UNIVERSITE CKHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
DEPARTEMENT D'HISTOIRE
MEMOIRE DE MASTER
HIMAF
SUJET
HISTOIRE DE LA PRODUCTION DU COTON DANS LES CERCLES DE
LA MOYENNE VALLEE DU FLEUVE SENEGAL DE 1920 à 1960
PRESENTE PAR : SOUS LA DIRECTION
DE :
Insa BA M. Daha Chérif BA
Maitre de Conférences
ANNEE UNIVERSITAIRE : 2014/2015
Dédicaces
Louange à Allah, Seigneur de l'univers, le
tout puissant et Miséricordieux qui m'a inspiré et comblé
de bienfaits. Je lui rends grâce
A la mémoire de mon père Insa
Ba,
A ma mère Marie Mariama Sarr, vous
êtes pour moi une source de vie car sans vos sacrifices, votre tendresse
et votre affection je ne pourrai arriver jusqu'au bout .Je me réjouis de
cet amour filial. Que Dieu vous garde encore très longtemps afin que
votre regard puisse suivre ma destinée
A mon, épouse Daba Sarr ; à mes
deux enfants Cheikhou BA et Mariama BA,
A mes frères et Soeurs Cheikhou BA^, Fatou
POUYE ,Souleymane BA, Yacine BA, Ngoné BaA, Béty BA, Astou
BA
Remerciements
Je remercie très sincèrement
Monsieur Daha Chérif Ba Professeur et maitre de conférences au
Département d'Histoire.
Merci...C'est un mot trop simple .Ce que je
souhaite d'exprimer est au-dessus de cela.
Je suis à la fois touché et
reconnaissant pour l'aide et l'encadrement que vous m'avait
apportés...et je ne pourrai jamais vous remercier
assez.
A Monsieur Mon Principal Macodou Ndiaye à
qui je voudrais remercier car ce fut une période difficile et votre aide
fut plus qu'appréciable .C'est si bon de savoir que vous étiez
présent à mes cotés. Sachez que votre main tendue restera
à jamais dans mon coeur .
A ceux qui se sont toujours dévoués
et qui se sont sacrifiés pour moi.
A tous mes collégues et amis des
colléges de Ndiar ( I.E.F Thiés Département) et de Keur
Momar Sarr ( I.E.F de Louga) avec qui j'ai partagé des moments
exceptionnels de labeur, d' échanges, d'estime et de
paix.
« Le coton en France, comme dans la plus part
des pays d'Europe, a ceci de particulier qu'il est à la fois le textile
le plus important sous beaucoup de rapports et qu'il dépend
entièrement de l'importation.
A vrai dire, seule l'importation de matière brute
est indispensable. L'industrie nationale est assez fortement outillée
pour assurer la transformation du coton brut en produit
fini »
M. Waddington, Président de l'A.C.C
SOMMAIRE
Pages
Introduction générale 9
1-Choix et intérêt du sujet 9
2-Problématique 13
3-Délimitation du sujet 16
4-Méthodologie 17
5-La revue et critique de la littérature
préalable 18
a. Les sources d'archives 18
b. Les sources archéologiques 23
c. Les sources historiques 27
d. Les sources arabes 30
e. Les études sur la culture du coton 35
Première Partie : le choix de la
vallée du fleuve : une région propice à la culture
cotonnière 42
Chapitre I. La Physionomie Générale de la
vallée du fleuve 42
I.1 : La création et l'administration des cercles de
la vallée du Sénégal 42
I.2 : Le Sénégal et sa vallée :
description et importance 43
I.3 : Les facteurs du milieu 49
Chapitre II : Notion générale sur le coton
52
II.1 : Taxonomie et botanique du cotonnier 55
II.2 : Fleur et Fruit du Cotonnier 55
II.3 : Les variétés de coton 56
Chapitre III : La Colonisation indigène dans la
vallée 57
III.1 : Le recrutement forcé 61
III.2 : Pauvreté et coercition 63
III.3 : Résistance des paysans 64
Deuxième partie : Les nouvelles tentatives
d'exploitation cotonnière dans la vallée de 1920 à
1930 65
Chapitre I : Les variétés cultivées
dans la vallée 68
I.1 : Le N'Dar-N'Gau 68
I.2 : Le Mokho 69
I.3 : Le N'Guiné 70
Chapitre II : Les structures de la production 71
II.1 : Le service des textiles 71
II.2 : Les stations agricoles 73
II.3 : Les fermes familiales 75
Troisième partie : L'évolution de
la production cotonnière dans la moyenne vallée de 1930 à
1960 81
Chapitre I : Introduction de nouvelles
variétés en culture sèche 81
I.1: A Richar-Toll 85
I.2: A Matam 86
I.3: A Podor 87
Chapitre II : La Crise agricole de 1931à 1934 89
II.1 : La genèse de la crise 89
II.2 : La crise de 1930 et le congrès national du
coton de 1931 91
II.3 : La répercussion de la crise dans la
vallée 91
Chapitre III : L'intensification de la production du
coton dans la vallée de 1935 à1959 92
III.1 : Les facteurs de la production
cotonnière 94
III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal 94
III.1.2 : L'aménagement de la vallée
94
Conclusion 105
Bibliographie 107
Supports 120
L'HISTOIRE DE LA PRODUCTION DU COTON DANS LA MOYENNE
VALLEE DU FLEUVE SENEGAL DE 1920 A 1960
INTRODUCTION GENERALE
PREMIERE PARTIE : le choix de la vallée du
fleuve : une région propice à la culture
cotonnière
Chapitre I. La Physionomie Générale de
la vallée du fleuve
I.1 : La création et l'administration des cercles
de la vallée du Sénégal
I.2 : Le Sénégal et sa vallée :
description et importance
I.3 : Les facteurs du milieu
Chapitre II : Notion générale
sur le coton
II.1 : Taxonomie et botanique du cotonnier
II.2 : Fleur et Fruit du Cotonnier
II.3 : Les variétés de coton
Chapitre III : La Colonisation indigène
dans la vallée
III.1 : Le recrutement forcé
III.2 : Pauvreté et coercition
III.3 : Résistance des paysans
DEUXIEME PARTIE : Les nouvelles tentatives
d'exploitation cotonnière dans la vallée
Chapitre I : Les variétés
cultivées dans la vallée de 1920 à 1930
I.1 : Le N'Dar-N'Gau
I.2 : Le Mokho
I.3 : Le N'Guiné
Chapitre II : Les structures de la
production
II.1 : Le service des textiles
II.2 : Les stations agricoles
II.3 : Les fermes familiales
TROISIEME PARTIE : l'évolution de la
production cotonnière dans la moyenne vallée de 1930 à
1960
Chapitre I : Introduction de nouvelles
variétés en culture sèche.
I.1: A Dagana
I.2: A Matam
I.3 : A Podor
Chapitre II : La Crise agricole de 1931à
1934
II.1 : La genèse de la crise
II.2 : La crise de 1930 et le congrès national de
1931
II.3 : La répercussion de la crise dans la
vallée
Chapitre III : L'intensification de la production
du coton dans la vallée de 1935 à1960
III.1 : Les facteurs à la production du
coton
III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal
III.1.2 : L'aménagement de la
vallée
Conclusion
INTRODUCTION GENERALE
1-Choix et intérêt du sujet
A la fin du XIXème Siècle, avec les
débuts de la période coloniale, l'administration reçoit
pour consigne de faire de l'Afrique Occidentale Française un
« grenier » de produits agricoles exportables à
l'exemple de l'arachide, dont les tonnages fournis par le Sénégal
ne cessaient d'accroitre .Le coton produit « roi » en
France, devient une fourniture nécessaire à une industrie, et
dépend totalement de la production des Etas Unis. Albert SARRAUT avait
écrit : « En Afrique Occidentale Française,
spécialement, la culture du coton n'a pas su progresser depuis vingt ans
parce que la métropole s'y montrait complètement
indifférente (...) il y avait, en somme, que la bonne volonté des
gouvernements et des administrateurs et les moyens étaient
insuffisants »1(*)
L'autorité coloniale élabora un ambitieux projet
d'exploitation de mise en valeur des colonies.
Ce programme mettait cependant en avant les
intérêts économiques, politiques et sociaux du
colonisateur. La France, organise l'exploitation pour son avantage, mais aussi
pour l'intérêt général du monde. La
métropole, dans sa mission civilisatrice, doit s'occuper des territoires
arriérés et de leurs ressources. Ces contrées trop faibles
ou techniquement en retard, ne pouvaient à elles seules ou ne savaient
pas se mettre en valeur, et donc le profit était ainsi perdu pour elles,
comme pour la collectivité.
Le ministre français des colonies, Albert SARRAUT,
raisonnait ainsi : « Dès lors, dans l'expansion
coloniale ainsi comprise, il n'y avait plus comme à l'origine droit du
plus fort, mais bien droit du plus fort à aider le plus
faible »2(*).
Pour assurer l'exploitation économique, l'envahisseur
exerce une pression sur les cultivateurs indigènes à diversifier
leurs productions. A côté des cultures vivrières, ils
pratiquaient des cultures d'exportation comme le coton et l'arachide. La
dépendance endigue les colonies dans le joug étroit du
colonialisme qui les surexploite à son avantage, et sans tenir compte de
leurs aspirations, leur impose les cultures les plus rentables à son
économie : « Fidèle à sa mission
traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a la charge
à la liberté de s'administrer eux- mêmes (...) Donner des
droits politiques à l'individu c'est bien ! Et c'est juste !
Mais faut également lui fournir, d'accord avec lui et avec l'aide de son
travail les moyens de vivre mieux dans un milieu où il pourra
trouver la facilité de s'alimenter plus largement de fournir d'avantage
aux besoins des siens, de tirer plus de son labeur, d'accroitre ses
disponibilités financières par la ressource plus ample que
produira la mise en valeur plus méthodique des richesses naturelles de
son terroir. L'accroissement de cette mise en valeur ne profitera qu'à
lui seul et aux siens ; par elles, seront mieux approvisionnés les
marchés de la métropole et ceux dehors, et la France pour des
heures critiques y trouvera les réserves d'un abondant et
précieux ravitaillement (...) S'il est une période où la
mise en valeur de cet équipement est apparue impérieuse, vitale,
indispensable, c'est celle qui a suivi la guerre. »3(*)
En dépit de cette subordination, le pouvoir colonial
établit une politique de domination économique pour satisfaire
ses besoins en matières premières. La culture du coton en est une
culture obligatoire à laquelle les indigènes doivent
impérativement s'adonner pour assurer le ravitaillement de la
métropole en matières premières. Cette plante constituait
pour l'administration coloniale, un précieux moyen d'exploitation et de
mise en valeur de la colonie du Sénégal et de la vallée du
fleuve.
L'étude de l'histoire de la culture du coton dans la
vallée du fleuve, trouve son importance du fait que les cultures de
rentes comme le coton, sont non seulement le levier de l'économie
coloniale de la France, mais aussi elles contribuaient à assujettir les
populations indigènes de la vallée. Face à ce constat, E.
MBOKOLO appelait à des recherches qui « ne se contenteraient
pas de faire l'histoire de la culture coton mais se préoccuperaient
aussi de situer la place de cette plante dans l'histoire coloniale et dans leur
apport avec les facteurs économiques, sociaux et
politiques »4(*)
A cet effet, l'une des cultures de rente les plus
prisées de l'époque coloniale en terme économique, est
incontestablement le coton. Ce dernier est une fibre végétale qui
entoure les graines des cotonniers5(*). Cette fibre est généralement
transformée en fil qui est tissé pour fabriquer les
vêtements. Avec une production qui a connu des hausses importantes au
cours de la décennie 1980, le coton est aujourd'hui une culture de rente
plutôt bien épousée par les paysans. Il n'en était
pas ainsi. Sa vulgarisation a été laborieuse. Rendue obligatoire
par l'autorité coloniale française de 1920 à 1959, ce
trafic agricole est resté très longtemps contaminé d'une
image franchement négative.
Le coton semble toujours donner satisfaction aux
usagers et cela demeure jusqu'à la période coloniale. La
France a cherché à diffuser la culture du coton dans ses
territoires d'Afrique noire dès le début de la colonisation, afin
de ravitailler son industrie textile, qui était alors en pleine
expansion et très tributaire des Etats Unis pour son approvisionnement
en fibres. Le coton n'y était pas inconnu, il alimentait un artisanat
destiné principalement aux besoins locaux ou régionaux.
Les traditions orales de la quasi-totalité des
sociétés qui constituent la vallée du fleuve, sont
formelles : la culture du coton a tout le temps occupé une place
importante.
Sous ce rapport, Schwartz , gouverneur du
Sénégal d'alors disait :« A l'époque
précoloniale, la finalité de cette culture est de trois
ordres :la satisfaction de besoins domestiques, à travers la
production d'habits ;la satisfaction des besoins rituels, à travers
la production de pagnes utilisés comme linceuls
funéraires ;la satisfaction de besoins économiques, à
travers la production en bandes tissées utilisés comme monnaie
dans les transactions liées aux courants d'échange de longue
distance ;acquisition en particulier de sel gemme en provenance des
salines du Sahara ou de kola en provenance de la foret
tropicale ».6(*)
La colonisation marqua une étape importante pour
cette filière lucrative. La France, à l'instar des autres
métropoles européennes, chercha à développer cette
culture dans ses possessions.
Les tentatives se succédèrent, au fur et
à mesure de la prise de possession des territoires et de l'ouverture des
voies de communication : d'abord en Afrique Occidentale, région la
plus proche de la métropole et colonisée la première,
ensuite en A.E.F (Oubangui-Chari et Tchad) pénalisée par son
éloignement et son enclavement, où eut lieu, dans les
années trente, la décisive introduction de la culture
cotonnière pour l'avenir de la métropole avec l'intervention de
sociétés privées.
Les acteurs furent différents selon les époques
et les lieux. Les tout premiers furent les administrateurs, véritables
pionniers, qui ouvrirent la voie à l'industrie et aux autorités
politiques métropolitaines, lesquelles cherchèrent
dés lors à diffuser la culture du coton dans les
périodes de pénurie ,en particulier en Afrique occidentale
où les conditions étaient les plus favorables .Les
autorités territoriales ,plus occupées par la mise en valeur de
leurs colonies avec le souci de se procurer des revenus pour celles-ci et pour
les paysans ,menèrent des actions moins tributaires du
marché et concernant souvent les régions les plus démunies
.
Ainsi, en choisissant comme sujet
« L'histoire de la production du coton dans la moyenne
vallée du fleuve Sénégal de 1920 à
1960 », nous avons pour ambition d'apporter une modeste
contribution à l'étude du passé de cette région. La
culture du coton dans la vallée du fleuve est l'une des pages les plus
sombres de l'histoire coloniale. Autrement dit, son étude a
été traitée comme parent pauvre de l'historiographie de la
vallée du fleuve.
L'histoire de la culture du coton a été
longtemps perçue comme un secteur sous analysé, un terrain en
friche au Sénégal car durant fort longtemps les aspects
botaniques ont été mis en exergue par les spécialistes et
les chercheurs. Cette affirmation est confirmée par bon nombre
d'historiens comme Berthe, S. , qui constate le caractère tardif et
épars des recherches proprement historiques sur le coton .Retard qu'il
attribue d'une part au fait que s'engager dans une recherche historique sur le
coton suppose des connaissances techniques préalables, notamment en
botanique, en biologie et en écologie etc. ;pourtant, l'Afrique en
général et le Sénégal en particulier, offre ,du
point de vue de son statut de colonie française, toute une
possibilité d'études dans ce domaine .En effet , de tous les maux
auxquels la colonie du Sénégal colonial doit faire face, la
question de la culture du coton, reste à la première place et ne
cesse d'alimenter de nombreux débats.
2-Problématique
Pour bien comprendre certains problèmes de
développement que connaissent beaucoup de peuples des pays pauvres, les
questions relatives à la culture du coton doivent être prises en
compte. L'importance d'une telle affirmation réside dans le fait que le
facteur « exploitation agricole » constitue à lui
seul, un phénomène qui influe sur l'économie
métropolitaine.
Ce fait mérite d'être approfondi pour bien
comprendre l'évolution de la culture du coton dans la moyenne
vallée du fleuve Sénégal, car beaucoup de retards
économiques que connait actuellement le Sénégal, peuvent
être justifiés par une colonisation agricole telle que la
colonisation du Walo et de sa vallée, qui participe grandement au
développement des puissances coloniales.
Dans cette optique, la culture du coton est
considérée dans les colonies comme un critère du niveau
politico-économique d'une puissance. En outre, il n'y pas de domination
économique sans le travail forcé considéré comme
moteur de développement des territoires conquis dans la mesure où
l'occupation des sphères d'influence prédispose la France
à se hisser au rang des grandes puissances impérialistes. Or une
puissance coloniale ne peut être forte que si elle a des territoires
conquis : « Un peuple qui colonise c'est un peuple qui jette les
assises de sa grandeur dans l'avenir et de sa suprématie future. Toutes
les forces vives de la nation colonisatrice sont accrues par ce
débordement au dehors de son exubérante activité. Au point
de vue matériel le nombre des individus qui forme la race augmente dans
une proportion sans limite ; la quantité des ressources nouvelles, des
nouveaux produits, des équivalents en échange jusqu'alors
inconnus qui se trouvent solliciter l'industrie métropolitaine est
incommensurable. »7(*)
Au lendemain de la première guerre mondiale (1914
1918), les activités de l'industrie textile en France connurent une
diminution liée aux difficultés d'approvisionnement en
matières premières et à la perte de ses placements
à l'étranger. Jean Suret canal, historien éminent de
l'Afrique, évalue à 10 milliards de franc-or en Russie8(*).Or les importations de coton en
provenance des Etats Unies d'Amérique, qui commençaient à
rivaliser avec celles des anciennes puissances, exigeaient plus de fonds.
La seconde guerre mondiale ne permit pas de relancer la
culture du coton dans les colonies et coupa la France de ses sources
d'approvisionnement, elle amena le gouvernement Français à
adopter enfin une véritable politique cotonnière dans ses
territoires africains. Forts de ces expériences ; celui-ci met en
place dès la fin du conflit deux organismes chargés de promouvoir
la culture cotonnière en Afrique tropicale : l'Institut de
recherche du Coton et des Textiles (IRCT) en 1946 et la Compagnie
Française pour le Développement des Fibres Textiles (CFDT) en
1949.
La diminution des quantités de fibre et l'accroissement
de la consommation des filatures, avaient nécessairement provoqué
une hausse du cours de la matière première9(*).
L'Europe n'était plus à l'abri d'une rupture de
stock et une incertitude pesait désormais sur l'avenir de l'industrie
textile. Pour éviter une asphyxie de ses unités de production, le
gouvernement français décida de s'affranchir en partie du
ravitaillement étranger. Il s'intéressa davantage aux produits
coloniaux en renforçant l'exportation en provenance de ses
possessions .Dès lors l'accent fut mis particulièrement sur
la culture du coton en Afrique Occidentale Française. En effet, la
politique de mise en valeur appelée « plan Sarraut »
(du nom d'Albert Sarraut, Ministre des colonies), élaborée en
1921, aboutit à une intensification d'une nouvelle production
agricole10(*).
C'est pourquoi, pour nombre de dirigeants français, le
salut économique passe par les colonies qui doivent devenir les
principaux fournisseurs de matières premières et les premiers
industriels s'intensifient, et font de la question coloniale une affaire
nationale : « la production du coton est devenue une
nécessité nationale. L'intention fermement poursuivie par les
Américains d'arriver progressivement à manufacturer toute leur
récolte est de nature à apporter dans peu d'années une
gêne considérable à notre industrie textile .C'est un
danger très réel auquel il faut parer et qui menace non seulement
la France mais tous les pays de l'Europe »11(*)
Ainsi, le programme d'action mis au point en 1919 par le
ministre des Colonies SIMON, est axé sur la réalisation de grands
travaux d'infrastructures ouvrant la voie à une exploitation
économique accrue des colonies. Leur réalisation doit être
confiée à des entreprises privées, avec le soutien de
l'État. C'est dans ce contexte que l'ingénieur des travaux
publics de l'État
Émile
Bélime, se voit chargé d'une mission d'étude des
possibilités d'irrigation dans la vallée du fleuve
Sénégal.
L'économie coloniale y fut organisée autour de
la production des fibres textiles. Certes avant l'arrivée des
Européens, la population autochtone y pratiquait la culture du
coton : « le coton a été signalé par
tous les voyageurs qui ont parcouru le Sénégal et le Soudan. On
le rencontre partout et parfois en assez grandes
quantités »12(*).
Cependant, l'action menée par la France dans le cadre
de la colonisation française effective en Afrique Occidentale
Française, fit de la vallée du fleuve une plaque tournante de
l'économie métropolitaine .Cette région devint une
zone agricole par excellence parmi les autres contrées de l'Afrique de
l'Ouest. Leur population était constituée de cultivateurs.
Mais les champs de la plupart des villageois étaient
peu étendus .Autour des cases, on remarquait quelques cotonniers
dont les récoltes servaient à tisser des bandes utilisées
pour l'habillement. Ainsi d'après Valentin
Fernandes : « Les négres les mettent à tous
usages, soit pour se vêtir, soit pour se coucher. Ce sont leur linceul,
leurs serviettes ; leurs nappes ; leurs habits ; leurs
drapeaux. »13(*).
L'histoire de la culture du coton dans la vallée du
fleuve Sénégal est très mal connue, celle de son origine
en particulier demeure énigmatique. Elle n'a fait l'objet que de
quelques rares études, fautes de sources vraisemblablement. Peu de
travaux en langue française lui ont été
consacrés ; un article de J. Vuillet, « l'introduction de
la culture du cotonnier en Afrique Occidentale » (1920), et surtout
l'ouvrage de l'administrateur de la France d'Outre - mer, Charles Monteil, le
coton chez les noirs, qui porte principalement sur la période
médiévale et moderne et demeure des références
malgré leur ancienneté.
De ce fait, la question principale de notre étude porte
sur la politique agricole mise en place par le pouvoir colonial. Plus
concrètement, ce travail portera sur les interrogations
suivantes :
-Cette étude s'attache-t-elle plus
particulièrement au développement de la culture du coton dans la
vallée du fleuve ? Implique-t-elle une réflexion sur le
rôle assigné aux cercles du fleuve dans le processus de la
production du coton ?
-Quelle a été la politique agricole mise en
place par le pouvoir colonial ? Les mesures prises en la matière
ont - elle été effectives ? Quels en furent les
résultats ?
-Quel a été l'intérêt de la culture
du coton pour le pouvoir métropolitain et pour les
indigènes ? Quels sont les obstacles et les difficultés
rencontrés par le souverain colonial tout au long de cette
période ? Autant de questions qui suscitent des réponses
dans cette étude.
3-Délimitation du sujet
Dans le cadre de ce travail, notre étude couvrira la
moyenne vallée du fleuve Sénégal de 1920 à 1960.
-Sur le plan spatial, nous avons choisi comme espace
d'étude la vallée du fleuve Sénégal pour pouvoir
traiter véritablement l'histoire de la production du coton dans les
cercles de la moyenne vallée du fleuve Sénégal des
années 1920 à1960.
La vallée du fleuve Sénégal, foyer de
culture et de civilisations brillantes, apparait comme étant l'une des
entités territoriales les plus dynamiques de la colonie du
Sénégal dans le domaine agricole. Cet espace géographique,
fut avant l'occupation française, un important carrefour où se
croisaient plusieurs routes reliant les vastes plaines agricoles du Walo et la
région de la Sénégambie septentrionale. En effet,
l'économie coloniale y fut organisée autour de la vallée
du fleuve longtemps considéré comme le grenier du soudan
occidental.
-Sur le plan temporel, l'année 1920 marque notre point
de départ. C'est en effet, cette date fut marquée par
l'introduction d'une nouvelle politique coloniale dans les possessions
françaises. Elle avait pour objectif principal de créer des
conditions sans commune mesure à l'accroissement de la production .Et
l'année 1960 constituant notre point d'arrivée, marque le
début de la fin de la période coloniale et le début d'une
nouvelle époque, l'ère des indépendances. Cette
année, marque aussi la fin de la politique coloniale, ce qui impliqua
fondamentalement la participation des Sénégalais à la
gestion de leur propre pays, notamment dans le secteur agricole.
4-Méthodologie
Dans cette étude historique de la culture du coton,
l'approche analytique est à la fois la plus simple et la plus
féconde. Et la colonisation agricole au sein d'une population
déterminée et très attachée à leur terre,
forme un ensemble duquel une étude particulière ne doit se
dérober. Ce qui veut dire que la fréquence et la consolidation de
la domination impériale dans chaque colonie, dépendent, en plus
de divers facteurs économiques et sociaux, de la motivation et de la
volonté des puissances coloniales à se tailler une sphère
d'influence comme la vallée du fleuve. Ceci traduit, pour chacune des
puissances, en particulier pour la France, l'intérêt qu'elle porte
à la colonisation agricole de la vallée. Nous porterons donc un
regard attentif à l'histoire de la culture du coton pour mieux
dégager l'importance de notre recherche.
L'étude sur la production du coton a connu une
évolution lente qui affecte le potentiel économique de la
métropole. L'histoire des essais de culture cotonnière a souvent
été étudiée de façon analytique
c'est-à-dire en examinant le développement dans le temps la
culture du coton. Cette approche a cependant le défaut de laisser dans
l'ombre des faits historiques concernant l'influence d'une telle politique
agricole dans la vallée du fleuve par le colonisateur.
Nous allons donc utiliser la méthode historique qui est
une méthode de connaissance qui met en évidence l'exploitation
des données par leur analyse et interprétation profondes14(*).Cette méthode
d'explication exploite en ce qui nous concerne deux approches :
quantitative et qualitative. L'étude de l'histoire de la culture du
coton dans la vallée du fleuve Sénégal soulève
diverses questions .Les unes d'ordre technique -agronomique, industriel et
commercial ; sont liées afin de produire une fibre
compétitive. Les autres politiques et économiques s' interrogent
sur le rôle respectif des pouvoirs publics métropolitains ;
de l'industrie textile et de l'administration territoriale dans ses
interventions .Enfin se posent celles des réactions des producteurs,
selon les conditions de la culture-libre ou plus ou moins contraignante et leur
intérêt personnel.
La première étape de notre recherche nous
autorise à exploiter les sources écrites comme les documents
d'archives, les récits de voyages notamment arabes au moyen âge et
européens des temps modernes. Les ouvrages généraux et
spécialisés sur le thème, des mémoires, des
études et des articles, ne seront pas en reste.
5-La revue et critique de la littérature
préalable
Les problématiques des recherches sur l'histoire de la
culture du coton en Afrique se sont enrichies et diversifiées .De
nouvelles approches ainsi que des perspectives nouvelles ont été
élaborées. De même de nombreuses sources se sont
progressivement ouvertes aux investigations des chercheurs.
La revue et la critique de la littérature
préexistante portent sur les ouvrages généraux et
spécifiques, les sources manuscrites (archives nationales, les Cahiers
Ponty), les sources imprimées (journaux, périodiques et relations
de voyage), les sources orales.
Nous avons recouru aux sources d'archives conservées
à Dakar et à la bibliothèque universitaire de
l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar ; aux sources tracées
composées de récits de voyages, de journaux et de revues ainsi
qu'à la littérature savante.
Il faut souligner que des dossiers entiers ne renferment que
des données concernant par exemple des affaires agricoles que le
colonisateur a consignées sur les fonds des archives.
Il est causant de souligner que les dossiers d'archives
comportent de nombreuses carences et des insuffisances certaines au-delà
desquelles le chercheur doit absolument s'évertuer à
rétablir l'authenticité historique. Il importe alors de faire
parler ces documents, des livres pour élucider véritablement
notre réflexion sur l'histoire de la culture du coton.
Le fardeau colonial est fort accablant dont il convient de
briser pour discerner la réalité des faits historiques
consacrés à la culture de la fibre blanche dans les cercles de la
vallée du fleuve Sénégal.
a)Les sources d'archives
Aux Archives Nationales du Sénégal (ANS), nous
avons consulté les fonds du Gouvernement Général de
l'Afrique Occidentale Française (AOF) et ceux dits du «
Sénégal Ancien », notamment, en leurs séries A, B, C,
G, K, L, P,Q, R, S,.T.
La Série A15(*) comprend les
arrêtés, ordres et décisions du gouverneur du
Sénégal, les arrêtés, les décisions et
circulaires du gouverneur général, les ordres et décisions
du commandant des cercles. S'ajoutent à cela les bulletins et journaux
officiels .Ces documents nous permettent de comprendre fondamentalement
les politiques de l'administration coloniale.
La série B16(*) est constituée des
correspondances que les gouverneurs ont envoyées ou reçues soit
des commandants militaires chefs des postes et des administrateurs des cercles,
soit des chefs locaux et des populations indigènes ayant tardivement
découvert les valeurs de l'administration coloniale. Cette série
nous familiarise avec les correspondances départs du gouverneur du
Sénégal au ministre .Celles-ci donnent un excellent panorama de
la colonie.
Elles constituent un moyen de contrôle du ministre sur
l'action menée par le gouverneur.
La sous série 3B17(*), permet d'éclairer
l'histoire des relations de la colonie avec les royaumes
environnants .Elle peut aider à mieux comprendre
l'expérience de la colonisation agricole et des explorations.
Toujours est-il que les correspondances relatives aux
directions des affaires politiques de l'A.O.F ont été aussi
scrutées pour les besoins de notre étude. Les chefs de canton, de
province et de village, avec leurs coteries sont placés sous l'aile
protectrice de l'administrateur du cercle qui qualifie toute réclamation
et toute dénonciation, de récalcitrants qu'il faut expulser du
cercle.
La série C 718(*) concerne les dossiers du
personnel colonial, en général et des chefs de Canton, en
particulier. Plusieurs dossiers, dont les plus importants ont été
déchirés, du moins, les renseignements relatifs à notre
sujet ont été retirés.
Pour exemple, les dossiers de la série C du Personnel
administratif colonial sont considérablement diminués de leurs
substances dans la mesure où certains chefs de canton qui ont
marqué l'histoire et la vie des populations sénégambiennes
en général et celles de la vallée du fleuve
Sénégal en particulier, sont désormais soustraits du
regard public et de la plume des chercheurs. Les intempéries, les
déménagements et les transferts intempestifs et
désordonnés, le manque d'intérêt réel des
pouvoirs publics, ont fini par en détruire des pans entiers.
La Série G19(*) et en particulier la
sous-série 2G20(*), comportant des rapports périodiques des
administrateurs des cercles adressés aux autorités
hiérarchiques, donne des informations sur la politique à mener
par les autorités coloniales afin de booster la culture du coton dans
les territoires nouvellement conquis.
La Série 4G21(*) a été
également consultée. Elle est particulièrement importante
car elle nous renseigne sur les services rattachés à
l'administration .Mais aussi, ce dossier nous éclaire sur les troubles
ou situations de crise sur lesquels les autorités locales sont peu
loquaces.
La série 13G22(*) relative aux affaires
politiques et administratives, nous édifie sur l'installation
progressive du colonisateur. L'implantation française se consolide avec
la politique expansionniste du gouverneur Faidherbe sur le
Sénégal en 1854.La conquête fut parachevée en 1887,
tout le territoire conquis est divisé en deux colonies : les pays
d'administration directe et les pays de protectorat .Elles seront
fédérées en 1920 .Cette série est pour nous, une
source de première importance pour l'étude de la vie politique et
administrative du Sénégal, des cercles, du commandement
indigène, de la résistance.
La sous-série 18G23(*), comportant des fonds
particulièrement riches et importants pour les affaires administratives
de l'A.O.F., fournit des informations sur les dossiers relatifs à
l'organisation administrative générale et officielle de la
colonie, à la délimitation des frontières, au commandement
indigène, à l'inspection des affaires administratives, aux
observations de liquidations et de transfert des services du groupe de
l'A.O.F, aux subventions , aux conférences interterritoriales .
La série K24(*) et surtout la
Sous-Série 1K25(*) (travail et main-d'oeuvre dans la colonie), nous y
retrouvons de nombreux problèmes liés au travail et à la
main d'oeuvre, main d'oeuvre indigène et étrangère,
salaires, coûts de la vie, conflit du travail, corvée obligatoire
et prestations, accident du travail. Des documents concernent la
deuxième partie postérieure à 1920. Les indigènes
étaient contrôlés par l'inspection du travail et de la main
d'oeuvre.
La France, soucieuse à sa nouvelle politique de
domination et de réorganisation de ses territoires, s'occupa du travail
indigène, des contrats de travail et de nouvelles méthodes
techniques de culture pour la vulgarisation de la culture du coton en Afrique
Occidentale.
La série Q26(*) (affaires économiques)
est aussi importante pour notre thème. La sous série
3Q27(*)
qui contient les dossiers portant sur les chambres de commerce d'agriculture et
d'industrie de Dakar, du Sénégal et des autres territoires. C'est
aussi une source pour la production industrielle cotonnière.
La série R 28(*)(Affaires agricoles) est source
de première importance pour notre étude.
La sous série 1R29(*) est constituée des
correspondances portant sur l'agriculture en A.O.F notamment sur les produits
agricoles : le coton. Cette série nous familiarise avec les projets
ambitieux de la métropole sur sa politique de vulgarisation de la
culture du coton dans la vallée du fleuve
Sénégal .Ses engagements pour la mise en valeur des
vallées du Niger et du Sénégal ; pour la recherche
agronomique ; de l'enseignement agricole.
Les populations sont alors victimes de la colonisation
agricole aussi servile que cynique. Il en est suivi des confiscations de leurs
biens, de leurs terrains de culture, voire de leurs progénitures pour la
main d'oeuvre.
Les séries S et T
concernant l'impôt et les finances, fournissent des informations
intéressantes sur le régime fiscal des différentes
colonies de l'Afrique Occidentale Française, des orientations sur les
questions d'ordre financier, économique et social.
Les sources imprimées sont constituées par un
ensemble d'actes officiels et de monographies publiés dans le
journal officiel, l'Annuaire du Sénégal et Dépendance, le
Moniteur du Sénégal et dans les autres publications du
Gouvernement Général de L'A.O.F.
Absorbée par le souci de mieux connaître les
peuples colonisés, la France se rapproche davantage de ceux -ci pour
apprendre les us et coutumes , leurs systèmes politiques,
économiques et leur organisation sociale .Cette politique met en
lumière les préoccupations de Napoléon Bonaparte qui
disait : « Même si on peut gouverner de loin on ne peut
administrer que de prés ».
