REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier Mme Géraldine TAPIA pour
son aide, son soutien, et sa disponibilité tout au long de
l'année.
Je remercie également les personnes qui ont
accepté de répondre à cette étude et qui m'ont
accordé du temps et leur confiance. Faire leur rencontre a
été très enrichissant pour moi, tant sur le plan
professionnel qu'humain. Je remercie aussi toute l'équipe du SAMSAH,
pour leur accueil chaleureux, leur soutien et leur
générosité en acceptant de partager leurs
expériences et qui ont ainsi, contribué à alimenter mes
réflexions.
Enfin, j'ai une grande pensée pour mon conjoint, ma
famille et mes amis, toujours présents pour me soutenir et m'apporter
leur aide et leur affection.
RESUME
Cette recherche s'inscrit dans le cadre du handicap psychique
caractérisé par la souffrance et les difficultés
psychosociales consécutives aux troubles psychiatriques Le but de cette
étude est d'évaluer le lien entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome chez des personnes en situation de handicap psychique ainsi que
l'effet modérateur des schémas précoces inadaptés
sur ce lien. Dans cette perspective, 12 personnes suivies par un centre
d'action médico-social pour adultes handicapées ont
été sollicitées à compléter l'échelle
des habiletés à la vie autonome (Wallace, Kochanowicz et Wallace,
1985), l'échelle d'évaluation du sentiment d'efficacité
personnelle (Scherer et al., 1982) et le questionnaire des schémas en
version abrégée (Young, 1994). Les résultats montrent une
corrélation forte et significative entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome. Cependant, l'effet modérateur des schémas
précoces inadaptés sur le lien entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome n'a pas été prouvé.
Mots-clés : handicap psychique, sentiment
d'efficacité personnelle, habiletés à la vie autonome,
schémas précoces inadaptés, autonomie.
SOMMAIRE
I Revue de littérature
5
1) De la maladie psychiatrique à la notion de
handicap psychique 5
2) L'autonomie 6
a) Les habiletés à la vie autonome 6
b) Le sentiment d'autonomie 7
3) Le sentiment d'efficacité personnelle 8
a) La théorie sociocognitive et la notion
d'agentivité 8
b) Caractéristiques du sentiment
d'efficacité personnelle 9
c) L'impact du sentiment d'efficacité personnelle
sur la santé mentale 10
4) Les schémas précoces inadaptés
12
Hypothèses et objectifs 14
II Recherche clinique
15
1) Etude populationnelle 15
a) Méthodologie 15
Description de la population
étudiée 15
Procédure et choix du matériel
utilisé 16
Hypothèses opérationnelles
19
Procédure analytique 19
b) Résultats (Scores bruts : Annexe 6) 20
Analyse descriptive 20
Analyse inférentielle sur SPSS
21
III Discussion générale
25
Bibliographie 32
Introduction
Les manifestations des troubles psychiatriques affectent les
personnes qui en souffrent jusqu'à leur vie quotidienne. C'est de cette
constatation qu'est née la loi de 2005 « pour
l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté, des personnes handicapées » reconnaissant la
notion de handicap psychique pour la première fois en France. Elle
indique ainsi que les altérations psychiques consécutives aux
maladies psychiatriques étaient source de handicap au même titre
que les altérations des fonctions motrices, sensorielles, mentales et
cognitives. Cette notion étant relativement récente, les
recherches sur le sujet sont encore peu nombreuses bien qu'elle concerne
aujourd'hui près de 600 000 personnes en France. Difficile à
quantifier et à évaluer du fait de sa grande variabilité
dans le temps, et de la difficulté à distinguer les
symptômes de la maladie et de ses conséquences sur la vie
quotidienne, le handicap psychique pose le problème de la qualité
de vie de ces personnes et de leur difficulté à vivre à
domicile ou encore à travailler.
C'est dans ce contexte et grâce à un stage
réalisé dans un service d'action médico- sociale pour
adultes handicapés que nous nous sommes intéressée
à cette notion et spécifiquement aux moyens d'amélioration
des compétences à l'autonomie, nécessaires à
l'amélioration de leur qualité de vie. (Charzat, 2002). Ainsi,
dans ce travail d'étude et de recherche, nous évaluerons
l'association du sentiment d'efficacité personnelle et des
habiletés à la vie autonome ainsi que l'impact des schémas
précoces inadaptés à la base de la thérapie des
schémas qui vise à améliorer les capacités des
individus à mener leurs activités et à gérer leur
relations interpersonnelles (Young, 1995). Dans un premier temps, nous
présenterons une revue de la littérature définissant ces
concepts, puis nous présenterons notre objectif et nos hypothèses
de travail. Dans un second temps, nous développerons la recherche
clinique en deux parties : une étude populationnelle et une étude
de cas. A la suite de quoi, une discussion générale resituera
notre travail dans une perspective psychopathologique.
I Revue de littérature
1)
De la maladie psychiatrique à la notion de handicap
psychique
Le handicap psychique se caractérise par le fait qu'il
est toujours et nécessairement secondaire à une psychopathologie
: psychose, troubles graves de la personnalité, dépression grave
ou maladie bipolaire, troubles névrotiques graves (troubles
obsessionnels compulsifs ou phobies), troubles envahissants du
développement (maladie autistique) ou encore consécutifs
à des traumatismes crâniens, à des pathologies vasculaires
cérébrales ou neuro-dégénératives.
Contrairement au handicap mental, le handicap psychique se traduit par le fait
que les capacités intellectuelles sont intactes et capables
d'évoluer. Cependant, c'est la capacité à les mobiliser
qui est déficiente. La symptomatologie est également instable et
la prise de médicaments est le plus souvent nécessaire. Il est
lié à la déficience psychique caractérisée
par des troubles de la volonté, de la pensée, de la perception,
de la communication et du langage, du comportement, de l'humeur, de la
conscience et de la vigilance intellectuelle, et à des troubles de la
vie émotionnelle et affective. C'est donc ici des difficultés
à organiser les capacités plutôt que les capacités
elles-mêmes qui sont en cause. Les personnes souffrant de ce handicap
montrent des difficultés à s'organiser dans le temps, à
anticiper des conséquences d'un acte, à entretenir des relations
interpersonnelles, ou encore à mémoriser.
Cette notion recouvre ainsi, en plus des considérations
psychiatriques, les relations des personnes avec leur environnement, leur
contexte social et leur qualité de vie. Elle s'accompagne souvent du
déni des troubles, voire d'anosognosie et elle présente une
grande variabilité des troubles dans le temps. Elle regroupe cinq grands
domaines d'incapacités liées à la déficience qui
servent à évaluer l'importance du handicap : la capacité
à prendre soin de soi, à établir des relations durables,
à se former et à assurer une activité, à se
maintenir dans un logement, à organiser une vie sociale et des loisirs.
(Source : Unafam).
