INTEGRATION DES MARCHES CEREALIERS DANS L'UEMOA, UNE
ANALYSE PAR LES PRIX
Par MALAM SOULEY Salissou, Ingénieur
Statisticien-Economiste
1. INTRODUCTION GENERALE
1.1. Contexte et justification
Bien que le siècle dernier ait connu d'énormes
triomphes scientifiques et technologiques, vaincre l'insécurité
alimentaire1(*) reste encore
l'un des défis majeurs pour les pays du sud. A l'instar d'autres
sous-régions de l'Afrique subsaharienne, les pays de l'Union Economique
et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) subissent des épisodes des
pénuries alimentaires y compris ceux qui sont relativement
favorisés du point de vue des conditions climatiques (Catherine et al.,
2005). La croissance démographique, le retard technologique, la
concurrence internationale, les conflits politiques, les déficits
pluviométriques et autres aléas climatiques, les erreurs de
gestion et de planification, l'absence des dotations en capital
quantitativement et qualitativement suffisantes, etc., sont autant des facteurs
couramment tenus pour responsables de ce fléau.
Aujourd'hui, tout laisse croire que c'est à travers des
rapprochements des politiques macroéconomiques et sectorielles à
l'échelle sous-régionale que la bataille contre
l'insécurité alimentaire dans l'UEMOA aux moyen et long termes
sera gagnée ou perdue. En effet, la nécessité d'une
intégration plus renforcée au sein de la zone est nettement
visible aussi bien dans des discours politiques que dans des discussions
d'intellectuels. Le 19 décembre 2001, la Conférence des chefs
d'Etats et de Gouvernement des pays membres de l'UEMOA a ratifié par
Acte Additionnel n°03/2001 la Politique Agricole de l'UEMOA (PAU) dont
l'axe transversal à tous les objectifs est la sécurité
alimentaire. Mieux encore, selon les conclusions d'un atelier du Réseau
des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles (ROPPA) tenu du 2 au 4
novembre 2001 à Ouagadougou sur la PAU, dans ce contexte
défavorable pour les producteurs ouest africains, l'intégration
régionale constitue un espoir, l'espoir d'une société plus
juste et d'une économie plus efficace. Le premier défi majeur
est celui de nourrir convenablement une population ouest africaine de plus en
plus nombreuse et fortement urbanisée. La politique agricole
communautaire opte prioritairement pour l'augmentation de l'offre
régionale pour satisfaire les besoins alimentaires. L'idée
sous-jacente est de réduire la dépendance vis-à-vis
des importations en accordant la priorité aux
productions alimentaires ainsi qu'à leur transformation, par la
valorisation et l'exploitation des complémentarités et des
avantages comparatifs au sein de la région tout en tenant compte
des spécificités liées au caractère insulaire ou
enclavé de certains pays. Egalement, la Commission de l'UEMOA et le
fonds des nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) s'accordent
sur le fait que l'intégration est l'une des réponses
adéquates à l'insécurité alimentaire2(*). Dans un cadre plus global, lors
de la Conférence Chefs d'État et de Gouvernement de l'Union
africaine à Maputo, en juillet 2003, les pays de l'UEMOA ont pris,
à l'instar des autres pays de l'Union Africaine, l'engagement d'allouer
au moins 10 % des budgets d'investissements nationaux au développement
du secteur agricole afin d'améliorer la productivité et de
réduire l'insécurité alimentaire
Des idées tirées des théories dites de la
zone monétaire optimale insistent sur l'intégration
économique comme une étape préalable à la
compatibilité des objectifs communs pour deux ou plusieurs pays
désirant coordonner leurs politiques. L'accent est mis sur des
critères tels que la mobilité des facteurs de production
(Mundell, 1961), le degré d'ouverture des économies (Mackinnon,
1963), la nature de la spécialisation des économies (Kenen,
1969), le degré d'intégration financière et fiscale
(Ingram et Johnson, 1969) ou l'homogénéité des
préférences (Cooper, 1977 et Kindleberger, 1986).
Analysant l'intégration des pays africains de la Zone
Franc à la lumière de ces théories, Biao (1998) a
montré que quels que soient les critères adoptés, l'UEMOA
n'était pas jusqu'alors une zone monétaire optimale. Pourtant,
des recherches relativement récentes portant sur l'intégration
agricole en Afrique de l'Ouest ont indiqué que cette sous-région
(UEMOA) dispose de nombreuses potentialités à commercialiser ses
produits de façon compétitive au-delà des
frontières nationales (Salinger et Stryker, 1994 et Metzel et Cook,
1994). Pendant la décennie 1990, des idées, selon lesquelles la
mise en place des régimes préférentiels d'échanges
intra-UEMOA pourraient permettre de mettre en valeur ces
potentialités, se sont progressivement développées
(Soulé, 1992 ; Lutz, 1994).
Au courant de ces dernières années, des efforts
considérables ont été fournis dans ce sens. Citons entre
autres la mise en place d'un marché financier commun (BRVM pour Bourse
Régionale des Valeurs Mobilières de l'Afrique de l'Ouest) en
1998, l'adoption des politiques sectorielles communes et d'un pacte de
convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité entre
Etats membres en 1999, la mise en oeuvre d'un tarif extérieur commun
(TEC) en 2000, etc. L'objectif de ces mesures (que nous qualifierons par la
suite de "reformes préférentielles") était, selon le
rapport final de l'UEMOA (2005) sur l'enseignement supérieur, de
concrétiser la volonté politique des Etats membres à
impulser les changements souhaités
Mais, quand on considère le rythme et la profondeur de
l'insécurité alimentaire dans l'UEMOA, il semble légitime
de se poser cette question : les réformes
préférentielles intervenues au courant de ces dernières
années ont-elles réussi à renforcer les liens
économiques des pays de la zone ? Cette question est fondamentale
compte tenu de la nécessité de se soucier de la
rentabilité de ces reformes notamment en matière
d'intensification des échanges et de l'amélioration des
conditions de la croissance. En outre, des évènements,
susceptibles d'engendre des effets néfastes (nous pensons en particulier
à la crise ivoirienne3(*)) se sont produits dans la zone. Ont-ils influé
sur le niveau d'intégration de la sous-région ? Ce sont ces
deux questions capitales qui justifient l'importance de notre thème.
1.2. Objectifs de l'étude et aspects
méthodologiques
La question de la stabilité macroéconomique et
de la convergence dans l'espace UEMOA a intéressé beaucoup de
chercheurs. L'essentiel des études abordent le problème en termes
des quantités. Elles mettent ainsi l'accent sur l'impact de l'offre
locale des produits vivriers sur les prix (Badiane et al., 1997 ; Diallo,
2003) ou sur les déterminants des échanges et les calculs des
potentialités commerciales (Gbetnkom et Avom, 2005) ou encore sur les
effets des réductions tarifaires sur les volumes des échanges
(Adegbid et al., 2003). Pourtant, une approche par les prix nous paraît
digne d'intérêt compte tenu de l'influence des variations des prix
sur les comportements des agents économiques (investissement,
production, épargne, consommation, etc.). De plus, les analyses en
termes de quantités consacrées aux pays de l'UEMOA rencontrent
un certain nombre d'incohérences. Il s'agit entre autres:
- de l'absence des données sur les quantités de
bon nombre des transactions bilatérales (Gbetnkom et Avom, 2005).
- de l'absence d'unités standard de mesure sur les
marchés qui conduit souvent à un problème de transparence
des unités utilisées (Lutz, 1994).
- du poids du secteur informel dans le commerce des biens et
corrélativement de l'absence des statistiques fiables. Par exemple, au
Mali en 1999, on estime à seulement 34,8% la part des exportations
officiellement enregistrées (Honfoga et al., 2005)..
Ce travail poursuit deux objectifs. Le premier est d'analyser
le niveau d'intégration des pays de l'UEMOA. Le second est
d'évaluer l'impact des reformes préférentielles que les
Etats membres de l'UEMOA ont entreprises depuis 1998 sur leur
intégration.
Plus spécifiquement, nous nous restreignons aux
marchés céréaliers et à une analyse par les prix.
Les principaux points à traiter au cours de ce rapport sont:les
suivants :
- mesure de l'intégration des marchés
céréaliers de l'UEMOA à partir des séries de prix
moyens céréales des principales agglomérations (capitales
politiques ou économiques) des pays de l'union. Ces données ont
une fréquence mensuelle et couvrent la période allant de janvier
1998 à juin 2006.
- Evaluation de l'impact des mesures
préférentielles.
- Mesure de l'impact de la crise ivoirienne sur le
degré d'intégration des pays de l'UEMOA.
- Proposition de recommandations
Le choix des marchés céréaliers s'appuie
sur deux raisons essentielles. La première est que la
sécurité alimentaire dans les pays de l'Afrique de l'ouest en
général et ceux de l'UEMOA en particulier est principalement
assurée par la disponibilité en céréales telles que
mil, maïs, sorgho, riz, etc. (Commission Européenne, 2006). De ce
point de vue, le commerce transfrontalier des céréales joue un
rôle fondamental dans la facilitation des approvisionnements et donc la
réduction de l'insécurité alimentaire d'origine
quantitative. La seconde raison qui fonde ce choix vient du fait que de fortes
hausses des prix des céréales constituent avec la baisse de prix
du bétail les traditionnels signes annonciateurs de la crise alimentaire
dans l'espace UEMOA4(*).
Quant au choix de la période de 1998 à
aujourd'hui , il s'appuie sur le fait qu'à partir de l'année
1998, les méthodes d'élaboration des indices des prix ont
été harmonisées dans l'UEMOA. Ce qui assure la
comparabilité de ces indices.
1.3. Hypothèses
Les trois hypothèses suivantes sont
postulées:
H1 : Les
marchés des céréales échangeables entre les pays
membres de l'UEMOA se caractérisent par la similarité de leur
évolution des prix.
H2 : Les mesures
préférentielles ont entraîné un effet baissier sur
l'évolution des prix des céréales échangeables
entre les pays de l'UEMOA.
H3 : La crise
ivoirienne a eu un effet haussier sur l'évolution des prix des
céréales échangeables entre les pays de l'espace UEMOA.
Après avoir développé la
méthodologie dont elles s'inspirent, ces hypothèses seront
testées économétriquement. Les outils
privilégiés sont les techniques de l'analyse des séries
temporelles. Ainsi, des modèles vectoriels à correction d'erreurs
et/ou des modèles à effets de seuil pourront être
utilisés.
1.4. Limites de l'étude
Il aurait été plus pertinent de mener une
comparaison spatio-temporelle. Comparaison spatiale, car celle-ci aura
l'avantage de vérifier si oui ou non les pays de l'UEMOA sont
économiquement plus liés entre eux qu'avec les pays tiers.
Comparaison temporelle, car au cas où les marchés sont
intégrés pendant la période de notre étude rien ne
garantit a priori qu'ils ne l'étaient pas avant. Ainsi, il est difficile
d'attribuer sans équivoque l'éventuelle amélioration du
niveau d'intégration de ces marchés à des aspects qui
caractérisent leur évolution récente et dont nous
souhaitons évaluer l'impact. En deuxième lieu, il faut noter que
l'approche en terme des prix contient en elle-même quelles limites. En
effet, les prix agrègent de l'information sur un certain nombre de
variables notamment les anticipations des agents. Si ces derniers sont mal
informés, ce qui souvent le cas dans les pays en développement,
les prix ne traduiraient pas pertinemment l'évolution des
marchés. De plus, la concurrence se joue sur plusieurs paramètres
(délai de livraison, délai de règlement, distance,
état des infrastructures, etc.). Il est impossible ou difficile que les
prix reflètent tous ces aspects. En dernier lieu, une diversification de
la méthode aurait l'avantage de garantir la fiabilité des
résultats(en utilisant un panel par exemple).
1.5. Ebauche du plan
Le travail est structuré en deux parties. La
première partie donnera un aperçu général et
théorique. La définition de quelques concepts dont la
compréhension nous semble utile et la présentation du cadre de
l'étude (chapitre1) retiendront d'abord notre attention. Ensuite, il est
fait une revue de littérature (chapitre2) consacrée, d'une part,
aux travaux empiriques traitant des problèmes spécifiques des
marchés céréaliers et, d'autre part, à la
présentation de principales méthodes d'estimation dont ces
travaux se sont servis. La seconde partie abordera dans son premier chapitre
le cadre méthodologique (données et leurs sources,
spécification et mise en oeuvre de méthode d'estimation.
L'interprétation des résultats et la proposition des
recommandations feront l'objet du dernier chapitre.
2. GENERALITES
Traiter de l'intégration entre deux ou plusieurs pays,
c'est avant tout montrer l'intérêt que celle-ci procure à
ces pays. Dans cet ordre d'idées, nous présenterons dans ce
chapitre les effets attendus d'une intégration économique avant
de nous pencher sur le cadre de l'étude. Au préalable de ces
développements, certains termes pivots méritent d'être
mieux explicités.
2.1. Définition de quelques
concepts
Cette section vise à définir les termes qui
structurent notre sujet ainsi que certaines notions connexes.
2.1.1. Concept d'intégration économique
régionale
Phénomène multidimensionnel,
l'intégration régionale présente divers contours comme l'a
souligné Koulakoumouna (2000). C'est ainsi que dans la
littérature économique, plusieurs qualificatifs lui ont
été attribués: intégration politique,
intégration institutionnelle, intégration volontariste, etc. Par
exemple, l'intégration volontariste consiste en la formation d'une
coalition du pouvoir de négociation, d'industrialisation et de
complémentarité entre pays. Elle nécessite la
création des institutions et autorités régionales, la
protection de l'espace régional vis-à-vis des pays tiers,
l'accroissement des investissements publics et des échanges
régionaux, le développement des infrastructures
régionales, etc. C'était ce type d'intégration qui
régissait les rapports économiques des ex-républiques
socialistes soviétiques. Cette conception a été
également défendue par la Commission Economique de l'Afrique
(CEA) notamment lors du plan de Lagos de 1980.
Une conception plus libérale de l'intégration
économique est le régionalisme ouvert dont les
objectifs sont entre autres la libre circulation des personnes et des biens,
l'amélioration du bien-être des consommateurs et l'impulsion des
économies d'échelle Il implique la mise en place de certains
accords commerciaux comme zone de libre échange, union douanière,
etc. (nous y reviendrons dans les lignes qui suivent).5(*)
Malgré la pluralité des formes que revêt
cette notion d'intégration économique, on retrouve certains
aspects communs à ses différentes définitions. Ainsi, de
façon synthétique, le dictionnaire Le Petit Larousse
illustré en 2006 a défini l'intégration économique
comme étant « l'ensemble des procédés par
lesquels deux ou plusieurs pays créent un espace économique
commun ». En des termes plus spécialisés, Balassa
identifie, dans le processus d'intégration économique entre deux
ou plusieurs pays, cinq degrés6(*) définis par emboîtements successifs
(théorie des unions). Le premier correspond à la zone de
libre-échange ou d'accord commercial
préférentiel. A cette étape, les pays membres suppriment
les droits de douane et les restrictions quantitatives à l'entrée
et à la sortie des marchandises originaires de la zone. Toutefois,
chaque pays reste autonome quant à sa politique douanière
à l'égard des pays tiers. L'élimination des quotas et des
tarifs douaniers peut porter sur l'ensemble des échanges ou sur certains
secteurs spécifiques. Le deuxième degré
d'intégration économique est l'union
douanière. Il s'agit d'une étape
supérieure de la zone de libre-échange dans laquelle un tarif
extérieur commun (TEC) est institué. Le TEC impose l'application
des mêmes droits de douane sur les produits provenant d'un pays
extérieur à la zone et ce, quel que soit le pays par lequel ces
produits entrent dans l'union. Appelé marché
commun, le troisième degré constitue l'étape
où l'union douanière est accompagnée de la libre
circulation des personnes et des capitaux. L'union
économique (quatrième degré) englobe toutes les
caractéristiques du marché commun auxquelles s'ajoute
l'harmonisation des politiques économiques nationales aussi bien
conjoncturelles que structurelles. Enfin, le dernier degré est
l'intégration économique totale
ou l'union monétaire qui correspond à la phase où, en plus
de l'union économique, les politiques monétaires fiscales et
sociales sont unifiées.
Tableau n°1: Résumé des étapes
de l'intégration économique
Etape
|
Caractéristiques
|
Zone de libre-échange (ZLE)
|
Suppression des droits de douanes
et des restrictions quantitatives
|
Union douanière (UD)
|
ZLE + TEC
|
Marché commun (MC)
|
UD + libre circulation des personnes
et des capitaux.
|
Union économique (UE)
|
MC + harmonisation des politiques
nationales
|
Union économique totale
|
UE + Unification des politiques monétaires,
fiscales et sociales.
|
Source: M. Holden, 2003, p.2.
La théorie des unions a fourni un cadre de
référence sur la base duquel plusieurs systèmes
régionaux se sont construits. Mais, au regard du traité de
Maastricht7(*) et de
l'avènement des communautés économiques et
monétaires dans la zone franc, une union peut être
désirée sans que certaines conditions définies par cette
théorie ne soient satisfaites (Biao, 1998). Ainsi, la tendance commune
de l'évolution de certains indicateurs ou critères de convergence
est de plus en plus considérée comme une opportunité d'une
coordination économique ou monétaire.
2.1.2. Critères de convergence
Ces critères portent sur certains indicateurs
clés qu'on appelle quelquefois déterminants. Il s'agit en
général du taux d'inflation, du déficit public, du
déficit extérieur, de la productivité, du niveau du
salaire réel, etc.
Par exemple, pour les pays de l'UEMOA, les critères de
convergence ont été initialement définis dans l'Acte
Additionnel n°04/99 portant sur le pacte de convergence, de
stabilité, de croissance économique et de solidarité entre
Etats membres de l'union. Cet Acte a été adopté sur
recommandation du Conseil des Ministres de l'UEMOA lors de sa réunion du
27 janvier 2003. Les critères de convergence se répartissent en
critères de premier rang et critères de second rang (article 17).
Les critères de premier rang sont ceux dont le non
respect entraîne la formulation explicite des directives par le Conseil
demandant à l'Etat membre concerné d'élaborer et de mettre
en oeuvre un programme de mesures restrictives (article 1). Ils sont au nombre
de quatre (article 18) à savoir : le solde budgétaire
devrait être positif en 2005 (critère clé), le taux
d'inflation doit être maintenu à 3% maximum par an, le ratio de
l'encours de la dette intérieure et extérieure rapporté au
PIB nominal ne devrait pas excéder 70% à l'an 2005 et enfin la
non accumulation des arriérés de paiement intérieur et
extérieur sur la gestion de la période courante.
Les critères de second rang sont traités comme
des repères structurels indicatifs qui font l'objet d'un suivi rigoureux
mais dont le non respect ne fait pas l'objet des recommandations (article1).
Ils sont également au nombre de quatre (article 19) à
savoir : le ratio de la masse salariale sur les recettes fiscales ne
devrait pas excéder 35%, le ratio des investissements publics
financés sur ressources internes rapportés aux recettes fiscales
devrait atteindre au moins 20%, le ratio du solde extérieur courant hors
transferts publics par rapport au PIB nominal devrait être
supérieur ou égal à -5 % et enfin le taux de pression
fiscale ( rapport entre les recettes fiscales et le PIB nominal) devrait
être supérieur ou égal à 17 %.
Pour assurer la convergence de ces indicateurs, certains
rôles ont été attribués au processus de
libéralisation des économies visant principalement
l'intégration des marchés. L'idée est que, en tissant des
relations économiques plus intenses par le biais d'un accroissement des
échanges et des investissements internationaux, on peut arriver à
garantir des prix bas aux consommateurs et compétitifs aux producteurs.
C'est pourquoi, on a vu se développer une analyse d'intégration
économique donnant un rôle capital aux prix. Connue sous le nom de
l'intégration spatiale, cette approche clame les vertus d'une
élimination des obstacles aux échanges internes.
2.1.3. Notion d'intégration
spatiale
L'analyse de l'intégration spatiale est une approche
plus axée sur les prix. Précisons d'abord que quand les
économistes parlent des prix, en fait, ils parlent de plusieurs choses
à la fois. Le taux de salaire nominal est le prix du
travail. Le taux de change nominal est le prix d'une monnaie en termes d'une
autre. Le taux d'intérêt nominal est le prix de la renonciation
à la liquidité. Ce sont là quelques-uns des exemples qui
reflètent le caractère polysémique du terme.
Dans cette présentation, cette notion est
utilisée dans son sens étroit désignant le nombre
d'unités monétaires nécessaires pour obtenir un bien ou un
service à un moment donné dans un lieu donné et pour une
qualité spécifique précise8(*)
Ceci dit, deux ou plusieurs marchés sont dits
spatialement intégrés dès qu'il existe des échanges
entre eux. Sous l'hypothèse que les obstacles majeurs aux
échanges sont éliminés notamment grâce à
l'institution d'une monnaie unique ou d'un régime de changes fixes,
cette définition appelle deux commentaires. Premièrement, elle
sous-entend que la loi de prix unique - selon laquelle le prix d'un bien
homogène est partout le même à quelques frais (coûts
de transport et autres ) près, si on le convertit dans une même
monnaie - s'applique. Les écarts des prix entre les pays
coéchangistes ne tiennent qu'aux coûts de transaction. Les
arbitrages ne portent que sur le différentiel des prix. Ainsi, par
exemple, les échanges ne nécessitent aucune opération de
couverture de risque de change. En achetant les produits là où
ils sont moins chers et en les revendant là où ils coûtent
plus cher, les commerçants profitent du différentiel des prix
pour réaliser des bénéfices.. Bien évidemment,
cette opération n'est rentable que si les marges
bénéficiaires qu'elle procure couvrent au moins les coûts
qu'elle induit (en termes de recherche de l'information, transfert du bien,
publicité, etc.). Si ce n'est pas le cas, alors les échanges
n'auraient pas lieu car aucun commerçant rationnel ne peut s'investir
dans des transactions qui lui coûtent plus cher qu'elles ne lui
rapportent. Mais, en réalité, il est possible que les marges
bénéficiaires ne couvrent pas les coûts de transaction
surtout dans les pays en voie de développement du fait de l'importance
de coûts de transports, du non respect des règles communes etc.
Dans ce cas, les marchés sont dits segmentés. Définie
ainsi par l'absence des échanges entre les marchés, la
segmentation peut être source de pénuries alimentaires
localisées surtout quand elle s'inscrit dans la logique zones
excédentaires/zones déficitaires..
Deuxièmement, cette définition renoue
indirectement avec la théorie de l'égalisation spatiale des prix
des facteurs, selon laquelle, en même temps que deux ou plusieurs pays
s'ouvrent aux échanges des biens, ils s'échangent indirectement
les facteurs de production incorporés dans la production de ces biens.
Ainsi, on assiste à la séquence suivante : échanges
des biens ? convergence des prix relatifs des biens ? convergence des prix
relatifs des facteurs ? égalisation spatiale des prix des facteurs
(capital, travail, terre).
De façon formelle, si nous considérons un
produit quelconque, le problème de l'intégration spatiale des
marchés i et j de ce produit revient à comparer et. où (respectivement) désigne le prix du produit sur le marché i (respectivement sur le marché j) à
la date t et représente le coût induit par le transfert de ce produit du
marché i vers le marché j à la date t.
Si <. les échanges ne sont pas profitables car le gain
commercial marginal est négatif. Dans ce cas, les marchés sont
segmentés et les prix qui y sont observés évoluent
indépendamment.
En revanche, si >, les arbitrages sont défaillants car il existe des gains
marginaux positifs non exploités. Pour Catherine et al. (2005), il ne
s'agit que d'une situation de déséquilibre transitoire due
à l'imperfection de l'information, aux délais de transport,
etc.
Finalement, les marchés sont intégrés
lorsque l'égalité = est vérifiée. Les opérateurs sont alors
indifférents entre commercer et ne pas commercer.
Cette formulation dérive de l'analyse proposée
par Parsley et Wei (2002). Selon ces derniers, les coûts de transactions
imposent les deux contraintes suivantes: et. . Le symbole est mis pour logarithme népérien. De ces deux
inégalités, résulte ce que ces auteurs ont appelé
"bande de non-arbitrage" définie par l'encadrement suivant : . De façon équivalente, cette relation s'écrit:
ou encore . Le premier membre de cette dernière relation représente
la déviation par rapport à la loi de prix unique. L'idée
défendue par Parsley et Wei est que l'existence de coûts
d'arbitrage ne détermine pas une valeur particulière des prix
relatifs mais définit plutôt une fourchette dans laquelle ils
s'établissent.