Ainsi, beaucoup d'administrateurs ont publié des
monographies sur leur circonscription administrative. Pour s'en convaincre, il
suffit de voir Louis Léon Faidherbe qui fournit une notice sur la
colonie du Sénégal, 1859 .Dans son étude, il étale
pleinement son rôle de « colonisateur », il jette les
bases de la future Afrique Occidentale Française .Mieux pendant la
pénurie de coton causée par la guerre de sécession
américaine à partir de 1861, il favorisa des plantations qui
fournirent annuellement 50 tonnes de coton jusqu'en 1868.
On peut y ajouter aussi ses travaux linguistiques et
ethnographiques sur lesquels il s'intéressa aux dialectes locaux, aux
coutumes et rédigea plusieurs travaux d'ethnographie et de
géographie sur l'Afrique occidentale, ainsi qu'un Annuaire du
Sénégal en quatre langues ; français, wolof,
toucouleur et soninké. 31(*)
L'administrateur Albert Sarraut publie des travaux sur la mise
en valeur des colonies. Les idées qu'il expose dans son ouvrage, forment
une doctrine cohérente de la colonisation économique de la
vallée du fleuve, qui justifie le souci de l'administration envers les
populations locales.
Après la conquête définitive des pays
riverains du fleuve, l'administration coloniale avec l'aide des
ingénieurs agronomes, à l'image d'Emile Bélime,
crée des périmètres irrigués, destinés
à développer la culture du coton en Afrique Occidentale.32(*) Bélime, dans la plus
part de ses études agronomiques, fournit des propositions
d'aménagement de la vallée du fleuve.
Yves Henri lui, aborde les questions cotonnières et les
cultures irriguées en Afrique noire. Il milite en faveur d'une politique
de développement du coton en Afrique occidentale française.
Ces études sont à prendre par l'historien avec
beaucoup de réserves, avec un sens critique. Militant en faveur des
possibilités de culture du coton dans la vallée du fleuve et du
Niger, ces auteurs voulaient prouver l'importance de ces régions qui
selon à leur avis, conviennent le mieux à la culture du coton, et
qui se trouvent situées avantageusement par rapport aux principales
voies de communication.
Ces sources archivistiques ou imprimées sont l'oeuvre
du colonisateur. Elles suscitent l'intérêt des occidentaux sur le
coton en Afrique. Tous sont émus par les descriptions des régions
du fleuve Niger et du Sénégal. Ils souhaitent que leur
gouvernement intervienne pour assurer l'avenir économique de la colonie
au profit des industries vitales de la métropole.
C'est pourquoi beaucoup d'informations fournies dans leurs
rapports semblent exagérées.
Ces données écrites stipulent le désir du
colonisateur d'exploiter les abondantes ressources des territoires conquis. La
France est alors très en avance en termes d'industrialisation .Cette
phase nécessite d'abondantes matières premières, que les
territoires colonisés fournissent à bas couts : bois, coton,
caoutchouc. Cela explique que la colonisation suscite l'appétit des
compagnies privées.
Les déficiences et insuffisances des archives et des
sources imprimées sont manifestes.
Elles sont loin de satisfaire au chercheur qui aspire à
rétablir la vérité historique surtout celle de la culture
du coton dans la vallée du fleuve. S'enfoncer profondément dans
ces documents et en adhérant religieusement à ces idées,
comportent des dangers assez risqués tels que les plagiats et les
recopies calquées sur les écrits de l'envahisseur.
Ainsi pour diminuer la marge de subjectivité, la
tradition orale est incontestablement incontournable. C'est la version des
faits par le colonisé, du moins de l'opprimé. Elle nous retrace
la naïveté de l'administrateur, qui jugeait et condamnait
très vite les indigènes considérés comme des sous
hommes. Mais aussi, elle expose le climat dans lequel, l'imposition de la
culture du coton est perçue par les gens de la vallée.
b)-Les sources archéologiques
L'apport le plus fructueux à la perception de
l'histoire de la culture cotonnière c'est sans commune mesure
l'archéologie .Elle a permis de revisiter l'histoire du coton au plus
loin vers les sources. On distingue dans ce domaine deux grands
ensembles :
-D'une part l'art rupestre au Sahara qui nous documente sur
les traits vestimentaires des habitants, d'autre part divers sites en
particulier en Nubie et en Afrique soudanienne où on a retrouvé
les vestiges directement liés au coton.
L'art rupestre du Sahara selon J.Kizerbo est « le
premier livre d'histoire de l'Afrique ».
Cet art est symbolisé par une multitude de
représentations et de peintures murales que l'on a retrouvées sur
les murs pierreux disséminés dans tout le Sahara occidental et
central.
Ces oeuvres qui datent du VIIème siècle ou peut
être du VIIIème siècle, ont fait l'objet d'une nomenclature
et d'un classement chronologique effectué par la mission Henri Lhote en
1956 -1957.33(*) Elles ne
fournissent aucune orientation précise sur les plantes faisant l'objet
d'une cueillette ou d'une culture.
Par contre, elles montrent la façon dont les occupants
de la localité étaient vêtus. Celles que nous avons
maintenues, sont localisées de trois zones proches les unes des autres
sur les bordures méridionales du Tassili.
Les personnages de la période la plus ancienne des
chasseurs négroïdes armés d'arcs et de bâton, portent
un pagne très court. Les hommes de la période
« Tête rondes » sont souvent nus, le corps orné de
dessin. Ils peuvent néanmoins porter les caches visages, des petits
pagnes et des jambières en particulier lors des fêtes comme les
danseurs et les danseuses masqués de « Safar ».
Les femmes sont parfois forts également
accoutrées comme la célèbre « Dame
blanche » ou « Déesse cornue » qui porte
un cache sexe, des brassards, des manchons et des archières.
La femme masquée est vêtue de façon plus
ordinaire, par contre sa ceinture rappelle certains caches sexes
répandues dans toute l'Afrique soudanienne jusqu'à
l'époque contemporaine.
Joseph Kizerbo (1980 : 715) captivé par cette
garde-robe, souligne cette ressemblance : les femmes portent souvent
un vêtement réduit au minimum, portant parfois le lampé de
bande de coton passée parfois entre les jambes sur une ceinture et
retombait devant et derrière, familier aux jeunes filles de la
région soudanienne.
Deux autres oeuvres découverts à Tissali,
apportent un élément de taille avec la bandelette multicolore de
leur coiffure. Il s'agit du soldat grec et des édiles.
Voici ce qu'a écrit Lhote à leur
propos : « Nous avons retrouvé dans d'autres sites
de Jabbaren des figurations masculines de même styles malheureusement
très efficace mais où apparait la coiffure particulière
des homes, constitués par une sorte de casque formés de bandes
multicolores que surmontent une culotte à fond arrondi ».
34(*)
Les hommes de la seconde période, celle des
« Pasteurs bovidés » sont très
différents des précédents aussi bien par leur type
physique qui évoque celui des peuls que par leur vêtement. Ces
derniers sont divers, depuis les simples parures de fibres tressées
jusqu'à la longue tunique en passant par des pagnes courts. L'oeuvre la
plus significative de cette période des boudés est la
célèbre peinture baptisée « les jeunes filles
aux robes sans couture ».
Ces oeuvres ne permettent pas de connaitre la nature de ou des
fibres utilisés et l'on en est réduit à ce domaine des
suppositions ; la première qui vient à l'esprit est celle de
la laine :
« Des béliers sont représentés
sur les fresques dès la période bubale. Cependant, sans que l'on
ait pu déterminer leurs caractères sauvages ou domestiques
»35(*) au dire de
Lhote.
A l'époque des pasteurs de bovidés par contre,
l'élevage des moutons est avéré. Faut- il en
déduire que tous les habitants du Sahara ont connu l'usage de la laine
plutôt que le coton ou à l'exclusion de celui-ci .Nous ne devons
pas manquer de remarquer que le climat de la période la plus humide,
permettait la culture ou la cueillette du coton. Cette hypothèse comme
Kizerbo qui sans se prononcer, fait allusion au coton des lampés.
Quant à la technique du tressage ou du tissage, on doit
différencier deux grandes périodes, : celle des Têtes
rondes et celle des Pasteurs ainsi que des types d'ouvrages.
Dans la description qu'il donne des parures de la
« Dame blanche », H.Lhote parle de tissage :
« les chevilles sont ornées de larges tresses qui devaient
être en fibres comme des manchon ».36(*)
Le lempé de la « femme
masquée » et également les bandes multicolores des
coiffés de juge de paix et du Guerrier grec semble plutôt
tissés , et surtout évoquent irrésistiblement les
bandelettes de cotonnade unies ou multicolores .Il est possible que le tissage
des bandes étroites, soit venu de l'Egypte où l'on sait que les
momies37(*)
,étaient enveloppées de bandelettes de lin .On remarque
paradoxalement que la technique utilisée semble plutôt être
le tressage pour les oeuvres dites à l'influence égyptienne et le
tissage pour les autres , ce qui permet d'envisager une origine saharienne pour
celui-ci.
D'autres vestiges significatifs ont été
retrouvés dans des sites divers allant de la Nubie aux pays dogon en
passant par l'Ethiopie, l'Egypte et le lac Tchad. Ces restes apportent une
civilisation essentielle du coton en Afrique. Le vestige le plus ancien a
été retrouvé en Nubie. Cette région de pays de
« Kouch » est située pour sa grande partie dans la
moitié nord de l'actuel Soudan, débordant un peu le sud de
l'Egypte. Elle constitue, vraisemblablement avec le Soudan central le berceau
du peuplement de l'Afrique équatoriale au Paléolithique et au
Néolithique, tendant à migrer de l'une à l'autre
région selon les phases climatiques.
Des restes de coton ont été retrouvés en
Haute Egypte à Affia, site circonscrit sur la rive occidentale de
l'actuel lac Nasser entre Aswan et Abu simbel : « les
premières preuves de l'existence du coton en Afrique se trouvent en
Nubie à Afia, (un établissement du groupe A), qui date du
IIIème millénaire, on a découvert des semences de coton
ainsi que des fibres de coton dans la fumure de chèvre et de mouton. Il
est vrai qu'on retrouve là-bas en rapport étroit avec les tombes
du groupe A non seulement des morceaux de cuir et des peaux, mais aussi des
morceaux de simples tissus tissés.
Celles-ci n'ont pas été examinées de plus
près comme il existe aucune indication des personnes du groupe A,
concernant le coton filé (fusaïole)38(*) ou tissé, il est possible qu'on connait le
coton, mais qu'on les donnait à manger aux animaux »39(*)
Des vestiges plus récents confirment
l'ancienneté de la culture du coton dans la région. Dans les
caveaux funéraires nubiens datant du nouvel empire (vers 1580-1100 av
JC) l'archéologue Firth découvrit « une quantité
de matériel du venteux qui ressemblerait à la laine provenant
à la graine (le coton) ». Ce qui l'amena à conclure que
ces caveaux auraient pu servir d'entrepôt, pour les graines ou même
pour le coton » (Firth, 1987 : 14).Ces divers restes sont autant
de signes témoignant, sinon du caractère indigène de la
culture, du moins de l'ancienneté dans la région.
c)-Les sources historiques
Elles sont variées et nous documentent davantage sur la
vulgarisation de la culture et de l'artisanat que sur l'origine du coton :
elles apportent néanmoins un éclairage sur le sujet.
On peut distinguer parmi celles-ci, les sources écrites
auxquelles on doit ajouter la tradition orale, et ce qui concerne les
métiers à tisser.
Les sources écrites antiques et arabes, sont peu
nombreuses, en particulier pour l'Afrique noire qui nous intéresse en
priorité .Faute d'écrits autonomes, il s'agit de quelques textes
d'auteurs grecs et romains pour la période antique et des récits
arabes pour la période médiévale.
Concernant les textes d'écrivains gréco-romains,
les écrits de cette époque faisant allusion au coton, sont
très rares .Les auteurs grecs et romains connaissent essentiellement le
monde méditerranéen où le coton semble inconnu :
aucun texte ne le signal en Basse et Moyenne Egypte .Une omission est
particulièrement significative : celle d'Hérodote qui a
exploré l'Egypte jusqu'à l'Ile de l'Eléphantine vers 450
av JC , alors que celui-ci connaissait l'existence des cotonniers , comme le
montre la description qu'il donne de ceux de l'Inde dont il a entendu
parlé : « certains arbres sauvages portent , au lieu de
fruit , de la laine plus blanche que le lin et surpassant en bonté et
finissent celles des brebis et des Indiens tissent des vêtements avec
celle-ci »40(*)
.
Ainsi, le coton est le textile national de l'Inde : il y
fut cultivé dès la plus haute antiquité. Il en est en
effet question dans les lois de Manou (800av.J.C) sous le nom de karpasi
d'où le nom moderne de kapas .La
Grèce en a eu de bonne heure connaissance. Hérodote, dans sa
description de l'Inde, parle du produit d'un arbre dont on fait des habits.
Théophraste, après l'expédition d'Alexandre, décrit
nettement la manière de cultiver la plante. Enfin le périple de
la mer Erythrée, ce guide du navigateur commerçant dans la mer
des Indes, signal vers la fin du 1ér siècle après J.-C.,
les tissus de coton comme un des produits que les Arabes allaient chercher,
à Bargaza notamment, c'est-à-dire à l'embouchure de la
Nerbuda, à destination des ports de la mer rouge, puis de l'Europe. Le
coton existait donc dès cette époque dans la partie du
Décan où on le trouve actuellement.
Deux textes de Pline au I er siècle apr. JC
mentionnent le coton en Haute Egypte : « la partie
supérieure de l'Egypte du côté de l'Arabie produit un
arbuste appelé par quelques-uns Gossypion et par plusieurs d'autres
Xylon d'où vient le nom Xylana donné au fils qu'on obtient. Il
est petit et porte un fruit semblable à celui de la noix barbue, dont on
tisse la laine extraite de l'intérieur » 41(*)
L'autre signale une utilisation beaucoup plus ancienne :
« vers 550 av ; JC le Roi Amassis a des temples grecs des
vêtements pourvus de broderies en laine d'arbre »42(*)
Ces textes, qui confirment les données
archéologiques, semblent bien indiquer que le cotonnier a d'abord
été connu en Haute Egypte .Le dernier montre le caractère
exceptionnel de cette fibre en Egypte au VIème siècle. Le
périple de la Mer Erythrée d'Arrien (environ 63 av JC) rapporte
qu'à cette époque des navigateurs arabes et grecs allaient en
Inde chercher des cotonnades qu'ils vendaient dans les ports de la mer rouge en
particulier à Adulis (Zoulla) devenue le plus grand marché de
l'Ethiopie (P.Senay 1937.P.20). La culture du coton n'est jamais
mentionnée dans les récits concernant l'actuel Maghreb (y compris
la Libye).Quant à l'Afrique noire, elle est encore dans la
littérature « terre incognita ».43(*)
C'est ainsi que qu'au XVe siècle Alvice de Cada Mosto,
lors de son périple dans les côtes occidentales d'Afrique nous
renseignent sur le mode d'habillement des peuples qui habitent le
« royaume de Sénégal et ses
confins »44(*).
Il les scinde en deux classes.
Selon lui « Ces peuples- ci y vont quasi
continuellement sans se couvrir d'aucune sorte d'habillement, forts qu'ils
portent un cuir de chèvre façonné d'un hall de chausses
avec lequel ils se couvrent les parties secrètes »45(*) et d'un autre
côté « les seigneurs et gens d'autorité
vêtent des chemises de coton, pour ce que ce pays en produit une grande
quantité, que les femmes filent, et duquel elles font des draps de la
largeur d'une palme, mesure qu'elles ne peuvent excéder, à cause
qu'elles ne savent faire les pagnes pour les tisser. Tellement qu'il faut
coudre quatre ou cinq pièces de ces draps ensemble, quand on veut faire
quelques ouvrages de largeur. »46(*)
Le voyage de Valentin Fernandes en Afrique de l'Ouest nous
permet de remarquer, du point de vue commercial que : « les
Mandings sont des hommes biens,...très habile de leurs mains pour la
couture et le tissage. Les femmes de ce pays et de toute la guinée
cultivent et labourent et sèment et nourrissent leurs maris et filent le
coton et font beaucoup de tissus de coton tant pour se vêtir que pour le
vendre. »47(*)
Le Maire dans sa relation de voyage, confirme que «
le coton dont ces peuples s'habillent viendrait chez eux en abondance...Les
femmes filent le coton et les hommes font la toile, dont la pièce n'a
que cinq doigt de largeur, faute d'avoir des outils nécessaires pour la
faire plus large car du reste ils font aussi bons tisserand qu'en France. Ils
joignent ensemble dix ou douze pour avoir un pagne ou d'une aune de large
».48(*)
Dans le Boundou, les gens cultivent le coton et l'indigo. Des
pagnes fabriqués avec du coton, se présentent sous
catégories. La première est celle des pagnes de sept bandes et la
seconde qualité est plus grossière, et sert à
habiller les hommes « Les pagnes qui une plus grande largeur sont
travaillés, souvent elles sont bordées ou rayées de rouge,
leur l'épaisseur est plus que celle de la gosse toile de coton, les
femmes de Bambouk les recherchent et s'en habillent depuis le haut de l'estomac
jusqu'aux pieds, elles paient une pagne de cette première qualité
un gros et douze grains d'or ; la seconde qualité est plus
grossière, et sert à habiller les hommes. Celles sont
composées de cinq bandes seulement, de largeur de six à sept
pouces, et de la longueur de trois coudées ; elles sont teintes en
bleu foncé avec l'indigo du Boudou et se vendent un demi-gros et quinze
grains »49(*)
Ainsi, H. Lecomte dans son étude consacrée au
coton dans le monde, annonce : « qu'au Boundou on y trouve
des champs très étendus de ce précieux textile, les
indigènes savent bien le filer et le tisser, soit seul, soit
associé à la soie pour en faire des pagnes souvent très
beaux qu'on trouve à Saint Louis et à Bakel sous le nom de Pagne
de Sore »50(*)
Ensuite, il décrit les diverses tentatives de culture
du coton au Sénégal : « Au moment de la
guerre de sécession, on a fait quelques essais de grandes cultures au
Sénégal en 1866 existaient des plantations importantes chez les
Sérères puis à Dakar et au confluent du Taouey avec
le Sénégal»51(*) .Il poursuit en remarquant que la culture du coton
par les indigènes ne fait que péricliter. Il remarque
que : « l'introduction de tissus d'Europe ressemblant aux
plus beaux pagnes amena une baisse rapide et considérable de prix pour
les tissus indigènes »52(*)
Après avoir parcouru toutes ces traces écrites
sur la culture et l'utilisation du coton, nous estimons qu'au XVI éme
siècle ou au XVII éme siècle à peu près tous
les pays d'Europe occidentale étaient entrés dans la voie de
l'utilisation du coton, soit en mélange, soit pur, soit, la soie ou la
laine .Il est piquant de noter que le coton ,faisait alors figure de
textile nouveau, au même titre que la fibre ou le nilon aujourd'hui et
que son emploi suscitait l'opposition des utilisateurs de textiles
traditionnels .
e)-Les sources arabes
Nous disposons de nombreux écrits arabes concernant le
monde noir du VIIème au XVème Siècle, avec un minimum au
XIVème Siècle. Cette période correspond au renouveau des
échanges entre le monde méditerranéen et le monde noir
après la conquête de l'Afrique Septentrionale par les musulmans et
avant l'arrivée des Européens sur la côte atlantique qui a
détourné les voies du commerce noir vers l'océan.
Au 16e siècle, le centre économique de l'Europe
se déplace de la Méditerranée (débouché des
routes de la soie, des épices et de l'or) vers l'Océan
Atlantique.
Les états du Maghreb et du Soudan qui vivaient du
commerce transsaharien dont la Méditerranée était le
centre, voient leurs économies péricliter. C'est la victoire de
la caravelle sur la caravane.
L'Océan Atlantique devient ainsi la plaque tournante du
commerce international avec surtout le développement de la traite
négrière et du commerce des épices avec l'Asie ; les
Portugais se substituent progressivement aux Arabes dans le contrôle des
activités économiques entre la côte de l'Océan
Indien et l'Asie.
Ces écrits sont l'oeuvre d'auteurs qui pour la plus
part n'ont pas été sur place, mais ils s'informent auprès
des voyageurs, commerçants ou caravaniers le plus souvent qui relatent
ce qu'ils ont vu ou entendu dire ; quelques-uns sont bien
documentés comme Al Bakri à la fin du XIème siècle
ou AL Oumary au début du XIVème siècle.
Deux écrivains ont été sur place et
donnent donc un témoignage direct : Ibn Batuta au XIV éme
Siècle et Léo Africain au début du XVIème
siècle. Leurs récits fournissent des indications sur le coton et
sa culture, sur l'artisanat, sur les vêtements portés par les
autochtones, enfin sur les autres usages des cotonnades. Ils n'évoquent
pas la question de l'origine de la culture du coton en Afrique, mais montrent
clairement le rôle joué par l'islam dans la diffusion du port du
vêtement.53(*)
Notons cependant que si les arabes ont introduit sa culture
tout autour de la méditerranéen lors de la conquête, sa
fibre ne remplaça le lin que progressivement en Afrique du Nord
où il reste longtemps un textile de luxe.
En effet, nous retrouvons dans les écrits d'Al Bekri
l'usage du coton dans certaines régions du Soudan. Selon
l'auteur : « Outre le roi et son héritier...les
aitres qu'eux se vêtent de pagnes de coton, de soie ou de brocart selon
leur moyen »54(*) Et il précise encore que le coton est peu
abondant, bien que chaque maison pousse un cotonnier. Mais aussi les gens de
Silla (actuel Bakel) font le commerce..., de gracieux pagnes de coton
appelés shaggiyyat. »55(*)
Ces écrits forment la base de la documentation des
auteurs qui ont étudié l'histoire de la culture du coton en
Afrique subsaharienne à l'époque médiévale, en
particulier Ch. Monteil et R. Mauny .Ils sont le support principal de la
thèse selon laquelle ce sont les Arabes qui auraient diffusé
cette culture en Afrique noire par le commerce caravanier.
Un autre chercheur cependant J. Veuillet, auteur d'une
étude antérieure aux précédentes :
l'introduction de la culture cotonnière en Afrique Occidentale, avait
émis en se fondant sur les mêmes textes un point de vue inverse,
à première vue, il semble bien que l'usage du coton et la culture
du cotonnier dans la vallée du Sénégal soit
antérieur à l'islamisation de ce pays
Les écrits arabes apportent de précieuses
indications sur le coton, ils comportent néanmoins de graves lacunes et
imprécisions, du fait des conditions dans lesquelles ils ont
été rédigés.
Les Arabes ignorant tout du monde noir, à l'exception
de l'Abyssinie. Ils n'ont aucun repaire ni culturel ni
géographique : les localisations en particulier sont très
imprécises comme cette carte ébauchée de Ibn Saïd au
XIIIème siècle.
Définition et clarification des concepts
Des chercheurs et intellectuels contemporains se sont
longtemps penchés sur ces concepts. De nombreuses controverses qui ont
porté sur ces concepts, ont passionné les débats Aussi,
nombreuses sont alors les définitions qui concernent les concepts de
« histoire » de « production ».
Avant d'en venir à l'étude de la situation
paysanne de la moyenne vallée du fleuve, par rapport à la culture
cotonnière, il convient de définir, de façon succincte les
concepts d'histoire, de production qui sont des catégories ou concepts
cruciaux pour notre recherche. Ici, les disciplines que sont
l'épistémologie, l'anthropologie et la philosophie de l'histoire
sont d'un grand recours.
La définition d'histoire des dictionnaires est presque
toujours insatisfaisante. Les dictionnaires et utilitaires de philosophie
scindent en effet quasi-systématiquement l'histoire en deux, et
seulement deux, pôles différents :
On a un pôle de réalité objective : ce qui
s'est passé, qui a eu lieu, indépendamment de la connaissance
qu'on en a. S'il n'y avait pas une seule ligne de vrai dans les livres
d'histoire, des choses auraient tout de même eu lieu. Il y aurait eu des
événements, mais personne ne les connaîtrait plus, parce
qu'il nous en manquerait la trace.
On a un pôle récit du passé : ce que
nous disons avoir eu lieu, ce que nous pensons qu'il s'est passé. On
tient pour établir que Socrate est mort en -399. Peut-être que
nous nous trompons. Il est possible que Socrate ne soit pas mort
à cette date. Il peut toujours avoir un écart entre la
réalité telle qu'elle s'est passée et notre connaissance
de cette réalité.
À suivre un dictionnaire de philosophie, l'histoire se
définirait ainsi : L'histoire, c'est le compte rendu raisonné
d'une enquête scientifique dans le passé humain à jamais
refermé sur lui-même, sous le regard amusé d'une fée
retorse, nommée Vérité.
Cette vision en deux aspects est toutefois trop sommaire. Elle
masque que l'histoire n'est pas qu'un récit. Elle est aussi une
discipline, une science ou une étude qui
s'intéresse au passé. Avant d'écrire l'histoire, il faut
étudier le passé.
L'histoire est une étude du passé humain. On
parle parfois de discipline ou de
science, mais
« étude » est plus précise. L'histoire a
été pratiquée bien avant d'être constituée en
discipline comme on l'entend aujourd'hui. Dire que l'histoire est une
science n'est pas anodin. Les débats sur la
scientificité de l'histoire ont été nombreux.
Précisément, l'histoire est une étude du
passé humain collectif. Elle s'intéresse au
passé des sociétés humaines. Elle ne s'attarde sur des
individus que s'ils jouent un rôle important au sein de leur
société. La biographie d'un inconnu n'est pas de l'histoire.
L'objet propre de l'histoire étude est l'histoire réalité.
Le rôle de l'étude historique est de connaître et de
reconstruire la réalité passée.
L'histoire cherche à fournir des connaissances,
à établir des éléments objectifs. L'historien est
donc dans une perspective scientifique. Toutefois, le statut de science a
souvent été contesté à l'histoire. L'histoire
traite du singulier, de l'unique, alors que la science traiterait du
général. L'histoire ne pourrait donc pas être une science
pour ce motif. On dit parfois également que la science sert à
prédire les faits, alors que l'histoire vise à les
expliquer.
Ce sens historique rejoint aussi ce qu'on appelle aujourd'hui
le « devoir de mémoire », la nécessité
de collecter et de faire connaître les mésaventures humaines, pour
que les souffrances du passé n'aient pas été de vaines
souffrances. On a beau soi-même avoir compris que les génocides
étaient inhumains, il faut le dire et le redire dans les écoles,
pour sensibiliser les jeunes générations au problème et
affiner leur conscience morale, et ne pas manquer une occasion d'en avertir
l'opinion. L'historien, s'il mène souvent une recherche aride sur des
sujets étroits, pour préciser tel ou tel point du tableau
historique, doit aussi faire étinceler l'histoire ainsi forgée
aux yeux du grand public. La conscientisation des masses est un rempart contre
les abus du pouvoir qui oriente l'information.
Pour cette raison, notre sujet orienté sur la culture
du coton dans la moyenne vallée, chaque événement du
passé, doit être présenté dans toute sa
complexité, ses tenants et aboutissants, et sans maquillage. Au
même titre que la philosophie, l'histoire devient alors une
méthode de pensée qui forge des esprits capables par
eux-mêmes de juger de la valeur des choses, tout en ayant le sens de la
relativité des conclusions dégagées.
Définir la production
Du latin productio, allongement, prolongation (du temps),
construit à partir de pro, en avant et de ducere, conduire. La
production est l'action de produire des biens ainsi que le résultat de
cette action le mot production se rapporte à l'action de produire,
à la chose produite, au moyen de produire ou à l'ensemble des
produits du sol, de la terre ou de l'industrie. Le verbe produire, pour sa
part, a à voir avec engendrer, procréer, créer, fournir,
être à l'origine de provoquer, occasionner et fabriquer. S'il
s'agit d'un terrain, par exemple, produire signifie porter des fruits. D'autre
part, lorsque le mot produire se réfère à une chose, elle
veut dire rapporter ou obtenir des profits.
Sur le plan de l'économie, la production est
l'activité qui apporte de la valeur ajoutée par la
réalisation des biens et services. Elle consiste à transformer
des facteurs de productions (matières premières, produits
intermédiaires, mains d'oeuvre, énergie...) .Autrement dit la
production est la création et le traitement de biens et de marchandises.
Le processus englobe, parmi d'autres étapes, la conception, le
traitement et le financement. La production est l'un des processus
économiques majeurs et le moyen par lequel le travail humain
génère de la richesse. Il existe plusieurs modes de production au
sein d'une société, déterminés par les relations de
production que les personnes établissent entre elles. Par le biais des
relations de production, le travail individuel devient une partie du travail
social.
Pour le philosophe allemand Karl Marx, le mode de production
n'est pas déterminé par ce qui est produit ni par combien, mais
plutôt comment a lieu ladite production. Il avance pour dire :
« Par l'amélioration rapide de tous les instruments de
production, les communications rendues infiniment plus faciles, la bourgeoisie
entraine toutes les nations, jusqu'au plus barbares, dans le courant de la
civilisation .Le bas prix de ces marchandises, est son artillerie lourde , avec
laquelle elle rase toutes les murailles de chine, avec laquelle elle contraint
à capituler les barbares xénophobes les plus entêtés
.Elle contraint toutes les nations , sous peine de courir à leur perte,
à adopter le mode de production bourgeois ; elle l'est contraint
d'importer chez elle ce qui s'appelle la civilisation, autrement dit :
elle en fait des nations de bourgeois. En un mot, elle crée un monde
à son image ».56(*)
Parmi les différents modes de production, il y a lieu
de retenir l'esclavage (où la force productive est esclave, raison pour
laquelle le travailleur n'a aucune propriété), le
féodalisme (en rapport avec l'activité agricole) et le
capitalisme (où le travailleur, moyennant un contrat, vend sa force
productive en échange au profit d'un salaire).
A travers la littérature existante et dans les travaux
récents de sciences sociales, on rencontre deux types de
productions :
Le premier est la production marchande .Elle se définie
comme la production de biens et des services susceptibles d'être
écoulés sur un marché contre un prix. Pour
l'I.N.S.E.E57(*)elle est
constituée des produits vendus à un prix économiquement
significatif ou utilisés pour effectuer des paiements en nature y
compris des rémunérations des salariés.
La production marchande peut se subdiviser en deux
catégories :
-La production marchande simple lorsque le producteur vend son
produit sur un marché ou vend un service marchand à titre
individuel,
-La production marchande capitaliste lorsque le produit ou le
service est la propriété du détenteur de l'outil de
production, le capitaliste. La production est ensuite vendue comme marchandise
afin de réaliser un bénéfice
La production non marchande correspond à la fourniture
d'un produit ou d'un service gratuitement ou dont le prix n'excède pas
la moitié du coût de production.
e)-Les études sur la culture du coton
Beaucoup d'auteurs se sont déjà penchés sur
les études de la culture du coton. Des études et des travaux se
mirent à jour .Le travail qui attirait le plus notre attention, est
celui l'ouvrage de MALON Claude, le havre colonial de 1880 à
196058(*), Le havre,
Publication des Universités de Rouen et Havre-Presse universitaires de
Caen, 2005. Ce document a pour objectif d'expliquer le paradoxe d'un port
réputé pour son action outre-mer alors même peu de Havrais
étaient actifs outre- mer, ce qui constitue une différence
clé avec Marseille et Bordeaux.
L'ouvrage s'organise en trois parties, dont chacune
privilégie une approche différente.
La première partie « Les échanges
maritimes », mesure l'apport du port Havrais dans le commerce colonial, de
plus en plus africain, et surtout sa spécialisation dans le café,
le cacao, le coton et les bois exotiques. Le Havre est ainsi à
« l'interface du monde colonial français et de l'hinterland
parisien et européen pour le transit des produits chers indispensables
à la métropole » .L'auteur montre que le repli sur
l'empire des années 30 a précédé la crise.
La seconde partie « les entreprises
coloniales », procède à la radiographie de 350
entreprises coloniales à participation ou à direction havraise.
L'évolution conduit les plus importantes entre elles-mêmes
à un engagement de plus en plus grand en Afrique ; elles
procèdent elles-mêmes à des achats sur place, montent un
réseau de comptoirs ou des industries de premières
transformations, mais en même temps, elles ouvrent les exportations
coloniales sur le marché européen et mondiale, ouverture qui les
rend moins dépendantes des liens politiques entre la métropole et
l'empire devenu union française.
La troisième partie « Cheminement de
l'idée coloniale » montre l'évolution de
l'appréciation de l'empire au sein de la population. Ce livre constitue
une contribution de toute première valeur à l'histoire du Havre,
qui se trouve largement renouvelée .Il enrichit à partir d'un
exemple étudié en profondeur, la réflexion sur les
relations économiques entre la métropole et les colonies.
Cavaillès Henri59(*), dans La culture du coton en Espagne .In :
Annales de Géographie,
t. 46, n° 260, 1937.pp 195-196, nous
présente les difficultés éprouvées à la cour
de la grande guerre pour le ravitaillement de l'industrie espagnole en fibres
de coton qui provoquèrent des essais divers .L'auteur expose ici les
raisons qui plaident en faveur de leur opportunité.
Des raisons techniques d'abord : Espagne cultive surtout
des plantes à racines peu profondes : le coton étant une
plante à longues racines, s'adresse eux coches inférieur du sol
et s'insère bien dans le système de rotation des cultures. Des
raisons d'ordre social : la préparation du sol, le drainage et
l'irrigation .En fin des raisons économiques, la production de vin et
des huiles est très abondantes et leur exploitation devenue si difficile
que leur écoulement est, pour l'Espagne, un véritable
problème.
Paul Mingret60(*), dans son grand article, l'évolution de la
culture du coton dans la vallée de Mississipi. In : revue de
géographie de Lyon, vol 43, n° 2, 1968.PP.179-224, nous
rend compte de manière magistrale, en commençant par une
présentation physique de la vallée l'évolution de
cette région .Cette évolution s'est faite au sens inverse de
celle qui s'est produite dans de nombreuses régions européennes.
Il nous décrit comment la vallée de Mississipi a
été occupée, seules les terres étant
transformées en champs de coton, tandis que les régions
recevaient de l'extérieur non seulement des produits industriels mais
même des produits agricoles. Puis après la crise de 1929 et plus
encore pendant et après la seconde guerre mondiale, l'occupation de la
vallée est devenue beaucoup plus complète et la superficie des
terres utilisées s'est considérablement élargie par suite
de l'introduction de nouvelles cultures.