2) L'autonomie
a) Les habiletés à la vie autonome
Depuis plusieurs dizaines d'années, la prise en charge
des personnes souffrant de maladies mentales est traversée par une
volonté de « désinstitutionalisation » des soins et des
traitements. Amorcée par l'émergence du mouvement de
réhabilitation sociale (Anthony et Liberman, 1986, 1992), elle s'est
poursuivie notamment par les travaux de Ehrenberg (2004) ou Velpry (2008). Au
niveau des traitements, l'apprentissage de comportements sociaux adaptatifs
durables et généralisables provoque une sortie plus rapide de
l'hôpital ainsi qu'une diminution des rechutes (Benton et Schroeder,
1990). C'est dans cette perspective que les manuels de diagnostics de
référence ont accordé de plus en plus d'importance aux
conséquences des troubles psychiques sur les habiletés à
la vie autonome. La classification internationale des maladies (CIM-10, 1990)
intègre les «symptômes, signes et résultats anormaux
d'examens cliniques et de laboratoire, non classés ailleurs» dans
lequel sont répertoriés les symptômes et les signes
relatifs aux fonctions cognitives et à la conscience, aux sensations et
aux perceptions générales, à l'humeur, à
l'apparence et au comportement. Notons qu'au sujet des diagnostics tels que
ceux rattachés à la démence, les interférences que
ces troubles peuvent avoir sur les activités quotidiennes (se laver,
s'habiller, manger, observer une hygiène personnelle minimale) sont
aussi mentionnés. Un diagnostic, apparaît alors comme
élaboré à partir d'une somme de symptômes qui
s'apparentent aux fonctions psychiques, aux limitations d'activités et
aux relations sociales. De même, le DSM IV (Diagnostic and Statistical
Manual of Mental Disorders, 1994) tout comme sa dernière version (DSM V,
2013) consacre le quatrième axe aux problèmes psychosociaux et
environnementaux pouvant affecter le diagnostic, le traitement et le pronostic
des troubles mentaux. Il englobe les problèmes liés à
l'environnement social, aux problèmes d'éducation, de logement,
à l'accès aux services de santé, aux
problèmes professionnels, ou encore économiques. Le
cinquième axe permet d'effectuer une évaluation
globale du fonctionnement d'un individu selon dix niveaux psychologiques,
sociaux et professionnels. En 2002, Le rapport Charzat a montré
l'importance des facteurs sociaux et environnementaux dans la conception de la
maladie mentale au-delà de son aspect strictement médical. La
reconnaissance du handicap psychique s'est donc naturellement inscrite dans
« un élargissement des perspectives et des publics [...] à
travers la promotion de la santé mentale qui a vocation à
dépasser l'approche strictement psychiatrique des troubles mentaux pour
englober les aspects médico-sociaux de la prise en charge des
désordres mentaux, petits ou grands » (Eideliman, 2009). C'est
ainsi qu'ont vu le jour de nombreuses études relatives au maintien
à domicile et aux activités de la vie quotidienne des personnes
souffrant de maladies mentales (Eidelman, 2009, l'enquête
handicaps-incapacités-dépendances, Insee, 2008) ou à leur
insertion professionnelle (Pachoud et al., 2009).
Plusieurs grilles d'évaluation ont été
développées depuis les années 1980 afin d'inventorier le
plus exhaustivement possible les compétences et les difficultés
des individus souffrant de maladies psychiatriques afin d'adapter la prise en
charge spécifiquement à leur souffrance psychique. Les
habiletés à la vie quotidienne renvoient aux capacités
telles que prendre soin de sa santé et de son hygiène,
gérer son argent, ou encore s'alimenter correctement. (Lecomte, Leclerc,
2004) Nous pouvons citer la grille New York (Furman et Lund, 1979) ou encore
l'évaluation des habiletés à la vie autonome (Wallace et
al., 1985). Actuellement, la grille d'évaluation G-map, en cours de
validation, vise à décrire les restrictions dans le handicap
psychique ou cognitif en tenant compte de l'environnement. (Koleck et al.,
2014)
b) Le sentiment d'autonomie
Il ne s'agit pas seulement d'avoir les capacités
d'être autonome, il faut également s'en sentir capable. De
nombreuses études ont prouvé les liens entre le sentiment
d'autonomie et
les compétences en contexte professionnel et scolaire
et non dans un contexte de souffrance psychique. Bandura (2007) a
déterminé que le modelage, comme observation d'un modèle,
permet une amélioration du sentiment de compétences, premier pas
vers l'acquisition de l'autonomie. Au niveau professionnel, Zarifian (2001)
considère que « l'autonomie est une condition incontournable d'un
déploiement de la compétence » et, d'autre part, Deci et
Ryan (1996) placent au centre du bien-être psychologique la notion de
sentiment d'autonomie. Cette théorie, dite également la
théorie de l'autodétermination, repose sur l'idée que
l'être humain tend à satisfaire trois besoins fondamentaux : un
besoin d'autonomie qui suppose que l'individu doit avoir le sentiment de
maîtriser ses choix lorsqu'il entreprend une action (Decharms, 1968, Deci
et Ryan, 1985), un besoin de compétences qui renvoie au sentiment
d'efficacité d'un individu sur l'environnement (Deci, 1975, White, 1959)
et, enfin, un besoin de relations avec autrui qui correspond au sentiment
d'appartenance et à celui d'être relié à des
personnes importantes pour soi (Baumeister et Leary, 1995, Ryan, 1993). Il a
été prouvé que cette théorie avait des applications
au niveau clinique : de nombreuses études ont démontré que
la motivation à l'autonomie permettait une meilleure adhésion des
personnes souffrant de pathologies psychiatriques aux traitements (Ryan, Deci,
2008). La persévérance et la volonté d'aboutir ce que l'on
entreprend ainsi que le sentiment d'agir sur l'environnement sont des
caractéristiques de la théorie d'agentivité et du
sentiment d'efficacité personnelle décrits par Bandura (1986,
1997, 2003), ce qui en fait un facteur intrinsèque au sentiment
d'autonomie (Roger et Othmane, 2011).
3)
Le sentiment d'efficacité personnelle
a) La théorie sociocognitive et la notion
d'agentivité
La théorie sociocognitive (Bandura, 1986, 1997) est
basée sur la notion de déterminisme réciproque,
c'est-à-dire la production d'effets par des événements,
entre les facteurs personnels internes (événements
cognitifs, émotionnels et biologiques), les
comportements et l'environnement. Bien que chacune de ces
trois catégories de facteurs n'aient pas forcément le même
impact selon l'activité et les circonstances, elles s'influencent
réciproquement pour créer une structure triadique causale et
interdépendante. Cette interaction signifie alors que les individus sont
à la fois les produits mais aussi les producteurs de leur environnement
(Wood et Bandura, 1989). «Pouvoir être à l'origine d'actes
visant des objectifs définis » devient alors la
caractéristique clé de l'agentivité humaine, notion
centrale de cette théorie. Elle opère au sein de cette structure
triadique et inclue la pensée réflexive (la réflexion sur
soi et ses expériences) et l'influence des individus sur eux-mêmes
et leurs comportements (Bandura, 1986).
Le sentiment d'efficacité personnelle définie
comme étant « la croyance d'un individu en ses capacités
d'organiser et d'exécuter la ligne de conduite requise pour
réaliser ses objectifs » est le concept organisateur central de la
théorie sociocognitive et compte parmi les principaux mécanismes
régulateurs des comportements. (Bandura, 2003) En effet, si une personne
pense qu'elle est incapable de produire certains résultats, elle
n'essaiera pas de les obtenir et ne modifiera donc pas ses comportements, ses
pensées ou son environnement.
b) Caractéristiques du sentiment
d'efficacité personnelle
Le sentiment d'efficacité personnelle va participer
grandement à la connaissance de soi et va permettre à un
individu de choisir ses activités, son environnement et de
déterminer la dépense d'efforts, leur persistance, les types de
pensées et les réactions émotionnelles. Il est
également fortement corrélé au concept de performance en
exerçant un rôle sur la manière dont les individus vont
choisir leurs objectifs et leurs actions et sur la manière dont ils vont
mobiliser et organiser leurs compétences (Sadri et Robertson, 1993).
