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La coopération intercommunale; le nouvel dispositif de mise en Å“uvre de la territorialisation des politiques publiques axée sur la stratégie de développement agricole: cas de l'agropole de l'ouest (Malicounda-Nguéniène-Sandiara)


par Anne Marie GUEYE
UCAD - Master 2022
  

Disponible en mode multipage

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UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE
Mémoire Master II
Option : Espaces, Sociétés et Développement (ESD)
Parcours : Aménagement et Gestion Urbaine en Afrique (AGUA)
THEME :

La coopération intercommunale, le nouvel dispositif de mise en oeuvre de la

territorialisation des politiques publiques axée sur la stratégie de

développement agricole : cas de l'Agropole de l'Ouest (Malicounda-

Nguéniène-Sandiara)

Présenté par : Sous la direction de:

Anne Marie GUEYE Dr. Mame Cheikh NGOM:

(Maître de conférences Titulaire) Sous la supervision de : Papa SAKHO

(Professeur assimilé)

1

Sommaire :

INTRODUCTION GENERALE : 7

PREMIERE PARTIE : La coopération intercommunale, une panacée pour développement territorial.

27

INTRODUCTION : 28

Chapitre 1 : Le territoire intercommunale, une entité rurale tendant vers l'émergence 29

CHAPITRE 2 : La gestion municipale des communes de la zone intercommunale 44

Chapitre 3 : L'Entente intercommunale de Malicounda-Nguéniène-Sandiara, une structure bien

élaborée 48

Deuxième partie : La mise en oeuvre d'un projet agricole socle de l'intercommunalité de l'Agropole

de l'Ouest. 55

Introduction : 56

Chapitre 1 : Le secteur agricole ; un domaine privilégié dans la zone intercommunale 57

Chapitre 2 : Les collectivités de l'Entente, trois municipalités soucieuses du développement

agricole 69

Chapitre 3 : L'Agropole de l'Ouest, un projet agricole innovant en appoint aux initiatives de

développement du secteur agricole 72

Troisième partie : De l'entame à la finalisation, quelle analyse faire du projet de l'Agropole de

l'Ouest ? 79

Introduction : 80

Chapitre 1 : Une phase de vulgarisation parsemée de manquements. 81

Chapitre 2 : Analyse des impacts potentiellement positifs induits par l'Agropole de l'Ouest. 91

Chapitre 3 : Analyse des impacts potentiellement négatifs induits par le projet de l'Agropole de

l'Ouest : 95

CONCLUSION GENERALE : 104

2

Liste des sigles et abréviations :

ANAT : Agence Nationale de l'Aménagement du territoire

ANSD : Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie

APRODAK : Agence pour la Propreté de Dakar

BAD : Banque Africaine de Développement

BFS : Bassin du Fleuve Sénégal

BM : Banque Mondiale

CADAK : Communauté des Agglomérations Dakaroise

CAR : Communauté d'Agglomération de Rufisque

CGCT : Code Général des Collectivités Territoriales

CUD : Communauté Urbaine de Dakar

EMNS : Entente Malicounda-Nguéniène-Sandiara

GIC : Groupement d'Intérêt Communautaire

GOANA : Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l'Abondance

GRDR : Groupe de Recherche et de réalisation pour le Développement Rural

IMEK : Institut Mère-Enfant de Kaolack

IPAR : Initiative Prospective Agricole et Rurale

MIPMI : Ministère des Industries et des Petites et Moyennes Industries

NPA : Nouvelle Politique Agricole

OGM : Organisme Génétiquement Modifié

OP : Organisation de Producteurs

PASA : Programme d'Ajustement du Secteur Agricole

PDC : Plan de Développement Communal

3

PDU : Plan Directeur d'Urbanisme

PME : Petites et Moyennes Entreprises

PMI : Petites et Moyennes Industries

PRACAS : Programme d'Accélération de la Cadence de l'Agriculture Sénégalaise

PSE : Plan Sénégal Emergent

PV : Procès-Verbal

REVA : Retour Vers l'Agriculture

RGPHAE : Recensement Général de la Population et de l'Habitat, de l'Agriculture et de

l'Elevage

RN1 : Route Nationale 1

RSE : Responsabilité Sociétale des Entreprises

RTM : Ration Totalement Mélangée

SRDR : Sociétés Régionales de Développement Rural

ZES : Zone Economique Spéciale

4

Avant-propos :

Ce travail cherche à apporter une contribution nouvelle aux études menées préalablement sur les stratégies de développement agricole mais aussi une analyse du rôle de l'intercommunalité dans sa mise en oeuvre en s'appuyant sur les potentialités des communes de l'Entente intercommunale Malicounda-Nguéniène-Sandiara.

L'étude s'appuie sur une analyse des diverses politiques de développement agricole entamées au Sénégal, qui ne sont toujours pas parvenues à régler le problème du manque d'efficience du secteur agricole, pour comprendre la cause des réformes entreprises dans ce dernier. Les restrictions engagées au cours de la pandémie de Covid-19 notamment la fermeture des frontières pour endiguer la propagation du virus ont démontré la fragilité du pays en ce qui concerne l'assurance de sa sécurité alimentaire, du fait qu'elle est fortement tributaire des importations pour l'assurance nutritionnelle des populations. En outre, la guerre russo-ukrainienne dont les conséquences sont tout aussi ressenties au Sénégal, avec la hausse du niveau général des prix, sont autant de facteurs qui conduisent à réorienter les stratégies de développement agricole.

La stratégie de développement agricole s'axe dorénavant vers une industrialisation du secteur agricole afin de promouvoir son émergence. Cette innovation se concrétisant dans la plupart des pays africains par le développement d'agropoles est tout aussi entamée au Sénégal. Initiative portée par l'État, à travers un objectif de création de cinq (5) agropoles intégrés, elle tend à se concrétiser avec l'ingérence du niveau local. Les collectivités locales en font ainsi un moyen de pratique de la coopération intercommunale à l'égard de l'Entente intercommunale de l'Agropole de l'Ouest.

5

Remerciements :

Tout d'abord, je rends grâce à Dieu de m'avoir permis d'achever ce travail de recherche en vue d'obtenir mon diplôme de fin de cycle de Master.

Mes vifs remerciements vont à l'endroit de mon regretté papa Edouard GUEYE, ce papa qui a guidé mes premiers pas à l'école ainsi qu'à ma chère, tendre et brave maman Cécile YADE ce travail vous est entièrement dédié.

Je voudrais ainsi, à travers les lignes qui suivent, exprimer ma reconnaissance et ma gratitude à toutes ces personnes qui, de près ou de loin, n'ont ménagé aucun effort pour me soutenir au cours de l'élaboration de ce travail.

Sur ce je veux nommer :

Mon encadreur, Dr Mame Cheikh NGOM je vous exprime ma sincère gratitude et mes remerciements pour avoir accepté d'encadrer ce travail de recherche, mais aussi pour tous les conseils, recommandations et prières.

Mes soeurs Jeanne d'arc, Monique, Madeleine, Hélène et Joséphine ; à mon oncle Blaise YADE; mon cousin Pierre YADE et Eric Pacôme TAGO que je considère comme membre de ma famille, vous avez été un soutien inconditionnel, merci pour vos prières et votre soutien, que le seigneur vous bénissent abondamment.

Mes très chers guides Henry PREIRA et Philippe Malick DIONE, vraiment merci pour tout, car peu importe l'heure, la situation ou les activités, vous avez toujours trouvé du temps à m'accorder et me mettre sur le droit chemin. Je prie pour que vous puissiez toujours prospérer et que grâces et bénédictions surabondent dans vos vies.

Bernard Ndour, mon cher oncle et maître de la classe de CM2 qui a participé significativement à mon éducation, mais surtout m'a transmis l'amour pour les études. Toutes tes actions ont porté leurs fruits car elles sont le socle de ma persévérance dans les études. Merci infiniment.

Pathé KONTEYE et Boubacar BA, grâce à votre soutien, j'ai pu mener ce travail avec beaucoup de facilité. Avoir partagé avec moi votre expertise m'a beaucoup aidé pour mener à bien mon travail de terrain, merci infiniment.

La famille SARR à Sandiara, SECK à Mbodiène, DIOUF et KAMA à Mbour et NDONG de Sinthiou Keita, merci de m'avoir accueilli chaleureusement au sein de vos foyers et de m'avoir

guidé au cours de mes enquêtes que le seigneur vous rendent au centuple tout le bien que vous m'avez fait.

L'ensemble des agents municipaux et intercommunaux du territoire intercommunal en particulier Gaïky FAYE, Martine DIOME, Abdoulaye SENE et Mor Fassé NDIAYE, merci pour le temps et les informations fournies.

Tous les chefs de villages des localités ciblés sans exception ainsi que toute la population du territoire sans me connaitre, vous m'avez accueillie et guidée sans aucun problème, je vous suis très reconnaissante.

6

Tous mes amis (es) de la promo 2021-2022, merci pour tout.

7

INTRODUCTION GENERALE :

Aménager le territoire, c'est favoriser l'impulsion économique et l'amélioration des conditions de vie au niveau des territoires en passant nécessairement par la valorisation des ressources endogènes. Les lois de décentralisation offrent un cadre parfait à travers une mutualisation des forces dans l'optique de gérer au mieux les services publics et une coordination pour la réalisation d'équipements locaux en vue d'actionner le développement à partir du bas.

La balkanisation faite des territoires au cours de la période coloniale laisse des séquelles qui impactent considérablement sur l'émergence des territoires. De ce fait, pour tenter de corriger cette incohérence territoriale dans une mesure d'aménagement du territoire, les États ont entrepris de nouvelles initiatives à travers des coopérations désignées « d'intercommunalités » en vue de rendre les communes viables et compétitives. Ainsi, pour mettre en marche le développement, les acteurs publics optent pour une priorisation des ressources endogènes à travers la territorialisation des politiques publiques. Ce croisement entre mutualisation des forces et territorialisation des politiques publiques abouti au sein des communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara à l'établissement d'une structure intercommunale pour l'entame du projet de développement agricole : l'Agropole de l'Ouest.

L'institution de ce projet, s'accompagnant d'un financement de l'État et du secteur privé, met en avant un appui sur les potentialités terriennes de cette zone qui faisait déjà objet d'exploitation par les populations. Le projet se constitue ainsi en exemple à suivre par les autres communes, car porté par une structure intercommunale gérant dorénavant une compétence ne lui étant pas attribuée. Toutefois, en dépit de sa présentation comme levier de développement agricole concourant à l'amélioration des conditions de vie des populations et d'atteinte à la souveraineté alimentaire, le projet enregistre de nombreuses failles et pourrait n'avoir d'intérêts que pour les agro-industries.

Grâce à une revue de la littérature, des entretiens avec 10 personnes-ressources ainsi qu'une enquête auprès de 156 chefs de ménages résidant au sein de douze villages des trois collectivités qui structurent l'Entente intercommunale, ce présent mémoire se propose d'analyser l'importance de la coopération intercommunale entre les communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara pour entamer ce projet agricole.

L'hypothèse centrale de cette recherche, portant sur le fait que l'intercommunalité de l'Entente Malicounda-Nguéniène-Sandiara se fonde sur l'établissement du projet de l'Agropole de l'Ouest qui est parsemé de manquements mais aussi sujet à des impacts potentiellement positifs

8

comme négatifs, est vérifiée et validée dans cette étude. Les enquêtes et entretiens réalisés pour l'étude, complétés par une littérature par la consultation d'ouvrages, de documents et d'articles se rapportant à notre objet d'étude, ont ainsi été les facteurs ayant concouru à l'élaboration de ce mémoire.

Les résultats de cette étude, par la formulation d'un questionnement sur l'objet d'étude, établissent la relation existante entre la coopération intercommunale qui s'appuie sur les potentialités des territoires et la mise en oeuvre d'une stratégie de développement agricole par l'érection d'un agropole. Ils invitent à un examen portant sur l'utilité de la coopération intercommunale dans la mise en oeuvre d'un projet de développement axé sur l'érection d'un agropole ainsi qu'une analyse du projet, de l'entame à la finalisation, pour en faire ressortir les impacts potentiels.

Pour répondre à cette question centrale, ce mémoire est subdivisé en trois parties. La première porte sur la présentation du territoire intercommunale comme une entité rurale en émergence ; la deuxième partie est consacrée à l'étude du soubassement de la coopération entre les trois collectivités ; la troisième partie aborde l'analyse du projet, de la phase de vulgarisation à son adoption par les acteurs locaux.

9

I- PROBLEMATIQUE :

Le secteur agricole couvre une part importante de la population active des pays africains. Le sous-secteur de l'agriculture emploie près des deux tiers de la population active africaine, qui travaille essentiellement sur des petites exploitations qui assurent actuellement environ 90 % de la production totale1. Son importance est grandement affichée en milieu rural où elle constitue la principale activité des habitants de ces terroirs.

Cependant, malgré son envergure, l'efficience du secteur agricole est aujourd'hui au coeur de nombreuses controverses. Domaine privilégié dans la mise en oeuvre de stratégies de développement, part importante dans la production totale des pays, secteur clé pour l'assurance de la sécurité alimentaire et l'amélioration du revenu des populations dans un contexte d'urbanisation, la problématique de l'optimisation de la compétitivité du secteur agricole est sujet à des controverses.

Le Sénégal est passé par plusieurs ères marquées par une succession de politiques agricole. Ces différentes réformes de politique agricoles passent successivement d'une politique participative à une politique totalement libéralisée de l'Etat (A. Dieng et A. Gueye, 2005. P. 5)2. Simultanément, les objectifs visés évoluent d'une recherche d'autosuffisance alimentaire à celle de sécurité alimentaire. Au lendemain des indépendances, le régime présidentiel socialiste d'à l'époque affichait d'emblée la ferme volonté du gouvernement sénégalais de se détacher de l'économie de traite qui ne servait qu'à l'enrichissement des traitants au détriment des producteurs. Ce fut, de fait, l'avènement de l'instauration de stratégies de développement axées sur la productivité agricole afin de reconstruire l'économie du nouvel État. Cette ère de réformes agricoles a permis d'engranger quelques acquis, à travers : un début de modernisation des techniques et pratiques agricoles (mécanisation) ; la diffusion d'un matériel végétal de qualité (variétés améliorées et même des hybrides) ; et l'utilisation de la fumure minérale (C. Oya et C.O. Ba, 2013.P.3)3. Cette volonté de restructuration du secteur agricole s'est poursuivie durant les différents régimes présidentiels et devient une condition sine qua non à la mise en oeuvre de politiques de développement agricole qui demeurent un secteur important notamment

1Agriculture en Afrique 2019 : Rapport Spécial sur le site https://oxfordbusinessgroup.com/reports/agriculture-en-afrique-2019-rapport-special-focus-report, consulté le 19 février 2023.

2 Dieng Alioune et Gueye Adama, 2005, « REVUE DES POLITIQUES AGRICOLES AU SÉNÉGAL : BILAN CRITIQUE DE QUARANTE ANNÉES DE POLITIQUE CEREALIERE », 25 pages.

3 Oya Carlos et Ba Cheikh Oumar, 2013, « Les politiques agricoles 2000-2012 : entre volontarisme et incohérence ».

10

pour le monde rural et émergent dans un contexte politique de réformes de l'administration territoriale porté par la succession de lois de décentralisation.

Les lois de la décentralisation du Sénégal ont entamé différentes réformes pesant sur l'architecture territoriale avec notamment des redécoupages administratives cause de l'émiettement territorial. Face à cette prolifération de communes sans viabilité, il s'avère dès à présent opportun de réfléchir sur les voies et moyens pour renforcer la dynamique de collaboration entre les collectivités territoriales4. L'intercommunalité se retrouve alors au coeur de l'action publique locale et modifie l'architecture traditionnelle du secteur public local5. L'adoption de la vision stratégique de territorialisation des politiques publiques à travers une valorisation des ressources territoriales afin de produire du développement intervient en outre avec l'avènement de l'émergence encore timide de l'intercommunalité. Les trois communes du département de Mbour, à savoir celles de Malicounda, Nguéniène et Sandiara conscientes qu'une action publique localisée doit être fondée sur ces spécificités locales ainsi que le réseautage des acteurs pris dans leurs relations de proximité dans un souci d'identification des besoins collectifs et de définition des réponses appropriées6, entame, conformément aux possibilités accordées par le CGCT, un projet de développement agricole : l'Agropole de l'Ouest.

Le projet de l'Agropole de l'Ouest intervient dans le contexte marqué par une nouvelle dynamique de développement territoriale à travers la mise en oeuvre de programmes nationaux axés sur l'émergence du secteur agricole. « Si tout le monde s'y met, d'ici peu, nous allons changer radicalement le visage du Sénégal grâce à l'agriculture7», cette déclaration du président de la République montre la ferme ardeur du gouvernement à la propulsion du secteur agricole traduite dans le Plan Sénégal Émergent8 (PSE) qui vise la création de « cinq agropoles intégrées ».

Prévu sur une étendue forestière de 1160 ha, la mise en oeuvre de ce projet requiert le déclassement de ladite surface forestière qui s'érigeait en véritable régulateur social pour les éleveurs et agriculteurs du département. Emergeant dans un contexte marqué par un manque

4 Voir préface d'Oumar Sylla dans le guide l'intercommunalité au Sénégal, un outil de coopération et de développement territorial.

5 Thioune Awa Gueye 2021, « L'intercommunalité au Sénégal, un outil de coopération et de développement territorial », 88pages

6 Voir document de l'association Asaadic-Taataan « la territorialisation des politiques publiques au Sénégal »

7 Voir document portant sur la Programme d'accélération de la cadence de l'Agriculture Sénégalaise (PRACAS)

8 Nouveau cadre de référence de la politique de gouvernance du président Macky Sall qui s'étend sur l'intervalle 2014-2035.

11

d'efficience du secteur agricole de la zone à travers une situation de production essentiellement destinée à l'autoconsommation, une perte accrue de zones de pâturages dans un contexte de changements climatiques ; l'atteinte des ambitions du projet fait planer l'incertitude. Promouvant l'atteinte de la sécurité alimentaire et l'amélioration des conditions de vie des populations, l'action publique semble beaucoup plus tournée vers le ciblage des agrobusiness dont la promotion rapide est perçue comme une véritable opportunité et une nécessaire rupture avec les formes d'agriculture traditionnelles jusque là (sic) soutenues en vain (F. BRONDEAU, 2009. P.5)9.Face à cela survient un questionnement sur comment rendre efficiente le secteur agricole dans un contexte marqué par l'émergence de nouveaux acteurs dans la gestion territoriale tout en respectant la procédure de mise en oeuvre d'un projet de développement territorial?

De cette question centrale émergent les questions suivantes :

Comment l'intercommunalité oeuvre dans l'élaboration d'une stratégie de développement agricole ?

Pourquoi le choix de la stratégie de développement par les agropoles pour le développement territorial ?

Quelle étude faire du projet de l'Agropole de l'entame à la finalisation?

Devant de tels questionnements, ce présent mémoire, à travers des hypothèses émises avant la collecte des données, aura pour but d'apporter des éléments de réponses dans l'optique d'apporter des vérifications à ces dernières.

9 Florence Brondeau. « Agrobusiness et développement agricole. Quels enjeux pour quelles perspectives? » Le cas de la zone Office du Niger. Mali. Agrobusiness et développement agricole. Quels enjeux pour quelles perspectives? Le cas de la zone Office du Niger. Mali, 2009, Côte d'Ivoire. ffhal-00740812f

12

II- Clarification conceptuelle : V' Accaparement des terres:

Ce terme, plus souvent usité dans les discussions concernant les problèmes fonciers survenant en milieu rural, mérite élucidation en vue de comprendre son enjeu ainsi que son utilisation dans le cadre de ce mémoire. Renvoyant fréquemment à l'acquisition d'un droit foncier aux dépends des populations paysannes dont la sécurité foncière est peu garantie (Ndour, 2020), l'accaparement des terres est un problème récurrent dans les zones de terroirs et concerne pour l'essentiel les terres qui se situent dans les zones les plus fertiles (IPAR, 2015)10.

L'accaparement des terres s'est d'autant plus amplifié avec la crise alimentaire qui a secoué le monde en 2008. Les regards se sont ainsi tournés vers les pays en voie de développement, conduisant à une « ruée vers les terres agricoles » qui cible en particulier les pays africains, qui ouvre la voie aux investisseurs à travers leurs programmes de développement agricole.

V' Agrobusiness :

Défini comme une entreprise privée, nationale ou multinationale, dotée de moyen de production à fort contenu en capital, et intégrée aux marchés, qui met en place une agriculture productiviste et qui peut intégrer les activités d'agrofourniture, de transformation et de commerce (Tyrou, 2018), le terme agrobusiness prend un essor fulgurant depuis l'incitation des institutions internationales à la promotion de l'intégration du secteur privé dans le secteur agricole.

Florence BRONDEAU (2009) constate que de l'intérêt accordé aux agrobusiness qui se présente comme palliatif au manque d'efficience des agricultures familiales, réside dans sa perception comme une véritable opportunité et une nécessaire rupture avec les formes d'agriculture traditionnelles jusque là (sic) soutenues en vain.

Autour des perceptions de ce qu'est l'agrobusiness par ces auteurs, nous la considérons dans le cadre de notre étude comme moyens promu par les acteurs de la gouvernance territoriale pour soutenir le secteur agricole. L'agrobusiness vise ainsi l'amélioration des productions agricoles avec des rendements significatifs à travers l'introduction de semences certifiées et de technologies de pointe.

10 Ce passage est tiré de l'article de l'Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR) intitulé « Chut! Circulez, ici, on se partage les terres », publié le 7 JUILLET 2015 sur le site : https://www.ipar.sn/Chut-Circulez-ici-on-se-partage-les-terres.html, consulté le 09 août 2023 à 18h 20mn.

13

V' Agropole:

Initiative de développement spatial axée sur l'agriculture ayant pour objectif de concentrer les initiatives de développement spatial axées sur l'agriculture, ayant pour objectif de concentrer les activités agro-industrielles dans les zones à fort potentiels agricole, afin d'accroitre la productivité et d'intégrer la production, la transformation et la consommation de certains produits (BAD11, 2018), les agropoles sont l'un des projets phares du nouveau modèle économique et social de développement du Sénégal : le PSE qui vise la création de 5 agropoles intégrés.

Ils sont tout aussi présentés comme une stratégie territoriale pour l'industrialisation d'un secteur, une stratégie qui répond avant tout à l'objectif d'attirer des fonds privés sans creuser les dépenses publiques (BM, 2018)12.

Nous avons donc compris que l'Agropole de l'ouest est une structure innovante qui permet, non seulement, la modernisation de l'agriculture dans les trois communes, mais aussi de l'élevage et bien d'autres filières jugées prioritaires. Il permettrait d'asseoir la territorialisation des politiques publiques dans ce territoire par le concours d'une meilleure exploitation des ressources endogènes améliorant la production agricole. L'Agropole apporte une innovation par l'intervention du secteur privé qui est priorisé par les politiques publiques.

V' Aménagement du territoire :

Aménager le territoire, c'est mettre en place une politique cohérente, transversale, et très habile d'organisation de l'espace. Il s'agit de constituer un ensemble de dispositifs, de techniques, d'actions, et d'interventions qui visent à assurer une répartition adéquate de la population, des constructions, des activités économiques, des équipements et des infrastructures, tout en tenant compte des contraintes naturelles et anthropiques à leurs établissements. Il permet de déterminer où l'on construira des maisons, des usines, des routes et des rails, des ports et des aéroports, des barrages et des écoles et où seront offerts les services essentiels de la collectivité comme les hôpitaux, les écoles... il consiste aussi à exploiter judicieusement les terres et les richesses naturelles (ANAT). Cette définition donnée à l'aménagement du territoire montre la dimension architecturale de cette dernière. D'autres aspects peuvent conforter la promotion de

11 Banque Africaine de Développement

12 Cette définition des agropoles donnée aux agropoles par la Banque Mondiale a été reprise dans le mémoire d'Emma Tyrou page 52

14

la justice spatiale en raison de son influence étant donné qu'on a pu considérer que l'aménagement du territoire et la justice spatiale sont étroitement liées (Lipietz, 1999).

Olivier Guichard13 définissant l'aménagement du territoire comme « action réalisée par une collectivité qui pense son organisation générale en fonction d'une ressource nationale. Son ambition est de faire que la richesse nationale soit mieux répartie, que l'expansion profite autant au citadin qu'au rural, à l'ouvrier qu'au paysan, aux habitants d'une région qu'à ceux d'une autre», met en synthèse les deux définitions données précédemment sur l'aménagement.

L'aménagement du territoire a pour objectif de juger l'organisation spatiale, non seulement en proposant l'implantation d'équipements, mais aussi par l'exigence d'une équité territoriale pour faire en sorte que tous aient les moyens nécessaires pour entreprendre leur développement et aussi assurer l'implication de tous les acteurs dans l'élaboration d'un projet car comme le souligne Gottmann (1966)14 « en géographie, l'équité socio spatiale constitue le fondement de l'aménagement de l'espace ».