Il expose ici l'idée qui consiste à dire que la
vallée de Mississipi ,offre cependant l'exemple d'une évolution
plus complexe et dans lesquelles les structures héritées du
passé jouent un rôle important .En effet, la culture du coton
ayant été effectuée longtemps entièrement avec la
main , de fortes densités de population se sont formées selon les
terres à coton .Par suite de la mécanisation de cette
récolte et de regroupement des terres en très grandes
exploitations, une partie importante de la population, comportant un fort
pourcentage de Noirs, s'est trouvée sans travail.
Pierre - Yves Toullalan61(*) dans son article intitulé, Le coton
polynésien : un mythe tenace, met en lumière toutes les
productions agricoles. Ces dernières furent essayées au
XIXème siècle en Polysémie française .Aujourd'hui
bien oublié la production du coton représente 40 pour cent de
toutes les exportations de la colonie. L'auteur retrace les différentes
étapes de cette culture entre l'époque de la guerre de
sécession américaine et l'ultime tentative de la
société cotonnière en 1909.
Pendant deux décennies de 18865à 1885, le coton
joua un rôle considérable intégrant la production locale
à l'économie mondiale .Par la suite sa culture
déclinée, complétée ou remplacée par celle
de cocotier et la vanille. Hormis le problème foncier et les
difficultés obtenues, la main d'oeuvre nécessaire, c'est
l'absence d'une véritable classe de planteurs qui explique
l'échec final de cette production malgré les efforts
obstinés de l'administration coloniale.
Auguste Chevalier62(*), dans son étude, les cotonniers
indigènes du Sénégal et du Soudan. In : Revue de
botanique appliquée et d'agriculture coloniale, 10 années,
bulletin n° 111, novembre 1930. Pp 874-880, nous fournit une
étude approfondie des différentes variétés
cotonnières indigènes en Afrique. Le Sénégal,
faisant partie du soudan occidental, a connu plusieurs variétés
de coton cultivées à travers le pays.
Régine Levrat63(*), auteur du livre, le coton en Afrique Occidentale
et Centrale avant 1950 : un exemple de la politique coloniale de la Franc,
Paris, l'harmattan, 2009,370p. A partir de la culture du coton, cette
étude apporte un éclairage sur l'histoire précoloniale de
l'Afrique Occidentale et centrale et sur la politique coloniale de la France
dans cet ensemble.
Sur le plan local, les études concernant la culture du
coton sont rares. Quelques travaux universitaires portent se sont timidement
signalés. Le premier travail sur le coton est celui Moussa SOUMAH
64(*) a
étudié l'essor de la culture cotonnière en
élaborant les différentes opérations en coton au
Sénégal et au Mali.
Serigne FALL65(*) a étudié le coton en retraçant
ses origines .Il présente les diverses zones porteuses de cette culture
à travers une étude géographique.
El hadji Moussa NOUHOU66(*) a étudié les effets de changement des
graines de coton dans l'alimentation du bétail .Il met en
évidence les performances de croissance de la chèvre par
l'utilisation des graines de coton.
Des ouvrages généraux existent sur la culture du
coton, des aménagements du bassin du fleuve Sénégal, sur
la colonisation agricole, l'idéologie coloniale de la mise en valeur,
et.
La quasi-totalité de ces productions est cependant
redevable aux théoriciens de la colonisation. Un esprit fortement
chauvin plane sur ces documents car, beaucoup d'entre eux, envoyés par
le colonisateur, écrivaient pour mieux asseoir les fondements de leur
domination.
Plan de travail
Totalement, notre travail s'articule autour de trois
parties.
Dans un premier temps, nous nous essayerons de faire la
présentation de la physionomie générale de la
vallée du fleuve Sénégal. Pourquoi avons-nous
décidé de commencer par la présentation du milieu ?
C'est parce que nous voulons tout simplement cartographier notre lieu
d'étude pour mieux cerner les cadres spatio-temporels de notre sujet en
mettent en évidence les facteurs climatiques du milieu .En outre, les
phénomènes géographiques sont essentiels pour replacer
notre étude dans son contexte historique local. Ce faisant, nous sommes
en phase avec la réalité du terrain où l'administration
coloniale a toujours imposé sa domination sur les populations
indigènes.
En second lieu, nous aborderons les notions
générales du coton et la colonisation agricole de la
vallée. La France, le début du XIX éme siècle,
récupéra la colonie du Sénégal aux mains des
Anglais et s'engagea dans une entreprise de colonisation agricole dans le
royaume du walo et à l'embouchure du fleuve Sénégal .Ce
projet colonial, a fait de la vallée du fleuve un véritable
« grenier » de l'Afrique Occidentale Française.
Cette colonisation indigène, dirigée par la
France sous la direction du colonel Schwartz, était liée aux
travaux forcés, à la soumission des paysans et à la
résistance. Les paysans qui vivaient dans l'opulence et dans la
prospérité, virent leurs prestiges et leurs biens disparaitre. La
culture du coton, imposée aux paysans de la vallée, se
révèle plus efficace et plus rentable avec l'intervention de
l'administration pour avoir mis en place un système de monitorat et de
contrôle des cultures.
La deuxième partie va nous permettre de passer en revue
les nouvelles tentatives d'exploitation cotonnière. Nous
présenterons les différentes structures de la production agricole
mises en place par les pouvoirs publics métropolitains. Ceci est aussi
important pour nous car le Service des Textiles procédera à
toutes les études destinées à préparer ; par
l'emploi des méthodes nouvelles et l'installation d'outillages
d'hydraulique agricole, une production plus rationnelle et plus fructueuse qui
permettra à l'Afrique Occidentale d'apporter une contribution
prépondérante au ravitaillement de notre industrie culturelle.
Nous ajoutons à cela les stations agricoles, et les fermes familiales,
éléments essentiels pour la production du coton dans la
vallée du fleuve.
La troisième partie s'ouvre avec l'évolution de
la production cotonnière dans la vallée du fleuve en 1930. En
dépit des difficultés notoires liées à toute
périodisation, nous nous efforçons de trouver une orientation
chronologique à notre thème : le premier cadrage s'avère
être l'année 1920, l'année qui a vu la consécration
et la mise en place effective de l'administration française en Afrique
Occidentale Française. Mais, il y a bien des raisons de débuter
notre troisième partie au XXème siècle,
c'est-à-dire en 1920 jusqu'à l'année 1930. C'est ainsi que
le début des années 1920 que fut marqué par l'introduction
d'une nouvelle politique de la production agricole dans les possessions
Françaises .Elle avait pour ultime mission de créer les
conditions indispensables à l'accroissement de la production.
L'administration métropolitaine étant réunie en un seul
ensemble, voit ses circonscriptions administratives se rayonner, surtout les
cercles de la vallée du fleuve.
Dans le chapitre II de cette même partie, la crise
économique des années trente et la deuxième guerre
mondiale a donné un coup de fouet à cette nouvelle politique
agricole amorcée au début du XXème Siècle. Cette
crise sans précédent, est intrinsèquement liée
à l'économie européenne et mondiale. L'Afrique, continent
très tôt soumis à la domination coloniale, ne put
échapper aux effets de la crise : les courroies de transmission
jouèrent à plein, sur le plan financier, avec la baisse des
capitaux disponibles et les difficultés d'approvisionnements qui en
découlèrent, et sur le plan commercial du fait des
problèmes de surproduction mondiale et de la chute des prix.
La vallée du fleuve fut influencée par le
marasme plus ou moins persistant dans la métropole ainsi que par les
aléas des politiques, souvent inefficaces, mises en oeuvre pour assainir
la situation.
La culture du coton dépend d'une manière ou
d'une autre, du climat, du rythme pluviométrique, de la nature du
terrain de la vallée du fleuve. Cependant, l'analyse et l'étude
physionomique générale du milieu est importante sinon capitale.
Dans cette étude du milieu, nous allons présenter les milieux
physiques, le climat, la végétation, les sols, les
étendues d'eau et terres cultivables et pâturables.
PREMIERE PARTIE : LE CHOIX DE LA VALLEE, UN MIMIEU
PROPICE A LA CULTURE DU COTON
Chapitre I : Physionomie générale de
la vallée du fleuve
Nombreuses études significatives se sont
penchées sur la vallée du fleuve Sénégal.
La plupart d'entre elles ont examiné avec force les
divers aspects de la région.
Les études géographiques sont rares ou
insignifiantes en ce domaine. Dans leurs récits de voyages,
d'opérations et de périples, les Européens ont
éprouvé le désir de faire la description du paysage, du
climat, et de toutes les variétés d'écosystèmes qui
s'y trouvent.
Ils amorcent ainsi une géographie avérée
de la région du fleuve, en particulier et de la
Sénégambie, en général. Ils menèrent en
effet de grandes études géographiques qui permettent de connaitre
la configuration des cours d'eau, (les fleuves, les marigots, les lacs) comme
voies de pénétration vers le Soudan. En plus, ils
complétèrent la carte du tracé des fleuves,
répertorièrent les potentiels du continent. De plus, ils
rédigèrent des rapports pour encourager les impérialistes
à se lancer dans la conquête .Tous émus par les gammes de
richesses dont regorgent le sol africain et des marchés d'esclaves ,ils
souhaitèrent que les grandes nations interviennent ,non seulement pour
piller toutes les ressources , mais aussi et surtout pour faire cesser les
abominations.
La vallée du fleuve fut très tôt avant
l'implantation française, le carrefour de nombreux groupes et
d' « Etats » organisés où se sont
succédé des pouvoirs dynastiques, tour à tour peuls,
arabo-berbères, soninkés, malinkés et toucouleurs.
Le fleuve Sénégal, située à
mi-chemin entre les pays voisins de l'Afrique noire et sa partie
septentrionale, est considéré comme un entrepôt où
sont réunis les produits des pays quelque fois très lointains
pour être acheminés et vendus ensuite dans toutes les
contrées.
L'action menée par la France dans le cadre de la
colonisation agricole de l'Afrique Occidentale fit de la vallée du
fleuve, une région agricole par excellence parmi les autres
contrées africaines .Sa population était composée en
majorité de cultivateurs. Leur entreprise avait été
favorisée par la fertilité des terres.
1.1 : La création et l'administration des
cercles de la moyenne vallée du Sénégal
La France occupa un immense empire dont l'étendue du
territoire est entrecoupée en deux par le désert, qui constitue
un obstacle majeur à son accès.
Composées de Huit colonies administrées par les
lieutenant-gouverneurs sous l'autorité d'un gouvernement
général qui a son quartier général à
Dakar67(*)
Ses fonctions et ses compétences ont été
successivement élargies ou déterminées par les
décrets des 17 octobre 1899,1er octobre 1902,18octobre
1904.Ce dernier décret a doté le gouvernement
général d'un budget de recettes propres, dont le plus important
est constitué par les droits de douane perçus à
l'entrée et à la sortie des possessions68(*).
Le Gouverneur Général est le dépositaire
des pouvoirs de la République et a seul droit de correspondre avec le
gouvernement métropolitain. Il est assisté d'un conseil de
gouvernent dont la composition a été modifiée par le
décret du 4 décembre 1920 69(*)
Ces territoires comprennent le bassin fluvial du
Sénégal, la quasi-totalité du bassin du Niger
Supérieur et Moyen, les bassins des petits fleuves côtiers se
jetant au sud-ouest dans le golfe de Guinée.
Mais quelle était l'armature politico-administrative de
la France ? La France contrôlait en Afrique de l'Ouest un territoire
d'un seul tenant, qui égalait neuf fois sa propre superficie, soit cinq
millions de kilomètres carrés.
Ce pays très varié s'étendait depuis les
espaces désertiques du Hodh, jusqu'aux forêts obscures du pays
Guerzé et du Mayombe. Peut-être, cet éparpillement
même a poussé les Français à mettre sur pied un
système dont la rigidité puisse maintenir la cohérence
d'un ensemble si disparate70(*). Mais, il y'a aussi des raisons proprement
historiques .En effet l'empire colonial Français d'Afrique Noire avait
hérité, de la IIIème République, le régime
autocratique de Napoléon III. Le petit territoire
sénégalais qui était effectivement contrôlé
par la France autour des centres comme Gorée, Saint - Louis, Rufisque,
Dakar, aurait pu être facilement assimilé et a commencé de
l'être effectivement.
Or, on savait que le Sénégal a été
la base de départ pour la conquête de tout le reste l'Ouest
africain. On comprend alors, que les Français aient été
tentés d'extrapoler purement et simplement à tout le reste de
leurs acquisitions le statut de leur domaine sénégalais.
Contrairement au système de l'indirect rule appliqué
dans les colonies britanniques, la France a instauré un système
d'administration sensiblement différent dans son empire.
Par décret du 18 octobre 1904, le Sénégal
a été divisé en deux territoires : les territoires
d'administration directe ou territoires annexés71(*) et les territoires
correspondant aux pays de protectorat tous gouvernés selon les
mêmes structures administratives. Un tel mode de gestion
centralisée nécessitait du personnel en grand nombre. Ce qui
n'était pas le cas dans un territoire où l'éducation de
type occidental démarrait à peine avec l'Ecole des fils de
chef et l'enseignement mutuel introduit par Jean Dart
à Saint-Louis. Pour faire face à la
pénurie de cadres métropolitains, l'administration dut
recourir à des structures permettant la participation des
élites indigènes favorables à l'ordre colonial.
Les collectivités locales sont ainsi nées au
Sénégal dans la seconde moitié du XIX°
siècle.
La précision mérite d'être faite, car au
Sénégal l'administration reposait sur une organisation visant en
partie le territoire du Sénégal proprement dit, en partie
l'ensemble des territoires du groupe de l'A.O.F.
Saint-Louis a été le chef lieu du territoire et
de l'A.O.F jusqu'en 1957. Durant une brève période, de 1895
à 1904, elle a été le siège du Gouvernement
Général de l'A.O.F avant le transfert de celui-ci à Dakar.
Les deux fonctions capitales ont été cumulativement
assurées par Dakar à partir de 1957. De 1828 jusqu'en 1957,
l'administration du territoire a été placée sous la
responsabilité d'un Gouverneur72(*). Mais ce dernier n'agissait pas en solitaire bien que
détenteur de larges pouvoirs. Outre les chefs de ses services centraux,
il appuyait son action sur le Conseil Privé de la colonie73(*) qui était une
assemblée consultative nommée pour donner des avis sur la gestion
du territoire. A Gorée, le second pôle de l'administration de la
colonie jusqu'en 1904, le Commandant de la place s'appuyait sur le Conseil
d'arrondissement.
Au début de l'entreprise de la colonisation, le pouvoir
dans l'intérieur du Sénégal était abrité par
des postes militaires et commerciaux sous la garde d'une poignée de
soldats généralement recrutés au sein de la population
locale.
C'est l'arrêté du 10 mars 1859 qui a
substitué à cet encadrement territorial le maillage des zones
soumises en cercles. Le nombre et la répartition géographique de
ces circonscriptions ont varié au fil du temps. Les suppressions ont
vraisemblablement ont été dues à l'enclavement
géographique, à une faiblesse démographique ou à la
faible contribution financière des localités concernées
pour la construction de la colonie. Il y a eu :
- 10 cercles en 1905 : notamment le long du fleuve
Sénégal (Saint-Louis, Podor, Kaédi, Matam), sur le Sine
(Foundiougne, Sine), sur la Casamance (Sédhiou, Karabane), Nioro du Rip
et à Thiès. 13 cercles en 1908 : Dagana, Podor, Saldé,
Matam sur le fleuve ont été confirmés, Bakel a
été une entité nouvelle ; Sédhiou a
été confirmé.
Tout compte fait, la conquête fut aussi marquée
par l'organisation militaire et que des pans entiers de territoires conquis,
sont restés longtemps sous l'administration militaire. Les
séquelles de cette situation se reflétèrent dans
l'uniforme chamarré des commandants et dans l'appareil de gardes et de
saluts qui entourait le représentant de l'autorité .Il est
certain que l'esprit cartésien et le sentiment jacobin, plus ou moins
sous-jacents, ont aussi joué leur rôle , pour la mise en place
d'un système pyramidal, dont le sommet était le ministre des
colonies et la base la masse des sujets en voie plus ou moins avancée
d'assimilation74(*).
Mais entre ces principes et la réalité, il y'a
de nombreux accommodements. Les territoires furent d'abord regroupés en
deux ensembles : l'A.O.F composée de sept puis de huit territoires
quand en 1919 le Haut -Sénégal-Niger fut scindé pour
constituer deux colonies, les autres étant le Sénégal, la
Mauritanie, la Guinée, la Cote d'Ivoire, le Niger et le Dahomey.
A la tête de l'appareil, Il y a donc le Ministre des
Colonies, responsable de l'administration coloniale devant l'Assemblée
Nationale .Celle-ci, en principe, pouvait légiférer pour les
colonies .Néanmoins le manque d'intérêt ou la
méconnaissance des dossiers, l'amenèrent à se
décharger pratiquement sur le Ministre qui guidait la marche des
colonies par décrets. Mais le Ministre lui-même était trop
loin et trop occupé car il dirigeait en plus de Madagascar, les domaines
Nord -africain, asiatique et américain de la France. Le personnage
clé fut donc naturellement l'homme qui, dans chaque
fédération75(*), était à la tête de
l'administration : le Gouverneur Général.
Représentant et détenteur des pouvoirs du gouvernement de la
République, il est ordonnateur du budget général,
maître des forces armées, et chef des services administratifs
centraux de la Fédération .Or aucune loi, ni aucun décret
venu de France n'est applicable dans son secteur s'il n'en a pas fait la
promulgation. Cette disposition lui donne pratiquement une sorte de droit de
véto suspensif pour les mesures qui lui déplaisent, bien qu'il
doive compter avec les intérêts économiques puissamment
représentés au parlement et au gouvernement.
Le gouvernement conduisait le travail pratiqué par un
réseau de commandants de cercle, ultérieurement secondés
par des chefs de subdivision .Dans ces nouvelles circonscriptions, le
Commandant de cercle représentait le Gouverneur du
Sénégal, et, dirigeait le cas échéant la commune
mixte. Il délivrait les permis de déplacement et de port d'arme,
veillait à la bonne administration de la justice et organisait les
recensements de la population pour la fiscalité et les recrutements
militaires. Enfin il pilotait la gestion de la société
indigène de prévoyance - devancière de la
coopérative rurale dans sa circonscription. Un conseil de
notables76(*) était
convoqué une fois par an pour lui donner un avis sur les affaires
concernant le cercle.
Chaque cercle était découpé en un certain
nombre de subdivisions, de cantons et de villages où l'autorité
était incarnée respectivement par l'Administrateur de la
subdivision, le Chef de canton et le Chef de village. Ces démembrements
du cercle étaient dirigés par des fonctionnaires coloniaux au
niveau des subdivisions et des chefs indigènes au niveau des cantons et
des villages77(*). A
chaque échelle territoriale, l'autorité était
assistée par des conseils consultatifs, et, ainsi ce système
très hiérarchisé jouait le rôle d'une courroie de
transmission entre le colonisateur et les populations à la base. Mais
les représentants légitimes des autochtones ne détenaient
aucun pouvoir sur les décisions censées servir leurs
intérêts.
La chefferie traditionnelle était réduite au
silence, voire déchue et remplacée par une nouvelle
notabilité plus dévouée à l'ordre colonial78(*). Par le contrôle pesant
exercé sur la population, les commandants de cercles et les chefs de
cantons étaient les véritables maîtres du pays profond. Ils
ont détenu des pouvoirs quasiment sans limites du fait de
l'infériorité juridique frappant leurs administrés qui, en
milieu rural, ont vécu sous le régime de l'indigénat
jusque tard vers la fin de la colonisation .Le Commandant de cercle est
réellement la cheville ouvrière de tout le système.
Soucieux d'y raffermir son autorité, le Gouvernement français
créa le cercle au sein du Haut -Sénégal Niger.
La constitution de la nouvelle entité territoriale
obéissait aux caractères économiques.
En effet, « il s'agissait de se tailler un domaine
qu'il fallait exploiter, rentabilisé pour les besoins de l'industrie
métropolitaine par l'importation des produits du cru et de
l'écoulement des produits usinés »79(*)
En 192080(*), une décision ministérielle relative
à l'organisation de la vallée du Sénégal,
précisera les territoires et le divisa en trois circonscriptions
à savoir le cercle de Dagana, le Cercle de Podor et le cercle de Matam
-Diorbivol. La circonscription de Matam était constituée de
plusieurs cantons .Sa population s'élevait à 143 850
habitants .Celles de Podor et de Dagana, formées de plusieurs cantons
comptaient respectivement 87 145 et 30 855. Habitants. Richard -Toll
était en outre un poste militaire .Il devait servir à dissuader
les populations à se révolter.
L'administration de chaque cercle, fut confiée à
un commandant dont les attributions demeuraient diverses81(*). L'exécution de ses
multiples taches, l'amenait à travailler en étroite collaboration
avec des cadres européens venus de la métropole et des
autochtones .La mise en place de l'appareil administratif traduisait la
tendance assimilationniste du système colonial français .En
effet, la nomination d'un commandant de cercle, placé sous
l'autorité du gouverneur de la colonie, répondait aux exigences
de la centralisation voulue par la France dans le but de sauvegarder ses
intérêts en Afrique .La population indigène de la
vallée comprend une grande diversité d'ethnies qui se
caractérise par une multitude d'idiomes . Les seules langues
écrites sont l'arabe et le français.
Au nord de la vallée du fleuve, s'installèrent
les maures et les touaregs, qui ne sont pas des noirs, mais des sémites
souvent métissés. Partout ailleurs la population est de race
noire et sédentaire, divisée en tribus et villages, sauf les
peulhs au teint cuivré probablement d'origine éthiopienne, et
répandus du Tchad au Sénégal
Certes le suivi de l'exécution de projets de mise en
valeur du cercle fut l'oeuvre de ce dispositif administratif. Mais force est de
reconnaitre que sa tâche fut facilitée par l'existence d'un milieu
naturel non hostile aux activités agricoles.
La vallée du fleuve était divisée en
plusieurs cantons. Cette organisation fut modifiée par
l'arrêté du 4 mai 1908 qui restreint le nombre de canton pour
l'ensemble de la vallée.
En principe, le canton était considéré
comme « un territoire de superficie variable, aux limites
tracées en tenant compte des données historiques,
géographiques ou ethnologiques »82(*) de façon à
permettre aux populations d'évoluer en conservant leur particularisme.
Dans la vallée du fleuve, cet axiome fut déjà mis en
place. A la tête de chaque province, on nomma un chef de province ou chef
supérieur .Les cantons furent administrés par des chefs de
canton. L'unité de base étant le village dirigé par un
chef de village.
Vu l'immensité de l'espace à administrer
et la modicité des effectifs français, l'autorité
coloniale était obligée de faire recours aux chefs des
localités pour mieux consolider sa domination. Ce recours à la
chefferie traditionnelle, entrait dans la logique même du système
colonial car, « il y'a pas de colonisation sans chefs
indigènes ; et pas de commandement territorial sans chefs
indigènes qui servent de rouages entre l'autorité coloniale et
les populations »83(*)
En réalité, le choix de ces chefs devait
s'effectuer en se basant sur des coutumes du pays conquis. Le gouverneur
Ponty, dans une circulaire du 22 septembre 1909, rappelait qu'il y avait des
avantages à choisir les titulaires des nouveaux cantons par le moyen de
la coutume 84(*) Plus tard
en 1917 ; le gouverneur Van Vollenhoven notait lui aussi
que « le choix doit être fait selon le double
critère de l'autorité naturelle et de l'acceptation unanime de la
population »85(*)En 1930, le gouverneur Cadre dans une circulaire du 21
Juillet insistait encore sur ce principe .Mais pour lui, il était
nécessaire en certains cas de reformer l'armature traditionnelle.
Cependant, quel qu'en soit leur mode de nomination, ces chefs
étaient « les hommes à tout faire de
l'administration coloniale »86(*) Le gouverneur Ponty les qualifiait
d' « auxiliaires de l'administration
coloniale »87(*)
Ils exécutaient les charges les plus mal vues : collecte de
l'impôt, réquisition de main d'oeuvre, corvée, recrutement
militaire, application des cultures forcées etc. .En
résumé, leurs fonctions étaient d'ordre administratif,
policier comme agent commis, financier et sanitaire. Ils étaient tenus
d'assurer l'exécution des ordres venant des autorités
supérieures (Gouverneurs, Commandant de Cercle).Ils présentaient
les nommés devant les commissions d'enrôlement pour le service
militaire. Ils s'occupaient de l'état civil c'est-à-dire du
répertoire nominatif des naissances, des âmes au repos et des
alliances.
Le maintien de l'ordre public leur advenait et ils alertaient
les autorités coloniales des grands incidents qui se sont
déroulés dans leur circonscription.
I.2 : Le Sénégal et sa
vallée : description et importance
La vallée du fleuve Sénégal
apparaît au Mali de la rencontre de deux rivières le Bakoy, qui
prend sa source au Mali, et le Bafing, qui prend sa source en Guinée et
sur lequel a été édifié le barrage réservoir
de Manantali à la fin des années 1980. La Falémé,
qui prend également sa source en Guinée, gagne le
Sénégal en amont de Bakel .Le fleuve, dans son étiage
supérieur, conserve les caractères de ses affluents primaires
dont les vallées sont constituées par une succession de bassins
que séparent les seuils rocheux sur lesquels se versent les eaux. Cette
composition singulière du haut bassin sénégalais donne
naissance à de belles chutes.
Les principales sont celles de Billy sur le Bakoye, puis
à l'aval de Bafoulabe, celle de Gouina où le
Sénégal se dépêche d'une vingtaine de mètres
de hauteur, enfin à une quinzaine de Kilomètres au dessus de
Kayes, le déversoir de Félou, grand escalier de grés
creusé à travers un contrefort des montagnes de Khasso. De
là, le fleuve Sénégal parcoure deux contrées semi
désertiques : il laisse au côté droit de la rive, les dunes
de Mauritanie et en rive gauche le Ferlo, zone latéritique située
au nord-est du Sénégal.
On distingue alors deux grands ensembles : la «
vallée » proprement dite, depuis Bakel jusqu'à Dagana et
Richard-Toll188(*), puis
le « delta » qui correspond à l'estuaire du fleuve.
La pente du Sénégal à l'aval de Bakel est
très faible. Cette faible dénivellation est repartie entre un
certain nombre de seuil formant l'escalier, entre lesquels les biefs, durant la
saison sèche sont presque horizontaux. Cela engendre de nombreux
méandres, et la vallée s'organise autour du fleuve, de ses bras,
défluents et cuvettes d'inondation. Le lit majeur du
Sénégal - surnommé le walo - est ainsi large de
10 à 25 km jusque Dagana et limité sur les deux rives par une
zone dunaire dénommée le diéri. Les pluies, qui
arrosent le massif du Fouta-Djalon, engendrent les crues du fleuve qui
emplissent les défluents et inondent les cuvettes. La vallée du
Sénégal constitue ainsi un ruban fertile entre deux
déserts.
En aval, le delta est constitué de multiples
défluents et marigots qui alimentent des cuvettes plus ou moins larges
lors des crues du fleuve. Les lacs de Rkiz en Mauritanie et de Guiers au
Sénégal sont de vastes dépressions reliées
directement au lit mineur et donc alimentées de façon
ininterrompue par le fleuve. La zone du delta est quasiment plate89(*) et subit l'influence de la
marée. Avant la mise en place du barrage de Diama, les eaux marines
remontaient dans le delta et la vallée en saison sèche. Cette
remontée d'eau marine, dénommée « langue salée
», pouvait être ressentie jusque 200 km à l'amont.
Malgré ses nombreux bras et méandres, le delta
du Sénégal ne présente qu'une seule embouchure,
située au sud de Saint-Louis. Lorsqu'il atteint enfin la côte, le
lit du fleuve oblique vers le Sud et reste séparé de
l'Océan Atlantique sur plusieurs dizaines de kilomètres par un
fin cordon dunaire dénommé la « Langue de Barbarie
»90(*)
De Bafoulabe à Kayes, le fleuve s'abaisse ainsi d'une
cinquantaine de mettre, par chutes brusques entre les lesquelles règnent
des biefs d'eaux calmes coupés çà et là de petits
rapides. Kayes marque, sinon l'origine, du moins un premier point
d'épanouissement de la vallée alluvionnaire. Sur la rive gauche
les chaines de montagneuses du Bambouk s'écartent graduellement du
fleuve, tandis qu'à droite les collines de Diomoko retroussées
vers les nord dès l'aval de Médine, dominent une vaste plaine
sans grand relief dans laquelle circulent le Kolombini et le Kara-Koro. La
rivière de Kolombini ou marigot de Koulou se jette dans la
Sénégal à deux kilomètres de Kayes. Elle apporte
les eaux de ruissellement des pays de Nioro.
Après avoir parcouru tout une série de
mares ; le Kolombini entre dans une dépression dite étang de
Magui qui, en hivernage mesure plus de 150 kilomètres carrés de
superficie. Pendant les trois premiers mois de l'année, les pirogues
indigènes peuvent remonter jusqu'à cette dépression, le
cours inférieur de la rivière. Le Kara-Koro vient de
l'arrière -pays de Nioro. C'est son embouchure, un cours d'eau large et
profond qui tarit pendant un trimestre.
A l'aval de Kayes, le Sénégal est un beau fleuve
large de 400 métres au lit profondément encaissé entre les
berges abruptes hautes de 10 à 12métres. Les obstacles rocheux si
abondants dans son cours supérieur, formant des rapides assez importants
pour gêner la navigation au début et à la fin de la crue.
Au-dessous de ses petites rapides, le Sénégal reçoit sur
sa rive gauche près du village du Koutioubé, son affluent
principal la rivière Falémé.
La Falémé prend sa source sur les revers
septentrionaux du Fouta-Djalon. Formé à l'origine de trois
branches, son cours est coupé de seuils rocheux donnant naissance aux
chutes de Ouaida et d'Irimalo, aux rapides de Toumbifara et Kolongina .C'est
à Kolongina, à 170kilométres de son confluent, que la
Falémé devient navigable. En temps normal, des bateaux de 2
mètres de tirant d'eau peuvent y circuler d'aout à octobre.
En aval de Bakel, les mots de Mauritanie bordent de
près le fleuve tandis que qu'il existe sur la rive gauche une plaine,
qui en certains points, atteint une largeur de dix Kilomètres.
Jusqu'à Lobali la vallée conserve ses caractères
habituels : « La vallée a une forme concave, lit
majeur unique et très encaissé. Mais au-dessous de cette
localité, le Sénégal prend un nouvel aspect. Sa
vallée constitue un long couloir de largeur assez uniforme dans lequel
le chenal s'est déplacé en se divisant en plusieurs
bras ».91(*)
1.3 : Les facteurs du milieu naturel
Les principaux éléments du milieu naturel
à savoir le relief, le climat et les sols et la végétation
ont une grande influence sur le rendement agricole.
La vallée alluviale du Sénégal
s'étend de Bakel à Saint-Louis .Elle forme un immense arc de
cercle d'une longueur de 600 Km, sa largeur peut atteindre 200 Km en territoire
sénégalais.
La basse vallée du Sénégal a
été occupée par la mer lors de la dernière
transgression marine92(*)
, il y'a 5 500 ans.
Puis le fleuve construit de grands bourrelets de berge et
édifie un delta très allongé .Ces hautes levées
fluviales et deltaïques sont constituées de sables fin et limon.
Elles délimitent les cuvettes argileuses plus ou moins inondées
par la crue annuelle. Le Sénégal trace de nombreux
méandres avec des faisceaux levés récents .Sa
vallée présente donc un microrelief complexe. Ces alluvions
portent divers types de sols hydromorphes en fonction du modelé et de la
submersion par les eaux. Il passe à des sols halomorphes dans la
région du delta à l'ouest de Richard -toll .Les cultures de
décrue appelées le Walo se font dans les cuvettes argileuses. Le
falo qui correspond à la pente douce de la rive convexe des
méandres porte les jardins de case.
Le fondé abrite des cultures de maïs et sert de
sites aux villages. Chez les Toucouleurs93(*), l'exploitation typique traditionnelle comporte
environ 4 ha, dont 2 ,5 en Walo et 1,5 en diéri. Chaque homme
marié était à la tête d'une exploitation avec sa
famille de 5ou de 6 personnes en moyenne dont au moins 3 actives. La culture de
décrue dépend , étroitement de la crue du
fleuve ;lorsqu'elle est forte , elle permet de cultiver de vastes
superficies et même une bonne partie des anciennes levées
,lorsqu'elle est faible, par contre, elle réduit considérablement
les surfaces cultivées responsables.
Dans le diéri, territoire jamais atteint par la crue,
les cultures sont plus aléatoires parce qu'elles dépendent de la
pluie Le coton couvre moins de 50 pour cent des superficies cultivées,
au profit du petit mil, du mais et du niébé. Les rendements sont
ici variables à cause des déficits pluviométriques
récurents, de la menace acridienne et de la très faible teneur
des sols (sablonneux) en argile.
Dans sa configuration, le relief de la vallée du fleuve
n'entravait absolument pas le développement de la culture du coton. Il
ne gênait pas non plus l'aménagement de la vallée,
élément important pour l'accroissement des produits
agricoles94(*).
Les climats et les productions de la vallée du fleuve
sont très variés. Ils sont constitués principalement par
la chute des pluies et le régime des vents.
Le Haut-Sénégal95(*), situé, sur le plan climatique dans la zone
soudanienne, subit l'influence du climat correspondant, c'est-à-dire
l'alternance saison sèche allant de six à huit mois et une saison
humide. Les précipitations atteignaient leur maxima en Juillet. On
remarquait que le temps des cultures était limité par la
concentration des précipitations en cinq mois .Leur violence pourrait
causer la dégradation des sols ainsi que la destruction des jeunes
plantes, le Bas-Sénégal, quant à lui, est au contraire le
trait union entre la zone sahélienne et la zone soudanienne. Cette
région subit, dans son ensemble, un climat de type sahélien.
Les précipitations sont insignifiantes, rares et
inégalement réparties dans l'année.
Cette irrégularité des pluies, d'une
année à une autre, avait un impact sur l'exploitation des terres.
Les mauvaises récoltes en coton étaient liées à ces
aléas. Les populations Toucouleurs, Soninkés et wolofs, surtout
les femmes, par exemple, en période de saison des pluies,
n'hésitent pas à se consacrer à la culture
cotonnière au bord de la vallée du fleuve. Le climat rude et
rigoureux de la vallée du fleuve Sénégal a impacté
véritablement sur les différents aspects de la production du
coton.