Contrairement aux compétences à la vie autonome sans cesse
soumises à des variations (Escaffre, 2011), le sentiment
d'efficacité personnelle est relativement stable dans le temps.
(Scherrer et al.,1982)
Cependant, tout comme dans le modèle de l'épisode
de stress (Lassarre, 2003 cité par
Bandura, 2007), la double évaluation des ressources et
de l'enjeu de l'événement en termes de défi, de perte ou
de menace dans un contexte transactionnel et une attente de résultats et
de performance, pèsent sur les croyances d'efficacité personnelle
(Bandura, 2007). Elles vont alors varier en fonction de quatre sources. Les
informations issues des expériences personnelles, les succès et
échecs rencontrés et la manière dont on va en
développer des outils cognitifs, comportementaux et
autorégulateurs vont faire varier la perception de l'efficacité
personnelle. (Flavel, 1970 cité par Bandura, 2007). Ces
expériences actives de maîtrise deviennent alors un indicateur de
capacité et la source la plus influente du sentiment d'efficacité
personnelle. (Bandura, 2003). En outre, dans certaines circonstances
particulières, la comparaison sociale est un facteur primaire de
l'auto-évaluation des capacités (Suls et Miller, 1977). Ainsi, le
sentiment d'efficacité personnelle va fortement varier et être
modelé en fonction de ceux à qui un individu va se comparer
socialement (Bandura et Jourden, 1991 ; Wood, 1989). C'est ce que l'on appelle
l'expérience vicariante, la seconde source du sentiment
d'efficacité personnelle. Ensuite, la persuasion verbale, sous la forme
d'encouragements par exemple, favorisera également le renforcement des
croyances d'un individu en son efficacité en l'assurant de ses
capacités. Enfin, les états émotionnels et physiologiques
la feront également varier en modifiant la compréhension et
l'interprétation des situations. Ces différentes sources du
sentiment d'efficacité personnelles concourent à former des
croyances qui régulent les pensées, les comportements et les
émotions des individus, grâce à des processus
médiateurs cognitifs (au niveau des constructions cognitives ou de la
pensée inférentielle), motivationnels (avec ici la notion de but
et la signification de l'enjeu évoqués par Lassarre),
sélectifs (sélection de l'environnement et des types
d'activités) et au niveau de la régulation émotionnelle.
(Bandura, 2003)
c) L'impact du sentiment d'efficacité personnelle
sur la santé mentale
Au niveau clinique, le sentiment d'efficacité personnelle
a été décrit en fonction de
son impact sur l'apparition et le traitement des troubles
psychiatriques et non sur la souffrance psychique. Il conditionne en partie
l'activation de l'anxiété chez les individus (Kent et Gibbons,
1987, Ozer et Bandura, 1990). L'inefficacité perçue à
gérer des situations de menaces potentielles provoque des
réactions d'anxiété anticipatoire et un comportement
d'évitement. Ainsi, le sentiment d'efficacité personnelle agit
à la fois sur la perception de la vulnérabilité
personnelle et sur la perception du risque encouru alors que la tendance
à l'anxiété est un faible prédicteur. Des
études ont montré que le sentiment d'efficacité
perçue prédit le niveau d'anxiété ressentie et
manifestée en influençant le comportement de coping au niveau du
contrôle que les individus pensent avoir sur la situation, la
pensée, l'évaluation de l'enjeu, et l'environnement. (Alden,
1986, Leland, 1983, Krampen, 1988, Williams et Zane, 1989).
De même, le facteur central commun aux différents
sous-processus de dépression est un sentiment d'inefficacité
profond concernant la capacité à produire des résultats
positifs sur la qualité de vie, les relations sociales
souhaitées, les résultats des actions engagées
espérés et le contrôle des pensées
désespérantes. (Bandura, 2003) L'efficacité perçue
à contrôler les pensées déprimantes est le meilleur
prédicteur des résultats du traitement de la dépression
(Kavanagh et Wilson, 1989 cités par Bandura, 2007), notamment parce
qu'elle agit sur l'interprétation des événements et les
inférences erronées, sources de la dépression (Beck,
1984). Plus le traitement a renforcé l'efficacité à
contrôler les pensées déprimantes, plus la réduction
de la dépression a été importante et moins il y a eu de
récurrences d'épisodes de dépression au cours de
l'année suivant la thérapie. L'amélioration des
compétences sociales et donc l'augmentation du sentiment
d'efficacité personnelle en contexte social permettent aux individus de
développer des relations émotionnelles satisfaisantes qui
réduisent la vulnérabilité à la dépression
(Coyne, 1990).
En ce qui concerne la toxicomanie et l'alcoolodépendance,
l'efficacité personnelle
perçue à s'abstenir de drogue est l'un des
prédicteurs les plus significatifs de la consommation de drogue à
court et à long terme. (Gossop et al., 1990) Plus l'efficacité
autorégulatrice perçue suscitée par le traitement est
élevée, plus les consommateurs d'opiacés s'abstiennent de
drogue. Un faible sentiment d'efficacité à résister aux
pressions sociales chez les adolescents ou à gérer les
états émotionnels désagréables chez les buveurs
chroniques est un facteur de la dépendance à l'alcool. (Young,
Oei, Crook, 1994 cités par Bandura, 2007).
La croyance d'un individu en son efficacité à
s'autoréguler concerne également le traitement des troubles
alimentaires. Le sentiment d'efficacité personnelle est un très
bon prédicteur de l'ampleur de la perte de poids chez les personnes
souffrant d'obésité et de leur persévérance
à suivre les programmes d'amaigrissement (Bernier et Award, 1986 ;
Jeffrey et al., 1984). L'efficacité autorégulatrice a
été démontrée au niveau de la gestion du poids
(Shannon et al., 1990) et son rôle médiateur a été
prouvé dans les écarts chez les personnes au régime (Green
et Saenz, 1995). Il permet alors à un individu de contrôler ses
habitudes alimentaires en améliorant la résistance aux pressions
sociales ou à la compensation des émotions négatives par
l'alimentation dans le cas de l'obésité et en permettant
d'identifier les situations pénibles dans le changement de leur conduite
alimentaire. Ainsi, une amélioration du sentiment d'efficacité
personnelle permet de réduire leur vulnérabilité à
la rechute. De plus, le sentiment d'efficacité personnelle à
gérer des événements stressants et à
résister aux crises d'hyperphagie a été le
prédicteur le plus constant du comportement boulimique. (Love et al.,
1995)
4) Les schémas précoces
inadaptés
La thérapie des schémas repose sur un
modèle intégratif qui se propose d'étendre les
méthodes des thérapies cognitivo-comportementales en y incluant
des éléments issus d'autres écoles de pensées
telles que la psychanalyse, la Gestalt-thérapie, la théorie de
l'attachement et le constructivisme. Elle s'appuie sur la notion de
schémas précoces inadaptés définis comme
étant « des modèles ou des thèmes
importants et envahissants pour l'individu [...] constitués de
souvenirs, d'émotions, de pensées et de sensations corporelles.