? La décentralisation :

La décentralisation correspond à un transfert de compétences du gouvernement central ou de ses agences gouvernementaux locaux (Piveteau, 2005)15. Elle est une politique ancienne menée depuis la période coloniale, la décentralisation constitue aujourd'hui un référentiel dans la gouvernance de tous les pays, notamment ceux en développement. Son importance est telle que tout gouvernement veille à son renforcement pour mener à bien sa politique de développement. Devant la montée en puissance de la décentralisation dans de nombreux États, on se pose la question de savoir pourquoi celle-ci est d'autant plus convoitée par les pays africains.

La réponse à cette question ne saurait être ardue, nous appuyant sur les propos de Patrick Hubert dans : Décentralisation : les objectifs du gouvernement, communication 5, qui, par l'explication de la nouvelle politique de régionalisation entamée à cette époque, affirmait que »

13 Cité par Juillard Etienne dans Une discipline d'action : l'aménagement du territoire. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 22? année, N. 2, 1967, consulté sur le site https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1967_num_22_2_876, page. 412-418

14 Repris par Sène, A. M. & Codjia, C. (2016). Dynamiques de l'aménagement du territoire et inégalités sociospatiales au Sénégal. Cahiers de géographie du Québec, 60(169), sur le site https://doi.org/10.7202/1038663ar, page 11 à27.

15 Décentralisation et développement local au Sénégal. Chronique d'un couple Hypothétique, consulté sur le site Cairn.info le 12 février 2021 à 20h 18mn

15

la décentralisation, disais-je a d'abord pour but d'atténuer les défauts de l'État centralisé dont le Sénégal s'est doté depuis son indépendance ».

Ainsi, la compréhension de la décentralisation devient plus aisée, car elle serait de ce fait une nouvelle démarche politique entreprise par les États non seulement dans le but de doter les collectivités de tâches nouvelles, mais aussi de redéfinir les échelles de gouvernance par une responsabilisation beaucoup plus marquée des collectivités les incitant, par la promotion du développement des territoires sous leurs contrôles, à casser le « clivage » territoriale parsemant l'architecture spatiale à travers la mise en valeur des territoires outre d'impulser l'émergence réelle des pays.

? Intercommunalité

Nous pouvons lire dans le livre de Awa Gueye Thioune : l'intercommunalité au Sénégal Un outil de coopération et de développement territorial (2021) que : l'émiettement des territoires pose un problème majeur de mise en cohérence de leurs existence et de leurs développement. Face à cette situation, il est important de mutualiser les capacités d'actions des collectivités territoriales pour leurs permettre d'atteindre des objectifs d'intérêts général difficile à faire supporter par une collectivité territoriale individuellement prise.

Cette assertion montre d'emblée l'importance de l'intercommunalité dans l'impulsion des collectivités territoriales qui dispose en sus de droit de gestion et d'autonomie financière aux collectivités territoriales.

« L'intercommunalité s'articule sur une notion différente de la commune, le bassin de vie que l'on peut définir comme un espace dans lequel on trouve plus ou moins les mêmes conditions socio-économiques et où on peut supposer que les populations rencontrent les mêmes difficultés, partagent les mêmes préoccupations et qu'il peut être opportun dans ce cas de rechercher des solutions communes » (GRDR).

En effet, le découpage territorial du Sénégal qui a fini de créer des territoires disparates sans viabilité pose un problème majeur pour l'émergence de ces derniers. La balkanisation faite du territoire depuis la période coloniale et pour la plupart à des fins politiques conduit ainsi l'État vers la restructuration de l'architecture territoriale avec l'option d'un rassemblement à travers des coopérations intercommunales. Ceux-ci permettront non seulement une cohérence territoriale, mais assurerait de surcroît la viabilité des territoires et la facilitation du mécanisme de financement État /collectivités. L'intercommunalité favorise de fait la promotion de la

16

territorialisation des politiques publiques par la mise en valeur des ressources endogènes des terroirs à travers des projets de territoire.

? Partenariat public-privé

Solutions contractuelles associant secteur public et acteurs privés autour de la réalisation d'une mission de service public (Tyrou, 2018), le partenariat public privé est aujourd'hui au coeur du processus de mise en oeuvre des projets territoriaux. Ces partenariats ont ainsi pour visée de faciliter l'accès aux financements en vue d'atteindre les objectifs souhaités pour mettre en place un projet.

Dans sa définition la plus large, le terme « partenariat public-privé » couvre toutes les formes d'association du secteur public et du secteur privé destinées à mettre en oeuvre tout ou partie d'un service public. Ces relations s'inscrivent dans le cadre de contrats de long terme : elles se distinguent en cela des privatisations et de la sous-traitance. Les investissements (infrastructures, matériel, immeuble, logiciels...) nécessaires à la fourniture du service sont financés pour tout ou partie par le prestataire privé. Le paiement, assuré par les usagers ou par une collectivité publique, permet de couvrir l'amortissement de ces investissements et leur exploitation (Marty et al, 2006).16

En somme, le partenariat public-privé est dorénavant une nouvelle alternative visée par les pouvoirs publics pour faciliter le financement de leurs projets de développement. L'implication du secteur privé dans le projet de l'Agropole de l'Ouest à travers un partenariat visera, selon notre compréhension, l'injection de fonds, par des partenaires techniques et financiers, pour la mise en oeuvre du projet. Cependant, ces partenaires pourraient recevoir en contrepartie certaines attributions ou disposer de terres au sein des espaces privés aménagés pour la mise en oeuvre d'une activité agricole

16Frédéric Marty, Sylvie Trosa, Arnaud Voisin : Dans Les partenariats public-privé (2006), consulté sur le site https://www.cairn.info/les-partenariats-public-prive--9782707146552-page-3.htm, pages 3 à 6

17

III- Objectifs et hypothèses :

Le mémoire se base sur des objectifs et hypothèses veillant à l'éclaircissement de l'étude

III-1- Objectifs :

III-1-1- Objectif général :

L'objectif général de cette étude vise à démontrer, en dépit des avancées pouvant découler du

projet, les failles constatées dans les différentes phases d'élaboration de la stratégie de développement agricole de l'Agropole de l'Ouest portée par l'Entente.

III-1-2 - Objectifs spécifiques :

· Démontrer la singularité de la structure intercommunale de l'Entente au regard des

différentes structures intercommunales qui la précèdent.

· Identifier les causes de l'entame du projet de l'Agropole de l'Ouest.

· Présenter les failles identifiées au cours de la phase de vulgarisation du projet puis analyser ce dernier de l'entame à la finalisation pour décliner les impacts potentiels.

III-2-Hypothèses :

III-2-1- Hypothèse générale :

L'intercommunalité de l'Entente Malicounda-Nguéniène-Sandiara se fonde sur

l'établissement du projet de l'Agropole de l'Ouest qui est parsemé de manquements mais aussi sujet à des impacts potentiellement positifs comme négatifs.

III-2-2- Hypothèses spécifiques :

· La coopération intercommunale de l'Entente Malicounda-Nguéniène-Sandiara est

une porte d'entrée vers le développement territorial.

· La restructuration du secteur agricole du territoire intercommunale est le socle de l'intercommunalité de l'Agropole de l'Ouest.

· Le projet de l'Agropole de l'Ouest présente des failles au cours de la phase de vulgarisation et des aspects paradoxaux liés à sa conception.

18

IV- Méthodologie de recherche :

Pour tester les hypothèses émises dans le cadre de ce mémoire, notre étude est dirigée vers une étude des relations entre intercommunalité et mise en oeuvre d'une stratégie de développement agricole ainsi qu'une analyse des impacts potentiels du projet qui y est porté. L'entrée en matière est focalisée sur une étude de la coopération intercommunale comme une panacée pour le développement territorial (première partie). La recherche du soubassement de l'intercommunalité qui s'est avéré être la mise en oeuvre d'un projet agricole en appoint aux initiatives de développement du secteur agricole (deuxième partie) suppose une analyse du projet de l'entame à la finalisation pour en faire ressortir les impacts potentiels (troisième partie).

L'élaboration de ce travail s'est fait à travers plusieurs phases se déclinant comme suit :

- Une revue documentaire à travers le ciblage d'ouvrages et d'articles se rapportant à notre objet d'étude,

- Une collecte de données (qualitatives et quantitatives) pour l'éclairage des hypothèses émises,

- Une analyse et traitement des données pour la structuration des données recueillies au cours de nos enquêtes.

IV-1- Revue documentaire :

Le guide méthodologique du GRDR Migration-Citoyenneté-Développement intitulé « L'intercommunalité, une réponse aux enjeux du développement local dans le bassin du fleuve Sénégal », 98 pages, nous a permis de comprendre au mieux les liens entre intercommunalité et mise en oeuvre d'un projet de développement territoriale. En effet, il est question dans ce guide de l'étude de l'évolution de l'intercommunalité dans le bassin du fleuve Sénégal. Fruit d'une longue analyse, passant en revue le cheminement de l'intercommunalité, ce guide nous a permis de comprendre le contexte d'évolution des structures intercommunales dans cette entité géographique, mais aussi ses enjeux. La recherche du désengorgement de l'État des multiples fonctions qui lui était conférée a concouru à la création de nouvelles entités territoriales sans viabilité ni efficacité économique dans les pays du bassin du fleuve Sénégal (Mali, Mauritanie, Sénégal). Ainsi, profitant d'un cadre réglementaire et institutionnel favorable à une réunification de ces nouvelles entités grâce à l'évolution des lois de décentralisations qui tentent de statuer les modes de coopérations entre collectivités, on assiste à une évolution progressive des structures intercommunales. Émergeant selon un objectif précis

19

lié soit à la gestion d'un service, soit à l'élaboration d'un projet de territoire, « l'expérience du GRDR auprès des collectivités du BFS montre que la pérennité et l'efficience de la collaboration intercommunale tient à l'effectivité d'une vision et d'un projet partagés et d'une stratégie de développement collective ». Face à un contexte d'évolution des structures intercommunales dans ces trois pays, portées pour l'essentiel à la mise en oeuvre d'un projet, il convient d'identifier les techniques à déployer pour asseoir des structures efficaces et capables d'attirer l'attention au niveau internationale, mais aussi promouvoir la participation citoyenne à toutes les étapes du processus d'élaboration des structures pour engranger le développement territorial.

Le mémoire d'Emma TYROU : Les politiques publiques en Afrique de l'Ouest : le cas des agropoles, 111 pages a sans doute été l'élément le plus marquant de notre recherche documentaire. L'étude menée par cette dernière est axée sur la recherche des actions mise en place par les politiques publiques pour soutenir le développement des agropoles autour d'études de cas dans trois pays de l'Afrique de l'Ouest (Burkina, Côte d'Ivoire et Sénégal). Par une analyse des initiatives de développement par les agropoles les États misent sur l'établissement d'un cadre propice capable d'attirer les agrobusiness à travers un partenariat public-privé et qui impacteront considérablement la production agricole à travers leurs investissements. Les besoins en investissement identifiés au lendemain de la crise alimentaire et nutritionnelle de 2008 passe dans ces trois pays par la mise à contribution du secteur privé dans le secteur agricole. L'action publique est ainsi essentiellement tournée vers les agrobusiness sans mesures exactes prises pour l'agriculture familiale trouvée sur place. Ces actions sont pour l'essentiel axées sur des exonérations fiscales et des services de soutien aux intrants. Cette forte concentration des politiques publiques sur l'agrobusiness est cependant mise en rapport par l'auteure avec le contexte économique mondiale tendant vers une libéralisation qui prend plus en compte la productivité et l'industrialisation du secteur agricole. Les agrobusiness assureront de fait la compétitivité et l'accès au marché. Bien vrai que les politiques publiques ciblent quelques pistes pour les agricultures familiales (incitation de création d'emploi, exonérations des matières premières, des transferts monétaires, une contractualisation entre agrobusiness et agricultures familiales pas totalement éclaircie) elles restent insuffisantes et floues et doivent être repensées pour accéder à l'inclusion des populations. De fait, la formalisation des relations entre ces deux intervenants dans le secteur agricole doit passer par la concrétisation des relations contractuelles éclaircies dont les effets pourront avoir une portée nationale en plus de l'augmentation des revenus des populations.

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L'article de Florence BRONDEAU : Agrobusiness et développement agricole. Quels enjeux pour quelles perspectives ? Le cas de la zone office du Niger. Mali, 19 pages a été pour nous un référentiel important dans la compréhension des enjeux liés à l'installation des agrobusiness dans les anciennes zones destinés aux agriculteurs familiaux. L'auteure, à travers ce document, montre la mutation des initiatives de développement agricole initié au Mali d'un soutien aux agricultures familiales avec la révolution verte à une exacerbation de la promotion des agrobusiness identifiés comme nouveaux acteurs d'impulsion du secteur agricole. Le manque d'efficience des agricultures familiales qui ont été soutenus en vain pousse la tournure des actions publiques vers l'agrobusiness, occupant de vastes espaces qui était pour l'essentiel des territoires pastoraux et introduisant en sus de nouvelles pratiques agricoles. Ceci soulève des questionnements quant à l'exacerbation du phénomène d'accaparement des terres sous prétexte par les agrobusiness de recours à l'atteinte de la souveraineté alimentaire tout en visant un marché extérieur, mais aussi des conflits futurs entre populations autochtones et nouveaux arrivants émanant du déplacement et réinstallation des populations dans ces zones. Cependant, l'une des questions cruciales soulevées demeure celle du futur du pastoralisme et la prise en compte des populations dans le projet. En outre, la mesure des enjeux liés notamment aux activités du projet, avec l'utilisation des ressources hydriques de la zone, mais aussi de la dépendance technologique dans un contexte de montée en puissance des OGM, fait planer des craintes de l'introduction de semences génétiquement modifiées.

Le document de Carlos OYA et Cheikh Oumar BA : Les politiques agricoles 2000-2012 entre volontarisme et incohérence, 30 pages a joué un rôle considérable à la compréhension des nouvelles stratégies du gouvernement vers une politique agricole tournée vers l'industrialisation du secteur. Ils montrent à travers une analyse des politiques agricoles menées au cours des magistères qui se sont succédé au Sénégal depuis son accession à l'indépendance en 1960. Le fort attachement de la nouvelle alternance sous le régime du président Wade à renforcer le secteur agricole par la mise en oeuvre de plusieurs politiques agricoles telles que la GOANA ou encore la REVA. Néanmoins, malgré les quelques avancées notées, on note que ces politiques agricoles manquent d'efficacité au regard des objectifs déclinés. Cela serait dû à la priorisation des actions vers d'autres secteurs. Cependant, l'étude des options du gouvernement avant le régime de la première alternance au Sénégal a été ainsi mené par les auteurs pour contextualiser l'émergence des nouvelles politiques du gouvernement. Les politiques agricoles du régime postcolonial prouvaient la forte volonté du pouvoir étatique de se détacher de l'économie de traite, ne profitant alors qu'aux traitants, laissant en rade les

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producteurs. L'identification des actions menée au cours des régimes socialistes basées sur l'instauration de stratégies de développement passe par la prise de mesures sur la production agricole avec la modernisation des pratiques agricoles à l'entame de programme d'ajustement structurel et une libéralisation des filières agricoles. L'avènement du régime du président Wade marqua la fin des programmes d'ajustement structurels et le début du libéralisme économique avec des efforts d'institutionnalisation, de la concertation avec les OP et une orientation du secteur centré quasi exclusivement sur l'augmentation de la production nationale.

Le document principal du Ministère de l'Agriculture et de l'Équipement Rural « Programme d'Accélération de la Cadence de l'Agriculture Sénégalaise : PRACAS », 112 pages, nous a permis de comprendre l'importance du secteur agricole dans la mise en oeuvre de stratégies de développement. Ce document traduit la vision du gouvernement de Macky Sall de faire de l'agriculture sénégalaise un levier de développement sur l'intervalle 2014-2017. Le PRACAS est basé sur le référentiel de la politique du gouvernement du président Sall, c'est-à-dire le PSE, et utilise des filières agricoles jugées prioritaires pour promouvoir l'augmentation de la production. Cette augmentation de la production passe par une modernisation du secteur à travers une mécanisation et une utilisation de semences certifiées pour augmenter les rendements. Par ailleurs, la mise à contribution de l'État s'accompagne, pour l'impulsion de chaque filière, la participation de partenaires techniques et financiers ainsi que celui du secteur privé. Ainsi, en mettant en oeuvre une stratégie pour y accéder et en définition d'un cadre parfait pour l'accompagner, le PRACAS participera à l'émergence du secteur agricole tout en prenant en compte les enjeux potentiels et trouvant des mesures d'atténuation.

22

IV-2- La collecte des données de terrain :

La collecte des données a constitué une phase essentielle pour notre étude. L'observation et un

recueil de données d'ordres qualitatives et quantitatives nous ont grandement aidés pour la rédaction de ce mémoire.

IV-2-1- Observations :

Au cours de l'observation du terrain, nous avons pu constater que la zone tend à s'urbaniser

dans la plupart des villages. Néanmoins, la carence de services sociaux de base est bien une réalité présente. Nous avons aussi constaté que malgré l'accueil chaleureux que nous avons reçu de la majeure partie des enquêtés, ces derniers nourrissent un sentiment de méfiance par rapport aux questions qui leur sont posées. À travers une observation participante, nous avons décelé chez certains un manque d'intérêt envers notre enquête, car selon eux, celle-ci rejoint les enquêtes menées préalablement dans leurs villages et ne leur servirait à rien.

IV-2-2- La collecte des données qualitatives :

La collecte des données qualitatives s'est fait sur la base d'entretiens obtenus auprès d'autorités

susceptibles de nous apporter des réponses précises aux questionnements émis. Cette phase nous a aussi permis d'acquérir certains documents auprès des services administratifs qui nous ont permis de connaitre au mieux les ambitions du projet afin de faire une étude approfondie pour définir les enjeux de l'Agropole de l'Ouest.

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Tableau 1 : Tableau synthétique des guides d'entretien

Prénom et Nom Fonction Lieu Date et heure

Gaïky Faye

Directeur de cabinet du maire de Sandiara

Mairie de Sandiara

Le 6 Décembre 2022 à 10h 13mn

Martine Diome

Troisième adjoint au maire de Sandiara

Mairie de Sandiara

Le 6 Décembre 2022 à 10h 49mn

Paul Diouf

Chef de village de Nioukh Fissel

Son domicile à

Ndioukh Fissel

Le 6 Décembre 2022 à 13h 57mn

Abdoulaye Sène

Conseiller technique du Maire de Sandiara

Son domicile à

Sessène

Le 12 décembre

2022 à 10H 48mn

Doudou Ndione

Président du GIE des

travailleurs de
Dobyfarm

Dobyfarm

Le 7 Décembre 2022 à 12h 07mn

Ngor Sène

Chef de village de Ngéniène Peulh

Son domicile à

Nguéniène Peulh

Le 13 Décembre

2022 à 15h 36mn

Momar Cissé

Chef de village de Mbourokh

Son domicile à

Mbourokh

Le 9 Décembre 2022 à 13h 47mn

Pierre Ngom

Chef de village de Roff

Son domicile à Roff

Le 14 Décembre

2022 à 11h47mn

Capitaine Bineta

Camara

Cheffe du service des

eaux et forêts de
Mbour

Au service des Eaux et Forêts

Le 19 Décembre

2022 à 10h 23mn

Mor Fassé Ndiaye

Directeur de cabinet

du maire de
Malicounda

Mairie de

Malicounda

Le 22 Décembre

2022 à 13h 54mn

Conception : Anne Marie GUEYE, 2023

IV-2-3- La collecte des données quantitatives :

Cette dernière s'est faite par l'élaboration d'un questionnaire administré aux chefs de ménages

des villages ciblés par notre enquête. Sur cette base, nous avons recueilli des réponses auprès des chefs de ménage nous ayant permis de connaitre au mieux les problèmes du secteur agricole rencontrés par ces derniers. Par ailleurs, à ces problèmes, les guides familiaux ont proposé certaines pistes pour pallier ces défaillances, mais aussi leurs impressions et attente envers le projet de l'Agropole de l'Ouest.

24

IV-3- L'échantillonnage :

L'échantillonnage a été fait sur la base des données recueillis auprès de l'ANSD émanant du

recensement de 2013. Utilisant la formule de Bernoulli l'échantillonnage a était établi avec une marge d'erreur estimé à 15%.

n= (1,96)2 N x/ (1,96) 2+ l2 x (N x-1)

n= 3,8416 x 1774/ 3,8416 + 0,0225 x 1773 = 156

? n (échantillon)= 156

? N (nombre total de ménages dans les trois communes) =1774

? L (marge d'erreur) =15%

Tableau 2 : Echantillonnage par commune

Communes Ménages Quotas ménage Pourcentage %

Malicounda

499

44

28

Nguéniène

840

74

47

Sandiara

435

38

25

Total

1774

156

100

Source : ANSD, RGPHAE 2013, conception Anne Marie GUEYE

L'étendue de notre zone d'étude (trois communes) ne nous permet pas d'administrer un questionnaire à l'ensemble des villages du territoire intercommunal. Cependant, pour assurer une représentativité et des données fiables, nous avons choisi, dans chaque commune, quatre (4) villages se situant à proximité de la forêt de Ballabougou.

Sur le terrain, nous avons par suite procédé dans certains villages au ciblage des hameaux, se trouvant au sein des villages ciblés, jugés plus proches et donc entretenant au mieux des liens d'exploitations avec la zone Agropole. Les hameaux ciblés se trouvent ainsi dans le village de Mbodiène à l'occurrence Guedj Maad et Mbodiène Peulh.

25

Tableau 3 : Echantillonnage par village

 
 
 

COMMUNES QUARTIERS MENAGES POURCENTAGE ECHANTILLON

MALICOUNDA

MBOULEME

102

6

9

MALICOUNDA

SINTHIOU MBADANE

201

11

18

MALICOUNDA

ROFF

77

4

7

MALICOUNDA

GANIABOUGOU

119

7

10

NGUENIENE

BALLABOUGOU

192

11

17

NGUENIENE

NDIEMANE

135

8

12

NGUENIENE

NGUENIENE PEULH

99

6

9

NGUENIENE

MBODIENE

414

23

36

SANDIARA

NDIOUKH FISSEL

127

7

11

SANDIARA

NDOLLOR

42

2

4

SANDIARA

SOUSSANE

127

7

11

SANDIARA

MBOUROKH

139

8

12

TOTAL

 

1774

100

156

Source : ANSD, RGPHAE 2013 ; conception Anne Marie GUEYE 2023

V- Analyse et traitement des données :

Le traitement des données recueillies s'est fait par le concours de plusieurs logiciels :

? Kobocollect pour les enquêtes quantitatives,

? Kobotoolbbox pour l'analyse et le traitement des données,

? Excel pour traduire les données obtenues en graphique,

? Word pour la rédaction du mémoire,

? ArcMap pour la réalisation des cartes,

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VI -Difficultés rencontrées :

Nous avons rencontré beaucoup de difficultés pour l'élaboration de cette étude. Les

déplacements n'étaient pas faciles et abordables du fait de l'inexistence de routes praticables dans la plupart des villages. Les déplacements entre villages n'étaient permis que par les motos Jakarta et les charrettes sur des routes rugueuses et parfois sableuses. En outre, le non-respect des rencontres fixées avec les autorités locales ont tout aussi constitué un problème au cours de la recherche. Le sujet choisi, mettant en relation intercommunalité et projet d'agropole qui sont des thèmes pas trop assimilés par certains élus ainsi que les populations, n'a pas fait l'objet de beaucoup d'étude, ce qui a rendu la recherche rude. Néanmoins, nous avons, à travers les données recueillies, complétés par une littérature axée sur les coopérations intercommunales et les projets de développement agro-industrielles, pallier ces obstacles et élaborer ce présent mémoire.

PREMIERE PARTIE : La coopération intercommunale, une porte
d'entrée vers le développement territorial.

28

INTRODUCTION :

La première partie de ce mémoire vise implicitement l'étude des coopérations intercommunales au Sénégal ainsi que la constitution de l'Entente de l'Agropole de l'Ouest comme une panacée pour le développement territorial. Cependant, pour mieux cerner ce fait, cette partie se subdivise en trois chapitres abordant chacun un thème précis.

Le premier chapitre intitulé : Le territoire intercommunal, une entité rurale tendant vers l'émergence fait office de présentation des collectivités constituant l'Entente en abordant plusieurs aspects.

Le second chapitre vise l'étude de la gestion municipale à travers la présentation de l'administration communale des collectivités de Malicounda, Nguéniène et Sandiara.

L'ultime chapitre de cette partie quant à elle analyse la coopération intercommunale au Sénégal pour arriver à cette nouvelle initiative menée par les collectivités de l'Entente qui se constitue en une structure bien élaborée visant le développement territorial.

29

Chapitre 1 : Le territoire intercommunale, une entité rurale tendant vers l'émergence Introduction partielle :

Avec la mise en exécution de la départementalisation17, un des changements majeurs apportés par l'Acte 3 de la décentralisation, l'entité administrative de Mbour fait désormais partie des 46 départements du Sénégal. Située dans la région de Thiès dans l'ouest du pays, l'entité mbouroise, avec une superficie de 1667 km2, fait dorénavant office de département et se compte parmi les trois (3) départements que compte cette région.