Du point de vue statistique, cette analyse se ramène
à une étude de la similarité des mouvements
(co-intégration) des prix. Bien que cette conception ait
été critiquée, elle reste d'une utilisation
fréquente. L'idée sous-jacente est que la co-intégration
des prix résulte de l'action des commerçants cherchant à
profiter du différentiel des prix pour réaliser des
bénéfices. De ce fait, ce n'est pas tant l'existence des
échanges qui importe que leur intensité.
En résumé, les coûts de transactions sont
au coeur de l'analyse de l'intégration spatiale des marchés. Il
est donc intéressant de dire un mot sur ce qu'ils signifient.
2.1.4. Coûts de transactions
En se référant à un agent fictif
(commissaire-priseur walrasien) dont le rôle est d'annoncer gratuitement
les prix, l'analyse néoclassique postule que l'information est parfaite.
Chaque agent économique (offreur ou demandeur) peut donc formuler ses
offres et ses demandes sans aucun coût en ne faisant que respecter sa
contrainte budgétaire. Mais, en réalité, la mise en
contact des agents (offreurs et demandeurs) et l'échange effectif entre
eux impliquent un certain nombre d'opérations coûteuses (obtention
de l'information, transport, vérification de la qualité des
produits, négociation des contrats, risques divers, etc.). Ce sont les
coûts de transactions.
On peut donc définir les coûts de transaction
comme étant l'ensemble des coûts induits par la mise en place et
le suivi de l'exécution des contrats d'achats et de ventes des
marchandises. Adegbid et al. (2003) en distinguent trois types: les coûts
de transfert, les coûts de transformation et les coûts de
commercialisation. Selon eux, les coûts de transfert sont « des
coûts de terre, du travail, du capital et de la connaissance
entrepreneuriale nécessaires pour transférer les droits de
propriété d'un individu à l'autre ». Quant aux
coûts de transformation, ils englobent « des coûts de
terre, du travail, du capital et de la connaissance entrepreneuriale
nécessaires pour transformer physiquement les inputs en outputs».
Enfin, les coûts de commercialisation «incluent tous les coûts
supportés par les opérateurs dans le circuit de commercialisation
depuis la production du bien jusqu'à sa livraison au consommateur».
Dans cette optique, les coûts de transport, du stockage et du traitement
sont considérés comme des coûts de transformation dans la
mesure où ils changent l'attribut physique des biens (espace, temps,
forme). Les coûts dus à la collecte de l'information, la
distribution et la promotion des produits, le financement et l'exécution
des échanges, etc., sont des coûts de commercialisation. Tous les
autres coûts (risques divers, transfert du droit de
propriété, etc.) sont considérés comme des
coûts de transfert
Au-delà de ce distinguo, il y a lieu de souligner que
les coûts de transactions sont en général inconnus.
Toutefois, leur liaison avec certaines variables, dont la distance est
l'exemple le plus illustratif, semble naturelle. Ainsi, comme nous le verrons
plus tard dans la présentation des modèles de gravité, bon
nombre de travaux utilisent la distance (réelle ou à vol
d'oiseau) comme un proxy pour les coûts de transactions.
Certes la pluralité des facteurs susceptibles d'influer
sur les coûts de transactions oblige à recourir à des
restrictions mais, ne tenir compte que de la distance semble a priori
être une simplification assez abusive.
Ainsi d'autres paramètres sont de plus en plus pris en
compte. Plus généralement, Combes et al. (2005) ont
énoncé quatre types de barrières aux échanges. Tout
d'abord, il existe des barrières naturelles relevant de la
géographie physique (distance, montagne, enclavement, etc.). Les
coûts que ces obstacles naturels font supporter sont regroupés
dans les coûts de transports (désignons par les coûts de transport entre deux localités r et s).
Ensuite, on distingue les coûts liés aux politiques commerciales
(quotas à l'importation, droits de douanes, frais de change pour les
pays ne disposant pas d'une même monnaie, etc.) qui sont ici
désignés par. Enfin, les coûts informationnels () et ceux liés aux variables culturelles () sont également indiqués.
Il est souvent malaisé de définir les
mécanismes par lesquels ces coûts interviennent. Dans les
modèles dits DSK (des noms de leurs auteurs Dixit, Stiglitz et Krugman),
on considère que ces différents coûts produisent des effets
log-séparables si bien que les coûts de transactions entre r et s
() peuvent être spécifiés de la façon
suivante: . Les coûts dus aux facteurs culturels (partage d'une même
langue ou contiguïté des pays par exemple) sont pris en compte
à travers le coefficient de préférence des consommateurs
() défini par .
Au total, les transactions impliquent des coûts aux
dépens des annonces gratuites du commissaire-priseur walrasien. Cela est
particulièrement le cas des pays africains. Dès lors, il convient
de considérer ces coûts au même titre que les coûts de
production. La question qui se pose immédiatement est alors de savoir
comment les minimiser. C'est de l'intégration économique qu'on
attend cela et bien d'autres avantages.
2.2. Avantages attendus de l'intégration
économique
Il serait superflu de s'étaler ici sur les
théories du commerce international pour présenter les avantages
attendus. On se contentera d'en évoquer une vue synthétique.
Le miracle de l'échange, c'est qu'il est
créateur de valeur (Salin, 1991). En effet, dans l'acte de
l'échange, chacun obtient un bien qui a plus de valeur pour lui que le
bien qu'il cède en contrepartie. Il existe donc des avantages
liés au schéma de libéralisation des échanges. Ces
avantages résultent, du moins théoriquement, de la combinaison de
trois effets : un effet de dimension, un effet de diversification et un
effet de concurrence.
Quand deux ou plusieurs pays s'ouvrent au commerce
international, l'un des premiers soucis de chacun est de créer ou
d'améliorer les conditions de la compétitivité des
entreprises domestiques notamment en terme de coûts. Cette
préoccupation se traduit souvent par le non gaspillage des facteurs
c'est-à-dire par le fait de ne pas utiliser des facteurs plus qu'on en a
besoin alors que des demandes insatisfaites existent chez ses partenaires.
Ainsi, chacun des pays coéchangistes cherche à n'utiliser les
facteurs de production que dans les secteurs où ils sont relativement
plus productifs. La production dans ces secteurs se fera donc à une
échelle plus grande (effet de dimension) car les firmes saisissent
l'opportunité d'accroître leurs parts de marchés tant par
le développement de leurs exportations que par l'intensification de
leurs investissements internes et externes. Ce qui leur occasionne des
avantages (comparatifs ou absolus) sur leurs partenaires commerciaux. Ce
raisonnement trouve ses origines dans la théorie des avantages absolus
(d'Adam Smith) ou comparatifs avancée par David Ricardo et reprise dans
le théorème de Hecksher-Ohlin-Samuelson (HOS).
En ce qui concerne les produits agricoles africains, les
avantages absolus tiennent plus aux données naturelles qu'aux effets de
l'échange. Ils découlent essentiellement de la nature et de la
fertilité des sols, des facteurs topographiques, de la différence
des climats, etc. Ainsi, il est évident que la Côte d'Ivoire
dispose des avantages absolus dans la production des bananes et des ananas sur
le Niger ou le Sénégal.
L'analyse des échanges fondés sur les avantages
absolus passe sous silence la question suivante: les échanges sont-ils
possibles entre deux pays si l'un a des avantages absolus sur l'autre dans la
production de tous les biens? C'est à cette question que s'attaque la
théorie des avantages comparatifs. Dans son approche ricardienne, la
théorie des avantages comparatifs retient le travail comme le seul
facteur de production et les rendements d'échelle sont
considérés constants. Un pays a un avantage comparatif si la
productivité du travail est plus élevée et les coûts
salariaux sont plus faibles chez lui que chez ses partenaires commerciaux. Le
modèle HOS pousse l'analyse en prenant en compte d'autres facteurs de
production (capital, terre). IL soutient que les avantages comparatifs peuvent
également provenir de la proportion des dotations factorielles. Ainsi,
si les cultivateurs ivoiriens produisent plus des bananes que leurs
collègues sénégalais, il n'y a ,a priori, aucune raison de
croire que les premiers ont plus d'ardeur au travail que les seconds.
Toutes ces analyses prônent que chaque pays gagnerait
s'il s'emploie à produire les biens dans la production desquels il
dispose d'un avantage (absolu ou comparatif) et à acheter chez ses
partenaires les biens qui lui coûtent plus cher à produire
qu'à acheter. Elles clament ainsi les vertus du libre-échange:
convertibilité des monnaies, suppression des barrières tarifaires
ou non, etc. On attribue à ce libre-échange le rôle
d'être une source d'économies d'échelles en terme de
réduction de coûts unitaires ou d'apprentissage.
L'effet de diversification profite à la fois aux
producteurs et aux consommateurs.. En effet, selon Krugman et Obstfeld (2001),
l'ouverture donne la possibilité à tout consommateur de faire des
choix dans un ensemble suffisamment varié des produits pour satisfaire
un même besoin. De même, tout producteur a la possibilité de
diversifier ses choix entre divers biens de production.
Enfin, du fait que les marchés nationaux se
caractérisent généralement par une certaine dose du
monopole (naturel ou de droit), l'effet de concurrence peut améliorer le
bien-être collectif. En effet, la théorie microéconomique
nous montre que comparativement à la concurrence, le monopole induit un
niveau de prix élevé et un niveau de production faible. Il est
préjudiciable aux consommateurs et à l'économie dans son
ensemble bien qu'il avantage les entreprises. Avec l'ouverture des
économies, les défaillances des marchés (pour celles dues
aux aspects asymétriques de l'information, voir encadré n°1)
qui empêchent des transactions d'être mutuellement
bénéfiques tendent à être corrigées. Par
exemple, avec l'existence des transactions qui s'inscrivent dans une longue
durée, les acheteurs capitalisent de plus en plus de l'information sur
les vendeurs car, comme le souligne Laffont (1985), ces derniers transmettent
involontairement une partie de leur information privée. De plus, des
systèmes d'informations sur le marché ont été mis
en place. Leur rôle est non seulement de collecter les informations
notamment sur les prix auprès des acteurs du marché. Ces
informations sont centralisées, triées et diffusées
à travers les médias (radio, journaux, télévision,
etc.) le plus rapidement possible.
Encadré n°1: Asymétrie de
l'information dans l' échange des produits agricoles en
Afrique.
Dans un échange bilatéral entre deux agent
(ou deux groupes d'agents), on parle de l'asymétrie de l'information
lorsque l'un de ces agents (ou des groupes d'agents) dispose de plus
d'information ou d'une information plus complète que l'autre. Dans le
cas des marchés agricoles africains, l'asymétrie de l'information
ne porte pas seulement sur la qualité des biens mais aussi sur la
connaissance des prix des marchés: de petits producteurs isolés
ayant un accès restreint à l'information sur les prix moyens sont
en situation d'infériorité vis-à-vis des
commerçants et grossistes. Un des objectifs des systèmes
d'information sur les marchés (SIM) est de limiter les asymétries
d'information entre les différents acteurs des filières et les
acheteurs.
Lorsque les acheteurs observent imparfaitement la
qualité des produits qu'ils désirent acquérir, les
vendeurs ont intérêt à surestimer la qualité de
leurs produits afin de les vendre au prix le plus élevé possible.
Les acheteurs ne peuvent donc ni avoir confiance aux vendeurs ni déduire
qu'un prix élevé signifie une bonne qualité. Dans un tel
cadre, les vendeurs des biens de qualité qui valent effectivement un
prix élevé peuvent être dans l'impossibilité de
vendre leurs produits à leur véritable prix dans la mesure
où les acheteurs doutent de leur qualité. Le prix n'est plus un
parfait signal de la valeur d'un bien puisque pour un même prix, il est
possible d'obtenir des biens de qualités différentes. On risque
d'aboutir à une situation de moindre efficience, dans laquelle il n'y a
pas d'échange effectif, alors qu'en information parfaite, un prix
d'équilibre satisfaisant le vendeur et l'acheteur existe.
(Ce texte est extrait de l'analyse
économique des filières agricoles en Afrique
sub-saharienne, une étude financée en 2000 par la
direction générale de la coopération internationale et du
développement (DGCID) du Ministère des affaires
étrangères de la France).
Au total, sur un point de vue théorique, plusieurs
effets vertueux sont attribués à l'intégration
économique régionale. C'est en espérant ces vertus que la
plupart des schémas de libéralisation des échanges
intracommunautaires se sont élaborés. Dans une perspective
à la fois historique et exploratoire, le cas précis de l'UEMOA
fera l'objet de la section suivante.
2.3. Schéma de libéralisation des
échanges dans l'UEMOA.
On peut dire que la zone franc est née en 1939 lorsque
les autorités françaises ont déclaré
l'inconvertibilité du franc et ont décidé de
délimiter un espace géographique à l'intérieur
duquel les monnaies resteront convertibles et le change sera
contrôlé vis-à-vis de l'extérieur. Cependant, ce
n'est qu'en 1945 que les francs coloniaux ont été crées
(FCFA, FCFP)9(*). Avec leur
accession à l'indépendance, les anciennes colonies
françaises ont maintenu cette coopération monétaire dans
le cadre de certains accords dont le Traité de l'UMOA de 1962. Il faut
signaler que le Mali refusait de ratifier ce Traité tout en
décidant de la création de sa propre monnaie (le franc central
malien) et il a fallu 1984 pour qu'il rejoigne définitivement l'union.
Quant à la Mauritanie, bien qu'elle soit signataire de cet accord, elle
a décidé de rompre son adhésion en 1973 et de créer
une monnaie nationale (ouguiya).
L'héritage colonial d'une monnaie unique dans les pays
de l'UMOA s'est renforcé avec les efforts d'intégration
économique dont l'aboutissement actuel est l'UEMOA. A sa naissance
officielle lors du Traité signé à Dakar le 10 janvier
1994, cet espace économique regroupait le Bénin, le Burkina, la
Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo
(voir carte de l'UEMOA reproduite ci-après). En mai 1997, la
Guinée-Bissau, un pays non francophone, a fait son entrée dans
l'union. Ainsi, l'UEMOA est aujourd'hui une aire économique et
monétaire composée de huit pays. Elle couvre une superficie
d'environ 3 509 610 km2. Sa population et son PIB exprimé
aux prix constants de 1996 sont estimés respectivement à 78,5
millions d'habitants et à 22184,1 milliards de FCFA en 2004.
Graphique n°1: Carte de l'UEMOA
Source: site Internet:
http//www.uemoa.int/index.htm
Les principaux objectifs qui ont été
assignés à l'UEMOA, tels qu'ils sont définis par l'article
4 du Traité de 1994, sont de:.
- renforcer la compétitivité des
activités économiques et financières des Etats membres
dans le cadre d'un marché ouvert et concurrentiel et d'un environnement
juridique rationalisé et harmonisé ;
- assurer la convergence des performances et des politiques
économiques des Etats membres par l'institution d'une procédure
de surveillance multilatérale ;
- créer entre les Etats membres un marché commun
basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services,
des capitaux et le droit d'établissement des personnes exerçant
une activité indépendante ou salariée, ainsi que sur un
tarif extérieur commun et une politique commerciale commune ;
- instituer une coordination des politiques sectorielles
nationales, par la mise en oeuvre d'actions communes et éventuellement
de politiques communes notamment dans les domaines suivants : ressources
humaines, aménagement du territoire, transports et
télécommunications, environnement, agriculture, énergie,
industrie et mines ;
- harmoniser, dans la mesure nécessaire au bon
fonctionnement du marché commun, les législations des Etats
membres et particulièrement le régime de la fiscalité.
Le développement des échanges
intracommunautaires constitue le socle sur lequel reposent ces objectifs. Or,
jusqu'à récemment, les échanges internes étaient
faibles dans l'espace UEMOA. Pour les stimuler, la réponse des instances
de l'union est la libéralisation des échanges dont les
conditions de réalisation ont été précisées
dans l'article 76 du Traité de 1994. Elles consistent en :
- l'élimination, sur les échanges entre les
pays membres, des droits de douane, des restrictions quantitatives à
l'entrée et à la sortie, des taxes d'effet équivalent et
de toutes autres mesures d'effet équivalent susceptibles d'affecter
lesdites transactions, sous réserve du respect des règles
d'origine de l'Union qui seront précisées par voie de protocole
additionnel,
- l'établissement d'un TEC ;
- l'institution de règles communes de concurrence
applicables aux entreprises publiques et privées ainsi qu'aux aides
publiques ;
- la mise en oeuvre des principes de liberté de
circulation des personnes, d'établissement et de prestations de services
ainsi que de celui de liberté de mouvements des capitaux requis pour le
développement du marché financier régional ;
- l'harmonisation et la reconnaissance mutuelle des normes
techniques ainsi que des procédures d'homologation et de certification
du contrôle de leur observation.
Ce schéma de libéralisation vise d'abord un plan
de convergence d'une durée d'un an et demi avant l'entrée en
vigueur du TEC. Depuis le 1er janvier 1996, l'initialisation en a
été faite par l'Acte Additionnel 04/1996 exonérant tous
les produits de cru des droits d'entrée et de toute autre taxe d'effet
équivalent et instituant un abattement de 30% sur certains produits
originaires de la zone. En 1997, les réductions tarifaires sur les
produits industriels originaires de la zone sont passées à 60%
et un calendrier les fixant à 80% puis à 100% respectivement
à compter du 1er janvier 1999 et 1er janvier 2000
a été établi. Selon un rapport de la Commission de l'UEMOA
sur l'union douanière, ce calendrier a été respecté
par tous les Etats membres.
Parallèlement, il a été mis en place un
système temporaire de compensations financières de moins-values
de recettes douanières que certains Etats auront enregistrées du
fait des tarifs préférentiels (article 58 du Traité de
l'UEMOA). Suivant ce programme, les pertes dues à l'abandon des droits
de douane dans les échanges internes seront compensées à
hauteur de :
- 100% pour les années 2000, 2001 et 2002.
- 80% pour l'année 2003.
- 60% pour l'année 2004.
- 30% pour l'année 2005.
Les sommes versées à cette fin durant la
période totale du programme (1er juillet 1996-31 décembre 2005)
s'élèvent à 126 milliards de FCFA soit 60% du montant
total des prélèvements communautaires de solidarité10(*).
S'agissant du TEC, dès son entrée en vigueur
le 1er janvier 2000, il a classifié les produits en quatre groupes
suivant leur degré de transformation et leur caractère social.
La catégorie 0 regroupe les biens sociaux. On y trouve des produits tels
que les médicaments et préservatifs, les livres et journaux, les
chaises roulantes pour les handicapés, etc. Cette catégorie est
exempte de tout droit de douane11(*).
La catégorie1 inclut les biens de première
nécessité (céréales par exemple), les
matières premières de base, les biens d'équipements et
certains intrants spécifiques. Ces biens sont taxés à
hauteur de 5%. Les autres intrants ainsi que les biens intermédiaires
sont classés dans la catégorie 2 où une taxe de 10%
s'applique. Enfin, la catégorie 3 englobe tous les biens de consommation
finale et les autres produits non cités dans les catégories
précédentes. Une taxe de 20% est prévue pour cette
dernière catégorie.
Le TEC prévoit également des taxes à
caractère temporaire. Il s'agit de la Taxe Dégressive de
Protection (TDP) et de la Taxe Conjoncturelle à l'Importation (TCI). La
TDP est perçue au niveau national sur les produits importés des
pays tiers. Ses taux initiaux étaient de 20% et 10% selon les produits
en 1999 et ont été revus à la baisse. Ils ont
été fixés à 5% et 2,5% en 2002, dernière
année de son application. Ces taux ont été maintenus en
2003 puis prorogés jusqu'au 31 décembre 2006. A partir de cette
date, la mise en place d'un autre système de protection des
unités de production domestiques est prévue. Destinée
à lutter contre les variations erratiques des prix mondiaux dues par
exemple aux effets de dumping ou des subventions à l'exportation, la TCI
n'est applicable que sur les produits de l'agriculture, de l'agro-industrie, de
l'élevage et de la pêche importés des pays tiers.. Elle
vise donc à améliorer la compétitivité des
producteurs primaires c'est-à-dire leur aptitude à faire face
à la concurrence.
En outre, en vue d'assurer un développement
équilibré, les pays de l'UEMOA se sont engagés dans des
politiques sectorielles dont l'objectif ultime est l'émergence des
entreprises performantes aptes à satisfaire la demande intérieure
à des conditions compétitives, à affronter la concurrence
internationale et à impulser le progrès social. Ces politiques
concernent des domaines aussi divers que l'industrie, les mines, l'artisanat,
les transports, l'agriculture, l'énergie et l'aménagement du
territoire communautaire. La mise en oeuvre de ces mesures se fait
progressivement en concertation avec les Etats membres.
On peut dire que le schéma de libéralisation des
économies de l'espace UEMOA constitue ou est censé constituer un
cadre propice pour le renforcement des liens économiques plus dynamiques
et plus compétitifs à la lumière des
éléments théoriques évoqués. Toutefois,
compte tenu des hypothèses très scolaires sur la base desquelles
ces théories ont été élaborées, il convient
de se référer aux travaux empiriques traitant des aspects
spécifiques des échanges dans l'UEMOA. Cela aura
l'intérêt non seulement de permettre d'avoir une image
réelle des ces échanges (atouts et faiblesses) mais aussi
d'identifier les principales méthodes qui ont été
utilisées.
3. REVUE DE LA LITTERATURE
Cette revue de littérature est consacrée d'abord
aux études empiriques traitant des problèmes spécifiques
des échanges céréaliers (I) tout en mettant un accent
particulier sur celles qui concernent les pays de l'UEMOA. Ce qui nous
permettra ensuite d'identifier et de présenter les principales
méthodes d'estimation utilisées dans le cadre de ces
travaux.(II).
3.1. Survol des
travaux empiriques
La littérature empirique au sujet de
l'intégration des marchés en général et celle des
marchés céréaliers en particulier est assez dense. Le
problème est abordé sous plusieurs approches allant des tests de
corrélations simples aux modèles à seuil en passant par
les modèles de gravité et la théorie de la
co-intégration.12(*).
Ainsi, des recherches récentes au sujet de l'incidence
des effets frontières et du degré d'intégration ou de
fragmentation des économies ont utilisé des modèles de
gravité. Elles ont débouché sur des résultats
empiriques fort concluants. Dans leur quasi-totalité, ces travaux
établissent que les frontières exercent des effets
négatifs sur les liens économiques internationaux. Un vaste
ensemble de facteurs pourrait expliquer ces résultats dont notamment
l'utilisation des monnaies différentes, les coûts des transactions
transfrontalières et les barrières commerciales
(réglementaires ou non).
En 1995, s'intéressant aux échanges des
provinces canadiennes avec les Etats américains, McCallum a obtenu des
résultats qui ont étonné beaucoup d'autres chercheurs. Il
a abouti à la conclusion que les échanges entre les provinces
canadiennes sont 22 fois plus étroits que les échanges entre ces
mêmes provinces et les Etats Américains. En réponse aux
critiques sur la non prise en compte des effets de la taille (P.I.B et
population) et de l'éloignement, il a donné l'exemple
célèbre de l'Etat de Californie (Etats-Unis) et de la province
de Colombie-Britannique (Canada). Selon lui, bien que ces deux régions
soient à peu près équidistantes d'Ontario (une autre
province canadienne) et que la Californie ait une population et un PIB
d'environ dix fois supérieurs à ceux de la Colombie-Britannique,
Ontario entretient avec cette dernière des échanges dont
l'intensité est plus de deux fois supérieure à celle des
échanges qu'il entretient avec la Californie. Toutefois, selon la
Revue de la Banque du Canada (Printemps, 2005), des travaux plus récents
prenant en compte, d'une part, les effets de la taille et de
l'éloignement des localités et, d'autre part, l'accord de
libre-échange entre les provinces canadiennes et les Etats-Unis (ALE),
ont abouti à des résultats moins prononcés. Toujours
s'agissant des échanges commerciaux entre ces mêmes
régions, Engel et Rogers (1996) ont étudié
l'intégration des marchés de quatorze catégories des biens
et services à partir des données mensuelles sur l'indice des prix
à la consommation couvrant la période 1978-1994. Ils ont mis en
évidence que les prix des villes canadiennes évoluent de
façon quasiment indépendante de ceux des Etats américains.
Ce qui fait dire à certains auteurs que le processus de mondialisation
n'est pas si accéléré qu'on le croit.
Il convient de souligner, avec les travaux de Helliwell (1998)
employant une version multilatérale des modèles de
gravité, que les incidences des effets frontières s'accroissent
quand on introduit des pays sous-développés dans l'étude.