Le vent d'est ou harmattan est un vent chaud et sec provenant
du désert, qui pendant la saison sèche, souffle durant de longues
semaines plusieurs heures par jour avec des alternatives de calme sur la
majeure partie du Soudan septentrional du central, et du
Sénégal. Il se déclenche quelquefois subitement avant la
fin de la saison des pluies et détruit les récoltes à
maturité.
La vallée du fleuve peut se diviser en trois grandes
zones climatiques96(*) :
-1 : Le domaine sahélien
côtier s'étend tout le long de la grande côte du
Sénégal et se prolonge jusqu'à Saint-Louis. Les
précipitations sont liées aux invasions d'air polaire pendant la
période hivernale et aux remontés de la mousson pendant les
situations météorologiques particulières en
été .Sous l'influence de l'océan, les températures
sont fraiches et les amplitudes thermiques faibles. L'humidité est
forte. C'est au nord de la région, aux proches de Saint-Louis, que le
climat connait une nuance la plus fraiche et la plus sèche.
-2 : Le domaine nord dit zone sahélienne
continentale est la partie la plus aride du pays .On retrouve dans ce domaine
les stations de Podor et de Matam .Il s'inscrit entre les isohyètes 100
et de 500 mm et se caractérise par la faiblesse de ses
précipitations .Celles -ci sont liées à la présence
de la mousson pendant 3à 4mois .Le maximum de température
intervient en mai ou en juin et le fléchissement du mois en à
peine marqué en raison de la faiblesse des précipitations.
-3 : Le domine central à climat tropical où
la saison des pluies commence en juin et se termine en octobre, novembre. La
chute annuelle d'eau est sensiblement moins élevée et la
végétation est moins luxuriante. La température n'a plus
la même régularité et varie suivant les saisons et le jour
ou la nuit de 10 à 40 degrés.
La végétation reflétait la
fertilité des sols, du climat et ainsi que le rythme
pluviométrique de la vallée du fleuve .Les régions
s'étendant dans la zone haute et dans la contrée
accidentée, constituaient une zone de forêt - savane.
L'altitude est moyenne dans la zone de transition ; la
flore se modifie et naissent des parkia biglobosa, ou des
andropogons. Une zone de petites prairies se trouve dans la partie
sèche.Dans la zone argileuse notamment, la végétation se
caractérise par des espèces comme le loudetia coarctata.
La végétation du waalo est constituée de «
gallinacés qui y surabondent et alimentent les cheptels, surtout pendant
la saison sèche, époque où, par suite de
l'infécondité du désert, les pasteurs sont obligés
de rallier les rives du fleuve »97(*).
Les sols de la vallée sont de deux types :
Sols argileux, sols sablonneux. Leur mélange donne
souvent des sols silico-argileux. Les argileux sont imperméables et la
sécheresse persistante du climat leur donne une dureté telle
qu'ils ne sont cultivables qu'après avoir été largement et
longtemps imbibés d'eau. Ce sol se crevasse profondément avec la
sécheresse qui amène la mort des arbustes un peu délicats
comme le cotonnier.
Les sols sablonneux absorbent rapidement l'eau et la laisse
s'écouler à une grande profondeur, si elle n'est pas
arrêtée à faible distance par un sol imperméable.
La vallée du fleuve était
considérée comme le « château
d'eau » de la colonie du Sénégal. Ce milieu naturel
demeurait propice aux différentes cultures et l'amélioration du
rendement y fut davantage favorisée par la création de plusieurs
structures.
Chapitre II : Notion générale sur le
coton
Le cotonnier (genre Gossypium, famille des malvacées)
est une plante des pays tropicaux et humides .On le trouve à
l'état sauvage en Asie, en Amérique et en Afrique où sa
fibre, objet d'une simple cueillette, alimente un artisanat séculaire.
Il faut savoir que l'origine du coton est très ancienne, des
scientifiques ont retrouvé au Pakistan des fragments de tissus datant de
8000 ans avant J.C. Dès le VIIe Siècle, les conquêtes
arabes diffusent l'usage du coton en Afrique du Nord et en Europe. Le commerce
entre l'Europe et l'Inde prend une nouvelle dimension notamment grâce
à l'ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama en 1497.Avec
l'invention du métier à tisser de Jaguard, le coton participe
à la révolution industrielle européenne. La culture du
coton commence aux alentours du XVIIe siècle dans le sud des Etats-Unis.
La production américaine augmente rapidement, ce qui nécessite de
plus en plus de main- d'oeuvre et qui contribue donc à l'augmentation du
nombre d'esclaves jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1865.Le tissage
et la filature furent perfectionnés.
II.1 Taxonomie et botanique du cotonnier
Le cotonnier appartient à la famille des
Malvacées ; à la sous tributes Hibiscus, genre
Gossypuim et à l'espèce hirsutum. L'aspect
général et la mesure du cotonnier sont très divers. Les
cotonniers sont des plantes vivaces et arbustives. Certains cotonniers sauvages
peuvent atteindre la taille d'un petit arbre, mais la quasi-totalité des
espèces ne dépassent pas la taille de 1 à 1 ,5 m .Il
est capable seulement de vivre quelques années d'où
l'espérance de vie varie entre 10 à 15 ans. Toutefois, on trouve
des formes pérennes subspontannées dans beaucoup de villages dans
la partie ouest du continent africain.
Le cotonnier est une culture annuelle. Il est une
phanérogame à l'appareil végétatif et reproducteur
complet, comprenant les racines, les tiges, les feuilles et les fleurs .Le
système racinaire est pivotant. Il peut atteindre une profondeur de 2,5
à 2 m sur les côtés. La tige du cotonnier est rectiligne
ramifiée et ligneuse. Elle comporte deux types de rameaux
fruitières.
Les branches végétatives se développent
à partir des premiers noeuds cotylédonaires et ne portent pas
directement les fruits.
Les branches fruitières sont de deux ordres : les
branches fruitières définies et les branches fruitières
indéfinies .Les branches fruitières définies portent des
capsules qui sont formées à l'extrémité du premier
entre-noeud, tandis que les branches fruitières sont
caractérisées par la formation des fleurs au niveau de chaque
entre-noeud.
II.2 Fleur et Fruit du Cotonnier
La fleur apparait sur les ramifications sous formes de petites
structures vertes pyramidales appelées « squares ».
Elle est hermaphrodite. Son mode de production dominant est l'autogamie. Son
taux d'autogamie peut atteindre 30% dans certaines localités en fonction
des insectes polinisateurs.
Le fruit est une capsule qui comprend un péricarpe de
la paroi de l'ovaire. La forme est la grosseur des capsules sont
caractéristiques d'un cultivar. A l'intérieur, se
développent les graines sur les lesquelles croisent les fibres .Les
graines au nombre de 6 à 12 par loge sont assez volumineuses .Elles sont
de formes ovoïdes ou piriformes, fixées à un placenta par le
hile. Le cycle est très divers selon les localités et les zones
de culture : « Le cycle de la plante diffère selon
les espèces et le type de culture, pérenne ou annuelle, pluviale
ou irriguée, de 4 mois en Inde à 8 mois en Egypte. Voyons le cas
de l'espèce introduite en Afrique, Gossypium hirsutum, à
laquelle appartiennent la plus part des variétés cultivées
dans le monde en mode pluvial. Ces variétés, ont un cycle de
5à 8mois, plus bref dans les régions sèches et biens
ensoleillées, plus long dans les zones humides. Celui-ci commence
dès les premières pluies abondantes avec le semis durant 6
à 7 mois : la plante demande en effet beaucoup d'eau pendant les
premiers mois, période de sa croissance, et au contraire une
sécheresse absolue pour la maturation et
l'éclosion »98(*)
La germination et la levée sont l'affaire de quelques
jours : 8 à 12. La croissance est longue : 14 à 15
semaines. La floraison commence bien avant la pleine croissance de l'arbuste (7
à 9 semaines après le semis) et se gradue sur 6 à 8
semaines, débutant à la base de la plante et allant
jusqu'à la tête : elle atteint son maximum lorsque les
cotonniers ont leur taille adulte et peut se poursuivre pendant un mois.
Le cycle est souvent perturbé par manque
d'eau : « Le cycle est souvent interrompu par l'arrêt
des pluies en fin de saison : toutes les capsules sommitales se
dessèchent entrainant un manque à gagner plus ou moins important,
compensé partiellement par le fait que celles de la base sont les plus
grosses et donnent le meilleur coton.99(*)
Concernant son fruit, le cotonnier est renfermé dans
une capsule contenant des boulettes blanchâtres et duveteuses qui se
fleurissent au fur et à mesure de son éclosion et se
détachent d'elles-mêmes lorsque le fruit est mûr. La fibre
du coton et les graines forment ces boulettes.100(*)
La fibre du coton encore appelée 'soie'' ou 'Lint'',
présente des caractéristiques différentes selon les
variétés et les conditions de la culture .Elle est
généralement blanchâtre, mais peut être certainement
colorée, verte ou brune. Les fibres des variétés
cultivées anciennement pour l'usage artisanal, étaient courtes et
souvent grossières, mais solides.
Les graines sont plus ou moins abondantes et grosses selon les
variétés : 25 à 30. Dans les variétés
antiques, elles étaient plus nombreuses et représentaient un
poids intéressant. Les graines ont un aspect très
différent selon les variétés : elles peuvent
être nues ou lisses, ce qui facilite le semis et l'égrainage.
II.3 Les variétés de coton
Plusieurs d'espèces et de variétés de
coton existent .On peut les classer en fonction de la longueur de la fibre et
les espèces en trois classes101(*).
-Les cotons à fibres courtes (13
à 25mm), on les appelle habituellement coton ou cotonnier
« asiatique » par opposition aux
cotonniers « américains » à fibres plus
longues, et parce que qu'on a longtemps comme originaire de ce continent .Ils
sont plus crépis que les cotonniers américains. Ils appartiennent
à deux espèces : Gossypuim herbaceum et Gossypuim
arborum auxquelles se rattachent toutes les variétés
cultivées dans le passé en Asie et en Afrique
Gossypuim herbaceum est un arbuste ou arbrisseau avec
une tige principale épaisse et rigide, ne distançant guère
2 m de haut ; il est cultivé couramment par an. Sa fibre est
plutôt sauvage et de couleur blanc grisâtre.
Gossypium arboreum est un arbrisseau très
branchu, cultivé normalement sous forme pérenne : sa taille
est d'environ 3 m mais peut atteindre et dépasser 6métres si on
laisse la plante se développer au delà de quelques années
de production. Sa soie est blanche et très laineuse. Il a
été pendant longtemps l'espèce la plus cultivée en
Afrique, d'où il a pratiquement disparu, sauf comme plante ornementale
ou fétiche, au Benin notamment.
Les fibres issues de ces deux espèces, courtes, mais
épaisses et solides, convenaient bien au travail artisanal, filature au
fuseau et tissage manuel. L'industrialisation a amené leur abandon
progressif au profit d'espèces à soies plus longues et plus
fines.
-Les cotons à fibres moyennes (25 à 32-35mm)
Ils appartiennent à l'espèce Gossypium
hirsutum, ainsi nommé parce que ses graines sont revêtues
d'un duvet qui rend la plante velue. Cette espèce est également
appelée coton upland du nom d'une de ses variétés, ou
coton américain du fait de son origine géographique.
G. hirsutum est un petit arbrisseau cultivé le
plus souvent de façon annuelle, atteignant alors de 0,80 à 2
mètres. Il est branchu, avec des branches végétatives
à la base du plan, les rameaux fructifiées se trouvant dans la
partie médiane et supérieure .Les fibres, d'un blanc laiteux, ont
une longueur moyenne et une bonne résistance. Les graines sont plus
petites que celles des cotonniers rustiques, ce qui donne à ce coton un
bon rendement en fibres. Ce cotonnier peut être cultivé sous
pluie, avec parfois un complément d'irrigation lors que la
pluviométrie est insuffisante. G. hirsutum est devenu
l'espèce de base de la plus grande partie des cotonniers cultivés
dans le monde, du fait de ses qualités et de ses exigences, qui en font
un produit de gamme moyenne, fournissant environ 90 % de la fibre mondiale .La
plus part des fibres actuelles , en Afrique tropicale en particulier, sont
issues de cette espèce ;elles font l'objet d'une sélection
permanente qui permet d'améliorer les qualités technologiques des
fibres agronomiques des plantes.
-Les cotons à fibres longues (35 à 70
mm)
Ils appartiennent à l'espèce Gossypium
barbadense, cultivée au Pérou et en Equateur par les Incas,
avant être diffusée dans l'ile de la Barbade, puis en Caroline du
sud. Toutes les variétés à longue soie cultivée
actuellement sont des Barbadense. Il s'agit d'une plante annuelle, dont les
planches sont toutes fructifiées .Les Barbadense ont un cycle
végétatif court, mais demandent beaucoup de chaleur et
d'humidité : les régions maritimes les conviennent
naturellement ; ils sont néanmoins cultivés le plus souvent
dans des régions de climat méditerranéen ou
désertique, sur des terres irriguées. Ils sont
réservés à la fabrication des étoffes les plus
fines102(*) et à
celle des articles de mercerie, en particulier les fils à coudre .Les
coton longue soie, représentent environ 7% de la consommation mondiale.
Les principaux producteurs sont en Afrique : Egypte103(*), Soudan, Maroc et
Mali : les autres sont en Inde, au Kazakhstan, et aux États-Unis
(Californie).
La culture du cotonnier est délicate du fait de ses
exigences écologiques et culturales lors que l'on passe du stade de la
cueillette à celui de la culture annuelle. Les conditions
écologiques exigent une forte quantité d'eau et des sols
fertiles.
Concernant les exigences climatiques, elles sont les plus
strictes et délimitent les régions où la culture est
possible. L'aire originelle du cotonnier, la zone tropicale, a pu cependant
être élargie en adoptant les variétés et les
méthodes de culture .Le cotonnier demande durant la période
végétative des températures élevées et des
précipitations abondantes, suivies d'une période de
sécheresse pour la maturation des capsules, leur éclosion, la
cueillette.
Les températures idéales sont de 25 à 34
degrés pendant trois ou quatre mois. La plante peut s'adapter à
des températures supérieures à 40°.Aux
États-Unis et dans les pays méditerranés, le coton est
semé au printemps après les dernières gelées et
récolté avant les pluies d'automne. Dans les zones tropicales,
l'insuffisance des températures ne représente aucun obstacle dans
les régions de haute montagne : on le cultivait sous forme
pérenne dans certains massifs montagneux de faible altitude en Afrique
Occidentale et Centrale : actuellement il est cultivé sous forme
annuelle sur les plateaux d'Afrique orientale où sa croissance est
cependant ralentie par les écarts de températures
élevées et la fraicheur des nuits.
C'est le régime des pluies qui détermine les
zones de culture, notamment en Afrique tropicale où la culture est
pratiquée 'sous pluie'', sans irrigation complémentaire. La
plante a besoin d'une période pluvieuse de 105 à 125 jours .La
meilleur zone climatique est celle du climat
sud-soudanien /nord-guinéen comprise entre les isohyètes 800
et 1200 mm : le cotonnier en particulier sous forme pérenne, peut
néanmoins s'adopter à des précipitations
inférieures ou supérieures. De façon
générale, on peut considérer les isohyètes 700-
800 mm comme la limite inférieure de la culture annuelle sans irrigation
en Afrique, en deçà même si le total des
précipitations est suffisant, la durée de la saison pluvieuse ne
permet pas le déroulement complet du cycle de la plante, et les
aléas d'une année sur l'autre sont trop importants .Au
delà des isohyètes 1200 mm, la culture est encore possible dans
les régions recevant jusqu'à 1400 mm d'eau, isohyète qui
marque approximativement la limite sud de son aire en Afrique Occidentale et
Centrale. L'excès d'eau présente en effet, une série
d'inconvénients : tendance de la plante à développer
exagérément son système végétatif au
détriment des fruits, chute des boutons floraux, accroissement important
du parasitisme, enfin risques de détérioration du coton par des
pluies tardives.
L'hygrométrie et l'ensoleillement, jouent un rôle
important sur la récolte. L'humidité ou la siccité peuvent
corriger ou au contraire aggraver les effets de la sécheresse, en
particulier en début de saison pour les jeunes plants
assoiffés :ils ont également des répercussions sur la
qualité de la fibre qui souffre aussi bien d'un excès que d'un
déficit hydrométrique .Un bon ensoleillement
accélère le cycle de la plante, un ensoleillement
déficient entraine l'étiolement des plants et le ralentissement
du cycle. Dans les régions les plus humides, la lenteur de maturation
est composée par le prolongement des pluies : cependant, la
qualité de la fibre s'en ressent, car un bon ensoleillement au moment de
la maturation des fruits rend la fibre plus blanche et plus
résistante.
Les vents à leur tour peuvent provoquer des
dégâts, qu'il s'agisse des tornades de fin de saison des pluies ou
l'harmattan : ils font tomber les premiéres capsules
écloses ; et surtout salissent la fibre par les particules de terre
ou de végétaux qu'ils soulèvent. Nonobstant l'incidence
des autres facteurs, c'est de la pluviométrie que dépend
principalement la récolte. Il est significatif que tous les rapports de
campagnes cotonnières commencent par un compte-rendu du
déroulement de la saison des pluies104(*).
Le cotonnier aime les sols profonds, meubles et
perméables. Les sols argilo-sableux ou argilo-calcaires, ni trop lourds
ni trop légers, lui conviennent particulièrement, car leur bonne
relation en eau permet à la fructification de se prolonger pendant des
semaines après l'arrêt des pluies .Le cotonnier peut
néanmoins se contenter des sols sableux, si ses besoins en eau sont
couverts, soit par une natte phréatique accessible, soit par des pluies
abondantes : cependant, il ne donne alors sans amendement qu'une maigre
récolte.
Chapitre III : La colonisation indigène
dans la vallée
En 1819 la France récupère la colonie du
Sénégal aux mains des Anglais et s'engage dans une entreprise de
la colonisation agricole dans le royaume du walo, à l'embouchure du
fleuve Sénégal. Ce projet d'adaptation aux nouvelles conditions
économiques crées par la suppression de la traite
négriére est ardument défendue par le nouveau gouverneur
du Sénégal, le colonel Schmaltz dés son
arrivée .Le gouverneur décrit ainsi son projet dans sa
lettre adressée au Ministre « J'ai soigneusement
observé que j'ai parcouru et je n'ai pas vu de plus beau, de plus propre
à de grande entreprises que le Sénégal. Les bords du Gange
ne m'ont point paru plus fertiles que ceux de notre fleuve et je n'ai le
moindre doute d'y réussir toutes les cultures qu'on y voudra .Nos
projets de colonisation agricole consiste à introduire dans un vaste
pays peuplé de plusieurs millions d'hommes, à les
déterminer par les avantages qu'ils ne peuvent y trouver sans nous,
à les y attacher par l'augmentation graduelle de leur besoins
présents, à les diriger utilement pour nos intérêts
par des exemples tendant à perfectionner leur agriculture, à les
ranger insensiblement sous la domination
française »105(*)
Afin de réaliser ses objectifs, l'administration
coloniale a cherché à allier ce qu'elle considérait comme
les points forts de l'agriculture de plantation avec les
« vertus »de l'agriculture paysanne106(*) .Les Français, comme
d'autres pouvoirs coloniaux, considéraient les paysans comme les
producteurs qui réagissaient trop lentement aux demandes des
marchés.
Ils voyaient les plantations avec des ouvriers travaillant
sous le contrôle d'un européen comme plus efficace et plus rapide
dans leur adaptation aux marchés. Mais, ils reconnaissaient qu'aucun
paysan ne viendrait volontiers travailler dans une plantation s'il avait la
possibilité de cultiver en tant qu'indépendant .La politique de
colonisation indigène adoptée par l'administration chercher
à combiner les deux approches : une gestion européenne et
« scientifique » avec l'organisation du travail dans les
mains de la famille paysanne.
La puissance métropolitaine voudrait recruter des
familles entières dans des zones surpeuplées, établir
d'une façon pérennante sur les terres irriguées
.Groupés autour d'un centre, ces paysans seraient obligés de
cultiver la terre intensivement à la charrue ; suivant une rotation
déterminer par le centre.
Cette colonisation indigène, était
étroitement liée à de nouvelles perspectives sur
l'Afrique. Elle rejetait des arguments « biologiques »
pour l'infériorité de l'Afrique mais retenait des arguments de
type « environnementale ». L'infériorité de
l'Afrique était due à son isolement, l'insécurité
politique et les guerres .La supposition fondamentale restait que
l'Europe , était supérieure à l'Afrique dans tous les
domaines .La colonisation était perçue comme nécessaire
pour l'avancement de l'Afrique .Les français croyaient que cette
supériorité était due à une population dense, une
agriculture intensive, la propriété privée et la famille
nucléaire .Avec la politique de colonisation indigène, ils
cherchaient à recréer ces conditions en Afrique.
Avec la colonisation indigène, l'administration
coloniale voudrait créer des communautés à population
dense .Dans ces communautés, les colons enlevés des
« insuffisances néfastes » du village d'origine, seraient
initiés à la culture intensive à la charrue .Ceci
mènerait à la propriété privée, ensuite
à l'avancement de l'Afrique .Henri Labouret, auteur de paysans
d'Afrique Occidentale écrivait ainsi de la disparition future de la
culture extensive :« Le travail à la charrue en
permettant la culture intensive et pérennante des lopins de terre, doit
modifier profondément tout cela ; la possession précaire,
souvent collective, va se changer en propriété individuelle,
transformer probablement le régime successoral, la constitution de la
famille, et entrainer une évolution complète des
sociétés intéressées.
Celles- ci passeront sous nos yeux d'un certain type
attardé de civilisation à un autre plus
avancé »107(*).
Chacun des facteurs, une population dense, la culture
intensive, la propriété privée, la famille
nucléaire, était essentielle l'un pour l'autre, étant
même temps la cause et les résultats de part et d'autre.
Toutefois, le facteur essentiel était une politique à base
néo-malthusienne. L'administration voudrait augmenter la population mais
aussi convaincue, en voyant des famines et des disettes, que le Soudan ne
pouvait pas soutenir une population plus nombreuse.
Selon les Français, l'agriculture intensive ne pouvait
pas produire suffisamment et en plus, elle était la cause de la
dégradation de l'environnement .Ils croyaient que les changements dans
les méthodes culturales, étaient essentiels pour permettre une
augmentation de population. Si une population dense était
nécessaire pour l'avancement, elle ne le garantirait pas .Si une seule
chose pourrait être le catalyseur, se serait la charrue .Mais la charrue
seule ne modifierait pas nécessairement l'habitude de culture extensive
que les français croyaient pouvoir changer pour éviter un
désastre écologique. La politique de colonisation indigène
permettrait aux colonisateurs d'éviter ce désastre en
introduisant la charrue et la culture intensive simultanément sous la
supervision des agents européens.
III.1 : Le recrutement forcé
La vallée du fleuve, région très
peuplée avait été choisie pour initier le projet.
Le gouvernement colonial a recruté par la force la
grande majorité des indigènes qui se sont installés dans
les cercles de la vallée avant 1946 l'année qui consacre
l'abolition du travail forcé, et la corvée obligatoire. Etant une
région dont la pression démographique est dense, la vallée
du fleuve, vulnérable et précaire aux intempéries et aux
aléas du climat, la région était pour les français,
un réservoir de mains d'oeuvre. Ainsi, la région de la
vallée fournissait des tirailleurs, de la main d'oeuvre pour la
deuxième portion .Les cercles de l'ouest n'étaient pas
touchés, le gouvernement préférant ne pas perturber la
migration des navétanes vers le Saloum pour la production
arachidière.
Dans le recrutement les colons comptaient sur la collaboration
des commandants de cercle, et des chefs de canton .Les Français
utilisaient les personnes influentes pour faire la propagande. Les familles
recrutées étaient souvent celles qui avaient des relations
difficiles avec le chef de canton ou avec les chefs de village.
Beaucoup de colons ont insisté sur
l'impossibilité d'éviter le recrutement une fois choisi108(*).Toutefois de nombreux
désignés pour la métropole, ont cherché à
éviter le départ .La méthode la plus commune était
d'offrir des cadeaux ou de l'argent aux chefs de village. D'autres personnes se
sont réfugiées dans des colonies voisines109(*).
Avec les réformes sociales de 1946, les recrutements
forcés ont pris fin. Pendant quelques années, la vallée du
fleuve a eu des difficultés de retrouver des colons .Mais pendant 1950,
le projet commençait à avoir plus d'intéressés dans
la colonie. Les raisons pour cette transformation sont nombreuses et multiples.
Plusieurs colons étaient des retraités de l'administration et
d'anciens combattants110(*).
D'autres cherchaient peut-être l'opportunité de
cultiver du riz, un produit avec un marché toujours croissant 111(*).La volonté de quitter
les fermes- écoles quand on voulait, était aussi probablement
considérée comme un avantage .Il est sans commune mesure, et
même intéressant de remarquer que les niveaux de départ
sont restés assez élevés. Ceci laisse supposer que
beaucoup de colons ne sont venus que pour une courte période.
III. 2 : Pauvreté et coercition
Les indigènes partout dans la vallée du fleuve,
correspondaient à ceux qui étaient enrôlés par
l'administration coloniale esclaves du blanc. Les conditions de vie dans la
vallée étaient sévères. Surtout avant 1946,
l'administration du projet n'hésitait pas d'exiger ses directives de
manière contraignante. Des moniteurs pouvaient carillonner une cloche ou
aller de porte en porte pour faire partir aux champs tous les paysans. Des
gardes cercles contrôlaient les routes pour éviter les fuites des
indigènes et de la récolte. Les activités secondaires
telles que la pêche, le tissage ou le jardinage étaient aussi
restreints. Cependant, ces limitations n'étaient pas appliquées
uniformément .Certains moniteurs étaient plus
dévoués que d'autres et pendant la saison sèche quand la
récolte était terminée, les paysans avaient plus de
liberté.
Après 1946, les outils pour contrôler les
cultivateurs ont changé. L'administration a autorisé les
inspecteurs et instructeurs de tenir des auditions sur les infractions du
règlement d'irrigation.112(*) Les sanctions étaient de 50 à 500 f et
ou un emprisonnement de six jours à un mois.
En plus, le gouverneur du Soudan avait commencé
à demander aux Commandants de Cercle de la vallée, le renvoi de
colons, donnant comme raison la fainéantise, le refus de payer les
impôts et le manque de capacité de travail .Entre 1946 et 1955, le
gouverneur113(*) a
autorisé l'expulsion de 156 colons des 440 demandés par les
commandants des cercles de la vallée.
L'administration coloniale cherchait à présenter
le projet de la colonisation indigène comme une amélioration de
la vie paysanne. Plusieurs fois dans les années 1930 et 1940, il y'a eu
des pénuries de nourriture parmi les colons, et l'administration
était obligée de distribuer des céréales aux
paysans. Apparemment ces pénuries ont été dues au fait que
trop peu de terres dans les zones cotonnières étaient
allouées à la production du mil .Une irrigation inadéquate
était aussi une cause de mauvaise récolte. Parfois certaines
régions étaient inondées tandis que d'autres pouvaient
manquer d'eau.
Avec le temps, les anciens champs ont commencé à
perdre leur fertilité. Le riz sauvage et d'autres mauvaises herbes ont
envahi les champs .En 1945, certains champs avaient des rendements de 100 ou de
1200Kg par hectare .Dans les années 1950, le problème
était tellement grave que les rendements pouvaient être
négatifs. Plusieurs fois les colons n'avaient pas suffisamment de grains
pour ensemencer leurs champs.
Les rendements réduisant les charges
élevées, ont mené à l'endettement des colons.
Pendant plusieurs années l'administration coloniale de la vallée
considérait les redevances impayées comme le problème le
plus grave.
II.3 : Résistance des paysans
L'intensification des réquisitions de l'Etat sous forme
de denrées, de coton, de tirailleurs et de main d'oeuvre n'allait pas
sans une certaine résistance de la part de la population locale. Dans le
rapport politique et économique de la vallée du fleuve en 1920,
le commandant de cercle écrivait que « certains chefs ont
opposé la force d'inertie à ses ordres »114(*)Il constatait que la
résistance venait des chefs qui croyaient
« posséder » les gens que le gouvernement colonial
leur permettrait d'administrer. De plus les « chefs de
famille », avec plus de raisons cette fois, pensent que nous
diminuons leur force de production en leur enlevant des instruments de
travail »115(*)
Les agissements quotidiens entrepris par les paysans tels que
les cultures hors casiers ou la liquidation de la récolte sur le
marché parallèle, peuvent être considérée
comme une forme de résistance des paysans au contrôle que
l'administration coloniale tentait à exercer sur leur vie. Mais les
paysans ont aussi mis en place des actions plus extraordinaires pour
échapper aux demandes ou même changer la politique de
l'administration.
En 1946, l'évasion individuelle ou collective
était la forme de résistance la plus commune. L'administration
cherchait à minimiser les fuites, plaçant des gardes-cercles pour
surveiller les routes et punissant les membres de la famille de ceux qui
avaient fui116(*).
Cependant, chaque année l'administration perdait en moyenne 4 pour cent
.Après les reformes de 1946 et jusqu'en 1949, l'administration a perdu
le plus grand nombre de paysans .Pendant cette période sa population
était réduite de 20 pour cent.
Si la fuite individuelle était une forme d'opposition
très commune avant 1946, les actions collectives étaient les plus
menées .Le premier effort de résistance collective, est venue en
1935 quand les villageois recrutés par l'administration de la
vallée ont tenté de quitter les champs.
Les colons se sont plaints d'avoir perdu les bonnes terres de
n'avoir pas d'argent pour payer les impôts ; de n'avoir rien
à manger ; et d'être interdits de chercher du travail en
dehors de leur terroir. L'administration choquée par cette menace, a
augmenté le prix du coton, distribué des vivres et promis de ne
pas redistribuer les terres.
Après 1946, la menace de fuite n'était plus
utilisée par les colons et d'autres actions orientées vers une
amélioration des conditions sont devenues plus communes .Les paysans ont
refusé de faire certaines tâches et ont exigé des
changements dans la commercialisation et le paiement de redevances. Les
revendications ; les manifestations des colons pour les redevances et des
augmentations pour le prix du coton sont devenues étroitement
liées à la résistance et à l'opposition des paysans
de la vallée.
Pour vaincre la résistance des paysans face à la
culture forcée, l'administration coloniale prit trois mesures .La
première consistait à offrir des prix intéressants aux
producteurs de façon de les insister à augmenter leur production
pour le marché. Le gouverneur général exprima ce
raisonnement dans une lettre aux gouverneurs de
l'A.O.F : « l'indigène de l'A.O.F n'est pas
autrement fait que le reste de l'humanité .Il est venu offrir son
travail et ses produits chaque fois qu'on lui a offert des prix
rémunérateurs. Par contre, il s'est refusé à
travailler chaque fois qu'il estimait son salaire insuffisant. On a pu dire
sans exagération, que le rendement des récoltes, était en
A.O.F ; fonction non du climat, des prix payés à la
récolte précédente »117(*)
Contrairement à cet exemple de discours valorisant la
rationalité paysanne, les producteurs de coton étaient rarement
rémunérés pour leur travail. L'argent obtenu pour la vente
du coton allait habituellement aux chefs de village et de canton .Si des prix
plus élevés devaient inciter à augmenter la production, le
colonisateur aurait dû payer les producteurs individuellement. Mais
l'utilisation des chefs comme intermédiaires et les avantages de la
monoculture perpétuaient la pratique des champs collectifs et des
paiements des chefs de canton et de village. Ainsi, les relations de production
en vigueur exigeaient que les paysans et l'Etat suivent une deuxième
voie qui avait fait ses preuves : inciter les chefs à intensifier
la production agricole en leur offrant crédits, primes et
commissions.
Une troisième manière d'augmenter les
rendements, consiste à accentuer la coercition .Exiger que les
productions augmentent la surface cultivée devint une pratique
courante.
Mais l'extension de la surface cultivée en coton ne
garantissait pas une augmentation de la production .Dès lors, l'Etat
devait renforcer ses contrôles .Une fois ensemencés, les champs
étaient facilement négligés.
DEUXIEME PARTIE : LES NOUVELLES TENTATIVES
D'EXPLOITATION COTONNIERE DANS LA MOYENNE VALLEE DU FLEUVE
Chapitre I : Les variétés
cultivées dans la vallée
L'aménagement des eaux et des terres pose la question
du choix des cultures. Depuis longtemps, dans la vallée du
Sénégal on a pu légitimement fonder les plus
sérieux espoirs sur la production cotonnière. Les efforts ont
manqué d'envergure et de méthodes et, sans avoir
échoué, ils n'ont donné que des résultats
inférieurs.
Les habitants de la vallée entretiennent sur la bordure
des bassins d'inondation de petites cotonneries que les crues inondent plus ou
moins chaque année. Il existe plusieurs variétés et
d'espèces de coton que l'on peut regrouper selon la longueur de la fibre
et les espèces en trois catégories majeures.
I.1 : Le N'Dar-N'Gau
On le retrouve partout au Sénégal, au soudan, en
Casamance et en particulier dans la vallée du fleuve
Sénégal. Bien que le cotonnier ne soit cultivé dans ces
régions que pour son usage domestique et très faibles
quantités, il en existe fréquemment à proximité de
chaque village quelques pieds au mieux en apparence naturalisés. On
l'appelle aussi vitente ou Lado qui n'est autre qu'un Gossypium
Hirsutum118(*),
abâtardi par l'acclimatement et hybridation naturelle, mais dont la fibre
conserve encore beaucoup de ses qualités. Nommée ainsi parce que
ses graines sont revêtues d'un duvet qui rend la plante velue, cette
espèce est également appelée Uppland du nom d'une de ses
variétés, ou coton américain du fait de son origine
géographique.
Le N'Dar-N'Gau est le plus productif, il se trouve dans le
Oualo, le Cayor, Baol, Sine, Saloum .C'est probablement que les
Toucouleurs appellent Lado qui est la variété la plus
répandue le long du fleuve dans les cercles de Kaédi, Matam.
Sa soie est courte et résistante. Elle sert à
confectionner des tissus solides et d'un long usage. Ses feuilles sont
régulières et présentent une coloration rouge vineuse vers
l'extrémité. Ses fleurs sont jaunes avec l'intérieur de la
corolle rougeâtre. Ses capsules sont assez bien
développées. C'est même la seule qu'on ensemence. On la
trouve partout où il existe des villages du Sénégal, au
Soudan, en Casamance.