I-Présentation de la zone intercommunale :

La zone intercommunale de l'Agropole de l'Ouest, est un territoire composé de 3 communes (Malicounda-Nguéniène-Sandiara) sur les 16 que compte le département de Mbour. Ce territoire intercommunal aux coordonnées géographiques 14°48' nord, 16° 94' ouest (commune de Malicounda), 14°17' nord, 16°45' ouest (commune de Nguéniène) et 14°42' nord, 16°25'ouest (commune de Sandiara), couvre une superficie globale de 548,2 km2 (124 km2 pour la commune de Malicounda, 226 km2 pour la commune de Nguéniène et de 198,2 km2 pour celle de Sandiara).

Carte 1 : Localisation des communes de l'entente intercommunale

Conception Anne Marie GUEYE, 2023

17 L'Acte 3 de la décentralisation au Sénégal a procédé à l'érection du département en tant que collectivité territoriale.

30

I-1 Localisation de la zone Agropole de l'ouest

La zone de l'Agropole est située dans la région de Thiès, à 85 km au sud-est de Dakar et à

environ 10 km à l'est de l'océan Atlantique18. Partagée entre les trois communes qui composent l'Entente intercommunale de l'Agropole de l'Ouest, est une étendue forestière dénommée forêt classée de Ballabougou couvrant une superficie de 1160 ha. A cheval sur les terroirs villageois de Mbourokh, Soussane Bambara et Ballabougou, la forêt classée de Ballabougou est limitée à l'Est par le village de Ballabougou, à l'Ouest par la forêt classée de Nianing, au Nord par les villages de Mboulème et Mbourokh et au Sud par le village de Ndiamane.

Carte 2 : Localisation de la zone Agropole (forêt classée de Ballabougou)

Conception : Anne Marie GUEYE, 2023

I-2- Historique de la zone Agropole :

La zone Agropole s'étendant sur un périmètre forestier (la forêt classée de Ballabougou), a été

classée par l'arrêté n° 222 du 21 janvier 193919 dans une optique de protection de la biodiversité mais aussi des écosystèmes particuliers et fragiles. L'occupation forestière était

18 EES du projet agropole de l'entente intercommunale de Sandiara, Malicounda et Nguéniène agropole de l'ouest

19 Cet arrêté a été émis par le Gouverneur Général de l'AOF

31

marquée par la présence de petits villages et d'un daara qui sont implantés dans la forêt pour les besoins de l'agriculture.

D'un relief relativement plat, on note au sein de cette espace forestier la présence de quelques cours d'eau et des mares temporaires, alimentés essentiellement par les eaux de pluies et dont la plupart s'assèchent après l'hivernage. Constituée d'une savane arbustive très dégradée, de sols nus ainsi que de zones de cultures, la zone Agropole présentait un état de dégradation avancé liée à une exploitation arachidière très accentuée sans jachère et fortement soumise à l'érosion éolienne mais aussi à d'autres formes d'agressions qui sont surtout d'origine anthropique. L'état de dégradation avancée ainsi que la présence humaine ont été des facteurs limitant la grande présence de la faune. Néanmoins, on y notait la présence de certains mammifères tels que les primates, les rongeurs, les hyènes et les petits carnivores.

La forêt classée de Ballabougou constituait pour les populations des villages riverains et au-delà, un élément central dans leur existence au vu des multiples services socio-écologiques qu'elle leur fournit. Elle est principalement constituée de zone de pâturage. Hormis la conduite des troupeaux, les activités menées en forêt sont : le ramassage du bois mort ; la collecte de paille ; la récole de plantes médicinales (gomme, résines, écorces, racines, feuilles) ; la cueillette de fruits divers. Ces activités menées par les populations riveraines émanaient du droit d'usage tel que stipulé dans le code forestier.

En 1995, pour favoriser la régénérescence de la forêt notamment au niveau des sols nus, des contrats de cultures ont été élaborés entre les services des eaux et forêts et les populations limitrophes. Ces espaces faisaient office de zones de cultures par ces populations qui, en contrepartie, devait participer à la reforestation par la plantation d'arbres autour du périmètre de culture. Cependant, avec le déclassement de sa superficie totale par le décret n° 2020-468 du 13 Février 2020, la forêt de Ballabougou est dorénavant un espace dédié à l'érection d'un Agropole entamé par l'Entente intercommunale Malicounda-Nguéniène-Sandiara qui se partageait cette ancienne forêt.

I-3- Configuration :

Le territoire de l'entente intercommunale de l'Agropole de l'Ouest est une zone constituée de 70 villages officiels : 22 pour la commune de Malicounda et 24 pour chacune des communes de Nguéniène et Sandiara. L'architecture territoriale de ce territoire intercommunale est aussi marquée par la présence de plusieurs hameaux dont certains d'entre eux ceinturent la zone

Agropole : 66 hameaux dans la commune de Nguéniène (PDC, 2021-2026) et 8 pour la commune de Sandiara selon les informations fournies Gaiky Faye20.

Le réseau de routier des communes de l'Entente intercommunale est caractérisé par la seule présence de routes bitumées dont la RN121 et la D70522 qui traversent certains villages des communes l'Entente. La commune de Malicounda tente à résoudre ce fléau lié au déficit de routes bitumées. Outre la présence de la RN1, la commune a étendu son réseau routier par la construction de voirie de desserte ceinturant certains villages périphériques de la commune pour faciliter le déplacement des populations.

Cependant, les déplacements vers certains villages de l'intérieur des communes de Malicounda-Nguéniène-Sandiara constituent un véritable problème. Le déficit notoire de routes asphaltées pour la facilitation de l'accès à ces villages pose un réel problème de mobilité dans ces terroirs. La seule présence de routes latéritiques « rang-rang »23 tend à atténuer la difficulté de déplacement de ces villageois.

Image 1 et 2 : Routes latéritiques « rang-rang » des villages de Nguéniène Peulh et Mbourokh

32

Cliché Anne Marie Gueye, prise le 13 Décembre 2022 à 16h 26mn Cliché Anne Marie Gueye, prise le 9 Décembre 2022 à 15h 10

La présence de ces routes latéritiques ne desservit pas l'ensemble des villages des communes de l'intercommunalité. On note dans certaines zones du territoire de l'Agropole de l'Ouest telles que celle de Ballabougou, Guedj Maad24 et l'axe Mbouleme-Sinthiou Mbadane

20 Chef de cabinet du maire de Sandiara.

21 Route nationale 1 elle traverse les collectivités de Malicounda et Sandiara.

22 Route départementale représentant la seule route goudronnée qui traverse la commune de Nguéniène.

23 Appellation donnée aux routes latéritiques par les villageois de la zone intercommunale.

24 Hameau se situant dans le village de Mbodiène.

l'absence de voiries aménagées pour le déplacement des populations participant à l'enclavement de ces villages.

Toutefois, le passage du tracé de l'extension du tronçon de l'autoroute à péage au sein des communes de l'entente pourrait constituer à l'avenir un paradigme dans la mise en oeuvre de routes de raccordement goudronnées pour faciliter la mobilité au sein de l'espace intercommunale.

Image 3 et 4 : Travaux d'extension du tronçon de l'autoroute à péage traversant les communes du territoire intercommunale.

33

Cliché Anne marie Guèye prise le 6 Décembre2022 à 12h23mn cliché Anne Marie Guèye prise le 6 Décembre

2022 à 12h23 mn

Concernant le bâti, on note une forte présence d'habitats traditionnels dans certains villages. Ces habitats sont occasionnellement des cases construites en ciments et recouvertes de pailles de type maisons en banco. La clôture de ces maisons est aussi faite de pailles contournant le périmètre familial.

34

Image 5 : Type d'habitats dans certains villages

Cliché Anne Marie Guèye prise le 13 Décembre 2022 à 16h 05mn

Cependant, ce type d'habitat tend à disparaître dans ces communes. Les villageois développent une autre forme d'habitations qui se concrétisent par des constructions modernes similaires à celles implantées dans les zones urbaines. Les constructions en dur tendent à se proliférer au sein de l'espace intercommunal.

Image 6 et 7 : Constructions modernes identifiées dans un village du territoire intercommunal

Cliché Anne Marie Guèye prise le 9 Décembre 2022 à 15h 10mn

35

Cliché Anne Marie Guèye prise le 9 Décembre 2022 à 15h 10mn

L'occupation foncière est anarchique au sein des espaces villageois. Ceci est ainsi lié au déficit de lotissement au sein des communes ainsi que l'absence de Plan directeur d'urbanisme (PDU) pour la planification de l'organisation spatiale. Néanmoins, certaines collectivités tentent de de résoudre ce problème par l'élaboration de plan d'occupation du sol à Nguéniène et de plan de lotissement à Malicounda.

Le déficit d'équipements d'assainissements pose aussi un réel problème au sein du territoire de l'Entente intercommunale. Les collectivités ne disposent pas d'un réseau d'assainissement collectif. Ce manque de réseau d'assainissement augmente ainsi le risque de propagation du péril fécal au sein de ces collectivités. La gestion des ordures pose par ailleurs une autre difficulté. La faiblesse pour ne pas dire l'inexistence de système de gestion des ordures est ainsi la cause de la prolifération des dépotoirs sauvages. Cette prolifération des dépotoirs sauvages est aussi un point en prendre en compte par les autorités locales pour endiguer le risque de prolifération des maladies telles que le paludisme ou la dysenterie lié au risque de pollution des eaux souterraines par les ordures issues de ces dépotoirs.

II- Données socio-économiques : II-1- Données démographiques :

La population de l'Entente intercommunale de l'Agropole de l'Ouest a connu des mutations au cours des différents recensements. Elle a connu une croissance démographique durant les différentes périodes de recensement.

36

Tableau 4 : Evolution de la population de 1988 à 2013

Communes

Populations durant les périodes de recensement général

1988

2002

2013

MALICOUNDA

22972

28621

35728

NGUENIENE

19776

35990

23258

SANDIARA

14908

21932

28430

TERRITOIRE
INTERCOMMUNALE

57656

86543

87416

Source : ANSD, RGPHAE 1988, RGPHAE 2002, RGPHAE 2013 ; conception A.M. GUEYE, 2023

Le territoire intercommunal a connu un gain de population durant la période 1988-2013. Il se traduit par une croissance démographique fulgurante au cours de l'entre période 1988-2002, passant d'une population estimée à 57 656 âmes en 1988 à 86543 âmes en 2002, soit un surplus de 28887 habitants. Cette évolution a cependant connu une progression timide durant l'intervalle de 11 ans séparant les deux derniers recensements (2002-2013) avec une augmentation de 873 âmes. Selon les projections de la population en 2025, la croissance démographique au sein du territoire intercommunal poursuivra cette tendance au cours des 12 autres années à venir (voir graphique 1).

Graphique 1: Evolution de la population du territoire intercommunale

60000

40000

Années populations

170758

86543 87416

180000

160000

140000

120000

100000

80000

20000

0

Années

populations

2002

1

2002

86543

2013 2025

 

2

3

2013

2025

87416

170758

Source : ANSD, RGPHAE 2002 ; RGPHAE 2013, Projections de la population en 2025, Conception A.M. GUEYE, 2023

L'évolution de la population ainsi démontrée dans la graphique laisse présager un accroissement notoire de la population dans les 12 ans à venir. Les projections de l'ANSD font état d'une population estimée à 170 758 au sein des communes Malicounda-Nguéniène-Sandiara soit un croît de 83342 personnes s'ajoutant à l'effectif de 87416 habitants de l'année 2013.

37

II-1-1- Composition ethnique :

L'hétérogénéité ethnique est aussi très marquée dans la zone intercommunale. Cependant, on

note dans certains villages la dominance voir la présence d'une seule ethnie, en l'occurrence au sein des villages de Ndollor où l'on remarque la prédominance de l'ethnie sérère et à Mbodiène-peulh25 marqué par la seule présence de l'ethnie peulh. Néanmoins, outre la particularité constatée à Ndollor et à Mbodiène-peulh à dominante peulh, les villages de l'Entente garde pour l'essentiel une disparité ethnique au sein d'un même village.

Graphique 2 : Répartition des ethnies dans la zone intercommunale

24%

7%

10%

4%

55%

sérère peulh wolof bambara autres

Source : enquête de terrain Anne Marie Gueye 2022

Les données du graphique 2 attestent d'une prédominance de l'ethnie sérère au sein du territoire intercommunale qui représente un peu plus de la moitié de la population de la zone, soit 55% talonné par l'ethnie peulh (24%). On note tout aussi la présence d'autres ethnies telles que les wolofs (7%), les bambaras (10%) ainsi que d'autres ethnies diverses représentant une minorité (4%) de la population des villages enquêtés.

II-1-2- Structure de la population :

D'après nos observations au cours de l'enquête de terrain, nous remarquons que la population

est à dominante veille. Cependant, la non-connaissance de leurs âges par la grande majorité des chefs de ménages constitue un frein à l'élaboration de la tranche d'âge dominante dans la

25 Hameau dans le village de Mbodiène

38

zone intercommunale. Néanmoins, les données issues du RGPHAE de 2013 marque la prédominance des jeunes au sein du territoire intercommunal. Ces données obtenues de l'ANSD infirme ainsi notre hypothèse portant sur le fait que la population est essentiellement constitué de vieux.

Graphique 3 : Pyramide des âges des populations du territoire intercommunal

110-114 ans

100-104 ans 90-94 ans 80-84 ans 70-74 ans 60-64 ans 50-54 ans 40-44 ans 30-34 ans 20-24 ans 10-14 ans

0-4 ans

 

10000 5000 0 5000 10000 15000

Féminin Masculin

Source : ANSD, RGPHAE 2013 ; conception A.M. GUEYE 2023

L'analyse du graphique 3 montre une base élargie traduisant une population majoritairement jeune représentant un pourcentage de 63,6%. La tranche d'âge des adultes emboite le pas équivalent à un taux de 32,5% néanmoins, on note un rétrécissement flagrant de la pyramide entre l'intervalle 30-34 ans et qui se poursuit à la tranche d'âge des vieux qui représente un pourcentage de 3,9%. La jeunesse de la population est un potentiel que doit utiliser les élus locaux de l'Entente dans la mise en oeuvre des stratégies de développement territorial. Ceci contribuerait à la fixation des jeunes qui sont souvent obligés de migrer vers les zones urbaines à la recherche de travail et pour certains faire recours à l'émigration.

II-1-3- Répartition de la population :

La répartition spatiale de la population du territoire intercommunale est inégale. Cette répartition faite à partir des données issues du dernier recensement de l'ANSD installe la commune de Malicounda au premier rang (40,9%) suivie de la commune de Sandiara (32,7%) et la commune de Nguéniène qui vient en dernier avec (26,6%).

39

Graphique 4 : Répartition de la population du territoire intercommunale en 2013

45,00%

40,00%

35,00%

30,00%

25,00%

20,00%

15,00%

10,00%

5,00%

0,00%

Malicounda Nguéniène Sandiara

40,9%

26,6%

32,5%

Source ANSD, RGPHAE 2013 ; conception A.M. GUEYE 2023

Cependant, nous notons une prédominance flagrante de la gent masculine au niveau du territoire intercommunale. Notre enquête a démontré que la proportion de la population masculine, soit 66,7%, est nettement supérieur à la population féminine qui représente 33,3%. Les données du RGPHAE de 2013 confirment cette prédominance de la population masculine. Ainsi, les données recueillies auprès de l'ANSD font état d'un effectif masculin de 44 649 et d'un effectif féminin de 42 767 répertoriés au niveau du graphique 5 suivant une répartition par commune.

Graphique 5: Répartition de la population par sexe

50000

40000

35000

30000

25000

20000

15000

10000

5000

0

Malicounda

Nguéniène

Sandiara

Ensemble

Hommes

18324

11980

14345

44649

Femmes

17404

11278

14085

42767

Hommes Femmes

45000

Source : ANSD, RGPHAE 2013 ; conception A.M. GUEYE 2023

40

II-2- L'accès aux services sociaux de base :

II-2-1- Les structures sanitaires :

Au point de vue sanitaire, on note une carence des structures sanitaires dans le territoire

intercommunale. Bien vrai qu'il existe certaines structures, ces dernières sont jugées non adéquates par les populations, car n'offrant pas de services permanents ou pour d'autres ne sont plus fonctionnels. Les communes de l'Entente peinent ainsi à offrir un service sanitaire adéquat aux populations.

Graphique 6 : Infrastructures sanitaires existantes dans la zone intercommunale

20

0

Postes de santé

case de santé

cliniques

MALICOUNDA

7

16

0

NGUENIENE

5

18

2

SANDIARA

5

12

0

18

16

14

12

10

8

6

4

2

Source PDC Malicounda ; PDC Nguéniène ; PDC Sandiara, enquête de terrain A.M.GUEYE 2022

La répartition des postes et cases de santé dans le territoire intercommunal est inégale. Par rapport à l'existence de postes de santé, la commune de Malicounda enregistre le plus grand nombre avec un effectif de sept (7) postes de santé. Les communes de Nguèniène et Sandiara quant à eux enregistrent le même effectif (5 postes de santé). Cependant, la commune de Sandiara connait un déficit en poste de santé. En réalité sur les 5 postes de santé recensés seul 03 d'entre eux sont fonctionnels, les deux autres bien que faisant office de poste de santé ne sont praticables du fait que l'un est en construction et l'autre est sous-équipés. Dans certains villages de la zone intercommunale, la présence d'infrastructures sanitaires a été favorisée par les villageois avec l'appui de certains ressortissants desdits villages établi à l'extérieur notamment dans le village de Ndioukh Fissel où une case de santé y a été construite et pour d'autres par des organisations caritatives tels que la Caritas.

Les cases de santé tendent à atténuer le déficit des postes de santé et sont présentes dans la plupart des villages ciblés par nos enquêtes. La commune de Nguéniène se place au premier

41

rang comptabilisant 18 cases de santé, suivie de celle de Malicounda 16 et Sandiara 12. On note en outre l'existence d'une clinique dans la commune de Nguéniène.

Image 8 : Case de santé dans le village de Ndollor

Cliché Anne Marie Gueye prise le 7 décembre 2022 à 16h 42mn

Le déficit d'infrastructures sanitaires noté au sein de la commune de Sandiara est ainsi inquiétante, car comparativement aux normes d'implantation fixées par décret 2009-521 du 04 juin 2009, relatif à la Carte sanitaire en milieu rural, soit 01 poste de santé pour 4132 habitants, la Commune de Sandiara connait un déficit de 04 postes de santé26. Cependant, l'ouverture d'un nouvel hôpital communautaire (IMEK27 de Sandiara) pourrait endiguer cette carence de structures sanitaires.

26 Ce passage est tiré du PDC provisoire de la commune de Sandiara 2018-2023.

27 Institut Mère-Enfant de Kaolack

42

Image 9 : IMEK de Sandiara

Source : Google

II-2-2- Les infrastructures scolaires :

Des efforts considérables ont été consentis par les communes de l'Entente dans le secteur

éducatif. On note la présence de plusieurs structures scolaires dans ces collectivités.

Tableau 5 : Infrastructures scolaires existantes au sein du territoire intercommunal

 
 
 

Collectivités Préscolaires Elémentaires Moyens Secondaires Centres de

formation

 

Daaras

 
 
 

MALICOUNDA

21

38

5

3

1

37

NGUENIENE

22

41

7

1

0

20

SANDIARA

15

27

5

2

2

non spécifié

Ensemble

58

106

17

6

3

57

Source : les PDC des trois communes, Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

La priorité est accordée à l'éducation des jeunes enfants dans les communes du territoire intercommunal. On note une prédominance de structures dédiées à la petite enfance dont 58 établissements préscolaires et 106 élémentaires. L'éducation islamique emboite le pas avec l'existence de 57 daaras (ne comptabilisant pas ceux existants dans la commune de Sandiara). Le cycle moyen secondaire comptabilise un total de 17 CEM et 6 lycées. La présence de centres trois (3) centres de formations sur le territoire de l'Agropole montre l'attention particulière des autorités à l'endroit des jeunes pour leurs qualifications professionnelles.

II-3- Analyse de la pauvreté :

Situées en zone de terroir, les populations des communes de l'Entente intercommunale

Malicounda-Nguéniène-Sandiara s'activent essentiellement dans le secteur de l'agriculture et l'élevage. Ayant été sur les lieux en saison sèche, nous n'avons cependant pas eu la chance

43

d'assister aux pratiques culturales. Néanmoins, les réponses obtenues nous ont permis de confirmer que le secteur agricole est un domaine privilégié dans la zone intercommunale.

Les chefs de familles assurent, pour l'essentiel, se trouver sans emploie après la période hivernale, ce qui conduit les plus jeunes à une migration vers les centres urbains à la recherche d'emploi. La pénurie d'emplois conduit certains chefs de familles à entamer des activités commerciales pour assurer le pain quotidien de la famille. Outre ces activités, les populations trouvent parfois d'autres sources de revenus en travaillant dans des projets maraichers moyennant une redevance comprise entre 2000 et 3000fr par jour. Cependant, ces revenus sont jugés infimes par rapport aux besoins de ces populations.

Par ailleurs la présence de certaines entreprises dans la zone intercommunale tend aussi à atténuer le manque de ressources financières, car certains guides familiaux y sont employés en tant qu'ouvriers permanents ou journaliers.

Conclusion partielle :

Les trois communes de l'Entente devront ainsi poser des actes forts pour promouvoir au mieux le développement de leur zone. L'utilisation du capital humain caractérisé par une jeunesse de la population ainsi que l'amélioration des conditions de vie des habitants par le renforcement des équipements sociaux de base de ces terroirs pourraient constituer un paradigme nouveau aboutissant à une véritable émergence.

CHAPITRE 2 : La gestion municipale des communes de la zone intercommunale

Introduction partielle :

Parler de gestion municipale implique forcément un examen approfondi sur les politiques entreprises au sein des différentes échelles de gouvernance et spécialement, dans l'optique de notre étude, sur la politique de décentralisation qui est au coeur du processus de développement dans presque tous les États du monde mais a aussi entrainé des remaniements territoriaux. La décentralisation, « mode d'organisation institutionnelle qui consiste à faire gérer, par des entités administratives élues, les affaires d'une collectivité territoriale »28 est une nouvelle étape dans les liens de gouvernance entre États et collectivités. Ces initiatives de réformes ne laissant pas en rade le Sénégal qui a entrepris cette démarche depuis la période coloniale. Conscient de l'impératif d'un partage des pouvoirs dans la gestion territoriale, les autorités coloniales lançaient déjà au cours de cette période d'opprimât les jalons d'une nouvelle politique accordant plus d'autonomie aux collectivités. Ainsi, les collectivités deviennent de plus en plus autonomes et se voient attribuer de nouvelles fonctions avec notamment un transfert de compétences de l'État central vers la base pour mener une politique cohérente et efficace. Ainsi, confrontés à de nouveaux défis, les collectivités doivent mettre en oeuvre un cadre de gouvernance parfait pour mener à bien leurs missions.

I- Organigramme des communes de l'Entente

Les trois municipalités de l'Entente intercommunale de l'Agropole de l'Ouest, en dépit de leurs statuts de commune, ne présentent cependant pas le même profil de gouvernance. Ainsi, pour mieux gérer leurs nouvelles attributions et respecter les règles établies en matière de gouvernance, la mobilisation d'acteurs locaux s'impose pour asseoir une gestion locale participative afin de répondre efficacement aux besoins des populations.

44

28 Alpha Faye, article de presse seneplus

45

Schéma 1 : Organigramme commune de Malicounda

Maire

3ieme adjoint au maire

2ieme adjoint au maire

1er adjoint au maire

conseil municipal

commissions techniques

secrétaire municipal

La municipalité de Malicounda est composée, en rapport avec les données issues de son PDC (plan de développement communal), du bureau municipal composé du maire et de ses trois adjoints. En outre vient le secrétaire municipal ainsi que le conseil municipal constitué de 60 conseillers élus pour un mandat 5 ans dont 29 femmes (48%) et 31 hommes (52%).Par ailleurs, la commune a mis en place 16 commissions techniques : domaniale, élevage, urbanisme et habitat, jeunesse, cadre de vie et gestion des ressources naturelles, développement, éducation, coopération décentralisée, santé et le tourisme. La commune tente de promouvoir l'insertion féminine dans la gestion municipale en mettant à la présidence de six (6) commissions des femmes.

Schéma 2 : Organigramme commune de Nguéniène

Bureau municipal

secrétaire de l'Etat civil agent de la fiscalité

secrétaire municipale

conseil municipal Commisions technique

L'organigramme réalisé à partir des données du PDC 2021-2026 de la commune de Nguéniène montre la répartition administrative au sein de la Mairie. Nous avons le bureau municipal composé du Maire ainsi que de ses deux adjoints, ensuite vient le secrétaire municipal « dynamique et engagé »29 ainsi que le secrétaire de l'État civil et de l'agent de la fiscalité constituant des atouts considérables pour la commune. Le conseil municipal composé de 56

29 Selon le Plan de développement communal de la commune de Nguéniène (PDC 2021-2026)

46

conseillers, élus pour un mandat de 5 ans, dont 30 hommes soit (53%) et 26 femmes (47%) la municipalité pose des actes pour le respect de la parité au sein du conseil. La commune compterait 16 commissions techniques dont : la commission domaniale, l'élevage, urbanisme et habitat, jeunesse, sport et loisirs, environnement, cadre de vie et gestion des ressources naturelles, développement, éducation, coopération décentralisée, santé et le tourisme. Cependant, la commission domaniale et celle de la jeunesse sont les plus fonctionnelles.