De ce fait, certains pensent que les accords de libre-échange entre pays
développés et les pays en voie de développement à
l'image de l'ALENA13(*) ne
sont qu'une forme de l'échange inégal. Guèye (2006) en
évoque quelques-unes des raisons en ces termes :
« l'impact du commerce international sur les petits producteurs
africains a été dramatique au cours des 10 dernières
années. Les problèmes découlent en grande partie de la
violation des règles du commerce par les pays européens et les
Etats-Unis dont les subventions accordées à leurs producteurs
rendent les produits agricoles africains non compétitifs ».
En ce qui concerne les pays de l'UEMOA, des études
récentes utilisant des techniques des séries temporelles
insistent sur le rôle majeur des coûts des transactions comme
freins au développement du commerce intra-régional.. Ces
coûts se situent principalement à deux niveaux. Ils sont, en
premier lieu, imputables à une facture de transport très
élevée à cause notamment de l'insuffisance et du mauvais
état des infrastructures routières, de l'envolée des
coûts du carburant et de l'éloignement des marchés. En
second lieu, les "intermédiaires non fonctionnels" qui, selon Honfoga et
al. (2005), se caractérisent par des prélèvements
illicites en nature et en espèces aux multiples postes sur les trajets
et l'immobilisation prolongée des véhicules due aux
contrôles excessifs et lents surtout aux frontières, sont aussi
évoqués. Dans le contexte ivoirien par exemple, Zéhia et
al. (1997) et Aka (2001) ont même souligné que la part des
coûts des transactions due aux intermédiaires non fonctionnels est
énorme. Ils sont, par exemple, en moyenne de 30,4 FCFA par
kilomètre sur les quelque1400 kilomètres qui séparent
Abidjan et Niamey (Honfoga et al., 2005).. Ces mêmes auteurs ont
constaté que dans le cas des pays de la SADAOC14(*), les études empiriques
accusent souvent à tort les coûts de transport. Pour eux,
l'importance des coûts tient, d'une part, à un manque de
transparence des marchés qui conduit à des comportements
opportunistes et, d'autre part, aux intermédiaires non fonctionnels qui
occasionnent indûment de faux frais, gonflant les coûts de
commercialisation et corrélativement les prix à la consommation.
L'évolution de la part de coûts de transport dans les coûts
de commercialisation des céréales dans la SADAOC, est
reportée dans le tableau ci-dessus.
Tableau n°2 : Part moyenne de transport (%)
dans les coûts de commercialisation des céréales dans la
SADAOC de 1995 à 2000.
Produits
|
Burkina
|
Mali
|
Ghana
|
Togo
|
SADAOC (Côte d'Ivoire exclue)
|
Riz
|
42,3
|
19,6
|
23,3
|
11,2
|
24,1
|
Maïs
|
54,4
|
17,6
|
18,8
|
36,5
|
31,8
|
Mil
|
58,8
|
18,4
|
32
|
5,5
|
28,7
|
Sorgho
|
64,2
|
20,6
|
|
14,8
|
33,2
|
Céréales
|
54,9
|
19,1
|
24,7
|
17
|
29,5
|
Source :Honfoga et al. (2005), p.14.
On constate, à partir de ce tableau, les coûts de
transport ne prennent pas en général la plus large part des
coûts de transaction des céréales. Cela peut aussi
être imputable à la détention des céréales
sèches par certains commerçants à des fins
spéculatives plutôt qu'arbitragistes. L'efficacité des
systèmes d'information sur les marchés (SIM) a cependant
été signalée notamment pour le cas du Burkina. Ce qui
pourrait dissuader certains commerçants de profiter de
l'asymétrie de l'information existant entre eux et les consommateurs
pour adopter des comportements opportunistes notamment en exigeant des marges
commerciales excessives tout en se drapant derrière les coûts de
transport.
L'importance de différents coûts (transports ou
faux frais) est telle que certains arbitrages inter-marchés ne sont pas
possibles En effet, si les coûts des transactions excèdent le
différentiel des prix entre les marchés, les échanges sont
du coup bloqués car les commerçants ne gagneraient rien à
opérer. Néanmoins, certains auteurs mentionnent que depuis la
libéralisation des marchés céréaliers dans les pays
membres du CILSS (Comité permanent Inter-États de Lutte contre la
Sécheresse au Sahel) et des échanges dans les pays de l'UEMOA et
de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique
de l'Ouest), les opérateurs privés du secteur
céréalier ont réussi à accroître les
échanges dans ces sous-ensembles. Le rapport final du CILSS (2002) a
indiqué des résultats importants en termes d'interconnexion des
marchés céréaliers entre le Burkina, le Mali et le Niger.
Ce dernier, qui d'ordinaire importe des céréales pour couvrir ses
besoins alimentaires y compris pendant les années de bonne production
vivrière, pourrait ainsi facilement s'approvisionner au Mali ou au
Burkina. Selon ce même rapport, il existe un marché
céréalier régional qui se construit progressivement et qui
va bien au-delà de la logique pays déficitaires-pays
excédentaires.
Une étude réalisée par la direction
générale des affaires économiques du Bénin a
révélé que la mise en place du TEC a entraîné
une amplification des échanges du pays avec ses pairs de l'UEMOA. Les
importations béninoises en provenance des autres pays de l'union sont
passées de 40,3 milliards de FCFA en 1999 (un an avant la reforme)
à 49,6 milliards en 2000 puis à 59,9 milliards en 2001 avec des
taux d'accroissement annuels respectifs de 23% et 21%. Les exportations ont
cependant connu une baisse assez considérable. Elles sont passées
de 7541,1 millions de FCFA en 1999 à 7184,2 millions en 2000. Ces
résultats ne font qu'entériner ceux obtenus par Adegbid et al.
(2003) en se servant des modèles vectoriels à correction
d'erreurs pour analyser l'échange céréalier. Ces
résultats vont également de pair avec les recommandations de Lutz
(1994) dans son étude sur le fonctionnement du marché du
maïs au Bénin.
Dans une étude portant sur l'impact de l'offre locale
de produits vivriers sur les prix dans l'UEMOA, Diallo (2003) a quant à
lui observé que le secteur vivrier de la sous-région est
cloisonné en deux compartiments.. Le premier englobe les marchés
des pays sahéliens. Dans ce compartiment, tout choc affectant ce
sous-secteur risque de dévier l'inflation de son sentier de long terme.
Composé des pays côtiers, le second compartiment présente
une caractéristique inverse. Les échanges entre ces deux
compartiments sont cependant possibles du fait que les prix des produits
vivriers sont relativement plus élevés dans les pays
sahéliens que dans les pays côtiers.
Dans certains pays, c'est plutôt les déficits
céréaliers chroniques et la faiblesse de revenus ruraux qui sont
la cause première de la faiblesse des échanges
céréaliers en favorisant les cultures destinées à
l'autoconsommation. Par exemple au Niger, pendant la décennie 1992-2001,
sur les 10 campagnes agricoles, 7 ont été déficitaires
(Aboubacar, 2003) alors que, selon le document de la stratégie de la
lutte contre la pauvreté (DSRP), 63% de la population vivent en
deçà du seuil de la pauvreté.
Constatant certaines limites des modèles
linéaires, Catherine et al. (2005) ont utilisé un modèle
à effets de seuil pour étudier l'impact de la dévaluation
du FCFA de 1994 sur le commerce du bétail au Burkina. Ces auteurs ont
abouti à la conclusion que cet ajustement monétaire a conduit
à une réduction des coûts des transactions et
corrélativement à une amélioration du niveau
d'intégration des marchés.
Grosso modo, le commerce céréalier dans les pays
de l'UEMOA a fait l'objet d'une littérature empirique assez abondante.
De ce bref aperçu, il ressort que plusieurs facteurs, les uns activant
ou amortissant les autres, jouent un rôle déterminant dans
l'intégration ou la fragmentation des marchés. L'importance des
coûts de transactions et des intermédiaires non fonctionnels a
été particulièrement soulignée.. Celle-ci tient
principalement à la faiblesse des infrastructures routières, du
système d'information sur les prix et au non respect des règles
communes. Dans la section suivante, nous nous proposons de passer en revue les
principales méthodes d'estimation qui ont été
utilisées dans l'élaboration de ces travaux
3.2.
Présentation des principales méthodes d'estimation
Les principales méthodes utilisées dans le cadre
des recherches empiriques sur le commerce céréalier dans les pays
de l'UEMOA sont : le modèle de gravité, la théorie de
la co-intégration et les modèles linéaires à effets
de seuil. Le cadre théorique ainsi que les avantages et
inconvénients de chacune de ces principales méthodes seront tour
à tour exposés dans cette section afin de choisir un
modèle qui puisse s'ajuster au mieux à nos données.
3.2.1. Modèles de gravité
L'origine du modèle de gravité remonte au
phénomène d'attraction terrestre de la physique newtonienne. Le
modèle gravitationnel de Newton stipule que l'attraction entre deux
corps est directement proportionnelle aux masses de ces deux corps et
inversement proportionnelle à leur éloignement.
En économie, l'utilisation de ce type de
modélisation trouve ses racines dans l'intuition de Tinbergen (1961)
à assimiler le phénomène physique d'attraction entre deux
corps à l'intensité des échanges commerciaux entre deux
pays. Il assimile également les masses de deux corps aux PIB de deux
pays et l'éloignement de deux corps à la distance qui
sépare deux pays.. Ainsi, en considérant deux pays i et j, nous
pouvons écrire : avec, et. désigne les flux des exportations du pays i vers le
pays j à la date t. (respectivement ) représente le PIB du pays i (respectivement du pays j) à
la date t. est la distance qui sépare les deux pays.
Le problème qui se pose est le choix de la forme
fonctionnelle de f. Il est souvent utilisé la spécification
simple suivante : (1) où a, b et c sont des
paramètres à estimer et K est une constante
strictement positive. La forme logarithmique de (1)
s `écrit : (2). Un signe théorique positif est attendu de tous les
paramètres a, b et c.
Les travaux empiriques utilisant cette forme simple
aboutissent à des résultats remarquables (Luo, 2001).
Néanmoins, il convient de reconnaître que le modèle est
d'une simplification assez abusive en ce sens qu'il néglige plusieurs
facteurs susceptibles d'influer sur les échanges internationaux. Parmi
ces facteurs, on distingue principalement l'usage des monnaies
différentes, les habitudes commerciales, l'état des
infrastructures routières, l'imperfection de l'information, la taille de
la population, etc.
Pour corriger cette faiblesse, certains travaux utilisent un
vecteur plus large des variables explicatives en remplaçant les
variables et par les vecteurs ???et ???représentant respectivement les caractéristiques des
pays i et j. Ces vecteurs peuvent par exemple contenir des variables telles que
l'influence de la qualité des infrastructures sur les coûts de
transport (Limao et Venables, 2000) ou l'effet de l'importance des ces
coûts de transport sur les échanges (Obstfeld et Rogoff, 2000). On
peut ainsi réécrire (2) de la manière
suivante : (3). Dans cette dernière relation, les sont les m composantes du vecteur ?? et les sont les n composantes du vecteur ??.? L'équation (3) est souvent estimée par la
méthode des moindres carrés ordinaires (MCO).
Les modèles de gravité présentent
l'avantage de donner de bonnes estimations et d'être simples. Mais,
à côté de ces avantages, ils présentent tout aussi
des limites. On en distingue deux principalement.. La première se
rapporte à la mesure de la distance. La plupart des études qui
utilisent les modèles de gravité se servent de la distance
à vol d'oiseau entre les capitales des pays partenaires, pour approximer
la distance qui sépare ces derniers. Or cette distance est une mesure
biaisée car elle ne correspond pas au trajet réel (voie maritime
ou terrestre) par lequel les marchandises sont transportées. Ce qui
risque de faire perdre certaines informations utiles comme différence de
coûts selon la voie maritime ou terrestre, état des routes ou des
obstacles naturels dus à des facteurs géodésiques. Par
exemple, pour une distance identique, le coût unitaire de transport est
en général plus faible sur la voie maritime comparativement
à la voie terrestre ou ferroviaire. La seconde limite principale
réside dans le fait que rien ne garantit l'absence des
corrélations fallacieuses dues par exemple à la non prise en
compte des variables pertinentes.
Face à ces problèmes majeurs et avec le
développement des techniques de l'économétrie des
séries temporelles, le recours à la théorie de la
co-intégration devient de plus en plus fréquent.
3.2.2. Méthode de Co-intégration
La stationnarité du second ordre (constance dans le
temps des moments des premier et second ordres) est l'hypothèse
fondamentale qui régit l'économétrie traditionnelle
héritée de l'approche de Box et Jenkins. Dans la
réalité, nombreuses sont les séries dont les moments
empiriques ne convergent pas vers des constantes mais plutôt vers des
variables aléatoires du fait de la présence des racines unitaires
et/ou tendances stochastiques et/ou déterministes15(*).
Les variables présentant ces effets perturbateurs ne se
prêtent pas aux modélisations à la Box-Jenkins au risque
d'assister à des «spurious regressions» pour reprendre
l'expression par laquelle Granger et Newbold (1974) ont désigné
les régressions fallacieuses (relations entre les tendances et non entre
les variables).
A partir des travaux précurseurs de Granger (1980 et
1981), il est désormais possible d'éviter ces corrélations
fortuites en trouvant des transformations stationnaires des chroniques. C'est
ainsi, il est d'usage d'appliquer aux séries des filtres aux
différences pour déterminer leur ordre d'intégration et
étudier leur liaison éventuelle au moyen de la théorie de
la co-intégration.
Une série est dite intégrée d'ordre d () s'il est nécessaire de la différencier d fois pour la
rendre stationnaire. Le cas des séries I(1) est particulièrement
intéressant dans la mesure où la plupart des grandeurs
macroéconomiques et financières possèdent cette
propreté.
Pour deux séries () et () respectivement et , , la combinaison linéaire + est intégrée d'ordre .Si et que l'inégalité précédente est stricte,
on dit que les séries () et () sont co-intégrées. Concrètement, cela signifie
que même si ces séries ont des évolutions divergentes
à court terme, elles se caractérisent par une tendance commune de
long terme.
La définition précédente de la
co-intégration se généralise. Soit un vecteur aléatoire colonne ayant n composantes. Les
composantes de sont dites co-intégrées d'ordre ( avec) si elles sont toutes et qu'où désigne la transposée du vecteur . est appelé vecteur co-intégrant ou vecteur de
co-intégration. Le nombre des vecteurs co-intégrants est au plus
égal à n-1. Si de plus, r () vecteurs co-intégrants linéairement
indépendants, on dit que est co-intégré de rang r.
Selon Bresson et Pirotte (1995), l'éventuelle
pluralité des vecteurs co-intégrants traduit le fait qu'il peut y
avoir plusieurs relations d'équilibre qui gouvernent l'évolution
des comportements des variables. Le nombre de ces relations est appelé
rang de co-intégration du vecteur. Il correspond au rang de la matrice A =de format à laquelle on donne le nom de matrice de co-intégration
du vecteur.
Statistiquement, l'existence d'éventuelles relations de
co-intégration entre un ensemble des variables est testée
à l'aide de certains procédés. Les plus utilisés
dans l'étude de l'intégration des marchés sont la
méthode d'Engle et Granger (1987) et l'approche multivariée de
Johansen (1988).
Considérons deux variables aléatoires et intégrées d'ordre 1. Supposons, à travers un test
de causalité ou en se basant sur une théorie, que soit la variable à expliquer. La procédure d'Engle et
Granger consiste à estimer par les MCO la relation (relation de long terme) et à récupérer le
résidu. On applique un test de stationnarité sur cette
série des résidus de la relation de long terme. Les deux
séries ne sont co-intégrées que si ces résidus sont
stationnaires16(*).
L'approche d'Engle et Granger a l'inconvénient de ne
s'appliquer qu'au cas d'une seule relation de co-intégration et
qu'à des séries intégrées d'ordre 1. Pour un
ensemble large des variables, il peut exister plusieurs relations de
co-intégration dont la connaissance est utile particulièrement
dans l'étude de l'intégration des marchés. Pour cette
raison, il est fréquent de recourir à l'approche
multivariée de Johansen. Pour présenter la démarche de ce
test, plaçons-nous dans le cas des séries I (1).
Considérons un vecteur aléatoire à n composantes ayant toutes la propriété. Ce processus admet une représentation s'il peut s'écrire sous la forme suivante: . Dans cette écriture, est le vecteur des exogènes (supposées stationnaires) du
nombre desquelles peuvent éventuellement figurer des variables binaires;
, est une matrice carrée d'ordre n; est un vecteur d'impulsions et c est le vecteur des constantes. Sous forme d'un modèle
vectoriel à correction d'erreurs (VECM), l'équation
précédente s'écrit:: (5) où désigne l'opérateur différence première et
,avec matrice unité d'ordre n.
Remarquons que le premier membre de (5) est stationnaire
puisque toutes les composantes du vecteur sont par hypothèse. De même, en dehors de qui est, toutes les variables figurant dans le second membre sont
stationnaires. Pour qu'il n'y ait pas déséquilibre entre les deux
membres, il faudrait donc nécessairement quesoit stationnaire c'est-à-dire que . La matrice , jouant le rôle de matrice A définie ci-dessus, capte la
dynamique de long terme et les matrices captent la dynamique de court terme.
Le principe du test multivarié de Johansen est
finalement de déterminer le rang de la matrice ou le nombre de ses valeurs propres non nulles distinctes
qui désigne le nombre de relations de co-intégration.
Ainsi, à partir des valeurs propres de cette matrice, on construit la
statistique suivante: où N est le nombre total d'observations, r est le nombre des
relations de co-intégration à tester, est l'estimation de la valeur propre maximale. Appelée statistique de trace, suit une loi de probabilité tabulée par Johansen et
Juselius (1990).
En pratique, le test se fait de façon
séquentielle. On teste d'abord contre : (test de l'absence de co-intégration contre l'existence d'au
moins une relation de co-intégration). Si est acceptée, alors la procédure s'arrête et on
conclut qu'il n'y a aucune relation de co-intégration. Sinon, à
l'étape suivante, on teste contre (test de l'existence d'une seule relation de co-intégration
contre l'existe d'au moins deux relations). Si est acceptée, la procédure s'arrête et la conclusion
est qu'il existe une seule relation de co-intégration. Sinon, on
continue. Ainsi de suite, jusqu'au premier rejet de..
En somme, l'utilisation de la méthode de
co-intégration dans l'analyse de l'intégration des marchés
présente principalement trois intérêts. Le premier est
qu'elle s'applique aussi bien à des séries des prix qu'à
des séries de quantités contrairement aux modèles de
gravité. Le deuxième intérêt de cette méthode
est de tenir compte et de corriger les problèmes de non
stationnarité des séries. Ce qui permet d'éviter des
corrélations artificielles. Enfin, la méthode de
co-intégration présente l'intérêt de prendre en
compte la dynamique de transmission des chocs en distinguant les effets de
court terme de ceux de long terme. Toutefois, l'approche se heurte à
quelques limites. Premièrement, elle est implicitement basée sur
l'hypothèse de la stationnarité des coûts de transactions
qui, en général, ne sont pas connus. Or, il est probable que
cette hypothèse ne soit pas vérifiée. Dans ce cas, la
similarité de mouvements des prix de certains marchés n'implique
pas nécessairement l'intégration de ces marchés et vice
versa. Ainsi co-intégration des prix n'est ni une condition
nécessaire ni suffisante pour l'intégration des marchés.
Pour (Adegbidi et al., 2003), cela tient au fait que l'intégration
économique est un concept multidimensionnel englobant même les
habitudes commerciales et la standardisation des mesures. Deuxièmement,
cette méthode ne prend pas en compte le changement de régime
(intégré ou fragmenté) dus à des effets de seuil
(nous y reviendrons dans la section suivante). Enfin, on reproche à la
méthode de co-intégration le fait de ne pouvoir capter que des
relations linéaires. Elle est donc sujette à des erreurs de
spécification. Ces limites ont conduit à un regain
d'intérêt dans l'analyse de l'intégration des
marchés avec le développement des modèles dits à
effets de seuil.
3.2.3. Modèles à effets de seuil
Les modèles à effets de seuil sont des
prolongements des modèles auto-régressifs linéaires. Ils
permettent de mettre en évidence l'existence des ruptures de grandes
ampleurs dans l'évolution des chroniques. Dans les études de
l'intégration des marchés, ils sont utilisés pour tenir
compte de la non stationnarité des coûts de transports. Les
formes les plus répandues sont les modèles SETAR (Self-Exciting
Threshold AutoRegressive ou modèles à transmission brutale) et
les modèles STAR (Smooth Transition AutoRegressive ou modèles
à transmission douce)17(*).
3.2.3.1.
Modèles SETAR
Les jalons de ce type de modélisations remontent aux
travaux de Tong (1977a, 1977b, 1978 et 1980). Mais , il a fallu 1980 avec les
travaux conjoints de Tong et Lim pour qu'une véritable formalisation en
soit proposée. Les modèles SETAR se fondent sur l'idée
qu'une relation peut être linéaire sur des sous-périodes
sans qu'elle ne le soit sur la période globale. L'exemple de Caner et
Hansen (2001), selon lequel un processus peut suivre une marche
aléatoire dans la zone centrale et avoir un comportement stable dans les
zones extrêmes, en est assez illustratif.
D'une manière générale, l'écriture
sous forme SETAR d'un processus est la suivante :
est le vecteur des variables explicatives. Il contient des valeurs
retardées de l'endogène et d'autres variables. On peut ainsi
noter où les (i = 1, 2, ...,p) sont les valeurs retardées de la variable
à expliquer et les sont des variables explicatives autres que les valeurs retardées
de l'endogène. . Les sont des bruits blancs. non corrélés et les sont des vecteurs colonnes à coefficients réels., on a:, certains de ces coefficients pouvant éventuellement être
nuls. désignent les constantes du modèles et la transposée du vecteur , . Les () sont les paramètres de seuil et la variable de transition.
Il existe une version simplifiée de ces modèles
qui n'introduit que les valeurs retardées de l'endogène comme
variables explicatives. Dans ce cas, on dit qu'un processus suit un modèle lorsqu'il peut s'écrire sous la forme:
Tout comme précédemment, lessont des bruits blancs indépendants. Les sont des valeurs retardées de la variable et sont des paramètres réels. Le système ci-dessus
indique qu'il y a plusieurs phases (régimes) dans l'évolution du
processus . Le paramètre désigne le nombre de ces régimes Chaque régime est
défini par un modèle auto-régressif linéaire (AR)
à un certain ordre. Par exemple la équation du système montre que le régime n est
caractérisé par . Le passage d'un régime à un autre dépend des
paramètres de seuil, () et de la valeur de la variable de transition,. ou variable de seuil. On entend par variable de transition le processus
qui déclenche le passage d'un régime à un autre. est le délai du déclenchement de ce processus.
Si, , le modèlese ramène à un cas particulier connu sous le nom des
modèles TAR (Threshold AutoRegressive ou modèles
auto-régressifs à seuil) d'ordre p à k régimes. Si
de plus k=1, on obtient un modèle auto-régressif usuel d'ordre p,
AR(p).
La modélisation SETAR suppose que la transmission est
brutale .Mais, en réalité, il existe des
phénomènes cycliques dans lesquels le passage d'un régime
à l'autre ne se fait pas brutalement. Ce qui a conduit au
développement des modèles STAR.
3.2.3.2.
Modèles STAR
La forme générale des modèles STAR est
semblable à celle des modèles TAR à deux régimes.
Cependant, il existe principalement deux dissemblances entre les deux. La
première est que la modélisation STAR utilise non pas une
variable de transition mais plutôt une fonction de celle-ci. La seconde
dissemblance entre ces deux types de modélisation vient du fait que,
contrairement aux modèles TAR dont le passage d'un régime
à un autre est brutal, le mode de transition des modèles STAR est
« douce ».
Formellement, l'écriture d'un processus sous une forme STAR d'ordre p est la suivante: . Où, et sont des constantes, , , . F est la fonction de transition.
F est une fonction bornée par 0 et 1. On retient
souvent les deux formes suivantes proposées par Terasvirta et Anderson
(1992): et avec .
est une fonction logistique. Pour cette raison les modèles STAR
qui l'utilisent sont appelés modèles STAR logistiques
(LSTAR).Selon Bresson et Pirotte (op.cit), ce type de modèles
décrit une situation où les phases de contraction et d'expansion
du cycle d'affaires peuvent avoir des dynamiques différentes mais la
transition entre les deux phases n'est pas brutale. Remarquons que quand , devient une fonction en escaliers et on a:
Dans ce cas, on retrouve la forme . Si , . On se ramène alors à un usuel.
est une forme exponentielle et les modèles STAR qui l'utilisent
s'appellent modèles STAR exponentiels (ESTAR). Ils sont
généralement utilisés pour modéliser des processus
dont l'évolution est caractérisée par des phases
semblables mais d'intensités différentes. Quand , les deviennent des modèles auto-régressifs
linéaires.
