau, électricité, pupitres, livres et autres matériels didactiques.

    § la construction ou la réféction des toilettes des écoles publiques

    § l'achèvement des écoles publiques en construction

    § la réhabilitation des écoles publiques délabrées

    § l'émission de la carte d'identification des Enseignants

    3- Des Actions urgentes devant faire l'objet d'un examen comprenant :

    § la délivrance aux professeurs et aux personnels concernés de leurs lettres de nomination après examens de leurs dossiers

    § l'ajustement salarial de 82%, base salaire février 1997

    § l'application de la loi du 24 Octobre 1984

    § l'intégration de tous les inspecteurs et autres personnels concernés dans le budget national 1996-1997

    § la mise à exécution d'un programme de formation pour les enseignants

    § l'augmentation du budget de l'Éducation Nationale

    § la mise a exécution d'un plan d'assurance au Profit des Enseignants et élèves.

    4- La création d'une commission multipartite - l'exécutif, la commission de l'Éducation du Sénat et les organisations représentées - pour assurer le suivi de l'éxecution des points sus- cités.

    5- La création d'une Commission Supérieure de l'Éducation.

    Cependant, il est important de souligner que le protocole d'Accord a été signé sans aucune date limite (deadline) ou du moins sans écheancier. Les syndicalistes croyaient en la bonne foi des dirigeants de l'État; deux mois après rien n'est fait et l'Accord reste comme une simple feuille de papier. Comme la flamme de la mobilisation restait toujours allumée, les syndicalistes d'avant-garde remontent au créneau. Toutes les formes de luttes ont été envisagées. En pleine grève illimitée, créant une crise qui paralyse le fonctionnement de l'école haïtienne dans sa totalité; le Parlement, comme branche des trois pouvoirs, intervient en vue de dénouer la crise. Après l'exposé de la situation par les syndicalistes il manifeste la volonté de jouer sa partition. Dans ce cas, il a signé un acte d'adhésion comme preuve de son engagement à la poursuite de la négociation de laquelle est issue un Addendum au protocole d'Accord du 17 février.

    2-2-3 ADDENDUM AU PROTOCOLE D'ACCORD DU 17 FÉVRIER 1997.-

    L'addendum au Protocole d'Accord est un document considéré comme l'une des retombées de la lutte syndicale dans le secteur Educatif. Il est né en référence aux facteurs suivants :

    - le protocle d'Accord du 17 février

    - l'Acte d'Adhésion de la chambre des députés en date du 22 Mai 1997 au dit Protocle

    - la crise qui traverse le secteur Educatif

    - les journées de grèves et de marches pacifiques des organisations d'en-seignantes et de parents : CONEH, FENATEC, UNNOH, GIEL, ASPEH

    - la possibilité d'accorder une priorité à l'Éducation et d'appliquer le protocole d'Accord du 17 février1997 dans le but d'apporter des réponses urgentes et appropriées aux problèmes de l'Éducation et de satisfaire aux revendications légitimes des organisations.

    - les séances de travail tenues au Palais législatif; les Mardi 20 et Mercredi 21 Mai 1997 entre les députés et les représentants des organisations sous la direction du Président de la chambre des députés l'honorable Kely C. Bastien

    - les négociations tenues le jeudi 22 Mai avec la médiation du président de la chambre des députés, assisté des parlementaires des deux chambres entre le Gouvernement representé par certains de ses ministres et les organisations d'enseignants de parents d'élèves.

    Cependant sans vouloir établir une comparaison entre le Protocole d'Accord et l'Addendum mais de signaler une différence fondamentale entre les deux textes; C'est le delai limite ou du moins les échéanciers qui accompagnent les points de l'Addendum. Le salaire, à travers les différentes écoles de gestion, celle de Taylor le considère comme facteur de motivation par excellence. Est-ce pour cela que de toutes les revendications celle des salariales attirent l'attention de tous et l'accent est mis sur le paiement des arriérés de salaire qui fait couler beaucoup d'encre ? Un calendrier est de toute évidence établi pour le paiement.

    TABLEAU 19

    LES MODALITÉS DE PAIEMENT DES ARRIÈRES.

    CATÉGORIE

    MONTANT DU EN MILLION DE GOURDES

    DATE DU PAIEMENT

    Nommés non budgetisés

     
     

    Ex: 93-94 / 94-95 / 95-96

    123.0

    Mai 96 - Mai 97

    Ex: 95-96

    27.0

    La 1e Semaine de Juin

    Oct 96 / Dec 96

    40.0

    3e - 4e Semaine de Juin

    Janvier 97 / Mai 97

    70.0

    1e et 2e Semaine de Juillet

    AUTORISÉS

     
     

    Ex: 93-94 / 94-95

    40.0

    3e - 4e Semaine de Juin

    Ex: 95-96 / 96-97

    40.0

    1e- 2e Semaine de Juillet

    anticipation de paiement du mois de Juillet, Août, Septembre 97

    TOTAL

    340.0

     

    Source : Texte de l'addendum du 23 Mai 1997 Signé par l'État et les organisations.

    Ce tableau n'est autre qu'un calendrier de paiement que les syndicats ont forcé l'État à établir. Comme, il n'existait pas encore seulement des Enseignants qui sont concernés par les arrièrès de salaires. C'est pourquoi au lieu d'utiliser les professeurs nommés non budgetisés et les professeurs autorisés, ils ont préfére utiliser les nommés non budgétisés et les autorisés.

    Les nommés non budgétisés, sont ceux qui détiennent en leur possession une lettre de nomination et qui n'émargent pas au budget de la République. Le montant de leurs arriérés s'élevait à 260.000.000 gourdes réparti sur les exercices 93-94; 94-95; 95-96; et sur les mois de Janvier 97 à Mai 97 que l'État a promis de les payer en quatre (4) tranches de Mai 96 à Mai 97, de la 1e semaine de juin, de la 3e semaine et la 4e semaine de juin et enfin de la 1e et 2e semaine de juillet dans l'odre respectif de 123 000 000, 27 000 000. 40 000 000 et 70 000 000 de gourdes. Les autorisés sont ceux qui ne détiennent en leur possession une lettre de nomination mais d'une simple autorisation sans le respect des normes. Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure de préciser le nombre mais le montant de leur dette s'élève à 80.000 000 gourdes répartis sur les exercices 93-94; 94-95; 95-96; 96-97 que l'État a convenu de payer en deux tranches de 40.000 000 gourdes chacune les 3eme et 4eme semaine du mois de juin, les 1er et 2ème semaine du mois juillet avec anticipation de paiement du mois de juillet août et septembre 1997.

    Cependant, l'Addendum au Protocole d'Accord ne concerne pas seulement les salaires. Comme le problème des salaires faisait couler beaucoup d'encre à l'époque. Il est donc important de souligner la balance de l'ajustement salarial réclamé par les syndicats .

    L'ajustement salarial est une revendication syndicale depuis les années 95 qui a nécessité diverses actions syndicales comme la lutte, la négociation ... etc. L'ajustement salarial reclamé était de l'ordre de 300%. En 1995 les enseignants ont bénéficié effective-ment de 120% des 300% réclamés avec la promesse du chef de l'État d'alors d'obtenir les 180% restant. Par inexpérience et par manque de vigilance peut être il n'y avait aucun Accord écrit pas même un procès verbal, il a fallu reprendre les actions syndicales pour exiger à l'État d'honorer sa promesse. Les syndicalistes au lieu de reclamer les 180% restant prefèrent actualiser 180% sur la base des salaires déjà ajustés en 1995. De là ils parlent de 82%, comme il est inscrit dans l'Addendum et nous citons : « Les parties s'entendent autour d'un ajustement de 50% (base salaire février 97) sur les mois de Juin, Juillet, Août et septembre 1997.

    A partir d'Octobre 1997, les salaires seront ajustés de 82 % toujours sur base des salaires de février 1997 ». Cet ajustement est donc réparti en deux tranches. Une tranche de 50 % et une autre de 32%. Le tableau suivant établi les modalités du paiement de 50%.

    TABLEAU 20

    MODALITÉS DE PAIEMENT DES 50% d'AJUSTEMENT

    CATÉGORIE

    MONTANT DU EN MILLION DE GOURDES

    DATE DU PAIEMENT

    Nommés non budgetisés

     
     

    Juin - Septembre 97

    74.0

    Septembre 97

    BUDGETISES

     
     

    Juin - Septembre 97

    92,3

    Septembre 97

    TOTAL

    166,3

     

    Source: Texte de l'Addendum au Protocole d'Accord du 17 Février 1997.