Schéma 3 : Organigramme de la commune de Sandiara

Bureau municipal

assistant du maire

conseil municipal

directeur cabinet du Maire

chef cabinet du Maire

secrétaire municipal

Cet organigramme de la commune de Sandiara a été mis à notre disposition par le chef de cabinet du maire de Sandiara. La collectivité dispose ainsi d'un bureau municipal composé du Maire et de ses 4 adjoints (1 femme et 3 hommes), le secrétariat municipal supervise le personnel communal et s'assure de la bonne exécution chacun en ce qui le concerne des tâches qui lui sont confiées, il gère le courrier et les archives de la commune, tient la plume au conseil municipal pour la rédaction du PV30 des délibérations ; rédige le PV de délibération ainsi que les extraits de délibération ; assiste aux réunions du bureau municipal et rédige le PV ; rédige les convocations diverses et s'assure de leur acheminement aux destinataires ; reçoit le courrier de la commune ; assure en relation avec le Maire l'imputation du courrier aux personnes concernées ; coordonne la paie du personnel en rapport avec le Maire ; établit les ordres de mission en rapport le Maire31. La commune est ainsi constituée d'autres démembrements tels que le directeur de cabinet du Maire, le chef de cabinet de Maire et son

30 Abréviation de Procès-Verbal

31Présentation du rôle et mission du secrétariat municipale de la commune de Sandiara sur le site : http://www.communedesandiara.com/39-le-maire-sous-titre.html, visitée le 23 novembre 2022 à 20h 43mn

47

assistant. À côtés de ces derniers sied le conseil municipal de Sandiara d'un effectif de 56 conseillers avec une répartition égalitaire de 28 hommes et 28 femmes.

N'ayant pu avoir accès aux budgets de l'ensemble des communes de l'Entente, nous n'avons ainsi pas pu dresser un bilan sur l'évolution de ces derniers.

Conclusion partielle :

La gestion municipale nécessite le déploiement de plusieurs acteurs pour mettre en place des

initiatives de développement qui prennent en compte les besoins des populations et garantir l'efficacité de ces derniers. De fait, il importe pour l'administration communale de poser, grâce aux possibilités accordées à travers l'établissement d'actions de coopération, les jalons d'un développement territorial harmonieux et répondant aux besoins immédiats des populations.

48

Chapitre 3 : L'Entente intercommunale de Malicounda-Nguéniène-Sandiara, une
structure bien élaborée.

Introduction partielle :

Entamée dans une dynamique de correction des disparités territoriales et de l'affirmation du

niveau local, la décentralisation demeure un pilier fondamental dans les politiques publiques de tous les États du monde, y compris le Sénégal. Cette politique de décentralisation s'est accompagnée de transferts de certaines prérogatives du pouvoir central, l'État, à l'endroit des collectivités locales. La décentralisation au Sénégal, à travers les remaniements engagés tels que le découpage politico-administratif, cause de la prolifération de communes sans viabilité, la difficulté pour les collectivités à trouver des moyens financiers pour leurs projets, l'insuffisance des dotations de l'État, a fini par déstructurer l'architecture territoriale d'où la nécessité de repenser l'aménagement du territoire.

L'aménagement du territoire prône ainsi une redéfinition des échelles de gouvernance, donc la multiplicité des acteurs avec l'émergence du niveau local dans le cadre de la promotion d'une justice spatiale et d'une équité territoriale. L'émiettement territorial hérité de la colonisation et qui s'est poursuivi au cours de la période postcoloniale n'a cependant pas été sans conséquences, car ayant pour effet une prolifération de collectivités sans viabilité. Ainsi, pour assurer le développement équitable et harmonieux des territoires, il serait nécessaire pour les territoires d'entreprendre des initiatives de mutualisation à travers des coopérations intercommunales. Néanmoins, il convient de mettre en place un cadre organisationnel bien défini pour permettre à la coopération intercommunale de soutenir le développement territorial. Ce développement se fait ainsi par un appui sur les potentialités de chaque territoire à travers la territorialisation des politiques publiques.

I- Qu'est-ce que l'intercommunalité ?

La recherche de nouvelles alternatives dans la dynamique du développement territorial à

d'antan était au coeur des différentes initiatives entamées par l'autorité étatique. L'avènement des lois de décentralisations qui promeuvent une redéfinition des échelles de gouvernance par une ingérence assouplie de l'État dans les affaires locales, de même que l'octroi de plus d'autonomie aux collectivités, a ainsi marqué la prolifération de ces dernières au sein de l'architecture territoriale. La volonté d'assouplissement s'est ainsi faite de façon non maitrisée, structurant le territoire en communes sans viabilité en accentuant les problèmes liés à leurs développements. De fait, la mise en place d'un dispositif majeur sied à cet effet pour donner

49

de l'efficacité aux différentes réformes. La coopération intercommunale s'établit d'emblée en option pour accéder au mieux-être des collectivités.

Confrontés à de nombreux défis tels qu'un déficit de moyens financiers, un problème de viabilité économique, un problème de gestion des compétences transférées par l'État, entre autres, les collectivités disposent d'un nouveau cadre institutionnel à travers l'intercommunalité en vue d'asseoir un développement collectif tout en bénéficiant de l'appui étatique ainsi que de celui des partenaires. De fait, l'intercommunalité s'articule sur une notion différente de la commune, le bassin de vie que l'on peut définir comme un espace dans lequel on trouve plus ou moins les mêmes conditions socio-économiques et où on peut supposer que les populations rencontrent les mêmes difficultés, partagent les mêmes préoccupations et qu'il peut être opportun dans ce cas de rechercher des solutions communes32 (GRDR).

Traditionnellement, l'intercommunalité est le rassemblement institutionnel de plusieurs communes qui partagent un projet de développement. Pour la réalisation de ce projet, les communes mettent en commun leurs moyens et leurs ressources dans un souci d'efficacité de la gestion publique33.

La coopération intercommunale se substitue en un outil de conduite de développement territoriale dans un but de viabilisation des territoires communaux qui la structurent. Constituée a priori comme une nécessité à la reconnaissance d'une identité collective par les citoyens des communes membres, la coopération intercommunale évolue désormais vers l'alternative d'une gestion commune des problèmes communaux à travers la mise en oeuvre de projet de développement. Les études menées par le Groupe de Recherche et de réalisation pour le Développement Rural (GRDR), spécifient un mode de coopération variable selon les objectifs recherchés. Deux types d'intercommunalité se déclinent ainsi avec ses spécificités.

32 GRDR (Groupe de Recherche et de réalisation pour le Développement Rural)

33 Définition donnée par Awa Gueye Thioune dans son guide pratique : l'intercommunalité au Sénégal, un outil de coopération et de développement territorial

Tableau 6 : Formes et spécificités des intercommunalités :

Forme Mode de fonctionnement Objectifs visés

Intercommunalité de gestion

Intercommunalité de projet Fonctionne sans fiscalité propre, financée par les contributions des communes qui en sont membres et de leurs partenaires intervenant dans le territoire.

 

Caractérisée par l'existence de compétences obligatoires et selon la législation des pays, par une fiscalité propre.

La gestion commune de certains services publics locaux ou la réalisation d'équipements locaux, de manière à mieux répartir les coûts et à profiter d'économies d'échelle

La conduite collective de projets de développement local.

50

Source : Document GRDR ; conception A.M. GUEYE 2023

II- La coopération entre collectivités, un dispositif ancien au Sénégal :

Au Sénégal, l'action de mutualisation des forces entre collectivités devance la mise en place du cadre institutionnel de l'intercommunalité. Le décret n°83-1131 du 29 octobre 198334 établit la première tentative de réunification des collectivités locales répondant à des problèmes majeurs rencontrés par les communes. Néanmoins, la poursuite des découpages administratifs augmentant le nombre de communes au sein du territoire constitue un fait majeur au manque de viabilité des territoires. Ce faisant, l'installation d'un dispositif institutionnel à la coopération entre collectivités devient plus que nécessaire pour promouvoir les actions de coopération en vue de canaliser les effets des découpages.

La loi n° 96-06 du 22 mars 1996 portant code des collectivités locales au Sénégal fixe le cadre institutionnel de l'intercommunalité. Le chapitre III dudit code portant sur la Coopération et la Solidarité consacre des articles particuliers à l'intercommunalité :

- Article 14. - Les collectivités locales peuvent entreprendre des actions de coopération entre elles. Cette coopération peut se traduire par la création d'un groupement de deux

34 Décret de mise en oeuvre de la CUD (Communauté Urbaine de Dakar) regroupant les communes de Dakar-Pikine et Rufisque ayant pour rôle de la collecte des déchets et de l'éclairage public.

51

ou plusieurs collectivités ou de toute autre structure appropriée de promotion et de coordination des actions de développement dans des domaines spécifiques.

- Article 15. - Les collectivités locales peuvent individuellement ou collectivement, entreprendre avec l'Etat la réalisation de programmes d'intérêt commun.

- Article 16. - L'Etat garantit et organise le principe de solidarité entre les collectivités locales. A cet effet, il crée un fonds de dotation alimenté par son budget.

- Article 17. - Dans les conditions prévues par le présent code, les collectivités locales peuvent dans le cadre de leurs compétences propres, entreprendre des actions de coopération qui donnent lieu à des conventions avec des collectivités locales de pays étrangers ou des organismes internationaux publics ou privés de développement.

À partir de là, les collectivités locales ont la capacité juridique de s'engager dans des actions sectorielles de coopération, suivant les dispositions de la loi 96-07 du 22 mars 1996 portant transfert de neuf domaines de compétences aux collectivités, dans des ententes interrégionales, des regroupements mixtes, des ententes intercommunales, des communautés urbaines et des Groupements d'Intérêt Communautaire (GIC). Les premières initiatives intercommunales faisant suite au code s'amorcent au sein des collectivités.

Les décrets n° 2004-109335 et n°2004-109436 du 4 août 2004 oeuvrent pour une coordination entre les collectivités de l'agglomération dakaroise dans l'optique de construction et d'entretien de la voirie municipale, le nettoiement des rues, l'enlèvement des ordures ménagères, la gestion de l'éclairage public et du cimetière des naufragés du Diola ainsi que toute autre mission pouvant être confiés à la communauté. Pour apporter de l'efficacité à ces communautés, l'État décide par décret n° 2006-05 du 9 janvier 2006 le transfert du programme de gestion des déchets solides urbain à l'entente CADAK/CAR faisant suite au décret n° 2005-268 du 25 mars 2005 portant mise à disposition pour le compte de l'entente intercommunautaire de Dakar l'Agence pour la propreté de Dakar (APRODAK).

La loi n° 2013-10 du 28 décembre 2013, érige un nouveau code des collectivités territoriales au Sénégal. Cependant, les actions de coopérations sont toujours d'actualités, car le nouveau

35 Décret portant création de la CADAK (Communauté des Agglomérations de Dakar) regroupant les communes de Dakar, Pikine et Guédiawaye.

36 Décret portant création de la CAR (Communauté d'Agglomération de Rufisque) regroupant la ville de Rufisque, les communes de Bargny, Diamniadio, Sébikotane et les communautés rurales de Sangalkam et Yenne.

52

code prévoit une action de mutualisation entre collectivités aux articles 16, 17, 18 et 19. Néanmoins, la précision du cadre juridique de l'intercommunalité reste à compléter à travers des décrets sur les formes de coopération entre les collectivités territoriales.

Dans, cette dynamique, les communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara tentent de construire un modèle pour montrer que l'acte 3 de la décentralisation est une politique éclairée, visionnaire qu'on peut mettre en valeur37. Évoluant au sein d'une même aire géographique et partageant une histoire et des relations de bon voisinage, l'entente intercommunale Malicounda-Nguéniène-Sandiara participera considérablement au renforcement des liens entre les trois collectivités.

Encadré 1 : Entretien avec M. Abdoulaye Sène conseiller technique du maire de Sandiara.

Dans cet entretien, monsieur Sène nous informe sur les facteurs d'influence de l'intercommunalité entre les communes de l'Agropole de l'Ouest. Ainsi, l'existence de relations de bon voisinage entre les trois collectivités qui composent l'entente ainsi que la recherche de synergie entre les deux arrondissements (arrondissement de Sindia pour la commune de Malicounda et de Sessène pour celles de Nguéniène et de Sandiara) et le département de Mbour constituent en particulier le soubassement de cette coopération.

Cette entente intercommunale se dote, d'après les attributions qui lui sont dévolues, de la compétence de développement, de la gestion intégrée de l'Agropole ainsi que des projets connexes et de toute autre compétence que les communes membres voudront lui attribuer dans la perspective de promotion du bien-être des populations de même que du développement territorial.

1- Cadre organisationnel et fonctionnel de l'Entente intercommunale Malicounda-
Nguéniène-Sandiara :

Le document portant sur la version validé projet de charte intercommunale de l'EMNS38 fait

état du cadre organisationnel et fonctionnel de la structure. L'Entente intercommunale est

37 Extrait du discours du Docteur Serigne Guèye DIOP (maire de la commune de Sandiara) au cours de l'interview accordé à la chaîne mbourtv.net

38 Entente Malicounda-Nguéniène-Sandiara

53

administrée par un organe délibérant, le Conseil de l'Entente et un organe exécutif, le Président39.

Le conseil de l'entente est constitué de quinze (15) membres dont cinq (5) pour chaque commune. Ces quinze membres désignés par les conseils municipaux des communes membres se réunissent, selon les disposions prévus par l'article 540 de la charte, pour l'élection du bureau constitué d'un président et de deux vice-présidents. L'élection issue du conseil porte ainsi le maire de la commune de Sandiara à savoir Dr Serigne Gueye Diop au poste de président secondée respectivement par le maire de Malicounda, Maguette Sène comme premier vice-président et le maire de Nguéniène Alpha Samb, en remplacement de Magueye Ndao des suites de sa chute aux élections municipales de 2022, comme second vice-président.

Schéma 4 : Organigramme du bureau de l'Entente intercommunale

Président

2ième vice-président

1er vice-président

5 conseillers de
la commune de
Malicounda

5 conseillers de
la commune de
Nguéniène

5 conseillers de
la commune de
Sandiara

Le financement de l'intercommunalité passe par une contribution des communes membres qui donneront chacune une somme fixée par l'entente. L'État prévoit aussi, comme stipulé dans le code général des collectivités territoriales, une attribution de fonds à hauteur de 3% versés dans le budget des collectivités locales à travers les fonds de dotation.

39 Article 3 de la version validé du projet de charte de l'EMNS

40 Le Conseil élit en son sein un bureau composé d'un Président et de deux Vice-présidents choisis parmi les maires ou adjoints aux maires dans les mêmes conditions et formes que l'élection des Présidents et Vice-présidents de conseil local. Toutefois, le consensus est vivement souhaité dans l'intérêt du bon fonctionnement de l'entente.

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Encadré 2 : Entretien avec M. Mor Fassé Ndiaye directeur de cabinet du maire de Malicounda

Dans cette entrevue qui s'est tenue dans la mairie de Malicounda, le directeur de cabinet nous édifie sur les sources de financement de la structure intercommunale. D'après les propos recueillis auprès de ce dernier, ce financement proviendrait de la cotisation des communes membres donnant chacune une somme égale. Par ailleurs une contribution à hauteur de 3% des fonds alloués par l'État dans le cadre de l'accompagnement des collectivités territoriales aura tout aussi pour but de financer l'intercommunalité.

Conclusion partielle :

La recherche d'un cadre favorable à l'émergence des collectivités a participé à l'essor de la

coopération intercommunale. Les différentes lois de la décentralisation ont ainsi oeuvré à sa mise en vigueur et son application par certaines collectivités. Bien que les actions menées depuis n'aient pas encore atteint l'effet escompté, elles continuent cependant à alimenter les mesures prises pour accéder à un développement territorial harmonieux. Les trois communes de l'Entente, à travers l'étude des expériences du pays en matière de coopération intercommunale, entame un projet agricole innovant en réponse aux initiatives nationales de développement du secteur agricole qui constitue un levier pour l'émergence de leur localité mais aussi du Sénégal.

55

Deuxième partie : La mise en oeuvre d'un projet agricole, socle de
l'intercommunalité de l'Agropole de l'Ouest.

Introduction :

L'étude menée dans cette deuxième partie vise de manière significative l'analyse de la place du secteur agricole du territoire intercommunale Malicounda-Nguéniène-Sandiara ainsi que les actions déployées pour son impulsion. L'importance de ce secteur est d'autant plus prouvée dans le contexte actuel au cours de laquelle les actions de développement entrepris par l'État visent la promotion du secteur. En 2019, le sous-secteur agricole a contribué à hauteur de 9,6% à la formation du PIB et de 65,8% (ANSD)41 à la valeur ajoutée du secteur primaire. Une telle contribution de ce secteur qui occupe plus de 60% de la population active du pays attire une attention particulière des acteurs de la gouvernance territoriale sur la mise en oeuvre de stratégies adéquates qui participeront considérablement à l'impulsion économique du pays.

Au regard des nombreuses initiatives entreprises dans ce secteur, qui, en dépit des quelques rendements notables obtenus, n'atteignent pas les objectifs visés, la recherche de nouvelles voies porteuses d'innovations devient plus que nécessaires. Avec l'existence d'un cadre juridique et institutionnel satisfaisant avec la possibilité de faire du développement du secteur agricole un objet de coopération entre collectivités, sa mise en pratique ne saurait de fait constituer un problème.

Dans la deuxième partie de mémoire scindée en trois chapitres, nous allons axer le travail sur : l'étude de la place du secteur agricole dans la zone intercommunale au chapitre premier, les initiatives de développement du secteur agricole menée par les élites locaux des communes de l'Entente dans le deuxième chapitre et enfin la présentation du projet de l'agropole de l'ouest au dernier chapitre de cette partie.

56

41 Voir document portant sur la situation économique et sociale du Sénégal en 2019

57

Chapitre 1 : Le secteur agricole ; un domaine privilégié dans la zone intercommunale Introduction partielle :

La situation des communes de l'entente en milieu rural traduit le fort attachement des populations de ces terroirs à la pratique de l'agriculture et l'élevage. Le secteur agricole occupe pour l'essentiel l'ensemble des populations de ces terroirs. Cependant, malgré l'importance considérable de ce secteur, son efficacité est entravée par de nombreuses contraintes auxquelles ces acteurs peinent à trouver une solution.

I- Présentation du secteur agricole de la zone intercommunale :

Le secteur agricole, malgré son efficacité peu démontrée, demeure un secteur très prisé avec une part importante de la population active de la plupart des pays, notamment les pays africains. Ce secteur est devenu l'élément stratégique de mise en oeuvre de politiques axées sur le développement économique des pays. À travers ses sous-secteurs tels que l'agriculture, l'élevage, le maraichage, etc., le secteur agricole occupe l'essentiel de la population rurale, particulièrement celle du territoire intercommunal de l'Agropole de l'Ouest.

Tableau 7: Pratiquez-vous une activité agricole ?

Réponses Fréquence Pourcentage

OUI

154

98,7

NON

2

1,3

Total

156

100

Source : enquête de terrain Anne Marie GUEYE 2022

La quasi-totalité des habitants du territoire intercommunale pratique une activité agricole. Sur un échantillon de 156 chefs de ménages, 154 d'entre eux mène une activité agricole soit un pourcentage de 98,7% contre 1,3% ne s'y adonnant pas représentant un effectif de 2 chefs de ménages. Cette situation est d'autant plus compréhensible que ces collectivités se trouvent en zone de terroir favorable à l'exploitation des terres pour mener des activités agricoles ainsi que la pratique de l'élevage. En outre, l'indisponibilité de travail dans ce territoire est subjacente à cette situation marquée par le fort attachement au secteur agricole. Les données obtenues durant la phase de collecte traduisent parfaitement cette situation.

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Tableau 8 : Mis à part l'activité agricole pratiquez-vous une autre activité ?

Réponses Fréquence

Oui

 

31

Non

135

Source : enquête de terrain Anne Marie GUEYE 2022

L'enquête auprès des chefs de ménages a révélé qu'une bonne partie des guides familiaux de ces trois collectivités territoriales peine à trouver un travail en dehors de l'activité paysanne. En effet, 135 chefs de ménage affirment n'avoir pas de tâche à accomplir après les travaux champêtre contre 31 seulement bénéficiant d'une opportunité de travail en parallèle. Cette situation est d'autant plus compréhensible que l'essentiel des chefs de ménages de la zone ont atteint l'âge de la retraite, donc ne dispose plus de capacité physique à mener certains travaux. Les activités pratiquées par cette marge de la population sont peu diversifiées.

Graphique 7 : Diagramme de répartition des activités

31%

20%

3%

46%

commerce infirmière employé ouvrier

Source : Enquête de terrain Anne Marie GUEYE, Décembre 2022

Le graphique 7 fait état des activités pratiquées par la frange de personnes ayant une activité autre que celle champêtre. Ainsi, en conformité avec les informations collectées, la répartition des activités menées par ainsi : 12 commerçants (46%) ; 1 infirmier (3%) ; 7 personnes employées (20%) et 11 ouvriers (31%).

59

I-1- Caractéristiques du secteur agricole de la zone intercommunale :

Plusieurs facteurs caractérisent l'agriculture dans la zone intercommunale de l'agropole de l'Ouest. Elle est marquée par un potentiel foncier agricole important, facteur influent dans le développement des filières agricole avec des superficies évaluées à environ 250000ha pour la commune de Malicounda dont 12872ha effectivement exploités (PDC Malicounda), 22600ha42 pour la commune de Nguéniène. L'agriculture est essentiellement vivrière, elle est tournée vers l'autoconsommation des productions agricoles. C'est une agriculture traditionnelle marqué par l'emploi de chevaux et d'ânes pour les travaux champêtre ainsi que l'utilisation des hilaires et houes. L'agriculture est de type familial s'appuyant donc sur une main d'oeuvre essentiellement familiale. Elle est basée sur un système de polyculture avec la culture de céréales (mil, sorgho, souna), les cultures de rente avec les légumineuses (arachide, niébé), et le bissap. La culture de ces produits se fait uniquement pendant la saison des pluies et sont de fait tributaire de la saison pluviale.

Tableau 9 : A quel moment travaillez-vous dans votre exploitation agricole ?

Période de culture

fréquence pourcentage

 

Pendant la saison des pluies seulement

155

99,36

Toute l'année

1

0,64

Total

156

100

Source : Enquête de terrain Anne Marie GUEYE 2022

Les réponses fournies, par les populations, durant la phase de collecte des données confirment que l'agriculture de la zone est par essence pluviale. Sur l'échantillon des 156 personnes, 155 ont affirmé pratiquer une activité agricole, soit 99,36% contre une (1) seule personne s'adonnant à une pratique agricole dans le champ lui appartenant pendant toute l'année, soit un taux de 0,64%. Les terrains agricoles restent nus durant la saison sèche et deviennent pour la plupart des zones de pâturage en vue d'enrichir les sols en nutriments à travers les excréments des animaux pour assurer leurs rentabilités lors de la prochaine récolte. Les images ci-après permettent d'illustrer la situation des champs familiaux en saison sèche.

42 Moussa Ndour. Accaparement des terres par les promoteurs nationaux et internationaux et stratégies de survie des populations locales : le cas de la commune de Nguéniène (Mbour-Sénégal). 2020. ffhalshs03092985

Images 10 et 11 : Terrains agricole nus pendant la saison sèche

60

Cliché Anne Marie Gueye, prise le 7 Décembre 2022 à 12h 42mn cliché Anne Marie Gueye, prise le 7 Décembre 2022 à17h02mn

Cependant, les agriculteurs de ces terroirs s'adonnent exclusivement au maraichage durant la saison sèche. C'est une activité de contre-saison. On y note la production d'oignon, de poivron, de piment, de tomates, aubergine, etc. L'option de la pratique du maraichage durant cette saison s'explique par la présence plusieurs points d'eau au niveau des bas-fonds ainsi que la présence des forages permettant un approvisionnement en eaux aux cultures maraichères. De fait, la pratique de l'agriculture maraichère n'est pas un fait familial. Le maraichage est pratiqué en groupe à travers le regroupement des acteurs agricoles en association pour la mise en oeuvre d'un domaine maraicher villageois (ex : les amis de Gania)43. Or, la frange la plus importante de la population des communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara travaillent pour l'essentiel dans des projets maraichers entrepris par des acteurs étrangers installés dans l'espace villageois.

La zone intercommunale compte de nombreux projets maraichers dont le plus important est le projet Produmel appartenant à un entrepreneur espagnol. Nous avons ainsi été à l'un des nombreux domaines maraichers dudit projet se situant dans le village de Ndioukh Fissel mais les travailleurs n'ont pas voulu répondre à nos questions sans approbation de leurs supérieurs. Néanmoins, nous avons eu la chance de visiter un autre projet maraicher dénommé Dobyfarm dans le village de Ndollor, domaine dans lequel nous avons eu à rencontrer plusieurs chefs de familles et quelques jeunes dudit village s'activant aux cultures maraichères. Ce projet maraicher est loué par la plupart des habitants du village de Ndollor car se trouvant être leur principal moyen de travailler en saison sèche pour se procurer un peu d'argent.