I.2 : Le Mokho
Le Mokho est peu cultivé par suite de son faible
rendement. Il acquiert un médiocre développement. Ses feuilles
sont petites, régulières à lobes arrondis. Ce coton fixe
une grande quantité de teinture et, est très
apprécié pour les étoffes à teindre en bleu indigo.
Son produit est très estimé des indigènes pour la
fabrication d'étoffes fines et bon teint ; malheureusement son
faible rendement (la moitié du Ndargau) fait que sa culture est
très peu développée .C'est la même
variété désignée par les Toucouleurs sous le nom
de « Rimo » qui est le Gossypium Herbaceum119(*) .Elle est tardive comme
production, la récolte ne commence pas avant le mois de janvier et se
poursuit jusqu'en avril. Les feuilles sont persistantes, la plante est
vivace.
La végétation est beaucoup moins rapide. Les
feuilles sont grandes, glabres souvent irrégulières parfois
entières et pyriformes, mais habituellement fortement lobées
à acumen très prononcé, 3-5 lobes .Les jeunes pousses sont
verdâtres à section nettement polygonales parfois triangulaires.
Les fleurs jaunes et les capsules grasses de 3-5loges contenant du coton
teinté, tantôt légèrement parfois d'un rouge assez
prononcé.
D'autres le nomme Gossypium obtifoluim ou encore,
cette espèce a reçu le nom de G. punctatum
var.accrifolum120(*).
Elle est peu répandue et les indigènes les
multiplient qu'accidentellement. C'est pourquoi l'auteur botaniste Perrotet en
1830 disait déjà à son
sujet : « qu'elle n'était pas cultivée et
qu'elle vivait dans les plantations mêlée au types, les
indigènes l'arrachaient même quand ils l'observaient. A cette
époque ils le nommaient Outen boukit »120(*).Actuellement on le
nomme généralement Mokho.
I.3 : Le N'Guiné
C'est de toutes les variétés les moins
appréciées des noirs à cause de la teinte rougeâtre
de ses fibres. On le rencontre un peu partout ; mais en très
petites quantités ou isolément .Elle présente
également une très belle végétation, ses feuilles
sont grandes, glabres souvent irrégulières, parfois
entières et pyriformes, mais habituellement fortement lobés,
à acumen très prononcé, 3-5lobes .Les jeunes pousses sont
verdâtres ,les fleurs jaunes et les capsules grosses de 3-5lobes
contenant un coton coloré, tantôt légèrement,
parfois d'un rouge assez prononcé .Gossysypium vilifolium se
rencontre par pieds isolés au Sénégal, dans les endroits
frais.
Cette espèce s'est développée dans la
vallée du fleuve, dans la presqu'il du Cap-Vert et sur la petite
côte .C'est le Nguiné des wolofs .D'après M. le Dr
Forres se référant aux déterminations des agronomes
anglais, ce serait la sorte Ishan du Nigéria .Les deux
dernières variétés semblent avoir été
introduites accidentellement d'Amérique à l'époque de la
traite des esclaves. Nous nous sommes demandés à quelle
époque ces espèces avaient été introduites au
Sénégal en général et dans la vallée du
fleuve en particulier. ADASON qui a vécu dans cette zone de 1730
à 1734 a récolté les deux espèces G.
puntatum et G. obtisifolium. Son herbier entré depuis peu
à Paris est très intéressant à consulter pour la
flore du Sénégal.
Toutefois, ces différentes variétés de
cotonnier présentent des comportements aussi variés que divers en
fonction du terrain de culture : Sur le fondé, le
départ des cotonniers est normal, mais arrivées à la
capsulaison, les plantes semblent souffrir d'un manque d'humanité du sol
et les capsules se dessèchent sur pied. Le parasitisme est fort,
certainement dû à la proximité de N'Dargau abandonné
dans les jachères. Sur le falo, le développement
végétatif est très beau : plants de 0,8 m à
1,5m .Par contre le parasitisme est assez important. Sa culture associée
au coton-maïs est intéressante et sera de vulgarisation facile. Sur
holladé, l'aspect végétatif est beau : plants de 0,40
à 0,60 m. La capsulaison satisfaisante si le semis est effectué
avant fin novembre, le parasitisme, faible. »121(*)
Ces cotonniers en relation avec les conditions
météorologiques adoptent des comportements différents .Il
semble bien qu'on puisse parler d'une véritable période critique
par rapport au froid dans la première phase du développement. Les
cotonniers semés fin novembre ou dans les premiers jours de
décembre, ont vu leur croissance arrêtée, par contre les
plants qui atteignaient 15 ou 20 cm continuaient à croitre
régulièrement.
Chapitre II : Les structures de la production
Il s'agissait principalement du service des textiles, des
stations agricoles et des fermes familiales, dont le fonctionnement aboutit
d'une part à l'expérimentation de nouvelles methodes de cultures
et d'autre part à l'encadrement des paysans en vue de diffuser des
méthodes culturales dites modernes.
II.1 : Le service des textiles
Un Service Général des Textiles fut
créé en Afrique Occidentale Française en 1924.
Son objectif était d'y renforcer la dynamique de la
production cotonnière .Son siège fut fixé à
Ségou (Soudan Français) et sa direction confiée à
E.Belime122(*) (un
ingénieur hydraulicien) Celui-ci avait réalisé une
étude sur l'aménagement de la vallée du fleuve
Sénégal qui contribua au développement de la culture
irriguée du coton. La coordination des actions à entreprendre par
le Service Général des Textiles nécessita l'installation
d'une représentation régionale dans chaque possession. La colonie
du Sénégal en fut dotée par l'application d'un
arrêté du Gouverneur de la colonie daté du 24 Avril
1908 portant répartition des services de l'agriculture. Mais le
décret du 31 décembre 1920 crée dans chaque colonie un
service de l'agriculture.
Dès sa constitution, ce service local des textiles,
dirigé par un inspecteur des services administratifs et des affaires
économiques, se chargea de l'exécution des programmes agricoles,
du transport et de la répartition des semences. Il fournit
immédiatement aux cercles de la vallée du fleuve environ 100
tonnes de graines à semer123(*).
La sélection rigoureuse des graines et leur
distribution dans les meilleurs délais, réduisaient
considérablement le coût de la production et faisaient accroitre
le rendement .Le semis d'un hectare de coton, exigeait l'utilisation d'une
vingtaine de kilogramme de graines, soit une tonne pour l'exploitation de 50
hectares. Il existait également dans chaque cercle de la vallée,
un service agricole ayant pour mission l'encadrement des cultivateurs de la
vallée. Il comptait un personnel qualifié composé
d'ingénieurs agronomes et de conducteurs de travaux agricoles.
Il y a une collaboration étroite entre les deux
services chargés du développement agricole et l'association
cotonnière coloniale123(*).Celle-ci avait plusieurs objectifs qui consistaient
entre autres à subventionner des essais de culture dans les possessions,
à installer des égreneuses et à encourager l'achat ainsi
que l'utilisation du coton colonial par l'industrie métropolitaine.
En outre, l'Association Cotonnière Coloniale qui vit
le jour le 4 Janvier 1903 avec pour fondateur Esnault Pelterie président
du syndicat général de l'industrie cotonnière
française (SGICF).Sa création est liée à la
volonté politique agraire des autorités françaises
coloniales. Elles voulurent développer la culture cotonnière
dans les colonies. La fibre américaine alimentait à bon compte,
une industrie dont les besoins étaient encore limités.
En effet des commerçants néanmoins avaient
cherché dès le XIIIème siècle à acheter du
coton brut aux indigènes dans les comptoirs établis sur la cote
d'Afrique Occidentale. Les essais de culture de coton consécutifs
à la guerre de sécession, avaient suscité de
l'intérêt comme en témoigne la présentation de
l'échantillon de fibres provenant de Gran-Bassam d'Assinie et du Dahomey
à l'exposition de 1886 124(*)
Le président fondateur de l'Association
Cotonnière sollicita quelques spécialistes, parmi lesquels A.
Chevalier et s'inspira de l'exemple des industriels britanniques qui venaient
de fonder une association intervenant au Nigéria. Mieux l'origine et les
objectifs de l'A.C.C sont présentés par Yves Henry, alors
inspecteur de l'Agriculture de l'A.O.F : « La tendance
très marquée des Etats Unis à monopoliser non seulement la
production mais encore l'industrialisation du coton et apparu comme une menace
constante pour les intérêts de nos usines de filatures et de
tissage ainsi que pour la population de 250 000 ouvriers qu'elles
utilisent. La question cotonnière qui était du reste pas neuve, a
pris corps en France par la création d'un organe d'intérêt
national l'A.C.C qui s'est fondée pour étudier et défendre
les intérêts économiques, industriels et commerciaux de
l'industrie cotonnière française »125(*)
L'association intervient sur deux terrains : la
métropole où elle s'efforça d'informer l'opinion publique
française par des publications et des conférences afin de
créer un courant en faveur d'une politique coloniale et les colonies
,principalement l'Afrique de l'Ouest où son action fut capitale pendant
la période qui précède la première guerre mondiale
comme le souligne Yves Henry ,qui a collaboré étroitement avec
elle : « À partir de ce moment (fondation),on peut
dire que toute la question cotonnière est liée à cette
association, à ses composition, à ses conceptions, à ces
moyens d'action »126(*)
Dans une lettre adressée en 1920 aux différents
commandants des cercles de la vallée par l'entremise du Gouverneur du
Sénégal, le Président du comité de Direction de
l'Association Cotonnière Coloniale se prononça en faveur de la
production du coton. Il écrit : « l'Association
Cotonnière Coloniale étend davantage son action dans les
circonscriptions de Matam, Richard-Toll et Dagana pour faire développer
la culture du coton sous toutes ses formes .Elle y assure aussi le classement,
l'égrenage et le pressage du produit dans les meilleures conditions de
prix .Elle fera tout ce qui lui sera possible pour aider l'administration
à mettre en service des trieuses à graines »127(*) .
Les deux services chargés de la culture des fibres
textiles et l'Association Cotonnière Coloniale, avaient donné
à la vallée du fleuve toute sa dimension agricole. Les stations
agricoles y agirent dans ce sens.
II.2 : Les stations agricoles
L'administration créa diverses stations agricoles dans
les cercles de la vallée, dont les objectifs étaient de
multiplier le nombre de tonnes de production et de former des moniteurs ayant
pour fonction d'encadrer les indigènes impliqués dans la
récolte de coton .A ces débuts ; les résultats
obtenus ne sont guère satisfaisants.
La première guerre mondiale (1914-1918) provoqua un
ralentissement notable des activités des stations agricoles de la
vallée. À partir de 1920, les stations avaient commencé
à fonctionner régulièrement en introduisant la culture du
coton égyptien dans la subdivision et en distribuant des semences et des
primes aux meilleurs producteurs.
En vue de la vulgarisation des procédés
culturaux par l'emploi de la charrue et autres instruments aratoires, quelques
jeunes y furent formés comme laboureurs. Il s'agissait les fils de chefs
traditionnels .Pour les récompenser, l'administration remit
à chaque chef, deux boeufs avec jougs, une charrue et une herse. Les
moniteurs chargés de la formation des cultivateurs, recevaient à
la fin du mois un salaire qui était régulièrement
révisé. Celui de Matam-Diorbivol fixé à 60
francs en 1920, atteignit 150 francs en 1921128(*).
Cette augmentation du traitement avait pour but d'encourager
à exécuter leur tâche avec promptitude .Celle -ci demeurait
un facteur d'extension des surfaces exploitées.
Dès sa création, le centre de Diorbivol
entreprit des essais de culture du coton en vue d'améliorer la
variété indigène. Les paysans avaient essayé
d'accroitre leur production en sélectionnant les graines des
récoltes précédentes. Ce simple procédé
n'était pas suffisant pour donner une longue fibre au cotonnier local.
Il fallait au préalable, appliquer des méthodes scientifiques
dans des champs d'expérimentation assez vastes pour éviter les
croissements au moment de la floraison. Dans la vallée du
Sénégal, l'application des nouvelles méthodes culturales
à savoir la sélection des semences, l'emploi des moyens de
production appropriés (Charrues, herses...), l'utilisation des engrais
et le recours à l'assolement, permirent d'augmenter le rendement du
coton indigène. Il passa de 60 à 400 Kg à
l'hectare.129(*).
Pour diversifier la production, des variétés
étrangères comme le coton Allen et le Mit-Afifi furent
introduites et acclimatées dans les cercles de la vallée. Ils
avaient une plus grande valeur marchande .Les graines issues des
expériences faites à la station, furent distribuées aux
producteurs .Ces résultats restaient sans doute importants. Mais la
diffusion des méthodes modernes de culture, imposaient l'encadrement des
populations autochtones par des moniteurs d'agriculture.
Le recrutement des élèves fut placé sous
le contrôle du commandant de cercle. Son choix porta, en,
général sur les chefs traditionnels ayant une influence morale
dans leur canton. Selon la vision de l'administration coloniale, cette
formation favorisait une rapide diffusion des connaissances pratiques en
agriculture. Ils étaient divisés en deux groupes.
Le premier comprenait des élèves
réguliers (moniteurs et cultivateurs) qui suivaient une formation de
deux ans. Le cercle leur allouait une ration alimentaire et une
indemnité journalière fixée à 1,5 franc en
deuxième année. Le second était composé
d'élèves « libres »
c'est-à-dire des personnes désireuses d'apprendre les techniques
agricoles nouvellement introduites dans leur localité. Ils recevaient
uniquement une ration alimentaire pendant leur formation dont la durée
n'est pas précisée131(*).
Le programme, élaboré par le chef de service de
l'agriculture et soumis à l'approbation du Gouverneur de la colonie,
comportait des notions relatives au dressage des animaux, à la maitrise
des instruments aratoires et à la conservation des récoltes .Au
terme de leur formation, les jeunes recevaient chacun une charrue et
accessoires pour usage personnel.
Devenus de véritables moniteurs d'agriculture, ils
étaient chargés de prodiguer des conseils aux habitants de leur
circonscription et de les inciter à utiliser l'outillage
recommandé par l'administration .Il allégeait l'effort physique
fourni par l'homme et permettait de réaliser une meilleure exploitation
du sol. Il faut reconnaitre que les stations agricoles, avaient
été pour les populations de la vallée, de
véritables centres d'amélioration de la production à
travers la sélection des semences et des plants ainsi que l'introduction
de nouvelles variétés à cultiver. Elles avaient
également contribué à répandre l'emploi de la
charrue.
Ces efforts déployés dans le domaine de la
production, furent d'avantage renforcés par la création des
fermes familiales.
II.3 : Les fermes familiales
La politique d'accroissement des surfaces cultivées en
vue d'obtenir une augmentation de la population, avait amené
l'administration à instituer des champs collectifs .Chaque cercle devait
consacrer une certaine étendue de terre aux cultures de rente .Ces
surfaces mises en valeur étaient communément appelées les
« champs du Commandant ». Les récoltes
étaient fournies à l'administration .Les chefs de subdivision se
chargeaient de communiquer les ordres de canton, qui entourés de
surveillants, conduisaient les travaux agricoles.
Ainsi au nom du Commandant de cercle, des champs vastes,
devraient être cultivés par les populations autochtones .Les
paysans, n'adhérent pas massivement à cette nouvelle forme de la
mise en valeur des terres agricoles .Elle était en désaccord
complet avec les habitudes de l'indigène qui n'était plus libre
d'organiser le travail .Ce mode de production fut un échec
Cette nouvelle vision de mise en valeur mit fin à
l'existence des champs collectifs exploités au profit des chefs de
canton et autorisa la création de fermes familiales dont le rôle
consistait à pratiquer la culture attelée et à produire
par rotation le coton, l'arachide et le mil.132(*)
Ces nouvelles structures devaient comporter des maisons
d'habitation, des puits et des abris pour protéger le bétail et
le matériel agricole. Mais ce projet d'équipement ne fut point
réaliser .En plus, elles furent détournées de leur
objectif premier en devenant des sortes de champs collectifs exploités
par les chefs de canton .Pour éviter les insurrections
éventuelles et stimuler la production, l'administration modifia le
fonctionnement des fermes.
Désormais une étendue de terre était
allouée à une famille qui avait la charge de l'exploiter par ses
propres moyens .Elle recevait de la part des autorités, des semences et
des engrais à rembourser en nature. La contrainte semble être
abandonnée, mais l'exploitation d'une ferme nécessitait des
investissements importants .Le prix d'un attelage variait de 925 ,87
à 941, 78 francs, ce qui représentait une forte somme pour le
paysan dont les moyens financiers étaient limités par la baisse
des cours des produits et par l'augmentation du taux de l'impôt.
L'obtention des résultats encourageants, amena
l'administration des cercles de la moyenne vallée à mettre des
charrues au service des exploitants : « Nous avons que
l'indigène ignore en général les premiers
éléments d'une culture rationnelle .En ce qui concerne les
conditions d'exploitation, l'expérience a montré que le pays
,dans la majeur partie, ne parait pas mur pour les plantations dirigées
par des blancs et qu'il a intérêt à initier le noir
à l'usage de l'animal de trait et de la charrue »133(*).
Les projets de culture étaient dorénavant
conçus et exécutés selon la force du travail et les moyens
de production dont disposait chaque famille. On remarquait que l'administration
consciente des possibilités de la vallée du fleuve à
produire des fibres de meilleures qualités, y encouragea la
création de plusieurs structures .Loin de se gêner, elle avait
oeuvré pour le développement de la production agricole.
Les chercheurs qui ont travaillé sur la culture du
coton ,en l'occurrence en Amérique et en Angleterre, estiment que dans
le monde entier le coton doit être un produit récolté par
le Négre et, qu'en conséquence l'énergie
déployée par les pouvoirs publiques et des Associations devrait
porter sur la transmutation de la culture en une industrie indigène
commercialement organisée .
Le Chinois, l'Hindou, le Cambodgien, cultivent
également le coton et rien ne tend à démontrer que la
prolifique race jaune ne serait pas capable de s'adapter à la culture
des pays tropicaux africains. Il est urgent d'éduquer l'indigène
afin de résoudre, au moins partiellement, le problème ardu de la
main -d'oeuvre .L'initiative prise par les colons s'avère très
difficile, du moins impossible dans une région qui ne possède pas
les premiers éléments de la civilisation.
L'enseignement agricole élémentaire, qui parait
simple d'une part, présente en réalité d'énormes
complications considérables et demande un effort suivi et soutenu .Les
conseils, les orientations, les encensements, sont ainsi pour de nuls effets
sur les méthodes de culture des noirs. Les inspections des
administrateurs et des moniteurs de culture, les palabres et les conseils aux
chefs de villages et aux indigènes, le travail dans les champs d'essais,
les encouragements sous diverses formes, sont restés presque sans
résultat devant la routine et la force d'inertie.
Des charrues ont été distribuées par des
sociétés privées et l'administration. Le noir le range en
bonne place dans sa case comme un meuble de luxe et un souvenir de l'industrie
du blanc.
Cela justifie pour autant, que le cultivateur indigène
reste foncièrement attacher à son système de culture. Le
blanc doit s'efforcer à instruire le noir par un travail de longue
haleine134(*)
Devant les échecs récurrents du passé,
des moyens efficaces ont été déployés,
débouchant sur la création où seraient pratiqués
l'élevage et le dressage des animaux de trait, l'emploi suivi de la
charrue et des instruments agricoles, une culture rationnelle du sol.
La ferme - école recruta des élèves de 16
à 20 ans dans la population agricole des différents districts.
L'enrôlement, admet les plus intelligents ; les plus dociles et les
plus forts en vue de pouvoir vaquer aux plus durs travaux
nécessités par la culture du coton. Ils travaillaient suivant un
plan d'instruction comprenant tous les travaux relatifs à la culture et
à la préparation du coton.
Les apprenants y étaient spécialement instruits
dans le choix de bonnes graines, l'examen des conditions climatiques
,l'époque et la profondeur correcte de la plantation ,l'emploi pratique
de la charrue et des instruments aratoires rationnels ;les soins à
donner au bétail de trait ; l'adoption des moyens de transport par
animaux de trait ;la réalisation d'engrais naturel ;
l'application d'une succession convenable de produits du sol et les mesures
nécessaires à l'amélioration des variétés de
coton.
Chaque élève possédait personnellement un
champ d'un hectare qu'il exploitait lui-même au cours de sa
deuxième année d'école .Les dividendes
réalisés sur la moisson jusqu'à sa sortie de
l'école lui revenaient de droit. Pour exciter l'émulation, les
élèves dont le champ était le mieux exploité et
rapportait plus, recevaient des prix. Pendant la troisième année,
chaque élève devait planter les meilleurs des graines obtenues
dans son champ la deuxième année ; de la sorte, on les
guidait dans un choix judicieux de la semence.
Les élèves touchaient une indemnité
mensuelle 12f la première année, et15f la seconde et la
troisième année, avec plus, le produit de la moisson de leur
petit champ, qui devait servir à leur entretien pendant les premiers
mois d'établissement à leur compte .
Les élèves dont la formation était venue
à terme, retournaient dans leur district d'origine où ils
s'établissaient sur un terrain concédé par le commandant
de cercle ; mais comme plus tard ils avaient encore besoin d'être
contrôlés et surveillés, ils n'étaient pas
dispersés dans tout le district ; au contraire on les regroupait
autant que possible dans des établissements fermés.
Ces élèves dont l'instruction était
terminée, recevaient, à leur sortie de l'école, une
pioche, une houe, une fourche à fumier, quatre chaines d'attelage et un
sceau ; la commune mettait à leur disposition deux à trois
boeufs de trait, de façon à leur permettre d'exploiter leur
concession d'une manière rationnelle.
Il semble que cette méthode d'enseignement, apparemment
bien conçue, aurait dû donner d'excellents résultats. Il
n'en fut rien .L'administration, abandonna cette forme d'enseignement en
mettant en place une nouvelle école dite village - école. Les
élèves ne sont pas des jeunes gens isolés, mais de jeunes
familles, de jeunes noirs mariés, ayant une ou plusieurs femmes suivants
les moeurs de la religion. Ils sont installés comme fermier avec leurs
femmes et leurs jeunes enfants .Le moniteur européen a sur eux une
autorité toute particulière.
L'emplacement du village, est choisi le long une voie
ferrée ou sur un point du fleuve navigable et
régulièrement desservi. L'eau potable et l'eau d'arrosage sont
abondantes, la terre fertile, la population locale assez dense afin de profiter
de l'exemple et de permettre le développement de l'instruction agricole.
Chaque ferme, comprend au moins, la maison d'habitation pour
l'élève noir, sa femme, ses enfants et un ou plusieurs
auxiliaires ; une écurie, un hangar pour remiser le
matériel, un hangar à récoltes, une pompe ou une prise
d'eau et les accessoires indispensables.
Le personnel européen est composé du directeur
du village-école, du directeur de la ferme d'essais de culture,
d'élevage et de dressage d'animaux de trait ,du missionnaire catholique
ou protestant, d'un instituteur et d'une institutrice européens, quatre
femmes européennes chargées du dispensaire, d'enseignement
ménager, et du bureau de poste, des agents de commerce du comptoir.
Tableau 1 : Etat des fermes familiales dans
les cercles de la vallée du fleuve
CERCLES
|
BONNES
|
MAUVAISES
|
EN CREATION
|
PREVUES
|
TOTAL
|
Dagana
|
7
|
4
|
8
|
2
|
21
|
Podor
|
8
|
5
|
8
|
4
|
25
|
Matam
|
17
|
5
|
2
|
3
|
27
|
TOTAL
|
32
|
14
|
18
|
9
|
73
|
Source : Archives Nationales du
Sénégal, 2G 30 /69, service de l'agriculture des cercles de la
vallée.
TROISIEME PARTIE : L'EVOLUTION DE LA PRODUCTION
COTONNNIERE DANS LA MOYENNE VALLEE DU FLEUVE DE 1920 à 1930
Chapitre I : Introduction de nouvelles
variétés en culture sèche
La guerre avait révélé la
fragilité de l'approvisionnement en coton et suscité des efforts
de la part de l'Association Cotonnière Coloniale, mais sans amener le
pouvoir métropolitain à prendre position. Il fallut attendre,
sans l'ombre d'un doute, le déclenchement d'une nouvelle crise du
marché, laissant craindre au-delà de la pénurie temporaire
une hausse durable des prix, pour qu'il décide de mettre en route une
politique de coton colonial.
Les années d'après-guerre ( 1923 -1924) marquent
un tournant dans la politique cotonnière du gouvernement français
comme le souligne F.Ch. Hesling dans son rapport de
1931 : « C'est seulement à partir de 1923- 1924 que
l'on peut fixer l'entrée du programme cotonnier français dans une
phase réellement active et productive .La grande guerre avait
révélé la nécessité pour la France
d'intensifier sa production coloniale pour se procurer chez elle, le plus
possible les matières premières nécessaires pour son
industrie ».
C'est à partir de cette date que l'on constate un
véritable essor de la culture cotonnière en Algérie et au
Maroc, dans les Etats du levant sous mandat français ,en A.O.F et en
A.E.F.Grace aux premiers efforts de l'Association Cotonnière Coloniale
servant d'exemple, grâce aux initiatives de certaines
sociétés de coton colonial les unes et les autres
secondées par l'industrie cotonnière métropolitaine,
grâce enfin à la nouvelle politique cotonnière
instaurée à partir de 1923-1924 par les pouvoirs publics et
plusieurs gouvernements coloniaux, il est tout d'abord acquis d'une
façon indéniable aujourd'hui que nos possessions
extérieures, sont d'une façon générale
particulièrement aptes à la culture du coton 135(*)
Le Gouvernement Français, attache une importance
remarquable, aux essais de culture du coton .Ces expériences ont
été, sans doute, entreprises dans
différentes régions de la colonie. La question cotonnière
présente, en effet un caractère très particulier
d'intérêt et d'actualité aussi bien pour l'avenir
économique de la France que pour celui des industries vitales de la
métropole. C'est à juste raison que le Gouverneur a
adressé une correspondance aux commandants de cercle de la
colonie : « c'est pour ce motif que dès
l'année dernière ,je vous ai demandé instamment de
prêter tout appui de votre autorité au représentant de
l'association cotonnière coloniale chargé par ce comité de
procéder dans vos cercles à des tentatives d'introduction de
meilleures variétés de coton exotique .Il a été
décidé depuis dans les régions qui conviennent le mieux
à la culture du coton et qui se trouvent situées avantageusement
par rapport à nos principales voies de
communication »136(*)
Le coton, avait véritablement constitué la
majeure partie des produits récoltés dans les subdivisions
dépendant du cercle de la vallée .Il faisait l'objet de soins
particuliers et l'évolution annuelle du rendement fut sensible.
Traditionnellement, le coton est cultivé pour les
besoins de la consommation locale dans l'est du territoire et dans la
vallée du fleuve. Après de nombreuses tentatives de
développement, en particulier dans la vallée et après la
guerre 1914-1918, l'effondrement des cours mondiaux en 1932, provoqua
l'arrêt brusque des achats par les maisons de commerce, et depuis cette
époque le coton du Sénégal ne figure même plus dans
les statistiques de production.
Toutefois, des possibilités de culture de certains
cotonniers et surtout l'utilisation de toutes les ressources du territoire, le
problème cotonnier a été reconsidéré en 1954
dans les zones marginales du bassin arachidier.
A cet effet, une collaboration avec le C.F.D.T a
été élaborée en vue d'une étude des
possibilités de culture de cotonniers autochtones par des
variétés plus productives en haute vallée .
I.1 : A Dagana
Pendant la période coloniale, les Français
construisent des forts sur les côtes, pour le commerce, mais ne
pénétrèrent l'intérieur des terres que deux
siècles plus tard. Pour exploiter ces possessions, les colons
français mettent en place une structure nommée 'la compagnie
royale d'Afrique ''. Cette structure chargée de développer le
coton Sénégalais, échoua lamentablement dans une
première tentative en envoyant des esclaves de Jamaïque en1720.
La hausse des cours mondiaux accroit les besoins en coton .Le
baron Pierre Barthélémy Portale d'Alba Rades, ministre de la
marine et de la colonie, nomme le colonel Julien Schwartz (1771-1827)
gouverneur Français du Sénégal. Il était
chargé de lancer un vaste plan de colonisation agricole137(*).On essaya alors les
espèces de coton indigène venant du Fouta-Toro où les
soninkés disposent une longue tradition cotonnière. Ces essais
échouent suite aux hostilités de l'empire toucouleur à la
colonisation française. Cette opposition lui força d'aller
plutôt chez les wolofs dans le walo138(*).
Les essais d'expérimentation de Jean Michel Claude
Richard (1787- 1849) que le baron Jacques François Roger lui demande de
créer en 1822 à Richard -Toll, petit fort à l'embouchure
du fleuve Sénégal ; entre 1822 et 1825 Richard -Toll
produisait 50 tonnes de coton bruit par an139(*), mais cela était insuffisant pour couvrir les
besoins de l'industrie métropolitaine.
La forte croissance économique mondiale des
années 1850 crée une demande importante de l'industrie textile
ce qui incite la France à expérimenter à nouveau la
culture irriguée du coton à Richard-Toll, puis en Casamance, et
dans la vallée du fleuve Sénégal, des
expérimentations qui resteront sans suite .Pendant la
pénurie de fibre blanche causée par la guerre de sécession
américaine à partir de 1863, Louis Faidherbe, militaire
français chargé d' administrer le Sénégal favorise
à nouveau les plantations.
En 1862, la question fut reprise par l'autorité
administrative et des essais de culture sous irrigation furent tentés
à Richard-Toll sous la direction de M.Lagard. Les quantités de
coton fibre exportés du bas Sénégal furent de :
-40 000 Kg en 1863,
-50 000Kg en 1864.
Cependant, cette nouvelle tentation ne donna pas de
résultats satisfaisants que celle de 1820.
Pendant la pénurie de fibre blanche causée par
la
guerre de
Sécession américaine à partir de 1863,
Louis Faidherbe,
militaire français chargé d'administrer le
Sénégal
favorise à nouveau les plantations. Les expériences de
Théodore
Lecard directeur du jardin botanique de Richard Toll, ont montré en
1865 que les rendements
étaient plus que décuplés en culture d'irrigation,
atteignant 200 à 300 kilos de coton par hectare mais pouvant
dépasser 1 150 kilos pour les bonnes terres.
Ces expériences furent reprises en 1903 par
Henry
Rabaud un négociant de Saint-Louis, du
Sénégal, sous l'impulsion de l'
Association
cotonnière coloniale140(*). C'est surtout le bassin du
fleuve Niger qui est
alors jugé éventuellement porteur par les Français en
Afrique Occidentale et c'est dans cette optique que l'irrigation est
envisagée. II n'y a pas à tenir compte des anciennes tentatives
de culture du coton faites au Sénégal vers 1825 (...) que 1a
mauvaise foi des colons a fait échouer", écrit alors l'inspecteur
général de l'Agriculture aux Colonies
Yves
Henry .
De nombreux essais furent tentés, très
prometteurs lorsque la culture était bien conduite et le sol abondamment
fumé. Le service agricole de Richard-Toll avait enregistré 250kg
à l'hectare avec la variété égyptienne
MIT-AFIFI140(*). La
station agricole de Diorvivol enregistre jusqu'à 300 kg à
l'hectare d'où une légère baisse des rendements
après deux années de culture, mais la moyenne pour les six
années d'expérience reste élevée : 2000
à 2500 kg à l'hectare. Ces essais s'avèrent très
décevants lorsqu'on s'attacha à réduire à
l'extrême les frais de culture.
Toutefois, l'administration coloniale s'évertue
à introduire des variétés américaines en terrains
inondés .Ace effet, un champ d'expérience
élaboré par des indigènes, fut établi sous la
surveillance directe d'un agent de culture M. Claveau. Ainsi, à l'entame
des cultures faites entièrement par les indigènes avec des
graines de Mississipi, ses essais réalisés dans les terrains
inondés de Dagana, sont voués à
l'échec : « Les champs des cotonniers
indigènes ayant été entièrement détruits par
l'inondation .M ; le lieutenant- gouverneur a autorisé la
distribution environ d'une tonne de graines »141(*) .Toutes les cultures ont
été entièrement détruites. A plusieurs reprises,
dans cette partie de la moyenne vallée, les sauterelles se sont abattus
sur les champs de culture et ont complètement dévoré les
cotonniers .Toutefois, des cultures de coton ont été
lancées à Matam.
I.2 : A Matam
Les essais dans le cercle de Matam furent conduits par un
agent de la C.F.D.T142(*) assisté des moniteurs d'agriculture locaux.
Le but cherché, était l'implantation de la culture du coton dans
le cercle des cultures de crue sur terres coutelières habituellement
réservées aux mils ou aux maïs. La récolte du coton,
est une longue opération qui exige beaucoup de mains d'oeuvre.
On estime qu'une personne peut récolter 3 kg de
grains par jour .Le total des superficies ensemencées, est de l'ordre de
400 Ha dont 3 /5 sont en « fondé » le reste en
« diéri ».
La récolte, abondante qu'elle soit, avait
été utilisée sur place à la confection des bandes
de tissus. La valeur locale d'échange du coton est celle qui est
rattachée au mil avec le plus de rigueur .Le prix pratiqué en
1924 à Matam, varie entre 45 et 55 F le Kilogramme.
En 1925, époque à laquelle, le prix du coton
avait subi une hausse considérable, la production atteignit 700 tonnes
et 200 tonnes furent exportées dont les 4 /5 en provenance de
Matam143(*).