Ils concernent la personne et ses relations avec les autres. Ils se sont
développés au cours de l'enfance ou de l'adolescence. Ils se sont
enrichis et complexifiés tout au long de la vie. » (Young et al.,
2005). Ces schémas agiraient alors comme « un modèle
imposé par la réalité ou l'expérience qui permet
aux individus d'expliquer les faits, d'en appréhender la perception, et
de guider leurs réponses. [ ... ] Le schéma est un programme
cognitif qui intervient comme guide dans l'interprétation de
l'information et la résolution de problèmes. » (Young et
al., 2005)
Sans être forcément d'origine traumatique, ils
sont la conséquence de besoins affectifs fondamentaux non satisfaits que
sont la sécurité liée à l'attachement aux autres,
l'autonomie, la compétence et le sens de l'identité, la
liberté de pouvoir exprimer ses besoins et ses émotions, la
spontanéité et le jeu, et enfin, les limites et
l'autocontrôle. Les expériences précoces que sont la
frustration de ces besoins ou un excès de satisfaction de certains
d'entre eux, la traumatisation ou la victimisation, et l'identification
sélective de l'enfant à des personnes importantes dont il aurait
internalisé les pensées, les émotions, les
expériences ou les comportements participent à leur
élaboration et provoque l'activation des schémas, même des
années après qu'elles aient eu lieu. De même, le
tempérament d'un individu participe à cette élaboration.
Inné, unique et relativement stable avec le temps (Kagan, Reznik et
Sidman, 1988), Young le définit hypothétiquement comme un
ensemble de points pris sur sept dimensions formant des continuums (Annexe
1).
Les cinq besoins affectifs fondamentaux définis par
Young sont à la base de cinq domaines contenant 18 schémas.
(Annexe 1) L'un d'eux est spécifiquement lié au manque
d'autonomie et de performances. Ainsi, les schémas de «
dépendance », de « vulnérabilité »,
« d'échec » et de « fusionnement »
présentent tous le point commun de présenter une
incapacité à se forger une identité propre, de prendre des
décisions, de se fixer des objectifs et
une difficulté à vivre de manière
indépendante.
Les croyances des individus en leurs propres capacités
sont également mentionnées dans la théorie des
schémas. La difficulté à se sentir compétent au
niveau social est évoqué par exemple dans le domaine «
séparation et rejet » dans lequel les individus ont les plus
grandes difficultés à entretenir des relations sures et
satisfaisantes. Le schéma « d'échec » est défini
comme étant la croyance que « le patient échouera
inévitablement dans les secteurs où il doit performer et qu'il
sera fondamentalement inadéquat par rapport à ses pairs »,
et le schéma « d'imperfection » est le sentiment d'être
mauvais ou inférieur aux autres. (Young, 2003)
Au niveau clinique, tout comme le sentiment
d'efficacité personnelle, les schémas précoces
inadaptés ont été étudiés en fonction de
leur impact sur les troubles de la personnalité et sur certaines
pathologies psychiatriques. L'activation des schémas relatifs aux
compétences et aux relations sociales a été
corrélée à la vulnérabilité à la
dépression et à sa sévérité (Cormier et al.,
2011) et aux troubles anxieux (Young, 2003, Cousineau, 2004). Cependant, une
place importante est donnée à la souffrance psychique et à
ses conséquences sur les compétences à la vie autonome et
ses relations sociales. Young (2005) préconise en effet de «
commencer [la thérapie] par le comportement le plus
problématique, c'est-à-dire celui qui cause le plus de souffrance
au patient et qui interfère le plus avec ses activités et ses
relations interpersonnelles ».
Hypothèses et objectifs
L'objectif de cette étude est d'explorer les liens
entre les habiletés à la vie autonome, le sentiment
d'efficacité personnelle et les schémas précoces
inadaptés dans un contexte de souffrance psychique importante. Nous
poserons les hypothèses suivantes :
H1 : Il y a une corrélation positive
entre le sentiment d'efficacité personnelle et les habiletés
à la vie autonome chez les personnes en situation de handicap
psychique.
H2 : Le lien entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome est d'autant plus fort qu'il y a de schémas précoces
inadaptés activés chez les personnes en situation de handicap
psychique.
II Recherche clinique
1) Etude populationnelle
a)
Méthodologie
Description de la population
étudiée
La population étudiée dans cette étude
compte 14 sujets, dont 9 hommes et 5 femmes. Ils sont âgés de 27
à 58 ans (m = 42,58 ans, ? = 11,2). 2 sujets, hors des critères
d'inclusion définis pour l'étude ont été exclus.
Les critères d'inclusion sont les suivants :
- Avoir signé un formulaire de consentement
éclairé (Annexe 2)
- Etre âgé de 18 à 65 ans
- Parler français couramment
- Souffrir d'une maladie psychiatrique grave,
diagnostiquée par un psychiatre.
- Etre suivi par un SAMSAH spécialisé dans le
handicap psychique. Les critères d'exclusion étaient les
suivants :
- Présenter une déficience intellectuelle
- Etre sous l'effet d'une substance psycho-active décrite
dans le DSM V.
Sujets
|
Sexe
|
Age
|
Pathologie
|
A
|
H
|
52
|
Dépression psychotique
|
B
|
H
|
27
|
Phobie sociale
|
C
|
H
|
58
|
alcoolodépendant/EDM
|
D
|
F
|
52
|
EDM
|
E
|
H
|
33
|
Alcoolodépendant
|
F
|
F
|
34
|
Troubles anxieux
|
G
|
F
|
46
|
EDM
|
H
|
H
|
50
|
Troubles anxieux/boulimie
|
I
|
F
|
57
|
EDM
|
J
|
F
|
28
|
Troubles bipolaires
|
K
|
H
|
39
|
Troubles anxieux
|
L
|
H
|
34
|
Troubles anxieux
|
EDM : épisode dépressif majeur
Procédure et choix du matériel
utilisé
Tout d'abord, un premier entretien a été
effectué afin de présenter au sujet la recherche et ses
modalités. Le formulaire de consentement éclairé a
été soumis à signature. (Annexe 2) Puis, dans un second
entretien, nous avons testé la variable indépendante
prédictrice (le sentiment d'efficacité personnelle) grâce
à l'échelle d'évaluation du sentiment personnelle de
Scherer et al. (1982) et la variable dépendante à prédire
(les habiletés à la vie autonome) grâce à
l'échelle d'évaluation des habiletés à la vie
autonome de Wallace, Kochanowicz et Wallace (1985). Dans un troisième
entretien, nous avons mesuré la variable modératrice (le nombre
de schémas précoces inadaptés) grâce au
questionnaire des schémas de Young en version abrégée
(1995, 1999). Chaque passation de questionnaires a ensuite été
immédiatement suivie par un entretien semi-directif dans lequel nous
reprenions chacune des réponses des sujets dans l'ordre de succession
des items. Enfin, dans un dernier entretien, nous avons effectué la
restitution de leurs résultats aux sujets à l'oral et à
l'écrit et nous avons recueilli leur avis et conclusion au sujet des
résultats et de la participation à l'étude en
général. (Annexe 7)
Les modalités individuelles habituelles de leur prise
en charge ont été suivies : chacun des questionnaires a
été renseigné, toujours en notre présence, dans les
locaux du SAMSAH pour 4 sujets et à leur domicile pour 8 sujets.