3.2.3.3. Estimation
des modèles à effets de seuil
Le principal problème qu'on rencontre dans l'estimation
des modèles à effets de seuil est le choix de la variable de
transition et de ses valeurs seuils.. Selon Tong (1990) et Craner et Hansen
(2001), cette variable ne doit pas être une des variables explicatives.
Cependant, se basant sur des raisonnements thématiques (en s'inspirant
de la théorie économique par exemple) ou sur des tests
statistiques, certains travaux choisissent une des variables explicatives comme
étant la variable de seuil.
Statistiquement, le choix de la variable de transition se fait
au moyen des tests de linéarité18(*) notamment le test de Tsay (1989). Le principe du test
de Tsay est de savoir si un modèle SETAR ou STAR est plus
adéquat qu'un modèle auto-régressif linéaire au vu
des données observées. L'idée est donc de détecter
d'éventuelles périodes de ruptures On l'applique sur les
valeurs retardées de l'endogène dans l'objectif de choisir la
variable pour laquelle la rupture est la plus prononcée. Le nombre de
retards d correspondant est le délai de transition. Ce test revient donc
à déterminer le paramètre d.
Pour décrire la procédure du test, nous allons
considérer un à deux régimes. Sous l'hypothèse de
linéarité, l'évolution de ce processus est
gouvernée par une seule dynamique décrite par l'écriture
AR(p) suivante: On teste donc l'hypothèse contre
Tester équivaut à tester . Le test s'exécute en quatre étapes. A la première
étape, on estime par les MCO le modèle AR(p) et on se donne un
ensemble des valeurs que peut prendre le paramètre d.. A la
deuxième étape, pour chaque valeur du paramètre d, on
ordonne les observation selon les valeurs croissantes de la variable de seuil
correspondante; On obtient ainsi deux régimes, le premier est
associé aux r premières observations et le second aux autres
observations. On estime de façon récursive tous les
modèles correspondant aux différentes valeurs de d. Ce qui permet
de déterminer la statistique Q de Tsay définie par: où T est le nombre total d'observations, k est le nombre
d'observations utilisées pour initialiser les estimations
récursives (Tsay conseille de prendre), sont les résidus normalisés, sont les résidus de la régressions de sur les variables explicatives (y compris la constante). Sous , . Si est acceptée alors le modèle TAR est rejeté. Sinon,
on retient comme valeur de d celle qui maximise Q(p) ou, ce qui revient au
même, qui minimise la probabilité associée à cette
statistique. La troisième étape consiste à
déterminer la valeur seuil à travers une analyse graphique en
portant en abscisses les valeurs ordonnées de la variable de seuil et en
ordonnées les t de Student des coefficients auto-régressifs
estimés récursivement. La valeur seuil correspond à la
première rupture observée. Une fois cette valeur
déterminée, à la dernière étape, on estime
le modèle TAR par les MCO.
Les modèles à effets de seuil présentent
quelques avantages dans l'analyse de l'intégration spatiale des
marchés. Ils permettent non seulement de prendre en compte la non
stationnarité des coûts de transactions (un des
éléments saillants de l'arbitrage spatial) mais aussi la non
linéarité dans le processus d'intégration qui peut
être imputable à d'éventuels évènements
majeurs.
Les principaux inconvénients de ces modèles
résident dans la complexité de leurs méthodes
d'estimation. De plus, la méthode de Tsay, qui semble la plus simple
relativement, est beaucoup critiquée du fait notamment de l'utilisation
de l'analyse graphique. En effet, le graphique de bon nombre de séries
ne se présentant pas sous une forme assez lisible, cette méthode
n'est qu'approximative. De ce fait, malgré leurs bonnes
propriétés, on leur préfère souvent les
modèles vectoriels à correction d'erreurs.
Au total, la littérature empirique appréhende le
problème spécifique du commerce transfrontalier des
céréales dans l'espace UEMOA sous divers aspects dont les pivots
sont les coûts de transports, la mauvaise qualité des
infrastructures routières et le non respect des règles communes.
Au chapitre suivant, nous essaierons, ces différents facteurs aidant, de
spécifier un modèle en tenant compte des données
disponibles et des principales méthodes d'estimation utilisées
dans les travaux antérieurs.
4. PRESENTATION ET MISE EN OEUVRE DE LA METHODE
D'ESTIMATION
Dans ce chapitre, nous commencerons par présenter les
données ainsi que les notations qui seront utilisées (II) avant
de spécifier et de mettre en oeuvre la méthode d'estimation
(II).
4.1. Données et
notations
Après avoir présenté les données
et leurs sources, il sera fait un inventaire des variables.
4.1.1. Données et leurs sources
Les céréales concernées par cette
étude sont le maïs, le mil, le riz importé, le riz local et
le sorgho. Pour chacune d'entre elles, nous disposons des données
mensuelles des prix moyens au kilogramme de principales agglomérations
(capitales politiques ou économiques) de chacun des sept pays de l'UEMOA
(la Guinée-Bissau exclue). Ces données couvrent la période
allant de janvier 1998 à décembre 2005 soit 96 observations. Le
choix de ces cinq céréales tient compte à la fois du fait
que les pays concernés par l'étude les commercialisent et de la
disponibilité des données. Pour le maïs et le mil, les
données de tous les pays sont disponibles soit donc sept marchés
à étudier pour chacune de ces céréales. En ce qui
concerne le riz, les données du Mali, Niger et Burkina se calculent sans
aucune distinction entre riz local et riz importé. De ce fait, ces trois
pays sont exclus de l'étude du riz. Enfin, il semble que la Côte
d'Ivoire et le Sénégal ne suivent pas les données des prix
moyens du sorgho.
Par ailleurs, nous disposons des données sur les
indices de coûts de transport de tous les pays concernés ainsi que
sur le cours international du riz . Ces données ont également une
fréquence mensuelle et couvrent la même période que les
prix des céréales.
Quant au choix des prix des capitales politiques ou
économiques des pays concernés, il se fonde sur l'idée que
les principales agglomérations sont généralement des
points d'attraction de divers acteurs des marchés nationaux. En plus,
compte tenu du mauvais état des infrastructures routières ces
centres se présentent souvent comme des points de passage obligé.
De ce fait, les prix qui s'y forment sont censés converger vers la
moyenne nationale et donc être représentatifs.
La Guinée-Bissau a été exclue de
l'étude, du fait de la fréquence des données manquantes
pour certaines céréales et de l'indisponibilité totale
d'observations pour certaines d'autres. A titre d'exemple, pour les riz
importé et local, nous ne disposons que de quatre observations
concernant ce pays et pour le maïs, nous n'en disposons d'aucune.
Disponibles à AFRISTAT, ces données proviennent
des organismes de Statistique des pays concernés: Institut National de
la Statistique et de l'Analyse Economique (INSAE) pour le Bénin,
Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD) pour le
Burkina, Institut National de la Statistique (INS) pour la Côte d'Ivoire
et le Niger, Direction Nationale de la Statistique et de l'Informatique (DNSI)
pour le Mali, Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
(ANSD) pour le Sénégal et la Direction Générale de
la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DGSCN) pour le Togo. Les
statistiques du transport du Mali proviennent du ministère de
l'équipement et des transports plus précisément de la
direction nationale des transports terrestres , maritimes et fluviaux. Les prix
internationaux du riz proviennent des relevés de la Banque Mondiale. Il
s'agit en fait des prix à l'exportation FAB (franco à bord qui
désigne le prix d'un produit à la frontière du pays
exportateur) à Bangkok du riz thaïlandais A1
spécial.
4.1.2. Inventaire des variables
Les procédures adoptées pour les notations de
différentes variables consistent à faire correspondre un chiffre
à chacune des céréales concernées par
l'étude (voir tableau ci-dessous). La série de prix moyen de
chaque céréale de la principale agglomération d'un pays
quelconque de l'UEMOA sera notée en faisant suivre les deux
premières lettres du nom du pays par le chiffre correspondant à
la céréale. Par exemple la série de prix moyen de sorgho
du Sénégal sera notée SE5, celle de prix moyen du mil de
la Côte d'Ivoire CO2 et celle du maïs du Bénin BE1. L' indice
des coûts de transport de chaque pays sera noté en faisant
précéder les deux premières lettres du nom du pays par un
T. Par exemple, la série des indices des coûts de transport du
Niger sera notée TNI. La série du prix international du riz sera
simplement notée COURS.
Céréale
|
Maïs
|
Mil
|
Riz importé
|
Riz local
|
Sorgho
|
Chiffe correspondant
|
1
|
2
|
3
|
4
|
5
|
Par ailleurs, les variables binaires suivantes seront
utilisées:
- IVOIRIENNE pour capter l'incidence de la crise
ivoirienne
- CONVERGE et STABILITE pour évaluer respectivement
l'impact de la première phase (plan de convergence) et la seconde phase
(pacte de stabilité) du tarif extérieur commun (TEC).
- COMPENSE qui désigne le système de
compensations financières de moins-values mis en oeuvre par les
autorités de l'UEMOA pour aider les pays qui souffrent de leur
appartenance à l'union à développer leur industrie.
- SECTORIEL pour évaluer les politiques sectorielles
communes pour lesquelles ont opté les pays de la zone.
Chacune des indicatrices introduites pour une mesure à
caractère permanent prend la valeur 0 avant la mise en oeuvre de cette
politique et 1 à partir de la date de sa mise en oeuvre. (pour celles
qui sont permanentes)de sa mise en oeuvre à son achèvement
Chaque indicatrice correspondante à une mesure à caractère
temporaire prend la valeur 1 dans l'intervalle temporel couvrant qui
s'intercale entre le début de la mise en oeuvre et l'achèvement
de la mesure; et prend la valeur 0 partout ailleurs. Quant à la variable
IVOIRIENNE, elle vaut 0 avant le mois de décembre 2002 et 1 à
partir de ce mois.
4.2. Présentation et application de la
méthode d'estimation
Le choix de méthode d'estimation tient compte à
la fois de la nature de nos données et des éléments issus
de notre littérature empirique. Il sied d'exposer la procédure
avant de la mettre en oeuvre.
4.2.1. Présentation de la procédure
d'estimation
Notre démarche se fonde sur l'utilisation des
modèles linaires à correction d'erreur. Une attention
particulière sera portée à la question des coûts de
transaction.
Dans un premier temps, nous utiliserons l'approche
proposée par Gonzalez-Rivera et Helmand, (2001). Il s'agit d'une
approche basée sur des tests de co-intégration simples.
L'idée est de rechercher l'existence d'une évolution commune de
long terme des prix observés pour chacun des produits homogènes
échangeables entre les marchés. C'est une démarche
générale d'analyse de l'intégration de n marchés (n
= 2) d'un bien homogène dans un espace donné selon laquelle pour
que n marchés soient intégrés, il suffit d'avoir
exactement n-1 vecteurs de co-intégration. En effet, l'existence de n-1
vecteurs de co-intégration, disaient Gonzalez-Rivera et Helmand, assure
que les n marchés soient intégrés deux à deux et
que toutes les séries de prix aient une tendance stochastique
commune.
La démarche s'exécute en deux étapes. La
première étape consiste à étudier la
stationnarité des séries des prix. A la seconde étape, on
cherche d'abord à déterminer pour chacun des produits le nombre
des marchés intégrés. Ce nombre correspond au rang de la
matrice de co-intégration augmenté de 1. Ensuite, si les
marchés ne sont pas tous intégrés, on identifie un noyau
des marchés intégrés. Ce noyau définit un espace
économique intégré. On procède à des tests
d'ajout séquentiel d'autres marchés au noyau identifié
précédemment. A chaque fois qu'un marché est
ajouté, on vérifie, à travers un test multivarié de
Johansen, si son ajout augmente le nombre des vecteurs de co-intégration
ou non. Si l'ajout du marché concerné accroît le nombre
des vecteurs de co-intégration, alors ce marché appartient
à l'espace économique défini par ce noyau. Au cas
contraire, ce marché n'est pas de cet espace économique.
Au chapitre précédent, certaines limites de
cette approche ont été relevées notamment
l'hypothèse implicite de la stationnarité des coûts de
transaction. Pour au moins atténuer cette lacune, les coûts de
transactions seront approximés par les indices des coûts de
transport qui sont eux observables. La stationnarité des coûts de
transactions ne sera donc plus présumée mais plutôt
testée. Ces indices caperont les effets dus aux obstacles naturels et,
dans une certaine mesure, l'impact des investissements en infrastructures
routières (comme la réhabilitation de la route
Ouagadougou-Niamey) réalisés dans le cadre de rapprochement des
politiques des Etats membres de l'union. Les effets de la crise ivoirienne et
de différentes mesures commerciales intracommunautaires seront
évaluées à partir des variables dummies définies
plus haut. Les différences culturelles telles barrières
linguistiques ou religieuses seront négligées du fait que, pour
l'essentiel, les pays concernés partagent une même langue
officielle et, pour l'essentiel, les mêmes croyances (animisme,
christianisme, islam). Il faudrait tout de même reconnaître que
l'hypothèse est quelque peu critiquable dans la mesure où, par
exemple, la langue officielle est souvent différente des langues
commerciales.
Dans un second temps, des estimations seront faites. Pour une
présentation générale de celles-ci, il sera supposé
que chacune des variables endogènes est stationnaire ou
intégrée d'ordre 1. On peut donc regrouper les variables
endogènes en deux catégories. La première catégorie
contient toutes les variables co-intégrées et la seconde
catégorie inclut les variables stationnaires et les différences
premières des variables intégrées d'ordre 1 mais qui ne
sont pas co-intégrées. Dans ce cas, le vecteur des endogènes (différentes séries de prix
regroupées par céréale) peut s'écrire .
- est formé des variables intégrées d'ordre 1 et qui
sont co-intégrées.
- contient toutes les variables stationnaires à niveau et les
différences premières des variables intégrées
d'ordre 1 si celles-ci ne sont pas co-intégrées.
Cinq cas de figure sont envisageables :
- toutes les variables sont stationnaires. La composante est alors nulle et la méthode d'estimation appropriée est
un VAR (Vector AutoRegressive) ordinaire.
- Toutes les variables sont stationnaires sauf une seule.
Cette variable intégrée d'ordre 1 sera stationnarisée et
modélisée avec les autres selon une approche VAR
- Toutes les séries sont co-intégrées. La
composante est donc nulle et la méthode d'estimation appropriée est
un modèle à correction d'erreur (vectoriel ou non en fonction du
nombre de relations de co-intégration).
- Le sous-vecteur est réduit à une seule variable. Cette variable ne sera
omise pas considérée et les autres seront estimées suivant
un modèle à correction d'erreur.
- Chacune des deux composantes du vecteur contient au moins deux variables. Dans ce cas un modèle VAR et
modèle à correction d'erreur seront combinés.
De façon formelle, la spécification
générale est donc la suivante :
- et varient en fonction de la céréale
étudiée.
- est le vecteur des exogènes. Il est composé, dans tous
les cas, de différentes indicatrices, les séries des indices des
coûts de transport (des transformations les rendant stationnaires seront
utilisées au cas où elles ne le sont pas) et
éventuellement des termes déterministes.
Il faut noter que les indices de coûts de transport sont
des indices nationaux. En ce sens, ils ne reflètent pas des coûts
de transport entre les pays. Pour pallier à cette lacune, ces indices
sont considérés comme étant des coûts au
kilomètre. Ainsi, pour avoir une idée sur les coûts de
transport entre de la principale agglomération d'un pays i vers celle
d'un pays j, on multiplie l'indice de coûts du pays i par un indice de
distance qui sépare les deux agglomérations. Cet indice de
distance est construit en prenant deux villes de référence,
disons, Abidjan et Bamako. La distance entre ces deux villes est
d'environ 1250 kilomètres. L'indice de distance entre deux villes
V1 et V2 est égal à la distance qui
sépare ces deux villes divisée par 1250. Ainsi l'indice de
distance entre Bamako et Abidjan est 1. L'indice de distance entre Niamey et
Abidjan est de 1,12, la distance séparant ces deux villes étant
d'environ 1400 kilomètres.
Remarquons que cet indice est constant dans le temps. Ce qui
signifie qu'il ne peut jouer sur les indices de prix qu'un effet de dimension.
Or, une des propriétés des modèles linéaires est
que l'effet de dimension affecte la valeur des coefficients tout en laissant
invariante leur significativité. Ainsi, par la suite, ces indices
seront-ils abandonnés.
- le symbole est mis pour la différence première
- les matrices sont les matrices de coefficients de court terme.
- La matrice est la matrice des coefficients de long terme.
- Les matrices contiennent les coefficients associés aux différentes
variables exogènes.
- Les matrices Egalement aucun signe particulier n `est
attendu des coefficients de cette matrice.
- Les éléments des matrices sont les coefficients de liaison entre les variables endogènes
(de la seconde catégorie) et leurs valeurs retardées.
- et sont des vecteurs d'impulsions non corrélées.
- et sont des vecteurs de constantes.
Pour tous les coefficients des matrices et , aucun signe particulier n'est attendu, les prix de différents
pays pouvant s'influencer positivement ou négativement aussi bien
à court terme qu'à long terme.
En revanche, pour ce qui est des matrices, un signe positif est attendu de tous les coefficients associés
aux indicatrices introduites pour capter l'incidence de la crise ivoirienne et
l'impact des coûts de transactions (approchés ici par les indices
de coûts de transport). En effet, les coûts de transports
étant une composante de coûts de transactions, s'ils sont
très élevés, on attend à ce que certains
échanges n'aient pas lieu compte tenu de la règle d'arbitrage
spatial. De même, des évènements comme la crise ivoirienne
handicapent la libre circulation des personnes et des biens. Tous ces facteurs
peuvent créer des pénuries localisées et renchérir
les prix, faute de pouvoir s'approvisionner facilement dans d'autres
marchés.
On attend par contre un signe négatif de tous les
coefficients associés aux variables introduites pour capter les effets
de différentes mesures préférentielles puisque ces mesures
sont censées garantir des prix bas aux consommateurs et
compétitifs aux producteurs.
La constante figurera dans toutes les estimations, dès
lors qu'il existe au moins un coefficient associée à celle-ci qui
est significatif. Celle-ci jouera le rôle des distances qui sont des
constantes. On attend alors que ces constantes soient positives à cause
de la relation positive entre la distance et les coûts de transports qui
sont une composante des coûts de transactions.
4.2.2. Mise en oeuvre de la méthode
d'estimation
Comme indiqué plus haut, la démarche de
Gonzalez-Rivera consiste d'abord à étudier la
stationnarité des séries et appliquer de façon
séquentielle un test de co-intégration multivarié de
Johansen. Par ailleurs, pour évaluer l'impact de différentes
mesures de libéralisation, des modèles VAR ou à correction
d'erreur seront estimés. Une approche par céréale est
adoptée. Compte tenu du fait que de coûts de transaction ne seront
pas supposés stationnaires mais plutôt approchés à
partir des indices de coûts de transport utilisés comme proxies,
il est préalablement intéressant de tester la
stationnarité de ces indices. Ainsi, l'hypothèse très
critiquée de la stationnarité des coûts de transactions est
levée.
4.2.2.1. Etude de la stationnarité des
coûts de transport
Les coûts de transaction ont une place primordiale dans
l'analyse de l'intégration des marchés en ce sens où leur
non stationnarité implique que la co-intégration n'est ni une
condition nécessaire ni suffisante de l'intégration des
marchés. Compte tenu cette importance de coûts de transactions, il
sera procédé à l'étude de la stationnarité
des coûts de transports qui en sont les proxies.
Nous commençons par une analyse graphique, dans la
mesure où celle-ci peut déjà permettre d'en faire une
idée. Le graphique ci-dessous indique une tendance globale à la
hausse en même temps qu'une certaine similitude dans les mouvements de
différentes chroniques. Les indices du Togo et du Bénin se
démarquent par leurs niveaux qui sont en général les plus
élevés. Même si de comportements saisonniers ne se font pas
clairement remarquer, la tendance de ces variables laisse présager
qu'elles ne sont pas stationnaires.
Graphique n°2: Evolution des coûts de
transports mil dans les pays de l'UEMOA de janvier 1998 à
décembre 2005
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EXCEL
L'intuition précédente est soutenue par
l'analyse des fonctions d'autocorrélation. En effet, les
corrélélogrammes et corrélélogrammes partiels (cf.
annexes II) indiquent l'existence des coefficients qui sortent de leur bande de
nullité et ce, même à des ordres relativement grands. Ce
qui caractérise souvent des séries non stationnaires. Cependant,
les représentations graphiques des fonctions d'autocorrélation
des séries en différence première ne comportent plus ces
structures. Elles semblent indiquer que les séries sont
intégrées d'ordre 1.
Nous chercherons à vérifier ces conjectures aux
moyens de tests de stationnarité. Pour assurer la fiabilité des
résultats, il sera appliqué des tests de saisonnalité
(Analyse de la variance et CensusX12) et des tests de racine unitaire non
saisonnière de Dickey-Fuller Augmenté (ADF) et de Phillips-Perron
(PP).
Test de saisonnalité
Les résultats du test de l'analyse de la variance
(reportés en annexe III) indiquent que toutes les séries ont une
tendance, la statistique (définie dans l'encadré ci-dessous) étant
supérieure à sa valeur critique pour toutes les séries
étudiées. En plus, on relève une saisonnalité sur
certaines variables quoique celle-ci se trouve moins prononcée. Cette
présence des effets saisonniers a été confirmée et
corrigée par l'utilisation de la méthode CensusX12.
Tests de racine unitaire non
saisonnière
Les tests ADF et PP appliquées aux séries
corrigées des variations saisonnières (CVS) (cf. tableau n°3
ci-dessous). Dans ce tableau, chaque valeur qui se trouve entre
parenthèses désigne la valeur critique de Mckinnon au seuil de 5%
qu'on comparera à la statistique de test qui la précède
immédiatement. Ces valeurs théoriques varient selon le
modèle choisi. Le choix des modèles a été fait en
suivant la démarche séquentielle d'Engle et Granger et en se
servant des valeurs tabulées de Dickey-Fuller (les statistiques
classiques de Student n'étant pas opérationnelles dans le cas
précis). Certaines cases sont laissées vides pour indiquer que
les tests correspondants ne sont pas nécessaires. Les résultats
de ces tests indiquent unanimement qu'aucune de celles-ci n'est stationnaire
à niveau à 5% Cependant, les tests en différence
première permettent d'accepter que ces séries sont
intégrées d'ordre 1 à ce même seuil (voir tableau
n°3 également). Les séries CVS seront notées en
faisant suivre le non des variables par "_SA".
Encadré n°2 Table
de Buys-Ballot et test de l'analyse de la variance
La table de Buys-Ballot est un tableau à double
entrée dans lequel sont reportées les observations selon leurs
fréquences (mois, trimestres) et les années qu'elles couvrent.
Si, nous considérons des données mensuelles, ce tableau est
construit en mettant les années en lignes et les mois en colonnes. La
table de Buys-Ballot sert à détecter s'il existe des mois de
fortes activités quelque soit l'année. Dans l'affirmative, on
peut d'ores et déjà mettre en évidence la présence
des effets saisonniers. Mais tout comme l'analyse graphique (observation des
courbes et des corrélélogrammes et corrélélogrammes
partiels des séries), la table de Buys-Ballot a l'inconvénient de
ne pouvoir pas toujours détecter avec exactitude la présence des
effets saisonniers. En vue d'affiner l'analyse, on s'en sert pour
procéder au test de l'analyse de la variance.
Les différentes variances s'obtiennent
respectivement par les formules suivantes :
On calcule ainsi deux statistiques FA et
FM définies comme suit :
Ces deux statistiques suivent respectivement une loi de
Fisher à N-1 et (N-1) (p-1) degrés de liberté et une loi
de Fisher à p-1 et (N-1) (p-1) degrés de liberté. La
statistique FA (respectivement FM) permet de tester
l'existence d'une tendance (respectivement d'une saisonnalité). Pour
FA (respectivement FM), l'hypothèse nulle est
celle de l'absence de tendance (respectivement de saisonnalité). On
décide de l'existence d'une tendance (respectivement d'une
saisonnalité) si FA (respectivement FM) est
supérieure à la valeur critique de la loi de Fisher aux nombres
de degrés de liberté correspondants et à un seuil qu'on
s'est donné (généralement 5%).
Le test de l'analyse de la variance a
l'inconvénient majeur de ne pas être puissant en cas de forte
tendance ou saisonnalité.