Des semences furent distribuées, la propagande pour le
coton fut pressante et vers 1926, on signale l'achat de 400 tonnes de coton
graine dans le haut fleuve. Le cultivateur satisfait du prix de 2F.5O qui lui
est alors offert, intensifie sa production, des marchés de coton sont
ouverts et en 1926, la société industrielle et commerciale
(S.IA.C.O.F) installe à Matam, une usine d'égrenage comportant
trois égreneuses de 70 scies chacune. Devès et Chaum exportait 65
tonnes sur le Soudan et que l'on estimait à 45 tonnes les
quantités achetées par les petits traitants locaux.144(*)
La S.I.A.C.O.F se mit donc à péricliter
rapidement, les frais de transport du lieu de production à l'usine
étaient trop élevés. En effet, les frais
généraux de cette usine gravant trop lourdement l'affaire. Les
prix pratiqués à l'achat deviennent vite inférieurs
à ceux offerts par les concurrents locaux, si bien qu'en 1929 la
société de prévoyance du cercle fut amenée à
soutenir la S.I.A.C.O.F en versant une prime de 0F25 / Kg aux cultivateurs qui
ravitaillaient l'usine. C'est pourquoi sur une note au sujet de la culture du
coton dans la vallée du fleuve
Sénégal : « Des diverses tentatives
effectuées au Sénégal pour développer dans cette
colonie la production cotonnière ; il ressort que la
médiocrité des résultats obtenus à ce jour est
dû surtout d'une part à l'insuffisance des prix offerts par le
commerce intérieur à ceux pratiqués dans les transactions
locales, d'autre part aux difficultés d'égrenage et
d'évacuation du produit » 145(*)
Le coton brut, en effet, en raison de son faible rendement
à l'égrenage, est d'un transport onéreux sur de longue
distance, il est donc indispensable qu'il soit défibré sur place
ce qui semble pouvoir être réaliser par la mise en marche dans la
région cotonnière envisagées de petites usines de faibles
puissances ou encore mieux à l'aide du grand mobile. Depuis 1937, les
messageries du Sénégal n'ont plus transportées du coton,
si l'on excepte en 1948, 32 tonnes en provenance de Matam.
L'action de l'administration pour l'amélioration des
techniques, s'est appliquée à l'égrenage et au tissage
.C'est sous ce rapport que : « l'Association
Cotonnière Coloniale devait se consacrer à toutes les questions
d'ordre économique et d'ordre industrielle, principalement à
l'organisation d'un système d'achat et à l'installation d'usine
d'égrenage au moyen d'argent qu'elle enverrait dans la colonie
»146(*).
Une usine d'égrenage, propriété de la
Société indigène de la prévoyance (S.I.P) de Matam
ou plus exactement du fonds commun, a été installée
à Ouandé pendant la seconde guerre mondiale.
La S.I.P147(*) installée durant les dernières
années de guerre, a approvisionné l'hôpital de Saint-Louis
en bandelettes et en coton bruit. A Matam même existait jusqu'en 1944 une
usine analogue, mais plus importante appartenant à la F.A.O .Les
essais pour l'introduction du métier à tisser
semi-perfectionné, se bornèrent à débiter des
bandes de 65 m de large produites par la S.I.P de Matam.
Ce métier fut installé dans le plus gros centre
de production du cercle, au domicile même du chef de canton où un
moniteur venu également au Soudan, eut fait d'en apprendre pendant la
seconde moitié de la seconde guerre mondiale. Ce métier
approvisionna en nappes, serviettes, draps de lit, voire peignoirs de bain
d'une solidité à toute épreuve, un grand nombre de
fonctionnaires.
I. 3 : A Podor
Un peu avant l'arrivée à Thilogne et de à
Oréfondé, se trouvent de nombreux champs de coton. L'essor de la
production du coton à Podor fut soutenu par une meilleure méthode
de culture, un renforcement de la protection des peuplements contre les feux de
brousse et une multiplication du nombre de plantations .La production avait
beaucoup souffert du mode de culture .L'absence de moyens appropriés,
amenaient les indigènes à des productions dérisoires et
quasi faibles .L'administration parvint à mettre fin à ces
pratiques en imposant l'emploi d'une gaule ou d'un crochet .Cet instrument
permettait de cueillir la fibre blanche sans détériorer le
cotonnier.
De nouvelles variétés furent introduites comme
Allen .Yves Henry avait déjà amené à concevoir la
culture du cotonnier par l'indigène en pleine zone inondée
après le retrait des eaux et le ressuyage des terres .Les
expériences de cultures irriguées à Podor, faites
industriellement sous la direction des européens, avaient montré
qu'on pouvait obtenir les mêmes résultats qu'en Egypte.
Toutefois, la compagne dans cette région a
été engagée dans de très mauvaises conditions.
L'agent agricole de la C .F.D.T est arrivé sur les lieux
très tard alors la décrue a commencé un mois avant. Les
terrains étaient mal préparés, les semis étaient
mal faits ou exécutés avec bien du retard. Les sarclages et les
binages indispensables n'ont pu être obtenus de la part des cultivateurs.
Enfin les troupeaux ont commis des dégâts très
importants .La récolte serait dérisoire et le principal
enseignement de la campagne fut de montrer ce qu'on ne devait pas faire
.Cependant des renseignements intéressants étaient obtenus ;
l'expérience montrait :
- Que la culture à contre saison est possible dans la
vallée du Sénégal et que le cycle végétatif
du cotonnier est voisin du mil.
- Qu'il est très important de semer le plus tôt
possible après le retrait des eaux.
- Qu'il faut semer des variétés à cycle
cour, à floraison précoce. Le nombre des capsules est moins
élevé, des chances de fluctuation sont plus grandes. Des
variétés testées, Bar, Pima, Allen, l'une d'elle est
à éliminer, c'est le Bar. Le plant lui-même résiste
très bien aux chaleurs, mais donne ses capsules tardivement et ne peut
les mener à maturité complète.
Outre des questions concernant la culture proprement dite et
l'installation des usines d'égrenage, le pouvoir colonial se
préoccupait aussi de développer du personnel de second rang
composé d'un nombre très insuffisant d'européens148(*).Il est tout aussi, envisagé
de doubler ce personnel supérieur d'un personnel de second rang
susceptible de le seconder, voire de le remplacer pendant les périodes
de congé ou en cas de maladie .Un troisième rang est prévu
à travers la formation d'un personnel européens et
indigènes, des mécaniciens, des employés agriculteurs.
Tableau n°2 : Les rendements de l'essai
inter variétal
Variétés
|
1°Récolte
|
2°Récolte
|
Total par Variété
|
Rendement à l'hectare
|
ASHMOUNI
|
0
|
11,984
|
11,984
|
168 kg
|
MESSILA VALLEY
|
12,101
|
4,161
|
16,262
|
223,5 kg
|
LIGHTNING EXPRESS
|
18,462
|
3,207
|
21,669
|
304,01
|
PAYMASTER
|
17, 743
|
5,589
|
23,332
|
327,4
|
AGALA
|
10,180
|
10,090
|
20,270
|
284,4
|
ALLEN
|
4,894
|
4,953
|
9, 847
|
138,2
|
Source : Rapport sur la culture
cotonnière dans la vallée du fleuve Sénégal, par J.
Maymard, ORSTOM, Juin 1959
Chapitre II : La crise agricole : 1931à 1934
Les Etats Unis, ayant profité de la guerre, sont dans
une période de grande prospérité économique .Dans
le même temps, l'Europe entame sa reconstruction .L'euphorie
économique entraine rapidement une crise de surproduction, qui entraine
la saturation des marchés débouchant sur une crise
boursière aux Etas Unis .Celle-ci se propage rapidement en Europe et
dans le reste du monde avec des conséquences sur le plan
économique et social.
A partir de 1930, l'Afrique Noire enregistra un net recul de
sa production agricole .
Il en résulta de la dépression qui n'avait
épargné aucun secteur de l'économie occidentale.
II.1 : La genèse de la crise
Durant la première moitié du XXe siècle,
l'économie de l'Occident fut marquée par le développement
de la production industrielle, l'accroissement des échanges commerciaux
et l'imbrication des systèmes monétaires et bancaires. Ces
mutations donnaient un nouvel aspect à la crise économique .En
effet, liée à la surproduction industrielle, elle devenait plus
longue et plus grave. Ce fut le cas en 1929.
La crise débuta par un Krach149(*) sans précédent
à la bourse des valeurs de New York qui provoqua la
dépréciation des valeurs et la ruine des banques .Le marasme
économique , monétaire et financier s'installa aux Etat Unis
d'Amérique qui représentaient un impressionnant poids
économique dans le monde avec une production industrielle estimée
à 45%.Il se transforma en une crise
internationale : « Au congrès des filateurs et des
planteurs tenu à Atlanta(Géorgie),les planteurs des Etats du Sud
qui forment l'élément prédominant de la production
américaine firent connaitre aux industriels leur décision de se
regrouper et de ne livrer le coton qu'au prix qui leur conviendrait .Ce
groupement de producteur qui exigeait d'abord un prix de 15cent livre
surgissait à une époque où, après une forte
récolte de l'année précédente ,une récolte
estimée abondante devait largement pourvoir le marché et alors
que les hautes prévisions de la consommation mondiale ne se
réalisaient pas .On sait la forte crise financière et
économique qui survit aussitôt en Amérique et
s'étendit au monde entier, amenant une dépression très
grave sur le marché cotonnier »150(*).
En 1931 , la fermeture du
« Kreditanstalf » ,la plus importante banque de Vienne,
entraina une crise monétaire en Europe qui avait jusqu'ici
résisté comparativement à l'Amérique et le nouveau
monde c'est-à-dire l'Australie et la Nouvelle Zélande151(*).Au début de la
dépression économique , la France avait été
soutenue par la solidité de sa monnaie .Il y avait eu l'afflux des
capitaux et une croissance industrielle favorisée par une
réorganisation de la production qui s'appuya sur la constitution d'un
vaste marché .Mais , elle avait fini par être touchée
à son tour par la crise .
Son économie fut alors caractérisée par
une diminution des profits industriels, provoquée par la baisse de la
production et des prix. En France, 1200 industriels et 6 millions ouvriers
environ peuvent être ruinés ou plongés dans la
misère par l'arrêt de l'approvisionnement.
En 1932, les exportations des cotonnades de la France
passèrent de 30 000 à 17 000 tonnes. L'industrie
textile ne parvenait à faire fonctionner que 63% des broches contre 70%
pour les autres pays152(*)
Tous les secteurs industriels, sans exception, firent, sans
doute, durement atteints. Le revenu agricole, l'investissement et
l'épargne, reculèrent considérablement avec la faillite de
plusieurs établissements bancaires parmi lesquels figurait la Banque
National du Crédit.
La crise s'y manifesta également par un
fléchissement de l'indice qui n'atteignait que 68 contre 100
.Malgré une réduction du temps de travail, le chômage
progressa. Le nombre de chômeurs passa de 270 000 en 1932 à
500 000 en 1935.A la même année, les recettes
budgétaires furent évaluées à 39 milliards alors
qu'elles avaient atteint 50,7 milliards à 60 milliards153(*).Alors que le gouvernement
décida de réduire de 10% les dépenses de l'Etat.
La crise boursière qui éclata à Wall
Street le 24 octobre 1929 (le jeudi noir)154(*), et se répercuta sur les autres places
financières occidentales déboucha sur la plus grande crise
économique que le monde ait jamais connue : faillites en cascades,
effondrement des prix, notamment des matières premières
agricoles, chute de la production industrielle. Désormais liés
à l'économie européenne et mondiale, l'Afrique en
général et le Sénégal en particulier n'ont
pas put échapper aux effets de la crise : « courroie
de transmission jouèrent à plein, sur le plan financier, avec la
baise des capitaux disponibles et des difficultés d'investissements qui
en découlèrent, et sur le plan commercial, du fait des
problèmes de surproduction mondiale et de la chute des prix. Chaque
colonie fut influencée par le marasme plus ou moins persistant dans sa
métropole de tutelle ainsi que par les aléas des politiques,
souvent inefficaces, mises en oeuvre pour assainir la
situation »155(*)
En résumé, la France connut le passage d'une
phase de prospérité caractérisée par une intense
activité économique à une phase de dépression. Sa
situation économique sera redressée plus tard grâce
à une relance des investissements, l'accroissement de la production, la
maitrise de l'inflation, l'équilibre de la balance commerciale et la
stabilité du franc. Des conséquences sans précédent
vont se répercuter inlassablement dans la vallée du fleuve.
II.2 : La crise de 1930 et le congrès
national du coton de 1931
En faisant baisser brutalement et durablement les cours de
toutes les matières premières, la crise va changer les
données du problème. Le gouvernement français,
secoué par cette crise, réagit par une politique de soutien des
prix des produits coloniaux, qui furent achetés à un prix
supérieur aux cours mondiaux par le biais des primes à la
production. Ce choix se justifie par la volonté de rattacher les
colonies à l'économie nationale, face à la montée
du péril allemand et aux revendications coloniales de cette
puissance.
Cependant, contrairement aux autres cultures, le coton ne
bénéficia que passagèrement de cette aide, du fait de la
légère remontée des cours de la fibre puis de leur
stabilisation. Quelques mesures générales furent prisent au plus
fort de la crise, alors que le prix de revient du coton d'Afrique noire
était supérieure au cours mondial, afin de permettre le maintien
de la culture. Une prime à l'exportation fut accordée par un
décret présidentiel du 8 mai 1931156(*).
Localement un arrêté du Gouverneur
général de l'A.O.F du 1ér Décembre exempta
temporairement de la taxe sur le chiffre d'affaire du coton
exporté ; les tarifs de l'usinage furent abaissés, passant
de 700 f la tonne à 500 f en 1931puis 300 tonnes en 1932 ainsi que ceux
des chemins de fer et des ports .Ces mesures furent que transitoires et les
aides dont bénéficiaient les producteurs de l'Afrique
française restèrent bien inférieures157(*).
M. Waddington, président de l'A.C.C, avait pour mandat
d'assurer la promotion et la vulgarisation de la culture du coton en Afrique
noire : « Il faut que notre production se défende par
elle-même ;que le coton justifie sa raison d'être non par une
culture artificielle, exceptionnellement soutenue, par l'établissement
d'un prix de revient lui permettant lui permettant de se défendre sur le
marché et de laisser un bénéfice au producteur comme
à l'importateur. »158(*)
III.3 : La répercussion de la crise dans la
vallée
Quel lien peut -on établir entre le Krach boursier
survenu aux Etas Unis d'Amérique qui toucha toute l'Europe Occidentale
et la crise ressentie en Afrique ? L économie coloniale
était intégrée au commerce international et aux
institutions financières .Le négoce africain était
basé sur un certain nombre de produits vendus en Europe et leur prix
dépendait de l'évolution des cours mondiaux. Entrés dans
le circuit monétaire, les cercles de la vallée du fleuve ne
pouvaient pas échapper aux conséquences et incertitudes subies
par l'économie mondiale.
Au même titre que la métropole, il était
appelé à faire face aux fluctuations de prix de matières
premières, aux difficultés monétaires et aux crises
financières .Retenons tout de même que les manifestations de la
crise en Afrique n'avaient été identiques à celles
observées en occident. Elles n'avaient connu ni la même
évolution, ni la même ampleur.
L'Afrique Noire est touchée par la crise en
1931159(*) .Elle se
manifesta par une nette diminution des récoltes liée à la
dévalorisation du prix des produits160(*).La dépréciation du cours des
denrées destinées à l'exportation, provoqua des
perturbations au niveau du commerce et eut des répercussions sur les
prévisions budgétaires .En effet, les recettes provenant des
droits de douanes diminuèrent .
Dans le budget de l'Afrique Occidentale Française, elle
n'intervenait qu'à 41% en 1931 contre 72% en 1928161(*).Comparativement à
certaines possessions françaises d'Afrique Occidentale à l'instar
de la Cote d'Ivoire, la Haute Volta constituait une colonie à
économie de marché peu développée. Ces ressources
étaient fort limitées. Cette situation financière fit
l'impôt de capitation l'une des plus importantes sources des recettes
budgétaires. Il y contribuait à près de 80%.
La baisse du prix de vente des produits agricoles, entraina
des difficultés pour le paysan de s'acquitter de son impôt. La
colonie fut alors confrontée à un blocage administratif suite
à une impasse budgétaire .Or en 1900, le parlement
français avait voté le principe de l'autonomie financière
selon lequel, chaque territoire de l'empire devait prendre en charge les frais
de fonctionnement de son administration exception faite des dépenses
militaires.
Un régime de confiscation sans précédent,
mettait en grand danger la sécurité vivrière des
ménages. La crise a frappé de plein fouet les habitants de la
moyenne vallée, réduisant encore plus les productivités
des cultures à cycles longs comme le coton. La crise de 1929, la
sécheresse s'ajoutant à la culture forcée du coton et la
faiblesse des prix sur le marché, accrurent une situation
déjà alarmante .De graves disettes frappèrent tout le
cercle. Les prix officiels du marché étaient très bas avec
un kilo de coton vendu à 0,65 F. Comme l'exprimait avec indignation au
Gouverneur, dans une lettre au Gouverneur Général en aout 1932,
« les prix de vente actuels sont de véritables prix de
famine »162(*).
En fait, le tonnage vendu sur les marchés locaux, est
très vraisemblablement sous-estimé. Le service des textiles
pouvait calculer le tonnage exploité à partir des relevés
effectués par des personnes intervenant dans l'engrenage pratiqué
dans les cercles de la vallée.
Evaluation de la production du coton
indigène de 1931à 1934 (Tonnes)
Variétés
|
1931
|
1932
|
1933
|
1934
|
N'Dar-N'Gau
|
700
|
595
|
523
|
654
|
Mokho
|
60
|
45
|
34
|
54
|
N'Guiné
|
100
|
70
|
25
|
80
|
Source : Archives Nationales du
Sénégal, 1/R00035 : Culture du coton : Rapport
généraux au Soudan, au Dahomey, Togo et
Sénégal.
Chapitre III : L'intensification de la production
du coton dans la vallée 1935 à 1959
L'année 1935 avait été marquée par
un redémarrage des activités agricoles dans toutes les
circonscriptions administratives de la colonie du
Sénégal .Plusieurs facteurs avaient concouru à ce
développement.
III.1. Les facteurs à la production du coton
dans la vallée
Pour relancer l'agriculture coloniale, la conférence
impériale tenue en 1935, proposa de diversifier encore les
cultures163(*). Sans
écarter cette mesure qui pouvait donner élan à la
production, on avait préféré s'appuyer sur l'impôt
et l'aménagement du fleuve pour faire augmenter le rendement des terres
cultivées.
III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal
Il ressort de l'analyse de l'organisation des cultures,
l'absence d'un incident économique favorable au développement de
la production .L'emploi d'un outillage rudimentaire et la fixation d'un bas
prix à la production, ne pouvaient inciter le paysan de la vallée
à s'adonner entièrement aux cultures de rente164(*). Notons que, l'organisation
traditionnelle de la société basée sur la consommation au
sein de la famille, procurait aux populations une subsistance165(*).
Il fallait donc recourir à d'autres mesures, pour
amener le paysan de la vallée à s'intéresser davantage
à la culture du coton .Alors, l'administration se servit de
l'impôt de capitation payé annuellement par tous les
indigènes de la vallée, exception faite des personnes
âgées, des infirmes et des enfants ayant moins de 8 ans. Cet
impôt de capitation a été formellement institué dans
les cercles de la vallée dans les années 1900 à la suite
de la promulgation de la loi de l'autonomie financière.
Établi dans les colonies un tournant du XIXe
siècle, l'impôt de capitation fut conçu comme le moyen le
plus efficace devant permettre de trouver les ressources financières
indispensables à la mise en valeur des terres nouvellement
occupées. En théorie, l'impôt est un tribut versé
à l'Etat qui n'a pas pour contrepartie un avantage particulier
reçu par le contribuable. Son but premier doit être de
transférer la maitrise des ressources économiques des
prestataires à l'Etat pour que celui-ci les utilise
directement.166(*)
Cependant, le pouvoir colonial eut une autre vision de
l'impôt. La justification de celui- ci trouvait ses racines au sein
même des grandes théories de la colonisation, se
référant au « lourd fardeau de l'homme
blanc » qui se devait d'apporter les lumières de la
colonisation occidentale chez les peuplades engouffrées dans les
ténèbres des tropiques.
En effet, les primitifs devaient fournir une contribution
pour mieux bénéficier des bienfaits de la civilisation
européenne. Dans les milieux coloniaux, le choix était net :
la pacification, l'accès à la civilisation, la protection doivent
être compensés par un tribut167(*)Ainsi l'impôt apparait
comme « la juste rétribution des efforts du colonisateur,
l'application normale du droit absolu d'obliger les populations noires,
auxquelles il apporte la paix et la sécurité, à contribuer
dans la mesure de leur moyen aux dépenses d'utilité
générale ».168(*)
Aux yeux du colonisateur, l'impôt constituait un moyen
efficace d'incitation au travail, de lutte contre la paresse, le farniente,
l'oisiveté, l'inaction, en somme un vigoureux levier susceptible de
vaincre le fatalisme, de promouvoir la responsabilité et de prouver
l'obéissance des paysans à l'autorité établie. On
peut distinguer ainsi trois fonctions de la fiscalité
coloniale :
- une fonction budgétaire qui avait pour but d'assurer
la couverture des dépenses publiques. C'est le sens de la loi des
finances du 13 avril 1900 ;
- une fonction économique qui a pour but
l'investissement et l'épargne ;
- Et une fonction morale et sociale, car habituant les
indigènes au travail par conséquent à
l'amélioration de leur condition d'existence.
En vérité la fonction budgétaire est la
plus valable car la logique coloniale s'intéressait beaucoup plus
à la mise en place des structures d'exploitation et de domination qu'au
bien-être social des populations indigènes.
Dans l'imaginaire colonial, la capitation avait pour
conséquence l'obligation de chercher des ressources pour s'en acquitter,
et par la suite créer le goût du travail chez les paysans dont la
capacité d'activité était limitée par la mollesse
que favorisait un milieu naturel peu charitable.
Tel était l'argumentaire utilisé par le
colonisateur pour justifier cette décision sans doute empirique au point
de vue idéologique, mais qui a été surtout dictée
par des raisons politiques par le désir de sauvegarder les
intérêts économiques de la métropole.
La colonie se trouvait dans l'obligation de faire fonctionner
l'appareil administratif et de mettre sur pied des équipements
nécessaires à son essor. A cet effet, la colonie devrait
être administrée avec le minimum de frais et de maximum de frais
financier de la part des administrés169(*).Le fonctionnement de la colonie ne doit rien valoir
à la métropole.
Cette vision met en lumière la question essentielle en
matière d'organisation des finances coloniales : « Au
point de vue des finances publiques, la colonie idéale, pour une
métropole serait celle qui couterait rien au budget de l'Etat .Ce
rêve on pourrait même le pousser encore plus loin en cherchant dans
les revenus du pays colonisés, un apport aux recettes
générales de la puissance souveraine de laquelle il
dépend »170(*)
Comment est-il devenu un progrès dans le domaine
agricole ? Jadis, les activités des paysans de la vallée
étaient limitées .Ils pratiquaient une agriculture de subsistance
et la pratique du troc lui permettait de se procurer d'autres produits. Plus
tard l'introduction de la monnaie dans les opérations commerciales
n'avait fait qu'augmenter que de très faiblement leurs revenus alors que
l'impôt de capitation était payé en espèce. Pour
s'en acquitter, le cultivateur fut obligé de produire des
matières premières achetées par les maisons de commerce et
livrées aux industries européennes.
Ainsi, l'accroissement du taux de capitation provoquait
nécessairement une augmentation des récoltes. Il fallait produire
davantage pour se procurer l'argent nécessaire à la capitation.
Celle-ci devint donc un puissant moyen de pression. Son taux variait par
cercles et par catégories sociales .Les variations avaient
également lieu d'une année à une autre.
Certes, il existait dans la vallée un service
financier, mais la répartition et la perception de l'impôt de
capitation relevaient directement de l'autorité du Commandant de
cercle.
Les rôles étaient établis après le
recensement de la population. Généralement, les chiffres
étaient surévalués afin de dégager un surplus
considérer comme étant l'impôt en proportion de leur
population réelle. Les chefs traditionnels exerçaient la fonction
de collecteur et percevaient 1% des sommes versées à
l'administration.
Au cours des années, le taux de l'impôt de
capitation avait évolué de manière
suivante :« Chaque révision de l'assiette fiscale
correspondait à l'extension des surfaces mis en valeur. Au début
de la saison des pluies, un administrateur du cercle rappelait le rapport
existant entre l'impôt et le travail agricole en s'adressant aux paysans
en ces termes : « vous avez dans la terre votre impôt
et le mariage de vos filles »171(*).Soumis rarement à des abattements,
l'impôt de capitation fut un moyen d'incitation à la culture des
produits tropicaux .Il fallait alors faciliter l'écoulement de la
production.
Tableau 4 : Evolution de l'impôt de
capitation de 1920 à 1940
1920
|
3 à 5F
|
1935
|
15 à 20F
|
1925
|
5 à 6F
|
1940
|
20 à 25F
|
1930
|
10 à 13F
|
|
|
Source : J.O.S., Décret du 4
juillet 1920 portant l'unification de l'impôt au
Sénégal.
III.1.2 : L'aménagement de la vallée du
fleuve Sénégal
Durant la première période de la colonisation
française, la logique d'envol du fleuve, répondait avant tout
à des objectifs de navigabilité. Au XIXe siècle
en effet, des intérêts à la fois militaires et commerciaux
font du fleuve un foyer nourricier et civilisateur.
D'importance militaire, car les autorités coloniales y
trouvent un vecteur d'expansion (1a conquête de la haute vallée se
termine effectivement vers 1885), commerciale, car derrière
l'opiniâtreté des pouvoirs impérialistes, se trouve aussi
celle des grandes industries françaises, qui visent des matières
premières bon marché et découvrent dans le fleuve une voie
de pénétration du commerce européen vers le Soudan pour
l'arachide, la gomme arabique et le coton.
Cette contrariété, rendait obligatoire la
connaissance du fleuve et de ses fluctuations de son économie. Il va
falloir ainsi disposer aujourd'hui d'une remarquable chronique des
écoulements depuis le début du siècle.172(*) Le développement des
capacités agricoles, va devenir, de 1910 à 1960 l'objectif ultime
de la colonisation. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, le
développement du fleuve, était perçue par les
autorités coloniales comme un moyen de produire du
coton au profit de la métropole alors qu'après 1945 ce
développement favorisera la riziculture, plus au profit des populations
indigènes.
Au début du siècle, l'exemple de la
réalisation par les anglais du barrage d'Assouan et de la mise en valeur
réussie de la vallée du Nil, font rêver les
autorités coloniales .Elles pensent tout naturellement à
faire de même avec les vallées du Niger et du
Sénégal. Car à cette époque l'enjeu majeur, c'est
la production de coton: les industries textiles françaises sont en effet
dépendantes d'importations en provenance des États-Unis et de
l'empire britannique : « L'industrie cotonnière
européenne se trouve, pour l'obtention de sa matière
première, dans la dépendance très étroite des Etats
Unis .Cette dépendance a mis depuis une vingtaine d'années, mis
à chaque instant en péril le fonctionnement régulier ou
même l'existence de nos filatures et les industries qui en
dépendent. Et les crises graves qui se sont succédé, ont
montré impérieusement la nécessité qu'il y avait
pour l'Europe et la France en particulier, à s'assurer une source de
production du coton »173(*)
L'association cotonnière coloniale, créée
dans cette optique, entreprend des essais subventionnés de culture
irriguée de coton à Richard-ToIl en 1909. La première
récolte est très prometteuse mais le rendement décline
rapidement. Et la crise climatique qui survient entre 1912 et 1916 (62 %
d'écoulements en moins lors de la saison des pluies 1913-1914) sonne le
glas de la culture du coton à l'embouchure de la Taouey : la
remontée de l'eau salée a perturbé l'irrigation. Les
essais entamés dans la vallée du fleuve, sont alors
arrêtés pour manque de rentabilité. Pourtant d'après
les responsables de l'exploitation agricole, il aurait suffi d'empêcher
la remontée saline d'entrer dans le lac de Guiers (par un barrage) pour
remédier à ce problème.
On commence ainsi à se soucier de la réserve
d'eau douce que constitue le lac de Guiers. En 1914, plusieurs missions
scientifiques destinées à améliorer les rendements
agricoles, prospectent la région de la vallée.174(*) Elles font ainsi prendre
conscience de l'interdépendance du fleuve et du lac ; mais aussi de
la valeur du lac lui-même, en raison de la qualité de son eau et
de l'utilisation agricole par irrigation qu'il permet.
La période de l'après-guerre, avec la
reconstruction des régions dévastées puis la crise
économique, amène la métropole à comprendre
l'intérêt de mettre en valeur l'Empire. Un programme d'action et
de recherche est élaboré, avec au premier plan l'hydraulique
agricole.
En ce qui concerne le choix de culture, on pense en
priorité au coton mais aussi au riz, dont les importations asiatiques
avaient été entravées par la guerre175(*). L'ingénieur
Émile Belime (par ailleurs pionnier du développement du fleuve
Niger) est envoyé en "éclaireur" afin de déceler les
possibilités de valorisations de la vallée du fleuve
Sénégal. Son rapport de 1922, d'une rigueur et d'une richesse
étonnante, va marquer l'histoire du développement du fleuve dans
la mesure où il contient déjà, en substance, l'ensemble
des propositions d'aménagements futurs : « le
cotonnier américain ou égyptien pouvait donner de bonnes
récoltes dans la vallée du fleuve pourvu qu'on y pratique
l'irrigation .Mais devait pratiquer l'irrigation que si le cotonnier devait une
culture rentable d'exportation d'ouvrage hydraulique et de l'aménagement
agricole des terres »176(*)
Même si sa conclusion d'alors fut justement d'en mettre
en doute l'utilité un diagnostic sur lequel il reviendra partiellement
dans son second rapport de 1934. A savoir :
- la prise de conscience que la culture traditionnelle de
décrue est aléatoire (la sécheresse de 1913 l'a
prouvé). "Quelles que soient les améliorations qui pourraient
être apportées au régime de l'inondation naturelle, il
subsistera toujours dans ce mode de culture un aléa d'ordre climatique
qui lui enlèvera toute sécurité"177(*).
- la constatation de la difficulté de la culture
cotonnière dans la basse vallée car le cotonnier requiert un sol
bien drainé : la conversion des terres inondées en
rizières serait sans doute plus intéressante. De toute
manière, il est certain que l'irrigation est le seule dénouement
permettant un développement agricole de la vallée. Logiquement,
il pense alors à utiliser l'énergie hydroélectrique pour
permettre l'irrigation par pompage : le site des chutes du Félou
à l'amont de Kayes est proposé.
- la préconisation d'un grand barrage régulateur
dans la haute vallée afin de permettre la normalisation du débit
pour la navigation et un écrêtement des crues. Le système
devant être complété par l'établissement de digues
pour une protection agissante des terrains de culture. Ses investigations
l'amènent même à envisager le détournement des eaux
de crues excédentaires vers la vallée desséchée du
Ferlo, par Bakel.178(*)
Cependant, nous retenons , après avoir
inventorié les différentes possibilités
d'aménagements du fleuve Sénégal, que le problème
principal reste celui de la rentabilité de ces projets. Les montants des
aménagements seraient probablement exorbitants par rapport aux profits
attendus, du fait aussi que l'objectif de l'époque n'est pas le
développement local (la région est dépeuplée) mais
un transfert de ressources vers la métropole.
Dans ces conditions, aucun aménagement n'apparaît
profitable. Bélime avait ainsi décelé les principales
contraintes d'une politique d'aménagement centrée sur la
création d'une agriculture mécaniquement irriguée. A
savoir :
- la nécessité d'un aménagement
intégré d'ensemble, avec un barrage régulateur en amont,
compte tenu du régime hydrologique du fleuve (forte saisonnalité,
irrégularité interannuelle) et de la géomorphologie de la
vallée (faible pente) ;
- une capacité agricole étréci par la
difficulté de la remontée des eaux salines, aux
conséquences négatives directes (eau salée
inadaptée à l'irrigation) et indirects (salure des eaux
souterraines) ;
- une combinaison de facteurs géographiques qui rend
les aménagements laborieux d'un point de vue technique et probablement
peu rentables d'un point de vue pécuniaire179(*).
Il faudra attendre 1925 pour que l'administration coloniale
reconnaisse la question de l'eau comme le problème capital du
Sénégal, à la fois pour l'alimentation en eau potable des
populations (forage e puits) et pour le développement d'une agriculture
irriguée. S'appuyant sur les études de Bélime, la
"conférence économique du Sénégal", en janvier
1925, prône alors la mise en valeur économique de la vallée
(Brasseur : 1952) basée sur la régularisation des eaux du
fleuve.
Le projet consistait alors à édifier un barrage
à fonctionnement automatique à l'amont des rapides de
Gouïna, créant ainsi un réservoir, dont les
lâchés devaient assurer l'irrigation de quelques 800 000 ha de
Waalo- situés à l'aval de Bakel, ainsi que l'accès
permanent au port de Kayes pour les cargos de haute mer provenant de la
métropole. Ce barrage approvisionnerait en outre une centrale
hydroélectrique de grande puissance, permettant l'électrification
du chemin de fer et la mise en valeur industrielle de la vallée et du
pays.
Ce projet donnera lieu en 1927, sous l'égide de l'Union
Hydroélectrique Africaine (société gouvernementale
créée pour l'occasion et ayant pour objet essentiel "la mise en
valeur des ressources naturelles de l'A.O.F"), à un dossier technique
appuyé de plans extrêmement détaillés de l'ensemble
des ouvrages. Il prévoyait ainsi l'aménagement
intégral du fleuve au triple point de vue de la navigation, de
l'irrigation et de la force motrice. Cet aménagement étant
basé sur un barrage de 750 mètres de long, muni d'une centrale
hydroélectrique, sur le seuil de Gouïna.
En outre, dans l'esprit de l'auteur, P. Augier, cet
aménagement et la gestion des lâchés du réservoir
devait aussi assurer la navigabilité permanente du fleuve, éviter
la remontée des eaux désagréables dans le delta du fleuve
et donc permettre la culture d'immenses étendues, d'utiliser enfin une
partie des crues du Sénégal pour la pousser vers les terres
devenues infécondes et infertiles du Ferlo. L'ensemble des
hypothèses de Bélime s'y retrouvaient donc, à la fois
démesurées et épurées de tout pyrrhonisme,
traduites en projets techniques tangibles.
Ce fut le premier projet multifonctions de
développement du fleuve Sénégal. Il était
remarquablement étudié du point de vue technique
(barrage, centrale électrique, digues, tracé des lignes
électriques) et financier (évaluation du coût des
travaux).
Cependant, l'administration coloniale refusera de le mettre en
pratique, qualifiant ses options techniques de « bluff' ».
Le problème est principalement financier : les
bénéfices escomptés de ces aménagements ne semblent
pas encore suffisants par rapport aux coûts.