43 Association des paysans du village de Ganiaboubou dans la pratique du maraichage

61

Encadré 3 : Entretien avec Doudou NDIONE, président du groupement d'intérêt économique des travailleurs de Dobyfarm le 7 décembre 2022

Lors de cet entretien, le sieur NDIONE nous a renseignés sur l'existence d'un contrat de partenariat entre le projet Dobyfarm et leur groupement. « Nous avons un forage à l'intérieur du domaine maraicher pour l'approvisionnement en eau. Cependant, nous avons parfois des problèmes pour l'achat du gasoil en vue d'alimenter le forage, toutefois le projet nous aide en nous fournissant du gasoil ainsi que des intrants pour les cultures ». Le président du projet nous a aussi affirmé que sur la superficie des 81 ha du projet, les 5 ha appartenaient aux villageois.

Images 12 et 13 : Projet maraicher de Dobyfarm dans le village de Ndollor, commune de Sandiara

Cliché Anne Marie Guèye prise le 7 décembre 2022 à 11h25mn Cliché Anne Marie Guèye prise le 7 décembre 2022 à 11h 29mn

Les atouts du sous-secteur de l'agriculture du territoire intercommunale peuvent être résumés ainsi :

- Existences de bas-fonds dans la plupart des villages,

- Une disponibilité des terres cultivables,

- Existence d'ouvrage de rétention des eaux pluviales,

- Disponibilité en eaux des sols avec les nappes souterraines ainsi que les eaux de surfaces,

- Présence de projets maraichers permettant aux villageois de pratiquer une activité durant la saison sèche,

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- Présence des marchés hebdomadaires dans les communes de Sandiara et de Nguéniène pour la commercialisation des productions et l'approvisionnement en produits,

- Existence de domaine agricole communautaire.

L'élevage est aussi un secteur clé du secteur agricole de la zone. Elle est la seconde activité agricole de la zone. Elle est pratiquée pour la plupart par les sérères et les peulhs les deux ethnies les plus représentatifs de la zone. On y retrouve l'élevage de bovins, caprins, volailles etc.

II- Un secteur agricole parsemé d'embûches :

La situation des sous-secteurs de l'agriculture et l'élevage dans les communes de Malicounda,

Nguéniène et Sandiara est très complexe. Les agriculteurs et éleveurs de la zone sont confrontés à de nombreuses contraintes similaires dans l'ensemble des villages des communes de l'Entente. Ces problèmes freinent la performance du secteur agricole ainsi que la compétitivité des productions au niveau des marchés.

II-1- Problèmes constatés au cours de la phase de collecte :

Les informations recueillies auprès des populations durant la phase de collecte démontrent que

le secteur agricole de ces communes est assujetti à plusieurs contraintes. La plupart des paysans de cet espace rural souffrent pour l'essentiel des mêmes « pathologies ».

a- Une production essentiellement destinée à l'autoconsommation :

Avec la diversité des filières agricoles développées dans la zone avec les cultures céréalières

(mil, sorgho, mais...), les cultures de rente (arachide), la plupart des productions de ces paysans sont destinées à la consommation familiale. La faiblesse voir le manque de revenues mensuelles, marqué par la flambée des prix des denrées alimentaires de première nécessité, conduit les populations à faire de leurs productions agricoles un moyen de subsistance pour faire face à cette situation.

63

Graphique 8 : Diagramme de répartition de la destination des productions agricoles dans la zone intercommunale

commercialisation consommation

96,19%

3,81%

Source : enquête de terrain Anne Marie GUEYE 2022

L'analyse statistique du graphique 8 conforte les allégations émises. Une partie importante de la population (96,19%) préfèrent garder leurs récoltes pour assurer la ration alimentaire familiale. Une infime partie (3,81%) des chefs de famille qui commercialisent leurs productions. Cette commercialisation est rendue possible grâce à la présence de marché hebdomadaire dans certaines communes permettant à ces paysans de commercialiser une partie de leurs cultures pour se procurer d'autres denrées telles que le riz, l'huile, le sucre pour varier de temps à autre leur alimentation.

b- Un système de production agricole archaïque :

Dans un monde dans lequel le système de mécanisation agricole est avancé, il est certes étonnant de voir des producteurs agricoles s'adonnant à un système de production dominé par l'attelage d'animaux pour assurer les travaux champêtre. Malgré l'existence d'une main d'oeuvre familiale, la complexité et la lourdeur des tâches agricoles ne saurait être pratiqué par la seule aide familiale. Ainsi, la traction animale des équidés et bovinés constituent l'alternative majeure pour assurer le labour des champs du fait du manque ou pour certains de la vétusté des machines agricoles.

Toutefois, on note la présence de certains tracteurs communautaires à l'occurrence celle de « Nguelmag »44 pour permettre le labourage des champs à certains agriculteurs nécessitant une

44 Association des jeunes du village de Ndiemane appuyé par un blanc aux villageois avec l'offre d'un tracteur pour labourer les champs, d'un terrain de 10ha et d'un forage.

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redevance de 25 000 FCFA pour les adhérents à l'association et de 30 000 FCFA pour les non-adhérents. En outre, certains projets maraichers de la zone ainsi que les collectivités contribuent aussi au labourage des champs par l'envoie de tracteurs dans les périmètres agricole moyennant une certaine somme d'argent. Cependant, en dépit des aides apportées, celles-ci n'assouvissent pas les difficultés, car le manque d'argent des paysans demeure un réel problème pour bénéficier de cette offre.

Encadré 4 : Entretien avec Ngor Senghor, chef de village de Nguéniène peulh à son domicile sis à Nguéniène Peulh

Au cours de cet entretien, le chef de village nous à informer sur la venue de certains tracteurs envoyés soit par la collectivité locale de Nguéniène, soit par les gestionnaires de certains projets agricoles se situant dans ledit village pour labourer les champs. Cependant, il nous a fourni l'information selon laquelle cette présence de tracteurs en vue de labourer les champs nécessitait une redevance de 30000 FCFA qu'ils reversent aux détenteurs des tracteurs.

Image 14 : Terrain agricole labouré par un tracteur dans le village de Nguéniène Peulh

Cliché Anne Marie Gueye prise le 13 Décembre 2022 à 16h34

Le secteur de l'élevage est aussi purement traditionnel. Les éleveurs ne disposent pas de techniques modernes leur permettant d'assurer la productivité animale. L'insuffisance, pour ne pas dire l'absence de parc de vaccination, constitue un réel frein à la performance de l'élevage, mais aussi à la survie du bétail. L'élevage se fait par l'accompagnement des troupeaux par les bergers pour le pâturage, ce qui ne favorise pas la pratique d'autres activités par les bergers. Le

65

manque de croisement entre les races modernes et locales justifie la seule présence de race de petites tailles.

c- Une faible intégration des populations aux groupements d'agriculteurs et d'éleveurs : On note dans la zone une faible appartenance des paysans et éleveurs à un groupement paysan.

Le manque d'efficacité des quelques groupements d'agriculteurs et d'éleveurs a conduit à une faible adhésion des paysans et des éleveurs aux associations existantes.

Graphique 9 : Appartenez-vous à un groupement.

160 140 120 100 80 60 40 20

0

 

141

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

15

 
 
 

OUI

NON

nombre de réponses

15

141

Source : Enquête de terrain A.M.GUEYE 2022

Les données du graphique 9 traduisant la répartition des réponses données par les villageois à la question de savoir s'ils appartiennent à un groupement révèlent que sur 156 chefs de ménages, on dénombre 15 adhérents et 141 non adhérents. Ceci dû pour les non adhérents à un manque de confiance pour certains et un manque d'efficacité pour d'autres. Néanmoins, il n'est pas étonnant qu'une grande part de la population n'adhère pas à l'organisation. En effet, la fréquence de réponse négative donnée par les 15 chefs de ménage à propos l'importance qu'ont ces groupements pour eux constitue un élément de justification de non-appartenance ou de retrait de ces producteurs.

66

TABLEAU 10 : Récapitulatif des réponses collectées sur l'importance des groupements pour certains adhérents

Ça ne nous aide pas

Aucune

Aucune importance

Le groupement d'éleveurs ne nous aide en rien

Le groupement ne nous aide en rien car on entend parler des financements mais on ne les voit pas

Si on nous donne de l'aide le groupement nous tient au courant

Ça n'a aucune importance pour nous.

Aucun car on mène nos propres initiatives

Il n'a pas encore une grande importance car nous ne disposons pas de récépissé

Aucune car il ne nous fournis pas d'aide

C'est le gouvernement qui nous donne de l'engrais à travers la mairie mais ça ne nous sert à rien, du fait qu'ils font un tirage pour voir qui va avoir ou pas

Il ne nous aide pas encore car on vient de démarrer

Source : enquête de terrain A. M. GUEYE 2022

Les réponses recueillies prouvent que les groupements existants au sein du territoire intercommunal manque d'efficacité. En effet, pour certains c'est le mode de gestion au sein de ces groupements qui pose défaut car les dirigeants font un ciblage des personnes à qui ils attribuent soit des semences ou financements qui leurs ont été alloués par les autorités.

d- Un manque de zones de pâturage :

La zone intercommunale fait ainsi face à un déficit de zone de pâturage pour le bétail. Ceci est un problème largement constaté. En effet, ce fléau est causé par la délimitation des terres en champs de cultures ainsi qu'à une disparition des étendues forestières qui servait de zone de pâturage pour le bétail. En outre, les populations indexent leurs municipalités comme instigateurs de ce manque d'espaces de pâturage du fait de l'octroi d'anciennes surfaces destinées à faire paitre le bétail à des multinationales. Ces derniers, qui, non seulement utilisent ces espaces pour mener des projets maraichers, dont les cultures en ce qui concernent le premier et le deuxième choix sont destinées au marché étranger donc à l'exportation et le troisième

67

choix au marché local, exploitent la jeunesse de ces localités et leur paient des sommes jugées dérisoires.

Le secteur agricole du territoire intercommunal traverse divers problèmes qui se résument au niveau du schéma 5

Schéma 5 : Schéma synthétique des problèmes du secteur agricole de la zone intercommunale

Divagation du bétail
pour la recherche de
nourriture

manque de zone de pâturage lié A la disparition des forêts et au bradage de ces derniers pour la mise en oeuvre de projets agricole

maladies du bétail et
manque de services
vétérinaire de
proximité

insuffisance de bonnes pistes d'acheminement des productions et d'accès aux marchés

problème de sélection des races

difficultés d'accès à
l'engrais et aux
semences certifiés

vétusté des
machines agricoles

difficultés d'accès

aux financements accaparement des
terres agricoles par des étrangers pour la mise en oeuvre de projet agicole maraicher

situation du secteur agricole

de la zone
intercommunale

invasion des champs
par les oiseaux
ravageurs et les
insectes

Difficulté d'accès à
l'eau pour les projets
maraichers de la
population

appauvrissement
des sols et début de
salinisation des
terres agricoles

manque de résultats
et de performance
agricoles

difficultés d'accès à
l'eau pendant la
saison sèche pour le
maraichage

Source : Enquête terrain A.M.GUEYE 2022

Face à ces problèmes, les populations proposent certaines solutions pour remédier à ces fléaux. Ils préconisent :

- L'octroi de financements pour soutenir le secteur ;

- Le traitement des champs pour faciliter leur régénération ainsi que la productivité du sol ;

68

- Mise à disposition des populations d'engrais à temps et en quantité suffisante, de machines telles que des tracteurs pour faciliter les récoles ;

- Le renouvellement du matériel agricole ;

- La mise en oeuvre de projet agricole communautaire ;

- La création de zones de parcours de bétail et de pâturage permet l'approvisionnement quotidien du bétail en paille ;

- Mise en place de poste de vétérinaire dans chaque village pour soigner le bétail ; - La récupération et l'octroi aux populations des terres vendues aux étrangers ;

- La multiplication des forages pour l'approvisionnement en eau des projets maraichers ; - La construction de routes praticables pour l'acheminement des récoltes.

Ces pistes repérées par les populations des trois communes méritent réflexion pour faire de ce secteur phare, qui occupe l'essentiel de la population, un levier de fortification et d'enclenchement du secteur agricole.

Conclusion partielle :

Le secteur agricole de l'entente intercommunale de l'agropole de l'ouest est sujet à de nombreuses contraintes. Face à cette situation de plus en plus alarmante dans un contexte marquée par la prise en compte de plus en plus du secteur agricole, trouver des stratégies efficaces en cohérence étroite avec les politiques publiques nationales de développement, la restructuration du tissu économique du pays à travers la réhabilitation de l'agriculture. De fait, les communes de l'entente doivent poser des actes forts pour soutenir le secteur agricole de leurs communes.

69

Chapitre 2 : Les collectivités de l'Entente, trois municipalités soucieuses du
développement agricole

Introduction partielle :

Les élus locaux des trois municipalités affichent une grande volonté à l'ascension du secteur

agricole. Les politiques prioritaires d'émergences élaborées par leurs programmes de développement affichent un souhait croissant des collectivités de rendre le secteur agricole performant et porteur de développement.

I- Une volonté affichée de promouvoir le secteur agricole :

I-1- Une aspiration commune à la promotion du secteur agricole par les communes de l'Entente :

Les trois communes de l'Entente intercommunale affiche chacune un désir ardent de

promouvoir « l'ascension » du secteur agricole de leurs collectivités. Cette aspiration à l'impulsion dudit secteur se concrétise à travers l'adoption, par les collectivités de l'Entente, d'actions prioritaires essentielles à l'impulsion du secteur agricole.

a- Malicounda une commune soucieuse du développement agricole :

Soucieuse d'une coordination de la politique locale à celle nationale, notamment PSE, la

commune de Malicounda accorde une place importante au secteur agricole aux travers d'initiatives de développement territoriale soutenues dans son plan d'actions prioritaires. La commune se donne d'entrée l'objectif d'assoir au niveau de l'axe 1 de son plan de développement communal une valorisation du potentiel de production et de transformation et amélioration de l'offre de services. Cet objectif se décline en programme et objectifs mis en parfaite harmonie dont les résultats escomptés contribueront favorablement à l'émergence du secteur agricole.

La collectivité vise un programme d'appui à la promotion des filières et chaines de valeurs axé sur l'amélioration des productions et des revenus des producteurs. Ce programme prévoit globalement un accroissement et une maîtrise des productions filières ainsi que la valorisation des productions par la maîtrise des chaines de valeur. Il permettra une insertion de plus en plus croissante des jeunes et des femmes qui bénéficieront de formations visant à améliorer leurs compétences agricoles. À travers ce programme, la municipalité procèdera de fait à des aménagements qui s'effectueront par des installations nécessaires au développement des filières agricoles. L'amélioration génétique du bétail de la collectivité ainsi que l'accès aux soins pour les troupeaux sont tout aussi pris en compte dans ce programme. Les installations

70

endigueront de fait la perte des cultures grâce aux magasins de conservation construites et permettront leurs commercialisations.

Cet axe vise un autre programme d'appui au financement des activités agricoles. L'accès aux financements qui constitue un problème soulevé par les populations pourra ainsi s'estomper par la création de ligne de crédit agricole qui va assurer et renforcer les acquis issus des retombés du premier programme.

b- Nguéniène, une collectivité qui vise l'amélioration des conditions pour soutenir le secteur agricole :

La commune de Nguéniène, identifiant le secteur agricole comme un secteur porteur de développement, se lance dans une mouvance de soutien aux activités agricole et la création d'un cadre parfait l'accompagnant. La vision soutenue par la promotion des secteurs productifs45 se décline en trois programmes : un programme d'amélioration des secteurs productifs ; un programme d'amélioration des activités de transformation et un programme de renforcement des secteurs d'appui à la production (PDC Nguéniène, 2021-2026).

Ces programmes visent plusieurs objectifs. Le soutien aux activités agropastorales passe par l'accélération des filières dans les secteurs primaires potentiels et l'impulsion productivité de la filière animale. Cela passera par le renforcement des espaces dédiés à la vaccination du cheptel et la réhabilitation des «loumas»46 qui soutiendra la commercialisation des productions.

La transformation des productions, qui est quasi nul dans la commune, pourra ainsi connaître son apogée. La mise sur pied d'unités de transformations des produits locaux qui se concentrent sur la filière laitière, les produits halieutiques et les productions agricoles donneront l'opportunité aux agriculteurs d'acquérir de nouvelles compétences. En outre, la mise en oeuvre d'un cadre parfait par le bitumage des routes facilitera les flux de productions, mais aussi assouvira parallèlement les problèmes de déplacements des populations.

45 Axe 1 de la vision : Nguéniène, pôle économiquement attrayant, soutendu (sic) par une équité sociale dans un cadre de bonne gouvernance.

46 Appellation de marché hebdomadaire

71

c- Sandiara, une commune à l'aune des innovations du secteur agricole :

La commune de Sandiara fait partie des communes qui s'inscrivent dans les dynamiques de restructuration du secteur agricole. Le renforcement des systèmes de productions agricoles et pastoraux est aussi une priorité des élites locales.

La modernisation des pratiques agricoles passe par un service de réhabilitation des installations existantes, mais émergent tout autant vers une amélioration génétique du bétail. La dynamique de renforcement des infrastructures agricoles et pastorales tend à se concrétiser dans la commune. Cette dynamique procèdera à un aménagement des zones agricoles, la mise en place d'unités de conservation et de transformations des produits agricoles. L'accès aux financements qui se concrétise par l'existence de ligne de crédit est aussi un point pris en considération par les élus locaux.

La collectivité s'aligne aussi aux objectifs d'industrialisation du secteur agricole. Les points identifiés comme porteurs du développement, notamment avec l'implication du secteur privé, s'identifient par la mise en place de Zones Économiques Spéciales (ZES) et la création d'agropoles. Les petites entreprises ne manquent pas à l'appel, car un service d'appui à travers l'existence de fonds alloués aux PME/PMI contribuera à leurs développements. Cependant, la collectivité, pour éviter des entraves à ces objectifs, opte en sus pour le renforcement du réseau routier qui se présente comme un levier fondamental pour le flux des productions dans une perspective d'industrialisation du secteur agricole.

Conclusion partielle :

Identifié comme porteur de développement, le secteur agricole occupe dorénavant une place de choix dans la mise en oeuvre de politiques publiques visant le développement. Les autorités locales convergent ainsi leurs actions vers la propulsion de ce secteur à travers sa restructuration. Néanmoins, pour une concrétisation de ces points identifiés qui se heurtent au manque de ressources financières par les collectivités, la mise à contribution de l'État et de partenaires, notamment le secteur privé, devient plus que nécessaire. Cette nouvelle tournure des politiques agricoles vers l'insertion de nouveaux acteurs se concrétise dans le territoire intercommunal par l'entame d'un projet agricole innovant dénommé Agropole de l'Ouest.

72

Chapitre 3 : L'Agropole de l'Ouest, un projet agricole innovant en appoint aux

initiatives de développement du secteur agricole.
Introduction partielle :

Situé en zone de terroir marquée par la prédominance du secteur agricole représentant la quasi-totalité des activités de la population, le territoire de l'Entente intercommunale Malicounda-Nguéniène-Sandiara dispose de nombreuses potentialités pouvant être paradigme pour la mise en oeuvre d'une stratégie de développement dudit secteur. Conscientes de ces enjeux et profitant de leur proximité géographique, sociologique et culturelle ainsi que de la disponibilité de terres pouvant faire l'objet d'un projet intercommunal, les communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara décident de créer un Agropole d'une superficie de mille cent soixante hectares (1 160 ha). Les trois communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara se sont engagées à mutualiser leurs ressources pour une gestion durable de l'Agropole dans le but de moderniser l'agriculture et l'élevage, de développer l'agro-industrie, en vue d'accroitre et de diversifier la production alimentaire47. Cette volonté commune appuyée par une ardeur de rejoindre les desseins de la décentralisation en phase avec le référentiel de l'acte 3 de la décentralisation : le PSE, dont l'un des piliers vise la transformation structurelle de l'économie du Sénégal à travers des initiatives telles que la mise au point de projet agro-industriel, les trois communes du département de Mbour s'inscrivirent dans cette nouvelle initiative par l'élaboration et la mise en oeuvre d'une Entente intercommunale pour créer l'Agropole de l'Ouest.

I- L 'Agropole de l'Ouest, un projet porté par une intercommunalité :

Au Sénégal, l'Acte III de la décentralisation est adossé à la territorialisation des politiques publiques qui induit la nécessité d'initier des alternatives susceptibles de corriger les déficiences, et de produire simultanément des progrès significatifs à l'échelle nationale et locale48. La vision qui sous-tend la territorialisation des politiques publiques est d'adapter les orientations nationales et normes sectorielles aux spécificités des territoires, afin d'assurer leur développement endogène49. Les actions de coopérations doivent prendre en considération les potentialités terriennes de chaque circonscription afin d'asseoir un projet de développement.

47 Voir document : Projet de la charte sur l'intercommunalité (Malicounda-Nguéniène-Sandiara), juin 2020

48 La territorialisation des politiques publiques au Sénégal sur le site https://taataan.sn/la-territorialisation-des-politiques-publique-au-sénégal/.

49 Territorialisation des politiques publiques : fiche thématique consulté sur le site :

http://www.finances.gouv.sn/wp-content/uploads/2018/10/G014-020-Fiche-Territorialisation-des-politiques-publiques BR.pdf.

73

Conscientes de cela, les communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara pose un acte fort par une mise en place d'une Entente intercommunale avec la grande ardeur de rejoindre les desseins du gouvernement.

À travers le nouveau cadre de référence des politiques de la gouvernance du président Sall : le PSE50, l'État vise la création de cinq (5) agropoles intégrés. En ce sens, les communes de l'Entente intercommunale Malicounda-Nguéniène-Sandiara, initie dans le cadre de leur coopération un projet agricole de grande envergure dénommé Agropole de l'Ouest.

1- Descriptif du projet :

La coopération entre les communes de Malicounda-Nguéniène-Sandiara affiche d'emblée un grand attachement des élus locaux à faire du secteur agricole le moteur du développement territorial dans cette zone.

Entreprise dans une atmosphère politique marquée par le déploiement par l'Etat de nombreuses politiques publiques visant l'émergence du Sénégal à travers le secteur agricole, la coopération de l'Entente intercommunale de l'Agropole de l'Ouest intègre la volonté étatique d'atteinte de la sécurité alimentaire. Selon Martine Diome51 cette intercommunalité a pour « but d'accroitre la production alimentaire, augmenter l'emploi dans le secteur agricole et offrir un service de soutien pour toutes les activités agricoles ».

Sous la houlette du MIPMI52, le projet Agropole de l'Ouest s'effectue sur l'emprise de la forêt de Ballabougou d'une superficie de 1160ha déclassée par décret n° 2020-468 du 13 février 2020. Ce projet vise de manière significative un encrage aux desseins de la politique nationale de développement du Sénégal. L'exploitation de la zone est confiée à Agricultiva53 pour la mise en oeuvre de l'Agropole.

a- Source de financement :

Les fonds alloués à l'opérationnalisation du projet proviennent principalement d'un investissement à hauteur de 54 milliards de l'État du Sénégal faisant suite à son programme de création d'agropoles intégrés. En outre, le budget alloué à l'Entente intercommunale a aussi pour but d'alimenter le compte du projet. Par ailleurs, dans son élocution, le maire de Sandiara, informe sur l'existence d'une source de financement d'un montant de 50 milliards attendu du

50 Plan Sénégal Emergent

51 Troisième adjoint au maire de la commune de Sandiara

52 Ministère des industries et des petites et moyennes industries, elle est chargée de piloter les projets des agropoles du Sénégal.

53 Filiale du groupe Mitrelli partenaire technique pour la mise en oeuvre du projet/

74

secteur privé. Ce financement pourrait ainsi être alloué par le groupe Mitrelli a qui les collectivités de l'Entente ont confiés l'exploitation de la zone.

b- Objectifs du projet : Le projet de l'Agropole ambitionne :

- Un accroissement significatif de la production alimentaire en favorisant la conversion de la zone intercommunale en terres agricoles productives,

- Une augmentation de l'emploi direct au sein de la région dans le secteur de l'agriculture,

- La fourniture de services de soutien et de post-récolte pour toutes les activités agricoles de la région,

- Sa constitution en un exemple de solution globale pour le développement agricole ayant un impact à long terme sur la filière agriculture, le bien-être de la population et l'amélioration des compétences agricoles de la jeunesse.

Le projet est structuré autour de quatre unités essentielles : trois centres de développement agricole, six fermes privées, un centre agro-industriel et une zone d'élevage nomade.

c- Présentation des activités prévues dans chaque unité de l'Agropole Chaque unité de gestion de l'Agropole se structure autour d'activités propres à chacune :

- Les centres de développement agricole :

D'une superficie globale de 150 ha, les centres seront répartis en aires de trois 50 ha au profit de chaque commune, ces centres emploieront 300 jeunes (100 pour chaque commune) qui seront à la fois coopérateurs, employés et actionnaires. Ces domaines agricoles seront constitués de centres de formations à la pointe de la technologie avec l'apprentissage des modes d'horticulture et d'élevage pour le grand bonheur de la jeunesse de la zone intercommunale. Les centres se composeront :

- d'espaces de formations agricoles pour la formation des jeunes - fermes de vaches laitières,

- fermes pour la production d'oeufs avec une capacité de 25000 poules pondeuses,

- des serres simples destinées à la culture de légumes dans le sol,

- des centres de logistique locale servant de lieu de stockage des besoins des centres en intrants. Ces centres comprendront aussi chacune d'un garage pour les tracteurs ainsi que d'un atelier.