Les séries de coûts de transports seront
introduites en différence première pour toute utilisation qu'on
en fera pour éviter les problèmes qui découlent de la non
stationnarité de coûts de transaction. La différence
première de chacune des séries de coûts de transport sera
notée en faisant précéder le nom de la série d'un
"D".
Tableau n°3 : Tests ADF et PP sur les
séries des indices de coûts de transports
Test de stationnarité
|
A niveau
|
En différence première
|
Variable
|
ADF
|
. PP
|
ADF
|
PP
|
TBE_SA
|
1,76(-1,94)
|
1,98 (-1,94)
|
-10,34(-1,94)
|
-10,35 (-1,94)
|
TBU_SA
|
-2,91(-3,46)
|
-2,95 (-3,46)
|
-9,38 (-1,94)
|
-9,39(-1,94)
|
TCO_SA
|
2,62 (-1,94)
|
2,76 (-1,94)
|
-7,93 (-1,94)
|
-7,95(-1,94)
|
TMA_SA
|
3,02 (-1,94)
|
2,75 (-1,94)
|
-6,98 (-1,94)
|
-6,94(-1,94)
|
TNI_SA
|
1,98(-1,94)
|
1,86 (-1,94)
|
-7,18(-1,94)
|
-7,13(-1,94)
|
TSE_SA
|
1,94(-1,94)
|
1,6 (-1,94)
|
-7,24(-1,94)
|
-7,23(-1,94)
|
TTO_SA
|
2,71 (-1,94)
|
2,73 (-1,94)
|
-8,24 (-1,94)
|
-8,24(-1,94)
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
4.2.2.2. Etude des marchés du mil
Les deux étapes de la méthodologie de
Gonzalez-Rivera et Helmand (2001) seront respectivement
exécutées.
ü Première étape: Etude de la
stationnarité des variables
Il peut être fructueux de procéder par une
analyse graphique avant de passer au test de stationnarité en temps que
tel dans la mesure où celle-ci peut en donner une première
idée. Ainsi, l'évolution des prix moyens du mil (cf. graphique
ci-dessous) laisse présumer l'existence d'une tendance commune entre les
pays sahéliens de la zone c'est-à-dire le Burkina, le Mali, le
Niger et le Sénégal. On observe par ailleurs une évolution
sporadique au Togo tandis que le Bénin se distingue, en
général, par les niveaux de prix les plus élevés.
Au vu de ce graphique, les différentes séries ne semblent
présenter aucun effet saisonnier. Cependant, les
corrélélogrammes et corrélélogrammes partiels
(Annexe II) aidant, d'autres paramètres de non stationnarité
semblent subsister. En effet, on remarque l'existence des
autocorrélations et autocorrélations partielles qui sortent de
leur bande de nullité. Toutefois, à travers leurs
corrélélogrammes et corrélélogrammes partiels
(Annexe II également), les séries différenciées une
seule fois semblent être stationnaires.
Graphique n°3: Evolution des prix moyens du mil
dans les pays de l'UEMOA de janvier 1998 à décembre
2005
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EXCEL
Mais, du fait que les graphiques ne se présentent pas
toujours sous une forme lisible, il convient de vérifier ces
présomptions à travers de test de stationnarité. Ainsi le
test de saisonnalité et les tests de racine unitaire non
saisonnière seront successivement abordés.
Test de saisonnalité
La saisonnalité est l'une de principales sources de la
non stationnarité. De plus, la présence des effets saisonniers
amoindrit la puissance des tests de racine unitaire non saisonnière. Il
convient dès lors de s'assurer que les séries sont
dépourvues des effets saisonniers ou, du moins, que ceux-ci sont
amoindris. Pour cela, un test d'analyse de la variance est effectué. Les
résultats de ce test (cf. annexes III) indiquent que toutes les
séries présentent une variation intra-annuelle significative au
seuil de 5%, la statistique FA (voir encadré n°2)
étant supérieure à la valeur théorique de la loi de
Fisher à 7 et 77 degrés de liberté au risque de 5% pour
toutes les séries. En plus, pour les séries des prix de la
Côte d'Ivoire, Niger, Sénégal et Togo ; une
variabilité intra-mensuelle a été détectée.
En effet, la valeur calculée de la statistique FM (voir
encadré ci-dessus également) est supérieure à la
valeur critique de la loi de Fisher à 11 et 77 degrés de
liberté au seuil de 5% pour ces séries indiquant ainsi la
présence des effets saisonniers à ce seuil.
Ces résultats nous obligent à recourir aux
techniques de désaisonnalisation. Pour toutes les séries, la
méthode censusX12 a été utilisée afin de se
débarrasser de ces effets perturbateurs. Ce test a également
détecté et corrigé la présence des effets
saisonniers. Un test de racine unitaire non saisonnière sera
appliqué aux séries corrigées des variations
saisonnières (CVS). Celles-ci seront nommées en faisant suivre
les séries initiales par "_SA".
Test de racine unitaire non
saisonnière
Il sera fait recours de façon complémentaire aux
tests ADF et PP. Les résultats obtenus en s'aidant de ces deux tests
sont résumés dans le tableau n°5. De façon unanime,
les deux tests permettent de conclure que, sauf les prix du Bénin,
toutes les séries ne sont pas stationnaires à niveau à 5%
mais que leurs différences premières sont stationnaires à
ce même seuil. On conclut donc que ces séries sont
intégrées d'ordre 1. Quant à la série des prix du
Bénin, le test ADF indique qu'elle est stationnaire à niveau
alors que le test de PP permet de conclure qu'elle est plutôt
intégrée d'ordre 1. Pour départager les deux, les
critères d'information d'Akaïke et de Schwartz ont
été utilisés (cf. tableau n°4 ci-dessous). Ces
critères sont tous plus petits pour les résultats obtenus avec le
test ADF comparativement à ceux obtenus avec le test PP. Ils plaident
ainsi en la faveur de la stationnarité de la variable.
Tableau n°4: Critères d'information pour
la série du mil du Bénin
|
Tests de racine unitaire sur la série BU2_SA
|
Critères d'information
|
ADF à niveau
|
PP en différence première
|
Akaïke
|
8,49
|
8,56
|
Schwartz
|
8,58
|
8,59
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Tableau n°5 Tests ADF et PP sur les séries
du mil
Test de stationnarité
|
A niveau
|
En différence première
|
Variable
|
ADF
|
. PP
|
ADF
|
PP
|
BE2_SA
|
-3,28(-2,89)
|
-2,63 (-2,89)
|
|
-6,55 (-1,94)
|
BU2_SA
|
-0,22 (-1,94)
|
-0,25 (-1,94
|
-8,81 (-1,94)
|
-8,81(-1,94)
|
CO2_SA
|
-2,68 (-2,89)
|
0,1 (-1,94)
|
-6,91 (-1,94)
|
-6,5(-1,94)
|
MA2_SA
|
-0,39 (-1,94)
|
-0,43 (-1,94)
|
-8,46 (-1,94)
|
-8,46(-1,94)
|
NI2_SA
|
-0,45(-1,94)
|
-0,42 (-1,94)
|
-8,03(-1,94)
|
-8,01(-1,94)
|
SE2_SA
|
-0,19(-1,94)
|
-0,2 (-1,94)
|
-7,41(-1,94)
|
-7,41(-1,94)
|
TO2_SA
|
-0,29 (-1,94)
|
-0,26 (-1,94)
|
-10,64 (-1,94)
|
-10,6 (-1,94)
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Au total, parmi les sept séries, six sont
intégrées d'ordre 1 et la seule série restante est
stationnaire à niveau. Celle-ci ne peut donc être
co-intégrée aux autres. Le test de co-intégration ne
concernera donc que les six séries intégrées en
différence première.
ü Deuxième étape: Test de
co-intégration
Le test de co-intégration est la seconde étape
de la démarche de Gonzalez-Rivera. Avant d'appliquer la démarche
séquentielle telle qu'elle a été décrite plus haut,
il est important, au préalable, d'appliquer le test sur l'ensemble des
séries pour chercher à savoir si toutes les séries sont
intégrées ou non. Du fait que le test de co-intégration
à la Johansen est fondé sur une estimation d'un modèle VAR
par la méthode de maximum de vraisemblance, un premier problème
crucial est alors la détermination du nombre de retards optimal à
y inclure. En effet, on sait que le nombre à inclure dans un
modèle VAR doit être suffisant pour éviter
l'autocorrélation et tous les problèmes qu'elle engendre. De
même, non seulement l'introduction d'un nombre élevé des
retards épuise le nombre de degrés de liberté mais aussi
renchérit le rang de la matrice de co-intégration en surestimant
des effets purement transitoires. Pour éviter ces deux problèmes
à la fois, les critères d'information d'Akaike (AIC), de Schwartz
(SC) et de Hannan-Quinn (HQ) ont été utilisés (cf. tableau
n°6). Le principe de tous ces critères est de choisir un nombre de
retards qui minimise une fonction dans l'expression de laquelle interviennent
le nombre de décalages temporels, la taille de l'échantillon, le
nombre de variables et le déterminant de la matrice de
variances-covariances.
Le tableau n°6 ci-dessus indique que ces critères
donnent des nombres de retards tous différents. Un critère
supplémentaire a été alors utilisé comme appoint:
le ratio de vraisemblance (LR). Ce dernier supporte le critère d'Akaike
qui sélectionne quatre retards.
Tableau n°6 Détermination du nombre
optimal des retards
retards
|
LR
|
AIC
|
SC
|
HQ
|
0
|
-
|
53,13
|
55,10
|
53,92
|
1
|
429,69
|
48,10
|
51,06*
|
49,30
|
2
|
93,55
|
47,51
|
51,46
|
49,10*
|
3
|
50,77
|
47,47
|
52,41
|
49,46
|
4
|
54,52*
|
47,28*
|
53,20
|
49.67
|
Source: A partir des données
brutes et à l'aide du logiciel EVIEWS
* indique le nombre de retards optimal
sélectionné par le critère.
Au vu des résultats ainsi obtenus, on peut inclure
quatre retards dans l'application du test de co-intégration de
Johansen.
Encadré n°3: Les
différentes spécifications dans l'approche
multivariéé de Johansen
Le logiciel EVIEWS en propose 5. Celles-ci
diffèrent en fonction des paramètres déterministes
(constante et trend). Pour le choix d'un type de spécification, on peut
recourir aux résultats de tests de stationnarité des
variables.
Modèle [1] Il n'existe ni constante ni trend dans
le modèle à correction d'erreur et dans l'espace
co-intégrant. Ce modèle convient au cas où toutes les
séries n'ont aucune tendance déterministes aussi bien à
niveau qu'en différence première.
Modèle [2] Le modèle à correction
d'erreur n'a aucun terme déterministe mais l'espace co-intégrant
comporte une constante. Ce modèle convient quand aucune série
n'est affectée d'un trend linéaire.
Modèle [3] Le modèle à correction
d'erreur et l'espace co-intégrant contiennent une tendance seulement. Ce
modèle correspond au cas où les différences de certaines
séries comportent une constante.
Modèle [4]Les deux composantes déterministes
apparaissent dans l'espace co-intégrant tandis que le modèle
à correction d'erreur ne comporte que la constante. Ce modèle
s'utilise quand certaines variables comportent un trend linéaire et que
la relation de long terme est stable autour d'une tendance.
Modèle [5] Les deux composantes
déterministes apparaissent aussi bien dans l'espace co-intégrant
que dans le modèle à correction d'erreur. On emploie ce type de
modèle dans le cas où les différences premières de
certaines variables comportent à la fois un trend linéaire et une
constante.
En utilisant la statistique de la trace dont une brève
description a été faite au point II-2 du chapitre 2 et en
utilisant la spécification [2] (voir encadré n°3) en
conformité avec les résultats des tests de racine unitaire, on
obtient 3 relations de co-intégration aux seuils de 5% et 1% (cf.
tableau n° ci-dessous). En effet, la première fois que
l'hypothèse nulle est acceptée correspond au cas ou le nombre de
relations de co-intégration (r) est inférieur ou égal
à trois. Comme l'hypothèse que est précédemment rejetée, on conclut à
l'existence d'exactement trois relations de co-intégration. Ce qui
signifie que, parmi les six marchés, quatre sont
intégrés.
Tableau n°7:Test de co-intégration sur les
séries du mil
Hypothèse nulle
|
Statistique de la trace
|
Valeur calculée
|
Valeur critique (5%)
|
Valeur critique (1%)
|
|
169,76
|
102,14
|
111,01
|
|
108,83
|
76,07
|
84,45
|
|
61,63
|
53,12
|
60,16
|
|
29,87
|
34,91
|
41,07
|
|
9,11
|
19,96
|
24,60
|
|
3,42
|
9,24
|
12.97
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Ces quatre marchés constituent un espace
économique intégré que la démarche de
Gonzalez-Rivera et Helmand permettra d'expliciter. Concrètement, cette
méthode séquentielle s'applique sous forme d'une sorte de
diagramme arborescent Considérons à titre illustratif la
série BE2. On teste d'abord l'existence d'une relation de
co-intégration entre elle et la série BU2 par exemple (le
critère que nous utiliserons est celui de la statistique de la trace).
Deux cas sont envisageables. Soit les deux ne sont pas
co-intégrées auquel cas, on exclut la variable BU2 et on effectue
le test de co-intégration de BE2 avec une des séries restantes.
Ou bien les variables BE2 et BU2 sont co-intégrées auquel cas, on
teste l'ajout d'une troisième variable. Si cet ajout n'a pas
augmenté le nombre des vecteurs co-intégrants alors cette
troisième variable est exclue et on en cherche une autre. Au cas
où le nombre de vecteurs co-intégrants a augmenté, les
trois variables forment un noyau intégré on teste alors l'ajout
d'une quatrième variable. Cette procédure est
réitérée jusqu'à ce que le nombre total des
variables soit épuisé. On change la variable initiale et on
répète la démarche ainsi de suite. Lorsque tous les cas
possibles ont été examinés, plusieurs sous espaces seront
formés. Parmi eux, ceux qui sont redondants sont éliminés.
L'application de cette méthode, en utilisant toujours
la statistique de la trace et en prenant soin à chaque fois de
sélectionner le nombre optimal de retards VAR à travers les
critères habituels de l'information, a conduit à l'obtention des
trois sous espaces suivants :
- 1er sous espace : Burkina, Côte
d'Ivoire, Mali et Niger
- 2ème sous espace : Côte
d'Ivoire, Mali, Niger et Togo.
- 3ème sous espace: Burkina,
Sénégal, Togo et Mali.
Comme il existe des relations de co-intégration entre
elles, ces six variables peuvent être modélisées sous forme
d'un modèle vectoriel à correction d'erreur
(théorème de représentation de Granger). Nous essaierons
d'utiliser cette forme de modélisation pour évaluer l'impact des
mesures de libéralisation entreprises par les pays membres de l'UEMOA
ainsi qu'une éventuelle incidence de la crise ivoirienne. Ainsi, nous
nous proposons d'estimer le modèle suivant:
(6)
Le vecteur des endogènes () et le vecteur des exogènes () sont tels que:
Le symbole est mis pour la différence première. c et désignent respectivement le vecteur des termes constants et le
vecteur d'impulsions non corrélées. Les matrices, et captent la dynamique de court terme tandis que la matrice capte la dynamique de long terme. Enfin, est introduit pour représenter la matrice des coefficients
associés aux variables exogènes.
Les résultats de l'estimation du modèle sont
reportés en annexe IV. Une normalisation par rapport aux prix du
Sénégal a été faite. Ces indiquent qu'à
long terme les prix du Sénégal dépendent positivement de
ceux de la Côte d'Ivoire et du Togo, et négativement de ceux des
autres pays. Cependant, les prix du Niger et de la Côte d'Ivoire n'ont
pas d'impact significatif.
Les coefficients de court terme indiquent que le coefficient
de la force de rappel associé à l'endogène est bien
négatif, inférieur à 1 en valeur absolue et significatif
au seuil de 5%., première condition de la validité du
modèle. Par ailleurs, les coefficients de rappel associés aux
prix de tous les autres pays ne sont pas significatifs indiquant l'absence de
possibilité d'ajustement de court terme en cas de déviation par
rapport à la relation d'équilibre. La plupart des variables
apparaissent avec leur signe attendu toutefois la non significativité de
plusieurs coefficients de court terme a été relevée. Ce
qui ne remet pas en cause la validité globale du modèle. Enfin
les résidus de toutes les équations du modèle ont les
propriétés d'un bruit blanc (non autocorrélation et
homoscédasticité) d'après le test de Ljung-Box et ceux de
White et de Breush-Godfrey.
4.2.2.3. Etude des marchés du riz
importé
Tout comme précédemment, les deux étapes
de la méthodologie de Gonzalez-Rivera et Helmand (2001) seront
successivement abordées.
ü Première étape : Etude de la
stationnarité des variables
Bien qu'il soit malaisé de mettre en évidence
l'existence des mouvements saisonniers à partir du graphique ci-dessous,
une tendance globale à la baisse s'y observe. Contrairement au cas du
marché du mil, cette tendance ne semble plus opposer les pays
côtiers aux pays sahéliens. Cependant, on peut distinguer des
séries qui présentent des fluctuations remarquables laissant
croire que des paramètres perturbateurs persistent (Togo,
Sénégal) opposées à celles qui semblent être
stationnaires (Côte d'Ivoire, Burkina). Ce même constat ressort des
corrélélogrammes et corrélélogrammes partiels de
différentes séries (Annexes II).
Cependant, les corrélélogrammes et
corrélélogrammes partiels des séries
différenciées une seule fois (annexe II) ne présentent
plus de structures particulières. Les séries sont
vraisemblablement au plus intégrées d'ordre 1.
Graphique n°4: Evolution des prix moyens du riz
importé dans les pays de l'UEMOA de janvier 1998 à
décembre 2005
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
Mais du fait qu'il faut souvent craindre de tirer une
conclusion définitive à partir de l'observation graphique, nous
procéderons respectivement au test de saisonnalité et au test de
racine unitaire non saisonnière.
Test de saisonnalité
Il a été effectué un test de l'analyse de
la variance dont les résultats sont consignés en annexe III. Ce
test confirme largement des intuitions données par les graphiques. En
effet, seules les données du Mali sont affectées des facteurs
saisonniers mais toutes les séries ont une tendance. Dans l'objectif de
retirer ce trend, une régression sur le temps a été faite.
Les séries ainsi désaisonnalisées sont soumises aux tests
de racine unitaire non saisonnière. Leurs notations conservent celles
des séries initiales suivies de "_SA".
Tests de racine unitaire non
saisonnière
Dans ce type de modélisation, une importance capitale
est accordée à l'ordre d'intégration des séries.
Afin d'assurer la fiabilité des résultats, les tests ADF et PP
sont combinés. Comme le rappelle le tableau ci-dessous, ces deux types
de tests ont conduit exactement aux mêmes conclusions: les séries
CVS des prix du riz importé du Bénin, Burkina et de la Côte
d'Ivoire sont stationnaires en différence première tandis que
celles du Mali, Niger, Sénégal et Togo le sont déjà
à niveau au seuil de 5%. Par ailleurs la série de cours
international du riz notée COURS est intégrée d'ordre
après être désaisonnalisée comme toutes les autres.
Sa différence première, DCOURS, sera par la suite
utilisée.
Tableau n°8; Tests ADF et PP sur les
séries du riz importé
Test de stationnarité
|
A niveau
|
En différence première
|
Variable
|
ADF
|
. PP
|
ADF
|
PP
|
BE3_SA
|
-0,42(-1,94)
|
-0,39 (-1,94)
|
-8,3 (-1,94)
|
-8,31(-1,94)
|
BU3_SA
|
0,34 (-1,94)
|
0,34 (-1,94
|
-10,53 (-1,94)
|
-10,49(-1,94)
|
CO3_SA
|
-0,33 (-1,94)
|
-0,35 (-1,94)
|
-10,81(-1,94)
|
-10,97(-1,94)
|
SE3_SA
|
-2,95(-2,89)
|
-2,96 (-2,89)
|
|
|
TO3_SA
|
-4,54(-3,46)
|
-4,41 (-3,46)
|
|
|
COURS_SA
|
-0,51 (-1,94)
|
-0,53 (-1,94)
|
-7,08 (-1,94)
|
-6,48 (-1,94)
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Les séries stationnaires ne pouvant être
co-intégrées avec les séries intégrées
d'ordre 1, seules ces dernières seront étudiées au moyen
de la théorie de la co-intégration. Les autres seront
modélisées selon une approche VAR.
ü Deuxième étape: Test de
co-intégration
Pour des raisons déjà évoquées, la
recherche du nombre optimal des retards à introduire dans le
modèle VAR est le premier point auquel on doit accorder un
intérêt vital dans le test de co-intégration
multivarié de Johansen. Les critères traditionnels d'information
(cf. tableau ci-après) permettent de ne retenir qu'un seul retard.
Tableau n°9: Détermination du nombre
de retards optimal
Retard
|
LR
|
AIC
|
SC
|
HQ
|
0
|
-
|
32,53
|
33,74
|
33,02
|
1
|
74,76*
|
31,91*
|
33,56*
|
32,57*
|
2
|
12,78
|
32,08
|
34,17
|
32,92
|
3
|
15,10
|
32,21
|
34,73
|
33,23
|
4
|
18,66
|
32,27
|
35,23
|
33.47
|
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
Le nombre de retards étant ainsi choisi, le
problème est maintenant de choisir le type de spécification. En
invoquant les tests de l'ordre d'intégration des séries, le
modèle [1] est retenu. La statistique de la trace indique l'existence de
deux relations de co-intégration aux seuils de 5% et 1% entre les trois
variables.
Tableau n°10: Test de co-intégration des
séries du riz importé
|
Statistique de la trace
|
Hypothèse nulle
|
Valeur calculée
|
Valeur critique (5%)
|
Valeur critique (1%)
|
|
56,87
|
34,91
|
41,07
|
|
25,29
|
19.96
|
24,6
|
|
8,04
|
9.24
|
12,97
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Il en résulte que les marchés du riz
importé du Bénin, Burkina et Côte d'Ivoire sont tous
intégrés conformément à la démarche de
Gonzalez-Rivera et Helmand. Ces trois pays constituent donc un espace
économique intégré.
Toutefois, avec l'introduction de la différence
première du cours international du riz comme variable exogène
supplémentaire, ces trois marchés se trouvent plutôt
fragmentés. En effet, le tableau suivant, dans lequel sont
résumés les résultats de test de la trace, indique
l'existence de trois relations de co-intégration entre les trois
variables. Ce qui signifie que l'hypothèse de co-intégration est
rejetée.
Tableau n°11: Tests de co-intégration
entre les séries du riz importé en tenant compte du cours
international du riz.
|
Statistique de la trace
|
Hypothèse nulle
|
Valeur calculée
|
Valeur critique (5%)
|
Valeur critique (1%)
|
|
71,71
|
34,91
|
41,07
|
|
33,24
|
19,96
|
24,6
|
|
14,15
|
9,24
|
12,97
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Le cours international du riz apparaît donc comme
étant le facteur de désintégration des marchés.
Pour évaluer l'impact de différentes politiques
économiques ainsi que l'incidence de la crise ivoirienne, le
modèle vectoriel à correction d'erreur suivant sera estimé
ou la variable cours international du riz (facteur de
désintégration) sera omise.
. (7)
Le vecteur des endogènes () et le vecteur des exogènes () sont tels que:
Le symbole est mis pour la différence première. c et désignent respectivement le vecteur des termes constants et le
vecteur d'impulsions non corrélées. La matrice des coefficients
de court terme et celle des coefficients de long terme sont respectivement
symbolisées paret tandis que est introduit pour représenter la matrice des coefficients
associés aux variables exogènes.
Les résultats de l'estimation sont reportés en
annexes IV. Le terme de rappel associé à la variable
endogène est bien négatif, inférieur à
l'unité en valeur absolue et significativement différent de 0 au
seuil de 5%. La condition première de validité du modèle
est donc satisfaite. Le coefficient d'ajustement de court terme des prix du
Burkina admet certes le signe théorique attendu mais n'est pas
statistiquement significatif. Ce qui indique l'absence d'une dynamique
d'ajustement de courte période. Quant à la composante de la force
de rappel associée aux prix du riz importé de la Côte
d'Ivoire, elle est affectée du mauvais signe et est statistiquement non
nulle. Les tests de Ljung-Box, White et Breush-Godfrey appliqués aux
résidus de différentes équations du système
indiquent que ceux-ci sont non autocorrélés et
homocédastiques.
L'analyse des séries du Sénégal est du
Togo sera menée au moyen d'un VAR dont le tableau suivant donne les
critères de détermination du nombre optimal de retards. On y
observe que tous les critères utilisés sélectionnent un
seul retard. En conséquence, on peut supposer que ce nombre est
représentatif.