    Ce tableau établit les catégories de concernés par l'ajustement de 50%. Ce sont ceux qui sont nommés et n'émargent pas encore au budget de la République et ceux qui sont déjà nommés qui émargent au budget de la République. Pour ces deux catégories le montant à payer est de 166,3 millions de gourdes répartis en deux tranches respectives de 74 000 000 et 92,3 millions de gourdes pour le mois de Sept 97. Les 32% seront payés à partir d'Octobre 1997 jusqu'au moment où nous parlons les Enseignants malgré la signa-ture de l'Accord, n'ont pas reçu le reliquat et c'est ce qui pousse les syndicats à mettre l'État en demeure de leur payer les 32%.

    Il n'est donc pas inutile de signaler la portée des Accords dans laquelle nous soulignons deux paramètres : le contenu et la diffusion. Chaque partie perçoit l'accord suivant ses intérêts de groupe. Pour tous les dirigeants de l'État l'intérêt est le même puisqu'il s'agit d'opposer un rempart à toute modalité de contrôle des syndicats du secteur et d'empêcher que leur lutte n'arrive pas à influencer d'autres secteurs. Alors que pour les syndicats c'est le contraire. Ils préfèrent accentuer la lutte sur les facteurs qui attirent l'attention de tous en se référant à une dimension qu'on peut appeler conjonctu-relle tout en mettant l'accent surtout sur les salaires et les avantages immédiats auxquels s'attachent les syndiqués. C'est pour cela que le salaire allait être considéré comme la toile de fond de la lutte. Ces Accords signés et diffusés sont capables de contribuer à redresser l'image de l'école haïtienne qui se trouve dans l'impasse. N'est-ce-pas cette diffusion qui a influencé négativement et les Enseignants, eux aussi, n'ont pas bénéficié des 10% d'ajustement de la masse salariale donnée sous la présidence de René G. Préval?

    Après avoir essayé de cerner les retombées de la lutte syndicale dans le secteur éducatif, nous allons tenter de donner avec plus de détails la position du gouvernement face à ses retombées.

    Section 3 : Le comportement du gouvernement face aux retombées de la lutte syndicale dans le secteur éducatif.

    En même temps que la lutte syndicale évolue dans le secteur Éducatif le gouvernement ne reste pas dans l'indifférence. Si dans certains secteurs d'activités l'État n'est pas considéré comme patron mais comme un recours en cas d'échec de négociation avec leurs patrons, dans le secteur de l'Éducation c'est le contraire. Car, les syndicats du secteur Éducatif négocient directement avec l'État. Les résultats des négociations sont considérés comme étant des retombées, le gouvernement, faisant partie de l'État ne reste pas indifférent. Sa position est manifestée sous diverses formes. D'un côté, il fait semblant de prendre en compte les revendications des Enseignants alors que les engagements pris ne sont pas respectés et il essaie par certaines manoeuvres de corrom-pre et de récupérer le mouvement en profitant des dissensions internes liées à l'essouf-flement de la lutte.

    3-1: LA PRISE EN COMPTE DES REVENDICATIONS DES ENSEIGNANTS.-

    Malheureusement, le Gouvernement n'a pas ce qu'on pourrait appeler un programme syndical dans le secteur Éducatif et de plus même le pays n'est pas doté d'une politique syndicale. C'est au même moment que les syndicats du secteur éducatif enclenchent la lutte crystallisée autour de leurs revendications que le gouvernement feint de les prendre en compte. Elles sont inscrites dans un document intitulé extrait de ses cahiers de revendications constitué en 50 points.

    Si nous essayons de faire une comparaison entre les textes des cahiers de revendications des syndicats et les textes des accords signés avec l'État Haïtien une grande différence s'observe. Tous les points revendiqués ne s'inscrivent pas dans le texte des accords. D'autant plus que les Accords sont liés à un processus évolutif de 17 janvier 1997 jusqu'au 23 Mai de la même année. Tout ce processus était inscrit dans le cadre d'un combat et que le syndicalisme dans le secteur avait conquis une place dans le pays. Le Gouvernement d'alors, agissant au nom de l'État accepte de voir dans le syndicalisme de ce secteur le moyen d'expression naturelle des Enseignants. C'est sur eux que les Enseignants comptent pour obtenir satisfaction; d'ailleurs l'essentiel de leurs revendica-tions constitue la revendication de chaque Enseignant et de plus les syndicalistes d'avant-garde étaient effectivement des Enseignants. Ils étaient, les seuls, mieux armés à poser véritablement le problème de chaque Enseignant, en général le problème du système Éducatif. Le point fort souligné dans leurs revendications c'est la défense du métier d'enseignant.

    Devant tous les arguments évoqués et la multiplication des actions syndicales; le gouvernement était contraint de signer les Accords pouvant contribuer à la rénovation de notre système Éducatif : Que sont-ils devenus ?

    3-2: LES ENGAGEMENTS NON RESPECTES.-

    A chacun son métier ! nous dit le vieil adage. C'est ce que nos ancêtres n'ont cessé de nous claironner et c'est également ce que nous avons cru. Dans toute société où l'on veut éviter les frustrations diminuer le charlatanisme, d'encourager le mélange des rôles et des genres on doit faire usage de cet adage. En Haïti, l'Enseignant, semble-t-il a cessé d'être un métier pour devenir un abri sûr où se cachent les canailles, un simple refuge où se cachent les chômeurs dans sa grande majorité.*(*)

    Pour la première fois dans l'histoire de l'Éducation en Haïti, syndicats d'enseignants et l'État s'engagent dans des accords. Si tous les points des accords arriveraient à être respectés ce serait dans l'intérêt de la nation car l'école haïtienne ferait un bond en avant. Pour le malheur de notre pays, le Gouvernement à signé au nom de l'État qui, quelque mois après, a niè sa signature. Nous étions témoin et artisan du document publié par les syndicats en réaction aux manoeuvres du gouvernement pour ne pas honorer la première tranche de 50% en évoquant l'illégalité d'une loi rectificative sous pretexte que le Gouvernement était démissionnaire. Comme il s'agissait des décaissements qui concernaient les enseignants l'illégalité tentait être de mise mais quand il s'agissait des décaissements dans d'autres cas, point d'obstacle. Ce peut-être la raison d'État !

    Aux grands maux les grands remèdes déclarent les syndicalistes. Les dirigeants de l'État pensent qu'ils sont plus intelligents au contraire ils s'illusionnent. Ils pensaient qu'une fois la promesse de l'ajustement faite, les syndicats lèveront leur mot d'ordre de grève, les enseignants ne seront plus en position de combat et enfin, ce sera la reprise de toutes les activités scolaires. Et de plus c'était bientôt les vacances.

    Au contraire un enjeu était là peut être les dirigeants de l'État n'y pensaient pas et n'étaient pas assez perspicaces, la correction du Baccalauréat au lycée Marie Jeanne de Port-au-Prince et d'autres centres de correction à travers le pays étaient les lieux de rendez-vous; et une arme redoubtable entre les mains des syndicalistes. Les syndicalistes ont réagi en stratèges. Au moment où ils lançaient leur mot d'ordre de grève aux correc-teurs, ils faisaient sortir un document réflétant leurs positions autour de la loi rectifi-cative prônée par le gouvernement.

    Devant le temps qui est imparti à la correction par rapport à l'ouverture des classes le gouvernement a consenti à accorder aux enseignants un ajustement de 50%. Jamais les 32% de l'ajustement.

    Cependant, l'ajustement de salaire n'était pas le seul point qui figurait dans les accords mais il était un point très litigieux. C'est pour cela que nous insistons là dessus. Dans l'ensemble, les engagements pris par l'État à travers les accords signés conjointement avec les syndicats ne sont pas respectés. Les syndicalistes le disent assez souvent et n'ont cessé de reclamer le respect de ces Accords. La commission que prévoient ces accords pour le suivi et le contrôle publie son rapport deux années après et fait ressortir que l'absence de moyen limite son fonctionnement face à cette situation la commission a cessé de se réunir.

    Au grand rendez-vous de l'histoire nous pensons que les dirigeants de l'État qui ont signé ces accords et même ceux qui les ont succédés auront des comptes à rendre à la Nation quand elle demandera des comptes pour avoir aggravé le côté moral de l'État.

    3-3: LES TENTATIVES DE CORRUPTION ET RECUPERATION DU MOUVEMENT.-

    Il est d'une vérité absolue que l'objectif de tout patron c'est d'arriver à contrôler tout syndicat capable de faire obstacle à son projet. L'État bien que patron de fait, partage l'idée de contrôle par le biais du gouvernement.