Mesure des habiletés à la vie autonome
Nous avons utilisé l'échelle des habiletés
à la vie autonome (EHVA) créé par Wallace, Kochanowicz et
Wallace en 1985 sous le nom d'Independant Living Skills Survey. (Annexe
3) Cette échelle vise à obtenir « la
représentation que se fait une personne de son adaptation à la
communauté définie comme étant la capacité de
remplir des tâches nécessaires pour vivre de manière
satisfaisante et indépendante » sur une période des 30
derniers jours. Elle comprend 92 items divisés en treize
sous-échelles : hygiène personnelle, apparence et tenue
vestimentaire, entretien ménager, entreposage et préparation des
aliments, santé, gestion financière, transport, loisirs et
communauté, recherche de travail, se maintenir au travail, relations
sociales, gestion des symptômes, et relations avec les proches. Sa
cotation est en 3 points : oui, non ou « ne s'applique pas ». Le
score global et celui de chaque dimension sont calculés par la somme des
réponses « oui » divisé par le total théorique
dont on soustrait le nombre de réponses « NSP ». Elle contient
76 items d'auto-évaluation et 16 items d'évaluation par
l'interviewer. L'échelle utilisée a été traduite en
français par Jérôme Favrod en 2002. Cette traduction
reprend celle réalisée par Cyr, Toupin et Lesage (1995) dont les
propriétés psychométriques ont été
vérifiées et mesurées auprès de patients
psychotiques : la fidélité test-retest satisfaisante (variant de
0,48 à 0,85 sur deux semaines), comparable à la consistance
interne (variant de 0,47 à 0,93). Favrod l'a enrichie de 4 dimensions
(relations sociales, relations avec les proches, se maintenir au travail et la
gestion des symptômes). Il ne nous a pas été possible de
trouver des études de validations de ces sous-échelles
précisément. Cependant, il nous a paru essentiel de mesurer
l'autonomie également sous ces dimensions car ce test permet de couvrir
les différentes difficultés recensées dans la notion de
handicap psychique.
Mesure du sentiment d'efficacité personnelle
(SEP)
L'échelle d'évaluation du SEP que nous avons
utilisée est la traduction française de
celle développée par Sherer et al. (1982)
(Annexe 4). Elle comporte 21 énoncés regroupés en deux
sous-échelles : une associée aux perceptions du sentiment
d'efficacité personnelle en général, l'autre à
celles du sentiment d'efficacité personnelle en contexte social. Les
réponses proposées montrent le degré d'accord de
l'individu à l'énoncé et se situent sur une échelle
de Lickert en 5 points de « absolument pas d'accord » à «
tout à fait d'accord ». Les scores de SEP en contexte social et
général sont obtenus en calculant la somme des réponses
pondérées. Le score de SEP global est la somme des scores du SEP
en contexte social et général. Cet outil de mesure a
été développé pour être utilisé dans
plusieurs contextes. Il présente également une très bonne
fidélité pour les deux dimensions étudiées (alpha
de Cronbach de 0,86 en ce qui concerne le SEP général et de 0,71
pour le SEP en contexte social (Sherer et al. 1982)) Une analyse factorielle
indique une solution à deux facteurs expliquant 35 % de la variance
totale (Sherer et al., 1982). Le premier facteur de 17
énoncés représente le SEP général de
l'instrument. Il explique 26,5 % de la variance totale. Le deuxième
facteur contient les 6 énoncés de SEP social et explique 8,5 % de
la variance totale. Enfin, elle comporte 11 items inversés, ce qui
permet d'éviter l'effet de Halo.
Mesure du nombre de schémas précoces
inadaptés (SPI)
Le questionnaire choisi pour identifier les schémas
précoces inadaptés est le questionnaire des schémas de
Young (1994) dans sa version abrégée (YSQ-S1) traduite en
français par Jean Cottraux (1995, 1999). (Annexe 5) Il contient 75 items
explorant 15 schémas : méfiance et abus, manque affectif,
imperfection/honte, isolement social, abandon, peur du danger et de la
maladie, fusionnement, personnalité atrophiée, échec,
droits personnels exagérés/grandeur, contrôle de
soi/autodiscipline insuffisants, assujettissement, abnégation,
surcontrôle émotionnel, idéaux et critiques exigeants. Les
réponses proposées sont cotées de 1 à 6 selon
qu'elles décrivent le sujet plus ou moins bien et selon la
période de sa vie concernée, énoncées comme suit :
« cela ne m'a jamais correspondu tout au long de ma
vie » (1) à « me décrit parfaitement
tout au long de ma vie ». (6) L'activation de chaque schéma est
mesurée par 5 items du questionnaire. La fidélité
test-retest, la cohérence interne et les indices de validité
convergente et divergente sur des populations cliniques et non cliniques sont
satisfaisantes. (Welburn, Coristine, Dagg, Pontefract, & lordan, 2002; Lee,
Taylor & Dunn, 1999; Schmidt, loiner, Young & Teich, 1995, cités
par Young, 2005).
Hypothèses opérationnelles
H1a : plus le score global du sentiment
d'efficacité personnelle est élevé, plus le score global
des habiletés à la vie autonome sera élevé.
H2a : plus le nombre de schémas
précoces activés est élevé, plus le score global du
sentiment d'efficacité personnelle est faible.
H2b : plus le nombre de schémas
précoces inadaptés activés est élevé, plus
le score global des habiletés à la vie autonome est faible.
H2c : le nombre de schémas
précoces inadaptés activés modère le lien entre le
sentiment d'efficacité personnelle et les habiletés à la
vie autonome.
Procédure analytique
Dans un premier temps, nous effectuerons une analyse
statistique descriptive pour chacune des trois variables
étudiées. Nous visualiserons tout d'abord les données,
nous représenterons la distribution, puis nous analyserons les indices
de tendance centrale, sa dispersion et sa forme. Le nombre de sujets
participants à cette étude étant supérieur à
10, il est possible de pratiquer sur cet échantillon des statistiques
inférentielles. Afin de mesurer l'hypothèse H1a nous
procèderons à une analyse du diagramme de corrélation.
Puis, comme ces variables sont continues, nous calculerons à l'aide de
SPSS le coefficient r de Bravais- Pearson nous permettant de mesurer
l'existence et la significativité de la corrélation entre les
variables SEP et HVA. Un effet modérateur est défini comme
étant un effet non linéaire d'interaction entre la variable
indépendante et modératrice [...] qui génère une
modification
de l'intensité et/ou de la forme de la relation entre
la variable indépendante et dépendante » (El Akremi,
Roussel, 2002). Afin de le mesurer, nous effectuerons une régression
multiple et hiérarchique en analysant les effets principaux du SEP sur
HVA et nous introduirons le nombre de SPI et le terme multiplicatif SEP*SPI
représentant l'effet d'interaction non linaire afin d'obtenir deux
équations structurelles. Le rôle modérateur sera
établi si le coefficient de détermination R2 de la seconde
régression sera significativement meilleur que celui de la
première régression. Dans ce cas, ceci montrera que l'ajout de
l'effet modérateur améliore la validité prédictive
du modèle. Idéalement, une analyse factorielle confirmatoire
serait nécessaire afin d'établir la validité du
modèle de mesure (Aiken, West, 1991, Ping, 1995 cités par El
Akremi, Roussel, 2002).
b) Résultats (Scores bruts : Annexe 6)
Analyse descriptive
Les trois variables étudiées sont des variables
quantitatives continues. (Annexe 7 : Tableau 1)
Le sentiment d'efficacité personnelle (SEP)
Pour ces 12 individus, le score moyen de SEP se situe à
69,5 et la valeur médiane à 71. Cela signifie que 50% des sujets
ont obtenu moins de 71 points à l'échelle d'évaluation du
SEP.