Tableau n°12: Détermination du nombre de
retards optimal
Retard
|
LR
|
AIC
|
SC
|
HQ
|
0
|
-
|
17,58
|
18,07
|
17,78
|
1
|
50,93*
|
17,04*
|
17,64*
|
17,28*
|
2
|
3,21
|
17,09
|
17,8
|
17,37
|
3
|
4,13
|
17,12
|
17,94
|
17,45
|
4
|
5,1
|
17,14
|
18,07
|
17,51
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Le modèle spécifié est donc le
suivant:
Où
-
-
- c et représentent respectivement le vecteur de termes constants et le
vecteur d'impulsions non corrélées.
Les résultats de l'estimation de ce modèle sont
présentés en annexes IV.
4.2.2.4. Etude des marchés du
maïs
Nous examinerons tour à tour les deux étapes
définies dans l'approche de Gonzalez-Rivera et Helmand.
ü Première étape: Etude de la
stationnarité des variables
Examinons les séries d'abord graphiquement. Au vu du
graphique n°5 ci-dessous, toutes les séries semblent avoir une
tendance commune en dépit de quelques déviations
constatées par rapport à celle-ci. Le Sénégal se
démarque de cette évolution globale par une plus grande
stabilité. Il faut en plus remarquer qu'au cours de la période
allant de mai à août 2005 caractérisée par une grave
crise alimentaire au Niger, les prix ont soudainement grimpé sur tous
les sept marchés matérialisant ainsi leur niveau
'interdépendance. Les seuils planchers s'observent, pour l'essentiel, au
Togo. Globalement, il est difficile de se prononcer sur l'existence des effets
saisonniers ou leur inexistence à partir de cette lecture graphique.
Graphique n°5: Evolution des prix moyens du
maïs dans les pays de l'UEMOA de janvier 1998 à décembre
2005
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EXCEL
En se servant des représentations graphiques de leurs
fonctions d'autocorrélation et autocorrélation partielle (cf.
annexes II), les séries brutes paraissent cependant être
affectées par des effets perturbateurs insinuant qu'elles ne sont pas
stationnaires. Toutefois, l'application du filtre de différence
première a vraisemblablement éliminé ces paramètres
parasites, les corrélélogrammes et corrélélogrammes
partiels des séries en différence première (annexe II) ne
présentant plus de structure particulière.
Si l'analyse graphique est une étape souvent
indispensable, elle reste néanmoins limitée à
écarter complètement le doute sur les caractéristiques
réelles des chroniques. C'est pourquoi, les différentes
appréhensions qu'elle suggère seront vérifiées par
des tests de saisonnalité et de racine unitaire non saisonnière.
Test de saisonnalité
Afin de s'assurer que les séries ne sont
affectées par des structures saisonnières ou, au cas contraire de
corriger celles-ci, le test de l'analyse de la variance et la technique
CensusX12 ont été utilisées. Seuls les résultats de
l'analyse de la variance sont reportés en annexes III. Ils
détectent la présence des effets saisonniers confirmée et
corrigée par la technique CensusX12. Les séries CVS feront
l'objet du test de racine unitaire.
Tests de racine unitaire non
saisonnière
Les résultats du test ADF et du test PP
appliqués aux séries désaisonnalisées sont
résumés dans le tableau ci-dessous. Ils indiquent que, en dehors
des prix de la Côte d'Ivoire qui sont stationnaires à niveau,
toutes les séries sont intégrées d'ordre 1.
Tableau n°13: Tests de racine unitaire non
saisonnière sur les séries du maïs
Test de stationnarité
|
A niveau
|
En différence première
|
Variable
|
ADF
|
. PP
|
ADF
|
PP
|
BE1_SA
|
0,09(-1,94)
|
0,14 (-1,94)
|
-8,89 (-1,94)
|
-9,91(-1,94)
|
BU1_SA
|
-0,49 (-1,94)
|
-0,48 (-1,94)
|
-10,54 (-1,94)
|
-10,54(-1,94)
|
CO1_SA
|
-3,33 (-2,89)
|
-3,18 (-2,89)
|
|
|
MA1_SA
|
-0,29 (-1,94)
|
-0,33 (-1,94)
|
-8,41 (-1,94)
|
-8,42(-1,94)
|
NI1_SA
|
-0,5(-1,94)
|
-0,47 (-1,94)
|
-8,81(-1,94)
|
-9,85(-1,94)
|
SE1_SA
|
-2,64(-1,94)
|
-2,46 (-2,89)
|
-11,82(-1,94)
|
-11,62(-1,94)
|
TO1_SA
|
-0,46 (-1,94)
|
-2,56 (-2,89)
|
-10,06(-1,94)
|
-10,09 (-1,94)
|
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
ü Deuxième étape: Test de
co-intégration
Le test de co-intégration de Johansen étant
fondé sur l'estimation d'un modèle VAR, il est nécessaire
de s'interroger préalablement sur le nombre optimal de retards à
y inclure. Pour se faire, un recours a été fait aux
critères d'information (voir tableau ci-après). SC et HQ sont
sélectionnent un seul retard et AIC en sélectionne quatre. Mais,
compte tenu des résultats donnés par le LR et le FPE soutenant le
AIC, il paraît plus vraisemblable d'introduire jusqu'à quatre
retards.
Tableau n°14 Détermination du nombre de
retards VAR optimal
Retard
|
LR
|
FPE
|
AIC
|
SC
|
HQ
|
0
|
-
|
7,60E+12
|
46,68
|
48,65
|
47,47
|
1
|
264,05
|
4,79E+11
|
43,89
|
46,85*
|
45,09*
|
2
|
69,95
|
3,91E+11
|
43,65
|
47,59
|
45,24
|
3
|
63,2
|
3,32E+11
|
43,41
|
48,34
|
45,4
|
4
|
59,6*
|
2,82E+11*
|
43,13*
|
49,05
|
45,52
|
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
Pour réaliser le test, les règles de
décisions basées sur la statistique de la trace servent de
référence. Le test a été effectué dans le
modèle [2]. Consignés dans le tableau suivant, les
résultats du test indiquent l'existence de cinq relations de
co-intégration entre les six variables au seuil de 5%. Le nombre de ces
relations se limite à quatre au seuil de 1%. Avec une marge d'erreur de
5%, on conclut donc que tous les six marchés sont intégrés
et forment un espace économique commun.
Tableau n°15: Test de co-intégration sur
les séries du maïs
Hypothèse nulle
|
Statistique de la trace
|
Valeur calculée
|
Valeur critique (5%)
|
Valeur critique (1%)
|
|
232,72
|
94,15
|
103,18
|
|
161,8
|
68,52
|
76,07
|
|
101,23
|
47,21
|
54,46
|
|
51,1
|
29,68
|
35,65
|
|
18,96
|
15,41
|
20,04
|
|
3,06
|
3,76
|
6.65
|
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
Il reste à aborder la question relative à
l'évaluation de l'impact des mesures de libéralisation et de
l'incidence de la crise ivoirienne. Le modèle en servira de base:
(8)
Avec, ,
La signification de tous les autres facteurs reste identique
que dans (6).
Les résultats de l'estimation du modèle sont
reportés en annexes IV. On remarque que le coefficient de rappel
associé à l'endogène a satisfait à toutes les
propriétés requises (il est appartient à l'intervalle ]0,
-1] et est statistiquement différent de 0). Ensuite, les coefficients de
rappel des prix du Niger, Mali et Togo remplissent ces mêmes conditions.
Il existe donc pour ces séries des mécanismes régulateurs
qui assurent le retour à l'équilibre en cas de choc affectant la
relation de long terme. Pour le Bénin (respectivement le Burkina), le
coefficient de rappel est positif (respectivement négatif) mais non
significatif. Enfin, les tests d'autocorrélation de Ljung-Box et
d'homoscédasticité de White assurent que les résidus sont
blancs.
4.2.2.5. Etude des marchés du
sorgho
Conformément à la démarche de
Gonzalez-Rivera et Helmand, la stationnarité des variables sera
étudiée avant de procéder à un test
séquentiel de co-intégration.
ü Première étape: Etude de la
stationnarité des variables
Un survol du graphique ci-dessous, décrivant
l'évolution des différentes chroniques, permet de remarquer que
les prix du Burkina, Mali et Niger ont une évolution très
semblable caractérisée notamment par une plus grande
stabilité et des niveaux planchers comparativement aux autres
séries bien que leur tendance soit plutôt à la hausse. En
revanche, les prix pratiqués au Togo et au Bénin se
démarquent leur niveau relativement élevé avec des
fluctuations d'intensité certes variable.
Graphique n°6: Evolution des prix moyens du
sorgho dans les pays de l'UEMOA de janvier 1998 à décembre
2005
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
L'analyse des fonctions d'autocorrélation (dont les
représentations graphiques sont reportées en annexe II) indique
l'existence des coefficients de corrélations significatifs même
à des ordres relativement grands. Toutefois, on remarque que ces
coefficients d'autocorrélation (respectivement d'autocorrélation
partielle) significatifs s'accompagnent d'une décroissance exponentielle
ou sinusoïdale de la fonction d'autocorrélation partielle
(respectivement d'autocorrélation). Ce qui est souvent indicatif des
processus de type SARIMA. Enfin, l'application du filtre de différence
première semble avoir éliminé tout effet perturbateur.
Les tests de racine unitaire (ADF et PP, cf. tableau
ci-après) corroborent largement les idées qui découlent de
l'observation graphique.
Tableau n°16 Test de racine unitaire sur les
séries du sorgho
Test de stationnarité
|
A niveau
|
En différence première
|
Variable
|
ADF
|
. PP
|
ADF
|
PP
|
BE5_SA
|
-3,57(-2,89)
|
0,43 (-1,94)
|
|
-5,63 (-1,94)
|
BU5_SA
|
-0,34 (-1,94)
|
-0,34 (-1,94)
|
-9,14(-1,94)
|
-9,14(-1,94)
|
MA5_SA
|
-0,11 (-1,94)
|
-0,21 (-1,94)
|
-7,88 (-1,94)
|
-7,88 (-1,94)
|
NI5_SA
|
-0,21(-1,94)
|
-0,29 (-1,94)
|
-9,08 (-1,94)
|
-9,15 (-1,94)
|
TO5_SA
|
-0,63 (-1,94)
|
-0,65(-1,94)
|
-9,68 (-1,94)
|
-9,72 (-1,94)
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Mis à part les prix du Bénin, ces tests
indiquent unanimement que toutes les séries sont stationnaires en
différence première. Quant à la série du
Bénin, les conclusions de ces deux tests ont été
divergentes. ADF conclut qu'elle est stationnaire à niveau tandis que PP
exige qu'elle soit différenciée une seule fois pour être
stationnaire. Cette seconde option a été rejetée par les
critères d'information d'Akaike et de Schwartz qui sont minimums pour
les résultats obtenus avec le test ADF comme l'indique le tableau
suivant.
Tableau n°17: Critères d'information pour
la série du sorgho du Bénin
|
Tests de racine unitaire sur la série BE5_SA
|
Critères d'information
|
ADF à niveau
|
PP en différence première
|
Akaïke
|
8,21
|
8,3
|
Schwartz
|
8,29
|
8,33
|
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
Finalement, nous acceptons que cette série soit
stationnaire à niveau. Le test de co-intégration ne se portera
donc que sur les quatre autres chroniques
ü Deuxième étape: Test de
co-intégration
Pour le besoin de réaliser ce test, on peut introduire
deux retards comme l'indiquent les critères d'information d'Akaike (AIC)
et de Hannan-Quinn (HQ) bien que le critère de Schwartz (SC) opte
plutôt pour l'introduction d'un seul retard.
Tableau n°18: Détermination du nombre de
retards optimal
Retard
|
LR
|
AIC
|
SC
|
HQ
|
0
|
-
|
36,34
|
37,44
|
36,78
|
1
|
290,39
|
32,97
|
34,5*
|
33,59
|
2
|
45,4
|
32,7*
|
34,67
|
33,5*
|
3
|
9,66
|
32,91
|
35,32
|
33,88
|
4
|
27,1*
|
32,85
|
35,7
|
34
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Nous retenons le modèle [2] également. Les
résultats de ce test indiquent l'existence de trois relations de
co-intégration entre les quatre séries intégrées
d'ordre 1 au seuil de 5% contre deux au seuil de 1%. Par conséquent,
avec un risque d'erreur de 5%, tous les quatre marchés ainsi
étudiés sont intégrés et forment un espace
économique commun.
Tableau n°19: Test de co-intégration sur
les séries du sorgho
Hypothèse nulle
|
Statistique de la trace
|
Valeur calculée
|
Valeur critique (5%)
|
Valeur critique (1%)
|
|
65,33
|
39,89
|
45,58
|
|
30,37
|
24,31
|
29,75
|
|
15,51
|
12,53
|
16,31
|
|
3,26
|
3,84
|
6.51
|
Source: A partir des données brutes
et à l'aide du logiciel EVIEWS
Etant donné qu'il existe de relation de
co-intégration entre ces quatre variables, il est possible de les
modéliser sous une forme VECM. Nous proposons le modèle suivant
aux fins d'évaluation des effets des mesures
préférentielles et l'incidence de la crise ivoirienne.
(9)
Avec, ,
.
Les différents paramètres gardent la
signification qui leur est donnée dans (7).
Les résultats de l'estimation sont
présentés en annexes IV. La relation de long terme a
été normalisée par rapport aux prix du Niger. Elle indique
qu'à long terme, les prix du Niger dépendent négativement
de ceux du Niger, l'influence des autres séries étant
négligeable. Les conditions requises sur le coefficient de la force de
rappel de la variable endogène remplit sont toutes
vérifiées. Mais, ce coefficient est le seul à les remplir,
les autres étant non significatifs. L'hypothèse de la blancheur
des résidus est confirmée par le test de Ljung-Box ,
Breush-Godfrey et White. Le test de Jarque-Béra indique quant à
lui que les résidus sont normaux autorisant ainsi tout test fondé
sur cette hypothèse.
4.2.2.6. Marchés du riz local
Comme tous les marchés étudiés
précédemment, l'analyse en deux étapes de Gonzalez-Rivera
et Helmand sera menée.
ü Première étape: Test de
stationnarité
Il sera préalablement procéder à un
examen visuel des séries. Quand, on se réfère à
la
Graphique n°7: Evolution des prix moyens du riz
local dans les pays de l'UEMOA de janvier 1998 à décembre
2005
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
figure ci-dessus, on observe que les prix du riz local ont une
évolution globale à la baisse comparable à celle du riz
importé. Toutefois, suivant les pays, on note des variations parfois
importantes que divers facteurs peuvent expliquer (choc d'offre,
décision politique, etc.). Ainsi, des hausses notoires sont observables
pendant le premier semestre de l'année 2000 au Togo. Plus remarquables
sont l'ampleur et le maintien de l'envolée des prix de cette
céréale à la Côte d'Ivoire durant l'année
2003 et le premier trimestre de l'année 2004. Il convient
également de souligner, à l'instar des séries de toutes
les autres céréales, l'augmentation quasi-simultanée des
prix pendant la période allant de mai à octobre 2005
correspondant la période de soudure accompagnée d'une
insécurité alimentaire manifeste au Niger. Cette flambée
des prix apparaît comme un phénomène purement
spéculatif en principe conjoncturel. En effet, la production
céréalière était globalement moins bonne au Sahel
en 2005. Les commerçants, fidèles à leur objectif de
réalisation des profits, achètent et stockent des
céréales en anticipant des hausses conséquentes des prix.
Il se crée ainsi un choc d'offre traduit par la rareté de
certaines denrées courantes. En ce qui concerne le sorgho, les prix
observés à Cotonou sont plus élevés que ceux
pratiqués dans le groupe sahélien et ce, même pendant la
période de soudure de 2005 où les prix plafonds sont
observés au Niger pour toutes les autres céréales. Le
Niger, Burkina et Mali se caractérisent par une évolution
similaire de leurs prix du sorgho. L'évolution de prix au Togo suit une
dynamique singulière par son extrême variabilité
relativement aux autres.
Les présomptions précédentes peuvent
paraître non plausibles. En effet, dans le fait, les prix des
céréales augmentent assez régulièrement entre la
période de récolte et la période de soudure avant de
revenir à un bas niveau avec l'arrivée sur les marchés
d'une nouvelle récolte. Il est donc nécessaire de procéder
aux tests afin de confirmer ou d'infirmer les différentes intuitions.
Tests de saisonnalité
Tout comme le test de l'analyse de la variance, la
méthode CensusX12 indique que ces séries sont
saisonnières. Cette dernière méthode (CensusX12) a
été utilisée pour corriger ces variations
saisonnières. Les séries CVS seront notées en faisant
suivre les séries initiales de "_SA". Nous procédons ensuite
à un test de racine unitaire sur celles-ci.
Tests de racine unitaire non
saisonnière
Les résultats des tests ADF et PP résumés
dans le tableau ci-après indiquent que, exceptée la série
de la Côte d'Ivoire qui est intégrée d'ordre 1, toutes les
autres sont stationnaires à niveau.
Tableau n°20: Résultats des tests ADF et
PP sur les séries du riz local.
Test de stationnarité
|
A niveau
|
En différence première
|
Variable
|
ADF
|
. PP
|
ADF
|
PP
|
BE4_SA
|
-3,75(-3,46)
|
-3,54 (-3,46)
|
|
|
CO4_SA
|
-0,55 (-1,94)
|
-0,55 (-1,94)
|
-9,48(-1,94)
|
-9,48(-1,94)
|
SE4_SA
|
-2,95 (-2,89)
|
-2,96 (-2,89)
|
|
|
TO4_SA
|
-3,51 (-2,89)
|
-3,41(-2,89)
|
|
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Ainsi, la série de la Côte d'Ivoire est
stationnarisée et utilisée avec les autres variables pour
procéder à l'estimation d'un modèle VAR dont le tableau
suivant synthétise les résultats relatifs à la
détermination du nombre optimal des retards.
Tableau n°21: Détermination du nombre
optimal de retards VAR
Retard
|
LR
|
AIC
|
SC
|
HQ
|
0
|
-
|
36,64
|
37,85
|
37,13
|
1
|
147
|
35,06*
|
36,71*
|
35,72*
|
2
|
19,95
|
35,13
|
37,23
|
35,98
|
3
|
16,22
|
35,24
|
37,78
|
36,27
|
4
|
30,35*
|
35,12
|
38,1
|
36.32
|
Source: A partir des données brutes et
à l'aide du logiciel EVIEWS
Les trois critères d'information utilisés (AIC,
SC et HQ) sont tous favorables à l'introduction d'un seul retard. Bien
que le LR sélectionne plutôt quatre retards, on peut
considérer qu'un seul retard est représentatif.
Le modèle à estimé est donc de la forme
suivante:
où
et désignent respectivement la matrice des coefficients
associés aux valeurs retardées des endogènes et la matrice
des coefficients associés aux exogènes. et désignent respectivement le vecteur des constantes et le vecteur
d'impulsions non corrélées.
Les résultats de l'estimation du modèle sont
reportés en annexes IV. Les tests de Breush-Godfrey et de Ljung-Box
montrent que les résidus ne sont pas autocorrélés tandis
que le test de White indique l'absence d'autocorrélation de
résidus.
5. INTERPRETATION DES RESULTATS ET RECOMMANDATIONS
L'objectif de ce chapitre est de présenter
succinctement les résultats issus de différentes estimations et
de dégager leur implication en terme de politique afin de proposer des
recommandations.
5.1. Interprétation des
résultats
Les résultats visant à étudier la
similarité des mouvements des prix dans l'espace UEMOA seront
présentés séparément de ceux dont l'objectif est
d'évaluer l'impact de la crise ivoirienne et des reformes
préférentielles.
5.1.1. Analyse de l'intégration des
marchés
Il ressort de différentes analyses que le secteur
céréalier de l'UEMOA n'est pas exclusivement formé des
marchés intégrés. Il est plutôt fragmenté en
sous espaces intégrés. L'importance et la structure de ces sous
espaces varient selon les céréales comme le rappelle le tableau
ci-dessous dans lequel "oui" désigne que le marché est
intégré et "non" désigne le contraire.
Tableau n°22: Résumé des
résultats sur l'intégration des marchés
|
Bénin
|
Burkina
|
Côte d'Ivoire
|
Mali
|
Niger
|
Sénégal
|
Togo
|
Maïs
|
oui
|
oui
|
non
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
Mil espace 1
|
non
|
oui
|
oui
|
oui
|
oui
|
non
|
non
|
Mil espace 2
|
non
|
non
|
oui
|
oui
|
oui
|
non
|
oui
|
Mil espace 3
|
non
|
oui
|
non
|
oui
|
non
|
oui
|
oui
|
Riz importé
|
oui
|
oui
|
oui
|
|
|
oui
|
oui
|
Riz local
|
non
|
|
non
|
|
|
non
|
non
|
Sorgho
|
non
|
oui
|
|
oui
|
oui
|
|
oui
|
Source: Nous-même
Mis à part le marché d'Abidjan, le secteur de
commercialisation du maïs des pays concernés forme un ensemble
économique intégré. Le fait que le marché d'Abidjan
n'appartient pas à cet espace est une conséquence probable de
l'importance des flux migratoires. En effet, les jeunes ruraux des pays
sahéliens se dirigent généralement vers les grands centres
urbains des pays côtiers (principalement Abidjan pour les pays de
l'UEMOA) à la recherche d'une occupation complémentaire. Ils
emportent avec eux leurs habitudes alimentaires dont les céréales
sont la base essentielle. Ainsi les besoins en céréales
s'accroissent dans ces villes côtières surtout lors des
évènements socioculturels (baptêmes, mariages, Ramadan,
Tabaski, Noël, etc.). Ce qui implique une demande plus vigoureuse et des
prix plus élevés des céréales dans la production
desquelles ces pays semblent avoir des avantages sur leurs pairs
sahéliens (cas du maïs). Du coup, les différentiels des prix
ne sont plus suffisamment importants pour couvrir les coûts de
transactions et les échanges sont de facto bloqués. Il y a
cependant lieu de relativiser cette perception des choses car les
investigations menées par l'OMA et le FEWS/NET ainsi que certaines
études comme celle de Traoré et al. (2002) ont indiqué
non seulement l'existence mais aussi et surtout l'importance des
échanges de cette céréale entre la Côte d'Ivoire et
ses voisins. C'est le cas surtout du Mali. En effet, il a été
constaté que les commerçants maliens exportent du mil vers la
Côte d'Ivoire pour répondre à une demande de ce produit
certainement à un prix plus rémunérateur surtout durant
le mois de Ramadan et en retour, ils importent du maïs qui est moins cher.
Et ce, malgré les récents évènements malheureux
survenus en Côte d'Ivoire imposant une certaine prime de risque aux
commerçants due par exemple à d'éventuels blocages de
marchandises.
Les marchés du mil sont plutôt
compartimentés en trois sous espaces. Les deux premiers sous espaces
présentent des caractéristiques qui ne sont pas nettement
différentes du fait qu'ils sont identiques à un marché
près (le premier étant composé du Burkina, Mali, Niger et
Côte d'Ivoire; et le deuxième du Mali, Niger, Côte d'Ivoire
et Togo). Pour l'essentiel, ces pays sont tributaires de la Côte
d'Ivoire. Leurs liens économiques semblent être historiques
impliquant une plus grande efficacité des arbitrages spatiaux. En effet
les échanges sont un vecteur important de la mise en relation des
populations de diverses entités nationales et régionales. Sans
prétendre à des analyses sociologiques, cela est gage des
brassages socioculturels. Ce qui limite les coûts de transactions
liés à des facteurs culturels (langue, religion) en
élaguant des égoïsmes, des préjugés et des
clivages primaires. Cette dimension historique est importante bien qu'elle soit
fortement influencée par quelque vingt ans de politiques d'encadrement
instaurées dans les pays sahéliens depuis le milieu des
années 1960 et conduisant à la mise en place des organismes dont
l'objectif est de maîtriser la production et la commercialisation des
céréales. Dans cet ordre d'idées, on peut citer l'Office
des Produits Agricoles du Mali (OPAM), l'Office des Produits Vivriers du Niger
(OPVN) et l'Office national des céréales du Burkina (OFNACER)
crées respectivement en 1965, 1970 et 1971. Ces offices achetaient des
céréales pendant la période de récolte pour les
revendre à des prix relativement faibles en vue de contrecarrer les
comportements spéculatifs des commerçants qui se manifestent
généralement pendant la période de "soudure" Fortement
influencés par cet encadrement, les opérateurs du secteur
céréalier ont eu du mal à renouer les liens existants
entre eux et leurs collègues de la sous-région. Mais,
déjà avec les mesures unilatérales de
libéralisation du secteur vivrier entreprises par ces Etats en 1980 pour
le Mali et au cours des années 1990 pour les autres, les
échanges intra-UEMOA ne cessent de s'intensifier (Traoré et al.,
2002). Les récentes mesures préférentielles viennent
fortifier l'intensité de ces liens économiques. Un autre
élément qu'il faut encore souligner est l'importance des
mécanismes mis en oeuvre par la SADAOC dont la Côte d'Ivoire, le
Burkina et le Mali sont membres. Ces sous espaces s'apparentent
également à la classification établie par le CILSS et ses
partenaires au courant les années 1990 distinguant trois blocs
d'échanges en Afrique de l'ouest dont le bloc central composé du
Burkina, Côte d'Ivoire, Ghana, Mali, Niger et Togo.