    Deux éléments sont d'importance capitale : la formation d'une commission multi-partite de suivi et de contrôle et le texte des accords pris comme engagement. Le gouvernement, de son côté, pensait qu'une fois la commission formée, surtout avec des dirigeants syndicalistes, il sera mieux armé pour anéantir la force des syndicats et de freiner la lutte dans le secteur. Irronie du sort ! ce sont les mêmes dirigeants membres de la commision qui se trouvaient à l'avant-garde du mouvement des enseignants contre le baccalauréat allégé en 1998. Le 27 Mai 1998, la marche des enseignants qui réunissait une infirme quantité de participants était très significative car, il permet au gouvernement de continuer avec sa tentative de contrôle. De ce fait, il pense que les Enseignants ont désaprouvé leurs dirigeants syndicaux. Dans la recherche de cette victoire, le MENJS l'a emporté. L'échec du côté des syndicats était très favorable au Ministre de l'Éducation d'alors puisqu'il est devenu le premier Ministre ou du moins le chef du gouvernement. S'il n'avait pas pu réaliser son projet par le biais de la CMSC (Commission Multipartite de Suivi et de Contrôle). Il ne l'a pas perdu de vue. L'objectif est là.

    Il faut, de toute évidence, affaiblir les syndicats, enlever toutes leurs capacités de mobilisation. Le président Préval n'a-t-il pas déclaré à des proches qu'il a choisi M. Alexis parce que celui-ci est, selon lui, un fonceur, l'homme qui a neutralisé et même anéanti les organisations syndicales d'enseignants((*)1). Donc le gouvernement à travaillé de manière à récupérer le mouvement non seulement en créant ses propres syndicats mais aussi en cherchant à les faire exister de nom et de ne constituer aucun contre pouvoir réel capable de faire la résistance au Gouvernement.

    Conclusion et Recommandations

    Les problèmes du système Educatif haïtien ne datent pas d'aujourd'hui. Ces problèmes sont liés au passé colonial du pays. En effet, dans la société coloniale l'esclavage était le pivot de la philosophie coloniale, il permet aux colonisateurs d'amasser d'immenses fortunes. L'on comprend bien, une société où l'esclavage est dominant ne peut se doter d'un système Educatif qui irait à l'encontre des intérêts du pays colonisateur, ce qui risquerait d'être un instrument de libération au lieu d'être un instrument de domination.

    En effet, dans la composante sociale de la société coloniale il n'y avait pas d'homogénéité car cette société était formée de colonisateurs et de colonisés. Si pour les colonisateurs l'Education a été bien charpentée et utilisée comme instrument de domination, pour les colonisés l'Education était au rabais dans l'unique souci de perpetuer le système colonial, de renforcer l'inégalité, de maintenir le statu-quo donc une éducation qui allait plonger, beaucoup plus, les colonisés dans la servitude. Ce n'est du hasard si le nombre d'écoles était très limité dans la colonie car, l'éducation était sous l'emprise des colonisateurs. C'est pourqoui tout ce qui se faisait à l'époque se faisait en référence à la colonisation. Il est important de souligner qu'Haïti a connu différents types de colonisateurs et chacun d'eux a orienté l'Education suivant ses intérêts. Lors de la colonisation française, le gouvernement français a reconnu que la nécessité d'étendre et de généraliser l'instruction convenable sans doute à l'éducation d'un peuple libre est incompatible avec l'existence de nos colonies qui reposent sur l'esclavage et la distinction de couleur ce serait donc une imprudence bien dangéreuse de tolérer les écoles pour les nègres et pour les gens de couleur (Fouchard 1963 : 67)((*)1) .

    Ainsi le système Educatif depuis sa création n'a fait que renforcer les inégalités criantes de la société et conserver le caractère élitiste. Il est important de souligner avec force l'inexistence du syndicalisme à l'époque, l'on comprend bien, que les colonisateurs ne font face à l'existence d'aucune organisation syndicale dans son dessein de pérénniser le système en vigueur à l'époque. A l'époque coloniale la lutte syndicale n'existait donc pas.

    Après l'indépendance le 1e Janvier 1804 il était juste de penser que les leaders qui avaient conduit le pays à enrayer la colonisation auraient mis en place un système de justice sociale pour promouvoir le bien être de tous les citoyens Haïtiens. Malheureusement, il n'en a pas été ainsi et on a même vu l'éducation utilisée comme procédé culturel de reconquête de l'idéologie élitiste. Nous avons vu également que l'Education telle qu'elle avait été conçue nous a conduit à un type de société dont les prévisions du développement étaient difficile à faire et cela d'autant plus que le passé colonial dans notre pays avait développé des mentalités et des reflexes d'infériorités. L'Education avait donc pour rôle de transformer l'Haïtien et d'en faire un homme nouveau capable de transformer son pays pour son propre bien. Donc le maintien de l'Education dans le but d'en faire un instrument de mise en place d'une société élitiste comme au temps colonial avait marqué un retour en arrière. Tardieu confirme cette assertion en faisant remarquer que pour Haïti à peine libéré de l'esclavage, l'Education et principalement celle réalisée dans les sillons de l'idéologie judéo-chrétienne instrument privillègié et efficace de reconquête : le néo-colonialisme naissait là même où le colonialisme avait subit la plus retentissante défaîte((*)1). Ainsi malgré l'indépendance le pays n'avait pas divorcé avec le modèle d'éducation coloniale.

    Et pour mieux quadriller le secteur éducatif le pouvoir a réussi à empêcher la création du mouvement syndical qui aurait pû libérer et rendre plus autonome ce secteur. Mais contrairement au quadrillement du secteur éducation on a rapidement assisté à la création du premier syndicat dans le milieu ouvrier comme par exemple « le Coeurs Unis des Artisans » crée en 1870 soit 66 années à peine après l'indépendance. Le secteur Educatif, quant à lui, a parcouru un long chemin avant de créer son premier syndicat. Il a fallu attendre les années 50 soit plus qu'un siècle après l'indépendance pour assister à la création du premier syndicat dans ce secteur. Ce retard assez considérable est dû au fait que le secteur de l'Education est hautement politisé. Et jamais, jusqu'à présent l'Education n'a cessé d'être mise au service de la politique pour réaliser les objetifs des dirigeants. D'ailleurs la création du ministère de l'instruction publique à été un acte politique. Ce Ministère crée seulement quarante ans après l'indépendance confié à Honoré Fery sous le gouvernement populiste de Rivière Hérard a justifié cette politisation. Malgré tout, ce pouvoir, bien que populiste, n'a pas donné à ce ministère des moyens en vue d'organiser un système d'Education nationale crédible et efficace. Cette négligence du secteur éducatif est mise en évidence par le caractère éphémère des ministres au sein de ce ministère. En effet, de 1844 qui correspond à la création de ce ministère jusqu'en 1900 soit une période de 56 années on a vu défiler à ce poste le nombre impressionnant de 47 ministres, soit en Moyenne 14 mois de durée pour chaque ministre. Cette situation n'a pas permis de mener en matière éducative une politique de continuité susceptible de permettre la réalisation des objectifs de promotion et de développement de la société haïtienne. Face à cette carence du pouvoir public, les professeurs se sont mobilisés pour changer cet état de fait. Cette mobilisation se justifie par le fait que :

    1- les professeurs sont réfractaires à l'orientation donnée au système Educatif

    2- l'Etat qui essaie de maintenir le système avec une rectitude absolue pour pouvoir orienter sa politique

    3- L'Etat est conservateur et tente d'enfermer la population notamment les professeurs dans un système isolé de toute possibilité d'ouverture qui ne serait autre que celle de sa politique.

    Cette lutte est évidente car tout pouvoir est animé de l'instinct de conservation pour prenniser son regime et pour ce faire, le pouvoir utilise le système éducatif. Car si l'Etat avait crée des ouvertures, des possiblités de remise en question ce ne serait pas dans l'intérêt de sa politique; si on avait donné des marges de liberté aux professeurs pour faire des analyses le régime serait fragiliser et risquerait de s'effondrer. C'est ainsi, que le pouvoir joue à double face et sur les professeurs et sur les syndicats. S'il avait tenu les syndicats en isolement parfois de les maintenir de manière ferme ce dans le but de ne pas désorienter la politique mise en place par le régime.

    Cependant, malgré toutes les précautions prises par les différents régimes au pouvoir certaines circonstances ont joué en faveur du mouvement syndical qui a ainsi pu connaître un certain épanouissement. Si 66 années après l'indépendance le signal de la tendance au regroupement syndical avait été donné soit 1870 avec le « Coeurs Unis des Artisants » ; la première organisation portant le nom de syndicat allait créer le 24 Mars 1903, depuis lors, le concept syndicat est définitivement intégré dans notre vocabulaire. C'est ainsi qu'en 1946 soit 43 années après, avec la chute du président Elie Lescot et l'élection du président Dumarsais Estimé on allait assister à un tournant dans le monde syndical. Si Lescot a été identifié comme celui qui retarde le développement réel du mouvement syndical par ses mesures anti-démocratiques et anti-populaires, avec Dumarsais Estimé, grandement perçu comme allié du mouvement syndical c'est le contraire, la liste des syndicats allait s'allonger considérablement et les questions ouvrières allaient marquer une avancée considérable. Mais malgré tous ses efforts le mouvement syndical ne s'est pas bien développé en Haïti parceque le pouvoir a cherché toujours à le cadenasser et à le mettre au service de ses intérêts. Il faut ajouter à cela certains moments douloureux qui ont profondément marqué le mouvement par exemple les arrestations, les répressions et la mise à sac de ses locaux... etc. Cependant les luttes socio-politiques et les guerres civiles qui ont plongé le pays dans le chaos et la misère donnent lieu à un sauve qui peu général ont exercé des influences négatives sur l'Education et les dirigeants n'avaient d'autres choix que d'adopter des mesures de reformes. Ces reformes n'avaient pas apportés de bon résultats.