Les scores observés vont de 50 (minimum) à 89
(maximum) soit une étendue de 39 entre les scores les plus
extrêmes. La dispersion moyenne des scores du SEP est d'environ 12,67
autour de la moyenne selon l'écart absolu moyen. La dispersion moyenne
des scores des sujets obtenus à l'échelle d'évaluation du
SEP est, selon l'écart-type corrigé de 14,32 points autour de la
moyenne : les sujets ont donc obtenu en moyenne entre 55,18 et 83,82 points.
Habiletés à la vie autonome (HVA)
Pour ces 12 individus, le score moyen des habiletés
à la vie autonome se situe à 0,71 et la valeur médiane
à 0,69. 50% des sujets ont obtenu un score de plus de 0,69 à
l'EHVA.
Les scores observés vont de 0,56 (minimum) à
0,83 (maximum) soit une étendue de 0,27 entre les scores les plus
extrêmes. La dispersion moyenne des scores obtenus à l'EHVA est de
0,05 autour de la moyenne. La dispersion moyenne des scores obtenus à
l'EHVA est, selon l'écart-type corrigé de 0,075 points autour de
la moyenne : les sujets ont donc obtenu, en moyenne entre 0,634 et 0,785
points.
Les schémas précoces inadaptés
(SPI)
Pour ces 12 individus, le score moyen observé au
questionnaire des schémas est de 5,17 et la valeur médiane
à 4,5. La moitié des sujets de cet échantillon
présente au moins 5 schémas d'activés. Les scores
observés vont de 2 (minimum) à 10 (maximum) soit une
étendue de 8 entre les scores les plus extrêmes. La dispersion
moyenne des scores obtenus au questionnaire des schémas est de 2 autour
de la moyenne. La dispersion moyenne du nombre de SPI est, selon
l'écart-type corrigé de 2,588 schémas autour de la
moyenne. Les sujets ont donc, en moyenne entre 3 et 8 (arrondi à
l'unité) schémas précoces activés.
Analyse inférentielle sur SPSS
Validité du construit
Nous avons tout d'abord effectué des tests de
normalité (Kolmogorov-Smirnov, Shapiro-Wilks et Swekness Kurtosis).
Ceux-ci ont montré, pour les 3 variables, que nous ne pouvons pas
rejeter H0=les distributions suivent une loi normale (Annexe 7 : Tableau 2 et
3). Ensuite un test de fiabilité a été
réalisé : l'alpha de Cronbach. Celui-ci étant de 0.699 en
se basant sur des éléments standardisés, le modèle
est jugé acceptable car proche du seuil de 0.70 (Nunnaly, 1978). (Annexe
6 : Tableau 4)
Cependant, la matrice de corrélation
inter-éléments (Annexe 7 : Tableau 5) nous montre que SPI n'est
pas suffisamment corrélé à la variable HVA notamment
(0.21) et pourrait être exclue du modèle. En effet par convention
un minimum de 0.40 est nécessaire pour admettre une corrélation
entre les variables. Cependant dans le tableau 6 (Annexe 7), on constate une
corrélation complète des éléments
corrigés supérieure à 0.40 pour les 3 variables. Elle
correspond à la corrélation entre un facteur et la somme des
autres facteurs. Cette dernière information nous incite à
conserver toutes les variables pour l'analyse de régression multiple
hiérarchique qui va suivre en émettant malgré tout une
réserve sur l'influence des SPI dans le modèle global, cette
influence restant à confirmer.
Régression multiple hiérarchique
Nous avons réalisé une analyse du
diagramme de corrélation entre SEP et HVA (Annexe 7). Celle-ci
nous a permit de dégager 2 modèles sur SPSS à analyser
pour cette étude. Le modèle 1 s'intéresse au lien entre la
variable prédictrice SEP et la variable à prédire HVA. Le
modèle 2 introduit 2 variables (Annexe 7 : Tableau 7): SPI et le terme
d'interaction SEP*SPI afin d'étudier la modération.
Matrice des corrélations
|
HVA
|
SEP
|
SPI
|
Interaction SEP*SPI
|
Corrélation de Pearson
|
HVA
|
1,000
|
,690
|
-,210
|
,066
|
SEP
|
,690
|
1,000
|
-,410
|
,029
|
|
SPI
|
-,210
|
-,410
|
1,000
|
,878
|
|
SEP*SPI
|
,066
|
,029
|
,878
|
1,000
|
Sig. (unilatéral)
|
HVA
|
.
|
,006
|
,256
|
,419
|
|
SEP
|
,006
|
.
|
,093
|
,464
|
|
SPI
|
,256
|
,093
|
.
|
,000
|
|
SEP*SPI
|
,419
|
,464
|
,000
|
.
|
L'analyse de ce tableau permet de répondre aux
premières hypothèses opérationnelles :
- H1a : r = 0,69 avec p = 0,006/2 < 0,05.
r > 0,50, la corrélation est positive et très
forte entre SEP et HVA selon les balises de Cohen (1988). H1a est
validée au risque de 5%.
- H2a : r = -0,41 avec p = 0,093/2 < 0,05
-0,30<r<-0,50, la corrélation est négative et
moyenne entre SEP et SPI. H2a est validée au risque de
5%.
- H2b : r = -0,21 avec p = 0,256/2 > 0,05
r < -0,30 il y a une très faible corrélation
entre SPI et HVA, cependant p > 0,05 nous indique qu'elle n'est pas
statistiquement significative au risque de 5 %. H2b ne peut pas
être validée.
L'analyse de la variance fournie par SPSS (Annexe 7 : Tableau
8) indique :
- Modèle 1 : F(1,10) avec p = 0,013.
Nous avons moins de 1.3 % de risque de se tromper en affirmant
que SEP contribue à mieux prédire HVA que la simple moyenne.
H1a est confirmée.
- Modèle 2 : F(3,8) avec p = 0.115
Nous avons 11,5 % de risque de se tromper en affirmant que SPI
et SPI*SEP contribuent à mieux prédire HVA que la simple moyenne.
La part d'erreur est ici importante mais nous avons décidé de
continuer l'analyse pour confirmer l'apport peu significatif de la
modération dans le modèle global.
Récapitulatif des
modèlesc
Modèle
|
R
|
R-deux
|
R-deux ajusté
|
Erreur standard de l'estimation
|
Modifier les statistiques
|
Durbin- Watson
|
Variation de R-deux
|
Variation de F
|
ddl1
|
ddl2
|
Sig. Variation de F
|
1
|
,690a
|
,477
|
,424
|
,05737
|
,477
|
9,106
|
1
|
10
|
,013
|
2,182
|
2
|
,710b
|
,504
|
,319
|
,06242
|
,028
|
,225
|
2
|
8
|
,804
|
a. Prédicteurs : (Constante), Sentiment
d'Efficacité Personnelle
|
b. Prédicteurs : (Constante), Sentiment
d'Efficacité Personnelle, Interaction SEP*SPI, Schéma
Précoce Inadapté
c. Variable dépendante : Habileté à la Vie
Autonome
Nous constatons que R = 0.69 pour le modèle 1 et R =
0.71 pour le modèle 2 la corrélation est significative entre les
variables prédictrices et la variable à prédire dans nos
modèles.