Composé du Mali, Togo, Sénégal et
Burkina; le dernier sous espace intégré des marchés du mil
semble devoir sa formation à un effet combiné de proximité
et de corridor. Le Mali est un pays qui produit plus de céréales
que les autres pays sahéliens de la zone comme l'indique le tableau 22
ci-dessous. De ce fait, ses voisins s'y approvisionnent
régulièrement. Ces approvisionnements ont été
facilité par le chemin de fer Bamako-Dakar et le corridor
Bamako-Ouagadougou-Accra. Le Ghana joue également un rôle
prépondérant tant de par la fréquence de contacts avec ces
pays que de par son voisinage avec certains d'entre eux (Togo et Burkina).
Tableau n°23 : Evolution comparée de
la production céréalière par habitant des pays
sahéliens de l'UEMOA.
|
Production céréalière par habitant
(en kilogrammes)
|
Campagne agricole
|
|
Pays
|
1997/1998
|
1998/1999
|
1999/2000
|
2000/2001
|
2001/2002
|
Moyenne
|
Burkina
|
186
|
243
|
240
|
198
|
295
|
226
|
Mali
|
227
|
255
|
283
|
221
|
241
|
245
|
Niger
|
180
|
304
|
285
|
205
|
291
|
253
|
Sénégal
|
91
|
83
|
106
|
109
|
101
|
98
|
Source :Extrait de CILSS/ AGRHYMET, MARS 2003
Les marchés du riz local sont tous segmentés.
Cela n'est pas surprenant dans la mesure où l'utilisation des techniques
similaires (essentiellement basées sur un système d'irrigation
utilisant les motopompes) conduit les pays à produire à des
coûts assez voisins (le Sénégal est une exception du fait
de la mise en place des mécanismes de production à grandes
échelles à travers l'aménagement de deux grands barrages
sur la vallée du Sénégal permettant au riz local
d'être vendu dans des conditions assez compétitives). La bande du
différentiel de prix devient donc étroite. Ce qui constitue une
contrainte majeure pouvant rendre les marchés inopérants car les
marchés sont très restreints et indifférenciés si
bien qu'ils n'offrent pas une forte incitation à la diversification et
à l'augmentation de la productivité. . Il convient de noter par
ailleurs qu'il existe un déséquilibre structurel au niveau local
dans la production du riz. Ce déséquilibre est
caractérisé par une insuffisance de l'offre par rapport à
la demande se traduisant non seulement par le fait que la quasi-totalité
de la production locale du riz est autoconsommée mais aussi et surtout
par la forte subordination aux importations de cette céréale aux
fins de combler des déficits alimentaires. Cette forte dépendance
alimentaire a créé des habitudes alimentaires que l'agriculture
locale est incapable de satisfaire à son stade actuel. Par exemple au
Burkina où le riz occupe le quatrième rang dans la production
locale des céréales après le sorgho, le mil et le
maïs, les besoins en cette céréale s'accroissent rapidement
si bien que le Comité Interprofessionnel du Riz du Burkina (CIR-B)
estime qu'ils passeront de 4,5kg par personne et par an en 2002 à 19 kg
par personne et par an en 2010. Or, de fortes importations des produits
alimentaires poussent les prix à la baisse et ont tendance à
stimuler la consommation de ces produits alors que les producteurs locaux ont
besoin des niveaux de prix plus élevés pour couvrir au moins
leurs coûts de production. Les politiques de libéralisation ont
ainsi instauré les conditions d'une perte de souveraineté
alimentaire c'est-à-dire le droit reconnu à chaque Etat, ou
groupe d'Etats, de définir comme il l'entend sa politique agricole et
les types de soutien agricole (protection à l'importation et soutiens
internes) appropriés dès lors qu'il s'interdit toute forme de
dumping (OMC). Evincés de leur marché intérieur, les
producteurs locaux se tournent vers des cultures d'exportations (dont ils sont
preneurs de prix) pour faire face aux dépenses courantes :
santé, éducation, obligations sociales, etc.
Les marchés du sorgho, dont l'analyse n'a
concerné que cinq pays (Bénin, Burkina, Mali, Niger et Togo),
sont tous intégrés mis à part celui du Bénin. Il
faut remarquer que l"espace économique ainsi formé comprend le
Burkina et ses voisins. Le sorgho occupe la première place dans la
production céréalière du Burkina. De ce fait, ce dernier
dégage régulièrement des surplus exportables dont les
premières destinations sont les pays limitrophes (notamment
sahéliens dont les céréales sont les aliments de base)
à travers le commerce transfrontalier. De plus la proximité est
un facteur intégrateur dans la mesure où les coûts
d'accès aux marchés (transport, information, négociation
des contrats, etc.) sont généralement indiqués comme la
cause première de l'isolement de régions pauvres par rapport aux
grands courants d'échanges.
Quant à l'analyse de l'intégration des
marchés du riz importé, il convient de rappeler que, faute de
disponibilité globale des données, elle a été
restreinte aux cinq pays suivants: Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire,
Sénégal et Togo. Seuls les marchés des trois premiers pays
sont intégrés et suivent donc une dynamique commune de long
terme. Ce qui est inattendu et difficile à interpréter, c'est
l'absence du Togo dans cet espace bien que ce pays soit voisin commun du
Bénin et du Burkina et que le port de Lomé joue un grand
rôle dans le ravitaillement en riz importé (essentiellement
thaïlandais et chinois). Excepté ce paradoxe, l'intégration
des marchés du riz importé semble avoir donné à la
proximité et à la variable prix une importance
prépondérante. Les importations du riz dans l'espace UEMOA
transitent généralement par le port d'Abidjan, de Lomé et
de Cotonou. Le Burkina profite à la fois de sa proximité avec ses
pays et de l'existence des voies routières (cas du Bénin) ou
ferroviaires (cas de la Côte d'Ivoire) assez viables par lesquelles
d'importantes quantités du riz importé se transportent. Les
livraisons se font dans des conditions concurrentielles du fait de la
diversification des sources d'approvisionnements. Ce qui permet aux
consommateurs et aux producteurs de choisir les prestations adéquates.
5.1.2. Impact de la crise ivoirienne et des reformes
préférentielles
A ce niveau, il convient de noter que les différents
modèles estimés sont d'une qualité globale assez bonne (le
coefficient de détermination ajusté allant de 0,4 à 0,89)
indiquant ainsi qu'une part importante de la variabilité a
été cernée par les variables introduites malgré
l'existence d'un nombre important des coefficients individuellement non
significatifs. La plupart des coefficients apparaissent
généralement avec leur signe théorique attendu.
Globalement, on peut dire sauf dans des rares exceptions, les
différentes mesures préférentielles ont été
plutôt décevantes. Par contre la crise ivoirienne a souvent
provoqué une hausse des prix surtout pour la Côte d'Ivoire, le
Burkina, le Mali et le Niger confirmant une fois de plus le degré de
dépendance de ces trois derniers pays vis-à-vis du premier.
5.1.3. Marchés du maïs
L'évolution de prix du maïs révèle
l'existence d'une relation de long terme stable entre les pays de l'UEMOA
(Côte d'Ivoire exclue) au delà de leurs mouvements sporadiques de
court terme. Cette relation indique que les prix du Sénégal
dépendent positivement de ceux du Mali, du Niger et du Togo mais
négativement de ceux du Burkina et du Bénin. Ainsi, à long
terme, toute hausse des prix du maïs au Mali, Togo ou Niger est
préjudiciable aux consommateurs sénégalais. En effet, le
Sénégal est un pays à climat essentiellement
septentrional. Du fait de cette position climatique, il enregistre
régulièrement des déficits en céréales
notamment le maïs dont le terrain de prédilection est la zone
humide. Les approvisionnements du Sénégal se font en
conséquence à travers des flux d'importations à travers
des opérations d'arbitrages spatiaux. Ce qui pourrait expliquer la
sensibilité des prix du Sénégal par rapport à ceux
des autres pays, les convoitises à la recherche de cette
céréale devenant rudes en période de rareté. Ces
mêmes constats sont corroborés par la dynamique de court terme.
La crise ivoirienne a eu comme effet haussier sur prix de tous
les pays toutefois l'influence n'est significative que sur l'évolution
de court terme de ceux du Niger et du Mali. Ce qui traduit le degré
d'interdépendance de ces économies. En ce qui concerne les
mesures préférentielles, aucune d'entre elles n'a eu un impact
significatif, conséquence probable de l'appartenance de ces pays
à une zone de libre-échange plus vaste qu'est la CEDEAO. En
effet, plusieurs études ont montré que l'analyse des
échanges céréaliers dans l'UEMOA nécessitent une
vue plus globale en tenant compte notamment des autres pays de la CEDEAO et de
ceux du CILSS dans la mesure où les échanges de certains pays de
l'UEMOA avec des pays tiers (Ghana et Nigeria surtout) sont plus actifs que
leurs échanges intracommunautaires. C'est le cas du Niger, pays dont
les déficits alimentaires sont généralement comblés
par des importations provenant essentiellement du Nigeria. Par exemple, au
cours de la période 2000-2001, les importations en
céréales du Niger provenaient du Nigeria à hauteur de 75%,
81% et 21% respectivement pour le mil, le sorgho et le maïs. Toutefois,
le degré d'incertitude sur l'évolution des prix au Nigeria
dû à l'instabilité de la Naira (monnaie du Nigeria) conduit
de fois les commerçants nigériens à retourner vers
d'autres pays comme le Bénin et Burkina.
Les prix du maïs pratiqués au Burkina ne subissent
qu'une influence positive de ceux du Togo (avec un retard de trois mois) et du
Mali (avec un retard d'un seul mois). La contiguïté semble avoir
pleinement joué son rôle. Les prix du Niger dépendent non
seulement de ceux du Mali et du Togo retardés d'un à quatre mois
mais aussi de leurs propres valeurs décalées sur une
période de quatre mois. Comme l'a fait remarquer Aboubacar (2003), le
Niger est un pays qui importe des céréales même pendant les
campagnes jugées bonnes. Dans l'espace UEMOA, ses principaux
fournisseurs en maïs sont le Bénin, le Mali et le Togo. Il est tout
à fait logique de constater un lien entre les prix de ces derniers et
ceux du Niger. Le fait que les prix du Niger suivent un processus
autorégressif ayant quatre mois de retards renvoie directement à
des phénomènes purement spéculatifs dont les
manifestations les plus explicites apparaissent subséquemment aux
années de mauvaises récoltes où une période de
soudure sévit. La rigueur de celle-ci est souvent atténuée
par des importations en maïs et en gari provenant d'autres pays.
Les prix du Togo ne dépendent pas de leur propre
passé. En revanche, ils dépendent positivement de ceux du Burkina
et négativement de ceux des autres pays avec un délai pouvant
aller jusqu'à trois mois. Les habitudes alimentaires du Togo (tout
comme dans les autres pays côtiers) combinent les céréales
avec d'autres appoints alimentaires (bananes plantains, patates douces, manioc,
vouandzou, etc.). ce qui lui permet de dégager d'importants
excédents échangeables dont les prix s'imposent aux producteurs
nationaux sur le marché régional. Cela semble être le cas
du Bénin dont les prix ne subissent que l'influence négative de
ceux du Niger (avec un délai d'un mois) et du Togo (avec un délai
de trois mois). Le Niger est le principal importateur des produits
béninois parmi les pays de l'UEMOA (Direction des affaires
économiques du Bénin, 2004).
5.1.4. Marchés du mil
La normalisation est également faite par rapport aux
prix du Sénégal. Alors qu'à court terme les prix du Togo
et du Mali n'exercent aucune influence sur ceux du Sénégal,
à long terme, deux effets contradictoires apparaissent: une influence
négative des prix du Mali et une influence positive de ceux du Togo ( la
première étant plus prononcée que la seconde). Ce qui
voudrait dire qu'il existe une relation de long terme bien que ces prix
évoluent indépendamment sur une courte période.
Les résultats de l'estimation ont également fait
ressortir une interconnexion des marchés des pays sahéliens avec
de fois des effets asymétriques. Ce qui débouche sur un double
constat. Premièrement, ils rejoignent l'idée selon laquelle les
échanges ne se limitent plus à la traditionnelle dynamique
où les flux ont le sens univoque pays excédentaires-pays
déficitaires, des pays déficitaires pouvant échanger entre
eux. On peut attribuer cette cela aux efforts fournis par les systèmes
d'information sur les marchés dont le principal objectif était de
réduire les asymétries informationnelles tant entre les vendeurs
et les acheteurs que entre les divers marchés.
Deuxième, ces résultats permettent d'entrevoir
que les évolutions divergentes de court terme soldées
essentiellement sur des effets asymétriques entre les marchés de
divers pays vont laisser place à une relation stable à long
terme. Par exemple, alors que l'évolution des prix sur les
marchés maliens va de pair avec celle des marchés
sénégalais sur le court terme, à long terme une relation
inverse s'observe. Ce qui fait dire que toute baisse des prix du mil sur les
marchés maliens n'est profitable aux consommateurs
sénégalais qu'à court terme. La justification probable en
est que l'augmentation des prix des produits locaux donne occasion aux pays
industrialisés d'écouler plus facilement leurs excédents
en biens identiques ou substituables. Ce qui conduit à
l'instabilité des sources d'approvisionnements dans le temps. Or , comme
le soulignent Azoulay et Dillon (1993), l'importation de ces produits
alimentaires par les pays africains déficitaires constitue une menace de
la désorganisation de la production locale notamment en créant de
nouvelles habitudes alimentaires. Ces nouvelles habitudes affaiblissent la
demande des individus en produits locaux. Les opérateurs privés,
dont les coûts de transactions sont énormes, sont ainsi
découragés et par voie de conséquence les marchés
ne se développent pas. « Nous produisons un coton de haute
qualité parfois à un prix cinq fois moins inférieur que
celui de l'Europe et des Etats-Unis, nous devons le vendre à un prix
d'or mais à cause des subventions qui cassent les prix, nous ne pouvons
pas. Cela devient un désastre pour nos populations et sème la
désolation dans nos pays », pour reprendre les termes par
lesquels l'ambassadeur du Bénin à l'OMC, Samuel Améhou,
dénonce les vagues de marginalisations qui pèsent sur les
producteurs ouest-africains. Plus préoccupant est que ces pays
industrialisés exercent des pressions sur les pays économiquement
moins avancés qu'ils réduisent le degré de protection de
leurs économies. Par exemple, bien que la protection de
la farine soit de 50 €/t dans l'UEMOA contre 174 €/t dans l'Union
Européenne, le Syndicat français de la meunerie d'exportation a
exercé des pressions sur l'UEMOA fin 2001 pour réduire de 20%
à 10% son droit de douane, sous prétexte que celui sur le
blé n'est que de 5%, en disant : "on ne peut pas dire
que protéger un moulin...c'est agir pour le
développement"!(Berthelot , 2005). Pourtant, nous
ne cultivons pratiquement pas le blé et donc la farine de blé est
un concurrent étranger de taille pour nos céréales
locales. Or, la place prépondérante de l'agriculture dans
l'économie ouest-africaine et le rôle d'entraînement que son
développement est susceptible d'exercer sur les autres secteurs
économiques imposent qu'un intérêt vital soit porté
à ce secteur.
Les prix pratiqués sur les marchés des pays
côtiers réagissent eux aussi aux variations des prix des pays
sahéliens mais avec un délai de trois ou quatre mois. A titre
d'exemple, l'évolution des prix sur les marchés ivoiriens va de
pair avec celle des valeurs retardées de quatre période des prix
au Mali. De même les prix des marchés ivoiriens évoluent
dans un sens inverse de celui des valeurs retardées de quatre mois des
prix pratiqués sur les marchés sénégalais.
L'importance de ce délai peut être due à des
évènements réguliers (Noël, Tabaski, Ramadan) qui
impliquent une demande plus vigoureuse en céréales. Toujours
est-il que ces résultats laissent présager qu'un marché
régional est en train de se construire progressivement.
L'impact de la crise ivoirienne se manifeste à travers
le renchérissement des prix en Côte d'Ivoire et au Mali. Ce
résultat rejoint la conclusion de Lutz (1994) selon laquelle, en absence
des entraves au commerce, on observerait des flux intenses de
céréales sèches transhumer du sud du Mali vers le nord de
la Côte d'Ivoire. Source de divers gains en bien-être notamment
l'impulsion de bas prix aux consommateurs à travers l'apprentissage
collectif la création des économies d'échelles, cette
étroitesse des liens économiques peut être
handicapée par des évènements aussi majeurs que de la
crise ivoirienne.
Les seules mesures préférentielles ayant eu
d'impact sur l'évolution de différentes chroniques sont les
politiques sectorielles (renchérissement des prix au
Sénégal) et le deuxième volet du TEC qu'est le plan de
stabilité (réduction des prix à la Côte d'Ivoire).
5.1.5. Marchés du riz importé
Un VECM et un VAR ordinaire (les séries n'étant
pas toutes intégrées) ont été utilisés
respectivement pour les séries intégrées d'ordre 1
(puisqu'elles sont co-intégrées) et pour les séries
stationnaires. Le VECM (respectivement le VAR) concerne le Bénin, le
Burkina et la Côte d'Ivoire (respectivement le Sénégal et
le Togo).
Pour ce qui est du VECM, la relation de co-intégration
a été normalisée sur les prix du Bénin. Cette
relation de long terme indique que les prix du Bénin et ceux de la
Côte d'Ivoire évoluent en sens inverses et que l'influence des
prix du Burkina n'est significative. Les évolutions de court terme
s'inscrivent également dans cette dynamique. En effet, à court
terme, outre l'impact négatif des prix de la Côte d'Ivoire sur
ceux du Bénin, aucune autre influence n'a été
relevée.
Pratiquement, les mesures préférentielles n'ont
eu influence affecté que sur l'évolution des prix du riz
importé de la Côte d'Ivoire: les politiques sectorielles (impact
négatif), le plan de convergence (impact négatif) et le
système des compensations financières des moins-values (impact
positif). La Côte d'Ivoire étant le plus grand pays de la zone
tant du point de vue du P.I.B que de celui de la population, à court
terme, les mesures de libéralisation la favorisent relativement aux
autres pays y compris ceux qui disposent aussi d'un port. En effet, les
analyses utilisant les modèles de gravité ont montré que
l'importance des flux commerciaux dépend positivement de la puissance
économique des pays (P.I.B et population). Forts de ce fait, certains
analystes se plaisent d'affirmer que le libéralisme est l'arme du plus
puissant ou comme le dit Vandana Shiva "le libre-échange n'est pas
l'anti-protectionnisme. C'est le protectionnisme des puissants".
Mais, très étonnant est que les prix du Burkina
et ceux de la Côte d'Ivoire évoluent indépendamment alors
que l'analyse de l'intégration a montré que le Burkina, le
Bénin et la Côte d'Ivoire forment un sous ensemble
intégré en ce qui concerne la commercialisation du riz
importé. Cela peut s'expliquer par l'effet de détournement de
flux intervenu après la fermeture du chemin de fer entre le Burkina et
la Côte d'Ivoire. Les opérateurs de ces deux pays ayant de
difficultés à nouer des contrats, ils se tournent vers d'autres
partenaires.
Quant à l'approche VAR, elle montre que les prix du riz
importé sur les marchés du Sénégal ne
dépendent que de leurs propres niveaux au mois précédent
et d'une constante pouvant s'interpréter en terme de distance (tous les
deux tirant les prix à la hausse) tandis que les prix au Togo
dépendent non seulement de leurs valeurs au mois précédent
et des termes déterministes(constante et tendance) mais aussi du cours
international du riz. Cette indépendance totale des prix du riz
importé entre les marchés du Togo et du Sénégal
peut s'expliquer par le fait que chacun de ces deux pays disposent d'un port
par lequel il s'approvisionne. Le fait que les prix du Sénégal
soient indépendants du cours international du riz tient probablement
à l'importance de la production locale de cette céréale.
Enfin, de façon inattendue, le système de compensation de
moins-values dues au désarmement tarifaire a eu un effet haussier sur
les prix du Togo, un conséquence probable de la situation politique du
pays qui n'était pas reluisante.
5.1.6. Marchés du riz local
Les séries des prix du riz local étaient
stationnaires à niveau , exceptée celle de la Côte d'Ivoire
dont l'ordre d'intégration est 1. Par conséquent leur analyse a
été menée au moyen d'un VAR ordinaire sur la
différence première des prix de la Côte d'Ivoire et les
niveaux des autres variables. Les résultats obtenus (cf. annexes IV)
indiquent que les prix de chacun de pays concernés ne dépendent
que de leurs propres valeurs passées, exception faite pour les prix du
Mali et du Sénégal qui s'exercent une influence négative
réciproque. Ce qui confirme largement l'idée
évoquée plus haut selon laquelle les prix du riz local
évoluent indépendamment et par conséquent les
marchés sont segmentés.
Mis à part le fait que le système de
compensations financières des moins-values aurait tiré les prix
de la Côte d'Ivoire à la hausse, ce qui n'est pas surprenant (ses
effets vertueux pouvant être neutralisés par la crise), les
mesures préférentielles (autres le système de pacte de
stabilité ) entreprises dans le cadre des rapprochements
intra-régionaux ont été favorables à une
réduction des prix dans tous les pays étudiés
conformément à nos attentes. Quoi qu'on doive y émettre
de réserves, on peut penser que ces politiques sont de nature à
améliorer la compétitivité-coût des entreprises
domestiques existantes et les conditions d'émergence de novelles
entreprises nationales.
5.1.7. Marchés du Sorgho
Il convient de rappeler que l'analyse des marchés du
sorgho ne concerne pas le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le
Bénin, les deux premiers en raison de l'indisponibilité des
données et le dernier du fait que sa série est stationnaire en
niveau et donc ne peut être co-intégrée aux autres qui sont
intégrées d'ordre 1.
Une normalisation par rapport aux prix du Niger a
été retenue dans la relation de long terme. Cette dernière
indique que les prix du Niger dépendent de positivement de ceux du
Burkina , l'influence des autres prix étant négligeable.
Dans ce cas aussi, la crise ivoirienne entraîne une
hausse des prix mais qui n'affecte significativement que le Niger.
Contrairement à ce qui est attendu, les politiques sectorielles et le
pacte de convergence ont été favorables à une hausse de
prix dont la teneur affecte tous les pays tandis que les autres politiques
restent sans effet. Ces mesures ont été très
libérales, il n"est donc pas étonnant qu'elles ne puissent pas
garantir des prix compétitifs aux producteurs ruraux. Les prix du sorgho
au Mali et au Burkina ne dépendent d'aucune variable retenue y compris
leurs propres valeurs retardées. Tout en étant
indépendants de leur passé, les prix au Niger vont de pair avec
ceux du Mali avec un retard d'un mois. Quant aux prix du sorgho sur les
marchés du Togo, ils ne sont sujets qu'à leur évolution
pendant le mois précédent et celle des coûts de transports
au Burkina. Le Burkina et le Mali jouent donc un rôle moteur dans la
commercialisation du Sorgho. On peut avancer l'hypothèse explicative de
l'effet corridor qui aurait amoindri les coûts monétaires d'un
déplacement mais aussi le coût d'opportunité du temps
consacré aux voyages. En effet, la réhabilitation du corridor
Bamako-Ouagadougou-Accra a permis aux pays enclavés de la zone (Burkina,
Mali et Niger) de joindre plus facilement la ville de Tema (Ghana). Selon un
rapport de l'UEMOA, ce corridor traite actuellement près de 30% du
trafic des pays dits d'Interland (Mali, Burkina et Niger).
5.2. Simulations des chocs
Traditionnellement, pour analyser les effets d'un choc sur une
variable exogène, on étudie les effets (statiques ou dynamiques)
d'une variation d'une ou plusieurs variables exogènes. Or, dans une
modélisation VAR, toutes les variables ont le statut d'endogènes.