    En effet, les vrais problèmes de l'éducation n'avaient pas pu être résolu : l'enseignant continuait toujours à être mal payé, le taux d'analphabetisme reste toujours elevé, le cas des sur-âges qui fréquentent les établissements scolaires officiels reste toujours à la hausse, la carte scolaire reste toujours très faible, les infrastructures scolaires ne sont pas adaptées, le contenu de l'enseignement véhiculé est obsolète et n'arrive pas à former de hommes capables de concevoir une économie moderne. En plus de cela, les enseignants continuent toujours à être mal formés, la majorité de nos écoles continuent à ne pas avoir de bibliothèques sans parler de laboratoire d'informatique alors que nous sommes aujourd'hui à l'ère de l'informatique.

    Malgré les tentatives de reforme le système Educatif continue à conserver son caractère élitiste, à agrandir le fossé de l'inégalité sociale. L'enseignant reste le citoyen le plus mal payé dans l'administration publique, il reste un incompri. Son métier ne garantit pas la réussite dans la vie. Le système éducatif ne favorise pas l'excellence, les promotions sont très rares, le métier d'enseignant est méprisé au profit d'autres. L'Etudiant sortant d'une école normale avec sa licence perçoit un salaire de misère par rapport à un autre fonctionnaire dans l'administration publique ayant même niveau de qualification. La pire des choses est qu'un licencié de l'école normale se trouve sur le marché du travail en compétition avec des gens qui n'ont aucune qualification d'éducateur. Parfois, l'influence politique domine à un point tel quelqu'un qui se trouve à la solde d'un leader politique influent pourraît être admis à un poste de travail dont la qualification et la compétence lui font totalement défaut. La recherche est négligée, l'enseignement n'est pas planifié en d'autres termes, les planifications, si elles existent, ne sont pas sérieuses, elles sont sans cadre de référence. L'enseignant continue à être toujours maltraité. Ce mauvais traitement est manifesté par un salaire dérisoire, un environnement de travail inappropriée et enfin par l'absence d'un programme de logement sociaux. Très souvent il entre dans une interminable question d'arriérés de salaries qui le conduit parfois au découragement. Alors que pour ceux qui sont extérieur au système ils le considérent comme un apatride parceque, l'enseignant, dans ses prises de position peut ne pas continuer à travailler et on le fouette avec la conscience professionnelle. Il est considéré comme quelqu'un qui n'a pas de loyer à payer*(*) qui n'a pas d'enfant à envoyer à l'école, qui n'a pas de retraite à préparer parce qu'on le paie toujours en retard. Avec un maigre salaire, il doit payer les conséquences du jeu du marché. Quoi de plus inhumain un enseignant peut travailler pour un minimum de 5 années consécutives sans recevoir de salaires. Tous ces facteurs démotivants s'accumulent et conduisent à un constat d'échec. C'est à partir de ce constat que nous sommes en droit de poser la question suivante : peut on parler d'une industrie rentable c'est-à-dire une école rentable ?

    Face à ce constat d'échec des tentatives de réformes, la situation du système Educatif accusant un taux de rendement très faible, un Plan National d'Éducation et de Formation en instance de trépasser ne pouvant générer aucun programme réel, les syndicats comme le GIEL, l'UNNOH, le CONEH la FENATEC et la CNEH formés avec des gens avisés du pays se sont sentis concernés par la degradation du système Educatif. Ils ont formulé leurs révendications autour de ces problèmes que nous venons de citer pour mettre l'Etat devant ses responsabilités constitutionnelles pour stopper la dégringolade du système Educatif qui implique l'intervention de nombreux acteurs. Cependant les syndicats se trouvent confronter à des problèmes majeurs. Ils ne sont pas vraiment présent dans le secteur privé de l'Education alors que c'est un secteur qui est de taille il n'y a pas de développement culturel du syndicalisme ce qui entraîne un sous-développement qui handicape son développement. Les intérêts que défendent les syndicats sont à l'encontre de l'intérêt patronal surtout dans le domaine de l'éducation par exemple les directeurs d'écoles borlettes ne font pas un rapport de bon voisinage avec les syndicats car, ils identifient l'école à un marché où le seul souci c'est le profit à quelque soit le prix. Ils embauchent des gens qui ne sont pas qualifiés et les paient de manière dérisoire d'ailleurs dans l'embauchage il n'y a aucune instance de supervision et de contrôle. Ainsi, ces gens profitent du mode d'organisation du système Educatif pour mettre en place ces écoles qui ne sont autre qu'un aspect de la démocratisation scolaire qui aboutit à la formation des cadres au rabais. Il ne nous est pas étonnant car, notre travail nous a permi de comprendre que dès la mise en place du système Educatif le problème était bien visible.

    Etant le produit de ce système nous croyons qu'il faut sortir ce cercle vicieux. Pour en sortir, il faut doter le pays d'une profonde reforme intellectuelle et morale, d'une révolution culturelle susceptible de pousser les Haïtiens à utiliser leur intelligence. Cette réforme, dans son contenu, doit mettre l'accent sur l'acquisition par le jeune Haïtien d'une vaste culture générale doublée de fortes connaissances scientifiques et d'un savoir faire technique par le travail manuel ne saurait aller sans de nouvelles méthodes pédagogiques conciliant le souci de développer l'esprit critique et le besoin de connaissances chez l'élève. Il faut qu'il y ait une volonté politique, celle de faire en sorte que les intérêts de la communauté passent avant les intérêts individuels et de ses alliés. Il faut rechercher le développement intégral qui ne peut être obtenu que par l'éducation.

    La bataille pour le développement est une lutte implacable où le facteur premier est la formation des hommes capables de découvrir et d'inventer dans des conditions de libre discussion. Il faut une large vision de l'éducation et préciser la finalité de l'école haïtienne qui doit cesser de reproduire le taux d'échec considérable. Il nous faut une éducation dans un cadre Communautaire d'abord adaptée à notre réalité et ensuite ouverte au monde extérieur.

    A partir de l'analyse des différents documents élaborés par les syndicats nous déduisons qu'ils ne sont en réalité que des cris d'alarmes pour sauver l'école haïtienne en périle. Compte tenu de la mission de l'Etat en matière de l'Education garantie par la constitution du 29 Mars 1987, nous pensons qu'il est plus qu'urgent d'agir sur le revenu des enseignants d'établir un partenariat réel avec les syndicats, de faire exister des moyens humains et financiers afin de partir à la conquête de la rentabilité du système. Tels sont les points essentiels qui ont guidé notre hypothèse de travail dans le cadre du devoir de la puissance publique. Ainsi les efforts consentis par les syndicats du secteur de l'Education sont donc louables, les conquêtes sont partielles car la lutte syndicale est une lutte permanente.

    Le présent travail nous a permis non seulement de retracer l'histoire de l'Education et du syndicalisme en Haïti mais encore de cerner les différentes actions syndicales et les retombées de la lutte syndicale ce que nous appelons luttes et conquêtes du mouvement syndical. Nous avons essayé de comprendre non seulement l'importance du syndicalisme dans le secteur éducatif mais encore d'analyser les manoeuvres des dirigeants de l'Etat pour ne pas construire un partenariat réel avec les syndicats et ont préféré de chercher à les décourager dans la lutte pour le renforcement de l'Education en un mot toucher du doigt la plaie de l'Education.

    Fort de ces constats et de ces considérations tant sur l'Education et sur le syndicalisme nous proposons et recommandons.

    1- la reforme du système Educatif haïtien en vue de préciser la finalité de l'éducation axée sur le développement socio-économique du pays.

    2- La définition de l'enseignant tout en précisant sa place et son rôle dans la société

    3- La plaidoirie en faveur d'une véritable reforme du système éducatif haïtien avec des objectifs clairement définis

    4- La prise en charge de l'Education par un Etat coopératif pour établir un partenariat réel avec les syndicats.

    5- Le changement de stratégie de lutte des syndicats toujours orientée dans le sens du développement du pays.

    6- La création d'une plate-forme des syndicats d'enseignants inscrite dans le cadre d'un combat permanent avec des revendications à la fois quantitatives et qualitatives bien élaborées dans le souci d'une renovation du système éducatif haïtien et au renforcement du mouvement syndical.