75

Schéma 6 : activités constitutifs des centres de développement et de formations

centres de
logistique
s locales

serres simples

les centres de
développemen
t et de
formation

Espace de
formation
agricole

productions d'oeufs

vaches

laitères

Source: Document de présentation de l'Agropole intercommunale ; conception A.M. GUEYE 2023

- Le domaine des six fermes privées :

Le domaine se substitue en terres agricoles réparties en six (6) zones. Sur une étendue de 740 ha, la zone des six fermes privées ou encore zone agrobusiness constituera le lieu de profit de l'Agropole grâce aux redevances agricoles qui seront tirées de l'attribution des terres à des particuliers ou entreprises privées à travers un appel d'offre public. Le périmètre de l'agrobusiness comportera deux (2) exploitations agricoles privées de 250 ha chacune ainsi que quatre (4) fermes privées dont 2 de 100 ha chacune et 2 autres de 20 ha par ferme.

76

Schéma 7: Eléments constitutifs du domaine des six fermes privées

zone
d'élevage
de vaches
laitière

zone des six
fermes
privées

zone de cultures en plein champ de légumes

fermes laitières

zone de
serres
simples

Source : Document de présentation de l'Agropole intercommunale ; conception A.M. GUEYE 2023

L'installation au sein de la surface agrobusiness est accordée aux entreprises intervenant dans le secteur de l'agriculture, l'élevage, l'aquaculture, de l'industrie alimentaire ou connexe à ces secteurs54.

Au coeur des exploitations agricoles privées se projette la mise en place d'une compagnie agro-industrielle de cultures fourragères. Elle sera bâtie sur 250 ha et aura pour missions :

- l'installation de ferme laitière concourant à la production nationale de lait de qualité et quantité suffisante sous certification de la CFS55 ;

- la mise en place de zones de cultures sous serres avec la culture de légumes sous des équipements de haute performance et un système de culture perfectionné,

- l'intronisation de vergers pour la production de fruits tropicaux tels que les mangues et les papayes,

- l'implantation d'une zone consacrée à la production et au fourrage pour les troupeaux de vaches laitières.

54 Voir document de présentation des critères d'éligibilités et conditions d'installation au sein de la zone agrobusiness.

55 Compagnie Agro-industrielle de cultures fourragères

77

- Le centre agroindustriel

Prévue sur une aire de 20 ha, la zone agro-industrielle viendra en appoint au domaine des six fermes agricoles privées. Le centre offrira un service d'approvisionnement et de services nécessaires à toute la chaine de valeur agricole du domaine. L'adhésion au centre suit de fait les mêmes critères prévus pour l'installation au sein de l'agrobusiness et participera notablement au bon fonctionnement des fermes privées.

Schéma 8 : Eléments constitutifs de la zone agroindustriel

eau et
infrastructur

es

entrepot frigorifique

centre
agroindustriel

centre de
collecte
de lait

fournitu re

d'intrant

s

usine et

aprovision

nement en
aliments
pour le
bétail

commer
cialisatio
n des
produits

Source : document présentation de l'Agropole intercommunale ; conception A.M. GUEYE 2023

- La zone d'élevage nomade

Cette dernière unité de l'Agropole avec une superficie de 250 ha est appelée à concentrer toutes les associations d'éleveurs de la zone intercommunale. Des services d'accompagnement (lieu d'abreuvement, service vétérinaire, local pour le stockage du foin et des vaccins, espace ombragé, etc.) seront mis à la disposition des exploitants de la zone en vue de leur offrir un cadre propice à l'élevage.

78

Schéma 9 : Eléments constitutifs de la zone nomade d'élevage

lieux
de
vaccinat
ion

zone
nomade
d'élevag

approvi
sionnem
ent en
aliments

approvi
sionnem
ent en

eau

e

clinique de santé

Source : document de présentation de l'Agropole intercommunale ; conception A.M. GUEYE 2023

d- La gestion du projet

Les communes de l'entente de l'Agropole de l'Ouest ont pris d'un commun accord la création d'une société anonyme pour la gestion de l'Agropole. La société sera ainsi détenue par les communes qui seront actionnaires à hauteur 30% chacune et les 10% des actions restantes reviendront à l'État du Sénégal.

Par ailleurs, les trois municipalités se chargeront du recrutement d'experts dans les domaines de gestion de projet agricole qui constitueront le corps administratif de la future société. Ce corps constitué travaillera en parfaite harmonie avec les communes de Malicounda-Nguéniène-Sandiara en vue de fournir des ressources financières considérables qui seront réparties équitablement sous forme de dividende entre les trois municipalités.

Conclusion partielle :

Le projet de l'Agropole ambitionne de convertir la zone intercommunale en un territoire viable soutenu par le secteur agricole. Cette initiative en gestation qui pose les jalons de sa concrétisation à travers la pose de la première pierre de l'Agropole le 4 août 2022, laisse entrevoir un attachement fort des trois communes au développement territorial à travers l'agriculture et l'élevage. Ainsi, il sied de faire une étude approfondie du projet, de la phase de vulgarisation à son élaboration pour en faire ressortir les impacts potentiels.

79

Troisième partie : De l'entame à la finalisation, quelle analyse faire du projet
de l'Agropole de l'Ouest ?

80

Introduction :

L'euphorie crée par les lois de décentralisation mettant à contribution le niveau local dans la gestion des affaires publiques a conduit certaines collectivités à user des prérogatives leurs étant données pour mettre en oeuvre des projets concourant au développement de leurs localités. Conçus, dans une optique de propulser l'économie de leurs municipalités et agir pour le bien-être des populations, les projets entreprises par les élus semblent néanmoins répondre à certaines convictions subjectives de ces derniers. Ceci s'explique par la non-implication, pour ne pas dire la non-considération de toutes les parties prenantes au projet. Le projet de l'Agropole de l'Ouest paraît ainsi aller dans ce sens au vu de nombreuses failles constatées de la phase de vulgarisation à celle de l'approbation du projet. En dépit des failles identifiées, le projet de l'Agropole de l'Ouest pourrait se constituer en paradigme nouveau, d'autant plus qu'elle profite du soutien de l'État et de partenaires privés pour la mise en exécution des travaux. Cependant, les questions à se poser demeurent celles de : comment s'est développé le projet ? Que vise réellement le projet ? Quels en seront ses impacts ?

Face à de tels questionnements pouvant trouver une élucidation à travers une étude minutieuse du projet de l'entame à la phase d'élaboration, cette ultime partie aura pour but de faire l'analyse du projet pour tenter de donner des réponses à ces questionnements.

81

Chapitre 1 : Une phase de vulgarisation parsemée de manquements.

Introduction partielle:

L'élaboration d'un projet de territoire est une occasion d'associer étroitement les habitants

aux choix d'aménagement et de développement, à la mise en oeuvre de l'évaluation des programmes d'actions correspondants, notamment en s'appuyant sur la mise en place de conseils de développement regroupant l'ensemble des forces vives de la population56. Elle est ainsi un moment de promotion de la participation citoyenne en vue de donner au projet une réussite future à travers son appropriation par les habitants de la commune. Cependant, l'applicabilité de la consultation et l'association citoyenne demeure un champ encore peu exploité par les autorités dans la mise en oeuvre d'un projet de développement. En outre, au-delà de l'implication de la population, la mise à contribution de toutes les parties prenantes au bon déroulement du projet, particulièrement les services déconcentrés, doit être favorisée pour éviter certaines dérives du projet.

I- La mise en oeuvre du projet, une phase amplement ratée

L'élaboration d'un projet repose sur certaines conditions devant être respecté de l'entame à

l'achèvement de l'initiative. La non-implication des parties prenantes au cours de la phase de vulgarisation compromet ainsi sa compréhension, mais aussi son approbation par les populations concernées.

1- Un projet faiblement porté au niveau des partis concernés :

L'exercice du droit de participation des populations est facilité par l'association de ces derniers

dans les différents cadres de concertation instaurés au cours de la phase d'élaboration du projet. Le taux de prise de connaissance d'un projet par les habitants des territoires impliqués est tributaire des actions menées par les autorités pour en informer les populations.

Tableau 11: Données issues des réponses des populations sur la prise de connaissance de l'intercommunalité

Réponses Fréquence Pourcentage

oui

82

52,6

non

74

47,4

Total

156

100

Source : Enquête de terrain Anne Marie Gueye 2022

56 Gérard Logié : l'intercommunalité au service du projet de territoire, 302 pages

82

Le tableau 11, conçu sur la base des données obtenues au cours de nos enquêtes de terrain, représente la fréquence de réponses collectées auprès des populations sur la prise de connaissance de la coopération entre les trois municipalités. Sur un échantillon de 156 chefs de famille, 82 de ces derniers, soit un pourcentage de de 52,6%, affirment avoir pris connaissance de la coopération entre les communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara contre 74 enquêtés d'un coefficient de 47,4% n'ayant pas eu accès à l'information. Cet intervalle peu significatif (5,2%) sur les degrés de prise de connaissance du projet nous pousse au questionnement sur le rôle des collectivités territoriales de l'Entente dans la prise d'information du projet par les populations ?

Selon Paul Diouf 57 « le maire de Sandiara à l'habitude de convoquer les chefs de villages pour les tenir informé des projets de la commune »58. Ainsi, le chef de village de Ndioukh Fissel affirme avoir reçu l'information des suites d'une convocation en réunion entre la mairie et les chefs de village de la commune de Sandiara en vue de les informer sur les liens de coopération entre les trois communes en vue de la réduction du chômage, et de la possibilité pour les populations de profiter des projets de l'Agropole . Momar Cissé59corrobore les propos recueillis auprès du guide de Ndioukh Fissel.

Encadré 5 : Entretien avec Momar Cissé, Chef de village de Mbourokh le 9 décembre 2022 à 13h 47mn

Le chef de village de Mbourokh affirme la tenue de journées de consultation organisées par la commune en vue de partager le projet de l'Agropole avec la population ainsi que l'explication des objectifs et solutions qu'apportera le projet. Ainsi, selon Momar Cissé cette rencontre entre la mairie et les populations a été aussi l'occasion pour les élus de poser les jalons de la construction d'une école de formation agricole au sein du village.

Cependant, la prise de connaissance affirmée du projet, grâce à la ferme et ardente volonté des élues au respect du droit à l'information des habitants dissimule une vérité tout autre.

En réalité, l'enquête auprès des habitants des trois communes de l'Entente ne permet pas d'assurer avec véhémence l'attachement ardent des représentants locaux au recours à des

57 Chef de village de Ndioukh Fissel

58 Extrait du discours de Paul Diouf au cours notre entretien le 5 décembre 2022 à son domicile sis au village de Ndioukh Fissel

59 Chef de village de Mbourokh

83

moyens d'informations adéquates auprès des populations ainsi qu'au respect du degré d'implication de ces derniers à tous les niveaux.

Graphique 10 : Moyen de prise de connaissance de la coopération de l'Agropole de l'Ouest

120 100 80 60 40 20

0

 
 
 

JOURNEES
PUBLIQUES

RADIO

AUTRES

TOTAL

FREQUENCE

22

14

46

82

POURCENTAGE

17

27

56

100

FREQUENCE POURCENTAGE

Source : enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

S'appuyant sur les informations du graphique 10, nous portons l'affirmation selon laquelle le projet de l'intercommunalité n'a été relayé de façon convenable et approprié. En dépit des efforts consentis par les élus locaux pour une prise de connaissance du projet par la population, la mise à contribution demeure insuffisante.

De fait, 22 des enquêtés informés de la coopération, représentant un taux de 17% confirment la tenue de journées publiques d'information organisées par les municipalités au cours desquelles ils ont connu le projet. En outre, sur les 82 ayant pris connaissance du projet, 46 personnes (56%) affirment l'avoir connu par d'autres moyens, notamment à travers des discussions entre habitants et 14 autres, soit 27% autres par le concours de la radio.

Ceci se constitue de plus en entrave à l'atteinte d'un degré de compréhension aiguisé des fondements du projet par les populations.

84

Graphique 11 : Savez-vous les fondements de la coopération intercommunale ?

68%

32%

OUI NON

Source : enquête de terrain Anne Marie Gueye 2022

Les éléments du graphique 11 prouvent que le faible portage du projet auprès des populations se répercute sur l'assimilation du projet par les habitants. Bien vrai que certains pensent connaitre les objectifs déclinés par le projet (32%), la plus grande partie de ce groupe (68%) ne parvient pas à décliner la vocation du projet.

Ainsi, selon Pierre Ngom60 la consultation devrait être faite à tous les niveaux du projet pour ainsi permettre aux acteurs intervenant dans la gestion territoriale d'être informés convenablement à toutes les étapes pour promouvoir son expansion auprès des populations.

ENCADRE 6 : Entretien avec Pierre Ngom chef de village de ROFF le 14 décembre 2022 11h 47mn

Au cours de l'entretien, Monsieur Ngom affirme avoir été au tout début de la phase d'élaboration du projet convié à une réunion qui s'est tenue dans la commune de Sandiara. Cependant, outre cette rencontre, le sieur n'a plus eu l'occasion d'être associé aux processus de mise en oeuvre du projet. Ainsi, il trouve évident que les habitants n'aient pas connaissance du projet, car même ceux qui sont chargés de les en informer n'ont pas toutes les informations à communiquer.

60 Chef de village de Roff dans la commune doit Malicounda

85

L'implication ne saurait être limitée au niveau des populations seulement, mais aussi auprès de tous les services techniques concernés et nécessaires au bon déroulement du projet. Une autre faille sera révélée à ce niveau.

En effet, nous avions effectué une visite au service départemental de l'élevage de Mbour le 19 décembre 2022 en vue de rencontrer l'inspecteur Dia61. N'étant pas sur les lieux, nous avons eu l'occasion d'entretenir une communication téléphonique avec ce dernier le 21 décembre 2022 à 11h 49mn, entretien durant laquelle l'inspecteur Dia affirme n'avoir aucune information concernant le projet.

La prise en compte de ces lacunes par les élus intercommunaux constituerait ainsi un tournant décisif dans la réussite du projet.

2- La forêt de Ballabougou, une zone vitale déclassée sans consensus et implication des partis concernés

Les communes de la zone intercommunale font face à une longue histoire liée à l'accaparement des terres par les pouvoirs locaux au profit d'entreprises privées. Ce bradage des terres s'est poursuivi durant les différents magistères passant par l'octroi de terres à des privées qui pour l'essentiel sont des étrangers au déclassement de zone initialement classée en vue de la préservation des écosystèmes. Un autre type d'affectation du foncier rural à travers des affectations à des nationaux ne résidant pas dans ces zones est un tout autre problème noté au cours du magistère du président Wade. Ce type d'affections concerne des privés nationaux qui appartiennent à l'élite politique, religieuse, militaire, etc. ou qui font partie de la clientèle du parti politique au pouvoir (Faye et al, 2011)62. Ce phénomène n'a pas tardé à être souligné par le chef de village de Nguéniène peulh fustigeant les projets issus de la GOANA qui ont contribué à l'arrachement des terres aux populations pour le compte des promoteurs et de certains fonctionnaires, à savoir les colonels pour initier des projets pour le bonheur de ces derniers. Face à cet accaparement accru de terres dénoncé par la plupart des populations du territoire intercommunale le déclassement de la forêt de Ballabougou, régulateur social entre pasteurs et agriculteurs du territoire, constituera une nouvelle menace pour le pastoralisme.

61 Chargé de la direction du service départemental de l'élevage de Mbour

62 FAYE I.M., BENKAHLA A., TOURE O., SECK S.M., BA C.O., 2011, Les acquisitions des terres à grande
échelle au Sénégal : description d'un nouveau phénomène, Initiative Prospective Agricole et Rurale, 45 pages

86

a- Quelle étude faire de la forêt de Ballabougou

Important domaine de subsistance pour le bétail des populations du département de Mbour, la

forêt de Ballabougou située aux limites partagées entre les trois communes de l'entente de l'Agropole de l'Ouest est un lieu bien connu par les populations de ces territoires.

Tableau 12 : Connaissez-vous la forêt de Ballabougou ?

Réponses Fréquence pourcentage

Oui

133

86,26%

Non

23

14,74%

total

156

100%

Source : Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

La forêt de Ballabougou est un lieu bien connu par les populations du territoire intercommunal. En effet, 133 chefs de famille (86,26%) connaissent la zone contre 23 autres (14,74%) des pères de famille enquêtés ne la connaissant pas. Cependant, la connaissance de la zone par ces habitants n'entraine pas nécessairement pour ces derniers l'exploitation de la zone. En dépit de leurs proximités géographiques avec la forêt, les habitants des villages ciblés au cours de notre enquête de terrain ne trouvent pas pour l'essentiel le besoin d'exploitation de la forêt.

Graphique 12 : Exploitiez-vous la forêt de Ballabougou ?

74%

26%

oui

non

Source : Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

L'analyse du graphique 12 prouve la faible exploitation de la forêt par les villages environnants. Un seuil de 26% des habitants exploitait la zone contre 74% ne l'exploitant pas.

87

L'exploitation menée par cette marge est liés pour l'essentiel à des activités liées à l'élevage ainsi qu'au besoin d'approvisionnement en bois ou paille pour le bétail domestique.

Tableau 13 : Si oui, quel type d'exploitation ?

Valeurs Fréquence Pourcentage

Zone de pâturage

25

60,97

Approvisionnement en bois et paille

12

29,27

Pratiques culturales

4

9,76

Total

41

100

Source : Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

La nature des rapports entretenus avec la forêt révèle que sur un total de 41 chefs de familles ayant exploité la zone, un pourcentage de 60,97% d'entre eux trouvait en cette forêt un lieu de pâturage pour leurs bétails contre 29,27 pour l'approvisionnement en bois et paille et 9,76% pour des besoins de pratiques culturales. Cette situation s'explique par le fait que la forêt fut un lieu à vocation pastorale. En effet, elle est décrite par les habitants de la zone comme un lieu de pâturage pour l'ensemble des éleveurs du département de Mbour ainsi que des départements environnants. Ainsi, nous sommes tentés de nous demander si la faible exploitation de la forêt par les villages environnants ne s'expliquerait-elle pas par une pratique encore timide de l'élevage par ces villageois ?

Graphique 13 : Quel type d'activité agricole pratiquez-vous ?

AGRICULTURE ET MARAICHAGE

 

Agriculture

Elevage

Agriculture et
maraichage

agriculture et
elevage

effectifs

59

22

23

52

AGRICULTURE ET ELEVAGE

AG

CULTURE

ELEVAGE

0 10 20 30 40 50 60 70

22

23

52

59

Source : Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

88

La timidité de la pratique de l'élevage dans les villages ciblés au cours de nos enquêtes explique ainsi la faible exploitation de la forêt par ces derniers (voir graphique 12). Le ciblage de ces villages a été fait par rapport à leurs proximités avec la zone Agropole, mais on note que la forêt de Ballabougou n'était pas sujette à des usages exclusivement réservés aux habitants de ses villages, mais que son rayon de polarisation s'étendait à l'échelle départementale. C'est ainsi que son déclassement enclenchera de vives mouvements de contestations quant à l'importance qu'elle avait pour le pastoralisme de l'ensemble de la région.

Graphique 14 : Le choix du site avait-il suscité des mouvements de contestations ?

Fréquence

150

0

6

Non

NE sais pas

160

140

120

100

80

60

40

20

0

OUI

150

0 6

Source : Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

L'examen du graphique 14 conforte l'allégation introduite selon laquelle le déclassement de la forêt constitue une nouvelle menace pour l'élevage de la zone. Les réponses obtenues ayant concouru à la réalisation du graphique ci-dessus, prouvent l'existence de mouvements d'humeur contre le déclassement de la forêt de Ballabougou. Ces contestations ont été menées selon les populations par les éleveurs, car la forêt constitue leur seul lieu de pâturage dû au manque ardu d'espaces de pâturages. Une telle opposition des populations au déclassement de la forêt incite un questionnement sur la qualité de la gouvernance forestière dans la zone.

La participation citoyenne est tout aussi recourue dans les questions concernant le domaine forestier. De fait, une bonne gouvernance dans le secteur forestier se caractérise principalement par le respect de la primauté du droit, des mécanismes transparents de prise de décisions, une corruption limitée, la prise en compte des avis de toutes les parties prenantes, un cadre règlementaire non abusif, un appareil exécutif comptable de ses actions, et une société civile forte qui participe à la gestion du secteur et aux affaires publiques en général, et

89

qui respecte la loi63. Ainsi, elle doit, avec implication de tous les acteurs territoriaux, veiller à la gestion durable des ressources forestières pour assurer un cadre de vie favorable aux populations qui en tirent profit.

Graphique 15 : Aviez-vous été impliqués dans le choix du site d'implantation de l'Agropole ?

OUI NON

94%

6%

Source : Enquête de terrain Anne Marie Guèye 2022

Nous référant aux informations fournies par le graphique 15, on note une faible implication des populations dans le processus de choix de la forêt de Ballabougou comme lieu d'implantation du futur Agropole. Ceci induit forcément à l'existence d'un fort taux de non-implication, soit 96% contre 6% de chefs de ménages impliqués. Cependant, cette implication notée n'a été qu'à titre informatif, car selon cette proportion de personnes impliquées, elle s'est faite à travers des journées d'informations sur l'élaboration d'un projet au sein de ladite forêt. Ainsi, si la question de l'implication citoyenne soulevée dans notre étude s'avérait participative, l'existence de contestations n'aurait certainement pas constitué un point négatif dans le processus de vulgarisation du projet.

Dans le rapport de présentation du décret64, portant déclassement d'une superficie de la forêt classée de Ballabougou au profit de l'Entente intercommunale Malicounda, Nguéniène et Sandiara, il est décrété en l'article 2 que l'entente réalise une étude d'impact environnemental et social au regard de la forêt classée de Ballabougou et prend en charge le financement du plan

63 Analyse de la gouvernance forestière au Sénégal : Etude commandité par Initiative Prospective Agricole et Rural.

64 Rapport publié dans le journal officiel de la République par le ministère de l'Environnement et du développement durable du Sénégal le 17 mars 2020 durable.

90

de gestion environnemental et social. Ainsi, par cet article, la réalisation de l'étude environnementale et sociale est ainsi requise dans la phase concernant la faisabilité du projet, donc avant toute prise de décision et d'adoption du projet. Le document de présentation65 de la séance du 05 mai 2021 tenu à Thiès avait pour but d'identifier des objectifs attendues de l'étude d'impact environnemental et social, mais ne décline pas les enjeux liés à l'établissement du projet de l'Agropole. En sus, les allégations du capitaine Bineta Ndiaye66 laissent penser que le projet, malgré ses objectifs déclinés, montre d'emblée d'énormes limites quant à la prise en considération des effets du projet sur l'environnement.

En dépit des recommandations émises par le ministère de l'Environnement et du développement durable, on note l'approbation du projet ainsi que l'exécution des travaux de réalisation de l'Agropole. La cérémonie de pose de la première pierre de l'Agropole, tenue le 04 août 2022 à Ballabougou, marque le début d'un projet de grande envergure sans la présentation au préalable de l'étude d'impact environnemental et social déclinant son incidence sur la biodiversité de la zone ainsi que sur la vie des populations.

ENCADRE 7 : Entretien avec Bineta Ndiaye : Capitaine du service des Eaux et Forêt de Mbour le 19 décembre 2022

Au cours de cet entretien réalisé dans les locaux du service des Eaux et forêts de Mbour, la capitaine Bineta Ndiaye nous révèle n'avoir pas connaissance des suites du projet de l'Agropole depuis son déclassement. De fait, elle dit n'avoir eu connaissance de l'entame d'une étude d'impacts environnementale et sociale, car n'ayant pas reçu l'information sur la réalisation de celle-ci.

Conclusion partielle :

Le consensus doit être recherché dans toute initiative visant la mise en oeuvre d'un projet de

territoire. Ceci nécessite l'implication de toutes les entités nécessaires au bon déroulement du projet. Malheureusement, ce terrain demeure encore peu exploité par les élites locales quant à la mise en oeuvre d'un projet de développement territoriale. L'option d'une gestion politique à laquelle ont recours les élues porte souvent les projets vers une direction pas clairement déclinée, porteurs de nombreux enjeux.

65 Document de présentation des objectifs de l'étude environnementale et sociale du projet agropole de l'entente intercommunale de Sandiara, Malicounda et Ngueniene.

66 Cheffe du service des Eaux et forêts de Mbour

91

Chapitre 2 : Analyse des impacts positifs induits par le projet de l'Agropole de l'Ouest.

Introduction partielle :

La mise en oeuvre d'un projet est souvent porteuses de nombreux enjeux. Le projet de

l'Agropole de l'Ouest n'échappe pas à cette règle. Le projet évolue dans un cadre parfait pouvant faciliter les flux commerciaux avec les travaux d'extension de l'autoroute à péage dans la zone, la proximité avec le port de Ndayane mais aussi l'approvisionnement en eaux permis par les aquifères et en électricité avec la nouvelle centrale électrique de Malicounda. Grâce à ses activités et aménagements attendues, l'Agropole de l'Ouest pourrait impacter positivement le secteur économique, la production agricole, mais aussi les conditions de vie et du savoir-faire des populations.