Simuler un choc revient à considérer les innovations (les parts
de la variabilité des variables que le modèle ne permet pas
d'expliquer) comme étant des variables exogènes et d'en analyser
les effets sur les variables du modèle. Ces innovations peuvent donc
subir des modifications exogènes au modèle (non
anticipées) pouvant dévier les chroniques des valeurs qu'elles
auraient prises selon les informations disponibles. Les outils d'analyse
utilisés à cet effet sont les fonctions de réponse
impulsionnelle et la décomposition de la variance sur un horizon
temporel donné.
5.2.1. Fonctions de réponse
impulsionnelle
La fonction de réponse impulsionnelle d'une variable X
suite à un choc sur les résidus d'une autre variable Y
(éventuellement sur les propres résidus de X elle-même )
mesure la sensibilité de X face aux chocs exogènes affectant Y
(éventuellement affectant X elle-même).
Les graphiques symbolisant les fonctions de réponse de
différentes variables sur un horizon temporel de dix mois sont fournis
en annexes V.
Un choc négatif (modification exogène à
la baisse) sur les prix peut être interprété comme
étant par exemple un effet d'une politique de lutte contre l'inflation.
De même un choc positif (modification exogène à la hausse)
peut par exemple être imputable à une politique de lutte contre le
chômage (sous l'hypothèse que la Courbe de Phillips tient).
Les fonctions de réponses impulsionnelles des prix du
maïs et du mil indiquent que, de façon générale, les
prix de chaque pays s'ajustent à la hausse suite à un choc
positif affectant l'évolution des prix dans un autre pays. Non seulement
ce choc est permanent mais aussi et surtout il va en croissant sur une
période de 10 mois. Toute hausse non anticipée sur un
marché risque de dévier les autres de leur sentier de long terme.
Tout se passe comme s'il existait des mécanismes amplificateurs des
écarts.
En revanche, les prix du riz local de chaque pays ne
réagissent qu'aux chocs affectant les marchés domestiques.
L'impact est haussier mais temps à disparaître à partir du
cinquième mois. Il y a cependant lieu de noter que les prix de la
Côte d'Ivoire et du Sénégal réagissent de
façon asymétrique les uns suite aux chocs affectant les autres.
Ce même constat est fait entre les prix du riz importé du
Bénin et de la Côte d'Ivoire sur les cinq premiers mois avant
d'avoir des effets symétriques à partir du sixième mois.
L'évolution des prix du riz importé sur les marchés
burkinabé ne serait perturbée que par des modifications
exogènes entamant les prix domestiques. En cas de la réalisation
d'une telle éventualité, le choc affectant les prix à la
hausse produirait un impact haussier stable tout au long de l'horizon temporel
choisi. Par contre, quand les prix sur les marchés ivoiriens et
burkinabé connaissent des hausses non anticipées, celles-ci se
répercutent sur les marchés ivoiriens mais avec des effets
diamétralement opposés. D'éventuels chocs sur les prix des
marchés sénégalais (respectivement togolais) du riz
importé ne pourraient affecter que leur propre évolution. Un choc
positif sur les prix du Sénégal ou du Togo produirait un impact
haussier sur les prix domestiques. La teneur de cet impact s'estompe avec le
temps et disparaîtra complètement au bout d'un semestre.
Enfin, les réponses impulsionnelles des prix du sorgho
montrent que toute hausse non anticipée sur les prix au niveau d'un
marché quelconque se traduit par une augmentation des prix aussi bien
sur les marchés domestiques que sur les autres. Cet impact pourrait
être entretenu par des mécanismes dynamiques le rendant permanent.
L'impact du choc peut même s'accumuler et aller en croissant. C'est ce
qu'on observe sur les réponses des prix sur les marchés
nigériens suite aux chocs affectant les prix des autres pays.
5.2.2. Décomposition de la variance
La décomposition de la variance est d'une importance
capitale car elle permet d'identifier les variables qui affectent plus
significativement l'évolution globale des chroniques en jeu. Son
objectif est de calculer la contribution sur les innovations des variables
à la variance de l'erreur de prévision de chacune de ces
variables. Une chronique X est d'autant plus sensible aux chocs affectant une
autre chronique Y que la contribution des innovations sur Y à la
variance de l'erreur de prévision de X est forte.
Pour toutes les séries, les résultats de la
décomposition de la variance sont reportés en annexes V.
La décomposition de la variance de l'erreur de
prévision des prix du mil fait d'abord remarquer que les innovations sur
les prix de la Côte d'Ivoire n'influencent pratiquement que la variance
de l'erreur de prévision des prix du Mali. Inversement, la variance de
l'erreur de prévision des prix de la Côte d'Ivoire n'est due
qu'à leurs propres innovations (75,6% à 99,75%) et, dans une
moindre mesure, les innovations sur les prix du Mali (avec une contribution
maximale de 13,34%). Ce renvoie à l'idée de l'existence d'une
réciprocité des échanges entre ces deux pays tant
évoquée par Traoré et al. (2002). Ensuite, la
décomposition de la variance des prix du mil met en évidence une
interconnexion plus accrue entre les pays sahéliens. Les pays dont les
innovations des prix contribuent le plus à la variance de l'erreur de
prévision des autres pays sont le Mali et le Burkina. Tout choc
affectant les prix sur les marchés de ces deux pays risque de faire
dévier le sentier de long terme.
Quant aux marchés du sorgho, la décomposition
de la variance indique que la variance de l'erreur de prévision des prix
de chaque pays est certes principalement due à leurs propres innovations
mais elle est également due à celles des prix des autres pays. Le
cas le plus illustratif est celui du Burkina dont l'erreur de prévision
des prix est plus expliquée par les innovations sur les prix du Niger
(38,29% à 41% selon les périodes) que par les innovations sur les
prix domestiques (34 que par les innovations sur les prix domestiques (34%
à 37% selon les périodes, exception faite pour le premier mois de
l'horizon temporel choisi où cette contribution était de 57%). On
peut ainsi dire que les prix du sorgho sur les marchés burkinabé
sont plus sensibles aux chocs affectant les prix du Niger qu'aux chocs
affectant les prix domestiques. Réciproquement, la variance de l'erreur
de prévision de prix sur les marchés nigériens est due aux
innovations sur les prix du Burkina (avec une contribution allant de 16,5%
à 32,78% suivant les périodes) et sur les prix du Mali (avec une
contribution de 6,52% à 20,32%). Les prix du Mali sont aussi fortement
influencés non seulement par des chocs les affectant mais aussi par des
chocs affectant les prix du Niger et du Burkina. Il faut souligner qu'un choc
sur l'évolution des prix sur les marchés togolais n'exercerait
pratiquement aucune influence sur les prix des autres pays (la contribution de
leurs innovations sur les prix des autres pays étant voisine de 0). La
réciproque est également vraie. On peut donc résumer
l'analyse de la décomposition de la variance des prix du sorgho en
disant qu'elle révèle une forte interconnexion entre les
marchés du Burkina, Mali et Niger. Ce qui est tout à fait attendu
eu égard à ce qui a été dit
précédemment.
En ce qui concerne les marchés du riz (importé
et local), on peut noter que la variance de l'erreur de prévision des
prix de chaque pays est quasi-totalement imputable à leurs propres
innovations tout au long de l'horizon temporel (avec une contribution allant
de 79% à 99%). Ainsi l'évolution des prix de ces
céréales dans chaque pays n'est pratiquement entamée que
par les chocs affectant les prix sur les marchés domestiques. Ce
constat ajoute foi à l'idée de la fragmentation de ces
marchés.
Enfin, les innovations sur les prix du maïs du Niger et
du Togo ne contribuent quasiment pas à la variance des erreurs de
prévision des prix des autres pays. Excepté cela, les
marchés du maïs semblent être les plus
interdépendants, les innovations sur les prix de chaque pays ayant un
poids important dans la variance de l'erreur de prévision de chaque
autre pays. Toutefois, il faut noter que les pays dont l'influence des prix sur
les autres est la plus prononcée sont le Bénin et le Burkina.
D'éventuels chocs sur les prix du maïs sur les marchés de
ces deux pays affecteraient les prix des autres pays de façon sensible.
5.3. Recommandations
Nous sommes convaincu que réaliser une
intégration économique plus harmonieuse et lutter contre
l'insécurité alimentaire, gage de développement, ne sont
pas hors de la portée d'un espace économique aussi
prospère que l'UEMOA s'il on s'emploie à mettre en place et
d'exécuter des dispositifs nécessaires. En ce sens et nous
formulons les recommandations suivantes :
Recommandation 1: Suivi et évaluation
des interactions entre l'évolution des marchés et la
vulnérabilité.
A la lumière de notre analyse, il ressort que les
producteurs locaux des céréales sont vulnérables à
l'évolution des prix sur les marchés internationaux. Les prix
mondiaux sont très fluctuants et la volatilité des termes de
l'échange accentue ces fluctuations comme l'indique Berthelot (2005).
Il est donc capital de chercher à comprendre comment les producteurs
locaux dépendent des marchés afin de définir des actions
communautaires susceptibles de rendre les produits de la zone plus
compétitifs tout en tenant compte de l'environnement international. Cela
passe d'abord par une amélioration des systèmes statistiques dans
la mesure où le manque d'information sur les flux transfrontaliers des
céréales est un problème crucial qui compromet la
compréhension du fonctionnement des marchés régionaux de
ce secteur ainsi que la formation des prix. Corrélativement, ce
problème rend moins efficace l'action communautaire du fait d'une
mauvaise capacité de prévision. Rien que la crise alimentaire de
l'année 2004-2005 a été largement imprévue laissant
perplexes tous les experts de la sécurité alimentaire (Commission
Européenne, 2006) Pour les pays sahéliens, il faut noter que,
vers la fin de l'année 2005, les instances du CILSS ont entamé
des discussions avec leurs partenaires allant dans le sens de mettre en place
des organes de suivi des stocks nationaux et des flux transfrontaliers mais il
serait préférable que le suivi soit étendu aux pays
côtiers dans la mesure où l'ouverture au marché
régional impose la prise en compte de complémentarités
entre différents pays..
Ensuite, une meilleure analyse économique tant
conceptuelle que pragmatique de la sécurité alimentaire est
nécessaire pour mieux cerner le fonctionnement des marchés
céréaliers. Dans cet ordre d'idées, nous suggérons
que les autorités l'UEMOA avec l'appui de ses partenaires financent
des programmes d'études des marchés céréaliers
d'abord au niveau national avant de s'intéresser au marché
communautaire. Ces études devraient renforcer les analyses de terrain
déjà entreprises par des ONG comme Afrique Verte (cas du Burkina,
Mali et Niger) et des systèmes d'information tels que le FEWSNET et
l'OMA (au Mali).
Recommandation 2: Promouvoir et
Assurer la paix.
De nombreuses études ont montré l'existence
d'une forte corrélation entre le couple (paix, stabilité) d'une
part et le couple (développement, intégration économique)
de l'autre (Dicko, 2005). En effet les instabilités et crises de quelque
nature qu'elles soient sont symptômes des récessions car loin de
favoriser les conditions de la croissance (en attirant les investissements
nationaux et internationaux dans divers secteurs), elles conduisent à
des vagues de délocalisations des entreprises exposant un nombre
croissant d'individus au chômage et à la misère. L'exemple
de la crise ivoirienne est l'un de plus illustratifs pour le cas de l'UEMOA.
Un intérêt vital doit être porté à la paix au
plan communautaire pour renforcer le schéma de l'intégration
économique de nos économies et concrétiser un avenir
meilleur. Promouvoir la paix suppose avant tout le respect de valeurs
essentielles de la démocratie, des droits de l'homme et de la bonne
gouvernance. Pour cela, le rôle de la Cour de Justice et de la Cour des
Comptes, principaux organismes de contrôle sur la bonne gestion et la
transparence au niveau communautaire, doit être renforcé et
étendu dans la mesure où l'une des causes officielles des
conflits les plus fréquemment évoquées en Afrique est la
mauvaise gestion (corruption, manque de transparence dans les systèmes
de passation des marchés, clientélisme, etc.).
Recommandation 3: Développer les
liaisons routières et ferroviaires et améliorer la libre
circulation des personnes et de biens entre Etats membres
Les économies de l'UEMOA se caractérisent par
l'étroitesse de leurs marchés. Le transport routier est un
véritable catalyseur des relations économiques. Ainsi, pour
élargir les marchés et accroître les capacités
productives, la création d'un réseau routier
intégré viable et durable est d'une importance primordiale. Fort
malheureusement, comme l'ont noté des études récentes
citées plus haut (cf. chapitre II, section I), les coûts de
transport et l'existence des intermédiaires non fonctionnels
(c'est-à-dire les frais indûment exigés et diverses
tracasseries non formelles) sont en premier lieu le facteur de blocage des
échanges des produits vivriers dans l'UEMOA. Il résulte la
nécessité de fournir des efforts au niveau communautaire pour
mettre en place des infrastructures par lesquelles d'importantes
quantités de biens se transporteraient plus facilement. Certes des
efforts considérables ont déjà été fournis
notamment avec le Programme d'Actions Communautaires des Infrastructures et du
Transport Routier (PACITR), qui vise la réhabilitation des sections du
corridor Bamako-Ouagadougou-Accra, mais beaucoup reste à faire.
Une autre dimension importante dans le processus de
l'intégration économique est la libre circulation des personnes
et de leurs biens. En effet, si deux ou plusieurs pays acceptent de coordonner
leurs actions, c'est parce qu'ils estiment cette coordination a plus
d'avantages que d'inconvénients. Ces avantages s'accroissent avec le
degré de mobilité des facteurs (Mundell, 1961). L'idée est
une forte mobilité des facteurs s'accompagne de ce qu'on appelle
« effet de contagion » c'est-à-dire le transfert de
technologies et de connaissances entrepreneuriales. Cela nécessite le
renforcement du contrôle multilatéral ainsi que la mise en oeuvre
et l'extension de diverses actions de facilitation de transport et de transit
routier entre Etats membres prévues dans le cadre du PACITR .
6. CONCLUSION GENERALE
Multiples sont les espoirs portés à
l'intégration économique des pays membres de l'UEMOA notamment en
vue de combattre efficacement l'insécurité alimentaire et de
créer ou d'améliorer les conditions d'une croissance durable.
Dans ces directions, des efforts ont été fournis et continuent
d'être fournis. L'objectif de ce rapport était de procéder
à une analyse d'un volet des plus sensibles de cette intégration:
l'intégration des marchés céréaliers. Les
céréales retenues sont le maïs, mil, riz importé, riz
local et sorgho. Il s'agissait en fait de savoir si les marchés de ces
produits alimentaires se sont structurés en donnant naissance à
des marchés sous-régionaux ou si, au contraire, ils ne sont
jusque là que des marchés locaux fragmentés. L'objectif du
travail était aussi d'évaluer l'impact des réformes
préférentielles dans lesquelles ces pays se sont engagés
pendant ces dernières années ainsi que l'incidence des
évènements malsains dont la crise ivoirienne sur
l'évolution des prix dans ces filières
céréalières..
Une approche par les prix a été retenue.
L'idée de base est que les prix sont des indicateurs qui agrègent
de l'information sur de nombreuses variables. De ce fait, ils doivent
être de bons signaux de l'évolution des marchés tant du
point de vue de l'offre que de celui de la demande. Sans doute, l'approche
n'est pas exempte de limites et ce, pour deux raisons essentielles. La
première est que les anticipations des agents sont une partie
intégrante de l'information agrégée par les prix. Or, la
formation des anticipations des agents dépend de leur niveau
d'information et des paramètres de risque ou d'incertitude. Si les
agents ne sont pas bien informés ou évaluent très mal les
risques, les prix jouent peu ou pas ce rôle de signal.
La seconde raison pour laquelle les analyses en termes des
prix comportent des limites réside dans le fait que les prix ne sont pas
la seule variable sur laquelle joue la concurrence. En effet, les règles
des arbitrages spatiaux, surtout dans les pays en développement,
prennent en compte plusieurs autres paramètres tels que qualité,
délai de livraison, délai de paiement, éloignement, etc.
Il est donc parfois nécessaire de "nourrir les prix" d'autres variables
complémentaires.
Au delà de tous ces facteurs, des indices mensuels des
prix moyens des céréales couvrant la période allant de
janvier 1998 à décembre 2005 et issus des publications des
organismes de la Statistique des pays de la zone (Guinée-Bissau exclue
faute de disponibilité de ces données) ont été
utilisés. La méthode d'analyse privilégiée est la
théorie de la co-intégration.
La conclusion qui ressort de nos estimations, conduites par la
méthode multivariée de Johansen, est que seuls les marchés
du sorgho sont globalement intégrés pour tous les pays pour
lesquels ils ont été étudiés. Toutefois, pour
certaines céréales des marchés des sous espaces plus ou
moins étendus sont unifiés. Par exemple la Côte d'Ivoire
est le seul pays à ne pas appartenir à l'espace
intégré des marchés du maïs. De même, les
marchés du mil sont fragmentés mais en trois sous espaces
intégrés d'une étendue de quatre pays (exception faite
pour le Bénin n'appartient à aucun de ces sous espaces) dont le
Mali et la Côte d'Ivoire semblent être les pivots.
La formation de ces sous espaces met en évidence
l'existence d'un lien de complémentarité entre ces pays. Elle
laisse également penser que les mesures de libéralisation
entreprises par les autorités de l'UEMOA pour promouvoir
l'intégration économique de la zone ont eu l'effet attendu qui
est celui de fortifier les liens économiques intracommunautaires.
Cependant, les effets de ces mesures sont plutôt décevants quant
à leur impact sur l'évolution des prix des céréales
sauf pour la Côte d'Ivoire qui enregistre souvent un effet baissier sur
ses prix dû au tarif extérieur commun et un effet haussier
dû au système de compensations des moins-values. Toutefois, il
serait prématuré de porter un jugement définitif sur ces
politiques en raison notamment de nombreux facteurs exogènes qui
pèsent sur leur issue notamment la concurrence internationale et
l'absence de diversification de l'appareil productif. Ce qui revoie à la
question des contraintes financières qui limitent les
possibilités de réaliser les investissements nécessaires
notamment en terme de liaisons ferroviaires et routières, usines de
production, etc.
Quant à la crise ivoirienne, ses effets se manifestent
à travers le renchérissement des prix dans pratiquement tous les
pays avec de degrés certes variables. Les pays pour lesquels l'influence
est la plus prononcée sont la Côte d'Ivoire et les pays de
l'Interland (Burkina, Mali et Niger) dont la dépendance vis-à-vis
de la Côte d'Ivoire est certaine compte tenu de leur enclavement et de
leur faible niveau d'industrialisation. Ces niveaux de prix plus
élevés de céréales accroissent les
difficultés d'accès à la nourriture aux ménages les
plus démunis provoquant ainsi une dégradation accrue de leur
situation alimentaire même si les marchés sont suffisamment
approvisionnés du fait de la faiblesse de leur pouvoir d'achat. Ainsi,
rechercher l'intégration économique dans l'UEMOA sans s'employer
à juguler la crise ivoirienne ne serait-il pas vain espoir?
* 1 La sécurité
alimentaire, selon la FAO, "est concrétisée lorsque tous les
êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et
économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur
permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs
préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. La
sécurité alimentaire repose sur les quatre piliers que sont
la disponibilité, la stabilité de l'approvisionnement,
l'accès et l'utilisation".
* 2 En août 1999, la
commission de l'UEMOA en collaboration avec la FAO a élaboré et
adopté le Programme Spécial Régional pour la
Sécurité Alimentaire (PSRSA). Les objectifs principaux de ce
dernier étaient d'augmenter le revenu des communautés rurales, de
promouvoir des échanges et l'intégration dans l'espace UEMOA.
* 3 Selon le Rapport
d'Exécution de la Surveillance Multilatérale de l'UEMOA de
décembre 2002, les prévisions optimistes indiquant un taux de
croissance annuel moyen de 4,4% contre 1,9% en 2001et un taux d'inflation de
2,7% contre 4,1% en 2001 ont été compromises par la crise
ivoirienne. L'estimation du taux de croissance a été revue
à 2,7% et celle du taux d'inflation à 2,9%. Cela est probablement
dû au fait que la Côte d'Ivoire est la plus grande économie
de l'union tant du point de vue du PIB que de celui de la population.
* 4 Dans une étude
financée par la commission européenne, l'organisation des
échanges céréaliers dans les pays de la région
Ouest africaine a été décrite comme une toile
d'araignée avec des connections convergentes puis divergentes où
tout part des commerçants grossistes. Ces derniers déploient leur
toile (somme d'argent) vers les zones rurales pour collecter les
céréales et autres produits agricoles sur les marchés
locaux grâce à leurs collaborateurs sur place. Une fois
collectés, ces produits sont stockés et il faut une
période de soudure pour qu'ils soient redéployés à
prix très élevés soit vers les
zones déficitaires du pays soit vers les pays limitrophes. Cette
même idée est reprise dans Bulletin d'information de la Banque
Mondiale paru en date de 23 août 2006.
* 5 De crainte d'alourdir
démesurément le travail, certaines de ces formes
d'intégration économique ne seront pas exposées ici.
Toutefois,, tout lecteur qui s'y intéresserait pourrait se reporter
à Dicko Hamaciré (2005), "le marché
commun de l'UEMOA: réalités et
perspectives", Mémoire de Master en administration
publique, Université Louis Pasteur de Strasbourg. Le document est
disponible sur Internet.
* 6 Pour la distinction de
ces différentes étapes, nous nous inspirons du dictionnaire des
sciences économiques et sociales de Brémond et
Gélédan, op.cit et du lexique d'économie de Silem et al.
paru à Paris chez DALLOZ en 2002.
* 7 Ce traité a
été signé le 7 février 1992. Il s'agit du
deuxième acte fondamental du processus de construction de l'union
européenne, le premier étant le traité de Rome
signé le 27 mars 1957. Le traité de Maastricht est enté en
vigueur le 1er novembre 1993.
* 8 Cette définition
est proche de celle donnée par J. Brémond et A.
Gélédan, Dictionnaire des sciences économiques
et sociales, BELIN, Paris, 2002,p. 456.
* 9 A l'origine, les sigles
FCFA et FCFP désignent respectivement franc des colonies
françaises de l'Afrique et franc des colonies françaises du
Pacifique.
* 10 Ces chiffres
proviennent du rapport de la réunion des ministres des finances de la
zone franc tenue à Paris les 11 et 12 septembre 2006. Par ailleurs,
notons que le Prélèvement Communautaire de Solidarité
(PCS) est l'unique source de financement des moins-values découlant de
l'institution des tarifs préférentiels.
* 11 Il faut cependant
souligner l'existence d'une redevance statistique de 1% surtout les produits
même exonérés et le prélèvement de 1% pour
alimenter les ressources du PCS.
* 12 Nous reviendrons sur la
signification de ces types de modèles dans la section suivante.
* 13 L'ALENA ou Accord de
libre-échange nord-américain est un traité créant
une zone de libre-échange entre trois pays de l'Amérique du
nord : le Mexique, les Etats-Unis et le Canada. Il est entré en
vigueur le 1er janvier 1994. Il s'agit d'un prolongement de
l'ALE.
* 14 La SADAOC signifie
Sécurité Alimentaire Des Etats de l'Afrique de l'Ouest Centrale.
C'est une communauté qui regroupe les 5 pays suivants: le Mali, le
Burkina, le Ghana, la Côte d'Ivoire et le Togo.
* 15 Pour un souci de
simplification, dans cette partie, nous négligerons les effets
saisonniers
* 16 Il convient de noter
que dans le cas précis, les valeurs critiques de Dickey-Fuller simple ou
augmentées ne sont pas opérationnelles. On se sert plutôt
des valeurs critiques tabulées par Engle et Yoo (1987) ou celles
tabulées par McKinnon (1991).
* 17 En dehors de SETAR et
STAR, il existe beaucoup d'autres types de modèles à effets de
seuils. Nous pouvons citer par exemple les modèles SETARMA, les MA
symétriques et les MA non linéaires. Mais nous nous limiterons
aux modèles SETAR et STAR pour la simple raison qu'ils sont les plus
utilisés dans les études portant sur les échanges
internationaux de façon générale et sur
l'intégration des marchés en particulier.
* 18 Il existe plusieurs tests
de linéarité parmi lesquels nous pouvons citer le test de
Newbold et Granger (1976), Tong et Lim (1980), Keenan (1985), Hansen (1996),
etc. Mais le dénominateur commun à tous ces tests est qu'ils sont
complexes. Le test de Tsay est généralement
présenté comme une alternative.
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