    7- Le respect intégral des Accords de 1997 signés entre l'Etat et les syndicats en vue d'inspirer la confiance, base d'un partenariat réel.

    8- La concertation dans les actions syndicales.

    9- La mise en place d'un véritable plan National d'Education qui sera la synthèse des idées de tous les fils et filles de la nation pour une renovation du système Educatif dans la perspective d'enrayer le sous-développement en d'autres termes d'arrêter le développement du sous développement.

    10- La dépolitisation de l'école haïtienne.

    11- La création et le fonctionnement des syndicats dans le secteur privé de l'Education

    12- La ratification et l'application de tous les accords et conventions signés par l'Etat haïtien en matière syndicale.

    13- Le renforcement financier des organisations syndicales dans le cadre du budget national.

    14- La signature, la ratification et l'application de la convention 135 du BIT de l'année 1971 sur l'immunite syndicale.

    15- Le respect du droit et de la liberté syndicale.

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    MONITEUR No. 18 A Journal Officiel de la République Mars 1989

    MONITEUR No. 76 Journal Officiel de la République Octobre 1989

    NOUVELLISTE No. 34983 22 Juin 1995. Les élections du Mois de Juin 1993 Représentent-elles un enjeu de grande importance pour les syndicats ?

    NOUVELLISTE No. 35818 Du vendredi 15 au dimanche 17 Octobre 1999 pages écrits dans la rubrique `' Les remous de l'actualité''

    HAITI en Marche Edition du 26 Avril au 2 Mai 1995 Vol IX No 11 Article paru sous la plume de Klébert Vielot intitulé `' S.O.S pour l'éducation Nationale en Haïti.''

    TEXTE du Protocole d'Accord entre les syndicats enseignants et la Commission d'éducation du Sénat de la République de 17 Janvier 1997

    .

    TEXTE du Protocole d'Accord signé entre les syndicats d'enseignants et le gouvernement le 17 février 1997.

    TEXTE de la déclaration d'Adhésion au protocole d'Accord du 17 février 1997 en date du 22 Mai 1997 de la chambre des députés.

    TEXTE de l'addendum au Protocole d'Accord du 17 février 1997

    TEXTE de la constitution du 29 Mars 1987

    ORGANE de la Fédération des Ouvriers Syndiques (FOS) : Force Ouvrière, 1986 Bulletin # 1,2,3.

    ANNEXE 1

    L'ASSURANCE DES AGENTS DE LA FONCTION PUBLIQUE: UNE RETOMBÉE DE LA LUTTE DES SYNDICATS D'ENSEIGNANTS.

    Comme nous l'avons déjà souligné, en 1997 la lutte des syndicats d'enseignants a marqué une avancée considérable. Les différents points constituant les cahiers de charges des syndicats d'enseignants sont puisés dans la réalité haïtienne, dans le vécu quotidien.. Les problèmes n'étaient pas différents d'un secteur à un autre. Si sur la question des salaires la disparité a été grande sur la question des avantages sociaux notamment l'assurance, la situation était la même. Toutes les catégories des fonctionnaires publics n'ont pas connu l'existence d'un plan d'asssurance. Il a fallu attendre la lutte des syndicats d'enseignants pour que l'État soit conscientisé et mette au profit de tous les agents de la fonction publique un programme d'assurance. Celui-ci est effectif depuis le 1er Janvier 1999; mais il n'a cessé d'engendrer des difficultés de toutes sortes. Les prélèvements sont faits, certes, à la source et mensuellement mais les bénéficiaires n'ont pas vraiment reçu les services en retour. Les compagnies d'assurances concernées repondaient au nom de: Capital Life, INASSA et IBASA.

    Par ailleurs, la Commission Multipartite de Suivi et de Contrôle (CMSC ) dont sa mission consistait à suivre et à contrôler l'application des accords de 1997 qualifiés de « Patrimoine National de l'Education» selon le nouvelliste, a publié son rapport dans lequel elle a inséré le constat fait par les différentes délégations envoyées dans les différentes régions du pays ils sont les suivants (1)

    1- Les compagnies d'Assurances ayant signé le contrat avec l'Etat haïtien ne sont pas présentes sur le terrain. Elles sont absentes dans les grandes villes, les petites villes, les communes et les sections communales. Elles ne font que cumuler des millions de gourdes ou de dollars sans avoir le moindre souci de donner un minimum de service aux employés victimes de risques qui ont été couverts depuis le 1er janvier 1999.

    2- (1) Rapport final de la commission multipartite de suivi et de contrôle octobre 1999 Pages 76-77

    En dehors de l'absence de formation sur le comportement à adopter quand ils sont assurés, les employés n'ont pas les informations necessaires leur permettant de passer le cap d'enrôlement. C'est cette situation qui explique qu'environ 90% des prétendus assurés ne comprennent même pas ce plan. Voilà pourquoi il est permis de dire que toutes les fiches d'enrôlement sont viciées au départ et le sont à dessein pour empêcher que les bénéfices soient repartis aux employés qui seront frappés de risques de toutes sortes.

    3- Le guide explicatif et les fiches d'enrôlement sont partiellement distribués. Dans plusieurs départements et plusieurs communes les enseignants s'en sont plaints amèrement.

    4- Les responsables des bureaux administratifs déclinent leurs responsabilités face aux nombreux cas d'employés morts, malades, revoqués etc... ces derniers ne connaissent même pas l'adresse des compagnies sus-citées.

    5- Les huit ( 8) délégations ont visité huit (8) départements scolaires. Aucun employé public assuré ne detient la carte de l'assuré dans le cadre des contrats passés entre l'État haïtien et les compagnies sus-citées.

    6- Les représentants des organisations d'enseignants (le GIEL, le CONEH, l'UNNOH la FENATEC et la CNEH ) s'en inqiuètent, alors que les responsables du gouvernement ne prennent pas leurs responsablilités.

    7- Les enseignants ont envie de rejeter le plan d'assurance parcequ'il est vicié au depart. Ils ont convenu de le remplacer par une mutuelle de santé pour les enseignants.

    8- Le secteur éducatif ( enseignants, parents, éleves , directeurs, censeurs, inspecteurs et les associations correspondantes ) est très intéressé à contrôler entièrement l'exécution des projets concernant les avantages sociaux ce, en vue de prendre des initiatives économiques.

    Cependant, les organisations syndicales n'ont cessé de se plaindre et ont questionné d'une part la capacité de la compagnie et les qualités de services qu'elle a offerte d'autres part. A cet effet, elles ont produit des remarques qui ont été partiellement prise en compte. Par exemple, le transfert de compagnie a été fait mais la qualité de service n'a pas amélioré. Car, les agents de la fonction publique sont en grande majorité des gens de petites bourses plus particulièrement les enseignants. Il est presqu'impossible pour eux de leur demander de payer un médecin après la compagnie lui remboursera l'argent versé alors que les agents n'épargnent presque pas et tandis que l'assurance a été demandée pour permettre aux enseignants de bénéficier, au besoin, avec la plus grande facilité, des soins de santé. La compagnie s'est contentée de recevoir la contribution mensuelle des assurés sans penser à améliorer la qualité de ses services. Il est important d'attirer l'attention de la compagnie « Groupe santé plus « sur ce-ci: les enseignants sont les premières victimes de l'assurance.

    Il est à noter que l'assurance collective rentre en ligne droite dans la rubrique couverture sociale que l'Etat doit à la population. Mais, c'est bien malheureux, que l'assurance concerne simplement les agents de la fonction publique, un nombre très restreint par rapport à une population très dense. Les syndicats d'enseignants ont revendiqué et obtenu de l'assurance. Il faut crier bravo!.

    Mais les irrégularités concernant l'assurance sont trop grandes. Ainsi faut-il apporter les corrections necessaires à l'assurance que les syndicats d'enseignants ne cessent de reclamer. Les agents de la fonction publique dans d'autres secteurs sont concernés. Il serait interessant s'ils accompagnent les syndicats d'enseignants à cette lutte qui,à notre avis,fait avancer la société et pourquoi pas de s'impliquer à cette lutte de manière à demander à l'Etat de trouver une formule pour étendre un plan d'assurance à toute la population.

    TITRE IV

    ANNEXE 2

    LOI PORTANT CREATION DES SYNDICATS

    Loi No 6 du Code du Travail haïtien

    Art 225.-

    Le droit des travailleurs de s'associer pour la défense de leurs légitimes intérêts est garanti et protégé par l'Etat dans le cadre de la loi.

    L'Institution légale des Organisations syndicales est d'ordre public.

    Art 226.-

    Est un syndicat toute association permanente de travailleurs, d'employeurs ou de personnes exerçant une profession ou une activité indépendante groupés exlusivement aux fins d'études, de coordination, de défense et d'amélioration de leurs communs intérêts économiques, sociaux et moraux.