- Modèle 1 : R2 = 0.477 et F(1,10) =
9.106 avec p = 0.013 < 0.05
La variable prédictrice SEP explique 47,7 % de la
variance de HVA. SEP a donc fait passer le R2 de 0.00 (modèle sans
prédicteur) à 0.477, ce qui est une augmentation significative,
telle que révélée par la variation de F. R2 ajusté
= 0.424. SEP explique 42.4 % de la variance de HVA étendu à une
population parente.
- Modèle 2 : R2 = 0,504 et F(2,8) = 0,225
avec p = 0,804 > 0,05
R2 passe de 0.477 à 0.504 lorsque les variables
modératrices SPI et SEP*SPI sont ajoutées à
l'équation; l'augmentation du R2 entre le modèle 1 et le
modèle 2 est donc de 0.028 et la variation de F nous indique que cette
augmentation de variance expliquée n'est pas significative.
Ces résultats confirme donc un réel potentiel de
prédiction des HVA par le SEP (H1a) mais confirme que SPI ne contribue
pas significativement à l'amélioration de l'explication de HVA.
Nous pouvons rejeter H2c.
Maintenant que nous savons que le modèle 1 est celui
qui explique le plus de variance il est possible de construire
l'équation de la droite de régression de la forme HVA = a*SEP+b
pour prédire une valeur de HVA en fonction de SEP (Annexe 7 : Tableau
9)
HVA = 0.004*SEP+0.458
Chaque point supplémentaire de SEP augmente le score de
HVA de 0.004. En outre, l'erreur standard du modèle (0.057) nous indique
qu'un résultat prédit X de HVA donné par cette
équation pourra varier dans la fourchette suivante X-0.057 < X <
X+0.057
Le test de Student permet de savoir si le coefficient est
significatif (t?0). Dans le modèle 1, on constate que pour SEP il est
significativement non nul au risque de 5 % (p =
0.013 < 0,05), tandis que dans le modèle 2 pour SPI
et SPI*SEP les coefficients ne sont pas significativement non nul au risque de
5 % (p = 0.538 et p = 0.572 > 0,05)
Même conclusion pour les intervalles de confiance, il ne
faut pas que la valeur 0 se situe entre les deux intervalles. Dans le
modèle 1 on est sûr à 95 % que l'augmentation du score de
HVA sera comprise entre 0.001 et 0.004 pour un point supplémentaire de
SEP, mais pas dans le modèle 2 (exemple -0.061<SPI< 1.08), une
différence de 0 est une valeur possible. Enfin la valeur Bêta
indique le coefficient de corrélation entre les variables si on
avait
standardisé toutes les variables avant de commencer la
régression linéaire. Dans le modèle 1 il n'y a qu'une
variable prédictrice donc le Bêta est le même que la
corrélation déjà vue dans le tableau de corrélation
0.69. On peut lire que la variation d'un écart-type pour le score de SEP
aura un impact de 0.69 écart-type sur le score de HVA. Dans le
modèle 2, pour les 3 variables prédictrices (SEP, SPI et SEP*SPI)
on a respectivement 1.041, 0.81 et -0.675. Dans ce modèle, l'impact du
SEP (variable indépendante) semble bien plus important une fois encore
que l'impact des SPI et de l'interaction SEP*SPI (variables
modératrices)
La validation de H1a et le rejet de H2c sont
confirmés par ces derniers éléments.
III Discussion générale
1)
Synthèse des résultats de l'étude
L'hypothèse H1 consistait à déterminer
s'il existait une corrélation positive entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome chez les personnes en situation de handicap psychique.
L'hypothèse H2 proposait que le nombre de schémas précoces
inadaptés activés avait un effet modérateur sur le lien
entre le sentiment d'efficacité personnelle et les habiletés
à la vie autonome dans un contexte de handicap psychique c'est-à-
dire savoir si elle modifiait l'intensité ou la forme du lien entre ces
deux dernières variables.
Analyse de la corrélation entre sentiment
d'efficacité personnelle et habiletés à la vie
autonome.
Cette étude démontre une corrélation
positive forte entre le sentiment d'efficacité personnelle et les
habiletés à la vie autonome avec un r de Pearson de 0,69 et un
pourcentage de prédictibilité de la variance des habiletés
à la vie autonome par le sentiment d'efficacité personnelle de
42,4%, nous permettant ainsi de valider notre première hypothèse
théorique.
Ces résultats nous montrent que le sentiment
d'efficacité personnelle est corrélé positivement aux
habiletés à la vie autonome dans un contexte de souffrance
psychique important. Ceci vient compléter les études
précédemment citées dans lesquelles cette
corrélation avait été démontrée dans
d'autres contextes, professionnels et scolaires notamment. De même, le
sentiment d'efficacité personnelle considérée comme
étant partie intégrante du sentiment de compétences, nous
montrent qu'une amélioration de la perception
de sa propre autonomie influe positivement sur les
habiletés à la vie autonome pour les
personnes en proie à la souffrance psychique quelque
que soit la pathologie psychiatrique qui en est à l'origine. Ce
résultat obtenu peut être mis en parallèle avec la
méta-analyse de Schroeder et Benton, indiquant que l'amélioration
des compétences permet une amélioration des troubles
eux-mêmes. Nous pouvons alors supposer qu'un apprentissage de l'autonomie
combiné à une amélioration du sentiment de
compétences contribuerait significativement à
l'amélioration des troubles. Ceci restant cependant à
démontrer.
Le sentiment d'efficacité personnelle a
été corrélé à l'apparition des troubles
psychiatriques et à leur traitement. La corrélation
établie ici avec les habiletés à la vie autonome
démontre qu'il agit également sur la souffrance définie
par la notion de handicap psychique. Ainsi, de la même manière que
le sentiment d'efficacité personnelle est corrélée
à l'adhésion des individus aux psychothérapies et à
la prise de traitements médicamenteux, il pourrait être
corrélé aux compétences des individus telles que prendre
soin de soi, à s'alimenter, à gérer ses finances,
entretenir des relations interpersonnelles, à se former et assurer un
emploi et à se maintenir dans un logement, caractéristiques de la
notion de handicap psychique. Cette perspective de recherche est encore
à démontrer.
Une hypothèse alternative ou complémentaire est
apparue lors de la passation des tests. En effet, les sujets évoquaient
souvent une faible estime de soi sans nécessairement avoir de rapport
avec le score obtenu à l'évaluation des perceptions de leur
efficacité personnelle. Une comparaison entre les scores de sentiment
d'efficacité personnelle et l'estime de soi sur les habiletés
à la vie autonome aurait pu s'avérer intéressante pour
éclairer de manière plus exhaustive les résultats obtenus
en matière de compétences à l'autonomie.
Analyse de l'effet modérateur du nombre de
schémas précoces inadaptés sur le lien entre sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonomes.
Une corrélation négative moyenne a
été montrée entre le sentiment d'efficacité
personnelle et le nombre de schémas précoces inadaptés
activés. Cependant, le lien entre le
nombre de schémas précoces inadaptés et
la vie autonome ne s'est pas révélé statistiquement
significatif et l'effet modérateur des schémas n'a pas pu
être démontré sur le lien entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome, rejetant ainsi la seconde hypothèse théorique.