I- Impacts induits par les activités du projet de l'Agropole de l'Ouest

a- Impacts des activités des trois centres de formation et de développement : Les activités attendues au niveau des trois centres de formation et de développement

participeront à la création d'emploi décent par la mise en fonction de plus de 600 personnes qui percevront environ 2 millions d'euros par an67. En outre, elles permettront l'acquisition de nouvelles compétences agricoles par les jeunes du territoire intercommunal à travers une formation qualifiante en classe et sur le terrain. Cette formation pourra non seulement faciliter la mise en place par les jeunes de leurs propres exploitations agricoles, mais aussi accentuer la pratique de l'horticulture qui demeure une filière faiblement exploitée par les populations. L'élevage de 500 brebis Ladoum au sein de cet espace avec une estimation de vente à hauteur 1000 têtes par an contribuerait à l'atteinte progressive de l'autosuffisance en viande mais aussi en moutons pour la fête de la Tabaski.

b- Impacts des activités de la zone nomade

La zone nomade s'étendant sur une aire de 250 ha aura aussi un impact considérable sur le

sous-secteur de l'élevage de la zone. À travers le regroupement du bétail des éleveurs du territoire intercommunal, passant par la sédentarisation des troupeaux au sein de l'espace aménagé et la mise à disposition de tous les besoins en élevage : lieu de vaccination, de fourrage, de paille, d'abreuvoirs, d'espaces ombragés et de cultures fourragères, la zone de bétail participera à l'atténuation du conflit entre berger et agriculteurs lié à la divagation du

67 EES DU PROJET AGROPOLE DE L'ENTENTE INTERCOMMUNALE DE SANDIARA, MALICOUNDA & NGUENIENE AGROPOLE DE L'OUEST.

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bétail. En outre, l'offre de semences d'amélioration génétique permettra l'amélioration des races du cheptel de la zone et augmentera la production de lait et de viande du bétail.

c- Impacts des activités du centre agro-industriel

Le centre agro-industriel s'érigerait en aubaine pour le secteur agricole de la zone. Le centre pourra ainsi permettre l'augmentation de la production agricole des populations par l'offre de services agricole, notamment la mise en vente d'intrants et d'extrants tels que l'engrais, les semences de qualité, des pesticides pour la protection des récoltes, d'aliments pour les animaux, mais aussi la mise en location de tracteurs et de matériels agricoles qui s'érigeait en véritable problème pour accroissement du rendement agricole des ruraux. À l'amélioration attendue de la production, le centre permettra le développement de la production avicole avec un domaine destiné à l'élevage de poules pondeuses, mais aussi la facilitation du stockage et de la commercialisation des productions allant de l'emballage des récoltes en passant par leurs entreposages frigorifiques jusqu'à leurs commercialisations au niveau du marché. Ce centre constituera aussi une importante source de revenu pour l'Agropole s'estimant à 5 milliards de chiffres d'affaires68. A la pointe de la technologie, le centre offrira non seulement un cadre parfait aux entreprises agro-industrielles et à la population, mais aussi contribuera à l'amélioration des savoirs faire à travers une formation agricole et d'élevage des poules pondeuses.

d- Impacts des activités du domaine des six fermes privées

Le domaine des six fermes privées et ultra-modernes, encore appelé zone agrobusiness, se constituera comme lieu pourvoyeur de fonds à l'Agropole. Les conditions d'installations dans le périmètre de la zone agrobusiness stipulant : le paiement de droits d'entrée à hauteur d'un million (1 000 000) de francs CFA par hectare, payables une seule fois, paiement d'une redevance agricole de 500 000 francs CFA par ha et par an, engagement de démarrage du projet au plus tard six (6) mois après l'octroi du terrain69, feront de la zone un véritable capteur de ressources financière améliorant significativement le revenu des trois communes de l'Entente. La zone participera également à la création d'emplois grâce à l'incitation de création d'au moins 10 emplois par ha et d'un accueil d'au moins 10 stagiaires venant des lycées agricoles70. La prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux qui sont stipulés comme critère

68 Voir document de présentation de l'Agropole intercommunal

69 Voir les conditions d'installation dans la zone agricole dans le document portant sur les critères d'éligibilité et d'installation dans la zone

70 Critère d'éligibilité des investisseurs dans la zone agrobusiness

d'installation dans ladite zone avec la RSE71 pourront cependant constituer un facteur limitant des impacts potentiellement négatifs des activités de ces entreprises sur les populations, mais aussi sur le cadre environnemental. Les activités attendues dans la zone participeront singulièrement à l'augmentation de la production des filières retenues par le projet.

La compagnie agro-industrielle contribuera aussi aux objectifs d'atteinte de la souveraineté alimentaire par le développement des filières prioritaires retenues. La compagnie, par la priorisation de la filière laitière et horticole, consentira à une production de 10000 litres de lait par jour issue de vaches à haut rendement avec une alimentation uniquement par RTM72 ; à l'augmentation de la production horticole par la culture de légumes sous serres, une culture de melons en plein air destinée à l'exportation et à la création de zone de vergers accroissant la production de fruits tropicaux.

L'installation d'une usine de transformation du lait au sein de l'exploitation permettra un traitement approprié du lait ainsi que la production de produits dérivés du lait tels que le lait en poudre, le yaourt, le lait concentré et d'autres produits laitier. Cette capacité de production et de transformation du lait participera grandement à la réduction de la facture laitière du pays.

II- Impacts potentiellement positifs induits par les installations et infrastructures

du projet

L'aménagement de l'Agropole devra répondre à la mise en oeuvre de nombreuses infrastructures. L'enclavement de la zone Agropole et la non-existence de routes bitumées se constituerait en mauvais souvenir grâce aux installations issues de l'Agropole. Les voies de raccordements à la route nationale prévues dans le but de faciliter les flux engendrés par les activités de l'Agropole participeront à l'assouvissement du problème de déplacement des populations. En outre, ces installations pourront tout aussi pallier le déficit d'approvisionnement en eau ainsi que l'électrification des villages environnants.

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71 Responsabilité Sociétale des Entreprises

72 Ration Totalement Mélangée

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ENCADRE 8: Entretien avec Martine Diome troisième adjointe au maire de Sandiara et membre du conseil de l'entente intercommunal le 05 décembre 2022 à 11h 49mn à la mairie de Sandiara

Au cours de cet entretien, madame Martine Diome nous informe de la mise en place de VRD (voiries et réseaux divers) par le projet. Cependant, à elle de spécifier qu'une décision de ne pas clôturer la zone a été prise pour éviter son enclavement, mais aussi de permettre aux villages environnants de profiter des installations. Ainsi, selon la troisième adjointe au maire, les populations riveraines pourront s'approvisionner en eaux grâce aux aménagements de l'Agropole.

Outre les retombés issus des aménagements recourus par le projet, l'espérance d'une participation des investisseurs privés au développement d'infrastructures et de services sociaux de base dans l'optique de la responsabilité sociétale des entreprises peut tout aussi être nourrie.

Conclusion partielle :

Le projet Agropole de l'Ouest de par sa conception prévoit une innovation majeure du secteur

agricole dans la zone intercommunale, mais aussi au niveau régional. À travers les différentes filières ciblées, la zone de transformation agro-industrielle du territoire intercommunal impactera positivement les sous-secteurs de l'agriculture et l'élevage, mais participera aussi à un accroissement significatif des revenus des populations ainsi que ceux des municipalités de l'entente. En outre, les installations et aménagements, pourront tout aussi influer indubitablement à l'amélioration du cadre de vie des villages environnants. Nonobstant, le projet est tout aussi sujet à certains points négatifs qui méritent d'être soulevés dans cette étude.

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Chapitre 3 : Analyse des impacts négatifs induits par le projet de l'Agropole de

l'Ouest :

Introduction partielle :

Tout comme l'analyse des activités retenues par le projet puisse impacter positivement

l'économie et les sous-secteurs agricoles ciblés, une tout autre analyse démontre une forte probabilité d'engendrement d'effets négatifs. Dans un contexte marqué par une croissance accrue de la perte de zones pastorales causées pour l'essentiel par un accaparement accrue du foncier rural, le déclassement de la surface forestière de Ballabougou vient ainsi accroître le problème lié à la perte des zones pastorales. En outre, les activités attendues du projet peuvent tout aussi être un moyen de dégradation du cadre environnementale mais surtout effriter les problèmes rencontrés par l'agriculture familiale.

I- Impacts négatifs liés au déclassement de la forêt et aux activités de

l'Agropole :

Les procédés de classement et déclassement d'une forêt sont ainsi établies selon des dispositifs

prévus par la loi 2018-25 du 12 novembre 201873. En sa section 5 intitulée Du classement et du déclassement, la loi instaure en l'article 27 de cette section que « Le déclassement d'une forêt ou d'une terre à vocation forestière ne peut intervenir que pour un motif d'intérêt général ou de transfert des responsabilités de l'État en matière de gestion forestière au profit d'une collectivité territoriale qui garantit la pérennité de la forêt ». Dans un contexte de désertification accrue conduisant à la perte de l'écosystème dû aux effets du changement climatiques et à un déficit flagrant de lieux de pâturage au sein des villages de Malicounda, Nguéniène et Sandiara, quels impacts engendreront le déclassement de la forêt de Ballabougou ?

a- Une intensification de la perte des zones pastorales

L'importance affichée de la forêt dans le secteur de l'élevage est grandement démontrée grâce

aux réponses fournies par les populations des villages environnants. La zone est décrite par l'ensemble des chefs de ménages comme un important lieu de pâturage servant non seulement de lieu de subsistance pour le bétail, mais aussi constitue un important lieu de transhumance d'éleveurs des départements environnants en période hivernale. De fait, la forêt participait de manière significative à l'atténuation des conflits entre agriculteurs et éleveurs.

73 Loi portant nouveau code forestier adopté sous le régime du président de la République Macky SALL

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Les aléas climatiques et les dégâts engendrés ne laissent pas en rade la zone de l'entente. La perte des forêts proches des lieux de pâturage proche des habitations a été un problème tout autant soulevé par les populations.

Image 15 et 16 : paysage forestier à Mbourokh et à Ndollor

Source : clichée Anne Marie Guèye prise le 9 Décembre 2022 à 13h 44mn

Source : clichée Anne Marie Guèye prise le 7 Décembre 2022 à 12 42mn

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Image 17 : paysage forestier à Guedj Maad

Source : clichée Anne Marie Guèye prise le 15 Décembre2022 à 11h28mn

Outre les conséquences des aléas climatiques, les effets induits par l'octroi des terres constituant d'anciennes zones de pâture viennent emboiter le pas. Différents mouvements de contestations faisant suite à des délibérations de terres au profit de multinationales ont été répertoriés dans la zone. Des conflits fonciers ont été notés dans certains villages des communes de l'Entente à l'image du différend opposant les éleveurs du village de Ballabougou et la commune de Nguéniène qui, après délibération, a concédé au projet Produmel 100 ha des terres du village qui constituait le seul espace restant à la population pour faire paître leurs troupeaux74. La récurrence du problème d'octroi de terres à des entreprises a ainsi fait couler de l'encre. En effet, les études de Cicodev en 2010 montrent qu'en l'espace de 10 ans (2000 à 2010), 650 000 hectares ont été octroyés à 17 investisseurs privés étrangers ou nationaux, soit 16% des terres arabes (sic) du Sénégal75.

Constituant d'anciennes zones pastorales, les délibérations émises, par les municipalités visant l'octroi de terres à des entreprises privées, ont fini par faire perdre aux populations autochtones

74 Selon une littérature tirée du net sur le site http://www.mbour.info, consulté le 19/07/2023 à 20h13mn

75 Moussa Ndour Accaparement des terres par les promoteurs nationaux et internationaux et stratégies de survie des populations locales : le cas de la commune de Nguéniène (Mbour-Sénégal). 2020. ffhalshs03092985

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des espaces essentiels pour la pratique de l'élevage. Le déclassement de la superficie de 1160 ha de la forêt de Ballabougou, espace partagé entre les trois communes initiatrices du projet de l'Agropole, affectera de surcroît la transhumance des troupeaux qui disposait de la forêt comme zone de pâturage. Le projet de l'Agropole de l'Ouest concentré pour l'essentiel sur le développement des agro-industries (avec une surface évaluée à 740 ha sur une superficie totale de 1160 ha) va procéder de fait à l'attribution d'une ancienne surface vouée à l'élevage constituant un des rares espaces d'abreuvement et de transhumance des troupeaux de la région à des entreprises privées. L'objectif du gouvernement promouvant une transformation structurelle de l'économie passant par l'industrialisation des secteurs qui soutiennent l'économie témoigne de la priorisation du développement des agro-industries dans le projet.

b- Une dégradation du cadre environnementale

La question environnementale ne saurait être banalisée dans ce projet du fait son implantation au sein de l'une des nombreuses forêts classées du Sénégal.

Le classement d'une forêt fait suite à une recherche de préservation de la végétation et de la biodiversité. La dégradation de plus en plus croissante du cadre environnementale notée au sein des collectivités avec notamment la faiblesse relative de la biodiversité locale, une végétation montrant par endroit de véritables signes de dégradation avancée, la disparition de la faune liée intimement à la perte de la végétation des suites d'actions anthropiques, une forte dégradation liée à la pression des terres de culture, à l'exploitation abusive et anarchique des ligneux, à la sécheresse et aux feux de brousse expliquant la raréfaction, voire la disparition de certaines essences forestières76 demeurent des problèmes majeurs au sein des collectivités de l'Entente.

En effet, si les premières théories sur la désertification avaient mis en avant le rôle de la surexploitation du milieu par l'homme, telles que le surpâturage, l'abattage d'arbres ou l'agriculture extensive, on observe que la diffusion de stratégies paysannes efficaces permet une amélioration du couvert ligneux dans de nombreux secteurs sahéliens.77 Ces stratégies déployées passent dans l'ancienne forêt de Ballabougou, selon le capitaine Bineta Ndiaye, par l'existence de contrats de cultures avec les populations qui constituait un moyen de reboisement de la forêt de Ballabougou par incitation des agriculteurs implantés dans la forêt à la plantation

76 Voir PDC Malicounda, PDC Nguéniène (2021-2026) et PDC Sandiara (2018-2023)

77 Benoit Toulouse : Utilisation et gestion de la savane arborée par les sociétés rurales au Sahel. Le cas de la forêt classée de Nianing (Sénégal) consulté sur le site www.cairn.info, pages 153 à 170

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de végétaux dans le périmètre après les récoltes pour promouvoir la régénération du couvert végétal.

Par manque de données fiables sur la biodiversité de la forêt, mesurer l'incidence directe du déclassement de la forêt et des activités de l'Agropole sur celle-ci s'avèrerait non fiable. Néanmoins, au regard du paysage forestier existant au sein du territoire intercommunal et de sa position géographique par rapport à la forêt classée de Nianing, une analyse minutieuse de leurs impacts sur ce dernier est plus que nécessaire.

Le déclassement de la forêt de Ballabougou, qui s'est avérée être un important domaine forestier pour l'ensemble des populations du département de Mbour, compromettra ainsi l'existence d'étendue forestière dans le territoire qui s'élevait à trois domaines forestiers78 dans le périmètre des collectivités de l'entente intercommunale.

Carte 3: Etendues forestières existantes dans la zone intercommunale

Conception : Anne Marie GUEYE 2023

En outre, la convoitise des forêts de la zone par les élites locales pour la mise en place de projet d'intérêt publique a participé à l'exacerbation de la perte des zones forestière. Le projet de

78 La forêt classée de Nianing (3100 ha) située dans la commune de Malicounda et la forêt classée de Joal (22776 ha) au sein de la collectivité de Nguéniène, et celle de Ballabougou déclassée par décret présidentiel.

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l'Agropole qui a fait perdre à la région une importante surface forestière, sans proposition d'un classement compensatoire79 d'une superficie équivalente, fait planer de surcroit le risque d'empiètement sur la forêt classée de Nianing qui a déjà fait l'objet de déclassement d'une superficie de 243 ha80 pour l'aménagement de la station balnéaire de Pointe Sarène.

Carte 4 : Situation de la forêt de Ballabougou par rapport à celle de Nianing

Conception : Anne Marie GUEYE 2023

Par sa proximité avec la forêt classée de Nianing, sujet à des usages tels que le bois de chauffe, le pâturage aérien, le bois de construction, la médecine traditionnelle et les charbonniers81 qui ne favorisent pas la pérennisation de la biodiversité, les activités de l'Agropole pourraient intensifier le risque de dégradation de cette forêt. L'introduction d'intrants et de semences pour les besoins de l'agriculture, coïncidant avec la validation au Sénégal de l'usage d'organismes génétiquement modifiés (OGM), ainsi qu'une priorisation de la mécanisation agricole, pourrait engendrer la pollution des sols et des eaux, mais aussi affecter la santé des populations. En

79 Le classement compensatoire est un procédé visant à octroyer une superficie équivalente à celle déclassée pour garantir la pérennisation de la biodiversité.

80 Ce déclassement a cependant fait l'objet d'un classement compensatoire d'une assiette foncière de 243 ha portant décret n° 2020-1175 du 27 mai 2020

81 Toulouse, 2019, ibid., page 153 à 170

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parallèle, l'utilisation importante de ressources hydriques pour les besoins de la production pourrait participer aussi à l'amenuisement des ressources en eaux disponibles dans cet espace.

II- Impacts négatifs liés à la conception du projet de l'Agropole :

S'appuyant sur le PRACAS qui met l'accent sur l'émergence d'une agriculture capable de :(i) nourrir mieux et durablement, sur une base endogène, les populations ,(ii) tirer profit des avantages du commerce international ,(iii) sécuriser et augmenter les revenus des ruraux , procurer des emplois agricoles et non agricoles ,(v) gérer durablement les ressources naturelles ; et améliorer l'état nutritionnel des populations82, le projet de l'Agropole de l'Ouest, quant à ses objectifs liés à l'amélioration des conditions de vie et du revenu des populations, fait planer une incertitude par rapport à l'atteinte de ces derniers.

Au niveau de la zone nomade d'élevage, Mor Fassé Ndiaye83 spécifie que cette surface a pour vocation de rassembler tous les groupements d'éleveurs qui exploitait la zone et le choix des critères d'adhésion seront laissés à ces groupements. De fait, au regard de la faible exploitation de la forêt par les populations environnantes ainsi que leurs faibles adhésions aux groupements d'éleveurs (15 adhérents)84 on est tenté de se demander qui seront ces éleveurs. Une question latente, mais qui mérite d'être soulevée du fait que cette aire se présente comme la seule zone attribuée exclusivement aux anciens éleveurs du territoire intercommunal qui espèrent avec enthousiasme profiter des activités du projet en y prenant part.

La répartition des surfaces a exploité promeuvent d'emblée une implantation accrue des agro-industries avec l'attribution de la plus grande surface (740 ha). Bien que l'entrée dans cette zone soit permise aux particuliers et entreprises privées, les seuils minimums d'investissement élevés incluant des critères de création d'emploi exclue aussitôt les petits agriculteurs85 et participerait à l'atteinte au paroxysme des conflits liés à l'accaparement des terres par des privés au détriment des populations autochtones. Les incitations à la création d'emploi et d'accueil de stagiaire inclus comme critères d'éligibilité reste cependant évasifs du fait que leur nature n'est toutefois pas spécifié et il est à craindre qu'ils restent saisonniers [...] et mal rémunérés au regard de l'offre de main d'oeuvre disponible86 et pourrait de la sorte, exacerber

82 Document du PRACAS page 16

83 Directeur de cabinet du maire de Malicounda

84 Voir graphique sur la répartition des chefs de ménage appartenant à un groupement

85 Mémoire Emma Tyrou

86 Florence Brondeau. Agrobusiness et développement agricole. Quels enjeux pour quelles perspectives? Le cas de la zone Office du Niger. Mali. Agrobusiness et développement agricole. Quels enjeux pour quelles perspectives? Le cas de la zone Office du Niger. Mali., 2009, Côte d'Ivoire. ffhal-00740812, page 8

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l'exploitation des populations par les entreprises privées. Ainsi, face à une situation qui semble réduire les futures bénéficiaires en simples ouvriers agricoles, la désillusion de ces populations qui nourrissent déjà l'espoir d'acquérir des parcelles au sein de l'Agropole pourrait être facteur de nouveaux conflits.

La caractérisation du type d'entreprises autorisées à accéder à la zone agrobusiness (investisseurs privés)87 exclut les agriculteurs familiaux88 à l'accès au foncier aménagé et met à profit les opérateurs privés issus des milieux urbains ou en faveur des multinationales (Ouattara, 2016).89 De fait, les aménagements les plus importants sont concentrés dans ces espaces dédiés aux agro-industries, qui, selon leurs activités prévues, participeront à l'atteinte à la souveraineté alimentaire. La grande importance accordée à l'agrobusiness est d'autant plus comprise que les agropoles sont présentés comme une stratégie territoriale pour l'industrialisation d'un secteur, une stratégie qui répond avant tout à l'objectif d'attirer des fonds privés sans creuser les dépenses publiques (Banque Mondiale, 2018).90 Cependant, cette caractérisation n'étant pas accompagnée de mesures incitatives à la destination de la plus grande partie des productions au marché nationale pourrait engendrer un accaparement des espaces à haut potentiel de production par les agrobusiness dont la destination des productions pourrait se tourner vers l'exportation et ainsi compromettre l'atteinte de la souveraineté alimentaire.

L'agrégation entre agrobusiness et agriculture familiale n'ayant pas aussi fait l'objet de critères d'installation dans l'Agropole fait planer le doute sur l'avenir des agricultures familiales. Les agricultures familiales ne bénéficient que des opportunités d'accès à la zone d'élevage (dont les modalités d'implantation et la nature des futurs attributaires n'est que peu précisées) et des services du centre agro-industriel moyennant une somme «élevé» au regard du manque de revenu de ces derniers. La faible prise en compte des contractualisations entre agrobusiness et agriculture familiale pourrait engendrer la transformation de ces derniers en main d'oeuvre agricole face à leurs vulnérabilités devant ces nouveaux acteurs plébiscités par les autorités publiques.

87 Les critères d'éligibilités spécifient comme critères d'accès à la zone des 740 ha les entreprises privés

88 Nous utilisons ici le terme générique d'agriculteurs familiaux pour désigner les petits producteurs ainsi que leurs associations.

89 Les pôles de croissance agricoles : la panacée aux maux de l'agriculture africaine ?

90 Repris par Emma Tyrou, page 52.

103

Conclusion partielle :

Le projet de l'Agropole de l'Ouest présente des objectifs et ambitions contradictoires. La vision

du projet, bien que n'ayant pas exclusivement pour but d'améliorer les conditions de vie des populations de la zone, mais aussi de promouvoir l'installation d'entreprises agro-industrielles qui pourront développer leurs activités grâce à l'Agropole, semble être orienté vers une agriculture exclusivement industrielle. Toutefois, la prise en compte des populations dans ce projet devrait être un point redéfini dans le projet pour ne pas en faire une nouvelle initiative visant l'enrichissement de personnes étrangères au territoire intercommunal et à l'exacerbation de la pauvreté des populations autochtones qui seront indubitablement utilisées comme main d'oeuvre agricole.

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CONCLUSION GENERALE :

Les municipalités de Malicounda, Nguéniène et Sandiara ont entamé une coopération intercommunale pour mettre en place un projet visant à développer le secteur agricole en raison de la recherche de développement territorial. Les trois maires ont ainsi jugé nécessaire de faire de son impulsion un objet de coopération, car il occupe la plus grande partie de la population de ces collectivités. Cette coopération, sous-tendue par l'érection d'un Agropole sur une étendue forestière déclassée par décret présidentielle, vient en appoint aux initiatives de développement du secteur agricole.

Ce projet, a ainsi conduit au déclassement de l'emprise totale de la forêt de Ballabougou sans proposition d'une surface équivalente en compensation. Cette forêt faisait office d'un important domaine pastoral abritant tout le bétail des éleveurs du département de Mbour en saison sèche. La forêt de Ballabougou représentait une aubaine pour ces pasteurs dans un contexte marqué par des accaparements accrus des zones de pâturages par les élus locaux pour les attribuer à des entreprises étrangères. Face à cette tendance croissante d'accaparement du foncier rural et disposant dorénavant que de deux étendues forestières, dont l'une fait déjà objet d'empiètement à l'égard de la forêt classée de Nianing de laquelle une partie a été déclassée pour l'aménagement de la station balnéaire de Pointe Sarène, il est impératif de régler la problématique de l'agression perpétrée contre la biodiversité pour la mise en oeuvre d'un projet de développement.

En outre, le projet semble prendre davantage en compte les agro-industries au détriment des populations en raison des failles constatées lors de sa phase d'expansion et de la politique agricole choisie, étant donné qu'il est considéré comme le porteur du développement territorial, assurant la qualification des jeunes, l'augmentation des revenus des populations et la création de plusieurs emplois. Les prérogatives accordées aux populations ne sont toujours pas précises du fait que les critères d'élaboration et d'intégration aux espaces dédiés à ces derniers restent flous. La grande considération accordée aux agrobusiness dans un contexte marqué par l'accaparement des terres dans ce territoire au profit des entreprises privées laissent présager l'existence de nouveaux problèmes, mais aussi la disparition progressive des exploitations familiales. Il urge de redéfinir les politiques agricoles et les pratiques foncières, car comme le remarque Florence Brondeau ces dernières semblent difficilement conciliables avec le maintien des exploitations familiales, elles vont engendrer des mutations sinon des désorganisations socio-spatiales que l'on commence tout juste à pressentir et qu'il devient urgent d'anticiper.