    Art 227.-

    Tous les travailleurs ou patrons d'une même profession ou de professions similaires ou connexes, d'une même entreprise ou d'entreprises différentes, pourront s'associer librement pour la défense de leurs intérêts communs, sans autorisation préalable, à condition de remplir dans le délai fixé, les formalités légales prévues dans le présent Code.

    Article 228.-

    Nul ne peut être contraint de faire partie ou de ne pas faire partie d'un syndicat. Toute clause ou convention contraire sera considérée comme nulle de plein droit.

    Article 229.-

    Ne pourront faire partie d'un syndicat les mineurs de moins de 18 ans, les interdits et les personnes purgeant une peine afflictive ou infamante.

    Ne pourront non plus être membres d'un syndicat formé par les travailleurs d'une entreprise, les directeurs, gérants, administrateur de cette entreprise et les représentants du patron qui exercent en son nom des fonctions de direction et d'administration.

    Les organisations d'employeurs et de travailleurs bénéficieront d'une protection adéquate contre tous actes d'ingérence des unes à l'égard des autres.

    Sont notamment assimilées à des actes d'ingérence au sens du présent article des mesures tendant à créer des organisations de travailleurs par des moyens financiers ou autrement, dans le dessein de placer ces organisations sous le contrôle d'un employeur ou d'une organisation d'employeurs.

    Tout employeur ou organisation d'employeurs ou de travailleurs reconnu coupable d'actes d'ingérence tels que définis par ce présent article, sera passible d'une amende de 1.000 à 3.000 gdes à prononcer par le Tribunal de Travail.

    Article 230.-

    Aucun syndicat de travailleurs ne pourra se constituer avec moins de 10 membres.

    Article 231.-

    Aucun syndicat d'employeurs ne pourra se constituer avec moins de 5 membres.

    Article 232.-

    Pour que les syndicats soient considérés comme légalement constitués, ils devront se conformer aux dispositions du présent chapitre et se faire enregistrer à la Direction du travail dans un délai de 60 jours ouvrables à partir de leur constitution. La demande d'enregistrement du syndicat sera faite sur papier libre et devra être accompagnée de deux copies de ses statuts, de son acte constitutif, de la liste des membres du Comité. Directeur, ainsi que du procès-verbal de l'élection des membres de ce Comité.

    Article 233.-

    Les mineurs de moins de 18 ans peuvent adhérer aux syndicats avec l'autorisation de leurs parents ou des personnes responsables. Cependant, ils ne peuvent participer à l'administration ou à la Direction de ces Associations.

    Article 234.-

    Les syndicats légalement enregistrés jouiront de la personnalité civile. Ils auront le droit d'ester en justice, d'acquérir ou de vendre des biens meubles et immeubles et d'exercer tous les droits inhérents à la possession de cette personnalité.

    Article 235.-

    Les syndicats peuvent affecter une partie de leurs ressources à la création d'habitation à bon marché, à l'acquisition de terrains pour jardins ouvriers, centres d'hygiène, centres de perfectionnement, journaux, revues, postes de radiodiffusion.

    Ils peuvent librement créer et administrer des caisses de secours ouvrier, des bureaux de renseignements pour les offres et les demandes d'emploi, fonder et subventionner des activités telles que : Centres de formation classique et professionnelle, institutions de prévoyance, mutualités, coopératives, laboratoires, oeuvres d `éducation scientifique, agricole ou sociale, cours et publications intéressant la profession, groupements de développement communautaire, centres d'artisanat, programmes de logements sociaux, centres de loisirs culturels, sportifs ou éducatifs.

    Article 236.-

    Les syndicats sont répartis en quatre catégories :

    a) Les " syndicats professionnels " quand ils sont formés d'individu exerçant une même profession, un même métier ou une même spécialité

    b) Les " syndicats d'Entreprise " lorsqu'ils sont formés par des personnes de professions, spécialités ou métiers différents occupées dans une même entreprise :

    c) Les " syndicats Industriels " lorsqu'ils sont formés par des individus de professions, spécialité ou métiers différents occupés dans plusieurs entreprises de même nature :

    d) Les " syndicats Mixtes " ou d'Emplois divers lorsqu'ils sont formés par des travailleurs appartenant à des professions et branches d'activités différentes et sans connexion. De tels syndicats pourront se constituer seulement dans le cas où dans une localité ou une région déterminée, le nombre de travailleurs appartenant à la même branche professionnelle n'atteint pas le minimum légal.

    Article 237.-

    Quiconque exercera une occupation ou profession dans une localité où il n'existe pas de syndicats pour une occupation ou profession similaire ou connexe à la sienne pourra s'affilier au syndicat de la même profession ou profession similaire ou connexe existant dans la localité la plus proche.

    Article 238.-

    Les statuts des syndicats indiqueront :

    a) leur dénomination distinctive et leur objet ;

    b) leur siège ;

    c) les conditions d'admission de leurs membres ;

    d) les obligations de leur comité directeur et des délégués qui auront à les représenter auprès des organismes officiels ou patronaux ;

    e) le mode d'élection de leur comité-Directeur et des délégués qui auront à les représenter auprès des organismes officiels et patronaux ; de même que la procédure à suivre pour le remplacement en cours de mandat d'un ou des membres du dit comité ;

    f) les motifs et procédures d'expulsion et les sanctions disciplinaires contre leurs membres ;

    g) la fréquence minimum des réunions ordinaires de l'Assemblée Générale et le mode de convocation ;

    h) la forme de paiement des cotisations, leur montant, le mode de perception et les membres ou organismes auxquels incombe leur gestion ;

    i) l'époque de la présentation des comptes à l'Assemblée Générale avec les détails des recettes et des dépenses des fonds ;

    j) les cas pour lesquels la dissolution volontaire du syndicat est prévue et les modalités de la liquidation ;

    k) toutes autres stipulations qui seront jugées nécessaires.

    Article 239.-

    Pour être membre du Comité Directeur d'un syndicat il faut :

    a) être citoyen haïtien ;

    b) être majeur ;

    c) savoir lire et écrire ;

    d) n'être pas sous le coup d'une peine afflictive ou infamante.

    Article 240.-

    Le Comité Directeur exercera la représentation légale du syndicat et pourra la déléguer à son président ou à son Secrétaire Général ou à tout autre membre du Comité. Il sera responsable envers le syndicat et envers les tiers dans les mêmes conditions que les mandataires de droit commun. Cette responsabilité sera solidaire entre les membres du Comité Directeur. Néanmoins, échappe à cette responsabilité, le membre qui aura émis vote de minorité et l'aura fait constater sur le registre des procès-verbaux.

    Les obligations civiles contractées par le Comité Directeur d'un syndicat lient celui-ci à condition qu'il ait agi dans les limites de sa compétence.

    Article 241.-

    Les syndicats ont l'obligation :

    a) de tenir des registres de procès-verbaux, d'inscription des membres et des livres de comptabilité ;

    b) d'informer la Direction du Travail dans les quinze jours suivant l'élection, des changements survenus dans la composition du comité directeur ;

    c) d'informer dans le même délai, la Direction du Travail de toutes modifications apportées aux statuts par l'Assemblée Générale ;

    d) d'informer chaque année la Direction du Travail du nombre des membres inscrits au syndicat ;

    e) de maintenir une représentation permanente par la désignation d'un délégué au moins, pour leurs relations avec les patrons et avec la Direction du Travail.

    Article 242.-

    Il est interdit à tout Syndicat :

    a) d'user de violence manifeste contre des personnes pour les obliger à adhérer au syndicat ou pour entraver leur travail licite ;

    b) d'inciter ou se livrer à des actes délictueux contre les biens ;

    c) de fournir intentionnellement de fausses informations à la Direction du Travail ;

    d) de se livrer à des activités commerciales et de s'occuper de questions étrangères à son objet.

    Lorsqu'un syndicat est reconnu coupable de l'un des délits prévus précédemment, le Ministère des Affaires Sociales pourra, après enquête contradictoire, s'adresser au Tribunal de Travail pour les sanctions à prendre contre ce syndicat. Toutefois, les enquêtes requises par le Ministère des Affaires Sociales ne pourront porter que sur les activités syndicales concernant l'application des dispositions légales relatives au fonctionnement des syndicats.

    Article 243.-

    Seront nuls, les actes accomplis par le syndicat après sa dissolution à moins que ces actes ne concernent sa liquidation.

    Article 244.-

    En cas de dissolution d'un syndicat, son actif servira aux fins prévues dans les statuts, mais en aucun cas ne sera réparti entre les membres. A défaut de dispositions spéciales des statuts l'actif sera versé à la fédération à laquelle appartient ce syndicat. S'il n'est pas fédéré, son actif sera versé à une oeuvre sociale de son choix et le reçu enregistré sera déposé à la Direction du travail.

    Article 245.-

    Plusieurs syndicats de même catégorie pourront fusionner pour former un nouveau syndicat.