Pour l'administration coloniale le delta intérieur du
Niger présentait en effet des possibilités de valorisation
supérieures. En outre, il avait l'avantage politique d'être
quasiment inhabité et l'aménagement hydro-agricole est souvent
source de conflits avec les cultures pluviales itinérantes et les
cultures de décrue. Les ingénieurs de l'époque (et
notamment Bélime) étaient conscients de ces difficultés et
préféraient ainsi des aménagements dans des lieux
déserts (Bourrières : 1979).
Quoi qu'il en soit, l'aménagement multifonctions du
fleuve est provisoirement mis en sommeil, mais refera surface dans les
années 1950. Une petite unité hydroélectrique sur les
chutes du Félou a été crée en 1929. Le projet de
l'UHEA aura au moins permis de prendre conscience des potentialités
hydroélectriques du fleuve, alors que s'annonce l'ère des "grands
barrages".
Les projets de création d'une culture irriguée
dans la vallée du fleuve et son delta existaient donc mais, dans un
premier temps, l'administration coloniale préféra
développer la culture de l'arachide. Dès 1850, en effet, on
lança ce type de culture au sud du Walo, puis, plus vers le sud,
jusqu'au Sine-Saloum et en Casamance. Ceci eut pour conséquence de
consacrer Dakar et son port abrité comme principal centre
économique du pays, au détriment de St Louis et de la
vallée du fleuve, dont la production comme l'intérêt
stratégique déclinèrent.
Néanmoins, la spécialisation des paysans dans la
culture arachidière s'était effectuée au détriment
de leur production céréalière traditionnelle (le mil, par
ex.). Ce phénomène, associé à une poussée de
l'urbanisation (déjà...) nécessita des importations de riz
asiatique de plus en plus massives. Il fallait diversifier la production.
C'est dans ce contexte que fut créée en 1934 la
mission d'étude du fleuve Sénégal,
"chargée de la conduite et de l'exécution de toutes les
études et travaux expérimentaux à réaliser dans
l'étendue du bassin versant du fleuve Sénégal et
en vue de l'aménagement de ce bassin au triple point de vue de
l'agriculture, de la navigation et de la production de force motrice". Pour les
raisons citées plus haut, c'est l'agriculture que l'on
privilégiera.
En 1938, on substitue à l'organisme initial la Mission
d'Aménagement du fleuve Sénégal (MAS), qui est
chargée de poursuivre les travaux commencés en les
étendant aux territoires du Sénégal, du Soudan (Mali), de
la Mauritanie et de la Guinée. La MAS est ainsi la première
institution stable de mise en valeur du fleuve. Son objectif
principal, à ses débuts, sous la tutelle technique de Belime,
fut le développement de la culture du coton, objectif encore
prédominant à l'époque. Jusqu'à 1945, la
MAS portera ses efforts sur la vallée du fleuve en amont de
Richard-TolI, sans doctrine établie quant à l'utilisation
agricole optimale des zones étudiées, sans
référence à la nécessité d'un grand barrage
régulateur.
Un important travail de levées et de reconnaissances
est effectué. En 1939, la MAS crée la station
expérimentale de Diorbivol et le casier de Guédé (1
000 ha). La technique de la submersion contrôlée (importée
d'Indochine et déjà expérimentée sur le fleuve
Niger) y est mise avec succès en faisant associer la population locale
(Brasseur, 1952). La station de Diorbivol a pour objet de
développer la culture du coton et les résultats sont excellents.
Mais en 1942, l'union cotonnière de l'empire français est
créée. La production de coton est collectée et on favorise
les productions du Bénin, du Niger ou de la Côte d'Ivoire plus
rentables (Bernard : 1995).
Les résultats de la Mission d'Aménagement
Sénégal ne sont pourtant pas considérés, en
métropole, comme satisfaisants. Jusqu'à 1950, près de 1,5
Milliards de CFA furent investis par la Mission sans que les résultats
escomptés fussent atteints, la production restant toujours faible. En
1953, la Mission d'Aménagement du Sénégal est donc
réorganisée et doit reprendre les études hydrologiques,
agronomiques et pédologiques qui avaient été
négligées (Bernard, 1995). Ce retour à l'objectif initial
va donner naissance aux deux rapports fondamentaux de la MAS, ceux de
1953 ("Propositions pour l'aménagement du fleuve Sénégal")
et de 1955 ("Nouvelles propositions pour l'aménagement du fleuve
Sénégal").
Ainsi la mission d'aménagement du fleuve
Sénégal fut amenée à mettre en place un plan
d'aménagement d'ensemble de la vallée, à partir de la
somme de connaissances accumulées sur la mise en valeur agricole de la
vallée. Une agriculture irriguée ne peut être, en effet,
développée sans une régularisation du fleuve et cette
régularisation devait être quantitative mais aussi qualitative,
compte tenu de la remontée saline qui "stérilisait" la culture
dans le delta une bonne partie de l'année. P. Augier, fondateur de
l'UHEA, remit alors en chantier son plan de 1927, pour le compte de la MAS
cette fois-ci. Le système repose toujours sur un grand barrage à
Gouïna, retenant 6 milliards de m3 et permettant d'alimenter une centrale
hydroélectrique.
Conclusion
En définitive, cette étude met en
évidence le développement économique des cercles de la
vallée du fleuve à travers la production du coton .L'extension
des cultures avait été favorisée par la création
des structures indispensables à la revalorisation des produits agricoles
.Parmi elles, figuraient le service des textiles et les stations agricoles qui
avaient participé activement à l'élaboration et à
l'exécution des projets agricoles sous le contrôle de
l'administration coloniale. En effet cette structure avait organisé la
sélection et la distribution des semences et assuré la formation
des moniteurs chargés de l'encadrement des paysans dans le cadre de la
vulgarisation des nouvelles méthodes de culture.
Les cercles de la vallée du fleuve ont
été une zone agricole par excellence .Cette remarque est
fondée sur l'augmentation régulière des rendements des
surfaces réservées à la production du coton.
L'année 1930 fut marquée par la création des fermes
familiales qui instaura l'exploitation libre d'une étendue de terre
confiée à une famille. Ce mode de production, favorablement
accueilli par les populations locales, permit d'accroitre les rendements de la
production du coton.
La manifestation de la crise économique dans la
vallée à partir de 1931, témoigna sa dépendance de
la conjoncture métropolitaine. Par l'intermédiaire des puissances
occidentales, l'activité économique dans les colonies
obéissait aux lois du marché international.
De 1935 à 1940, on ne remarque aucune diminution de la
production du coton. Cette période avait été
caractérisée par la révision fréquente du taux de
l'impôt en 1934.L'impôt était devenu un stimulant de la
production agricole parce que les paysans devaient se servir des cultures
industrielles comme génératrices de revenus permettant de faire
face à la lourdeur de la fiscalité.
L'une des faiblesses de cette agriculture fut l'insuffisance
des investissements en faveur de la modernisation de l'outillage. Les moyens de
production rudimentaires n'avaient pas été supplantés par
l'utilisation de l'énergie animale et mécanique.
La production cotonnière avait été
marquée à partir de 1935 par une intervention de plus en plus
directe de l'administration .Elle utilisa diverses méthodes pour amener
les paysans à retrouver une pleine confiance aux cultures de rente .Le
Commandant de cercle s'impliqua personnellement dans l'exécution des
projets agricoles en entreprenant de longues tournées pour expliquer aux
populations le bien-fondé de la culture du coton .A chaque
déplacement ,il mettait en évidence les revenus qui en
découlaient .
Ainsi, on essayait de faire accepter au paysan, que sa source
de revenu restait la production des denrées transformées dans les
usines de la métropole. On lui fit également croire qu'il pouvait
échapper au paiement d'une amande ou d'une peine d'emprisonnement en
fournissant à l'administration une quantité de produits.
L'exploitation de nouveaux champs, s'accompagna d'une nouvelle
méthode de distribution de semences dans les cercles. Autrefois, les
graines distribuées aux producteurs étaient d'origines diverses
.Elles provenaient des usines d'égrenage, qui traitaient
différemment le coton récolté dans les cercles de la
vallée .A la fin de 1935, les communautés villageoises
utilisaient seulement des semences distribuées dans les cercles,
contrôlées auparavant par les services textiles .Pour obtenir des
récoltes abondantes de première qualité, il fallait aussi
protéger les cultures contre les insectes.
BIBLIOGRAPHIE
I. Instruments de recherche
a. Annuaires, bibliographies, dictionnaires, catalogues.
Annuaire du Gouvernement Général de
l'Afrique Occidentale Française (A.O.F.) : 1900
Annuaire du Sénégal et Dépendances
: 1898
Bouteiller, S .Méthodologie de la thèse et du
mémoire, 3éme édition, Paris, Studyrama ,2007.
N'da, P. Méthodologie et guide pratique du
mémoire de recherche et de la thèse de doctorat, en Lettres,
Arts, Sciences humaines et sociales. Information, normes et recommandations
universitaires, techniques E et pratiques actuelles, Paris, l'Harmattan,
2010,240p.
ROUVEYRAN, J,-C. Le guide de la thèse, le guide du
mémoire. Du projet à la soutenance, règles et traditions
universitaires, techniques d'aujourd'hui, traitement de texte, CD-ROM,
internet, Paris ; Maisonneuve et larose ; 2001 ,249p.
Catalogue des Périodiques d'Afrique Noire
francophone : (1858-1962). Catalogues et Documents n° XIX, Dakar :
Université de Dakar, I.F.A.N., par Marguerite Thomassery.
Grandidier, (J) et Joucla, (E) Bibliographie des colonies
françaises. Paris : Société d'Edition
Géographiques, Maritimes et Coloniales, A.O.F., 1937, 704 p.
Larousse du XX e siècle. Tome I. Paris,
1932,1040 p.
Larousse du XX e siècle. Tome V. Paris, 1932,
1104 p.
Lucie Gallistel Colvin. Historical Dictionary of Senegal.
African Historical
Dictionaries. N° 23. The Scarecrow Press, Inc.
Metuchen, N.J., & London, 1981, 339p.
Mauss, (M.) Manuel d'ethnographie. Paris : Petite
bibliothèque, Payot, 1967, 262 p.
Porgès, (L) Bibliographie des régions du
Sénégal. Paris : Mouton, La Haye, 1977,37 p.
Samb, (D.) Manuel de méthodologie et de
normalisation. (Catalogues et Documents), n°
XXIV. Dakar : Université Cheikh Anta Diop de Dakar-IFAN
Cheikh Anta Diop, 1999,
298 p.
b. Liste des Répertoires des Archives Nationales du
Sénégal : séries A, B, C, F, G, K, M.Q, R
1. Répertoires des Archives.
Série A : Actes officiels
Série B : Correspondance générale :
1779-1895, par Claude Faure et Jacques Charpy.
Rufisque : Imprimerie du Gouvernement général,
1955, VII, 70 p.
Série C : Dossiers de personnel.
Série G : Politique et administration
générales. Rufisque : Imprimerie du Gouvernement
Général, 1955.
Sous-série 2G : Rapports périodiques, (1895
- 1940). Première tranche, par Abdoulaye
Gamby Ndiaye. Dakar, 1975, 448p.
Sous-séries 2G : Rapports périodiques, (1940
- 1960). Deuxième tranche, par Abdoulaye
Gamby Ndiaye. Dakar, 1975, 389p.
Sous-série 1G : Etudes générale.
Missions. Notices et Monographies, (1818-1921).
Rufisque : Imprimerie du Gouvernement général,
1955.
Sous-série 1 G : Etudes générales.
Missions. Notices. Monographies, 1818-1920.
Sous-série 13G : Sénégal, affaires
politiques, administratives et musulmanes.
2G30/69 : Sénégal- Service de
l'Agriculture. Rapports Agricoles annuels des cercles de Diourbel et de
Podor
2K : Travail, main d'oeuvre, (1807 -
1958).
Série Q : Affaires économiques
3Q : Chambre de commerce, d'agriculture et
d'industrie, banque
Série R. : Agriculture, Elevage, Eaux et
Foret, Pêche dans la colonie du Sénégal 1864-1959
R.13 : Rapports agricoles de M. Yves Henry,
Inspecteur 1911-197
R.15 : Agriculture de l'A.O.F.Etude agronomique du
Sénégal (Région du fleuve)
R.11 : Etude agricole de la région de
Taouey-Lac de Guier de 1910 par MM .LEMMET ET SCOREL.
R.17 : Etude sur la culture du coton aux U.S.A
1903-1914
1R / 00001 : Agriculture en A.O.F, culture du sisal,
activités de la compagnie de culture cotonnière du Niger,
questions de DIRE, Production de café cote d'Ivoire : notes,
correspondances, rapports (1938-1939)
1R / 00018 : Coton, documentation sur la culture du
coton dans le monde 1886-1938
1R / 00035 : Culture du coton : Rapport
généraux au Soudan, au Dahomey, Togo et
Sénégal
1R / 00050 : Coton, cultures dans les
différentes colonies de l'A.O.F, en Amérique Latine, Asie,
Europe.
1R134 : Rapport sur la culture sèche du
cotonnier en A.O.F., 1921-1955, 140p
1R354 : Coton. Essai de culture au
Sénégal, culture sèche du cotonnier en A.O.F., maladies et
parasites du coton, activités de la CDFT : notes, rapports,
correspondances 1899-1959, .120p
1 T : Budget
II. Bibliographie
A. Sources imprimées (récits de voyage).
Adanson, (M.) Histoire naturelle du Sénégal.
Avec la relation abrégée d'un voyage fait en ce pays, pendant les
années 1749, 1750,1751, 1752 et 1753. Paris, 1757, 275 p.
Deschamps, (H.) L'Afrique Occidentale en 1818 vue par un
explorateur français
Gaspard Théodore Mollien. Paris : Calman Lévy.
[Temps et Continents], 1967, 300 p.
Faidherbe, (L. L.) Le Sénégal. La France dans
l'Afrique occidentale. Paris : Hachette, 1889, 501 p.
Fromaget, (E.) Instructions nautiques du fleuve
Sénégal, d'après les travaux de la mission de balisage,
1906-1907-1908. [Colonie du Sénégal. Direction des Travaux
Publics].Bordeaux: Imprimerie G. Gounouilhou, 1908, 125 p.
Imbert, (Capt.) « Reconnaissance au Nord de Bakel ».
Bulletin de la Société de
Géographie. Tome XVIII, avril-mai, 1897, pp.
312-339.
Lamiral, (M.) L'Afrique et le peuple africain,
considérés sous tous leurs rapports avec notre commerce et nos
colonies. Paris : Dessenne. Librairie Palais Royal, n° 3 et chez les
Marchands de Nouveautés, M.DCC. LXXXIX, 1789, 399 p.
Mage, (A.E.) Voyage dans le Soudan occidental
(Sénégambie-Niger). Paris : Hachette, 1877, 303 p.
Marres, (M.) « Deux lettres à Monsieur le
Gouverneur du Sénégal ». Bulletin de la
Société de Géographie, n° 76, août 1829.
[Rubrique : Mémoire. Extraits. Analyses et Rapports], pp. 127-130.
Monteil, (C.) « La remontée du
Sénégal en chaland de Saint-Louis à Médine, du 24
février au 20 mars 1897 ». Bulletin de l'IFAN, série B,
Sciences Humaines, Tome XX, n° 3, 1968, pp.1195-1204.
Raffenel, (A.) Voyage dans l'Afrique occidentale ...
exécuté en 1843 et 1844. Paris : Arthus Bertrand, 1846, 512
p.
Walckenaer, (C.A.) Histoire générale des voyages
ou nouvelle collection des relations de voyages par mer et par terre. Livre II
: Premiers voyages des vénitiens sur la côte occidentale
d'Afrique. Paris : Lefèvre. Tome I. MDCCCXXVL, 21 volumes, 1826-1931.
B. Travaux et études
I. Travaux
Annuaire du Gouvernement général de l'A.O.F.
Paris.
L'Afrique Française, bulletin du comité de
l'Afrique française, mensuel, Paris
L'Afrique Occidentale française, numéro
spécial de la revue la vie technique, industrielle, agricole et
coloniale, Paris.
L'Agriculture pratique des pays chauds, revue mensuelle
d'agronomie coloniale, Paris
L'Agronomie coloniale, bulletin mensuel du jardin colonial
Adams, (A.) La terre et les gens du fleuve. Jalons, balises. Paris : Editions
L'Harmattan,
1985, 243 p.
Albergel, (J.), Bader, (J.C), Lamagat, (.I.P.) et
Ségus, (L.) Crues et sécheresses sur un grand fleuve tropical de
l'ouest africain : application à la gestion de la crue du fleuve
Sénégal. Sécheresse, n ? 4, vol. 4, p. /43-152.
Augier, (P.) Régularisation et aménagement du
fleuve Sénégal. Canevas synoptique. UHEA, centre de documentation
de l'OMVS, St Louis, 64 p.
André (J), La culture du cotonnier, Paris :
Librairie africaine & coloniale, 1901.
Ambrosi, (C), Les grandes puissances du monde contemporain,
Tome I et II, Delagrave, Paris, 1972, 318p. Becker (C et al.) 1988 Cartes
historiques de la vallée du Sénégal. Document interne,
ORSTOM, Dakar
Batenga (M), « Production agricole en Pays Moaga
à la veille des années 1930 : ambiguïté et
aléas »
Bernard (C.) « Les aménagements du fleuve
Sénégal pendant la colonisation (1858 -1960) », Paris :
Université de Paris VII, Faculté des Lettres et de sciences
humaines (Thèse pour le Doctorat de 3e cycle d'Histoire), 1995, 574
p.
Boutillier (J.L.), Schmitz (J.), « Gestion des terres
(système de décrue / système de crue) et transition
vers l'irrigation : le cas de la vallée du fleuve
Sénégal ». ORSTOM série sciences humaines, 1987,
vol 23 n° 3-4. 654p.
Bulletin de l'Association Cotonnière Coloniale, n°
1 à 69. Paris
Bulletin di comité d'études historiques et
scientifiques de l'a ; o ; f Paris
Bulletin et Publication de la British Cotton Growing
Association. Manchester.
Bulletin et Publication du Kolonial Komitee .Berlin Congres
d'Agriculture Coloniale, 21-25 mai 1918, compte rendu des travaux
publiés sous la direction de M. J. Chailley, président du
congrès, D. Zolla, Secrétaire général du
comité d'Action agricole coloniale, 4 vols. in-8. Paris.
Bilan de l'industrie française du coton. In :
Etudes et conjoncture-Union française / économie
française, 5année, n°2, 1950.p 240
Le problème du coton en A.O.F Compte rendu de la
séance du 9Juillet 1924 du conseil supérieur des colonies,
section des textiles, Paris.
Rapport officiels des dix premiers congrès
internationaux des délégués représentants les
Associations patronales filateurs et manufacturiers de coton Manchester.
La Revue indigène, mensuelle, Paris.
Revue scientifique bimestrielle. Paris, février mars
1925, articles de M. Auguste Chevalier.
Bérenger-Féraud, J.-B. Les peuplades de la
Sénégambie ; histoire ethnographie, moeurs et coutumes,
légendes etc.
Bélime, (E.) Rapport sur les possibilités
d'aménagement offertes par la vallée du fleuve
Sénégal. Centre de documentation de l'OMVS, St Louis. 1922
Bélime, (E.)1934 Note sur les études
générales à entreprendre en vue de l'aménagement
des vallées du Sénégal et du Niger inférieur.
Archives nationales du Sénégal, Dakar.
Blanchard, P., Récréations utiles ou
Récit d'un voyage offrant des détails instructifs et curieux sur
l'Afrique, les produits de son sol et les moeurs et usages des peuples de cette
partie du monde, 1856, 216p.
Boilat, (A.) Esquisses sénégalaises :
physionomie du pays, peuplades, commerce, religions, passé et avenir,
récit et légendes, Paris, Bertrant, 1853, 514p.
Boilat, (A.) Esquisses sénégalaises. Paris :
Karthala [Réédition], 1984, 499 p.
Bernard, (C.) Les aménagements du fleuve
Sénégal pendant la colonisation (1850-1960), Thèse
d'histoire. Université Paris VII. 757 p.
Boivin, (P.), DIA (1.), Lericollais, (A.), Poussin, (J.C),
Seck (S.M.) Nianga, Laboratoire de l'Agriculture Irriguée en Moyenne
Vallée du Sénégal. ORSTOM éd., Paris.1995
Boser-Sarivaxévanis, (R.) Les tissus de l'Afrique
occidentale. Méthode de classification et catalogue raisonné des
étoffes tissés en Afrique de l'ouest établi à
partir des données techniques et historiques. Tome 1 :
Sénégal, Gambie, Mali, Haute-Volta, Niger,
Guinée,-Portugaise, -Guinée, Sierra Léone, Libéria,
Cote d'Ivoire, Ghana, Bale Pharos Verlag Hansmdolf Schwab, 1972
Bour, (C.) Les dépendances du Sénégal,
géographie, population, productions, commerce, colonisation, Paris,
Librairie militaire de Baudouin et Cie, 1885 à compléter
Bourriéres, (P.) 1979 Évolution des conceptions
sur l'aménagement de la vallée du Sénégal. Mondes
et cultures. Tome 39, n" 2, p. 209-222.
Bouteiller, (J.L.) De Saint-Louis à Sierra
Léone. Huit ans de navigation dans les Rivières du Sud. Paris,
Challamel, 1891, 368p.
Bouteiller, (J.L.) 1982 L'aménagement du fleuve
Sénégal et ses implications foncières. In Enjeux fonciers
en Afrique noire, LE BRIS (E.). LE ROY (E.) & LEIMDORFER (F.) ORSTOM,
Paris, Karthala, p. 301-308.
Bélime, (E.) Rapport sur les possibilités
d'aménagement offertes par la vallée du fleuve
Sénégal. Centre de documentation de l'OMVS, St Louis. 1922
Bélime, (E.)1934 Note sur les études
générales à entreprendre en vue de l'aménagement
des vallées du Sénégal et du Niger inférieur.
Archives nationales du Sénégal, Dakar.
Bloud, (H), Le problème cotonnier et A.O.F : une
solution nationale, larose, Paris 1925, 330 p.
Bernard, (C), Les aménagements du bassin fleuve
Sénégal pendant la colonisation française (1850-1960),
ANRT, 1996
Boilat, (A.) Esquisses sénégalaises. Paris :
Karthala [Réédition], 1984, 499 p.
Bernard, (C.) Les aménagements du fleuve
Sénégal pendant la colonisation (1850-1960).Thèse
d'histoire. Université Paris VII. 757 p.
Barry, (B), La Sénégambie du XVe au XIXe
siècle. Traite négriére, islam et la conquête
coloniale, Paris, Editions l'Harmattan, 1984, 431 p.
Barry, (B), Le royaume du Walo : le Sénégal
avant la conquête, Préface Samir Amin.-Paris :
François Maspero ,1972.-395 p.
Cabot, (J), La culture du coton au Tchad, dans Annales de
géographie ,502p. Crousse, (B.) et al. La vallée du Fleuve
Sénégal. Evaluation et perspectives d'une décennie
d'aménagements (1980-1990). Paris : Kartala, 1991.
Ca' da Mosto, (A.) Relation de voyage à la côte
occidentale d'Afrique 1455-1457, traduit par A. Shefer, Ernest Leroux
(éd.), Paris, 1885, 255p.
Coquery-Vidrovitch, (C), L'Afrique Noire de 1800 à nos
jours, P.U.F, Paris, 1984, 480 p.
Coquery-Vidrovitch, (C.) Afrique noire. Permanences et
ruptures. Paris : L'Harmattan, 2ème édition, [Payot : 1985],
1992, 450 p.
Challamel, (A), Le coton dans l'Afrique occidentale
française, Paris, 1904, réédition en 1906
Crousse, (B.) et al. La vallée du Fleuve
Sénégal. Evaluation et perspectives d'une décennie
d'aménagements (1980-1990). Paris : Kartala, 1991.
Chudeau, (R), Les irrigations du Niger et la culture du coton,
1922
Cuoq, (J.) Recueil des sources arabes concernant l'Afrique
Occidentale du VII au XVIe siècle (Bilad al Sudan), Paris, Editons CNRS,
1975, 255p.
Délavignette (R), Le paysan noir, Stock, Paris, 1947,
262 p.
Diouf, (M.) Le Kajoor au XIXème siècle. Pouvoir
Ceddo et conquête coloniale. Paris : Karthala, 1990, 327 p.
Duchon, (J ;-B.) et Doris, (J.) Commerce des toiles
bleues dites Guinées de l'industrie rancisse de pondichérie et de
la métropole dans ses rapports avec le Sénégal, l'ile de
Bourbon et l'étranger, Paris, 1843, 267p.
Duverger (M.). , Eléments de fiscalité, Paris,
P.U.F, 1976
Faidherbe, (L. L.) Notice sur le Sénégal et sur
les pays en relation avec elle. Saint-Louis Imprimerie du Gouvernement, 1866,
69 p.
Guernier, (E), L'A.O.F., Encyclopédie coloniale et
maritime, Paris, 1949, 394 p.
Hatin, (L.) Histoire pittoresque des voyages en Afrique,
Martial Ardant Frères (éd.), Paris Limoges, 1847, 307p.
HENRY, (Y°), Irrigation et cultures irriguées en
Afrique tropicale, Paris, Larose, 1918, in -8°, V- 292p.
Hecquard, (H.) Voyage sur la côte et dans
l'intérieur de l'Afrique Occidentale, Paris, De Bernard et Cie, 1853,
409p.
Histoire générale de l'Afrique. Tome VII.
L'Afrique sous la domination coloniale, 1880 1935. (Sous la direction d'A. Adu
Boahen). Paris : Unesco/N.E.A., 1987, 937 p.
Hovelacque, (A.) Les Négres de l'Afrique Sus-
Equatoriale. (Sénégambie, Guinée, Soudan, Haut -Nil),
Paris, Lecronier et Badé, 1889, 1468p.
Jeanne, (M.) Le coton en Egypte. In : L'information
géographique, volume 20, n°2, 1956 200p.
Hamdi, (K.) .Irrigation et culture du coton en Turquie.
In : Revue Géographique de l'est, tome 30, n°2,
1990.Problèmes géographiques liés à l'eau, 220p.
Ki-zerbo, (J), Histoire de l'Afrique Noire d'Hier à
Demain. Librairie Hatier, Paris, 1972,702 p.
Labat, (P.J.B.) Nouvelle relation de l'Afrique Occidentale
contenant une description en acte du Sénégal et des pays
situés entre le Cap blanc et la rivière de
Sierra-Léone...avec l'état ancien et présent des
compagnies qui y font le commerce, Paris, Tome 2, Guillaume Cavalier,
1728,450p
Labouret, (H.) L'Afrique pré coloniale. Que sais-je ?
Paris : PUF, 1959.
Labouret, (H.) Paysans d'Afrique Occidentale. Paris :
Gallimard, 1941.
Lombard, (J.) Autorités traditionnelles et pouvoirs
européens en Afrique noire. Le déclin d'une aristocratie sou le
régime colonial. Paris : A. Colin, 1967, 292 p.
Le Maire ; Les voyages du Sieur Le Maire aux iles
Canaries, Cap-Vert, Sénégal et Gambie sous Monsieur Dancourt,
Paris, Collombat, 1695, 213p.
Léon l'Africain, De l'Afrique contenant la description
de ce pays .Et la navigation des anciens capitaines portugais aux iles
orientales et occidentales, traduit par J. Temporal, Paris, 1830, 494p.
Levrat, (R), Le coton en Afrique de l'Ouest et Centrale avant
1950 : Un exemple de la politique coloniale de la France (à
compléter)
Leservoisier, (O.) La question foncière en Mauritanie.
Terres et pouvoirs dans la région du Gorgol. Paris : l'Harmattan.
Collection Connaissance des hommes, 1994, 351 p.
Lericollais, (A.), Diallo, (Y.) Peuplement et cultures de
saison sèche dans la vallée du Sénégal. Paris :
ORSTOM/OMVS, 1980. Notes explicatives, n° 81
Lavergne (H) ET Vuillet (F), Les irrigations au Niger et la
culture du cotonnier, Gouvernement fédéral de l'Afrique
Occidentale Française, Inspection générale de
l'agriculture, de l'élevage et des forêts, Paris : Emile
Laros, 1922.
Le Callennec, (S.) « Afrique Noire, histoire et
civilisation », Paris, Hatier-Aupelf, Tome 2, 1992, 430.p.
Malon, (C.,) Le havre colonial de 1880 à 1960, Paris,
Université Rouen Havre, 2001 ,1370p.
Mauny, (R), Notes historiques autour des principales plantes
cultivées en Afrique occidentale, Bulletin de l'I.F.AN., tome XV,
N° 2, 1953 ,700 p.
Monteil, (C), Le coton chez les Noirs, Paris, Larose ,1927
,100p
Pasquier, (R), En marche vers la guerre de
sécession : Les essais de culture du coton du
Sénégal, 1925
Marty, (P.) L'émirat des Trarzas. Paris : Leroux, 1919,
483 p.
Moreau(P), Les indigènes d'AOF ; Leur condition
politique et économique, Edition Donnat-Montchestien, Paris, 1938,
pp81-80.
Mission d'Aménagement du Sénégal. Rapport
sur les renseignements divers, sur les terres, les cultures, les biens et les
coutumes dans la vallée. Delolme, ingénieur d'Agriculture.
M.E.F.S. Archives de la Mission d'Aménagement du Sénégal.
Bulletin n° 37,1937, 182 p.
Mission socio-économique du fleuve
Sénégal (M.I.S.O.E.S.) Quelques données quantitatives sur
les populations maures du Chemama, 1959, 62 p.
Mission socio-économique du fleuve
Sénégal (M.I.S.OE.S.). La démographie du Fouta- Toro
(Toucouleurs et Peuls). Juillet 1959, 82 p.
Moreau, (P), Les indigènes d'A.O.F. Leur condition
politique et économique, Edition Domat-
Machel, Lucien et Burlions, Jacques : L'or blanc :
la prodigieuse aventure du coton, Verviers, 1963,284P.
PASQUIER Montchrestien, Paris, 1938, 380 p. (R), En marche
vers la guerre de sécession : Les essais de culture du coton du
Sénégal, 1925 Rapport officiels des dix premiers congrès
internationaux des délégués représentants les
Associations patronales filateurs et manufacturiers de coton Manchester
Philipe, (H.), Instabilité et organisation des
filières coton en Afrique. In : Economie rurale .n°224, 1994.
P 145
P. M. Le coton brésilien. In : Annales de
géographie, t. 45, n°257, 19936. 560p
Pierre-Yves, (T.), Le coton polynésien : un mythe
tenace. In : journal de la société des océanistes,
n°79, tome 40, 1984. p 246
Ricard, (F.) Le Sénégal. Etude intime. Paris :
Challamel, 1865, 425 p.
Suret-Canal, (J), L'Afrique Noire l'ère coloniale 1900
-1945.Edition sociales, Paris, 1982,636p.
Suret Canale, (J.) Afrique noire occidentale et centrale.
L'ère coloniale, (1900-1945).Paris : Editions Sociales, 1964, 636
p.
Sément, (G.,) « Le cotonnier en Afrique
tropicale, 1986
Vuillet, (J), « L'introduction de la culture du
coton en Afrique occidentale », Bulletin du comité
d'étude historique et scientifique de l'A.O.F, 1920,
VergezTricom, (G.), Le coton. In : L'information
géographique, volume 3, n°4, 1939. 250p
Zummerman, (M.), La question du coton et les essais de culture
cotonnière, Annales de géographie, 1904, tome XIII, n° 67
Etudes universitaires sur le coton
DIA(Issa), Impact des cultures de rente de la
périphérie de la résine de biosphère du
Niokolo-koba sur la dynamique des ressources, 2010, the doctorat 3éme
cycle Géographie.
EL .HADJI NOUHOU (Moussa), Effet d'une substitution du
tourteau de graine de coton par les gousses de pilosligmareti culatum (de
Candolle) hochstetter dans l'alimentation sur les performances de croissance
de la chèvre rousse de Maradi, Mémoire, Master II ,2014
FALL, SERIGNE (Modou), Le coton et son industrie au
Sénégal : étude géographique, 1990,
Thèse 3éme cycle
HARDY (Georges), La mise en valeur du Sénégal de
1817 à1854.-Paris, Larose, 1921. -376 p.
Ghali(N), La Vallée du Sénégal selon
Al-Bakri et Al Idrisi, Paris, université de Paris-I, 1979
(mémoire de maîtrise)
SOUMAH (Moussa), L'industrie cotonnière au
Sénégal. - L'exemple de L'ICOTAF.- Etude géographique.-
Dakar, Faculté des Lettre, 1968. (Mémoire de maitrise), 186 P.
SOUMAH (Moussa), Culture cotonnière et
développement au Sénégal, 1977,228P.
SOUMAH (Moussa), L'économie cotonnière ouest
africaine, les opérations en coton au Sénégal et au
Mali ; Dakar, 1972, 3éme Cycle 186p.
SYLLA, (A), L'artisanat Sénégalais, Presse
Universitaire de Dakar, 2004, 139 p.
LA VALLEE DU FLEUVE AU SENEGAL


Le Fleuve
Sénégal

LA PRODUCTION DU FIBRE COTONNIERE AU
SENEGAL

Photo 1 : Cotonnier le Ndargau

Photo 2 : Cotonnier : Le Mokho

Photo 3 :
Cotonnier le Guinée

Photo 4 : Les Femmes
productrices de coton

251653120
Photo 5 : Les paysans Photo 6 : Le portage

251655168

251654144
Photo 7 : La collecte pour la vente Photo 8 : Le
transport

251659264

251658240
Photo 9 : La production cotonniére
Photo 10 : Femmes paysannes
TABLE DES MATIERES Pages
Introduction générale 9
1-Choix et intérêt du sujet 9
2-Problématique 13
3-Délimitation du sujet 16
4-Méthodologie 17
5-La revue et critique de la littérature
préalable 18
a. Les sources d'archives 18
b. Les sources archéologiques 23
c. Les sources historiques 27
d. Les sources arabes 30
e. Les études sur la culture du coton 35
Première Partie : le choix de la
vallée du fleuve : une région propice à la culture
cotonnière 42
Chapitre I. La Physionomie Générale de la
vallée du fleuve 42
I.1 : La création et l'administration des cercles de
la vallée du Sénégal 42
I.2 : Le Sénégal et sa vallée :
description et importance 43
I.3 : Les facteurs du milieu 49
Chapitre II : Notion général sur le coton
52
II.1 : Taxonomie et botanique du cotonnier 55
II.2 : Fleur et Fruit du Cotonnier 55
II.3 : Les variétés de coton 56
Chapitre III : La Colonisation indigène dans la
vallée 57
III.1 : Le recrutement forcé 61
III.2 : Pauvreté et coercition 63
III.3 : Résistance des paysans 64
Deuxième partie : Les nouvelles tentatives
d'exploitation cotonnière dans la vallée de 1920 à
1930 65
Chapitre I : Les variétés cultivées
dans la vallée 68
I.1 : Le N'Dar-N'Gau 68
I.2 : Le Mokho 69
I.3 : Le N'Guiné 70
Chapitre II : Les structures de la production 71
II.1 : Le service des textiles 71
II.2 : Les stations agricoles 73
II.3 : Les fermes familiales 75
Troisième partie : L'évolution de la
production cotonnière dans la moyenne vallée de 1930 à
1960 81
Chapitre I : Introduction de nouvelles
variétés en culture sèche 81
I.1: A Dagana 85
I.2: A Matam 86
I.3 : A Podor 87
Chapitre II : La Crise agricole de 1931à 1934 89
II.1 : La genèse de la crise 89
II.2 : La crise de 1930 et le congrès national du
coton de 1931 91
II.3 : La répercussion de la crise dans la
vallée 91
Chapitre III : L'intensification de la production du
coton dans la vallée de 1935 à1959 92
III.1 : Les facteurs de la production
cotonnière 94
III.1.1 : Le renforcement du régime fiscal 94
III.1.2 : L'aménagement de la vallée
94
Conclusion 105
Bibliographie 107
Supports 120
* 1 Sarraut, (A.,) La mise
en valeur des colonies française, Payot, 1923, p405
* 2 Sarraut, (A.,) op.