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BIBLIOGRAPHIE

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4- COMMUNE DE MALICOUNDA, (2016) « Plan de développement communal »,101 pages

5- COMMUNE DE NGUENIENE, (2020) « Plan de développement communal 20212026 », 72 pages

6- COMMUNE DE SANDIARA, (2017) « Plan de développement communal 20182023 »73 pages

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8- DECRET N° 2004-1093 DU 4 AOUT 2004 portant création de la Communauté des

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9- DECRET N°2004-1094 DU 4 AOUT 2004 portant création de la Communauté

d'agglomération de Rufisque (CAR), en ligne sur
https://www.fao.org/faolex/results/details/fr/c/LEX-FAOC158505/, 4 pages

10- DECRET N° 2006-05 DU 9 JANVIER 2006 portant transfert du programme de gestion des déchets solides urbains à l'Entente intercommunautaire de Dakar (CADAK/CAR), en ligne sur https://www.fao.org/faolex/results/details/fr/c/LEX-FAOC178187/, 2 pages

11- DECRET N° 2020-1174 DU 27 MAI 2020 portant déclassement partiel de 243 ha de la forêt classée de Nianing au profit de la Commune de Malicounda pour l'aménagement de

la station balnéaire de Pointe Sarène, en ligne sur
https://www.fao.org/faolex/results/details/fr/c/LEX-FAOC198119/, 3 pages

12- DIENG Alioune, GUEYE Adama, (2005), « Revue des politiques agricoles au Sénégal : Bilan critique de quarante années de politique céréalière », pages 25

13- DIOP SERIGNE GUEYE, (2020), « Lancement agropole de l'ouest pour l'entente intercommunale de Sandiara, Malicounda et Nguéniène », document de présentation du projet de l'Agropole de l'Ouest, 28 pages

14- ENTENTE INTERCOMMUNALE MALICOUNDA-NGUENIENE-SANDIARA « Critères d'éligibilités, conditions d'installations et pièces à fournir Agropole de

106

l'Ouest », document de présentation des critères d'installations pour les investisseurs privés dans la zone agrobusiness, 6 pages

15- FAYE Iba Mar, BENKAHLA Amel, TOURE Oussouby, SECK Sidy et BA Cheikh Oumar, (2011), « Les acquisitions des terres à grande échelle au Sénégal : description d'un nouveau phénomène, Initiative Prospective Agricole et Rurale », Rapport de recherche, 45 pages

16- GRDR Migration-Citoyenneté-Développement intitulé, (2019), « L'intercommunalité, une réponse aux enjeux du développement local dans le bassin du fleuve Sénégal », 98 pages

17- HUBERT Patrick, « Les objectifs du gouvernement », Communication 5, consulté sur le site http://bibnum.ucad.sn/, page 81 à 100.

18- IPAR, « Analyse de la gouvernance forestière au Sénégal », Etude commandité par Initiative Prospective Agricole et Rural pour le compte de Rights and ressources initiatives, 30 pages

19- LOGIE Gérard, (2000), « L'intercommunalité au service du projet de territoire », 302 pages

20- MARTY Frédéric, TROSA Sylvie, VOISIN Arnaud, (2006), dans « Les partenariats public-privé » consulté sur le site https://www.cairn.info/les-partenariats-public-prive--9782707146552-page-3.htm, pages 3 à 6

21- Ministère de l'Agriculture et de l'Equipement Rural, (2014), « Programme d'Accélération de la Cadence de l'Agriculture Sénégalaise : PRACAS », Document principal, 112 pages

22- NDOUR Moussa, (2020). « Accaparement des terres par les promoteurs nationaux et internationaux et stratégies de survie des populations locales : le cas de la commune de Nguéniène (Mbour-Sénégal) », article consulté en ligne sur https://shs.hal.science/halshs-03092985/, pages 18

23- OYA Carlos, BA Cheikh Oumar (2013) « Les politiques agricoles 2000-2012 : entre volontarisme et incohérence », en ligne sur https://eprints.soas.ac.uk/16799/1/04Oya-Ba130131%20proof.pdf, pages 30

24- OUATTARA NADIA, (2016) « Les pôles de croissance agricole: la panacée aux maux de l'agriculture africaine? », Bulletin de synthèse souveraineté alimentaire No. 24. Inter-réseaux, Ouagadougou, pages 8

25-

107

PIVETEAU Alain, (2005), « Décentralisation et développement local au Sénégal. Chronique d'un couple hypothétique », Dans Revue Tiers Monde 2005/1 (n° 181), page 71 à 93.

26- Rapport de présentation du projet de loi n°0l/2008 modifiant la loi 72-02 du 1?? février 1972 portant organisation de l'administration territoriale.

27- SEN_RE_FO_468_20200213, (2020), rapport publié dans le journal officiel de la République par le ministère de l'Environnement et du développement durable du Sénégal le 17 mars 2020, page 2

28- THIOUNE Awa Gueye, (2021), « L'intercommunalité au Sénégal : Un outil de coopération et de développement territorial », L'harmattan -Sénégal, 85 pages

29- TOULOUSE Benoît, (2019), « Utilisation et gestion de la savane arborée par les sociétés rurales au Sahel. Le cas de la forêt classée de Nianing (Sénégal) », Dans L'Espace géographique 2019/2 (Tome 48), pages 153 à 170

30- TROPICA, (2021), « EES du projet agropole de l'entente intercommunale de Sandiara, Malicounda et Nguéniène AGROPOLE DE L'OUEST », support de consultation des parties prenantes, 27 pages

31- TYROU Emma, (2018), « Les politiques publiques en Afrique de l'Ouest : le cas des agropoles », mémoire rédigé dans le cadre d'un stage de recherche au sein du CIRAD UMR Art-Dev. Nogent sur Marne, du 3.04 au 28.09 2018 Soutenu le 21.09.2018, disponible en ligne sur https://agritrop.cirad.fr/595734/, 111 pages

32- https://taataan.sn/la-territorialisation-des-politiques-publique-au-sénégal/.

33- http://www.finances.gouv.sn/wp-content/uploads/2018/10/G014-020-Fiche-Territorialisation-des-politiques-publiques BR.pdf.

34- http://www.mbour.info

35- https://www.nomos-elibrary.de/10.5771/2363-6262-2015-4-951.pdf?download_full_pdf=1

36- https://www.ipar.sn/Chut-Circulez-ici-on-se-partage-les-terres.html

37- http://www.communedesandiara.com/39-le-maire-sous-titre.html

38- http://mbourtv.net

39- https://oxfordbusinessgroup.com/reports/agriculture-en-afrique-2019-rapport-special-focus-report

40- https://www.persee.fr/doc/ahess 0395-2649 1967 num 22 2 876

41- https://doi.org/10.7202/1038663ar.

108

TABLE DES MATIERES

Sommaire : 1

Liste des sigles et abréviations : 2

Avant-propos : 4

Remerciements : 5

INTRODUCTION GENERALE : 7

I- PROBLEMATIQUE : 9

II- Clarification conceptuelle : 12

III- Objectifs et hypothèses : 17

III-1- Objectifs : 17

III-1-1- Objectif général : 17

III-1-2 - Objectifs spécifiques : 17

III-2-Hypothèses : 17

III-2-1- Hypothèse générale : 17

III-2-2- Hypothèses spécifiques : 17

IV- Méthodologie de recherche : 18

IV-1- REVUE DOCUMENTAIRE : 18

IV-2- La collecte des données de terrain : 22

IV-2-1- Observations : 22

IV-2-2- La collecte des données qualitatives : 22

IV-2-3- La collecte des données quantitatives : 23

IV-3- L'échantillonnage : 24

V- Analyse et traitement des données : 25

VI -Difficultés rencontrées : 26

PREMIERE PARTIE : La coopération intercommunale, une panacée pour développement territorial.

27

INTRODUCTION : 28

Chapitre 1 : Le territoire intercommunale, une entité rurale tendant vers l'émergence 29

Introduction partielle : 29

I-Présentation de la zone intercommunale : 29

109

I-1 Localisation de la zone Agropole de l'ouest 30

I-2- Historique de la zone Agropole : 30

I-3- Configuration : 31

II- Données socio-économiques : 35

II-1- Données démographiques : 35

II-1-1- Composition ethnique : 37

II-1-2- Structure de la population : 37

II-1-3- Répartition de la population : 38

II-2- L'accès aux services sociaux de base : 40

II-2-1- Les structures sanitaires : 40

II-2-2- Les infrastructures scolaires : 42

II-3- Analyse de la pauvreté : 42

Conclusion partielle : 43

CHAPITRE 2 : La gestion municipale des communes de la zone intercommunale 44

Introduction partielle : 44

I- Organigramme des communes de l'Entente 44

Conclusion partielle : 47

Chapitre 3 : L'Entente intercommunale de Malicounda-Nguéniène-Sandiara, une structure bien

élaborée. 48

Introduction partielle : 48

I- Qu'est-ce que l'intercommunalité ? 48

II- La coopération entre collectivités, un dispositif ancien au Sénégal : 50
1- Cadre organisationnel et fonctionnel de l'Entente intercommunale Malicounda-Nguéniène-

Sandiara : 52

Conclusion partielle : 54

Deuxième partie : La mise en oeuvre d'un projet agricole socle de l'intercommunalité de l'Agropole

de l'Ouest. 55

Introduction : 56

Chapitre 1 : Le secteur agricole ; un domaine privilégié dans la zone intercommunale 57

Introduction partielle : 57

I- Présentation du secteur agricole de la zone intercommunale : 57

I-1- Caractéristiques du secteur agricole de la zone intercommunale : 59

II- Un secteur agricole parsemé d'embûches : 62

II-1- Problèmes constatés au cours de la phase de collecte : 62

a-

110

Une production essentiellement destinée à l'autoconsommation : 62

b- Un système de production agricole archaïque : 63

c- Une faible intégration des populations aux groupements d'agriculteurs et d'éleveurs : 65

d- Un manque de zones de pâturage : 66

Conclusion partielle : 68

Chapitre 2 : Les collectivités de l'Entente, trois municipalités soucieuses du développement

agricole 69

Introduction partielle : 69

I- Une volonté affichée de promouvoir le secteur agricole : 69

I-1- Une aspiration commune à la promotion du secteur agricole par les communes de

l'Entente : 69

a- Malicounda une commune soucieuse du développement agricole : 69

b- Nguéniène, une collectivité qui vise l'amélioration des conditions pour soutenir le

secteur agricole : 70

c- Sandiara, une commune à l'aune des innovations du secteur agricole : 71

Conclusion partielle : 71

Chapitre 3 : L'Agropole de l'Ouest, un projet agricole innovant en appoint aux initiatives de

développement du secteur agricole. 72

Introduction partielle : 72

I- L 'Agropole de l'Ouest, un projet porté par une intercommunalité : 72

1- Descriptif du projet : 73

a- Source de financement : 73

b- Objectifs du projet : 74

c- Présentation des activités prévues dans chaque unité de l'Agropole 74

d- La gestion du projet 78

Conclusion partielle : 78

Troisième partie : De l'entame à la finalisation, quelle analyse faire du projet de l'Agropole de

l'Ouest ? 79

Introduction : 80

Chapitre 1 : Une phase de vulgarisation parsemée de manquements. 81

Introduction partielle: 81

I- La mise en oeuvre du projet, une phase amplement ratée 81

1- Un projet faiblement porté au niveau des partis concernés : 81

2- La forêt de Ballabougou, une zone vitale déclassée sans consensus et implication des

partis concernés 85

111

a- Quelle étude faire de la forêt de Ballabougou 86

Conclusion partielle : 90

Chapitre 2 : Analyse des impacts potentiellement positifs induits par l'Agropole de l'Ouest. 91

Introduction partielle : 91

I- Impacts induits par les activités du projet de l'Agropole de l'Ouest 91

a- Impacts des activités des trois centres de formation et de développement : 91

b- Impacts des activités de la zone nomade 91

c- Impacts des activités du centre agro-industriel 92

d- Impacts des activités du domaine des six fermes privées 92

II- Impacts potentiellement positifs induits par les installations et infrastructures du projet 93

Conclusion partielle : 94

Chapitre 3 : Analyse des impacts potentiellement négatifs induits par le projet de l'Agropole de

l'Ouest : 95

Introduction partielle : 95

I- Impacts négatifs liés au déclassement de la forêt et aux activités de l'Agropole : 95

a- Une intensification de la perte des zones pastorales 95

b- Une dégradation du cadre environnementale 98

II- Impacts négatifs liés à la conception du projet de l'Agropole : 101

Conclusion partielle : 103

CONCLUSION GENERALE : 104

BIBLIOGRAPHIE 105

ANNEXES: 112

LISTE DES CARTES, IMAGES, GRAPHIQUES, TABLEAUX ET SCHEMAS ET CARTES: 113

GUIDES D'ENTRETIEN : 117

1-Guide d'entretien administré aux agents de la structure intercommunale 117

I- Présentation de la structure intercommunale et du mode de gestion 117

II-Analyse des enjeux de l'agropole 117

1-Guide d'entretien adressé aux agents des eaux et forêts 119

RAPPORT DE L'ENQUETE : 122

112

ANNEXES:

113

LISTE DES CARTES, IMAGES, GRAPHIQUES, TABLEAUX ET
SCHEMAS ET CARTES:

Cartes

Carte 1: Localisation des communes de l'Entente intercommunale.

Carte 2 : Localisation de la zone Agropole de l'Ouest.

Carte 3 : Etendues forestières existantes dans la zone intercommunale.

Carte 4 : Situation de la forêt de Ballabougou par rapport à celle de Nianing.

Images :

Images 1 et 2 : Routes latéritiques « rang-rang » des villages de Nguéniène Peulh et Mbourokh.

Images 3 et 4 : Travaux d'extension du tronçon de l'autoroute à péage traversant les communes

du territoire intercommunal.

Image 5 : Types d'habitats dans certains villages.

Image 6 et 7 : Constructions modernes identifiées dans un village du territoire intercommunal.

Image 8 : Case de santé dans le village de Ndollor.

Images 9 : IMEK de Sandiara

Images 10 et 11 : Terrains agricole nus pendant la saison sèche.

Images 12 et 13 : Projet maraicher de Dobyfarm dans le village de Ndollor ; commune de

Sandiara.

Image 14 : Terrain agricole labouré par un tracteur dans le village de Nguéniène Peulh.

Images 15 et 16 : Paysage forestier à Mbourokh et à Ndollor.

Image 17 : Paysage forestier à Guedj Maad

Graphiques :

Graphique 1 : Evolution de la population du territoire intercommunal.

Graphique 2 : Répartition des ethnies dans la zone intercommunale.

Graphique 3 : Pyramide des âges des populations du territoire intercommunale.

Graphique 4 : Répartition de la population du territoire intercommunal en 2013.

114

Graphique 5 : Répartition de la population par sexe.

Graphique 6 : Infrastructures sanitaires existantes dans la zone intercommunale.

Graphique 7 : Diagramme de répartition des activités.

Graphique 8 : Diagramme de répartition de la destination des productions agricoles dans la

zone intercommunale.

Graphique 9 : Appartenez-vous à un groupement ?

Graphique 10 : Moyen de prise de connaissance de la coopération de l'Agropole de l'Ouest.

Graphique 11 : Savez-vous les fondements de la coopération intercommunale.

Graphique 12 : Exploitiez-vous la forêt de Ballabougou ?

Graphique 13 : Quel type d'activité agricole pratiquez-vous ?

Graphique 14 : Le choix du site avait-il suscité des mouvements de contestations ?

Graphique 15 : Aviez-vous été impliqués dans le choix du site d'implantation de l'Agropole ?

Tableaux :

Tableau 1 : Tableau synthétique des guides d'entretiens.

Tableau 2 : Echantillonnage par commune.

Tableau 3 : Echantillonnage par village.

Tableau 4 : Evolution de la population de 1998 à 2013.

Tableau 5 : Infrastructures scolaires existantes au sein du territoire intercommunal.

Tableau 6 : Formes et spécificités des intercommunalités.

Tableau 7 : Pratiquez-vous une activité agricole.

Tableau 8 : Mis à part l'activité agricole pratiquez-vous une autre activité ?

Tableau 9 : A quel moment travaillez-vous dans votre exploitation agricole ?

Tableau 10 : Récapitulatif des réponses collectées sur l'importance des groupements pour

certains adhérents.

115

Tableau 11 : Données issues des réponses des populations sur la prise de connaissance de

l'intercommunalité.

Tableau 12 : Connaissez-vous la forêt de Ballabougou ?

Tableau 13 : Si oui, quel type d'exploitation ?

Schémas :

Schéma 1 : Organigramme de la commune de Malicounda.

Schéma 2 : Organigramme de la commune de Nguéniène.

Schéma 3 : Organigramme de la commune Sandiara.

Schéma 4 : Organigramme du bureau de l'Entente intercommunale.

Schéma 5 : Schéma synthétique des problèmes du secteur agricole de la zone.

Schéma 6 : Activités constitutifs de centres de développement et de formation.

Schéma 7 : Eléments constitutifs du domaine des six fermes privées.

Schéma 8 : Eléments constitutifs de la zone agro-industrielle.

Schéma 9 : Eléments constitutifs de la zone nomade d'élevage.

116

Décret portant déclassement de la forêt classée de Ballabougou

117

GUIDES D'ENTRETIEN :

1-Guide d'entretien administré aux agents de la structure intercommunale

Sujet : La coopération intercommunale, le nouvel dispositif de mise en oeuvre de la

territorialisation des politiques publiques axée sur la stratégie de développement agricole : cas de l'Agropole de l'Ouest.

Date de l'enquête :

Prénom et nom :

Fonction : Contact :

I- Présentation de la structure intercommunale et du mode de gestion

1- Quels sont les facteurs d'influence de votre intercommunalité?

2- Quel est le statut de votre intercommunalité ?

3- Comment est structuré (composé) le bureau de votre intercommunalité ?

II-Analyse des enjeux de l'agropole

1- Pourquoi le choix de la filière agricole comme socle de votre intercommunalité ?

2- Quels sont les dispositifs institutionnels, financiers et techniques mis en oeuvre par l'Etat pour la réalisation de l'Agropole ?

3- Avez-vous d'autres partenaires outre que l'Etat pour la réalisation de l'agropole ? Si oui, lesquels ?

4- Quels sont vos besoins dans ce partenariat ?

5- Sur quels critères se concrétisera ce partenariat ?

6- Pourquoi le choix de la forêt de Ballabougou comme zone d'implantation de l'agropole ?

7- Aviez-vous impliqué les populations dans le choix du site ? si oui, comment et à quel stade du projet ?

8- Mis à part les populations quels autres acteurs avaient été impliqués dans le processus d'élaboration des volets du projet ? Quelles était leurs rôle ?

9- Y avait-il des mouvements de contestations sur le choix du site ? si oui comment avez-vous régler ce problème ?

10- Qu'avez-vous prévu pour les anciens exploitants de la forêt ?

11- Comment sont réparties les superficies à exploiter de la forêt ?

12- Quelles infrastructures sont attendues dans l'Agropole ?

13- Les aménagements infrastructurels prévus dans l'agropole profiteront-ils aux populations riveraines ? Si oui, comment ?

14- Le projet d'agropole réserve-t-il un volet à l'employabilité des jeunes et des femmes ? Si oui par quels mécanismes?

15- Avez-vous pris en compte le volet environnemental et social dans l'élaboration du projet ? Si, oui quels sont les dispositions prises ?

16- Quels sont les activités attendues dans chaque unité de gestion du projet ?

17- Qui pourra s'installer dans l'agropole et sur quels critères et procédés ?

18- Qu'apportera l'agropole à ces derniers ?

19- La gestion du centre de développement agro-industriel sera-t-elle réservée uniquement aux municipalités ?

20- Quel sera le rôle de cette société anonyme chargé de gérer l'Agropole ?

21- Qui seront les gestionnaires de cette société anonyme ?

22- Comment pensez-vous utiliser les ressources financières issues de l'Agropole ?

23- Avez-vous prévu un comité de gestion des plaintes ? si oui comment sera t'il constitué ?

118

24- Quels impact aura l'agropole sur l'agriculture locale ?

119

1-Guide d'entretien adressé aux agents des eaux et forêts

Sujet : La coopération intercommunale, le nouvel dispositif de mise en oeuvre de la

territorialisation des politiques publiques axée sur la stratégie de développement agricole : cas de l'Agropole de l'Ouest.

Prénom et nom

Fonction

Date de l'enquête

Contact

I-Historique de la forêt de Ballabougou

1- Qui sont ceux qui exploitaient la forêt ?

2- Quel type d'activités pratiquaient-ils ?

3- Existait-il des obligations contractuelles pour l'usage des terres de la forêt ?

4- Existait-il des mécanismes de réglementations des infractions ? Si oui, lesquels ?

5- Quels sont les richesses forestières de la forêt de Ballabougou ?

6- Aviez-vous donné avis favorable au déclassement de la forêt ?

7- Pensez-vous que le projet d'agropole puisse constituer une menace pour ces espèces ? Si oui, oui comment ?

8- Aviez-vous été consultés pour l'étude d'impact environnemental du projet ? Si oui comment et à quelle étape ?

9- Au cas où le projet entraine une perte de la biodiversité, quelles solutions préconisez-vous pour y remédier ?

1- Guide d'entretien adressé aux agents de la mairie de la zone intercommunale

Sujet : La coopération intercommunale, le nouvel dispositif de mise en oeuvre de la territorialisation des politiques publiques axée sur la stratégie de développement agricole : cas de l'Agropole de l'Ouest.

120

Prénom et nom

Fonction

Date de l'enquête

Contact

I : Les fondements de l'intercommunalité

2- Entreteniez-vous des relations avec les autres communes avant l'intercommunalité ?

3- Si oui, quels genres de relations ?

4- Quels facteurs ont poussés votre commune à intégrer une coopération intercommunale?

5- Quels dispositifs rend légitime votre intercommunalité ?

9- Quel sera le rôle de l'Etat dans le financement de l'intercommunalité ?

10- Comment s'est fait le choix des conseillers représentant votre commune dans la structure ?

11- Ce choix a-t-il était approuvé par l'ensemble du conseil municipal ?

II : Analyse des politiques agricoles

1- Selon vous quelles sont les politiques prioritaires à mener sur votre territoire pour actionner le développement ?

2 - Quelle est la place de l'agriculture dans la population active de votre commune?

3- A quels problèmes est confronté le secteur agricole de votre commune ?

4- Existait-il des politiques de développement agricole dans votre commune? Si oui, lesquels ?

5- Qui menait ces politiques de développement?

6- Quels étaient les objectifs de ces politiques ?

7- Quelles appréciations avez-vous de ces politiques ?

8- Existe-il des projets agricoles dans votre commune ? Si oui quels genres de projet et quels sont leurs objectifs ?

9- Qui sont les initiateurs de ces projets ? Ces terres qu'ils exploitent les appartiennent-elles ou sont-elles louées ?

11- Sur quelles critères ceux sont installés ces projets ?

10- Quels impacts ont-ils sur le secteur agricole de la commune ?

121

III- Enjeux du projet d'agropole

11- Le projet d'Agropole a-t-il eut l'aval des populations de votre commune ? Si oui
comment ?

12- Pensez-vous que les activités attendues dans l'Agropole sont des activités prioritaires
pour votre commune ?

13- Au vu de la situation du secteur agricole de votre commune, quels impacts aura le
projet d'agropole sur ce dernier ?

2- Guide administré aux chefs de villages :

Sujet : La coopération intercommunale, le nouvel dispositif de mise en oeuvre de la territorialisation des politiques publiques axée sur la stratégie de développement agricole : cas de l'Agropole de l'Ouest.

Prénom et nom

Fonction

Date de l'enquête

Contact

1- Quelle est la situation du secteur agricole de votre localité ?

2- Etes-vous au courant du projet de l'Agropole de l'Ouest ? Si oui comment ?

3- Y a-t-il eut des journées de consultations publiques organisés par votre municipalité pour informer les populations du projet ?

4- Aviez- vous été impliqué dans le projet de l'Agropole de l'OUEST ? Si oui comment ?

122

RAPPORT DE L'ENQUETE :

L'enquête menée dans le cadre de la rédaction de ce mémoire s'est tenue au courant du mois de décembre 2022. Ayant pour objectif la vérification des hypothèses que nous avons émises. Cette enquête s'est faite par l'élaboration d'un questionnaire administré aux chefs de ménages des villages ciblés, le travail de terrain pour le recueil des réponses.

Nous avons démarré nos enquêtes par la commune de Sandiara, puis celle de Nguéniène pour terminer avec celle de Malicounda. Afin de faciliter la collecte des données, nous avons utilisé l'application Kobocollect, sur laquelle nous avons mené notre première enquête au village de Ndioukh Fissel, avec un questionnaire de 78 questions. Toutefois, la qualité des réponses obtenues au cours de la première enquête nous a conduit à recadrer le questionnaire en reformulant certaines questions et en suppression d'autres qui se sont avérés non pertinentes pour l'étude.

Les données obtenues ont par la suite été envoyés au serveur kobotoolbox pour permettre le stockage. Les données ont ensuite été analysées et regroupées par thème pour l'objet des différents chapitres présentés dans ce présent mémoire.






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