    Article 246.-

    Plusieurs syndicats pourront former une fédération et plusieurs fédérations pourront former une confédération. Les fédérations et confédérations seront régies par les dispositions du présent chapitre en tant qu'elles leur sont applicables.

    Article 247.-

    Les fédérations et confédérations doivent communiquer à la Direction du Travail :

    a) leur acte constitutif et leurs statuts. Dans ces statuts, ils devront déterminer les conditions d'adhésion et la forme dans laquelle les syndicats qui les composent seront représentés aux assemblées générales ;

    b) la liste complète des syndicats adhérents avec leur dénomination propre et la désignation de leur siège ;

    c) les noms de personnes composant leur Comité Directeur.

    Article 248.-

    Tout syndicat affilié à une fédération et toute fédération affilié à une confédération pourra s'en retirer à n'importe quel moment pourvu que la majorité de ses membres en ait ainsi décidé. Toutes dispositions contraires qui seraient stipulées dans les statuts, seront considérées comme nulles de plein droit.

    Article 249.-

    Aucun syndicat ou fédération de syndicats ne pourra décréter la grève ou la suspension du travail de ses membres à moins qu'il ne s'agisse :

    a) d'une grève légale, c'est-à-dire conforme aux prescriptions du présent Code :

    b) d'appuyer des grèves légales déclarées par d'autres syndicats et fédérations

    Article 250.-

    Tout syndicat, toute fédération ou confédération de syndicats devra être assisté d'un Conseiller Juridique, celui-ci ne pourra en même temps représenter une organisation patronale et un syndicat, fédération, confédération en conflit. Il peut faire partie des délégations.

    Article 251.-

    Tout employeur qui, pour empêcher un salarié de s'affilier à un syndicat, d'organiser une association syndicale ou d'exercer ses droits de syndiqués, le congédiera ou le suspendra, le rétrogradera ou réduira son salaire, sera passible d'une amende de 1.000 à 3.000 gdes à prononcer par le Tribunal de Travail, sans préjudice de la réparation à laquelle le salarié aura droit.

    Article 252.-

    Les sanctions prononcées par les syndicats contre leurs membres seront l'amende, la suspension ou la radiation.

    Article 253.-

    Le syndicat, la fédération ou la confédération qui ne se sera pas conformé aux prescriptions du présent Code, sera passible, après avertissement écrit de la Direction du Travail et notifié avec avis de réception, d'une amende de 200 à 500 gourdes chaque infraction sur jugement prononcé par le Tribunal de Travail, cela à l'expiration d'un délai de quinze jours francs après l'envoi de cet avertissement.

    ANNEXE 3

    LISTE DES ABREVIATIONS UTILISÉES

    MENJS : Ministère de l'Education Nationale de la Jeunesse et des Sports

    MAS : Ministère des Affaires Sociales

    CINEC : Centre Intégré de Nutrition d'Éducation Communautaire

    CEP : Certificat d'Étude Primaire

    CARE : Committee for American Relief Every where

    UNICEF : United Nation Children's Fund

    FONHEP : Fondation Haïtienne de l'Enseignement Privé

    INFP : Institut National de Formation Professionnelle

    CP1 & CP2 : Cours Préparatoire I & II

    CE1 & CE2 : Cours Élémentaire I & II

    CM1 & CM2 : Cours Moyen I & II

    UEH : Université d'État d'Haïti

    ONG : Organisation non Gouvernementale

    ENI : École Normale d'Instituteurs

    ENS : École Normale Supérieure

    INAGHEI : Institut National d'Administration de Gestion et de Hautes Études

    Internationales

    DPCE : Direction de la Planification et de la Coopération Externe /

    (MENJS)

    PNEF : Plan National d'Éducation et de Formation

    IERAH : Institut d'Études et de Recherches Africaine d'Haïti

    MEN : Ministère de l'Education Nationale

    UNESCO : United Nations Educational Scientific, and Cultural Organization

    FLA : Faculté Linguistique Appliquée

    OEA : Organisation des Etats Américains

    ANEH : Association Nationale des Enseignants Haïtiens

    ASPEH : Association Solidarité des Parents des Elèves Haïtiens

    CMSC : Commission Multipartite de Suivi et le Contrôle

    FTH : Fédération des Travailleurs Haïtiens

    MOP : Mouvement Ouvrier Paysan

    UNOH : Union Nationale des Ouvriers Haïtiens

    GSI : Groupe des Syndicats Indépendants

    UIH : Union Intersyndical d'Haïti

    FHSC : Fédération Haïtienne des Syndicats Chrétiens

    FOP : Fédération Ouvrière Paysanne

    CNG : Conseil National de Gouvernement

    HASCO : Haytian Sugar Company

    CNEH : Confédération Nationale des Éducateurs d'Haïti

    FOS : Fédération des Ouvriers Syndiqués

    CATH : Centrale Autonome Travailleurs Haïtiens

    CATH/CLAT : Centrale Autonome de Travailleurs Haïtien /Centrale Latino-

    Américaine des Travailleurs

    CSH : Coordination Syndicale Haïtienne

    PCH : Parti Communiste Haïtien

    PSH : Parti Socialiste Haïtien

    ACO : Action Catholique Ouvrière

    UNMES : Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement du Secondaire

    CGT : Confédération Générale des Travailleurs Haïtiens

    OGITH : Organisation Générale Indépendante des Travailleurs Haïtiens

    BIT : Bureau International du Travail

    ZEL : Zafé Elev Lekol

    UNNOH : Union Nationale des Normaliens d'Haïti

    CONEH : Corps National des Enseignants d'Haïti

    GIEL : Groupe d'Initiative des Enseignants de Lycée

    FENATEC : Fédération Nationale des Travailleurs en Éducation et en Culture

    Table des Matières

    Page

    Remerciements ............................................................................. 2

    Sujet ........................................................................................ 4

    Méthodologie .............................................................................. 5

    Les raisons du choix du sujet ........................................................... 6

    La problèmatique.......................................................................... 7

    Hypothèse de départ ..................................................................... 13

    Hypothèses secondaires ................................................................. 14

    Objectif principal ........................................................................ 14

    Objectifs Spécifiques .................................................................... 14

    L'état de la question ..................................................................... 14

    L'aire du sujet.... ......................................................................... 15

    Période de l`étude......................................................................... 15

    Plan de l'étude... .......................................................................... 15

    PREMIERE PARTIE :

    DE LA DÉFINITION DE QUELQUES CONCEPTS SUR LE SYNDICALISME ET DE L'EDUCATION EN HAÏTI : SON HISTOIRE ET SA RENTABILITÉ ........................16

    Chapitre 1

    Définition de quelques Concepts..............................................17

    Section 1 : DÉFINITION CONCEPTUELLE DU SYNDICALISME ..........................17

    Chapitre 2

    Bref historique du système Educatif haïtien................................ 27

    Section 1 : ANALYSE STATIQUE DU SYSTÈME EDUCATIF HAÏTIEN.................... 29

    1-1: Objectifs généraux ......................................................... 32

    1-2: Les Structures par ordre d'enseignement...................................34

    1-2-1: L'Education pré- scolaire...............................................35

    1-2-2: L'Ecole Fondamentale..........................................................36

    1-2-3: L'Enseignement secondaire....................................................37

    1-2-4: L'Enseignement supérieur......................................................37

    1-3: Evolution des effectifs des 4 ordres d'enseignements............. 40

    1-3-1: L'Eseignement pré-scolaire.............................................40

    1-3-2: L'Eseignement primaire........................................................ 41

    1-3-2: L'Eseignement secondaire..................................................... 43

    1-3-3: L'Enseignement Technique professionnel.................................... 43

    1-3-4: L'Enseignement supérieur...............................................44

    1-4: Le Phénomène des Sur-Ages........................................... 46

    1-5: Accroissement du nombre d'écoles.................................... 47

    1-5-1: L'Eseignement pré-scolaire.............................................48

    1-5-2: L'Eseignement primaire........................................................48

    1-5-3: L'Eseignement secondaire.....................................................50

    1-5-4: L'Enseignement supérieur......................................................51

    1-6: Evolution du nombre de maîtres........................................52

    1-6-1: Au niveau du pré-scolaire.............................................. 52

    1-6-2: Au niveau du primaire......................................................... 53

    1-6-3: Au niveau du secondaire.......................................................54

    1-6-4: Au niveau de l'enseignement Technique et professionnel.................55

    1-6-5: Au niveau de l'enseignement supérieur..................................... 56

    Section 2 : ETUDE DU RENDEMENT DU SYSTÈME ÉDUCATIF HAÏTIEN.................57

    2-1: Le rendement de l'enseignement pré-scolaire..........................57

    2-2: Le rendement de l'enseignement fondamental.............................. 57

    2-2-1: Analyse de l'efficacité interne du primaire......................... 58

    2-2-2: L'examen du certificat d'études primaire....................................60