Cit., p. 103.
* 3 Sarraut, (A.,) op.
Cit.,
* 4 M'bokolo, (E.,) Afrique
noire. Histoire et civilisation, tome II : XIX et XXéme
siècle, Paris, Hatier, 1992, p.220
* 5 Les cotonniers sont un
arbuste de la famille des malvacées. Les espèces qui ont fourni
des variétés dans les centres de production d'Amérique,
d'Espagne, des Indes et du Turkestan se classe en :
Cotonnier des Barbades, Gossypium barbadeuse,
originaire des Antilles, qui a pour type le Sea Island, des iles
côtières de la Géorgie, remarquable par la longueur et la
finesse des fibres qu'il produit. Il a donné la plupart des
variétés à longue soie, qu'elle soit américaines
comme Sea Island, le Géorgie longues soies ou égyptiennes comme
l'Abassi ou le Mit-Affifi.
Cotonnier hirsute, Gossypium hirsutum, originaire des
pays chauds de l'Amérique Centrale et du Mexique, donnant à des
fibres de longueur et de finesse moyenne. On compte aux Etats Unis plus de 600
variétés de cotonniers dont la plus part dérivent ders
cotonniers hirsutes. Cette espèce a fourni quelques
variétés à longue soie, soit par sélection directe,
soit par croissement avec le Sea Island.
Cotonnier herbacé, Gossypuim herbaceum. Cette
espèce indigène asiatique, assez voisin du cotonnier hirsute d'un
moindre intérêt pour le planteur. Les vibres sont
généralement courtes et grosses .Les cotonniers indigènes
de l'AOF appartiennent pour la plupart à cette espèce, dont
plusieurs variétés donnent des fibres de longueur et de finesse
moyennes, semblables aux produits américains du cotonnier hirsute, mais
le plus souvent semblable aux produits de l'Inde ou du Turkestan.
Cotonnier des religieux ou du Pérou, Gossypuim
religiosum .Cette espèce à grand développement se
rencontre dans toute l'Amérique du Sud les fibres sont nerveuses et
quelquefois longues. Il fournit quelques types culturaux intéressants
pour l'industrie, mais l'accolement des graines forme des rognons très
gênants à l'égrenage.
Cotonnier arborescent, Gossypium arboreum .Il prend
des proportions arbustives et atteint quelquefois une grande dimension .On le
cultive à peine pour ses graines et jusqu'ici ne présente pas
d'intérêt pour le planteur.
Chacune de ces espèces se subdivise en un très
grand nombre de variétés suivant le climat, la nature du terrain,
la sélection, les croissements, le mode de culture. La longueur des
fibres varie de 30 à 55 millimètres pour les longues soies et de
20 à 28 millimètres pour les courtes soies.
Il y'a lieu de retenir que la variété à
longue soie Mit-Afifi représente 90 pour cent de la production
égyptienne et n'est cultivée que par irrigation. Les courtes
soies fournissent la grande majorité de la production américaine
.La plus courtes soies sont cultivées sans irrigation dans des sols
siliceux ou silico-argileux très répandus dans les Etats
cotonniers américains et en AOF.
* 6 Schwartz, (A), La politique
coloniale de la mise en valeur agricole de la Haute Volta, (in la haute volta
coloniale sous la direction de Gabriel Massa et George Madiéga,
Karthala, Paris, 1995, p 268.
* 7 Paul Leroy, (-B.,), De la
colonisation chez les peuples modernes, 1874.
* 8 Suret Canal (J), L'Afrique
Noire, l'ère coloniale 1900- 1945. Editions sociales, Paris, 1982,
p.352.
* 9 Schwartz (A) 0p.
Cit., id. confirme qu'entre 1912 et 1920 le cout des importations
cotonnières de la France avait doublé à cause de
l'augmentation du prix et de la détérioration du cours du
change.
* 10 Le plan Sarraut favorisait
la mise en place des infrastructures favorable à l'extension des
cultures des cultures d'exportation. La construction des chemins de fer, de
port et le système d'irrigation en A.O.F étaient
évalués en environ 900millions de francs.
* 11 Henry,
(y.) « Irrigation et cultures irriguées en Afrique de
l'Ouest », Paris, Larose, 1918, pp222-223.
* 12 Lecomte,
(H.), « le coton : Monographie, Culture, Histoire
économique », Paris, challamel 1900, pp43-44.
* 13
Labat,P.J.B. ,Nouvelle relation de l'Afrique occidentale contenant une
description en acte du Sénégal et des pays situés entre le
Cap blanc et la rivière de Sierra -Léone....avec un état
ancien et présent des compagnies qui y font le commerce, Paris,
Guillaume Cavalier, tome2,1728,p.2235-236.
* 14 Tshund'olela, (E, S.,),
« Un impératif épistémologique : Revisiter
et redéfinir l'histoire, son domaine, sa méthode et son
esprit », in Somba Kinyamba, S, Paris, l'Harmattan, 2007, pp63-97.
* 15 Faure, (C.) et Charpy,
(J.) ANS Série A. Répertoire des Archives Actes officiels de
l'administration coloniale Française. . Rufisque : Imprimerie du
Haut-commissariat, 1958, in 8° ,18p.
* 16 Faure, (C.) et Charpy,
(J.) Série B : Correspondance générale, 1779-1895.
Rufisque : Imprimerie du Gouvernement général, 1955, VII, 70
p.
* 17 ib. , ibid.
* 18 ANS. Série C.
Dossiers de personnels de l'Administration coloniale Française.
* 19 ANS. Répertoire des
Archives. Série G. Politique et administration générale.
Rufisque : Imprimerie du
Gouvernement général, 1955.
* 20 ANS. Sous Série 2G.
Rapports périodiques
* 21 ANS. Sous Série 4G.
Inspection, missions d'inspection des colonies.
* 22 ANS. Sous Série
13G. Sénégal : Affaires politiques, administratives et
musulmanes
* 23 ANS. Série K.
Esclavage et captivité, 1807-1915
* 24 Lire Charpy, (J.)
Répertoire imprimé série K pour la période
1920-1958(deuxième tranche) Rufisque : Imprimerie du
Gouvernement général, 1956, 90 p.
* 25 Id.,
ib. ; p.60
* 26 ANS. Série Q.
Dossiers des affaires économiques des colonies d'Afrique Occidentale
Française.
* 27 ANS. Sous Série 3Q.
Chambres de commerce, d'agriculture et d'industrie, banques, 1919-1958.
* 28 ANS. Série R.
Affaires agricoles, 1822-1959.
* 29Charpy, (J.)
Répertoire des Archives. Série R. Affaires agricoles, 1822-1959.
Rufisque : Imprimerie du
Gouvernement général, 1956, 90 p.
Voir aussi Sané, (O.) et al. Répertoire
dactylographié : séries R. Affaires agricoles, Dakar :
1979, 102p.
30 ANS. Sous série 1R. Agriculture .
* 31 Faidherbe, (L.) Annuaire
français avec leurs correspondances en ouolof, en Poular en
Soninké, 1864, Saint-Louis, Imprimerie du Gouvernement, 1864, 70P.
* 32 Bélime, (E.), La
production du coton en A.O.F : Le programme Cadre, Paris, 1925, 350. P.
Voir aussi Henri Lecomte dans son étude
intitulée : « Le coton : Monographie,
culture, Histoire économique », Paris, 1925.
* 33 Lhote (H).
« L'art rupestre de l'Afrique mineure et du Sahara », in
l'âge de pierre, 1960, pp 92- 147.
L'auteur différencie quatre ères dont une seule
nous concerne celle des têtes rondes appartenant à la plus
ancienne (VIII éme millénaire), dont les personnages sont
négroïdes, et celles des pasteurs bovidés (4000 à
1200 av JC).
* 34 Lhote (H). , .Op.
Cit, p.77.
* 35 Lhote (H), Op.
Cit, p. 79.
* 36 Lhote (H), p136.
* 37 Précisons cependant
que, pendant l'Egypte pharaonique, les morts étaient conservés au
moyen de matières balsamiques, pour l'embaumement ; voir entre
autres, Leca A. P., Les momies, Paris, Hachette, 1976, px.
« Pigmentation des anciens Egyptiens. Test par
mélanine », Bulletin de l'IFAN, série
B.T.XXXV, n 3, 1973, p. 515-531.
* 38 Petit disque d'un trou
central, servant à filer le coton à la main.
* 39 Nous nous referons pour
cette partie sur les découvertes archéologiques de Nubie, au
compte rendu qu'en a donné K.F. S .Schaelder dans un ouvrage
publié à Munich et traduit en français .Le tissage en
Afrique au sud du Sahara, 1987, p14.
* 40 Senay, (P.) Le coton,
sa production et sa distribution dans le monde : Tome I, 1937, pp.
30-35.
* 41 Idem, pp.
20-25.
* 42 Idem, p. 35.
Lire aussi Senay, (P.) P, (J) in : Journal d'agriculture
tropicale et de botanique appliquée, vol. 1, n°7-9 Juillet
6aout-septembre 1954. L'auteur dans ce livre met en lumière son
expérience de botaniste en classant systématiquement des
espèces et variétés .Il montre comment on distingue les
différentes sortes de fibres, quelles sont physiques, mentionne les
insectes, les maladies.
* 43 Une terra incognita (du
latin signifiant « terre inconnue » est un territoire
qui n'a pas encore exploré par l'homme, ou par les explorateurs,
voyageurs ou marchands européens. Cette inscription figurait sur les
cartes géographiques, notamment les mappemondes, pour désigner
les terres situées au-delà des zones connues par les
européens. Ainsi l'Afrique intérieure a très longtemps
considérée comme terra incognita, de même que les espaces
situés au sud de la Nouvelle -Zélande.
* 44 Léon l'Africain,
De l'Afrique contenant la description de ce pays .Et la navigation des
anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales,
traduction J. Temporal, Paris, 1830, p. 382.
* 45 Léon l'Africain,
1830, p. 15.
* 46 Le Maire, (J,)
Illustration sur les voyage du Sieur aux Îles Canaries, Cap- Vert,
Sénégal et Gambie, paris, J ; Collombat, 1965, pp113-114.
* 47 Monod, T., Teixeira de
Mota, A ? Et Mauny, R., Description de la côte occidentale
d'Afrique (Sénégal au cap de Monté,
Archipels), par Valentin Fernandes (1506-1510), Bissau, Centre de
Estudos da Guiné Portuguesa, n 11, 1951, p.37-39.
* 48, Le Maire, (J,), op.
Cit., p.155.
* 49 Golbéry, S.X.M.,
Fragments d'un voyage en Afrique fait pendant les années 1785, 1786,
1787 dans les contrées occidentales de ce continent, comprises entre le
Cap Blanc de Barbarie ...et le Cap de Palme, Paris, tome1, 1802, pp.
416-417.
* 50 Lecomte. , (H)
« le coton : Monographie, Culture, Histoire
économique », Paris, 1900, p 183.
* 51 Idem, pp.
189-190.
* 52 Idem, p.195.
* 53 Cuoq., (J.) Recueil
des sources arabes concernant l'Afrique occidentale du VIIIe au XVI
siècle (Bilal al Soudan), Paris, Edition CNRS, 1975, p.100.
* 54 Idem, pp.250.
* 55Idem, pp109-110
.
* 56 Marx, (K.) et Engels, (F.)
Le manifeste du parti communiste, 1848
* 57 Institut national de la
statistique et des études économiques est une direction
générale du ministère de l'Economie des Finances et de
l'Industrie. Elle est chargée de la production, de l »'analyse
et de la diffusion des statistiques officielles en France .Elle exploite des
sources administratives, gère des bases de données et
réalise des recensements et des enquêtes auprès des
ménages et des entreprises.
* 58 Claude, (M.) le havre
colonial de 1880 à 1960.In outre-mer, tome 93, n ° 352-353, 2006,
P. 450.
* 59 Henri, (C.) La culture
du coton en Espagne .In : Annales de Géographie, t. 46, n°
260, 1937.pp 195-196.
* 60 Mingret, (P.),
l'évolution de la culture du coton dans la vallée de Mississipi.
In : revue de géographie de Lyon, vol 43, n° 2,
1968.PP.179-224.
* 61 Toullalan, (P-Y.) Le
coton polynésien : un mythe tenace.
* 62Chevalier, (A.), les
cotonniers indigènes du Sénégal et du Soudan.
In : Revue de botanique appliquée et d'agriculture coloniale,
10 années, bulletin n° 111, novembre 1930. Pp 874-880.
* 63 Levrat, (R.) le coton
en Afrique Occidentale et Centrale avant 1950 : un exemple de la politique
coloniale de la France, Paris, le harmattan, 2009,370p.
* 64 Soumah, (M.)
« L'économie cotonnière ouest africaine, les
opérations en coton au Sénégal et au
Mali » ; Université de Dakar, 1972, Thèse
3éme Cycle.
* 65 Fall, (S.M.,), Le coton et
son industrie au Sénégal : étude géographique
Université de Dakar, 1990, Thèse 3éme Cycle.
* 66 Nouhou, (M) Effet d'une
substitution du tourteau de graine de coton par les gousses de pilosligmareti
calatum (de Candolle) hochstetter dans l'alimentation sur les performances de
croissance de la chèvre rousse de Maradi ; Mémoire, Master
II, 2014.
* 67 Villard (A), Histoire du
Sénégal .préface du gouverneur général
pierre Boisson, Dakar, viale, 1943, 133p.
* 68 Villard (A), op. Cit., p,
124.
* 69 Id., ib. , p98.
* 70 Faidherbe, (L.), Le
Sénégal. La France dans l'Afrique occidentale
française, Paris, Hachette et Cie, 189, p78.
* 71 Il s'agissait des quatre
communes et de leurs banlieues ainsi que des provinces conquises.
* 72 De 1816 à 1828, le
chef de la colonie a porté le titre de Commandant pour le Roi ; de 1828
à 1895 il a été désigné par le titre de
Gouverneur ; après la création de l'AOF il est devenu
Lieutenant-gouverneur.
* 73 En 1830, il a
remplacé le Conseil de gouvernement et d'administration de la colonie
créé déjà en 1819 sous le magistère du
Colonel Julien Schwartz, avant de disparaître en 1957 et d'être
remplacé par le Conseil de gouvernement issu de la Loi-cadre.
* 74 Boahem. (A).,
« L'Afrique face au défi colonial » in Boahen, A.
(dir), histoire générale de l'Afrique. L'Afrique sous
domination coloniale, 1880-1935, Paris, UNESCO/NEA, T7, 1987, pp 51-75.
* 75Ici la
fédération se résume par les deux grands ensembles de
l'Afrique noire : A.O.F et A.E.F.
* 76 Ce conseil a
été institué par décret du 21 mai 1919puis par un
autre du 1er avril 1936.
* 77 Jusqu'en 1964, le
découpage territorial a comporté des cercles correspondant
à des sous territoires au sein des régions nouvellement
instituées et dirigées comme les autres échelons de
l'administration par des agents non choisis en fonction de leurs origines
familiales, mais en qualité de fonctionnaires que l'Etat peut affecter
dans n'importe quelle région, département ou arrondissement selon
les nécessités de service, sans référence à
des critères de famille, de clan ou d'ethnie .
* 78 Après des chefs
traditionnels, les royaumes ont été démembrés en
cantons dont la chefferie a été placée entre les mains de
la famille de chefs soumis à l'autorité coloniale.
* 79 Ki-Zerbo (J), Histoire
de l'Afrique d'Hier à Demain, Librairie Hatier, Paris, 1972,
P .437.
* 80 L'année 1920 est
une charnière de l'histoire de la domination coloniale en Afrique
occidentale française .Elle marque un grand moment de l'histoire de
l'administration métropolitaine .Elle inaugure la période
d'installation effective de l'administration coloniale .A cet effet, l'espace
de la vallée du fleuve Sénégal s'est donc
profondément transformé.
* 81ANS. Moniteur.
Journal Officiel de l'Afrique Occidentale Française. Jeudi, 10
septembre 1920, n°2869.
* 82 Zucarelli, (F.)
« De la chefferie traditionnelle au canton : évolution du
canton colonial au Sénégal (1855- 1960) »in, Cahier d'Etudes
Africaines, vol. XIII, Mouton et Co., 1973, p. 213.
* 83 Delavignette, (R.,) Les
vrais chefs de l'empire, Paris, Gallimard, 1939, p. 124
* 84 A.N.S. 13G75 :
Politique indigène, circulaire du Gouverneur général Ponty
au sujet du rôle des chefs indigènes, 22septembre 1909.
* 85 A.N.S. 13G75 :
Politique indigène, circulaire du Gouverneur général Van
Vollenhoven au sujet du rôle des chefs indigènes, 15aoùt
1917.
* 86 Coquery-Vidrovitch C.,
L'Afrique Occidentale au temps des Francais.Colonisateurs et colonisés
(1860- 1960), Paris, La Découverte, 1992, p. 89.
* 87 A.N.S. 13G75, Op.
Cit..
* 88 Littéralement
« le jardin de Richard » du nom d'un botaniste français,
Jean-Michel Claude Richard qui créa, au début du XIXème
siècle, le premier jardin d'essai en Afrique en tentant d'acclimater
certaines espèces végétales européennes. Ces
tentatives sont à l'origine des expériences de cultures
irriguées.
* 89 Cette absence de pente a
fait dire à Emile Bélime, un ingénieur au début du
siècle dernier qui dirigea l'Office du Niger au Mali, que l'irrigation
dans la vallée coûterait trop cher puisqu'il faudrait pomper l'eau
pour irriguer les casiers...
* 90 Ce fin cordon a
été ouvert artificiellement sur quelques mètres au sud de
St-Louis en 2003 pour réduire les risques d'inondation de la ville.
L'ouverture s'est élargie et atteint maintenant plusieurs centaines de
mètres.
* 91Henry,
y. « Irrigation et cultures irriguées en Afrique de
l'Ouest », Paris, Larose, 1918, in -8°, V- 292p.
* 92 Carrère, (F.) et
Holle, (P.) De la Sénégambie française. Paris :
Firmin Didot, 1855, 393 p.
* 93 Lericollais, (A.), Diallo,
(Y.) Peuplement et cultures de saison sèche dans la vallée du
Sénégal. Paris.
ORSTOM/OMVS, 1980. Notes illustratives, n° 81. Sur
l'étude physique de la vallée du fleuve Sénégal,
nous avons abondamment puisé dans ce travail scientifique,
étudiant tous les facteurs de cet immense espace.
Les chercheurs ont découpé de manière
systématique en différents secteurs la vallée du fleuve,
d'où facilitent la lecture et la compréhension de cet espace.
* 94 Paul.,
(L.) « La vallée du Sénégal. Agriculture
traditionnelle et riziculture mécanisée». Les Cahiers
d'Outre- Mer, octobre-décembre 1951, n° 16, pp. 280-282.
* 95 Lericollais, (A.) et
al. La vallée du fleuve Sénégal et ses
aménagements. Etudes scientifiques. Paris :ORSTOM ;
Décembre 1981, pp. 13-19.
* 96 Lericollais, (A.), Diallo,
(Y.) Peuplement et cultures de saison sèche dans la vallée du
Sénégal. Paris.
ORSTOM/OMVS, 1980, p22-27
* 97 Idem, p
30
* 98 Levrat, (R.,), le
coton en Afrique Occidentale et Centrale avant 1950 : un exemple de la
politique coloniale de la Franc, Paris, l'harmattan, 2009, p. 10.
* 99 Levrat, (R.,) Op.,
Cit., pp 14-15.
* 100 Sément, (G.,)
« Le cotonnier en Afrique tropicale, 1986
* 101 Deux appellations sont
usage : fibres ou soies, étant l'unité de masure initiale
.Ces termes sont orthographiés en genre et en nombre.
* 102 Cette
variété de coton est exclusivement réservée dans la
fabrication des batistes, tendelles, popeline.
*
103 .Réputée pour son coton 'Jumel ', du nom de
l'ingénieur français qui le découvrit à
l'époque de Mehmet Ali.
* 104 La dépendance de
la culture par rapport aux pluies est plus ou moins grande selon la nature des
sols et selon le type de culture, avec ou sans engrais : un sol riche est
fertilisé assure une bien meilleure rétention de l'eau et
représente une assurance contre les aléas
pluviométriques.
* 105 ANS. Sous Série
2B 4. Correspondance du gouverneur au ministre, Saint-Louis, 04 Septembre
1819.
* 106 Henry, (B). Le
problème cotonnier et l'Afrique Occidentale Française :
Une solution nationale, Paris, Larose, 1925, pp 20-40.
* 107 Henri ((L), Paysans
d'Afrique occidentale, Paris : Gallimard, 1941, p238.
Cet argument peut être trouvé aussi dans son article
« Irrigation, colonisation intérieure et main d'oeuvre au
Soudan, » Annale d'histoire économique et sociale,
1929, pp375-376.
* 108 Entretien avec Samba
Diaw. Samedi 27 mars 2008. Lors du marché hebdomadaire de Keur Momar
Sarr.Les gens de Dagana, de Richard - Toll viennent en masse pour
écouler leurs marchandises.
* 109 ANS. Sous Série 1
R 42, rapport sur l'importance et les causes des mouvements, s.d.
* 110 Entretien avec Massar
Sarr, chef de village de Keur Momar Sarr. Dimanche 28 mars 2008.
* 111 Entretien avec Matar
Fall, notable vieux du village de Keur Momar Sarr. Dimanche 28 mars 2008.
* 112 Henri ((L), op.
cit. p248.
* 113 Le Gouverneur
général exerce une action coercitive et de régulatrice
respectueuse b d'une sage décentralisation que les gouverneurs
généraux s'attachent à appliquer scrupuleusement.
* 114 ANS, 1R. /0035. Note au
sujet de la culture du coton dans la vallée du fleuve
Sénégal, 02aout 1937, pièce 158, 11 p.
* 115 Id., Ibid.
* 116 Henri ((L), op.
cit, pp. 230-231.
* 117 Henri ((L), op.
cit, p240.
* 118 Gossypium Hirsutum est
un petit arbrisseau cultivé le plus souvent de façon annuelle
atteignant alors de 0.8 à 2métres. Il est branchi avec des
branches végétatives à la base du plan, les rameaux
fructifères se trouvant dans les parties médianes et
supérieures.
* 119 Le Gossypium Herbaceum
est un arbuste ou arbrisseau avec une tige principale épaisse et rigide,
ne dépassant guère 2m de haut ; il est cultivé
habituellement annuellement. Sa fibre est plutôt grossière et de
couleur grisâtre.
101 Guil, et Perrottet, tentamen Florae
Sénégambiae p. 62.
* 120 « Outen
boukit »littéralement ce terme signifie en Ouolof.
Coton du lièvre et cela, le nom donné à cette
variété en référence de son caractère
grossière .et sauvage.
* 121 Mymard, (J.) Rapport sur
la production cotonnière dans la vallée du Sénégal,
bulletin MAS n°63.Paris. ORSTOM-/OMVS, Juin 1956, pp 5-6.
* 122 Emile Bélime,
né le 28Juilet 1883 à Villeurbanne(Rhône), mort en juillet
1969, est un ingénieur des travaux publics de l'Etat français
.Haut-commissaire au Niger .A la suite d'une mission au Soudan français
(actuel Mali) en 1919-1920, il est l'origine de la création du
périmètre irrigué de l'office de Niger qu'il a
dirigé de sa création en 1932 jusqu'à 1944.
* 123 Elle fut fondée
en janvier 1903 par le syndicat général de l'industrie
cotonnière. Son siège social fut fixé au 4, Rue de la Paix
à Paris. Tous ses membres avaient des intérêts dans
l'industrie cotonnière de la France et payaient une cotisation annuelle
qui variait entre 50 à1000francs. Elle était administrée
par un comité de direction élu pour trois ans par
l'assemblée générale des membres.
* 124 Lecomte,
(H.) « Irrigation et cultures irriguées en Afrique de
l'ouest », Paris, Larose, in-8, V P, 105.
* 125 Henry, (Y.),
« culture pratique du cotonnier », 1vol. in-6,
Paris, challamel, 1906, p29
* 126 Idem, pp.
30-31.
* 127 ANS .Sous série
1R/0035(158), Note au sujet de la culture du coton dans la vallée du
Sénégal-2Aout 1937.
* 128ANS, colonie du
Sénégal. Association cotonnière coloniale, correspondance
sur les services agricoles de la vallée,
1920-1925 .
* 129 130ANS,
colonie du Sénégal. Association cotonnière coloniale,
rapport annuel politique et économique, 1920.
* 131 ANS, colonie du
Sénégal. Circulaire relative au recrutement des
élèves des fermes agricoles, 1929.
* 132 Schwartz, (A.), 0p.
Cit. , p 268.
* 133 Monteil (C,) Le coton
chez les noirs, Paris, Lorose 1927, p210.
* 134 Entretien du 23 octobre
2010 au marché hebdomadaire de Keur Momar Sarr avec Abdoulaye Thiane
Sarr .Grand jour de rencontre avec tous les marchands de la région du
fleuve (Dagana, Podor, Matam) .
* 135 Archive Nationale de
l'Afrique Occidentale, Rapport annuel, politique et économique, 1924.
* 136 Archive Nationale de
l'Afrique Occidentale, Op., Cit., Rapport annuel, politique et
économique, 1924.
* 137 Mamadou Diouf, Le kajoor
au XIXème siècle : pouvoir ceedo et conquête
coloniale ,123p.
* 138 Mamadou Diouf, Op.
Cit. Pp 130.
* 139 Barry, (B,). Le royaume
du Waalo : le Sénégal avant la conquête
,222p.
* 140 Variété
exotique d'origine égyptienne vulgarisée par les Anglais en
Egypte au bord du Nil.
* 141 ANS. Sous série
2G 6-1. Rapport périodique 1920- 1930.
* 142 La compagnie
française pour le développement des fibres textiles (C.F.D.T) est
une société cotonnière crée en partenariat avec les
dirigeant africain dans les années suivant la libération et
aujourd'hui transformée en plusieurs sociétés
nationales.
Lire aussi le Havre colonial de 1880 à 1960 par Claude
Malon où l'auteur se propose étudier les relations entre le havre
et les colonies françaises .Les fonctions de la C.F.D.T sont bien
définies par l'auteur
* 143 Henry, (H.)
« Le coton dans l'A.O.F », Challamel, 1925, p.123.
* 144 ANS. Sous série
-1R 00 35. Note sur la culture du coton au Sénégal (cercle de
Matam), 1930-1935.
* 145ANS. Sous série
-1R 00 35. Note sur la culture du coton au Sénégal (cercle de
Matam), 1930-1935.
* 146 ANS. Sous série
-1R 00 35, op, cit.
* 147
Sociétés indigènes de prévoyance
créée 1893.Mais l'origine remonte à la sécheresse
qui sévit en Algérie en 1891-1892 : leur objectif initial
visait à stocker les semences de céréales, pour
remédier aux carences dues aux calamités naturelles
(épizooties, invasions de criquets et sauterelles) et aux razzias. Elle
deviennent rapidement réserve d'argent, servant à la
« mise en valeur territoire » puis peu à peu dans
toutes les colonies (1920 au Sénégal).Elles assurent plusieurs
fonctions en rapport avec le développement agricole, mais demeurent
toujours sous la tutelle de l'administration. Les fonds permettent leur
fonctionnement provenaient de cotisations obligatoires qui furent souvent
assimilées à un impôt supplémentaire auxquelles il
fallait la cotisation à la S.I.P. (« le franc du
commandant »).
* 148 Il y avait un seul agent
par colonie. Les services agricoles comprennent des agents européens,
des agents indigènes. Il est prévu que l'agent européen
joue un rôle de vulgarisation et d'apprentissage agricole, qui
renseignera les colons, étudiera les dispositions relatives à
l'irrigation, organisera les plantations modèles, enfin étudiera
les diverses questions et de législations rurales.
* 149 Krach signifie en
allemand 'bruit'' 'boucan'' et de manière métaphorique
'catastrophe' 'Le terme apparait lors de la chute des bourses de Viennes et de
Berlin en &t& et en automne 1873.De fait, les prononciations Krax
ou Krix sont usitées. Faisant généralement
référence à la bourse, à l'inverse de la crise
économique dont la portée est beaucoup plus large, l'expression
Krach boursier semble un pléonasme ; toutefois, le terme
originairement allemand désigne fréquemment une baisse brutale
sur d'autres marchés. Les cours des actions ou des marchandises baissent
brutalement, le nombre des vendeurs excédents largement le nombre
d'acheteurs. Les vendeurs en arrivent à vouloir à vendre à
n'importe quel prix, ce qui précipite la chute des titres.
* 150 Ambrosi, (C.), Les
grandes puissances du monde, Tome I et II, Delagrave, Paris, 1972, p261.
* 151 En 1930, les effets de
la crise économique les obligèrent à dévaluer leur
monnaie à 50%.
* 152 Ambrosi, (C.), Op.
Cit. pp. 75-76.
* 153 Il fut de l'ordre de 70
et 67 pour l'Allemagne et l'Angleterre.
* 154 Le jeudi noir du 24
Novembre 1929, qui vit l'effondrement de la bourse de New York, signe
précurseur de la grande dépression des années 30.
* 155 Le Callennec, (S.)
« Afrique Noire, histoire et civilisation », Paris,
Hatier-Aupelf, Tome 2, 1992, p130.
* 156 J.O.S., Décret du
8mai 1931instituant les primes à l'exportation.
* 157 J.O.S.,
arrêté du Gouverneur général de l'A.O.F du
1ér Décembre instituant la baisse des taxes.
* 158 M. Waddington,
président de l'A.C.C, déclarait ses propos à l'occasion du
congrès national du coton de 1931.
* 159 Coquery-Vidrovitch
(C), « L'Afrique coloniale française et la crise de
1930 : crise structurelle et genèse du
sous-développement » in revue d'Histoire d'outre-mer,
Tome LXIII, n -232-233, Société Française d'outre-mer,
Paris, 1976, pp. 386-387.
* 160 De 1929 à 1933,
la baisse des cours fut évaluée de la façon
suivante : 58% pour l'arachide, 59% pour le coton, 65% pour les peaux, 67%
pour le cacao et les palmistes, 70% pour les huiles de palme, 73% pour la
gomme.
* 161 Borbie,( F.
), « L'investissement public en Afrique Noire Française
entre 1924 et 1938 », contribution méthodologique in revue
d'histoire d'outre-Mer,TomeLXIII,n 232-233,Société
Française d'Outre-mer, Paris, p472.
* 162 ANS. Sous-Série.
1R / 00050 : Coton, cultures dans les différentes colonies de
l'A.O.F, en Amérique Latine, Asie, Europe
* 163 Gallisot (R), Rapports
coloniaux raciaux et impérialisme in revue d'Histoire d'outre-mer, Tome
LXIII, 1920, p.695.
* 164 Moreau(P), Les
indigènes d'AOF ; Leur condition politique et
économique, Edition Donat-Montchrestien, Paris, 1938, pp81-80.
* 165 Borbie,
(F.), Op., Cit., pp. 75-76.
* 166 Duverger (M.). ,
Eléments de fiscalité, Paris, P.U.F, 1976.
* 167 Touré (A.,)
« L'impôt de capitation dans le Sénégal
unifié : une constante dans son rôle d'instrument de
domination coloniale (1921-1936) », in Annales de la faculté
des lettres et sciences humaines de Dakar, n°26, 1996, p.73.
* 168 Coquery-Vidrovitch (C.),
L'Afrique occidentale au temps des français .Colonisateurs et
colonisés (1860-1960), Paris, La découverte, 1992, p. 108.
* 169 A.N.S. S14 :
Régime fiscal : enquête poursuivie par l'union coloniale au
sujet des impôts directs dans les colonies, 26 juillet 1912.
* 170 Duchenne, (A.,) Histoire
des finances coloniales de la France, Paris, Payot, 1938, p. 169.
* 171 Dalavignette., (R), Les
paysans noirs, Stock, Paris, 1947, p.45.
* 172 Boutillier (J.L.),
Schmitz (J.), « Gestion des terres (système de
décrue / système de crue) et transition vers
l'irrigation : le cas de la vallée du fleuve
Sénégal ». ORSTOM série sciences humaines, 1987,
vol 23 n° 3-4 pp. 533-554.
* 173 Lecomte,
(H.) op. Cit. Pp. 111-112.
* 174 Bernard (C.)
« Les aménagements du fleuve Sénégal pendant la
colonisation (1858 -1960) », Paris : Université de Paris VII,
Faculté des Lettres et de sciences humaines (Thèse pour le
Doctorat de 3e cycle d'Histoire), 1995, 574 p.
* 175 Idem, pp.
130-135.
* 176 Belime (E.) Rapport sur
les possibilités d'aménagement offertes par la vallée du
fleuve Sénégal. Centre de documentation de l'O.M.V.S de Saint
Louis, 1922, pp 34- 38.
* 177 Idem, pp.4
3-44.
* 178 Idem, pp.
50-51.
* 179 Idem, pp.
63-65.