Ce rejet pourrait être du à plusieurs facteurs :
la nature même de certains schémas, la présence de styles
adaptatifs dysfonctionnels et la non prise en compte de la suractivation des
schémas en plus de leur nombre. En effet, nous avons vu au niveau de
l'étude de cas que certains schémas pouvaient être
dissimulés inconsciemment ou non. L'effet de certains schémas
eux-mêmes tels que l'imperfection/honte, la méfiance/abus ou
l'isolement social constituaient des résistances de la part du sujet, et
de ce fait, une comptabilisation du nombre des schémas biaisée.
L'exemple de M.E dont le schéma d'imperfection/honte semblait
inactivé, mais qui en a ensuite montré de nombreux signes
à la psychologue, peut confirmer ce biais. Une approche plus longue et
des entretiens supplémentaires auraient peut-être permis de
restreindre celui-ci.
De plus, de la même manière que les styles
adaptatifs dysfonctionnels influencent la dépendance à l'alcool,
ils pourraient être, ici, tout autant en cause. Ainsi, nous avons vu que,
pour M.E, ces styles adaptatifs jouaient un rôle plus qu'important dans
ses difficultés actuelles. Etant utilisés
précisément pour éviter l'activation de certains
schémas (Young, 2005), nous pouvons supposer qu'ils peuvent avoir une
influence sur le résultat de l'étude. Le nombre de schémas
précoces inadaptés serait sous-évalué et par
conséquent la modération du lien entre le sentiment
d'efficacité personnelle et les habiletés à la vie
autonome serait tronquée. De plus, au cours de nos recherches, nous
pouvons constater que les sujets ayant le moins de schémas
précoces inadaptés activés, présentaient une
suractivation de certains schémas. Nous pouvons citer M.E
présenté dans la partie étude de cas, mais
également d'autres sujets tels que M.A, M.B et Melle J. Ce
résultat nous a fait émettre l'hypothèse
alternative selon laquelle la suractivation des schémas
était un facteur à prendre en compte de la même
manière que leur nombre.
Cette étude nous permet d'observer cependant que les
schémas précoces inadaptés appartenant au domaine de
schémas de manque d'autonomie et de performances contenant la
dépendance/incompétence, la vulnérabilité, le
fusionnement/personnalité atrophiée, et l'échec ne sont
pas forcément activés chez les individus ayant les scores les
plus bas au niveau des habiletés à la vie autonome. De plus, au
regard de la littérature, la croyance en ses capacités
personnelles est évoquée au niveau de certains schémas
précoces inadaptés. Les schémas liés au sentiment
d'efficacité personnelle que sont le domaine séparation et rejet,
l'échec ou encore l'imperfection/honte sont souvent activés
lorsque le score global de sentiment d'efficacité est faible. Or, la
corrélation négative démontrée ici entre le nombre
de schémas précoces inadaptés et le sentiment
d'efficacité personnelle nous montre que celui-ci n'est pas uniquement
lié à ces schémas mais qu'il est lié
également au nombre de schémas activés quelque soit leur
nature.
Au niveau clinique, il a été
démontré qu'un faible sentiment d'efficacité personnelle
et l'activation des schémas précoces inadaptés jouaient un
rôle dans le déclenchement et le traitement des troubles
psychiatriques. Ainsi, un faible sentiment d'efficacité personnelle
prédit l'activation de l'anxiété, de la dépression
et joue un rôle dans le déclenchement et le traitement de la
dépendance à l'alcool et aux drogues ainsi que dans celui des
troubles alimentaires. Nous voyons aujourd'hui que le sentiment
d'efficacité personnelle influence également les
conséquences psychosociales de ces troubles en diminuant les
capacités d'autonomie de l'individu. De la même manière,
les conséquences de l'activation des schémas précoces
inadaptés ainsi que des styles adaptifs dysfonctionnels ont
été démontrées dans le déclenchement et la
sévérité de la dépression, de la dépendance
à l'alcool, de l'anxiété et pour les troubles de la
personnalité. (Young, 2005) La corrélation négative
moyenne mais
significative entre le sentiment d'efficacité
personnelle et le nombre de schémas précoces inadaptés
mise en évidence dans cette étude nous pousse à nous
demander l'impact de chacune de ses variables dans l'apparition des troubles
et de leur traitement. Une analyse factorielle exploratoire dans le but de
mesurer le poids de chacun de ses facteurs serait intéressante à
réaliser.
Limites opérationnelles
Les contraintes liées aux conditions de notre stage et
de terrain posent certaines limites à cette étude. L'ensemble de
ces résultats est à prendre avec précaution étant
donné l'effectif restreint de l'échantillon. De plus, le temps
entre la première et la seconde passation n'a pas pu être
contrôlé de manière à ce qu'il soit égal pour
chaque sujet. Ceci pose la question de la généralisation de tous
les résultats à une population parente.
Nous avons également été amenés
à suivre les modalités de prise en charge en organisant les
entretiens à leur domicile pour huit personnes et dans les locaux de
l'institution pour quatre personnes. Cette décision a été
prise afin d'éviter de perturber les habitudes des sujets participants
en créant de l'anxiété ou une gêne qui auraient
influencé les réponses aux questionnaires. Cependant, ce choix a
pu paradoxalement favoriser un biais que serait la création d'une
variable parasite scindant l'échantillon en deux groupes.
Enfin, les participants à l'étude
n'étaient pas au même stade de leur prise en charge et donc,
à un niveau différent de l'apprentissage vers l'autonomie. Aussi,
cette différence a pu influencer le sentiment d'efficacité
personnelle et les habiletés à la vie autonome. Une étude
longitudinale mesurant ces variables à plusieurs stades de leur prise en
charge serait intéressante afin d'étudier leur
évolution.
La recherche s'est également heurtée à la
difficulté de rendre compte du handicap psychique. La très grande
diversité des troubles psychiatriques présentés par les
sujets a pu influencer les résultats aux hypothèses, la
difficulté étant d'évaluer l'impact des maladies sur
les habiletés à la vie autonome et le sentiment
d'efficacité personnelle.
Enfin, le risque de désirabilité sociale a pu
influer sur l'évaluation des trois variables, diminuant ou, au
contraire, augmentant leur score.
Retombées cliniques
Les liens entre le sentiment d'efficacité personnelle
et les habiletés à la vie autonome posent la question de
l'autonomie comme facteur aggravant des pathologies elles-mêmes. Ainsi,
nous avons vu dans l'étude de cas de M.E que certaines
défaillances concernant ses habiletés à la vie autonome
agissaient comme une extension de son mal-être psychique. Cette
étude nous pousse à être attentif aux difficultés
psychosociales de individus et notamment de leur difficulté à
l'accession à l'autonomie dans le cadre de l'évaluation et de la
prise en charge des troubles psychiatriques donnant lieu à une
importante souffrance psychique.
Conclusion
A l'issue de notre recherche, il est apparu que d'autres
facteurs intervenaient pour expliquer la diminution des habiletés
à la vie autonome dans le cadre du handicap psychique (l'estime de
soi, les symptômes des maladies, les traits de personnalité...).
Cette recherche n'amène qu'une fraction des facteurs permettant
d'établir une « photographie » complète des
difficultés rencontrées par les personnes en situation de
handicap psychique.
Nous avons cependant pu constater qu'une amélioration
du sentiment d'efficacité personnelle permettait un meilleur
apprentissage de l'autonomie. L'intégration de cette donnée dans
les prises en charges serait donc pertinente. Nous pouvons également
conclure que la prise en compte des souffrances sociales au même titre
que celles directement associées aux pathologies psychiatriques devient
urgente pour une prise en charge des individus plus complète et plus
efficace.
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