    2-3: Le rendement de l'enseignement Secondaire.......................... 60

    2-3-1: Analyse de l'efficacité interne du secondaire............................. 62

    2-3-2: L'Examen du Baccalauréat................................................... 62

    2-4: Le rendement de l'enseignement Technique et professionnel.... 64

    2-5: Le rendement de l'enseignement supérieur.......................... 64

    Chapitre 3

    Le système Educatif haïtien : Une industrie non rentable................ 65

    Section 1 : LES FACTEURS QUI ONT LIMITÉ DE DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME EDUCATIF HAÏTIEN...............................................................65

    1-1: L' absence de politique éducative ..................................... 65

    1-2: La faiblesse de la carte scolaire................................................ 66

    1-3: L'inadaptation du contenu de l'enseignement........................ 69

    1-4: Le manque de matériel pédagogique ....................................71

    1-5: La faible qualification des maîtres. ...........................................72

    DEUXIEME PARTIE

    LA RECHERCHE DES SOLUTIONS AUX PROBLÈMES DE L'ÉDUCATION PAR LE MOUVEMENT SYNDICAL HAÏTIEN.........................................................75

    Chapitre 4

    Bref historique du mouvement syndical haïtien........................................76

    Section 1 : LES ÉTAPES MARQUANTES DE L'ÉVOLUTION DU MOUVEMENT SYNDICAL HAÏTIEN .....................................................................................76

    1-1: Les débuts du mouvement....................................................... 80

    1-2: Le mouvement syndical à partir de 1946 : son évolution.................. 81

    1-2-1: Le mouvement de 1946-1950...................................................81

    1-2-2: Le mouvement de 1950-1958...................................................83

    1-2-3: Le mouvement de 1958-1963...................................................84

    1-2-4: Le mouvement de 1963-1985...................................................85

    1-2-5: Le mouvement de 1986-1995...................................................85

    Section 2 : LES DIFFICULTÉS INTERNES ET EXTERNES ............................ .. 86

    2-1: Le déclin du mouvement............................................................89

    2-2: La renaissance du mouvement............................................. 90

    2-3: L'Adoption d'une nouvelle forme de lutte ............................ 92

    Chapitre 5

    La lutte syndicale dans le secteur éducatif.................................94

    Section 1 :LES ÉTAPES MARQUANTES DE L'ÉVOLUTION DU MOUVEMENT SYNDICAL.....................................................................................94

    1-1: Les différents syndicats du secteur Educatif..................................95

    1-2: Origine objectif et évolution de cette lutte.............................96

    1-3: Les Syndicats du secteur éducatifs : les mêmes combats.............99

    1-3-1: Des révendications...........................................................99

    Section 2 : LES RETOMBÉES DE LA LUTTE SYNDICALE DANS LE SECTEUR........100

    2-1: L'Ajustement salarial de 1995................................................. 101

    2-2: Les Accords de 1997........................................................101

    2-2-1: Le protocole d'Accord du 17 Janvier 1997.........................102

    2-2-2: Le protocole d'Accord du 17 Fevrier 1997........................ 102

    2-2-3: L'Addendum au protocole d'Accord du 17 février 1997................105

    Section 3 : LE COMPORTEMENT DU GOUVERNEMENT FACE AUX RETOMBÉES DE LA LUTTE SYNDICALE DANS LE SECTEUR EDUCATIF........................ 108

    3-1: La prise en compte de la revendication des Enseignants.................. 109

    3-2: Les engagements non respectés.......................................... 110

    3-3: Les tentatives de corruption et récupération du mouvement......111

    Conclusion et Recommandations.....................................................113

    LES ANNEXES................................................................121

    Annexe 1: l'assurance des agents de la fonction publique : une retombée de la lutte des syndicats d'enseignants..................................122

    Annexe 2: Loi N° 6 du code du travail Haïtien portant creation des syndicats..................................................................125

    Annexe 3: Liste des abréviations utilisées......................................133

    * (1) En référence à l'article 35-3 de la constitution Haïtienne du 29 Mars 1987 qui garantit la liberté syndicale.

    * (1) TARDIEU Déhoux Charles : l'Éducation en Haïti de la période coloniale à nos jours P89.

    * (#) Ecoles qui fonctionnnent sans le respect des principes établis.

    (*) H. De Ronceray 1971.

    (1)Cité par TARDIEU D. Charles in l'Education en Haïti de la période coloniale à nos jours (1980). P 44.

    * (1) Constitution du 29 Mars 1987: Art. 32 et suivant.

    * (1) Léon Diguit : Traité de droit constitutionnel, 3ème ed, Paris 1927, Tl P664. Cité par Pierre Rosanvallon in la question syndicale, France 1988, P103.

    (1) Cité par Jean Chenier Gourdet in le syndicat haïtien -son histoire et son regime P9

    (2) PIERRE. Rosanvallon : Question syndicale. France 1988. P 103

    * (3) Alain Touraine : La parole et le Sang. Politique et Société en Amérique Latine, Édition Odile Jacob. 1988, PP. 282-283.

    * (1) Guy Caire : les syndicats ouvriers PUF. 1971. P 19

    * (2) Citée par Guy Caire in les syndicats ouvriers Op. Cit. P19

    (3) Citée par Georges Lefranc in le syndicalisme en France PUF, 1964; P33

    * (1) E. Outkin : Qu'est ce que les syndicats, ed du Progrès Moscou 1988; PP 31-40.

    * (1) E. Outkin dans: Qu'est-ce les syndicats, ed du progrès Moscou, 1988, P 11; René Mouriaux : Syndicalisme et politique, ed ouvrières, Paris 1985.

    (2) Les auteurs cités : Dictionnaire de Sociologie P 230.

    (3) Les auteurs cités: Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, 3ème édition P125

    * (1) V. Lenine: oeuvres T 32, P12. Cité par E. outkin: Qu'est-ce que les syndicats? Op. Cit P93

    * (2) Jean Frédéric Salès: Code du travail de la République d'Haïti Art 226, P114.

    (3) Guy Caire: Les Syndicats ouvriers op. Cit P19

    * (4) Cité par Guy Caire : les syndicats ouvriers Op. Cit. P 17

    * (1) Cité par Guy Caire : Les syndicats ouvriers, PUF, 1971, P. 12

    (2) Cité par Guy Caire : les syndicats ouvriers, Op. Cit P. 459

    (3) Cité par Guy Caire : les syndicats ouvriers Op. Cit. P 501

    (4) Jean Michel Morin : Précis de sociologie P44

    *

    * (1) Guy Caire : Les Syndicats ouvriers, Puf, 1971 P 519

    * (2) Jacques Dumornay : comment Gerer la Fonction Publique P125

    (3) Jean Frédéric Salès : Code du travail de la République d'Haïti P 108

    (4) Alain Touraine dans la Parole et le Sang, politique et société en Latine P284

    (5) ) Jacques Dumornay : comment Gerer la Fonction Publique P125

    *

    * (1) Fournier : solidarité Inc. un nouveau syndicalisme créateur d'emplois édition Québec P 21

    (2) Les conventions sont généralement désignés comme des Accords conclus entre salariés et employeurs pour

    règler les conditions de travail.

    (3) BIT : la négociation collective Manuel d'Éducation ouvrière P95

    (4) Rene Mouriaux : le syndicalisme dans le monde, PUF, P128

    (5) Cité par Pierre Rosanvallon in la question syndicale ed caleman - Levy, France 1998, P103

    *

    * (1) Diagnostic technique du système Educatif Haïtien P 65

    * La première organisation qui porte le nom de syndicat créée le 24 Mars 1903 sous le Gouvernement de Nord Alexis et qui regroupait 46 ouvriers.

    * (1)- Michel, Hector : Syndicalisme et Socialisme en Haïti op. Cit. P140.

    * (1). Michel, Hector : Syndicalisme et Socialisme en Haïti op. Cit P 97.

    * (1) Guy Caire : Les Syndicats Ouvriers, PUF 1971, P 39

    * (1) - Constitution Haïtienne du 29 Mars 1987 : Art 35-3; P17

    * *- On parlait de syndicat jaune à l'époque pour identifier tout syndicat considéré comme obstacle à la lutte ou du moins tout syndicat qui se rangeait du côté du patron.

    * (1)- Nouvelliste # 35668 du 10 Mars 1999.

    * * Ce paragraphe fait suite au PNEF qui parle d'un nombre d'enseignant du secondaire sans les qualifications professionnelles requises.

    * (1) L'Éduquer : Magazine Trimestriel du CONEH. P13

    * (1) Cité par TARDIEU D. Charles : Op. Cit P 91.

    * (1) TARDIEU D. Charles : Op. Cit P 39.

    * * aucun programme de logements sociaux n'est mis à la disposition des enseignants constitués, dans sa grande majorité, des gens de petites bourses.